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Miguel Pinilla

ENSASE S5 - Logements métropole XX siècle : Berlin-Lyon-Saint-Étienne


Jörn Garleff

Logement, Matière de nos Villes – Chronique Européenne 1990 -2007


Nasrine Seraji

Le logement a toujours eu un rôle important dans le développement et


l’évolution de la pensée architecturale mais également dans les droits de l’homme. Au
fil du temps, ce sujet a été abordé et travaillé par un grand nombre d’architectes à
travers les discussions, l’introduction de nouvelles tendances ou critiques… Cependant,
en dépit des préoccupations sociales, le logement ne réside pas au cœur de la pensée
architecturale, malgré l’importance du bien-être de l’homme, puisque l’apparence est
devenue plus importante que la fonctionnalité.

L’évolution du logement suit le cours de son époque, devenant son miroir, et


reflète en même temps la perception qu’on a du monde. Les tendances architecturales
n’étaient pas seulement esthétiques ou fonctionnelles, mais aussi sociopolitiques car
elles portaient un enjeu politique qui constituait un élément de réflexion pour les projets
à venir. Etant donné que le logement constitue le 95 pourcent de la substance urbaine,
les architectes sont devenus les acteurs principaux de l’évolution du logement. Les
innovations qui nous ont émerveillés au début du XX siècle nous paraissent aujourd’hui
inconcevables. L’approche d’autres domaines que celle qu’est l’architecture a su
enrichir le concept de logement. L’industrialisation pour sa part, va réduire
considérablement les « travaux ménagers » et introduire le confort dans les logements.
Tous ces événements s’enchaînent harmonieusement en faveur des habitants.

Aujourd’hui, aucune réflexion typologique n’est faite, alors que, comme Seraji
l’énonce « la ville est faite d’abord d’habitants, et non de musées ». Nous pouvons donc
nous poser quelques questions : Pourquoi trouvons-nous encore des problèmes liés au
logement ? ; Les architectes ont-ils déjà tout essayé ? ; Les architectes sont-ils
responsables des problèmes actuels ?

Un rapide parcours chronologique pourrait nous démontrer le contraire. Les cités


jardins prévoyaient déjà une vie en communauté en proposant des cités fonctionnelles
où tout était à disposition des habitants. Dans les années 20 tout a été calculé et optimisé
pour à la fois loger le plus de personnes possible et offrir une qualité de vie optimale.
Sur de très petites surfaces, ont été conçus de vrais logements fonctionnels, répondant
aux besoins de la société.

Les logements collectifs, aujourd’hui stigmatisés, sont à la base de la création de


nos villes et de l’optimisation que nous trouvons dans les logements actuels. Cependant,
durant cette époque, l’architecture commence à subir une décadence. Le concept de
développement durable changera encore une fois le mode de vie des habitants, et le
sujet principal ne sera plus vraiment l’homme mais la basse consommation des énergies.
Aujourd’hui, de manière générale, nous nous apercevons qu’il y a de moins en moins de
propositions, d’idées, d’espoir…
Il m’a paru évident de développer ces interrogations à partir de deux exemples
particuliers qui ont abordé la question du logement différemment:

Le Corbusier a été très critiqué pendant la conception et construction de l’unité


d’habitation de Marseille. Ce projet a déclenché des polémiques au sein des architectes
et de la société. La forme, le concept, le matériau, chaque élément fut victime de
jugements sévères, mais les qualités spatiales ont été laissées pour compte. Le Corbusier
a conçu un bâtiment qui réunissait un grand nombre de besoins pour la société actuelle.
Le constat le plus remarquable et intéressant dans ce projet est que l’architecte ne s’est
pas uniquement contenté de travailler la « cellule » mais aussi il a pensé l’ensemble du
bâtiment en introduisant des fonctions permettant une meilleure qualité de vie à ses
habitants. Il s’agit donc d’un projet inédit qui a bouleversé l’architecture.

Le deuxième exemple se situe dans un contexte plus particulier. Le phénomène


des HLM commence à présenter ses failles. Après la deuxième Guerre Mondiale, il
fallait construire rapidement et dans une stratégie économique pour loger, par exemple,
dans le cas de l’Allemagne, il fallut reconstruire pratiquement un pays entier, et le temps
manqua alors pour réfléchir plus profondément aux problèmes à long terme.

Le projet de Jean Renaudie, dans le contexte de la rénovation de la ville d’Ivry-


sur-Seine, présente un abord différent du logement social car « le logement échappe à
l’étroitesse canonique de l’immeuble ». Avec un mélange de formes, d’accidents et de
matériaux, il proposé des interférences entre l’espace public et privé, en multipliant les
rencontres entre les gens. De même, les terrasses devraient être des lieux de rencontre,
mais contrairement aux intentions de l’architecte, ces terrasses seront condamnées et le
foisonnement de la végétation augmentera l’intimité. Ceci nous fait penser que l’homme
va naturellement chercher à se protéger, bien qu’il ait tout à disposition pour réagir
autrement. Nous pouvons trouver ce phénomène dans toutes les conditions sociales.
Dans les quartiers les moins favorisés, les habitants vont se protéger individuellement,
de la société, du voisin. De l’autre coté, dans les quartiers riches, les habitants ont
tendance à s’enfermer pour se sentir plus en sécurité.

Nous avons remarqué que le rôle de l’architecte a été fondamental dans


l’évolution de l’habitat et de la société, mais actuellement la tendance est différente. Le
logement est à l’image de son époque, et s’est peu à peu transformé en un « produit »
standard, jusqu'au jour où la façade est devenue l’enjeu architectural majeur,
affaiblissant l’importance de la qualité du plan des logements. Les architectes ont pour
leur part effectué de nouvelles tentatives qui n’ont pas eu d’écho dans la société. Il n’y a
pas eu de réponse de la part de la société. Par conséquent, je trouve que la question du
logement doit être traitée différemment. Autrement dit : est-ce la faute des architectes,
s’ils n’ont pas réussi à comprendre les besoins de la société, ou plutôt celle de la société
en elle-même, une société qui n’aurait pas su comprendre les propositions et intentions
des architectes ?
Ou plus simplement parce que nous ne sommes pas préparés à vivre en
communauté ?