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Rousseau,Rousseau,Rousseau,Rousseau, etetetet l’amourl’amourl’amourl’amour commecommecommecomme dérivationdérivationdérivationdérivation dededede l’instinct.l’instinct.l’instinct.l’instinct.

"Sitôt que l'homme a besoin d'une compagne, il n'est plus un être isolé, son cœur n'est plus seul. Toutes ses relations avec son espèce, toutes les affections de son âme naissent avec celle-là. Sa première passion fait bientôt fermenter les autres. Le penchant de l'instinct est indéterminé. Un sexe est attiré vers l'autre : voilà le mouvement de la nature. Le choix, les préférences, l'attachement personnel sont l'ouvrage des lumières, des préjugés, de l'habitude : il faut du temps et des connaissances pour nous rendre capables d'amour : on n'aime qu'après avoir jugé, on ne préfère qu'après avoir comparé. Ces jugements se font sans qu'on s'en aperçoive, mais ils n'en sont pas moins réels. Le véritable amour, quoi qu'on en dise, sera toujours honoré des hommes : car, bien que ses comportements nous égarent, bien qu'il n'exclue pas du cœur qui le sent des qualités odieuses, et même qu'il en produise, il en suppose pourtant toujours d'estimables, sans lesquelles on serait hors d'état de le sentir. Ce choix qu'on met en opposition avec la raison vient d'elle. On a fait l'amour aveugle, parce qu'il a de meilleurs yeux que nous, et qu'il voit des rapports que nous ne pouvons apercevoir. Pour qui n'aurait nulle idée de mérite ne de beauté, toute femme serait également bonne, et la première venue serait toujours la plus aimable. Loin que l'amour vienne de la nature, il est la règle et le frein de ses penchants : c'est par lui qu'excepté l'objet aimé, un sexe n'est plus rien pour l'autre." Rousseau, Emile ou de l'éducation. 1762

Remarques générales :

Je vais commencer par faire une analyse de l’intitulé, pour repréciser les règles, les enjeux, et les attendus de l’exercice.

La doctrine de l’auteur n’est pas requise : cela veut dire que vous n’êtes pas obligés de connaître la philosophie de Rousseau. Je dirais même que dans une certaine mesure des connaissances extérieures (la doctrine de l’homme naturel) sont gênantes, surtout lorsqu’elles arrivent comme un cheveu sur la soupe. Ceci dit cela n’empêche pas d’avoir une culture

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philosophique qui vous permet de ne pas écrire des bêtises (genre : « Descartes n’aurait pas été d’accord, Kant lui oui »)

Il faut et il suffit que l’explication rende compte […] du problème dont il est question : c’est donc là que se trouve le cœur de l’exercice : le problème philosophique. Je vous rappelle que le problème n’est pas le thème ; Le thème c’est le sujet dont parle le texte (ici l’amour), alors que le problème, c’est ce qui pose problème, c’est-à-dire ce qui suscite une difficulté, et qui nécessite qu’on se pose des questions ; Si vous ne comprenez pas qu’il y a problème, c’est que vous avez mal lu le texte. Partez du principe que le texte a toujours été choisi (du moins au niveau du baccalauréat) parce qu’il pose un problème philosophique que vous pouvez repérer.

Par la compréhension précise du texte : donc la compréhension du texte dans ses idées, et dans sa structure argumentative est nécessaire. Je vous rappelle le principe de base : il faut au moins trois lectures (chacune pouvant se faire à plusieurs reprises.) :

Une lecture générale, qui prend le texte dans son ensemble, pour en comprendre le thème, et surtout la stratégie globale du texte. Une lecture plus attentive, qui découpe le texte en repérant les grandes articulations (le plan), et en repérant les difficultés. Une lecture lente et détaillée, qui repère les concepts, et les enjeux du texte. C’est à ce prix que vous réussirez à maîtriser le texte ; Bien entendu chaque lecture se fait crayon à la main et feuille de brouillon à côté de vous. Vous devez noter chaque étape, pour pouvoir vous y référer régulièrement. Ne soyez pas avare en papier, et n’hésitez pas à les garder pour pouvoir les relire à chaque instant de votre rédaction finale.

les relire à chaque instant de votre rédaction finale. Je vous donne une organisation temporelle pour
les relire à chaque instant de votre rédaction finale. Je vous donne une organisation temporelle pour
les relire à chaque instant de votre rédaction finale. Je vous donne une organisation temporelle pour

Je vous donne une organisation temporelle pour s’organiser en quatre heures :

8h-8h15 : découverte et choix du sujet 8h15-9h15 : première lecture, et analyse du plan (qui structurera votre commentaire) 9h15-10h : analyse précise des concepts et des articulations argumentatives. 10h-10h30 : rédaction de l’introduction et de la conclusion. 10h30 -11h45 : rédaction du commentaire 11h45-12h : relecture obligatoire. Vous voyez qu’il faut consacrer moins de temps à la rédaction que pour la dissertation. Car dans le cas du commentaire, le travail de lecture et d’analyse du texte représente 75% de

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votre investissement. Autrement dit tout se passe au brouillon. Après la rédaction doit être simple et claire. Ce qui suit va donc être naturellement ce que vous auriez dû réaliser au brouillon.

Texte de Rousseau, extrait de L’Emile, ou de l’éducation, 1762.

Quel est le thème ? L’amour, comme dérivation puis limite de l’instinct. Ce que Rousseau décrit, c’est donc un étrange cercle : Du besoin d’une compagne (besoin sans doute sexuel, mais aussi social) nait des rapports qui se transforment sous l’influence de la raison et de la culture en amour, sentiment sophistiqué et codifié. Ce dernier alors apporte des règles à l’activité sexuelle, notamment en privilégiant les relations stables à travers la monogamie.

Quel est le problème ? Quels rapports se dégagent de l’amour ? Est-ce purement rationnel, passionnel, ou instinctif ? Rousseau cherche à voir clair dans cette forêt particulièrement dense que sont nos sentiments.

Quelle est la thèse ? Dans un mouvement presque pascalien (Blaise Pascal, philosophe français (qui est à votre programme ; voyez la fin de votre manuel), 17 ème siècle : Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.) Rousseau dégage une logique propre à l’amour, comme règle extensive et corrective de l’instinct : L’amour étend l’inclination sexuelle, car elle produit des jugements sur les personnes qui nous attirent, et l’amour corrige nos instincts en leur donnant du sens et donc en les limitant. La question philosophique est donc de considérer l’amour non pas une sous-réflexion, mais bien plutôt comme un acte de l’esprit aussi important que les longues chaînes de raison cartésiennes.

Quelle est la structure ? Ce texte n’est pas une démonstration. C’est une explication descriptive, ce que le philosophe contemporain Gilles Deleuze (mort en 1996) appelait une clarification du réel. Certes le style particulièrement dense de Rousseau fait que cette clarification n’est pas immédiatement accessible, mais la philosophie ne peut pas se permettre d’être toujours didactique, c'est-à-dire faite pour expliquer aux esprits faibles (mais non je ne

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dis pas que vous êtes bêtes, je n’oserais pas …), car la réalité que cherche à cerner la philosophie est si complexe qu’elle nécessite des efforts intellectuels redoutables pour la comprendre. Pourquoi Rousseau a-t-il écrit ce texte ? Quelle est sa stratégie de pensée ? Il semble vouloir dégager un domaine d’excellence propre à l’amour, différent de l’instinct et de la raison ; l’amour comme relation particulière entre les individus.

Dégager un plan n’est pas aisé, car on n’assiste pas à un raisonnement de forme syllogistique (c’est-à-dire avec trois moments : une première proposition (la majeure) qui suivie par une seconde proposition (la mineure) produit une conclusion. Exemple du syllogisme le plus célèbre de l’histoire de la pensée : Tous les hommes sont mortels / Socrate est un homme / donc Socrate est mortel.). Rousseau procède à la fois plutôt par distinction (l’amour n’est pas l’instinct, le jugement n’est pas passionnel, etc….) et par cercle, car ce qui fonde au début l’amour se trouve réglé par lui.

Tâchons tout de même de découper le texte [même si, je le rappelle, un tel découpage est toujours artificiel, car ce n’est pas l’auteur qui l’a voulu. Il s’agit donc juste d’un travail pratique pour vous, car il permet de structurer votre commentaire]

L1 à L8 : Rousseau décrit un mouvement, une évolution entre le simple

penchant sexuel et l’amour : c’est donc une perfectibilité qu’il décrit. L8 à L15 : la nature des jugements amoureux

L15 à fin : Courte conclusion, où on comprend comment l’amour corrige nos penchants sexuels, qui avaient donné naissance à l’amour, créant ainsi des relations.

PROBLÉMATISATIONPROBLÉMATISATIONPROBLÉMATISATIONPROBLÉMATISATION : [Ce qui put nourrir un des reproches les plus fréquents fut le constat que vous ne lisez pas le texte pour lui-même. Au contraire soit vous en avez une lecture très, trop superficielle ; soit vous vous en servez comme prétexte pour réciter un morceau de cours. Deux exemples :

a) L’un d’entre vous a tenu absolument à faire ressortir que Rousseau était l’auteur de la bonté naturelle (l’homme est naturellement bon). Où le lisez-vous dans le texte ?

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b) Un autre a vu chez Rousseau une condamnation, puis un abandon de la

sexualité au profit de l’amour. Cela l’oppose dés lors à Freud, qui lui aurait reconnu la puissance des forces sexuelles (à travers le Ça). Alors que Rousseau ne cesse de remarquer la présence de la force sexuelle, et ce jusqu’à la dernière ligne, où il met en avant une hypothèse sur l’origine de la monogamie. Donc LISEZ LE TEXTE. En grande partie vous perdez des points à ne pas prendre le

temps de lire ce que vous avez sous les yeux. Le commentaire est d’abord un travail de lecture.] Quel est le problème que met en avant Rousseau ? Deux remarques :

L’extrait est issu d’un livre qui s’intitule Emile ou de l’Education ; Certes je

peux supposer que vous n’avez pas lu les œuvres complètes de JJ Rousseau, même si je le regrette, mais en revanche vous pouviez réfléchir et voir que ce manuel éducatif avait donc pour fonction d’indiquer quel rapport devons-nous entretenir avec l’amour : il ne faut pas le dénigrer, le mépriser comme le font certains moralistes (par exemple Epictète), car il a du sens ; au contraire il faut lui faire confiance, car ses jugements sont sans doute plus lucides : l’amour n’est pas aveugle. Plus complexe était de retrouver la méthode spécifiquement philosophique :

qu’est-ce qui fat que ce texte est un texte de philosophie, plutôt qu’une simple digression au cœur d’un simple roman moraliste. Qu’est-ce qui différencie, par exemple, ce texte d’un extrait Des liaisons dangereuses de Laclos, qui lui est relativement contemporain (paru en 1782) ? Réponse : c’est le travail conceptuel ; Rousseau élabore le concept d’amour, c'est-à-dire qu’il lui donne un sens particulier, plus riche que celui qu’on donne généralement. Deleuze, dans son livre Qu’est-ce que la philosophie ? (1991) expliquait que la philosophie était une machine à fabriquer des concepts. Cela peut paraître décevant comme définition, alors que naïvement on croit que le philosophe recherche la vérité, mais cela prend son importance lorsqu’on connaît le pouvoir du langage. Un vrai concept est un mot qui est si fertile, qu’il ouvre des voies vers des problèmes centraux. Ici, le concept d’amour, comme dérivation de l’instinct sexuel, devient règle dans les relations entre les personnes : il fait que

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certaines personnes se sentent attirées, mais pas n’importe comment. Nous ne sommes pas des lapins. Nos relations prennent du sens du fait de l’amour.

INTRODUCTIONINTRODUCTIONINTRODUCTIONINTRODUCTION (rédigée):

Commentaire [cg1] : Annonc

e

du thème.

Commentaire [cg2] : Annonc

e

du problème philosophique

Commentaire [cg3] : Annonc

e

de la thèse.

Commentaire [cg4] : Analyse rapide de la nature formelle du texte.

Commentaire [cg5] : Bien entendu ce genre de clin d’œil n’est tolérable que si le reste de votre devoir est excellent.

Commentaire [cg6] : L’idéal est de faire répondre l’intro et la concl.

 
Le

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thème

thème

thème

de l’amour est assez récurrent dans les textes de philosophies depuis le

  Le thème de l’amour est assez récurrent dans les textes de philosophies depuis le

Banquet de Platon. A chaque fois l’amour est une passerelle vers une ascension de l’âme. Le 17 ème siècle, siècle rationaliste, a montré que l’amour était une passion, c'est-à-dire une force que l’on subit. Mais à chaque fois ce simple mot –l’amour- se trouve au cœur d’une réalité

une force que l’on subit. Mais à chaque fois ce simple mot –l’amour- se trouve au
une force que l’on subit. Mais à chaque fois ce simple mot –l’amour- se trouve au

confuse, complexe et

confuse, complexe et

fertile.

fertile.
 
confuse, complexe et fertile.  

C’est dans cette optique que Rousseau retravaille ce concept pour lui donner sa véritable signification : celle d’être un frein à nos penchants sexuels en les réglant, en leur donnant du

donner sa véritable signification : celle d’être un frein à nos penchants sexuels en les réglant,
donner sa véritable signification : celle d’être un frein à nos penchants sexuels en les réglant,
sens. Ce texte, qui n’est pas une démonstration, mais plutôt une description, se fait dans
sens. Ce texte, qui n’est pas une démonstration, mais plutôt une description, se fait dans

sens. Ce texte, qui n’est pas une démonstration, mais plutôt une description, se fait dans

sens. Ce texte, qui n’est pas une démonstration, mais plutôt une description, se fait dans
 
 
 

l’optique d’une

l’optique d’une
 

éducation, celle d’Émile, qui doit comprendre comment maîtriser cette force.

l’optique d’une   éducation, celle d’Émile, qui doit comprendre comment maîtriser cette force.
 
 
 

Que la force soit avec

Que la force soit avec

nous

nous

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CONCLUSIONCONCLUSIONCONCLUSIONCONCLUSION :

 
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L’amour n’est pas qu’une

L’amour n’est pas qu’une
L’amour n’est pas qu’une force. Ce n’est pas non plus uniquement un sentiment. C’est

force. Ce n’est pas non plus uniquement un sentiment. C’est

L’amour n’est pas qu’une force. Ce n’est pas non plus uniquement un sentiment. C’est

un jugement, guidé par la raison malgré les apparences, qui permet de donner du sens à nos tendances et nos inclinations cers l’autre sexe. Ce texte tente de mettre la lumière sur une réalité obscure, et montre comment la culture façonne des comportements à l’origine naturels. On peut dire qu’il s’oppose aux démarches d’un Epicure ou un Epictète, qui étaient méfiants à

naturels. On peut dire qu’il s’oppose aux démarches d’un Epicure ou un Epictète, qui étaient méfiants
naturels. On peut dire qu’il s’oppose aux démarches d’un Epicure ou un Epictète, qui étaient méfiants

l’égard de l’amour, par peur de nous faire perdre notre précieuse

l’égard de l’amour, par peur de nous faire perdre notre précieuse ataraxie. Pour Rousseau, à

ataraxie. Pour Rousseau, à

l’égard de l’amour, par peur de nous faire perdre notre précieuse ataraxie. Pour Rousseau, à

l’écoute de son cœur, l’amour nous guide, même dans la souffrance, mieux qu’une raison

dépassionnée et froide. L’amour serait-elle tout compte fait une forme de conscience

Commentaire [cg7] : C’est

très bien d’être capable de mettre

en relation avec vos autres connaissances philosophiques ;

Commentaire [cg8] : Voilà ce que peut être une ouverture en fin de conclusion.

morale ?
morale
?

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