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Clic Musique 

! ClicMag n° 59
Votre disquaire classique, jazz, world Avril 2018

RACHEL PODGER Les infinies saisons de Vivaldi

© Concerto
© Theresa
Winderstein
Pewal

Retrouvez les 25 000 références de notre catalogue sur www.clicmusique.com !


Sélection musique contemporaine

L. Berio : Canticum novissimi Sofia Gubaidulina : Am rande des Hans Werner Henze : Œuvres György Ligeti : Musica Ricercata Steve Reich : Phase Patterns; K. Stockhausen : Mantra,
testament abgrunds, pour 7 violoncelles et 2 orchestrales Begoña Uriarte, piano Pendulum Music I, II & III; Piano pour deux pianistes
Neue Vocalsolisten Stuttgart; Newears 4 aquaphones… Michaela Kaune, soprano Karl-Hermann Mrongovius, piano Phase; Four Organs A. Grau, piano; G. Schumacher, piano;
Clarinets; XASAX Ensemble; Peter Rundel Julius Berger; Stefan Hussong... NDR Sinfonieorchester; Peter Ruzicka Ensemble Avantgarde Brian Wolf, ingénieur du son
WER6678 - 1 CD Wergo WER6684 - 1 CD Wergo WER6637 - 1 CD Wergo WER60131 - 1 CD Wergo WER6630 - 1 CD Wergo WER6267 - 1 CD Wergo

Milica Djordjevic : Rocks; Stars; Ruedi Häusermann : Wetterminia- Peter Herbert : Joni, 12 chansons de David Hudry : «Nachtspiegel»; Gordon Kampe : «Adrien/Zitronen», Wolfgang Mitterer : Stop Playing, 3
Metals; Light turen. Piano préparé et recherches Joni Mitchell «Störungen»; «The Forgotten City» pour voix et large ensemble… orgues solo remixés
Quatuor Armida; Ensemble recherche; sonores. Peter Herbert; Ena; Wolfgang Mitterer; Ensemble Modern; Duncan Ward; OP de Ensemble MusikFabrik; Christian Eggen; Wolfgang Mitterer, orgue et mixage
Münchener Kammerorchester; A. Derossi; P. liopoulos; I.G. Miranda Koehne Quartett Radio France; Mikko Franck... Johannes Fischer; Ensemble I.C.E.Q....
WWE40417 - 1 CD Col Legno WWE20402 - 1 CD Col Legno WWE30005 - 1 CD Col Legno WWE40418 - 1 CD Col legno WWE40416 - 1 CD Col Legno WWE20296 - 1 CD Col Legno

Pierluigi Billone : 1+1=1, pour deux Luca Francesconi : Etymo; Da Helmut Lachenmann : Das Mädchen Luigi Nono : No hay caminos, hay Matthias Spahlinger : Portrait du Hans Zender : «Interprétation
clarinettes basses Capo… mit den Schwefelhölzern que caminar… compositeur composée» du Voyage d’Hiver de
Petra Stump; Ensemble intercontemporain E. Keusch - S. Leonard, soprano - Chœur Irvine Arditti; WDR Rundfunkchor & Sinfo- Ensemble Modern; Hans Zender; Ensemble Schubert, pour ténor
Heinz-Peter Linshalm Susanna Mälkki et Orchestre de l’Opéra de Stuttgart nieorchester Köln; Emilio Pomarico Recherche; Quatuor Arditti Christoph Prégardien; Klangforum Wien
0012602KAI - 1 CD Kairos 0012712KAI - 1 CD Kairos 0012282KAI - 2 CD Kairos 0012512KAI - 2 CD Kairos 0012692KAI - 1 CD Kairos 0012002KAI - 2 CD Kairos

Cage Edition, vol. 52 : L’œuvre pour Tim Hodginson : Onsets Lewis Nielson : Le Journal du Corps; Stefano Scodanibbio : Oltracuidan- Howard Skempton : Bolt from the Xenakis Edition, vol. 10 : Intégrale
percussion, vol. 4 Ensemble Hyperion; Ensemble Talea; Tocsin; Axis (Sandman) sa, pour contrebasse et 8 pistes Blue; Musique pour piano et voix des quatuors à cordes
Bonnie Whiting, percussion, voix Quatuor Bergersen; Ne(x)tworks; Tim The JACK Quartet; red fish blue fish; Stefano Scodanibbio, contrebasse Daniel Becker, piano The Jack Quartet
Allen Otte, voix, piano préparé, tambour Hodgkinson, clarinette basse, direction Steven Schick, percussion, direction Ensemble vocal Exaudi; James Weeks
MODE296 - 1 CD Mode MODE266 - 1 CD Mode MODE283 - 1 CD Mode MODE225 - 1 CD Mode MODE226 - 1 CD Mode MODE209 - 1 CD Mode

J. Corigliano : Concerto pour Earl Howard : Bird 3; Crupper; 2455; Jason Kao Hwang : The Floating Peter Lieberson : Concerto pour Paul Paccione : Our beauties are Christian Wolff : Long piano
clarinette / S. Barber : Third Essay, Strasser 60 Box, opéra piano not ours. Œuvres pour voix et Thomas Schultz, piano
op. 47 pour orchestre Earl Howard, synthétiseur Ensemble de chambre; Juan Carlos Rivas; Peter Serkin, piano instruments
New York Philharmonic; Zubin Mehta Miya Masaoka, koto Livret de Catherine Filloux Boston SO; Seiji Ozawa Western Illinois University Singers
NW80309 - 1 CD New World NW80728 - 1 CD New World NW80626 - 2 CD New World NW80325 - 1 CD New World NW80706 - 1 CD New World NW80699 - 1 CD New World

Roy Harris : Piano Suite; Sonate Charles Ives : Les mélodies, vol. 2 George Lloyd : A Litany Charles Wuorinen : Genesis; Ave Guerra-Peixe, Villa-Lobos, Brandao, Kurka, Thomson, Lopatnikoff, Helps
pour violon et piano; American D. Ohrenstein; M. A. Hart; P. Sperry; W. Guildford Choral Society Christe : Œuvres pour quatuor : Œuvres orchestrales
Ballads I-II… Sharp; Steven Blier; Philip Bush; Dennis Philharmonia Orchestra Minneosta Orchestra & Chorale; New York Brazilian String Quartet Albany Symphony Orchestra - David
Alexander Ross; Richard Zimdars Helmrich; Irma Vallecillo George Lloyd Virtuoso Singers; Charles Wuorinen Alan Miller
TROY105 - 1 CD Albany TROY078 - 1 CD Albany TROY200 - 1 CD Albany TROY678 - 1 CD Albany TROY420 - 1 CD Albany TROY591 - 1 SACD Albany

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En couverture / Alphabétique
di avec les couleurs de son temps, et
une certaine patine dans les timbres,
cela enchante l’oreille comme la palette
d’un Giorgione réjouit l’œil, et évite la
dureté, le tout rythme qui nous a valu
tant de disques Vivaldi en plexiglas,
usants à force de poigne. Plus une trace
ici des raideurs du Giardino Armonico,
mais au contraire cette souplesse du J.S. Bach : Intégrale des sonates J.S. Bach : Intégrale des sonates J.S. Bach : Concerto pour violon,
et partitas pour violon seul pour violon et clavecin obligé BWV 1041, 1042
chant, cette fantaisie des accents, ce
Rachel Podger, violon Trevor Pinnock, clavecin Brecon Baroque
jeu alerte où les cordes se caressent, et Rachel Podger, violon Rachel Podger, violon, direction
qui dispense des charmes plein de ca- CCSSEL2498 - 2 CD Channel CCS14798 - 2 CD Channel CCSSA30910 - 1 SACD Channel
Antonio Vivaldi (1678-1741) ractère, ce qu’illustrent évidemment le
Les Quatre Saisons; Concertos pour violon, texte même des « Saisons », qui ne sont
« Il Riposo, per il santissimo Natale », plus ici des tableaux descriptifs, mais
« L’Amoroso » et « Il Grosso Mogul » bien des sensations pures, versatiles,
Rachel Podger, violon; Brecon Baroque incarnées avec une précision que seule
CCSSA40318 • 1 SACD Channel Clas. une pratique attentive du texte rend
possible. Au contraire de tant d’autres
L ’  Estro Armonico  » avait montré
Rachel Podger plus inspirée encore
qu’en sa désormais légendaire «  Stra-
versions, l’air circule entre les pupitres,
secret d’un ravissement impression-
J.S. Bach : Doubles et Triples J.S. Bach : L’Art de la Fugue H.I.F. von Biber : Les Sonates du
vaganza  »  : son nouvel ensemble, niste qui magnifie le propos du vénitien.
Concertos, BWV 1043,44,1060,64 BWV 1080 Rosaire, C90-105
Brecon Baroque, n’y était pas pour Rachel Podger a choisi trois concertos Brecon Baroque Rachel Podger, violon Rachel Podger, violon
peu, virtuose mais poétique, assumant d’apparat pour compléter l’album, occa- Rachel Podger, violon, direction Brecon Baroque (violon Pesarinius, Italie, 1739)
sion d’aviver encore la splendeur de ses CCSSA34113 - 1 SACD Channel CCSSA38316 - 1 SACD Channel CCSSA37315 - 2 SACD Channel
des ornements, une fantaisie, quelques
choses d’à la fois débridé et composé décors. Son « Il Grosso Mogul » vous
qui relevait le gant face à Carmignola bluffera. Mais demain, il nous faut la
et à ses amis. Ces « Quatre Saisons » suite d’ « Il Cimento dell armonia e dell
confirment cette manière de faire Vival- invenzione ». (Jean-Charles Hoffelé)

W.A. Mozart : Intégrale des sonates W.A. Mozart : Intégrale des sonates J.-P. Rameau : Pièces de Clavecin
pour violon et piano pour violon et piano, vol. 3. Sonates en Concerts
Rachel Podger, violon KV 28, 454, 402,404, 8, 380 Rachel Podger, violon baroque
Gary Cooper, piano-forte Rachel Podger; Gary Cooper Trevor Pinnock, clavecin
CCSBOX6414 - 8 CD Channel CCSSA23606 - 1 SACD Channel CCS19098 - 1 CD Channel

Tor Aulin (1866-1914) Grazyna Bacewicz (1913-1969)


Concertos pour violon n° 1, op. 7, n° 2, op. Concerto pour violon n° 3 « Goralski » /
11 et n° 3, op. 14 Mieczyslaw Karlowicz : Poème sympho-
Ulf Wallin, violon; Helsingborg Symphony Orches- nique « Odwieczne piesni », op. 10
tra; Andrew Manze, direction Krzysztof Jakowicz, violin; Orchestre de l’Opéra de
Podlasie et Philarmonique de Bialystok; Marcin
CPO777826 • 1 CD CPO Nałecz-Niesiołowski, direction

C hef d’orchestre, violoniste et com-


positeur suédois, Tor Aulin laisse
DUX0685 • 1 CD DUX A. Vivaldi : La Cetra, 12 Concertos A. Vivaldi : La Stravaganza, 12 A. Vivaldi : L’Estro Armonico, 12

C onnaissez-vous Grazyna Bacewicz ? pour violon, op. 9 Concertos pour violon, op. 4 Concertos pour violon, op. 3
trois concertos écrits entre 1890 et Holland Baroque Society Rachel Podger, violon Brecon Baroque
On célébrait en 2009 le centième
1896 qui témoignent de sa maîtrise, Rachel Podger, violon, direction Orchestre baroque Arte dei Suonatori Rachel Podger, violon, direction
anniversaire de sa naissance, et depuis CCSSA33412 - 2 SACD Channel CCSSA19503 - 2 SACD Channel CCSSA36515 - 2 SACD Channel
et de son instrument et de l’orchestre,
le disque redécouvre ce compositeur
tout comme de la richesse de son ins-
essentiel de la nouvelle école polonaise.
piration. Au-delà des échos inévitables
Disparue trop tôt, cette musicienne
de Brahms, Grieg ou Dvorak qu’on y
consommée a laissé une œuvre où la
retrouve, ce sont des oeuvres de très
poésie le dispute à l’invention. Remar-
belle facture qui viennent enrichir utile-
quée par Szymanowski, elle en reprend
ment notre connaissance du répertoire dans ses premiers ouvrages l’orchestre
violonistique du XIX° siècle. Le pre- délirant et imaginatif. Toute sa première
mier concerto, d’une forme originale période, que clos en quelque sorte le 3e
en un seul mouvement dont la cadence Concerto pour violon, fait une certaine G.P. Telemann : Musique de Grandissima Gravita. Œuvres pour Rachel Podger joue Biber, Bach,
occupe un bon quart, est en particulier part aux idiomes populaires – l’Oberek chambre violon de Vivaldi, Tartini, Veracini, Tartini et Pisendel : Œuvres pour
une page frappante. L’excellent Ulf Wal- y est omniprésent – mais en les réin- Ensemble Florilegium Pisendel… violon
lin, violoniste suédois souvent salué ventant dans un langage futuriste. Bac-
Rachel Podger, violon; Brecon Baroque Rachel Podger, violon
pour ses réalisations discographiques CCS5093 - 1 CD Channel CCSSA39217 - 1 SACD Channel CCSSA35513 - 1 SACD Channel
zewicz était une violoniste virtuose, elle
inspirées et originales ressuscite ces a beaucoup écrit pour son instrument et
partitions injustement délaissées avec d’aucuns voient dans son 3e Concerto
un brio incontestable. Il bénéficie de son chef d’œuvre. Ce n’est pas l’archet
surcroît de l’accompagnement précis et virtuose et poète de Krzysztof Jakowicz
enthousiaste de l‘orchestre de Helsing- qui leur donnera tort. En couplant cette
borg, mené avec fougue par Andrew œuvre, inspirée par les montagnes des
Manze, son chef principal de 2006 à Tatras, au Chant éternel de Karlowicz,
2014. Superbe enregistrement qui ré- inspiré par les mêmes paysages, Marcin
habilite des œuvres dignes de reprendre Nalecz-Niesiolowski et ses musiciens
Le Rois s’amuse : Music for the Perla Barocca : Chefs-d’œuvre de Rachel Podger : The music I love,
place au répertoire, à côté par exemple rendent hommage à deux œuvres ma- King’s Pleasure. Œuvres de Leclair, la musique italienne ancienne de portrait. Œuvres de Vivaldi, Mozart,
des trois concertos plus connus de jeures du renouveau musical polonais, de Boismortier et Corrette Fontana, Frescobaldi, Uccelini... Bach, Rameau…
Max Bruch. A découvrir absolument. distantes d’une quarantaine d’années. Ensemble Florilegium Rachel Podger, violon Rachel Podger, violon; Brecon Baroque...
(Richard Wander) (Jean-Charles Hoffelé) CCS7595 - 1 CD Channel CCSSA36014 - 1 SACD Channel CCSSEL6212 - 2 CD Channel

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Musique contemporaine / Alphabétique
pourtant fascinante. Déconseillée à mon l’ouvre, quasi malinconia, est surpre-
sens à qui voudrait découvrir l’œuvre, Sélection ClicMag ! nant, l’allegro qui suit, plein d’accents,
voilà une version singulière que ses fa- en phrases courtes et heurtées est un
miliers devraient absolument connaître. hommage à peine masqué aux sautes
(Olivier Eterradossi) d’humeur et à l’écriture fantasque de
Berwald, et tout la symphonie sera cou-
sue de motifs populaires, très étonnante
dans sa construction, Lukasz Borowicz
en aiguisant les singularités, faisant jeu
Johann Sebastian Bach (1685-1750) égal avec l’enregistrement si brillant
Sonate pour violon seul n° 1-3, BWV 1001- de Stig Westerberg (Swedish Society).
3; Partita n° 1-3, BWV 1002-4-6 C’est un joli coup d’envoi, je rêve
Ning Feng, violon (Stradivari, the « MacMillan », Hugo Alfvén (1872-1960) déjà de ce qu’il fera de la tristanesque
1721) Symphonie n° 1 en fa mineur, op. 7; «  Symphonie de l’Archipel  », partition
CCS39018 • 2 CD Channel Classics « Drapa », op. 27; « Midsommarvaka », géniale. Mais pour l’heure, il complète
op. 19 ce premier volume avec deux pages
L a discographie de ce monument de la Johann Sebastian Bach (1685-1750) brèves, «  Drapa  », l’hommage funèbre
Deutsches Symphonie-Orchester Berlin; Lukasz
musique occidentale est comme une 2 Concerto pour 3 violons, d’après BWV Borowicz, direction à la mémoire d’Oscar II, fin mélomane
forêt touffue : grands arbres vénérables 1063 et BWV 1064; Concerto brandebour-
comme tous les Bernadotte, mais sur-
geois n° 3, BWV 1048; Concerto pour CPO555043 • 1 CD CPO
(Milstein, Grumiaux…), lambeaux tout la truculente « Midsommarvaka »,
S
de forêt primaire (Kuijken, Holloway, clavecin et 2 flûtes à bec, BWV 1057 ibelius, Nielsen, certes. Mais Hugo rapsodie de danses toute pimentée de
Podger, Huggett), espèces florissantes Harmony of Nations; Laurence Cummings, Alfven ? Après tout, la Suède, autant
clavecin, direction timbres et de mélodies rurales, dont
(le multirécidiviste Tetzlaff, chaque que la Finlande ou le Danemark, a bien Borowicz savoure le folklore somp-
fois couronné), et petites clairières RK3007 • 1 CD Raumklang le droit d’avoir son grand compositeur tueux. Allez vite, le volume suivant,

U
lumineuses (Mullova, Shaham, Ibragi- n CD à l’étrange nom de code. national, qui aura également puisé aux j’attendais depuis la version un rien
mova... ou tant d’autres encore !). Mais Consacré à des œuvres illustrant la sources du folklore, et débrouillé son trop lestée de Neeme Järvi (Bis), une
on y rencontre aussi quelques individus symbolique du chiffre 3 chez Bach. Le orchestre du grand appareil roman- nouvelle intégrale des Symphonies du
suspendus seuls sur un rocher éboulé, livret renvoie — de façon forcément tique pour l’emmener vers d’autres père de la musique suédoise moderne,
dans un improbable équilibre (Kre- inaboutie — à l’ésotérisme, mis sur horizons. Dès sa première symphonie, mais aussi de ses fabuleux ballets et
mer ?). Pour moi Ning Feng fait partie le même plan que des considérations Alfven tente d’échapper au modèle de ses nombreuses pages d’orchestre.
de ces derniers. Le violoniste chinois, d’une trivialité tout alimentaire  : dans germanique : le solo de violoncelle qui (Jean-Charles Hoffelé)
surtout connu dans la sphère Pacifique, une famille comme celle des Bach
livre ici une version qui me paraît hors mieux valait écrire des concertos com-
de nos repères occidentaux, centrée sur prenant 3 parties solistes, car il y avait chestre Harmony of Nations, fondé en
le son et la technique avec peut-être des bouches à nourrir ! Est-ce vraiment 2004 et réunissant de jeunes musiciens
un rien de narcissisme. Pour parvenir sur le plan du nombre de solistes que, venant de toute l’Europe ne manque pas
à délivrer le son souhaité il adopte des dans l’œuvre du Cantor, la symbolique d’atouts. Interprétation fraîche, vive,
tempi très lents pour les danses lentes, ternaire est la plus intéressante à obser-
et accélère dans les danses rapides. ver  ? Autre thématique sous-jacente  : nerveuse, dynamique et enthousiaste
On retrouve certains des minutages de celle des variantes, des réécritures ou de ces œuvres. Suite n° 4 très enlevée,
l’enregistrement de Julia Fischer, mais réadaptations. Nous est ainsi propo- peut-être un peu trop rapide dans la
la comparaison s’arrête là  : l’art ora- sée la 1re version de la suite n° 4 avec Réjouissance. Sens aigu et raffiné du
toire que notre tradition associe à cette 3 hautbois mais sans trompettes ni
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
détail dans le BWV 1057, même si le Transcriptions pour piano. Préludes
musique semble dissout au profit d’une timbales, et la reconstruction pour 3
clavecin manque un peu de prestance et fugues, BWV 532, 541, 536 et 534;
méditation à visée métaphysique qui violons — comme ils furent vraisem-
Fantaisie et fugue, BWV 537; Toccata et
parfois nous laisse sur le quai, auditeur blablement écrits à l’origine, mais sans et d’éclat. Bel équilibre et grande clarté fugue, BWV 540, BWV 538 « Dorian »;
perplexe, et parfois nous place dans un doute pas par Bach — des BWV 1063 dans les BWV 1063 et 1064. Fort belle Passacaille, BWV 582
état semi-hypnotique (la Chaconne...). et 1064 connus comme concertos pour Emanuele Delucchi, piano
réalisation, même si elle n’illustre pas
La musique alors ne parle pas, elle 3 clavecins. Quant au BWV 1057 pour PCL10139 • 1 CD Piano Classics
flotte comme la fumée d’une bougie clavecin et 2 flûtes à bec, c’est une au mieux le symbolisme qu’elle enten-
qu’on vient d’éteindre : transparente et réécriture du 4e brandebourgeois. L’Or- dait éclairer. (Bertrand Abraham)
C ompositeur allemand d’origine écos-
saise, Eugen D’Albert, élève de Liszt,
fut l’un des plus grands pianistes de son
d’atteindre son zénith. Fontanarosa lui, tout ayant une fin, la conscience de temps doublé d’un fameux pédagogue,
Sélection ClicMag ! les aura portées et jouées au fil d’une cette échéance m’a donné le désir de formant, entre autres, Wilhem Backhaus
longue carrière sans « oser » jusqu’ici laisser ma trace de ce que j’aime dans et Edwin Fischer, excusez du peu. Outre
les enregistrer. Il suffit de lire les pro- ce chef-d’œuvre. Modestement, bien ses œuvres personnelles, concertos
pos de ces interprètes pour comprendre évidemment […] Avec l’impérieux désir pour piano, opéras et lieds, sa passion
ce qui les réunit. On est, dans les deux de le communiquer ». Et nous sommes et admiration pour Bach l’amenèrent
cas, au-delà de toute considération conquis dès les premières notes  : tout naturellement à transcrire cer-
musicologique, de toute approche liée à l’évidence est là, lumineuse, aérée, taines œuvres du célèbre Cantor. Autant
une école : la singularité de l’artiste est dansante, parfois plus intense et plus les transcriptions de violon ou violon-
en prise directe et comme immédiate sombre. Avec une diction, une sonorité celle à luth ou guitare s’avèrent valori-
avec l’universalité de l’œuvre, qu’elle parfaite, sans apprêt, qui touchent et ra- santes, autant transcrire des œuvres
prend en charge avec autant d’amour, et vissent. Il y a chez Fontanarosa comme pour orgue suscite nécessairement
Johann Sebastian Bach (1685-1750) d’humilité que de ferveur et de sincérité. un dialogue entre soi et soi, habité du certaines interrogations, eu égard à la
Sonate n° 1-3; Partita n° 1-3 Savoir-faire, travail, technique semblent regard qu’il porte sur lui-même (c’est le complexité extrême de l’instrument. Le
Patrice Fontanarosa, violon oubliés, effacés, ou plutôt condensés sens que prennent métaphoriquement piano n’étant pas l’orgue, et de loin, des
ici à l’extrême, sublimés dans le don, à notre oreille les effets de polypho- solutions techniques doivent être mises
POL118130 • 2 CD Polymnie
le partage qui seuls, donnent sens à nie, ce jeu de plusieurs violons en un en place pour garder un équilibre et une

L e calendrier des parutions discogra-


phiques nous aura offert, en l’espace
de quelques mois, deux interprétations
la geste musicale. Tetzlaff : « Les juge-
ments n’ont plus d’importance, [ma] li-
seul dans l’écriture de Bach). L’audi-
teur ne cesse d’y être inclus, captivé
cohérence dans le discours musical. La
connaissance pianistique de D’Albert y
berté me permet de laisser parler l’émo- lui-même au plein sens du terme. Le parvient en partie mais des pièces aussi
singulières et sublimes de ces chefs- tion et de me concentrer sur l’essentiel : «  romantisme «  invoqué Fontanarosa, emblématiques que les Toccata et fugue
d’œuvre. Après Tetzlaff, Fontanarosa. ce que je partage avec les autres  ». mot auquel il donne un sens autre que BWV540, Toccata et fugue BWV538
Tout pourrait opposer ces interprètes Fontanarosa : « Je ne suis jamais arrivé ce qu’il évoque d’ordinaire, c’est ce «  Dorian  » manquent singulièrement
(âge, formation, carrière, style). Le à être conduit par autre chose que par partage même de l’émotion. Un enre- de souffle et pâtissent de la richesse
plus jeune a enregistré deux fois ces ce que je ressens […], il m’avait sem- gistrement admirable, de bout en bout. polyphonique et sonore que l’orgue
pages (déjà des coups de maître) avant blé vain de « fixer » ces œuvres. Mais (Bertrand Abraham) peut, seul, produire. Le pianiste italien

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Alphabétique
Emanuele Delucchi, brillant et très en du premier romantisme anglais, le seul rien de fantastique, comme si Füssli
verve, fait son possible pour reproduire Sélection ClicMag ! compositeur d’Albion dont les œuvres venait peindre par-dessus ses notes.
la magnificence de ces pièces en met- puissent sans pâlir se faire entendre Howard Shelley, qui avait déjà gravé le
tant notamment beaucoup de pédale, aux cotés de Mendelssohn, son mo- 4e Concerto (et nous doit donc encore
mais ne parvient pas à faire oublier ces dèle, son ami avec lequel il partageait le 5e, un prochain album les réunira
œuvres somptueuses lorsqu’elles sont l’enthousiasme de la redécouverte de peut-être y ajoutant quelques pièces
jouées à l’orgue. (Philippe Zanoly) Bach dont il ressuscita la Passion selon plus brèves), fait vibrer les teintes
St Matthieu pour le public londonien. délicates et les mélodies évocatrices
Schumann l’admirait, Parry, Sullivan des trois premiers concertos, œuvres
furent ses élèves, il détermina l’avenir des débuts où passe l’imaginaire entre
de la musique nationale britannique, pa- Mozart et conte noir d’un Weber. Il les
radoxe ! lui dont les œuvres se coulent joue avec une imagination certaine,
Sterndale Bennett (1816-1875) avec tant d’évidence dans le grand réglant sur son piano où des person-
Concertos piano n° 1-3 concert du romantisme germanique. nages paraissent, où se nouent des
BBC Scottish Symphony Orchestra; Howard Jamais bavarde, toujours poétique, intrigues, un orchestre qu’il paysage
Shelley, direction, piano
son écriture pour le piano trouve avec avec subtilité, si bien que ce premier
CDA68178 • 1 CD Hyperion l’orchestre une dimension imaginaire romantisme s’anime, incroyablement
Ludwig van Beethoven
U n petit maître  ? Ah non  ! William qui s’échappe du salon  : ce sont des présent, si séduisant. Disque magni-
(1770-1827)

Concerto pour pian, op. 61a; Ritterbalet, Sterndale Bennett est au contraire, à paysages, des échos de chasse, tout fique qui rend justice à un vrai Maître.
WoO 1; La Victoire de Wellington, op. 91 égalité avec John Field, le grand homme un imaginaire qui parfois se teinte d’un (Jean-Charles Hoffelé)
Claire Huangci, piano; Brandenburgisches Staat-
sorchester Frankfurt; Howard Griffiths, direction
son lot d’innovations notamment la Maria della Consolazione de Cocconata, 1860 Dejan Bogdanovich, violon; Jakub Tchorzewski,
KL1521 • 1 CD Klanglogo piano
présence d’un leitmotiv ou encore l’uti- ELEORG043 • 1 CD Elegia

O utre leur rareté, les trois œuvres


présentées valent aussi par leur ori-
lisation de canons et de fusils. Mais en
S ingulier personnage que Padre AP0362 • 1 CD Acte Préalable

A
définitive, c’est moins l’habituel pré- Davide, plus connu sous ce nom ppartenir à une dynastie qui s’est
ginalité. Beethoven a composé le « Rit- curseur du XIXe siècle que le Beetho- d’ecclésiastique que sous son véritable illustrée sans interruption dans l’art
terballett  » (ballet de chevalier) vers ven héritier du XVIIIe siècle qui nous patronyme  : ordonné en 1819, il mit militaire depuis le 17ème siècle aurait
1791 suite à la commande du comte
est présenté dans cet enregistrement. à profit son ministère pour écrire de pu prédisposer René de Boisdeffre
Ferdinand von Waldstein, surtout connu
(Charles Romano) la musique et concevoir des orgues. à écrire des marches plutôt que des
pour être le dédicataire de la célèbre
Lié d’amitié avec les célèbres facteurs Idylles. Mais voilà, d’un naturel sensible
21e sonate pour piano. Le Ritterballet
Serassi, il avait été à bonne école. Il pro- et effacé, celui qui confessait ne pas
peut se résumer comme une suite de
danses mondaines de l’époque. Bien mut l’orgue-orchestre, instrument au- avoir quitté sa mère depuis l’enfance et
qu’il s’agisse d’une œuvre de jeunesse, quel une grande partie de son répertoire ne s’était éloigné de sa Lorraine natale
on y trouve déjà le cachet du maître de tant liturgique que de concert est des- que pour fréquenter les cercles pari-
Bonn. Réalisé à la demande du pianiste tiné  : jeux de percussions, clochettes, siens a voué l’essentiel de son talent à la
et éditeur londonien Muzio Clementi, le roulements de tambours, sifflets, musique de chambre. On doit à la curio-
concerto pour piano op. 61a (1807) est apparurent dans les églises italiennes, sité du label Polonais Acte Préalable de
une transcription de celui pour violon évoquant l’orgue de Barbarie, anticipant sortir d’un total oubli ce musicien que
op. 61. Les quelques cadences rajou- l’orgue de cinéma, ou restituant à sa la critique de l’époque considérait trop
tées par Beethoven n’en font pas pour Davide da Bergamo (1791-1863) façon les sonorités d’un grand orphéon sévèrement comme un amateur doué à
autant un concerto virtuose. La Victoire municipal. D’une prolixité incroyable, « la couleur […] bien française, ni vio-
Grande Symphonie en do mineur; Sym-
de Wellington (1813) est une « musique son œuvre lorgne vers l’opéra, et même lente ni trop effacée  » (Imbert, 1892).
phonies en do majeur, si bémol majeur, ré
de bataille », un genre de musique des- majeur, ré-majeur-ré mineur; Symphonie
l’opérette. Contrairement à celle de son Rien de plus normal pour un membre
criptive apparu à la Renaissance. À cette mariale cadet français Lefébure-Wély, qui faisait actif de la Société Nationale de Mu-
longue tradition, Beethoven apporte Luca Scandali, orgue Lingiardi de l’Eglise Santa
se pâmer la bourgeoisie salonnarde à sique, chez qui la musique allemande,
l’église, sa musique était foncièrement étudiée en autodidacte, s’arrêtait à Men-
tournée vers le peuple, dont il était le delssohn. De fait, ce premier volume de
lignes d’une polyphonie consciente de héros. Et c’est incontestablement au pièces pour violon et piano de différents
Sélection ClicMag ! l’héritage des maitres anciens, mais cirque qu’on se retrouve, à l’écoute caractères, parfois très « fin de siècle »,
aussi un mouvement si souple, un texte de ces symphonies conçues comme recèle nombre de séduisantes beautés
si clair, quelque chose de très allant des marches à la surface desquelles pour qui accepte que lyrisme rime avec
mais sans précipitation, comme si une émergent des épisodes lyriques d’une naturel et simplicité. (Yves Kerbiriou)
prescription madrigalesque régnait ici, sentimentalité naïve et débordante.
qui ordonnerait tout dans un seul vaste Les œuvres semblent cependant toutes
mouvement, empli d’un chant chéru- découpées dans le même tissu, et obéir
binique. Vous l’aurez compris, s’il y a aux mêmes schémas. C’est divertissant,
manifeste, c’est celui d’une chrétienté tonique, mais répétitif. Sur le plan histo-
apaisée, délivrée des ors et des excès de rique, ce répertoire a une valeur docu-
la contre-réforme, d’une chrétienté éter- mentaire certaine, il permet de mettre
Johann Sebastian Bach (1685-1750) nelle qui se ressource dans un catholi- en valeur des instruments étonnants.
Messe en si mineur, BWV 232 cisme épuré, mais où paraissent ça et Mais on a vite fait le tour de la chose.
Chœur du Trinity College de Cambridge; Orchestra là quelques voluptés, et ce jusque dans (Bertrand Abraham)
of the Age of Enlightenment; Stephen Layton, le Symbolum Nicenum. Stephen Layton
direction Sergei Bortkiewicz (1877-1952)
signe ici le troisième volume de son pa-
CDA68181/2 • 2 CD Hyperion tient voyage chez Bach avec une sorte Concerto pour piano n° 2 pour la main
gauche; Concerto pour piano n° 3

U ne Cathédrale  ? Des psaumes ré- de tendresse, une douceur que ni sa


Stefan Doniga, piano; Janacek Philharmonic
pond Stephen Layton dans ce qui Saint Jean (heureusement) ni son Ora-
Orchestra; David Porcelijn, direction
pourrait bien être la plus angélique, la torio de Noël n’exposaient à ce point.
plus tendre, la plus modeste, de geste, Solistes parfaitement mariés au propos PCL10146 • 1 CD Piano Classics
de phrasé, d’intention, Messe en si que
les formations historiquement infor-
(Iestyn Davies toujours aussi touchant,
et la surprise d’un nouveau ténor ins-
piré, Gwilym Bowen), chœur hors du
L es raretés musicales peuvent être
complètement anecdotiques, voire
inutiles. Si certains ont leur place dans
mées aient proposée à ce jour. Au point
que rien dans la discographie ne semble temps comme d’ailleurs la conception René de Boisdeffre (1834-1906) les oubliettes de l’histoire de la musique,
avoir précédé cette lecture simple, lumi- de Stephen Layton elle-même  : his- 2e sonate pour piano et violon, op. 50;
Sergei Bortkiewicz ne mérite pas pour
neuse sans éclat, d’un angélisme que toriquement informée, certes, mais Suite orientale pour violon et piano, op. ces deux concertos un tel sort. D’une
certains désapprouveront. Pas moi, n’oubliant pas les glorieux ainés. 42; Suite poétique pour violon et piano, op. part pour l’originalité du traitement du
qui dès le Kyrie y entend les grandes (Jean-Charles Hoffelé) 19; 2 idylles pour violon et piano, op. 75 piano dans ces deux concertos, com-

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des ensembles La Venexiana et I Affetti cantates à une voix – ténor ou mezzo ligne, l’art de préserver dans les plus
Sélection ClicMag ! Musicali) et à la science du musico- - entrecoupés de sonates) est un peu intenses paroxysmes une élégance, un
logue Paolo Giorgi, la musique vocale moins stimulant et explique peut-être style. A l’opposé, la direction de Litton
de Maurizio Cazzati accède pour la pre- l’opposition à laquelle se heurta Caz- se montre poussive dans ses écarts de
mière fois au disque. Le coffret permet zati quand, gravissant les échelons, dynamique creusés de façon brutale et
de prendre la mesure de cet étonnant il tenta brièvement de s’implanter à caricaturale (crescendos et sforzandos
compositeur… un de plus ayant servi à Bologne avant de s’en retourner à Man- = tickets pour les montagnes russes ?)
la cour des ducs de Gonzague à Man- Parsemée de doubles forte aux sonori-
toue. Sous la direction de Giorgi (natif
toue. Le versant profane (CD1) est tés épaisses, quelque peu écrasantes,
de Guastalla comme le compositeur),
peut-être le plus surprenant avec ses elle met souvent à rude épreuve la violo-
Eridanus se régale et nous avec : men-
«  canzonette  » pour ténor encadrées niste par son caractère fluctuant. Faute
tions spéciales à ses deux violons, son
de caprices, courantes, passacaille et d’être portée par son partenaire, Rachel
Maurizio Cazzati (1620-1677) chaconnes. Sur une musique souvent théorbe et, curiosité supplémentaire, sa
Barton Pine n’atteint pas toute la pléni-
Musique vocale profane et sacrée allègre, on découvre des textes dus flûte à bec et son violoncelle tous deux
tude de son art. Au lieu d’une générosité
ERIDANUS; Paolo Giorgi, direction artistique, au compositeur  : désabusés, d’une tenus par la même Rebeca Ferri. 25 des rendant justice à celle des œuvres dans
musicologie œuvres parmi les 31 enregistrées ici le
incroyable amertume, on comprend l’immersion et la communion, nous
BRIL95586 • 2 CD Brilliant Classics bien que leurs allusions alambiquées sont pour la première fois  : amoureux entendons l’impuissante agitation d’un

G râce au talent d’Eridanus (où l’on nous échappent en partie aujourd’hui. du 17ème siècle italien, précipitez- orchestre palliant en vain son absence
reconnaîtra des musiciens familiers Le versant sacré (hymnes, motets et vous ! (Olivier Eterradossi) d’abandon, de noblesse, de subtilité et
donc de chant intérieur, absence d’au-
tant plus regrettable que ces qualités
posés durant l’entre-deux-guerres, et de Schwenk & Seggelke, ses facteurs de introspection sentimentale. Les deux
d’autre part en regard du post-roman- prédilection ?). Par contre j’ai beaucoup interprètes, remarquables de musica- caractérisent le jeu très inspiré de la
tisme totalement assumé dont il les aimé son phrasé et sa façon de dimi- lité, échangent des confidences passant violoniste. Demi-réussite, demi-échec,
pare. Le concerto n° 2 fait partie des nuer et d’éteindre les notes, approchant de la discorde à l’apaisement, dans une qu’importe, réécoutez Kennedy et Ver-
curiosités du genre : écrit pour la main ce « parler » qui pour moi est l’essence intimité toute romantique. Les six lieder non Handley. (Pascal Edeline)
gauche suite à la commande du pianiste de l’instrument. Dans les sonates, Wahl qui suivent, sur des transcriptions de
manchot Wittgenstein, ses quatre par- trouve le toucher qu’il faut pour renfor- Salter, n’altèrent en rien la cohérence du
ties se divisent en deux fois deux conti- cer cette esthétique sonore. Par contre programme, le violoncelle étant l’instru-
nus. La beauté thématique et le grand son opus 119 (voulu comme une res- ment le plus proche de la voix humaine.
souffle lyrique qui le parcourt maintien- piration méditative entre les massives Ces chants, sous l’archer bienveillant de
dront tout le long notre attention. Quant sonates) ne résiste pas au voisinage Francesco Dillon, excellent, s’avèrent
au n° 3, le piano prend différentes fonc- de tant de versions très personnelles. même particulièrement mélodieux et
tions qui ne sont plus seulement celles Emblématique, un troisième intermezzo même bouleversants dont un admirable
de soliste. On peut faire un parallèle comme inhabité, réduit à une virtuose «  wiengenlied  » (berçeuse), moment
évident, stylistique et structurel mais pièce de genre face à l’incendie allumé fort des lieder. Le maillon faible restant
aussi humainement (tous deux sont peut-être à contre-sens par Hélène Gri- les neuf danses hongroises, transcrites M. Castelnuovo-Tedesco (1895-1968)
des exilés qui n’ont jamais retrouvé leur maud ou à l’énigmatique bulle de savon par Piatti, les deux instruments ne pou- Intégrale de l’œuvre pour soprano et
patrie), avec les 2 et 3 de Rachmani- qu’en faisait Sophie-Mayuko Vetter. vant rivaliser avec la version orches- guitare
nov. Le pianiste roumain nous fait vite Mais le disque se veut un tout insécable, trale. Malgré cette dernière réserve, un Joanna Klisowska, soprano; Giulio Tampalini,
oublier qu’il ne joue qu’avec une main et comme tel il est très plaisant et per- beau disque ! (Philippe Zanoly) guitare
gauche et assume le style romantique met de prendre conscience des caracté-
BRIL95282 • 1 CD Brilliant Classics
de Bortkiewicz jusqu’au bout. Quant au ristiques d’une clarinette qu’on entend
découvreur David Porcelijn, il est par-
faitement à sa place dans ces raretés.
rarement. (Olivier Eterradossi)
D escendant d’une famille judéo-es-
pagnole ayant subi l’exil en 1492,
Castelnuovo-Tedesco dut lui-même fuir
(Nicolas Mesnier-Nature)
l’Italie en 1939 en raison des persécu-
tions antisémites. Installé aux USA, il se
fit surtout connaitre par ses musiques
de films. Cependant le reste de son
catalogue, malgré un certain acadé-
misme, est loin d’être sans intérêt. Ainsi
Max Bruch (1838-1920)
les œuvres pour piano et celles pour
Concerto pour violon n° 1 en sol mineur,
op. 26 / Edward Elgar : Concerto pour
guitare, dont plusieurs écrites pour
Johannes Brahms (1833-1897) violon en si mineur, op. 26 Andres Segovia, revêtent une colora-
Rachel Barton Pine, violon; BBC Symphony tion personnelle et attachante, souvent
Transcriptions pour violoncelle. Sonate en
Johannes Brahms (1833-1897) ré majeur, op. 78; Six Lieder; 9 Danses Orchestra; Andrew Litton, direction élégiaque, inspirée par les influences
Sonates pour clarinette et piano, op. 120; 4 Hongroises, op. 21 AVIE2375 • 1 CD AVIE Records juives, espagnoles ou italiennes qui ne
Pièces pour piano, op. 119 le quittèrent jamais. Puisant dans sa
S
Francesco Dillon, violoncelle; Emanuele Torquati,
i les nombres en sont les fondations,
Nicolai Pfeffer, clarinette; Felix Wahl, piano piano propre expérience existentielle, le com-
l’alchimie seule transforme l’édifice
AVI8553394 • 1 CD AVI Music BRIL95415 • 1 CD Brilliant Classics positeur produisit ainsi dans ses der-
musical en miracle renversant les lois
niers opus le délicat Diwan de Moshe
C omment faire sa place dans la dis-
cographie avec un tel programme,
pour chaque œuvre duquel tout ama-
D es transcriptions pour violoncelle
d’œuvres de Brahms aussi éloignées
que sont la sonate n° 1 pour violon et
mathématiques lorsqu’un et un ne font
plus qu’un. Or, de la complémentarité
de Rachel Barton Pine et d’Andrew Lit-
Ibn Ezra, sur une version anglaise des
textes du poète andalou des XI-XIIes
piano, six Lieder et neuf danses hon- ton, nous ne pouvons guère que souli- s. qui constitue l’essentiel de cet enre-
teur de Brahms pourrait citer au moins
une demi-douzaine de versions histo- groises, voilà un programme ambitieux gner le déséquilibre. Un et un font deux, gistrement. Il est complété par d’autres
riques  ? Le rédacteur de la notice met et original qui ne manque pas d’intérêt. les individualités restent prisonnières pièces écrites ou arrangées pour voix
l’accent sur le côté crépusculaire des Les transcriptions de violon à violon- de la pluralité mais la violoniste améri- solo et guitare, dont la Ballata dall’Esi-
œuvres, les deux interprètes y mettent celle sont courantes, les deux instru- caine concentre à elle seule l’intérêt et la lio, présentées ici comme autant de
pour leur part comme de la nostalgie ments étant assez proches, ne se diffé- valeur (relative) de cet enregistrement. jalons possibles le préfigurant. Si, pour
traversée de bouffées de jeunesse… renciant que par le registre plus grave Son lyrisme, sa poésie, son engagement des raisons de diction et de balance, la
Le discours s’en trouve plutôt animé, et la tessiture plus étendue du violon- dans l’effusion mais aussi sa personna- soprano Joanna Klisowska n’est peut-
loin de l’ennui distillé par l’académisme celle. Aussi, la Sonate n° 1 pour violon lité à plusieurs facettes (elle se produit être pas l’interprète idéale des pièces en
de bien des versions. Le son de Pfeffer et piano, transcrite par Klengel, s’avère régulièrement avec des groupes de anglais (on regrette bien sûr l’absence
ne m’a pas totalement convaincu (je le à l’écoute d’une lumineuse évidence, Heavy Metal) nous rappellent Nigel Ken- des textes dans le livret ou autrement),
trouve un rien trop perçant et fatiguant le violoncelle amenant une profondeur nedy qui enregistra deux fois le concer- la guitare de Giulio Tampalini est
pour du Brahms… serait-ce dû à l’ins- mélancolique illustrant clairement cette to d’Elgar avec des chefs d’orchestre se expressive et convaincante à souhait.
trument, peut-être une clarinette en buis période mature de Brahms, en pleine distinguant par la conduite de la grande (Alain Monnier)

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Sélection ClicMag !
concertante avec ce concertino pour
violoncelle et cordes écrit en 1965. On
y retrouve le style tardif du compositeur
«  En cette année 1775, on n’avait en-
core jamais vu de pianoforte à Rove-
reto »… l’autobiographie de Ferrari est
Grande Ouverture, op. 61; 6 Ariettes,
op. 95; Variations sur un thème de G.F.
Haendel pour guitare, op. 107; Romance,
viennois, désormais bien documenté pleine de ses émerveillements  : son à Marie Louise d’Austrie, au Berceau de
par la série qu’Avie lui a consacrée ; un premier clavecin, la découverte en com- son Fils, op. 22; Grande Sonate Héroïque
langage tonal qui mêle gravité dans le pagnie de Clementi des réductions de pour guitare, op. 150; 6 Cavatines, op.
bel adagio central et une forme de ten- 6 symphonies de Mozart par Cimador, 39; Cavatine « Di Tanti palpiti », extrait de
dresse douce-amère qui n’est pas sans et puis Cimarosa et Haydn, et ensuite l’opéra « Tancred », varié pour le chant,
rappeler le dernier Richard Strauss, Beethoven, Rossini… Et c’est un peu le avec accompagnement pour guitare ou
celui des concertos pour instruments à résultat de ces enthousiasmes cumulés piano, op. 79
vent. Encore une belle découverte (c’est qu’on entend dans les partitions de 1795 Rossana Bertini, soprano; Davide Ficco, guitare
un premier enregistrement mondial) à retenues pour ce disque. Comme le si- TC780703 • 1 CD Tactus
Hans Gál (1890-1987) laquelle l’éditeur joint judicieusement gnale la notice, on est étonné qu’aient
Concertino pour violoncelle et orchestre à
cordes, op. 87; Sonates pour violoncelle
les deux œuvres pour violoncelle seul
composées en 1982 (Gál avait alors
pu naître la même année des œuvres
si différentes. D’un côté les sonates A vec Fernando Sor, son contempo-
rain espagnol, Mauro Giuliani, com-
seul, op. 109a-b quatre-vingt-douze ans), la suite ayant op.12, taillées « à l’ancienne » en deux positeur et concertiste virtuose, occupe
Matthew Sharp, violoncelle; English Symphony été écrite pour le petit-fils de Gál, Simon mouvements de même tonalité et leurs une place éminente dans l’histoire de la
Orchestra; Kenneth Woods, direction « balletti » (suite de danses, mais sans guitare classique. Étude en Italie, séjour
Fox-Gál, maître d’œuvre et directeur
AVIE2380 • 1 CD AVIE Records artistique de cette résurrection disco- les habituelles allemandes ou gigues  : à Vienne de 1806 à 1819 où il côtoie le

E n 1944, Hans Gál avait écrit un graphique de l’œuvre de son grand- ici hommage à l’Angleterre avec deux milieu musical viennois, puis retour en
vaste concerto pour violoncelle et père. C’est à lui sans doute qu’on doit « inglesina » et un énigmatique « Lam- Italie, et définitivement à Naples. Les
orchestre, une œuvre marquée par la les touchantes photos qui ornent le bridge joy  », associés à une valse pri-
œuvres présentées ici, pour guitare ou
période tragique de la seconde guerre livret de ce disque émouvant, magnifi- mitive encore dénommée «  Walzen  »).
pour voix et guitare, datent pour l’essen-
mondiale et enregistrée par Antonio quement défendu par Matthew Sharp, D’une autre ampleur, des extraits des
opus 9 et 10 qui laissent espérer une tiel de sa période viennoise et montrent
Meneses pour Avie et, tout récemment, accompagné comme toujours avec per-
suite : formes classiques habillées çà et un musicien qui, maitre dans l’art de la
par Raphael Wallfisch pour CPO. Vingt tinence par Kenneth Woods, infatigable
ans plus tard, Gal revenait à la forme héraut de Hans Gál. (Richard Wander) là d’harmonies plus modernes, revoici variation thématique et de la transcrip-
le tournant 18ème-19ème siècles qui tion pour instrument seul, s’accomplit
intéresse tant Neonato, dont la familia- dans l’art de l’accompagnement et de
suite !… avec peut-être d’autres élèves rité avec le compositeur est flagrante. l’écriture vocale à la manière de Rossini.
de Malcolm Bilson (Stefania Neonato La pianiste est née à quelques dizaines Musique élégante, acclimatée à l’esprit
pointe ailleurs le bout de son nez). de kilomètres de Rovereto, où elle a fait
viennois, teintée d’italianismes («  Six
partie du jury des deux premières édi-
(Olivier Eterradossi) ariettes  » sur des poèmes de Metas-
tions du concours de pianoforte « G.G.
Ferrari  ». Pour faire le pont entre les tase), parfois d’inspiration mondaine de
influences italiennes, autrichiennes et par ses dédicaces (« Romance à Marie
anglaises, elle joue une copie par Mc- Louise d’Autriche…  »), brillamment
Nulty d’un Walter und Sohn de 1805 (le virtuose, servie par le guitariste Davide
Jan Ladislav Dussek (1760-1812) modèle semble le même que celui copié Ficco et la soprano Rossana Bertini
Intégrale des sonates pour piano, vol. 1 par Bizzi et confié à Commellato pour qui en maîtrisent toutes les arcanes et
Bart van Oort, piano les variations de Beethoven). Vivement subtilités. Deux œuvres plus tardives  :
la suite ! (Olivier Eterradossi)
BRIL95599 • 1 CD Brilliant Classics l’opus 107, «  Variations sur un thème

S ans rien méconnaître du talent de de Haendel  » (1828) et l’opus 150, la


qui lui prête ses doigts, il se pour- «  Grande sonate héroïque  » posthume
rait bien que la vedette de cet enregis- Giacomo Gotifredo Ferrari (1763-1842) (1840) témoignent, de la part du com-
trement soit le pianoforte utilisé  : un Caprice en do mineur, op. 8; Sonate en positeur au soir de sa vie, d’un retour
étonnant Longman Clementi restauré do majeur, op. 10 n° 1 « for Metternich »; à sa prédilection instrumentale, d’un
en 2002. Malgré une mécanique trop 3 Sonates et 7 Ballets, op. 12 « pour souci du pur langage guitaristique et de
bruyante et quelques cordes dont on Cobelli »; Sonate en la mineur, op. 9 n° 3 l’invention mélodique, sous les formes
perçoit la vibration sympathique dans « pour Clementi »
de la variation et de la sonate. Bel enre-
les passages piano ou cantabile, il nous Stefania Neonato, piano-forte gistrement d’une musique raffinée. A
change des Broadwood qu’on entend
généralement pour illustrer la facture BRIL95646 • 1 CD Brilliant Classics Mauro Giuliani (1781-1829) connaître. (Emilio Brentani)
anglaise (saturant l’espace de réso-
nances et permettant dans le grave un la profusion de son clavier orchestre, tout y est, la caverne, la nostalgie, les
chant qui évoque le violoncelle). Bart Sélection ClicMag ! m’avaient étonné en bien, mais l’atten- enchantements et les fureurs de Can-
van Oort, qui en tire le meilleur, inau- dais-je dans Falla qui veut idéalement delas, le conte et le ballet, les sanglots
gure ici une intégrale que l’éditeur a un clavier plus sec, des angles plus des cantaores, une danse du feu qui ne
décidé de confier à divers pianistes (et vifs et n’a, croit-on, que faire d’un tel pourrait être un bis, tout cela incarné
peut-être divers instruments ?). L’opus instrument  ? Dès les Quatre Pièces dans un piano orchestra assez fabuleux,
10 qui constitue l’essentiel du disque espagnoles, je dois abandonner ma qui peut se tenir à coté de celui d’Alicia
montre Dussek à la croisée des che- défiance  : ce clavier plein sait les faire de Larrocha, c’est dire ! Autre coup de
mins  : deux des trois sonates sont en danser et leur donne un sacré caractère, génie, une Fantasia Baetica visionnaire,
deux mouvements (à la façon d’Alberti, même si les sorcelleries de timbres roide, droite et puissante, qui a un petit
déjà ancienne à l’époque, mais «  mo- d’une Alicia de Larrocha n’y sont pas.
dernisées  » par l’emploi de tonalités coté Sacre du printemps, rituel primitif
Heureusement, Ohlsson nous épargne
différentes), beaucoup de tournures sont Ohlsson transmue le piano clavier
Manuel de Falla (1876-1946) les pièces de jeunesse qui ne sont
évoquent les contemporains (Mozart, là encore en un orchestre aux strates
Fantasia Baetica; El sombrero de tres qu’anecdotes, il préfère les transcrip-
et Haydn qu’il connut bien), mais les tions des ballets que Falla brossa pour multiples qui exploite les complexités
picos; El amor brujo
adagios ont le regard tourné vers le lui-même et pour Vines. Son Tricorne harmoniques de la partition et désigne
Garrick Ohlsson, piano
romantisme, avec leurs détours harmo- est très visuel, d’un piano vraiment à quel degré Falla y a atteint un point de
CDA68177 • 1 CD Hyperion non retour. Plus andalou serait impos-
niques et leurs changements de direc- orchestre et pas une trace des stylisa-
tion inattendus. Prise de son presque
trop bonne, qui ne laisse rien ignorer G arrick Ohlsson aura pris son temps
pour venir au disque confronter son
grand piano aux espagnols, mais on
tions XVIIIe siècle qu’y dorait Larrocha
n’y parait, mais assurément la danse, le
sible, semble proclamer Ohlsson. Le
plus étonnant est bien qu’il le fasse dans
un clavier jamais guitare, où aucune
du fonctionnement de l’instrument et grand geste de Massine. C’est Ballets
notice courte mais très informative  : doit se souvenir qu’au concert il avait russes  ! Le premier coup de génie du facilité, aucune Espagne de pacotille ne
voilà un disque qui préfigure peut-être commencé assez tôt. Ses récentes disque résonne dès la proclamation de parait jamais. Mais, quelle Andalousie !
une intégrale exceptionnelle. Vite, la Goyescas, peintes à grands traits, dans la Pantomime qui ouvre El amor brujo : (Jean-Charles Hoffelé)

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Alphabétique
nombre des cordes et tenue de l’archet
variaient selon les luthiers et les écoles.
Au tournant du XVIIIème siècle appa-
raît à Naples une génération de violon-
cellistes utilisant des instruments un
peu plus grands que ceux de Bologne
(mais un peu plus petits que les grands
violoncelles de Stradivarius qui ont
presque tous été raccourcis au XIXème
Imogen Holst (1907-1984) John Johnson (?1545-?1594) Raul Koczalski (1885-1948) siècle), et adeptes inconditionnels de la
Quatuor Fantaisie; Duo alto et piano; Trio Œuvres pour luth de John Johnson (?1545- Impressions de Pologne, op. 86; Romance, tenue de l’archet avec la main AU DES-
à cordes n° 1; The Fall of the Leaf; Sonate ?1594) et Anthony Holborne (?1545-1602) op. 142; Ballade, op. 87; Sonate piano n° SUS. Parmi ces instrumentistes, Salva-
violon et violoncelle; Quintette à cordes Yavor Genov, luth (Luth 7 cordes de Ivo Magherini
1, op. 74 tore Lanzetti est une étoile majeure. Né
Ensemble Court Lane Music [Simon Hewitt-Jones, après Georg Gerle, Innsbruck, 1550 (Vienne)) Monika Dondalska, violon; Krzysztof Figiel, piano à Naples vers 1710, il entame très jeune
violon; David Worswick, violon; Tom Hankey, alto; AP0383 • 1 CD Acte Préalable une brillante carrière internationale qui
BRIL95551 • 1 CD Brilliant Classics le conduit à Paris dès 1736. Son appari-
Q
Oliver Coates, violoncelle; Thomas Hewitt Jones, ui se souvient aujourd’hui de Raoul
violoncelle; Daniel Swain, piano]
NMCD236 • 1 CD NMC
O rpheus Anglorum, littéralement
«  Orphée anglais  » en hommage à
Orphée le Thrace qui possédait, selon la
Koczalski (1884-1948) ? Surnommé
un temps le « Mozart polonais », ce pia-
tion au Concert Spirituel fit sensation et
y inaugura la vogue durable de l’instru-
ment, y faisant des émules comme Bar-
niste, virtuose dès l’enfance, remarqué
B ien qu’ayant composé à différentes
étapes sa vie, Imogen Holst, fille de
légende, le pouvoir magique de séduire
les êtres par son chant et sa poésie.
par A. Rubinstein, étudia entre autres
avec K. Mikuli, lui-même disciple privi-
rière, ou Corette qui y publie dès 1741
sa méthode pour le Violoncelle. C’est à
Paris que sont publiées la même année
Gustav Holst, voit la notoriété de son Assurément, cet opus nous séduit, en légié de Chopin. Donnant des concerts les 12 sonates de l’Opus 1, et qu’y
travail desservie par la rareté de publi- premier lieu par la richesse des compo- dans beaucoup de pays, il résida prin- paraîtront également celles des Opus 5
cation de ses œuvres plus exigeantes. sitions de ces luthistes parmi les plus cipalement en Allemagne et laissa des et 6, en 1755 et 1756. Londres, Turin,
Ce disque y pallie en partie, qui couvre, représentatifs de l’ère élisabéthaine, interprétations célèbres du compositeur
en six tableaux, l’étendue de la vie Francfort fêtent également le musicien.
Johnson et Holborne, et deuxième- national polonais. Mais il fut également Après avoir commencé sa carrière à la
créatrice de celle qui fut l’assistante de ment par la qualité de l’interprétation un compositeur assez prolixe dont le Cour de Savoie en 1727, c’est là qu’il
Benjamin Britten. Niché dans le pastora- du luthiste, Yavor Genor. Nous sommes label Acte Préalable entend aujourd’hui reviendra se fixer après 1760, jusqu’à
lisme anglais du début XXe, le Quatuor là en présence des pionniers de la favoriser la redécouverte. Très inspirée sa mort en 1780. Son œuvre connue
Fantaisie (1928) séduit aimablement musique Renaissance qui engendrera par l’esthétique romantique qui, pour consiste uniquement en sonates pour
au travers de deux motifs initiaux, qui un peu plus tard les fastes et la gran- l’auteur, représentait une sorte d’absolu, violoncelle et continuo, incluant les 25
surgissent et ressurgissent, vertèbres deur de la musique baroque. Pourtant, la musique pour violon et piano présen- ici brillamment enregistrées, et cinq
d’une pièce où s’exprime l’influence l’austérité de la période élisabéthaine ne tée ici ne dédaigne ni une certaine ins- autres manuscrites situées à Paris.
de Ralph Vaughan Williams, du Royal piration populaire ni un lyrisme plutôt L’opus 2, publié à Londres en 1747
se prêtait guère aux innovations musi-
College of Music. Le Trio à cordes n° appuyé. Trois des œuvres proposées, par Walsh très probablement sans
cales des musiques de cour aux codes
alliant nostalgie et sérénité, datent de autorisation de l’auteur, consiste en une
1 (1944) - avec son mouvement final si bien établis. Jonhson et Holborne,
1915, année où le compositeur fut in- réédition des cinq premières sonates
hypnotique - signe le retour à l’écriture par leurs pavanes, gaillardes et autres terné en Allemagne parce que détenteur de l’opus 1, dont la cinquième consi-
sérieuse de la compositrice lors des sti- allemandes, s’en évadent allègrement d’un passeport russe ; la quatrième, de dérablement remaniée, et d’une sonate
mulantes années d’enseignement à Dar- par de riches mélodies, souvent graves 1942, est contemporaine d’une nou- jusqu’alors inconnue, avec une distribu-
tington. Retour temporaire car la colla- et mélancoliques, d’une grande pureté velle détention du compositeur du fait tion alternative. Les sonates de Lanzetti
boration avec Britten occupe beaucoup harmonique. Le luthiste maintenant, de la guerre. A bien les écouter, les requièrent une haute virtuosité, et un
et ce n’est qu’en 1962 que The Fall of déjà remarqué dans Kapsberger et Zam- parties de piano empruntent finalement son puissant, qualités que le jeu viril
the Leaf raconte la pluie d’automne, le boni, Yavor Genov offre une interpréta- plus au dialogue qu’au simple accom- et mélodieux de Francesco Galligioni
jaune et le rouge des feuilles et ce vent tion aérienne et subtile, caractérisée par pagnement, tandis que les parties de porte aux sommets dans cette musique
qui les maltraite. Le Quintette à cordes la délicatesse du trait et la précision du violon tendent volontiers à épancher ravissante. Le style des sonates évolue
(1982) clôt l’album en même temps que jeu, nous offrant un nouvel éclairage vers l’aigu leurs sentimentales effu- du haut baroque des premiers opus
les œuvres d’envergure d’une figure sur cette musique Renaissance souvent sions. L’interprétation de M. Dondalska, au langage galant, déjà préclassique,
qui a mérité de se faire un prénom. considérée, à tort, comme ennuyeuse. comme la prise de son, se plaisent cer- de l’opus 5, déjà presque bocchéri-
(Bernard Vincken) Attention : Pépite ! (Philippe Zanoly) tainement à souligner cette brillance. nien. L’interprétation magistrale de
(Alain Monnier) Galligioni l’intégrale de l’œuvre publiée
de Lanzetti fait de ce coffret un must
œuvre, témoignage de la profonde mé- pour tous les amoureux du violoncelle.
Sélection ClicMag ! lancolie qui habitait le compositeur. La (Jean-Michel Babin-Goasdoué)
poésie russe, Pouchkine en tête, fournit
les textes. Trois jeunes chanteurs se
partagent le programme. On se laisse
séduire par le timbre lait et miel de la
soprano Victoria Evtodieva, l’élégance
racée de la mezzo Lyudmila Shkritil,
la noblesse et le lyrisme de la basse
Piotr Migunov, tous portés par le piano Salvatore Lanzetti (1710-1760)
sensible et imaginatif de Yuri Serov
6 Sonates pour deux violoncelles, op.
(entre autres exemples, l’introduction
2; 6 Sonates pour violoncelle et basse
Mikhail Ivanovitch Glinka (1804-1857) de « Doute »). Récital hétéroclite, sans
aucun moment faible. Chacun y puisera
continue, op. 5; 6 Solos Nicholas Ludford (?1485-?1557)
Romances et mélodies choisies Fracesco Galligioni, violoncelle; L’Arte dell’Arco
suivant ses goûts ou ses états d’âme du Ave Maria, ancilla Trinitatis; Missa Videte
Victoria Evtodieva, soprano; Lyudmila Shkirtil, BRIL95525 • 5 CD Brilliant Classics miraculum
mezzo-soprano; Piotr Migunov, basse; Yuri Serov, moment. L’auteur de ces lignes avoue

A l’orée de l’existence du violoncelle, Chœur de l’Abbaye de Westminster; James O’Don-


piano un faible pour la pudique douleur de la
nell, orgue, direction
« Chanson de Marguerite » (de Faust). au XVIIème siècle, en Italie, la pre-
NFPMA9920 • 1 CD Northern Flowers CDA68192 • 1 CD Hyperion
Parenté avec le Lied allemand, le texte mière cité à s’illustrer par l’art de ses

P ère fondateur de la musique russe,


Glinka composa tout au long de sa
vie des mélodies. Synthèse d’influences
est chez Glinka consubstantiel à la
mélodie. L’absence de traduction des
violoncellistes fut Bologne, dès les
années 1650, avec des artistes comme N icholas Ludford compositeur anglais
de l’époque Tudor dans la lignée de
textes empêchera les non-russophones Vitali, Degli Antoni, Gabrielli, etc…. Robert Fayrfax et de John Taverner a
italiennes pour le chant, espagnoles de goûter pleinement cet important Dans ses balbutiements, le violoncelle composé une vingtaine de messes dont
pour le rythme, et allemandes pour la disque, qui aurait mérité un texte de n’était pas un instrument standardisé un cycle de sept messes à trois parties
polyphonie. Elles sont à la matrice des présentation plus fouillé, et une po- comme il le deviendra plus tard. Taille dédiées à la Vierge «  Lady Masses  »
opéras, et le versant plus intime de son chette plus avenante. (Olivier Gutierrez) de la caisse, largeur de la touche, conçu pour être chanté en petit comité

8  ClicMag avril 2018  www.clicmusique.com


dans des chapelles des institutions et finesse les jeunes membres polo- ni d’éclat, le jeu de l’organiste est digne
religieuses chaque jour de la semaine. nais du Four String Quartet, dans ce d’éloges, mais tout ce qui est chant
Homme secret et dévot, Ludford deuxième volume qu’ils consacrent au (grégorien ou non) est souvent terne,
possède un style propre savamment compositeur chez Acte Préalable. On ne sans relief, parfois comme étouffé et
contrapuntique mais il s’avère surtout s’étonnera pas de retrouver des échos confus (et ce n’est pas qu’affaire de
soucieux d’explorer la tessiture vocale marqués de Tchaikovski dans le premier
prise de son). Des voix solistes acides,
par une surabondance de mélodies, (surtout les quatuors mais aussi le sex-
une mise en place approximative, un
une recherche de détails «  fleuris  » le tuor « Souvenir de Florence » du maître
tout mêlant exubérance et concision. La chant peu habité ou mal articulé — par-
russe), qui reçut le Premier Prix de la So-
« Missa Videte miraculum » à six voix ciété de Musique de Chambre de Saint- fois même comme une bouillie sonore. Jacques Offenbach (1819-1880)
témoigne de cette approche imagina- Pétersbourg en 1903. Le troisième et (Bertrand Abraham) Mélodies choisies
tive et scrupuleuse du texte illustrée dernier, publié par Belaïeff en 1914, pré- Mariam Sarkissian, mezzo-soprano; Fanny Crouet,
par un style volontiers décoratif sem- sente une facette beaucoup plus origi- soprano; Daniel Propper, piano
blable aux enluminures des manuscrits nale, débutant avec un long mouvement BRIL95641 • 1 CD Brilliant Classics
gothiques. Deux de ces courtes « Lady où se juxtaposent des variations graves,
Masses » sont incluses au programme.
Elles révèlent en quelques minutes, où
sereines ou franchement espiègles,
avant un mouvement lent au caractère
N otre connaissance de l’énorme
production de Jacques Offenbach
s’étoffe peu à peu. Après la recréa-
de brèves sections chantées alternent de chanson russe triste, et un finale
avec l’orgue, la force et l’intensité du tion spectaculaire de «  l’autre  » opéra
ensoleillé qui ne craint pas de s’aven-
langage harmonique du compositeur. romantique «  Les Fées du Rhin  » en
turer dans des dissonances hardies.
Le chœur de la Westminster Abbey (La 2002, le triomphe critique du «  Grand
(Jean-Michel Babin-Goasdoué)
ville où vécut le compositeur) composé concerto militaire  » pour violoncelle
d’une bonne partie de trebles, pou-
Giovanni Morandi (1777-1856) en 2006, la parution des «  Duos pour
vaient être évidemment les plus qua- Introduction, thème et variation à 4 mains; violoncelles  » en 2014 (Brilliant Clas-
lifiés pour interpréter ces messes. Ils Sonates n° 1-7; Offertoires; Symphonies sics), voici que parviennent chez le
attestent effectivement d’une endurance « di Urbino », « Mariale » et « Pastorale »; même éditeur d’intéressantes mélodies.
et d’une homogénéité à toute épreuve Cantabile; Pastorale à 4 mains; Elévation; Œuvres de jeunesse, elles ont contribué
dans ces pages condensées, écrites Postcommunion à la réputation de leur auteur et aidé
dans des tessitures souvent délicates. Giovanna Franzoni, orgue; Elena Gentiletti Drago, à ses rapides succès parisiens  : trois
(Jérôme Angouillant) orgue (Orgue Callido de San Lorenzo Martire de sont d’ailleurs écrites dans la langue
San Costanzo, 1776; Callido de l’Eglise Sant’Agos- maternelle du compositeur, l’allemand.
tino de Pesaro, 1784; Morettini de l’Eglise San Deux autres recourent à un instrument
Célébrations de Pâques à la Basi- Michele Arcangelo d’Ancone, 1898) «  obligé  », clarinette ou violoncelle,
lique St. Marc, Venise 1600 ELEORG033 • 2 CD Elegia tandis qu’un immense duo bouffe très
opératique, «  Meunière et fermière  »,
M
C. Monteverdi : Graduale Haec dies es
orandi est considéré comme le clôt le recueil. Le spécialiste mondia-
quam fecit Dominus; Laudate Dominum;
Alleluia Pascha nostrum immmolatus est compositeur italien de musique lement reconnu Jean-Christophe Keck
Christus; Sequentia Victimae Paschali d’orgue le plus important de la première a, enfin, mis à disposition les partitions
laudes; CommunioPascha nostrum moitié du XIXe siècle. Époux d’une can- de cinq d’entre elles. La veine mélo-
immmolatus est Christus; Cantate Domino; tatrice célèbre, il l’accompagna dans dique imparable d’Offenbach rend leur
Ave Maris Stella / G. Gabrieli : Toccata del
Secondo Tono, Ch 236; Introitus Resurrexi
ses voyages et ses succès, rencontra écoute agréable, bien que la variété de
Witold Maliszewski (1873-1939) Rossini alors que celui-ci était très l’harmonie ne soit pas leur point fort ;
et adhuc tecum sum; Canzon I « La Spiri-
Quatuors à cordes n° 1 et 3; Mélodie de même, l’accompagnement de piano
tata », Ch 186; Canzona II-II a 4; « Paolo jeune, et devint son conseiller et ami.
Artur Cimirro, piano; Four Strings Quartet Cima Sonata »; Offertorium Terra tremuit; n’outrepasse guère le comme-il-faut de
Il fut lié à Mercadante, à Spontini, à
AP0376 • 1 CD Acte Préalable Ricercar Noni Toni, Ch.226
Paër. C’est dire si l’opéra influença sa la mélodie de salon. Le disque tire ainsi

B ien que né à Mohylov Podolski en Dimitri Betti; Elisabetta Braschi; Elisabetta Caruso;
carrière. Sa musique d’orgue est une tout son prix du mezzo-soprano velou-
Sumiko Okawa; Simone Emili; Kentaro Kitaya; té, entêtant, superbement phrasé de
Pologne, Maliszewski émigra très musique d’opéra et les pièces renvoyant
Ensemble Capriccio Armonico; Gianni Mini, Mariam Sarkissian. Malheureusement,
jeune avec sa famille vers le Caucase. direction; Ensemble San Felice; Federico Bardazzi, à la liturgie, ne se distinguent pas des
Son père étant décédé alors qu’il n’avait le soprano aigrelet et peu intelligible de
direction sonates et autres symphonies. Le
que 6 ans, sa mère, pianiste de talent, sa partenaire n’ajoute rien à sa mise en
BRIL95747 • 1 CD Brilliant Classics modèle prédominant de sa production valeur. (Jacques Duffourg-Müller)
se mit à donner des leçons privées pour

L
faire vivre sa famille, et initia le jeune e style polychoral vénitien doit son d’âge mur est l’ouverture rossinienne
Witold à la musique classique. C’est au essor aux particularismes architec- dont on retrouve des quasi-citations
lycée de Tbilissi (Géorgie) que le jeune turaux de la basilique Saint Marc. Il dans ses pages. Une introduction lente
musicien s’initia au violon, participant induit une diversification de la musique faite d’une formule bien découpée et
également aux activités de l’orchestre religieuse en favorisant l’alternance de répétée, est suivie d’un développement
scolaire en tant que pianiste. C’est pièces dont les interprètes sont distri- d’une vélocité légère, qui introduit de
dans la même ville qu’il intégra en 1889 bués dans l’espace, et joue des effets nouveaux thèmes, avant une conclu-
l’Académie de la Société de Musique, ainsi produits. À côté du grégorien
sion. L’anthologie présentée ici puise
sous la férule d’Ipolitow-Ivanov, qui naissent des pièces d’orgue variées, des
dans les différentes «  périodes  » (de
devait plus tard devenir directeur du compositions orchestrales permettant
aux cuivres (trombetti) de remplir l’es- la jeunesse à la vieillesse) du composi-
Conservatoire de Moscou, et avec qui il Johann Joachim Quantz (1697-1773)
pace, des morceaux pour instruments teur. Cette musique est de bout en bout
assimila la théorie musicale. De 1891 à Concertos et sonates pour flûte à bec
1897 il fut étudiant à Saint Pétersbourg, mélodiques ou solistes vocaux. Entrant théâtrale, ronflante, tourbillonnante.
D’une profusion bavarde et répétitive, Collegium Pro Musica
à l’Académie militaire de Médecine, dans la composition des offices, toutes
d’où il sortit diplômé. Mais l’appel de ces formes ont par ailleurs tendance à usant sans cesse des mêmes procé- BRIL95386 • 1 CD Brilliant Classics
la musique était trop fort, et il se per-
fectionna en théorie avant d’intégrer la
classe de composition de Rimski-Kor-
s’autonomiser et à exister alors comme
autant de genres à part entière. Ce Cd
propose la «  reconstruction  » d’un of-
dés. L’auditeur qui découvre pour la
première fois qu’un tel répertoire a pu, C ’est le hasard du décès inopiné de
son père forgeron qui décida de la
carrière musicale ultérieure de Quantz.
historiquement, être écrit pour l’orgue
sakov, produisant au bout de 5 années fice de Pâques tissé d’extraits des Selva et joué dans des églises (l’Italie étant Confié à son oncle musicien Justus
d’études sa Symphonie n° 1 Opus 8 en Morale et Spirituale de Monteverdi, du évidemment le pays où ce type de Quantz, à Merseburg, il entame une for-
sol mineur. L’accueil de la critique et du Laudate dominum pour soprano solo mation musicale de 5 années, continuée
musique connut l’essor le plus grand),
public fut enthousiaste. Maliszewski ne et b.c. du même compositeur, du motet avec le gendre de l’oncle après la mort
sera cependant — passé l’effet de
négligea pas pour autant la musique Cantato Dominum pour deux sopranos, de ce dernier. Outre une éducation mu-
de chambre, écrivant à partir de 1903 de pièces d’orgue ou de canzone pour surprise initial — assez vite lassé, ou sicale théorique très étendue, le jeune
une sonate pour violon, un quintette à divers instruments de Gabrieli, etc. Le simplement amusé. L’intérêt est surtout musicien apprend le violon, le hautbois,
cordes (à deux violoncelles), et trois tout laisse une impression mitigée  : musicologique (les instruments utilisés, la flûte à bec, la trompette, la viole de
quatuors à cordes. Ce sont les numéros l’interprétation des pièces instrumen- d’époque, sont en parfaite adéquation gambe, la contrebasse et le clavecin…
1 et 3 qu’interprètent ici avec panache tales ne manque en général ni d’allant, avec les œuvres). (Bertrand Abraham) mais pas la flûte traversière. Âgé de 15

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Alphabétique

Sélection ClicMag !
Baroque Choir; Czech Ensemble Baroque Orches-
tra (instruments d’époque); Roman Valek, direction
SU4240 • 1 CD Supraphon
Richter mené à bien par Roman Valek et
son orchestre, même s’il le fait précéder
d’une Sinfonia pleine de trompettes et
A lessandro Scarlatti a composé un
nombre conséquent d’oratorios
sacrés (entre trente et quarante) sur

L e grand Te Deum brossé à fresque par de tambours qui caracole un fabuleux des livrets latins ou italiens. Leur style
Franz Xaver Richter aura retenti dans portique pour le Te Deum : à la toute fin d’écriture diffère peu de celui des opé-
la Cathédrale de Strasbourg le 30 sep- du disque, le bref Exsultate Deo, lui aus- ras quant à la forme elle est inchangée :
tembre 1781 : on célébrait le centenaire si avec trompettes et timbales, sonne après une brève ouverture, deux par-
du rattachement de la capitale d’Alsace comme une flèche de feu, lancé et ties, alternance d’airs et de duos entre-
au Royaume de France. Sa pompe écla- fulgurant, merveille du baroque tardif. coupée de récitatifs avec parfois des
tante parait pour la première fois au Mais le Concerto pour hautbois apporte ritournelles orchestrales et des chœurs.
disque, solaire, altière, une splendeur un tout autre éclairage, merveille où Cet Oratorio «  per la Santissima Tri-
montrant tout l’art de Richter qui savait se mêle l’Empfindsamkeit au Rococo, nita  » (Pour la Sainte Trinité) est écrit
Franz Xaver Richter (1709-1789) écrire fastueux sans oublier de faire ré- œuvre double qui ne choisit pas et ne pour cinq voix, cordes (du théorbe à
Sinfonia n° 52; Te Deum 1781; Concerto sonner le texte : les accents tranchants cesse d’étonner. Alors oui, pour le 4e la contrebasse, violoncelles et violons)
pour hautbois; Motet « Exsultate Deo » sur le «  non  » de «  non confundar in volume, si Roman Valek pouvait laisser basse continue, un orgue et un clave-
Marketa Böhmova, soprano; Pavla Radostova, aeternum  » illustrent bien sa manière l’église pour nous en dire un peu plus cin. Le compositeur ne s’attarde pas
soprano; Piotr Olech, alto; Jaroslav Brezina, ténor; très libre de réécrire les canons d’un sur Franz Xaver Richter au concert, je sur les différents airs qui dépassent
Jakub Kubin, ténor; Jiri Miroslav Prochazka, basse; style. Ce n’est pourtant pas l’ouvrage découvrirais probablement quelques rarement deux minutes. Juste le temps
Luise Haugk, hautbois baroque; Czech Ensemble le plus surprenant de ce nouvel album nouvelles perles. (Jean-Charles Hoffelé) pour l’auditeur de percevoir les senti-
ments des personnages tandis que les
récitatifs concis l’informent de l’action
ans, il est remarqué par l’Electeur de mènent déjà vers l’époque classique. dramatique. Pour ces raisons, l’œuvre
Hanovre et Roi de Pologne Auguste le (Jean-Michel Babin-Goasdoué) nous laisse un peu sur notre faim.
Fort alors qu’il participe à des festivités On retiendra dans la première partie
en tant que trompettiste (!). Il atten- les trois airs les plus développés  : le
dra l’année suivante pour intégrer la «  Costante prestar fede  » tendre et
«  Chapelle Polonaise  » du souverain, plaintif, le «  Or di voi piu fortunaro  »
comme hautboïste (!), mais stimulé et le «  Quell’amor  » tout aussi émou-
par l’exemple et les enseignements du vants, chantés respectivement par la
flûtiste français Pierre-Gabriel Buffardin Foi et l’Amour Divin (les deux sopra-
qui fait partie de l’ensemble, il com- Johann Rosenmüller (?1619-1684) nos Linda Campanella et Silvia Bossa).
mence l’étude de la flûte qui deviendra « In te Domine speravi », Concertos sacrés La seconde partie offre quelques jolis
son instrument définitif. Son patron lui sur le psaume n° 31 numéros. Les airs rapides et les duos
octroie un long voyage d’études qui lui Weser-Renaissance; Manfred Cordes, direction sont prestement exécutés par des voix
permettra de rencontrer Vivaldi, Gaspa- Sergei Rachmaninov (1873-1943) CPO555165 • 1 CD CPO souvent malmenées par ailleurs. Ainsi,
rini, Lotti, Albinoni et Marcello à Venise, le personnage central de « Théologia »
T
Fantaisie-tableaux pour 2 pianos; Suite n° ranquille ville de Basse-Saxe, Wol-
Porpora, Hasse et Alessandro Scarlatti à 2 pour 2 pianos, op. 17; Six Morceaux pour souffre de la fragilité vocale (timbre
Naples, mais aussi Sammartini, Leclair, fenbüttel fut à la Renaissance une
piano à 4 mains, op. 11 ingrat et justesse approximative) de son
Guignon, Roland Marais, Forqueray, et capitale intellectuelle et artistique de
interprète l’alto Gianluca Belfiori Doro.
le flûtiste Blavet en France ; Haendel
Charles Owen, piano; Katya Apekisheva, piano premier plan qui accueillit le premier
Les Ténor (Tempo) et basse (Infedelta)
le prie en vain de rester à Londres. A AVIE2381 • 1 CD AVIE Records théâtre permanent du Saint-Empire,
s’en sortent mieux. L’ensemble instru-
Vienne, il prend des leçons de contre- mais aussi une importante biblio-

R achmaninov rectifié Vinteuil, on peut mental dirigé par le découvreur de la


point et théorie avec Fux et Zelenka. A thèque, et une collection d’art antique,
être comme survisité par ce déjà partition Estevan Velardi est irrépro-
son retour à Dresde, il reprend son ser- sous l’impulsion de princes cultivés et
chable et accompagne les solistes avec
court chef d’oeuvre op. 5 (et idem pour assez mélomanes pour accueillir un
vice à la Chapelle Royale, où il est « re- zèle et efficacité. Et la Sainte Trinité dans
péré » par Frédéric, futur roi de Prusse. son premier trio) du jeune protégé d’un compositeur de l’importance de Rosen-
tout ça me direz-vous ? Ne comptez pas
Outre les talents de flûtiste de Quantz, Tchaikovski alors récemment disparu. müller, malgré les mœurs scandaleuses
sur l’amphigourique livret signé Mario
son beau visage et sa haute taille sont Ce duo nous avait antérieurement com- qui le contraignirent à des décennies
Marcarini et l’absconse notice «  musi-
certainement aussi à l’origine de l’inté- d’exil hors d’Allemagne. Le composi-
blés avec un Sacre du printemps à dé- cologique  » pour vous éclairer ; ce,
rêt du futur souverain, qui ne deviendra teur passa les deux dernières années de
coiffer les momies de conservatoire (où malgré un guide d’écoute détaillé mais
finalement son deuxième et dernier sa vie à Wolfenbüttel comme Maître de
aucun lecteur de ClicMag, cela va mieux prosaïque. (Jérôme Angouillant)
patron qu’en 1741, une fois devenu roi. chapelle. Avec son Weser Renaissance
sans ne pas le dire). Leur première suite Ensemble, Manfred Cordes nous convie
Désireux d’avoir Quantz « à tout prix », il
lui octroie le salaire mirobolant (et à vie) (ou Fantaisie-Tableaux), bien concur- à une expérience particulière  : sept
de 2000 thalers annuels (CPE Bach, col- rencée au disque, figure parmi les meil- versions du Psaume 31 In te domine
lègue de Quantz pendant 30 ans comme leures, traversée à droite du clavier par speravi. Testament spirituel et musical,
claviériste du roi, n’en gagne que 300). Rosenmüller y est au sommet de sa
une incessante dégoulinade en prise de
Le musicien, outre l’enseignement pro- technique et de son inventivité. Il serait
bec pépiante d’oiseaux de féérie russe. donc vain d’isoler tel ou tel ou moment.
digué au souverain, et la participation à
La Barcarolle comme Les larmes sont à Un disque exigeant mais essentiel  :
ses concerts privés quotidiens, écrivit
pour Frédéric 297 concertos pour une faire pleurer les pierres (et jusqu’à Pierre entreprenez ce voyage. Travail éditorial
ou deux flûtes, environ 350 sonates, et le Grand). A la rigueur, on pourrait sou- exemplaire de CPO. (Olivier Gutierrez)
haiter moins de fondu très à la musique
Philipp Scharwenka (1847-1917)
47 sonates en trio, et rédigea un très
important traité sur le jeu de la flûte. Arie, op. 51; Suite violon et piano, op. 99;
française, davantage d’accentuations.
Sonate violon et piano, op. 110
Il fut aussi actif en tant que facteur de Ne serait-ce que le final n’éclate pas tout Oriana Masternak, violon; Slawomir Cierpik, piano
flûtes (avec plusieurs innovations tech- à fait assez à toutes volées d’airain en
niques). Il est très difficile de dater les AP0395 • 1 CD Acte Préalable
« saint triomphe » (dixit le poème inspi-
œuvres de Quantz. Dévoué à la flûte tra-
versière pendant la majorité de son acti-
vité, il avait cependant appris le jeu de la
rant) de la grande Pâque orthodoxe (et
c’est une enfance passée dans l’ombre
I l y a encore une dizaine d’années,
Philipp Scharwenka (1847-1917)
était surtout connu comme le frère du
flûte à bec qui est mise à l’honneur dans d’une église qui nous fait vous le dire !). célèbre pianiste-compositeur Franz
ces pièces rares. Le style mélodieux Mais de toute façon, quelle inspiration Xaver Scharwenka (1850-1924). Le
de Quantz est une heureuse synthèse géniale, en somme d’une nostalgie na- Alessandro Scarlatti (1660-1725) label polonais Actes Préalable s’inscrit
des «  grands «  de son époque, tels Oratorio pour la Sainte Trinité, en 2 parties dans cette démarche de redécouverte
tive... Plus professionnelle, la deuxième
que Vivaldi, Telemann, mais aussi CPE Linda Campanella, soprano; Silvia Bossa, soprano; avec un enregistrement dédié à la mu-
suite émeut moins, et plus alimentaire,
Bach ou Hasse, entre autres. L’interpré- Gianluca Belfioni Doro, alto; Mario Cecchetti, sique pour violon et piano de l’aîné des
tation enthousiaste de Stefano Bagliano l’op. 11 garde toute sa séduction salon- ténor; Carlo Lepore, basse; Alessandro Stradella Scharwenka, et notamment avec une
et de son ensemble restitue toute leur nardante, que son auteur renia quelque Consort (instruments d’époque); Estévan Velardi première mondiale  : l’Arie op. 51. Ty-
saveur à ces musiques qui nous em- peu. (Gilles-Daniel Percet) BRIL95535 • 2 CD Brilliant Classics pique de la tradition romantique tardive

10  ClicMag avril 2018  www.clicmusique.com


allemande, cette pièce aux allures d’élé- on pense que Schubert composa bien famille Pschorr qui l’aura joué avec les
gie a connu un certain succès en son une vingtaine de quatuors), où la véhé- Sélection ClicMag ! Strauss dût s’en régaler, musique facile,
temps. Quant à la Suite op. 99, elle se mence tourne souvent à la course à qui partout tombe sous les doigts et
caractérise par l’association de quatre l’abîme. De ce grand massif de chambre chantonne. Les munichois la respirent
pièces à l’expressivité et au tempo très (comprenant le quintette à cordes, mais en tempo tranquille, en savourent les
contrastés, mais aussi par une volonté alors, on aurait souhaité aussi celui ingénuités, et on les suit avec un plaisir
de faire écho aux suites anciennes. Bien avec piano, dit La truite...), le quatuor sans frein, car ces musiques sont sim-
qu’il s’agisse de pièces de Salon, elles Verdi - d’anciens lauréats de la Juilliard plement belles. Le grand Quatuor avec
cherchent à mettre en valeur la virtuo- School, qui se formèrent notamment piano composé l’année de ses vingt ans
sité des interprètes. Enfin, la Sonate auprès des Amadeus – donne une pourrait être absolument de la main
op.110, en deux mouvements, est une lecture fidèle voire appliquée, neutre, de Brahms, pour les thèmes, les har-
œuvre tout aussi contrastée. Le premier ronde, égale, qu’il est permis de juger monies, la conduite de l’ensemble, et
mouvement est de caractère drama- souvent pas assez incisive. Du mordant Richard Strauss (1864-1949) montre qu’alors le jeune Strauss avait
tique, là où le second se distingue par romantique, de la tragédie, de l’élan, Trio piano n° 2; Quatuor piano, op. 13 déjà en quelque sorte réglé le problème
son atmosphère bucolique. L’interpréta- que diable ! (Gilles-Daniel Percet) Tilo Widenmeyer, alto; Münchner Trio de son identité. L’œuvre est bercée
tion irréprochable de Oriana Masternak par une mélancolie prégnante, c’est
GEN18496 • 1 CD Genuin
et Slawomir Cierpik illustre à merveille un adieu, ceci n’est plus son monde,
les différentes facettes de la musique de
ce compositeur polonais à (re)découvrir L es œuvres d’un jeune homme  ! En
1878, alors qu’il écrit son Second
Trio qui musarde entre Brahms et un
il regarde déjà ailleurs. Mais comme
c’est écrit ! Avec combien de subtilités,
absolument. (Charles Romano) d’élégances, sans une once de pathos,
esprit assez Biedermeier, Strauss est toujours sur la corde de l’expression et
au lycée, et ne sait pas que tout son avec ça et là des envolés lyriques que
art s’emploiera entre l’orchestre et la pourraient chanter des sopranos, déjà
scène. Les formules pianistiques qui une Maréchale d’ailleurs. Sans sollici-
font tout le charme de cette œuvrette ter, en portant le texte tout en finesse,
aux allures de sérénade proviennent Donald Sulzen et ses amis rendent jus-
Alexandre Scriabine (1872-1915) tout droit de Mozart, charmantes, un tice à cet opus quasiment joué. Écoutez
« Caresse dansée », op. 57 n° 2; Énigme, peu vides. L’écriture est surveillée, seulement à quel point il mérite votre
op. 52; Étude, op. 8 n° 10 & n° 4; Fan- comme gourmée, précieuse quasi, la attention. (Jean-Charles Hoffelé)
taisie, op. 28; Guirlandes, op. 73 n° 1;
Mazurka, op. 25 n° 2 & n° 7, op. 3 n° 1;
Franz Schubert (1797-1828)
D
Poème, op. 71 n° 1; Prélude, op. 45 n° 3, […] lyrisme émotionnel ». En revanche, eux partitions des années cinquante
Intégrale des quatuors à cordes op. 37, op. 22 n° 1; Sonate n° 10, op. 70,
il qualifiait sa dixième sonate op. 70 ouvrent le disque, Alexandre Tans-
n° 7, op. 64 « White Mass »
Quatuor Verdi (1913) de «  joyeuse, éclairée et ter- man savourait alors son propre néo-
Misha Dacic, piano
HC17069 • 8 CD Hänssler Classic rienne ». L’enregistrement se clôt avec classicisme, épurant tout, composant
PCL10136 • 1 CD Piano Classics
D e prime abord, on aura peut-être deux pièces au caractère mystérieux si en poète, passant en un battement
problème à se repérer dans cette
affèterie éditoriale consistant à ne point L e programme proposé par Misha
Dasic embrasse toute la carrière
d’Alexander Scriabin. Les six premiers
caractéristique du dernier Scriabin, le
poème op. 71 n° 1 et les Guirlandes op.
de cil de la mélancolie à ce giocoso
léger, raisonné. Les concertos pour
numéroter les œuvres selon la tradition, 73 n° 1 (1914). (Charles Romano)
sauf par la seule référence du catalogue morceaux illustrent la première phase vent et petit orchestre rassemblés ici
Deutsch. D 173, par exemple, c’est le de l’œuvre du compositeur russe, for-
avec à propos sont autant de vitraux,
n° 9, posthume, le premier en mineur, tement influencée par Chopin comme
le suggèrent les titres (étude, mazurka, tout en sons colorés, dont le dessin
le premier aussi à notre avis qui vaille
de par les progrès de la forme et ses prélude). La Fantaisie op.28 (1900) pur ne veut surtout pas être souligné,
développements harmoniques enfin si illustre le tournant initié par sa blessure il faut y chanter calmement, en savou-
schubertiens. Auparavant, d’esquisse à la main en 1893. Scriabin s’éloigne du rer les dynamiques piano qui parfois
en mouvement... inachevé, le poids de romantisme pour un style plus abrupt
se piquent d’une danse de salon, d’un
l’exemple beethovénien était trop écra- avec des moments de tensions contras-
tant avec des passages plus lyriques, rythme fugace de jazz, tout ce qui fait
sant. Il échappa même au compositeur
que le quatuor était juste un passage sans pour autant atteindre son futur do- son vocabulaire immédiatement recon-
vers l’audace de suivre le maître tutélaire décaphonisme non sériel. La malicieuse Alexandre Tansman (1897-1986) naissable, sa singularité sonore parmi
jusque sur le chemin de la «  grande  » Énigme op. 52 n° 2 (1907) est la pre- Suite pour hautbois et orchestre de les grands compositeurs du XXe Siècle.
symphonie  ! Ensuite, passant par l’ex- mière pièce à s’achever sans résolution chambre; Concerto pour clarinette;
Concerto pour hautbois, clarinette et
Si l’on connaissait déjà le Concerto pour
ceptionnel, voire lugubre frémissement dans le ton principal. La Caresse dansée
du Quartettsatz, on est tenté de sauter op. 57 n° 2 (1908) nous plonge dans cordes; Adagio pour orchestre et cordes clarinette avec son étrange finale en
au n° 13 (D 804, dit Rosamunde), qui une ravissante atmosphère de valse. Diego Dini Ciacci, hautbois; Fabrizio Meloni, danses populaires (après une cadence
fut justement très applaudi à l’époque. Quant à la Sonate n° 7 op. 64 (1911), clarinette; Orchestre Philharmonique de Malte; fantasque)- mais Fabrizio Meloni le joue
Puis aux deux derniers (n° 14 – dit La Scriabin lui associait un «  sentiment Brian Schembri, direction
sombre comme personne avant lui, le
jeune fille et la mort – et n° 15, mais mystique  » et «  une absence totale de CPO555079 • 1 CD CPO
Concerto pour hautbois dormait dans
les tiroirs, partition presque lunaire,
chambre I Tempi; Gevorg Gharabekyan, direction nacht où semble rugir doucement le purement poétique, dont Diego Cini
Sélection ClicMag ! GEN18497 • 1 CD Genuin chant des étoiles sous lequel des méné-
Ciaccie exalte la pastorale. S’y ajoute le
triers un peu ivres disparaissent dans
O thmar Schoeck aura écrit un des
opéras les plus radicaux du début
du XXe Siècle, à égalité avec Wozzeck
la nuit, emportés par leurs violons et
leurs accordéons, merveille  ! Gevorg
babil délicieux du Concertino pour haut-
bois et clarinette, partition sans nuage
et Elektra, sa Penthésilée et aura parfait Gharabeyan en distille les atmosphères contrairement à d’autres œuvres écrites
l’art du lied romantique, y occupant l’es- si fugaces avec un art consommé, ses durant les années soixante, que tous
sentiel de son art. Sa musique instru- musiciens zurichois vous mettant sous
emmènent lestement, avec juste ce qu’il
mentale est bien moins courue, ce que les yeux ces paysages alpestres si par-
faitement évoqués. En 1947, Schoeck faut d’humour. Brian Schembri et ses
rappelle ce joli album enregistré par I
Tempi. C’est du Schoeck « sotto voce », écrivit, pour Pierre Fournier, un grand Maltais referment l’album avec le volup-
que ce soit la Suite pour cordes de concerto où le violoncelle chante avec tueux Adagio pour cordes de 1936 qui
Othmar Schoeck (1886-1957) 1945 – où pas un écho de la guerre qui le seul orchestre à cordes, toute harmo- deviendra le mouvement lent de la 4e
Suite pour orchestre, op. 59; Concerto s’achève ne parait- véritable sérénade nie, très peu couru au disque. Je crois
Symphonie, plaidoyer émouvant pour
violoncelle et orchestre à cordes, op. entre paysages de haute montagne, et bien que Christophe Croisé, de son vio-
loncelle aux registres de mezzo-sopra- cette écriture polytonale qui lui était si
61; Intermezzo pastoral pour orchestre à portraits croqués sur le vif (la marche
cordes, op. 58 villageoise) – et surtout, opus magique no, en a saisi la lettre autant que l’esprit. chère et qu’il savait manier comme per-
Christoph Croisé, violoncelle; Orchestre de lui aussi de 1945, la sublime Sommer- Très joli disque. (Jean-Charles Hoffelé) sonne. (Jean-Charles Hoffelé)

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Alphabétique
tième siècle (de la révolution sérielle et un climat bipolaire règne tout au
Sélection ClicMag ! aux rythmes jazz et rock) mais alliée long des quatre mouvements (Dont
à une fidélité constante à ses origines deux dépassant les dix minutes). Les
russes, à la différence d’un Schnittke deux quatuors suivants (1970, 1980)
qui prônait ouvertement le mélange des sont dédiés à Ustvolskaya et à Chos-
styles. La pâte un peu épaisse voire sau- takovitch (le Quatrième est une sorte
vage des sonates pour piano et même de « Symphonie pour quatre solistes »
des symphonies fait place dans cette dixit le compositeur et dure quarante
série de quatuors à un subtil feuille- minutes  !). Tichtchenko y fait alterner
Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893) tage dû à l’évidente polyphonie entre rythmes motoriques et convulsifs et cli-
les quatre instruments et au timbre mats amorphes et souvent lugubres. La
Concerto pour violon, op. 35; Quatuor à des cordes. Le Premier Quatuor écrit pulsation est continue, les dissonances
cordes n° 3, op. 30 Boris Tichtchenko (1939-2010) en 1957 à une forme atypique  : deux sont plus franches (Tranquillo), les ai-
Camerata Bern; Antje Weithaas, violon solo, Intégrale des quatuors à cordes mouvements lents encadrent un Allegro gus et les basses rivalisent d’aigreur, le
direction Quatuor Taneiev; Quatuor à cordes Tver’ Philha- giocoso. Les motifs thématiques y sont continuum harmonique prêt à imploser
romonic progressivement métamorphosés par à tout moment, d’où les ruptures inces-
AVI8553393 • 1 CD AVI Music
strates successives. La longue plainte santes du discours. La marche bancale,
NFPMA9990/2 • 3 CD Northern
A lbum intriguant qui entend bien ne
pas s’en tenir au format des œuvres
Flowers
du violoncelle et de l’alto de l’Andante
mesto (Les deux violons se détachant
l’outrance sardonique de l’Allegro et
les murmures ressassants et souffre-
qu’il présente  : c’est à peine vrai d’ail-
leurs pour le Concerto où le violon
N ourri des conseils et des œuvres de
Dimitri Chostakovitch et de Galina
Ustvolskaya, le style du compositeur
de l’ensemble comme du scotch sur
du papier filigrané) précède l’Allegro
teux de l’Andante du Sixième et dernier
quatuor (2008), d’une consonance
aussi allant que grimaçant pour ensuite plus marquée mais d’une densité quasi
tendre, comme délesté de toute volonté Boris Tichtchenko brasse les époques et s’éteindre dans un Lento sépulcral. atomique, témoignent d’une inspira-
de brio, d’Antje Weithaas chante dans les styles tout en gardant une cohérence Le Second Quatuor (1959) est d’une tion toujours en éveil mais aussi d’une
un orchestre seulement un rien allégé remarquable. Il témoigne de cette poro- ampleur plus symphonique. Les déve- noirceur et d’une angoisse jamais endi-
au regard de l’original, mais cela suf- sité aux influences majeures du ving- loppements y sont toujours chaotiques guées. (Jérôme Angouillant)
fit pourtant pour changer la nature de

L
la musique  : plus lyrique, plus secret, selon le même format  : une aria pour es quatre cantates enregistrées lors
le Concerto se fait confidence, loin de voix haute, l’autre pour voix basse. Haut du Festival Telemann de Magdebourg
l’estrade, et révèle toutes les nostal- lieu de la musicologie telemannienne, appartiennent au cycle italien du com-
Magdebourg présente ces œuvres dans positeur. Un ensemble qui fut composé
gies dont Tchaikovski l’aura parsemé.
le cadre de ses dimanches musicaux, en deux parties à cause de la charge de
Elargi aux dimensions de l’orchestre à dont ce disque est le reflet. Malgré une travail du poète théologique Neumeister
cordes, le Troisième Quatuor devient au émission hélas un peu nasale, le timbre l’empêchant d’honorer la commande
contraire du Concerto une vraie sym- charnu et terrien du contre-tenor (alto) dans les délais. Deux des cantates
phonie, où des drames paraissent que David Erler contraste habilement avec sont rattachées à la première moitié du
l’original n’exposait pas à ce degré d’in- Georg Philipp Telemann (1681-1767) l’émission presque instrumentale et cycle (1716/17), les deux autres l’étant
Airs sacrés le timbre adamantin de la séraphique à la deuxième (1719/20). Les parties
tensité. L’arrangement, signé Weithass
GSO Consort [David Erler, alto; Caroline Klang, soprano Gudrun Sidonie Otto, qui n’est orchestrales soignées témoignent de
et Steuri, est assez subtil pour ne pas pas sans rappeler Gundula Janowitz. Un la maîtrise du rival de Bach et sont
violoncelle; Karl Nyhlin, mandore; Aleksandra
encombrer les polyphonies de l’écriture Grychtolik, clavecin, orgue]; Gudrun Sidonie Otto, discret continuo soutient les deux so- particulièrement mises en valeur par
comme le discours complexe de Tchai- soprano, direction listes, dans des combinaisons variables le bel ensemble orchestral «  Mann-
kovski qui y aura écrit probablement suivant les arias, toutes différentes et heimer Hofkapelle  » qui s’est fait une
CPO555091 • 1 CD CPO
au même degré d’approfondissement spécialité de l’interprétation de pièces
son vrai chef d’œuvre pour la chambre.
On en a certes poussé les murs, mais
sans en trahir ni les perspectives, ni les
T elemann recueillit lui-même - et
souvent avant même leur création -
musical. On retiendra la quiétude et la
ferveur innocente de « Pregende Lilien
de l’école de Mannheim sur instru-
ments d’époque. On sera en revanche
pour un usage domestique des extraits in sprossender Schöne  », avec violon- plus circonspect sur la partie vocale
proportions. (Jean-Charles Hoffelé) de ses liturgies dominicales, toujours celle obligé, le poignant dénuement de entachée par la prestation de la soprano
«  Wollte doch die Stunde schlagen  », Sabine Goetz au timbre étroit, souffrant
l’orgue égrène le temps, la soprano d’un manque d’aisance et de puissance
Le finale présente un thème simple dans ainsi qu’à celle du contre-ténor Mar-
Sélection ClicMag ! le médium, accompagné de figures ra-
phrase avec une désarmante humanité
la sérénité du croyant : es ist vollbracht. nix de Cat manquant de couleur et de
pides dans les extrêmes du clavier. La Un disque magnifique qui conforte la spontanéité. Les chœurs Ex Tempore
huitième Sonate, de vingt ans posté- place prééminente de Telemann dans pâtissent d’une prise de son donnant
rieurs, montre que le style a évolué tout le panthéon musical. (Olivier Gutierrez) le sentiment d’un déséquilibre perma-
en restant très reconnaissable. La sim- nent au profit des tessitures hautes
plicité du thème initial avec son insis- parfois un peu flottantes. Au total, une
tance sur l’intervalle de tierce ne laisse déception malgré un excellent chef.
pas prévoir l’incroyable richesse de la (Thierry Jacques Collet)
partition. Tishchenko tire parti des col-
lages de Schnittke comme dans le finale
où les éléments faussement naïfs voi-
Boris Tichtchenko (1939-2010) sinent avec des épisodes franchement
Intégrale de l’œuvre pour piano, vol. 4. parodiques. Quelle invention dans les
Sonates pour piano n° 3, 8 et 9 variations qui constituent le deuxième
Vladimir Polyakov, piano mouvement  ! La neuvième Sonate est
NFPMA99121 • 1 CD Northern Flowers moins titanesque et plus consonante Georg Philipp Telemann (1681-1767)

L a prééminence de Chostakovitch et que la précédente, même si la Barcarolle Cantate « Aller Augen warten auf dich »,
finale s’éloigne des modèles roman- TVWV 1 : 66; Cantate « In Christo gilt
Schnittke ont relégué au second plan
weder Beschneidung noch Vorhaut »,
des compositeurs russes pourtant es- tiques  : pas de balancement tranquille
mais des gerbes d’eau qui éclaboussent
TVWV 1 : 929; Cantate « Ich bin der Erste Georg Philipp Telemann (1681-1767)
sentiels. C’est le cas de Boris Tishchen- und der Letzte », TVWV 1 : 816; Cantate
le clavier sur toute son étendue. Le pia- Quatuors pour flûtes, TWV 43 : A1, 43 : a3,
ko, disciple du premier. Ce disque « Siehe, eine Jungfrau ist schwanger », 43 : d1, 43 : G2
s’ouvre sur la troisième Sonate (1965) niste Polyakov, ami du compositeur et TVWV 1 : 1326
Ensemble Ventus Iucundus (instruments
qui montre le compositeur très influen- dédicataire de la neuvième Sonate en Sabine Goetz, soprano; Marnix De Cat, alto; Phi- d’époques) [M. Posch, flûte à bec; M-C. Labbé,
cé par l’étude de la musique baroque. offre une lecture idiomatique. Un enre- lippe Gagné, ténor; Werner Van Mechelen, basse; flûte traversière; A. Helm, hautbois; U. Engel,
Le second mouvement débute par une gistrement essentiel pour la connais- Ex Tempore; Mannheimer Hofkapelle; Florian violon baroque; P. Pitzl, viole de gambe; E. Traxler,
ligne mélodique non accompagnée que sance de la musique russe au XXème Heyerick, direction clavecin; J. Zwickler, violoncelle; J. Harris, bas-
la polyphonie vient enrichir petit à petit. siècle. (Thomas Herreng) CPO555083 • 1 CD CPO son]; Reinhard Czasch, flûte traversière, direction

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GRAM99152 • 1 CD Gramola décès. Il a été élève du grand guitariste essentiellement contrapuntique rendent
Sélection ClicMag !
L a science de Telemann pour le dia- Francesco Corbetta (ca 1615-1680, sa musique accessible, mais l’on mène
logue des timbres et des voix confère Monsieur Francisque Corbette à la cour ici en ligne droite et rapide l’idéologie
à ses « quatuors » (qui n’en sont qu’à du Roi Soleil), de qui il a appris l’art stalinienne se heurter à ses limites pour
condition de confier la réalisation de de la guitare et du théorbe, auxquels il mieux la laisser sur place au profit d’une
la basse à un instrument unique) une consacre deux livres de pièces, publiés belle authenticité dans l’expression.
grande attractivité pour l’auditeur respectivement en 1682 et 1686. Guita- Cette situation rappelle naturellement
comme pour les musiciens. On y a tout riste de Louis XIV, dont il doit accom- celle de Chostakovitch qui protégea son
entendu, depuis la légèreté (élégante pagner le coucher d’une douce mu- ami et « fils spirituel » des attaques du
chez Leonhardt et les Kuijken, plus sique, il est nommé maître de guitare MGB (futur KGB) en février 1953. Sans
quelconque chez Holloway) jusqu’à la de Louis XV en 1720 (son élève à 10 rien qui pèse ou qui pose, l’interpréta-
motricité virtuose (ébouriffante chez ans). Collègue à la Chambre du Roy de tion d’Elisaveta Blumina, de nouveau
musiciens prestigieux comme Mouton Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) très investie dans la redécouverte de
Ricercar avec la flûte de F. de Roos, le
hautbois de Ponseele et le basson de (luth), Chambonnières puis Couperin Sonates pour piano n° 2, op. 8, op. 49bis Weinberg, déroule dans une marche
(clavecin), Forqueray (viole de gambe), et n° 4, op. 56 confiante le long fil d’Ariane de chaque
J. Papasergio, plus sèche avec Musica
Labarre et Hotteterre (flûte traversière), Elisaveta Blumina, piano mouvement éclairant comme dans un
ad Rhenum), en passant par la flâne-
rie rêveuse (Les Ombres) ou la lenteur il a l’idée de transcrire une grande partie CPO555104 • 1 CD CPO dernier regard le labyrinthe intérieur.
des pièces de ses deux livres de guitare
R
guindée (Hungarian Baroque Trio). elativement restreint en regard de Mieux le dire et le faire pour mieux
Côté son, les enregistrements plutôt pour «  dessus  » et basse, la notation la musique de chambre et des sym- s’en défaire. Exigeant un sens aiguisé
acides centrés sur violon et clavecin en tablature tombant peu à peu en phonies, le catalogue des œuvres pour de l’architecture ainsi qu’une grande
s’opposent à ceux exploitant la saveur désuétude après le tournant du siècle. piano de Weinberg comprend tout de variété de nuances et de couleurs, cette
des timbres graves. Ventus Iucundus D’autre part, cette nouvelle version même 7 sonates, une sonatine, une par- musique semblant réconcilier Prokofiev
(au sein duquel Reinhard Czasch a ré- permet d’utiliser à-peu-près n’importe tita, trois livres de «  Carnets de notes (économie de moyen favorisant la ful-
uni des collègues viennois dont les CV quel instrument pour jouer ce «  des- pour enfants », un cycle de « 21 pièces gurance) et Chostakovitch (expansion
laissent pantois) cherche la synthèse, sus  », permettant ainsi une diffusion faciles », deux fugues dédiées à la pia- dans la durée, méandres en moins) in-
arguant du pur plaisir de faire de la mu- beaucoup plus large de sa musique. De niste Ludmila Berlinskaïa, une berceuse vite chaque auditeur à méditer, à sonder
sique entre amis au risque de quelques Visée propose ainsi le clavecin (jouant et deux mazurkas, les toutes premières l’apparente opacité, à continuer d’avan-
approximations de mise en place : pas les deux parties), le violon, la viole, le compositions d’un jeune homme de cer, notamment dans la connaissance
d’excentricité mais des techniques indi- hautbois, la flûte, etc… Le résultat de 14 ans. La clarté discursive et l’équi- d’un grand compositeur tardivement
viduelles évidemment sans failles, des cette refonte est publié en 1716, au libre sonore favorisés par une écriture réhabilité. (Pascal Edeline)
tempi mesurés, des sonorités fruitées moment où paraît le deuxième livre de
excellemment captées (hélas la notice clavecin de François Couperin, et un
ne dit rien des instruments joués). Le an après ses Concerts Royaux, qui ont de «  Liebe-Glühen  », le fantomatique
disque passe comme un souffle d’été : charmé les deux dernières années du «  Lass mich schlummern  »). Weber
calme, chaud et apaisant mais distil- Roi Soleil et qui sont modèles évidents va encore plus loin dans ses dernières
lant peut-être un peu trop de langueur. de notre guitariste. Manuel Staropoli mélodies, ou au-delà du simple accom-
(Olivier Eterradossi) enregistre ici une version de référence pagnement mélodique, guitare et voix
de ces pièces méconnues, confiées dialoguent («  Ein Mädchen ging, Leise
pour l’essentiel à la flûte à bec déclinée weht ese) d’égal à égal. Patricia Cigna
du plus petit modèle (flûte à bec sopra- séduit par la fraîcheur de son timbre,
nino) jusqu’à la flûte à bec basse, donc malgré quelques défauts d’intonation et
le timbre sombre et velouté agrémente Carl Maria von Weber (1786-1826) de contrôle du souffle. Adriano Sebas-
plusieurs pièces, mais aussi à la flûte Intégrale des mélodies pour voix et guitare tiani est un accompagnateur attentif,
traversière qu’il maîtrise aussi parfai- Patrizia Cigna, soprano; Adriano Sebastiani, mais une trop forte réverbération rend
tement. Quelques pièces sont très heu- guitare précaire l’équilibre entre la chanteuse
reusement confiées à la viole de gambe, BRIL95323 • 1 CD Brilliant Classics et le guitariste. Les textes sont à cher-
d’autre au clavecin seul. Le continuo cher sur le site internet de l’éditeur. En
Robert de Visée (?1655-?1732)
est également exécuté dans une grande
variété de distributions, auxquelles T out au long de sa courte vie, Weber
composa des mélodies pour la voix
et la guitare, qui resta son instrument de
aucun cas anedoctique ou réservé aux
amateurs de guitare, un beau disque est
Intégrale de la Musique de La Chambre participe fréquemment le théorbe de destiné à tous ceux qui aiment Weber.
du Roy Massimo Marchese, qui interprète en prédilection. Brillant nous en livre l’inté-
(Olivier Gutierrez)
Manuel Staropoli, flûte à bec, flûte baroque; solo quelques pièces, dont la trans- grale. De belle facture, l’opus 13 est d’un
Massimo Marchese, théorbe musicien de 20 ans, très doué, mais
cription des Sylvains de François Cou-
BRIL95595 • 4 CD Brilliant Classics perin, probablement la plus belle pièce l’œuvre reste conventionnelle. Quelques

L a vie d’un compositeur célèbre de son premier livre de clavecin. Une années plus tard, tout change  : dans
comme Robert de Visée est en magnifique contribution à la redécou- l’opus 25, le compositeur utilise toutes
grande partie un mystère. On ignore ses verte de la musique du Grand Siècle. les ressources expressives de la guitare
dates exactes et lieux de naissance et de (Jean-Michel Babin-Goasdoué) (les subtils changements d’atmosphère

Sélection ClicMag ! F ormé par Franz Lachner et Joachim


Raff qui l’introduisit auprès de Liszt,
Anton Urspruch figure parmi ces com-
phonie de 1881 paraît décalquée de
la première du même Brahms. Belles
Géza Zichy (1849-1924)
pages, séduisantes mais manquant un
positeurs romantiques allemands qui peu de personnalité, même magnifique- Intégrale des transcriptions pour piano
écrivirent sous l’influence de Schumann ment défendues comme elles le sont ici Artur Cimirro, piano
et Brahms, plus que celles de Wagner par Oliver Triendl et Georg Fritzsch pour AP0372 • 1 CD Acte Préalable
ou Liszt. Urspruch s’intéressa aussi le concerto, et Marcus Bosch, remar-
au chant grégorien, ce qui lui valut de
fréquenter aussi d’Indy et Sgambati.
qué jusqu’à présent pour ses interpré-
tations brucknériennes, dans l’ample
P ianiste et compositeur issu de la
noblesse hongroise, Géza Zichy
reste à ce jour le seul pianiste profes-
Auteur d‘un nombre restreint de parti-
symphonie. On ne criera pas au génie, sionnel manchot, ayant perdu son bras
tions, dont trois opéras, Urspruch fait
partie de ces maîtres estimés de leur mais une fois encore, CPO fait œuvre droit à quatorze ans lors d’un accident
Anton Urspruch (1850-1907) vivant mais vite oubliés par la posté- utile en nous révélant ces partitions de chasse  ! Déterminé malgré tout à
Concerto pour piano, op. 9; Symphonie, rité. Son concerto pour piano, dédié superbement écrites et qui illustrent devenir pianiste, il redouble d’efforts,
op. 14 en 1878 à Raff, n’a pas la fantaisie de le terreau musical dans lequel ont travaille cinq ans avec Liszt, mettant
Olivier Triendl, piano; Nordwestdeutsche Philhar- son dédicataire mais se coule, avec un poussé les chefs d’œuvre des grands au point une technique de jeu pour une
monie; Georg Fritzsch, direction; Marcus Bosch, caractère moins orageux, dans la forme compositeurs contemporains de ces seule main. En dépit de ses limites phy-
direction du premier de Brahms, y compris ses innombrables petits maîtres oubliés. siques, il réussit une carrière interna-
CPO555194 • 2 CD CPO vastes dimensions. De même la sym- (Richard Wander) tionale de pianiste virtuose, parcourant

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Récitals
les salles de concert pendant près de homme établi à Londres, croyez le ou ici bien plus libre que lors du concert leurs flamboient, et par Ravel, où il se
quarante ans sous les éloges de Liszt pas, il semble que ce soit son premier enregistré six jours plus tard à Schwet- surveille autrement  : son Ondine, son
et consorts. Outre ses compositions disque... (Jean-Charles Hoffelé) zingen sous la baguette sentencieuse de Menuet antique s’écoutent aujourd’hui
personnelles (Acte Préalable AP0371), Christophe Eschenbach (SWR), comme encore comme si l’encre en venait de
il transcrit pour piano à une main dix si les tempos moins surveillés des Let- sécher, vifs, prestes, très animés et
œuvres célèbres dont la chaconne de tons emmenés avec une certaine poésie pour tout dire descriptifs. Dieu que ce
Bach, comme l’avait fait Brahms pour par Paul Mägi le laissaient plus libre piano a des charmes ! et des timbres :
un ami amputé, et l’ouverture de Tann- de savourer l’invention de Gershwin écoutez comment Hambourg dore une
häuser de Wagner, les deux pièces les l’accordant à la forme parfaite de son merveilleuse « Où l’on entend une vieille
plus importantes du disque, complé- Concerto. (Jean-Charles Hoffelé) boite-à-musique  » de Séverac dont
tées par des airs de Chopin, Liszt, Nasz le toucher délicat vise à l’immatériel.
et Rakoczy. De prime abord, on reste Un poète des sons dont Le Carillon de
agréablement surpris par la richesse Cythère m’aura longtemps poursuivi, le
du jeu mais une écoute approfondie 78 tours HMV dormait dans la disco-
Richter à Brooklyn
révèle l’absence de la deuxième main thèque de ma grand-mère : le comparer
L. van Beethoven : Sonate n° 18 et n° 31
de manière flagrante en particulier à celui de Paderewski sera riche d’en-
/ F. Mendelssohn Bartholdy : Variations
dans la chaconne. Néanmoins, saluons sérieuses, op. 54 / J. Brahms : Rhapsodie, seignements. Tout un âge d’or du piano
l’exploit de Zichy, parfaitement joué op. 79 n° 2; Intermezzo, op. 118 n° 1, op. d’estrade passe dans ce double album,
par le pianiste brésilien Artur Cimirro 19 n° 3 / S. Prokofiev : Sonate n° 2, op. 14 la principale surprise étant que le style
qui se plie avec musicalité et maî- / S. Rachmaninov : Etude-Tableau, op. 39 n’en a guère vieilli, même dans des
trise à cette contraignante discipline. n° 3 / M. Ravel : « Miroirs », n° 4-5 / G. Bach ouvragés par Tausig ou D’Albert.
Gershwin : Concerto en fa majeur Mark Hambourg
Une authentique curiosité musicale. Et lorsqu’il fait s’envoler les danseurs de
Sviatoslav Richter, piano Encores & Rarities, sélection des enre-
(Philippe Zanoly) La Fille des Neiges, soudain ses ascen-
gistrements HMV, 1910-1935. Oeuvres
PACD96061/2 • 2 CD Parnassus choises de Scarlatti, Byrd, Blow, Bach, dances russes reparaissent. Joli hom-

2 3 avril 1965, Richer donne un unique Couperin, Schumann, Gluck, Scriabine… mage qui gagnerait à se compléter d’un
récital à l’Academy of Music de Broo- Mark Hambourg, piano second volume. (Jean-Charles Hoffelé)
klyn, programme classique commencé APR6023 • 2 CD APR
chez Beethoven, fini en bis par son
Ravel favori, « La vallée des cloches »,
paysage ici vraiment esseulée, empli
C hopin, le pianiste réduit à la misère
dans le film de John Baxter «  The
Common Touch  » c’est lui  ! Mark
d’un mystère inquiet, à l’inverse de tout Hambourg, dont la famille avait fui le
le reste du concert où Richter semble régime tsariste en 1889 pour s’établir
bien plus libre qu’à Carnegie Hall. La en Angleterre, fut une des figures du
Transcendence 18e Sonate pleine de traits piquants, de tout Londres de la première moitié du
C. Franck : Prélude, choral et Fugue, FWV foucades, d’accents à la volée, signale XXe Siècle, pianiste fêté, personna-
21 / G. Enescu : Sonate pour piano, op. 24 un de ces soirs de folie où Richter n’a lité flamboyante, pleine de fantaisie,
n° 1 / F. Liszt : Sonate pour piano, S 178 peur de rien, prends tous les risques, y qui aura surpris autant par son style Arte de Tanger
Mihai Ritivoiu, piano compris celui de déglinguer assez rapi- – Paderewski l’admirait, on croirait par- La nouvelle méthode de clavier de Gonzalo
GEN18601 • 1 CD Genuin dement son piano qu’il ne ménage pas. fois qu’il lui avait volé sa palette de cou- de Baena. Œuvres de Morales, Ockeghem,
Mais c’est Beethoven qu’on gagne à tant
Q ui phrase ainsi les arpèges du Pré- leurs – que par ses choix de répertoire. Des Prés, Obrecht, Brumel...
lude, Choral et Fugue de Franck, de risques et d’exaltation, qui s’exhaus- Il défendait ses contemporains (une Bruno Forst, orgue (Orgue Joseph de Sesma de
dans une vraie sonorité d’orgue, où seront en un combat plus spirituel dans ardente Fantaisie Bétique de Falla l’aura l’église Santa Ana de Brea de Aragon (1658),
tous les timbres exhaussent comme un opus 110 absolument libre, de phra- assez prouvé, je ne m’explique pas son orgue Gerhard Grenzing de l’église San José de
sés, d’agogique, d’accent. Et comme Navalcamero (2007))
une prière  ? C’est un magicien certai- absence dans la sélection opérée par
nement, tant ses polyphonies chantent. cela chante ! rappelant que Richter fut Jonhatan Summers), professait un goût BRIL95618 • 2 CD Brilliant Classics
longtemps répétiteur de théâtre lyrique.
Mihai Ritivoiu, Prix Lipatti, vainqueur
du Concours Enescu, doit certaine-
ment son art de timbrer et de phraser
Plus étrangement venues, les «  Varia-
tions sérieuses » vous ont de ces noir-
marqué pour le répertoire français, de
Couperin à Poulenc, en passant par des
Debussy dont les textes ne sont pas
E n 1540 parut le premier livre espa-
gnol consacré à la musique pour
instruments à clavier. L’auteur, Gonzalo
à Valentin Gheorghiu, il aura hérité de ceurs, un tension que Richter assume toujours respectés mais dont les cou- de Baena, un castillan au service du roi
ce pianiste pour les musiciens la grande avec une quasi morgue, les faisant en-
technique classique, celle là même que tendre comme elles ne sonnent jamais,
montrait Dinu Lipatti, y ajoutant cette non plus une méditation mais un drame. BRIL95520 • 15 CD Brilliant Classics
Sélection ClicMag !
B
capacité typiquement roumaine d’ima- A sa manière unique, dérangeant, révé- rilliant Classics continue sa pas-
giner le clavier comme une palette de lateur. Les trois pièces de Brahms sont sionnante exploration du répertoire
couleurs. C’est flagrant dans les gris bizarres à force de réinterprétation, pianistique avec cette belle anthologie
colorés de Franck comme amplifiés Richter distendant l’Intermezzo en ut consacrée aux concertos pour piano
dans leur rayonnement par la plénitude de l’op. 119 comme s’il ne voulait pas russes. Les sommets de la littérature
du toucher, c’est étourdissant dans le jouer ainsi qu’on l’entend d’habitude.
concertantes pour piano venus de
le génial final de la Première Sonate Mais quelles couleurs ! La part russe est
Russie sont reconnus pour leur étour-
d’Enescu, vaste rêverie nocturne ponc- plus attendue, moins exaltante, Richter
dissante virtuosité et l’excellence de
tuée de carillons où Mihai Ritivoiu élar- tenant la mesure de la Deuxième Sonate
leur orchestration. Mais ces oeuvres
git l’espace sonore par un savant emploi de Prokofiev un rien trop stricte, jouant
partagent toutes quelque chose de plus,
de la pédale : non plus un piano, mais sérieux, pour probablement mieux se
Concertos pour piano russes la même «  Âme slave  », ce sentiment
bien trois ou quatre. Quel sorcier ! Qui libérer chez Rachmaninov dans la brève
Etude-Tableaux en fa dièse mineur. Arenski, Balakirev, Bortkiewicz, Glazounov, indéfinissable qui mêle mélancolie et
s’engage dans la Sonate de Liszt avec
Soirée enregistrée (assez bien) avec Kabalevski, Khachaturian, Khrennikov, passion. Des grands concertos com-
une absence totale d’histrionisme. C’est
les moyens du bord, de la salle, avec Lyapunov, Medtner, Mosolov, Moszkowski, posés par Tchaikovski, Rachmaninov
construit, pensé, assumé, non plus un Paderewski, Prokofiev, Rachmaninov,
pandémonium, mais bien une grande tousseurs, mais ce piano rayonnant et ou Prokofiev, aux oeuvres moins fami-
Rimski-Korsakov, Rubinstein, Scharwenka,
sonate narrative tenu par une forme impérieux empli le micro. Leslie Gerber, lières de Rubinstein, Glazounov ou
Scriabine, Chostakovich, Tchaikovski
omniprésente et toute puissante. Avec auteur de cette saga d’inédits de Richter Khachaturian, c’est cette « Âme slave »,
Bernd Glemser; Derek Han; Evgeny Kissin; Felicja
cela, la clarté d’une sonorité qui ouvre publié par Parnassus ajoute le Concerto Blumental; Hsin-Ni Liu; In-Ju Bang; Kun-Woo cette « Âme russe » chère à Tolstoï ou
tout l’espace polyphonique, et sait don- de Gershwin musardé par Richter au Paik; Maria Littauer; Michael Ponti; Olga Solo- Dostoievski, qui rejaillit ici. Les grands
ner de l’ampleur au discours lisztien Grand Théâtre de Tours en juin 1993, j’y vieva; Oxana Yablonskaya; Shorena Tsintsabadze; spécialistes de ce répertoire sont bien
étais mais je le retrouve plus architecte, Steffen Schleiermacher; Russian Academy of évidemment convoqués ici (Kissin,
sans y verser une goutte de sentimen-
Music Chamber Orchestra; Timur Mynbaev;
talité. Arrau ne faisait pas autrement, avec même quelques assombrissement Blumental, Ponti...), et la fougue et la
Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin; Johannes
c’est dire. La belle acoustique de la St dans l’Allegro dont je n’avais pas souve- Kalitzke; Royal Liverpool Philharmonic Orchestra; poésie de leurs interprétations placent
Paul Church porte toute l’ampleur du nance. Il y a du Ravel dans ce Gershwin, Vasily Petrenko; Polish National Radio Symphony immédiatement ce coffret au rang des
très beau Steinway joué par ce jeune- Richter connaissait son sujet. Il apparait Orchestra; Antoni Wit... indispensables.

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du Portugal, obtint en 1536 un privilège
royal qui lui permit d’éditer son ouvrage
quatre ans plus tard. Il semble que son
Sélection ClicMag ! D rôles de dames  ! Pour leur début,
elles nous stupéfient par leur maî-
trise, à la fois technique et expressive.
cinq pièces, dédiées à Darius Milhaud,
remontent toutefois à 1923, hommage
véhément et sardonique (en sarcasme
œuvre n’ait connu qu’une diffusion très En plus, révélant sûrement à pas mal prémonitoire?) aux figures variées de
limitée, voire inexistante, l’exemplaire de mélomanes (c’est aussi manière de la danse européenne, entre baroque et
subsistant étant peut-être le seul jamais « briser le silence ») des œuvres d’au- seconde école de Vienne. De la captivité
imprimé. Acquis au début du XIXème tant plus étonnamment belles que fleu- de Viktor Ullmann, élève de Schönberg
siècle par la Bibliothèque du Palacio rissant au bord de l’abîme barbare. On et Zemlinsky, gazé à Auschwitz, les
Real à Madrid, l’ouvrage connut un sort sait que les nazis firent de Terezin (ou manuscrits ont été bien conservés,
tragi-comique  : lors de son inscription Theresienstadt), de la réalité d’un camp dont ce court quatuor terminé en 1943,
dans le registre d’entrée, l’employé dis- de concentration, de transit ou ghetto, d’un classicisme viennois nostalgique,
trait ou amoureux, au lieu du titre « Arte l’apparence (même pour la Croix- à l’émouvant mouvement lent. Korn-
novamente inventada para aprender a Rouge  !) d’une quasi villégiature pour gold, lui, un enfant prodige, échappa
TANGER », inscrivit « Arte de TEJER »
Breaking the silence création de spectacles. Y moururent à la bête immonde en se réfugiant aux
(Méthode pour tisser)  !!! L’ouvrage, E. Schulhoff : Cinq pièces pour quatuor à rien que sur place plus de 30 000 juifs Etats-Unis dès 1936. Cet autre fin qua-
classé hors de sa catégorie, disparut cordes / V. Ullmann : Quatuor à cordes, op. tchèques, allemands ou autrichiens, tuor, typique de sa dernière période, est
jusqu’en… 1992, redécouvert par l’or- 46 / E. W. Korngold : Quatuor à cordes n° 3 prioritairement artistes et personnali- davantage élégant et fluide qu’il n’est
ganiste passionné de musique ibérique / D. Zehavi : A Walk to Caesara tés. Ainsi Schulhoff, juif, homosexuel parfois chromatique ou dissonant. Mais
Bruno Forst. Outre une partie théorique, et communiste particulièrement tra- bref, quel superbe disque, que clôt
Quatuor Clarion
où Baena expose sa méthode (en fait, qué, fut rattrapé juste avant sa fuite en une courte prière de l’israélien Zehavi.
la mise en tablature de la musique KL1415 • 1 CD Klanglogo URSS et mourut en concentration. Ses (Gilles-Daniel Percet)
pour orgue, censée permettre même à
des non-initiés de pouvoir jouer sans
autres connaissances préalables…),
Christian Mattick, flûte; Matthias Huth, piano Club Français du Disque. Double album
sont présentées 45 pièces qui illustrent GEN18600 • 1 CD Genuin précieux, qui documente un art majeur,

C
son propos et constituent la plus grande e célèbre Joueur de flûte de Rous- mais Franco Gulli mériterait bien un
part du livre. Les œuvres choisies sont sel est dédié au dieu Pan, à un fort coffret regroupant tout son legs,
essentiellement des transcriptions berger virgilien, à un héros d’Henri de quel éditeur saura nous le proposer  ?
d’œuvres vocales certainement appré- Régnier joueur de pipeau mais surtout (Jean-Charles Hoffelé)
ciées par l’auteur, qui révèle ainsi un pour femme (y poser la bouche tout en
goût nettement passéiste, la majorité jouant des doigts). Dédicacé notam-
des compositeurs choisis vivant une, ment à Marcel Moyse, au compositeur
deux, voire trois générations plus tôt. Gaubert, à Louis Fleury (dédicataire Franco Gulli
Seules les pièces dues à l’auteur lui- itou du Syrinx de Debussy). Ce ne sont Concertos et sonates pour violon de Bee-
même, et à son fils Antonio (vers 1500, que Grèce ancienne et mode dorien, thoven, Schubert et Mendelssohn
après 1562), présentent une musique mode indien du nord (le raga shri avec Franco Gulli, violon; Enrica Cavallo, piano;
Orchestre Philharmonique du Théâtre La Fenice
contemporaine de la publication de ses secondes et sixtes, ses quartes
de Venise; Ettore Gracis, direction; Orchestre de
l’ouvrage. Il est à noter que l’écrasante augmentées et quintes parfaites), l’Association des Concerts Lomoureux; Rudolf
majorité de ces compositeurs sont des subtilité de rythmes et d’harmonies. Albert, direction
franco-flamands, reflétant le goût de Autre incontournable (qu’un anglais
WS121365 • 2 CD Urania Musique anglaise pour alto
Charles Quint puis de son fils et suc- orchestra), belle et difficile, la sonate
cesseur Philippe II. Les pièces, dispo-
sées dans un but didactique par diffi-
d’un tardif Poulenc, commande de la
mécène Hélène Coolidge, qu’il créa lui- 1 2 mai 1958, Franco Gulli enregistre
pour le Club Français du Disque le
Concerto de Beethoven, son archet
Y. Bowen : Sonate pour alto et piano n° 1 /
B. Dale : Fantaisie pour alto et piano, op. 4
/ F. Bridge : Pièces pour alto et piano
culté croissante, vont de simples duos même (et enregistra) avec Jean-Pierre
à une polyphonie complexe à quatre Rampal. On commence par un rappel de arde, le style est parfait mais surtout Gernot Adrion, alto; Yuki Inagawa, piano
voix. Bruno Forst utilise pour ces deux Willhem Friedemann Bach sur fond de comme cela chante ! Jusque dans des
AVI8553173 • 1 CD AVI Music
CDs deux instruments différents, un mélancolie assez énigmatique, on passe aigus de colorature, admirablement
petit orgue baroque de 1658, situé dans
l’église de Brea de Aragon (province de
par une plainte rhapsodique (du soupir
quasi opératique) d’une lenteur étrange
éclairés de l’intérieur. Quel violoniste  !
On l’aura trop oublié, la faute à un héri- G ernot Adrion et Yuki Inagawa ont
choisi de mettre à l’honneur la
Saragosse), et un instrument de dimen- jusqu’à l’inquiétude, on finit par du fifre tage discographique dispersé dont plu- musique anglaise pour alto du début
sions similaires construit en 2007, mais virtuose et mordant. Excellente inter- sieurs labels ont sombré corps et bien : du XXe siècle. Au programme, trois
selon la tradition de l’école de facture prétation ici, de même que dans cette ainsi les bandes de ses deux intégrales compositeurs de la même généra-
d’orgue madrilène du XVIIème siècle, ravélienne habanera qui valut bagarre des Sonates de Beethoven avec son tion  : Frank Bridge (1879-1941), York
dans l’église San José de Navalcarnero avec les debussystes (entre Puerta del épouse Enrica Cavallo dorment-elles Bowen (1884-1961), Benjamin Dale
(Province de Madrid). Ces instruments vino et Soirée dans Grenade...) pour quelque part, laissant les éditeurs d’au- (1885-1943). Ces musiciens ont aussi
au son clair et précis font entièrement savoir qui avait lancé la mode (Bizet jourd’hui avec les seuls microsillons en commun d’avoir été influencé par
justice à ces pièces méditatives, parfois et Chabrier avant eux, de toute façon). pour sources. C’est le cas de cet album
l’altiste Lionel Tertis, considéré comme
colorées par les jeux d’anches, grâce à Sans oublier divers arrangements, ni Urania, aux reports pourtant soignés,
le père de la musique moderne pour
l’exécution nerveuse et précise du jeune un Syrinx où le parfait soliste, qui ne et qui tire de la seconde intégrale (celle
pour Angelicum, une première pour le alto. Bien qu’il soit un excellent altiste
organiste. Un régal raffiné pour aficio- manque pas de souffle celui-là, sait
Club Français du Disque avait précédé lui-même, Bridge a composé seulement
nados. (Jean-Michel Babin-Goasdoué) nous parler de sa voix... la plus flûtée.
de peu) une Kreutzer, une Printemps deux œuvres pour alto : Pensiero et un
(Gilles-Daniel Percet)
qui visent à un classicisme apollinien, la Allegro appassionato. Publiées en 1908
signature de son art la maturité atteinte, dans la série «  Viola Library  » éditée
et qui se prolongera jusqu’à la parfaite par Tertis, elles illustrent sa maîtrise
intégrale des Concertos de Mozart qu’il de la technique de l’instrument ainsi
gravera en 1989 pour Claves à l’invita- que son intérêt pour le chromatisme.
tion de Marguerite Dütchler. Le Grand Quant à Bowen, il a toujours clamé sa
Duo de Schubert, capté en concert à Lu- préférence de l’alto vis-à-vis du violon.
gano le 9 juillet 1959, montre un archet Considérée comme «  une œuvre en-
moins lisse, qui chante avec des timbres
jouée et légère » par Tertis, sa première
de quasi mezzo, et dans l’acoustique de
Debussy et ses amis la salle de concert l’ampleur de sa sono-
sonate pour alto op. 18 (1905) marque
C. Debussy : Deux arabesques, L 66; Suite Musique italienne pour flûte et rité rayonne, captivante. Mais le style, une étape importante du renouveau que
bergamasque, L 75; Syrinx, L 129, pour harpe du 19ème siècle en plus de cette ardeur si noble du jeu, connaît cet instrument à l’époque. Dale
flûte seule / A. Roussel : Joueurs de flûte, élargit à son tour les possibilités tech-
op. 27 / P. Dukas : La plainte, au loin, du
Œuvres de C.M. Sola, G. Toja, A. Bovio, P. lui est vraiment tout et s’illustre dans le
faune… / F. Poulenc : Sonate pour flûte et
Ambrosioni, G. Gariboldi… Concerto de Mendelssohn enregistré niques de l’alto dans sa Fantaisie op. 4
piano, FP 164 / M. Ravel : Pièce en forme Claudio Ortensi, flûte; Anna Pasetti, harpe chez lui à Venise, avec l’Orchestre de créée en 1910 justement par Tertis et
de Habanera TC800005 • 1 CD Tactus la Fenice à nouveau par les micros du son ami Bowen. (Charles Romano)

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Récitals
dit telle une traînée de poudre. Grand dien, qui semble les avoir transcendées plus à la tradition des shakers qui prô-
Sélection ClicMag ! libérateur d’énergie, le compositeur de en une symbiose géniale. L’écoute com- nait l’austérité et interdisait tout enjoli-
l’  »Estro armonico  », qui conféra une parée de la courte Sinfonia del Sepolcro vement musical superflu. S’y ajoutent
pleine autonomie aux solistes que bri- de Ziani, et de la Sinfonia al Santo Se- des compositeurs d’aujourd’hui  : ai-
dait encore le concerto grosso, allait polcro RV 169 est très révélatrice à cet nés : Morten J.Lauridsen (né en 1943)
être célébré, copié partout. Oublié après égard. Les œuvres de Gentili ont même Stephen Paulus (1949-2014) et cadets
sa mort, il ne retrouva sa gloire qu’à la le pouvoir de modifier notre écoute de Sydney Guillaume et Jake Runestad
fin du XIXe siècle, et au XXe. Comment Vivaldi, — policée par les habitudes — (né respectivement en 1982 et 1986).
s’est, au juste, constitué, dans la Venise et de faire redécouvrir par ricochet ce Arrangés sommairement, les quelques
de l’époque, «  l’estro  » vivaldien  ? Le qu’il y a d’aspérité, d’irrégularité dans la chants traditionnels dont certains
mot, qu’il faut rendre en français par musique du prêtre roux (1re version du s’apparentent au gospel (« I’ll be on my
la formule «  inspiration + inventivité + RV 160). L’ensemble ose un pari auda- way  ») sont bien chantés mais restent
L’Estro Vivaldiano fantaisie  », ne s’applique pas qu’aux cieux : le continuo est réalisé non sur un anecdotiques. Ainsi « The Road Home »
Venise et ses jeux d’influences. Œuvres de
concertos de l’opus 3, mais renvoie à orgue positif mais en utilisant, selon les évoque plus le régionalisme de Grant
Vivladi, Gentili, Albinoni, Torelli… l’essence même de l’œuvre, (cf. le titre œuvres, différents 8 pieds d’un grand Wood, son équivalent pictural que l’abs-
d’  »Estro vivaldiano  » du CD). Et c’est orgue d’esthétique nord allemande, ce traction pastel de Georgia O’Keefe. Les
Ensemble Mensa Sonora [Gabriel Grosbard,
violon; Marie Rouquié, violon; Josèohe Cottet,
à cette question du surgissement, des qui confère à chaque pièce une assise à «  créations  » captivent davantage. Les
alto; Antoine Touche, violoncelle; Matthieu «  sources  », que répondent de façon la fois solide et exquisément moelleuse. racines haïtiennes du compositeur Syd-
Boutineau, orgue] originale et passionnante les pièces Suavité, sensualité, fruité, mais aussi ney Guillaume imprègnent son « Domi-
enregistrées ici, largement inédites, rendu des contrastes et âpreté com- nus Vobiscum » tout à la fois latin mais
PAS1035 • 1 CD Passacaille et pour certaines d’auteurs presque posent ici un plaisir de tous les instants. chanté en haïtien et qui use finalement

D ès le début du XVIIe siècle, la


renommée de Vivaldi se répan-
inconnus. Chacune annonce de façon
frappante tel ou tel trait de l’esprit vival-
Révélation et très bel enregistrement.
(Bertrand Abraham)
d’un langage harmonique sans fron-
tière. De même les «  Reflections  » de
Jake Runestad inspiré du Walden de
Thoreau, évoque les paysages buco-
pour Amadeo (la Verklärte Nacht !)……
demain peut-être ? Avec Armin Jordan
l’orchestre, renouvelé, remodelé, quitte
U ne partie de la musique chorale
américaine provient entre autres de
la communauté chrétienne des Sha-
liques du livre et la rusticité de la vie
érémitique en déployant de grandes
les temps historiques : magnifique 32e envolées lyriques accompagnées d’un
kers fondée en Angleterre mais établie
de Haydn sur les pointes, mais surtout piano tout en frémissements arpé-
aux Etats-Unis depuis le dix-neuvième
sublimes « Illuminations » de Britten où gés. Les trois «  Mid-Winter Songs  »
siècle. Les Shakers pratiquent une vie de Lauridsen offrent un dialogue bien
Felicity Lott dit son Rimbaud comme en naturelle fondée sur le célibat, l’aban-
ivresse, magique, irrésistible. Le magis- plus noueux voire chaotique entre un
don de toute propriété privée et la pra- piano et un chœur qui ne cessent de
ter de Foster est illustré par l’album tique fervente de la musique instrumen- s’interrompre. Reste l’émouvant «  I’ll
75ème anniversaire de l’Or- Enesco enregistré pour Claves, disque
tale et chorale. Le programme de cet
immaculé et en quelques sorte histo- be seeing you  » qui clôt un disque
chestre de Chambre de Lausanne album « The Road Home » se base sur attachant superbement interprété par
rique, couplant Dixtuor et Symphonie
Bach, Mozart, Chopin, Haydn, Brahms, un recueil de chants traditionnels « The les 25 chanteurs du Santa Fe Desert
Schubert, Britten, Enescu, Stravinski... de chambre, alors que les années Jesus
Lopez Cobos illustrent son style si clair, American vocalist » publié en 1849. Ces Chorale, tous animés du vibrant désir
Dame Felicity Lott, soprano; Teresa Berganza, derniers furent par la suite harmonisés, de restituer culture populaire et création
mezzo-soprano; Nasco Petroff, ténor; Bernard sa palette lumineuse, dans d’irrésis-
tibles «  Suites pour petit orchestre  » c’est dire qu’ils ne correspondaient déjà contemporaine. (Jérôme Angouillant)
Schenkel, hautbois; Samson François, piano;
Aurèle Nicolet, flûte; Edmond Defrancesco, flûte; de Stravinski comme musardées, une
Karl Engel, piano; Stéphane Romascano, violon; « Ma mère l’Oye » tendrissime ou dans
prétation de l’ensemble Amarcord, à
Gidon Kremer, violon; Chœur de la Radio Suisse
Romande; André Charlet, direction; Orchestre de
les «  Chansons populaires  » de Falla
avec une Teresa Berganza un peu à la
Sélection ClicMag ! savoir deux ténors (dont un contre),
Chambre de Lausanne; Victor Desarzens; Armin deux basses et un baryton. Graduels et
trame de sa voix : elle enregistrait alors
Jordan; Lawrence Foster; Jesús López Cobos; Antiphones s’accommodent fort bien
pour Claves les ultimes disques de sa
Christian Zacharias; Joshua Weilerstein, direction des voix mâles, austérité et gravité vont
carrière. De Christian Zacharias, on eut
CLA1711/17 • 7 CD Claves de pairs. Les quelques pièces isolées,
aimé retrouver la somptueuse «  Cle-
issues de messes des Josquin, Ma-
7 5 ans, c’est jeune pour un orchestre
si l’on songe à la Staatskapelle de
Dresde. Mais créée et surtout animée
menza di Tito » qui révélait dans la Salle
des forces motrices le Sesto de la jeune
Joyce DiDonato, mais non, Haydn,
chaut, Ockenghem et Byrd captivent par
leur ardente polyphonie «  a cinque  ».
La noble expression du haute-contre
dés ses premières saisons par le vrai Schubert (une « Inachevée » pleine de
survole l’ardu soutien des basses
génie que fut Victor Desarzens, la for- surprises) et un très classique, très tenu
comme un papillon arc-en-ciel sur des
mation lausannoise, orchestre Mozart Second Concerto de Chopin dirigé du Tenebrae terres labourées fraîchement. Le Glo-
extensible avec les forces proches de piano comme le faisait aussi alors Krys-
Œuvres vocales sacrées de G. de Machaut, ria de l’américain Boquiren, composé
Genève, avait toutes les chances de tian Zimmerman. Et le Directeur musical
S. Dietrich, T. Stoltzer, J. Ockeghem, W. en 2001 pour Amarcord et conçu pour
son coté. C’est avec Desarzens juste- actuel ? Une 4e Symphonie de Beetho- Byrd… être chanté en cercle, mêle homopho-
ment que commence le voyage, ses ven très lestement emmenée montre
Ensemble amarcord nie et souffle dans une transe voisine
Mozart impeccables où règne une grâce que Joshua Weilerstein s’est fondu
RKAP10117 • 1 CD Raumklang des chants des indiens d’Amérique. Le
absolue qui pousse Samson Fran- dans la lumineuse tradition romande.
Poème « Tenebrae » de Marcus Ludwig
çois à clarifier sa palette, à épurer son
jeu pour un émouvant 23e Concerto,
(Jean-Charles Hoffelé)
V oilà un disque dont la thématique
funèbre intitulée sobrement «  Té-
nébrae  » brosse un parcours histori-
(1997 d’après Paul Celan) l’  »Apoka-
thilosis  » (1999) de Ivan Moody tout
ajout majeur à la discographie du pia- comme l’Agneau soyeux et caressant
niste français que le chef romand lui quement et géographiquement large de John Tavener (1976) se répondent
dirige précis et leste comme il l’aurait puisqu’on y entend du grégorien, des en renvoyant à la liturgie orthodoxe pas-
dirigé à Lili Kraus, merveille  ! Mais pièces médiévales, des maîtres de la sée à la moulinette de la modernité. Le
Aurèle Nicolet pour le Concerto K 313, Renaissance (Tallis, Gesualdo, Byrd) traitement vocal des cinq voix si efficace
sa flûte d’argent, sont tout autant au et des créations contemporaines d’au- dans les morceaux de pure polyphonie
diapason de Desarzens, dont l’art si teurs peu fréquentés (Marcus Ludwig, horizontale convient moins bien au
noble brille plus encore pour une 54e Ivan Moody, Nikolai Kedrow, Sidney « Peccantem me quotidie » de Gesualdo
de Haydn mémorable. S’y ajoute un Marquez Boquiren). L’Europe musicale (Seul méditerranéen en lice) en le pri-
disque XXe siècle passionnant où tout The Road Home y est aussi pieusement représentée. Le vant de soleil. Cela dit, l’interprétation
sonne comme si l’encre venait juste de Musique chorale américaine. Œuvres de parcours est passionnant mais pourrait d’Amarcord métamorphose le chant en
sécher  : sommet, la 4e Kammermusik A. Humble, Rev. Josiah Kelly Alwood, J. être semé d’embûches si l’on en croit le pur cristal et le disque baigne effecti-
d’Hindemith où le violon de Stéphane Hascal, C. Wesley, S. Guillaume… sous-titre de l’album : « Music for medi- vement dans une sereine harmonie en
Romascano persiffle. Comme l’on ai- Jeff Lankov, piano; Santa Fe Desert Chorale; tation and contemplation » qui suggère accord avec la douce injonction à la
merait retrouver les albums consacrés Joshua Habermann, direction un virage new-age fort heureusement méditation et à la contemplation prévue
à la Seconde Ecole de Vienne gravés AVIE2377 • 1 CD AVIE Records négocié grâce à la qualité de l’inter- au programme. (Jérôme Angouillant)

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DVD et Blu-ray
Manifestement, l’alchimie entre le chef clamant seuls d’être audacieux, comme Marianela Nunez; Vadim Muntagirov; Kristen
et son orchestre fonctionne magnifique- ce bar de nuit même pas glauque qui Mcnally; Claire Clavert; The Royal Ballet; Orchestre
ment et se bonifie au fil du temps. Il ne pourtant n’effraie plus personne. Et une du Royal Opera House; Koen Kessels, direction;
manque plus que deux volumes, la 2° et curiosité quand même, les deux gar- Marius Petipa, chorégraphie
la 7° symphonie (disponible cependant çons enfin en albanais au IIe acte, co-
OA1257D • 1 DVD Opus Arte
chez d’autres éditeurs) pour avoir une médie dans la comédie dont je cherche
vue globale d’un cycle symphonique encore le sens probablement profond. OABD7234D • 1 BLU-RAY Opus Arte

M
majeur dans la vision d’un des chefs Rien de neuf donc, mais un spectacle onica Mason reprenant la choré-
les plus importants de notre époque. qui se regarde sans barguigner, porté graphique de Marius Petipa telle
Vincenzo Bellini (1801-1835) (Richard Wander) par une jolie troupe de jeunesses où
que Covent-Garden l’aura montée sous
Norma, opéra en 2 actes Daniel Behle fait figure de star et quasi
d’ancêtre. Son Ferrando stylé rappelle la direction de Ninette de Valois (le Sad-
Sonya Yoncheva; Joseph Calleja; Sonia Ganassi;
à tout un chacun que chanter Mozart ler’s Wells la vit en premier) en 1946
Chœur et Orchestre du Royal Opera House; Anto-
nio Pappano, direction; Alex Ollé, mise en scène est une discipline et le chanter bien et donc avec les ajouts d’Ashton et de
OA1247D • 1 DVD Opus Arte certainement affaire de temps. C’est Dowell, voulait réinscrire ce monument
le hic pour Fiordiligi  : Corinne Winters dans le XXIe Siècle. Pari gagné, repar-
OABD7225D • 1 BLU-RAY Opus Arte
est certes splendide de timbre mais
tant des sketches des costumes et des
O n vous aura prévenu, le spectacle
d’Alex Ollé, mélange de facilité, de
convention et de mauvais goût est une
elle se brule à ce que demande Mozart,
laissons lui le temps comme à Angela décors signés par Olivier Messel, Chris-
topher Newton les réinterpréta, aug-
Brower, magnifique Dorabella à laquelle
catastrophe. Donc oubliez l’image pour manque juste un peu de maturité. Les mentant leurs qualités oniriques sans
préserver la musique de cette soirée en W. Amadeus Mozart (1756-1791) deux «  manipulateurs  » sont parfaits, perdre la magnificence de l’ensemble.
demi-teinte où, un peu trop tôt, Sonya Cosi fan tutte, K. 588, opéra en 2 actes Kränzle très faussement paternel, Puer- Dans de tels apparats, l’âge d’or de ce
Yoncheva aborde Norma, elle qui fut à Corinne Winters; Angela Brower; Daniel Behle; tolas, Despina érigeant l’impertinence
Bastille une Lucia de rêve. A Londres Royal Opera Chorus; Orchestra of the Royal Opera ballet semble renaître de ses cendres
en vertu, mais la vraie surprise c’est le
elle se substituait à Anna Netrebko qui House; Semyon Bychkov, direction; Jan Philipp
Guglielmo d’Alessio Arduini, silhouette avec une grâce et une énergie singu-
avait déclaré forfait. Sa voix manque Gloger, mise en scène lière, ce phœnix étant porté par un trio
svelte, voix charmeuse, présence rava-
encore de cette étoffe dramatique qui OA1260D • 1 DVD Opus Arte geuse, celui là il faudra le suivre ! Dom- irrésistible, Marianela Nunez traçant
fait les grandes Norma, mais le style, OABD7237D • 1 BLU-RAY Opus Arte mage  : Semyon Bychkov, devant une un portrait mystérieux de la Princesse,
les phrases longues, les ornements
J an Philipp Gloger commence son troupe si jeune et qui joue le jeu allégre- Kristen McNally brossant en deux
parfaits, ce belcanto qu’elle fait enfin Cosi fan tutte par la fin : à l’ouverture ment, appuie plus son orchestre qu’il ne
gestes le caractère de la Fée Carabosse
renaître sont pour Norma une révéla- les comédiens de l’intrigue de Da Ponte l’enlève. (Jean-Charles Hoffelé)
tion, mieux, une renaissance. Face à avec une maestria dans la pantomime
viennent saluer en costumes histo-
elle Joseph Calleja dore les aigus de son sciante, le Prince selon Vladimir Mun-
riques, alors que les amants déboulent
Pollione, y mettant comme le souvenir tagirov exaltant la perfection classique
dans la salle en tenue de ville moderne,
du timbre de Pavarotti, couple quasi de sa danse. Certainement le plus beau
au contraire de Don Alfonso et de
parfait que dépare l’Adalgisa vériste «  Premier acte  », toute production
Despina qui eux sont en scène façon
de Sonia Ganassi. Brindley Sherratt
XVIIIe. C’est la seule cartouche que le confondue, mais l’ensemble de la cho-
n’a pas les aigus d’Oroveso, mais quel
metteur en scène aura brulée, même la régraphie de Petipa, revisitée avec tant
style. Autre vainqueur de cette soirée,
mesmérisation par Despina grimée en de soin, impose une admiration sans
l’orchestre de Bellini, si souvent raillé,
mage, avec serpent et pomme du Jar-
auquel la direction ardente d’Antonio frein ; difficile d’imaginer le grand bal-
din d’Eden, n’osera guère être qu’illus-
Pappano infuse les couleurs mythiques let de Tchaïkovski autrement. Captation
du romantisme. Ecoutez seulement.
trative, les décors (et les accessoires  : Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893)
les filles regardent les portraits de leurs La Belle au bois dormant, op. 66, ballet en virtuose qui ne perd rien d’un spectacle
(Jean-Charles Hoffelé)
chéris sur Smartphone, of course) ré- 1 prologue, 3 actes et 5 tableaux profus. (Jean-Charles Hoffelé)

rable « Eugen Onegin ». Aurait-il craint l’entoure, Larissa Diadkova comtesse


Sélection ClicMag ! de froisser Mariss Jansons qui s’insur- sans peur qui meurt comme tout le
geait devant Onegin écrivant la lettre de monde empoisonné par un cordial au
Lisa  ? Cette fois une liberté  : Yeletsky choléra, Vladimir Stoyanov, Yeletsky
aura les traits et le costume de Tchaï- superbe de voix et de jeu, Alexey Mar-
kovski (qui sera démultiplié à l’envi par kov Tomsky impeccable dans la «  Bal-
les choristes) amoureux timide de Lisa lade », la Polina et le Milovzor charnels
qui s’éconduit de lui-même pour laisser d’Anna Goryachova, mezzo décidément
Anton Bruckner (1824-1896) la place à Hermann, et une autre à la fin à suivre. Bémol : si Svetlana Aksenova
Symphonie n° 1 de la « Pastorale », lorsque l’Impératrice est physiquement une Lisa presque
Staatskapelle Dresden; Christian Thielemann,
parait, c’est Hermann encore une fois, trop splendide, elle s’éraille (comme
direction couronné, et que Tchaïkovski furieux beaucoup, même Grümmer y trépas-
Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893) met en bretelles et en marcel, lui ôtant
CM744608 • 1 DVD C Major sait) dans son grand air où l’idée du
La Dame de pique, op. 68, opéra en 3 l’hermine. Sinon rien que de très litté-
CM744704 • 1 BLU-RAY C Major suicide germe. Peu importe tant l’opéra
actes et 7 scènes ral, où se glisse parfois une belle idée,
est empoigné par Mariss Jansons qui
E nregistrée à la philharmonie de
Munich le 6 septembre 2017, cette
nouvelle étape de l’intégrale des sym-
Misha Didyk; Alexey Markov; Vladimir Stoyanov;
Andrei Popov; Andrii Goniukov; Mikhail Makarov;
Anatoli Sivko; Larissa Diadkova; Svetlana
comme les dames de compagnie de La
Comtesse en grand deuil et comme la
pressant de mourir dans tout ce noir
trouve dans les sonorités inquiètes,
les accents morbides des musiciens
phonies de Bruckner dirigée par Thiele- Aksenova; Anna Goryachova; Choeur du Dutch du Concertgebouw un tout autre écho
étouffant, alors qu’elle est en liseuse
National Opera; Ching-Len Wu, direction; The qu’à Munich, dans la captation audio
mann à la tête de «  sa  » Staatskapelle Royal Concertgebouw Orchestra; Mariss Jansons,
blanche et parfois une mauvaise lors du
de Dresde est une réussite d’autant délire d’Hermann (vous verrez…). Mais éditée par BR Klassik. Pour sa direc-
dircetion; Stefan Herheim, mise en scène
plus incontestable qu’elle est plutôt le décor unique prive le grand troisième tion hantée, qui rappelle en la stylisant
CM743908 • 2 DVD C Major celle de Samossoud, pour le spectacle
inattendue. On savait le chef allemand acte de sa morbidité, l’omniprésence
adepte d’un Bruckner monumental, CM740004 • 1 BLU-RAY C Major de Tchaïkovski tout du long voyant et d’Herheim, pour le plus bel Hermann

L
ostensiblement grandiose sinon parfois e salon de musique de Tchaïkovski : il écrivant son opéra, la scène à la maison de Didyk, soirée passionnante sinon
pesant, on le découvre ici capable de vient de faire une gâterie à Hermann de jeu brouillonne, tout cela fatigue un absolument mémorable. En Novembre
propulser la symphonie la plus dyna- qui le quitte après avoir remonté le per- brin mais se fait rembourser par une 2012, Vladimir Jurowski dirigeait à
mique de Bruckner avec une énergie roquet automate sifflant dans sa cage belle direction d’acteur et un Hermann l’Auditorium Smolarz de Tel Aviv ce
farouche. L’orchestre est comme tou- dorée l’air de Papageno façon boite à qui hante la scène : Misha Didyk, vieilli, qui semble être sa première Dame de
jours somptueux, et la captation vidéo, musique. Une provocation  ? A peine. grossi est à ce point le personnage qu’il Pique, et c’est tout le théâtre de Tchai-
très classique, met en valeur les diffé- Stefan Herheim va bien moins loin dans rejoint au panthéon et Khanaieiv et Nie- kovski qui envahit la salle de concert.
rents solistes, en particulier les vents. la relecture qu’il ne le fit pour son inexo- lepp. Une troupe idéalement composée (Jean-Charles Hoffelé)

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Sélection Brilliant Classics

Marco Dall’Aquila : Œuvres pour C.P.E. Bach : Intégrale des J.S. Bach : 3 Sonates pour viole de J.S. Bach : Le clavier bien tempéré, J.S. Bach : Sonates et partitas J. Brahms : Sonates pour alto
luth, vol. 2 variations pour clavier gambe, BWV 1027-9 BWV 846--893 (version guitare) Zwei Gesänge
Sandro Volta, luth Andrea Coen, piano-forte Patxi Montero, viole de gambe Daniele Boccaccio, orgue Francesco Teopini, guitare Sara Mingardo; Luca Sanzo
Daniele Boccaccio, orgue Maurizio Pacariello
BRIL95261 - 1 CD Brilliant BRIL95305 - 2 CD Brilliant BRIL95042 - 1 CD Brilliant BRIL95157 - 4 CD Brilliant BRIL95424 - 2 CD Brilliant BRIL95281 - 1 CD Brilliant

Roffredo Caetani : Les deux Francesco Cilea : Intégrale de Napoléon Coste : 25 études, op. 38; Egidio Romualdo Duni : Les deux Amante Franzoni : Vespro per la G.F. Haendel : Intégrale de l’œuvre
quatuors à cordes l’œuvre pour piano Grande Sérénade, op. 30 chasseurs et la laitière, opéra Festa di Santa Barbara pour clavecin
Quatuor Alauda Pier Paolo Vincenzi; Marco Gaggini Flávio Apro, guitare A. Budzinska-Bennett; M. Straburzynski; L. Accademia Degli Invaghiti; Concerto Roberto Loreggian, clavecin
Wilda; Accademia dell’Arcadia Palatino; Cappella Santa Barbara Michael Borgstede, clavecin
BRIL95198 - 1 CD Brilliant BRIL95318 - 2 CD Brilliant BRIL95255 - 1 CD Brilliant BRIL95422 - 1 CD Brilliant BRIL95344 - 1 CD Brilliant BRIL95235 - 8 CD Brilliant

G.F. Haendel : Cantates HWV 77, 88 L. Janácek, E. Elgar, V. Kalinnikov Giuseppe Martucci : Trios et Claudio Merulo : Missa Apostolo- Mozart, Bruch, Pleyel : Œuvres pour Michael Nyman : Intégrale de
et 109; Sonates HWV 363a et 367a : Sérénades quintette pour piano rum; Missa in Dominicis diebus... violon et alto l’œuvre pour piano
Ensemble Recondita Armonia Orchestre de chambre Ferrucio Busoni; Maria Semeraro; Quatuor Noferini F. Del Sordo, orgue; Nova Schoila Grego- Davide Alogna; José Adolfo Alejo Jeroen van Veen, piano
Massimo Belli riana; In dulci Jubilo; Alberto Turco Camerata de Coahuila; Ramon Shade
BRIL95362 - 1 CD Brilliant BRIL95199 - 1 CD Brilliant BRIL94968 - 2 CD Brilliant BRIL95145 - 2 CD Brilliant BRIL95241 - 2 CD Brilliant BRIL95112 - 2 CD Brilliant

N.A. Porpora/G.B. Costanzi : 6 Max Richter : Intégrale de l’œuvre Henri Sauget : Cadence; Préludes; Erwin Schulhoff : Intrégrale de la Padre Antonio Soler : Six concertos Alexandre Tansman : L’œuvre pour
Sonates pour violoncelle pour piano seul Pièces faciles; Musique pour musique pour violon et piano pour 2 clavecins guitare seule
Adriano Maria Fazio Jeroen Van Veen, piano Claudel n° 1 et 2; Soliloque... Bruno Monteiro Agustín Álvarez Cristiano Polli Cappelli, guitare
A. Baschiera; F. Lotti; N. Boscaro Joao Paulo Santos Eusebio Fernández-Villacañas Andrea Pace, guitare
BRIL95408 - 1 CD Brilliant BRIL95390 - 1 CD Brilliant BRIL95168 - 1 CD Brilliant BRIL95324 - 1 CD Brilliant BRIL95327 - 1 CD Brilliant BRIL95221 - 2 CD Brilliant

G.P. Telemann : Les doubles concer- G.P. Telemann : Concertos pour Paolo Tosti : The Song of a Life, Juan Vasquez : Soledad tengo de ti, A. Vivaldi : Les Quatre saisons; A. Vivaldi : Sonates pour violoncelle
tos pour flûte à bec hautbois vol. 1. œuvres vocales Concertos pour violon n° 5-12 Francesco Galligioni
Ensemble Cordevento Andrius Puskunigis- St. Christopher Cycles de mélodies Ensemble Vandalia P.L. Fabretti, hautbois; L’Arte dell’ Arco; L’Arte dell’Arco
Erik Bosgraaf, flûte à bec, direction Chamber Orchestra; Donatas Katkus Federico Guglielmo, violon, direction
BRIL95249 - 1 CD Brilliant BRIL95379 - 1 CD Brilliant BRIL95201 - 5 CD Brilliant BRIL95316 - 1 CD Brilliant BRIL95045 - 2 CD Brilliant BRIL95346 - 1 CD Brilliant

Les Ballets Russes; Tchaikovski, Œuvres pour orchestre à cordes de Concertos pour piccolo de Lieber- Etudes faciles pour guitare, vol. 1 Angelo Gilardino : Au pays parfumé; Per Anni Circulum : Chant grégorien
Prokofiev, Khachaturian Bartók, Ghedini, Rota et Hindemith mann, Galante, Mozart, Cavicchi Cristiano Porqueddu, guitare Parthenicum; Capriccio Etneo; Schola Gregoriana Benedetto XVI
Nicolae Moldoveanu; Barry Wordsworth; D. Orlando, violon; F. Fiore, alto; I Solisti Nicola Mazzanti; Orchestre Haydn di Concertino di Hykkara Don Nicola Bellinazzo
Orchestre du Bolshoi; Evgeny Svetlanov Aquilani; Flavio Emilio Scogna Bolzano e Trento; Marco Angius A. Marchese, guitare; A. Badano, clavecin
BRIL95409 - 3 CD Brilliant BRIL95223 - 1 CD Brilliant BRIL95436 - 1 CD Brilliant BRIL95402 - 2 CD Brilliant BRIL95266 - 1 CD Brilliant BRIL95286 - 1 CD Brilliant

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Rachel Podger : The music I love, portrait. Œuvres de... CCSSEL6212 9,60 € p. 3  Franco Gulli joue Beethoven, Schubert et Mendelssohn ... WS121365 12,48 € p. 15 
Alphabétique Bowen, Bridge, Dale : Musique anglaise pour alto. Adr... AVI8553173 15,36 € p. 15 
Hugo Alfvén : Œuvres symphoniques, vol. 1. Borowicz. CPO555043 15,36 € p. 3  Korngold, Ullmann, Schulhoff : Breaking the silence, ... KL1415 12,48 € p. 15 
Tor Aulin : Concertos pour violon n° 1-3. Wallin, Man... CPO777826 15,36 € p. 3  L’Estro Vivaldiano : Venise et ses jeux d’influences.... PAS1035 15,36 € p. 16 
Bacewicz : Concerto pour violon n° 3. Jakowicz, Nalec... DUX0685 15,36 € p. 4  75ème anniversaire de l’Orchestre de Chambre de Lausa... CLA1711/17 33,60 € p. 16 
Bach : Sonates et Partitas pour violon. Patrice Fonta... POL118130 19,68 € p. 4  The Road Home : Musique chorale américaine. Lankov, H... AVIE2377 13,92 € p. 16 
Bach : Sonates et partitas pour violon seul. Feng. CCS39018 16,80 € p. 4  Tenebrae : Œuvres vocales sacrées. Ensemble Amarcord RKAP10117 15,36 € p. 16 

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Bon de commande n° 59 / Avril 2018

DVD et Blu-ray Janácek, Elgar, Kalinnikov : Sérénades. Belli. BRIL95199 6,72 € p. 18 


Giuseppe Martucci : Trios et quintette pour piano. Se... BRIL94968 8,16 € p. 18 
Bellini : Norma. Yoncheva, Calleja, Ganassi, Pappano,... OA1247D 25,08 € p. 17  Claudio Merulo : Messes pour orgue contrepoint altern... BRIL95145 8,16 € p. 18 
Bellini : Norma. Yoncheva, Calleja, Ganassi, Pappano,... OABD7225D 30,72 € p. 17  Mozart, Bruch, Pleyel : Œuvres pour violon et alto. A... BRIL95241 8,16 € p. 18 
Bruckner : Symphonie n° 1. Thielemann. CM744608 19,68 € p. 17  Michael Nyman : Intégrale de l’œuvre pour piano. Van ... BRIL95112 8,16 € p. 18 
Bruckner : Symphonie n° 1. Thielemann. CM744704 29,28 € p. 17  Porpora/Costanzi : Six sonates pour violoncelle. Fazi... BRIL95408 6,72 € p. 18 
Mozart : Cosi fan tutte. Winters, Brower, Behle, Ardu... OA1260D 25,08 € p. 17  Max Richter : Intégrale de l’œuvre pour piano seul. V... BRIL95390 6,72 € p. 18 
Mozart : Cosi fan tutte. Winters, Brower, Behle, Ardu... OABD7237D 30,72 € p. 17  Henri Sauguet : L’œuvre pour guitare. Baschiera. BRIL95168 6,72 € p. 18 
Tchaikovski : La Dame de pique. Didyk, Markov, Stoyan... CM743908 25,44 € p. 17  Erwin Schulhoff : Intrégrale de la musique pour violo... BRIL95324 6,72 € p. 18 
Tchaikovski : La Dame de pique. Didyk, Markov, Stoyan... CM740004 29,28 € p. 17  Padre Antonio Soler : Six concertos pour 2 clavecins.... BRIL95327 6,72 € p. 18 
Tchaikovski : La Belle au bois dormant. Nunez, Muntag... OA1257D 25,08 € p. 17  Alexandre Tansman : L’œuvre pour guitare seule. Poli ... BRIL95221 8,16 € p. 18 
Tchaikovski : La Belle au bois dormant. Nunez, Muntag... OABD7234D 30,72 € p. 17  Telemann : Les doubles concertos pour flûte à bec. Bo... BRIL95249 6,72 € p. 18 
Sélection Brilliant Classics Telemann : Concertos pour hautbois. Puskinigis, Katkus. BRIL95379 6,72 € p. 18 
Marco Dall’Aquila : Œuvres pour luth, vol. 2. Volta. BRIL95261 6,72 € p. 18  Paolo Tosti : The Song of a Life, vol. 1. Casucci, Me... BRIL95201 16,08 € p. 18 
C.P.E. Bach : Intégrale des variations pour clavier. ... BRIL95305 8,16 € p. 18  Juan Vasquez : Soledad tengo de ti, œuvres vocales. E... BRIL95316 6,72 € p. 18 
Bach : Sonates pour viole de gambe. Montero, Boccaccio. BRIL95042 6,72 € p. 18  Vivaldi : Il Cimento dell’ armonia e dell’ inventione... BRIL95045 8,16 € p. 18 
Bach : Le clavier bien tempéré (version pour orgue). ... BRIL95157 13,20 € p. 18  Vivaldi : Sonates pour violoncelle. Galligioni, L’Art... BRIL95346 6,72 € p. 18 
Bach : Sonates et partitas, BWV 1001-1006 (version gu... BRIL95424 8,16 € p. 18  Tchaikovski, Prokofiev, Khachaturian : Les Ballets Ru... BRIL95409 9,60 € p. 18 
Brahms : Sonates pour alto - Zwei Gesänge. Mingardo, ... BRIL95281 6,72 € p. 18  Bartók, Ghedini, Rota, Hindemith : Œuvres pour orches... BRIL95223 6,72 € p. 18 
Roffredo Caetani : Les deux quatuors à cordes. Quatuo... BRIL95198 6,72 € p. 18  Concertos pour piccolo. Mazzanti, Visintini, Angius. BRIL95436 6,72 € p. 18 
Francesco Cilea : Intégrale de l’œuvre pour piano. Vi... BRIL95318 8,16 € p. 18  Etudes faciles pour guitare, vol. 1. Porqueddu. BRIL95402 8,16 € p. 18 
Napoléon Coste : Œuvres pour guitare. Apro. BRIL95255 6,72 € p. 18  Angelo Gilardino : Musique sicilienne pour guitare. M... BRIL95266 6,72 € p. 18 
Egidio Romualdo Duni : Les deux chasseurs et la laiti... BRIL95422 6,72 € p. 18  Per Anni Circulum : Chant grégorien. Bellinazzo. BRIL95286 6,72 € p. 18 
Amante Franzoni : Vespro per la Festa di Santa Barbar... BRIL95344 6,72 € p. 18 
Haendel : Intégrale de l’œuvre pour clavecin. Borgste... BRIL95235 25,44 € p. 18 
Haendel : Cantates et sonates. Ensemble Recondita Arm... BRIL95362 6,72 € p. 18  TOTAL A €

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