ORDONNANCE de RENVOI devant

Ie TRIBUNAL CORRECTIONNEL
et de NON-LIEU PARTiEL

COUR D’APPEL DE PARIS
TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE
DE PARIS
CABINET

DE

ROSER LE LOIRE
(article

VICE-PRÈSIDENT CHARGÉ DE L’INSTRUCTION
RENAUD VAN RUYMBEKE
PREMIER VICE-PRÉSIDENT CHARGÉ DE L’INSTRUCTION CC-DÉSIGNÉ

179 du code de procédure pénale)

N° Du PARQUET : 1300872021
.

N° INSTRUCTION : 229211313
PROCÉDURE CORRECTIONNELLE

__________________________________

Nous, Roger LE LOIRE, Vice-Président chargé de l’instruction au tribunal de grande instance de
Paris, et Renaud VAN RUYMBEKE, Premier Vice-Président chargé de l’instruction au Tribunal de
Grande Instance de Paris,

Vu l’information concernant:
-

M. CAHUZAC Jérôme sous C.J.
placement sous C. J.: 16/05/13
né le 19/06/52 à TALENCE (33) de Pierre et de Thérèse MAZIERES,
-

-

profession : Médecin
adresse déclarée au Cabinet de Maître Jean VEIL,
ayant pour avocats :Me Jean VEIL et Me Jean-AIajn MICHEL
-

-

M, E3REYFUS Hervé
placement sous C.J.: 11/10/13 au: 16/06/14
né le 04/08/53 à NEUILLY SUR SEINE de EUe DREYFUS et de Rachel MARTIN,
profession
iilrr~I!nIr~
demeurant
ayant pour avocat :Me Paul-Albert IWEINS
M. HOUMAN Philippe Olivier
né le 24/04/64 à GENEVE (SUISSE) de Jacques et de DEBELY Micheline,
profession : avocat consultant
adresse déclarée au Cabinet de Me Philippe GOOSSENS,
ayant pour avocat Me Philippe GOOSSENS

-

Mme MENARD Patricla épouse CAHUZAC sous C.J.
placement sous C.J.: 21/01/14
née le 08/09/55 à PARIS 15° de MENARD Jean et de CAMUS Elisabeth,
profession: dermatologue
demeurant
ayant pour avocat Me Sébastien SCHAPIRA
-

-

~ :c pie e ed

o mw

-

-

REYL & CIE SA., représenté par REYL François Société
créée le 19/01/88 à GENEVE,
adresse déclarée au Cabinet de Me BOUGARTCHEV
ayant pour avocat: Me Kiril BOUGARTCHEV
-

-

M. REYL Dominique, Charles, Henri sous C.J.
placement sous C.J.: 30/10/13
né le 29/05/38 à MULHOUSE de REYL Martin et de MARTIN Rachel,
profession : banquier
adresse déclarée au Cabinet de Me CORNUT GENTILLE,
-

-

à~àhf pour avocats Me Pierre CORNUT GENTILLE et Me Vincent JEANNERET
-

M. REYL François, Pierre placement sous C.J. 29/10/13 au: 04/07/14
né le 05/10)65 â NEWYORK de REYL Dominique et de Micheline BARTHE,
profession : banquier
adresse déclarée au Cabinet de Me BCUGARTCHEv,
ayant pour avocats : Me Kiril BOUGARTCHEV et Me Vi&éhtJEÀN$jERET~~

Personnes mises en examen des chefs de:
blanchiment de fraude fiscale, faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-3, 324-4, 324-5,
324-6, 324-7 et 324-8 du Code Pénal, 1741, 1742, 1743 et 1750 du code général des impôts
-

perception par membre de profession médicale ou autorité sanitaire d’avantages procurés par une
entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la sécurité sociale, faits prévus et
réprimés parles articles L 4163-2, L 4113-6, L 4221-17, L 1421-3-2, L 1414-4, L 1451-2, L 5323-4, L
4323-4, L 1426-2, L 1312-3, L 1419-1, L 1452-1 et L 5451-4 du code de la santé publique
-

blanchiment de fonds provenant de la perception par membre de profession médicale ou autorité
sanitaire d’avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en
charge par la sécurité sociale, faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-3, 324-4, 324-5,
324-6, 324-7 et 324-8 du Code Pénal
-

recel de fonds provenant de la perception par membre de profession médicale ou autorité sanitaire
d’avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la
sécurité sociale, faits prévus et réprimés par les articles 321-1, 321-3, 321-4, 321-9 et 321-10 du
code pénal
-

réquisitoire supplétif du 02/05113 : fraude fiscale (déclarations minorées en matière d’impôt sur le
revenu au titre des années 2009 à 2011, d’impôt de solidarité sur la fortune au titre des années 2010
à 2012 et de la contribution exceptionnelle sur la fortune au titre de l’année 2012), faits commis à
Paris, courant 2010 à 2012. en tout cas sur le territoire national et depuis temps non couvert par la
prescription, faits prévus et réprimés parles articles 1741, 1742, 1743 et 1750 du Code des Impôts
-

réquisitoire supplétif du 03/05)13 : blanchiment de fraude fiscale: pour avoir utilisé des comptes
bancaires ouverts au nom de Madame Thérèse MAZIERES épouse CAHUZAC, faits prévus et
réprimés par les articles 324-1, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du Code Pénal, 1741,
1742, 1743 et 1750 du Code des Impôts
-

INSTRUCTION W .2292(13/3.
ORDONNANCE de RENVOI devant e TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIEu PARTIEL -page 2-

réquisitoire supplétif du 06108113 : à Paris, courant mai 2012, déclaration incomplète ou
mensongère de son patrimoine, par un membre du gouvernement, â la Commission pour la
transparence financière de la vie politique, délit prévu et réprimé par les articles 1er1 3, 5-1 de la loi n°
88-227 du 11 mars 1988; LO 135-1 du code électoral
-

réquisitoire supplétif du 23109113 : complicité de blanchiment de fraude fiscale, faits commis à
Paris et en SUISSE de 2009 à 2013 faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-3, 324-4, 3245, 324-6, 324-7 et 324-8 du Code Pénal, 1741, 1742, 1743 et 1750 du Code des Impôts, 121-6 et
121-7 du Code Pénal en ce qui concerne la complicité
réquisitoire supplétif du 09/12/13 : blanchiment de fraude fiscale, faits commis entre 1997 et 2013
par l’ouverture et l’utilisation de comptes bancaires au Royaume Uni (lIe de Man et Angleterre) et en
SUISSE, et des acquisitions immobilières à Paris et à Londres, telles que relatées à la cote 0510, faits
prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal, et par les articles
1741, 1742, 1743 et 1750 du Code des Impôts.
-

-

Direction Générale des finances publiques
représentée par GABEN Jean-Luc
ayant pour avocat: Me Xavier NORMAND BODARD
-

l’État Français
représenté par GABEN Jean-Luc
ayant pour avocat: Me Xavier NORMAND BODARD
-

-

Parties civiles

-

Vu l’article 175 du code de procédure pénale,
Vu le réquisitoire de M. le procureur de la République, en date du 17 décembre 2014, tendant au non
lieu partiel et au renvoi devant le tribunal correctionnel,
Vu l’envoi par lettre recommandée aux avocats des parties de ces réquisitions,
Vu les articles 176, 179, 180, 183 et 184 du code de procédure pénale;

INSTRUCTION N’. 2292113/3,
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON-LIEU PARTIEL -page 3.

Plan
I) L’enquête préliminaire
Il) Les déclarations de M. CAKUZAC au début de l’instruction
III) Les comptes en Suisse et â Singapour
t) La démarche initiale de M. CAHUZAC auprès de Me PENINQUE
2) Les comptes suisses
3) Le transfert du compte â Singapour
4) Le rapatriement des fonds
IV) Les comptes de Mme CAHUZAC
1) Les déclarations de Mme CAHUZAC
2) Le compte â l’ue de l’Ian
3) Les comptes suisses
4) Le rapatriement des fonds
V) Les comptés de Mme MAZIERES
VI) Les qualifications pénales
1) M. et Mme CAHUZAC
2) M. DREYFUS
3) La banque REYL, les REYL et M. HOUMAN
VII) La clôture de l’information

I) L’enquête préliminaire
Le 11janvier 2013, le parquet prescrivait une enquête préliminaire suite à la publication de plusieurs
articles de MEDIAPART parus en décembre 2012. Ces articles faisaient état d’un compte non déclaré du
Ministre du Budget, M. CAHUZAC, à lUes de Genève dont les avoirs avaient été déplacés à Singapour. Ils
se référaient à un mémoire adressé en ce sens par un agent des Impôts, M. GARNIER, à sa hiérarchie en
2008 et à un enregistrement téléphonique accidentel.
Entendu le 16 janvier, Me GONELLE, avocat, confirmait avoir reçu un enregistrement de M.
CAHUZAC fin 2000 capté par son téléphone involontairement (D 4). Ce dernier lui avait laissé un message
sur son portable. En écoutant le message, il avait entendu après ce message une conversation entre deux
hommes, dont l’un disait qu’il avait un compte à l’UBS et qu’il risquait de devenir maire au mois de mars. Il
avait formellement reconnu la voix de M. CAHUZAC.
M. GONELLE avait sauvegardé le message et fait appel à un technicien, Jacques MENASPA pour
enregistrer deux copies de l’enregistrement sur deux mini disques. Il remettait aux enquêteurs l’une de ces
copies (scellé 1). M. MENASPA a confirmé ces faits (D 43).
M. GONELLE déclarait avoir remis l’une de ces copies à M. BRUGUIÊRE fin 2006, alors qu’il
envisageait de se présenter aux législatives. Entendu le28 janvier, M. BRUGUIÉRE a confirmé avoir reçu de
M. GONELLE, pendant la c~mpagne des législatives, une copie d’un enregistrement audio concernant un
compte que Jérôme CAHUZAC aurait eu à l’étranger. M. BRUGUIERE a déclaré ne pas l’avoir écouté et
l’avoir détruit.

INSTRUCTION N’. 2292113/3.
ORDONNANCE de RENVOI dov&nt o TRIBUNAL CORRECTIONNEL et do NON-LIEU PARTIEL

.

page 4.

M. Rémy GARNIER est un vérificateur des Impôts de Bordeaux client du cabinet de Me GONELLE
qu’il connaît depuis 2003. lI a confirmé avoir entendu parler d’un compte suisse de M. CAHUZAC aux
alentours de 2003 (D 42).
Le 24 janvier 2013, la DGFIP adressait une demande d’assistance administrative à Berne afin de

vérifier si M. CAHUZAC n’avait pas été titulaire de comptes auprès de I’UBS (ou l’ayant droit économique).
L’administration fiscale suisse répondait le 31janvier: M. CAHUZAC n’a pas disposé d’avoirs à l’UBS que ce
soit à titre de titulaire ou d’ayant droit économique pour les années 2010 à 2012 (période visée par la
convention d’assistance). Pour les années 2006 à 2009, PUBS ne détenait pas non plus d’avoirs dont M.
CAHUZAC était le titulaire ou d’ayant droit économique (D 33).
Le 20 février, les enquêteurs procédaient à l’audition d’un gérant de fortune établi à Genève, M.
Condamin~Gerbier (D 67). Il avait travaillé en 2004 à l’UBS de Genève avant d’être recruté fin 2004 par
Dominique et François REYL. Il avait été présenté à Hervé DREYFUS, demi-frère de Dominique REYL, et
apporteur d’affaires chez REYL de clients français à la recherche de comptes suisses. Il déclarait avoir
démissionné en juillet 2010 dans un climat conflictueL Il faisait part de ses suspicions sur l’ouverture d’un
compte de M. CAHUZAC, en contact avec M. DREYFUS, à l’UBS en Suisse.
Entendue le 25 février, Mme CAHUZAC expliquait avoir reçu en mai 2012 la visite à son cabinet
médical d’un faux client lui disant qu’il revenait de Singapour où son mari avait transféré ses avoirs depuis la
Suisse (D 71). Il lui avait proposé, contre rémunération, de lui fournir des informations et lui avait laissé le
numéro de M. DREYFUS. Elle avait demandé des explications à son mari qui avait apporté un démenti à ces
allégations. Elle déclarait ne pas avoir eu connaissance de l’existence d’un compte de son mari en Suisse.
M. LETELLIER, détective privé mandaté par Mme CAHUZAC, a déclaré que celle-ci lui avait affirmé
que son mari détenait un compte à I’UBS où il recevait des fonds versés par des laboratoires
pharmaceutiques (D 57). Elle lui avait également confié que son mari était rentré en janvier-février 2010 d’un
voyage en Suisse et lui avait dit qu’il avait fait le nécessaire et qu’ils ne pourraient jamais (le) retrouver, celuici ayant transféré ses avoirs à Singapour.
Le 18 mars, les enquêteurs recevaient un rapport technique sur l’enregistrement. Le compte rendu de
l’enregistrement figure à la cote D 40. Le rapport figure dans le scellé 37 (D 86). Il conclut:
Sur une échelle de -2 à +4, la puissance de l’indice, c’est-à-dire de notre comparaison phonétique et
automatique se situe à +2. Autrement dit le résultat de notre analyse renforce l’hypothèse que Jérôme
CAHUZAC est le locuteur inconnu.
Le lendemain 19 mars 2013, le procureur de la République de Paris ouvrait la présente information
contre X pour blanchiment de fraude fiscale, perception par membre de profession médicale ou autorité
sanitaire d’avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la
sécurité sociale, blanchiment et recel de perception par membre de profession médicale ou autorité sanitaire
d’avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la sécurité
sociale.

INSTRUCTION N’ 229211313.
RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIEU PARTIEL
.

ORDONNANCE de

-

psge 5.

II) Les déclarations de M. CAHUZAC au début de l’instruction
Le 12 mars le parquet avait adressé, au cours de l’enquête préliminaire, une demande d’entraide à
Genève en demandant que des investigations soient faites auprès de PUBS de Genève et auprès de
l’établissement REYL sur une période de plus de 10 ans (D 127)
Le 21 mars, les magistrats instructeurs informaient le parquet de Genève de l’ouverture de
l’information (L~ 128). Le même jour, le magistrat de Genève adressait une réquisition à l’UBS.
Le lendemain 22 mars PUBS répondait au procureur de Genève que M. CAHUZAC avait eu une
procuration sur un compte ouvert au nom d’un avocat, Me PENINQUE, et avait été titulaire d’un autre
compte, une procuration ayant été délivrée à son épouse. L’UBS précisait que ces comptes avaient été
clôturés depuis plus de 10 ans (D 110).
Le 26 mars, M. CAHLJZAC écrivait aux juges d’instruction (D 103):
Vous avez été désignés pour instruire une affaire qui me concerne.
Contrairement aux déclarations que j’ai été conduit â faire alors que j’étais membre du
Gouvernement, je suis titulaire d’un compte â l’étranger et souhaite vous fournir toutes explications â ce
sujet.
Au vu de ce courrier, M. CAHUZAC était ris en examen le 2 avril 2013 pour blanchiment de fraude
fiscale et de fonds provenant de la perception par membre de profession médicale d’avantages procurés par
une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la sécurité sociale, Il faisait ce jour là
une déclaration en présence de ses conseils, Il reconnaissait avoir effectivement disposé d’un compte en
Suisse contrairement à ce qu’il avait affirmé publiquement jusqu’alors. Il déclarait avoir transféré ses avoirs à
Singapour en octobre 2009 (sans être sûr de la date). Il précisait qu’il lui restait sur ce compte entre 550.000
et 600.000 euros.
Ce compte, expliquait-il, avait été abondé exclusivement parmes revenus professionnels, c’est à dire
mes revenus de chirurgien, à une exception dont j’ai le souvenir qui date de 1993: j’ai été rémunéré en 1993
dans le cadre de mon activité de conseil en entreprise par un laboratoire dont le nom e été cité dans la
presse, le laboratoire PFIZER.
Il déclarait avoir utilisé ce compte pour des dépenses de la vie courante et pour payer des vacances
en 2004 et 2007.
Le 26 avril, l’administration fiscale déposait plainte pour fraude fiscale au titre de l’impôt sur le revenu
et de l’ISF, M. CARUZAC ayant fait état de ses aveux sur son blog le 2avril2013 (D 166 et 189). Le 2 mai, le
parquet délivrait un réquisitoire supplétif contre M. CAHUZAC pour fraude fiscale (D 197). Il délivrait le 6 août
2013 un nouveau réquisitoire supplétif pour déclaration incomplète ou mensongère de patrimoine par un
membre du Gouvernement à la Commission pour la transparence financière de la vie politique (D 400).
M, CAHUZAC était mis en examen de ces chefs (D 213 et 405)
Interrogé le 16 mai, M. CAHUZAC déclarait au sujet de l’enregistrement téléphonique: li me semble
reconnaître ma voix l’espace de 4 à 5 secondes (D 213/2). L’existence de ce compte était pour moi un boulet.

INSTRUCTION N’. 2292/1313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIEU PARTIEL .pages.

Il déclarait que ses propos étaient absurdes, car ils faisaient état d’un compte à l’UBS qui n’existait
pas. En réalité, 1€ compte existait bien à l’origine à l’UBS et ses avoirs avaient été transférés à la banque
REYL en 1998, ce qui explique que M. CAHUZAC ait pu citer ‘URS dans cet entretien téléphonique.
Je n’ai aucun souvenir d’avoir tenu cette conversation, a déclaré M. CAHUZAC (D 213/3).
III) Les comptes en Suisse et à Singapour

Les premiers comptes ont été ouverts à l’UBS par un avocat, Me PÉNINQUE, agissant pour le
compte de M. CAHUZAC. La première opération identifiée date du 26 novembre 1992.
Par la suite, ces comptes ont été transférés chez REYL (1998). Ceci explique que la demande
d’assistance présentée par la DGFIP le 24janvier2013, qui ne visait que les comptes UBS depuis 2006, ait
reçu une réponse négative.
1) La démarche initiale de M. CAHUZAC auprès de Me PÉNINQUE

M. CAHUZAC a été membre du cabinet EVIN du 15mai1988 au 15mai1991 (D 213/4). Après avoir
quitté cette fonction, il a eu une activité de conseil. Il a ainsi créé la SARL CAHUZAC Conseil.
Durant cette période, qui suit le départ de M. CAHUZAC du cabinet EVIN, M. CAHUZAC s’est
adressé à un avocat Me PÈNINQUE, pour que ce dernier lui ouvre un compte en Suisse. M. CAHUZAC a
déclaré avoir entrepris cette démarche du fait qu’il disposait d’espèces remises par la clientèle italienne de
son cabinet médical.
M. CAHUZAC a ainsi expliqué avoir ainsi confié des espèces à Me PÈNINQUE pour qu’il les transfère
en Suisse (0213/4). Si Me PÉNINQUE a confirmé avoir accepté de lui rendre service en ouvrant un compte
à Genêve à son nom avec un pouvoir en faveur de M. CAHUZAC, il s cependant contesté avoir reçu des
espèces de M. CAHUZAC (D 594). Je n’ai fait qu’ouvrfr le compte, a-t-il déclaré. J’ignore comment il e été
alimenté. Seul M. CAHUZAC assuraif la gestion du compte.

Par la suite, a déclaré Me PÉNINQUE, il s’était désintéressé du fonctionnement de ce compte qu’il
avait perdu de vue. Effectivement ce compte n’a fonctionné qu’un an, jusqu’à ce qu’un nouveau compte fût
ouvert dans la même banque directement au nom de M. CAHIJZAC.
2) Les comptes suisses

M. CAHUZAC a disposé, successivement, de deux comptes à l’UBS (D 110):
-

le compte 556405 ouvert au nom de Philippe PÉNINQUE (1992)
le compte 557847 ouvert à son nom (1993)

INSTRUCTION N’. 2292113)3.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et do NON.LIEU PARTIEL

.

page?.

a) Le compte de Me PÉNINQUE

La première opération apparaissant sur ce compte date du 26 novembre 1992. Le compte (en francs
français) est alors crédité de 285.000 francs, Il est suivi peu de temps après, le 16décembre par un retrait en
espèces de 125.240 francs.
Cette double opération infirme les déclarations de M. CAHUZAC selon lesquelles il aurait remis des
espèces. C’est exactement le contraire qui s’est produit: le compte est alimenté par un virement puis suivi
d’un retrait en espèces.
Puis le compte en francs français a été crédité de (D 111/5):
-23.981 francs le 23décembre (remise de chèques 5SF)
-817.500 francs le 4janvier1993
-250.200 francs le 29 mars 1993
-286.229 francs et 1.013.618 francs le 2avril1993
504.000 francs le 7mai1993
-47.851 francs le 10mai1993
40,000 francs le 13mai1993.
-

-

Le compte a aussi enregistré des opérations liées à des mouvements de titres.
M. CAHUZAC a déclaré avoir travaillé pour des laboratoires après son départ du cabinet de M. EVIN
(en 1991) jusqu’en 1998 (D 213/7). lI confirme ainsi avoir reçu des rémunérations occuFtes liées non pas à
son activité de médecin -les montants sont beaucoup trop élevés- mais à son activité de conseil auprès de
laboratoires, Il bénéficiait en effet d’entrées et de contacts privilégiés au Ministère du fait de ses précédentes
fonctions au, cabinet du Ministre. Les enjeux étaient importants pour les laboratoires qui voulaient
commercialiser des médicaments en étant assurés qu’ils seraient reconnus remboursés par la Sécurité
Sociale.
De multiples investigations -en particulier des perquisitions et des auditions de responsables- ont été
menées par les enquêteurs auprès de plusieurs laboratoires pharmaceutiques en vue d’identifier la
provenance de ces virements qui datent de 1993.Elles n’ont cependant pu aboutir du fait de l’ancienneté des
faits (plus de 20 ans), de l’absence de témoins contemporains des faits, de l’absence de documents et de
l’imprécision des relevés bancaires suisses.
Interrogé sur les rémunérations perçues sur ce compte suisse, M. CAHUZAC a seulement reconnu
avoir été rémunéré en 1993 dans le cadre de son “activité de conseil entreprise” par le laboratoire Pfizer. li
pense que les deux entrées de 817.500 francs le 4 janvier 1993 et de 504.000 francs le 7 mai 1993
proviennent de PFIZER.
Pour M. CAHUZAC il a conseillé le laboratoire sur le prix d’un médicament, AMLOR. Il a fait un travail
de consultant, II fallait que le prix fût légitime pour le comité économique du médicament et il fallait donc
présenter un dossier à cette fin. C’était un success fee.
Mais en dehors de ces deux virements (qui représentent 1,3 millions de francs sur un total de 3, 2
millions de francs), M. CAHUZAC n’a fourni aucune explication sur l’origine des autres virements, si ce n’est
qu’il a indiqué avoir travaillé pour d’autres laboratoires tels que Pierre FASRE, ROCHE, SANDOZ UPSA (D
213).

INSTRUcTION N’ .2292/1313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAl. CORREcTIONNEL et de NON.LIEu PARTIEL

.

pagea

Des investigations ont été menées afin de déterminer si M. CAHUZAC n’avait pas été rémunéré par
M. VIAL, consultant bien introduit auprès des laboratoires. M. CAHUZAC a déclaré avoir fait la connaissance
de M. VIAL alors qu’il était au cabinet de M. EVIN. II l’a décrit comme un lobbyiste plaidant pour les
laboratoires.
M.
GOSET, président du laboratoire INNOTHERA, a expliqué qu’au début des années 1990
INNOTHERA avait besoin de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de nouveaux médicaments (D 769).
N’ayant pas d’équipes internes comme l’ont les gros laboratoires, INNOTHERA avait eu recours aux services
de la société de M. VIAL qui était chargé des relations publiques et qui lui avait proposé de travailler avec M.
CAHUZAC. M. VIAL le lui avait présenté en 1991. M. GOBET avait entendu parler de M. CAHUZAC, comme
étant le monsieur médicament” au Ministère. M. CAHUZAC cherchait alors du travail.
M. VIAL avait ainsi proposé à M. GOBET de se faire aider par M. CAHUZAC qui disposait de contacts
au Ministère compte tenu de ses précédentes fonctions au cabinet du Ministre.
Une perquisition est intervenue le 17 avril 2013 dans le bureau de Daniel VIAL qui dispose d’un
bureau au siège du laboratoire pharmaceutique SANOFI Elle a confirmé les liens existant entre celui-ci et
M. CAHUZAC et permis de découvrir l’existence deux dates de rendez vous le 3 février 2013 à 13 heures et
le 4 octobre 2012 à 20heures ayant pour objet “CAHUZAC” (D 295).

-.

M. VIAL a expliqué avoir revu M. CAHUZAC au printemps 2013 et être passé à son domicile, li voulait
se faire pardonner de m’avoir entraîné dans cette affaire, a expliqué M. VIAL (D 794/4). Il a confirmé avoir fait
sa connaissance lorsqu’il était au cabinet de M. EVIN. Après son départ du cabinet ministériel, M. CAHUZAC
avait travaillé avec lui dans le domaine du censulting.
Sur leurs relations de l’époque, M. VIAL est resté évasif, Je ne sais plus, a-t-il déclaré, s’ily avait une
forme contractuelle aux deux ou trois missions confiées à Jérôme CAHUZAC par PR (la société de M. VIAL).
Il a cependant admis que des relations contractuelles avaient existé entre la société PR et M. CAHUZAC ou
sa propre société. Je ne me souviens plus de la prestation, ni de l’objet, ‘a-t-il déclaré. Interrogé au vu des
déclarations précises de M. GOBET, il a répondu:

C’est possible. Je n ‘en ai plus le souvenir.
M. VIAL a reconnu qu’il avait eu lui-même un compte en Suisse, ajoutant qu’il l’avait clôturé depuis
plusieurs années et qu’il n’avait pas été mouvementé depuis une vingtaine d’années. Son conseil a transmis
des relevés d’un compte ouvert à LUGANO le 19 janvier 1990 par M. VIAL et inactif depuis 1994 (D 502). lI a
expliqué que son client ne se souvenait pas des bénéficiaires des virements de 350.000 francs (8 novembre
1993) et de 800.000 francs (8décembre 1993) apparaissant au débit de ce compte.
Le 16juin 1993, le compte ouvert au nom de Me PÉNINQUE était débité de son solde s’élevant à
3.204.563 francs en faveur d’un nouveau compte, ouvert cette fois ci au nom de M. CAHUZAC. A part
quelques mouvements ultérieurs ponctuels, l’essentiel des ressources dissimulées à Genève l’ont été avant
le mois de juin 1993 sous le couvert de Me PENINQUE. L’opacité avait été assurée pour l’encaissement de
virements occultes.

INSTRUcTION N’. 22921131:3.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORREcTIONNEL et de N0N.LJEU PARTIEL ‘page g-

h) Le compte de M. CAHUZAC
Un second compte e pris le relais du compte PÉNINQUE. Si jusque là M. CAHUZAC n’avait qu’une
procuration -qui lui permettait sous la couverture de l’avocat de réaliser des opérations-, cette fois ci le
nouveau compte va être ouvert à son nom.
Ce compte 557.847 SA. avait pour nom de code Birdie (D 146/19). Un mandat de gestion a été
délivré le 20 juillet 1993 -peu après l’ouverture du compte- par M. CAHUZAC à REYL (PROGEFINANCE)
pour ce compte ouvert à l’UBS (D 146/1).
M. CAHUZAC délivrait les instructions à l’établissement REYL par téléphone. J’avais un numéro de
téléphone, a-t-il déclaré. J’appelais, je m’identifiais comme Birdie. Il donnait alors les instructions de virement.
HD est mentionné comme ‘apporteur” sur la fiche d’ouverture de compte (D 146/19 et 21). Dominique
REYL, père de François REYL et fondateur de la banque, a précisé que son frère Hervé DREYFUS avait
introduit M. CAI-IUZAC auprès de la banque (D 498). M. CAHUZAC n’est venu que 3 fois en 20 ans à la
banque, a-t-il déclaré, et appelait par téléphone sous le surnom de Birdie, un terme de golf.
Le sous compte en francs français a été crédité de (D 117):
-3.204.563 francs le 16juin provenant du précédent compte (PÉNINQUE)
-33.581 francs le 24mai1994
-21 054 francs le 16juin 1994
Le sous compte en francs suisses a été crédité de 22,440 francs suisses le 17juin, ce qui correspond
à la clôture du précédent compte (D 115).
Le 17 août 1998, Birdie donne pour instructions à PUBS de transférer ses titres et liquidités à
PROGEFINANCE (D 153/1). Le compte est alors transféré à la banque REYL.
REYL a géré les avoirs de M. CAHUZAC en Suisse -de l’ordre de 600.000 euros- du 27juillet1993 au
29 octobre 2009 (D 147/2):
-

dans un premier temps alors que le compte était chez UBS (1993-1998)
dans un second temps alors que le compte était chez REYL (1998),

Le 3 octobre 2000, la banque conseillait à M. CAHUZAC de ne plus réaliser de mouvement sur son
compte si sa situation politique devait évoluer (ministre) (D 146/20).
Le compte n’a enregistré que peu de mouvements. On relève cependant quelques opérations
-

un crédit dell 5.000 francs suisses correspondant à des honora ires payés en liquide le 10 avril 2000

(D 157)
un crédit de 91.150 francs suisses du 30juillet 2001 avec le commentaire: économie (produit de son
travail) (D 156)
-

Selon M. CAI-IUZAC, ces deux rentrées sont liées à son activité chirurgicale, des espèces lui ayant
été remises par une clientèle venant des pays du Golfe (D 213/8).

INSTRUCTION N’ .2292113(3.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIEU PARTIEL

.

page 10

Il m’arrivait d’aller travailler à l’étranger dans des pays où l’usage des chê ques n’est pas la règle, a
déclaré M. CAHUZAC (D 405/8). Je ne souhaitais pas rapatrier ces espèces en France, car j’aurais été
obligé de les déclarer à la douane. f...J J’appelais donc le numéro qu’on m’avait donné chez REYL.
Quelqu’un se présentait dans le pays oûje me trouvais, auquel je remettais les espèces. J’imagine que mon
compte était crédité, sans pour autant que je vérifie, carj’avais confiance. Cela s’est produit à deux reprises,
à la fin des années 90 et au début des annèes 2000.
La banque REYL lui permettait ainsi de blanchir ces espèces en les transformant en avoirs sur son
compte. La banque était suffisamment organisée pour réaliser ce type d’opérations dans divers pays.
On relève également:
un débit delOG.715 euros à destination de la banque MICROS en juin 2003 (en faveur de PMT
SYSTEMS SA) (D 165); une note interne à PROGEFINANCE (manuscrite) du 30mai 2003 mentionne : Achat
d’un tableau par le client (de plusieurs tableaux selon HD) (D 155); selon M. CAHUZAC, cela correspond en
réalité à un virement en faveur d’un tiers qui lui avait avancé de l’argent pour un investissement en France et
non pas à un achat de tableaux (ce n’était qu’un prétexte D 213/8)

18.000 euros débités fin décembre 2004 qui correspondent à des vacances à 111e Maurice (D 147/1
et D 166 à 168); M. CAHUZAC a confirmé ce fait (D 213/8)
-

-

17.500 euros d’apport (en espèces 7) le 2février2005

92.000 euros crédités sur le compte le 15 niai 2006 venant d’un compte ARTEC ASSETS CORP
ouvert à la banque ROTHSCHILD (D 147/5)
-

6.000 euros payés par chèque à l’ordre du “Refuge du pêcheu?’ pour des vacances aux Seychelles
en décembre 2007 (D 158) au vu d’une instruction manuscrite délivrée le 17 décembre 2007 (D 159); M.
CAHUZAC a àonfirrn~ ce fait (D 213/8)
-

Sur l’entrée de 92.000 euros venant de ARTEC, M. CAHUZAC a déclaré avoir reçu sur son compte
des fonds en 2006, qui correspondraient au remboursement d’un prêt qu’il aurait consenti en espèces en
1994 ou 1995. Ces faits ont été confirmés par Me PÉNINQUE. Les investigations en Suisse au vu d’une
commission rogatoire internationale ont en effet montré que ce compte, ouvert le 24 février 2006, avait pour
ayant droit M. Philippe PENINQUE (D 551).
Me PÉNINQIJE a produit des documents justifiant d’importants transferts depuis son compte ouvert à
la BRED à Paris vers le compte ARTEC en Suisse (D 595-598). lI a également versé une proposition de
rectification suite à un examen contradictoire de situation fiscale personnelle de la DGFIP dans laquelle il est
fait état des importantes plus values sur cessions de valeurs mobilières visant ARTEC (D 598/8).
3) Le transfert du compte à Singapour
a) Une volonté d’opacité renforcée
La Suisse ayant pris des engagements visant à améliorer la coopération avec d’autres pays, certains
banquiers suisses ont pris des dispositions pour mettre l’argent de leur clientèle à l’abri dans des places
financières plus sûres tout en conservant la maîtrise des comptes.

INSTRUCTION N’. 229211313.
ORDONNANCE de RENVOI devant o TRIBUNAL CORRECTIONNEL et do NON.LIEu PARTIEL

.

page 11.

M. CONDAMIN GERBIER a expliqué que REYL avait ainsi ouvert une représentation à Singapour en
2009 pour y mettre à l’abri l’ensemble des comptes non déclarés avant le 31 décembre 2009. Cette opération
était devenue nécessaire, selon lui, du fait que la Suisse avait signé des conventions ne lui permettant plus, à
compter du lerjanvier 2010, de distinguer la non déclaration et la fraude fiscale.
R REYL a déclaré que REYL Singapour avait approché l’autorité de tutelle singapourienne en mai
2008 et obtenu sa licence durant l’hiver 2009. Il a justifié cette création par la volonté de se doter d’un relais
de croissance en Asie.
M. CAHUZAC devait bénéficier de ce dispositif. L’opération, réalisée en 2009, s’est déroulée en deux
temps:
-

transfert du compte au nom d’une société panaméenne PENDERLEY
transfert du nouveau compte à Singapour au nom d’une société des Seychelles

La banque REYL m’a fait savoir que dès lors que ma volonté de discrétion était la même, la structure
(initiale) ne pouvait pas rester en l’état, a déclaré M. CAHUZAC (D 405/8). Ils me disaient que j’étais un

déposant que la banque souhaitait protéger particulièrement et que les évolutions juridiques en cours et à
venir les amenaient à me proposer des modalités de gestion différentes et plus précautionneuses. Dans un
premier temps, ils m’ont expliqué que je devais passer par une structure panaméenne. Cela m’a laissé
perplexe, mais je m’y suis résolu. Dans un deuxième temps, ce sont eux qui m’ont expliqué avoir mis en
place une organisation très discrète dont le terme ultime était .Singapour. A aucun moment je n’ai suggéré ni
cette place, ni les modalités pour y arriver je n ‘avais pas la technicité requise à cet effet.
J’ai signé ce qu’ils m’ont donné à signer a ajouté NI. CAHUZAC.
Nous avons proposé Singapour en réponse à la demande de M. CAHUZAC qui demandait une
confidentialité accrue et un éloignement de la Suisse, a déclaré M. REYL lors de la confrontation avec M.
CAI-IUZAC (D 592). M. CAHUZAC lui avait ainsi donné pour instructions, lors de son déplacement à Genève
en mars 2009, de virer les avoirs de son compte sur un compte ouvert au nom d’une société panaméenne et
de transférer les avoirs à Singapour.

Ces deux instructions résultent du fapport de visite du 20mars 2009, a déclaré M. REYL (D 130/2).
Après la visite du client, j’ai demandé à des assistantes de gestion de se mettre en contact avec une
société qui agit comme agent représentant à Genève et de commander auprès d’eux une société
panaméenne. Ce sont des sociétés sans structure particulière. Je l’ai fait en mars 2009 après la visite de M.
CAHUZAC et à sa demande.
[...]

François REYL considère que le transfert du compte au nom d’une société panaméenne est une

opération parfaitement transparente de la part du banquier suisse.
Opacité signifie cacher un client nous ne faisions que renforcer la confidentialité, a déclaré François
REYL.
b) Un montage sophistiqué
Le transfert des fonds à Singapour s’est réalisé dans un second temps par l’ouverture d’un compte à
la JULIUS BAER qui offrait l’avantage de disposer d’un établissement bancaire sur place. REYL Singapour
devait en assurer la gestion (D 431/1).

IN5TRUCTIDN N’ . 2292I13~3.

ORDONNANCE de RENVOI devant e TRIBUNAL coRREcTioNNEL et de NON-LIEU PARTIEL

.

page 12

Le montage est sophistiqué. Sa complexité montre que le banquier connaissait bien ce processus
-qu’il a d’ailleurs utilisé pour d’autres clients-, et qu’il considérait Singapour comme plus protecteur que la
Suisse. L’avantage pour le banquier suisse, c’est qu’il conservait la maîtrise des opérations. La délocalisation
du compte à Singapour ne s’explique en réalité que par le souci du client, conseillé par un banquier genevois
soucieux de conserver sa clientèle, de masquer l’existence de ses avoirs.
Le transfert était purement virtuel. Par un jeu d’écritures, M. CAHUZAC bénéficiait de la protection
renforcée que présente la place de Singapour tout en conservant le même interlocuteur, son banquier suisse
en qui il avait toute confiance.
Pour avoir accès à son compte ou donner des instructions sur ce compte, rien n’était changé, M.
CAHUZAC continuant à le faire en appelant la banque REYL sous le nom de code Birdie. Ainsi par exemple,
M. CAHUZAC s’est adressé à la banque REYL en 2010 ou 2011 pour obtenir la livraison d’espèces à Paris
(cf infra).
Les modalités étaient les mêmes, a confirmé M. CAHUZAC (D 405/9), les plus discrètes possibles et
prudentes financièrement Eux (les REYL) me garantissaient l’absolue confidentialité de ce montage,
m’indiquant qu lIs la réservaient aux personnes è protéger particulièrement. f..) Il avait été convenu avec les
REYL que les modalités de contact restaient (es mêmes. Je pouvais appeler selon les mêmes modalités,
sous le nom de Birdie, au même numéro qu’avant.
Ainsi, dans un premier temps, les fonds détenus par M. CAHUZAC ont été transférés sur la société
panaméenne PENDERLEY Puis, dans un second temps, un compte a été ouvert le 3 novembre 2009 à la
JULIUS BAER à Singapour au nom de la société CERMAN GROUP LIMITED créée pour la circonstance aux
Seychelles le 27 octobre 2009. Jérôrne CAHUZAC en était le bénéficiaire économique (D 432/7).
Une procuration sur le compte a été délivrée à Philippe HDUMAN(D 432/1 et 9). M. HOUMAN réside
à DUBAÏ où il s’est installé en mars 2009 (D 598).
M. HOUMAN est un ami rencontré à l’Université en 1985, a déclaré R REYL (D 495). C’est un avocat
du barreau de Genève qui est parti à DUBAÏ début 2009, je crois, Il exerce diverses activités dont celle
consistant à administrer des sociétés. Il a été administrateur de REYL ASSET MANAGMENT de septembre
2006 à février 2013.
Pour CERMAN, a expliqué M. HOUMAN, j’ai reçu un appel de REYL Singapour me demandant de
constituer une société aux Seychelles pour le compte de M. CAHUZAC. Une fois que les documents sociaux
de la ~ociété en question ont été en ma possession au bureau de DUBAI ils m’ont fait parvenir les
documents d’ouverture de compte à la JULIUS BAER déjà pré-remplis et comportant notamment une fiche
précise d’identification de l’ayant droit économique et de son arrière plan privé et professionnel.
REYL Singapour était bénéficiaire d’un mandat de gestion sur le compte de CERMAN chez JULIUS
BAER, mandat délivré par M. HOUMAN.
Le transfert de comptes à Singapour à l’aide de sociétés off shore était parfaitement rôdé, M. REYL
pouvant compter sur l’aide de M. HOUMAN et le soutien logistique de la JULIUS BAER qui disposait d’un
établissement bancaire sur place.

INSTRUCTION N’. 229211313,
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIEU PARTIEL

-

page 13.

REYL et JULIUS BAER ont effectivement des relations suivies, s expliqué M. REYL. REYL et M.
HOUMAN ont également des relations su!vies qui impliquent des domaines d’affaires divers et une clientèle
internationale diversifiée. [.1 REYL Singapour gère les comptes de plusieurs clients présentés par nous. F,
REYL a aussi expliqué que JULIUS BAER est un des acteurs mondiaux en matière de gestion privée (D
495/9).
F. REYL a expliqué que la JULIUS BAER de Singapour était la banque dont son équipe è Singapour
était la plus proche. F. REYL s ajouté que la juridiction des Seychelles lui avait été recommandée par JULIUS
BAER Singapour. La société REYL avait en conséquence contacté M. HOUMAN en lui demandant de
constituer une société de domicile dans une juridiction compatible avec un dépositaire singapourien et de
procéder aux formalités d’ouverture de compte.

e) Le fonctionnement du compte
Lors du transfert, les avoirs du compte s’élevaient à 579.000 euros (D 137/4).
Les documents bancaires de ce compte, versés au dossier par M. CAHUZAC, font état de:
-

transferts de titres â compter du i~ décembre 2009 provenant de REYL (D 211/1 ss)
54.256 euros venant de JULIUS BAER Suisse le 30/10/09 avec REYL comme donneur d’ordre (D

211/13)
M. CAHUZAC a déclaré ne pas s’être occupé de ce compte. Il a cependant expliqué qu’à deux
reprises, en 2010 puis en 2011, la banque REYL lui avait livré des espèces, soit deux fois 10.000 euros en lui
donnant rendez vous pour ce faire dans la rue à Paris où les espèces lui avaient été remises. Pour ce faire, il
avait appelé la banque au nom de Birdie, expliquant qu’il avait besoin de liquidités à Paris (D 405/9).

Courant 2011, a déclaré M. REYL à ce sujet, M. CAHUZAC a appelé la banque. Il s’est annoncé
comme Birdie. Il a parlé à un des employés de la banque et a demandé à faire effectuer un retrait de 20.800
euros. Notre employé a appelé le signataire autorisé sur le compte, Me HOUMAN, qui a donné l’instruction
de mise à disposition de cette somme au guichet de JULIUS BAER à Genève. Cet employé s’est présenté à
JULIUS BAER pour retirer l’argent et l’a remis à Genève è un tiers qui l’a remis à Jérôme CAHUZAC è Paris.
Cette remise d’espèces témoigne d’un savoir faire et de la pérennité d’un dispositif permettant de
rendre en 2011- des services à un client constituant des actes de blanchiment: la livraison d’espèces à Paris
dans la rue parle débit d’un compte ouvert au nom d’une société exotique â Singapour, au vu d’un coup de
téléphone du client masqué sous un nom d’emprunt (Birdie), livraison réalisée sur instructions d’un ancien
avocat demeurant à DUBAÏ ayant la signature sur le compte débité, tout cela ponctué par le déplacement
dans une banque de Genève d’un employé de REYL pour retirer l’argent auprès de la banque genevoise
(JULIUS BAER) dont la filiale détient le compte â Singapour.
-

Questionné sur les circonstances précises de cette remise, M. REYL a éludé les questions (D
495/1 0). lI a parlé d’intermédiaires sans livrer aucun nom, au motif qu’il ne savait rien.

INSTRUcTION N’. 229211313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTiONNEL et de NON.LIEU PARTIEL

.

page 14.

4) Le rapatriement des fonds
Le 16 mai 2013, les conseils de M. CAHUZAC versaient la documentation bancaire du compte de
Singapour et précisaient que M. CAHUZAC avait fait rapatrier les avoirs de ce compte qui s’élevaient à
687.076 euros (D 201). Le même jour, M. CAHUZAC était placé sous contrôle judiciaire avec l’obligation de
verser l’intégralité des fonds à titre de cautionnement (C 3). Le 23 mai, M. CAHUZAC versait 687.076 euros
au régisseur (C 5).
L’instruction devait découvrir d’autres faits.

IV~J Les comptes de Mme CAHUZAC
Le 14octobre2013, suite à une demande du procureur de Genève du 8octobre (D 531/1), la banque
GONET lui transmettait la documentation bancaire de deux comptes dont avait bénéficié Mme CAHUZAC. Le

procureur de Genève devait étendre ses investigations è un compfe précédemment ouvert à la BNP de
Genève.
Ces pièces nous étaient transmises par courrier du procureur de Genève du 10 décembre 2013 (D

530/1).
Entre temps, le 3décembre2013, Mme CAHUZAC était entendue à sa demande (D 510/1).

1) Les déclarations de Mme CAHUZAC
Mme CAHUZAC déclarait avoir menti et fait des choses graves dont elle assumait l’entière
responsabilité. Elle déclarait avoir menti lors de son audition par les enquêteurs en février 2013 sur
l’existence du compte suisse de son mari. Je suis rentrée dans une spirale du mensonge jusqu’à ce jour.
Elle déclarait avoir ouvert avec son mari en 1997 une société nommée Ellendale à Londres par une
agence Anglomanx située à Pile de Mari. Ily avait, déclarait-elle, deux parts, une pour mon mari et une pour
mo4 et en cas de décès de l’un ça allait â l’autre. De 1997 â 2007, le compte ouvert à l’ue de Man, je crois à
la al Bank cf Scotland, a été alimenté uniquement par des chèques provenant de mes patients anglais. Je ne
savais pas quels montants figuraient sur ce compte, parce que je ne tenais pas de comptabilité. Je ne
recevais pas de relevés etje ne téléphonais pas pour avoir des informations.

En 2003, nous avons envisagé avec mon mari et moi de faire un investissement en Franco dont il
vous a parlé, au bénéfice de ma fille. J’ai fait virer 100.000 euros sur une banque suisse, j’ai envoyé les
coordonnées de la banque suisse au gestionnaire de l’ue de Man par fax. Par ailleurs, entre 2000 et 2011, j’ai
retiré en espèces 8.000 euros par an à Londres que je rapportais pour les dépenses de la famille.
Selon Mme CAHUZAC, son mari était au courant de ces retraits. Il savait également qu’elle alimentait
ce compte par des chèques de ses clients. Elle les envoyait par la poste. Ces avoirs étaient communs.
Mme CAHUZAC a expliqué qu’en 2007, ses relations avec son mari devenant très compliquées, elle
avait ouvert seule un compte à la BNP en Suisse dont elle était bénéficiaire avec ses enfants. Ce compte a
été alimenté de la même manière que le compte à 111e de Man précédemment, part des chèques d’une partie
de ses patients anglais. Puis, la BNP lui ayant dit qu’elle était persona non grata du fait des responsabilités
de son mari, elle avait fermé ce compte et transféré ses avoirs suisses dans une autre banque genevoise, la
banque Gonet.

INsTRucTIoN N’ • 2292/1313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de N0N.LIEu PARTIEL -page 15.

Elle a expliqué avoir ensuite rencontré M. Chris SMITH en 2011 à Londres, qui lui a demandé
pourquoi elle ne déposait plus d’argent sur son compte depuis 2007, Il lui a alors proposé de créer une
société, Neptune (créée en juin 2011), dans le but de regrouper les avoirs anglais et suisses. Elle a alors
ouvert un second compte au nom de Neptune â la banque GONET. M. SMITH, qui avait tous les pouvoirs de
gestion, avait la possibilité d’utiliser l’argent pour investir dans l’immobilier, ce qui sera fait par l’achat de deux
appartements à Londres en 2012 et en 2013.
Mme CAHUZAC a clôturé les comptes ouverts à la banque GONET. en juillet 2013. Elle estimait ses
avoirs, le jour de ses déclarations, à 2,5 millions d’euros, l’essentiel étant immobilisé dans deux appartements
à Londres.
Ainsi Mme CAHUZAC, qui exerçait à temps partiel une activité médicale à Londres, a-t-elle placé
depuis 1997 ses revenus anglais à l’ile de Man puis en Suisse et les a pour une large part utilisés pour
acheter deux appartements à Londres,
Le 9 décembre 2013, le parquet délivrait un réquisitoire supplétif pour blanchiment de fraude fiscale
au Royaume Uni (lIe de Man etAngleterre) et en Suisse (D 515). Mme CAHUZAC était mise en examen
pour blanchiment de fraude fiscale (D 548),
Interrogé sur ces faits, M. Jérôme CAHUZAC déclarait avoir le souvenir d’avoir signé une procuration
à la fin des années 1990 pour l’ouverture de ce compte (D 518). lI avait entendu parler â nouveau de ce
compte en 2003 quand il s’est agi de procéder â l’acquisition d’un appartement pour notre fille puisque, très
spontanément, sa mère à proposé que (es choses soient faites à parts égales.
Mme CAHUZAC a déclaré qu’elle envoyait elle-même les chèques à 111e de Man. Mon mari savait
que j’envoyais des chèques, mais II ne savait pas combien, a-t-elle déclaré (D 51013). Elle a précisé que
l’argent était commun puisque tous deux sont mariés sous le régime de la communauté (légale). Elle a
précisé par contre qu’elle avait ouvert les comptes en Suisse en 2007 à l’insu de son mari, compte tenu des
difficultés conjugales.
2) Le compte à l’île de Man
Au vu des déclarations de Mme CAHUZAC, une comm[ssion rogatoire internationale était adressée à
l’ue de Man le 27 janvier 2014 (D 919). La documentation bancaire nous était adressée en retour le 30
octobre 2014 (D 922).
Christopher SMITH, directeur général d’Anglo Manx a déclaré aux autorités judiciaires de ‘lIe de Man
avoir enregistré la société Ellendale en janvier 1997 (D 928). Elle avait pour bénéficiaires Patricia CAHUZAC
et Jérôme CAHUZAC à parts égales jusqu’en juillet 2007. Le 31juillet 2007, les intérêts de M. CAHUZAC
dans la société Ellendale ont été transférés à son épouse Mme CAHUZAC et M. CAHUZAC e cessé d’être
client d’Anglo Manx, a-t-il déclaré. Patricia CAHUZAC est alors devenue l’unique bénéficiaire du compte.
Christopher SMITH a confirmé avoir créé la société Neptune en juin 2011 à la demande de Mme
CAHUZAC. Puis en juillet 2012 et janvier 2013, il avait créé successivement les sociétés MoonshaçJow et
Zensoard (précédemment Zen ford)
M. SMITH a expliqué qu’il avait eu comme seul interlocuteur Mme CAHUZAC.
Le compte à l’ile de Man a été géré jusqu’en 2008 par Mme du cabinet Anglomanx à l’ue de Man,
puis par M. Chris SMITH jusqu’à ce jour. Ceux-ci avaient la signature sur le compte.
,

INsTRUcTIoN N’. 229211313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORREcTIONNELet de NON’LIEU PARTIEL

.

page 16.

3) Les comptes suisses
a) Le compte à la BNP de Genève
Le 29novembre 2013 la BNP Genève, au vu d’une demande du parquet de Genève du 5 novembre,
transmettait la documentation bancaire du compte ouvert par Patricia CAHUZAC le 19 décembre 2006 (D
600 et suivantes). Il était noté par la banque que ce compte avait été ouvert pour recevoir les revenus d’une
petite activité libérale auprès d’une c!ientè!e non résidente, britannique pour l’essentiel (D 608).
Le compte BNP Genève a été alimenté par des remises de chèques en livres sterlings intervenus
jusqu’en juillet 2010. Le 15 décembre 2010, la BNP ne souhaitant plus l’avoir comme cliente du fait des
fonctions de son mari, le compte a été débité de l’essentiel de ses avoirs par un débit de 905.909 livres en
faveur de la banque Gonet au vu d’un courrier manuscrit daté du 21 septembre 2010.
b) Les comptes à la banque GONET
Un premier compte a été ouvert au nom de Patricia CAHUZAC le 6octobre2010 et clôturé le 18 juillet
2013. Le compte a été alimenté par le transfert des avoirs du compte qu’elle avait à la BNP de Genève
s’élevant à 905.409£, soit 725.895 euros (D 538117 et D 535/3, l8ss), Puis il a été alimenté par des chèques
tirés en livres.
Lors de l’ouverture du compte en octobre 2010, la banque a noté que Mme CAHUZAC quittait la BNP
car elle ne voulait plus d’une banque française (D 533/2). Il était prévu que le compte était alimenté par des
chèques ou transferts d’Angleterre au titre de l’épargne sur activité professionnelle en Angleterre.
Un second compte a été ouvert au nom de Neptune Trust (D 536/2) le 24février2012, trust dont Mme
CAI-IUZAC est le settler. Ce compte était aussi destiné à recevoir des revenus de l’activité de Mme
CAHUZAC (greffe de cheveux) à Londres (D 537).
Ce compte était débité:
le 5 septembre 2012 de 70.000 euros en faveur d’un compte UBS ouvert au nom de Francesco Horacio
Marco Fernandez (D 539/2)

-

le 5 septembre 2012 de 465.000 euros en faveur d’un compte ouvert à la al Bank of Scotiand à l’lle de Man,
avec la mention ‘achat appartement à Londres” (D 539/3).
Le prix de l’appartement était de 1.430.000£ (1.518.000£ avec les frais) (D 539/5). lI est indiqué (D
539/6) que le trust détient une société Moonshadow qui e acquis un bien immobilier à Londres
-

le 2 avril 2013 de 250.000 dollars en faveur du méme compte avec la mention pour un achat immobilieç
tranche précédente effectuée le 1.9.2012
-

Une note interne de la banque du 5 avril 2013 relève que la cliente achète un appartement en
Angleterre par la société Moonshdow pour un prix total de GPB 1.600.000. Une partie est financée
par le compte et le reste par une banque anglaise où la cliente a un compte (D 539/8)
Le 30 juillet 2013, le compte était soldé par deux virements de 338.784 dollars et de 30.682 £ en
faveur de Moonshadow Ltd (D 540/15 et 17).

INSTRUCTION N’. 2292/13/3.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON-LIEU PARTIEL -page 17

4) Le rapatriement des fonds
Patricia CAHUZAC e été placée sous contrôle judiciaire le 21janvier2014 suite à sa mise en examen
avec l’obligation de verser un cautionnement initialement évalué à 3.102.000 euros, soit 102.000 avant le 1~
février et 3 millions avant le rr juillet. Le montant de 3 millions avait été fixé en prévision de la vente des deux
appartements devant intervenir afin de permettre le rapatriement des fonds.
En définitive, les appartements londoniens ayant été vendus, le régisseur recevait de janvier à mai
2014 plusieurs virements venant de l’ue de Man représentant un montant total de 2.780.750 euros.
Patricia CAHUZAC ayant fait l’objet à la fin de l’instruction d’un redressement fiscal de 2.170.409
euros -qu’elle a accepté- ce montant qui lui a été restitué après que celle-ci a pris l’engagement de virer ce
montant à l’administration fiscale.
,

V) Les comptes de Mme MAZIÈRES

Selon un rapport révélé par TRACFIN l’analyse des comptes de Mme MAZIERES, mère de Jérôme
CAI-IUZAC, démontrait que de très nombreux chèques en provenance de particuliers y avaient été
déposés. Ces dépôts s’étaient déroulés sur une période allant de 2003, jusqu’en 2010, Il semblait
que ces remises pouvaient correspondre à la rémunération des activités médicales de M.
CAHUZAC, certains chèques portant le libellé “Dr CAHUZAC”
Ces éléments pouvaient
correspondre à de possibles délits de fraude fiscale, voire de travail dissimulé par dissimulation
d’actes de commerce, et au blanchiment de ces activités.
.

Certains particuliers dont les chèques avaient été encaissés par Mme MAZIERES avaient aussi émis
des chèques, encaissés par M. CAHUZAC.
Mme MAZIERES avait également encaissé un chèque de 5 000 € en provenance d’une personne
morale, « 0.5 COMMUNICATION », le 9 janvier 2006. Cette société correspondait à un imprimeur
situé à MONACO.
Au débit, le compte courant de Mme MAZIERES enregistrait principalement des dépenses en carte
bancaire.
Plusieurs virements étaient aussi émis vers des comptes-titres ou d’épargne hébergés à la BNP
PARIBAS, comptes aujourd’hui clôturés.
L’examen des chèques litigieux révélait que les sommes perçues étaient souvent du même ordre de
grandeur, avec des émetteurs similaires et que de plus, l’ordre de plusieurs chèques portait la
mention « Docteur CAHUZAC »

INSTRUCTION N~ .2292(1313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON-LIEU PARTIEL

.

page 18.

Ces éléments laissaient à penser que Mme MAZIERES percevait des formules émises initialement
au profit de son fils. Pourtant ces sommes ne semblaient pas avoir été déclarées aux services
fiscaux par Mme MAZIERES, aucun revenu lié à une activité professionnelle autre que des pensions
de retraites n’ayant été déclaré depuis 2002. Ces sommes pouvaient ainsi avoir été soustraites à
l’impôt en n’étant pas déclarées à la DGFIE ce qui était susceptible de constituer un délit de fraude
fiscale.

Â

la suite de ce signalement, un réquisitoire supplétif visant les faits de blanchiment de fraude
fiscale (par l’utilisation des comptes bancaires ouverts au nom de Mme MAZIERES) était établi.
Au vu des éléments ainsi révélés, les investigations se poursuivaient sur la nature des fonds perçus
par Madame MAZIERES sur ses comptes bancaires personnels.
Il apparaissait ainsi que les chèques «en provenance de particuliers» visés par TRACFIN avaient
été établis par des clients de la clinique CAHUZAC opérés par Patricia CAHUZAC ou par Jérôme
CAHUZAC.
Entendus sur les conditions dans lesquelles avaient été remplis les chèques litigieux, les patients
concernés indiquaient, pour la plupart, ne pas avoir rempli l’ordre du bénéficiaire
II est apparu au cours des auditions que sur la période 2003-2010, les sommes provenant de la
rémunération de l’activité chirurgicale des époux CAHUZAC encaissées sur les comptes bancaires
de Madame MAZIERES étaient les suivantes:

j

L

Activité du Docteur Jérôme CAHUZAC

Compte FA 14432 60 S
43 650 euros

Compte n° 027357172
51 800 euros

Activité du Docteur Patricia CAHUZAC

40 450 euros

78 000 euros

Total

84loQeuros

l29BOOeuros

Pour ce qui concerne les débits des comptes bancaires de Madame MAZIERES, il était constaté les
opérations «atypiques» suivantes
-

(<une dépense en carte bancaire de 1351.32 € réalisée le 31 mai2007 à SINGAPOUR,

des chèques encaissés par les voyagistes ALTOUR et BEACHCQMBER TOUR pour une somme
globale de 20000E et 17754€,
-

-

des chèques encaissés par l’hôtel Ermitage pour une somme globale de 127 107, 85€,

des chèques encaissés par les sociétés PISCINES DE FRANCE et PISCINES DE FRANCE
PORTO-VECCHIO ont enregistré l’émission de trois chèques pour 43000€
un chèque encaissé par FIGARI NAUTIC pour un montant de 6000€..»

-

-

INSTRUCTION N’. 229211313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIEU PARTIEL

.

page 19-

Il ressortait des réponses aux réquisitions adressées par les enquêteurs aux établissements
concernés que ces règlements correspondaient à des dépenses engagées au profit de Jérôme
CAHUZAC, de son épouse et de ses enfants. Interrogée sur l’ensemble de ces éléments, Madame
MAZIERES indiquait ignorer à la fois l’existence des remises de chèques sur ses comptes bancaires
et celle des dépenses réglées par cartes bancaires par l’intermédiaire de ces mêmes comptes.
Au vu de l’ensemble de ces éléments, Jérôme CAHUZAC était mis en examen supplétivement du
chef de blanchiment de fraude fiscale pour avoir utilisé des comptes bancaires ouverts au nom de
Madame Thérèse MAZIERES épouse CAHUZAC pour y déposer des chèques émis à son profit ou
qui lui étaient destinés, Il n’apportait pas d’explication satisfaisante aux faits qui lui étaient ainsi
reprochés.
Patricia CAHUZAC affirmait n’avoir jamais déposé de chèques sur les comptes bancaires de la mère
de son mari, ni détenu de procuration sur le compte de celle-ci. Elle indiquait que ces chèques
n’avaient pu être déposés que par Jérôme CAHUZAC. Elle reconnaissait avoir bénéficié des
prestations ainsi réglées, tout comme Jérôme CAHUZAC et ses enfants.
Patricia CAHUZAC était également mise en examen du chef de blanchiment de fraude fiscale
(utilisation des comptes bancaires de Madame Thérèse MAZIERES épouse CAHUZAC pour y
déposer des chèques qui lui étaient destinés).
Lors de ses auditions ultérieures, elle reconnaissait avoir été informée que Jérôme CAHUZAC
déposait une partie de ces chèques sur le compte bancaire de sa mère, qu’elle était d’accord, qu’il
s’agissait d’une gestion familiale.

VI) Les qualifications pénales
VAl. etMme CAHUZAC

M, et Mn~e CAHUZAC, mariés sous le régime de la communauté légale, ont constitué des avoirs à
l’étranger, non déclarés, provenant de revenus non déclarés. M. CAHUZAC a ainsi disposé depuis 1992 d’un
compte à l’UBS, transféré chez REYL puis à Singapour. Mme CAHUZAC disposait d’un compte à I’lle de Man
depuis 1997. M. et Mme CAHUZAC ont aussi masqué des revenus en utilisant les comptes bancaires de
Mme MAZIÈRES depuis 2003.
Ces faits apparaissent constitutifs de fraude fiscale et de blanchiment de fraude fiscale.
Les faits de fraude fiscale, au titre de l’impôt sur le revenu et l’ISF, sont imputables aux deux époux
qui avaient connaissance de la fraude et y ont tous deux participé à des degrés divers. La période non
prescrite fiscalement porte sur les années 2009 à 2012. Les déclarations de M. et Mme CAHUZAC de 2010 à
2012 ne font aucunement état d’avoirs et de revenus à l’étranger.
Les faits de blanchiment n’obéissent pas aux mêmes règles de prescription. Ces faits ayant été
dissimulés, la prescription n’a commencé à courir que du jour où les faits ont pu être constatés dans des
conditions permettant l’exercice de l’action publique. Or ils ne sont apparus que fin 2012 et le parquet a
diligenté une enquête préliminaire en janvier 2013.

INSTRUCTION N’. 2292113!3.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIEU PARTIEL

page 20

La période retenue sera donc, au vu des faits sus exposés, la suivante:
de 2003 à 2010 pour l’utilisation des comptes bancaires de Mme MAZIÈRES épouse CAHUZAC; les
faits de blanchiment liées à l’intervention de Mme MAZIERES concernent M. et Mme CAHUZAC qui ont
remis des chèques provenant de leur clientèle respective
-

de 2010 à 2013 pour les opérations liées au transfert des avoirs suisses de M. CAHUZAC sur une
société panaméenne puis sur une société des Seychelles à Singapour
-

de 1997 au 3 décembre 2013 pour les comptes détenus à l’ue de Man et en Suisse par Patricia
CAHUZAC.
-

Les faits, anciens, de perception par membre de profession médicale ou autorité sanitaire
d’avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la sécurité
sociale, n’ont pas été caractérisés, Il en est de même des faits de blanchiment et de recel de cette infraction.
La Commission pour la transparence financière de la vie politique a informé le parquet, sur le
fondement de l’article 40 du Code de Procédure Pénale du fait que M. CAHUZAC a effectué une déclaration
de patrimoine minorée en mai 2012. Un réquisitoire supplétif a été délivré (D 400) et M. CAHUZAC mis en
examen de ce chef (D 405).
M. CAHUZAC a expliqué ne pas avoir répondu aux questions de la Commission sans qu’il y ait eu
mauvaise volonté de sa part (â propos de ses déclarations d’impôt et de divers biens immobiliers et
mobiliers). Il s’en est expliqué lors de son interrogatoire du 11/09/13 (D 405).
La principale interrogation concernait l’acquisition de son appartement avenue de BRETEUIL. M.
CAHUZAC et son épouse ont acheté par acte notarié du 28 octobre 1994 un appartement avenue de
BRETEUIL pour le prix est de 6.200.000 francs. Les époux bénéficiaient d’un prêt de 2 millions de francs de
la BNP et d’apports personnels résultant de la cession de divers biens immobiliers mais aussi d’un prêt de
1.500.000 francs octroyé par les parents de M. CAl-f UZAC. Les circonstances précises de l’octroi de ce prêt
n’ont pu cependant être déterminées compte tenu de l’ancienneté des faits.
Subsiste le fait que M. CAl-f UZAC n’a pas fait état de ses avoirs à l’étranger, ce qu’il n’a pas contesté:
C’était un compte dissimulé dans mes déclarations au titre de la déclaration d’impôt et de l’lSF~ et par
cohérence je l’ai donc dissimulé à la Commission,
2) M. DREYFUS
Son intervention date de 1993, lorsqu’il a introduit M. CAHUZAC auprès de l’établissement REYL. Si
ses initiales apparaissent dans plusieurs documents internes à la banque, il n’est pas établi qu’il ait
activement participé aux opérations de blanchiment lors du transfert des comptes sur une panaméenne puis
à Singapour en 2009. Les faits le concernant sont en conséquence prescrits,

INSTRUCTION N’ .229211313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON’LIEU PARTIEL ‘page 21.

3) La banque REYL, les REYL et M. HOUMAN
Les faits de blanchiment de fraude fiscale apparaissent caractérisés pour François REYL qui dirigeait
la banque et a organisé l’opacité des comptes en les transférant successivement, d’abord au nom d’une
société panaméenne puis à Singapour tout en conservant le contrôle des opérations. A l’inverse, celle de son
père, qui a transmis la direction opérationnelle de la banque à son fils avant les faits, ne saurait être retenue
pour ces opérations de transfert, Son conseil a rappelé dans ses dernières écritures que ce dernier, à l’âge
de 70 ans, avait quitté toute fonction opérationnelle le ier janvier 2008.
La responsabilité de M. HOUMAN, qui s pris une part active dans le transfert des comptes à
Singapour et dans la gestion du compte, doit être retenue, Il en est de même de la société REYL et
compagnie, François REYL ayant agi pour le compte de la personne morale dont il était le dirigeant
François REYL a joué un rôle déterminant dans la mise en place de structures opaques en 2009. lI a
invoqué le secret bancaire suisse.
Questionné sur le fait qu’il était resté silencieux pendant que la presse en France évoquait l’existence
d’un compte du Ministre du Budget, il a en effet expliqué que les faits de nature fiscale ne sont pas
criminalisés en droit suisse et que les autorités suisses, s’il avait révélé l’existence de ce compte auraient pu
considérer que la banque aurait violé le secret des aifafres et le secret bancaire.
La violation du secret bancaire en Suisse aujourd’hui, a-t-il déclaré, implique une sanction pénale
lourde et l’impossibilité pour le banquier de le violer sauf è en être préalablement délié par son client ou
l’autorité judiciaire, Dans le cas de l’affaire CAHUZAC, ces consentements ont été sollicités et obtenus par
écrit de la part de M. CAHUZAC, de CERMAN ainsi que M. Le procureur fédéral BULETTI. Je précise que ce
dernier souhaitait que nous ayons l’accord écrit des clients. M. BULETTI a fait savoir à mes conseils suisses,
par écrit, quW donnait son accord dans la mesure où préalablement l’accord du client avait été sollicité.
La question suivante a été posée à M. REYL:
Autrement dit, si le client n’est pas d’accord, M. BULETTI ne vous donne pas son accord et vous
menace de poursuites?
M. REYL a répondu:
C’est exact. J’ajoute que, d’après mes connaissances, il peut refuser de donner son accord même si
le client a donné le sien.
Le banquier a ainsi cherché à se prévaloir de l’ambiguïté des autorités suisses dans la lutte contre la
fraude fiscale, invoquant le secret bancaire dont la violation constitue un délit pénal en Suisse comme
d’ailleurs à Singapour
François REYL a également contesté sa mise en examen, en alléguant du fait que le délit de
blanchiment de fraude fiscale n’existait pas en droit suisse.
La responsabilité pénale de François REYL est cependant engagée du fait qu’il a permis à M.
CAHUZAC de renforcer l’opacité de son compte. M. CAHUZAC a bénéficié de l’ingénierie sciemment mise en
place par le banquier suisse, soucieux de protéger, certes les avoirs d’un client, mais aussi sa propre
réputation compte tenu de la position de M. CAHUZAC.

INSTRUCTION N’ .2292113/3.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIELJ PARTIEL

.

page 22.

VII) La clôture de l’information
Le 30octobre2014 la commission rogatoire internationale adressée à 111e de Man revenait exécutée.
Le 1~r décembre 2014, l’avis de fin d’information était délivré.
Le 17décembre2014, le réquisitoire définitif était délivré par le parquet national financier.
Le 5 février 2015, le conseil de M. DREYFUS déposait des conclusions aux fins de non lieu. S’il est
établi que M. DREYFUS est bien à l’origine de la relation entre la banque REYL et M. CAHUZAC et a ainsi
permis à ce dernier de dissimuler des revenus en Suisse, il bénéficiera d’un non lieu pour des raisons liées à
la prescription (cf supra).
Le 23 février 2015, le conseil de Patricia CAHUZAC a sollicité à juste titre que la période de
prévention s’arrête au jour des déclarations reconnaissant l’existence du compte (3 décembre), celle-ci ayant
cessé tout acte de blanchiment à compter de ce jour.
Le 26février2015 le conseil de Français REYL et de la société REYL présentait une demande d’actes
et de non lieu (D 947).
La demande d’actes visait à la cbmmunication des déclarations de M. CONDAMIN GERBIER dans la
procédure ouverte en SUISSE le concernant. Cette demande ne présente aucun intérêt car son audition,
dans la présente procédure a été faite au début de l’instruction et les éléments de preuve recueillis ne se
fondent pas sur ses déclarations mais sur des investigations réalisées au cours de l’instruction
(communication de comptes ouverts à l’étranger, mise en place de structures Qif shore).
Le caractère habituel des pratiques de la banque REYL est démontré par l’existence des
infrastructures mises en place par la banque, qui se procurait aisément des sociétés panaméennes écrans et
qui avait mis en place un véritable dispositif permettant le blanchiment des avoirs cachés et fraudés de ses
clients, dispositif reposant sur la création d’une filiale à Singapour, sur des accords pris avec un banquier
suisse complaisant implanté à Singapour (JULIUS BAER) et sur l’aide d’un juriste installé à DUBAÏ
pourvoyeur de sociétés des Seychelles et de montages particulièrement sophistiqués.
Les charges réunies à l’encontre de Français REYL et de la société REYL résultent des faits sus
exposés, ceux ci ayant fourni, en parfaite connaissance de cause, des conseils et une ingénierie sophistiquée
destinée à transférer le compte de M. CAHUZAC sur une panaméenne puis sur une société des Seychelles
disposant d’un compte sur une place financière opaque, Singapour.
Il est particulièrement mal fondé à soutenir dans ses écritures que l’administration fiscale française
était dûment informée du fait que Jérôme CAHUZAC était titulaire d’un compte en Suisse chez UBS ce bien
avant 2009. S’il existait des rumeurs, aucun élément tangible ne les confortait. Seule l’ouverture de la
présente information a permis de disposer d’éléments probants.
La juridiction parisienne est compétente pour le blanchiment puisque les contacts étaient pris par M.
CAHUZAC, qui résidait â Paris, de Paris lorsqu’il donnait des instructions à la banque REYL. La fraude
fiscale réabsée par M. CAHUZAC (délit d’origine) a été commise à Pàris et des actes matériels ont été
réalisés par la banque REYL, sous la direction de Français REYL, à Paris où des espèces ont été livrées par
le banquier suisse en 2010-2011.

INSTRUCTION N’. 2292113/3,
OkOONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON.LIEu PARTIEL

-

page 23.

Il importe peu que François REYL ait, comme le soutient son conseil, développé d’autres activités de
banque qui ne concernent pas I’infàrmation.
Le 27février2015, le conseil de M. HOUMAN sollicitait l’audition de nombreuses personnes, mesures
qui apparaissent non fondées et dilatoires:
l’audition des personnes citées par M. PÉNINQUE en rapport avec la société ARTEC, qui a fait
l’objet d’un contrôle fiscal (cf supra), ne présente aucun rapport avec les faits visés par la saisine
-

l’audition des chargés de comptes de Mme MAZIÉRES, aucun élément ne permettant de suspecter
un comportement anormal des banques au vu de la dispersion des sommes dans le temps (84.100 euros et
129.800 euros répartis sur deux comptes sur une période de 7 ans)
-

l’audition de M. SMITH, alors que celui-ci ~ été entendu sur l’ouverture des comptes destinés à
recueillir les revenus que tirait sa cliente de ses activités en Grande Bretagne; celle de Madame Gilian ROY.
n’est pas utile, M. SMITH ayant expliqué le fonctionnement du compte
-

l’audition du personnel des banques suisses où les divers comptes ont été ouverts ne présente pas
davantage d’intérêt, les documents bancaires notamment les notes internes versés à la demande du
parquet de Genêve permettant de connaître les circonstances de leur ouverture.
-

-

-

Le conseil de M. HOUMAN relève, non sans contradiction, qu’il ne souhaite la mise en examen
d’aucun autre banquier omettant d’ailleurs la JULIUS BAER Il suffit de relever qu’il conclut pour lui-même
à la parfaite licéité de ses propres actes, alors qu’il est établi qu’il a eu un rôle actif dans les opérations de
blanchiment aux Seychelles et à Singapour, ayant fourni une ingénierie particulièrement complexe dans le
seul but d’opacifier les circuits.
-

- .

Sur la compétence, M. HOUMAN, qui avait procuration sur le compte de Singapour, agissait de
concert avec la banque REYL qui recevait ses instructions de M. CAHUZAC (sous le pseudonyme de Birdie),
lequel perpétuait des actes de fraude fiscale en France grâce aux opérations de blanchiment et se faisait
livrer des espèces à Paris au vu d’instructions délivrées par M. HOUMAN.
Le conseil de M. HOUMAN est également mal fondé à conclure à:
l’absence d’élément légal de l’infraction, les actes qui lui sont reprochés étant des actes de
blanchiment lis à la mise en place de structures opaques aux Seychelles dont il assurait la gestion afin de
renforcer l’opacité d’un compte non déclaré et non assumé, l’identité de layant droit économique n’étant
connue que de la banque dépositaire et du gestionnaire et n’apparaissant nulle part ailleurs puisque le
compte avait été intentionnellement ouvert au nom d’une société offshore
-

l’absence d’élément matériel alors qu’il suffit de relever la complexité des structures de gestion
mises en place par M. HOUMAN pour conclure à la multiplicité des actes matériels
-

l’absence d’élément intentionnel alors que M.HOUMAN
ingénierie dont il tirait profit ainsi que la banque REYL
-

avait sciemment mis en place cette

Le 27 février, le conseil de Dominique REYL déposait des conclusions aux fins de non lieu pour
Dominique REYL. Ce dernier bénéficiera d’un non lieu pour les motifs indiqués supra
Le 11 mars 2015 nous rejetions les demandes d’actes des parties.

INSTRUcI1ON N’ .229211313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRI8UNAL CORRECTIONNEL etde NON.LIEU PARTIEL

.

page 24-

Le 11 mars 2015, le conseil de François REYL, se fondant sur des requêtes en annulation présentées
les 16 avril et 24juillet 2014, demandait, à des fins dilatoires, au président de la chambre d’instruction la
suspension de l’instruction, laquelle était rejetée le 23mars2015.
Le 23 mars 2015, l’avocat de M.HOUMAN interjetait appel de l’ordonnonce de refus d’instruction
complémentaire du 11 mars 2015.
Par arrêts du 28mai2015, la chambre de l’instruction rejetait l’ensemble des requêtes en nullité.
Par ordonnance du 1er juin 2015, Madame la Présidente de la Chambre de l’instruction disait n’y avoir
lieu de saisir la Chambre de l’instruction de l’appel de Monsieur HOUMAN.
NON LIEU PARTIEL
Attendu qu’il ne résulte pas charges suffisantes contre:
quiconque d’avoir commis l’infraction de perception, par membre de profession médicale ou autorité
sanitaire, d’avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en
charge par la sécurité sociale,
-

Jérôme CAHUZAC d’avoir commis l’infraction de blanchiment et de recel de fonds provenant de la
perception, par membre de profession médicale ou autorité sanitaire, d’avantages procurés par une
entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la sécurité sociale,
-

-

Hervé DREYFUS d’avoir commis les faits de complicité de blanchiment de fraude fiscale,
Dominique REYL d’avoir commis les faits de blanchiment de fraude fiscale.
En conséquence disons n’y avoir lieu à suivre de ces chefs.
RENVOI DEVANT LE TRIBUNAL CORRECTIONNEL

Attendu qu’il résulte de l’information charge suffisantes à l’encontre de:

-

JérâmeCAl-JUZAC

de s’être à PARIS (7ème), ou en tout autre lieu du territoire national, au cours des années 2010
à 2012, et en tout cas depuis temps non prescrit, volontairement et frauduleusement soustrait à
l’établissement et au paiement partiel des impôts dus au titre des années 2009 à 2012, notamment
en souscrivant des déclarations susceptibles d’avoir été minorées en matière d’impôt sur le revenu au
titre des années 2009 à 2011, d’impôt de solidarité sur la fortune au titre des années 2010 à 2012 et
de contribution exceptionnelle sur la fortune au titre de l’année 2012, avec la circonstance que les
dissimulations présumées excèdent le dixième de la somme imposable,
-

faits prévus et réprimés par les articles les articles 1741, 1742, 1743 et 1750 du Code général des
impôts

INSTRUCTION N’. 2292/1313.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON-LIEU PARTIEL

.

page 25-

2°I d’avoir, à PARIS, ou en tout autre lieu du territoire national, au cours des années 2003 à 2010,
et en tout cas depuis temps non prescrit, utilisé des comptes bancaires ouverts au nom de Madame
Thérése MAZIERES épouse CAHUZAC pour y déposer des chèques émis à son profit et dissimulés
à la connaissance de (‘administration fiscale,
-

faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code
pénal, 1741, 1742, 1743 et 1750 du code général des impôts
d’avoir à Paris, en SUISSE, à SINGAPOUR, courant 2010 à 2013, et en tout cas depuis temps
non prescrit, apporté son concours au placement, à la dissimulation et à la conversion de revenus
dissimulés à la connaissance de l’administration fiscale, en l’espèce en transférant les dits avoirs d’un
compte nominatif sur un compte ouvert au nom d’une société panaméenne puis sur un compte
singapourien ouvert au nom d’une société seychelloise,
30/

-

faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal, et par les articles
1741, 1742, 1743 et 1750 du Code dea Impôts.
4°f d’avoir, à Paris, courant 2012, et en tout cas sur le territoire national et depuis temps n’emportant
pas prescription, étant membre du gouvernement, sciemment omis de déclarer une part substantielle
de son patrimoine à la Commission pour la transparence financière de la vie politique,
-

faits prévus et réprimés par les articles 1er, 3, 5-1 de la loi n° 88-227 du 11 mars 1988; LO 135-l du
code électoral
-

Patricia MENARIJ épouse CAHUZAC

1°! de s’être à PARIS (7ème), ou en tout autre lieu du territoire national, au cours des années 2010
à 2012, et en tout cas depuis temps non prescrit, volontairement et frauduleusement soustraite à
l’établissement et au paiement partiel des impôts dus au titre des années 2009 à 2012, notamment en
souscrivant des déclarations susceptibles d’avoir été minorées en matière d’impôt sur le revenu au
titre des années 2009 à 2011, d’impôt de solidarité sur la fortune au titre des années 2010 à 2012 et
de contribution exceptionnelle sur la fortune au titre de l’année 2012, avec la circonstance que les
dissimulations présumées excédent le dixième de la somme imposable,
-

faits prévus et réprimés par les articles les articles 1741, 1742, 1743 et 1750 du Code général des
impôts
2°/ d’avoir, à PARIS, ou en tout autre lieu du territoire national, au cours des années 2003 à 2010, et
en tout cas depuis temps non prescrit, utilisé des comptes bancaires ouverts au nom de Madame
Thérèse MAZIERES épouse CAHUZAC pour y déposer des chèques émis à son profit et dissimulés à
la connaissance de l’administration fiscale,
-

faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-3, 324-4, 324-5, 324-6, 324-7 et 324-8 du code
pénal, 1741, 1742, 1743 et 1750 du code général des impôts

NSÎRUCTION N’. 229211313.
ORDONNANcE de RENVOI devant le TRIBuNAL CORRECTIONNEL et de NON-LIEu PARTIEL

.

page 26.

3°! pour avoir à Paris en Angleterre, sur L’île de Man et en SUISSE, courant 1997 au 3 décembre
2013, et en tout cas depuis temps non prescrit, apporté son Concours au placement, à la
dissimulation et à la conversion de revenus dissimulées à la connaissance de l’administration fiscale,
en l’espèce en procédant à l’ouverture de comptes bancaires en Angleterre, sur l’île de Man et en
SUISSE au nom de personnes morales et en réalisant, par leur intermédiaire, des acquisitions
immobilières à Paris et à Londres,
-

faits prévus et réprimés par les articles 324-1, 324-6, 324-7 et 324-8 du code pénal, et par les
articles 1741, 1742, 1743 et 1750 du Code des Impôts.

-

François REYL

pour avoir en SUISSE, aux SEYCHELLES, à SINGAPOUR, à PARIS, courant 2009, 2010, 2011,
2012, 2013 et jusqu’au 19 mars 2013, en tout cas sur le territoire national et depuis temps non
couvert par la prescription, apporté son concours à une opération de placement, de dissimulation ou
de conversion du produit direct ou indirect d’un délit de fraude fiscale, en participant activement à la
dissimulation des avoirs de M. ,Jérôme CAHUZAC, détenus et gérés par la banque REYL, en les
transférant, dans un premier temps, au nom d’une société panaméenne, PENDERLEY CORP, puis,
dans un second temps, en les transférant auprès de la banque JULIUS BAER à SINGAPOUR via des
structures écrans mises en place par la banque REYL pour assurer l’opacité des circuits financiers et
la dissimulation de ces avoirs, et enfin en assurant leur gestion,
-

faits prévus et punis par les articles 324-1, 324-3, 324-4, 324-7 et 324-8 du Code Pénal et les articles
1741, 1742, 1743 et 1750 du Code Général des Impôts.

-

la société REYL & Cie

pour avoir en SUISSE, aux SEYCHELLES, à SINGAPOUR, à PARIS, courant 2009, 2010, 2011,
2012,2013 et jusqu’au 19mars2013, en tout cas sur le territoire national etdepuis temps non couvert
par la prescription, apporté son concours à une opération de placement, de dissimulation ou de
conversion du produit direct ou indirect d’un délit de fraude fiscale, en participant activement à la
dissimulation des avoirs de M. Jénôme CAHUZAC, détenus et gérés par la banque REYL, en les
transférant, dans un premier temps, au nom d’une société panaméenne, PENDERLEY CORP, puis,
dans un second temps, en I~S transférant auprès de la bànque JULIUS SAER à SINGAPOUR via des
structures écrans mises en place par la banque REYL pour assurer l’opacité des circuits financiers et
la dissimulation de ces a~’oirs, et enfin en assurant leur gestion.
-

faits prévus et punis parles articles 121-2,324-1,324-3,324-4,324-7 et 324-8 du Code Pénal et
les articles 1741, 1742, 1743 et 1750 du Code Général des Impôts.

INSTRUCTION N’. 2292/13/3.
ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL etde NON.LIEL) PARTIEL

-

page 27-

-

Philippe HOUMAN

pour avoir, en SUISSE, aux SEYCHELLES et à SINGAPOUR, à Paris, en France, courant 2009,
2010, 2011, 2012 et 2013 jusqu’au 19 mars 2013, apporté son concours à une opération de
placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d’un délit de fraude fiscale
en participant activement à la dissimulation des avoirs de M. Jérôme CAHUZAC, détenus et gérés par
la banque REYL,
faits prévus et punis par les articles 324-1, 324-3, 324-4, 324 -7 et 324-8 du Code Pénal et les articles
1741, 1742, 1743 et 1750 du Code Général des Impôts.
PAR CES MOTIFS
ORDONNONS le renvoi de Jérôme CAHUZAC, Patricia MENARD épouse CAHUZAC, François
REYL, la société REYL & Cie. et Philippe HOUMAN devant le tribunal correctionnel pour être
jugée conformément à la loi et le maintien sous contrôle Judiciaire de M. CAHUZAC Jérôme et
Mme MENARD Patricia épouse CAHUZAC.
En conséquence, ordonnons que le dossier de cette procédure, avec la présente ordonnance, soit
transmis à M. le procureur de la République.
INFORMONS Madame Patricia MENARD épouse CAHUZAC, Monsieur Jérôme CAHUZAC, Monsieur
François REYL, la société REYL & Cie et Monsieur Philippe HOUMAN, prévenus, qu’ils doivent
signaler auprès du procureur de la République, jusqu’au jugement définitif de l’affaire, tout
changement de l’adresse déclarée lors de leur mise en examen, par lettre recommandée avec
demande d’avis de réception.
LES INFORMONS également que toute citation, notification ou signification sera réputée faite à leur
personne.

de l’instruction,

1N59

ORDONNANCE de RENVOI devant le TRIBUNAL CORRECTIONNEL et de NON-LIEU PARTIEL

-

page 28.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful