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Colloque international

Le créateur et ses figures parentales.


CITIL
Université de Dijon.
26 et 27 Mars 2010.

Lecture des enfants du Graal de Peter Berling.

Georges Bertin.

A Véronique Liard…

L’auteur, Peter Berling.

L’œuvre étudiée : Les Enfants du Graal et continuations.

Le mythe du Graal : parentalités et filiations.

• Que savons nous du graal ?


• Wolfram von Eschenbach,
• l’hérésie cathare,
• l’ésotérisme gnostique.

Mots clefs : graal, gnose, mythe, royauté sacrée, chevalerie, ordre.

1
L’auteur.

Acteur et auteur de renom, Peter Berling est né en mars 1934 dans une famille
d’émigrés russes à Meseritz, Obrawald, en Pologne, sur l’Obra. Autrefois place
forte essentielle des marches de la Grande Pologne, cette cité est connue pour
avoir été le siège d’une bataille opposant l’empereur Henri II, dit Le Saint, à
Boleslas le Vaillant en 1005.
D’abord étudiant aux Beaux Arts de Munich, Peter Berling, après un séjour au
Maghreb, découvre le cinéma en 1958 et devient producteur de films et acteur
dans quelques 70 films (Le Nom de la Rose, Cobra Verde, La Dernière Tentation
du Christ, Aguirre, la colère de Dieu…). On le trouve, de 1957 à 2002, producteur
de Rainer Werner Fassbinder, de Jean-Jacques Annaud, de Sergio Leone, de
Werner Schroeter..
Sa stature colossale n’est pas seulement physique, doté d’une culture médiévale
et orientaliste immense, il est connu pour sa fameuse série romanesque Die
Kinder des Gral, Les Enfants du Graal (1981-1986 traduite en français de 1996 à
1998) suivie de Der Schwarze Kelch, Le Calice Noir (2 tomes), dont la
publication s’étend de 1997 à 1999), en tout 5 volumes totalisant quelques 2800
pages.
La première série Les enfants du Graal, comporte trois tomes : Les enfants du
Graal, Le Sang des Rois, La Couronne du Monde, et la seconde, Le Calice Noir,
deux tomes : Le secret des Templiers et Le Sceau de Salomon.
Suivent, toujours dans des thématiques proches : La Cathare (Die Ketzerin,
2000), Zodiac (2002), La Croisade des enfants (2006) (Das Kreuz der Kinder,
2003), La Princesse et le Kilim (2006) (Der Kelim der Prinzessin, 2004).
L’ensemble de ses romans a connu un très grand succès et de nombreuses
traductions.

2
Son roman Principal, Les Enfants du Graal, écrit « à la mémoire des enfants du
sang royal », met en scène deux jeunes héros Roç (Roger Raymond Bertrand ou
Roger Trencavel du Haut Ségur et Yeza (Isabelle Constance Ramona ou
Esclarmonde du Mont Y Sion) que l’on va suivre, depuis leurs premiers jours,
l’année 1244 (le bûcher Montségur) jusqu’à leur maturité, laquelle coïncide avec
leur arrivée à Jérusalem, parvenus à maturité.
Ils sont, écrit l’auteur « personnages fragiles, porteurs d’une espérance que des
puissances impitoyables manipulaient sur l’échiquier, (et…) dans le « grand
projet (…) un couple de souverains encore enfants ».
Ce « Grand Projet », où les enfants royaux se trouvent jetés, va voir leur errance
organisée, en cette seconde moitié du 13ème siècle, tout au long du récit, du
Languedoc à La Mongolie et de la Sicile en Terre sainte via l’Egypte des
Ayyubides, Chypre et les palais de Constantinople. Il tient justement à leur
parentalité : l’un et l’autre sont nés entre 1329 et 1240 de parents inconnus mais
d’une lignée déclarée d’emblée comme sacrée, puisque leur « sang réel » ou
« réal » soit « sangraal » est présenté comme issu des lignées les plus
prestigieuses, et c’est ce qui en fait des êtres d’exception :
Roç est de la lignée des Trencavel de Toulouse, laquelle descendrait en droit
ligne de Jésus Christ et de Marie Madeleine, son épouse cachée dans certaines
traditions :
Quand Marie Madeleine foula la terre de ce pays, elle portait en elle le sang
sacré… Des druides dans le secret du mystère, des scribes au fait de l’ancienne
foi judaïque, l’attendaient avec impatience, ils l’accueillirent puis la firent
accoucher et incarner la « Gesta dei per Francos ,

soit un sang qui toujours circule, vigoureux et fort vivant » (premier tome p.
571), et celui des Mérovingiens. Son père serait Raymond Roger II Trencavel
mort en 1209 à Carcassonne, fils du célèbre Roger II Trencavel encore appelé
Parsifal ou Perceval mort en 1194 et sa mère, d’Esclarmonde de Perella fille du
seigneur de Montségur qui périt avec sa mère dans le bûcher dressé par les
inquisiteurs pour les cathares du lieu,
Yeza serait fille de la même Esclarmonde de Perella mais son père serait Enzio
bâtard de l’empereur Hohenstaufen Frédéric II.
1
Berling Peter, Les Enfants du Graal, édition Livre de Poche, 1998, première édition française Lattés, 1996.

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C'est-à-dire que les « enfants royaux » qui seraient donc demi frères et sœurs, ce
qui ne les empêchera pas, tels Isis et Osiris, de s’aimer, culminent les deux
principales lignées des plus hautes familles royales. Tout au long des cinq romans,
le texte insistera, de façon récurrente, sur les relations dynastiques à l’origine de
cette épopée liée au sang royal et à son devenir.
En 1244, à Montségur, au moment où les cathares (et donc la mère des deux
enfants) vont être livrés au bûcher de l’Inquisition. Un véritable commando réuni
à l’instigation d’un mystérieux arrière ordre templier, Le Prieuré de Sion 2, et de sa
Grande maîtresse, Marie de Saint-Clair, va favoriser leur évasion organisée par
Gavin Montbard de Béthune commandeur templier de Rennes le Château,
l’antique Redhae. Gavin est accompagné d’un moine franciscain, Guillaume de
Rubrouck, d’un prince musulman, Constance de Sélinonte dit Faucon Rouge, alias
Fassr ed Din Octay, de Sigbert Von Oxfeld, commandeur de l’ordre des
Chevaliers teutoniques, et de l’Assassin Créan de Bourivan, fils de John Turnbull,
converti à l’Islam.
Tous ont juré au Prieuré de défendre le Graal, trésor dans le trésor, « essence
véritable qui mérite d’être protégée », par l’Ordre, l’autorité vraie, celle dont on
parle à voix basse. Ce mythe du Graal ainsi interprété renverrait à l’Evangile de
Jean et à Marie Madeleine vénérée comme une sainte car, dit la cathare
Esclarmonde avant d’aller se livrer au bûcher a confié les enfants à Constance de
Sélinonte: « notre testament est notre sang ».
La première étape des fugitifs les amène au château de Quéribus où le seigneur
cathare du lieu Xacbert de Barbera, dit le Lion de combat, se mettra à leur service
tandis que les Francs appuyés sur l’Inquisition romaine font mainmise sur le
Languedoc d’où « les purs sont bannis ». Plus tard les enfants royaux se
revendiqueront d’ailleurs comme hérétiques et cathares.
On voit donc se mettre en place le camp ennemi des enfants du Graal, dont les
persécutions constitueront le fil de l’intrigue : le parti capétien et l’Ecclesia
Catolica alors que s’interroge l’auteur :
le (saint) Graal (la version allemande n’emploie pas l’adjectif) serait-il une
chose qui, dans les profondeurs secrètes de l’esprit se montrerait capable d’unir
2
Totalement fictive d’un point de vue historique, cette soit disant existence du Prieuré de Sion, très répandue du
côté de Rennes le Château, est due aux élucubrations d’un nommé Plantard, ancien agent pétainiste qui
s’autoproclamait héritier des Mérovingiens et Grand Maître dudit prieuré au début des années 50. Amplifiée par
Gérard de Sède et reprise par les auteurs anglais Lincoln et Baigent, elle a inspiré le Da Vinci Code. Peter
Berling s’en est donc également emparé.

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des chevaliers militants d’ordres chrétiens aux adeptes de l’Amour Courtois ? et,
Roç et Yeza étaient-ils des enfants de l’Amour, et de quelle sorte d’Amour ?

Aussi le graal, précieux trésor des hérétiques va demeurer introuvable pour les
Inquisiteurs et les Francs. En arrière plan la protection de l’Empereur romain
germanique, lui-même en conflit armé avec la papauté ne leur fera pas non plus
défaut, ne serait-ce qu’à cause de l’origine de Yeza..
L’étape suivante, au prix de bien des péripéties, conduit les enfants royaux à
Otrante où la comtesse souveraine du lieu, Laurence de Belgrave, dite l’Abbesse,
et son fils Hamo l’Etrange leur fourniront un premier hâve de paix, ils y passeront
leurs plus belles années d’enfance, y apprenant chevalerie, religions et courtoisie.

Puis l’auteur nous entraîne dans une épopée incroyable où l’on verra les enfants
royaux et leurs amis échapper à bien des embuscades, aux tentatives d’assassinat
fomentés par la Curie romaine ou la cour de France. Ils trouveront successivement
refuge à la Cour de Byzance, puis au Caire chez les Ayyubides sur fond de
septième croisade (1248-1254), laquelle échoue piteusement devant Damiette et
où ils rencontreront un temps l’amitié d’un familier de Louis IX, le sieur de
Joinville. Sont décrits, avec force détails, combats en mer, intrigues de palais,
harems et caravansérails, banquets somptueux et machinations politiques, luttes
d’influences entre les ordres chevaleresques, et encore les républiques maritimes
de l’époque, les systèmes d’alliance et d’influence. Le roman offre alors, avec
brio, une vaste fresque quasi baroque de l’époque et de ses acteurs, traversée de
bruits et de fureur sur fond de renversements d’alliance et de mystères
soigneusement entretenus par les ordres chevaleresques...
Une autre étape les verra trouver refuge dans la secte Ismaélite des Assassins à
Masyaf puis dans la Rose d’Alamut, la mythique forteresse du Vieux de la
Montagne, avant d’être acheminés jusqu’à Karakorum, à la cour de la Horde d’Or
du Grand Khan Mongke, le descendant de Gengis Khan, qui les prendra, un
temps, sous sa protection…Occasion pour Peter Berling de décrire avec minutie
les relations géopolitiques de l’époque, les forces en présence, puisant ses sources
dans une érudition soignée.

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Les deux tomes du Calice Noir voient Roç et Yeza revenir en Occitanie, à
Rennes le Château, où serait gardé le trésor de Salomon apporté là par les
Vandales après le sac de Jérusalem en 455 par Genséric.
Puis, leur errance de reprendre vers Palerme où le fils de Frédéric II, Manfred,
les recevra avant de retrouver l’Egypte, à Alexandrie, sous la protection des
Mamelouks. Ils aboutissent finalement à Jérusalem. Là, sur la Montagne Sainte,
leur sera révélé, par le Rabbin Jakov, l’ultime secret du Graal, celui du sceau de
Salomon qui clôt le cycle romanesque.

La pierre noire dans laquelle Salomon, après un combat long et acharné, a


banni les démons vaincus se tient comme la pierre d’une porte ouverte devant le
dernier lieu. Après lui se trouve la Lumière. Elle garde le Graal et réjouit tous
ceux qui ne peuvent encore voir la lumière car le Graal est un objet qui abrite des
miracles innombrables… c’est encore le libérateur lumineux…. Si vous avez soif
de lui, il prend forme, on ne peut le découvrir qu’ici et il n’apparaît qu’au pur, au
dernier de la lignée du roi David.

Protégé par le sceau de Salomon, il attend les enfants dans la montagne du Saint
des Saints, il participe à l’ultime connaissance. Car les enfants du Graal sont un
don du ciel, aboutissement des lignées les plus prestigieuses, dont celle de Jésus-
Christ via Marie Madeleine, et celle des Hohenstaufen, des familles royales
régnantes, il leur appartient donc d’accomplir leur véritable destin auquel toutes
les situations vécues dans les romans les prépareront.

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Le mythe du graal : parentés et filiations. Dans une profusion de références
littéraires et théologiques, d’allusions plus ou moins perceptibles, ces romans
nécessitent une lecture à plusieurs niveaux de sens, nous en distinguerons trois
souvent mêlés :
• La Légende arthurienne revisitée par Wolfram Von Eschenbach,
• L’hérésie cathare occitane,
• L’ésotérisme gnostique.

La Légende arthurienne, rappel des constituants du mythe graalique.


Les romans de la Table Ronde : c'est au 9ème siècle que l'on commence à
publier l'histoire du roi Arthur et de ses chevaliers. L'histoire des Bretons de
Nennius (Historia regum Britanniae) met en scène un chef de guerre (dux
bellorum), Arthur, à la tête des tribus celtes de l’Ouest de la Grande Bretagne. On
lui connaît 12 batailles dont certaines en Irlande et sur le Continent lorsqu'il
résiste à la fois aux légions romaines et à la poussée nordique des Angles et des
Saxons.

Au début du XIIème siècle trois vies de saints gallois sont publiées en latin,
(celles des saints Cadoc, Paterne et Carentoc) évoquant, dans divers épisodes, la
figure d'Arthur ainsi que celles de quelques uns de ses compagnons: Ké et
Béduire.

En 1125, Guillaume de Malmesbury écrit une Gesta Regum Anglorum dans


laquelle apparaît le personnages de Gauvain

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En 1137, Geoffroy de Monmouth, évèque des Galles du Nord, publie l'Histoire
des Rois de Grande Bretagne et les prophéties de Merlin. Son oeuvre marque une
rupture dans la Matière de Bretagne, ses écrits étant complets, organisés, utilisant
à la fois sources savantes et populaires.

En 1155, Guillaume Wace, écrit en Français "le Roman de Brut "où il décrit la
Table Ronde, la vie à la cour d'Arthur et les cérèmonies qui s'y déroulent.

De 1170 à 1190, Chrétien de Troyes, agissant sur commande de Marie de


Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine, publie cinq romans arthuriens passant de
l'histoire proprement dite à une conception déjà artistique du roman d'amour
(analyse). Il y fait montre d'un certain goût pour l'évocation du merveilleux. Ce
sont:

• Erec et Enide,
• Cligés ou la Fausse Morte,
• Lancelot ou le Chevalier à la Charrette,
• Yvain ou le Chevalier au Lion,
• Perceval ou le Conte du Graal, inachevé,

En 1212, Robert de Boron écrit une trilogie: Joseph d'Arimathie, Merlin,


Perceval. C'est le premier auteur connu à avoir tenté de composer un cycle
complet concernant le Graal. On ne conserve que le début de son Merlin.

Début 13ème paraît le Perlesvaus, oeuvre un peu déroutante où les barons d'Arthur
font croisade contre les païens tenants de l'ancienne loi. Perceval y est un véritable
Christ-Chevalier.

Vers 1225-1228, c'est La Vulgate du Lancelot en Prose, ou corpus Lancelot-


Graal, premier roman en prose et en langue vulgaire de notre histoire et dans
lequel Guillaume Assolant voyait "le père de tous nos romans". Il s'agit d'une
somme immense qui décrit les aventures des chevaliers de la Table Ronde. Au
centre du cycle: Lancelot, fils de Ban de Banoïc, province des Marches de Gaule,
élevé par la Dame du Lac. Il arrive à la cour d'Arthur, tombe amoureux de la reine

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Guenièvre, l'épouse d'Arthur. C'est le premier et le meilleur chevalier du monde.
Elle comprend:

- l'Estoire del Saint Graal relatant la venue du Graal en Bretagne au temps de


Joseph d'Arimathie,

- l'Estoire de Merlin,

- Le Lancelot en Prose,

- La Queste del Saint Graal,

- La Mort le Roi Artu.

Que savons-nous du Graal? Le Saint Graal est le vase dans lequel Jésus but
pendant la Cène, qu'il utilisa pour dire la première messe et où Joseph d'Arimathie
recueillit le sang de ses plaies. Chrestien le mentionne ainsi dans le Perceval de
Chrétien, le plus ancien à mettre en scène le fameux cortège du Graal: « li
graaus... la u li sains sans glorieux del roi des rois fu recheus » (XIIème siècle).

Le graal y apparaît comme un objet usuel (écuelle, récipient) au milieu de deux


autres objets: le tailloir d'argent et la lance qui dégouline de sang. Il est porté par
une demoiselle. Illuminant de clarté tout sur son passage, il est décrit comme "de
l'or le plus pur. Des pierres précieuses y sont serties" (Le Conte du Graal). C'est de
sa vision que date pour Perceval le début de ses malheurs. A partir de Chrétien on
voit insensiblement les récits du Graal passer d'une problématique celte à une
problématique chrétienne fortement influencée par les cisterciens (Robert de
Boron) avec un détour par le manichéisme (chez les continuateurs de Chrétien:
Wauchier et Manessier).

Au début du XIIème siècle, deux textes adaptent ce thème: le Peredur d'un


anonyme gallois et le Parzival de Wolfram von Eschenbach (vers l’an 1200).

La Quête du Saint Graal devient vite la fin ultime de toute chevalerie. Au terme
de la Quête entreprise à l‘instigation de Merlin, seuls trois chevaliers, les plus
jeunes, Bohort, Perceval et Galaad parviendront au château du Graal, ils
assisteront à une messe dite par Josephé, le fils de Joseph d'Arimathie au cours de

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laquelle Jésus-Christ leur apparaît et assisteront aux mystéres du Graal et de la
lance qui saigne. Mais un seul d'entre eux, Galaad, sera admis à contempler
l'intérieur du Vase; ayant considéré les choses spirituelles qui s'y trouvent, il sera
ravi au ciel. "Depuis lors, il garde la fraîcheur de la jeunesse. Cette pierre est
ainsi nommée le Graal."(Parzival-l.IX.)

Le mot GRAAL désigne communément une coupe, un vase, de cratalem qui se


rattache au grec Kratêra.. Grasal, grasale, gresel, Saint Graal signifierait aussi
Sang Réel, d'où le culte du Précieux Sang développé en Normandie à Fécamp, et
dont le culte du Sacré Coeur en serait héritier... Son complémentaire est la lance
ou le glaive. Leur réunion est symbole de la totalité cosmique.

Une autre interprétation fait ressortir la parenté entre Graal et Calx, la pierre
blanche, chaux, ou pierre brûlante, épurante, liée à la pureté. Les pierres taillées
cultuelles renvoient au Grand Architecte de la Bible, fondateur du temple de
Jérusalem et il faut se rappeler que les Tables de la Loi étaient des pierres taillées.
René Guénon propose gradale: livre ou graduale (graduel). C'est le sens de la
Parole perdue, originelle à retrouver, d'où la Quête. C'est aussi ce qui demeure
caché dans le Grand livre de la Nature des Alchimistes, le Liber Mundi, révélation
du Monde. Dans l'Apocalypse de Jean, il s'identifie à L'Arbre de Vie. On est ici
proche du symbolisme de la Croix et l'on retrouve dans certaines régions les
instruments du supplice du Christ associés au Graal et à la Lance de Longin
jusque sur les calvaires de la piété populaire.

Plutarque rapporte la légende d'Osiris dont le cercueil, rejeté par la mer sur les
rives de Byblos en Phénicie, le pays d'origine du figuier. Là, un buisson le
recouvre de telle sorte qu'il est entièrement caché. C’est au champ du figuier en
Normandie que Joseph d'Arimathie, ayant recueilli le sang du Christ en croix dans
la coupe de la dernière Cène, fut jeté en prison par les Juifs qui l'accusaient d'avoir
dissimulé le corps du Christ, et c'est Jésus lui-même qui lui apparut pour lui
donner le Graal et l'investir en tant que premier prêtre en lui apprenant que les
trois tables commémorent le sacrifice de la Cène. Joseph d’Arimathie abordera
qu’est édifiée l’abbaye de Fécamp. On y conserve encore de nos jours une
ampoule du Précieux Sang.

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La convergence de ces significations, portées par les traditions populaires
comme par les compositions les plus savantes, font incontestablement du Graal
un Mythe fondateur.

Wolfram von Eschenbach (né autour de 1170 1220) a puisé le motif de son
Parzifal, poème de près de 25000 vers composé entre les années 1200 et 1216
-lequel inspirera lui-même Wagner-, dans les romans de Chrétien de Troyes. Le
poème est divisé en seize livres.

Chez Wolfram von Eschenbach, le Graal est taillé d'une pierre précieuse
(l'émeraude tombée du front de Lucifer, lors de la chute des Anges. C’est cette
piste qu’emprunte Petre Berling lorsqu’il met en parallèle la pierre d’où est issue
le calice noir et la chute d’où seule peut triompher la rédemption apportée à
l’humanité à Jérusalem. Le roman en héritera de nombreuses allusions à
l'apprentissage Oriental dans ses différentes branches. La parenté est là manifeste.

Dans le récit de Wolfram Von Eschenbach, une noble dame est seule à pouvoir
porter le Graal, elle a nom Répanse de Schoye

et la nature du Graal est telle qu'il fallait que celle qui en prenait soin fut pure et
exempte de toute fausseté...un écuyer porte une lance qui saigne et de nombreuses
femmes le suivent portant des accessoires. C'est enfin la reine qui ferme le
cortège tenant un coussin sur lequel resplendit un graal d'émeraude verte.

Le Graal était la fleur de toute félicité, une corne d'abondance de tous les délices
du monde, si bien qu'on pouvait presque le comparer aux splendeurs du
Paradis." Parzival Livre V. Dans ce roman, il est gardé à

Munsalvaesche par de vaillants chevaliers (Templeisen) qui ont leur demeure


auprès du Graal. Ces Templiers livrent combat afin d'expier leurs pêchés.... Leur
nourriture, ils la reçoivent d'une pierre qui, en son essence, est toute pureté, on
l'appelle lapsit exillis.

La présence des Templiers et de leur arrière ordre Le Prieuré de Sion est


également très présente chez Berling puisque l’ordre, allié aux Teutoniques et aux
Assassins est sauveteur et protecteur des enfants en la personne du précepteur et

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commandeur templier Gavin de Montbard (on se souvient que Saint Bernard le
fondateur du temple était le neveu d’André de Montbard, un des neuf fondateurs
de l’ordre et son cinquième Grand Maître).

Dans cette version, le Graal est un Graal-Pierre qui fait pendant au Graal -Tête
de la version galloise. C'est la pierre de Fâl ou pierre de souveraineté des
traditions irlandaises. Elle pousse des cris lorsque le roi qui doit régner y pose le
pied. On retrouve la problématique du siège périlleux.

Le mythe est également présent dans les traditions mystiques orientales que notre
auteur utilise à profusion maniant ave habileté les correspondances avec le roman
de Wolfram… Il existe, en effet, en Iran, un conte d'esprit manichéen, le Conte de
la Perle, où il est question de l'initiation d'un jeune homme sans père et
pauvrement vêtu. On retrouve ce thème dans le Parzival de Wolfram qui reprend
également à son compte toute la problématique manichéenne : opposition jour
/nuit, lutte entre Dieu et l'Ennemi.

Les descriptions du château du Graal ressemblent également beaucoup à celles


du Ruh I Chwâdeha aux confins d'Iran et d'Afghanistan. Le nom du château du
Graal (Munsalvaesche) en serait d'ailleurs la traduction exacte, il se voit chargé
dans la poésie musulmane d'un lourd symbolisme mystique, représentant

l'âme du roi mystique accompli dont la méditation reflète le Monde, le vin tout
symbolique contenu par la Coupe est l'effluve de la Grâce divine dont s'abreuve
le Maître du Graal.

Notre ami, Mike Barry, a également depuis déjà plusieurs années mis en
évidence les parentés spirituelles issus de la mystique musulmane du Moyen Age
dans les récits du Graal. Il a publié une traduction de deux oeuvres du poète
afghan Ahmad Shah Bâbâ, dont nous donnons les derniers vers:

Sois lumière de la lumière éternelle.

Et quand je vis le cadre du miroir, bien face à face,

Ton visage y fut la Splendeur de l'Etre.

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Majestueuse y parut l'Existence du Monde.

Ahmad ! tais ces choses qui doivent être tûes,

Au sein de la Guilde des Hommes de Coeur demeure,

Et respire le parfum du Graal du bon roi Djam.

Et Mike Barry de commenter:

Ahmad Shah clôt son poème par une allusion à un Graal, symbole multi
séculaire à la fois royal et mystique. Selon l'antique mythologie persane, le roi
Djmashêd, souverain de l'Univers, possédait une coupe dans laquelle il pouvait
contempler le reflet du Cosmos tout entier. Les rois de l'Iran se faisaient
représenter avec une telle coupe, insigne de leurs prétentions universelles.

Motif largement diffusé, ajoute Barry, dans les décors sculptés de l'Espagne
mauresque, de la Sicile arabo-normande, de l'Egypte fatimide, de la Turquie et de
l'Iran seldjoukide, tous univers visités par nos deux héros au long de leur longue
errance. Le Graal, attribué par les Musulmans tantôt à l'antique roi iranien
Djamshed et tantôt aussi à Alexandre le Grand, a pénétré l'Europe au XIIème
siècle.

La description des places fortes des Assassins dans le roman de Berling,


notamment celle de la Rose d’Alamut, reproduisant dans son architecture même
les phases de l’élévation mystique, doit beaucoup à cette source que l’auteur est
loin d‘ignorer quand il décrit le système cosmographique mis en place par le
maître des lieux pour contempler l’Univers.

L’hérésie cathare occitane : Jean Fourquet3 nous dit que Wolfram a connu un
changement majeur dans sa vie entre la rédaction des deux moitiés du Parzival.4
La première étant proche du texte de Chrétien et la seconde plus spécifique,
mystique voire ésotérique.

3
Jean Fourquet, Wolfram d'Eschenbach et Le Conte del Graal les divergences de la tradition du conte de
Chrétien et leur importance pour l'explication du texte de Parzival, Puf Sorbonne – 1966.
4
Consulté sur internet http://www.graal-initiation.org/Wolfram-von-Eschenbach.html

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Au Livre X, on apprend que c’est un vieil homme Trevizent qui rapporte
l’histoire du Graal à Wolfram, la tenant lui-même d’un nommé Kyot de Provens,
lequel l’aurait découverte à Tolède écrite dans une langue barbare par Flégétanis,
descendant de Salomon par les femmes.

Ce "changement" chez Wolfram est interprété souvent comme la conséquence de


sa sympathie pour le catharisme. Wolfram est trobador - chevalier ministerialis.
Or, les troubadours sont en générale des credens et Parzival serait donc un livre
"voilé" de la littérature cathare brûlé dans sa totalité mais dont il reste quelques
exceptions. Wolfram dit que Flegetanis l’astronome juif a vu le graal dans les
étoiles, thème repris par René Nelli5 qui pense que Wolfram relie bon nombre de
ses explications à des aspects astrologiques. C’est aussi un nom de famille dans
l’ampurdan dans le nord de la Catalogne. On sait aussi que Wolfram fit le chemin
de Compostelle (le chemin des étoiles suivant la voie lactée) et traversa de ce fait
les contrées de Provence et du Languedoc. On raconte en Espagne, au Cebreiro où
il a séjourné, un conte miraculeux de structure graalique avec présence du sang
réel…6 De nos jours les pèlerins peuvent y emprunter le sentier du graal.

Ces thématiques sont reprises dans le roman de Berling, les enfants du Graal se
déclarant à plusieurs reprises hérétiques, Yeza surtout, qui est fille de la martyre
de Montségur, Esclarmonde, n’hésite pas à revendiquer cette appartenance
presque par provocation, sa filiation est engagement.

Ils seront les souverains qui porteront en eux le royaume de Dieu, déclare John
Turnbull, l’un de leurs sauveteurs. La catharsis de leurs parents sera la force
motrice car cette forme purifiée du christianisme unit en elle toutes les religions
et parvient à les concilier … je vois les enfants à Jérusalem, sur les lieux du Saint
Sépulchre, là même où Mohammed est monté au ciel dans le Temple de
Salomon…

Sur le versant maléfique, les nazis s'occupèrent du Graal pour se l'approprier. On


sait que les dignitaires du parti à la Croix Gammée encouragèrent un personnage
énigmatique, Otto Rahn, à le rechercher en pays cathare. En 1940, Himmler y

5
R. Nelli, Lumières du Graal, 1951.
6
La Quête du Graal, Wolfram von Eschenbach et la réalité historique, Werner Greub, Ed.
Anthroposophiques Romandes, Genève 2002.

14
enverra même le capitaine Gunter Alquen avec mission d’en rapporter le
Graal (!), voyant dans le Munsalvaesche de Wolfram, château du roi Pellés, le
Montségur cathare. L'on prête aussi à Hitler l'intention d'avoir voulu faire
représenter le Parzival de Wagner le jour de l'ultime victoire du nazisme. L'intérêt
de l'Ordre Noir pour le Graal provient d'une interprétation partielle et partiale
alimentée par des fantasmes mortifères de la description de la milice du Graal (les
templiers), très élitaire dans le texte de Wolfram mais qui n'y est pas moins
orientée vers le bien et qui et dépositaire d'une tradition sacrée. Rien à voir, bien
entendu dans leur conduite avec les atrocités commises par les adeptes de la race
soit disant pure. Dans cette affaire, un imaginaire morbide l'a très vite emporté sur
l'analyse littéraire la plus élémentaire. On connaît la suite...

Il n’empêche que l’évocation maintes fois réitérée du « sang réel » ou


« sangréal » dans les romans de Berling peuvent, pour des esprits un peu courts,
être assimilés aux doctrines raciales du 3ème Reich. Certes, il ne s’agit pas là de
l’intention de l’auteur dont les visées sont incontestablement autres et
essentiellement dynastiques, élitaires sans doute mais non raciales :
Ils sont les enfants du sang réal, les enfants du Graal, ils sont le sang réel, dit le
représentant du Prieuré de Sion, John Turnbull, Un jour le monde nous
remerciera d’avoir sauvé ce sang, peu importe le lieu où il se manifestera 7.
La présence occitane est encore rappelée dans le roman de Peter Berling par des
chansons empruntées au répertoire des troubadours qu’il semble ainsi mettre au
service des hérétiques… Il faut toutefois dire que nous n’avons ici aucun
fondement historique et qu’il s’agit d’une audace littéraire de l’auteur, en effet,
après avoir examiné les liens entre le « trobar » et la spiritualité cathare, Robert
Lafont qui analyse au fond les deux registres d’inspiration, conclut à ce qu’il
nomme « la marque par l’absence ». Les troubadours, qu’ils soient de
circonstance honorant une commande ou de grands seigneurs ne font jamais
défense de l’hérésie et « même quand l’hérésie les provoque à parler, elle ne
semble pas les concerner 8» et de noter avec justesse que le caractère anti mondain
de la religion des Bons Hommes le tenait à l’écart d’une littérature d’expression se
situant à ses antipodes. Poésie anticléricale certes, volontiers frondeuse,
7
Op.cit, p 383, t 1.
8
Lafont Robert, Catharisme et Littérature occitane, in Les Cathares en Occitanie, Paris, Fayard, 1982, p. 345-
408.

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goliardique, mais non mystique au sens de la gnose dualiste albigeoise et plus
vouée à lutter contre l’Inquisition pour sauver une civilisation raffinée que par
attachement hérétique… sauf à y voir un codage spécifiquement ésotérique.
« Le Graal est l’espoir de ce pays », chante un troubadour dans Le Calice Noir,
qui entonne la balade de Roç et Yeza les rois du Graal :

Grazal dos tengnats sel infants…


Coms Roç et belha Yezabel
Oltraculdas infants Grazal …

L’ésotérisme gnostique : les cinq romans de Berling, après d’autres auteurs9,
mettent en évidence nombre de filiations ésotériques entre les rédacteurs des récits
du Graal, les chevaleries monastiques et les sectes chiites du Moyen-Orient, au
XIIème siècle.
Dans l’évangile gnostique de Nicodème, Joseph d’Arimathie, disciple du Christ
(celui-là même qui embauma le corps de Jésus et offrit d’abriter la dépouille dans
son tombeau), aurait recueilli, dans une coupe d’émeraude, le graal, le sang divin
tombé des blessures du Sauveur causées par le coup de lance du centurion Longin,
lors de la crucifixion. Quant à l’origine de cette pierre creusée en forme de coupe,
recueillie par Joseph, il nous est rapporté par la légende née cette fois-ci à
Jérusalem (gnose syrienne) que ce fut Saint Michel qui détacha la gemme
magique lors d’un coup de lance lorsque l’archange terrassa Lucifer.
La gnose chrétienne, aux origines et courants très divers, est une religion
ésotérique chrétienne souvent référée aux Evangiles apocryphes ou secrets et
combattue par l’officialité catholique dés les origines. Elle est basée, nous apprend
Marie Madeleine Davy10, « sur le dépouillement, le renoncement total, car
l’attachement à soi est au monde et engendre l’opacité ».
Au-delà de tout système, elle implique le dépassement de tout savoir par accès
aux mystères lesquels incorporent dans leur compréhension le passé juif, voire le
soufisme musulman. Située en dehors du temps historique, la gnose permet de
passer du monde visible à l’invisible, du sensible à l’intelligible. Les gnoses
9
Voir Bertin G. « De l’Occident des lanciers à l’Orient des Lumières, hypothèses sur le rôle d’Aliénor
d’Aquitaine dans la transmission de la gnose islamique en Occident » in Les Romans de la Table Ronde, la
Normandie …et au-delà, Corlet, 1987, p. 213-228.
10
Gnose, in Dictionnaire critique de l’ésotérisme publié sous la direction de Jean Servier, Paris PUF, 1998, p
544 sq.

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hétérodoxes bannissent en outre les perspectives historiques et cosmiques, la
création étant le fait du démiurge, dieu mauvais et inférieur, voire des anges après
leur chute. De ce fait le temps du monde est un perpétuel mensonge dont il
convient de se sortir par le salut lequel est dans sa fuite. Elle va jusqu’à contester
l’humanité du Christ et son incarnation, son corps, sa passion, ses actes n’étant
que symboles. Aussi la gnose se présente-t-elle sous la forme d’une voie, d’un
chemin et d’un cheminement. Etranger au monde, le gnostique s’évade du mal en
cherchant sa propre identité n’ayant pour seule ambition que d’étreindre le monde
invisible en s’éveillant à lui-même, car « quiconque accueille l’esprit entre en
communication directe avec le divin »11.
Se sauver, c’est prendre conscience de sa dispersion, en rassemblant ce qui est
épars. « Aussi le Parfait, ou Fils de Lumière, est fils de Roi. ».
Cette référence au caractère royal des enfants Roç et Yeza ainsi nommé chez
Berling s’inscrit totalement dans cette pensée comme l’idée maintes fois
réaffirmée que c’est le chemin qui compte plus que le but. La Royauté dont il est
ici question n’est plus temporelle mais spirituelle et l’on constate la même
évolution que dans les Romans du Graal, lorsque la quête chevaleresque héroïque
arthurienne se mue en chevalerie célestielle, de Lancelot à Galaad.
On assiste ainsi tout au long du récit à la mise en œuvre, au travers des épreuves
traversées au contact des trois ordres ésotériques qui les prennent en charge, à une
véritable quête de l’identité des enfants du Graal, nous sommes bien dans la
problématique de l’initiation. Et leurs mentors d’affirmer que leur vocation n’est
pas le royaume temporel que leur voudraient voir tenir les puissants de ce monde,
chacun tentant de les faire entrer dans son jeu ou au contraire s’évertuant à les
détruire.

Mais à celui qui est jugé digne du Graal, on épargne le calice noir, qui a besoin
de la mort physique pour entrer au paradis, d’où proviennent nos belles âmes.
Celui qui vous dit ces mots, heureux enfants, est un ange déchu qui doit à
présent emprunter ce chemin difficile. Vous, Roç et Yeza, vous avez l’Amour, vous
devriez chercher la trace vivante de notre origine parfaite. Alors, vous
conquerrez le Graal. L’ultime désir du pauvre larron, c’est de connaître
l’honneur d’être crucifié à côté du Paraclet…
11
Pagels Elaine, Les évangiles secrets, Paris, Gallimard, 1979.

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leur dit le vieux parfait Mauri Raimon, lors de leur retour à Quéribus dans Le
Calice Noir12
Le parallèle avec les récits graaliques médiévaux es là encore manifeste, puisque
Galaad le chevalier au cœur pur est élevé directement à la contemplation divine
après avoir vu le mystère du Graal.
Leur ultime chemin les conduira au Temple de Salomon sur le Mont Sion, et
comme les chevaliers au cœur pur du roman arthurien, Galaad, Bohort et Perceval,
ils feront l’unité autour d’eux des trois religions du livre révélé, le moine, le soufi
et le rabbin en y ajoutant le chaman idolâtre rencontré dans les steppes de l’Asie
centrale.
Parfaits car cathares par leur mère, les enfants royaux Roç et Yeza sont encore
Fils et fille de la Lumière par leur liens avec les ordres ésotériques en quête de
Lumière, soucieux de rassembler ce qui est épars au centre du cercle sous
l’injonction puissante d’un ordre qui rassemble les initiés et qui les a préparés tout
au long des années à ce grand projet, régner sur le royaume du Graal.
« Car, dit Roç, Dieu nous parle du royaume de paix des rois du Graal que nous
avons choisi »13
La question du sang réel est aussi à référer à ces enseignements en effet les
gnostiques attribuent souvent leurs traditions à des personnages se situant en
dehors du cercle des douze apôtres et l’on voit Peter Berling faire référence de
façon indirecte mais constante à « L’Evangile selon Marie ». Epouse de Jésus
dans cette tradition, elle est la première à voir le Christ ressuscité et tient tête au
premier chef de l’Eglise l’apôtre Pierre, défiant son autorité comme le feront après
elle les chrétiens gnostique qui se réclameront d’un enseignement secret du Christ,
à partir de récits qui commencent là ou les autres finissent avec des récits où le
Christ spirituel apparaît à ses disciples et s’offre à leur enseigner les mystères du
plan sacré de l’univers et de son destin.
De même Roç apprend les secrets de l’univers auprès des maîtres musulmans et
kabbalistes tandis que Yeza est initiée à la compréhension des livres, les plus
secrets du monde, protégés au cœur de la secte alaouite, les sectateurs du sens
caché, dans la grande bibliothèque d’Alamut, laquelle brûlera lors de l’invasion

12
op.cit .p 412.
13
In Le Temple de Salomon, op.cit. p 515.

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mongole, comme si tout était ordonné au fait que la fille du Graal demeure seul
détentrice de ces mystères.
« Il n’existe, dit encore Roç, qu’une seule révélation celle du sceau de Salomon
derrière laquelle se dissimule le mystère ».
Après une descente au creux de la montagne sainte, Roç et Yeza seront invités à
se tenir au dessus des religions hostiles. Ils découvriront, après un long
cheminement, une pierre « sombrement éclairée » au milieu d’un bassin « ayant
l’apparence d’une vulve ouverte dans le giron de la Grand-Mère universelle ».
Après s’être abreuvés au calice ils ressortiront magnifiés ayant traversé le temps et
le Graal, et acquis la connaissance douloureuse d’un savoir qui englobe toute
chose.
Le scénario initiatique est ici parfaitement établi et trouve son achèvement au
royaume du Graal royaume de paix, ainsi, « celui qui veut connaître le graal doit
être prêt à brûler dans la Lumière des lumières car il voit Dieu dans toute sa
splendeur ». Situé au delà de ce monde qualifié par Yeza de « monde du
démiurge », ils savent désormais que le grand secret de la création ne peut être
exprimé en mots par des êtres humains … « Au commencement était le Verbe… ».
Angers, le samedi 20 février 2010.

Georges Bertin,
Directeur de recherches en Sciences sociales au
CNAM des Pays de la Loire,
président du CENA.

19
Bibliographie.

Berling Peter, Les Enfants du Graal, édition Livre de Poche, 1998, première

édition française Lattés, 1996 ,1) Les enfants du Graal,2) Le Sang des Rois, 3)

La Couronne du Monde, et Le Calice Noir, 1) Le secret des Templiers 2) Le Sceau

de Salomon.

Bertin Georges, La quête du saint Graal et l’imaginaire, Corlet, 1998 et La Pierre

et le Graal, Vega, 2007.

Bertin Georges. « De l’Occident des lanciers à l’Orient des Lumières, hypothèses

sur le rôle d’Aliénor d’Aquitaine dans la transmission de la gnose islamique en

Occident » in Les Romans de la Table Ronde, la Normandie …et au-delà, Corlet,

1987,

Fourquet Jean, Wolfram d'Eschenbach et Le Conte del Graal les divergences de

la tradition du conte de Chrétien et leur importance pour l'explication du texte

de Parzival, Puf Sorbonne – 1966.

Gnose, in Dictionnaire critique de l’ésotérisme publié sous la direction de Jean

Servier, Paris PUF, 1998,

Laffont Robert, Catharisme et Littérature occitane, in Les Cathares en

Occitanie, Paris, Fayard, 1982

Nelli René, Lumières du Graal, Paris, Les Cahiers du Sud,1951.

Pagels Elaine, Les évangiles secrets, Paris, Gallimard, 1979.

Ponsoye Pierre, L'Islam et le Graal, Éd. Denoël, 1957.

Roquebert Michel, Les Cathares et le Graal, Éditions Privat, Toulouse 1994

Werner Greub, La Quête du Graal, Wolfram von Eschenbach et la réalité

historique, Ed. Anthroposophiques Romandes, Genève 2002

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