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1995 ?-r^J sJJ'ÿl A.:ÿll J,{-.:.Yl
168 s.uJ I
' MEhT§gA ARFA &NOKDAD
IBN 'ARABÎ ET SA TTNÉ-r,NPHYSIAUE DU SEXE
YAI{YA EI. GÊ.fÔUt
rAMÉNAGEMENT MUNICIPAL DE NAtsEUL À Iq TIN DU XIX"
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: trA,üurï« eF{ËmF ,
rÉCRIURE PHILoSoPHIaUE
FRABëÇQrS Ârt.NüUX-ET
tA DERNTÈRE MtSSION FRANÇA|SE D',tNFORMATION
AVANI TEXPÉDITION D'ALGER.
YASfIÀINA GODIdBANE.KÉFI .
CRIÈRE DU SENS ET EMPIRISME DANS LË. TRACTATU:
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SCIENCE ET IDÉOLOGIE : BRÈVES REMARAU,ES SUR IA NC
,, D',OBIECTIV|IE CHEZ GRAMSCI
COMPTES.RENDUS
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L &A;r.de Tn,s;e , fr (r«s): Â- 4T l,frlsrl ABra Àlox»ap IBN 'ARABI Br sl,
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l,frlsrl ABra Àlox»ap
IBN 'ARABI Br sl, aÉrl,rxvstguv Dv sExE
Doint n'est besoin de rappeler I'importance du thème de I'amour, selon
I
I'immense variété de ses expressions, dans la mystique. Il suffit de défi-
nir celle-ci en tant que quête de Dieu, et de considérer celui-ci comme objet
suprême d'amour, le désirable par excellence. Beaucoup d'études ont été
consacrées à ce thème dans le soufisme (mystique musulmane). Qu'il
s'agisse de Rabi'a al- 'adawiyya, de Hallâj, de Rûmî, d'Ibn al-Fârid ou
d'autres, la bibliographie est assez abondante. Ibn 'Arabî, le grand soufi
métaphysicien andalou, n'y fait pas exception et bénéficie, certes, d'une
part importante de ces études. Sa production relative au thème de I'amour
justifie, par son ampleur, un tel intérêt : citons simplement son Dîwân, son
Turjwmôn al-ashwâq et les beaux textes de son æuvre magistrale a/-
Futûhât al makkiyyu. Par contre, et dans les limites de notre information,
I'on a moins fréquement évoqué le thème de I'amour sexuel l, pourtant très
présent dans l'æuvre de ash-Shaykh al-akbar; et, dans l'exposé de sa
tameuse doctrine de wahdat al-wujûd, I'on n'a donc pas suffisanrment étu-
dié ce motif. Nous verrons pourtant, au cours de ce bref exposé, qu'il
occupe une place centrale dans le système akbarien. Une telle étude pour-
rait donc jeter un éclairage précieux dans I'intelligence de sa doctrine, si
élaborée dt si complexe. Nous essayerons d'apporter une contribution dans
ce sens. Et, justement à cause de la place centrale que nous attribuons à ce
thème, il serait difficile de I'exposer exhaustivement, ni même d'en men-
tionner les aspects mu.ltiples. Disons tout de suite que le sexe, même dans
son acception la plus sensuelle et la plus charnelle, occupe chez Ibn 'Arabî
un niveau métaphysique des plus élevés, étant entendu que la métaphysique
(ilâhiyât)2, chez Ibn 'Arabî, s'attache à la recherche des fondements divins
(asl-ilôhî) de toute manifestation, de tout phénomène physique, de toute
vérité ou de tout comportement humain. Nous tâcherons donc d'évoquer ce
IBN .ARABî ËT SA MÉTAPHYSIQUE DU SEXE LES CAHIERS DE TUNISIE MENSIA ARFA MOKDAD thème
IBN .ARABî ËT SA MÉTAPHYSIQUE DU SEXE
LES CAHIERS DE TUNISIE
MENSIA ARFA MOKDAD
thème complexe pour en déterminer les instances multiples : cosmolo-
gique, physique, anthropologique, spirituelle, intelligible et métaphysique,
g)Lechapitre324desFutûhât|3oùilestquestiond'une demeure.qui
group" les femmes et les hommes"'
et de dégager le principe ultime de la métaphysique du sexe. Nous évoque-
2) Ce sont là autant d'indices qui témoignent de I'importance de ce thème
rons par la suite la portée de la sexualité dans I'engagement mystique et
cognitif du soufi, et, enfin, sa fonction dans le système d'Ibn 'Arabî.
danslapenséedeash-Shaykhal-akbar.Aunniveaumoinssuperficielcela
devientchezluil,objetd,unesciencedontildonnedesformulationsmul-
l'exposé'
I'unité'
Cette
à chercher' au cours
de
I. &TPORTANCB DU THÈMB DB LA SBXUALITÉ
tiples et dont nous aurons
DANS LB SYSTÈMB AKBARIBN
,Ë,"n"" est appelée, le
plus souvent, "science de I'acte sexuel" (llm an-
science
de I'engendrement et de la reproduction"
niknh).Elle est dite aussi
science
de I'intromission mutuellsta" (1awûlui) ou
çniôlud et tanâsul)ou
1) Nous pouvons nous faire une idée de cette importance en nous limitant
à une considération extérieure :juger par le nombre de titres de livres ou de
chapitres et le nombre de passages qu'Ibn 'Arabî consacre expressément à
encore sciencedelapénétrationmutuelle',(tattâkhul)ouenfin sciencede
termes
qui
renvoient
à
(iUinaù.Ce
sont
autant de
l'étreinte sexuellel5"
ajouter un autre très important qui est syno-
la même réalité.
Il faut leur
ce thème ou à d'autres qui lui sont relatifs. Sans prétention à I'exhaustivité,
l'une de ses acception s, de nikât't: c'est celui de sirr qui signi-
faisons mention de quelques titres.
nyme, dans
fie aussi
secret ou mystèrero' C'est dans [a synonymie de sirr el de tûkôh
a,) Kitôb qn-nikâh as-sârî fi jamî adh-dharôrî ot Kitôb an-nilcâlt al-mutlaq
qu'Ibn'Arabîcomprendleversetcoranique:""'neleur(lesfentmes)pro-
le
qu'il ne
faut
pas'
dans
cer-
sens
ou encore an-Nikâh al-awwal qu'Ibn 'Arabî s'attribue dans al-Futûhât al-
mettez rien secrètement (sirr)"'17" dans
taines conditions, promettre aux femmes une union intimels'
makkiyyat et dans Uqlat al mustawfiz.a.Ibn 'Arabî soulignes I'importance,
la gravité et I'extrême difficulté du contenu de ce Kitâb an-nikôh,
Cettescienceestqualifiée,dansletitredutraitéréservéàcethèmeetdéjà
la réalité
(mutlaq)' Cela signifie
que
mentionné, d'universelle et d'absolue
b) Le chapitre intitulé "Bâb an-nikâh" dans Uqlat al-mustawfiz.6 auquel lbn
sexuelleportesurtouslesêtres:elleestdiffuse(sârî)danstoutl'Etreetse
'Arabî se réfère dans al-Futûhât1.
trouveauprincipe(awwal)desêtres.Pourl'objetd'unetellesciencepri-
mordialelbn,Arabîparlede laPrésencedel'Actesexuell9''(hadratun-
i.la
(sirr
an-nikûlr),
Il donne
réalité intime
du
sexe2o"
c) Kitâb Ayyôm ash-sha'nB qui, tout en ayant pour objet principal le renou-
nikâi1) ou encore de
vellement continu du temps divin et ses effets sur le Monde, est plein d'in-
dications utiles pour notre propos. D'ailleurs, Ibn 'Arabî nous renvoie, à cet
decettescienceplusieursdéfinitions'maisdanssagénéralitéelleestdéii-
les choses
les
unes dans
nie comme "la science de la pénétration
de toutes
les autres (tadôkhuqzr''
effet, à son Kitôb ash-sha'n dans les Futîrhôte.
d) Le chapitre I I des Futûhôtro où il est question "de la connaissance de
3)Cetteréalitéconcernedonctoutl'Etreetlasciencequientraiteestabso.lue.
nos Pères d'en-haut et de nos Mères d'en-bas" en tant qu'ils sont des
MaiScettesciencesuit,danssadivisionensciencesparticulières'ladivi-
s'applique
une
telle
sion de l'Etre lui-même,
l'objet
particulier auquel
acteurs sexuels cosmiques.
scienceuniverselle.Nousobtenonsainsidessciencesdifférentesparce
qu'elle ont des champs d'application
différents
:
e) Le chapitre 2l des Futûhôtr I où Ibn 'Arabî traite "de la connaissance de
trois sciences cosmiques et physiques (kawniyya) et de leur pénétration
dans le monde sensible ('alom al-hiss)'
- l"
,"^"
- le sexe dans te monde de la nature ('âlam at-tabî'a)'
mutuelle (tawâluj)".
-lesexedanslemondedesentitésspirituelles(mo'ônîrûhânivva)'
(ilôhî)22'
le monde
métaphysique
f)Læchapitre 292oùil traited'une"Demeuredel'unionsexuelleinvisible
12"
- le sexe dans
l-5
t.1
,ES CAHIERS DE TUNTSIE MENSIA ARFA MOKDAD IBN'Al<AEt Lt JA ty!Dt^1 tttrtyvuuv r4.-- Pour Ia
,ES CAHIERS DE TUNTSIE
MENSIA ARFA MOKDAD
IBN'Al<AEt Lt JA ty!Dt^1 tttrtyvuuv
r4.--
Pour Ia commodité cre
nous en traiterons suivant un ordre régère-
ment diffërent, mais qui
'exposé,
respecte cette division des champs où ra réarité
(ta 'alluq) qui les unit ; dans le deuxième, il y a le sens, le sensible et le rap-
port qui les unit30. Ibn 'Arabî y voit là un rapport sexuel par lequel s'opère
sexuelle est en æuvrc.
toute saisie. Le même rapport unit les dilférentes sciences dans leur pro-
duction infinie : des sciences "mères" qui engendrent par voie de procréa-
tion (tanôsul) d'autres sciences dérivées qui sont leurs "filles3l". Le même
II. LB NIKÂTI
INTBLLIGIBLB (NIKÂTI AL.MA'ÂNî,
paradigme sexuel se trouve d'ailleurs à la base de tout enseignement et unit
NITÂT MANTIQï
le maître et l'élève : le second reçoit ce que le premier lui fournitrz. Il y a
commençons par
cependant une exception de taille à cette sexualité intellectuelle (ma'ânî)
et scientifique ('ulûm) féconde. Il y a une science stérile, improductive :
'expression
syllogisme la concrusion
ne
rogique et scientifique du nikâft. Dans un
peut être produite que par un véritable acte
sexuel entre les deux prémisses
: il se produit entre celles-ci une intromis_
celle relative à la manière (l«yf, le comnrent) dont Dieu s'est rendu mani-
feste (kayfa tajallâ). Cette science est le privilège de Dieu à I'exclusion des
sion mutuelle (tawâtuj), un coit
Çimâ,)
exactement analogue à celui qui
autres savants. Ibn 'Arabî opère ici un choix (contre Ghazâlî) à l'intérieur
unit les géniteurs pour produire l'enfant23. A elre
seule, une-proposition qui
d'un débat théologique : de I'Essence divine (dhât), nous ne pouvons avoir
n'enrre pas comme prémisse dans un sy[ogisme
,"i"nirr,luemenr
".,
aucune science et elle ne saurait être l'objet d'aucun savoir spéculatif. Donc
i mproducti veza. La raci
ne commu ne à natîj a h (concru sion) et nitâj' (acte de
il ne pourrait pas y avoir une science de Sa manifestation dans les êtres qui
production) permet ici de
les rapprocher. Et de même que l;acte sexuer
phy-
sique exige, pour qu'il soit
productif, certaines conditions précises, il en est
de même pour re sy'ogisme. pour
qu'elle soit concluante (c'est-à-dire apo-
La manifestent (tajallîhô ft-l-mazôhir). Dans I'infinité des sciences que les
humains peuvent atteindre, il y a là une science stérile qui reste sans pro-
géniture, Toutes les autres connaissent la procréation33.
dictique et productrice de science), ta
démonstration doit se faire seron une
disPosition particulière (wqih) et répondre
à une condition particulière
rrr. NrKAIr, cosMoGoMB ET cosMolocrB
(shar1)zs- La disposition qui rerie les deux
prémisses, la majeure et ra
mineure, est ra répétition du même terme : le terme
moyen
qui
les unit
ainsi
Le système d'Ibn 'Arabî, comme celui de Ghazâlî, se caractérise par une
toutes les
deux. Ibn 'Arabî donne ici deux exemples, r,un est très célèbre
en théologie
musurmane, c'est celui reratif à la démonstration du caractère
créé des corps et, par
conséquent, celui du Monde26, l,autre en jurispru_
dence, c'est cerui rerarif au
caractère illicite de ra boisson spiritueuse
(tnbîclh)zt.II symborise rês deux
sy[ogismes
de Ia manière
suivante:
Tout
A est B,
Et tout B est C,
Donc A
est C.
Le terme
B unit par sa répétition les deux prémisses. cette union est
néces_
synthèse de la Falsafa (surtout néoplatonicienne) et du Kalâm (théologie
musulmane). Si le Kalâm institue une cosmogonie chronologique, qui a
son commencement dans le temps, la cosmogonie de la Falsafa, comme
celle d'Ibn 'Arabî, se veut une explication intemporelle de I'existence du
Monde. Il s'agit ici plus d'un état ontologique que d'événement tempo-
rel3a. Et c'est là I'un des points difficiles de la doctrine d'Ibn 'Arabî, C'est
donc avec cette réserve que nous pouvons parler, chez lui, d'une cosmo-
saire pour
l'argumentation, comme rest, pour ra procréation, te coït entre
gonie.
les deux partenairgs2s.
certes, ra première prémisse comporte deux termes
Ibn 'Arabî reprend I'ordre plotinien des instances ontologiques. Les trois
et la seconde aussi, nous
n'avons pas pour autant, dans tout Ie syllogisme,
hypostases: I'Un, I'Intellect et I'Ame, et I'instance dela Physis (tabî'a).
quatre termes, mais seulement
lermes séparés qui s'unissent en
trois termes dont un qui se replte : aeux
Laissons de côté I'Un et considérons les autres instances. Transposées dans
un troisième2e. c'esirà un pàin, capitar
le registre de la Tradition et traduites en angélologie, celle de I'Intellect
d.ans la métaphysique d'Ibn 'Arabî.
Nous y reviendrons. cette structure
ternaire est en fait nécessaire à toute saisie
qu'eile
soit d'ordre inteiligibre
ou se,sibre. Dans Ie premier cas ir y a Iinteuect, r'inteiligibre et le rapport
premier correspond au Calame suprême3s et celle de I'Ame universelle à Ia
Table Gardée (lawl.r maltfûz)36. Calame et Table sont deux termes cora-
niques. Les deux sont considérés comme des anges.
l(r
LES CAHIERS DE TUNISIE MENSIA ARFA MOKDAD IBN 'ARABI ET SA ML'I'APTITJTIIUL L)U JD^L par
LES CAHIERS DE TUNISIE
MENSIA ARFA MOKDAD
IBN 'ARABI ET SA ML'I'APTITJTIIUL L)U JD^L
par
naître en rui ra Tabre Gardée. Ibn 'Arabî reprend ra tradition
Le Carame suprême est re premier être créé directement
Dieu, qui fait
êtres engendrés dans leur extrême diversité. Et parce que la faculté théo-
bien
connue.
"La
rique âgit sur la faculté pratique, s'établit entre elles la distinction de mhs-
première chose que Dieu crée est re carame, puis la Tabre. Ir dit au
culinité et de paternité pour la première, de féminité et de maternité pour Ia
Calame : E
? demande
le
Catame.
_ Ecris
ce que
je te
dicte,
écrit alors dans Ia Table ce que Dieu
lui dicte, c'
Dieu a de Sa créature.,, Cette activité
scripturaire
ine et en vertu de laquelle Ie Calame
seconde. La première, parce qu'elle est agissante, est père, la seconde,
parce que qu'elle est patiente et productrice des formes sensibles, e.st
mèrea3. Ensuite I'Ame universelle donne naissance à deux jumeaux: la
physis (tabî'a) et la hylè (habâ ou matière première). Ceux-ci sont donc
écrit dans la Tabre est
formurée en termes d'un véritabre acte sexuel. cet
frère et sæur d'un même père et d'une même mère, mais ils deviennent
acte est, en rui-même, immatérier
et intelrigibre, mais ses traces, qui n" ,ont
autre chose que res créatures, sont
Table ressembrent respectivement à
visibles et sensibles3T. Le calame et Ia
Adam et Eve. D,abord Eve est, seron
époux (ba'l) et épouse (ahl): la physis s'unit alors à la hylè pour donner
naissance au Corps absolu. C'est la première manifestation corporelle pro-
prement dite. En celala physis est père parce qu'elle agit et produit un effet
la Tradition, issue d'Adam, cornrne
l'Ame universe,e est issue de
(le Corps absolu), la hylè est mère, car c'est en son sein que cet effet est
l'Intellect premier. Ensuite Iunion sexueile
qui unit re carame et Ia Tabre
apparu. Tout le reste de la génération suit alors selon un ordre déterminéaa.
est identique au rapport sexuer entre Adam et
Eve qui sont des paradigmes
de I'homme et de ra femme' ce que Ie carame
dépose dans ra Tabre res-
Cette genèse et cette configuration du Monde, qu'Ibn 'Arabî emprunte aux
Falôsifa, est projetée sur les catégories coraniques et théologiques, c'est-à-
semble au sperme que dépose le mâle dans I'utérus
(rahim)
de
la
femelle.
dire Dieu, Ses attributs et Son rapport au Monde. La puissance (qudra)
II y a un ensemencement intelrigible de l'Ame par.Intellect comme
il y
a
n'est alors que la faculté pratique déposée par Dieu en I'Ame, car I'effet de
un ensemencement sensibre
catiorrs que portent res lettres
de ra femme par I'homme. Toutes res signifi-
matérieiles, écrites en encre, sont sembrabres
la puissance est de faire exister, ce qui n'est rien d'autre que I'action.
Quant à la science ('ilm), elle n'est rien d'autre que la faculté théorique de
aux esprits (rûh, plurier arwâh) des
I'Ame universelle4.5.
c'est Dieu qui unit rlnteilect et rAme
enfants, déposés dans leurs corps38. Et
pour que re Monde vienne à se mani_
t-ester3e, L'Ame est ainsi Ia premièrè
insànce cosmique à subir |acte
IV. LB NIKÂ.H PIIYSIQUB
sexuel (mankûh, passir) de ra part d'un
acteur sexuer cosmique (nâkih
kawnî, actif), c'est-à-dire du carame divin. Tout
ce qui
appartient
donc
au
Que ce soit dans I'ordre minéral, végétal ou animal, Ibn 'Arabî pose I'acte
monde de la génération a pour père |rnteilect et pour mère |Ame univer_
sexuel à f 'origine de tous les êt'es engendrés (muwqlladût)a6. A cet eft'et, il
.selleao.
Ici la sexualisation n'est pas absolue : masculinité et féminité
restent rela_
tives dans leur
essence. La Tabre ere-même joue ainsi re rôle du
mâre par
se sert de la fameuse division aristotélicienne «lu Monde en tnonde supra-
lunaire et en monde sub-lunaire. Celui-ci, contrairement au premier, est le
règne de la génération et de la corruption. Les acteurs sexuels sont, en I'oc-
rappoft aux instances
cosmiques inférieures. si bien que Ie calame et ra
Table devie,nent, dans
de ra causalité, respeciivement des
para-
digmes pour tout agent
'ordre
(poiérique) et pour tout patient (pathétiqug;+r.
curence, les sphères célestes et leurs astres qui sont le principe masculin et
paternel, et Ie monde sub-lunaire avec ses quatre éléments qui sont le prin-
cipe féminin et maternel. Le mouvement des sphères est identique au mou-
comment est assurée ra
génération du reste du Monde ? Dieu dota ra Tabre
vement accompli lors du coiTaT, Nous y reviendrons avec plus de détall.
de deux facultés: r'une
théorique, rerative à ra science (,irm),l,autre pra-
tique, relative à I'action ('ama11tz.
La pr.emière contient les formes imma_
térielles et inteiligibres (qui sont distirrctes
des formes sensibres et corpo-
relles)' ce sont ces deux facurtés (bien définies par
la psychorogie
phiroso-
C'est donc là une explication classique propre à la vision du monde antique
et médiévale, bien que, avant Ibn 'Arabî, elle ne fût pas toujours formulée
en termes d'activité sexuelle, A ceux-ci, il trouve les équivalents en termes
coraniques de sorte que les paftenaires sexuels forment, dans la génératiorr
phique raditionnelle, chez Avicenne par exempre) qri *nt à r;origine des
physique, les couples suivants : "les Cieux et la Terre" et "les jours et les
IR
9
ES CAHIERS DE TUNISiE IBN 'ARABI L'I SA MLIATNIJIUUL MENSIA ARFA MOKDAD UU JLIIL nuits"'
ES CAHIERS DE TUNISiE
IBN 'ARABI L'I SA MLIATNIJIUUL
MENSIA ARFA MOKDAD
UU JLIIL
nuits"' Le
rapport causar entre res deux coupres est évident: c,est
par
re
mouvement de
I'astre soleil (4e ciel ou sphère) que deviennent manifestes
le jour et la nuit.
considérons d'abord Ie premier coupre, cerui des cieux et de la
Terre. une
lapideriez?s5" Cet amr divin, dont il est dit dans le Coran-56 que "
chaque ciel, Il fixa son état (amr) par révélation", descend (yatanaz.i.alu)
d'entre les Cieux et les Terres dans leur étreinte sexuelle comme I'enfant
naît entre ses parentssT. La finalité d'une telle "descente entre les deux"
à
fois que, dans la genèse de l'univers, res astres et res éréments
atteignent
Ieur achèvement, res astres, émetteurs de rayons et de chareur, sont mis
en
(tanaz.z.ul) est bien la génération (takwîn) des êtres. Cet amr est le contrat
légal qui transforme l'acte purement sexuel en un mariage Iicites8. Toute la
mouvement et, par voie de conséquence, les quatre éléments aussia8.
Ensuite des rapports
de procréation, d'ascendance et de descendance s,éta_
bl issent entre ceux-ci49.
création rentre ainsi dans la Loi divine et participe continuellement à des
noces légitimes et bénies.
Encore une fois, et dans un ordre de causalité instauré par Dieu (asbâb
c'est là la cause de tous les changem ents (istihôtôr)
qui produisent les êtres
mawdû 'a bi-lwad 'al-ilôhî),le processus sexuel purement physique ne sut'-
physiques et leur manifestation, et l'élément féminin
n;est pas
totalement
passif, il intervient dans la détermination des êtres engendré5s0. Ibn .Arabî
fit pas, à lui seul, à expliquer Ia génération. Il lui faut cet élément méta-
physique : le amr divin, Qui ne signifie pas seulement commandement divin
se réfère au lexique déjà établi par Ghazârî et
appelre
les sphères
avec leurs
astres "nos pères d'en-haut (c'est-à-dire les acteurs sexuels masculins
supra-lunaires) et les éléments. "nos mères d'en bas,, (c'est-à-dire res
acteurs sexuels féminins sub-runaires)
.,réceptacles et
qui
jouent
le rôre de
mais surtout une entité divine réellese.
Toujours en rapport avec les sciences physiques où I'activité sexuelle est
réelle, l'on pourrait évoquer rapidement le rapport entre alchimie et sexua-
lité. Dans le chapitre 167 des Futûhât6o consacrée à "1'alchimie du bon-
de matrices' t" (qawâbur et hawômir). cette union féconde entre res
sphères
et
les éléments comporte un aspect sensibre (/rissî) et un élément inteili-
heur" et où il donne une définition de I'alchimie et ses divisions, Ibn 'Arabi
reprend des théories bien connus des Alchimistes et établit I'existence de
gible
Qna'nawî). Le premier est l'union physique que nous venons
d,ex-
cette union sexuelle véritable entre les minéraux pour donner naissance à
poser' quant au
second ir est nécessaire, pour re comprendre, de revenir à
la correspondance
étabrie entre cette exprication physique et Iexégèse
f 'or. Les deux géniteurs sonten I'occurence le soulfre (kibrît) et le mercure
(zi'buq), ils se trouvent à I'origine des autres métaux. La finalité de I'union
coranique. "Dieu, tout
haut, étabri entre re cier et la Terre une union intime
des deux minéraux géniteurs est de produire I'or, par lequel les deux espè-
(iltihâm) intelligible en res
dirigeant vers ra génération des êtres qu,Il veut
faire exister dans cette Terre,
Ir fait de ra Terre quelque .ho." d"
,"r-
blable à l'épouse (aht), et
du ciel quelque chose de sembrabre à I,époux
rent aLteindre I'ultime degré de noblesse. Des anomalies, ducs au gisement
et aux aléas du temps, peuvent advenir et empêcher r;ue I'enfant atteigne ce
degré utltime du processus. Cet inachèvement donne naissance aux autres
(ba'l). Le ciel jette dans la
Terre le commandement (amr) que Dieu rui
métaux qui sont inférieurs à I'or mais qui sont néanmoins le produit de
révèle; tel I'homme qui jene la
semence dans la femme par I;acte sexuel.
cette étreinte sexuelle6t,
Par cet ensemencement ra Terre fait
alors apparaître res !énérations qui y
Ce nikôlt en alchimie est d'une extrême importance. D'abord cela nous
sont déposées par Dieus2". Le contact
(ittisôr)
entre les
ioyon,
des astres
montre que le paradigme sexuel fondamental appliqué par Ibn 'Arabi n'est
qui sont en mouvement et les éléments équivaut au commerc e
(ittisôl)
pas étranger à ceux des Alchimistes ni à celui de l'Hermétisme avec le rôle
charnel qu'ont les pères avec res
mèress3. c'est ainsi qu,Ibn .Arabî
établit
qu'y joue Ie symbolisme érotique62. L'alchimie, dont I'objet est l'étude des
la correspondance entre |exprication
empruntée au Farâsda et Iexégèse
du verset coranique "Ailah est cerui qui a
créé *"pt
et autant de
"i"u*
terres. L'Ordre (Amr) descend entre (les cieux
et lesierres;s+,,. Il y trouve
des "secrets énormes". Ibn 'Abbâs, l'un des premiers et des
prus grands
transformations subies par une substance dans le but d'agir sur ces transfor-
mations, se rapproche de la science de la sexualité et de la reproduction. Et
encore une flois, une science physique doit trouver son fondement dans la
métaphysique (ilâhiyyât), parce que tout être, objet d'une science pafticu-
exégètes en islam, ne dit-il pas du même verset : "Si j'en faisais
I'exégèse
lière, trouve son fondement dans l'Unique réalité (Haqq). Ibn 'Arabî lui-
vous me traiteriez de mécréant @ârtù ou, selon une autre version, vous me
même met en relief ce rapport entre alchimie et métaphysique63 : en alchimie
20
2

ES CAHIERS DE TUNISIE

MENSIA ARFA MOKDAD

Ia fonction de la vapeur (bukhâr) due à la reproduction des métaux est iden-

tique à celle du souffle (nafas) divin en métaphysiqueu. La théorie de

wafulat al-wujûd ne va pas sans ce lien : "Chaque être particulier a une face

spéciale qui le lie à Dieu (wajh ilâhî khâç;)

est la même que celle de l'élixir"en alchimie physique Qabî'iyya), et c'est

l'élixir de ceux qui possèdent la connaissance spirituelle ('ôriftn)as." Pour chaque chose cette face est sa réalité (haqîqa).

Quant au règne végétal Ibn 'Arabî cite le verset coranique : "Nous avons

déchaîné les vents chargés (lawâqih, qui fécondent)

dation est à la portée de notre observation : Ie vent agit sexuellement par les

éléments mâles qu'il transporte6T. Revenons à cette activité sexuelle intense et incessante des Cieux et de la

Terre. Elle peut être traduite en une autre activité, celle entre "les jours et

les nuits". C'est une interprétation que rend possible I'application du paradigme sexuel à ces deux termes fréquemment mentionnés par le

Coran.

Nous avons vu que c'est le mouvement du soleil qui détermine la succes-

siorr du jour et de la nuit et donne ainsi naissance aux êtres engendrés

Qnuwalladôt). Et dans I'ordre d'antériorité entre la nuit et le jour, quand le

il établit que la

*- nuit est première et contient Ie jour comme I'obscurité contient la lumière

et le corps contient l'âme. Elle lui a donné naissance, elle est donc sa

La science que nous en avons

66"

Une telle fécon-

Coran6s dit: "

la nuit dont nous dépouillons le jour

",

mère6e. Dans le rapport de paternité et de procréation nous avons là un pre-

mier élément : celui de salkh (dépouillement, extraction). Quant à l'activité sexuelle proprement dite, elle est clairement affirmée

dans I'exégèse que fait Ibn 'Arabi dans le sens d'une pénétration mutuelle

entre le jour et la nuit, du verset suivant: "C'est qu'Allah fait pénétrer la

nuit dans le jour, qu'Il fait pénétrer le jour dans la nuit.,.70" Dieu fait de ce

rapport un acte sexuel du fait que le jour et la nuit sont le cadre de la géné-

ration des êtres. L'autre verset : "Il (votre Seigneur) couvre le jour de la

nuit qui le poursuit, avide

7l"

corroborelaréalité d'un tel rapport seXuel.

Seulement, et encore une fois, masculinité et féminité ne sont pas absolues :

le jour et la nuit sont, vis-à-vis du partenaire opposé, tour à tour masculin et féminin, époux (ba'l) et épouse (ahl), "pénétrant et pénétré" (mûlijun wa

mûlajunfihi). Le principe de sexualisation est le suivant : "Tout ce qui est engendré pendant le jour a pour mère Ie jour et pour père la nuit ; tout ce qui est engendré pendant la nuit a pour mère la nuit et pour père le joud2."

Du.iour ct do la nuit clürcurr cst clonc pèro,

oppàse

cc <1tri cst ongctrclré clittts stltt

lui' chacun couv.c (yuglrllû)

et mère cle ce clui est engenttré cn

l'autre

et est couvert par lui. C'est ainsi que Dieu crée continuellement les

êtres pendant

Nous

le jour et la nuit73'

touchons là un point capital dans la métaphysique du temps chez Ibn

.Arabî'Nousavonsconsciencedel'importancedecettedoctrinedansson

Système,maisnousnepouvonspasenexposericilecontenu.Conten[ons-

nous d'en évoquer un concept central qui explicite

le rapport de Dieu au

Monde:ils,agitduconceptdesha'n(plurielshu'ûn)quisignifie,chezlbn

'Arabî,undesinstantsindivisibtes,desunitésminimalesdutempsdivin

par lesquels Dieu intervient sans cesse dans le Monde

et dont tout être

engendÉettoutévénementseproduisantpendantlejouretlanuitn'est

qu-"t'"ff".(athar),DanstouteSonæuvreIbn.Arabîrevientsanscesseàce

,.rr", .oronique

:

"

(shct'n)7+" pour

temps, sa

|,Etre.

chaque

jour, Il (le Seigneur) est pris par une æuvre

en faire I'exégèse conformément à sa métaphysique du

conception du rapport entre Dieu et le Monde et sa théorie de

Il ir d'aitleurs consacré Son petit traité Kitâb Ayyâm ash-sh,o'n, men-

cctte intervention divine incessttnte dans cette

tionrré plus huut, oùr il expose

union sexuelle entre tc

jour et la nuit.'l'ous los Ôtrts crrgcttclrés sotrt los

ceux-ci et Sont les traces de l,action clivine7.5. Là, nous tortchons,

une fois, la réalité clivine qui sous-tend le Monde et tout ce qui

entants cle

encore

advient en lui76'

Nous

obtenons ainsi une autre réalité relative à I'activité sexuelle qui unit

lejouretlanuit.C'est l'intromission,'(îlôJ)mutuelledujouretdelanuit

lorsque chaque partenaire couvre (yaghshâ)

Il

(Allah) enroull §ukawwiru)

sur la nuit78", Du jour et de la nuit

war).Lerapport entre pénétration

suit: il y i rok*î, du iou'

takwîrde

la nuit pou. io

pour

ciation

parce qu'il est visible,

qu'it est intelligible

l'autre77'

Il reste une autre réalité qu'Ibn 'Arabî emprunte

vânt : "

au verset coranique sui-

la nuit

sur le jour et enroule le jour

chacun est à son tour "enroulé" (mukaw-

et enroulement (takwîr) s'établit comme

la "pénétration" (îlôi) de la nuit et il y a

pénétration du jou/e' Et' en vertu d'une différen-

sexuelle établie entre les deux principes de l,être vivant, le takwîr,

est identifié au principe corporel' etleîlôi'patce

(ma'nawî), au principe psychiqueao' Cette idée joue'

chezlbn.Arabî,unrôledepremierordredanslastructureprofondede

l'EtreetdanslerapportentreDieuetleMondeentantquecelui-ciest

animé Par Dieu.

; CAHIERS DE TUNTSIE IBN 'ARABI EI SA MLIATNI;TUUD UU ObD MENSIA ARFA MOKDAD v.
; CAHIERS DE TUNTSIE
IBN 'ARABI EI SA MLIATNI;TUUD
UU ObD
MENSIA ARFA MOKDAD
v. LB xtxÂï DANs sA DrMBNsroN ANTHRopoLocreuB
Cette genèse établissant un rapport du tout (Adam) à la partie (Eve) permet
d'expliquer la clémence (raltma), la tendresse (hunuww) et le désir
" Elles sont un vêt'ement pour vous et vous êtes un vêtement pour
elles
8l"
(shahwa) de I'un pour I'autre. Le désir sexuel (shahwa nikôhiya) chez
l'homme occupe le même lieu que celui qu'occupe Eve avant qu'elle ne
sorte d'Adam88. Eve est attirée par Adam comme la partie est attirée vers
1) Paradigme sexuel et anthropogenèse
le tout, son lieu d'origine (mawlin) et, inversement, Adam est attiré par
Eve, par la nostalgie du tout à la partie, sans laquelle il n'est pas un tout8e.
Chacun trouve auprès de I'autre repos et quiétude. "L'amour mutuel
(mawadda) consiste dans le fait de persévérer dans I'union nuptiale (nihâh)
entraînant la procréation, et la clémence dans I'inclination nostalgique
(hanîn) que chacun éprouve pour l'autree0."
3) Puissance de la femme en sexualité et son fondement métaphysique
Il ne s'agit nullement ici d'exposer la conception qu'Ibn 'Arabî se fait de
la femme, mais simplement de quelques indications utiles à notre propos.
Dans I'ordre de la hiérarchie lbn 'Arabî afl'irme parfois la supériorité de
l'homme par rapport à la femme. A cet effet il revient à I'ordre causal de
I'action et de la passion (fi'l et inli'âl). Et l'on a vu comment l'être humain
est le produit des Cieux et de la Terre et subit leur action. Etant patient il
leur est donc inférieur. Une telle idée se trouve appuyée par le verset cora-
nique suivant: "Créer les cieux et la terre est certes plus grandiose que
créer les Hommes
et"
Le patient étant toujours inférieur à I'agent, la
femme, née à partir d'Adam, lui est donc inférieuree2.
En vérité cette infériorité de la femme est toute relative ; et, de la part d'lbn
'Arabî, ce n'est pas tant I'affirmation de I'infériorité qu'un positionnement
ontologique de I'homme et de la femme dans I'ordre des réalités métaphy-
siques dernièrese3. S'appuyant sur un hadîth bien connu, suivant lequel "la
parenté (symbolisée par I'utérus, rahim) est un rameau (shujna) qui vient du
Clément (Rahmô1)tt", Ibn 'Arabî affirme qu'à "l'origine de I'existentiation
(asl al-îjâcl) la place de Ia femme,par rappprt à I'homme est analogue à celle
de la parenté (rahim) par rappoft au Clément, car elle dérive de
Notre
position par rapport au Clément est semblable à celle d'Eve par rapport à
Adam. Elle est le lieu de la procréation et I'apparition des enfants indivi-
duels ; de même, nous sommes le lieu d'apparition des actes (af'âl): I'acte,
2) L'homme et la femme
bien qu'en vérité il soit de Dieu, n'a pu être manifeste que par nouse-s".
comment s'opère la différenciation sexuelle en homme et femme ? Nous
avons vu déjà comment ra Tradition fait provenir Eve d,une côte d'Adam.
La place privilégiée de la femme se trouve donc fondée métaphysiquemente6.
"Il n'y a pas, dit Ibn 'Arabî, dans le monde créé un être plus puissant que la
24
25

AHIERS DE TUNISIE

MENSIA ARFA MOKDAD

femme et ce, grâce'à un secret qui n'est accessible qu'à celui qui connaît

en quoi le Monde a existé et par quel mouvement Dieu-le-Réel I'a fait

exister. Il a existé à partir de deux prémisses dont il est la conclusion, Dans

I'acte sexuel le partenaire actif (nôkih) est demandeur, qui éprouve donc

un besoin, et le partenaire passif est demandé, il a donc I'honneur ('izza) de celui dont on a besoin. Or le désir est irrésistible. La place de la femme

est donc devenue claire pour toi

feste97. "

Un dernier point à évoquer, Ibn 'Arabî fait expressément l'éloge de l'or-

gane sexuel :la'awra9\, qui a d'habitude une connotation négative. Il en

propose une étymologie qui est, pour le moins, curieuse. Selon lui on l'ap- pelle ainsi à cause de son inclinaison vers le bas, ce qui, métaphysiquement, a valeur de symbole, "car il (organe sexuel) a le grade du secret (sirr) dans

I'existentiation par Dieu. Dieu lui a donné la place du Calame divin,

comme Il a donné à la femme la place de la Table sur laquelle ce Calame

écritee."

et ce en quoi sa puissance est mani-

VI. SBXUALITÉ MÉTAPHYSIQUB BT FONDBMBNT MÉTAPHYSIQUE DU SEXB

Il s'agit maintenant de voir les rapports entre l'activité sexuelle et la struc-

ture profonde de I'Etre et de montrer comment cette activité est en æuvre au niveau métaphysique qui fonde et explique la sexualité phénoménale,

telle qu'elle apparaît dans le Monde, La science de I'union sexuelle est bien

une science de ce qui advient dans le Monde ('uLûm al-akwôn), mais elle

trouve son fondement dans la métaphysiqle ('ilm llôlzî), puisque tout ce qui n'est pas Dieu provient de Dieul0o. Quant à la métaphysique de la sexualité

universelle, elle permet de déceler Ie principe ultime qui régit tout acte

sexuel, qu'il soit d'ordre physique ou métaphysique. Il s'agit en somme, si I'on nous permet I'expression, d'un principe, d'un principe méta-métaphy-

sique.

1) La scxualtt6 métaphyslquc (nttÊ[ ghaybl)

a) Slructure de la Réalité divittc Pour atteindre I'intimité de I'activité sexuelle au niveau rnétaphysique il est nécessaire de déterminer les instances qui sont les acteurs sexuels, la

26

IBN ',AllABl D'l'SA MLl APHtstvut! uu rttÀtl

manière dont elles s'articulent et, donc, les rapports de différenciation'

d'identité et d'altérité. C'est pour cela qu'il imPorte de voir, dans une théo- ' rie de I'unicité de l'Etre, comment l'Un se différencie suivant les catégo- ries du Même et de I'Autre. Ibn 'Arabî décide qu' "une chose ne peut se

dédoubler que par elle-même, et jamais par une autre chose qu'elle-même".

C'est-à-dire qu'elle est, à elle-même, son Propre

deux que par son identité et non Pas par une

double : I'un ne devient altérité extérieure à lui.

L'identité est donc principe de différenciation. Ce principe trouve sa véri-

fication aussi bien dans les êtres sensibles (mahsûs) que dans les entités

intelligibles (ma'qûl). Dans I'ordre sensible, la Tradition, on I'a vu, montre

qu'Adam n'est devenu double que par Eve, née de lui : en lui-même il était un, par elte il constitue un couple (2.àwi). Pourtant elle n'est au fond que lui-

même, sa propre identité à laquelle il doit sa qualification d'unité. Dans

f 'ordre intelligible la Divinité (ulîrha ott ulûhiyya) l0l n'est autre chose que I'Essence divine (dhât). Seulement on distingue deux entités intelli- gibles : la Divinité et I'Essence. C'est grâce à la Divinité, qui n'est autre

que ['Essence, que celle-ci s'est dédoublée. Pour les humains, cette diffé-

renciation originelle a rendu possible la multiplicité des hommes et des femmes, qui ne sont que le reflet du Couple paradigmatique. De même

cette différenciation dans I'Essence divine a donné naissance au Monde

multiple en instaurant le Couple paradigmatique : l'Agent et le Patient. Et

c'est là I'origine divine de tout le schéma causal qui donne naissance à la

génération des êtres, C'est Ia Divinité, qui est dans son essence un rapport

au Monde, qui a déterminé la venue à I'existence de celui-ci. Les humains, les causes et les effets ne font que reproduire indéfiniment le paradigme

"Le Principe (a,sl) est un, il n'est dédoublé que par soi-même' La

originel.

multiplicité n'est apparue qu'à partir de l'essence ('ayrl) même de ce

Principer0z." C'est ainsi qu'Ibn 'Arabî résout le problème métaphysique central : comment I'Unité primordiale s'articule-t-elle selon des détermina- tions multiples pour que soit possible I'existence du Monde ?

b) Métaphysique de la crtôation

une fois le principe introduit philosophiquement, il trouve son expression

théologique dans les noms divins. Ces noms ne sont pas en vérité des réa- lités distinctes de l'Essence et qui auraient une consistance ontologique,

autrement il y aurait là une multiplicité réelle. Ce ne sont que des "relations

ou rapports" (nisab ou idâfôt).Ibn 'Arabî se rapproche ainsi de la solution

2'7

IDlY ô'\âDT ' CAHIERS DE TUNISIE MENSIA ARFA MOKDAD (Firlùtoe. En fait, par cet amour,
IDlY
ô'\âDT
' CAHIERS DE TUNISIE
MENSIA ARFA MOKDAD
(Firlùtoe. En fait, par cet amour, Dieu désire réaliser la perfection de la
mu'tazilite du problème du rapport entre I'Essence et les Attributs divins.
connaissance et de l'Etre (kamôl al-ma'rifuwa-l-wuiûd). ce ne sera que pai'
L'on sait le rôle fondamental que jouent les noms et les attributs divins
dans le système d'Ibn 'Arabî, un tel rôle serait trop long à exposerl03.
une union "dans un état qui ressemble à I'acte sexuel dans le but de pro-
créerl 10". En cela l'être possible est lui-même porté vers cette union par le
Signalons simplement leur rapport continu au Monde déterminant tout ce
qui y advient, en rejoignant ainsi ce qui a été dit plus haut concernant la
métaphysique du temps (shu'ûn ilâhiya). Reflet de cette unité multiple, ces
I
désir brûlant de voir le Bien-aimél I l.
Une telle idée trouve appui dans I'instance anthropologique du sexe' men-
J
tionnée plus haut. L'ordre de I'action et de la passion permet de rapprocher
noms divins sont concemés par l'existentiation du Monde (tawajjuh al-
asmô' al-ilâhiyya 'alâ îjôd al-'âlam). De ces réalités divines (fiaqô'iq ilô-
la femme dela physis comme instance cosmologique, lieu de la passion et
récepracle féminin de I'Ordre divin (kun), donc lieu d'apparition des êtres
hiyya) celui-ci, pour qu'il existe, exige quatre attributs : la vie, la science,
la volonté et la puissance.La vie est pré-supposée par les trois autres, la
engendrés. ce qui permet de degager la fonction métaphysique de cette
science est nécessaire pour concevoir avant de créet,la volonté choisit ce
physis,en tant qu'instance ontologique dans la structure protbnde de I'Etre.
Aussi bien la physis que le Kun sonl indispensables pour que la manifcs-
que la puissance finira par faire passer à I'existence. Déjà I'on peut distin-
guer, au niveau de ces attributs, entre "agent" et "patient", donc le para-
tattion des êtres soit possible. Pris isolément, c'est-à-dire I'un sans lc
secours de I'autrc, ri la physis, ni même le kun, expressiotr de la Toute-
digme sexuel y est à l'æuvrel04. Et c'est cette dualité, qui ordonne les attri-
buts divins, qui est I'origine métaphysique de toute action et de toute pas-
sion dans le Monde, celui-ci ne fait que reproduire le paradigme originel.
C'est ainsi que dans ses parties il est tantôt agent et tantôt patient, mais rela-
tivement à Dieu il est patient dans sa totalitélos. L'exposé de la théorie
générale et absolue (sha'iyya'âmma wa mullaqa) qui est propre et cotn-
akbarienne de la venue du Monde à I'existence, c'est-à-dire sa manifesta-
mune à toutes les choses particulières (kullu shay' in khâssin). "Je veux dire
tion de I'Etre comme unique réalité, déborde largement le présent cadre.
par .femmes" dit Ibn 'Arabî, la féminité diffuse dans le Monde, elle est
Nous n'en évoquerons que ce qui intéresse directement notre propos. Pour
les êtres, le passage du statut de possibles (mumkinôt) au statut d'existants
plus manifeste chez les femmes, c'est pour cette raison qu'elles sont ren-
dues chères à celui à qui elles sont rendues chères (c'est-à-dire le
effectifs (mawjûdât) comme manifestation de I'Etre est le produit d'une
Prophète) r 13." Une telle choséité absolue est exprimée par la Loi religieuse
activité sexuelle métaphysique. Les acteurs sexuels sont la Toute-Puissance
(shar') par le terme 'amâ'qui signifie d'ordinaire nuage ou brouillardlla,
(iqtidâr) divine et la possibilité pour l'être possible d'être patient, de rece-
et qui exprime dans le lexique d'Ibn 'Arabî une réalité susceptible de rece-
voir I'effet de cette Toute-Puissance.
Les deux sont également indispensables pour que, de leur union (nikôh),le
Monde devienne manifestel06. Un recours à la Tradition peut expliciter un
voir images
et formes (suwar wa ashkôl) et donne ainsi naissance au
défini comme tout être autre que Dieulls. "Quiconque, dit Ibn
Monde,
,Arabî,
dela physis, connaît Ia place de la femme; qui-
connaît la place
tel acte. Il s'agit du fameux l.tadîth qudsî dans lequel Dieu Lui-même parle :
divin connaît la place de I'homme; il saura que
conque
connaît I'Ordre
"J'étais, dit-Il, un trésor caché et J'ai aimé être connu. Jt ai créé les créatures
et Me suis fait connaître à elles. Alors elles M'ont connu." Or I'acte sexuel
unit génératement les deux partenaires soit par simple amour (mahabba),
soit dans un but de procréation (tawôlud et tanâsul). Dans le deuxième cas
l,existence des êtres, autres que Dieu, dépend de ces deux réalitést 16."
' c) Slructure sexuelle du îiat divin (klun)
Ce kun,qui s'unit sexuellement aux êtres possibles pour les faire existerl 17,
le nikâh se rattache à I'amour divin, au désir de faire exister le Monde,
exprimé par ce badîthtot ; I'amour est ainsi source d'existencelO8. De la
a lui-même une structure sexuellells. En effet, il est formé de deux lettres
part de Dieu un tel amour préexiste au Monde, par lui Dieu s'adresse aux
choses non existantes en leur ordonnarrt d'être, en leur adressant Son kan
apparentes : le kâf et le nûn, qui sont analogues aux deux prémisses d'un
syllogisnre. Il y a en réalité une troisième lettre invisible, le wâw, deuxième
29
2S
tsr,t 'A,RAIî zr sA, uÉrl,ruyaque DU sExE ES CAHIERS DE TUNISIE MENSIA ARFA MOKDAD lettre
tsr,t 'A,RAIî zr sA, uÉrl,ruyaque DU sExE
ES CAHIERS DE TUNISIE
MENSIA ARFA MOKDAD
lettre de ce verbe de racine sourde, supprimée à I'impératif, Ia syllabe
longue (kûn) devient une syllabe fermée (kun) à cause de lâ'rencontre de
deux quiescentes (sôkinân). Cette troisième lettre est analogue à I'organe
màle (qalam) qui, lors de I'intromission, n'est plus visible, mais qui produit
son effet. La semence elle-même reste un secret invisible (ghayb). Le
Revenons, encore une fois, à I'ordre divin kun. Dans le relation d.e
tajallî ce Verbe n'est autre chose que l'étant, l'être particulier (al-maw-
jûdôt = Kalimât Allâh) Iui-même. Mais ce n'est pas seulement le Verbe,
c'est le Verbe avec les "Essences éternelles" (!uyûn thâbita), c'est-à-
dire les êtres dans leur statut de possibles (mumkinât) auxquels le Verbe
sukûn,le repos ou cessation de mouvement, est analogue au repos des par-
tenaires succédant à leur jouissancel te.
Le kun a également un rapport au sexe sous un autre aspect. Les deux
lettres qui le forment sont analogues aux deux mains de Dieu dont parlent
le Coran et par lesquelles Il créa Adaml2o. La prononciation de ce kun est
aussi bien cohabitation que création par les mains. Ce sont là les deux sens
du mot 'mubôsharat2t.
se lie par une union sexuelle métaphysique (nikôh ghaybî) où I'enfant
(walad) n'est autre que cette union même entre le Verbe et les
ls5snssg I 25.
2) Nikâb, modèle général de la causalité
De notre exposé une idée se dégage : le rapport sexuel est fondamentale-
ment un modèle général de causalité. Tout eflet (athar), quel qu'en soit le
domaine, est le produit d'un acte unissant deux principes : celui de la mas-
d) Nltth ct manÿc$arioz (tajalll, ?uhtr)
culinité, symbole de tout agent (poiétique,fâ'il, mu'aththir) et celui de la
Nous avons vu que le problème de I'existence du Monde dans son rapport
féminité, symbole de tout patient (pathétique, munfu'il, nxu'aththdr.lîlû).
à I'Etre réel est I'un des plus importants que pose Ibn 'Arabî. Son système
est, en grande partie, un essai d'expliciter ces deux instances interdépen-
Ainsi sommes-nous maintenant en mesure de saisir le caractère global de
cette science du nikâ\.t, portant sur un objet universel. Paternité, maternité
dantes et leur rapport. Il formule ce rapport fondamental en termes de
tajallî etde ryhûr (manifestation, épiphanie) ou il s'agit moins de deux réa-
lités ontologiques séparées que de deux instances dont I'une, bien qu'ayant
son propre statut ontologique, est la manifestation de l'autre, plus profonde.
Encore une fois, le paradigme sexuel est ici d'un grand secours.'Nous
et union sexuelle .sont diffuses dans toutes choses et la production (ncttîjcr)
est ininterrompue. Cela concerne toute chose qui vient à se manifester à
I'existence. C'est ce que Ibn 'Arabî appelle "l'uttion sexuelle diffuse (sârî)
dans toutes les progénitu1s5l26" (dharôrî, pl. de dhurriyya, enfants mais
aussi femmes). "Tout agent(mu'aththir) est père, tout patient (mu'aththar
avons déjà évoqué I'articulation de la Réalité divine en Essence et en
fihi) est mère, ce à quoi ils donnent naissance c'est I'effet (athar) et il s'ap-
Divinité. L'Essence exprime I'esseulement ontologique le plus absolu : elle
pelle enfant ou progénituçst27."
n'est liée au Monde par aucun rapport. Dans ce cas il est impossible à
l'Essence, qui est unicité absolue (abadiyya) de se rendre manifeste. Toute
En appliquant, par exemple, le schéma d'émission et de réception au rap-
port de celui qui parle et de celui qui entend : le premier est agent, le
second est patient, la parole (takallum) est union sexuelle, I'effet produit
manifestation (tajallî) n'est possible que s'il y une certaine dualité : le
manifesté et ce par qui et pour qui il est *unifssEl22, Ce tajallî, mode onto-
logique fondamental par lequel I'Etre devient manifeste, est régi par un
dans I'esprit de celui qui écoute est "l'enfantl28". Çs rapport en régit un
autre: celui de la question ou requête (su'ôl) et de la réponse (iawôb),de
paradigme sexuel, "L'Etre absolu s'unit aux Essences étemelles, qui sont
les êtres possibles, pour que l'être déterminé (wujîtd muqayyad) soit mani-
festel23." Le mystère de la manifestation n'est rendu intelligible que grâce
à la science denikôlt.Il y a bien une "science des génitrices(muwallidât)
prière (du'â') et d'exaucement ('isryZba). Cela s'applique déjà au rapPort
métaphysique entre I'Ordre divin (kun), qui est une parole, et la choséité
des possibles pour leur passage à I'existence, et aussi au rapport religieux
d'obligation et d'obéissance. De la part de la créature c'est une requête
universelle et continue. C'est ce qui se rattache à la métaphysique du
qui sont les Mères : pour quelle raison mettent-elles bas au Monde sans
temps où Dieu intervient
continr.rellement dans le Monde. "Tout être,
est
qu'elles y apparaissent effectivement ? Et les choses individuelles (a'yôn
al-ashyô') ne se sont manifestées que par ce qu'elles sont enfants des
susceptible de faire une requête- le sha'n (de Dieu) en chaque instant est
de créer à chaque minute la r':c1uête chez ceux qui la font et de créer
Mères et dgs P§1ssl2a."
3
30
ES CAHIERS DE TUNISIE LES MENSIA ARFA MOKDAD l,exaucemen Ibn ,Arabî re bien que Die
ES CAHIERS DE TUNISIE
LES
MENSIA ARFA MOKDAD
l,exaucemen
Ibn ,Arabî re
bien que Die
patient a le s
qui est I'unité de la Divinité : Il est le Dieu relativement au Monde, cette
détermination par la relation au Monde introduit dans la Divinité une cer-
taine multiplicité13e. Certes, chacune des créatures a une fardiya'.
en réalité ent
l,agent, recev
Seulement "aucttne chose ne peut avoir de
fardiya
que si elle est doublée
(shafl par I'Ipséité (huwiya) de I'Etre-Réel (al-Haqq), pour qu'il n'y ait de
un mystère qu
ahadiya que pour Lui. Alors que Safardiya n'est doublée par aucune créa-
de celui qui a
ture, Il double laJardiya de tous les êtres ç1f§sla0.
L'on a vu que le problème de I'existence du Monde est I'urr des problèmes
3) Le fondeme
Revenons au
métaphysique
gisme qui met
les plus importants qu'Ibn 'Arabî essaie de résoudre. Cette distinction
entre les deux types d'unité se trouve à la base de sa solution. L'existence
du Monde ne devient possible qu'une fois posée I'unité articulée de lafar-
nous saisisson
cliya, et nullement à partir de I'unité absolue dela ahadiyat4t.La produc-
donc par le mo
tion (nitâj), qui est manifestation des êtres individuels (a'yân al-mawjûdôt),
tition que la
pr
n'est possible que grâce dl'Unfard et non pas à I'Un non-/a rd.LeRéel (al-
tion (intâ) est I
Haqq) n'a pas fait exister le Monde par Son fait d'être une essence (r//rdt)
liert3z,, @Lwâlt
seulement, ni par le fait d'être un simplement, mais par le fait d'être une
tiques un pri
essence qui a volonté (tawajjuh irâdî) el puissance (qâcliru)taz. "En méta-
eue signifie
physique ('ilm ilâhî) la manifestation du Monde sc fait à partir de ces trois
tion et donc
tout,
nion
sexuelle, toute produc_
exigerai
nous contenteron
faisante
: I'Etre ? Une
réponse satis-
réalités intelligibles (haqô'iq ma'qûla)r43." C'est encore une structurc tor-
naire, et elle ne peut être qu'ainsi. "Le premier làrrl est Dieu, l'Un (wiihid),
lrofonde ds l,ptrgr33.
§6u5
comment
l'unité
ons au problème essentiel :
avec le nombre trois le Monde existel44."
Aucune production n'est possible à partir d'une seule unité, ni à partir d'une
Ibn .Arabî
fait u
pour qu,existe Ie Monje i
dualité de deux unités séparées, mais seulement à partir de la détermination de
I'unité absolue
le privilège de
laafiadiya del,E
l'unitude (wahüniya) dans ces deux unités par une autre unité distincte (fard)
qui fait une sorte de va-et-vient entre les deux unités et, ainsi, les unit et leur
procure la puissance de produirela5. La science universelle de I'union sexuelle
hiya). Elle n,est c
pothétique, dirait I
1ns sh65gl35. C'est l'anhv-
se fonde ainsi sur une science rarissime, "celle de lafardiya premièrela6" ('ilz
al-fardiya al-'ûlô),fardiya diffuse dans tous les êtres individuels.
cette aftadiya
n,est
u'il a été dit plus haut
que
saurait se manifest
iion, c'est-à-dire qu'elle ne
e afticulation en une cer-
taine dualité136. La
Nous croyons dégager par là-même le principe premier qui régit toute dif'-
férenciation de I'Etre et toute différenciation sexuelle : le principe de lafar-
diya,
mordiale non artic
en elle-même, unité pri-
ant pourquoi
dit plus haut que ce
,ou, uràn,
VII. 'ÂÀItr" FEMME ET SBXUALITÉ
Par contre lafa
cune sciencel3T.
unité multiple en
qr
' est unité articulée, une
l) Le 'ôrd et les femmes
Fort de cette connaissance des réalités des choses, le'ârif saisit mieux que
unité qui la conditionne et par laquelle elle se ourrrf,rr"rr.îi:::îr:i,î;:,
quiconque la fonction du nikôh et la signification de la femme, fondé.s
32

.ES CAHIERS DE TUNISIE

métaphysiquement.

MENSIA ARFA MOKDAD

A l'égard de celle-ci, il ne peut qu'éprouver un désir

profond et respectueux. "Quiconque estime les femmes à leur valeur véri-

table et connaît leur secret intime, dit Ibn 'Arabî, ne dédaigne pas, tel un

ascète, I'amour qu'on leur porte. Cet amour fait partie de la perfection du

'ârif. C'est un héritage prophétique et un amour divinl47." En tant qu'héri-

tage prophétique cet amour trouve son fondement dans le fameux hâdîth :

"De votre vie d'ici-bas trois choses me sont rendues chères : les femmes, le

parfum et la prière, en celle-ci et ma quiétudel48." C'est ainsi que les

f-emmes figurent comme I'un des mystères de l'élection (ikhtisâs) du

Prophètelne. Le 'ârif, dans son amour des femmes, ne fait donc que suivre

fidèlement la Tradition du Prophète. En tant qu'amour divin il se fonde sur

le fait que la femme est le lieu indispensable se forme l'être humain, image de la perfectiorr absoluels0. En bref, I'amour des femmes devient une

obligation religieusel'5 l.

Il y a cependant une coustante dans la Voie soufie : la méfiance exprimée par les maîtres et leur mise en garde des novices à l'égard de la compagnie des femmes, des jeunes (hudthân) et des garçons imberbes (murün)rsz.11o,

'Arabî ne leur donne pas tort et leur trouve même une justification. Mais

I'on est en mesure de dépasser cette méfiance en vertu de la réglementation

suivante: "Le novice ne doit vivre en compagnie des femmes que s'il devient lui-nrênre flemme. Une fois qu'il accède à cette féminité, qu'il

rejoint'le monde d'en-bas', qu'il se rend compte de l'amourque lui porte

le 'monde d'en haut', qu'il se voit en tout état (hôl),tolt instant et tout influx divin (wârid) subir toujours I'acte sexuel passivement (mankûh), et ne voit nullement, dans ce dévoilement imaginal (kashf ;ûrî), son caractère de mâle ni qu'il est homme, et qu'au contraire il se voit comme féminité

pure, et que, par cette union sexuelle, il devient 'enceint' et enfante, alors il lui est permis de vivre en compagnie des femmes, Son penchant et son

amour pour elles ne lui font plus de 1s1153." Au contraire il réalise, par I'union sexuelle, l'expérience de 1'annihilation. Citons encore ce passage de Fusîts al-Hikam: "Quand I'homme aime la femme, il désire I'union, c'est-à-dire l'union la plus complète qui soit possible dans I'amour ; et dans la forme composée d'éléments, il n'existe pas d'union plus intense que celle de I'acte conjugal. De ce fait, la volupté envahit toutes les parties du corps et pour la même raison la loi sacrée prescrit I'ablution totale (du corps après I'acte conjugal), la purification devant être totale comme I'ex-

tinctiou de I'homme dans la femme avait été totale lors du ravissement par

14

IBN ,ARABI ET SA MÉT.APHYSIQUE

DU SEXE

st jaloux de Son serviteur' Il ne

hose que Lui' Il le Purifie donc

ans sa vision' vers Celui en qui

as autre chose que g9lnl54'"

Le 'ôrifa donc, pour les femmes' un regard spécial et un penchant justi-

fi§lss.

suffit

"§s11e posture

de prosternation pour elles lors de I'union sexuelle

pour *on,r", leur rang élevé (sharaflts6 '"

2)Le'ôrif etla voluPté

L,union

le

de son accomplissement cognitif et spirituel,

recherche pour elle-même' c'est-à-dire unique-

sexuelle faisant partie

'ârifla recherche, il ü

ment pour le plaisir qu'il y éprouve

pour la survie de f'"tpa""'

p*

c"t

ment à celui accomiti

ParadislsT. L'on ne pàut

'Arabî lui-même, par laquelie

lettres, et lui fait éprouuei un

ei non plus dans un but de procréation'

aspect I'.acte sexuel ressemble parfaite-

put I'homme stérile ou par les bienheureux au

de penser ici à la fameuse vision d'Ibn

''"*pêther

Dieu I'unit aux astres' aux étoiles et aux

plaisir et une volupté à nuls autres pareilsls8'

exPrimée Par Ibn 'Arabî lorsqu'il

hiérarchie ésotérique et de la réa-

elle fréquente' il a une inclination nature son dû conformément à ce alité (rûhôni'yn) son dû conformément i\ la

l'abstinence sexuelle quand le nikâh n'est pas à

.onnoiilonce de ce que le nikâhrend manit'este I'encourtge it

que la Loi prescrit, et à la spiritu

Réalité divine. Il supporte

sa portée. Sa

le rechercher et à te àésirer.

pour rui et pour re reste

Nulle autre chose n'est en mesure de réaliser,

des,ârifûn,la servitude ('ubûdiyya) autant que le

fait|enikôh

Ilnedésirepasl'unionsexuelledansunbutdeprocréation'

L' union sexuelle

qu' accompl

it celui

Iable à celle qu'accomplissent les

cachée aux Hommes et aux Génies' ex

est de même de l'union sexuelle

chez I

la dignité parfaite (sharal ûmm)' qui est un

faire) le simple ae'i'' fUe*" si

indicedelafaiblesseproPreàl'étatdeservitude'neconsiste'dansl'union

qrui prive

lo'doïrnation

(qahr al-tadhdha)

sexuefle, qu" oon,

du praisir

prétention (cluwwa et cta'wâ)'c'est (néanmoins)

l'homme de sa tbrce et de sa

35

TES CAHIERS DE TUNISIE t_t MENSIA ARFA MOKDAD nN 'tatnî et st uartpuysteuq DrJ sqxti
TES CAHIERS DE TUNISIE
t_t
MENSIA ARFA MOKDAD
nN 'tatnî et st uartpuysteuq DrJ sqxti
une domination où r'on
éprouve du plaisir (qahr
racthîdh).
D,ordinaire
l'être dominé ne connaît pas ra
jouissance, ce,e-ci étant re propre du
nateur
<romi_
Mais si on pense aussi que cet ordre est atemporel (l'Etre e.st toujours être
et le possible garde toujours son statut de possible) et que le Kun est tou-
et non pas du dominé ; excepté
dans cet acte spécialement,
dignité
une telle
échappe aux gens qui considèrent
re
désir
sexuer comme un désir
bestial et, se situant au_dessus de lui, leJédaignenttsr.,,
jours adressé aux possibles, I'on en conclut à I'acte sexuel éternel entre
Dieu et le Monde et la jouissance sans rupture de I'un et de I'autre, et nous,
qui sommes la manifestation de I'Etre, nous participons à cette union nup-
CONCLUSION
tiale sans finl63. Une telle vision ne peut être que d'un optimisme tbncier.
Certes, comme le
MeNsIn ARFA MOKDAD
re
une sacrarisa,,""
oÏiTi;,,
J,",1:,iTi,lï;'lîî,i:ïi:iiï"lJîî
niveau métaphysique est un modère
NOTES
générar.Et
diffuse
c,est, en ouffe, une réarité
I . William C. Chettick en fait mention et traduit une citation des Futûl.tât (lll, 5 l6) The Suli
dans tout I'Etre et constitue, f."iir",
une
dimension
path of knowledge : Ibn al-'Arabî metaphysics of imagination, Albany, N. Y., 1989, 86).
essentielre
I'ontorogie
de
et de
.herméneutique akbariennes. Ibn ,Arabî affirme
J. Evola évoque "la sacralisâtion de l'union sexuelle et I'identitication
de la femme à la
moindre
sans ra
hésitation que l'originl
<(nature» cosmique" chez Ibn 'Arabî (Méraphysique du sexe, Paris, Payot, 1916,242-3 et
o, tort"
Le
est cet amour sexuer160.
soufi, qui esr plutôt un Z,f
"t,ose
qr,-r"rri't
Ies
réalités métaphysiques
plus
profondes, respecte les réatités
les
ci
exige (an-nikâ[t' wa ifâ, u-t- huqrr,,
a". "i.
349) ; mais, en se limitant au seul Fzprîs alflikam d'lbn'Arabî, traduit par Titus Burckhardt
(La sagesse cles Prophètes, Paris, I 955), il a pu interpréter ce que dit Ibn 'Arabî dans le sens
de l'insuffisance, pour le mystique, de la seule volupté dans I'union avec la femme tant qu'il
n'en saisit pas le sens spirituel. Nous verrons qu'une telle lnterprétation déprécie, pour lbn
::ï
:i:ï:' ;:
ï ffi:,:î
'Arabl, la pure volupté parce qu'elle s'attache au sens spirituel qui la dépasserait.
par
sa nature
";]::T
même), ne dit, dans son discours,
.,ce
que
qui
est
réeilement,,,
sans Ia moindre
condamnation d,impureté : tout est pur (1ôhir).
Abdelwahab Bouhdiba réserve un passage de son livre lzr sexualité en Islnm (Paris, P.U.F
1975, 148) à I'analyse dc ce thème. Toshihiko lzutsu traitc aussi du "Fcminine Elcment in
the Creation of the World", (Sufism and Taoism. A Comparcuive Stutly ol Key Philosopltk:ul
Tradirionne'ement re soufisme
"r,
"o^lirr,
comme curturà de ,absti_
nence et de ra méfiance à r'égard
des beaux garçons
et des femmes.
II en
est
Concept, Berkeley-Los Angeles-London, 1983, 202-5). De mêmc, H. Corbin analysc danr
"La dialectique d'amour" le rapport entre I'Aimé réel ct la lbrmc corrcrètc qui lc rcnr
visible, et décrit la conception du "Féminin-Créatcur" (L'itnagination créatrice tktns le sou
tout autrement av.1
Ibn 'Arabî, respectueux de La Réarité
Ji.rnre d'lbn 'Arabî, Paris, 1958, I I l-38). Voir aussi Su'âd al-llakîm, Al-tnu'jatn as-;î(i
profonde
voulant
et
en êre le fidèle
inrerprète. D"^ r;r"i".".-,ï,:ï:'.,:^::"1
Beyrouth, l40l/1981, 1069-7 l.
.
l'annihilation
a"'il"go
2. Voici les deux sens que donne J. Evola de la métaphysique: "Le premier sens est assc.
(tadhdha ", frr;':r;;T;)rhl'E-;5;*t**
courant en philosophie où, par «métaphysique», en entend la recherche dcs principes ct dc
(kamâl) en dépend.
signiflcations ultimes. Une métaphysique
du sexe sera donc l'étude de ce que, d'un point d,
La signification profonde de
vue absolu, slgnifient solt les sexes, solt les relations basées sur Ies sexes" (Métaphysiqu'
l'æuvre d'Ibn ,Arabî
pour
I,histoire
du
sou-
tlu sete,9); le deuxième sens est celui d'un «au-delà du physique» qui est une "constata
fisme est qu'ir fonda cerui-ci, ur""
,*
fuirrun"" inégarée, sur des bases
tion de tout ce qui dans I'expérience du sexe et de I'amour comporte un changenrent tl
métaphysiques' L'amour divin n'est
ptrs
niveau de la conscience ordinaire, «physique», et parfois même une certaine suspension d
,i,npt"rent une sublimation,
une
la conditionnalité du Moi individuel, et l'émergence momentanée ou insertion de modc
élévation pudique des formes r"nriuri.i"
(h
i]o^or. à sa forme diviner62.
d'être de caractère profond"
métaphysique du sexe, l0).
théorie
La
akbarienne nous folm^il Or
u
,Aorf,ysique du
3. Edition du Caire, 1329,1,139; II, 689 ; III, 90,
sexe,
Ie
fondement
ontologique de
4. Edité par H. S. Nyberg, dans Kleinere Schriften des lbn Al-'Araâi Leiden, 1919,46. C
et re fondem"nt
,rti*" de toute ,nio, ,"*r"r" qri
est lafardiyya'
'amour
O. Yahia, Histoire et classücation de l'æuvre cl'lbn 'Arabî, Damas, 1964, ll,4l2, n" 544
La
métaphysique
o,
,"*"
fondement urtime contri-
5. l-utûl.tîrr I, 139.
"i.on
buent à r'inteiligence aà ta structu*or"r*0.
6, Pp. 87 sqq.
de l,Etre et Ia possibirité
même de sa manifestation : c'est
ciation en mascurinité et en féminité
7. r, 140.
ra sexuarisation, c,est-à-dire Ia différen-
8. Dans Rasô'il lbn al-'Arabî II, n' 5 Hyderabad-Deccan, 137911959.
absolues
9, I, t4t,
et I,activité sexuere qui aide
t
n'.";;il;",.
r0. I, r38-43,
:,:îfflffiommenr ,,B,
en ses insran."r rur,,pr".
I l.
I, 170-1.
r2. II,655-63.
13. Irr.87-91.
36

t t Es CAH|ERS DE TUN|S|E

f ].

C_or11

2:23i,trad.^de_R.

tr, 30, 4tz. si,,

,r!;9,.0,.,0,

t9, tbid., 425.

586.

20, tbict

2t. rbid., ilt, 335.

28.Furûfiôr Il, 412.

29. Ibiel.,44O.

30. tbkt., t.703.

MENSIA ARFA MOKDAD

t, telle ,,la science des géni-

au slr, curieusement il n,y

Blachère, paris, 1957,

;;;;;;j".i"i.,iir"",r: mariase, fornication, sexe de ta

du

et

la

ti-

ukm) dolt

être, .dans son extension,

sr

; tour11C,u^11

plus grande

17;

pas exempt dhd.".n;;

(hôdilh),les corpi n. ,oni iurËmpts

d,ad-

;:ii,i:ilir:iï:î, l;. uo,.nonts,,, car rout

cause d'ébriété,

ce qul est cause

at-alÜ ou "Kitâb al'al1adiya", in

d'ébriété

Rasô'il,

ell91yêmes critère de

:'.i!n ilâh) est masculin et celui

tle

r, 569).

nore sexua-

38

" A t

rifren

-Ta d bî riit a l - i lâ I t i v vtt !î

,

t77; et tour É chapitre 316 des Futûluût«fii, OO-SI.

is lâ lr a l - tnat n lu kal r al - insân

iyya,,,

nN ,antaî tr se uatannYspuE DU ÿDXE

40. lbkl., lI,429, Cf . H. Corbin, L'imagination créatrice.,., 133.

4l . 'Uqlat

,

56.

42. Futûhât 11,282.

43. tbkl, t, t39-40.

44. Id, ; lbid., lll,99, Nous verrons par la suite un serls et un rôle de la p/ry.ris, qui ne sont

pas cosmogoniques, mais métaphysiques.

45. lbid., I, l4l. Ailleurs (lbid.,293) les atrributs divins sont distingués des insrances cos-

miques et en sont I'origine. Ainsi de I'attribut Vie provient I'lntellect premier et de celui-ci

lr Matièrc première (habâ'), de I'attrlbut Science provient I'Ame universclle ct dc cellc-ci

le Corps absolu Qii'rn al-kult). L'lntcllcct, I'Amc, la Matièrc prcmièrc ct lc Corps ahsolu

sont à I'origine de la manifestation des formes des êtres dans te Mondc.

46. tbkl,,355.

47. lbid,,526, 583. Ibn 'Arabî tàit aussi intervenir lcs csprits (arwâh) qui sont lcs pèrcs qui

s'unissent, pour la production des êtres, à la plrysis (tabî'a) qui cst la mèrc: ccs csprits

s'adrcsscnt aux quatrc élémcnts réccptils du changemcnt (lbkl,,138). 48. Déjà il y a unc détermination dcs actcurs scxucls rnâlc ct lbrncllc (ou agcnt ct puticr)t) cntrc les quatrc natures pour produirc les quatrc élémcnts. Lcs acl,curs rnasculins sont lc

chaud et le tioid, les acteurs téminins sont I'humide et le sec. Quand, par excmplc, lc chau«l

s'unit au sec il se produit l'élément feu, etc, (lbid.,142,293).

Ensuite il y un rapport de

filiation entre les quatre éléments eux-mêmes (lbkl.,ll,689). Enfin il y a sirnulranémcnt unc

multitude de contacts ou unions entre les rayons des astres, mis en mouvement par lcurs sphères respectives, et les éléments. (lbid.,I, l4l).

49. lbkl,, II, 689. Voir aussi le nikâlr qui se produit entrc lc nuage, I'eau cL ltr pluie (tbkt.,

402).

50. Ibkl., 1,294;'Uqlat al-mustatufiz,82. Pour plus de détails voir"Bâb at-istitûlâr" et

"Bâb ft-n-nikôlt wtt-t-tawâluct' daas 'Uqlat ,,82

sqq.

51. Iclem. Pour Ghazâlî, I'Esprit (ruîf) s'unit sexuellement à l'âme (nafs) pour donner nais-

sance au corps. Ibn 'Arabî reprend les termes que Ghazâlî utilise dans Laââb al-hikna ('lbn

' Araüî, At-Tadbî rôt

,

134).

52. Futûlôt I, l3l, et 142.

53. rbid., t4t.

54. Coran 65:. 12.

55. Futûl.tôr

l, l4l ,

56, 4l t 12, Voir aussi lc vcrsct 33 : 37 on pcut trouvcr un rirpport cntrc "niklili' ct ailtr

" quand ccux-ci ont ronlpu tout cornrncrcc lvcc cllcs. Quc I'ortlrc tl'Alhh soit cxécuté."

57. Futûlût I, 145 lbn 'Arabî rcnvoie à sonlivrcat-Tatrtzulôl

tbkl., 163.

58. tbid., t4t.

59. lbicl., 139. ll n'est pas possible d'exposer ici la théorie complexe dc la causalité et dcs

rapports entre Dieu et les causes chez lbn 'Arabî. Contcntons-nous d'une citation qui est en rapport avec notre propos. Pour I'Homme, "les deux parents sont les causcs à I'occasion ('arla) desquelles Dieu t'a fait exister afin que tu les Lui attribues. En réalité clles n'ont

aucun effet (athar), bien qu'elles soient causes de I'existence des effets appartient à Dieu" (lbid.,142).

I'efficience

60. il,270-84.

ul-»utlsilil,ttt, Voir irussi

61. lbicl

62. Cl, M. Bcrthelot, Collection des anciens alchimistes grecs, Paris, 1887, vol. IIl, 147, cité

par J. Evolrr, Métqtlrysiclue du.texe,350-2. Dans I'llcrmétisrnc, dit J. E,vola, " lcs tcxtcs déclarent quc I'cnsemblc de ces procédés dc I'Art herrnétique appliqué à l'homntc rcllètc lc

processus mômc de la création, de la manifestation cosmique, dc ses moments csscnticls

(lbi(l.,352). Voir aussi le modèle sexuel cn «ruvre chez les alchlmistcs dans le Livre de Crzlr)s dans M. Belthclot, In clùtnie ou Moyetr,4.gc, t. III : L'ulclinic araDc, Plrris, l[i93.

l, 592 ; ll, 270-1.

"

39

CAHIERS DE TUNISIE MENSIA ARFA MOKDAD IBN 'ARABI DT SA METAPHYSIQUE DU SEXIj. Kitâb al_flabîb,
CAHIERS DE TUNISIE
MENSIA ARFA MOKDAD
IBN 'ARABI DT SA METAPHYSIQUE DU SEXIj.
Kitâb al_flabîb,
lacréation(Ct'.H.Corbin,Terrecéleste
,l171'L'inagitttttioncr<iaticc
,l2'1).Enfinlbn
, ibid.,36 et 51.
'Arabî rattache I'union de I'esprit (n?/r) et du corps physique (jism tabî'î) à une science qui
lîqa wa çan,alu-
détermine si, oui ou non, le corps est à I'Esprit ce que la t'emme cst à l'époux qui s'unissent
sexuellement pour donner nalssance aux ent'ants
;
ct si la mort est une répudiation (ou
Henry Corbin,
divorce)
momentanée ou définitive. (Futûhât Ill, I7),
| ' p.23.
88. lbn
'Arabî applique ici un dogme philosophique bien connu : "ll n'y a pas de vide dans
Livre des sept
iârrl., 106 sqq.
I'Etre." Donc dès qu'Eve est sortie d'Adam, le désir vicnt occuper sa placc. Ibn'Arabî
trouve là la raison pour laquelle le désir de I'homme est plus tbrt que celui dc la t'emmc,
aux.
celle-ci est plus capable de mieux contenir ses désirs et cacher son amour. Lors de l'éjacu-
66, Coran l5 :22.
68.36:37.
lation, le plaisir englobe tout le corps. C'est un instant d'extinction totîle
tilri). Pour cette raison la Loi ordonne de taire I'ablution dc tout le corps
8-9; h-utûltât I, l2-5, 136).
bikulliya-
Çoryu
67. Furûhât Il, 451.
(Kitûb al-'AliJ,
, l4l.
89. lbicl., 124-5; lbn 'Arabî, Fa,râ.s al-l.titum, éd. Abû-l-'Alâ' 'Alili, 2". éd., Beyrouth,
ns Kitâb Ayyôm ash-sha,n,l sqq.
:61,
1400/1980, l. 215 ; ll, 325 (commentaire de 'Afîti) ; trad. de Titus Burckhardt, kt.sagesse
45,
|
,.
cles Proplùtes, 182. Ct'. H. Corbin, L'inngination créatrice
,l28.
euand
(cette personne)
porra
eu
couvert
(cette
90. Futûl.tôt tll,88-89; I, 190.
et alla
sans peine. lMais) ôr;J;I," se senrit
9 l.
Coran 40: 57.
?
':,.7:B t
-"f . aussi
92. Futûl.tîtt IIl, 87 ; T. IZUTSU, Sufism and Taoism
,2(12.
u
Furûhôr ll, l7O, 445. Voir la manière dont ce
tâb Ayyâtn
ash-sta,n, lO.
93. Fu.rrî.ç al-l.rikatn I,219;lI,333-4 (comment. de'Afîtî);trad. deT. Burckhardt, o1t. cit
7
18