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Université de Rouen

Département des sciences de l’éducation


MARDIF
MASTER RECHERCHE 2ème ANNÉE

SECTEUR PRIVÉ DE SÉCURITÉ ET DE


SURVEILLANCE HUMAINE :
« ENTRE PRÉVENTION ET INTERVENTION,
RISQUES ET ENJEUX DE LA
PROFESSIONNALISATION »

Mémoire de Master
Présenté par Antonio ARROYO
Sous la direction des professeurs : Jean HOUSSAYE
et Alain KERLAN

Promotion ROUSSEAU Année 2007


REMERCIEMENTS
Nous voudrions ici exprimer nos remerciements à tous ceux qui, d’une manière
ou d’une autre, ont contribué à notre projet. Nous exprimons notre profonde
gratitude particulièrement à :
- Messieurs Jean HOUSSAYE et Alain KERLAN, nos directeurs de
mémoire, qui ont bien voulu nous accompagner dans ce travail et qui,
malgré leurs nombreuses responsabilités, nous ont toujours consacré du
temps et nous ont assisté par de soigneuses orientations et conseils de
qualité.

Nous témoignons également notre profonde gratitude à :


- tous les enseignants du MARDIF pour la qualité de leurs formations,
- au ministère de l’intérieur et de l’aménagement du territoire, Bureau des
libertés publiques – section activités privées de sécurité,
- au service départemental d’incendie et de secours du département de la
Gironde (SDIS 33),
- à la Mairie de Cenon (près de Bordeaux),
- au service de la police de l’air et des frontières de l’aéroport de Mérignac
(près de Bordeaux),
- au service de la police municipale de Bordeaux,
- au directeur départemental de la sécurité publique de la Gironde,
- au Conseil Régional, et Général de la gironde,
- à la communauté urbaine de Bordeaux,
- au service VAE du GRETA de Bordeaux,
- au DAVA du Rectorat de Bordeaux
Pour leur compréhension et leurs encouragements ;

- à toute notre famille, pour leur soutien moral et les sacrifices consentis,
- à nos amis pour leurs encouragements.
Que tous soient chaleureusement remerciés

1
INTRODUCTION
Le changement social de la société post industrielle de l’après trente glorieuses est un
générateur incontournable d’une nouvelle société du risque.

La faillite de l’URSS et la destruction du Mur de Berlin accélèrent le processus de l’insécurité


par la suppression des frontières.

Ce processus décentrateur va internaliser des nouveaux risques et poser les bases d’une
société réflexive et individualiste.

Les risques ne sont plus de nature externe mais interne, produits de la rationalisation et de la
science, mais aussi de la politique, du droit et de la « démocratie ».

L’extérieur disparaît et il n’y a plus d’indépendance, les conséquences ne sont donc plus
qu’internes. Nous nous trouvons donc, alors, face à un risque global, systémique, invisible et
autoréférentiel qui place la société du risque comme une société de la catastrophe.

Les risques sont partagés, distribués entre les individus, ce qui les oblige à s’en protéger.

Ce changement de catégorie est également lié à la croissance exponentielle des forces


productives dans le processus de modernisation, croissance qui donne naissance à des risques
et des potentiels de mise en danger de soi-même dans l’ampleur et sans précédent.

Le traitement des risques passe alors par un processus cognitif combinant science objective et
subjective pour déterminer notre avenir, où c’est la connaissance des risques, « la
prévention » qui détermine l’action (l’être) « l’intervention », et qui se limite à la gestion des
risques ou à l’action opérationnelle, comme si plus rien ne pouvait changer.

L’individu devient obligé de se prendre en charge lui-même pour assurer la réussite de la


modernité, en conséquence de la rupture des liens familiaux qui ont détruit les solidarités et
soumis nos vies à une insécurité grandissante et une perte des normes.

L’état social, la formation, la division du travail, le salariat, etc.…, imposent aux personnes
« l’autonomie » par rapport à leurs milieux et aux liens de provenance ou dans lesquels ils
s’intègrent, et les faits sont là, massifs, de la différenciation et de la perte des solidarités
sociales.

On assiste alors à une personnalisation des parcours qui se généralisent par le Curriculum
Vitae, qui matérialisera un destin personnel et non social (collectif).

L’intérêt n’est plus celui de l’engagement dans une carrière, mais dans le sens donné à son
travail dans lequel on est le plus impliqué.

Mais cette personnalisation des parcours et des changements d’entreprises, surtout lorsque
l’on est soumis par une relation de prestation de services, entraîne également une perte
d’importance de l’entreprise et du travail, se traduisant surtout par une individualisation de
l’inégalité sociale et du marché du travail.

2
La division sociale devient division biographique (entre emploi et chômage, étudiant et cadre,
« intervention et prévention », métiers et fonctions, tâches et activités).
A travers cette individualisation, les causes extérieures se transforment alors en
responsabilités individuelles, qui induisent une transformation des crises sociales en crises
individuelles, car tout le monde n’est pas touché de la même manière.

Les classes sociales disparaissent ainsi, et on assiste à une augmentation des inégalités
individualisées et donc beaucoup plus insupportables car fruits de la responsabilité
personnelle, et c’est l’estime de soi qui sera alors le plus souvent atteinte (et pouvant aller
jusqu’à l’autodestruction). Mais c’est le prix à payer pour l’inadaptation à la réussite d’une
société moderne qui impose l’individualisme.

L’individu n’a plus le choix, mais il est obligé de se soucier de soi car il y a individualisation
des risques, échecs personnels et responsabilité.

C’est cette société du risque inductrice d’individualisation et d’utilité qui place notre secteur
de surveillance humaine dans une dynamique de professionnalisation (et de
responsabilisation), car la gestion des risques est le trait dominant des sociétés modernes.

L’Etat se développe dans la gestion des risques, mais il ne peut pas tout faire, il prend un rôle
de régulateur de cette dynamique de professionnalisation en tant que garant de l’ordre public.
L’Etat intervient pour couvrir les citoyens, il y a changement dans la nature des risques,
puisqu’il y a changement induit par la société post-industrielle.

Le risque est devenu la matrice fondamentale qui permet de lire la société post-industrielle (et
à travers les risques on peut comprendre le changement social).
Les risques sont plus progressifs (atteintes à l’environnement, cas de l’amiante, pollution de
l’air à Paris).
Les atteintes aux personnes posent des problèmes plus complexes. Les risques sont plus
durables, et parfois irréversibles. Ils sont plus indépendants et moins isolés (les risques sont
correlés, l’amiante et le tabac).

C’est ainsi que ce nouveau processus engendré par la modernité transforme l’analyse et le
traitement des risques et des menaces, ou c’est l’événement non encore survenu qui motive
l’action.
En effet, nous constatons des menaces et des destructions qui sont déjà bien réelles, d’un côté,
puis, d’un autre côté, la véritable force sociale de l’argument du risque réside dans les
« dangers que l’on projette dans l’avenir » (Ulrick Berk – La société du risque P 61).

Les attentats du 11 septembre 2001 ont généré les plus grosses pertes pour les USA depuis
Pearl Harbon.

Cette société du risque, tournée, autour de l’efficience nous oblige à repenser tout le
dynamisme de professionnalisation engagé. Cela se matérialise par la nécessité d’une
nouvelle donne entre l’Etat et les marchés de la prévention et de la sécurité privée, l’Etat ne
peut plus prendre en charge toute la demande sociale sécuritaire et cède de l’espace. De par sa
nature commerciale, la sécurité privée permet une meilleure adéquation entre le risque et son
traitement, ce que démontre le paradigme de la « modernité réflexive » (Ulrick Beck).

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La modernisation et la rationalisation, qui avaient détruit la société médiévale et qui ont été
accentuées avec la société industrielle, se poursuivent aujourd’hui sur un mode de modernité
réflexive. C'est-à-dire une modernité qui se pense elle-même et qui attribue à l’individu une
place centrale. On passe donc ainsi d’une logique de répartition des richesses à une logique de
répartition des risques ; la production ne crée plus seulement de la richesse mais également
des risques. Les conséquences néfastes, sur lesquelles réfléchit alors la modernité, ne viennent
plus de l’extérieur de la société mais de l’intérieur, d’où la nécessité sociale de se penser elle-
même de façon réflexive à travers notamment des politiques intérieures de prévention et de
sécurité (concept de sécurité intérieure). Nous passons ainsi d’une société de la « faim » à une
société de la « peur », qui devient le levier pour agir des marchands privés de sécurité.

Dans ce contexte ambigu et complexe du risque engendré par un sentiment d’insécurité


exagérée, comment se professionnalisent les acteurs privés de sécurité et de surveillance
humaine ? Quels sont les risques encourus par un secteur qui doit sa professionnalisation à
cette société du risque ? Quels défis doit-il combattre pour garder sa complémentarité avec les
forces régaliennes de sécurité ? Quelle est sa véritable dynamique de professionnalisation
entre l’état et le marché ? Pour comprendre notre problématique sur le secteur privé de
sécurité et de surveillance humaine « entre prévention et intervention, risques et enjeux
de la professionnalisation », nous avons structuré notre recherche en trois parties.

Nous cherchons ainsi à étudier le secteur privé de sécurité et de surveillance humaine en nous
inscrivant dans le paradigme de la société du risque et dans la perspective du « processus de
professionnalisation » comme un ensemble de stratégies déployées par un groupe
professionnel en vue de conquérir le contrôle exclusif de son activité de travail, et d’améliorer
en conséquence sensiblement son statut économique et social. Nous nous proposons
d’analyser ces stratégies au cours d’une période s’étendant de la création de la première
entreprise de surveillance et de gardiennage (1926) jusqu’à nos jours.
Nous cherchons ainsi à mettre en évidence la dynamique de professionnalisation engagée par
les partenaires sociaux dans la société post-industrielle, pour comprendre les transformations
opérées et la construction des identités.

La première partie sera consacrée à la construction de l’objet de recherche : elle explicitera la


problématique, passera en revue la littérature sur la question, puis situera le cadre théorique et
l’hypothèse de réflexion.
La deuxième partie sera consacrée au cadre méthodologique : elle se centrera sur la
présentation des populations concernées par l’étude, les modalités d’échantillonnage et le
recueil des données qui feront l’objet d’analyses et d’interprétations.
Dans une troisième partie, un état des lieux des dynamiques de professionnalisation et des
liens à la formation engagés par les divers partenaires en charge de la prévention, de la
sécurité privée et de la surveillance humaine, sera établi.
Nous essayerons alors de saisir les dynamiques de professionnalisation engagées pour
comprendre les risques et les enjeux de cette forme de professionnalisation, et la construction
des différentes identités qui en découlent, mais aussi les attitudes de résistances vis-à-vis des
partenaires engagés dans ce processus de professionnalisation, et nous terminerons enfin par
les perspectives qui semblent s’imposer pour identifier cette forme de professionnalisation
engagée.

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PREMIÈRE PARTIE
CONTEXTE THÉORIQUE

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I-1- PROBLÉMATIQUE

La problématique soulevée par notre étude appartient aux champs de la psychosociologie


interactionniste, de la sociologie des professions, du droit de manière générale, et beaucoup
plus spécifiquement aux champs de la formation continue et de l’éducation initiale des
personnels de sécurité privée et de surveillance humaine.

C’est donc à travers une approche multi référentielle que nous allons mener la présente
étude.

Notre secteur regroupe les entreprises privées de sécurité et de surveillance humaine qui
fournissent des prestations commerciales visant à assurer la sécurité des biens et des
personnes.
Ces prestations peuvent être utilisées par des entreprises clientes privées, des administrations
ou des particuliers.

Nos activités, qui sont réglementées depuis 1983, ne nous donnent aucune prérogative
d’ordre public, bien que nous y contribuions amplement de manière indirecte.

Mais, avant d’évoquer notre intérêt pour cette recherche, nous allons essayer d’abord de
justifier le choix de notre thématique.

I-1-1- Justification du choix du thème

Acteurs privés du secteur marchand de la sécurité et de la surveillance humaine depuis


1983, nous avons pu observer à travers notre occupation opérationnelle les divers postes
de travail, acquis les compétences nécessaires sur le terrain, et défini les savoirs à
appliquer aux divers contextes.
Nous avons ainsi estimé, à partir du terrain, l’écart qui pouvait exister entre l’application
des procédures sur le terrain et le manque de connaissances pour les appliquer.
Autrement dit, nous avons pris conscience de notre manque de savoir pour les articuler à
notre action.

La recherche de ces savoirs à travers notre propre formation nous a permis d’analyser la
sphère privée de sécurité et de sûreté sous tous ses aspects.
Cette maîtrise de l’articulation entre le dire et le faire appliquée à nos situations de
travail, depuis de nombreuses années, est confrontée aux sciences de l’éducation et de la
formation (au travers de la formation initiale et continue des divers personnels de la
sécurité et de la surveillance humaine, et des méthodes d’accompagnement leurs
permettant la validation de leurs acquis issus des situations du faire).

Nous voulons ainsi, à travers notre expertise de terrain, des sciences de l’éducation et de
la formation, mettre nos compétences à la disposition de la recherche pour saisir au
mieux notre problématique et appréhender la complexité de la société du risque qui
induit la professionnalisation des acteurs privés de sécurité et de surveillance humaine.

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I-1-2- Problème de recherche

Notre problématique générale de recherche s’inscrit dans le cadre global du rôle de


l’éducation et de la formation dans le processus de professionnalisation, et par son
adéquation avec la nécessité de la société du risque et tout ce qui en découle pour le sujet
en tant qu’acteur.

Nous allons essayer de comprendre si la dynamique initiée par les acteurs sociaux, qui
participent à la construction du système, est adaptée à la réalité des situations acteur-
système social ou acteur-système professionnel voulu par la négociation partenariale et
non la réalité sociale.

Nous pouvons affirmer que la professionnalisation n’intéresse pas tous les acteurs.
Compte tenu des risques qui pourraient porter atteinte au système privé et public
(existant), nous voyons alors émerger une certaine forme de professionnalisation induite
par la prescription législative et conventionnelle. Ce que nous souhaitons démontrer,
c’est le degré de professionnalisation que l’on cherche à attribuer actuellement au
secteur. Est-ce une professionnalisation voulue et qui prouve le déséquilibre des forces
en présence ? Est-ce une professionnalisation adaptée ? Ou, tout simplement, est-ce une
professionnalisation ou une adaptation à l’emploi exigée par le sentiment d’insécurité
régie par le marché de la peur ?
Dans quel pôle cette professionnalisation se situe t-elle ? Un pôle négatif (la peur) ou un
pôle positif (le réel de la société du risque et la centration sur la personne) ? Est-ce une
professionnalisation prescrite ou une professionnalisation réelle ?

I-1-3- Objectifs de l’étude

L’objectif global de notre étude consiste à expliquer, à travers l’analyse de la sphère


privée de sécurité et de surveillance humaine, les fondements de la forme de sa
professionnalisation à travers son histoire économique et sociale, et son évolution
éducative législative et de formation, pour comprendre les risques ainsi que les enjeux
qui freinent ou décalent ce processus de professionnalisation.

Questions de recherche

Quelles sont les actions majeures et les stratégies mises en œuvre par les acteurs
professionnels et les acteurs de l’éducation et de la formation pour initier, freiner ou
dévier le processus de professionnalisation ?

Quelles identités professionnelles vise-t-on à construire à travers ces stratégies de


professionnalisation ?

Quels sont les risques encourus par une véritable professionnalisation ?

En quoi la formation et l’éducation peuvent elles contribuer à la professionnalisation du


secteur ? Et comment y contribuent-elles dans cette forme de professionnalisation
engagée et pourquoi ?

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I-1-4- Intérêt de l’étude

Si le résultat de notre étude est atteint, nous contribuerons alors à l’avancée des
recherches dans le domaine des sciences de l’éducation en général, et plus
spécifiquement en ce qui concerne la problématique de la formation du personnel de
sécurité et de surveillance humaine évoluant dans le secteur marchand européen. Notre
étude pourrait orienter les autorités en charge de la sécurité et de l’éducation, afin
d’améliorer les dispositifs d’éducation et de formation d’un personnel complémentaire
des services officiels (de l’Etat), pour devenir véritablement des acteurs contribuant à la
sécurité nationale (voir européenne), comme le prescrivent les textes législatifs.

Mais essayons d’abord de définir la surveillance humaine.

I-2- LA SURVEILLANCE HUMAINE

Cette prestation, qui consiste à fournir aux utilisateurs des agents formés (depuis 1991, et
d’après la convention collective nationale) aux métiers de la sécurité, peut prendre la forme
d’une surveillance « classique » (contrôle d’accès (filtrage), intervention, rondes ou
patrouilles) ou d’une surveillance particulière (ou spécifique) en fournissant une équipe
d’agents spécialisés en réponse à un besoin spécifique de sites ou secteurs sensibles
(industriels classés, nucléaires, aéroportuaires ou administrations diverses) pour répondre à
l’application de plans particuliers de sûreté tels que « Vigipirate », évènementiels, etc. …

L’évolution des risques intentionnels dynamise l’évolution de notre secteur professionnel et


oriente nos compétences vers de nouvelles actions de prévention et de gestion des risques,
qui induisent des exigences de compréhension des conduites humaines.

Mais, avant de décrire nos principaux facteurs d’évolution, nous allons d’abord essayer de
comprendre la notion même du risque à travers quelques approches des sciences sociales et
humanistes.

I-2-1- Analyse socio-économique

Ce n’est qu’à partir des années 80 que le secteur privé de sécurité connaitra une nette
croissance par comparaison aux autres secteurs de l’économie nationale, et qui va se
traduire par une forte augmentation de ses effectifs salariés et de son chiffre d’affaires.
Les effectifs salariés atteindraient aujourd’hui le chiffre de 140 000 personnes selon les
sources de l’INSEE (qui prend en compte l’ensemble des agents qui n’appartiennent pas
à l’armée, ni à la police ou à l’administration pénitentiaire, et qui sont chargés pour le
compte de leur employeur de la protection des biens contre les accidents et les actes de
malveillance). L’INSEE intègre donc ainsi dans ses données les salariés travaillant pour
le compte d’une entreprise privée de sécurité et ceux qui exercent des fonctions de
sécurité dans une entreprise traditionnelle (services internes de sécurité des entreprises,
ou simples agents exerçant des fonctions de sécurité).
Toujours selon l’INSEE, le nombre total d’agents de sécurité serai passé de 93 000 en
1982 à 115 000 en 1992 pour atteindre le chiffre de 140 000 à l’heure actuelle. En 15
ans, le nombre d’agents s’est accru à un rythme de progression annuel légèrement
inférieur à 3%.

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L’évolution des effectifs salariés du secteur repose en France sur quatre sources
principales : les enquêtes annuelles d’entreprises gérées par l’INSEE, les statistiques de
l’UNEDIC (qui prennent appui sur les déclarations annuelles des deux organisations
syndicales patronales représentatives (le SNES et l’USP), et le recensement des sociétés
de surveillance et des services internes de sécurité effectué par les préfectures et qui
déclinent les agréments nécessaires au fonctionnement de ces entreprises, selon la loi
cadre de 1983, qui réglemente leurs activités (et qui intègre également des services de
sécurité des entités publiques et des transports en commun (SNCF et RATP).

Nous pouvons constater que ce mouvement de forte croissance s’inscrit également dans
un mouvement plus global et qui touche à des degrés divers tous les états occidentaux.
Aux Etats Unis, les effectifs de sécurité privée ont dépassé les effectifs de police depuis
1980 et, depuis, le développement des activités privées de sécurité n’a cessé de se
confirmer.

En Europe, les activités de sécurité privée ont connu un développement très sensible et
comparable à la situation de la France. Ainsi en Allemagne, le secteur concerne plus de
125 000 emplois, en Espagne 75 000 personnes, au Royaume Uni l’emprise du secteur
serait encore plus importante (250 000 personnes), pour un chiffre d’affaires annuel de
plus de 2 milliards de livres sterling. Dans ce dernier la sécurité privée a des missions
encore plus larges que dans les autres Etats Européens ; on distingue ainsi : le convoyage
des détenus, la garde statique des bâtiments officiels, y compris ceux de la police.

I-2-2- Une nécessité de Professionnalisation

Si historiquement de nombreuses petites entreprises composaient le secteur, le marché se


caractérise aujourd’hui par la coexistence de petites et de grandes entités, avec une
tendance à la concentration et à l’internationalisation, regroupées au sein d’une
organisation patronale fédérale unique, l’UFISS (Union Fédérale des Industries et
Services de Sécurité Privée). Cette unité, longue à obtenir, a été mise en cause en 2004
avec la création de l’USP (Union des Entreprises de Sécurité Privée), créée par le
Secrétaire Général du SNES (Syndicat National des Entreprises de Sécurité), confirmant
ainsi une mouvance syndicale partagée depuis de nombreuses années.

Pour mettre en valeur le professionnalisme et la qualification de leurs salariés, les plus


grosses entreprises se lancent dans les processus de normalisation à travers les normes
qualités ISO 9000 et AFNOR (Association Française de Normalisation).

I-2-3- Des pratiques qui remettent en cause la qualité moyenne des


prestations

En l’absence d’une réglementation spécifique, et pour faire face à une demande


contractuelle d’une clientèle de proximité (dont beaucoup sont des contractants publics),
certaines grandes sociétés sous-traitent des prestations qui favorisent le moins disant,
favorisant ainsi le non respect du droit du travail.
La délégation interministérielle de lutte contre le travail illégal a fait de ce secteur une
priorité nationale (embauche de main d’œuvre étrangère non déclarée), qui a dépassé de
13% les chiffres des autres secteurs d’activité.

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I-2-4- Un faible niveau de qualification

Le CAP d’agent de prévention et de sécurité, créé en 1986 par l’Education nationale à la


demande des entreprises du secteur, n’est pas obligatoire pour l’accès à l’emploi (ou au
secteur).

Les acteurs de la sécurité publique (reconvertis) aux compétences (transversales)


reconnues ne représentent que 17% (environ) des effectifs de sécurité privée (dont 4,2%
sont des anciens policiers, 7,1% d’anciens militaires, 6,3% d’anciens pompiers).

D’autre part, la validation des acquis de l’expérience par un diplôme est peu
transposable, car les effets de l’apprentissage sur le terrain sont peu importants, compte
tenu du manque de cadrage des organisations et du faible niveau culturel des salariés
(pourtant de nombreux salariés d’une ancienneté supérieure à trois ans pourraient en
bénéficier avec des mesures individuelles adaptées).

Les agents d’exploitation (terme conventionnel) représentent 90% des effectifs de la


branche ; la perspective d’une promotion en tant que cadre ou agent de maîtrise, dans ces
conditions, est relativement limitée.
La branche a bien réalisé des efforts de formation importants par convention, une
formation minimale obligatoire de 32 heures pour les nouveaux entrants, mais celle-ci
n’a jamais été suivie d’effet.

Le ministère de l’intérieur (branche de la sécurité civile) impose également par les textes
en 1998 une formation minimale obligatoire pour exercer la fonction de sécurité incendie
dans les établissements qui reçoivent du public.
Mais, malgré ces efforts, nous constatons tous les jours sur le terrain que la formation
demeure encore très insuffisante.
La Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS) va d’ailleurs relever
cette insuffisance dans son rapport annuel de 2006 par l’avis 2006-73.

Dans la plupart des pays occidentaux, le dispositif législatif est beaucoup plus strict
qu’en France en matière de formation.

La loi suisse prévoit pour les dirigeants de justifier, par l’intermédiaire d’une formation
qualifiante ou diplômante, de la connaissance de la législation relative à l’exercice de la
profession d’agent de sécurité privée.
La loi espagnole prévoit, quant à elle, une formation initiale de 200 heures.

La comparaison avec les formations dispensées dans le domaine de la sécurité du secteur


public et para public des transports est tout aussi significative ; les cas de la SNCF et de
la RATP sont en effet révélateurs. Ces deux entreprises ont imprégné leurs formations
initiales et continues d’une réelle dimension déontologique, qui s’est traduite dans les
programmes approfondis ainsi que dans une organisation et une pédagogie fortement
structurés (didactique professionnelle). Après avoir bénéficié d’une formation préalable
à la prise de poste de plusieurs mois, les agents sont en effet suivis en permanence et de
manière individualisée. Ils peuvent en outre bénéficier de deux sessions de recyclage par
an à la RATP et d’une formation continue d’une durée minimum de quatre heures par
mois à la SNCF.

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I-2-5- Une offre privée non liée à la défaillance de la puissance
publique

C’est une demande sécuritaire non satisfaite qui semble expliquer l’émergence de l’offre
de sécurité à caractère commercial. C’est le retrait de l’Etat qui inciterait les entreprises
et les particuliers aisés vers cette sécurité à péage contractualisée. Consciente notamment
de ses contraintes budgétaires, la puissance publique se replierait alors sur sa fonction de
régulation et de réglementation de la sécurité sous tous ses aspects, aux dépends de sa
fonction d’acteur de la sécurité.
D’autre part, la pensée d’inspiration anglo-saxonne de la « prévention situationnelle » et
de « l’espace défendable » semble légitimer la substitution de la sécurité privée à la
sécurité publique.
De toute façon, la puissance publique, en voulant continuer à agir sur les causes sociales
de la criminalité plutôt que sur les motivations rationnelles du délinquant, et en se
fondant sur des considérations autres que strictement dissuasives, serait condamnée à
une moindre efficacité, tout au moins aux yeux des demandeurs solvables de protection.
Les carences relatives de la puissance publique éclaireraient ainsi l’essor de l’offre de
sécurité privée. Cette thèse répandue doit être prise avec réserve, les entreprises de
sécurité privée semblant moins répondre à de telles défaillances que tirer partie du
perfectionnement du marché de la gestion des risques. Mais on constate une
augmentation des délits recensés par la police, quatre fois plus nombreux dans les années
60 et près de trois fois plus nombreux dans les années 90 que dans les années 80, alors
même que les effectifs de la gendarmerie et de la police nationale seraient plutôt à la
baisse. Cette croissance des crimes et des délits semble particulièrement forte en ce qui
concerne la délinquance à caractère violent (coups et blessures volontaires et vols avec
violence notamment) au cours des années 80-90 ; les incivilités se multiplient également
de manière inquiétante.
Ce décalage des effectifs officiels de sécurité va, par rapport à la demande sécuritaire de
proximité, profiter au secteur privé qui va croître deux fois plus vite que ceux cumulés
de la police et de la gendarmerie nationale et 1,5 fois plus vite que ceux cumulés de la
police nationale, de la gendarmerie nationale et de la police municipale depuis les années
80.
A ce décalage s’ajoute également l’inadéquation quantitative d’un redéploiement
géographique des forces de sécurité publique que le rapport Carraz-Hyest a mis en
évidence (en 1998). D’après les auteurs du rapport, il existerait une large déconnexion
entre les dotations des effectifs de la police et de la gendarmerie et l’ampleur de la
délinquance de voie publique, principale source du sentiment d’insécurité (et donc d’une
demande potentielle de surveillance et de protection). C’est une situation « paradoxale »
induite par l’inadéquation d’une répartition géographique des effectifs des fonctionnaires
chargés d’assurer la sécurité citoyenne. En effet, l’offre publique de sécurité est
inversement proportionnelle aux besoins.

Un autre auteur spécialiste de la police urbaine, Monjardet, souligne que la difficulté


s’enracinerait dans l’histoire car l’étatisation de la police en 1941 aurait contribué, en
rompant le lien qui prévalait auparavant entre la police et la ville, à éloigner les forces de
sécurité publique des préoccupations exprimées au plan local. En outre, la culture
professionnelle de la police nationale ne la prédisposait pas à privilégier les tâches
d’Ilotage sur celles de police judiciaire ou d’ordre public jugés plus prestigieuses et
gratifiantes. En dernier lieu, le mode de gestion de la police nationale ne la préparait

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pas à renoncer au monopole de la détermination de ses tâches et à se laisser imposer
une distinction trop nette entre gestion de la délinquance et gestion des incivilités1.

Dans ce contexte d’évolution sécuritaire, nous pensons qu’il faut adapter la réponse à la
demande sociale dans une logique d’action complémentaire des forces publiques et
privées. Il faut également développer des obligations de résultats, sans rompre avec les
obligations de moyens imposés par les textes et le respect des libertés individuelles.
Mais ce désajustement entre l’offre publique de sécurité et le besoin réel de la société ne
suffit pas à lui seul à éclairer le développement de l’offre privée et le besoin de
professionnalisation. En effet, l’offre de sécurité privée est très différente par nature et
par vocation de l’offre publique. En aucun cas la sécurité privée ne saurait prétendre
suppléer l’offre publique ou la concurrence, donc la sécurité privée et la sécurité
publique sont désormais engagées dans l’ère de la « coproduction » de la sécurité pour la
nation.
Le mot « nation » a été difficile à intégrer en 1995 dans la rédaction de la loi sur « la
sécurité privée concourt à la sécurité de la nation ». Nous rencontrons toujours sur le
terrain cette difficulté de la formule « investissement de l’Etat » puisque le cadre
législatif et le processus qu’il induit en matière de professionnalisation n’est pas contrôlé
par l’administration2.
De plus, les textes législatifs et réglementaires encadrent strictement les compétences des
sociétés et des agents privés de sécurité dans tous leurs domaines d’activités
(aéroportuaire, établissements recevant du public, manifestations sportives et culturelles,
maritime, voie publique, etc. …).
Les services de sécurité ne peuvent donc pas se constituer en police auxiliaire car il
n’y sont pas autorisés. Ils doivent se borner à leurs missions de surveillance ou de
gardiennage de biens meubles ou immeubles privés, et accessoirement seulement, et à
titre de conséquence, à la protection des personnes qui s’y trouvent. Ils ne peuvent même
pas prétendre concurrencer les agents de police municipale qui jouissent d’un pouvoir de
police administrative qui peuvent exercer des missions d’Ilotage et qui peuvent être
armés dans certains cas.

De plus, pour l’instant, le secteur privé de sécurité ne se développe pas en priorité dans
les activités susceptibles de concurrencer les forces de sécurité publique. En effet,
globalement, la surveillance humaine, principal domaine de chevauchement potentiel, est
actuellement une activité faiblement rentable.
Selon l’ATLAS Européen de sécurité3, les activités de gardiennage, de convoyage de
fonds et de protection rapprochée, missions se rapprochant le plus des missions qui
incombent à la police, à la gendarmerie ou à la police municipale, demeurent marginales
en termes de chiffres d’affaires (à peine 14% du CA total de la sécurité en 1998).
Ce sont les activités à caractère purement technologique qui prennent une place de plus
en plus importante dans le CA total de la sécurité privée, alors qu’elles peuvent servir
indifféremment à la sécurité publique ou privée, et qu’elles ne peuvent, par définition,
que seconder la police et la gendarmerie et non se substituer à elles. Il serait donc
imprudent, voir peu pertinent, de vouloir comparer directement les effectifs ou les
dépenses rattachés aux secteurs de la sécurité privée à ceux relatifs à la sécurité publique
(réalités profondément hétérogènes).

1
D. MONJARDET, Frédéric OCQUETEAU – « La police une réalité plurielle, problèmes politiques et sociaux » –
La documentation française N°905, octobre 2004.
2
Pierre MONZANI, Directeur et Administrateur Civil de l’Institut National des Hautes Etudes de Sécurité (INHES)
dans Sécurité privée magazine des donneurs d’ordre parisien 2007, éditeur USP (Union des Entreprises de Sécurité
Privée).
3
Patrick HASS – Magazine sécurité privée N°1, janvier 2007, USP (Union des Entreprises de Sécurité Privée)

12
I-2-6- Un développement « semi-autonome »

Le développement du secteur privé ne semble donc pas être lié directement à une crise
éventuelle de l’efficacité de l’Etat en matière de sécurité, car d’autres facteurs sont à
l’œuvre et entraînent des relations directes avec les acteurs de la puissance publique4
(Ocqueteau).
L’externalisation des activités de sécurité par un certain nombre d’administrations ou
d’entreprises résulte d’une minimisation des coûts. Le recours aux sociétés de sécurité
vient également, dans certains cas, de l’évolution du mode des organisations des activités
industrielles ou commerciales génératrices de risques (grandes surfaces commerciales,
etc.). Cette évolution liée à la modernité engendre de nouvelles techniques de prévention
et de protection, de nouvelles cibles telles que l’home au travail, et ces installations
(sécurité, incendie, industrielle, informatique), sans rapport avec la problématique de la
protection contre les vols ou les agressions (la sûreté), et développe ainsi le secteur
indirectement de la demande de protection citoyenne.

Ce sont les entreprises et non les ménages qui induisent majoritairement la demande
actuelle de sécurité privée. Cette demande est générée par les obligations de l’imposition
des textes réglementaires en matière de sécurité et de sûreté, et surtout par l’influence
des sociétés d’assurances, (influence des assurants), qui n’a pas cessé de croitre si l’on
en juge par la quantité prescriptive des normes et des certifications de produits et/ou
services en matière de protection, voire même de prise de contrôle de certaines
entreprises privées de sécurité (installation et/ou fabrication d’équipements de sécurité).
L’origine directe de la demande de sécurité privée incombe paradoxalement au simple
citoyen, c’est pourquoi la carte d’implantation des services de sécurité privée ne
correspond pas à celle de la délinquance, mais à celle de la richesse marchande et
productrice.
Le Marché français de a sécurité ne se résume pas, en ce sens, au « Marché de la peur ».

I-2-7- Risques d’atteintes aux libertés publiques (par l’action dans


les lieux publics)

Les missions de police, qu’elles soient administratives ou judiciaires, ne peuvent être


déléguées à des acteurs privés (ce principe a été confirmé par décision du Conseil
Constitutionnel du 25/12/1992). Mais, sans porter atteinte à ce principe, nous constatons
depuis plusieurs années l’amplification du recours à des agents privés pour effectuer de
nombreuses missions de sécurité dans le secteur public, que ce soit pour le compte de
l’Etat, des collectivités territoriales ou d’établissements privés ouverts au public. On
retrouve dans l’offre publique pratiquement les mêmes motivations et stratégies
d’externalisation des entreprises du secteur privé : centrage sur les métiers de base des
administrations, recherche d’amélioration des coûts par le recours au Marché, utilisation
de la concurrence. C’est ainsi que nous intervenons sur le domaine public (bien que la
voie publique nous soit interdite), dans les immeubles administratifs des collectivités
territoriales (que celles-ci reçoivent ou non du public), mais également dans les
ministères, les mairies, les gares, les écoles, les commissariats de police (sécurité
incendie). Certaines préfectures sont également partiellement surveillées par des agents
privés.

4
Fréderic OCQUETEAU – Les défis de la sécurité privée - l’Harmattan – Paris, 1997, 183 P.

13
I-2-8- Des territoires publics particuliers

Les transports ferrés et aériens font l’objet de mesures réglementaires particulières. La


loi du 15 juillet 1945 complétée par le décret n° 730 du 22 mars 1942 confère aux agents
de surveillance de la SNCF (assermentés) le pouvoir de constater par procès-verbal les
infractions à la loi et à la réglementation des chemins de fer. Les agents de la SUGE
(SNCF), ou du groupe de protection et de surveillance du réseau (GPSR pour la RATP),
et qui avaient à l’origine des missions axées sur la protection du patrimoine de ces
entreprises, ont progressivement été réorientés vers des missions de sécurité des usagers
et des personnels de ces entreprises en raison de la progression de la délinquance. La
responsabilité civile du transporteur pouvant être engagée par des manquements au
minimum de moyens de sécurité.
Ces personnels, agents publics de sécurité assermentés, ne peuvent qu’intervenir (outre
leurs pouvoirs de police spéciale) dans le cadre de l’article 73 du code de procédure
pénale pour appréhender l’auteur d’un crime ou délit flagrant et le conduire devant
l’officier de police le plus proche. L’autorisation de port d’armes dont ils bénéficient
les prédispose à mener ces missions de sécurité sans aucune confusion avec les missions
des forces de l’ordre. Les forces de sécurité publique reconnaissent le grand
professionnalisme de ces services et la qualité de la formation initiale et continue des
agents. Le nombre de plaintes enregistrées par les médias ou les rappels aux règles de
déontologie de la commission nationale de la déontologie de la sécurité (CNDS)
paraissent limités, compte-tenu du nombre d’interventions effectuées.
Ces acteurs des services publics des transports, qui refusent pourtant d’être assimilés à
des agents de sécurité privée (pour des raisons culturelles probablement), sont
théoriquement concernés par la loi du 12 juillet 1983 qui les intègre pourtant dans le
même champ d’activité. D’ailleurs ces sociétés emploient également des agents de
sécurité privée pour compléter les missions de ses agents assermentés (surveillance
d’entrepôts et de marchandises).

En ce qui concerne le transport aérien, la sécurité était traditionnellement assurée par


les forces de police PAF, devenue la DICILEC, (….), dans les aérogares, et la
gendarmerie du transport aérien pour les pistes.
La loi du 10 juillet 1989 permet le recours à des agents privés pour effectuer certaines
mesures de contrôle sous la responsabilité des forces de police.
L’article L. L8L.8 du code de l’aviation civile permet le recours à des agents
ressortissants de l’Union Européenne pour effectuer, sous la responsabilité des officiers
de police judiciaire, le contrôle des personnes, des bagages, du frêt, des colis postaux.
L’arrêté du 29 décembre 1997 fixe les modalités d’intervention de ces agents de sûreté
limitées à la mise en œuvre des dispositifs de contrôle, à l’exclusion des fouilles à corps
et de la visite manuelle des bagages à main.

Dans les autres transports publics, il n’existe pas de régime dérogatoire. Toutefois la loi
sur les polices municipales prévoit que les agents de contrôle de ces compagnies
pourront, après accord d’un OPJ (officier de police judiciaire), relever l’identité d’un
contrevenant.

Dans ces secteurs de transports publics particuliers, ferrés et aériens, on assiste bien à
une véritable coproduction par des conventions signées entre l’Etat et les établissements
publics, qui précisent notamment les moyens mis à disposition et les modalités pratiques
de coopération.

14
I-2-8-1- D’autres territoires publics particuliers (magasins et centres
commerciaux

Bien qu’ils ne représentent que 10% du CA généré par le secteur privé de sécurité
(d’après le SNES – Syndicat National des Entreprises de Sécurité), ces zones ouvertes au
public concentrent, d’une part, les risques en raison des phénomènes liés à la foule (un
hypermarché peut facilement accueillir 20 000 personnes un samedi, et certains
magasins parisiens atteignent même le chiffre de 100 000 personnes sur des journées
exceptionnelles), et d’autre part les risques liés à la délinquance par l’exposition des
articles divers sur les étalages en libre service. La loi de 1995 (dite LOPS - loi
d’orientation et de programmation de la sécurité) est venue encadrer les deux missions
principales de ces agents (externalisés et qualifiés autrefois d’inspecteurs) de sécurité
incendie et de lutte contre la démarque inconnue (sûreté), en exigeant la présence
d’agents de sécurité dans les établissements recevant du public ; la loi conforte ainsi la
jurisprudence qui avait rendue civilement responsable un grand magasin au motif qu’il
n’avait pas mis en place des mesures de sécurité alors qu’il avait fait l’objet de menaces
terroristes.
Les agents de sécurité internes au magasin ou dépendant d’entreprises privées de
sécurité, et chargés principalement de lutter contre la démarque inconnue, ne disposent
que des pouvoirs dont dispose tout citoyen, c’est-à-dire ceux prévus par l’article 73 du
code de procédure pénale. Mais, confrontés à une délinquance permanente en raison des
vols commis et chargés d’appréhender les auteurs, ils ont parfois des interventions qui
peuvent être « Musclées ». Certaines personnes appréhendées vont reconnaître
facilement « l’oubli » de paiement, et l’intervention des agents se réduit alors à
l’encaissement du prix ou à la restitution de , avec pour des montants de faible valeur,
l’envoi d’une plainte (sur un document type) au procureur de la république. Mais
d’autres « interventions » sont plus sensibles conduisant les opérateurs à interpeller des
personnes n’ayant commis aucun délit, ou dans certains cas nécessitent l’appel aux
forces de police. Ils vont alors utiliser les possibilités de rétention offertes par l’article 73
du code de procédure pénale, ce qui peut conduire à des dérives, notamment quand les
délais d’intervention de la police sont élevés. On s’interroge alors sur le
professionnalisme de certains intervenants : les sociétés. Certaines sociétés leaders du
marché ont longtemps refusé d’intervenir sur ce secteur d’activités, au motif que les prix
sont « trop tirés » vers le bas par les distributeurs. On y retrouve le plus souvent des
petites sociétés dont le taux d’encadrement est relativement faible avec un fort turnover
du personnel, ce qui interdit le plus souvent une formation efficace de ces agents, alors
qu’ils sont confrontés sans cesse à des situations conflictuelles. D’autre part, la
pratique des primes liées aux arrestations, pratiquées par certains donneurs d’ordre et
entreprises de sécurité, peut inciter les agents à certaines dérives.
Mais nous constatons que certaines enseignes veulent conserver en interne la
surveillance de leurs points de vente et mettent également l’accent sur la fonction
d’accueil. Il existe toutefois dans ces entités internes une sous-traitance d’ajustement.
La loi de 1997 sur la sécurité des manifestations sportives récréatives et culturelles
contraint également les organisateurs à mettre en place une structure de sécurité en
coordination avec les forces de police. Les « stadiers » remplacent ainsi les forces de
police à l’intérieur des stades ; celles-ci se consacrent maintenant à la voie publique et
n’interviennent qu’en cas de trouble dans l’enceinte sportive.
Ces stadiers, parfois bénévoles, sont aussi parfois sous-traités à des entreprises privées et
peuvent être confrontés à des phénomènes de violence induits par les mouvements de
foule face auxquels ils ne sont pas formés.

15
I-2-8-2- Espaces privés « cœur du territoire du secteur marchand de
sécurité »

La prévention des risques industriels et commerciaux génère la principale demande des


marchands de sécurité privée. La réglementation impose des mesures prescrites pour
prévenir (au minimum) les risques industriels et commerciaux spécifiques (usines
chimiques, raffineries, centrales nucléaires). Mais l’Etat impose également des mesures
en matière de défense de l’industrie d’armement (domaines sensibles).
« L’intervention » des agents privés de sécurité se limite alors à la surveillance générale
des locaux par une action préventive et dissuasive qui consiste à prévenir les risques
générés par les activités des bâtiments placés sous la surveillance.
Dans ce contexte, l’atteinte aux libertés publiques est bien plus souvent le fruit de
l’entreprise utilisatrice, par négligence d’information des partenaires sociaux de la mise
en place de certains moyens électroniques de sécurité (vidéosurveillance, contrôle des
accès) à travers les organes représentatifs du personnel (comités d’hygiène et de sécurité,
délégués syndicaux, délégués du personnel, etc.). Ce manque d’information des
instances internes représentatives de l’entreprise utilisatrice de la prestation marchande
de sécurité peut directement porter atteinte aux libertés des salariés (ou du public, s’il
s’agit d’espaces privés ouverts au public). Ces dérives parfois relevées par la presse ou
les tribunaux incombent plus aux utilisateurs qu’aux fournisseurs (marchands de
sécurité), malgré la présence d’agents, qu’ils soient internes ou sous-traités, utilisateurs
de ces moyens.
En matière de logement, la France ne semble pas encore vouloir choisir librement la
restriction des libertés publiques, en comparaison avec d’autres pays (Espagne, USA,
Afrique du Sud par exemple).
On préfère alors développer les systèmes de télésurveillance à moindre coût et peu
fiables dans les logements individuels, générateurs de tensions vis-à-vis des forces de
l’ordre à travers les appels intempestifs des stations de télésurveillance.
La guerre de l’information via INTERNET, décentre les menaces informatiques de
l’intérieur de l’entreprise (origine des fraudes informatiques des années 90) vers
l’extérieur.
L’information WARFARE (guerre de l’information) concerne trois niveaux : l’individu,
l’entreprise, le patrimoine national. Trois éléments définissent ainsi cette guerre de
l’information : obtenir et utiliser l’information détenue par un ennemi, modifier ou
détruire ses données, protéger ses propres systèmes d’information. Ce « cyberspace »
génère sa propre criminalité.

I-3- COPRODUCTION ET REGULATION DE


SECURITE
« La sécurité privée contribue à la sécurité de la Nation » (loi d’orientation et de
programmation de la sécurité, 1995). L’Etat garant des libertés publiques intervient, par
l’intermédiaire du législateur, afin de mettre en œuvre une véritable coproduction de sécurité
conforme aux droits fondamentaux des personnes : « la sécurité est l’une des conditions de
l’exercice des libertés individuelles et collectives » (article 1 de la LOPS).
L’adoption de la loi du 12 juillet 1983 réglementant les activités privées de sécurité souligne
la volonté du législateur à vouloir protéger les libertés publiques, ainsi que la dissolution des
milices patronales (voir associatives) générant le risque de constitution de polices parallèles.
D’autres textes législatifs et réglementaires sont intervenus antérieurement pour réglementer

16
certaines activités privées ; ils sont animés par les mêmes motivations et élaborés dans le
même esprit que celui de la loi du 12 juillet 1983 : loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de
combat et les milices privées, intervenue à une époque où les ligues menaçaient l’existence
de la république. Ce texte s’appliquera lors de la dissolution du service d’action civique
(SAC), dans un contexte différent au début des années 80. Puis la loi de 1942 sur les agences
privées de recherche aura pour objet d’encadrer les agences de détectives privés se
développant exagérément dans les années 20, et « stigmatisées comme des polices parallèles
par les pouvoirs publics » en menaçant les intérêts de la police publique.

I-3-1- Motif d’intervention de l’Etat

Le développement des nouvelles technologies va faire émerger progressivement un


encadrement législatif et réglementaire (17 octobre 1996, vidéosurveillance) et pose de
nouvelles questions législatives.
En effet, l’implantation d’un centre de contrôle à l’étranger peut déclencher
l’intervention des forces de police depuis un pays tiers.
La validation de l’état de la notion de coproduction fait alors émerger deux exigences : la
définition des domaines d’exercice de la sécurité privée et de la sécurité publique.
A partir de cette prise de responsabilité, l’Etat devient régulateur de l’offre privée de
sécurité et se doit d’exiger les garanties de sérieux et de moralité nécessaires à la
professionnalisation de cette nouvelle force de sécurité.
Les professionnels de sécurité privée souhaitent également l’intervention du législateur.
Les textes doivent ainsi contribuer à améliorer l’image du secteur, ternie depuis les
années 70, et qui perdure aujourd’hui (sous-traitance sauvage, manque de formation des
cadres et des salariés). Mais les pouvoirs publics contribuent à cet écart de
professionnalisme par les modalités de prix de certaines sociétés retenues lors d’appels
d’offres publics, favorisant ainsi des situations contraires à la loi et au code du travail.
D’autre part, compte tenu des règles actuelles désignant la création d’entreprises, il est
facile pour un dirigeant de faire disparaître une entreprise identifiée par les services de
police et d’en créer une nouvelle ou un centre de formation à la sécurité. Mais il ne faut
pas perdre de vue que le législateur peut favoriser des entreprises déjà installées au
détriment de nouvelles sociétés, en rendant ainsi beaucoup plus difficile le secteur.
Le législateur doit, en effet, tenir compte de ces revendications du secteur qui peuvent
induire des stratégies économiques visant à favoriser les entreprises déjà existantes (ou
d’une certaine toile). On constate également que les centres de formation à la sécurité
rattachés à l’UNAFOS (Union nationale des organismes de formation sécurité) et le
SNOFOPS (Syndicat national des organismes des organismes de formation à la sécurité)
imposent leur propre système à travers les conventions de branche. C’est ainsi que pour
obtenir l’agrément pour former au CQP, le centre de formation doit également posséder
l’agrément SSIAP depuis un certain temps et s’introduire dans une démarche qualité.

Ces aspects ne sont pas forcément les signes d’un professionnalisme d’un organisme de
formation, mais d’une stratégie économique.

Le secteur d’activité représente un enjeu important en matière d’emploi (et de


formation). L’Etat va reconnaître comme complémentaires les activités privées de
sécurité à travers la loi de 1995 (LOPS), traduisant la mise en place d’une véritable
coproduction sur certains espaces.
La coproduction de sécurité, au sens des pouvoirs publics à travers la réglementation et
la législation existante, intègre le concept de « Prévention situationnelle ». Pour autant,
la LOPS ne prévoit pas de concertation avec les autres acteurs de la sécurité ; il s’agit le
plus souvent de collaboration de terrain imposés par les textes (aéroportuaire,

17
évènementiel, etc.) Une structure traitant spécifiquement de la sécurité privée et des
relations avec le secteur semble émerger de l’organigramme du ministère de l’intérieur :
unité de sécurité privée (services des libertés publiques).

En matière de formation, la police ou les pompiers ne semblent pas participer à cette


complémentarité. Leur action en matière de formation dans les dispositifs de formation
initiale ou continue ne semble pas être pensée pour donner le sens imposé.
Cette complémentarité différencie les territoires d’action faible en sites privés et forte en
sites publics (ou ouverts au public).
Cette coproduction, si elle est efficace, peut rendre plus réelle l’action des forces de
sécurité ou de sûreté et place les acteurs privés comme des auxiliaires d’action à part
entière.

Le début de reconnaissance induit une concentration des forces publiques sur leurs lieux
de métier. On assiste ainsi, sur un certain territoire (comme l’aéroportuaire) au transfert,
non pas de la compétence qui demeure étatique, mais des tâches d’exécution concernant
l’inspection filtrage (transfert encadré par la loi du 26/02/1996 et le décret du
30/05/1997).

I-3-2- Evolution des menaces criminelles contemporaines et


évolution du marché privé de sécurité

On dénombrait en 1964 moins de 500 000 crimes et délits constatés ou avérés, on atteint
les 3,5 millions en 1994. Entre 1950 et 1994, la criminalité en France est insignifiante et
le développement des entreprises suit ce rythme indolent5. A partir des années 70, les
agents de sécurité deviennent plus présents. Le nombre de victimes agressées
physiquement est passé de moins de 100 000 victimes par an pendant 50 ans à près de
500 000 en 2005. Dehors la sécurité publique protège nos rues, dedans c’est aux
propriétaires de se protéger.

Cette criminalité contemporaine entraîne des conséquences inévitables sur les


entreprises, les employés, les prix, les besoins des clients et de la profession de sécurité
privée « le crime change et les acteurs de sécurité privée doivent changer aussi ».

Ces conséquences vont faire émerger une position étatique de régulation et de contrôle.
C’est ainsi que, pour mieux anticiper sa lutte contre la criminalité, l’Etat décide de
professionnaliser le secteur par la délivrance d’une carte professionnelle à partir des
obligations d’aptitude. Cette volonté commune de professionnalisation se heurte donc
aux intérêts économiques, aux enjeux de la professionnalisation et aux risques liés à cette
professionnalisation.

Après cette description des principaux facteurs socio-économiques d’évolution, nous


allons maintenant essayer de comprendre la notion même du risque à travers quelques
approches des sciences sociales et humanistes.

5
Alain BAUER – Magazine sécurité privée N°1 – janvier 2007- édité USP (Union des Entreprises de Sécurité
Privée).

18
I-4- HISTOIRE ET EVOLUTION DE LA NOTION
DU RISQUE A TRAVERS L’APPROCHE
PSYCHOLOGIQUE
Le mot risque vient du grec Rhiza « Rocher », qui représentait un danger considérable pour
ces peuples de navigateurs. On le retrouve ensuite dans l’italien du XVème siècle, risco, qui
signifie écueil. Les définitions du mot risque, que l’on retrouve dans les dictionnaires de
base, insistent sur la notion de « danger éventuel, plus ou moins prévisible », et la plupart
introduisent d’emblée une notion économique dans la définition : « événement contre la
survenance duquel on s’assure ».

Pour toutes les approches quantitatives, le risque n’est pas un danger à proprement parler,
mais une possibilité de danger. Le risque est scientifiquement défini (techniquement) comme
la probabilité de survenance d’un événement, c’est-à-dire un nombre entre 0 et 1. la
probabilité de survenance d’un dommage est influencée par des facteurs de risques
(individuels ou collectifs) directement associés au danger ou qui le déterminent.
Les sciences humaines apportent d’autres dimensions. La psychologie ne parle pas de risque,
mais de « personne à risque », c’est-à-dire d’un individu qui présente une fragilité
particulière susceptible de compromettre sa survie ou de développer des troubles biologiques
ou mentaux.
De cette vision apparaît la notion de « risque subjectif », qui est l’estimation personnelle du
risque par l’individu qui accomplit l’action et qui est fonction, entre autres, de son
environnement professionnel (ou social).

I-4-1- Approche psychosociologique des conduites à risques et


nécessité de la professionnalisation d’un secteur à partir de
la société du risque

Les conduites qui comportent des risques objectifs pour le bien être physique (ou mental)
des individus peuvent être extrêmement variées en fonction du niveau et du type de
risque que cet individu reconnaît. Par ailleurs, tout comportement peut engendrer des
risques selon la valeur que l’on donne aux conduites. L’intérêt, c’est de savoir que les
individus effectuent leurs choix et prennent réellement des décisions, qu’ils soient ou
non rationnels, pour voir dans quelles mesures ces comportements effectifs sont
compatibles avec un modèle rationnel. La probabilité objective d’un événement
représente soit la vraie valeur de la probabilité, soit une estimation reposant sur
l’observation passée d’évènements similaires. La probabilité subjective relève de
croyances ou de jugements et représente une valeur construite de la pensée. Les
psychologues effectuent pour ce faire des études de classification de la perception des
risques (rôle des représentations et des champs sémantiques auprès des scientifiques, des
hommes et des femmes d’une population donnée, par rapport à des risques plus
objectivables ou plus subjectifs). Les psychologues proposent de nombreuses études sur
les représentants de ces faits. Les représentations subjectives du risque sont fortement
chargées d’objectivité et renvoient pour chacun aux sentiments d’incertitude et
d’insécurité qui l’habitent. La peur du gendarme ou de l’agent privé de sécurité génère
un comportement d’insécurité, de méfiance, d’incertitude qui va modifier le
comportement du malveillant et le poussera à se détourner de sa cible. Cet effet
provoqué chez l’individu par la seule présence d’un agent régulateur de l’ordre privé ou

19
public, ou n’importe quel moyen de sécurité, donne naissance au concept de « prévention
situationnelle ». Cette situation consiste à déplacer le risque vers une autre cible. Mais la
compréhension de ces divers mécanismes à travers la professionnalisation peut induire
une préconisation de prévention et de surveillance humaine à partir seulement de ce
sentiment d’insécurité, ou le provoquer pour mettre en avant les bases d’un marché de la
peur. Ce n’est pas la peur qui doit servir les fins commerciales, mais la réalité de ses
prestations au besoin réel de la société du risque, et c’est là que la professionnalisation
prendra tout son sens. Le risque induit par le besoin de professionnalisation d’un secteur
commercial en quête de profit ne peut être maîtrisé que par des règles déontologiques
claires et contrôlées par un organisme indépendant.

I-4-2- Vers le paradigme identitaire d’une société du risque

L’insécurité que cette société du risque impose à l’humanité tourmentée a pour nous un
autre intérêt : elle donne là l’acteur la capacité réflexive6, qui lui permet d’agir sur lui-
même en nous permettant de nous placer comme sujet (et non comme acteur passif d’une
société industrielle) d’une société du risque démunie d’extériorité et point de départ d’un
paradigme « identitaire »7.

Cette époque tardive et décadente détruit les cadres sociaux de la modernisation, par sa
réussite même, et selon 3 axes dont nous devons tenir compte :
1)- Les progrès de la productivité en diminuant la pression de la nécessité
mènent à une inversion des priorités entre risques et profits, le progrès et ses
effets secondaires : ils développent la critique de la science et de l’économie ;
2)- L’individuation résultant de l’état social, de la diversification des processus
et de la division du travail fait éclater la famille et les normes salariales,
généralisant incertitudes et insécurité ;
3)- La victoire de la démocratie vide de substance le centralisme politique qui
perd son pouvoir sur la société. C’est la fin du double monopole de la science et
de la politique, du savoir et du pouvoir. Le risque n’est pas une imperfection du
progrès, mais bien sa contrepartie.

I-4-3- L’individuation

C’est toujours par la réussite de la modernité, et de l’instrument de libération, que l’état


social permet à chacun de s’affranchir des liens familiaux conduisant à l’individuation et
à la destruction des solidarités (sociales et professionnelles). Le processus soumet nos
vies à une perte de normes (ou de repères) et à une insécurité grandissante. L’existence
des gens s’autonomise par rapport aux milieux et aux liens dont ils proviennent ou dans
lesquels ils s’intègrent. Mais l’état social n’est pas la seule cause de l’individuation, il y
en a bien d’autres comme la formation et la division du travail, et les faits sont là,
massifs, de la différenciation et de la perte des solidarités sociales8.
Là où chacun suivait une voie tracée, il n’y a plus désormais que parcours individuels.
La biographie réservée aux grands hommes se généralise par le Curriculum Vitae. Notre

6
Antony GIDDENS – Les conséquences de la modernité – Paris, L’Harmattan, 1994
7
Guy BADJOIS – Le changement social. Approche sociologique des sociétés occidentales contemporaines – A.
Colin, collection-cursus, 2003
8
François DUBET : Le déclin des institutions – Seuil, 2002.

20
destin n’est plus social (collectif), mais personnel. Il ne s’agit plus dès lors de
s’engager à vie dans une carrière mais de donner sens à son travail dans lequel on
est plus impliqué. Cette personnalisation des parcours et les changements d’entreprise
entraînent pourtant aussi une certaine perte d’importance de l’entreprise et du travail.
Cette individualisation va transformer les causes extérieures en responsabilités
individuelles contre lesquelles l’individu doit être armé au risque d’en subir les
conséquences.
L’estime de soi est donc bien souvent atteinte, conduisant parfois à l’autodestruction, et
les psychologues prennent de plus en plus de place. Mais on voit revenir aussi toutes
sortes de discriminations (âge, sexe, race) contre lesquelles nous devons également
lutter, et c’est le prix à payer par l’inadaptation. Cette société postmoderne a sa réussite.
Nous n’avons alors plus le choix, sinon nous soucier de nous-mêmes, en planifiant et en
organisant notre propre existence, impératifs de nouveaux défis dans le domaine de la
formation pour atteindre l’équilibre exigé par le changement social.

I-5- FACTEURS D’EVOLUTION

Accentuée par les évènements récents, la sécurité des entreprises et des administrations
s’externalise.

Parallèlement, le secteur traverse d’importants mouvements de concentration, fusion –


acquisition.

On observe pourtant un ralentissement depuis 2001 et des petites entreprises se sont créées.
Patrick Haas, Directeur de la lettre économique « En toute sécurité » qualifie pourtant le
secteur de « sinistré », compte tenu des nombreuses fermetures et de la durée dans le temps
de ces entreprises, ainsi que de la pratique des bas prix, car, pour l’auteur économique, « la
sécurité n’a pas de prix, elle a un coût ».
Ces mouvements d’acquisitions ont toujours profité aux groupes étrangers (ou européens) au
détriment des entreprises françaises. Le secteur marchand de la sécurité privée et de la
surveillance humaine est aujourd’hui contrôlé par des firmes étrangères à plus de 40%,
contre moins de 20% il y a 10 ans9.

Compte tenu des risques, techniques et méthodes utilisées pour les prévenir (ou les réduire),
le gardiennage classique évolue au profit d’une plus grande technicité et de plus de
compétence (formation des salariés et des clients, habilitations diverses sur sites sensibles
ou applications de plans de sécurité et de sûreté particuliers).

Nous assistons également au développement de la normalisation et de la qualité, qui


trace également les lignes prescrites d’une nécessaire professionnalisation.
Mais le développement du secteur privé de sécurité et de surveillance humaine est
principalement lié à deux facteurs :

 Le sentiment d’insécurité
Les récentes émeutes des banlieues ont accentué ce sentiment et les entreprises
privées de sécurité n’ont pas cessé, dès lors, d’être sollicitées pour protéger les
biens des particuliers et des collectivités.

9
Christelle Castell-Leclercq : Etude réalisée pour la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie Centre –
Décembre 2003

21
Différents études ont démontré qu’en une trentaine d’années, le risque d’être
cambriolé a considérablement augmenté, il a été multiplié par plus de deux. Ce
sentiment d’insécurité a cru proportionnellement.

Une attention insuffisante a été portée à l’accessibilité des domiciles, et les


exigences des particuliers vont à des dispositifs (électroniques) qui n’empêchent pas
l’accès et ne freinent donc pas l’intrusion comme la protection physique ou
mécanique. Ceci est troublant, alors que les particuliers ont saisi que c’est l’accès
qui conditionne les cambriolages, mais cela rassure, et c’est moins coûteux, à court
terme, qu’une prestation axée sur la surveillance humaine.

Nous savons tous que le risque n’est pas interprété par les individus de la même
façon ; il est sujet à une interprétation du risque qui lui est propre, chacun possède
sa vérité du risque ; ce qui est très étonnant, c’est qu’un groupe d’individus
homogène perçoive le risque comme un même individu.
Ce phénomène peut s’expliquer par une perception plus qualitative que
quantitative : l’homme ayant le souci de sa sauvegarde, l’instinct de conservation, il
ressent alors davantage l’élément matériel ou pseudo-matériel, c’est-à-dire les
conséquences du risque, occultant ainsi, intuitivement, l’appréciation de
l’incertitude. Or cette incertitude, que l’on estime scientifiquement par une
probabilité, n’est représentée que par une notion purement théorique, exclusivement
mathématique. Cette virtualité, et plus précisément cette inexistence, n’est donc pas
ressentie par l’individu. Il est bien établi que le risque est perçu comme la
probabilité de réalisation d’un danger et cette inexistence de la probabilité nous
autorise à dire que le risque n’existe pas.

« La perception matérielle du risque s’apparente alors à une appréciation simplifiée


d’une notion complexe comprenant un ensemble d’éléments virtuels vecteurs
d’éléments matériels, qui finalement est ressentie comme un seul élément : L’aléa,
l’aléa est la réalisation spatio-temporelle d’un risque, c’est-à-dire qu’il est la
concrétisation à un endroit et à un moment donné d’un événement. « Cet événement
n’est pas le risque, il ne constitue que la réalisation d’une atteinte à une ressource,
un effet sur une cible »10

L’homme ne perçoit que la matérialité de l’aléa, il va tenir compte de cette


matérialité et non de celle du risque. C’est donc un raisonnement simpliste et
matérialiste de la probabilité de survenance d’un éventuel risque qui va pousser
l’homme à réagir face à un éventuel risque et non à sa matérialité, et qui va
dépendre d’un ensemble de facteurs (la réaction de l’expert, quant à elle, sera
différente dans la même situation), et l’élévation du risque perçu par l’individu va
augmenter la peur engendrée par le sentiment que le risque se réalise. On comprend
alors tout l’intérêt d’une professionnalisation du secteur engendrée par le sentiment
d’insécurité où cette perception naïve du risque est la dynamique d’un marché de la
peur où la seule présence humaine rassure et apaise. D’après les statistiques de
police et de gendarmerie, nous avons observé une explosion du nombre de
cambriolages entre 1972 et 1982, ce qui est supérieur à la moyenne des pays
occidentaux (International Crime Victimisation Survey 1996).
L’augmentation des cambriolages s’accompagne d’une augmentation du sentiment
d’insécurité.

10
Georges JOUSSE, Le risque cet inconnu – P44, Editions IMESTRA 2004 (comprendre et savoirs)

22
 La non concurrence avec les services de l’Etat
On retrouvera des dispositions dans la loi cadre de 1983 qui stipule l’interdiction
aux anciens fonctionnaires de faire état de leurs précédentes fonctions sous peine de
sanctions, compte tenu de la facilité avec laquelle, historiquement, ces anciens
fonctionnaires montaient leurs entreprises privées de sécurité (ou agences privées)
de recherche au début du XXème siècle dans la région parisienne. L’Etat va se
désengager progressivement de certaines missions de « sécurité » telles les zones
aéroportuaires en délégant leurs contrôles (des personnes et des bagages) des
services de police vers les entités privées de sécurité.

Compte tenu de ces éléments, nous allons assister ainsi à un partage étatique des
obligations régaliennes de sécurité, vers un concept marchand de coproduction
dynamisée par une réglementation qui n’a évolué que par à-coups, comme une
réponse consécutive à des évènements mettant en péril la sécurité des personnes et
des biens ; c’est la prescription par la loi de certaines conduites à adopter.

I-5-1- Du prescrit législatif au besoin du terrain

La première étape est la loi cadre du 12 Juillet 1983 ; c’est la loi fondatrice du secteur
privé de la surveillance et du gardiennage ou, en d’autres termes, de sécurité et de
surveillance humaine pour tenir compte du contexte d’évolution (mais les lois sont
politiques) ; «c’est elle qui fonde le droit de la sécurité privée », elle impose les
obligations, les interdictions, elle définit les activités, le cadre et les limites des
interventions.

Elle est la conséquence de deux évènements qui vont ternir l’image du secteur depuis
1981 :

- Le décès d’un clochard du Forum des Halles (à Paris), battu à mort par un
vigile maître-chien pendant la nuit ;
- La « libération » de l’usine de fabrication de camemberts d’Isigny, où les
organisateurs du piquet de grève ont été fortement bousculés par un commando
dont tous les membres appartenaient à une entreprise de sécurité privée et
parallèlement étaient affiliés à une même organisation d’extrême droite.

Ces deux évènements marquent directement le point de départ d’une profession à


l’image dégradée et qui aura du mal à s’en défaire, dans l’étroite lignée des polices
d’ordre privée, qui vont suppléer les milices patronales dans les entreprises industrielles
des XIX et XXème siècles, notamment la police interne aux grands magasins qui lutte
contre la démarque inconnue11.
Puis, ces professions se développeront en banlieue parisienne dès 1907, sous l’impulsion
de la deuxième commission du conseil municipal de Paris, qui va proposer à
l’administration la création d’un corps autonome de gardes de nuit recruté et organisé par
la préfecture de police, mais payé par une contribution volontaire des habitants (un peu
comme les SERENOS espagnols de l’époque).

La loi d’orientation et de programmation relative à la sécurité (LOPS) de 1995 étend le


champ de compétences des sociétés de sécurité privée, et va donner au secteur ses lettres

11
F. OCQUETEAU : Les défis de la sécurité privée – L’harmattan – Paris, 1997, P 183.

23
de noblesse, le reconnaissant comme un acteur incontournable des forces de sécurité de
l’Etat : « La sécurité privée concourt à la sécurité générale de la nation »12 (ce qui n’est
pas négligeable). Cette nouvelle législation va répondre à de nouveaux attentats à Paris.
Certaines dispositions seront d’ailleurs reprises dans la loi sur la sécurité quotidienne
(LSQ), après le 11 septembre 2001.

Mais c’est la loi de 2003 (dite loi Sarkozy) sur la sécurité intérieure qui va modifier la loi
du 12 Juillet 1983 en plaçant le secteur dans l’axe de la professionnalisation, en
renforçant la condition de Moralité par la recherche de l’incompatibilité des personnels
auprès des fichiers de police, et en instaurant par décrets des aptitudes préalables pour
les cadres et pour les salariés.

Ce début de professionnalisation suscite de nombreuses contestations des forces en


présence qui font sans cesse repousser les décrets et induisent nos interrogations. Mais
pourquoi y-a-t-il autant de freins ? Allons-nous vers une véritable professionnalisation ?
Quels sont les risques et les enjeux d’un système marchand de sécurité privée qui
s’alimente en majeure partie par le sentiment d’insécurité ? Est-on en train de
professionnaliser le secteur et d’en faire des métiers à part entière, ou tout simplement de
le professionnaliser pour le diviser à partir d’un système existant qui fixe les règles pour
mieux le contrôler ? La peur du risque ne se transforme t-elle pas alors en peur de perte
de marchés, de pouvoir par la professionnalisation des opérationnels ? Ou est-ce, tout
simplement, un semblant de professionnalisation, un premier niveau qui divise les
identités professionnelles ? Est-ce une professionnalisation d’adaptation à l’emploi pour
répondre à des besoins de placements ou des exigences du secteur en terme de quantités
générées par une nécessité de profit ? Est-ce une véritable professionnalisation induite
par les nouveaux risques produits par le changement social, la réussite d’une société
postindustrielle ? Puis, au fond, quelque soit la forme de professionnalisation, quel est
l’intérêt et la forme de la formation ? Les opérateurs doivent-ils prévenir les risques
(lutter pour éviter leurs survenances) ou intervenir (constater leurs survenances) ?
Autant de questions qui justifient notre projet de nous intéresser à la problématique de la
professionnalisation à travers l’intitulé suivant : « Entre prévention et intervention,
risques et enjeux de la professionnalisation ».

Un tel projet s’engage dans une recherche nomothétique et de dimension pragmatique et


pluridisciplinaire. Nous prendrons appui sur notre observation participante comme
méthode de compréhension de la complexité, afin d’appréhender les diverses interactions
de la sphère publique et privée de la professionnalisation pour déterminer les pratiques
actuelles de terrain, dans quels sens vont-elles, pourquoi ?, que produisent-elles, doit-on
les changer ?, dans quels sens ?, pourquoi et comment (dans un contexte commercial de
prestations de services dans un entre deux, anxiogène pour le sujet) ?

Mais avant d’essayer d’apporter des réponses à ces interrogations par un recours à des
données de terrain, nous allons d’abord interroger la recherche pour voir si le problème a
déjà été discuté.

12
Loi N° 93-75 du 21 Janvier 1995 pour la sécurité (LOPS)

24
I-6- REVUE DE LITTERATURE
La recherche documentaire sur le thème spécifique de la prévention et de l’intervention du
secteur privé de sécurité fait clairement apparaître, à travers la législation existante (et
compte tenu du pouvoir régalien qui est dévolu aux forces de sécurité de l’Etat ou de la
proximité locale), que la « prévention » est la principale exigence à suivre.
Cette non prérogative officielle, matérialisée par les textes réglementaires, lesquels étendent
de plus en plus leurs fonctions, autrefois dévolues à la sécurité publique, les place dans un
contexte « préventif, et non répressif ». L’intervention se limite alors aux rétablissements de
situations dégradées diverses (suivant les contextes professionnels contractualisés), mal
définies par la coproduction de sécurité de la relation contractuelle de sous-traitance, qui
place l’opérateur dans des situations délicates pouvant exposer sa vie, ou le conduire à la
passivité, par le manque de réactivité due à la compréhension d’une situation au risque de le
condamner par son action. Mais il s’expose alors à la réaction par la sanction d’une
organisation qui n’a pas encore compris, depuis les années 80, que la professionnalisation
était la démarche principale à suivre13. Mais, dans tous les cas, la prévention et l’intervention
sont deux capacités exigées par le référentiel de certification du CAP d’agent de prévention
et de sécurité (diplôme délivré par le Ministère de l’éducation nationale), et définie par
l’ensemble des partenaires sociaux en 1985 (et qui a du mal à prouver son existence).
L’intitulé de la convention collective nationale « Entreprises de prévention et de sécurité »14,
place également le secteur, depuis 1990, dans une optique de professionnalisation. Mais il
s’agit d’une professionnalisation prescrite et mal cadrée, sans aucun repérage de métiers, qui
divise l’emploi entre les cadres et les salariés. Le pouvoir donné à l’organisation de décider
du positionnement du salarié est le fruit d’une négociation collective non professionnalisée,
qui place l’avantage du côté de l’entreprise et induit la dynamique de contractualisation du
moins disant, et qui détériore ainsi le secteur en voulant l’améliorer. Pourtant la voie de la
professionnalisation ne va pas dès lors cesser de s’ouvrir par la création en 1987 du Brevet
Professionnel d’agent technique de prévention et de sécurité15. Ces deux diplômes (l’un de
niveau V et l’autre de niveau IV) placent le secteur dans la voie de la professionnalisation, et
leur libellé même confirme les exigences de la « prévention » (ou de cette démarche de
professionnalisation) qui est définie comme : l’ensemble de mesures qui peuvent être
prises pour éviter l’occurrence des accidents ou pour anticiper ou éviter certains
risques ; ce qui en dit long sur la professionnalisation et la conception de la formation pour
conduire à la professionnalisation. L’intervention, quant à elle, est plus logiquement
entendue alors comme les limites opérationnelles de l’acteur, posées par les barrières
législatives et réglementaires du secteur, et qui doivent être maitrisées par l’ensemble des
acteurs, car c’est plus dans l’action que se joue la complémentarité avec les acteurs officiels.
L’action devient alors l’interaction avec les autres acteurs du système global de prévention et
de sécurité ; c’est donc cette interaction qui devient la marque de la professionnalisation.
Mise à part l’abondance des textes législatifs qui ne font que cadrer le secteur et définir la
dynamique d’un Etat qui se place comme animateur, les documents fondamentaux
spécifiques au thème sont très limités, pour ne pas dire inexistants, mais les questions plus
ou moins proches du thème tels la question de la formation professionnelle au sens large,
l’identité sociale et professionnelle, la sécurité et les risques, font l’objet d’une abondante
littérature. Il nous reste alors les documents et les normes professionnelles, les revues
syndicales et les accords des partenaires sociaux.

13
Frédéric OCQUETEAU – Les défis de la sécurité privée – Paris -L’Harmattan, 1997, 183 P.
14
Convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité N° 3196
15
Référentiel du diplôme – Ministère de l’éducation nationale – Centre national de documentation pédagogique

25
L’analyse de ces diverses sources documentaires, associée à notre observation participante,
nous permettra alors d’évaluer les risques et les enjeux qui induisent la professionnalisation.
Nous pourrons alors prendre position sur la forme de cette professionnalisation. Mais
voyons d’abord les bases essentielles d’un langage professionnel spécifique, qui nous
permettra de spécifier notre didactique à cette nouvelle science de la prévention et de la
sécurité privée.

I-6-1- Principaux concepts relatifs à la sphère privée de sécurité et


de surveillance humaine :

I-6-1-1 Définition du secteur privé de sécurité :

Pour Frédéric Ocqueteau la sécurité privée est une secteur de services au


fonctionnement semi-autonome, principalement caractérisé par son orientation
vers le profit. Il obéit aux mécanismes du marché de l’offre et de la demande
dans un rapport de nature privative, liant prestataire et client (lequel est une
entité collective publique, privée ou un particulier).
Ce secteur n’est pas entièrement autonome, car, dans la mesure où ses
domaines d’action ont des incidences sur la gestion de l’ordre dans la société
en général, il a besoin, pour asseoir sa viabilité économique et sa légitimité
légale, de bénéficier de l’aval des autorités publiques et de faire la
démonstration de son efficacité, non seulement en direction de ses différents
clients mais, de plus en plus, en direction des compagnies d’assurances16.
Dans ce ménage à trois : Etat – secteur marchand de sécurité - compagnie
d’assurances, la gestion prévisionnelle des risques en entreprise devient une
composante intrinsèque de la performance et de la compétitivité.
Externaliser la responsabilité à des prestataires dont c’est la vocation première
est aujourd’hui une démarche de plus en plus courante et performante, car le
retour sur investissement est évaluable.
C’est ainsi que, au fil de la dernière décennie (années 90), le marché des
services de la sécurité privée va commencer à se structurer, s’organiser. Mais
voyons d’abord quelques définitions structurantes du contexte professionnel :

I-6-1-2- Sécurité :

Elle concerne les moyens préventifs et réactifs destinés à lutter contre les
risques accidentels engendrés par l’homme, la machine, la nature. Il s’agit de
l’incendie, de machines, des accidents du travail, de la pollution, des
inondations, etc. … La sécurité est liée à la notion d’accident volontaire ou
involontaire, autrement dit tout ce qui concerne l’accidentel.

I-6-1-3- Sûreté :

Il s’agit des mesures préventives et réactives qui vont lutter contre les risques
liés à l’homme. Il s’agit principalement des appropriations frauduleuses, des
dégradations, du vandalisme, du sabotage, des interceptions informatiques, etc.

16
Frédéric OCQUTEAU – Les défis de la sécurité privée - Paris -l’Harmattan, 1997 P. 42

26
La sûreté est liée à la notion d’accident volontaire, de malveillance, autrement
dit tout ce qui concerne l’intentionnel.

Ces deux notions, qui placent les opérateurs dans leurs contextes de travail
(soit l’une, soit l’autre, ou bien dans les deux), imposent la maîtrise d’actions
opérationnelles de prévention et d’intervention, et génèrent des exigences de
formation et de professionnalisation. Mais qu’est-ce que la
professionnalisation ?

I-7- DES METIERS A LA PROFESSION :

I-7-1- Professionnalisation :

C’est un processus par lequel une activité (occupation) devient une profession du fait
qu’elle se dote d’un cursus universitaire qui transforme des connaissances
empiriques acquises par expérience en savoirs scientifiques appris de façon
académique et évalués de manière formelle, sinon incontestable. La formation
spécialisée sert également à transmettre et reproduire les règles professionnelles,
mais elle le réalise en les justifiant par des savoirs scientifiques.
Ce schéma sera repris par de nombreux sociologues américains des années 1960.
Ainsi la définition de profession proposée par Wilensky dans un article célèbre
(1964) repose sur six critères ordonnés, chacun étant plus « sélectif » que le
précédent et implicitement considéré comme mis en œuvre plus tardivement dans
l’histoire des occupations professionnelles. C’est le concept fonctionnaliste.
Pour Thierry Ardouin, c’est un concept à trois dimensions : sociologique – individuel
– pédagogique, « c’est la volonté de renforcer la dimension opératoire de la
formation vers et par des activités de contenus professionnels. Parler de
professionnalisation, c’est s’interroger sur l’un ou l’autre de ces aspects ou la
combinaison des trois qui sont de fait liés et indépendants ».

Pour un autre auteur (Wittorski – 2000), le mot professionnalisation, quant à lui,


revêt trois sens différents :

- La professionnalisation des activités, voire des métiers au sens de


l’organisation sociale d’un ensemble d’activités (création de règles
d’exercice et de ces activités, reconnaissance sociale de leur utilité,
construction de programmes de formation à ces activités) ;

- Laprofessionnalisation des acteurs, au sens à la fois de la transmission,


de la production de savoirs et de compétences (considérés comme
nécessaires pour exercer la profession) et de la construction d’une
identité de professionnel ;

- Laprofessionnalisation des organisations, au sens de la formalisation


d’un système d’expertise par et dans l’organisation.

La professionnalisation est donc soit un processus de négociation par le jeu des


groupes sociaux, en vue de faire reconnaître l’autonomie et la spécificité d’un
ensemble d’activités, soit un processus de formation d’individus aux contenus d’une

27
profession existante. Dans le premier cas il s’agit de construire une nouvelle
profession, et dans le second de former des individus à une profession existante.
La professionnalisation « met en scène » des acquis personnels ou collectifs tels les
savoirs, les connaissances, les capacités et les compétences. Bien plus, nous
pourrions dire qu’elle réside dans le jeu de la construction et/ou de l’acquisition de
ces éléments, qui permettent au final de dire de quelqu’un qu’il est un professionnel,
c’est-à-dire qu’il est doté de la professionnalité (l’ensemble des connaissances, des
savoirs, des capacités et des compétences caractérisant sa profession).
La finalité de la professionnalisation, pour les acteurs privés de sécurité et de
surveillance humaine, consiste à prouver que l’existence de leur profession est
indispensable à la sécurité des biens et des personnes liées directement ou
indirectement à l’objet de leurs missions (comme le stipule la loi cadre de 1983),
d’où la nécessité de détenir un savoir spécifique. C’est probablement là, la place que
doit prendre la formation pour donner une véritable place au secteur et développer la
« prévention de la sécurité privée » comme une réelle expertise.

I-7-1-2- Profession :

Pour être reconnue comme profession, une occupation doit selon Wilensky (1964)
acquérir successivement six caractères17 :
1- être exercée à plein temps,
2- comporter des règles d’activités,
3- comprendre une formation et des écoles spécialisées,
4- posséder des organisations professionnelles,
5- comporter une protection légale du monopole,
6- avoir établi un code de déontologie.
Ces caractères sont-ils acquis par la profession ou les professions de la surveillance
et du gardiennage ? En tout cas pas avant la réglementation du secteur professionnel
(donc pas avant la loi du 12 juillet 1983) et ses décrets d’application de 1986 et 1987
qui définissent les activités.

I-7-1-3- Professionnalisme :

Le professionnalisme s’apprécie à partir de la stabilité et de la fiabilité de réponse


d’une personne en termes de performance, de qualité, de relation. Le
professionnalisme dépend donc de la maîtrise des compétences, mais aussi de
l’implication personnelle (motivation, initiative, sens des responsabilités)18.
« Pour le fonctionnalisme, une profession est, pour l’essentiel, une communauté
relativement homogène dont les membres partagent identité, valeurs, définition des
rôles et intérêts. Cette conception laisse, certes, une place pour une certaine
diversité et différenciation […]. L’initiation des nouveaux membres consiste à les
intégrer à ce noyau central »19 (R. Bucher, A. Strauss, 1998, P. 67)

17
Sociologie des professions : Claude DUBAR et Pierre TRIPIER – Armand Colin 1998 – P. 90
18
André GUILLET – Dictionnaire de la formation et du développement personnel – ESF 1996 – P. 242
19
R. BUCHER – A. STRAUSS (1961-1992) « La dynamique des professions » la trame de la négociation, Paris
l’Harmattan – P. 68 /Dans une sociologie des professions – Claude DUBAR et Pierre TRIPIER – Armand Colin –
1998 –P67

28
I-7-2- Un autre courant théorique l’interactionnisme

En contradiction avec le courant fonctionnaliste, qui privilégie l’enjeu de


l’organisation sociale, la posture interactionniste valorise les professions (métiers,
emplois) comme des formes d’accomplissement et de soi. L’activité professionnelle
doit être alors étudiée comme un processus biographique et même identitaire
(HUGHES).

I-7-2-1- Le point de vue interactionniste sur les professions

1)- Les groupes professionnels (occupationnel groups) sont des processus


d’interactions qui conduisent les membres d’une même activité de travail à
s’auto organiser, à défendre leur autonomie et leur territoire et à se protéger de
la concurrence ;
2)- La vie professionnelle est un processus biographique qui conduit les
identités tout au long du déroulement du cycle de vie, depuis l’entrée dans
l’activité jusqu’à la retraite, en passant par tous les tournants de la vie (turning
points) ;
3)- Les processus biographiques et les mécanismes d’interaction sont dans une
relation d’indépendance : la dynamique d’un groupe professionnel dépend des
trajectoires biographiques (carrés) de ses membres, elles mêmes influencées
par les interactions existant entre eux et avec l’environnement ;

4)- Les groupes professionnels cherchent à se faire connaître par leurs


partenaires en développant des rhétoriques professionnelles, et en recherchant
des protections légales. Certains y parviennent mieux que d’autres, grâce à leur
position dans la division du monde du travail et à leur capacité de se coaliser.
Mais tous aspirent à obtenir un statut protecteur.

A travers ces concepts, nous pouvons constater sur le terrain que la profession
de la sécurité privée et de la surveillance humaine se professionnalise.
Mais vers quelle approche cette nouvelle profession se dirige t-elle ?, le
fonctionnalisme ou l’interaction ? Quelle est la voie de la professionnalisation
engagée et pourquoi ? Cette voie est-elle en adéquation avec la société actuelle
du risque, ou en contradiction ?, et pourquoi prendre plutôt une voie que
l’autre ?

I-7-2-2- La dynamique des emplois d’un secteur qui se


professionnalise
Le besoin social de sécurité incite les forces régaliennes à adopter un nouveau
redéploiement et, par ce fait, cèdent de l’espace au secteur privé de sécurité, malgré
les résistances corporatistes qui font plutôt un obstacle au partage du pouvoir. En
effet, la sécurité des biens et des personnes n’est pas du ressort exclusif de l’Etat et
des collectivités locales. On assiste alors à une tendance de désengagement de
certaines tâches qui n’apparaissent pas comme l’expression de la souveraineté
nationale (Touitou et Guislain, 1995). C’est dans ce partage d’un espace étatique
cédé (non voulu) que va s’affairer et se développer le secteur marchand de la sécurité

29
et de la surveillance humaine. Et c’est en cela qu’il contribue à la sécurité générale
de la nation par la complémentarité interactionnelle imposée.

Parallèlement à ce processus de partage et de complémentarité des statuts


d’intervention (des forces de sécurité régaliennes), l’appareil économique tend lui
même à se restructurer par déplacement des fonctions sécuritaires vers des
sous-traitants spécialisés20.

L’offre de sécurité des entreprises traditionnellement internalisées tend de plus en


plus à s’externaliser vers la recherche d’une meilleure adéquation de l’offre à la
demande (puisque des spécialités existent depuis 1987, date de l’application des
textes réglementaires). L’évolution est alors guidée par le principe de la rationalité
économique et sollicite les jeux de la concurrence entre prestataires. Cette forme
d’externalisation fonctionnelle fragilise la main d’œuvre pour réguler l’offre
marchande et rend vulnérable les petites entreprises. Cette nouvelle main d’œuvre
fragilisée va perdre de sa stabilité et prendre de la distance vis-à-vis du collectif de
travail. Mais compte tenu de ces éléments indicateurs d’une rationalité économique
de profit, la branche favorise sa reconnaissance et devient un partenaire économique
comparable aux autres prestataires de services.

Cette division du travail externalisée va profiter au sous-traitant qui en tire ses


avantages et ses profits en répercutant sa propre vulnérabilité sur ses salariés. Puis, sa
présence chez le donneur d’ordre va favoriser l’ouverture de nouveaux marchés par
la référence ou l’image du donneur d’ordre. Si, par principe, le secteur est ouvert à la
prévention et à la surveillance humaine de tous types de risques, qu’ils soient liés à la
sécurité des personnels employés ou à des publics accueillis, on peut parallèlement
observer une organisation périphérique par spécialisation, suivant les risques et les
procédures d’intervention (sécurité des établissements qui reçoivent du public,
télésécurité et télésurveillance ou vidéosurveillance, filtrage et contrôle des accès,
sûreté portuaire et aéroportuaire). On voit alors apparaître des structures spécialisées
au sein (ou issues) des structures traditionnelles, qui créent de nouvelles
qualifications et forment leurs propres salariés par des structures parallèles de
formation au sein de la même entreprise.

Tous les dispositifs organisationnels et opérationnels se transforment et, avec eux, se


renforcent l’identité professionnelle et la reconnaissance du secteur.
Mais nous constatons alors que l’émergence et la consolidation du groupe
professionnel prennent appui sur les formes de gestion quantitative, dont le modèle
dominant est l’appel et le rejet de la main d’œuvre en fonction des besoins du
marché. « Il s’installe alors un même rapport d’externalité entre l’activité et la force
de travail qui est mobilisée et qui déstructure les relations salariales antérieures au
profit d’une main d’œuvre instituée »21 (P. Simula, 1999, P. 20)

Le partage du marché est fortement inégalitaire, l’offre est historiquement éclatée


entre une majeure partie de petites entreprises. On est sur une logique de
concentration économique favorable aux quatre entreprises européennes dominantes
(Sécuritas – Proségur – Groupe 4 Sécuricor – Sécurifrance).

20
Pierre SIMULA – La dynamique des emplois dans la sécurité – Centre d’études et de recherches sur les
qualifications (CEREQ) et l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI) – Novembre 1999, P. 12-13
21
Pierre SIMULA – La dynamique des emplois dans la sécurité – Centre d’études et de recherches sur les
qualifications (CEREQ) et l’institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI) – Novembre 1999, P. 20

30
Ce large espace, source d’hétérogénéité, induit de nouveaux métiers qui dépassent les
nomenclatures professionnelles et d’activités (INSEE).

Nous pouvons constater que le modèle organisationnel dominant vise l’adaptabilité


du personnel à court terme. En effet, le noyau des titulaires des postes sont
relativement peu nombreux et le taux de rotation est particulièrement rapide en
fonction des marchés (pour les postes d’exécution). On trouve un personnel jeune (18
à 35 ans) généralement masculin, peu qualifié et peu stable.
« Notre métier est la sécurité des biens et des personnes dans les entreprises, les
collectivités locales et chez les particuliers », rappelle Michel Mathieu, PDG de
SECURITAS FRANCE (numéro 1 de la sécurité privée en France avec un chiffre
d’affaires de 831 millions d’Euros en 2004).

Deux réponses structurent la politique interne chez Sécuritas (d’après Michel


Mathieu) : la première est une intégration en amont, de plus en plus forte, de
solutions techniques ; la deuxième, la compétence des agents de sécurité. C’est
pourquoi (toujours d’après son PDG) cette entreprise travaillerait depuis plusieurs
années sur la spécialisation. Depuis 1998, cette entreprise aurait créé des agences de
sécurité mobiles, dédié une filiale à l’activité aéroportuaire (en 2001), puis se
positionnerait depuis 2004 sur des marchés nouveaux pour elle, comme la
distribution spécialisée, l’évènementiel, la santé et les pompiers industriels22.
Pour le PDG de Sécuritas, la sécurité est un métier qui appellerait à un
professionnalisme des agents, soutenu par des moyens technologiques de plus en
plus élaborés.

Existe t-il donc une différence entre métier et profession ?

I-7-3- Distinction entre métier et profession

Quelle différence opérer entre métier ou profession ?


Quand on parle de profession, on pense souvent à une occupation qui nous permet de
vivre. Il s’agit souvent d’une activité qui évoque son prestige de part son caractère
intellectuel ou artistique (profession de médecin, d’avocat, de professeur).
Généralement on fait la distinction suivante : le métier serait à dominante manuelle
(mécanicien, électricien, maçon, grutier, etc. …), et la profession à dominante
intellectuelle ou relationnelle, et dont l’utilité sociales s’accompagne d’une position
sociale plus ou moins prestigieuse (Wittorski)23 .

C’est l’apprentissage sur le tas qui faisait parler de métier au Moyen-âge, c’est donc
une attache à une forme particulière de travail, et de transmission de savoirs et de
compétences à partir du faire, de la situation de travail ; l’apprenti acquiert lui-même
ses compétences. Accompagner cette forme ancienne permet, depuis 2002 (loi de
modernisation sociale), l’accès à la certification professionnelle, où le terrain
professionnel devient l’école. Puis l’évolution industrielle du XXè siècle fera
apparaître des métiers plus industriels, avec eux, la formation à ces nouveaux métiers
industriels s’est alors organisée : création des filières de formation initiale.

22
Dossier Presse – Sécuritas – 2005 – Corine GEORGEAN, Responsable Marketing et Communication.
23
Richard WITTORSKI dans – Savoirs en action et acteurs de la formation sous la direction de Jean-Pierre
ASTOLFI – Laboratoire CIVIIC (Centre interdisciplinaire de recherche sur les idées, les valeurs, les identités et les
compétences en éducation et en formation).

31
C’est la sociologie anglo-saxonne qui étudiera largement le mot « Profession » dans
une acception particulière qui est celle de l’économie libérale.
Plusieurs sociologues français vont s’intéresser également à ce mot. C’est ainsi que
Raymond Bourdoncle (1991) nous dit qu’une profession est constituée de quatre
attributs :

- une base de connaissances à la fois assez générales, mais aussi


relativement spécifiques à l’exercice de la profession ;

- des individus qui ont le souci de servir l’intérêt général plutôt que leur
intérêt particulier ;

- un code éthique qui organise les comportements des professionnels vis-


à-vis de leurs clients ;

- un système de rétribution ou d’honoraires correspondant effectivement


aux services rendus.

François Aballéa (1992), va faire un travail de synthèse à partir des


conceptualisations anglo-saxonnes ; notamment, il propose de considérer qu’une
profession existe si cinq conditions sont remplies :

- il existe un objet de travail délimité, qui circonscrit un domaine


d’intervention au regard de finalités d’ordre sociétal. En ce sens, il n’y
a de profession qu’accompagnée d’une société donnée ;

- ilexiste un système d’expertise fondé sur des savoirs complexes (cela


correspond à la base de connaissances proposée par Bourdoncle) ;

- ilexiste un système de références, un univers moral (le code éthique


dont parle Raymond Bourdoncle). C’est là, au moins autant qu’à
propos des savoirs spécifiques à la profession, que se fonde et se
définit l’identité professionnelle ;

- ily a une reconnaissance sociale du système d’expertise et du système


de références ;

- ilexiste, enfin, un système institutionnalisé de contrôle qui définit les


modalités de recrutement et les règles de discipline de la profession
considérée, c’est-à-dire qui garantit la capacité de celle-ci et régule les
rapports entre la société et les professionnels.

Dans l’article de Guy Jobert24, « Processus de professionnalisation et production de


savoir », on retrouve l’idée d’une terminologie équivoque et assez anglo-saxonne. En
effet, il mentionne que le statut de profession, par rapport à celui de métier, se
différencie par la procession d’un certain nombre d’attributs dont la composante
constante est qu’ils tendent à conférer à l’activité une autonomie, un pouvoir d’auto
contrôle explicitement reconnu par la société (1985, P. 123-145.

24
JOBERT G. (1985) – Processus de professionnalisation et production de savoirs, Education permanente – 80
(P.123-145).

32
Selon Eliot Freidson, parmi l’ensemble de ces attributs, cinq concernent
l’autonomie et constituent des critères discriminant de ce que sont les métiers et les
professions :

- la profession définit ses propres normes d’étude et de formation ;

- la pratique professionnelle reçoit souvent sa reconnaissance légale sous


la forme d’un permis d’exercer ;

- lesinstances d’admission et d’habilitation sont composées par des


membres de la profession ;

- lalégislation relative à la profession est en majeure partie l’œuvre de la


profession elle même ;

- le praticien est relativement indépendant du jugement et du contrôle


des profanes.

Contrairement à la distinction classique entre métier et profession (l’un à dominante


technique et l’autre à dominante intellectuelle), ces travaux montrent que ce sont les
niveaux d’organisation du champ d’activité et de formalisation de celui-ci qui
permettent de faire la différence entre les deux mots. Autrement dit, une profession
est un métier socialement organisé et reconnu doté d’une autonomie.

I-7-4- Compréhension des dynamiques de professionnalisation


(individus, activités, organisations)

Pour comprendre la forme de professionnalisation engagée par notre secteur, nous


nous inspirons des concepts définis par la Laboratoire CIVIIC (Centre
interdisciplinaire de recherche sur les idées, les valeurs, les identités et les
compétences en éducation et en formation) de l’Université de ROUEN.
L’appréciation de ces concepts doit nous permettre de faire la différence entre les
pratiques de professionnalisation proposées par le secteur privé de sécurité et de
surveillance humaine et correspondantes au produit de la négociation (partenaires
sociaux états), sous l’angle de la dynamique « prescrite », et les pratiques de
professionnalisation « en actes », mises en œuvre par les individus.
Dans les deux cas, nous utiliserons également l’expression de « voie de
professionnalisation » pour rendre compte de l’organisation particulière des
dynamiques à l’œuvre.

Voyons d’abord les pratiques de professionnalisation, celles qui sont mises en


œuvre par les individus (dynamique réelle).

Constatées dans des situations sociales très diverses, elles ont en commun l’efficacité
de l’action d’un individu dans une situation donnée. C’est donc la « relation efficace
de l’action » qui met l’individu au centre de ses préoccupations, autrement dit
l’individu va tout faire pour atteindre l’objectif qu’il s’est lui même fixé. Les savoirs
qui dynamisent son action devront être en accord pour qu’il agisse. C’est ainsi que
l’action, poussée par des savoirs (en action), mobiliseront une compétence (ou des
compétences), plaçant alors les pratiques au cœur de la professionnalisation. Il
existerait plusieurs voies possibles en liaison directe qui constitueraient une

33
professionnalisation réelle issue de la pratique. On distingue alors six voies de
professionnalisation qui engloberaient un processus de professionnalisation
« dynamique réelle ».

I-7-4-1- Pratiques de professionnalisation (savoir en action et


acteurs de la formation)

(CIVIIC)

PROFESSIONNALITÉ

SAVOIR

CONNAISSANCE :

3 Savoirs et expériences

CAPACITÉ

COMPÉTENCE 1 2-5

Ces diverses voies de professionnalisation, qui sont des logiques d’action induites
par les pratiques professionnelles, ont du mal à apparaître dans une démarche de
validation des acquis de l’expérience (VAE) des métiers de la sécurité et de la
surveillance humaine, si l’on en croit nos pratiques de terrain. En effet, la démarche
VAE est faible dans notre secteur d’activité et il s’agit toujours d’une démarche
individuelle et non de l’entreprise ; malgré l’intérêt que représente une telle
démarche dans le cadre d’une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Le faible taux de participation à la démarche VAE est, à notre sens, un indicateur


incontournable de la non professionnalisation du secteur, compte tenu de la variété
des certifications existantes, sachant que les textes législatifs placent le secteur
professionnel depuis 1983 dans une dynamique de professionnalisation.

34
Cette non matérialisation des parcours professionnels par l’intermédiaire de l’outil
VAE est à notre sens un indicateur de la non professionnalisation.

On pourra dire que la VAE correspond aux pratiques de professionnalisation, car


c’est le « faire » qui pousse l’individu à la recherche de son efficacité, laquelle sera
réalisée par l’action et les savoirs associés qui lui permettent d’agir mieux (c’est
l’action qui mobilise les savoirs).
C’est une démarche inductive à partir du faire, qui va permettre à l’individu de
donner un sens plutôt opérationnel à partir du réel et non du prescrit.

Voyons maintenant les « dispositifs de professionnalisation » proposés par les


organisations ou les institutions, que nous appellerons « dynamique prescrite ».
L’intention dominante de leurs promoteurs est la professionnalisation souvent en
référence à des catégories de savoirs, que celles-ci soient d’ordre théorique ou
d’action. Le transfert de ces savoirs dans les situations professionnelles, de manière à
devenir un professionnel efficace, reste, le plus souvent, l’affaire de l’individu, même
si des moyens d’accompagnement sont prévus dans les organisations. On peut dire
que la plupart de ces dispositifs mobilisent de façon plus ou moins explicite une
théorie de l’action professionnelle, selon laquelle le savoir fonde la légitimité de la
pratique (et non l’inverse). Le savoir objectivé et socialement validé est souvent au
centre des dispositifs. C’est plus ici le programme institutionnel qui est pris en
compte et non son contenu.

I-7-4-2- Dispositifs de professionnalisation (savoir en action et


acteurs de la formation)

(CIVIIC)

Le terme de professionnalisation, tel que nous l’employons, renvoie à la mise en


œuvre organisée de processus de développement de compétences qui vont combiner
l’acquisition de savoirs théoriques avec des savoirs d’action (savoirs-faire), précisant
les contours des identités professionnelles en œuvre.

35
La professionnalisation suppose alors, de la part des entreprises et des partenaires
sociaux du secteur (Etat, salariés et patrons), la définition d’une politique concrète et
professionnalisante de formation et de gestion des apprentissages et des savoirs issus
de l’expérience (VAE).
A travers ces concepts de dynamiques de professionnalisation, nous allons dégager
celle initiée par notre secteur, pour comprendre les risques et enjeux qui induisent
cette dynamique et les stratégies à travers la voie engagée, et saisir ainsi la place des
savoirs qui lui correspondent.

Le métier désigne l’ensemble des tâches, la plupart du temps physiques ou


manuelles, et nous voyons alors apparaître des référentiels métiers qui figurent au
ROME de L’ANPE ou définis par les entreprises.

Après quinze ans de discussion et une année 2006 riche en réunions et négociations
sur le chantier social, un accord organisant la mise en place d’une classification
professionnelle pour la branche sécurité privée vient d’être signé le 1er décembre
dernier par l’union des entreprises de sécurité privée (USP) et quatre centrales
syndicales : la CFDT, la CFE, la CGC et FO.

D’après Claude Tarlet, Président de l’USP, qui représente quarante pour cent des
entreprises du secteur, cet accord est historique en raison de son effet structurant sur
le marché et de la durée des négociations : « Il s’inscrit dans la stratégie de notre
organisation et de sa volonté de professionnaliser le métier ».25

Cet accord a pour objectif de :

- définir les principaux métiers entrant dans la catégorie des agents


d’exploitation,

- définir un cadre précis pour l’exercice des missions,

- fixer un contenu de formation obligatoire pour chacun d’entre eux,


- préciser un positionnement hiérarchique minimum,

- organiser une progression par filière, permettant aux agents une évolution
dans leurs carrières au sein des entreprises de sécurité.

Dix sept métiers, tous « d’agent de sécurité », sont ainsi repérés, mais cet accord
définit à notre sens beaucoup plus des fonctions que des métiers.
En effet, c’est ainsi que l’on peut lire agent de sécurité chef de poste, agent de
sécurité filtrage, agent de sécurité confirmé, etc. …
Pourtant, toujours d’après l’USP, cet accord est une première pierre dans la
construction d’une relation équitable entre tous les acteurs (clients, prestataires,
salariés). Et Claude Tarlet affirme « que cette première étape favorise une réelle
évolution des métiers et de profonds changements dans la perception de la valeur
ajoutée des prestations. Continuons, ensemble, à creuser le sillon, et bâtissons,
ensemble, un métier dont nous soyons fiers ».
Cet accord est actuellement dénoncé par le SNES, l’autre organisation syndicale
patronale, qui représente la majorité des petites, moyennes et très petites entreprises.

25
Flash d’information de l’USP (Union des entreprises de sécurité privée) le 07 décembre 2006

36
Les prestataires sociaux de la branche parlent donc de métier et non de profession,
sauf dans les publicités où les toutes petites entreprises n’hésitent pas à dire : « notre
entreprise met à votre disposition des professionnels compétents ».

Nous pouvons donc constater que le métier désigne l’ensemble des tâches, la plupart
du temps physiques ou manuelles, regroupées en fonctions (ou activités), alors que la
profession serait une forme de travail davantage intellectuel et s’exercerait avec
autonomie, de manière libérale. Cependant la distinction ne semble pas toujours
évidente. Dans les faits, la distinction est donc plutôt sociale. Elle n’est pas aussi
nette dans la réalité. Les deux termes ont en effet beaucoup en commun. Métier et
profession regroupent les gens qui s’y consacrent en corps professionnel. Ce corps
professionnel reconnaît la qualification de ses membres, et la qualification vient elle-
même de connaissances et de compétences acquises dans le cadre d’un programme
de formation dite professionnelle. C’est-à-dire la maîtrise d’un savoir et d’un savoir-
faire au moyen d’études pratiques, techniques ou abstraites, faisant appel aux
meilleurs modèles théoriques et pratiques qui se sont accumulés à l’intérieur d’un
domaine de travail. Une formation professionnelle permet parfois l’exercice de
plusieurs professions apparentées. De même, une profession peut être exercée par des
gens qui ont des formations différentes.

L’accord du 1er décembre, signé par l’USP, définit spécifiquement les programmes
de formation se rapportant à un seul métier défini et classifié à un niveau
conventionnel (un programme de formation pour un seul métier).

Nous définissons également la carrière comme l’évolution de la vie de travail. Elle


correspond à la succession des emplois occupés et des professions qui ont été
exercées au cours d’une période donnée. Ce terme renvoie aussi à l’itinéraire
d’avancement que l’on retrouve dans des grandes organisations comme les forces
armées et la fonction publique.
Jusqu’à présent, un agent de sécurité pouvait rester avec le même coefficient
conventionnel jusqu’à son départ à la retraite, perspective de carrière que ne prévoit
toujours pas l’accord sur les métiers repères du 1er décembre 2006, qui divise le
travail en le rapprochant de la société de la peur et non de la société du risque.

I-7-5- La professionnalisation de la police municipale

Les policiers municipaux sont à notre sens les acteurs les plus proches de notre
secteur, de par leurs actions préventives (police administrative) de proximité ; c’est
pourquoi nous avons étudié leur professionnalisation à titre de comparaison.

Un protocole d’accord relatif à la professionnalisation de la police nationale vient


d’être signé par Monsieur Brice Hortefeux, Ministre délégué aux collectivités
territoriales, et plusieurs syndicats représentant les policiers municipaux, après deux
ans de négociations.
Il concerne notamment la création des postes de directeur de police, la restructuration
du cadre d’emplois d’agents, les déroulements de carrières et la formation.

Monsieur Brice a rappelé la « montée en puissance » de la police municipale, les


effectifs ayant triplé en vingt ans (17 500 policiers municipaux aujourd’hui) et le
nombre de communes disposant d’une police municipale (3 350 communes
aujourd’hui) ayant doublé sur la même période.

37
Au terme de ce protocole, une nouvelle architecture est mise en place. Un emploi de
directeur de police pourra être créé, dès lors qu’une commune compte plus de 40
policiers municipaux (la mesure ne devrait concerner que 52 communes, une même
commune pouvant prévoir le recrutement de plusieurs directeurs).
Il est également prévu de renforcer l’encadrement intermédiaire, avec un
accroissement des effectifs des chefs de service. Près de 900 chefs de police
municipale devraient être concernés par cette disposition.

Le deuxième grand objectif du protocole est la reconnaissance de la qualification et


des responsabilités demandées aux agents de police municipale.

Enfin le troisième axe concerne la formation, avec une modification du contenu de la


formation initiale et continue pour « tenir compte de l’évolution rapide du métier tant
en ce qui concerne les connaissances juridiques et réglementaires que les aspects
comportementaux en situations de fortes tensions ».

Une partie des dispositions prévues par l’accord doit encore, pour se concrétiser,
faire l’objet de textes réglementaires, lesquels devraient être élaborés avant la fin
2006.

C’est ainsi que le décret N°20006-1409 du 20 novembre 2006 instaure une véritable
carte professionnelle de Police Municipale, pris en application de l’article L.412-52
du code des communes ; il fixe ces caractéristiques communes à tous les policiers
municipaux.

I-7-5-1- Le métier : entre repli et ouverture d’un travail sur


autrui :

Il apparaît ainsi, à travers cet exemple de professionnalisation de la Police


Municipale, que la profession absorbe non seulement le métier mais vise à lui
conférer une dimension dynamique.

Dans le langage commun, il est couramment évoqué le métier d’infirmière et la


profession de médecin ; le premier se réfère à un ensemble d’actes circonscrits à une
technicité établie, la qualification en ce cas suffit à garantir la compétence ; la
seconde induit en plus de cette dernière un espace effectif de décision. C’est cette
latitude de l’acteur qui est au centre des enjeux d’une redéfinition de la
professionnalité.
Le métier de policier municipal a constitué une référence forte sur laquelle a pu se
construire une identité professionnelle et personnelle revendiquée. En effet le métier
(d’une manière générique) offrait, jusqu’à il y a peu, un cadre de références
stabilisateur pour la raison qu’il repose sur la recherche de réponses invariantes, dont
les acteurs attendent qu’elles « marchent », sans analyse singulière de chaque
situation et avec un investissement personnel limité (J.P. Astolfi : 2003, P. 38)26.

Certaines associations, à l’exemple des compagnons du devoir, tentent de concilier


évolution et pérennisation de certains modèles d’organisation des métiers (François
Dubet)27.

26
ASTOLFI J.P. (dir), Education et formation : Nouvelles questions nouveaux métiers, Paris ESF, 2003.
27
DUBET F. Le déclin des institutions, Seuil, 2002

38
Lorsqu’il s’agit des médecins, E.C. Hughes28 considère la translation effective du
métier vers la profession comme résultant et relevant d’une question d’intérêt public.
P. Perrenoud note que « si toutes les professions sont des métiers, l’inverse n’est pas
vrai (2001) ; il part du principe que la professionnalisation d’un métier qu’il soit
signifie l’autonomie offerte au professionnel de choisir ses méthodes et ses moyens
d’action et en assurer la responsabilité. En ce sens une « sortie du métier ne peut
s’opérer que lorsque la part d’initiative, de décision devient prépondérante, lorsque le
rapport au savoir se modifie en profondeur. On passe alors d’une logique du
« commandement » à une logique de la « compétence ».)29.
Les savoirs d’expérience acquis dans le cadre d’une transmission initiative sont alors
revisités, reconsidérés dans le sens d’une nouvelle disponibilité. Des savoirs
théoriques renouvelés complètent le repositionnement engagé.

Un autre élément qu’il convient de considérer, c’est le passage de la relation à autrui


dans l’exercice évolutif des métiers de prévention, de la sécurité et de la surveillance
humaine.
Cette relation, qui est véhiculée par la société du risque immatériel, exige de l’acteur
opérationnel sa contribution au maintien du lien social comme « agent régulateur »
d’un ordre contextuel défini par un acte marchand délégué en droit.
L’opérateur ne se positionne plus dans le rôle du « passif » dévolu par les logiques
organisationnelles à dominante prescriptive.
A l’exemple des professions de la santé dans lesquelles la relation entre le soignant et
le soigné ne peut plus se réduire aux soins exclusifs du corps, expropriant
systématiquement « l’esprit ». C’est ainsi que le rapport au savoir va se trouver alors
questionné par un ensemble de facteurs. C’est l’état régulateur du système sécuritaire
qui, en reconnaissant les contenus des formations, impose, dans la loi sur la
prévention de la délinquance du 07 mars 2007, des dispositions diverses comme
moyens complémentaires contribuant à la régulation de l’ordre public, et notamment
une carte professionnelle préalable aux emplois du secteur (privé de sécurité).
Dans ce modèle moderniste, la formation tend à devenir progressivement le critère
décisionnel de toute professionnalité. Les modèles de formation sont non seulement
reconsidérés mais plus encore surinvestis de tous les enjeux : progression,
adaptation, reconnaissance, professionnalité, etc. … Les diplômes d’Etat, tels que le
CAP d’agent de prévention et de sécurité, à l’exemple de celui d’infirmière, sont de
facto obsolètes dans le contexte européen, en raison des diverses dispositions
réglementaires. D’autre part, la formation initiale, qui dure deux années, ne tient pas
compte des conditions exigées par la professionnalisation qui place l’acteur en
position de régulateur et non d’applicateur.
Cette transition du passif à l’actif d’un travail sur autrui transforme le Métier de
« vigile » en « agent de sécurité » où la prévention prime sur l’intervention.
Les deux syndicats patronaux de la branche sécurité et surveillance humaine, l’U.S.P.
(Union Nationale de Sécurité privée) et le S.N.E.S. (Syndicat National des
Entreprises de Sécurité), s’inspirent des décrets ministériels de 2005 sur les
obligations d’aptitudes professionnelles et revendiquent indépendamment la
professionnalisation.
Ils créent un CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) de la branche par
l’intermédiaire de leur CPNEFP (Commission Paritaire Nationale de l’Emploi et de

28
HUGHES E.C., « La fabrication du médecin », les sciences de l’éducation – Pour l’école nouvelle, la formation
des soignants, 2003, vol.36, N02, PP.57-70
29
ARDOUIN T. Ingénierie de formation pour l’entreprise : Dunod 2003, 272 P.

39
la Formation Professionnelle Prévention Sécurité) censé intégrer le programme
imposé par le décret sur l’aptitude professionnelle. La Commission Nationale de la
Certification Professionnelle refusera de l’inscrire, renvoyant ainsi les partenaires
sociaux à de nouvelles négociations, car aptitude ne voudrait pas dire qualification,
mais « accès » à la profession.

I-7-6- Evolution d’un secteur économique à travers une histoire


dégradée

350 EURL (entreprises unipersonnelles à responsabilité limité) se sont créées au 1er


trimestre 2006.
On constate également milles dispositions par an (depuis cette date), engendrant 28%
de pertes par rapport au marché global de la surveillance humaine.
Plus de 130 000 salariés composent actuellement le secteur (avec un turn-over de
27%. On constate également une montée en puissance du travail illégal (sous-
traitance illicite, travail dissimulé).
Le centre d’analyse stratégique des entreprises (ex commissariat au plan), prévoit un
besoin de main d’œuvre de plus de 90 000 personnes d’ici 2015.

Cette histoire dégradée du secteur est source d’actions illégales depuis les années
1970, un cadrage réglementaire mal défini ; des formations professionnelles initiales
et continues inadaptées au contexte de la modernité30, divisent l’acteur plus qu’elles
ne l’accompagnent vers l’autonomie et la capacité réflexive.

Dans ce nouveau contexte immatériel, induit par la société du risque, l’acteur se voit
obligé de décentrer ses capacités techniques (objectives) vers des capacités
subjectives de plus en plus complexes.
Ce changement oblige le secteur, malgré les résistances de risques économiques d’un
marché de la peur existentiel, à se placer vers la voie de la professionnalisation. C’est
pourquoi nous avons intitulé notre recherche sur le secteur privé de sécurité et de
surveillance humaine : entre prévention et intervention – risques et enjeux de la
professionnalisation.

Nous voulons démontrer, à travers les paradigmes descriptifs et explicatifs, cette


typologie de professionnalisation et l’écart existant avec la société du risque pour
faire évoluer la connaissance et faire avancer la recherche.

L’évolution du secteur et les stratégies engagées par les acteurs économiques et


institutionnels induisent des typologies identitaires que nous cherchons à mettre en
évidence, en interrogeant concrètement le rapport au savoir qui structure ces
nouvelles formes identitaires. Cette professionnalisation est le produit d’une
politique institutionnelle qui vise à mieux contrôler le marché, et d’une
professionnalisation d’adaptation à l’emploi d’une économie de Marché animée par
le profit.
C’est donc une professionnalisation qui vise l’adaptation et non l’autonomie de
l’individu. C’est le fruit d’une négociation partagée qui s’oppose à l’évolution de
l’individu et favorise l’économique.

30
Anthony GIDDENS – Les conséquences de la modernité – Paris, L’Harmattan, 1994

40
I-8- THEORIES DE REFERENCES

La problématique de la professionnalisation du secteur privé de sécurité et de surveillance


humaine, telle que nous l’observons, peut être examinée à l’aune de deux théories.

La première émane de la didactique professionnelle et d’une réflexion de Pierre Pastre qui


consiste dans « la mise de la situation professionnelle au cœur de la formation ». D’après
Brousseau (1998), les situations sont des ingrédients indispensables pour la mise en œuvre
de l’activité didactique. Mais il faut qu’il existe au préalable un processus d’analyse de la
situation. On sait que l’apprentissage sur le tas, par immersion, constitue le moyen le plus
répandu de professionnalisation. Mais tout ne s’apprend pas sur le tas, et nous constatons sur
le terrain la difficulté permanente de distinguer ce qui relève de l’ordre des routines, de
l’application stricte des procédures, ou des stratégies qui reposent davantage sur un
diagnostic et une analyse.
L’action de formation ne devient professionnaliste que si elle intègre alors cette analyse de
l’activité.
Et dans une perspective de développement des compétences, on peut dire qu’elle consiste à
voir comment se fait la conceptualisation dans l’action.

Nous introduisons ainsi deux notions :

 La structure conceptuelle d’une situation :

C’est-à-dire les dimensions essentielles d’une situation qui permettent aux


professionnels de ne pas se noyer dans la complexité de la situation, et de faire ainsi
un vrai diagnostic ;

 Les relations de signification :

Repérer les connaissances nécessaires à l’action (les savoirs savoureux de J. P.


Astolfi).

La seconde émane de la sociologie des professions et de la réflexion de Mokhtar Kaddouri,


et qui porte sur les questions que soulèvent les rapports entre professionnalisation et
dynamiques identitaires.

Mokhtar Kadouri 31considère d’une part les politiques et les dispositifs de


professionnalisation comme l’une des expressions du projet identitaire institutionnel sur les
personnes (place assignée), et d’autre part l’engagement dans ces dispositifs comme l’un
des indicateurs des dynamiques identitaires individuelles (place revendiquée).

Mais, comme le note Vincent Lang (1999)32, le terme de professionnalisation est utilisé de
façon intensive dans différents champs et contextes socioprofessionnels et « fait l’objet
d’interprétations et de polémiques multiples », et notamment dans des « corps de métiers qui
ne disposent pas de modèle achevé en la matière ».

31
Maryvonne SOREL et Richard WITTORSKI – La professionnalisation en actes et en questions – L’Harmattan
2005, P. 271
32
Maryvonne SOREL et Richard WITTORSKI – La professionnalisation en actes et en questions – L’Harmattan
2005, P. 271

41
Sa polysémie, amplifiée par son usage indifférencié, laisse subsister des confusions et des
ambigüités qui risquent de cacher les fonctions et les rôles des dispositifs et des pratiques
qu’il désigne. Ces confusions concernent, notamment, l’objet cible et la direction de la
professionnalisation :

- Objet cible : Ce sur quoi porte la professionnalisation (n’est pas explicitement


indiqué dans et par le terme en question).
De quelle professionnalisation s’agit-il ?
S’agit-il de la professionnalisation des « métiers », des personnes ou des postes
qu’elles occupent ?
Un hiérarchique peut être d’accord sur la professionnalisation d’une activité
mais en opposition à celle qui concerne la personne qui l’effectue, ce qui peut
conduire à l’éjection de son titulaire et à son remplacement par quelqu’un
d’autre jugé plus stratégique.
- La direction33 qu’emprunte la professionnalisation n’est pas non plus indiquée
par la notion, d’où la question de qui professionnalise qui ?
S’agit-il d’une professionnalisation à l’initiative d’un individu à son propre
égard ?
S’agit-il d’une professionnalisation à l’initiative des responsables institutionnels
en direction de leurs personnels ?
S’agit-il, encore, d’une professionnalisation collective revendiquée par un
groupe professionnel ?

Dans le premier cas, on est face à un projet de soi sur soi qui témoigne d’un engagement
personnel dans une démarche pour se professionnaliser.
Dans le deuxième, on est face à une décision exogène. C’est-à-dire devant un projet d’autrui
visant à professionnaliser quelqu’un d’autre que soi même.
Dans le troisième cas, il s’agit d’une démarche d’un groupe social donné, qui œuvre pour la
professionnalisation collective de ses membres et pour la reconnaissance sociale et
institutionnelle de la professionnalité qui en résulte.

On distingue trois types de professionnalisation :

 Le projet institutionnel relève de l’initiative des responsables et exprime la


politique institutionnelle de professionnalisation du personnel. Il vise, notamment,
l’intériorisation des normes et des valeurs institutionnelles par les membres de
l’organisation ;

 Le projet collectif est porté par un groupe professionnel. C’est à ce niveau que l’on
trouve ce que Raymond Bourdoncle (1991) appelle « professionnisme ». Terme
qu’il utilise « pour désigner les stratégies collectives de transformation de l’activité
en profession » ;

 Le projet personnel relève d’une initiative individuelle. Sa différence avec le


projet institutionnel réside dans le fait que, dans un cas, c’est l’institution qui porte
le projet avec ou sans l’accord de l’individu, alors que, dans le deuxième cas, c’est
l’individu qui est porteur du projet avec ou sans l’accord de l’institution.

33
Entendue dans le sens de « ligne suivant laquelle un corps se déplace », dictionnaire actuel de la langue française,
1991.

42
La professionnalisation est donc un processus complexe et multiforme qui vise la
construction d’une professionnalité individuelle ou collective. Ce processus s’alimente et se
nourrit du croisement des trois projets, institutionnel, collectif et personnel.

Schématisation34 :

Projet institutionnel de
professionnalisation

Professionnalisation

Projet personnel de Projet collectif de


professionnalisation professionnalisation

Mais quel est le rapport entre ces différents projets, et plus précisément entre projet
institutionnel et projet personnel d’un côté, et/ou collectif de l’autre ?

Leur complémentarité ou leurs décalages vont générer des tensions dans les rapports de
l’individu aux responsables de son organisation. Les opérateurs mettront alors en place
différentes stratégies identitaires pour faire face à ces décalages et tenter de se sortir sans
conséquences déséquilibrantes ou dévastatrices pour eux.

I-8-1- Hypothèse de réflexion

Notre hypothèse générale en l’amorce de cette étude est que la voie actuelle de la
professionnalisation est une voie institutionnelle auto régulée par l’état garant de la
sécurité citoyenne.
Il s’agit donc d’une professionnalisation « assignée » et non d’une
professionnalisation « voulue » ou revendiquée. Et, même si elle correspond plus à
la société du risque, « la prévention », qu’à la société de la peur, « l’intervention »,
elle est immédiate et suscite la méfiance et au pire l’hostilité des bénéficiaires.
Pour corroborer ou infirmer cette hypothèse, nous nous sommes proposé de la
soumettre à l’épreuve de terrain, à travers des entretiens, des analyses de documents
principalement, mais aussi à travers des observations directes, étant entendu que les
principales interrogations qui nous préoccupent sont : quelle est la perception des
différents acteurs chargés de la formation de l’éducation et des opérateurs face au
processus de professionnalisation en marche, ainsi que des forces officielles de
sécurité de l’état, et finalement quelles différences y a-t-il entre ces perceptions ?

34
Maryvonne SOREL et Richard WITTORSKI – La professionnalisation en actes et en questions – L’Harmattan
2005, P. 271

43
Mais, avant d’en arriver là et d’explorer le contexte général de la collecte des
données, faisons d’abord quelques précisions sur les dynamiques identitaires mises
en jeu.

1-8-2- Précisions sur les dynamiques identitaires mises en jeu35

En effet, l’identité n’est pas figée, mais elle est à considérer dans son évolution. Ce
n’est pas qu’un « état », mais également un « devenir ».
Sa construction n’est pas le résultat de la norme des expériences personnelles et
sociales mais de « remaniements et de tentatives d’intégration plus ou moins
réussies » (Marc E. 1996).

D’autre part, « les dynamiques identitaires » constituent « le potentiel énergétique »


du sujet (Kadouri, 2001), elles sont composées d’un ensemble de tensions : des
tensions entre les différentes composantes de l’identité et des tensions vers un projet
identitaire.
Le entre et le vers sont importants. En effet, le « entre » sans le « vers » risque
d’enfermer la dynamique dans un cercle figé ne permettant pas l’évolution. Le
« vers » constitue l’orientation identitaire à laquelle l’individu aspire et souhaite pour
lui. C’est cette orientation et les tensions qui la sous-tendent, qui donnent lieu à des
stratégies identitaires.

Ces stratégies identitaires, identifiées par Mokhtar Kadouri (1999), sont entendues ici
dans le sens de l’ensemble des actes et des discours ayant pour fonction de réduire,
de maintenir ou d’empêcher l’avènement des écarts entre « l’identité pour soi » et
« l’identité pour autrui », et entre « l’identité héritée » et « l’identité visée ».
Ces stratégies auront pour but de combler les écarts entre « l’identité pour soi », et
« l’identité pour autrui », et entre « l’identité héritée » et « l’identité visée »,
exprimée à travers le projet personnel de professionnalisation. Nous cherchons ainsi
à mettre en évidence le processus de professionnalisation pour comprendre comment
les individus vont pouvoir construire leurs identités professionnelles. Nous verrons
alors si cette professionnalisation peut combler les écarts entre « identité pour soi »,
exprimée à travers le projet personnel de professionnalisation. Nous verrons
également comment le projet institutionnel de professionnalisation de l’individu est
véhiculé par les dynamiques sociales engagées et produites par les risques et les
enjeux des forces en présence. Nous en déduirons alors les diverses typologies
identitaires induites par une politique de partage entre « l’Etat et le Marché ».

35
Maryvonne SOREL et Richard WITTORSKI, La professionnalisation en actes et en questions – L’Harmattan –
2005, P. 271

44
DEUXIEME PARTIE
APPROCHE METHODOLOGIQUE

45
II-1- POPULATON ET ECHANTILLONNAGE

II-1-1- Des forces de sécurité publique acteurs de proximités de sécurité


et de sûreté

Les acteurs publics de sécurité constituent une des populations qui nous a particulièrement
intéressé dans le cadre de cette étude. En effet, ils sont au cœur du processus car ce sont eux qui
complètent les actions sur le terrain. Une investigation auprès des responsables des divers
services de sécurité de l’Etat (nous a t-il semblé) était nécessaire pour comprendre ce que ceux-
ci pensent et attendent des interventions des acteurs publics de sécurité dans les différents
contextes sécuritaires. Ils sont mieux placés pour dire s’ils y trouvent une suffisante ou
nécessaire complémentarité. Cette complémentarité est-elle visible sur le terrain, correspond elle
à leurs attentes et sont-ils favorables à cette complémentarité ?
Les responsables qui ont effectivement participé aux entretiens ont été sélectionnés en fonction
de leur statut hiérarchique, de leur connaissance de notre secteur, mais aussi et surtout de leur
expérience et de leur disponibilité à participer à l’enquête.

Tableau 1 : Récapitulatif des personnes interviewées – Acteurs publics de sécurité

Statut Sexe Age Activité Localité

Entretien 1 Chef de service Masculin 52 ans Police de l’air et des frontières Mérignac (près de
aéroport Bordeaux

Entretien 2 Chef de service Masculin 55 ans Police municipale Bordeaux

Entretien 3 Chef de service Masculin 50 ans Formation Police Nationale Bordeaux

Entretien 4 Chef de service Masculin 50 ans Formation Sapeurs Pompiers Bordeaux

Entretien 5 Chef de service Masculin 47 ans Service Prévention Sapeurs Bordeaux


Pompiers

Le premier entretien avec les acteurs publics de sécurité s’est effectué avec le chef de service
de la police de l’air et des frontières de l’aéroport de Mérignac. La police de l’air et des
frontières contrôle et évalue les actions des agents de sûreté aéroportuaires chargés du contrôle
des bagages et des passagers. Le service de la police de l’air et des frontières contrôle et évalue
leurs activités spécifiquement réglementées par le code de l’aviation civile en terme de
formation et de moralité.
D’autre part, ce service procède à des évaluations opérationnelles simulées de ces personnels
afin de vérifier la fiabilité du dispositif mis en place par les entreprises privées de sécurité, il
rédige un rapport aux autorités compétentes (Procureur de la république et préfet).
Ce service conseille également le donneur d’ordre (la chambre de commerce), lors du lancement
d’un appel d’offres aux prestataires privés, compte tenu des interférences possibles en matière
de sécurité générale (cette fonction n’est pas obligatoire).

46
Le second entretien s’est déroulé avec le chef de service de la police municipale de Bordeaux.
55 ans et ancien gendarme reconverti, il dirige la police municipale et rencontre souvent les
acteurs privés de sécurité sur le terrain, car la mairie fait appel à eux pour compléter certaines
activités de la police municipale (surveillance et gardiennage).

Le troisième entretien s’est déroulé avec le chef de service de la formation de la police


nationale de Bordeaux. Agé de 50 ans, ce policier ayant exercé des fonctions de police judiciaire
connaît bien tous les secteurs d’intervention des acteurs privés de sécurité et leurs missions
réglementées sur leurs divers territoires d’action. Il connaît également les formations initiales et
diplômantes des acteurs privés de sécurité.

Le quatrième entretien s’est déroulé avec le chef de service des sapeurs pompiers rattaché au
SDIS 33, chargé de la plateforme technique de formation de la communauté urbaine de
Bordeaux. Ce chef de corps des sapeurs pompiers, âgé de 50 ans, coordonne les formations
initiales avec le Lycée Professionnel de Bègles (Banlieue bordelaise) des métiers de la sécurité.

Le cinquième entretien s’est déroulé avec le représentant du service départemental d’incendie


et de secours de la Gironde (SDIS 33), chargé des questions relatives à l’application de l’arrêté
du 02 mai 2005 sur les services permanents de sécurité incendie et d’assistantes à personnes.
Ce service est chargé de vérifier sur le terrain l’aptitude des agents à exercer leurs fonctions,
expertiser les dossiers des demandes d’agréments des centres de formation.

II-1-2- Des donneurs d’ordre (et chefs de services internes de sécurité)

Ces acteurs interviennent avant et pendant la mise en place des organisations opérationnelles
que ce soit en phase d’élaboration ou de réception de l’appel d’offre (ou pendant la mise en
place de l’organisation opérationnelle). Ils choisissent et évaluent sur le terrain les prestations, et
à ce titre sont coresponsables de l’action du fournisseur de la prestation.
Notre échantillonnage, ici, comprend quatre donneurs d’ordre, dont deux sont également chefs
de services internes de sécurité. Ces donneurs d’ordre ont été sélectionnés sur la base de leurs
expériences et compte tenu de la disposition de leurs territoires représentatifs de la société de
risque.

Tableau 2 : Récapitulatif des donneurs d’ordre (et chefs de services internes de sécurité)

Statut Sexe Age Site Localité

Entretien 1 Ingénieur Masculin 55 ans Administratif Bordeaux

Entretien 2 Chef de sécurité Masculin 52 ans Administratif Bordeaux

Entretien 3 Chef de sécurité Masculin 46 ans Grande surface Bordeaux

L’entretien n°1 s’est déroulé avec E. A ; ingénieur en chef d’un site administratif. Il occupe des
fonctions techniques à usage de tous les bâtiments, rattaché de la fonction publique territoriale

47
du département de la Gironde et en charge, entre autres fonctions, de la sécurité des bâtiments
(sécurité et sûreté).

L’entretien n°2 s’est déroulé avec D.A., chef de service de sécurité incendie d’un bâtiment
classé de type établissement recevant du public et immeuble de grande hauteur. D. A. est un
ancien militaire reconverti.

L’entretien n°3 s’est déroulé avec PH. D., chef de service de sécurité d’une grande enseigne.
Ph. D. est un ancien militaire reconverti depuis une dizaine d’années.

II-1-3- Des acteurs chargés de la formation et de l’emploi

Ces acteurs interviennent à plusieurs niveaux du processus de formation, et contribuent à ce titre


à la professionnalisation.

Tableau n°3 : Récapitulatif des acteurs de la formation et de l’emploi

Statut Sexe Age Entité Activité Localité

Entretien 1 Responsable Féminin 36 ans Conseil Régional Chargée du plan régional de Bordeaux
Régional du formation(P R F)
secteur

Entretien 2 Formateur Masculin 35 ans AFPA Enseignant des matières Lyon


professionnelles (titre AFPA ,agent
de sécurité et de sureté privé)

Entretien 3 Enseignant Masculin 55 ans Education Nationale Enseignant des matières Bordeaux
professionnelles ( CAP agent de
prévention et de sécurité)

Entretien 4 Conseiller en Féminin 44 ans Education Nationale Chargée de l’analyse de la demande Bordeaux
validation des (collective et individuelle), et projet
acquis de VAE Européen
l’expérience

L’entretien n°1 s’est déroulé avec A.A., responsable de l’analyse des besoins de formation
du secteur pour la région Aquitaine. Cette personne est chargée d’analyser le demande des
besoins de recrutement et de formation du secteur pour le placement de personnes (jeunes ou
adultes) en difficulté.

L’entretien n°2 s’est déroulé avec un formateur AFPA des matières professionnelles du
titre « agent de sécurité et de sûreté privée ».
Ce formateur est un ancien gendarme reconverti à la formation des acteurs privés de sécurité
et de surveillance humaine pour l’AFPA depuis 20 ans.

L’entretien n°3 s’est déroulé avec C.K. 55 ans, enseignant de filière d’électronique
reconverti à la filière des métiers de la sécurité depuis une dizaine d’années. C.K. est chargé
de dispenser les matières professionnelles des diplômes CAP – BP et mention

48
complémentaire dans un lycée d’enseignement professionnel à Bègles (ville de la région de
Bordeaux).

L’entretien n°4 s’est déroulé avec S.P., conseillère en validation des acquis de l’expérience
par la DAVA (Délégation académique de validation des acquis de l’académie de Bordeaux).
S.P. intervient dans le cadre de l’analyse de la demande collective et individuelle des divers
secteurs d’activité et notamment des métiers de la sécurité.

II-1-4- Des acteurs opérateurs, anciens élèves de formation initiale

Ces acteurs ont reçu la formation initiale en continue (actuelle) et exercent des fonctions de
sécurité privée et de surveillance humaine. Ils sont donc en mesure de vérifier si leur formation
correspond à leurs fonctions.

Tableau n°4 : Récapitulatif des anciens élèves (formation initiale et continue)

Statut Sexe Age Entité Localité

Entretien 1 Agent de sécurité Féminin 20 ans Entreprise privée de sécurité Bordeaux

Entretien 2 Stagiaire Brevet Professionnel de Féminin 21 ans Entreprise publique Bordeaux


sécurité

Entretien 3 Agent de sécurité Masculin 36 ans Entreprise privée de sécurité Bordeaux

Entretien 4 Agent de sécurité Masculin 40 ans Entreprise privée de sécurité Bordeaux

L’entretien n°1 s’est déroulé avec E.B., agent de prévention et de sécurité (titulaire du
CAP) en poste de contrôle des accès et de filtrage « Plan Vigipirate » pour une entreprise
privée de sécurité et détachée sur un site administratif.
Cette opératrice est chargée d’appliquer le plan départemental de vigilance aux accédants
d’un immeuble administratif au cœur de Bordeaux. Elle est titulaire du CAP d’agent de
sécurité et de la mention complémentaire sécurité civile et d’entreprise.

L’entretien n°2 s’est déroulé avec un agent de sécurité stagiaire dans le cadre du Brevet
professionnel d’agent technique de prévention et de sécurité, en poste (pendant le stage)
dans un service de sécurité incendie d’un bâtiment administratif. Cette jeune fille est titulaire
du CAP d’agent de prévention et de sécurité et de la mention complémentaire (au CAP) de
sécurité civile et d’entreprise et se dirige vers des postes d’encadrement.

L’entretien n°3 s’est déroulé avec S.S., agent de sécurité pour une entreprise privée de
sécurité ayant une expérience privée de 10 années dans le secteur privé de la sécurité et de la
surveillance humaine et titulaire du CAP d’agent de prévention et de sécurité depuis 1996.

49
L’entretien n°4 s’est déroulé avec G.M., agent de sécurité pour une entreprise privée de
sécurité ayant une expérience de 10 années dans le secteur de la sécurité et de la surveillance
humaine et titulaire du CAP d’agent de prévention et de sécurité depuis 1997.

II-2- COLLECTE DE DONNEES

Nous avons privilégié trois modèles d’investigation pour le recueil des données dans la présente
recherche. Il s’agit des entretiens semi-directs, des observations directes et d’explicitation
documentaire.

II-2-1- Des entretiens

Notre étude exigeait à la fois (d’après nous) un paradigme aussi bien descriptif qu’explicatif
(procédure clinique). Aussi, avons-nous privilégié les entretiens plutôt que les questionnaires,
étant entendu que nous nous intéressions au sens que les divers acteurs donnent au processus de
professionnalisation à travers les interprétations qu’ils faisaient de leurs pratiques.
Nous avons pensé que l’entretien nous offrait davantage de possibilités pour recueillir des
éléments d’analyse beaucoup plus profonds. L’enquête a consisté à interroger les personnels des
services de sécurité officiels qui rencontrent sur le terrain les acteurs privés (de sécurité) lors de
leurs interventions, les personnes chargés de la formation et de l’emploi de la région Aquitaine,
le personnel enseignant et les opérateurs donneurs d’ordre sur leurs expériences, leurs missions,
leurs relations et leurs opinions sur le dispositif de professionnalisation en général et sur leurs
interventions directes ou indirectes dans le secteur privé de sécurité et de surveillance humaine
en particulier.

Nous avons élaboré quatre guides d’entretien : un destiné aux acteurs publics de sécurité
policiers et pompiers, un autre destiné aux donneurs d’ordre et chefs de sécurité, un autre destiné
aux acteurs chargés de la formation et de l’emploi, puis un enfin un dernier destiné aux
opérateurs.

Les entretiens se sont étendus d’avril à juin 2007, en fonction de l’emploi du temps de nos
interviewés. Ils se sont déroulés dans un parfait climat de confiance, de sincérité et de courtoisie.
Notre connaissance approfondie des deux milieux (celui de la formation et de l’enseignement, et
celui du monde professionnel public et privé) nous a permis d’établir de très bons rapports
interprofessionnels, permettant à nos différents interlocuteurs d’être à l’aise au cours des
entretiens.

Même si notre position d’expert et de formateur a sans doute pu influencer le contenu de


certains entretiens, nous estimons dans l’ensemble nous être entretenu avec des personnes
expérimentées et conscientes des enjeux d’une telle recherche, de sorte qu’elles se sont exprimés
sans fard.

II-2-2- Des observations directes

Nous avons une idée concrète et précise des situations de travail et de la formation initiale et
continue des opérateurs, car nous les vivons tous les jours sur le terrain depuis plus d’une
vingtaine d’années, et nous pouvons les décrire dans tous les états. C’est pourquoi nous avons
mis l’accent sur notre observation participante.
50
En effet, la faible visibilité que présente le champ de la sphère privée de sécurité et de
surveillance humaine, et sa difficulté d’accès, rendent nécessaire une méthode qui permette le
contact direct avec tous les acteurs sur le Terrain : « l’observation participante ».
Nous pensons tout de même qu’une telle méthode reste délicate, étant donné que l’implication
personnelle du chercheur entraîne la modification de l’objet et va nous conduire à une certaine
subjectivité, mais elle nous a semblé la mieux adaptée pour permettre grâce à notre parcours
professionnel (et de formation) comprenant une carrière induite par un changement constant
d’activités sectorielles, de position hiérarchique ou de distance par rapport à l’objet, de
diversifier nos points de vue pour rendre compte de la complexité de l’objet étudié.
Nous pensons en effet, que l’observation participante est la méthode la plus appropriée pour
essayer de comprendre la complexité d’un champ comme la sécurité privée et la surveillance
humaine. Mais nous devons préciser que ce dispositif nous a facilité l’accès aux données ; il fait
émerger le risque de ne voir qu’un point de vue (celui du professionnel), ce qui nous a poussé à
un moment donné à mettre l’objet à distance, pour le voir comme un observateur et non plus
comme un acteur.
C’est dans un rapport plus individualisé et profond avec la personne, grâce à l’entretien, que le
sociologue tente de s’imprégner du sens que les acteurs donnent à leur pratique. Le défi
consiste ensuite à dépasser les simples énoncés individuels pour faire émerger à partir
d’extraits particulièrement éclairants des aspects fondamentaux qui permettent de comprendre
le groupe social étudié36 (Diaz, 2005 P. 3).

L’entretien est pour nous un outil privilégié. Il nous a permis de repérer les personnes
rencontrées et de croiser les informations obtenues avec celles des autres acteurs du champ.
C’est grâce aux entretiens que nous avons une vision plus exhaustive de l’ensemble des acteurs.

Nous nous sommes rapidement rendu compte à travers les entretiens du décalage entre le
discours et la réalité que ne peut déceler un étudiant ordinaire.
Nous avons pris également conscience des écarts entre le discours qui nous était donné (mais
aussi les comportements, les positionnements, les activités, les actions et décisions, etc.) par les
acteurs et les pratiques (discours très positif de leur méthode et de leur mode de fonctionnement,
évoquant rarement les problèmes rencontrées).
Au fil de la recherche, nous avons acquis de l’expérience, notre réseau de connaissance s’est
agrandi et notre questionnement est devenu plus pertinent et plus légitime. C’est la prise de
conscience de nos propres limites qui nous a permis de prendre le recul nécessaire.

Durkheim (1895) considère que les descriptions de l’acteur sont trop vagues, trop ambigües
pour permettre au chercheur d’en faire un usage scientifique.
Pour Bourdieu (1978) le sociologue n’a quelque chance de réussir son travail d’objectivation
que si, observateur observé, il soumet à l’objectivation non seulement tout ce qu’il est, ses
propres conditions sociales de production et par là les « limites de son cerveau », mais aussi son
propre travail d’objectivation, les intérêts cachés qui s’y trouvent investis, les profits qu’ils
promettent.
Deuxième limite mise en évidence par Bourdieu (1978), on ne peut pas nier la contradiction
pratique : chacun sait combien il est difficile d’être à la fois pris dans le jeu et de l’observer.
Quand on joue on ne peut pas tout faire à la fois, on ne peut pas jouer et prendre le temps de voir
ce que l’on fait.
Au contraire, plusieurs auteurs (notamment Chapoulie – 1985, 1996, 2001), s’appuyant sur la
tradition sociologique de l’école de Chicago, ont montré l’apport irremplaçable de l’observation

36
Frédéric DIAZ : « L’observation participante comme outil de compréhension du champ de la sécurité » – Revue
champ pénal, 2005 – CNRS (Centre National de Recherche Scientifique).

51
(à commencer par Thrasher -1927, Whyte – 1943) et plus tard de l’observation participante
(Anderson – 1923) et d’une autre façon Shaw – 1930, 1931), il en est de même des
interactionnistes théoriciens de l’étiquetage et disciples de Hughes (1996), mais aussi de Mead
(1934), de Blumer (1962, 1969), et plus tard de Becker (1963, 2002). On pourrait enfin ajouter
des ethnométhodologues dans la suite des travaux de Garfinkel (1967) qui cherchent à
appréhender la manière dont les acteurs construisent leur réalité au fil de leurs activités
quotidiennes. Le sociologue doit cesser d’être un étranger observant des étrangers (Coulon,
1992). Il doit rendre compte dorénavant d’observations qu’il a faites non pas comme un étranger
à part entière mais dans une certaine mesure en tant que membre d’un groupe (Hughes, 1996).

« Pour comprendre le processus (d’interprétation), le chercheur doit prendre le rôle de l’acteur


dont il se propose d’étudier le comportement. Etant donné que l’interprétation est donnée par
l’acteur, dans les termes des aspects désignés et appréciés, de significations acquises et de
décisions prises, le processus doit être considéré du point de vue de l’acteur (…). Essayer de
saisir le processus d’interprétation en restant à l’écart, comme observateur dit « objectif », et
en refusant de prendre le rôle de l’acteur, c’est risquer la pire forme de subjectivisme : celle
dans laquelle l’observateur objectif, au lieu de saisir le processus d’interprétation tel qu’il se
produit dans l’expérience de l’acteur, lui substitue ses propres conjectures »37 (Diaz, 2005, P.
4).

Il faut prendre le rôle de l’acteur et voir son monde de son point de vue. Cette approche
méthodologique contraste avec la soi-disant approche objective, si dominante aujourd’hui, qui
voit l’acteur et son action dans la perspective d’un observateur détaché et extérieur (…).
L’acteur agit dans le monde en fonction de la façon dont il le vit, et non dont il apparaitrait à un
observateur étranger35. Il s’agit de les rencontrer là où ils se trouvent, de rester en leur
compagnie en jouant un rôle qui, acceptable pour eux, permette d’observer de près certains de
leurs comportements et d’en donner une description qui soit utile pour les sciences sociales tout
en ne faisant pas de tort à ceux que l’on observe.
Le sociologue note désormais des observations à part entière du microcosme qu’il étudie. Il
observe en tant que membre d’un groupe mais, dès qu’il objective et note ses expériences, il
devient nécessairement une sorte de témoin extérieur. On est bien là au cœur de la question
fondamentale du rôle du chercheur et de sa subjectivité dans la production de connaissance.

Patricia et Peter Adler (1987) distinguent trois grandes catégories :

1- Rôle « périphérique » : en contact mais sans participer,

2- Rôle « actif » : avec participation et prise de responsabilité,

3- Rôle « immergé » comme un membre naturel avec les mêmes sentiments et


poursuivant les mêmes buts que les acteurs du champ.

Nous nous sommes placé entre les trois rôles, mais nous avons adopté une posture entre « actif »
et « immergé ». « Actif » car, depuis 1983, nous agissons dans les groupes comme salariés et,
depuis 1994, comme formateur, avec plus ou moins de responsabilité et ayant des relations de
collègue à collègue. « Immergé » car plus qu’un travail salarié, la sécurité et la surveillance
humaine nous poussent à nous dépasser, à adhérer à des idées, et ce dans un but commun,
« assurer la sécurité des personnes et des biens ».
D’autre part, pour limiter le « parti pris », le manque d’objectivité et le recul nécessaire, il nous
a semblé pertinent d’adopter des positions diverses sur les situations étudiées. Ce changement

37
Frederick DIAZ : L’observation participante comme outil de compréhension du champ de la sécurité – Revue
champ pénal 2005 – CNRS (Centre national de la Recherche Scientifique)

52
nous a permis de mieux comprendre les points de vue des différents acteurs de la sécurité
publique et privée. C’est ainsi que nous avons été bien souvent participant en privé et
observateur en public, ce qui nous a permis rapidement d’extraire la matière pour affiner
l’analyse et prendre de la distance par rapport à l’objet étudié.

II-2-3- Des données documentaires

On ne saurait mener une étude sur le secteur privé de sécurité et de surveillance humaine sans se
référer aux textes officiels relatifs à la sphère privé de sécurité et de surveillance humaine. Aussi
l’étude a-t-elle accordé une place importante à l’analyse des textes officiels relatifs à la
professionnalisation du secteur. De même, et puisque la professionnalisation est le fruit d’une
négociation entre l’état et les partenaires sociaux, l’étude s’est intéressée à l’analyse des
contenus des documents appartenant aux entreprises et aux organisations syndicales diffusés par
voie de presse ou publicitaire.
Cette exploitation s’avèrerait capitale dans une recherche qui se veut non seulement descriptive
mais aussi compréhensive et explicative d’une action de professionnalisation.

53
TROISIEME PARTIE
ANALYSE ET INTERPRETATION DES
DONNEES

54
III-1- PRESENTATION GLOBALE DES
RESULTATS DES INVESTIGATIONS
III-1-1- Synthèse des entretiens avec les acteurs publics de sécurité
(police, pompiers)

Les entretiens avaient pour support une grille de cinq questions principales (cf. annexe),
auxquelles venaient s’ajouter selon l’évolution de l’entretien des questions secondaires pour
appréhender certaines précisions.
La première question adressée aux policiers était de savoir depuis combien d’années ils
étaient amenés à rencontrer les acteurs privés de sécurité sur le terrain de leurs compétences.
Cette question nous a permis de savoir que, dans l’ensemble, ces acteurs des forces de
sécurité officielles, qui ont participé à l’enquête, sont des praticiens assez expérimentés (plus
de dix années d’expérience). Ils connaissent tous bien le secteur privé de sécurité et de
surveillance humaine.

La seconde question visait à savoir quelle était la nature des relations exercées avec les
acteurs privés de sécurité pour définir la forme de complémentarité. Les réponses révèlent
que, suivant les acteurs, la complémentarité revêt plusieurs formes, suivant les contextes des
territoires de compétences. Celle-ci prend la forme d’un témoignage en matière de police
judiciaire, de relais ou d’assistance en matière de prévention situationnelle, voire d’accueil et
de guidage en matière de lutte contre l’incendie, et même d’évaluation en matière de sûreté
aéroportuaire.

La troisième question visait à recueillir les appréciations générales, les commentaires et les
jugements des acteurs publics de sécurité et de sûreté interrogés sur ce que représentent pour
eux les acteurs privés de sécurité et de surveillance humaine, tout en reconnaissant
l’importance de l’évolution du secteur et la nécessité de l’introduire comme acteur
complémentaire (et non supplémentaire) des forces de sécurité régaliennes.

La quatrième question avait pour but d’évaluer le niveau de cette complémentarité des
services officiels de sécurité à travers les deux capacités principales des opérateurs : « La
Prévention », « L’Intervention ». C’est en effet à travers l’intervention sur le terrain que les
services de l’Etat peuvent estimer un certain degré de professionnalisme. C’est à travers
l’action que s’évaluent les compétences. Nous avons ainsi pu estimer que les actes des
acteurs publics concernaient surtout l’efficacité complémentaire des interventions pour
régler ensemble les problèmes relatifs à la sécurité des personnes et des biens, « Axe de la
société du risque », sans aucune connotation commerciale (de sécurité à péage), ni même de
caractère privé lié à la fonction du secteur privé, mais bien la réaction face aux risques pour
protéger la « nation ».

La cinquième question présentait aux acteurs interviewés une énumération de trois notions :
Sécurité, Sûreté, Médiation. Il leur était demandé de retenir, par ordre de priorité, à leur avis,
celui qui leur correspond le mieux. L’objectif visé à travers cette question était de voir
comment les acteurs publics de sécurité percevaient la complémentarité à travers leurs
domaines de compétences. Ces domaines, induits par la société du risque, vont nous
permettre ainsi de situer les exigences de la complémentarité. Les classifications obtenues se
présentent selon le tableau suivant :

55
Tableau 5 : Classification proposée par les acteurs publics de sécurité

Interviewé 1 : Interviewé 2 : Interviewé 3 : Interviewé 4 : Interviewé 5 :


Police air Police municipale Formateur police Formateur pompier Pompier

Sécurité (3) Sécurité (1) Sécurité (1) Sécurité (1 Sécurité (1)


Médiation (2) Médiation (2) Médiation (2) Médiation (2) Médiation (2)
Sûreté (1) Sûreté (3) Sûreté (3) Sûreté (3) Sûreté (3)

On peut retenir de ce tableau que tous les acteurs partagent ces compétences à un niveau
plus ou moins élevé, selon leurs territoires d’action. Ces trois domaines de compétences
fixent les points d’ancrage de la complémentarité (et donc de la professionnalisation).

III-1-2- Synthèse des entretiens avec les donneurs d’ordre (publics et


privés) des services internes et externes de sécurité

Les donneurs d’ordre que nous avons interrogés représentent les services internes (qui
appartiennent directement aux entreprises qui ne font pas ou presque pas appel aux
entreprises privées de sécurité car possédant leurs propres services) et les services des
entreprises publiques ou privées qui externalisent leurs besoins de sécurité par
l’intermédiaire d’un prestataire de services (entreprises privés de sécurité).
Ces acteurs ont tous une expérience continue de plus de dix années et sont de gros
consommateurs de sécurité privée.
L’entretien avec eux visait à recueillir, entre autres données, les rapports qu’ils entretiennent
avec les services officiels de sécurité, les appréciations qu’ils font de la formation (initiale et
continue), leurs besoins de compétences opérationnelles, et leurs perception vis-à-vis de la
contractualisation des prestations de sécurité et de surveillance humaine.

A la question de savoir quels étaient les critères qu’ils privilégient lors des appels d’offres
aux prestataires de sécurité, les avis étaient partagés entre les deux entités administratives,
l’une privilégiant le prix à 60% et à 40% la compétence technique de la prestation, et
l’inverse pour l’autre entité. Le prix est également privilégié par l’enseigne de la grande
surface.

A la question de savoir quelle priorité donneraient-ils aux domaines de compétences


Sécurité, Sûreté, Médiation, les réponses sont variables suivant les spécificités des contextes,
d’après le tableau suivant :

Tableau 6 : Classification proposée par les donneurs d’ordres

Interviewé 1 : Interviewé 2 : Interviewé 3 :


Ingénieur Administratif Chef de sécurité Chef de sécurité
(Administration) (Grande surface)

Sûreté (1) Sécurité (1) Sûreté (1)


Sécurité (2) Sûreté (2) Médiation (2)
Médiation (3) Médiation (1) Sécurité (3)

56
On peut retenir des réponses que certaines entités administratives privilégient le critère prix
(ce qui les place plus vers l’axe du marché de la peur) et d’autres la compétence
professionnelle (ce qui les place plus vers la société du risque). Les grandes surfaces
privilégient quand à elles le prix. D’autre part, on observe également que les acteurs
reconnaissent les trois domaines de compétences et qu’ils les privilégient en fonction de leur
territoire.
« Dans notre enseigne nous faisons de la sécurité des personnes et des biens […]. La
communication (et non la médiation) fait partie intégrante de notre politique de sécurité »,
nous dit un chef de sécurité.
Dans le même ordre d’idées et dans le même registre, cet autre chef de sécurité d’un site
administratif dira : « chez nous c’est d’abord la sécurité incendie et le secourisme, après la
sûreté et bien sûr la médiation ».
Cet autre chef (ingénieur de sécurité) exprimera quand à lui une approche globale conforme
à la réglementation du secteur en privilégiant les compétences induites par les spécificités de
son territoire.

Ce tableau montre que chaque acteur donneur d’ordre privilégie ses spécificités quels que
soient les critères définis lors de la commande (prix ou compétences), mais ils sont tous
d’accord sur les compétences exigées et la polyvalence des opérateurs.

III-1-3- Synthèse des entretiens des chargés du secteur de la formation


et de l’emploi

L’entretien que nous avons eu avec eux visait à recueillir les rapports qu’ils entretenaient
avec le monde professionnel, ainsi que les significations qu’ils donnent à leur conception de
la formation.

Les personnes que nous avons interrogées ont dans l’ensemble une expérience de plusieurs
années du monde de la formation et plus particulièrement du secteur privé de sécurité et de
surveillance humaine, soit parce qu’elles participent à la formation initiale ou continue par
l’intermédiaire d’organismes de formation (publics ou privés), soit parce qu’elles
interviennent à un moment ou à au autre au processus de formation.
Une seule question visait ici à recueillir la perception de ces acteurs par rapport aux besoins
de sécurité exprimés par la société du risque. Ceci pour essayer d’évaluer leur prise de
conscience et estimer d’une certaine manière l’adéquation des formations proposées.

Tableau 7 : Classification proposée par les personnels chargés du secteur de la formation et de


l’emploi

Interviewé 1 : Interviewé 2 : Interviewé 3 : Interviewé 4 : Interviewé 5 :


Responsable Formateur Formateur Conseiller VAE Responsable de
Régional AFPA Education Nationale Education Nationale formation privé

Médiation (1) Médiation (1) Médiation (1) Médiation (1) Médiation (3)
Sûreté (2) Sûreté (3) Sûreté (3) Sûreté (3) Sûreté (2)
Sécurité (3) Sécurité (2) Sécurité (2) Sécurité (2) Sécurité (1)

A la question de la priorité des domaines de compétences exigées par les situations de


travail, tous les acteurs ont compris la nécessité d’adapter la formation et ont pris conscience
de la polyvalence exigée. L’acteur du centre de formation privé se place, lui, plus prêt de sa
57
formation catalogue, la formation sécurité (incendie), et reconnaît les exigences évolutives
vis-à-vis des deux autres domaines (la sûreté, la médiation).
La plupart des acteurs voient la médiation (communication) comme une compétence
transversale des deux autres domaines, la sécurité et la sûreté.

III-1-4- Synthèse des entretiens des anciens élèves ou stagiaires

L’entretien que nous avons eu avec eux visait à recueillir leur perception de la formation
reçue par rapport aux fonctions opérationnelles exercées sur les postes de travail.

A la question, » la formation initiale que vous avez reçue correspond elle aux exigences de
vos fonctions ? », ils répondent tous : « Non cela n’a pas grand chose à voir, ici c’est autre
chose que nous n’avons jamais en cours ».
Puis, quelque soit le poste de travail occupé, la priorité donnée à chaque domaine de
compétence est la suivante :

Tableau 8 : Classification proposée par les personnels ancien élèves ou stagiaires

Interviewé 1 : Interviewé 2 : Interviewé 3 : Interviewé 4 :

Médiation (1) Médiation (1) Médiation (1) Médiation (1)


Sûreté (2) Sûreté (2) Sûreté (2) Sûreté (2)
Sécurité (3) Sécurité (3) Sécurité (3) Sécurité (3)

Ce tableau montre que, pour les anciens élèves de la formation initiale ou stagiaires de la
formation continue, les situations professionnelles dans lesquelles ils sont placés n’ont pas
grand chose à voir avec les cours qu’on leur a dispensés dans le cadre de leurs formations
CAP, BP, MC (mentions complémentaires) et divers niveaux des SSIAP.
Ils ont tous exprimé le décalage des savoirs avec la réalité du terrain et le manque de
formation pratique. Le placement en stages dans le cadre du processus de formation
correspondrait plus à des situations d’observations qu’à un véritable apprentissage. D’autre
part, la majorité des élèves de la filière sécurité privé se destinerait à des carrières du corps
des sapeurs pompiers ou autres filières publiques de sécurité et non au secteur privé de
sécurité, pour lequel ils ne se sentent pas préparés lorsqu’ils sont confrontés avec le terrain.

Ce tableau montre que, pour les anciens élèves ou stagiaires de la filière sécurité, trois
principaux domaines de compétences sont induits par la société du risque et viennent
confirmer les représentations de tous les autres acteurs (évoluant sur plusieurs niveaux de la
sphère de sécurité privée).

Tous les élèves confrontés aux situations de terrain placent la médiation (1) au premier
niveau de leurs exigences professionnelles, suivi de la sûreté (2) et de la sécurité (3).
Ces trois domaines d’exigences professionnelles définissent les compétences nécessaires à la
résolution des diverses problématiques opérationnelles, et deviennent ainsi la base de la
conception des référentiels de certification et des formations.
« La sécurité incendie, nous ne la faisons pas tous les jours, mis à part lors des rondes pour
déceler les causes génératrices de feu et la vérification du matériel de lutte contre l’incendie,
alors que la sûreté et la médiation appliquée à la gestion des conflits dans le cadre de nos
activités, nous les pratiquons tous les jours sur divers sites. Pourtant nous sommes plus

58
formés à la sécurité incendie et au secourisme qu’à la sûreté ou à la médiation, nous
manquons de formation théorique et pratique dans ces domaines », nous disait une ancienne
élève titulaire du CAP d’agent de prévention et de sécurité, ainsi que de la mention
complémentaire (au CAP) sécurité civile d’entreprise.

En théorie, semble t-il, le dispositif de formation initiale dispensant les formations


professionnelles semble bien ficelé car il est évalué par les inspecteurs de l’éducation
nationale et il correspondrait aux référentiels des certifications définis par les commissions
professionnelles consultatives. En pratique, cependant, les stages sur le terrain et leur
articulation aux référentiels manqueraient de cohérence en raison, d’une part, de la non
professionnalisation du secteur et, d’autre part, du manque de ressources enseignantes dans
les divers domaines de compétences à transmettre. Il existerait donc un décalage entre
théorie et pratique du dispositif de formation de la filière sécurité et de l’évaluation des
candidats aux examens.

Il ressort de ces différents commentaires que le dispositif de formation initiale et continue de


la filière sécurité privée doit être amélioré par la création d’une véritable didactique
professionnelle qui permette aux apprenants de se retrouver dans les situations de faire.

Il ressort également que les domaines de compétences des acteurs privés de sécurité et de
surveillance humaine ont évolués avec la société du risque. Les formations initiales et
continues ne sont pas adaptées aux réalités de terrain. Les forces publiques de sécurité
affirment la nécessaire complémentarité, mais cette complémentarité n’est pas vraiment
définie ou seulement dans certains territoires spécifiques (aéroports et ports, gares et
activités sportives ou culturelles).

III-1-5- Bilan de l’investigation documentaire

La prospection de l’environnement pédagogique mais surtout professionnel pour trouver les


textes officiels (arrêtés ministériels, lois, circulaires, instructions, journaux syndicaux, etc.)
qui fixent et organisent spécifiquement le secteur professionnel et la formation initiale et
continue du secteur est assez riche. L’ensemble des documents nous permet de faire le tour
de la question sur l’évolution de la formation par rapport à la professionnalisation.

Il n’y a pas de formation professionnelle reconnue par les acteurs privés de sécurité et de
surveillance humaine avant 1985, date de création de la convention collective nationale N°
3196 « Entreprises de prévention et de sécurité »( les partenaires sociaux vont préférer ces
termes, à ceux de surveillance et de gardiennage), imposés par le législateur en 1983 ,dans la
loi cadre. On peut commencer dès lors à parler de début de professionnalisation (convention
collective et loi cadre), mais les textes législatifs et conventionnels sont peu appliqués.

III-1-5-1- Des formations spécifiquement réglementées en fonction des


territoires

Des formations spécifiquement réglementées existent depuis 1978 : « Formation


imposée par arrêté du Ministère de l’intérieur ».
Cet arrêté va imposer deux niveaux de qualification des opérateurs en sécurité incendie
dans les immeubles de grande hauteur :

59
- Agent de sécurité incendie IGH1

- Chef d’équipe de sécurité incendie IGH2

Cette formation obligatoire imposée par le législateur va obliger ces services et les
équipes opérationnelles à se structurer dans ce type d’immeubles. Mais ces acteurs
auront du mal à s’identifier à leurs activités réelles de prévention et de lutte contre
l’incendie, et s’identifieront plus au bâtiment, les décalant ainsi de leur corps de métier
à partir d’une formation extraite bien plus d’un programme législatif (théorie) que
d’une réelle pratique38.
D’ailleurs la plupart de ces personnels exercent des fonctions de sapeurs pompiers
volontaires, qui sont très différentes des activités exercées dans les services de sécurité
incendie, où la « Prévention » prime sur « l’Intervention » et non l’inverse.
Ce décret relatif aux qualifications des services de sécurité sera élargi en 1995 à
d’autres types de bâtiments recevant du public (puis en 1998), jusqu’à l’abroger
complètement par un autre arrêté du 25 mai 2005. Dans cet arrêté, le législateur,
confronté aux difficultés d’application sur le terrain, va chercher à mieux définir les
activités des opérateurs pour mieux les faire correspondre à la réalité du terrain. Dans
notre mémoire de Master « Ingénierie et conseil en formation »39, nous constations déjà
le défaut d’identité professionnelle dont souffraient à l’époque ces personnels.
L’arrêté du 02 mai 2005 semble mieux définir les référentiels d’emploi de ces
personnels et structure les niveaux de qualification, mais aucune compétence
pédagogique n’est exigée des formateurs ni du responsable de la formation, si ce n’est
un niveau de qualification supérieure à la formation transmise.

Les dossiers d’agréments des centres de formation sont instruits par les préfectures et
expertisés par les SDIS (Services Départementaux d’Incendie et de Secours). D’après le
lieutenant colonel Belhache, rédacteur de l’arrêté et interrogé lors de notre enquête, les
partenaires sociaux de la branche privée de sécurité n’auraient pas été interrogés avant
la rédaction. Seules les associations de chefs de services de sécurité l’auraient été. Cet
arrêté ne s’applique pas seulement au secteur privé de sécurité et de surveillance
humaine, il impose un service sécurité et assistance aux personnes (SSIAP) suivant des
conditions réglementaires applicables à certains types de bâtiments. Là encore, l’Etat
impose des conditions minimales pour sauvegarder la sécurité des personnes et des
biens. Ces conditions débutent ici au stade de la construction de certains bâtiments (en
exploitation et hors exploitation, présence ou pas de public).

Ces acteurs ont des fonctions exclusives de sécurité incendie et d’assistance à


personnes et sont qualifiés selon trois niveaux :

- Agent de sécurité incendie et d’assistance à personnes (SSIAP 1)

- Chef d’équipe de sécurité incendie et d’assistance à personnes (SSIAP 2)

- Chef de service de sécurité incendie et d’assistance à personnes (SSIAP 3)

38
ARROYO Antonio – Mémoire de Master professionnel «La structuration de l’identité professionnelle des agents
de prévention, de sécurité et de sûreté privée à travers la professionnalisation par la formation » sous la direction
de Jean HOUSSAYE – Université de Rouen département des sciences de l’éducation.
39
Mémoire Master « Ingénierie et conseil en formation », sous la direction de Jean HOUSSAYE –« La
structuration de l’identité professionnelle des agents de prévention, de sécurité et de sûreté privée à travers la
professionnalisation par la formation » – Antonio ARROYO – Université de Rouen 2004-2005

60
III-1-5-2- La sûreté aéroportuaire

Le cadre législatif renforcé par la réglementation de l’aviation civile, s’inscrit dans les
mêmes obligations fondamentales que la surveillance humaine et de la sécurité privée,
loi 83-629 du 12 juillet 1983 (modifiée en 2003). Le secteur de la sûreté aéroportuaire
délègue ainsi les visites de sécurité aux sociétés privées avec :

- L’obligation pour ses agents d’un double agrément Préfet/Procureur, et le


placement de ses « interventions » sous l’autorité des services de l’état, obligations
soumises bien sûr à des conditions de formations spécifiques au secteur.

C’est un créneau spécialisé de la surveillance humaine : l’activité de sûreté aérienne et


aéroportuaire est une profession jeune dont le décollage en tant que métier à part
entière est récent. L’émergence initiale date de 1994 avec les besoins en inspection
filtrage.

Progressivement, la structuration du métier s’est affirmée, notamment en réponse aux


demandes de plus en plus importantes de la Direction Générale de l’Aviation Civile
(DGAC) et d’Aéroports de Paris (ADP), tant d’un point de vue quantitatif que
qualitatif.
Ce contexte a conduit les professionnels à anticiper en constituant, en mai 2000, une
organisation patronale dédiée : le SPESSAA (Syndicat Professionnel des Entreprises
exerçant des activités de Sûreté Aérienne et Aéroportuaires) qui, quelques mois plus
tard, rejoignait l’UFISS (Union Fédérale des Industries et Services de Sécurité,
aujourd’hui dissoute), pour y représenter officiellement l’ensemble de la branche.
Depuis l’organisation du métier s’st engagée de façon volontariste et s’est accélérée,
notamment sous la pression des évènements dramatiques de septembre 2001 à New-
York.

Prestations réalisées

Les sociétés privées de sûreté aérienne et aéroportuaires sont des prestataires de


services de sécurité mettant en œuvre des mesures destinées à empêcher l’introduction
à bord des aéronefs en exploitation de toutes personnes ou éléments de nature à
compromettre la sûreté des vols. Elles ne sont pas des acteurs primaires du transport
aérien, mais des prestataires de services ne décidant pas de la nature des mesures à
appliquer. Cela entraîne une très forte implication de leurs donneurs d’ordre : aéroports
et compagnies aériennes.

Principales missions effectuées :

- inspection, filtrage des passagers et de leurs bagages de cabine (IFPBC),


- inspection, filtrage des bagages de soute (IFBS),
- interventions cynotechniques,
- contrôle d’accès en ZR (Zone Réservée),
- contrôle du Fret,
- gardes d’avions,
- contrôle documentaire,
- profiling, etc.

61
Principales qualifications opérationnelles :

- Agent d’exploitation de sûreté aéroportuaire,


- Profiler,
- Opérateur qualifié et confirmé,
- Coordinateur,
- Chef d’équipe,
- Superviseur.

III-1-5-3- La sécurité des manifestations sportives, récréatives ou culturelles à


but lucratif

La mise en place d’un service d’ordre par les organisateurs de manifestations sportives,
récréatives ou culturelles à but lucratif est réglementée par le décret N° 97-646 du 31
mai 1997.

Le Décret N° 2005-307 du 24 mars 2005, pris pour l’application de l’article 3-2 de la


loi N° 83-629 du 12 juillet 1983, stipule les conditions des agréments des agents des
entreprises de surveillance et de gardiennage et des membres des services d’ordre
affectés à la sécurité d’une manifestation sportive, récréative ou culturelle de plus de
1 500 personnes.

Cet agrément, délivré par le préfet du département où l’organisateur qui emploie ces
personnels à son siège (à Paris il est délivré par le préfet de police), est accordé pour
une durée de trois ans.

La demande d’agrément est présentée par l’organisateur et comprend un dossier avec


les renseignements suivants :

1°- la dénomination de l’organisme ou l’identité de la personne dispensant la


formation ;

2°- le contenu, les conditions d’organisation et la durée de la formation ;

3°- le mode d’évaluation des compétences acquises à l’issue de la formation.

S’il estime que ce dispositif est de nature à garantir le bon accomplissement des
missions mentionnées à l’article 1er, c’est-à-dire :

- procéder aux palpations de sécurité, à l’inspection visuelle et à la fouille des


bagages à main dans les conditions prévues à l’article 3-2 de la loi du 12
juillet 1983 susvisée,

le préfet, et à Paris le préfet de police, approuve, par arrêté publié au recueil des actes
administratifs du département, le contenu et les modalités de la formation décrits dans
le dossier de l’organisateur.

L’article 4 du Décret 97-646 du 31 mai 1997 précise les tâches des personnels de ce
service d’ordre :

62
- procéder à l’inspection du stade, des installations ou de la salle avant que
ne commence la manifestation pour déceler les risques apparents pouvant
affecter la sécurité ;

- constituer, avant la manifestation mais aussi dès l’arrivée du public et


jusqu’à l’évacuation complète de celui-ci, un dispositif de sécurité propre à
séparer le public des acteurs de la manifestation, et à éviter dans les
manifestations sportives la confrontation de groupes antagonistes ;

- être prêts à intervenir pour éviter qu’un différend entre particuliers ne


dégénère en rixe ;

- porter assistance et secours aux personnes en péril ;

- alerter les services de police ou de secours ;

- veiller au maintien de la vacuité des itinéraires et des sorties de secours.

Nous pouvons observer à partir de ce texte, compte tenu des tâches imposées aux
opérationnels, que la sécurité et la sûreté se conjuguent, contrairement aux SSIAP qui
ne tiennent compte que de la sécurité incendie et des risques liés aux personnes de
manière beaucoup plus accidentelle qu’intentionnelle. Sur ce territoire l’Etat impose un
partage plus généraliste en matière de sécurité.

III-1-6- Mouvance des organisations syndicales patronales, image


économique d’un secteur en voie de professionnalisation

La fédération française des organisations de prévention et de sécurité apparaît en 1987


présidée par l’ancien préfet de police Jean Vaujour (fondateur de la loi cadre de 1983). La
FFOPS « des manageurs fonctionnaires » est représentée à l’époque par trois organisations
patronales : le Syndicat National des Entreprises de Prévention et de Sécurité (SNEPS), la
Chambre Syndicale Nationale des Entreprises de Transport de Fonds et de Valeurs
(SYTRAVAL) et le Syndicat National des Entreprises de gardiennage (SNEG).Cette
fédération, qui regroupait à cette époque une centaine de sociétés employant 30 000
personnes, va induire de nouvelles stratégies patronales initiées par « les nouveaux
manageurs des écoles de commerce ». On retrouve aujourd’hui cette politique financière
qui fait passer l’économie devant l’aspect sécuritaire de préservation des personnes et des
biens.

L’année 1989 conduit à la création de l’UNISS (Union Nationale des Industries et Services
de Sécurité). C’est la désignation révélatrice d’un mouvement modernisateur qui dit fédérer
trois branches d’activités : la branche surveillance (objet de la présente étude), la branche
télésécurité et la branche transports de fonds. Le terme de « gardiennage », signe des temps,
disparaît de toutes les terminologies syndicales officielles alors que le législateur continue à
le maintenir dans tous ses textes officiels relatifs au secteur. Ce n’est qu’en 1992 que les
entreprises privées de sécurité vont parvenir à se rassembler au sein d’organisations
patronales clairement identifiables et distinctement identifiées.
Cette organisation comprendra deux niveaux jusqu’à la création de l’Union Fédérale des
Industries et services de la Sécurité (UFISS), fusion de la FFOPS et de l’UNISS (en 1992),
rassemblant au sein d’une structure unique les six syndicats professionnels patronaux
représentatifs des métiers de la sécurité :

63
- le Syndicat National des Entreprises de Sécurité (le SNES),

- le Groupement Professionnel des Métiers de la Sécurité Electronique (GPMSE),

- le Syndicat Professionnel des Entreprises de Sécurité exerçant des Activités de


Sûreté Aérienne et Aéroportuaire (SPESSAA), devenu le syndicat des entreprises
aériennes et aéroportuaires (SESA),

- le Syndicat des Entreprises de Logistique des Valeurs (SYLOVAL),

- L’Union des Acteurs de Formation en Sécurité (UNAFOS),

- Le Syndicat National des Organismes de Formation en Prévention et sécurité


(SNOFOPS).

L’organisation de la profession de la sécurité privée, c’est une fédération et des branches en


rupture depuis 2003 où un autre syndicat l’USP (Union des Entreprises de Sécurité Privée)
se détache du SNES.

La création de l’UFISS (en février 1992) a permis aux différents membres de la fédération
d’améliorer le dialogue social et d’aborder les thèmes tels que la formation, la qualité ou la
déontologie. Aujourd’hui ces mêmes thèmes semblent être abordés différemment par les
deux organisations patronales (le SNES et l’USP).

Sur le plan international, l’UFISS a participé aux travaux de la Confédération européenne


des Entreprises et Services de Sécurité (COESS), qui regroupe l’ensemble des syndicats
patronaux des pays membres de l’Union Européenne.
Même si les normes applicables dans le secteur privé de sécurité sont d’origine nationale et
non communautaire, un dialogue s’est engagé avec la Commission Européenne en ce qui
concerne les critères de qualité qui devraient être recommandés en matière d’appels d’offres
européens.

La structuration aux niveaux des branches va contribuer en proximité, par son action et ses
prises de positions, à assainir et structurer le secteur. Le SNES, syndicat représentant les
entreprises de sécurité humaine, donne ainsi, dans son programme, la priorité à la qualité et à
la déontologie. A cette fin, il va élaborer un guide d’achat pour les acheteurs publics et met
en place des programmes de formation. Il établit également une charte professionnelle de la
sécurité privée dont le contenu demeure encore éloigné d’un véritable guide déontologique
(voir annexes 1 et 2).

III-1-7- L’engagement dans un processus de certification

L’amélioration de l’image, l’assainissement du secteur passent nécessairement par un


processus de certification avec la définition des normes ISO 9002 et AFNOR engagées par
les syndicats patronaux et les grandes entreprises du secteur.

La norme ISO 9002 consacre une démarche qualité au sein de l’entreprise qui n’est pas
propre au secteur privé de sécurité. En l’espèce, elle sanctionne la mise en place des
procédures internes, régulièrement auditées, afin d’assurer la qualité des prestations fournies.

La norme AFNOR « NF Service Prévention Sécurité », homologuée le 20 mai 1998,


constitue le résultat d’une négociation qui, pendant quatre ans, a réuni les organisations

64
patronales, les plus grandes entreprises de sécurité et leurs principaux clients (AP-HP, EDF,
l’OREAL, SNCF, SYNTHELABO, etc.).

En décrivant avec précision les moyens matériels, humains et organisationnels nécessaires à


la mise en œuvre de services standards, la norme AFNOR donne désormais la possibilité aux
clients de choisir leurs prestataires en ayant au préalable une information relative à la qualité
du service auquel ils pourront prétendre. Mais celle-ci est difficile à mettre en œuvre pour
les très petites entreprises, et les services de sécurité organisés par les grosses entreprises ne
sont pas une référence à suivre en terme de management de gestion et d’évaluation des
risques et des compétences (opérationnelles) pour les prévenir.

III-1-8- Résultats des observations directes

Comme nous l’avons signalé précédemment, cette recherche a privilégié l’observation post
participante comme modèle de compréhension de la complexité et de collecte de données.
Nos observations directes nous ont permis de percevoir les attitudes des uns et des autres
pendant tout le processus. Ainsi nous avons pu observer les attitudes des acteurs
institutionnels motivés bien plus par une volonté de contrôle et de régulation (voir
d’efficacité), des activités avec pour finalité « l’ordre public », et des manageurs
entrepreneurs des services de sécurité (internes ou externes) avec pour finalité « le profit ».
Deux logiques différentes qui engendrent des tensions et conduisent à la construction de
typologies identitaires différentes d’autonomie et d’adaptation, induites par la dynamique
prescrite d’un dispositif de professionnalisation proposé par les organisations et les
institutions.
L’interprétation de ces éléments sera faite dans la partie suivante.

III-2 Principes et modalités de la professionnalisation


parla formation (organisation – institution)
Les données issues des entretiens avec les acteurs publics et privés de la profession et de la
formation, ainsi que notre observation participante réalisée, permettent de faire un état des lieux
en matière de professionnalisation et de repérer les risques et les enjeux de cette
professionnalisation.

La loi cadre définit les activités et la moralité des dirigeants et des employés depuis 1983 ; elle
laisse à la charge des entreprises (et services internes de sécurité s’ils existent) la question de la
formation.

Les prestataires sociaux vont créer un CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle) en 1985 et un
BP (Brevet Professionnel) en 1987.
Les titulaires de ces diplômes peuvent exercer dans l’ensemble du secteur de la branche
surveillance humaine ; pourtant on trouve peu de salariés titulaires de ces diplômes dispensés
par une cinquantaine de lycées en formation initiale (pour le CAP).
Les formations « courtes » de type SSIAP (service de sécurité incendie et d’assistance à
personnes) et les formations qualifiantes conventionnelles semblent mieux se négocier sur le
marché. On retrouve ainsi sur le terrain bien plus de salariés titulaires de formations de sécurité
incendie et de secourisme que de véritables acteurs généralistes de la prévention et de la sécurité
privée « acteurs de la société du risque ». Ces formations réglementées pour des domaines
spécifiques sont plus faciles à vendre et à mettre en œuvre par les acteurs chargés de la
65
formation. D’autre part, à travers les compétences opérationnelles, le prestataire externe (ou
interne), producteur de sécurité, prétend ainsi facilement remplir ces obligations de sécurité.
Cette dynamique de la sécurité incendie ne suffit plus à faire face aux risques de la société du
risque. Ces décalages fréquents en matière de professionnalisation, associés souvent au bas prix
de la prestation, conduisent la plupart des entreprises à disparaître.
Pour rétablir la situation, les prestataires sociaux réagissent alors par la professionnalisation.
Mais comment professionnaliser le secteur sans porter atteinte à l’existant (créé par les
organisations), permettre de répondre aux besoins de l’ensemble des clients, et faire face à la
crise de recrutement ? Autrement dit, comment essayer d’améliorer le dispositif en place tout en
continuant de s’orienter vers le maximum de profit et le minimum de conflit (achat de la paix
sociale des entreprises) ? Ou comment adapter le personnel à l’emploi sans le rendre autonome
(c’est à dire critique à l’égard des organisations existantes) ?

III-2-1- Des principaux partenaires en présence

III-2-1-1- Des organisations patronales

Les organisations patronales sont les syndicats des patrons qui présentent à la
négociation des organisations syndicales représentatives de salariés leur dispositif de
professionnalisation dans le cadre de la négociation.

Deux organisations sont actuellement présentes dans le secteur privé de sécurité et


surveillance humaine : l’USP (Union des Entreprises de Sécurité Privée) et le SNES
(Syndicat National des Entreprises de Sécurité Privée). Ces deux organisations
définissent avec les acteurs privés et publics, chargés de la formation et représentés par
leurs organisations syndicales, le SNOFOPS (Syndicat National des Organismes de
Formation en prévention et Sécurité) et l’UNAFOS (Union Nationale des Organismes
de Formation à la Sécurité), la politique de formation servant de base à la
professionnalisation.

Un besoin d’aptitude au secteur sera défini par l’Etat en 2005 et exigible en 2008. ce
besoin d’aptitude correspondant à un minimum de formation sera attesté par une carte
professionnelle rendant l’opérateur apte à l’exercice de ces activités ;il est initié par la
loi de prévention contre la délinquance en mars 2007.

Nous constatons sur le terrain, depuis 2005, une forte augmentation de la vente de
formation de la majorité des organismes de formation rattachés aux deux organisations
syndicales (en interrogeant les nouveaux entrants dans le secteur). Cette aptitude est
dispensée par les organismes de formation agréés par la commission paritaire de la
branche, bien avant même que le CQP soit officialisé par le ministère de l’intérieur
comme valant aptitude pour les salariés.

Il convient de préciser que l’aptitude au sens du décret de 2005 ne veut dire que accès
au secteur et pas forcément compétence par rapport au poste de travail, compétence
d’adéquation au poste qu’il appartient à l’entreprise de vérifier. Il y a donc aujourd’hui
véritablement partage ou coproduction de sécurité puisque l’Etat délivre la carte
d’accès au secteur, car il y a interférences sur l’ordre public, et que c’est à l’entreprise
de former le salarié à son poste de travail (ordre social).

66
Pour l’USP, cette professionnalisation se fait selon trois leviers véritables enjeux de la
professionnalisation40 :

1- l’aptitude préalable, issue de la loi,

2- les métiers repères (véritable acte de volontarisme au niveau de la convention


collective),

3- la revalorisation des salariés pour reconnaître les qualifications et pallier la


crise de recrutement.

Dix-sept métiers sont ainsi repérés par l’USP et les organisations dites (actuellement)
représentatives des salariés : CGT-FO (Prévention sécurité), CFTC, CFE/CGC, et leurs
correspondances conventionnelles en terme de coefficients de salaires. Mais le SNES
(Syndicat National des Entreprises de Sécurité) conteste l’accord auprès du ministère
du travail sous prétexte qu’il s’agirait d’une stratégie syndicale de Sécuritas plus qu’une
véritable négociation paritaire de la branche sectorielle. Cette stratégie syndicale
viserait l’atteinte économique aux petites entreprises membres du SNES.

Le MEDEF et a FNSEA contestent également cet accord.

« Les coefficients correspondant aux métiers repères sont identiques à la grille salariale
interne de l’entreprise Securitas » dira le secrétaire de la fédération des métiers de la
prévention et de la sécurité (branche de salariés), rattachée à l’Union Nationale des
Syndicats Autonomes (UNSA).

Ces métiers repères sont :

- Agent de sécurité qualifié coef. : 120

- Agent de sécurité confirmé coef. : 130

- Agent de sécurité chef de poste coef. : 140

- Agent de sécurité cynophile coef. : 140

- Agent de sécurité mobile coef. : 140

- Agent de sécurité magasin pré-vol coef. : 130

- Agent de sécurité magasin vidéo coef. : 130

- Agent de sécurité magasin arrière caisse coef. : 140

- Agent de sécurité filtrage coef. : 140

- Agent de sécurité opérateur filtrage coef. : 150

- Agent des services de sécurité incendie (réglementée) coef. : 140

40
Patrick ROBART, DRH et affaires juridiques groupe SECURITAS et président de la commission Affaires
Sociales de l’USP (Union des Entreprises de Sécurité Privée), Sécurité privée – janvier 2007 (magazine de l’USP)

67
- Chef d’équipe des services de sécurité incendie (réglementée) coef. : AM 150
(Agent de Maitrise)

- Agent de sécurité opérateur (station centrale)de télésurveillance) SCT1 coef. : 140

- Agent de sécurité opérateur (station centrale de télésurveillance) STC2 coef. : AM 150

- Pompier d’aérodrome (réglementée) coef. : 150

- Pompier d’aérodrome chef de manœuvre (réglementée) coef. : AM 185

- Responsable SSLIA (réglementée) coef. : AM 235

Cet arrêté conventionnel signé à Paris (par les partenaires sociaux déjà cités) le 1er
décembre 2006, et qui serait applicable à l’ensemble du secteur, stipule en son
préambule : « Conscients de la nécessité de prendre en compte les importantes
évolutions :

 de l’accroissement quantitatif et qualitatif des besoins de sécurité

 des techniques et moyens mis en œuvre pour y répondre

 de la spécialisation des emplois

 de la réglementation et/ou de la normalisation encadrant certaines


qualifications ou typologies de sites.

Les organisations signataires des présentes ont estimé indispensable de renforcer la


professionnalisation des métiers de la sécurité en :

 relevant les pré-requis de formation nécessaires à l’exercice des différents


emplois au-delà de la formation initiale et de l’aptitude préalable fixée par la loi,

 reconnaissant et valorisant les compétences acquises,

 favorisant les évolutions professionnelles notamment au sein de filières ou de


métiers ou transversalement par des passerelles.

« C’est pourquoi, par le présent accord, les organisations signataires sont convenues
d’inscrire dans la convention collective les seuils minimum de classification des
emplois repères dont elles ont préalablement défini, d’une part, les missions et les
responsabilités générales (fiches descriptives de métier) et, d’autre part, les formations
qui y sont nécessairement attachées (fiches formation) ».

Il convient de préciser que, mis à part les formations réglementées de type SSSIAP ou
aéroportuaires pour lesquelles les textes prévoient le nombre d’heures de formations,
l’accord ne prévoit aucune durée pour les formations correspondantes aux métiers
repères ; les conditions d’évaluation et les qualifications des formateurs (dispensant les
formations) ne sont pas également prévues. Compte tenu de l’ensemble de ces
éléments, il semble qu’il s’agit bien plus d’une « Adaptation » ou d’une tentative
« d’adaptation » du personnel présent et à venir aux postes d’emploi qu’une véritable
professionnalisation conforme aux exigences de la société du risque.

68
Un opérationnel exerçant une ou plusieurs fonctions limitées à un poste de travail
(arrière caisse par exemple, appelé métier dans l’arrêté négocié) peut-il remplir ses
obligations d’assistance et de secours à personnes ou d’obligation d’éteindre un début
d’incendie (code du travail), sans avoir reçu la formation nécessaire et obligatoire pour
toute personne en charge de la sécurité des personnes et des biens ?

D’autre part, le contenu des formations semble léger pour construire un professionnel
de la sécurité, tout comme les durées de formation réglementaires, 70 heures en sécurité
incendie ou aéroportuaire. Peut-on devenir un agent de sécurité incendie avec
seulement 70 heures de formation ?
Un agent arrière caisse pourra rester à ce même poste de travail sans aucune possibilité
d’évolution de carrière qui dépendra exclusivement de l’entreprise.

Ce contexte, négocié d’un partage entre les forces sociales actuellement en présence,
semble négliger les aspects imposés par la société : c’est un repérage de fonctions, qui
décale les opérateurs de la législation et du réel.
On ne distingue pas dans ces métiers le fil conducteur de la Médiation et de la relation
sociale (sous-entendues) qui structurent les identités professionnelles dans le contexte
social et législatif qui les fait évoluer. L’opérateur semble adapté à une relation
contractuelle, plus qu’aux besoins de la société du risque.

III-2-1-2- Des acteurs chargés de la formation (publics et privés)

Nous pensons qu’il convient de professionnaliser avant tout les acteurs de la formation
« publics et privés » et de concevoir une véritable Didactique professionnelle pour que
les opérateurs et les formateurs donnent du sens à la problématique de la
professionnalisation.

Il faut donner du sens qui ne soit pas le « sens commun », l’intuition... Il faut
convoquer les approches scientifiques et théoriques, c’est la question de l’émergence
des compétences dans les situations de travail.

La Didactique professionnelle se propose d’étudier, de conceptualiser et d’agir sur les


phénomènes liés au développement et à la transmission des compétences
professionnelles dans les situations de formation et de travail. Elle étudie la
construction et le développement des compétences professionnelles à partir de l’analyse
du travail et s’intéresse donc aux situations de travail pour faire émerger des
apprentissages.

La didactique professionnelle a d’abord pour but d’analyser et de comprendre comment


les individus construisent et développent des compétences professionnelles, dans et par
l’expérience, et, en premier lieu, l’expérience du travail.
Analyser les compétences et les processus de leurs constructions revient à analyser
l’action et « l’intervention » (de l’agent de sécurité), et les conditions dans lesquelles
l’action est amenée à se réaliser.

Trois particularités de la didactique professionnelle :

1- La place qu’occupe « la notion de situation » dans la démarche didactique


professionnelle :

69
En formation professionnelle ce ne sont pas les savoirs scientifiques et
techniques qui sont premiers, mais les situations. Celles-ci sont complexes,
globales, diverses et marquées par la variabilité. Il s’agit donc de partir des
situations et de l’activité déployée par les professionnels dans ces situations
pour caractériser la manière dont leur action est organisée et la nature des
connaissances utilisées dans l’action efficace. Ce qui est pratiquement
impossible à réaliser aujourd’hui par les centres de formation publics ou
privés, les formateurs ne connaissant les métiers de la sécurité privée et de la
surveillance humaine que de manière intuitive. Peu d’entre eux sont en effet
formés aux métiers de la sécurité privée d’une part, et aux métiers de la
formation d’autre part. C’est donc, en effet, l’analyse des situations qui devient
première. Mais les situations sont liées à la finalité de la démarche, puisque
c’est la maîtrise des situations qui est visée par une formation professionnelle.
Enfin les situations sont aussi un moyen de formation : situation de travail ou
situations simulées, aménagées, transposées.

2 L’importance accordée à l’analyse du travail :

Analyse des situations d’actions et analyse des activités : c’est pourquoi la


didactique professionnelle emprunte à l’ergonomie et à la psychologie du
travail une série de concepts et de méthodes propres à analyser le travail en
situation. Ce n’est pas pour autant qu’un psychologue du travail sera capable
de concevoir une action de formation relative à la médiation appliquée à des
situations de travail. Un responsable d’un centre de formation nous disait
pourtant qu’il avait un psychologue du travail vacataire parmi ses formateurs.

3 L’action ne se réduit pas à sa part d’exécution quelles que soient les


situations :
Quelles que soient les tâches à accomplir, l’action comporte une dimension
conceptuelle. Autrement dit, l’action efficace est organisée au niveau
conceptuel. C’est ainsi que l’on peut caractériser ce que l’on appelle
l’intelligence de l’action. L’analyse du travail consiste donc, d’une part, à
caractériser le type et le niveau de conceptualisation propres à un ensemble de
situations et, d’autre part, à repérer et à organiser les conditions propices à la
mise en œuvre des processus de conceptualisation.
« Les métiers de la formation aux différentes activités de la sécurité se
structurent en France avec la prochaine mise en place d’une certification.
L’adhésion à notre syndicat passera obligatoirement par une démarche de
certification et les adhérents actuels auront une période de 18 mois pour se
mettre en conformité41 ».

Les candidats à la certification de la norme QUALICERT doivent s’engager à respecter


17 critères de spécification ayant attrait au mode d’évaluation des formations, aux outils
pédagogiques utilisés et aux qualifications requises (précise Philipe Maquin).

Malheureusement, on observe sur le terrain que peu de formateurs ont des formations
de type universitaire (en sécurité ou en formation).
Nous observons également que l’aptitude des opérateurs et des dirigeants va être
progressivement contrôlée par l’Etat, alors pourquoi n’est ce pas le cas pour l’aptitude
des formateurs et responsables pédagogiques ?

41
Philippe MAQUIN, Président de l’UNAFOS, lettre économique – En Toute Sécurité – 15 mars 2005.

70
III-2-1-3- L’Etat, régulateur des activités de sécurité privée

La loi 2003-239 du 18 mars 2003 modifie la loi fondatrice du secteur (83-629 du 12


juillet 1983) et instaure entre mesures une obligation d’aptitude professionnelle
préalable à l’exercice d’un métier rentrant dans le champ de l’application de la loi cadre
pour les agents et dirigeants d’entreprises (de sécurité privée) ou de services internes de
sécurité.
Cette obligation d’aptitude préalable, imposée par l’Etat à travers le décret n°2005-
1122 du 6 septembre 2005, va générer d’importants besoins de formation (voir annexe
n°1).

Le 4 mai 2006, la branche surveillance humaine répond aux exigences réglementaires 42


par la création d’un CQP (Certificat de qualification professionnelle) de la branche
Prévention Sécurité, avec obligation d’agrément par la CNNEFP (Commission paritaire
de branche) pour les centres de formation désireux de réaliser les formations CQP
d’agent de prévention et de sécurité.

Le dossier d’agrément semble s’adresser aux centres de formation existant en sécurité,


puisque l’un des critères est l’exigence d’exercice de plus de trois années comme centre
de formation en sécurité et de posséder également l’agrément préfectoral centre de
formation SSIAP.

Presque immédiatement (après le 4 mai 2006), les formations de type CQP fleurissent
un peu partout en France, sans que le CQP soit officialisé par arrêté du ministère de
l’intérieur comme prévu par le législateur.

Le décret n°2005-1122 du 06 septembre 2005 définit le programme de formation valant


d’aptitude et reconnaît les certifications professionnelles au RNCP (Répertoire National
de la Certification Professionnelle) se rapportant à l’activité exercée. Un titre reconnu
par un Etat membre de l’Union Européenne ou par un des Etats partis à l’accord sur
l’Espace Economique, se rapportant à l’activité exercée, vaut également Aptitude.
Compte tenu de ces dispositions, nous nous voyons obligé de nous poser la question
suivante : pourquoi le CQP d’agent de prévention et de sécurité défini par la branche ne
figurerait-il pas au Répertoire national de la Certification Professionnelle ?
Notre expérience de la profession nous permet de répondre à cette question en nous
posant une nouvelle question : comment peut-on faire un agent de prévention et de
sécurité avec les 70 heures de formation imposées par la branche au CQP ? Nous
n’avons pas de réponse, pourtant certains termes de son programme nous surprennent
dans le sens de la conception pédagogique « information sur le code pénal ». On se
demande, en effet, comment on peut professionnaliser un acteur opérationnel et lui
transmettre des informations. Pourtant, en l’absence de validation juridique
ministérielle, nous avons vu arriver sur le terrain de nombreux CQP d’agent de
prévention et de sécurité (quelle est la validité juridique de ces formations sans la
validation du Ministère de l’intérieur ?).

Ce n’est qu’à travers le décret n°2007-1181 du 03 août 2007 que l’Etat reconnaît le
CQP et modifie certains termes du décret n°2005-1122 du 06 septembre 2005 en y
ajoutant notamment un cahier des charges en vue de délivrer l’agrément du CQP pour
une durée maximale de cinq ans (et valant également pour l’aptitude des dirigeants).
Cette aptitude professionnelle est exigible « Au 1er janvier 2008 » pour les nouveaux
entrants.

42
Journal d’information UNAFOS (Union Nationale des acteurs de formation en sécurité), N°1 décembre 2006

71
Les dirigeants et les salariés en activité ont jusqu’au « 09 septembre 2008 inclus » pour
justifier de cette aptitude. Les autres, « soit de manière continue entre le 10 septembre
2004 et le 9 septembre 2005 inclus », « soit pendant 1607 heures durant une période de
dix huit mois comprise entre le 10 septembre 2004 et le 09 septembre 2008 inclus »,
mais également « les fonctionnaires de la police nationale ayant la qualité d’officier de
police judiciaire, d’agent de police judiciaire ou d’agent de police judiciaire adjoint, en
application des 1° et 1° bis de l’article 21 du code de procédure pénale, ainsi que les
adjoints de sécurité qui ont la qualité d’agent de police judiciaire adjoint en application
du 1er ter de cet article, justifient en cette qualité de l’aptitude professionnelle à être
salarié ».
L’Etat distingue ainsi plusieurs populations aptes à exercer dans le secteur privé de
sécurité.

Un autre décret du ministère de l’intérieur du 03 août 2007 définit quant à lui le cahier
des charges relatif à l’agrément prévu à l’article 1er du décret n°2005-1122 du 06
septembre 2005 modifié (voir annexe n°2).

Le décret du ministère de la défense du 19 juillet 2007 prévoit, quant à lui, l’aptitude au


secteur pour le personnel cynotechnique de la défense nationale.
Compte tenu de leur domaine d’activité « d’intervention » de ces entreprises, l’Etat,
garant de la sécurité citoyenne, cherche à professionnaliser le secteur en le moralisant,
en créant des conditions minimales d’aptitude professionnelle et en simplifiant la
procédure d’observation préfectorale préalable à toute embauche par un dispositif
conditionnel d’embauche, à la détention d’une carte professionnelle nationale et
pluriannuelle, délivrée au vue des conditions de moralité et d’aptitude, et élaborée avec
les partenaires sociaux du secteur.

III-2-1-3-1- La recherche d’une certaine efficacité dans la complémentarité

Les besoins privés de sécurité et de surveillance humaine relèvent de l’intérêt


général de la société. L’Etat a identifié cet intérêt général comme
complémentaire de ses forces publiques de sécurité. Ces besoins liés aux
changements de la société post-industrielle (progrès, équipements, voir attitudes
culturelles) ne vont cesser d’évoluer au fil du temps.

Aujourd’hui l’Etat a tranché et reconnaît l’initiative des acteurs privés de sécurité


et de surveillance humaine comme satisfaisante en la réglementant plus
sérieusement. C’est ainsi que l’exercice de la profession est soumise à la
possession d’un titre ou d’un diplôme, à certaines restrictions de temps et de lieu,
ainsi qu’à un contrôle des nuisances. C’est également le cas pour d’autres
professions soumises à la possession d’un diplôme (médecin, architecte). La
puissance publique intervient ainsi par l’intermédiaire de sa police administrative
pour fixer les règles d’intervention et de prévention du personnel privé de
sécurité.

L’époque où l’activité première était la présence dissuasive est maintenant


révolue. La formation sur le tas n’est donc plus possible dans la société post-
industrielle, où la complexité des missions des acteurs aux différents niveaux
hiérarchiques nécessite une approche différente.

72
L’Etat, les clients, le public ou les sociétés d’assurance, sont en droit de réclamer
une prévention efficace, c’est-à-dire en adéquation avec les territoires d’action où
la « Médiation » (la communication et le dialogue) devient le point d’ancrage qui
transforme l’agent régulateur de l’ordre privé technique en agent régulateur de
l’ordre social.
La refonte des contenus de formation devient donc obligatoire, et le ministère de
l’intérieur en a pris conscience, si on en juge à travers les textes, en imposant un
minimum d’aptitudes aux cadres et aux salariés.
La formation demeure, en effet, la condition essentielle de la performance et de la
compétitivité d’un secteur orienté vers le profit économique.
Les référentiels de certifications de l’éducation nationale qui se veulent (sans
aucun doute) ambitieux pour leur technicité et leur approche pédagogique du
savoir, du savoir-être et du savoir-faire, laissent apparaître des lacunes.
C’est ainsi que toute l’ingénierie pédagogique et de formation de l’entrée en
formation à l’évaluation est remise en cause.
La résolution sur le terrain des conflits liés aux rappels à la loi, aux consignes de
sécurité et de sûreté, aux règlements intérieurs des sites placés sous la
surveillance privée, sont des compétences de plus en plus nécessaires.
Les acteurs chargés de la formation et de l’emploi ne semblent pas disposer des
ressources nécessaires à ces transformations.
Les fonctions d’intervention (sur le plan social) dans les espaces publics sont de
plus en plus présentes dans les activités privées de sécurité pour lesquelles les
opérateurs ne sont pas formés.
Démunis et impuissants, face à la résolution de ces problèmes, et obligés malgré
tout d’intervenir, ils accentuent alors les risques bien plus qu’ils ne les
préviennent.
Ce sentiment d’impuissance, accentué souvent par un mauvais traitement
hiérarchique, et également dû au manque de formation de l’encadrement, entraîne
l’affaiblissement et la perte de significations de leur corps de métier.
« La valeur du travail n’a plus véritablement de raison d’être et peut alors se
limiter aux avantages matériels et à la nécessité de gagner sa vie »43
L’agent de prévention et de sécurité est chargé d’assurer la sécurité des personnes
et des biens placés sous sa surveillance (loi du 12/07/1983) et, à ce titre, il doit
assistance et secours aux personnes sans porter atteinte à sa vie.
Si l’on se base sur le nombre des interventions constatées sur le terrain, la
« Médiation » et le droit appliqué aux situations deviennent aujourd’hui les
activités principales de ces opérateurs et des cadres qui assurent le suivi sur le
terrain et doivent répondre aux exigences de la clientèle. Ces nouvelles exigences
obligent l’ensemble des acteurs à repenser la formation.
L’autre axe à suivre en terme de formation, et dont l’université de Paris va
prendre conscience, c’est le « droit à la sécurité » posé par le législateur en
199544 comme un droit fondamental, et dont il a fait une condition de l’exercice
des libertés. C’est dans l’exercice des libertés que se situent les activités privées

43
Christophe DUPORTAL, La formation des sapeurs-pompiers – connaissances et savoirs – Paris 2004, 235 P.
44
Jean DANET, Justice pénale le tournant – Folio Le Monde Actuel, Gallimard, 2006, P 393.

73
de sécurité. La licence professionnelle « Sécurité des biens et des personnes » de
l’université de Paris V tient compte de ce droit appliqué à la sécurité.
« La liberté est la règle, et l’intervention de l’agent privé de sécurité
l’exception ».
Le droit appliqué aux fonctions de l’agent de prévention et de sécurité et la
médiation induisent les compétences nécessaires à l’exercice des métiers de la
prévention et de la sécurité privée, quelles que soient les territoires d’action. Les
compétences induisent elles-mêmes l’autonomie nécessaire à l’exécution de
l’action et de la prévention.
Alors, quelles que soient les situations rencontrées par les acteurs (cadres et
salariés) sur le terrain, il faut axer la formation sur l’autonomie de l’acteur
nécessaire à l’exécution de ces fonctions, et non sur l’adoption divisée et partagée
des emplois d’une politique axée uniquement vers le profit d’une relation
économique contractuelle qui apparaît dans tous les discours des acteurs privés
de la sécurité et de la formation.
L’Etat, régulateur de l’ordre public, va aussi faire émerger, à travers son pouvoir
juridique, un nouveau statut de l’agent de prévention et de sécurité. Ce statut, par
délégation des fonctions régaliennes plus proche de la société du risque, assoit
une complémentarité, produit de la négociation collective, et impose un
minimum d’aptitude. Cette aptitude génère alors un besoin de formation pour
répondre à la demande massive du marché que les acteurs marchands,
producteurs de formations et de surveillance, vont chercher à mettre à profit.
Cette nouvelle demande engendre de nouveaux risques liés, cette fois-ci, à la
professionnalisation.
III-2-1-3-2- Schéma récapitulatif de l’aptitude professionnelle

Date d’embauche effective des salariés


-
Avant le 1er janvier 2008 A partir du 1er janvier 2008

Cas n°1 Cas n°2 Cas n°3


Expérience > 1 année continue + Expérience mini 1607 heures sur 18 mois Aucune expérience ou
présence effective au 09/09/05 comprise entre le 10/09/2004 et le n’entrant pas cas 1 ou 2
09/09/2008

Formation
Formation
Validation de obligatoire à
obligatoire avant
l’aptitude l’embauche :
le 09 sep 2008 :
professionnelle Titre enregistré
Titre enregistré
par attestation au RNCP ou
au RNCP ou
d’employeur CQP de branche
CQP de branche

74
II-2-1-3-3- Formation, autonomie et mécanismes à l’œuvre (du point
d’ancrage identitaire au système personne)

Nous insistons ici sur les mécanismes de compréhension qui devraient servir
pour préconiser la construction de dispositifs pédagogiques professionnalisants.
C’est, en effet, à partir de la structure de ces dispositifs que l’acteur pourra
donner sens à sa formation et à ses situations professionnelles. Nous cherchons
ainsi à rendre un individu autonome pour l’aider à se positionner dans la société
individualiste, à choisir des parcours et à réagir à ses diverses problématiques de
travail. C’est pourquoi la formation professionnelle agit sur l’individu à deux
niveaux pour lui permettre de donner du sens.

FORMATION PROFESSIONNELLE

Rapport au savoir Rapport à l’environnement

Le système de formation professionnelle agit pour un individu sur deux plans :


- celui de son rapport au savoir,
- celui de son rapport à l’environnement.

En conséquence, le dispositif pédagogique qui doit être mis en place doit se


structure autour d’un double objectif :

1- acquérir les compétences définis en termes de savoirs dans la


description modulaire de formation (savoirs induits par les situations de
faire),
2- développer l’autonomie des stagiaires par une pédagogie spécifique
basée sur la construction d’un rapport à l’environnement qui soit un
rapport de projection.

Les stagiaires vont s’adapter, en modifiant leurs comportements généraux, pour


tendre vers un but extérieur et se projeter vers leurs situations de faire.

Cette pédagogie, qui vise l’autonomie des stagiaires, va s’exercer en modifiant


leur système de représentation initial, si les stagiaires font le lien entre réalité des
situations et sens donné à ces mêmes situations par la relation pédagogique.

De notre point de vue, l’autonomie est la capacité à donner un sens à ses actes à
partir de ses propres conceptions, « c’est une pédagogie du projet » ; c’est le
triangle pédagogique qui nous permet de comprendre la pédagogie dispensée.

75
En effet, dans son modèle de compréhension pédagogique, Jean Houssaye définit
tout acte pédagogique comme l’espace entre trois sommets d’un triangle :
l’enseignant, l’étudiant, le savoir.
Derrière le savoir se cache le contenu de la formation, la matière, le programme à
enseigner. L’enseignant est celui qui a quelques enjambées d’avance sur celui qui
apprend et qui transmet ou fait apprendre le savoir. Quant à l’étudiant, il acquiert
le savoir grâce à une situation pédagogique, mais ce savoir peut être aussi du
savoir-faire, du savoir être, du savoir agir, du faire savoir. Les côtés du triangle
sont les relations nécessaires à cet acte pédagogique. La relation didactique est le
rapport qu’entretient l’enseignant avec le savoir.
Le Triangle pédagogique de Jean HOUSSAYE45

Savoir

Enseigner Apprendre

Enseignant Etudiant
Former
Jean Houssaye fait remarquer qu’en règle générale, toute situation pédagogique
privilégie la relation de deux éléments sur trois du triangle pédagogique. Alors le
troisième fait le fou ou le mort.

« Enseigner », « Apprendre », « Former », « Eduquer » ne sont pas que des mots


différents signifiant des facettes d’une même réalité. Au contraire, ils traduisent
autant de postures pédagogiques possibles, selon que l’on privilégie un sommet
ou une relation entre deux sommets.
Nous privilégions la posture Former, et parmi les méthodes c’est la méthode
expérientielle pour apprendre en faisant.
Mais, dans ce ménage à trois de la relation pédagogique qui privilégie le
processus former, c’est le contenu du savoir à transmettre qui fait le mort.

Pour faire fructifier la relation pédagogique au maximum (travail


d’accompagnement de médiation), nous tenons compte de l’apport de Vygotski à
l’étude du développement (socio-constructivisme).
Avec la zone proximale de développement (ZPD) de Vygotski, nous touchons à
l’essentiel de la médiation pédagogique et à l’origine social du développement
mental.

45
Le Triangle pédagogique (théorie et pratique de l’éducation scolaire – Vol. 1 – Berne : Peter LANG 1988).

76
Repères théoriques : la ZPD « c’est la distance entre le niveau de développement
actuel tel que qu’on peut le déterminer à travers la façon dont l’enfant résout des
problèmes seul et le niveau de développement potentiel tel qu’on peut le
déterminer à travers la façon dont l’enfant résout des problèmes seul lorsqu’il
est assisté par l’adule ou collabore avec d’autres enfants plus avancés ».
Autrement dit, le développement actuel marque ce qu’un individu maitrise déjà
seul, le type et le niveau de fonctionnement cognitif qu’il est capable de mettre en
œuvre de façon autonome pour résoudre un problème. La zone proximale
marque ce qui peut constituer la prochaine étape de son développement actuel
pour peu qu’une interaction sociale (avec un adulte ou des pairs) soit limitée en
formation, mais aussi en intervention (action) dans le travail.
Cette distinction entre développement actuel et zone proximale permet à
Vygotski de préciser le sens du développement du social (médiation) vers
l’individu (développement actuel). Le médiateur (le travail et/ou la formation)
doit, en effet, situer son intervention dans la zone proximale de développement
pour permettre à l’apprenant de dépasser ses compétences actuelles grâce à une
activité conjointe avec le médiateur ou avec d’autres apprenants. Le médiateur
doit également permettre l’intériorisation des procédures acquises dans
l’interaction sociale pour que l’apprenant puisse les mettre en œuvre de façon
autonome. L’apprenant va alors intégrer une nouvelle forme de penser et d’agir à
partir de l’autonomie, moteur de la réflexivité. Le sujet va se décentrer en prenant
conscience de ses actes : « prévenir avant d’intervenir », et réduire ainsi l’écart
entre le prescrit et le réel.
Dans cette réduction répétée de l’écart entre le prescrit et le réel, se situe le
« point d’ancrage identitaire ». C’est la prise de conscience des actions par les
situations réelles de travail, qui structure l’identité professionnelle de l’agent de
prévention, de sécurité et de sûreté privée.
L’intervention pédagogique doit se situer dans la zone proximale de
développement des apprenants (fonctionnement interpsychique), point crucial
avec des publics dits « en difficulté », « en souffrance », et c’est à partir de cette
compréhension contextuelle que doit être induite l’ingénierie pédagogique
(éducabilité cognitive).
A partir de là, il y a place pour la créativité et l’intelligence pratique va se mettre
en action en faisant émerger la ruse et les ficelles du métier. L’agent de métier va
naître et le biais du gars avec lui (Demoyel) ; le symptôme disparaît car il devient
conscient (Freud), et c’est la structuration de l’identité professionnelle.
L’individu va maintenant construire son propre sens et s’auto-organiser.
C’est la deuxième Cybernétique.

77
L’information délivrée se transforme alors en savoir officiel.
Comment je mets du sens ?
Ce sens va permettre à l’individu, à travers des contenus de formations adaptés,
de se reconnaître et reconnaître les situations qui l’aideront à structurer son
identité professionnelle.

II-2-1-3-4- Vers la structuration de l’identité professionnelle de l’agent de


prévention, de sécurité et de sûreté privée46

REGLEMENTATION (médiation)

Sécurité Sûreté
(médiation) (médiation)
L’APSSP

Prévention Privée Intervention


(médiation) (médiation) (médiation)

La prévention et l’intervention sont les capacités principales des acteurs quels


que soient leurs contextes (ou territoires d’action). Le terme privé indique le
caractère du cadre global. L’importance donnée à l’interaction de ces éléments à
travers la didactique professionnelle va servir à structurer l’identité
professionnelle des apprenants. Ces éléments constitutifs du contexte
professionnel global dans lequel évolue l’acteur vont lui permettre de structurer
son identité. La réglementation est le cadre général spécifique de ces situations
professionnelles.
La sécurité et la sûreté sont, comme on l’a dit précédemment, des contextes
professionnels de partage avec les forces régaliennes (ou territoires d’action) :
- Sécurité : pour tout ce qui touche à l’accidentel,
- Sûreté : pour tout ce qui touche à l’intentionnel.
La médiation (ou techniques de communication) est transversale à l’ensemble de
ces éléments.
A partir de ce modèle que nous avons mis en évidence, dans le cadre de notre
mémoire de Master « Ingénierie et conseil en formation », il existe probablement
des typologies identitaires professionnelles structurées et construites par les

46
Antonio ARROYO – Master ingénierie et conseil en formation, « La structuration de ‘identité professionnelle de
l’agent de prévention, de sécurité et de sûreté privée à travers la professionnalisation par la formation », université
de Rouen, 2006, sous la direction de Jean Houssaye.

78
forces actuelles en présence : Etat, partenaires sociaux, compagnies d’assurance
et donneurs d’ordre.
C’est l’ensemble des typologies identitaires construites dans le partage d’une
relation régulatrice où le principe de « Précaution » de l’état de droit est le
moteur de la dynamique de professionnalisation pour construire la didactique
professionnelle correspondante et faire ainsi évoluer la société de la
connaissance.
Nous devons tenir compte de cette dynamique proche de la société du risque pour
concevoir les didactiques professionnelles, et faire ainsi évoluer la société de la
communication.

79
CONCLUSION

Le secteur marchand de la prévention, de la sécurité et de la surveillance humaine est un secteur


complexe qui fait de plus en plus appel à des compétences nouvelles.

C’est un secteur sensible soumis à une réglementation spécifique, qui limite ses domaines
d’actions. Sa fonction préventive le place en amont des actions des services de police, de
gendarmerie (police municipale) et des services d’incendie et de secours.
Cette position préventive et complémentaire, imposée par le législateur (et pas toujours visible
sur le terrain), le place face aux risques (techniques, naturels et sociaux) de plus en plus étendus
et nouveaux.

L’analyse des divers textes législatifs nous démontre la position délicate des opérateurs face aux
exigences et au partage d’un espace sécuritaire de plus en plus vaste déléguée par un état qui,
malgré l’élévation au rang de partenaire, ne lui reconnaît aucune prérogative officielle mais
cherche pourtant à la professionnaliser.

Ce contexte, associé à de nouvelles formes de management induites par les quatre grands
groupes Européen (Securitas, groupe 4S Securicar, Prosegur et Securifrance) qui dominent
actuellement le marché, et aux exigences des donneurs d’ordre et compagnies d’assurance,
institutionnalise cette professionnalisation.

La question de départ de cette réflexion, à savoir quelle était la forme de professionnalisation


engagée, a conduit à l’hypothèse selon laquelle cette professionnalisation est une dynamique de
professionnalisation engagée par l’Etat et les organisations. C’est une professionnalisation que
nous appelons « professionnalisation prescrite ».

Cette dynamique de professionnalisation, prescrite par le projet institutionnel et collectif, est une
professionnalité collective qui répond à des stratégies des acteurs économiques et de l’état de
droit institutionnel.

C’est dans une logique de répartition des risques, liés à la modernité et à la stratégie des grands
groupes européens de sécurité et de surveillance humaine, qu’évolue l’acteur privé de sécurité.
Ce contexte d’évolution individualiste est le produit de la modernité et du secteur marchand qui
répond davantage au sentiment d’insécurité (marché de la peur) qu’à la société réelle (du
risque).
Cette dynamique économique sécuritaire, initiée par les manageurs des écoles de commerce
depuis les années quatre vingt, est recentrée vers la société du risque par l’Etat régulateur de
l’ordre public à partir de l’année 2005.
En effet l’Etat, garant de la sécurité citoyenne, va imposer, par la loi au secteur privé de sécurité,
un minimum de compétences aux salariés et aux dirigeants. Ce minimum de compétences va se
traduire par les exigences d’un certificat de qualification professionnelle, un titre ou un diplôme,
inscris au répertoire national de la certification professionnelle en lien avec l’activité exercée.
Ce réajustement institutionnel tien compte de l’organisation du secteur en branches (surveillance
humaine, logistique de valeur, télésurveillance), découpées en territoires d’actions partagés avec
les forces régaliennes (aéroportuaire).
Ces aptitudes, qui ouvrent une certaine voie de professionnalisation, complexifie le secteur et
divise les acteurs opérationnels qui se voient contraints à la spécialisation. Mais comment faire
autrement, compte tenu de l’existant ?
On assiste alors à une nouvelle forme de professionnalisation voulue par les organisations et qui
accentue la dynamique économique en la décentrant légèrement vers la société du risque.

80
De nouveaux langages émergent alors et on assiste à la création massive de CQP (Certificats de
qualifications professionnelles) de branches, et à des tentatives d’inscription de titres au registre
national de la certification professionnelle, sans même la parution du cahier des charges
ministériel relatif aux agréments des centres de formation.
Les soixante-dix heures de formation d’un CQP de branche sont la voie la plus rapide d’accès à
la profession mais sont insuffisantes pour faire un agent de prévention et de sécurité.
Les diplômes de l’Education Nationale (CAP et BP), les titres AFPA ou les titres inscrits au
répertoire, censés transmettre polyvalence et autonomie, répondent prescriptivement aux besoins
réels de la société du risque en matière de prévention et de sécurité privée. Mais en l’absence
d’une véritable didactique professionnelle, construite à partir du faire, les dispositifs de
formation répondent mal aux exigences opérationnelles de la société du risque.

Il nous semble avoir relativement bien montré, en nous fondant sur les faits, les compétences,
les sentiments des personnes concernées, que si le secteur se professionnalise dans la
complémentarité des forces régaliennes, cette professionnalisation ne correspond pas aux
exigences de la société du risque qui induit autonomie, médiation et projet personnel de l’acteur.

Notre observation participante nous a permis d’approcher la complexité des interactions entre
les différents acteurs sur le terrain, afin de mieux appréhender les comportements développés.
En effet les moyens, les savoirs-faire, les méthodes et les outils utilisés couramment par les
acteurs dans leurs actes quotidiens sont représentatifs des capacités et des compétences
développées par leurs pratiques professionnelles et leurs relations sociales, et sont donc des
éléments structurants de l’identité professionnelle et sociale. C’est pourquoi nous avons cherché
à les identifier. Nous avons également cherché à identifier les stratégies de pouvoir qui viennent
les contrarier entre l’Etat et le Marché.

Cette professionnalisation d’institutionnalisation assignée semble entraîner le passage de


l’obligation de moyens à l’obligation de résultat. Il s’agit plus d’une professionnalisation de
l’adaptation à l’emploi, pour adapter les ressources de personnels en présence et celles à venir
afin de répondre aux recrutements massifs (90 000 personnes) d’ici 2015.
Ce besoin massif en recrutement accentue l’offre prescrite de sécurité et de formation qui
complète le décalage des opérateurs, lesquels ont du mal à se reconnaître entre prescrit et réel,
prévention et intervention.

Pourtant cette forme nouvelle de professionnalisation génère inconsciemment un besoin de


création d’une véritable didactique professionnelle, à entendre les acteurs de la formation qui
n’hésitent plus à faire appel à des professionnels ou des psychologues du travail pour répondre à
leurs demandes de formation.

En résumé, les opérateurs sur le terrain sont particulièrement septiques quant à la


professionnalisation n’ayant pas reçu la formation adéquate à leurs exigences de terrain. Les
acteurs publics de sécurité confirment pourtant la complémentarité et l’amélioration du secteur
même si des lacunes existent. Mais cette complémentarité n’est pas réversible aux yeux des
acteurs privés, même s’ils sont amenés à rencontrer souvent les forces de sécurité publiques. La
police municipale est carrément invisible de ces acteurs, alors qu’ils exercent également des
fonctions de proximité.

Nous pensons que les résultats obtenus correspondent, pour ainsi dire, aux termes de l’hypothèse
émise au départ de l’étude. Il s’agit en effet d’une professionnalisation d’ajustement relative et
contractualisée par l’état de droit et des forces économiques en présence.

81
Au terme de notre travail, nous reconnaissons à cette étude des limites. La principale est liée à la
collecte des données. Il aurait été intéressant de recueillir et d’analyser les discours informels
des responsables des organisations syndicales patronales représentatives sur la position étatique
de professionnalisation.

Par ailleurs, l’étude n’a pas pris en compte les impressions des acteurs de sécurité privée
travaillant pour la défense nationale ou les ports, ni des concepteurs des référentiels de
certification.

En dépit de ces insuffisances, l’étude présente quelques intérêts :

 c’estla première fois qu’un travail porte spécifiquement sur la professionnalisation


du secteur privé de sécurité et de surveillance humaine,

 l’étude fait des propositions pour l’amélioration de cette professionnalisation.

Nous osons espérer que ce mémoire contribuera à l’avancement des recherches sur les pratiques
de professionnalisation de ce secteur en pleine mutation et son rapport à la formation, pour peu
qu’il trouve écho du côté des acteurs qui contribuent à la professionnalisation (professionnels et
formateurs).

Nous osons, en outre, croire quelle suscitera l’émergence de travaux similaires sur la question
ou, de façon plus large, sur les constructions des identités professionnelles qui découlent de la
forme de professionnalisation engagée, des situations de travail et leurs rapports à la formation,
que personnellement nous comptons étudier dans le cadre de la thèse.

82
ANNEXES

83
Bibliographie commentée

84
ASTOLFI J. P. : « Education et formation : nouvelles questions, nouveaux métiers », Paris
ESF, 2003

Cet ouvrage est un ensemble de contribution coordonné par Astolfi et dont le fil rouge est
l’évolution actuelle des mots de l’apprendre, l’impact des nouvelles technologies dans
l’évolution des métiers de l’éducation, les nouveaux statuts et la nouvelle situation identitaire
des personnels de l’éducation y sont examinés par les auteurs et la nouvelle situation identitaire
des personnels de l’éducation.

BADJOIT G. : « Le changement social. Approche sociologique des sociétés occidentales


contemporaines », A. Colin, collection cursus, 2003.

En quelques décennies, les sociétés occidentales ont connu des mutations si diverses et
considérables qu’il y a tut lieu de se demander s’il ne faudrait pas les définir, en toute priorité,
comme des sociétés de changement. Rien d’étonnant en tout cas à ce que la notion même de
changement social, au-delà de l’approche détaillée des diverses mutations opérées, se soit
imposée comme un objet majeur d’analyse et d’interrogation, t à ce que sa prise en compte soit
aujourd’hui de rencontre obligée dans tout apprentissage des sciences sociales un tant soit peu
axé sur le concret. D’où tout l’intérêt de la présente synthèse qui ré-interroge les principaux
concepts de la sociologie pour dégager la voie d’une approche théorique et pratique
extrêmement efficace et ouverte du changement social.
L’acteur procède, avec une constante clarté d’exposition, à une véritable remise en perspective
de la manière sociologique, qui fait de cet ouvrage, de manière indissociable, à la fois un manuel
d’introduction à la sociologie telle qu’elle a désormais à se pratiquer et à s’enseigner, et un outil
de compréhension du contemporain dans sa nature si décidément évolutive. Outil privilégié de
formation et d’ouverture au social pour les étudiants en sociologie et plus généralement en
sciences de l’homme et de la société en général en SHS, ce livre s’adresse aussi aux acteurs
sociaux, aux responsables associatifs et à tous ceux qui veulent garder prise sur l’évolution de la
société.

BECK U. : « La société du risque sur la voie d’une autre modernité », Flammarion – Champs,
2003, 522 P.

La principale œuvre du sociologue Ulrich Beck n’est pas un livre sur le risque mais un livre sur
la transformation de la société actuelle en une société post-industrielle où les rapports sociaux,
l’organisation politique, la structure familiale, etc. …seraient profondément modifiés.
Selon Ulrich Beck, nous passons d’une société industrielle, où le problème central était la
répartition des richesses, à une société centrée sur la répartition des risques. Autrement dit, le
risque n’est plus une menace extérieure mais bien un élément constitutif de la société.
Les risques apportés par la civilisation ont pour caractéristique qu’ils se déroulent à la
perception tant physique que géographique et temporelle. Le risque est d’une nature nouvelle et
entraîne une redéfinition de la dynamique sociale et politique en devenant un critère supérieur à
la notion de répartition des richesses qui structurait jusque là notre société capitaliste.
S’inscrivant dans la tradition allemande de la sociologie de Max Weber, Ulrich Beck cherche à
faire une sociologie générale : chômage, vie familiale, inégalités sociales, politiques.
Pour l’auteur, le mot risque est connoté d’une acceptation bien plus large que l’idée d’un risque
technologique majeur, mais il met alors sur le même plan ce qui peut être critiquable : risques
industriels (modernité réflexive), incertitudes scientifiques (risques scientifiques) et insécurité
sociale (individualisme).

85
Aujourd’hui ce n’est pas l’ampleur du risque qui change mais sa « scientification » qui ne
permet plus de se décharger de ses responsabilités en accusant la nature. On sait que le risque est
généré par la société industrielle elle-même et généralisé au delà de l’organisation traditionnelle
de la société en classes, production et reproduction, partis et sous-systèmes, comme si les formes
traditionnelles, sociales, institutionnelles et familiales de maîtrise de l’insécurité n’étaient plus
assurées dans « la société du risque », et comme si le poids de cette insécurité reposait sur le
seul individu.

DUBAR C., TRIPIER P. : « Sociologie des professions », Paris, A. Colin, 1998

Sous-discipline de la sociologie, la sociologie des professions occupe de longue date une place
importante aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne où plusieurs manuels lui sont consacrés ;
mais, en langue française, le présent ouvrage est le premier qui présente ce champ de
recherches.
Il s’efforce de retracer l’architecture des grands modèles des professions qui se sont succédé en
Occident (1ère partie), puis il expose les principales théories sociologiques des professions qui
continuent à s’affronter – et parfois à se combiner – dans les travaux récents (2ème partie). Enfin,
il regroupe de nombreuses recherches empiriques menées sur les groupes professionnels dans la
France des années 1960 à 1990 (3ème partie).
A travers les modèles, théories et recherches, l’ouvrage tente de clarifier le vocabulaire
qu’utilisent les sociologues pour décrire le travail professionnel, analyser la dynamique des
groupes professionnels et des marchés du travail, interpréter l’évolution des systèmes
professionnels et des identités salariales. Il constitue ainsi un instrument utile à tous les
chercheurs et étudiants en sciences sociales qui s’intéressent aux évolutions des réalités
professionnelles.

DUBET F. : « Le déclin de l’institution », Le seuil, 2003, 422 P.

Au centre du livre, une idée force : le programme institutionnel n’est plus la constitution de la
société, les individus comptent bien faire entendre leurs droits personnels contre la contrainte
collective.
L’institution dont il s’agit c’est plutôt l’idée d’institution dont le déclin serait caractéristique
d’une nouvelle façon de vivre ensemble qui se cherche dans la douleur. Il n’y a pas si
longtemps, le monde social était unifié par l’institution, une « machine » à transformer les
valeurs en normes, qui était suffisamment acceptée par tous : au départ des individus, des
individus ayant intégré à la fois les valeurs et la façon dont elles ont été mises en place dans la
société font fonctionner les institutions. L’individu devient sujet, à la fois conforme, adapté et
capable de critique, de « dissidence ». le programme implique, c’est-à-dire assure (en aval), et
suppose (en amont) une certaine cohérence de la société. De par l’aspect universel des valeurs,
l’institution est liée à l’Etat et a pour objet principal le travail sur autrui. Ce programme
institutionnel ne fonctionne plus vraiment, que faut-il en garder pour rester dans une société
démocratique vivable ?
Le débat tourne beaucoup autour du regret de cette période bénie où le programme institutionnel
fonctionnait bien. La massification bouleverse le métier. La compétence disciplinaire est
insuffisante, il y faut rajouter de la pédagogie. Les professeurs doivent motiver les élèves, créer
les conditions pour faire cours. Les travailleurs sociaux, les médiateurs ont leur part dans ces
mutations.
Il est difficile de dire comment traiter cette nouvelle forme de sociabilité, cela appartient à
l’avenir, à une longue suite de décisions et d’actions qui feront la plus u moins grande maîtrise
de cette évolution. Le travail de socialisation continue dans les formes d’actions plus éclatées.

86
L’hypothèse de François DUBET est qu’il repose sur un principe d’homologie des expériences
du professionnel et du socialisé, le travail sur autrui est devenu un travail comme les autres
moins soumis à la « vocation » qu’à la technicité. Il faut bâtir des institutions démocratiques de
petite taille fondées sur le métier reconnu en évitant trois voies sans issues : le retour de
l’autorité, le libéralisme et le droit.

GUIDDENS A. : « Les conséquences de la modernité », Paris, L’Harmattan, 1994.

Quelle est la nature de la modernité ? Pourquoi la modernité s’étend à toute la planète ? Le


monde est-il moderne ou post-moderne ?
L’auteur propose une analyse sociologique de la modernité conçue en quatre institutions : le
capitalisme, l’industrialisme, la surveillance et la puissance militaire. Leur dynamique continue,
par les mécanismes de délocalisation, de séparation du temps et de l’espace et la réflexivité du
savoir, marque la radicalisation de la modernité. La globalisation de ces institutions met
l’humanité en face de risques d’une ampleur jamais vue, transforme les relations
interindividuelles et l’intimité en mettant en jeu la confiance dans des systèmes abstraits. La
modernité peut être source de danger mais également de développement. Penser des futurs
souhaitables, proposer une utopie réaliste sont les conclusions de l’auteur pour maîtriser
l’emballement du camion fou sur lequel nous sommes embarqués.

OCQUETEAU F. : « Les défis de la sécurité privée, protection et surveillance dans la France


d’aujourd’hui », L’Harmattan, 1995, 183 P.

En France, l’industrie des équipements de sécurité est en constante progression. Cette croissance
du commerce de la sécurité privée dans nos sociétés repose, de façon inédite, sur des questions
traditionnelles au sujet de la mise en œuvre de la discipline, de l’ordre et du contrôle social.

Les pouvoirs publics jouent un rôle clé dans la législation de ce secteur, par une redéfinition
permanente des responsabilités des différents agents de l’ordre : redéfinition des tâches à mesure
que s’ouvre l’emprise des techniques de vidéosurveillance et de surveillance à distance, et que
progresse le sentiment d’insécurité.

Cet ouvrage oblige le citoyen a bien mesurer la complexité du phénomène s’il entend le
combattre à bon escient.
1990 : le montant des dépenses privées pour se protéger dépasse les dépenses publiques de
prévention et de répression de la délinquance. 1 700 entreprises de gardiennage sont recensées
et 270 entreprises de télésurveillance (surveillance électronique à distance).
Cette émergence indique une redéfinition de la place de l’Etat dans la régulation des
dysfonctionnements de la société. L’objectif de prévention des manifestations d’insécurité
réapparaît depuis la fin des trente glorieuses. Or l’Etat, du fait de ses difficultés financières, se
pose comme un animateur plus que comme un entrepreneur. La sécurité devient donc une valeur
à co-produire (la sécurité c’est l’affaire de tous). Les citoyens sont invités à mieux protéger leur
habitat, sous la pression des assurances. Les entreprises doivent également concourir (centres
commerciaux, transports publics). Parallèlement, les prestataires de service ont réussi à
conquérir une légitimité quasi complète. La sécurité privée est difficile à cerner car on confond
l’organe et la fonction. L’émergence de la sécurité privée pose différends problèmes inédits à la
démocratie et à l’Europe : la crainte classique de l’opposition sécurité – liberté ; le devenir des
missions de la police administrative.

87
WITTORSKI R, SOREL Maryvonne : « La professionnalisation en actes et en questions »,
L’Harmattan, 2005

La professionnalisation devient un sujet d’étude d’autant plus important que ce concept impacte
Désormais toute action formative ou relative à la pratique à la pratique de son travail. Des
exemples concrets sont donc donnés dans le cadre d’une professionnalisation relative à des
individus, des organisations, des métiers ou des activités. Ils permettent de faire surgir des bases
théoriques pour définir ce concept ainsi que les problèmes et les débats qui lui sont associés. Un
modèle théorique est enfin proposé, permettant la définition de notions telles que les
compétences, le savoir, la connaissance, la capacité, dans deux logiques : celles de la demande
(pratique) et de l’offre (dispositif).

88
Bibliographie complémentaire

89
ABRIC Jean Claude, FLAMENT Claude, GUIMELLI Christian, MARDELAT René, MORIN
Michel, SINGERY Jachy, « Pratiques sociales et représentation » ; PUF, Paris. 2001 (4ème
édition) 256 P.
ARDOUIN Thierry, « Ingénierie de formation pour l’entreprise » : Dunod 2003, 272 P.
AMALBERTI, DE MONTMOLLIN, THEUREAU, « Modèles en analyse du travail »,
Mardaga, 1979
BARBIER Jean Marie, « Savoirs théoriques et savoirs d’action », PUF, Paris, 1998 (2ème
édition), 305 P.
BAILER L. (1998), « Les enjeux de la formation des formateurs ». In la formation des
enseignants sur le territoire : former, organiser pour enseigner, Paris, Hachette Education.
BELHACHE Christian, « Droits et métiers de la sécurité privée », Ed La Mouette, La Baule,
2003, 557 P.
BELLENGER Lionel, PIGOLLET Philippe, « Dictionnaire de la formation et du
développement personne »l, ESF, Paris, 1996, 335 P.
CARRÉ Philippe, CASPAR Pierre, « Traité des sciences et des techniques de la formation »,
Dunod, 1999, 512 P.
CLOT Yves, « La fonction psychologique du travail »l, PUF, Paris, (le travail humain), 1999,
245 P.
DUPORTAL Christophe, « La formation des sapeurs pompiers, connaissances et savoirs »,
2004, 235 P.
DEJOURS Christophe, « Travail et usure mentale », Bayard, 1993, 263 P.
DE MONTMOLLIN Maurice, « Vocabulaire de l’ergonomie » (2ème édition), Ed Octarés,
Toulouse, 1995, 287 P.
DENOYEL Noël, « Travail manuel et culture personnelle », (le cas de deux artisans du fer en
Savoie et Dauphiné), Mémoire DUEPS, 307 P. Tours, 1990, Le Biais du gars, travail manuel et
culture de l’artisan, Ed Universitaires, Mésonance, 202 P.
DORON Roland, PAROT Françoise, « Dictionnaire de psychologie », PUF, Paris, 1991, 759 P.
DUBARD Claude, TRIPIER Pierre, « Sociologie des professions », Armand Colin, Paris 2003,
255 P.
DUBET François, « Le déclin des institutions », le Seuil, 2003.
GEIBEN Bernard, NASSET Jean-Jacques, « Sécurité Sûreté la gestion intégrée des risques
dans les organisations », Ed d’organisation, Paris, 1998, 150 P.
GOGUELIN Pierre, « La formation continue des adultes », PUF, Paris, 1994 (4ème édition), 246
P.
HASSID Olivier., « La gestion des risques », Dunod (topos), Paris, 2005, 124 P.
HOUSSAYE Jean, « La pédagogie : une encyclopédie pour aujourd’hui », ESF, Paris, 2001,
351 P.
JOUSSE Georges, « Le risque cet inconnu », (collection comprendre et savoir), ED Imestra,
Paris, 2004, 169 P.

90
KERVERN Georges-Yves, RUBISSE Patrick, « L’archipel du danger »r (introduction aux
cindyniques), Economica CPE, Paris, 1991, 444 P.
LERBERT Georges, « Système personne et pédagogie », ESF, Paris, 1993, 156 P.
MARTIN Jean Paul, SAVARY Emile, « Formateur d’adultes », Ed Chronique sociale, Lyon,
2001, 364 P.
MILGRAM Stanley, « Soumission à l’autorité », ED, Colman – Levy, 1974, 268 P.
OCQUETEAU Frédéric, « Polices entre état et marché », Presses de sciences Po, Paris, 2004,
189 P.
PAUVERT Bernard, « La sécurité des spectacles », Collection Droit de la sécurité et de la
défense, L’harmattan, Paris, 2004, 197 P.
PLANCHETTE Guy, NICOLET Jean Louis, VALANCOGNES Jacques, « Et si les risques
m’étaient comptés », Ed Octarés, Toulouse, 2002, 171 P.
ROGERS Carl R, « Le développement de la personne », Dunod, Paris, 2005, 270 P.
SIMULA Pierre, « La dynamique des emplois dans la sécurité », Ed de l’Institut des Hautes
Etudes de la Sécurité Intérieure (IHESI), Paris, Novembre 1999, 117 P.
VARELA Francisco J, « Autonomie et connaissance », (essai sur le vivant), Seuil, Paris, 1989,
247 P
VASSILEFF Jean, « La pédagogie du projet en formation », Ed Chronique sociale, Lyon, 1997,
153 P.
VYGOTSKI Leve Somenovittch, Seve Lucien, « Pensée et langage, La dispute », 1997, 536 P.
ZARIFIAN Philippe, « Le modèle de la compétence », Editions liaisons, Paris, 2001, 115 P.
ZAVALLONI M, GUERNI C. « Louis », ED Privat, Toulouse, 1994, P.

ARROYO Antonio : Mémoire de master « Ingénierie et conseil en formation », Université de


Rouen, 2005 (sous la direction de J. HOUSSAYE).
Convention Collective Nationale : « Entreprises de prévention et de sécurité », Ed des journaux
officiels, Paris, 2003, 300 P.
Editions, Sciences Humaines : « L’identité »Auxerre, 2004, 331 P.
Lettres info SNES (Syndicat National des Entreprises de sécurité), 2004.
Lettres info USP (Union des Entreprises de Sécurité Privée), 2004, 2005.
Norme Française : NFX 50 – 777, Service des entreprises privées de sécurité « services de
surveillance par agents en poste, par agents itinérants et d’intervention sur alarme », Ed
AFNOR, Paris, 1988, 35 P.
Territoires et sécurité, Séminaire de questions sociales, ENA, promotion Averroès 1998 – 2000,
« La sécurité : le rôle de la puissance publique face à l’émergence d’un bien économique », 51
P.

91
SITOGRAPHIE

92
SYNDICATS

- Syndicat National des Entreprises de Sécurité (SNES) – contact@e-snes.org


- Confédération Européenne des Services de Sécurité (COESS) – www.coess.org
- Union des Entreprise de la Sécurité Privée (USP) – contact@uspsecurite.org – www.uspsecurite
- Association Nationale des Métiers de la Sécurité (ADMS) – www.adms.asso.fr
- Fédération Nationale des Sapeurs-pompiers de France – www.pompiersdefrance.org

LIENS DIVERS UTILES

- Ministère de l’Intérieur – Observatoire National de la Délinquance – www.interieur.gouv.fr


- Ministère de la défense – www.defense.gouv.fr
- Journal Officiel – www-officiel.gouv.fr
- Legifrance – Le service public de l’accès aux textes légaux et à la réglementation – www.legifrance
- Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité – www.cnds.fr
- AFNOR, association française de normalisation – www.afnor.fr
- Site officiel marque NF – www.marque-nf.com
- Certification Qualicert SGS – www.qualicert.fr

FORMATION

- Union Nationale des acteurs de la formation – www.unafos.org


- Organisme Paritaire Collecteur Interbranches – www.opcib.com

93
TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION................................................................................................................................2

PREMIERE PARTIE : CONTEXTE THEORIQUE ......................................................................5

I-1- PROBLEMATIQUE ..............................................................................................................6


I-1-1- Justification du choix du thème ...............................................................................6
I-1-2- Problème de recherche..............................................................................................7
I-1-3- Objectifs de l’étude....................................................................................................7
I-1-4- Intérêt de l’étude .......................................................................................................8

I-2- LA SURVEILLANCE HUMAINE .......................................................................................8


I-2-1- Analyse socio-économique ........................................................................................8
I-2-2- Une nécessité de professionnalisation ......................................................................9
I-2-3- Des pratiques qui remettent en cause la qualité moyenne des prestations ..........9
I-2-4- Un faible niveau de qualification .............................................................................10
I-2-5- Une offre privée non liée à la défaillance de la puissance publique......................11
I-2-6- Un développement semi-autonome ..........................................................................13
I-2-7- Risques d’atteintes aux libertés publiques ..............................................................13
(par l’action dans les lieux publics)
I-2-8- Des territoires publics « particuliers » ....................................................................14
I-2-8-1- D’autres territoires publics particuliers ........................................................15
(magasins et centres commerciaux°
I-2-8-2- Espaces privés « cœur du territoire du secteur marchand de sécurité » ....16

I-3- COPRODUCTION ET REGULATION DE SECURITE ..................................................16


I-3-1- Motif d’intervention de l’Etat ..................................................................................17
I-3-2- Evolution des menaces criminelles contemporaines et évolution du marché .....18
privé de sécurité

I-4- HISTOIRE ET EVOLUTION DE LA NOTION DU RISQUE A TRAVERS .................19


L’APPROCHE PSYCHOLOGIQUE
I-4-1- Approche psychosociologique des conduites à risques et nécessité de la ............19
professionnalisation d’un secteur à partir de la société du risque
I-4-2- Vers le paradigme identitaire d’une société du risque...........................................20
1-4-3-L’individuation...........................................................................................................20

I- 5- FACTEURS D’EVOLUTION ..............................................................................................21


I-5-1- Du prescrit législatif au besoin du terrain ..............................................................23

I-6- REVUE DE LITTERATURE................................................................................................25


I-6-1- Principaux concepts relatifs à la sphère privée de sécurité et de surveillance ....26
humaine
I-6-1-1- Définition du secteur privé de sécurité...........................................................26
I-6-1-2- Sécurité..............................................................................................................26
I-6-1-3- Sûreté.................................................................................................................26

94
I-7- DES METIERS A LA PROFESSION ..................................................................................27
I-7-1 Professionnalisation....................................................................................................27
I-7-1-2- Profession......................................................................................................28
I-7-1-3- Professionnalisme.........................................................................................28
I-7-2- Un autre courent théorique l’interactionnisme ......................................................29
I-7-2-1- Le point de vue interactionnistes sur les professions................................29
I-7-2-2- La dynamique des emplois d’un secteur qui se professionnalise.............29
I-7-3- Distinction entre métier et profession......................................................................31
I-7-4- Compréhension des dynamiques de professionnalisation .....................................33
(individus, activités, organisations)
I-7-4-1 Pratiques de professionnalisation ................................................................34
(savoir en action et acteurs de la formation)
I-7-4-2- Dispositifs de professionnalisation..............................................................35
(savoir en action et acteurs de la formation)
I-7-5- La professionnalisation de la police municipale .....................................................37
I-7-5-1- Le métier : entre repli et ouverture d’un travail sur autrui ....................38
I-7-6- Evolution d’un secteur économique à travers une histoire dégradée...................40

I-8- THEORIES DE REFERENCES ...........................................................................................41


I-8-1- Hypothèse de réflexion..............................................................................................43
I-8-2- Précisions sur les dynamiques identitaires mises en jeu ........................................44

DEUXIEME PARTIE : APPROCHE METHODOLOGIQUE ......................................................45

II-1- POPULATION ET ECHANTILLONAGE ........................................................................46


II-1-1- Des forces de sécurité publique acteurs de proximités de sécurité et de sûreté .46
II-1-2- Des donneurs d’ordre (et chefs de services internes de sécurité) ........................47
II-1-3- Des acteurs chargés de la formation et de l’emploi ..............................................48
II-1-4- Des acteurs opérateurs, ancien élèves de formation initiale ................................49

II-2- COLLECTE DES DONNEES .............................................................................................50


II-2-1- Des entretiens ...........................................................................................................50
II-2-2- Des observations directes ........................................................................................50
II-2-3- Des données documentaires ....................................................................................53

TROISIEME PARTIE : ANALYSE ET INTERPRETATION DES DONNEES.........................54

III-1- PRESENTATION GLOBALE DES RESULTATS DES INVESTIGATIONS.............55


III-1-1- Synthèse des entretiens avec les acteurs publics de sécurité ..............................55
(police, pompiers)
III-1-2- Synthèse des entretiens avec les donneurs d’ordre .............................................56
(publics et privés) des services internes et externes de sécurité
III-1-3- Synthèses des entretiens des chargés du secteur de la formation et ..................57
de l’emploi
III-1-4- Synthèse des entretiens des anciens élèves ou stagiaires.....................................58
III-1-5- Bilan de l’investigation documentaire ..................................................................59
III- 1-5-1- Des formations spécifiquement réglementées en fonction ...............59
des territoires
III-1-5-2- La sûreté aéroportuaire........................................................................61
III-1-5-3- La sécurité des manifestations sportives, récréatives ou ..................62
culturelles à but lucratif

95
III-1-6- Mouvance des organisations syndicales patronales, image économique...........63
d’un secteur en voie de professionnalisation
III-1-7- L’engagement dans un processus de certification...............................................64
III-1-8- Résultats des observations directes.......................................................................65

III-2- PRINCIPES ET MODALITES DE LA PROFESSIONNALISATION.........................65


PAR LA FORMATION (ORGANISATION – INSTITUTION)
III-2-1- Des principaux partenaires en présence...............................................................66
III-2-1-1- Des organisations patronales ...............................................................66
III-2-1-2- Des acteurs chargés de la formation (publics et privés) ....................69
III-2-1-3- L’Etat, régulateur des activités de sécurité privée.............................71
III-2-1-3-1- La recherche d’une certaine efficacité dans la complémentarité..72
III-2-1-3-2- Schéma récapitulatif de l’aptitude professionnelle.........................74
III-2-1-3-3- Formation, autonomie et mécanismes à l’œuvre ............................75
(du point d’ancrage identitaire au système personne)
III-2-1-3-4- Vers la structuration de l’identité professionnelle de l’agent de ..78
prévention, de sécurité et de sûreté privée

CONCLUSION ....................................................................................................................................80

ANNEXES ............................................................................................................................................83

BIBLIOGRAPHIE COMMENTEE...................................................................................................84

BIBLIOGRAPHIE COMPLEMENTAIRE ......................................................................................89

SITOGRAPHIE ...................................................................................................................................92

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