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ASYMETRIE D’INFORMATION ET

FINANCEMENT EN ALGERIE
La Revue du FINANCIER

N° 212 – Volume 37 – Mars-avril 2015

Abdelkader GLIZ
Professeur, ESC d’Alger
a_gliz@hotmail.com

La faiblesse du financement des entreprises en Algérie, imputable en partie à une certaine inefficience
interne propre au secteur financier, est expliquée dans cet article par un facteur externe à ce secteur,
à savoir l’asymétrie d’information existant entre le financier et le demandeur de crédit. Nous
modélisons cette imperfection de l’information par quatre facteurs : l’importance de l’économie
informelle, la faiblesse juridique des garanties et la disponibilité limitée de l’information relative aux
emprunteurs, que ce soit au travers des registres publics ou des bureaux privés de crédits. Le premier
modèle statistique montre que ces quatre facteurs sont significatifs à moins de 1% pour expliquer le
ratio volume des crédits au secteur privé / PIB. Lorsque la variable à expliquer est le PIB par
habitant, l’existence de registres publics de crédit n’est plus significative. En plus de ce rationnement
du crédit, nous faisons également ressortir une singularité importante du secteur financier algérien, à
savoir la prédominance du secteur public.

JEL CLASSIFICATION : D82, G21, G23, G32 et O16.


Mots-clés : Asymétrie d’information, rationnement du crédit, financement du secteur privé,
intermédiation financière, banque.

The weakness of corporate financing in Algeria, partly due to a certain internal inefficiency of the
financial sector, is explained in this paper by an external factor to this sector, namely the
informational asymmetry between the financier and the loan applicant. We model this imperfect
information by four factors: the importance of the informal economy, the legal weakness of
guarantees, and the limited availability of information on borrowers, whether through public registries
or private bureaus credits. The first statistical model shows that these four factors are significant at
less than 1% to explain the ratio of the private sector credit volume to GDP. When the dependent
variable is GDP per capita, the existence of public registers of credit is no longer significant. In
addition to this credit rationing, we also highlight a significant singularity of the Algerian financial
sector, namely the predominance of the public sector.

KEYWORDS: Information asymmetry, credit rationing, private sector financing, financial


intermediation, bank.
2

Introduction
Avec l’avènement de l’économie de l’information, notamment depuis la publication de l’article
pionnier d’Akerlof (1970), il est apparu que le thème du financement du développement ne se résume
pas à la seule question du volume de l’épargne disponible. 1 En effet, en présence d’une asymétrie
d’information entre prêteurs et emprunteurs, les financements effectifs peuvent être bien inférieurs à
ceux permis potentiellement par les capitaux disponibles. En d’autres termes, en dépit de la volonté des
agents économiques, en présence d’une asymétrie d’information, l’échange porte sur un volume
inférieur à celui pouvant avoir lieu en l’absence de cette asymétrie. Cette allocation inefficiente des
financements se traduit notamment par une situation de rationnement de crédit, définie comme étant
un état de l’économie où le prêteur refuse d’accorder un prêt à un emprunteur potentiel bien que ce
dernier soit disposé à accepter un taux d’intérêt supérieur au taux d’intérêt en cours. La sélection
adverse et l’aléa moral sont deux principales raisons avancées pour expliquer l’existence du
rationnement quantitatif du crédit (Stiglitz & Weiss, 1981).
A travers le présent article, notre objectif est d’analyser l’impact de l’asymétrie d’information sur le
financement en Algérie. Sur la base du modèle principal/agent tel que simplifié par Tirole (2001), nous
intégrons des facteurs d’aléa moral afin d’expliquer le volume du financement des entreprises privées
algériennes.2 Il s’agit d’abord de l’économie informelle dont l’une des conséquences est de favoriser un
climat d’aléa moral préjudiciable au financement. Le second facteur explicatif est la qualité juridique
des garanties, ceci suivant la thèse "law and finance" selon laquelle la croissance à long terme est liée
positivement à la protection juridique des investisseurs. Enfin, la disponibilité et la qualité de registres
de crédits, publics ou privés, constituent un facteur essentiel d’appréciation de l’aléa moral et donc une
variable explicative significative du niveau du financement de l’économie (La Porta, Lopez-de-Silanes,
Schleifer & Vishny, 1998).
Pour tester statistiquement la relation entre financement et aléa moral, nous réalisons une régression
linéaire en utilisant l’information disponible auprès de la Banque Mondiale ainsi que l’estimation de
l’économie informelle réalisée par Schneider, Buehn & Montenegro (2010). Avec le ratio crédit au
secteur privé/PIB comme variable dépendante, ces quatre facteurs s’avèrent être très significatifs. Nous
considérons également la question de l’impact de l’asymétrie d’information sur la croissance et le
développement. Dans ce cas, la variable à expliquer est le PIB par habitant et nous relevons que
l’existence de registres publics des crédits n’est plus significative.
Le présent article est structuré comme suit. La première section montre l’importance de l’asymétrie
d’information pour le développement. La deuxième section est une revue de la littérature relative au
rationnement du crédit. La troisième section présente un état des lieux du financement en Algérie en en
faisant ressortir l’important retard. Les quatrième et cinquième sections présentent un modèle
théorique et sa validation empirique, expliquant le niveau du crédit au secteur privé et du PIB par
habitant en fonction d’indicateurs d’aléa moral tels que l’économie informelle, la valeur juridique des
garanties et la présence de registres publics et privés de crédits. Dans la sixième section, on utilise les
résultats du modèle statistique pour analyser le blocage du financement en Algérie.

1
L’auteur du présent article exprime ses vifs remerciements à A. Dahmani (ESC d’Alger), R. Djoudad (Bank of
Canada), M.C. Ilmane (ESC d’Alger), M. Lasfer (Cass Business School, Londres), M. Touati-Tliba (ESC
d’Alger), aux participants de la 9ème journée d’Economie Monétaire et Bancaire de l’Université de Sousse (2013)
ainsi qu’à un referee anonyme.
2
L’aléa moral existe dans une relation lorsqu’au moins l’une des deux parties est incitée à dévier vers un
comportement diffèrent de ce qui a été convenu, causant de ce fait une détérioration du bien-être de l’autre partie.
La problématique de la relation entre financement et aléa moral que nous abordons ici concerne les entreprises
privées car l’aléa moral dans le cas des entreprises publiques est d’une toute autre nature.
3

I - Asymétrie d’information et développement


Akerlof (1970) a montré que l’asymétrie d’information sur la qualité des biens peut entraîner
l’exclusion du marché des biens de bonne qualité et le maintien des seuls biens de mauvaise qualité.
Pour réduire ce problème de sélection adverse, les pays avancés ont développé un certain nombre de
mécanismes tels que les garanties, les marques, les labels de qualité, les organes indépendants de
contrôle de qualité, … L’absence ou la faiblesse de tels mécanismes dans les économies en
développement empêche l’émergence dans ces pays de pans entiers de branches d’activité.
L’absence ou la faible présence de labels de qualité et de marques, considérés comme un signal de
qualité, peut être un handicap sérieux à l’émergence de produits de haute qualité. Cette difficulté laisse
le champ libre aux produits importés et réduit la possibilité de développement national.
La pertinence et l’application de la réglementation permettent de réduire les coûts engendrés par
l’asymétrie d’information. Par exemple, la garantie donnée par le fabricant est de nature à favoriser
l’achat de biens de bonne qualité, en particulier des biens durables. L’hypothèse implicite à cette
théorie est qu’il existe un intervenant tiers, généralement les instances judiciaires, en mesure d’imposer
le respect de l’application de la garantie. Une faiblesse dans le domaine juridique peut être un handicap
sérieux à l’expansion de l’activité économique.
Le modèle principal/agent montre que le contrat optimal résulte d’un arbitrage entre l’incitation à
l’effort de l’agent et le partage optimal du risque. De plus, l’incitation à l’effort de l’agent nécessite
que sa rémunération dépende, dans une certaine mesure, du résultat observable obtenu (Shavell, 1979
et Holmström, 1979). Il est donc important pour le développement économique de réduire l’espace des
fonctions et emplois à rémunération fixe. Ceci est d’ailleurs l’un des objectifs de la privatisation des
entreprises publiques, car celle-ci établit une relation plus ou moins forte entre rémunération et effort.
Le secteur agricole est un exemple typique où existe une importante asymétrie d’information entre la
banque et les emprunteurs potentiels. En réponse à la limitation du crédit bancaire qui en résulte, les
agriculteurs recourent au financement informel pour se procurer les ressources financières nécessaires
sans pour autant que leurs besoins financiers ne soient satisfaits, ce qui contraint le développement de
l’activité agricole (Daoudi, Wampfler & Bédrani, 2011).

II – Théories du rationnement du crédit


Comme corollaire de l’asymétrie d’information entre le prêteur et l’emprunteur, le rationnement du
crédit est une situation où la banque refuse d’accorder un crédit à un emprunteur potentiel alors même
que ce dernier est disposé à accepter un taux d’intérêt supérieur au taux d’intérêt en cours.
Bien que le taux d’intérêt soit un élément positif pour la banque car étant le plus souvent la principale
source de ses revenus, il peut également constituer un élément négatif car il peut affecter le risque du
pool de crédits acceptés par la banque. En effet, l’augmentation du taux d’intérêt au-delà d’un certain
niveau peut, d’une part décourager les entreprises les moins risquées (effet de sélection adverse) et
d’autre part, inciter les firmes à choisir des projets plus risqués (effet d’aléa moral). L’augmentation du
risque de crédit ainsi provoquée par une hausse du taux d’intérêt peut donc impliquer que l’espérance
de revenu du prêteur ne soit pas monotone, mais ait la forme décrite à la figure 1. En conséquence, la
stratégie optimale de la banque sera de rationner le crédit même s’il existe des emprunteurs potentiels
disposés à accepter un taux d’intérêt supérieur à r * (Stiglitz & Weiss, 1981).
4

Espérance de revenu du prêteur

r * : Taux d’intérêt optimal r : Taux d’intérêt


Figure 1. Relation entre espérance de revenu du prêteur et taux
d’intérêt

1 – Taux d’intérêt et sélection adverse


Au regard de la séniorité de la dette par rapport aux fonds propres, le revenu de l’entreprise est affecté
en priorité à la banque (créancier). Le revenu obtenu au-delà de la valeur de la dette revient à
l’entreprise. Si R est le revenu, B la valeur nominale de la dette et r le taux d’intérêt, alors le profit
 de l’entreprise s’écrit comme suit :

R  B1  r  si R  B1  r 
 
 0 si R  B1  r 

Le graphe de la fonction de profit  de l’entreprise est représenté par le trait en gras de la figue 2 qui
montre que le profit  est une fonction (non strictement) convexe par rapport au revenu R.

E  b 
E  a 

R1  h R1 1  r B R2 R2  h R
Figure 2. Convexité du profit de l’entreprise avec dette

Comme corollaire à cette convexité, l’espérance de profit de l’entreprise croît avec le risque. Pour
montrer cela, considérons deux firmes différentes, la firme a ayant un revenu aléatoire égal à
R1  1  r B ou R2  1  r B et la firme b, plus risquée, un revenu aléatoire égal à R1  h ou R2  h
avec h  0 .3 La figure 2 montre que la firme la plus risquée a une espérance de profit plus élevée, soit
E b   E a  .

3
La firme 2 est plus risquée car son revenu est obtenu à partir du revenu de la firme 1 par déplacement
(étalement) de poids du centre vers les queues, ceci tout en préservant la moyenne (mean preserving spread).
5

Lorsque le taux d’intérêt augmente, les entreprises à bas risque peuvent préférer ne pas solliciter de
crédit. Par exemple, si par suite à une hausse du taux d’intérêt, on a R2  B1  r   R2  h , alors les
demandes de crédit ne parviendront que des projets les plus risqués. Il s’agit typiquement d’une
situation de sélection adverse. Par conséquent, au fur et à mesure que le taux d’intérêt croît, le risque
moyen du portefeuille de la banque augmente, ce qui induira, au-delà de r * , la baisse de l’espérance
de profit de la banque comme il ressort de la figure 1.
Ainsi, en situation d’asymétrie d’information, l’augmentation du taux d’intérêt n’est pas toujours une
réponse appropriée de la banque pour filtrer les demandeurs de crédit en fonction du risque. En raison
de l’effet adverse du taux d’intérêt, la banque peut rationnellement refuser de financer un projet plutôt
que de le financer à un taux d’intérêt plus élevé.

2 – Taux d’intérêt et aléa moral


Le deuxième effet possible d’une augmentation du taux d’intérêt porte sur le comportement de
l’entreprise dans le sens où celle-ci, une fois le crédit obtenu, aura une incitation à dévier vers des
projets plus risqués. Pour montrer cela, soit une entreprise envisageant les projets a et b qui procurent
respectivement le revenu Ra et Rb en cas de succès et 0 sinon. Le projet a est plus risqué au sens où
il procure un revenu supérieur, soit Ra  Rb , mais avec une probabilité inférieure, soit Pa  Pb .
Supposons qu’au taux d’intérêt r̂ , l’entreprise soit indifférente entre ces deux projets. On a dans ce cas
Ra  1  rˆBPa  Rb  1  rˆBPb . Cette équation montre que si la banque exige un taux
d’intérêt supérieur à r̂ , alors le projet le plus risqué devient plus attractif pour l’entreprise. Cette
déviation vers un projet plus risqué est typiquement une situation d’aléa moral. Ainsi, en cas
d’augmentation du taux d’intérêt, la proportion de projets risqués croîtra dans le portefeuille de la
banque, ce qui pourrait conduire à une détérioration de son espérance de profit. La banque peut alors
refuser de financer un projet même si l’entreprise est disposée à accepter un taux d’intérêt plus élevé.

3 – Garantie et rationnement de crédit


Bester (1985) a considéré le fait que lors de l’octroi du crédit, la banque ne prend pas en compte le taux
d’intérêt et les garanties de façon séparée, mais plutôt simultanément. Il montre que le rationnement du
crédit peut alors disparaître si la banque propose aux emprunteurs potentiels un menu de contrats sous
la forme de couples (taux d’intérêt, garantie), avec un premier type de contrats comprenant un taux
d’intérêt faible et un niveau élevé de garantie et un second type de contrats comprenant, au contraire,
un taux d’intérêt élevé et un niveau faible de garantie. Dans cette démarche, devenue classique dans les
modèles de filtrage (screening), chaque type de firme choisit le contrat qui lui est approprié, ce qui
permet à la banque de distinguer entre les firmes selon le niveau de risque. Dans ce mécanisme
d’autosélection, la firme faiblement risquée préfère plus de garanties avec un taux d’intérêt moindre.
Par contre, la firme hautement risquée préfère moins de garanties avec un taux d’intérêt plus élevé. Ce
mécanisme de filtrage permet de séparer les firmes selon leur niveau de risque et fournit ainsi une
explication rationnelle à l’utilisation des garanties par les banques, en particulier pour les Petites et
Moyennes Entreprises – PME.4

4
Selon Berger & Udell (1990), 70% des prêts commerciaux et industriels consentis aux Etats-Unis sont assortis
de garanties.
6

Cependant, si la firme faiblement risquée ne dispose pas de garanties suffisantes pour se distinguer de
la firme hautement risquée, comme par exemple dans le cas de nouvelles firmes, alors la séparation
entre les deux types de firmes peut ne pas avoir lieu, ce qui peut favoriser la sélection adverse et donc
le rationnement du crédit (Bester, 1987).

4 – Coûts de monitoring et rationnement du crédit


En utilisant le même cadre d’analyse que Townsend (1979), Williamson (1987) a montré que
l’existence de coûts de monitoring est une autre justification possible à l’apparition du rationnement du
crédit. En situation d’asymétrie d’information, les coûts de monitoring représentent les coûts devant
être supportés par le financier pour la vérification du résultat financier annoncé par l’entrepreneur.
Cette vérification s’avère être nécessaire, car lorsque le revenu du financier externe est fonction du
résultat financier annoncé par l’entrepreneur, alors, ce dernier est incité à en minimiser le niveau.
Comme premier résultat de sa modélisation, Williamson (1987) montre que le contrat de dette
(paiement par l’entrepreneur d’une somme fixe, indépendamment du résultat financier) est un contrat
de financement optimal car il minimise les coûts du monitoring.
Williamson (1987) montre par la suite qu’en présence de coûts de monitoring, l’espérance de revenu
du prêteur n’est pas monotone par rapport au taux d’intérêt, mais a la forme de la figure 1 ci-dessus.
Dans cette démarche, les coûts de monitoring jouent un rôle crucial dans l’explication de la concavité
de l’espérance de revenu du prêteur. En effet, si le prêteur augmente le taux d’intérêt, il pourrait
provoquer une augmentation du risque de faillite et de l’espérance des coûts de faillite. Si
l’augmentation des coûts de monitoring qui en découlent excède celle des revenus d’intérêt, alors
l’augmentation du taux d’intérêt peut provoquer une diminution de l’espérance de revenu du prêteur,
ce qui explique le refus du prêteur d’octroyer un crédit même si l’emprunteur est disposé à accepter un
taux d’intérêt plus élevé.
Une des prédictions du modèle de Williamson est l’existence d’une relation positive entre économie
informelle et rationnement du crédit. En effet, l’existence d’une économie informelle rend plus
complexe la vérification des comptes des entreprises, ce qui engendre des coûts de monitoring plus
élevés.5

5 – Relation bancaire de long terme et rationnement du crédit


Le recours par une entreprise à une seule banque (monobancarité) dans une relation de long terme
permet de réduire l’asymétrie d’information entre le prêteur et l’emprunteur, ce qui est de nature à
réduire l’acuité du rationnement du crédit. Mais ce faisant, l’entreprise s’expose au risque de hold-up
car la banque acquiert une position monopoliste lui permettant d’extraire une rente informationnelle.
Afin de réduire ce risque, l’entreprise peut opter pour la multibancarité mettant ainsi les banques en
situation de concurrence, ce qui peut avoir pour conséquence l’accroissement de la part du financement
bancaire dans l’endettement de l’entreprise (Vigneron, 2014).
Cette option a cependant pour inconvénient d’accroître le coût de l’intermédiation financière car
plusieurs banques cherchent à acquérir l’information sur l’entreprise. Von Thadden (1995) montre
qu’une meilleure alternative est envisageable au problème de hold-up. La solution préconisée par cet
auteur consiste à définir plusieurs sous-périodes à l’intérieur du contrat de crédit à long terme. A

5
Le rationnement du crédit n’est pas la seule réponse de la banque face à l’aléa moral. Pour réduire ce risque, le
contrat de crédit peut contenir des clauses restrictives, telles que l’accès privilégié à l’information, la possibilité
de remboursement immédiat du crédit et des conditions spécifiques en matière de distribution de dividendes et
d’endettement futur.
7

l’issue de chaque sous-période, la banque peut mettre fin au financement. Mais si elle choisit de
poursuivre ce dernier, des clauses contractuelles spécifiques doivent être préétablis. Tout en réduisant
la rente d’information de la banque, ce mécanisme permet de rétablir, au moins partiellement, les
avantages de la relation à long terme avec une seule banque.
L’approche de l’encastrement social (Granovetter, 1985) introduit les interactions sociales comme
facteur explicatif de la relation entre la banque et les PME. Les interactions sociales entre le conseiller
financier de la banque et le chef d’entreprise sont un élément influent de la confiance entre ces deux
acteurs et s’avèrent avoir un impact sur la décision de prêt de la banque (Paturel et Gharsalli, 2013).

III – Le faible volume du financement en Algérie


Le rationnement du financement en Algérie concerne toutes les formes de financement : crédit
bancaire, émission d’actions et d’obligations, recours au capital investissement et leasing.
L’importance du secteur public dans le financement en Algérie est une singularité à relever. En effet,
les banques publiques représentent 86,7% du marché du crédit, les entreprises publiques sont les
principaux émetteurs du marché financier et les sociétés de capital investissement sont essentiellement
à capitaux publics.6

1 – Le financement bancaire
Le volume du financement bancaire de l’économie est particulièrement faible en Algérie, ce qui
constitue un frein important à la croissance et au développement (Ilmane, 2010). En dépit d’un effort
important d’assainissement financier et de mise à niveau opérationnelle des six banques publiques et
de l’installation de banques privées, le taux d’intermédiation financière demeure encore très faible. A
fin 2012, les crédits distribués ne représentent que 59,37% des ressources collectées. Comme le montre
le tableau 1, ce ratio (Loan-to-Deposit Ratio) est très faible par rapport à d’autres pays du Maghreb.
Entre 2000 et 2012, la part des crédits au secteur privé est passée de 29,33% à 53,22%. 7 Mais rapporté
au PIB, on relève cependant que son volume accuse un retard important. En effet, comme indiqué au
tableau 1, à fin 2012, le rapport crédit intérieur au secteur privé/PIB est de seulement 14,54% en
Algérie, très insuffisant, comparativement à la moyenne mondiale (127,09%) et à d’autres pays du
Maghreb.

Tableau 1 : Le crédit bancaire dans trois pays du Maghreb à fin 2012


Moyenne
Algérie Maroc Tunisie
mondiale
Ratio prêts / dépôts (%) 102,15 64,40 104 111,48
6
Crédit intérieur au secteur privé (10 USD) - 29 710 70 393 34 350
Crédit intérieur au secteur privé / PIB (%) 127,09 14,54 73,34 75,93
Source : Banque Mondiale et Fonds Monétaire International.

6
Rapport annuel 2012 de la Banque d’Algérie.
7
Rapport annuel 2012 de la Banque d’Algérie.
8

2 – Le financement par le marché financier


2.1. Le marché des actions

Depuis son démarrage en 1999, la bourse d’Alger a admis à la cotation cinq entreprises : Saïdal
(pharmacie), El-Aurassi (hôtellerie), Alliance (Assurance), NCA Rouiba (industrie agro-alimentaire) et
Eriad-Setif (industrie agro-alimentaire), cette dernière s’étant retirée en 2006. Le tableau 2 fait
ressortir son très faible impact sur le financement des entreprises algériennes, notamment par rapport à
d’autres pays du Maghreb.
L’une des singularités de la bourse d’Alger est l’importance du secteur public puisque sur les trois
sociétés cotées, deux sont des entreprises publiques (52,54% en termes de capitalisation). La faible
présence des entreprises privées est expliquée, entre autres, par l’asymétrie d’information existant entre
ces entreprises et les investisseurs pouvant impliquer une dépréciation des actions (Jensen & Meckling,
1976) et ainsi décourager à son tour les entreprises privées algériennes à ouvrir leur capital à l’épargne
publique.

Tableau 2 : Marché des actions de trois pays du Maghreb à fin 2012


Algérie Maroc Tunisie
Nombre d’entreprises cotées en bourse 3 76 59
6
Capitalisation boursière (10 USD) 40 53 026 8 890
Capitalisation boursière / PIB (%) 0,02 55,25% 19,65
Source : Calcul de l’auteur à partir de données de la Banque Mondiale et des bourses d’Alger, de Casablanca et
de Tunis.8

2.2. Le marché des obligations

Le marché algérien des obligations, un peu plus développé que le marché des actions, est également
très en retrait par rapport aux autres marchés maghrébins. Le tableau 3 fait ressortir son faible impact
sur le financement des entreprises. Relevons que pour ce marché également, les émetteurs sont
principalement des entreprises du secteur public. En effet, en valeur de marché, 97% des obligations
émises à ce jour proviennent d’entreprises publiques.

Tableau 3 : Marché des obligations de trois pays du Maghreb à fin 2012


Algérie Maroc Tunisie
Nombre d’obligations cotées en bourse 2 48 93
Encours Obligataires (106 USD) 414 10 713 1 333
Encours Obligataires / PIB (%) 0,20 11,16 2,95
Source : Calcul de l’auteur à partir de données de la Banque Mondiale, de World Federation Exchanges et des
bourses d’Alger, de Casablanca et de Tunis.

8
Bien que la distinction ait un effet négligeable sur son importance relative, la capitalisation boursière de la
bourse d’Alger a dû être recalculée par l’auteur car celle affichée sur le site web de la SGBV (totalité des actions
des entreprises) diffère de la définition de la Banque Mondiale (actions en circulation).
Les trois entreprises cotées à la bourse d’Alger à fin 2012 sont Saïdal, El-Aurassi et Alliance.
9

3 – Le financement par le capital-investissement


Le capital-investissement est un mode de financement de moyen et long terme par prise de
participation minoritaire consistant pour une institution financière spécialisée à entrer dans le capital
d’une entreprise. En s’accompagnant d’une implication plus ou moins importante dans la gouvernance
de l’entreprise financée, le capital-investissement permet, dans une certaine mesure, de réduire le
risque d’aléa moral. L’existence d’institutions de capital-investissement est un facteur favorable au
développement, car non seulement elles permettent de drainer vers l’économie des financements en
fonds propres, mais elles favorisent également le financement par crédit car ce dernier nécessite
quasiment toujours un préalable de financement en fonds propres.
L’analyse de la situation du capital-investissement en Algérie montre que ce segment de financement
est très faiblement développé, notamment en comparaison à d’autres pays du Maghreb. La Sofinance,
une des premières institutions de capital-investissement en Algérie, n’a participé qu’à neuf projets et à
fin 2012, ses engagements au titre de l’activité de capital-investissement s’élève à 7,97 millions USD,
soit seulement 11,8% de ses emplois. Par contre, l’activité du crédit-bail représente 66,4% de son
activité.9 Ce recul net de l’activité originelle de Sofinance, le capital-investissement, et l’orientation
vers le crédit-bail dénotent de la réelle difficulté à développer en Algérie l’activité de capital-
investissement. La Finalep, qui est également une des premières institutions de capital-investissement
en Algérie, n’est engagée à fin 2012 que dans cinq projets pour un montant global de 2,97 millions
USD.10
El Djazaïr Istithmar est une société d’investissement créée par la Banque de l’Agriculture et du
Développement Rural –BADR (70%) et la Caisse Nationale d’Epargne et de Prévoyance – CNEP
(30%) et agréée par le ministère des finances en mai 2010. A mi-2012, ce fonds d’investissement a pris
des participations dans seulement six projets pour un montant global de 2,78 millions USD.11
Le Fonds de Soutien à l’Investissement pour l’Emploi (FSIE) est une institution financière qui recourt
à l’épargne publique pour des prises de participation dans des PME algériennes. Depuis son agrément
en janvier 2009 par la Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse –
COSOB, ce fonds n’a réussi à émettre auprès des salariés que pour montant de 108.000 USD. Aucun
investissement ou placement n’a été réalisé à fin 2012.12 En 2009, la Banque Algérienne de
Développement – BAD a été transformée en Fonds National d’Investissement – FNI. En plus de son
activité historique, le FNI/BAD pourra, sur ses ressources propres, prendre des participations dans des
PME du secteur privé. La grande majorité des sociétés de capital investissement (Finalep, Sofinance,
EL-Djazaïr Istithmar, FSEI, FNI/BAD, …) appartient au secteur public, ce qui constitue une
singularité du financement en Algérie.
A titre comparatif, le capital-investissement au Maroc et en Tunisie est un mode de financement bien
plus développé. Au Maroc, à fin 2012, on dénombre 36 fonds d’investissement gérés par 20 sociétés. A
fin 2012, les fonds levés cumulés s’élèvent à 1,1 milliard USD et les investissements cumulés à 427,6
millions USD.13 En Tunisie, à fin 2012, les participations cumulées en capital-investissement ont
atteint le montant brut de 861 millions USD et le total des entreprises financées le nombre de 2 226.14

9
Site web de Sofinance, www.sofinance.dz. Taux de change utilisé : 1 USD = 78,08 DA.
10
Rapport annuel 2013 de la COSOB.
11
Rapport annuel 2012 de la COSOB.
12
Rapport annuel 2013 de la COSOB.
13
Association Marocaine des Investisseurs en Capital –AMIC, 2012. Taux de change utilisé : 1 USD = 8,42
MAD.
14
Association Tunisienne des Investisseurs en Capital –ATIC, 2012. Taux de change utilisé : 1 USD = 1,55 DT.
10

4 – Le financement par le leasing


Le leasing est un mode de financement à moyen ou long terme qui prend la forme d’un contrat par
lequel un crédit-bailleur (banque, établissement financier ou société de leasing) met à la disposition
d’une entreprise un bien de production contre le paiement périodique d’un loyer. L’entreprise peut
disposer d’une option d’achat du bien qui reste la propriété du crédit-bailleur durant la période de
location. L’offre de leasing en Algérie est assurée par six établissements financiers, quatre banques
privées et une banque publique.15 Les biens les plus concernés sont les équipements de bâtiment et
travaux publics, le matériel roulant, le matériel agricole ainsi que les biens immobiliers.
Le leasing parait être un mode de financement particulièrement adéquat dans un contexte où les
problèmes d’asymétrie d’information sont très contraignants. L’un des principaux avantages du leasing
réside dans la réduction du risque d’aléa moral, car le matériel objet du leasing demeure la propriété du
crédit-bailleur.
Pour mesurer l’importance du leasing, on utilise en général le rapport du montant des contrats de
leasing à la Formation Brute de Capital Fixe –FBCF. Le tableau 4 montre que le leasing en Algérie
souffre d’un développement encore insuffisant.

Tableau 4 : Le leasing dans trois pays du Maghreb


Algérie Maroc Tunisie
Volume du leasing / FBCF (%) 1,12 2,94 8,82
Source : Al-Sugheyer and Sultanov (2010).

IV – Aléa moral et rationnement du crédit


Dans cette section, nous présentons un modèle expliquant le volume du financement des entreprises
par l’aléa moral et dont les éléments constitutifs sont l’ampleur de l’économie informelle, la valeur
juridique des garanties et la disponibilité des registres publics et privés des crédits octroyés.

1 – L’autofinancement, exigence rationnelle en cas d’aléa moral


Les banques exigent souvent des entreprises une part d’autofinancement plus ou moins élevée et qui est
notamment fonction du risque encouru. En sus du risque lié à l’aléa des états de la nature, la banque
fait également face au risque d’aléa moral de la part des actionnaires / dirigeants des entreprises.
L’exigence en fonds propres constitue une réponse rationnelle du prêteur en cas d’aléa moral anticipé.
Pour montrer cela, nous considérons le modèle principal/agent tel que simplifié par Tirole (2001). Un
entrepreneur désirant réaliser un investissement d’un coût initial I dispose d’un autofinancement A
d’un montant inférieur. Le besoin financier I  A doit être comblé par le recours à un financement
externe que nous supposerons être un crédit bancaire.
Le projet procure un revenu vérifiable R en cas de succès et 0 en cas d’échec. La probabilité de succè s
est PH en cas de comportement loyal de l’entrepreneur et PL en cas de comportement déloyal, avec
PH  PL . En cas de comportement déloyal, l’entrepreneur obtient des bénéfices privés B. Ces derniers

15
Sites web du Ministère des Finances, Algérie (www.mf.gov.dz) et de la Banque d’Algérie (www.bank-of-
algeria.dz). Il s’agit respectivement de Sofinance, Arab Leasing Corporation – ALC, Maghreb Leasing Algérie –
MLA, Société Nationale de Leasing – SNL, Idjar Leasing Algérie – ILA, Société de Refinancement Hypothécaire
–SRH, El Baraka, BNP Paribas, Société Générale Algérie, Natixis et de la BADR.
11

sont des revenus non observables par le financier externe et ne sont appropriés que par l’entrepreneur.
Pour donner une illustration à l’existence des bénéfices privés, considérons que l’entrepreneur ait la
possibilité d’activer partiellement dans le marché informel. Les bénéfices qu’il en tire sont des
bénéfices privés car ils ne sont pas partagés avec le financier externe. Ces bénéfices privés procurent
une utilité marginale supérieure à ceux de l’économie déclarée, notamment en raison du bénéfice
fiscal, justifiant ainsi le transfert d’une partie de l’effort de l’entrepreneur de l’économie déclarée vers
l’économie parallèle, ce qui donne PH  PL .
En cas de succès, la part revenant à l'entrepreneur (insider) est Ri et celle du financier (outsider)
est Ro , avec R  Ri  Ro . Considérons qu'en raison de la concurrence entre les financiers, le profit
espéré du financier est nul, soit p H  Ro  I  A  0 . On suppose aussi que le projet n'est viable que si
l'entrepreneur se comporte loyalement. Par conséquent, le contrat de financement doit être conçu de
telle sorte à inciter l'entrepreneur à se comporter de façon loyale. Cette exigence est formalisée à
travers la contrainte d'incitation suivante :
p H  Ri  p L  Ri  B

Ceci donne Ri  B p avec p  p H  p L . Comme Ri  R  Ro , cette contrainte d'incitation


implique que Ro  R  B p . En d'autres termes, à partir de la contrainte d'incitation, il ressort que le
montant maximal pouvant être gagé (réservé) en faveur du financier sans compromettre l'incitation de
l'entrepreneur à se comporter loyalement est R  B p . Le montant espéré maximum pouvant être
gagé est donc p H R  B p  . La contrainte d’incitation et l’équilibre financier des apporteurs de
fonds impliquent que p H R  B p   I  A , c'est-à-dire :

 B 
A  A   p H    pH R  I 
 p 

Le montant A est donc la contribution minimale de l’entrepreneur pour amener la banque à financer
le projet.16 Ce montant est de nature à inciter l’entrepreneur à se comporter loyalement. Le
financement maximal qu’accordera la banque est donc égal à :
 B 
F  I  A  p H  R  
 p 
Cette expression montre que lorsque les bénéfices privés B augmentent, notamment en raison de l’aléa
moral, la banque réduira son financement. Nous étendons maintenant ce modèle pour intégrer les
sources d’aléa moral évoquées en introduction.

2 – Rationnement de crédit et économie informelle


La présence de l’économie souterraine S (exprimée par exemple par rapport au PIB) plus ou moins
étendue est un facteur facilitant l’existence de bénéfices privés et favorisant ainsi l’aléa moral. On peut
formaliser cette relation par l’expression BS  , avec B S   0 . L’expression du financement externe
maximal devient :

16
J. Tirole (2001). Cette équation montre que ce montant maximal est la différence entre la rente d’agence et la
valeur actuelle nette du projet en cas de comportement loyal.
12

 BS  
F  I  A  p H  R  
 p 
Cette hypothèse implique que :
F
  H B S   0
P
S p
En symbolisant par 1 le coefficient du facteur représentatif de l’économie souterraine dans le modèle
statistique développé plus bas, l’hypothèse à tester est donc 1  0 .

3 – Rationnement de crédit et valeur juridique des garanties


Si l’entrepreneur ne dispose pas de l’autofinancement exigé, il existe une possible substitution, même
imparfaite, entre liquidité et garantie. L’exigence en autofinancement de la banque peut être ainsi
moindre si l’emprunteur est en mesure de présenter des garanties dont la valeur est cependant
aléatoire. Cette substitution est d’autant plus grande que la garantie proposée est de qualité supérieure.
Elle est ainsi plus élevée si la garantie est du type réel (hypothèque de biens immobiliers, par exemple)
et plus faible si la garantie est du type personnel (caution personnel, par exemple).
Cette substitution dépend également de l’environnement juridique. En effet, si la probabilité de mise en
jeu d’une garantie est réduite en raison d’une faible protection juridique des créanciers, alors la
garantie présentée d’une valeur G ne permet à l’emprunteur d’obtenir qu’un prêt de  G avec
0    1 . Le facteur  est évidemment d’autant plus faible que l’indice du niveau de protection
juridique J des créanciers est faible, ce qui donne  J  avec  J   0 . Ainsi, la faible valeur juridique
des garanties constitue un frein à l’expansion du crédit et donc in fine, un frein au développement.
Avec la possibilité de substitution partielle entre liquidité et garantie, l’exigence en fonds propres A
diminue et l’expression du financement maximal bancaire devient :
 BS  
F  I  A  p H  R     J G
 p 
Cette expression implique que :
F
  J G  0
J
En symbolisant par  2 le coefficient du facteur représentatif de la qualité juridique des garanties dans
le modèle statistique, l’hypothèse à tester est  2  0 .

4 – Rationnement de crédit et disponibilité de registres de crédits


Pour l’estimation du risque de crédit encouru, les premières sources d’information sont constituées des
états financiers de l’entreprise et de la banque elle-même à travers ses opérations avec ses clients. La
banque améliore son estimation du risque en utilisant de l’information externe à l’entreprise (Gliz &
Touati-Tliba, 2011). En Algérie, les banques peuvent obtenir auprès de la centrale des risques de la
Banque d’Algérie des informations sur les crédits contractés par les entreprises. La centrale des
risques, alimentée à partir des déclarations des banques, a été conçue au départ pour les crédits aux
13

entreprises et étendue par la suite aux entrepreneurs individuels, aux particuliers et aux créances
douteuses et litigieuses.17
Les centrales de risques, également appelées registres des crédits ou bureaux de crédits, permettent aux
banques de partager leur information sur l’endettement des entreprises et de réduire ainsi l’asymétrie
d’information. Une telle base de données peut être du type public comme en Algérie, ou du type privé.
Les deux types de registres coexistent très souvent. Les registres publics sont basés généralement sur
une déclaration obligatoire des banques. Ils sont créés par les banques centrales et ont pour principal
objectif la supervision des banques commerciales. Les bureaux de crédit privés sont quant à eux créés
spécifiquement pour aider les banques à mieux mesurer le risque de crédit (Miller, 2003). C’est pour
cela qu’il est plausible que les bureaux privés de crédit soient plus significatifs que les registres publics
de crédit dans l’explication du volume du crédit au secteur privé.
Dans le modèle adopté, l’existence de registres de crédits C, publics ou privés, est de nature à réduire
l’asymétrie d’information et donc les bénéfices privés B, ce qui donne BC   0 . L’expression du
financement externe maximal devient :
 BS , C  
F  I  A  p H  R     J G
 p 
Cette expression implique que :
F p B
 H 0
C p C
En symbolisant respectivement par  3 et  4 le coefficient des facteurs représentatifs de l’étendue du
registre public du crédit et du registre privé du crédit, les hypothèses à tester sont  3  0 et  4  0 .

V – Présentation des modèles statistiques estimés


Dans la partie empirique, nous nous basons sur des données de la Banque Mondiale pour estimer deux
modèles statistiques. L’indice i se référant aux pays, le premier modèle statistique à estimer a pour
expression :
CREDPRIV i   0  1 SOUTi   2 GARJUR i   3 REGPUB i   4 REGPRIV i   i
Le second modèle statistique vise à montrer que ces variables représentatives d’asymétrie
d’information sont également des facteurs expliquant le niveau du PIB par habitant. Les données
relatives aux variables CREDPRIV, PIBHAB, GARJUR, REGPRIV et REGPUB sont obtenues de
data.worldbank.org.18
La signification des variables est la suivante :

CREDPRIVi : Valeur des financements intérieurs accordés au secteur privé par rapport au PIB de
l’année 2012 du pays i. Ce sont, selon la Banque Mondiale, "les ressources financières fournies au
secteur privé, notamment par le biais de prêts, d'achat de titres autres que des actions, de crédits
commerciaux et d'autres comptes débiteurs, qui constituent des créances à rembourser."

PIBHABi : Valeur du PIB par habitant de l’année 2012 du pays i.

17
Rapport annuel Banque d’Algérie 2011.
18
Les données utilisées des variables GARJUR, REGPUB et REGPRIV sont une moyenne de la période 2004-
2012.
14

SOUTi : Estimation de l’économie souterraine (informelle) par rapport au PIB officiel du pays i. Elle
est due à Schneider, Buehn & Montenegro (2010) et est une moyenne sur la période 1999-2007.

GARJURi : Indice de la solidité des garanties juridiques du pays i. Cet indice de la Banque Mondiale
rend compte dans quelle mesure "les lois sur la faillite et les garanties protègent les droits des
emprunteurs et des prêteurs et facilitent donc les prêts." Il varie de 0 à 10, une note élevée indiquant
que les lois du pays concerné sont convenablement conçues en vue de favoriser la distribution du crédit.

REGPUBi : C’est un indicateur du nombre d’entreprises et de particuliers du pays i dont l’information


relative aux crédits obtenus est disponible dans un registre public, et ce pendant une durée de cinq
années. Ce nombre est exprimé en pourcentage de la population adulte et cette base de données est
généralement gérée par la banque centrale. Cette information porte sur "l’historique de
remboursement, les dettes impayées ou les crédits en cours". Cet indicateur est le reflet de
l’accessibilité par les banques à l’information sur les crédits accordés.

REGPRIVi : Cet indicateur est identique à REGPUBi , mais concerne des registres privés. Ces derniers
sont gérés par des chambres de commerce, des associations de banques, des sociétés privées ou par des
organismes à but non lucratif.

Djankov, McLiesh & Shleifer (2007) ont analysé les déterminants du crédit au secteur privé et ont
trouvé que ce dernier est positivement corrélé aux indices des droits légaux des créanciers et des
registres publics et privés de crédits. Par rapport à ces résultats, notre démarche diffère selon trois
éléments. En premier lieu, on a introduit deux nouvelles variables, à savoir la part de l’économie
souterraine dans l’économie et l’indice de la solidité des garanties juridiques. En second lieu, nous
avons utilisé de nouvelles mesures des registres de crédit. Il s’agit des indicateurs du nombre de crédits
accordés aux entreprises et aux particuliers transcrits dans un registre public ou un registre privé. Ces
indicateurs sont rendus disponibles auprès de la Banque Mondiale depuis 2004. Enfin, dans notre
démarche, on s’intéresse à l’impact de l’asymétrie d’information sur le volume du crédit au secteur
privé et sur le PIB par habitant et c’est pour cela que nous concentrons l’attention sur des variables
explicatives exprimant de l’asymétrie d’information.
Le tableau 5 donne quelques caractéristiques statistiques des variables utilisées de l’échantillon
composé de 156 pays.19

Tableau 5: Quelques caractéristiques et valeurs des variables utilisées


Moyenne mondiale Algérie Maroc Tunisie
PIBHAB (USD) 14 372 5 310 2 902 4 197
CREDPRIV(%) 127,09 14,54 73,34 75,93
SOUT (%) 30,50 32,50 34,90 37,20
GARJUR (indice sur 10) 5,38 3 3 3
REGPUB (%) 6,71 0,4 1,07 17,29
REGPRIV (%) 22,47 0 6,19 0

19
Lors de la constitution de leur échantillon, Djankov et al. (2007) ont écarté les pays ayant une population
inférieure à 1,5 millions d’habitants. Contrairement à ces auteurs, nous n’avons établi aucune limite de taille des
pays. Les simulations effectuées montrent que cette condition n’a pas d’impact sur les résultats.
15

Après une première estimation du modèle 1, il est apparu que pour Chypre et la Thaïlande, le résidu
représente une valeur extrême (valeur au-delà de trois écart-types par rapport à la moyenne). Ces deux
pays ont été de ce fait écartés et une nouvelle estimation a été effectuée. Ce même motif a entraîné
l’exclusion du Luxembourg, de la Norvège et du Qatar du modèle 2.
Le tableau 6 présente les deux modèles statistiques obtenus ainsi que les principaux tests effectués.

Tableau 6 : Coefficients et tests des deux modèles estimés


Variable dépendante
Variables explicatives
CREDPRIV PIBHAB (103 USD)
et tests
Coefficient t DS Coefficient t DS
Constante 79,51 6,65 *** 26,01 6,56 ***
SOUT - 1,82 -7,79 *** -0,67 -8,70 ***
GARJUR 4,76 3,69 *** 0,95 2,33 **
REGPUB 0,69 3,08 *** -0,03 -0,46 NS
REGPRIV 0,39 4,02 *** 0,18 5,70 ***
Nombre de pays 154 153
F 46,06 53,30
DS du modèle *** ***
2
R ajusté (%) 54,08 57,92
Shapiro Wilk W 0,94 (***) 0,93 (***)
DS : degré de signification ; NS : non significatif. *, ** et *** représentent respectivement une signification
statistique au niveau de 10%, 5% et 1%.

Dans le modèle 1, où la variable expliquée est le ratio volume du crédit au secteur privé / PIB, les
quatre variables explicatives ont un signe conforme aux hypothèses émises et sont significatives à
moins de 1%. La signification statistique des variables REGPUB et REGPRIV montre que la
disponibilité de l’information sur les crédits contractés par les entreprises est de nature à favoriser le
crédit au secteur privé. Ceci constitue une validation empirique de l’effet négatif de l’asymétrie
d’information sur le financement. Ce résultat est conforme à ceux obtenus par Jappelli & Pagano
(2002) qui ont trouvé que le crédit bancaire est plus élevé et le risque de crédit moins élevé dans les
pays où les banques partagent l’information, que ce soit via des centrales de risques publiques ou des
bureaux de crédits privés.
La variable SOUT est significative à moins de 1%, indiquant que les banques considèrent l’existence de
l’économie souterraine comme étant une source d’opacité de l’information et une opportunité pour les
entreprises de s’approprier de façon privée les cash-flows dégagés au détriment des créanciers.
Enfin, la signification statistique de la variable GARJU montre que la valeur juridique des garanties est
un élément favorable à l’expansion du financement. Ce point est conforme à la thèse « law and
finance » évoquée précédemment (La Porta et al., 1998) selon laquelle dans les pays où la protection
juridique des créanciers est moins substantielle, les entreprises rencontrent plus de difficultés à se
procurer des ressources financières externes.
Dans le modèle 2, la variable à expliquer est le PIB par habitant. L’existence de l’économie souterraine
et de registres privés de crédits demeurent aussi significative que dans le modèle 1. La variable
représentant la valeur juridique des garanties demeurent significatives à 2,1%. Par contre, l’existence
16

d’un registre public de crédits n’est plus significative. Sur la base du modèle 2, il semble donc que les
registres privés de crédits favorisent plus le développement économique que les registres publics de
crédits. En d’autres termes, ces deux alternatives de registres ne seraient pas substituables. Le partage
de l’information entre les banques sur les entreprises clientes, en particulier celles ayant des incidents
de paiement, a été notamment discuté dans la littérature sous l’angle de savoir s’il est préférable
d’avoir une centrale des risques privée ou une centrale des risques publique (Miller, 2003).

VI – Les facteurs de faiblesse du financement du secteur


privé en Algérie
La relation positive entre le PIB par habitant et le financement du secteur privé est largement
documentée dans la littérature (Djankov et al., 1999). L’accroissement du financement du secteur privé
constitue l’un des objectifs des autorités monétaires algériennes, ceci à la suite des réformes en cours
lancées en 1988 visant le passage de l’Algérie de l’économie planifiée vers l’économie de marché. La
part du financement accordé au secteur privé a connu une importante augmentation entre 2000
(29,33%) et 2012 (52,2%). En volume, on assiste à une augmentation impressionnante de 604% sur la
même période. Mais en proportion du PIB, le financement du secteur privé demeure très faible et ne
représente en 2012 que 14,54% du PIB.
Dans le cadre du modèle statistique développé plus haut, nous avons identifié quatre facteurs
expliquant le faible niveau du financement accordé au secteur privé en Algérie. Ces facteurs sont une
traduction de l’asymétrie d’information existant entre les banques et les entreprises du secteur privé.
L’étendue du marché informel est un facteur très significatif expliquant la faiblesse du financement
accordé au secteur privé. Le marché informel est associé par les banques à une information comptable
imparfaite et à la possibilité d’expropriation des actifs de l’entreprise au détriment des créanciers.
D’ailleurs, les banques algériennes se plaignent souvent de l’existence du marché informel qu’elles
considèrent comme un frein au développement du crédit.
La faible disponibilité de l’information relative aux crédits accordés et à leur dénouement constitue un
autre facteur explicatif de la faiblesse du financement du secteur privé. En Algérie, cette information
est donnée par la centrale des risques de la Banque d’Algérie. Cependant, au regard des statistiques de
la Banque Mondiale, cette centrale des risques semble peu développée, ce qui constitue un élément
défavorable au développement du crédit au secteur privé. Selon la Banque d’Algérie, seules 94.708
entreprises et personnes physiques exerçant une activité professionnelle non salariés sont déclarées par
les banques et établissements financiers.20 De plus, la centrale des risques ne mentionne pas
l’historique de remboursement et les dettes impayées. La Banque d’Algérie a adopté un nouveau
programme pour améliorer la qualité de la centrale des risques, consistant notamment à intégrer les
créances douteuses et litigieuses.
L’inexistence totale en Algérie de registres privés de crédit représente un autre facteur expliquent la
faiblesse du financement du secteur privé. Ce type de registre existe dans 44% des pays, spécialement
dans les pays anglo-saxons. Un registre privé de crédit peut émerger sous la forme d’un équilibre de
coopération entre agents en compétition. Dans ce cas, le partage de l’information relative aux crédits
accordés représente un arbitrage entre la protection mutuelle entre les banques et la compétition pour le
profit. L’absence d’une telle alternative en Algérie est un indicateur du manque de mutualisation des
risques entre les banques algériennes. La seconde forme possible de registre privé de crédit est la forme
commerciale dans laquelle une firme active dans la collecte, le traitement et la commercialisation de
l’information relative au crédit. Cette alternative est également absente en Algérie.

20
Rapport annuel Banque d’Algérie 2012.
17

Le bas niveau (3 sur 10) de la solidité des garanties juridiques constitue une autre explication de la
faiblesse du financement bancaire des entreprises du secteur privé, bien que les demandeurs de crédit
soient disposés à offrir des garanties. Les banques algériennes se plaignent souvent des procédures
administratives et judiciaires de mise en jeu des garanties qui durent trop longtemps par rapport aux
exigences de gestion financière de la banque. En raison de cette carence, la présence de garanties ne
suffit pas toujours à favoriser l’octroi du crédit. L’analyse de l’indice évalué par la Banque Mondiale
montre qu’en Algérie, des insuffisances demeurent. Par exemple, la Banque Mondiale relève que n’est
pas opérationnelle en Algérie une institution supposée être un lieu d’enregistrement national des
garanties sur des biens meubles pouvant informer les financiers de l’ensemble des biens en garantie
d’un débiteur donné. Il a été relevé également qu’en Algérie, en cas de liquidation de l’entreprise, la
priorité n’est pas accordée aux créanciers garantis, notamment vis-à-vis de l’administration fiscale et
des travailleurs.

Conclusion
Le secteur bancaire algérien fait régulièrement l’objet de reproches selon lesquels il se montre restrictif
dans la distribution du crédit aux entreprises du secteur privé. Selon les statistiques de la Banque
Mondiale, les crédits domestiques au secteur privé par rapport au PIB ont atteint en Algérie le niveau
de 14,54% en 2012, alors que la moyenne mondiale de ce ratio est de 127,09%. Cette faiblesse de
l’intermédiation financière en Algérie persiste en dépit des multiples efforts de modernisation des
institutions financières. Par comparaison à d’autres pays du Maghreb, nous faisons clairement ressortir
cette faiblesse, notamment à travers le volume des crédits bancaires à l’économie, la capitalisation
boursière des marchés des actions et des obligations, l’activité de capital-investissement et le
financement par le leasing. Pour tous ces compartiments, le secteur financier algérien affiche des
niveaux d’activité nettement plus faibles.
A travers le présent article, nous montrons que l’une des raisons de cette situation se trouve en-dehors
même du secteur financier, bien que l’on ne puisse pas en négliger l’inefficacité interne. Nous
montrons en effet que l’une des explications de la faiblesse de l’intermédiation financière est
l’asymétrie d’information existant entre le préteur et l’emprunteur, asymétrie qui fait naître une
situation de rationnement du crédit. Cette dernière est définie comme étant un état de l’économie où la
banque refuse rationnellement d’accorder un crédit à un emprunteur bien que ce dernier soit disposé à
accepter un taux d’intérêt plus élevé que le taux d’intérêt courant.
Nous mesurons l’ampleur de l’asymétrie d’information par quatre facteurs, à savoir l’importance de
l’économie souterraine, la qualité de la valeur juridique des garanties et l’existence d’une centrale
publique des risques et d’un bureau privé des crédits. L’existence de l’économie souterraine favorise
l’opacité de l’information et peut de ce fait constituer un frein au développement du crédit. La valeur
juridique des garanties est également un facteur influent sur le financement des entreprises. L’existence
de centrales de risques, qu’elles soient publiques ou privées, permet aux banques de réduire l’asymétrie
d’information et a donc un impact sur le volume du financement des entreprises.
Le premier modèle estimé montre que ces quatre facteurs sont très significatifs dans l’explication du
ratio crédits au secteur privé/PIB. Ainsi, l’existence d’une économie parallèle a un impact négatif sur
le volume des crédits. Par contre, la qualité juridique des garanties et l’existence de registres des
crédits, qu’ils soient publics ou privés, favorisent l’expansion du crédit aux entreprises privées.
Dans le deuxième modèle estimé où la variable expliquée est le niveau du PIB par habitant, l’existence
de l’économie souterraine et de registres privés de crédit demeurent encore très significative, mais celle
d’un registre public de crédits ne l’est plus. Le statut juridique, public ou privé, des registres de crédit
s’avère ainsi être une question pertinente pour l’expansion du financement de l’économie.
18

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