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CONCEPTION DES MACHINES

PRINCIPES ET APPLICATIONS

1 Statique

GEORGES SPINNLER

PRESSES POLYTECHNIQUES ET UNIVERSITAIRES ROMANDES


Vous pouvez consulter notre catalogue général sur notre
serveur Internet

http://ppur.epfl.ch

Volume 1
ISBN 2-88074-301-X
© 1997, Presses polytechniques et universitaires romandes,
CH – 1015 Lausanne

Tous droits réservés.


Reproduction, même partielle, sous quelque forme ou sur quelque
support que ce soit, interdite sans l’accord écrit de l’éditeur.
1. Avant-propos Page V Mercredi, 8. f vrier 2006 11:02 11

AVANT-PROPOS

Jusqu’au début des années quatre-vingt, le dessin à la planche et le dimension-


nement des organes de machines occupaient presque entièrement les ingénieurs cons-
tructeurs. Aujourd’hui, cette activité a été profondément transformée par les moyens
informatiques : des logiciels permettent le calcul rapide des organes et leur optimisa-
tion; des simulations animées à l’écran visualisent les mouvements et les vibrations;
les dessins d’étude et d’exécution se font à l’ordinateur avec les méthodes de l’ingé-
nierie simultanée. En outre, le marché offre de plus en plus d’organes que l’utilisateur
n’a plus besoin d’étudier en détail.
Ces moyens modernes fascinent par leur facilité d’emploi et leur rapidité. Mais
ils ne déchargent pas l’ingénieur de toute réflexion. Ils exigent au contraire des con-
naissances encore plus étendues pour être utilisés intelligemment. Le concepteur ne
peut pas modéliser ce qu’il ignore; il doit connaître les lois de comportement pour éla-
borer les modèles; il doit être en mesure d’évaluer rapidement les grandeurs prin-
cipales pour apprécier les résultats des calculs automatiques; il doit savoir sur quel
paramètre agir pour améliorer une solution et il doit traduire dans le concret l’abs-
traction des modèles. C’est là que réside encore tout l’art de l’ingénieur.
On observe que les jeunes ingénieurs témoignent souvent une confiance presque
aveugle aux ordinateurs. Ils croient suffisant d’entrer quelques données pour obtenir la
solution à tous les problèmes. Plus grave encore, ils estiment souvent que les aspects
technologiques
1
et pratiques sont indignes de leur intérêt, attitude que dénonce E. Fer-
guson .
Il est urgent de combler le fossé qui se creuse entre le monde de l’application
industrielle et celui des spécialistes pointus. C’est ce qui m’a incité à rédiger le présent
ouvrage, fruit d’une vaste expérience industrielle et de vingt ans d’enseignement de la
conception des machines à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Contraire-
ment à la littérature qui décrit les éléments de machines, ce livre présente les phéno-
mènes rencontrés dans leur fonctionnement. La matière est traitée à la manière anglo-
saxonne; des développements mathématiques simples conduisent à des formules dont
on déduit logiquement les principes et les règles de conception des machines. Chaque
thème est illustré par des exemples pratiques. On y trouve aussi le principe de solu-
tions électriques modernes.
Cet ouvrage de synthèse s’applique donc à toutes les machines et s’adresse aux
personnes actives dans la construction mécanique ainsi qu’aux étudiants des écoles
d’ingénieurs. Quant au lecteur qui pourrait redouter l’ampleur de la matière, il

1
FERGUSON, E.S., Engineering and the Mind’s Eye. MIT Press, Cambridge, Massachusetts, 1992
1. Avant-propos Page VI Mercredi, 8. f vrier 2006 11:02 11

VI CONCEPTION DES MACHINES

découvrira dans chaque chapitre un sujet bien délimité et de nombreux renvois facili-
tant la recherche dans d’autres parties de l’ouvrage.

Remerciements
Un ouvrage de cette envergure ne s’élabore pas sans la collaboration de nom-
breuses personnes. Je me plais à remercier chaleureusement les étudiants attentifs dont
les questions ont suscité beaucoup de réflexion; Alexandra Boussalem qui a saisi le
texte; les ingénieurs diplômés Isabelle Beretta-Piccoli-Beckius et Alain Moreillon
pour avoir relu plusieurs chapitres et fait de nombreuses suggestions d’amélioration,
Olivier Blanc pour son contrôle soigneux des développements mathématiques et des
calculs numériques, Daniela Iorgulescu-Dogariu pour le tracé à l’ordinateur des gra-
phes; le graphiste Jean-François Casteu qui a exécuté les dessins.
Cette publication n’aurait pas vu le jour sans le soutien de l’Ecole polytechnique
fédérale de Lausanne et sans l’apport dynamique de l’éditeur dont je remercie en par-
ticulier le directeur, Olivier Babel, et ses collaborateurs Fabio Tonasso et Jean-Phi-
lippe Galley.
Last but not least, je remercie mon épouse pour sa patience, ses encouragements
et sa collaboration.

Georges SPINNLER
Lausanne, février 1997
2. Table des mati res Page VII Mercredi, 8. f vrier 2006 11:03 11

TABLE DES MATIÈRES

Volume 1: STATIQUE

AVANT-PROPOS .......................................................................... V

CHAPITRE 1 INTRODUCTION ......................................................................... 1


1.1 Objectifs de l’ouvrage ........................................................... 1
1.2 Evolution des méthodes de conception.................................. 1
1.3 Structure de l’ouvrage ........................................................... 2
1.4 Prérequis ................................................................................ 4
1.5 Structure générale des machines............................................ 5
1.6 Fonctions mécaniques............................................................ 6
1.7 Performances ......................................................................... 7
1.8 Conventions ........................................................................... 8

CHAPITRE 2 FROTTEMENT ............................................................................. 11


2.1 Introduction ........................................................................... 11
2.2 Contact de surfaces ................................................................ 12
2.3 Frottement sec........................................................................ 24
2.4 Lubrification .......................................................................... 34
2.5 Comportement du coefficient de frottement .......................... 58
2.6 Maîtrise du frottement ........................................................... 63
2.7 Conclusions principales......................................................... 65

CHAPITRE 3 DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES ......... 67


3.1 Introduction ........................................................................... 67
3.2 Usure...................................................................................... 68
3.3 Usure induite par petits débattements (fretting) .................... 75
3.4 Ecaillage ................................................................................ 81
3.5 Grippage ................................................................................ 85
3.6 Longévité des couples cinématiques ..................................... 86
3.7 Rodage ................................................................................... 93
3.8 Applications........................................................................... 96
3.9 Conclusions principales......................................................... 98

CHAPITRE 4 DISSIPATION D’ÉNERGIE ......................................................... 101


4.1 Introduction ........................................................................... 101
2. Table des mati res Page VIII Mercredi, 8. f vrier 2006 11:03 11

VIII CONCEPTION DES MACHINES

4.2 Dissipation externe ................................................................ 102


4.3 Dissipation interne................................................................. 113
4.4 Organes dissipateurs d’énergie .............................................. 122
4.5 Conclusions principales......................................................... 130

CHAPITRE 5 EFFORTS STATIQUES ................................................................ 131


5.1 Introduction ........................................................................... 131
5.2 Efforts .................................................................................... 132
5.3 Transmission d’efforts entre des solides................................ 135
5.4 Transmission d’efforts dans les solides ................................. 149
5.5 Roues ..................................................................................... 151
5.6 Liens souples ......................................................................... 160
5.7 Réseaux d’efforts statiques .................................................... 166
5.8 Etude des réseaux d’efforts.................................................... 171
5.9 Poids propre........................................................................... 176
5.10 Conception statique ............................................................... 179
5.11 Conclusions principales......................................................... 197

CHAPITRE 6 DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ ................................................ 199


6.1 Introduction ........................................................................... 199
6.2 Déformation, rigidité ............................................................. 199
6.3 Combinaisons d’éléments déformables ................................. 204
6.4 Rigidité d’éléments divers ..................................................... 208
6.5 Conception et rigidité ............................................................ 226
6.6 Structures à rigidité active ..................................................... 239
6.7 Conclusions principales......................................................... 239

CHAPITRE 7 PRÉCONTRAINTE ...................................................................... 241


7.1 Introduction ........................................................................... 241
7.2 Statique intérieure de systèmes fermés.................................. 241
7.3 Génération de la précontrainte............................................... 245
7.4 Perturbations de la précontrainte ........................................... 261
7.5 Système précontraint sous charge extérieure......................... 265
7.6 Exemples d’applications........................................................ 271
7.7 Assouplissement des systèmes précontraints ........................ 298
7.8 Conclusions principales......................................................... 302

CHAPITRE 8 DISTRIBUTION DES EFFORTS................................................. 303


8.1 Introduction ........................................................................... 303
8.2 Transmission d’efforts en parallèle........................................ 304
8.3 Distributeurs et transmetteurs rigides .................................... 308
8.4 Distributeurs rigides, transmetteurs souples .......................... 316
8.5 Distributeurs souples, transmetteurs rigides .......................... 337
8.6 Distributeurs et transmetteurs souples ................................... 341
8.7 Pression apparente de contact................................................ 350
8.8 Conclusions principales......................................................... 376
2. Table des mati res Page IX Mercredi, 8. f vrier 2006 11:03 11

TABLE DES MATIÈRES IX

CHAPITRE 9 LIAISONS, MOBILITÉ................................................................ 379


9.1 Introduction ........................................................................... 379
9.2 Degrés de liberté d’un solide ................................................. 380
9.3 Liaisons.................................................................................. 381
9.4 Liaisons réelles ...................................................................... 389
9.5 Chaînes cinématiques ............................................................ 400
9.6 Modélisation statique............................................................. 413
9.7 Maîtrise des efforts hyperstatiques ........................................ 423
9.8 Conclusions principales......................................................... 429

CHAPITRE 10 MÉCANISMES ............................................................................. 431


10.1 Introduction ........................................................................... 431
10.2 Couples cinématiques ............................................................ 433
10.3 Cinématique........................................................................... 440
10.4 Statique .................................................................................. 454
10.5 Energétique ............................................................................ 459
10.6 Comportement cinétostatique ................................................ 472
10.7 Blocage, autoblocage............................................................. 486
10.8 Chaînes cinématiques ............................................................ 504
10.9 Conclusions principales......................................................... 509

CHAPITRE 11 AMPLIFICATION ........................................................................ 513


11.1 Introduction ........................................................................... 513
11.2 Généralités ............................................................................. 513
11.3 Amplification passive de mouvement.................................... 515
11.4 Amplification passive d’efforts.............................................. 522
11.5 Assistance .............................................................................. 531
11.6 Amplification active............................................................... 538
11.7 Démultiplication de mouvement............................................ 539
11.8 Conclusions principales......................................................... 544

BIBLIOGRAPHIE ........................................................................ 545

INDEX........................................................................................... 551

REMERCIEMENTS AUX ÉDITEURS........................................ 558

LISTE DES SYMBOLES ............................................................. 559


2. Table des mati res Page X Mercredi, 8. f vrier 2006 11:03 11

X CONCEPTION DES MACHINES

Volume 2: DYNAMIQUE

CHAPITRE 12 ÉNERGIE
CHAPITRE 13 MODÈLES DYNAMIQUES
CHAPITRE 14 MOUVEMENT DES GROUPES
CHAPITRE 15 PRÉCISION DES MOUVEMENTS
CHAPITRE 16 EFFORTS D’INERTIE
CHAPITRE 17 SOLLICITATION DES STRUCTURES
CHAPITRE 18 VIBRATIONS

Volume 3: DIMENSIONNEMENT

CHAPITRE 19 ÉCHAUFFEMENT
CHAPITRE 20 ENTRAÎNEMENT
CHAPITRE 21 STABILITÉ
CHAPITRE 22 ÉTANCHÉITÉ
CHAPITRE 23 RÉSISTANCE ET CHOIX DES MATÉRIAUX
CHAPITRE 24 DIMENSIONNEMENT ET SÉCURITÉ STRUCTURALE
CHAPITRE 25 DIMENSIONNEMENT À LA VITESSE ET AUX DÉFORMATIONS
CHAPITRE 26 ARCHITECTURE
CHAPITRE 27 CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Chapitre 1 Page 1 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

CHAPITRE 1

INTRODUCTION

1.1 OBJECTIFS DE L’OUVRAGE

L’ouvrage s’adresse aux praticiens des bureaux d’étude et aux étudiants des éco-
les d’ingénieurs. Il vise à:
• présenter les principes physiques mis en œuvre dans le fonctionnement des
machines;
• préparer les ingénieurs à la conception de machines à hautes performances
dynamiques;
• préparer la modélisation;
• contribuer à définir le cahier des charges pour choisir et dimensionner les
organes de machines;
• donner des règles de construction basées sur des analyses simples;
• suggérer des solutions techniques;
• rapprocher le monde de la recherche théorique et celui de la pratique.

1.2 ÉVOLUTION DES MÉTHODES DE CONCEPTION

Le développement des sciences et des techniques reposait il y a peu de temps


encore sur une combinaison d’empirisme et de théories. Les phénomènes physiques
s’exprimaient en formules et diagrammes dont se servait constamment le concepteur
de machines. L’étude analytique lui fournissait les lois de comportement et lui per-
mettait de «sentir» ce qui se passe dans les mécanismes. Faute de moyens suffisants,
les modèles de calcul étaient forcément très simples, voire simplistes. La mise en ser-
vice des prototypes réservait bien des surprises et exigeait un coûteux travail de mise
au point.
Le développement fulgurant de l’informatique et du calcul numérique permet
aujourd’hui de concevoir des machines directement à l’ordinateur. Avec de bons
modèles, on peut voir fonctionner un mécanisme à l’écran et calculer toutes les gran-
deurs cinématiques et dynamiques, épargnant du coup la construction de prototypes.
D’innombrables logiciels existent pour dimensionner les organes de machines tradi-
tionnels et les pièces de géométrie compliquée. Des bases de données contiennent les
catalogues des fournisseurs et les caractéristiques des matériaux. Le couplage du cal-
cul avec des logiciels de dessin paramétrables permet une véritable conception assistée
par ordinateur avec une interaction constante du calcul et du tracé. Les dessins d’exé-
cutions informatisés permettent de programmer directement les machines-outils
(CFAO).
Chapitre 1 Page 2 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

2 CONCEPTION DES MACHINES

Ces méthodes modernes sont séduisantes, mais présentent deux graves incon-
vénients:
• Les lois de comportement sont cachées dans les logiciels, de sorte que l’utili-
sateur non averti tâtonne pour trouver les bonnes solutions. Il en est parfois
réduit à varier des paramètres à l’aveugle et d’expérimenter à l’écran pour
redécouvrir leur influence et orienter sa démarche.
• La modélisation et le calcul par éléments finis sont souvent beaucoup plus
longs que des calculs analytiques classiques. Moyennant un peu d’expérience,
ces derniers sont néanmoins suffisants pour un avant-projet.

Il existe toujours davantage d’organes de machines sur le marché que le concep-


teur peut assembler sans avoir à les calculer dans le détail. Par contre, il doit posséder
une vision globale pour:
• maîtriser les phénomènes physiques rencontrés dans les machines;
• connaître les lois de comportement;
• connaître les propriétés des organes de machines;
• connaître les limites de performance et savoir comment les repousser.

1.3 STRUCTURE DE L’OUVRAGE

Le tableau 1.1 est à la base de notre démarche. Il associe les organes de machines
aux phénomènes physiques dont ils sont le siège.
Les ouvrages de construction étudient traditionnellement le fonctionnement et le
dimensionnement des organes de machines selon les colonnes du tableau; leur classe-
ment remonte à Reuleaux (1875). On y présente généralement le fonctionnement des
organes de machines élémentaires et on y donne des recettes de dimensionnement plus
ou moins bien justifiées. Chaque organe apparaît dans ces livres comme un cas parti-
culier et l’utilisateur des formules de dimensionnement perçoit souvent mal les phéno-
mènes qui sont à la base de son fonctionnement. Il a l’impression que le calcul se
ramène à l’application d’une suite de «recettes de cuisine».

Contrairement aux autres ouvrages, nous présentons la construction des machines


par les lignes du tableau. Il suffit de consulter la table des matières pour s’en convain-
cre. Chaque chapitre traite les phénomènes selon le schéma suivant:
• présentation des problèmes;
• élaboration de modèles simples permettant un traitement mathématique aisé;
• déduction de règles de construction à partir des résultats de calcul;
• étude des paramètres limitant les performances des machines et examen des
voies ouvertes à leur perfectionnement;
• illustration de la théorie par des exemples.

Cette démarche contribue à donner un caractère scientifique à la construction


mécanique. Nous faisons une synthèse de vastes connaissances éparses dans la litté-
rature en proposant aussi des résultats de nos propres réflexions. Nous justifions cer-
taines hypothèses de calcul courantes, mais rarement démontrées, et sommes parfois
aussi amenés à attaquer certaines notions erronées qui ont encore cours.
Le volume 1 expose les aspects statiques de la conception des machines:
Chapitre 1 Page 3 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

INTRODUCTION 3

Tableau 1.1 Phénomènes physiques principaux liés à des organes de machines (exemples).

Organes de machines (exemples)

embrayages, freins
transm. à friction
courroies plates

paliers lisses
vis sans fin

roulements
engrenages
boulons

chaînes

cames

arbres

rotors
Phénomènes
(exemples)

frottement X X X X X X

usure X X X X X

écaillage X X X X
précontrainte X X X X
pression hertzienne X X X X X
irréversibilité X X X
vibration X X X
stick-slip X
affolement X
vitesse critique X X
effort d'inertie X X X X
échauffement X X X X
instabilité X
fatigue X X X X X
X X
écoulement fluide X X X X

• rappel des mécanismes du frottement (chap. 2), bases pour comprendre les
phénomènes de détérioration des surfaces (chap. 3) et pour guider le choix des
systèmes tribologiques;
• présentation des mécanismes dissipateurs d’énergie et justification de l’utili-
sation du modèle visqueux dans les études dynamiques (chap. 4);
• mécanismes de transmission de forces, réseaux d’efforts et conception statique
des structures (chap. 5);
• analyse des déformations et de la rigidité de divers organes (chap. 6), application
Chapitre 1 Page 4 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

4 CONCEPTION DES MACHINES

à l’étude du fonctionnement et des propriétés des systèmes précontraints


(chap. 7) et au calcul de la distribution des efforts dans les organes de machines
(chap. 8);
• liaisons des pièces et mobilité des mécanismes, liaisons réelles (chap. 9);
• rappel de notions de cinématique et étude des propriétés générales des méca-
nismes (chap. 10), application à la recherche des limites d’amplification de
mouvements ou d’efforts (chap. 11).

Le volume 2 traite les grands mouvements et la dynamique:


• analyse du flux d’énergie, de l’irréversibilité et des circulations de puissance
(chap. 12);
• modélisation de systèmes pour leur analyse cinétostatique et dynamique
(chap. 13);
• étude du mouvement des groupes (chap. 14);
• analyse de l’origine des imprécisions de mouvement: vibrations, affolement,
stick-slip, rebonds, limitation de vitesse (chap. 15);
• effets statiques des efforts d’inertie, principes d’équilibrage (chap. 16);
• efforts dynamiques dans les structures, transmission et atténuation des pertur-
bations dans les chaînes cinématiques, effet des jeux, vibrations paramétriques
(chap. 17);
• vibrations des machines, rappel de dynamique des rotors, atténuation des
vibrations, protection de l’environnement (chap. 18).

Le volume 3 contient l’analyse de quelques problèmes particuliers, le dimen-


sionnement des organes et des notions d’architecture des machines:
• échauffement, limitation de la puissance et de la vitesse par la température,
dimensionnement thermique (chap. 19);
• dimensionnement des moteurs et choix du rapport de vitesses, optimisation
pour parvenir à des mouvements de positionnement rapides (chap. 20);
• instabilités de position et de forme, instabilités thermiques (chap. 21);
• principes mis en œuvre dans la réalisation des étanchéités (chap. 22);
• rappel du comportement mécanique des matériaux, choix raisonné des maté-
riaux sur la base de leurs propriétés générales (chap. 23);
• dimensionnement à la résistance, interprétation et choix du facteur de sécurité,
proportions harmonieuses des éléments de machines (chap. 24);
• dimensionnement à la vitesse et aux déformations, étude de quelques organes
(chap. 25);
• architecture, distribution des fonctions, localisation des organes, principes de
similitudes, sécurité (chap. 26);
• performances limites, directives générales de conception (chap. 27).

1.4 PRÉREQUIS

Cet ouvrage constitue une approche systémique de la construction des machines.


Il suppose connues les sciences de base de l’ingénieur (mécanique rationnelle, statique,
mécanique des solides déformables, théorie des vibrations); il suppose aussi que le lec-
teur connaisse les organes de machines et les principes de leur dimensionnement. On
fera néanmoins les rappels nécessaires à la compréhension. Les personnes intéressées
Chapitre 1 Page 5 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

INTRODUCTION 5

consulteront avec profit l’un ou l’autre des nombreux ouvrages consacrés aux éléments
de machines [1.1 à 1.13].

1.5 STRUCTURE GÉNÉRALE DES MACHINES

Une machine se distingue au premier coup d’œil de tout autre objet créé par
l’homme par son mouvement. Elle comprend en principe au moins les organes sui-
vants (fig. 1.2):
• le moteur est la source d’énergie mécanique: moteur électrique, vérin pneu-
matique, ressort; il transforme toute forme d’énergie en énergie mécanique; il
est lui-même constitué de pièces mécaniques;
• l’outil, au sens large, est l’organe qui effectue le travail demandé à la
machine : crochet d’attelage d’une locomotive, couteau d’une faucheuse,
foret d’une perceuse ; il agit sur l’objet de ce travail : wagon, blé, matière à
percer ;
• la transmission lie le moteur à l’outil et adapte ces organes entre eux: réduc-
teurs de vitesse, embrayages, cames.

MACHINE

moteur transmission outil récepteur

Fig. 1.2 Structure de base d’une machine.

La transmission reliant le moteur à l’outil se compose généralement d’une série


d’éléments et d’organes en mouvement constituant la chaîne cinématique. Mais les
machines comportent très souvent plusieurs outils et leurs mouvements dans l’espace
nécessitent plusieurs moteurs et des chaînes cinématiques appropriées. Du point de
vue strictement mécanique, on peut dire qu’une machine se compose d’une série
d’éléments qui:
• transmettent du mouvement;
• transmettent des efforts;
• transmettent de l’énergie.

Ces trois grandeurs forment la colonne vertébrale de cet ouvrage.


Toujours en observant une machine, on peut la décomposer en deux grands grou-
pes d’organes:
• La chaîne cinématique dont les éléments en mouvement sont le siège d’efforts
qui transmettent de l’énergie; on dit qu’un élément est menant lorsqu’il com-
munique un mouvement et de l’énergie motrice à un autre élément. Celui qui
reçoit cette énergie est dit mené.
• Le bâti et les guidages qui soutiennent et guident les organes de la chaîne
cinématique ne transmettent que des efforts, pas d’énergie.
Chapitre 1 Page 6 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

6 CONCEPTION DES MACHINES

Toutes les machines sont équipées de dispositifs de commande et de contrôle des-


tinés à les mettre en marche et à les arrêter, à régler leur puissance ou leur vitesse, à
coordonner leurs mouvements. D’autres organes assurent leur sécurité et permettent
en tout temps de vérifier leur bon fonctionnement.

1.6 FONCTIONS MÉCANIQUES

Une machine peut se décomposer en sous-ensembles assurant chacun une ou plu-


sieurs fonctions. En descendant jusqu’à une décomposition ultime, on parvient finale-
ment à définir trois ou quatre fonctions mécaniques de base. A savoir:
• la liaison de deux pièces supprime toujours un ou plusieurs degrés de liberté,
elle est complète lorsque toute liberté relative est supprimée, les pièces sont
alors solidaires;
• le guidage a pour objet d’assurer un mouvement déterminé d’une pièce, il con-
serve un ou plusieurs degrés de liberté, mais en supprime d’autres;
• l’articulation n’est qu’un guidage particulier permettant un mouvement de
rotation oscillant, on la distingue parfois des autres;
• l’étanchéité s’oppose au passage de fluides et de poussières.

On distingue quatre niveaux de complexité des objets techniques (tab. 1.3). Les
éléments et les organes de machines remplissent les quatre fonctions mécaniques ci-
dessus. Ils s’assemblent en organes pour créer des fonctions plus compliquées; puis
l’association de divers organes finit par constituer une machine. Enfin, niveau le plus
complexe, le groupement de plusieurs machines dont la combinaison permet d’assurer
une fonction supérieure.

Tableau 1.3 Niveau de complexité des objets techniques.

Niveau de Matériel Caractéristiques Exemples


complexité

I pièce de machine, objet élémentaire vis, douille, ressort,


élément fabriqué sans opération de rondelle, pignon
montage

II organe, système simple obtenu par boîte à vitesses,


sous-ensemble l’assemblage de pièces; assu- moteur hydraulique,
me des fonctions complexes étau

III machine, système formé par rectifieuse,


appareil, l’assemblage de sous- voiture,
instrument ensembles; remplit machine à écrire
une fonction globale

IV installation, système compliqué remplis- minoterie,


juxtaposition sant une série raffinerie
de machines de fonctions; composé de ma-
chines
Chapitre 1 Page 7 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

INTRODUCTION 7

Hubert Reeves [1.14] énonce dans sa cosmologie le principe de complexité crois-


sante. En technique aussi, et la mécanique n’y échappe pas, on observe une évolution
vers des systèmes de plus en plus compliqués. Jahn avait déjà mis ce phénomène en
évidence dans son étude de l’évolution des locomotives à vapeur [1.15]. Nous nous
demandons si les machines ne sont pas aujourd’hui trop bourrées de gadgets présen-
tant surtout un intérêt publicitaire, mais en définitive plus nuisibles qu’utiles. En effet,
ils augmentent le prix d’achat et le coût de l’entretien, mais diminuent souvent la fia-
bilité des machines. Nous pensons qu’elles gagneraient beaucoup à être simplifiées,
surtout celles qui s’exportent vers des pays non industrialisés où existe peu de main-
d’œuvre qualifiée.

1.7 PERFORMANCES

Les performances principales de toute machine sont sa vitesse, l’effort qu’elle


peut exercer et sa puissance fournie au récepteur. Représentons ces caractéristiques
dans un plan effort-vitesse (fig. 1.4). Un point A de ce plan correspond à l’effort et à la
vitesse disponibles à l’outil de la machine en question, l’aire du rectangle construit
entre ce point et les axes représente la puissance fournie au récepteur car la puissance
est égale au produit scalaire de la vitesse par l’effort. Ce plan permet de situer le
domaine de travail des machines selon leurs caractéristiques dominantes (fig. 1.5):
• Domaine 1. Machines exerçant surtout un effort: presses, cisailles, engins de
levage. L’axe d’effort correspond aux efforts statiques purs.
• Domaine 2. Machines fournissant de l’énergie: moteurs, compresseurs, véhi-
cules.
• Domaine 3. Machines dont l’essentiel est le mouvement: machines à emballer,
rotatives d’imprimerie, machines à tisser. L’axe de vitesse est celui des machi-
nes à information pure.

effort

effort
1
puissance 2
A

0 vitesse 0 vitesse
Fig. 1.4 Plan effort-vitesse. Fig. 1.5 Domaines de travail des outils.

On s’efforce de construire des machines toujours plus fortes, plus rapides et plus
puissantes. Cela revient à placer le point figuratif le plus loin possible de l’origine du
Chapitre 1 Page 8 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

8 CONCEPTION DES MACHINES

plan effort-vitesse. Mais divers phénomènes physiques fixent des limites à la position
de ce point et définissent un domaine de travail possible.
Il existe naturellement encore de nombreuses autres caractéristiques pour appré-
cier les performances d’une machine, notamment:
• la précision d’exécution du travail;
• la durée du démarrage;
• la longévité;
• l’impact sur l’environnement (bruit, pollution, vibrations);
• la consommation d’énergie;
• la sécurité;
• la fiabilité.

Globalement, selon ISO, la qualité est l’ensemble des propriétés et caractéris-


tiques d’un produit ou d’un service qui lui confère l’aptitude à satisfaire des besoins
exprimés ou implicites. Mais, du point de vue de l’exploitant, il importe surtout qu’une
machine soit performante, fiable et économique. La fiabilité est étroitement liée à la
conception et à la qualité de l’exécution. Plus une machine est simple, plus elle est fia-
ble et bon marché à la construction et à l’exploitation. On s’efforcera d’obtenir la plus
haute valeur de l’indice de qualité suivant:

performance × fiabilité
IQ = (1.1)
coût

Le coût comprend les frais d’investissement, d’exploitation et d’entretien.


Les fonctions et les performances sont habituellement définies et fixées par l’uti-
lisateur. Le concepteur doit s’en tenir strictement au cahier des charges et ne pas aller,
dans son enthousiasme, au-delà des fonctions exigées.
Confronté au défi d’une construction nouvelle, on est souvent dérouté par le foi-
sonnement des solutions. De nombreux auteurs ont voulu ordonner la pensée en
développant une méthodologie de la conception visant à développer la créativité et à
trouver des solutions qui satisfassent au mieux le cahier des charges. Nous renvoyons
le lecteur, par exemple, à [1.16, 1.17, 1.18, 1.19].
Signalons que le succès industriel dépend aujourd’hui souvent plus de la rapidité
d’étude et d’exécution que des qualités techniques des machines.

1.8 CONVENTIONS

On généralisera l’étude des mécanismes et diminuera le nombre des équations à


écrire à l’aide des conventions suivantes:
Q = effort (force, moment ou couple)
q = mouvement (translation ou rotation)
I = inertie (masse ou moment d’inertie)

Toute équation écrite avec ces symboles peut s’appliquer à un élément en trans-
lation ou en rotation en remplaçant les symboles généraux par les symboles usuels
selon le tableau 1.6. On appliquera les équations générales à des mouvements parti-
culiers sans explication spéciale.
Chapitre 1 Page 9 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

INTRODUCTION 9

Tableau 1.6 Grandeurs généralisées.

Généralité Translation Rotation

Effort Q force F moment, couple M

Mouvement q translation s, x rotation

Vitesse q« s«, x,
« v = ˙
Accélération q«« «s,
« x,
«« v« ˙ = ˙˙
Inertie I masse m moment d’inertie J

Les symboles en caractères gras désignent des vecteurs. Ces caractères sont uti-
lisés aussi dans les figures si le texte qu’elles illustrent est en notation vectorielle.
Le module x de grandeurs vectorielles x est noté simplement x afin d’alléger
l’écriture.
Le point d’application d’une force se trouve en principe à l’origine de son vecteur
représentatif. Mais il se trouve aussi souvent à la pointe de la flèche pour faciliter la
lecture des dessins.
Nous appelons moment quadratique de surface, ou simplement moment quadra-
tique, la grandeur désignée habituellement moment d’inertie qui intervient dans la
mécanique des solides. Cela évite toute ambiguité avec le véritable moment d’inertie
de la dynamique.
La sommation d’une suite de n éléments Ai s’écrit

n
A = ∑ Ai
i=1

Lorsqu’aucune confusion n’est possible, nous écrivons, pour alléger l’écriture,

n
A = ∑ Ai
1

y
z

(a) x (b) x

Fig. 1.7 Désignation des ordonnées: (a) une seule courbe; (b) plus d’une courbe.
Chapitre 1 Page 10 Lundi, 6. f vrier 2006 1:11 13

10 CONCEPTION DES MACHINES

Lorsqu’un graphe contient une seule courbe, on indique le symbole de la fonction


sur l’ordonnée (fig. 1.7a). S’il représente plusieurs fonctions, on désigne seulement les
courbes sans répétition sur l’axe de l’ordonnée (fig. 1.7b).
Une courbe partage souvent un diagramme en deux domaines, l’un utilisable,
l’autre impraticable ou dangereux. Le domaine inutilisable est indiqué par des
hachures (fig. 1.8), on y inscrit souvent le phénomène à craindre.

Q
surchauffe

domaine utilisable

rupture

0
q̇ max
Fig. 1.8 Exemple de diagramme avec indication des domaines dangereux.

Des indications telles que celles portées dans la figure 1.9 signifient que la courbe
effectue une translation vers le haut lorsque le paramètre a augmente ou qu’elle se
déplace vers la droite lorsque la valeur du paramètre b diminue.

y
a

0 x

Fig. 1.9 Indication de l’influence de paramètres dans un graphe.

Un ouvrage comme celui-ci ne se lit habituellement pas de manière cursive. Nous


concevons qu’un lecteur s’intéresse seulement à l’un ou à l’autre des chapitres selon
ses besoins momentanés. C’est pourquoi, pour faciliter la compréhension, nous fai-
sons de fréquents renvois aux passages du livre qui traitent les notions nécessaires.
Chapitre 2 Page 11 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

CHAPITRE 2

FROTTEMENT

2.1 INTRODUCTION

Le mot tribologie vient du grec tribos qui signifie frottement. La tribologie est
une science extrêmement complexe, qui englobe la mécanique des surfaces, l’étude du
frottement et de l’usure ainsi que la lubrification. Elle fait appel à la chimie, la science
des matériaux et la physique moléculaire et revêt une importance économique
immense quand on songe aux énormes pertes provoquées par l’usure des machines et
par le coût de l’énergie dissipée par le frottement.
Le développement de la tribologie repose surtout sur l’expérience. Il existe de
nombreux modèles pour tenter d’expliquer les phénomènes, aucun n’est assez général
pour une théorie unique. Des théories concurrentes se succèdent au fil des recherches
dans ce domaine en évolution rapide. On se contentera de décrire les phénomènes,
dans la perspective actuelle, pour permettre au lecteur de comprendre la suite de
l’ouvrage. Les développements théoriques figurent dans les ouvrages de tribologie,
par exemple [2.1 à 2.6].
On appelle couple tribologique l’ensemble formé par deux solides qui glissent et
frottent l’un contre l’autre. Sauf dans le vide, il existe toujours une troisième substance
interposée entre les surfaces, ne serait-ce qu’une couche d’oxyde. Ces trois corps bai-
gnent dans le milieu ambiant avec lequel ils réagissent. Le tout constitue un système
tribologique. Le choix des matériaux en contact mobile, leur traitement de surface, le
choix des méthodes de lubrification et des lubrifiants constituent l’étude tribologique
d’un mécanisme.
Le frottement transmet une force tangentielle à la surface de contact entre deux
solides serrés l’un contre l’autre. Dans un premier temps, les solides restent en
immobilité relative; au delà d’une certaine intensité de la force, ils glissent. Le glisse-
ment dissipe de l’énergie et use les surfaces. Selon les applications, on cherche à ob-
tenir:
• usure et frottement minimaux dans les paliers, engrenages, cames, glissières;
• usure minimale et frottement maximal dans les freins, embrayages, roues;
• usure maximale par les meules et les limes.

La lubrification a pour but de diminuer l’usure et le frottement, elle consiste à


interposer un fluide ou une poudre entre les solides.
Ce chapitre sert de base à l’étude de l’usure au chapitre 3, il est structuré comme suit:
• Section 2.2 Description du contact des surfaces.
• Section 2.3 Origine du frottement sec, frottement au repos et avec glisse-
ment.
Chapitre 2 Page 12 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

12 CONCEPTION DES MACHINES

• Section 2.4 Principes de lubrification et choix des paliers.


• Section 2.5 Comportement du coefficient de frottement dans la pratique, en
particulier à très basse vitesse.
• Section 2.6 Maîtrise du frottement.
• Section 2.7 Conclusions principales.

Remarque
Le rapport de la force de frottement à la force normale d’appui de deux solides est
une grandeur adimensionnelle qu’on devrait en toute rigueur appeler facteur de frot-
tement. Mais, vu l’usage, on continuera d’utiliser le terme de coefficient de frottement.

2.2 CONTACT DE SURFACES

2.2.1 Structure d’une surface usinée


La surface d’un solide le sépare du milieu ambiant. Elle est caractérisée par sa
structure physico-chimique et par sa géométrie.
Une surface usinée est une zone complexe qui recouvre la masse du solide
comme une peau. Ses propriétés, différentes de celles du corps du solide, jouent un
rôle fondamental dans le comportement tribologique d’un couple cinématique. On dis-
tingue trois couches formant la surface d’une pièce métallique usinée (fig. 2.1).

poussière

couche adsorbée, oxyde


couche de Bielby

inclusions
couche écrouie

matériau de base

Fig. 2.1 Schéma de la surface d’un solide.

En profondeur, une couche de métal est écrouie par les opérations de fabrication
de la pièce, que ce soit par formage (forgeage, filage, galetage) ou par enlèvement de
copeaux (tournage, fraisage, brochage). La structure cristalline du métal de base y est
fortement déformée, elle contient les mêmes défauts et inclusions que ce métal. La
couche est le siège de contraintes résiduelles de compression.
Sur la couche écrouie existe souvent une couche métallique amorphe, ou de cris-
taux finement concassés, appelée couche de Bielby. Elle est produite par la fusion du
métal puis son autotrempage par la masse froide voisine lors des opérations de finition
telles que rectification et polissage. Cette couche, épaisse de quelques dizaines d’ang-
ströms, bouche les inégalités de surface.
Chapitre 2 Page 13 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 13

Les atomes à la surface extérieure possèdent des valences non saturées créant
ainsi un champ de forces électrostatiques qui peut s’exercer à plusieurs angströms de
la surface. Les gaz ou les liquides ambiants sont adsorbés et peuvent réagir avec le
métal pour former des oxydes ou y diffuser. L’adsorption d’huile ou de graisse joue un
rôle important en lubrification. La couche adsorbée est très tenace, elle isole le métal
de base de tout contact direct. La surface est encore contaminée par des particules de
poussière et un film moléculaire de substance environnante.
On sait que les cotes dimensionnelles des pièces sont sujettes à tolérances, mais
les surfaces proprement dites sont aussi affectées par des irrégularités qui jouent un
grand rôle dans le fonctionnement des mécanismes. On a classé les irrégularités selon
l’échelle qu’il faut choisir pour les observer (fig. 2.2).

Erreurs de forme
1er ordre: erreur de forme
2e ordre: ondulations

Rugosité
3e ordre: stries
4e ordre: aspérités

5e ordre: structure du grain ne peut pas être représenté

Matériau
6e ordre: structure cristalline

Fig. 2.2 Classification des anomalies de surfaces techniques.

Les erreurs de forme ou erreurs macrogéométriques, dites de premier ordre, pro-


viennent des déformations de la pièce et de la machine-outil lors de l’usinage. Les irré-
gularités du deuxième ordre consistent en ondulations régulières engendrées par des
vibrations de la pièce ou de la machine-outil; les ondulations sont apparentes à l’œil nu.
A plus petite échelle, visible seulement à la loupe ou au microscope, on rencontre
la rugosité. Elle résulte de stries formées par l’avance progressive de l’outil (tournage,
rabotage) et d’aspérités se formant lors de l’arrachage de la matière par les outils. Au-
delà, on trouve encore la structure du grain des métaux.
Une surface réelle résulte de la superposition de la rugosité et des erreurs de
forme (fig. 2.3). Il faut aussi considérer la répartition des défauts sur la surface. On
observe des structures régulièrement striées (se formant par exemple au tournage)
(fig. 2.4a). Parfois l’orientation des stries est moins nette (fig. 2.4b), on le voit sur des
surfaces meulées. Enfin, la surface peut être totalement irrégulière, comme sur des piè-
ces obtenues par électroérosion (fig. 2.4c). Une surface apparaît donc en réalité
comme une succession de collines et de dépressions plus ou moins profondes.
Il faut être conscient que les aspérités sont toujours représentées avec une hauteur
fortement exagérée afin de pouvoir les mettre en évidence. Leur hauteur est en réalité
20 à 100 fois plus petite qu’on ne la dessine.
Chapitre 2 Page 14 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

14 CONCEPTION DES MACHINES

Surface idéale
Erreur de forme de référence

Rugosités Surface réelle

Fig. 2.3 Surface réelle.

(a) (b) (c)

Fig. 2.4 Structure de surfaces: (a) stries régulières; (b) stries orientées; (c) aspérités irrégulières.

Vu son importance fonctionnelle, on exprime la rugosité par des grandeurs nor-


malisées [2.7, 2.8]:
• profondeur maximale de rugosité Rt ( Rh ),
• profondeur d’aplatissement Rp ,
• rugosité moyenne Ra ,
• rugosité quadratique moyenne (RMS) Rq .

Les rugosimètres mesurent la profondeur des dépressions à l’aide d’un palpeur


(stylet) qui glisse sur la surface en parcourant une certaine distance normalisée. Un
traitement mathématique convenable calcule les rugosités.
Les normes caractérisent la qualité de l’état de surface par le symbole N suivi
d’un numéro de 1 à 12 qui augmente avec la rugosité. Grace aux progrès réalisés dans
les machines-outils, la qualité des surfaces usinées s’est améliorée. On estime qu’on a
gagné une classe de qualité par rapport à ce qui s’obtenait dans les années 1970-80. On
peut souvent utiliser maintenant une pièce tournée sans devoir encore la rectifier.
On a développé une nouvelle description topologique des surfaces par les frac-
tales [2.2]. Elle offre l’avantage d’être indépendante de la distance parcourue par le
stylet mesurant la rugosité.

2.2.2 Contacts ponctuels ou linéiques


Deux solides non conformes se touchent apparemment en un point, ou selon une
ligne de contact. Si une force N est transmise de l’un à l’autre, on dit que la charge de
contact est ponctuelle dans le premier cas (fig. 2.5), linéique dans le second (fig. 2.6).
La charge de contact se répartit le long de la ligne de contact. Désignons par q la
charge linéique répartie le long d’une ligne de contact de longueur l ; on a

l
N = ∫ q (s) ds (2.1)
0
Chapitre 2 Page 15 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 15

2 N 2 q

P
1 1 0

Fig. 2.5 Contact ponctuel. Fig. 2.6 Contact linéique.

La distribution q (s) dépend des déformations locales (§ 6.4.3).


L’aire de contact étant A, la pression de contact est à première vue

N
p = lim = ∞ (2.2)
A→ 0 A

résultat évidemment absurde. En réalité, les solides se déforment au voisinage du con-


tact de manière à former une surface d’aire finie (fig. 2.7).

N N

2 2
2a

A
1 1 A

Fig. 2.7 Aire de contact d’une bille sur un plan.

Le contact de surfaces non conformes a été étudié, entre autres, par le physicien
Heinrich Hertz, c’est pourquoi on l’appelle aussi contact hertzien. Il a montré que la
pression est répartie selon un ellipsoïde tant que la déformation est élastique (fig. 2.8);
la pression la plus élevée régnant au centre de la surface de contact est appelée pres-
sion hertzienne. Cette pression p0 caractérise l’intensité de la pression dans un contact
ponctuel ou linéique.
Les matériaux des solides (1) et (2) ont les caractéristiques suivantes:
• E1 , E2 modules d’élasticité
• µ1 , µ 2 coefficients de Poisson

On pose, pour alléger l’écriture, le module d’élasticité réduit:


Chapitre 2 Page 16 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

16 CONCEPTION DES MACHINES

±1
 1 ± µ12 1 ± µ 22 
E = 2 + (2.3)
 E1 E2 

On se limite ici aux contacts des surfaces les plus fréquents en construction méca-
nique.

Contact extérieur de deux sphères de rayon r1 et r2


La surface de contact est un cercle de rayon

3
3 N 1
a = (2.4)
2 E 1 + 1
r1 r2

avec la pression hertzienne, au centre du cercle de contact,

3
2
3N 1 1
p0 = = 0, 3644 E2 N  +  (2.5)
2π a 2  r1 r2 

p0 p pression de contact
à la surface
p(r)
τ = 0,135 p0
p0 pression maximale au
centre de l’aire de contact
σ p0 0,8 p0,1 p0
0 r
σz contrainte axiale
τ a dans les sphères
C 0,47a
σr ; σt contraintes principales
0,31 p0 σr = σt
σz τ contrainte de cisaillement
1,0a
C point avec cisaillement
maximum

Fig. 2.8 Distribution des contraintes au contact de deux sphères.

Le matériau situé sous la surface de contact est comprimé. La contrainte σ z nor-


male à la surface et la contrainte σ r parallèle à la surface s’évanouissent en pro-
fondeur. La contrainte de cisaillement maximale se trouve sous la surface de contact,
à une profondeur c = 0, 47 a dans le cas du contact de corps sphériques (fig. 2.9a),
où a est le rayon du cercle de contact. Lorsque la charge croît, les déformations et les
Chapitre 2 Page 17 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 17

contraintes augmentent. Au-delà d’une certaine charge, le métal sous la surface entre
en état plastique autour du point le plus sollicité (fig. 2.9b). Le volume plastifié
s’étend ensuite à toute la zone de contact (fig. 2.9c), la pression s’uniformise et
devient approximativement égale à celle qui régnerait si les surfaces étaient planes.

2a p ≈ pe
p0
p0

τmax c
zone plastifiée

(a) (b) (c)

Fig. 2.9 Sollicitation d’un métal en contact hertzien: (a) déformation élastique; (b) début de plastification;
(c) plastification générale.

La pression de contact de déformation plastique est voisine de la dureté mesurée


avec une bille (dureté Brinell HB), car l’empreinte d’une bille dans la surface n’est
possible qu’après plastification complète de la zone de contact.

Contact d’une sphère et d’un plan


Le rayon du plan est infini et celui de la sphère est r. La formule (2.5) donne

3
E2 N
p0 = 0, 3644 (2.6)
r2

Contact extérieur de deux cylindres parallèles de rayon r1 et r2


La surface de contact est un rectangle de longueur l égale à la longueur du cylin-
dre le plus court et de demi-largeur

8 N 1 1
b = (2.7)
π l E 1 + 1
r1 r2

La pression hertzienne sur l’axe du rectangle de contact vaut

1 N 1 1
p0 = E +  (2.8)
2π l  r1 r2 

En cas de contact intérieur, on donne une valeur négative au rayon de la pièce


concave, on voit que la surface de contact est alors plus étendue et la pression plus
Chapitre 2 Page 18 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

18 CONCEPTION DES MACHINES

basse. Mais ces formules ne sont pas valables si la zone de contact s’étend au-delà de
16% du diamètre de la pièce concave. C’est pourquoi il est généralement incorrect de
calculer la pression dans les paliers lisses à l’arrêt par les formules de Hertz. Erhard &
Strickle [2.9] donnent une méthode utilisable dans ce cas.

2.2.3 Contacts surfaciques


Surface de contact nominale
Deux pièces conformes se touchent par une surface géométrique finie (fig. 2.10),
leur contact est dit surfacique. L’aire A contenue dans le contour de contact apparent
est appelée surface de contact nominale ou apparente. La force normale d’appui étant
N, on définit la pression de contact nominale ou apparente

N
p = (2.9)
A

Ce serait la pression de contact qui régnerait entre les surfaces si elles étaient
idéalement lisses et si les pièces étaient indéformables.

A
Ar

Fig. 2.10 Aires de contact.

Surface de contact réelle


Agrandissons fortement la coupe de la surface de contact de deux corps (fig. 2.11).
Même si les surfaces paraissent macrogéométriquement parfaitement polies, elles présentent
chacune des aspérités dont certaines touchent ponctuellement la surface opposée (spots).

2 Ni

contact

Fig. 2.11 Contact de deux surfaces.


Chapitre 2 Page 19 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 19

L’aire de la surface de contact effective des aspérités est appelée surface de contact
réelle Ar . Elle est naturellement plus petite que la surface apparente, c’est pourquoi la
pression de contact réelle pr est beaucoup plus forte que la pression nominale p.

Contact d’une aspérité


Une aspérité progressivement chargée par une force Ni subit tout d’abord une
déformation élastique. En admettant que l’extrémité de l’aspérité soit sphérique, la
théorie de Hertz montre que l’aire de contact effective est proportionnelle à Ni2/3 . Le
matériau subit ensuite une déformation plastique et l’aspérité s’écrase en agrandissant
l’aire de contact. La pression de contact ne peut pas dépasser la pression de plas-
tification pe tant que l’aspérité n’est pas complètement aplatie. La surface de contact
de l’aspérité est alors

Ni
Ari = (2.10)
pe

En état de déformation plastique, l’aire de contact d’une aspérité croît propor-


tionnellement à la charge. La pression de plastification est en relation avec la limite
élastique Re du matériau. Pour les métaux et une aspérité sphérique,

pe ≈ 3Re (2.11)

On notera que, même si la pointe d’une aspérité est déformée plastiquement, la


charge est transmise au corps de la pièce par une zone plus massive où les déforma-
tions restent le plus souvent dans le domaine élastique.

Contact de surfaces
En considérant maintenant l’ensemble de la surface apparente de contact, on
constate qu’à faible charge les pièces ne se touchent que par les aspérités les plus éle-
vées. Les aspérités s’écrasent et les pièces se rapprochent au fur et à mesure que la
charge N augmente. En définitive, la surface comprend des aspérités en état de
déformation élastique et d’autres en état de déformation plastique (fig. 2.12).

aspérité en déformation élastique

2
zone plastifiée

aspérité avec déformation plastique

Fig. 2.12 Surfaces en contact par leurs aspérités.

Des expériences ont prouvé que l’augmentation de la surface de contact réelle


avec la charge est due principalement à l’accroissement du nombre de points de con-
Chapitre 2 Page 20 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

20 CONCEPTION DES MACHINES

tact plutôt qu’à l’agrandissement des aspérités déjà écrasées. Diverses études ont aussi
montré que la surface réelle est approximativement proportionnelle à la charge nor-
male N transmise. On peut donc valablement raisonner comme si toutes les aspérités
en contact se trouvaient en état de sollicitation plastique. Puisque N = Σ Ni , l’aire de
contact réelle vaut finalement

N
Ar = (2.12)
pe

On retiendra que les solides métalliques sont en contact par l’intermédiaire d’un
coussin de matière plastifiée. En exprimant la charge à partir de la pression apparente,
N = Ap, calculons le rapport de la surface de contact réelle à la surface nominale

Ar p
= (2.13)
A pe

On recommande, par exemple, que la pression de contact apparente entre un


moyeu en acier et une clavette soit de l’ordre de 100 N/mm2. Avec une limite élastique
de l’acier Re = 330 N/mm2 et pe = 1000 N/mm2, on a Ar / A = 0,1. Dans le cas
d’un palier lisse présentant localement une pression de 10 bars et dont la limite élasti-
que d’écrasement du coussinet en bronze vaut 130 N/mm2, Ar / A = 0, 0025. Dans le
premier exemple, l’aplatissement des aspérités est très prononcé et un grand nombre
d’entre elles sont en contact, tandis que dans le second, la surface de contact effective
est une petite fraction de l’aire nominale. Les aspérités du coussinet en bronze partici-
pant à la transmission de la charge sont pratiquement toutes en état de déformation
plastique; en revanche, un grand nombre d’aspérités de l’arbre se trouvent en état de
déformation élastique parce que la limite élastique de l’acier est beaucoup plus élevée.
Par conséquent, à charge égale, les déformations sont plus petites pour un métal dur
que pour un métal mou.
En diminuant la charge qui serre les pièces, on constate que les déformations sont
pratiquement irréversibles du fait que l’écrasement plastique des aspérités est
irrécupérable. Si on déplace une pièce par rapport à l’autre avant de remettre en
charge, le contact s’établira par l’intermédiaire d’autres irrégularités de surfaces et de
nouvelles aspérités seront écrasées.
L’aplatissement progressif des ondulations et des aspérités permet le rappro-
chement des pièces. Il peut en résulter le desserrage d’assemblages tels que boulons,
rivets, frettages (§ 7.4.1). Les surfaces métalliques polies, les céramiques et les
polymères sont en contact élastique.

Surface de contact en présence d’une force de cisaillement


Supposons qu’une aspérité chargée par une force normale Ni soit plastifiée (pres-
sion d’écrasement plastique pe ), elle est en contact par une surface d’aire (fig. 2.13a)

Ni
Ari = (2.10)
pe
Chapitre 2 Page 21 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 21

Ni Ni

Ti

(a) Ari (b) Ari T

Fig. 2.13 Aire de contact d’une aspérité: (a) charge normale seule; (b) avec force tangentielle.

L’application d’une force tangentielle Ti provoque une déformation latérale qui


accroît la surface de contact jusqu’à la valeur Ari T (fig. 2.13b). Les sollicitations de la
nouvelle surface de contact sont:
• contrainte de compression

Ni
pri =
Ari T

• contrainte de cisaillement

Ti
τ ri =
Ari T

Selon la théorie de Von Mises pour l’écoulement plastique des matériaux, la plas-
tification intervient lorsqu’une relation de la forme suivante est satisfaite:

pri2 + C τ ri2 = Rlim


2

où C est une constante et Rlim une certaine limite caractéristique du matériau. Si


Ti = 0 , la plastification intervient lorsque pri ≈ pe , donc Rlim = pe et

pri2 + C τ ri2 = pe2 (2.14)

En introduisant l’expression des contraintes, cette équation fournit l’aire de la


surface de contact avec des charges normales et tangentielles

2 2
 Ni   Ti 
Ari T =   + C 
 pe   pe 

En tenant compte de (2.10), on trouve

2
T 
Ari T = Ari 1 + C i  (2.15)
 Ni 
Chapitre 2 Page 22 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

22 CONCEPTION DES MACHINES

La constante C a été déterminée empiriquement; selon les chercheurs, elle est com-
prise entre 12 et 27. On voit que la surface de contact d’une aspérité augmente
lorsqu’elle est sollicitée par une force tangentielle. Par exemple, si Ti / Ni = 0, 2 , on a

Ari T = (1, 22 … 1, 44 ) Ari

L’augmentation de l’aire de contact est sensible; en principe rien ne s’oppose à ce


que les aspérités croissent jusqu’à recouvrir toute l’aire de contact apparente.
Supposons maintenant que la force tangentielle Ti soit forte. Du fait de l’accrois-
sement de l’aire de l’aspérité,

pri2 << C τ ri2

A la limite de cisaillement plastique τ e de l’aspérité, on a par (2.14)

C τ e2 ≈ pe2 (2.16)

La condition de glissement plastique s’écrit alors

pri2 + C τ ri2 = C τ e2 (2.17)

2.2.4 Modélisation des contacts surfaciques


Quoique petites, les aspérités transmettant une charge entre deux corps sont très
nombreuses et distribuées assez régulièrement dans l’interface. Les lignes de forces
s’épanouissent autour des aspérités (fig. 2.14) de sorte qu’on peut admettre, du point
de vue de la transmission de force, que l’ensemble est constitué par la mise en série
des deux corps et des aspérités (fig. 2.15). Accroissons progressivement la charge. Très
vite, les aspérités sont déformées plastiquement tandis que le corps des solides subit
des déformations élastiques. La caractéristique charge-déformation (fig. 2.16) montre
d’abord une forte déformation (coude 1) correspondant à l’écrasement des aspérités,

N1 N2

zone déformée plastiquement

zone déformée élastiquement

Fig. 2.14 Lignes de forces dans une zone de contact.


Chapitre 2 Page 23 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 23

puis le système se comporte pratiquement comme s’il était élastique (branche 2). En
dépit de la déformation plastique des aspérités, ce comportement s’explique par le fait
que le nombre d’aspérités qui participent à la transmission augmente avec la charge.
La déformation résiduelle frés observée en supprimant la charge pendant que les
corps sont encore dans le domaine de proportionnalité correspond à l’écrasement plas-
tique des aspérités.

0 N

f aspérités 2

1
0 f

N– frés

Fig. 2.15 Modèle d’un contact. Fig. 2.16 Relation charge-déformation.

Le système se comporte comme une série de coussins plastiques posés sur un


matelas élastique. Mais après plusieurs cycles, la contribution des aspérités à la
déformation totale est négligeable face à la déformation du corps des solides.
Du point de vue des déformations, on modélise les solides par des ressorts
intercalés entre des blocs infiniment rigides (fig. 2.17a). Les blocs (1© ©) et ( 2©
©) corres-
pondent aux couches superficielles susceptibles de s’user. Les ressorts sont unifor-
mément distribués sur la surface de contact.
Un ressort élémentaire soumis à la pression p (fig. 2.17b) se comprime d’une
quantité f. Sa rigidité surfacique vis-à-vis de la pression est par définition

dp
kp = [ Pa m ] (2.18)
df

0 p
1'
1 1
kp1
1'' f kp
2'' kp
2 kp2 2
2'
(a) (b) (c)

Fig. 2.17 Modèles d’une surface déformable: (a) modèle complet; (b) élément d’une surface; (c) modèle
simplifié du contact.
Chapitre 2 Page 24 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

24 CONCEPTION DES MACHINES

Les rigidités surfaciques des corps en contact sont kp1 , respectivement kp2. On
simplifie le modèle en prévoyant un ressort unique (fig. 2.17c) dont la rigidité surfa-
cique équivalente résultant de la mise en série des deux surfaces vaut (§ 6.3.2)

kp1 kp2
kp = (2.19)
kp1 + kp2

On admettra par la suite que cette rigidité est constante, c’est-à-dire que la
déformation est proportionnelle à la pression. Le cas des contacts ponctuels et linéi-
ques sera examiné au paragraphe 6.4.3.

2.3 FROTTEMENT SEC

2.3.1 Force et coefficient de frottement


Une pièce (2) est appliquée contre une pièce plane (1) par une force N normale au
point de contact (fig. 2.18). L’expérience montre qu’on peut appliquer à la pièce (2)
une force T parallèle à la surface de contact sans qu’elle se mette en mouvement. Il
existe donc une force F– appliquée par le corps (1) à la pièce (2) capable de s’opposer
à T et d’empêcher le mouvement.

N δ

2
F– T

1 N–
0 δ 0 F=T
F0 = T0

Fig. 2.18 Force de frottement. Fig. 2.19 Mouvement de glissement.

En observant le déplacement δ du solide (2) à partir de sa position où T = 0, on


observe d’abord un très petit mouvement qu’on appelle microglissement (§ 2.3.4)
lorsque T croît (fig. 2.19). Pour une certaine valeur T0 = F0 , la pièce se met en
mouvement; en supprimant la force tangentielle T, la pièce ralentit, puis s’arrête.
Ces observations montrent qu’il existe un phénomène dans la surface de contact
des pièces qui s’oppose à leur glissement relatif, c’est le frottement. On peut en don-
ner la définition suivante: le frottement est un phénomène à la surface d’un corps qui
empêche son glissement sur un autre corps (frottement statique) ou qui dissipe de
l’énergie mécanique en cas de glissement (frottement dynamique).
Par définition, le coefficient de frottement µ est le rapport de la composante
tangentielle de frottement, lorsque les pièces glissent, à la composante normale de la
force qui les applique l’une sur l’autre. Dans ce cas on a:
Chapitre 2 Page 25 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 25

R N
ρ

F–
T

ρ
N– R–

Fig. 2.20 Angle de frottement.

F
µ = (2.20)
N

La figure 2.20 représente la pièce (2) isolée. A l’équilibre statique:


• la réaction normale de la pièce (1) est égale et opposée à l’action de (2),
N± = ± N;
• la force de frottement est égale et opposée à la force tangentielle exercée sur
(2), F –= ± T ;
• la réaction résultante de la pièce (1) est égale et opposée à l’action de (2):
R ± = ± R.

L’angle de frottement indique l’inclinaison de la résultante par rapport à la nor-


male à la surface (fig. 2.20). Il vaut

T F
ρ = arctan = arctan (2.21)
N N

Avec (2.20), on a la relation

ρ = arctan µ (2.22)
ou
µ = tan ρ (2.23)

2.3.2 Frottement de glissement


Mécanismes de frottement
On discerne plusieurs phénomènes susceptibles de s’opposer au glissement et de
dissiper de l’énergie.

Adhérence
On observe que deux matériaux dont les surfaces sont absolument pures adhè-
rent l’un à l’autre dans le vide ; il faut une certaine force de traction pour les séparer.
Chapitre 2 Page 26 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

26 CONCEPTION DES MACHINES

Il existe des liaisons appelées jonctions. L’adhérence des métaux s’explique par la
présence d’électrons libres à leur surface qui forment des filiations cristallines (jonc-
tions cohésives) ou qui maintiennent les surfaces par des forces électrostatiques
(jonctions adhésives). Les métaux chimiquement très actifs, comme l’aluminium,
adhèrent facilement entre eux mais aussi sur les polymères et sur les céramiques.
L’adhérence est favorisée par le contact très intime qui existe entre les métaux lors-
que les aspérités sont écrasées plastiquement. En séparant un métal dur initialement
pressé contre un métal mou (indium, plomb, or), on constate que des particules de ce
dernier sont arrachées et adhèrent à la surface du premier. Il y a transfert du métal
mou sur le métal dur.
L’adhérence ne se manifeste habituellement pas, il n’est pas nécessaire d’exercer
une traction pour séparer deux solides qui ont été pressés modérement l’un contre
l’autre, car:
• Johnson a démontré [2.10] que les jonctions en état de déformation élastique se
séparent spontanément lorsque la charge normale diminue; seules les jonctions
plastiques peuvent rester liées.
• Les surfaces sont toujours polluées par des oxydes, de la vapeur d’eau adsor-
bée, par des résidus d’outil et d’huile de coupe. Cette contamination empê-
che l’adhérence de sorte que ce phénomène ne se produit pas dans
l’atmosphère ; en revanche, on l’observe dans le vide, lorsque le métal est
tendre et plastifié.

Calculons la valeur de la force nécessaire pour provoquer le glissement d’une


aspérité pressée contre une surface. On admet que l’aspérité est en état de déformation
plastique et que les corps sont séparés par un film dont la résistance au cisaillement est
τ f . La force tangentielle accroît l’aire de contact de l’aspérité (§ 2.2.3). Si cette force
est grande, on applique l’équation (2.17) en remarquant que la contrainte de cisaille-
ment dans l’aspérité ne peut pas excéder le cisaillement du film. On a

pri2 + C τ f2 = C τ e2

Cette équation fournit la pression de contact

pri = (
C τ e2 − τ f2 )
Avec la surface de contact Ari T en présence d’une force tangentielle, on a la
charge normale transmise par l’aspérité

Ni = pri Ari T

et la force de cisaillement du film intermédiaire

Ti = τ f Ari T

Le coefficient de frottement vaut par définition


Chapitre 2 Page 27 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 27

Ti τ 1
µ = = f = (2.24)
Ni pri C ( τ e2 τ f2 − 1 )
S’il n’y a pas de film polluant, on peut faire τ f = τ e et alors µ = ∞. Ce
résultat s’explique par la croissance de l’aspérité qui atteint formellement la taille de la
surface apparente de contact. On mesure effectivement dans le vide des valeurs de
coefficient de frottement pouvant atteindre 5.
Dans le cas où le film séparateur est peu résistant par rapport à l’aspérité, τ e >> τ f et

τf
µ ≈
τe C

Compte tenu de (2.16), on trouve

τf
µ ≈ (2.25)
pe

Ce résultat a été démontré par Bowden et Tabor [2.11]. Il est intéressant parce qu’il
exprime le coefficient de frottement d’adhérence à partir de caractéristiques mécaniques
des matériaux. La formule (2.25) suggère de diminuer le frottement en interposant entre
les surfaces un film peu résistant au cisaillement. C’est le principe de la lubrification.
On peut aussi aborder l’étude de la résistance des jonctions par le biais de la
mécanique de la rupture.

Labourage
Une aspérité dure chargée par une force normale s’enfonce dans une surface ten-
dre (fig. 2.21a). L’application d’une force tangentielle repousse la matière tendre de
sorte que l’aspérité ne porte que sur le flanc opposé à la force (fig. 2.21b). L’équilibre
statique vertical n’est alors possible que si l’aspérité s’enfonce un peu plus profondé-
ment. Au début du glissement, la matière de la base est repoussée et forme devant
l’aspérité le bourrelet frontal (fig. 2.21c), l’aspérité remonte au-dessus de sa position
initiale. Le volume de matière déformée est plus petit qu’au second stade, de sorte que
la force nécessaire pour entretenir le mouvement diminue.

Fl diminue N
N
Fl N

émergence

enfoncement
(a) (b) (c)

Fig. 2.21 Début du labourage d’une surface tendre par une aspérité dure: (a) enfoncement statique;
(b) premier mouvement par une force tangentielle; (c) émergence au début du glissement.
Chapitre 2 Page 28 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

28 CONCEPTION DES MACHINES

Le corps portant l’aspérité s’éloigne de l’autre au début du glissement et le nom-


bre d’aspérités en contact diminue. Le contact s’opère par les aspérités les plus grosses
qui labourent la surface tendre en creusant de larges sillons (fig. 2.22), des petits mor-
ceaux sont arrachés à la surface.

surface tendre υ
Fl

2
sillon bourrelet

1
Ar
Al sillons débris

Fig. 2.22 Sillon de labourage et bourrelet frontal. Fig. 2.23 Labourage par des débris d’usure.

Après une certaine distance de glissement, des débris d’usure enfermés entre les
corps s’incrustent dans la surface la plus tendre (fig. 2.23). Ces débris sont souvent très
durs parce qu’ils sont formés de matière fortement écrouie et parfois autotrempée si
c’est de l’acier. Ils agissent comme de grosses aspérités et raient la surface opposée.
Le coefficient de frottement de labourage dépend du rapport de la résistance au cisaille-
ment de la surface rayée à sa dureté et de l’inclinaison des flancs des aspérités.

Interaction d’aspérités
Lorsque deux surfaces rugueuses se font face, les aspérités d’une surface se trou-
vent dans des dépressions de l’autre surface, les aspérités sont enchevêtrées (fig. 2.24).
Lors du glissement, l’aspérité (1) va heurter l’aspérité (2). Selon leur section et la
résistance de leur matériaux, l’une ou l’autre peut se rompre ou l’aspérité la plus ten-
dre se déforme plastiquement pour laisser passer l’autre. Dans ce dernier cas, il faut
une force tangentielle pour déformer les aspérités et pour vaincre la force d’adhérence
à leur surface de contact.

υ υ υ

1 2

débris
(a) (b) (c)

Fig. 2.24 Interaction d’aspérités: (a) interférence; (b) rupture fragile; (c) arasage plastique.

Autres causes de frottement


Il existe encore des phénomènes dissipateurs d’énergie qui nécessitent une force
tangentielle pour entretenir le mouvement, mais leur effet est mineur. Ce sont:
• la dissipation d’énergie lors de la sollicitation viscoélastique fugace des maté-
riaux (§ 4.3.1);
Chapitre 2 Page 29 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 29

• l’énergie acoustique du bruit produit au frottement;


• l’énergie de fissuration des matériaux par la fatigue.

Cisaillement de la couche intermédiaire


Les substances et les corps étrangers qui polluent les surfaces sont en couche très
mince, de l’ordre du nanomètre. A cette échelle, même les propriétés des liquides
s’écartent sensiblement des valeurs mesurées habituellement. La viscosité croît consi-
dérablement et les molécules organiques tendent à s’organiser en réseaux réguliers
comme la structure des solides. En outre, l’intensité du cisaillement est très élevée à
cause de la petite distance entre les corps en glissement. Israelachvili a mesuré les for-
ces de cisaillement de la couche intermédiaire [2.12].
Après un certain parcours, des débris d’usure détachés des deux corps restent
emprisonnés entre les surfaces et forment une couche séparatrice appelée troisième
corps. Il existe trois mécanismes permettant le glissement:
• le glissement sur l’une ou l’autre des surfaces;
• le cisaillement du troisième corps;
• des ruptures à l’intérieur des corps.

Ces phénomènes peuvent se succéder ou coexister.

Force de frottement résultante


La force de frottement globale résulte de l’addition de toutes les forces décrites
ci-dessus qui s’opposent au glissement, soit

F = Fadhérence + Flabourage + Fdéformation + … (2.26)

Conclusions
Des mesures et l’évaluation théorique conduisent aux conclusions suivantes:
• Le frottement par adhérence se manifeste dans le vide, mais ne joue prati-
quement pas de rôle dans l’air.
• Après démarrage du glissement de deux corps propres, le labourage des sur-
faces par des aspérités et d’autres phénomènes arrachent des petits morceaux
de matière qui restent emprisonnés entre les surfaces.
• L’accumulation de débris d’usure entre les corps finit par constituer une cou-
che intermédiaire, le troisième corps, dont le cisaillement ou le glissement pro-
voque la plus grosse part du frottement sec.
• Selon Johnson [2.10], le cisaillement de la couche intermédiaire est la princi-
pale source de frottement, le labourage et l’interaction des aspérités jouent un
rôle plus petit. Mais Nam [2.3] attribue une plus grande importance à ces der-
niers phénomènes.

2.3.3 Lois du frottement


Il est utile de connaître les mécanismes du frottement pour comprendre les pro-
cessus de l’usure et savoir comment les influencer. Mais le praticien veut surtout cal-
culer la valeur des forces de frottement qui interviennent dans le fonctionnement des
machines. L’expérience conduit à formuler les lois de frottement suivantes:
• la force de frottement est proportionnelle à la force normale de contact;
Chapitre 2 Page 30 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

30 CONCEPTION DES MACHINES

• la force de frottement entre des surfaces planes est indépendante de l’aire de la


surface de contact nominale (apparente);
• la force de frottement sur un solide est opposée à sa vitesse de glissement sur
l’autre solide frottant lorsque les surfaces sont isotropes (fig. 5.19).

Ces lois s’expriment par la relation fondamentale, dite de Coulomb,

F = µN (2.27)

La valeur du coefficient de frottement µ se détermine empiriquement. On verra


plus loin les paramètres qui l’influencent (sect. 2.5).
Les surfaces revêtues d’une couche de métal tendre, celles qui sont séparées par
un lubrifiant solide et certains polymères présentent un coefficient de frottement qui
diminue lorsque la pression apparente augmente jusqu’à une pression au-delà de
laquelle il reste constant (§ 2.4.7). Dans ces cas, la première et la seconde loi ne sont
pas valables.

2.3.4 Mise en mouvement


Des pièces serrées sont souvent sollicitées par une force tangentielle insuffi-
sante pour les faire glisser. Cette situation se rencontre en particulier lorsque le
frottement est mis à profit pour empêcher le mouvement relatif, par exemple dans
les assemblages boulonnés ou rivés, les moyeux frettés sur les arbres, les embraya-
ges. On se propose d’étudier le comportement de l’ensemble lorsque la force tan-
gentielle croît progressivement.

N
p0
p(x)

T
x
F c c

b b

'' ' = µ p(x)


'

x
0

glissement collage glissement

Fig. 2.25 Distribution de la contrainte de cisaillement au contact d’un cylindre et d’un plan.
Chapitre 2 Page 31 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 31

Glissement d’une aspérité


Considérons la surface de contact d’un cylindre, représentant une aspérité,
appliqué par une force N sur un plan (fig. 2.25). Mindlin [2.13] a démontré qu’en
appliquant une force tangentielle T au cylindre, apparaissent deux zones de glissement
situées au bord de la surface de contact. Dans la partie centrale, en revanche, les sur-
faces restent immobiles, on dit qu’elles sont collées (contact collant). Dans les zones
de glissement, le cisaillement de contact est proportionnel à la pression de contact; en
vertu de la loi de Coulomb (2.27), il vaut τ ′ = µ p. Le cisaillement dans la zone col-
lante est τ ′′ < µ p, il est plus petit au centre de la surface de contact et croît lorsqu’on
s’éloigne du centre jusqu’à atteindre le cisaillement de glissement. Soit l la longueur
de la zone de contact du cylindre et ± c l’abscisse des points situés à la limite de glis-
sement, la force de frottement vaut

c b

∫ ∫
F = 2 l τ ′′ dx + 2 l µ p ( x ) dx (2.28)
0 c

La première intégrale représente la force transmise dans la zone collée, la


seconde est la force transmise dans les zones de glissement.
Lorsque la sollicitation T augmente, on constate que la largeur de la zone collée
diminue jusqu’à ce que finalement le glissement s’installe sur toute la surface de con-
tact. Alors c = 0 et l’expression ci-dessus devient simplement


F = 2 l µ p ( x ) dx = µ N (2.29)
0

Le cylindre glisse maintenant sur le plan en opposant la force de frottement µ N.


Des travaux expérimentaux ont révélé certains désaccords avec cette théorie. Une
théorie élasto-plastique plus précise [2.14] montre qu’il existe une zone de transition
plastique entre les zones collées et de glissement.
Le glissement d’aspérités en état de déformation plastique s’opère comme décrit
au paragraphe 2.3.2 à propos du labourage.

Mise en mouvement de deux corps en contact


Deux corps se touchent par leurs aspérités de rugosité. Certaines sont en état de
déformation élastique, d’autres en état de déformation plastique. Les aspérités en con-
tact se comportent comme nous venons de le voir ci-dessus, celles qui sont le moins
chargées glissent les premières, les autres un peu plus tard.
En outre, les corps eux-mêmes subissent des déformations tangentielles
élastiques; les aspérités situées au voisinage du point d’application de la force tangen-
tielle glissent avant celles qui en sont plus éloignées. Il existe là aussi des zones de
glissement et des zones collantes.
En mesurant le déplacement δ d’une pièce en fonction de la force tangentielle T,
on observe tout d’abord (fig. 2.26) une relation linéaire. Au-delà du coude A, la courbe
s’aplatit parce que la plupart des microglissements ont lieu avec des déformations
Chapitre 2 Page 32 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

32 CONCEPTION DES MACHINES

T
B
Tmax
A

kg

δ
0
microglissement glissement

Fig. 2.26 Relation entre force tangentielle et déplacement.

plastiques. A la fin de tous les microglissements locaux (point B) débute le glissement


généralisé macroscopique. Le corps se met progressivement en mouvement au fur et à
mesure que l’intensité de la sollicitation tangentielle augmente.
Sollicitons une pièce par une force insuffisante pour la faire glisser complètement,
le mouvement est représenté par la courbe (1) de la figure 2.27. Après suppression de la
force, la pièce revient en arrière, mais ne reprend pas exactement sa position de départ
courbe (2); il subsiste un petit déplacement (point S) parce que les glissements plasti-
ques sont irréversibles et que les aspérités qui ont glissé ne peuvent pas reprendre leur
position initiale. Le déplacement suit la courbe (3) lorsque la force croît de nouveau.

T
P

3 2

0 S δ

Fig. 2.27 Application et suppression d’une force tangentielle.

Suite à ses propres mesures, Dahl [2.15] propose de représenter le processus de


démarrage par un modèle élastique. Le glissement élastique s’exprime par

T
δ = (2.30)
kg

où kg est la rigidité tangentielle de glissement. Le glissement macroscopique débute


lorsque le mouvement dépasse 5 à 8 µm .
Chapitre 2 Page 33 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 33

T
T

0 δ

–T

Fig. 2.28 Boucle d’hystérésis lors d’une sollicitation alternée.

L’application d’une force alternée provoque une boucle d’hystérésis complète


(fig. 2.28) qui dissipe de l’énergie. C’est pourquoi les assemblages rivés ou boulonnés
concourent à amortir les vibrations.

2.3.5 Frottement des polymères


Les mécanismes de frottement des polymères et des composites sont en principe
analogues à ceux décrits au paragraphe 2.3.2. Mais les propriétés viscoélastiques-plas-
tiques des polymères et leur température de ramollissement relativement basse modi-
fient leur comportement. Leur surface de frottement chauffe plus vite que celle d’un
métal à cause de leur mauvaise conductivité thermique, ils peuvent alors fondre et le
film liquide agit comme un lubrifiant qui abaisse massivement le coefficient de frotte-
ment. En contrepartie, l’usure est très forte.
Le PTFE (polytétrafluoréthylène) adhère fortement aux surfaces métalliques en
formant un film de transfert, d’autres polymères déposent des flocons sur le métal. Ces
matériaux frottent ensuite pratiquement sur eux-mêmes. Quand deux polymères glis-
sent l’un sur l’autre, celui qui a la plus faible cohésion se dépose sur l’autre. Pour plus
de détails, voir [2.2].
Le coefficient de frottement de nombreux polymères diminue lorsque la pression
de contact augmente parce que leur module d’élasticité est bas et que les déformations
de contact sont essentiellement élastiques; voir [2.3].

2.3.6 Frottement des céramiques


Les céramiques ont un comportement essentiellement fragile, par conséquent le
contact des aspérités entre deux surfaces en céramique est élastique. Ces aspérités ne
s’élargissent pas plastiquement comme c’est le cas des métaux, sauf à haute tempéra-
ture. Alors, malgré l’existence de forces adhésives, le coefficient de frottement
n’excède pas 0,9, même dans le vide.
On observe que des céramiques à base de carbures ou de nitrures réagissent avec
l’oxygène de l’air ou de la vapeur d’eau lorsqu’elles frottent dans l’atmosphère. Il se
Chapitre 2 Page 34 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

34 CONCEPTION DES MACHINES

forme des oxydes qui se combinent à leur tour avec la vapeur d’eau pour donner nais-
sance à des hydrures. Ces phénomènes tribochimiques abaissent le coefficient de frot-
tement jusque vers 0,2 parce que la résistance au cisaillement du film d’hydrure est
inférieure à celle de la céramique.
La fragilité de la céramique occasionne des fissurations dans les zones très char-
gées.
Une céramique frottant contre une surface métallique adhère fortement au métal
et en arrache des particules. La céramique se couvre d’un film de transfert qui s’oxyde
rapidement dans l’atmosphère.

2.4 LUBRIFICATION

2.4.1 Principes
La lubrification a pour buts de:
• diminuer la force de frottement;
• diminuer l’usure.

Son principe consiste à séparer les deux corps par un film fluide, liquide ou gaz,
ou un film solide; c’est le troisième corps. Le coefficient de frottement dépend de la
nature du film et de son épaisseur. En fonction de ce dernier paramètre, on distingue
quatre régimes de lubrification (fig. 2.29):
• Lubrification ou frottement limite, domaine I. Les corps se touchent par
l’intermédaire d’une couche moléculaire de lubrifiant adsorbée à leur surface
ou par des films formés par réaction chimique entre les matériaux et les additifs
dits «extrême pression» contenus dans l’huile.
• Lubrification ou frottement mixte, domaine II. Les surfaces sont séparées par
une mince couche fluide, mais les aspérités sont partiellement enchevêtrées.
• Lubrification ou frottement fluide, domaine III. Le film fluide est assez épais
pour que les aspérités ne touchent pas la surface opposée. C’est le domaine de
la lubrification hydrodynamique ou hydrostatique des contacts surfaciques et
de la lubrification élastohydrodynamique des contacts hertziens.
• Lubrification fluide turbulente, domaine IV. Elle se rencontre avec des fluides
peu visqueux à grande vitesse.

0 h0

I II III IV

Fig. 2.29 Coefficient de frottement en fonction de l’épaisseur minimale de la couche séparatrice.


Chapitre 2 Page 35 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 35

La lubrification est d’autant plus efficace que le film séparateur est plus épais par
rapport à la rugosité. Le rapport de l’épaisseur h du film (fig. 2.30) à la rugosité totale
R est un critère utilisé pour apprécier la valeur de la lubrification et le comportement
du couple tribologique. On définit le facteur lambda

h
λ = (2.31)
R
où la somme des rugosités est calculée soit avec la rugosité moyenne arithmétique des
deux surfaces

R = Ra1 + Ra2 (2.32)

soit avec la profondeur moyenne de rugosité (RMS)

R = 2 + R2
Rq1 q2 (2.33)

On utilise habituellement la valeur Ra pour apprécier la rugosité; avec une dis-


tribution gaussienne du profil, on a Ra = 0,8 Rq .
On admet les relations suivantes entre la valeur de λ et le comportement tribologique:
• λ < 0, 6 frottement limite, les surfaces s’usent
• 0, 6 < λ < 3 lubrification mixte avec usure des surfaces
• 3 < λ < 4 les surfaces se touchent légèrement, l’usure est faible
• λ > 4 lubrification fluide, les surfaces n’entrent pas en contact,
l’usure est nulle

On apprécie le comportement des contacts hertziens par le facteur lambda


modifié (§ 2.4.4).
Le lubrifiant n’est pas seulement «quelque chose» qu’on ajoute dans les couples
cinématiques, mais c’est véritablement un élément de machine qu’on choisit et
dimensionne soigneusement.

2.4.2 Lubrification fluide hydrodynamique


En régime de lubrification fluide, les surfaces sont complètement séparées, les
aspérités n’entrent pas en contact (fig. 2.30).

p h

distance

Fig. 2.30 Lubrification fluide.


Chapitre 2 Page 36 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

36 CONCEPTION DES MACHINES

Dans les paliers lisses et les butées, on tient compte de la rugosité et des ondu-
lations pour calculer la valeur de R qui intervient dans la formule (2.31). Soit:
• paliers neufs

R = ( Rz1 + W1 ) + ( Rz2 + W2 ) (2.34)

où Rz est la profondeur moyenne de rugosité et W est l’amplitude des


ondulations;
• paliers rodés, on remplace la valeur de Rz par la rugosité moyenne arithmé-
tique Ra .

On estime que

Rz ≈ (4 … 7) Ra (2.35)

Par conséquent, un palier qui fonctionne correctement quand il est neuf ne posera
plus de problème après rodage. Mais le rodage des paliers hydrodynamiques ne peut
s’effectuer en principe que pendant le démarrage ou l’arrêt, lorsqu’il fonctionne en
régime mixte (fig. 2.34). Il existe des machines qui subissent très peu d’arrêts (groupes
hydroélectriques, centrales thermiques) et qui doivent par conséquent s’accommoder
de paliers qui ne sont pratiquement pas rodés. On calcule alors le rapport lambda
(2.31) avec (2.34) et on veille à dimensionner les paliers de manière à ce que λ ≥ 1, 5.
Le film lubrifiant hydrodynamique se forme par le mouvement relatif des pièces
grâce à la viscosité du fluide. Il n’est pas question d’étudier ici le détail du calcul des paliers
et butées hydrodynamiques, car ces problèmes sont largement traités dans la littérature, par
exemple [2.2, 2.16, 2.17] et dans les ouvrages d’organes de machines. On se limite à mon-
trer le principe de fonctionnement et les propriétés principales de ce type de palier.

Butées
Un patin (2) (fig. 2.31) se trouve en face d’une surface (1), appelée glace, animée
d’une vitesse circonférentielle v. L’espace entre les pièces est d’abord convergent dans le
sens du mouvement, puis divergent; h0 est la distance minimale au point B. Le dispositif
baigne dans un fluide qui est entraîné dans la fente par l’effet de sa viscosité et de la
vitesse de la surface (1). Il naît une pression p; nulle à l’entrée A, elle croît et passe par
un maximum avant le passage le plus étroit B, puis diminue rapidement jusqu’à un point
C où elle s’annule. A partir de là, le film porteur se déchire avec des entrées d’air. On
admet que la distribution de pression est tangente à l’axe x au point C ( dp / dx = 0 ). La
pression exerce sur la surface une poussée qui équilibre la charge F sur le patin; sa ligne
d’action est située avant le maximum de pression.
La portance est proportionnelle à la viscosité η du liquide et à la vitesse v, elle est
inversement proportionnelle au carré de la distance minimale h0. On écrit:

ηv
F = K1 B L2 (2.36)
h02

où B est la largeur du patin, L sa longueur portante et K1 une constante.


Chapitre 2 Page 37 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 37

p
pmax

C
x

2
A

v h0

1 B

B franges

Fig. 2.31 Film lubrifiant, distribution de pression et poussée hydrodynamique.

L’épaisseur minimale admissible est limitée par la rugosité et l’ondulation des


surfaces (§ 2.4.1). Par conséquent, on obtient une grande portance avec des surfaces
les plus parfaites possibles.
Le cisaillement du lubrifiant oppose une force au mouvement, c’est la force de
frottement fluide qui obéit à la loi

η uv
Ff = K2 B L (2.37)
h0

Le coefficient de frottement

Ff h
µ = ~ 0 (2.38)
F L

est proportionnel à l’épaisseur du film, mais indépendant de la viscosité et de la


vitesse; il n’obéit pas à la loi de Coulomb.
Les constantes K1 et K2 de ces formules dépendent uniquement du profil du film
porteur, notamment de l’inclinaison du patin par rapport à la glace. On vise à obtenir la
portance maximale avec un frottement minimal. Ce problème est difficile à maîtriser
quand on sait que la pente d’un patin plan correspond environ à une dénivellation de 2
à 5 cm sur la longueur d’un terrain de football. Les butées à patins articulés (Michell)
fonctionnent toujours au voisinage du régime optimal, quelles que soient la charge, la
vitesse et la viscosité.
Chapitre 2 Page 38 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

38 CONCEPTION DES MACHINES

Le débit de lubrifiant entraîné dans le film évolue selon

V« ~ B u h0

Comme la puissance dissipée en chaleur est

Pp = Ff v = µ F v

l’échauffement du lubrifiant entre l’entrée et la sortie vaut

µ Fv F
∆T = ~ (2.39)
«
ρ cV ρ cLB

où ρ et c sont respectivement la masse volumique et la chaleur massique du liquide.


Comme F / L B est la pression moyenne, on constate que l’échauffement du lubrifiant
entre l’entrée et la sortie d’un patin est proportionnel à la pression. Ce résultat oblige
le concepteur à limiter la pression moyenne à 30 bars environ.

Paliers lisses
Un palier lisse est caractérisé par les paramètres suivants (fig. 2.32):
• diamètre de l’arbre d
• alésage du coussinet D
• longueur du coussinet B
• jeu j = D ± d
• charge radiale F
• viscosité du lubrifiant η
• vitesse de l’arbre ω
alimentation
F

d D

h0
B

Fig. 2.32 Paramètres d’un palier lisse.

Le jeu relatif est la quantité

j D ± d
ψ = = (2.40)
D D
Chapitre 2 Page 39 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 39

On définit la pression moyenne de référence

F F
p = ≈ (2.41)
BD Bd

C’est une pression fictive uniforme répartie sur la demi-circonférence opposée à la


charge.
Le fonctionnement d’un palier lisse est conditionné par le nombre adimensionnel
de Sommerfeld

Fψ2 pψ2
So = = (2.42)
BD η ω ηω

En régime stationnaire, l’arbre est décentré d’une quantité e. L’épaisseur mini-


male du film lubrifiant vaut (fig. 2.33)

j D
h0 = ± e = (1 ± ε ) ψ (2.43)
2 2

avec l’excentricité relative de l’arbre

2e
ε = (2.44)
j

La figure 2.33 représente la distribution de pression d’huile dans le coussinet.


L’alimentation en lubrifiant doit toujours se trouver dans une zone non chargée, située
entre 0 et 90° à partir de la charge radiale dans le sens de la rotation. Si l’arbre est sus-
ceptible de tourner dans les deux sens, on alimentera à 0°. Il ne faut pas oublier de pré-
voir aussi la sortie de l’huile en ménageant le dégagement nécessaire, sinon elle reste
partiellement emprisonnée dans le palier qui se met à chauffer.

F F

ω .
e

V
h0

p

p
pmax

Fig. 2.33 Distribution de pression dans un palier en régime hydrodynamique.


Chapitre 2 Page 40 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

40 CONCEPTION DES MACHINES

La pression est nulle aux bords du coussinet à cause des fuites d’huile. C’est
pourquoi le palier ne doit pas être trop étroit. Mais il ne faut pas non plus qu’il soit trop
long afin que les défauts de parallélisme de l’arbre et du coussinet ne perturbent pas
trop le fonctionnement. On admet B = ( 0, 7 à 1) d ; dans les moteurs à piston, on des-
cend jusqu’à B = 0, 4 d . La théorie des paliers [2.2, 2.16, 2.17] donne la portance

ηω
F = α BD (2.45)
ψ2

Le facteur α augmente fortement lorsque l’épaisseur minimale du film diminue.


Il est plus petit que le nombre de Sommerfeld à cause des fuites axiales d’huile.
Le coefficient de frottement équivalent est fonction du nombre de Sommerfeld.
Selon Vogelpohl, on peut l’approcher par la relation


µ = (2.46)
So n

avec:
n=1 lorsque So < 1 (palier peu chargé)
n = 0,5 lorsque So > 1 (palier chargé)

Régime de fonctionnement
Voici les trois phases du fonctionnement d’un palier hydrodynamique:
• Repos. La force radiale plaque l’arbre contre le coussinet qui doit résister à
l’écrasement statique (fig. 2.34a).
• Petite vitesse. L’arbre grimpe dans le coussinet et prend une position d’équi-
libre telle que le point de contact se trouve en arrière de la force par rapport au
sens de la rotation (fig. 2.34b). Il règne un état de frottement mixte (§ 2.4.5)
avec usure des pièces (§ 8.7.4).
• Grande vitesse. Lorsque la vitesse est assez grande pour entraîner suffisam-
ment d’huile, il se forme un film continu avec une distribution de pression telle
que le centre de l’arbre se situe maintenant en avant de la charge (fig. 2.34c).
L’usure est nulle du fait du frottement fluide. A très grande vitesse ou à faible
charge, l’arbre se centre pratiquement dans le coussinet.

ω ω
ω=0

F F F

contact film minimal


(a) (b) (c)

Fig. 2.34 Phases de fonctionnement d’un palier hydrodynamique: (a) repos; (b) régime mixte; (c) régime
hydrodynamique.
Chapitre 2 Page 41 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 41

Les trois phases de fonctionnement du palier se reflètent dans la courbe donnant le


coefficient de frottement en fonction de la vitesse de l’arbre (fig. 2.35). Lorsque l’arbre com-
mence à tourner, le frottement diminue rapidement parce que du liquide s’interpose peu à
peu entre les surfaces en mouvement relatif; il y a frottement mixte. Les surfaces s’éloignent
progressivement lorsque la vitesse augmente; le frottement diminue, passe par un mini-
mum, puis augmente à nouveau lorsque le frottement fluide est entièrement établi à cause du
cisaillement du fluide. Le point de transition entre le frottement mixte et le frottement fluide
se trouve pratiquement au minimum de la courbe représentant le coefficient de frottement en
fonction de la vitesse; cette courbe a été déterminée empiriquement par Stribeck.

frottement à l’arrêt
frottement limite

frottement mixte

frottement fluide

point de transition

0 ω

Fig. 2.35 Evolution du coefficient de frottement dans un palier lisse hydrodynamique avec la vitesse, visco-
sité et charge constantes (courbe de Stribeck).

L’arbre et le coussinet ne s’usent que durant le bref instant de fonctionnement en


régime mixte. C’est pourquoi des machines fonctionnant en régime continu peuvent
tourner des décennies sans que les paliers s’usent. Le déplacement radial de l’arbre
dans le coussinet au cours des trois phases de fonctionnement décrites est au plus égal
au jeu radial. Il convient d’en tenir compte en fixant le jeu des rotors dans leur stator.
Tous les organes à lubrification hydrodynamique ont un comportement analogue.

Effet des variations de vitesse


La viscosité de l’huile diminue rapidement lorsque la température augmente; par
conséquent, la température influence le nombre de Sommerfeld et la courbe de Stri-
beck. Examinons ce qui se passe au cours d’un cycle de fonctionnement d’une ma-
chine à vitesse variable, par exemple un moteur (fig. 2.36).
Le moteur démarre à froid, le coefficient de frottement se trouve au point A. Avec
l’augmentation du régime jusqu’à la vitesse ω 2 , le point figuratif passe en C; mais
bientôt l’ensemble chauffe et le point tombe en D. Diminuons la vitesse à ω1, le point
figuratif décrit la courbe de Stribeck valable pour de l’huile fluide et vient en E.
L’énergie dissipée diminue et le palier se refroidit lentement de sorte que le coefficient
de frottement croît un peu, au point F. Une nouvelle augmentation de vitesse se ferait
selon F – H. En arrêtant le moteur, le coefficient de frottement correspond au point K;
Chapitre 2 Page 42 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

42 CONCEPTION DES MACHINES

puis il croît jusqu’en A parce que le moteur se refroidit, mais aussi parce que l’huile
est chassée par la pression de contact. On remarque que la vitesse de transition à
chaud, ω t′ , est plus élevée qu’à froid. Il faut donc dimensionner un palier hydrodyna-
mique à la température de service maximale pour la vitesse de régime minimale.

A
huile froide
K C
H

D
F
huile chaude
E
B G

0 ωt ω' t ω 1 ω2 ω

Fig. 2.36 Variation du coefficient de frottement dans un cycle de fonctionnement à charge constante.

Application numérique
Diamètre de l’arbre d = 100 mm
Longueur du coussinet B = 100 mm
Jeu j = 0,1 mm
Jeu relatif ψ = 10 –3
Somme des rugosités et des ondulations R = 3,4 µm
Charge du palier F = 25 kN
Vitesse n = 350 t/min

L’étude du palier avec de l’huile N 36 selon DIN 51501 conduit aux résultats
suivants:
• Température en régime permanent avec un refroidissement naturel: 46°C dans
de l’air ambiant à 20°C
• Pression de référence p = 25 bars
• Nombre de Sommerfeld So = 2,01
• Epaisseur minimale du film d’huile h0 = 14,8 µm
• Facteur lambda λ = 4,3
• Coefficient de frottement équivalent µ = 0,0021
• Perte Pp = 96 W

2.4.3 Lubrification fluide hydrostatique


Un palier hydrodynamique présente l’inconvénient de ne fonctionner en état de
frottement fluide que lorsque la vitesse est suffisamment élevée. Afin de créer le film
fluide déjà à l’arrêt, on injecte le lubrifiant sous pression à l’aide d’une pompe dans
des poches (fig. 2.37) où il crée une pression qui soulève la charge; il s’échappe
Chapitre 2 Page 43 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 43

ensuite par les lèvres des poches. L’espace de fuite se règle automatiquement en fonc-
tion de la pression et de la charge appliquées. Il est nécessaire de prévoir des restric-
tions dans les tuyaux d’amenée du fluide aux poches afin de stabiliser la position de la
pièce mobile.

échappement d’huile

alimentation avec
robinets de réglage

Fig. 2.37 Schéma de principe d’un palier hydrostatique.

1
5

10

2 4
M
8
9
7
3

Fig. 2.38 Palier hydrostatique: (1) à (4) orifices de stabilisation; (5) à (8) poches; (9) jeu minimal; (10) jeu
maximal.

La figure 2.38 montre l’application de ce principe à un palier à quatre poches.


Non chargé, l’arbre est centré et la distribution de pression radiale est symétrique
(fig. 2.39a). L’arbre se déplace radialement dans la direction de la charge (fig. 2.39b);
la pression augmente sous la charge et diminue au-dessus. Lorsque l’arbre tourne, son
centre se déplace dans le sens de la rotation par rapport à la direction de la charge.
Puisque l’arbre ne touche jamais le coussinet, ce genre de palier ne s’use pas et
présente un couple résistant pratiquement nul au démarrage. Il offre une grande rigi-
dité et un fort amortissement des vibrations radiales.
La puissance mécanique absorbée par la pompe augmente avec le cube de l'épais-
seur du film lubrifiant tandis que la dissipation par la rotation de l’arbre est
inversement proportionnelle à cette épaisseur. Il existe donc une épaisseur optimale
qui minimise la dissipation totale d’énergie.
On trouve des écrous de grosses vis de mouvement à film hydrostatique (jeu nul).
Chapitre 2 Page 44 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

44 CONCEPTION DES MACHINES

non chargé

p
(a) (b) chargé

Fig. 2.39 Distribution de pression dans un palier hydrostatique: (a) non chargé; (b) chargé.

2.4.4 Lubrification élastohydrodynamique (EHD)


La pression hertzienne rencontrée dans les engrenages, les roulements, les suiveurs
de cames, atteint 1 à 4 GPa. C’est mille fois plus que dans les paliers hydrodynamiques.
La viscosité de l’huile augmente fortement avec la pression selon la loi suivante:

η = η0 e αp (2.47)
avec:
η0 viscosité à la pression atmosphérique et à la température T
α coefficient de piézo-viscosité
p pression

Autour de 1 GPa, la viscosité est multipliée par 106, l’huile est pâteuse et ne coule
plus; la dynamique de ce phénomène n’est pas encore très claire. Cette haute viscosité,
fortement variable dans la zone de contact, exige un calcul spécial de l’épaisseur du
film lubrifiant. Il faut en effet tenir compte simultanément de la variation de la visco-
sité et de la déformation des surfaces [2.17].
p

EHD

Hertz
N
M1 (b)

v1
1
R

C 1 v1
F
v2
(a) hc h0
2
R

N– v2
2
entrée d’huile
Fig. 2.40 Transmission à friction. Fig. 2.41 Contact élastohydrodynamique: (a) profil
du film lubrifiant; (b) pression.
Chapitre 2 Page 45 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 45

La figure 2.41(a) représente le profil du film d’huile au point de contact C de deux


roues d’une transmission à friction (fig. 2.40). Les roues sont écrasées et séparées par
l’huile; mais la viscosité diminue rapidement à la sortie. La continuité de l’écoulement
et la chute de viscosité se traduisent par un étranglement. Il existe un pic de pression
peu avant l’étranglement (fig. 2.41b), puis la pression tombe rapidement en dessous de
ce que serait la pression hertzienne.
Hamrock et Dowson [2.18] ont développé une formule générale et précise pour
calculer l’épaisseur minimale du film, valable jusqu’à 3-4 GPa:

0 , 68 ± 0 , 073
 vη   N 
h0
R
= 3, 63  0 
 ER 
(α E ) 0 , 49
 
 E R2 
(1 ± e ±0,68k ) (2.48)

avec:
R1 R2
R = rayon réduit
R1 + R2
1
v = ( v1 + v2 ) vitesse moyenne
2
η0 viscosité à la pression atmosphérique
α coefficient de piézo-viscosité
E module d’élasticité réduit donné par la formule (2.3)
N charge normale du contact
k facteur d’ellipsité; k = ∞ pour un contact linéique, k = 1
pour un contact ponctuel

La formule révèle que l’épaisseur minimale diminue très lentement lorsque la


charge croît, elle est habituellement de l’ordre de quelques µm. La vitesse a un effet
beaucoup plus marqué. Pour plus de détails, voir [2.2].
L’épaisseur du film d’huile dans la partie centrale (plateau) de la zone porteuse
(fig. 2.41b) est donnée par la formule

0 , 67 − 0 , 067
 vη   N 
hc
R
= 2, 69  0 
 ER 
(α E )0,53  
 E R2 
(1 − 0, 61 e −0,73k ) (2.49)

Les symboles sont ceux de la formule (2.48).


On a apprécié traditionnellement la qualité de la lubrification par la valeur du fac-
teur lambda calculé par le rapport de l’épaisseur du film lubrifiant à la rugosité (2.31).
Or, on ne connaît pas la rugosité réelle mais seulement celle qui se mesure avec un
rugosimètre. Les rugosimètres à stylet sont pourvus d’un filtre passe-haut pour élimi-
ner les ondulations et ne saisir que les défauts du deuxième ordre; on appelle L la lon-
gueur de coupure du filtre (cut-off).
On a constaté que des contacts hertziens ne s’usent pas si λ est aussi petit que 0,3
alors que pour cette valeur les surfaces devraient en principe se toucher. Cette contra-
diction provient du fait que la rugosité indiquée par un rugosimètre ayant le cut-off
Chapitre 2 Page 46 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

46 CONCEPTION DES MACHINES

habituel L = 0,8 mm est considérablement plus forte que la rugosité effective mesurée
avec un cut-off plus court. Un contact EHD est habituellement étroit et se comporte en
quelque sorte aussi comme un filtre mécanique.
Afin de corriger l’effet du cut-off du rugosimètre, Moyer définit le facteur
lambda modifié [2.19].

hc 1
λm =
Ra 2b (2.50)
L

avec:
hc épaisseur du film dans la zone centrale (2.49)
Ra somme des rugosités moyenne arithmétique selon (2.32)
2b largeur du contact hertzien
L longueur de cut-off du rugosimètre, habituellement 0,8 mm

La rugosité doit se mesurer dans le sens du mouvement. Des essais ont prouvé la
valeur de cette théorie [2.20].
Les surfaces sont complètement séparées lorsque λ m ≥ 3 ; le régime est mixte si
λ m < 1.
La transmission d’un effort tangentiel dans un mécanisme à friction s’opère par le
cisaillement du film lubrifiant au point de contact. Il n’est possible que s’il existe une
différence de vitesse vg = v1 ± v2 entre les roues. On définit:
• le facteur de friction, rapport de l’effort transmis à la charge normale

F
µF = (2.51)
N

• le glissement relatif

v1 ± v2
g = (2.52)
v1

La figure 2.42 montre l’allure de la relation entre ces grandeurs. On distingue


trois domaines:
• Domaine I. Relation linéaire, la transmission s’effectue par cisaillement en
régime EHD.
• Domaine II. Région non linéaire, le fluide manifeste un comportement
non newtonien avec un glissement très marqué. Selon l’huile et ses addi-
tifs, l’effort maximal est transmis pour un glissement compris entre 1% et
10%.
• Domaine III. Région de frottement thermique parce que le glissement impor-
tant échauffe fortement l’huile, il existe un risque de grippage. Ce domaine est
inexploitable, car la transmission y est instable (§ 5.5.5). La roue menée est
arrêtée en g = 1.
Chapitre 2 Page 47 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 47

µF

µF max

0 g
1

I II III

Fig. 2.42 Facteur de friction en fonction du glissement.

Le glissement dégage de la chaleur de frottement qui s’évacue par le corps des


pièces et par l’huile. L’échauffement diminue considérablement la viscosité de l’huile
dans la zone de contact en abaissant la viscosité η0 et le coefficient de piézo-viscosité
α de la formule (2.47). L’épaisseur du film lubrifiant donnée par (2.48) diminue sensi-
blement, au point que les solides peuvent se toucher et finir par gripper (§ 3.5.1). Dans
la plupart des mécanismes à lubrification EHD, cames, engrenages, variateurs à fric-
tion, le passage de la source de chaleur sur la surface active des pièces est rapide.
L’échauffement local est fugitif, c’est pourquoi on parle de température instantanée
(flash temperature); son calcul sera abordé au paragraphe 19.5.5.

2.4.5 Lubrification mixte


On sait que les aspérités d’une surface métallique chargée sont plastifiées. Elles
sont en contact hertzien avec la surface opposée par l’intermédiaire des couches
moléculaires adsorbées (fig. 2.43). Lorsque les surfaces sont lubrifiées à l’huile ou à la
graisse, les contacts locaux se trouvent en état de frottement élastohydrodynamique.
On admet que la force normale est transmise partiellement par les zones micro-EHD et
partiellement par le film liquide hydrodynamique entre les aspérités. Ce film est por-
teur parce que l’huile est retenue par les ondulations de surfaces et par les aspérités.

zone EHD locale N


corps 2 υ

liquide

couches adsorbées
corps 1

Fig. 2.43 Surfaces lubrifiées en état de frottement mixte.


Chapitre 2 Page 48 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

48 CONCEPTION DES MACHINES

L’épaisseur du film sous les aspérités est plus petite qu’en cas de lubrification EHD
pure. Ce modèle paraît confirmé par l’expérience qui montre que des surfaces extrê-
mement lisses (rugosité de l’ordre de 0,001 µm) peuvent gripper tandis que le fonc-
tionnement de surfaces plus rugueuses est satisfaisant parce que l’huile est retenue
dans les cavités. Cette remarque explique le bon fonctionnement des surfaces grattées.
L’huile retenue à l’arrêt, non expulsée par la pression de contact, permet aussi le
démarrage sans problème des paliers et des butées hydrodynamiques.
Le portage par micro-EHD expliquerait aussi pourquoi des organes de machines
fonctionnent à satisfaction même si l’épaisseur du film hydrodynamique est de l’ordre
de grandeur de la rugosité (facteur λ ≈ 1).

2.4.6 Lubrification limite


Dans ce régime de lubrification, les matériaux de base sont séparés par des cou-
ches moléculaires de lubrifiant adsorbées à leur surface (fig. 2.44). Le frottement est
déterminé par les propriétés chimiques du lubrifiant et non par sa viscosité. Les lubri-
fiants, huiles ou graisses, contiennent des additifs pour obtenir un bon accrochage sur
les surfaces.

Fig. 2.44 Schéma du contact en lubrification limite.

En pratique, toutes les surfaces des couples tribologiques sont souillées par de
l’huile de coupe ou par de la graisse utilisée au montage. Une surface soigneusement
essuyée et apparemment sèche est encore recouverte d’une couche moléculaire
adsorbée. Le praticien dit que le frottement est sec, mais il s’agit en réalité de frotte-
ment limite, les mécanismes d’adhésion jouent un rôle négligeable.

2.4.7 Lubrification solide et revêtement de surface


Principes
On interpose une substance solide entre les surfaces. Le graphite et le bisulfite de
molybdène (MoS2) sont le plus souvent utilisés. Leur propriété lubrifiante repose sur:
• la structure cristalline consistant en atomes fortement liés dans des plans, mais
les plans étant eux faiblement liés (fig. 2.45);
• la disposition macroscopique lamellaire.

Les couches lamellaires glissent facilement l’une sur l’autre, comme des feuilles
de papier. On a observé que le MoS2 s’organise en lamelles à peu près parallèles au
glissement, posées sur une couche adsorbée à la surface du solide (fig. 2.46) [2.4]. Les
corps frottent finalement avec une interposition de lamelles.
Chapitre 2 Page 49 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 49

C Mo

(a) (b)

Fig. 2.45 Structure cristalline lamellaire: (a) graphite; (b) bisulfite de molybdène.

2 µm

Fig. 2.46 Structure d’un film de bisulfite de molybdène.

Au lieu d’interposer un corps séparateur mobile, on peut aussi déposer sur les
surfaces un revêtement solide adéquat (§ 3.2.2).

Coefficient de frottement
En admettant que la force de frottement provienne uniquement du cisaillement de
la couche intermédiaire, elle vaut

F = Ar τ m

Avec une charge normale N, le coefficient de frottement vaut

F A
µ = = r τm
N N

On observe qu’à haute pression, la résistance de cisaillement croît linéairement


avec la pression de contact selon
Chapitre 2 Page 50 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

50 CONCEPTION DES MACHINES

N
τ m = τ m0 + α
Ar

Alors

Ar
µ = τ m0 + α (2.53)
N

Le coefficient de frottement résulte de la somme d’un terme constant et d’un


terme qui varie inversement à la charge. La loi dépend de l’influence de la charge sur
l’aire de contact réelle. En admettant le contact hertzien d’une aspérité sphérique sur
un plan, acceptable à faible charge, l’aire de contact vaut Ar = π a 2 où le rayon de
contact est donné par (2.4). En substituant dans (2.53), on obtient l’expression du coef-
ficient de frottement

2/3
3 r τ m0
µ = π  + α (2.54)
 2 E N 1/ 3

avec:
r rayon d’une aspérité
E module d’élasticité réduit des matériaux (2.3)
N charge normale
τ m0 résistance de cisaillement minimale
α constante

µ1 A

0 I II

Fig. 2.47 Coefficient de frottement avec lubrification solide en fonction de la charge.

On distingue deux domaines (fig. 2.47):


• I, domaine de glissement de surface, à faible charge ou petite pression de con-
tact apparente. µ diminue lorsque la charge croît.
• II, domaine de cisaillement de la couche intermédiaire. Le coefficient de frot-
tement est constant et petit.
Chapitre 2 Page 51 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 51

Avec l’expression (2.54), la force de frottement s’exprime sous la forme

F = µ N = β N2/3 + α N (2.55)

Un film de MoS2 n’est pas absolument lisse. A faible charge, il transmet la force
normale par des protubérances dont le cisaillement détermine la force de frottement.
La théorie d’adhésion de Bowden et Tabor paraît alors applicable. En augmentant la
charge, l’aire de contact réelle croît et le coefficient de frottement reste constant. Le
rapport N / Ar de (2.53) est égal à la «dureté» HL du film lubrifiant et le coefficient de
frottement vaut

τ m0
µ1 = + α (2.56)
HL

Cette valeur est représentée dans la figure 2.47. Le coefficient de frottement com-
mence à diminuer (point A) lorsque le film porte sur toute la surface disponible, c’est-
à-dire sur l’aire apparente. La dureté du support (substrat) ne joue pas de rôle tant
qu’elle est supérieure à celle du lubrifiant. En revanche, lorsqu’elle est inférieure, c’est
elle qui intervient dans la formule (2.56), car la surface se déforme et le coefficient de
frottement à faible charge croît.
La valeur du coefficient de frottement de lubrifiants solides dépend considéra-
blement de l’ambiance:
• le frottement est beaucoup plus petit dans le vide que dans l’air [2.21];
• le frottement de MoS2 est deux fois plus grand dans de l’air humide que dans de
l’air sec, il diminue au contraire fortement avec l’humidité dans le cas du graphite.

Des effets physico-chimiques jouent un rôle important dans ces phénomènes.

Revêtements tendres
Un métal tendre, or, argent, plomb et particulièrement l’indium, déposé en cou-
che mince à la surface du corps principal abaisse nettement le frottement (fig. 2.48a),

µ µ
sec

0,3

lubrif. huile 0,2

film indium 0,1

p
0 0 0,001 0,01 0,1 1 10 [µm]
(a) (b) épaisseur du film

Fig. 2.48 Effet d’un revêtement d’indium à la surface de l’acier: (a) influence de la pression; (b) influence
de l’épaisseur.
Chapitre 2 Page 52 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

52 CONCEPTION DES MACHINES

mais seulement sous forte pression. Cette technique est efficace dans le vide pour
empêcher la soudure des métaux, mais le film devient cassant à très basse température.
Un dépôt d’oxydes métalliques est efficace à haute température parce que le film
devient relativement ductile. L’oxyde de plomb (PbO) et le trioxyde de molybdène
(MoO3) sont les plus efficaces à 600°C.
Le film est efficace s’il est mince (0,2 à 1 µm) (fig. 2.48b). On obtient un dépôt
continu très adhérent en opérant dans le vide pour éviter la contamination de la sur-
face. On commence par nettoyer la surface, par exemple par un bombardement
ionique d’argon, puis on projette sur le substrat des ions du revêtement accélérés par
un champ électrostatique focalisé.

2.4.8 Choix tribologiques des paliers


Les paliers doivent transmettre une charge radiale F et permettre à l’arbre de tour-
ner à la vitesse n [t/min]. Il est commode de représenter les limites de leurs per-
formances dans un diagramme charge-vitesse et de définir ainsi leur domaine d’utili-
sation. On choisit des échelles logarithmiques.

Palier lisse à frottement mixte (fig. 2.49)


La charge est limitée par la pression de contact ne provoquant pas de déformation
plastique du coussinet. La vitesse maximale est limitée par l’échauffement et le risque
de grippage. Dans le domaine intermédiaire, l’usure et l’échauffement admissibles
imposent une limitation du produit pv de la pression de contact moyenne par la
vitesse périphérique (§ 19.6.7). Ces relations hyperboliques se représentent dans le
diagramme par des droites inclinées.

F pression limite
(log) d
B

échauffement, produit ( pv ) T

usure, produit ( pv ) U

échauffement
d
n (log)

Fig. 2.49 Domaine d’utilisation d’un palier lisse à frottement mixte.

On peut accroître la charge transmissible en augmentant le diamètre et la lon-


gueur du palier, seule la longueur agit sur le produit pv (§ 25.6.2).

Palier lisse hydrodynamique (fig. 2.50)


La portance est limitée par la fait que l’arbre ne doit pas toucher le coussinet.
Selon la formule (2.45), elle est proportionnelle à la vitesse. A grande vitesse, l'échauf-
Chapitre 2 Page 53 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 53

fement abaisse la viscosité de l’huile et plafonne la portance; en outre, l’écoulement


devient turbulent.
La portance croît avec la taille du palier et avec la viscosité de l’huile.

F contact du coussinet
(log)
(ηBD)

échauffement

d
n (log)

Fig. 2.50 Domaine d’utilisation de paliers lisses hydrodynamiques.

Palier hydrostatique (fig. 2.51)


La portance est créée par une pompe à huile extérieure au palier, c’est pourquoi
elle est indépendante de la vitesse. La réduction de portance à grande vitesse provient
de la diminution de la viscosité du lubrifiant par l’échauffement.

F épaisseur du film lubrifiant


(log) d
pression d’injection du lubrifiant

échauffement

n (log)

Fig. 2.51 Domaine d’utilisation de paliers lisses hydrostatiques.

Roulement (fig. 2.52)


A petite vitesse, la charge est limitée par la déformation permanente statique
(capacité de charge statique C0 ). La charge limite de fatigue des roulements est en

F
(log) d charge statique limite, C0

d longévité de fatigue

échauffement

d
vitesse limite
n (log)

Fig. 2.52 Domaine d’utilisation de roulements.


Chapitre 2 Page 54 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

54 CONCEPTION DES MACHINES

relation avec leur longévité Lh selon une loi du type Lh ω F p = constante. La constante
dépend de leur capacité de charge de base dynamique C. A grande vitesse, la charge
est limitée par l’échauffement admissible (dépend du système de graissage). Enfin, la
vitesse limite liée aux efforts d’inertie des corps roulants et de la cage ne saurait être
dépassée (§ 16.3.2).

Comparaison des paliers


On peut calculer les limites décrites ci-dessus pour différents diamètres d’arbres
et tracer les courbes dans un même diagramme qui couvre le champ de presque toutes
les applications (fig. 2.53).

107
d=
F [N] 50
0m
1 m F d
d = 500 mm
25
0
106
250 n

10
100 0
105 d = 50 mm

2
25 50 50
104
25
10 25
3

5 mm
103
10
10

5 mm
102 5m
d=

m
50 m

5m
25

m
m

10

10
1 10 102 103 104 105 106 n [1/min]
paliers lisses à sec en PTFE
paliers lisses céramiques poreux
paliers lisses hydrodynamiques, B/d = 1, huile de viscosité moyenne
roulements, longévité 10000 h

Fig. 2.53 Caractéristiques charge-vitesse maximale de paliers radiaux: (1) vitesse limite des roulements;
(2) vitesses limite des roulements à billes pour haute vitesse; (3) limite du matériau de l’arbre.

Le diagramme montre clairement que les roulements sont avantageux à petites


vitesses par rapport aux paliers hydrodynamiques; par exemple, un roulement de
Chapitre 2 Page 55 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 55

50 mm peut porter une charge plus grande jusqu’à 850 t/min que ce dernier type de
palier. Cela explique la grande diffusion des roulements dans les machines petites et
moyennes. A vitesse moyenne (1000-10 000 t/min), un palier lisse transmet une
charge beaucoup plus forte qu’un roulement de même diamètre, c’est pourquoi il est
toujours utilisé dans les turbomachines et en mécanique lourde, sauf s’il s’agit de for-
tes charges à petite vitesse (< 10 t/min). Les paliers lisses hydrodynamiques per-
mettent des vitesses plus élevées que les roulements, en principe jusqu’à la vitesse
d’éclatement de l’arbre.
Les paliers lisses en régime de frottement sec ou mixte ne conviennent qu’à faible
charge et petite vitesse.
Les paliers hydrostatiques ne sont pas représentés dans le diagramme 2.53 parce
qu’on peut toujours les construire dans tout le domaine d’application.
Voici encore d’autres éléments de choix:

Paliers lisses hydrodynamiques


Ces paliers sont insensibles aux chocs et aux vibrations à cause de leur grande
surface portante et de l’effet amortisseur du film lubrifiant. Ils sont silencieux, peu sen-
sibles aux petites impuretés et n’exigent pas d’étanchéité très soignée. Ils conviennent
pour des arbres très rapides, leur longévité est illimitée en régime de frottement fluide.
Ils ne s’usent qu’au démarrage et au ralentissement. Le montage et le démontage des
arbres sont grandement facilités par l’exécution des paliers en deux moitiés.
Le couple de démarrage des paliers lisses est élevé, ces paliers consomment beau-
coup de lubrifiant et exigent une surveillance vigilante; à charge et diamètre d’arbre
égaux, ils dissipent plus de puissance que les roulements.

Paliers lisses hydrostatiques


Ils conviennent à toute charge, même à très faible vitesse. Ils sont avantageux
lorsque l’arbre démarre fréquemment, car les pièces ne se touchent jamais et leur
usure est nulle. Leur rigidité est grande.
Les paliers hydrostatiques sont moins fiables que les autres parce qu’ils
dépendent d’une source d’huile sous pression, ils consomment beaucoup d’éner-
gie.

Paliers lisses à frottement limite ou mixte


Ces paliers sont bon marché, simples et fiables (sect. 3.8). Ils résistent aux chocs
et aux vibrations, demandent peu ou pas d’entretien. Par comparaison avec les roule-
ments, on les apprécie pour leur silence. Ils se rencontrent dans les appareils et les
petites machines; par leur capacité de marche à sec, ils s’imposent partout où la pollu-
tion par de l’huile ou par de la graisse est inacceptable.

Roulements
Leur couple de frottement au démarrage est à peine supérieur au frottement en
service (avantage parfois capital), les roulements nécessitent peu de lubrifiant et n’exi-
gent que très peu de surveillance; il n’y a pas besoin de les roder. La normalisation des
roulements facilite la construction et la réparation des machines. A capacité de charge
égale, un roulement est plus étroit qu’un palier lisse, mais il est plus encombrant radia-
lement.
Chapitre 2 Page 56 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

56 CONCEPTION DES MACHINES

Les roulements supportent mal les chocs et les vibrations, particulièrement à


l’arrêt et à basse vitesse; leur longévité et leur vitesse de fonctionnement sont limitées.
Ils sont très sensibles aux impuretés et exigent des dispositifs d’étanchéité efficaces
(usure et perte de puissance). La conception de leur graissage mérite attention. Les
roulements sont relativement bruyants.
Ces conclusions sont identiques pour des butées.

Exemples
Un palier de réducteur marin est chargé par le poids propre des pièces et par une
force qui croît avec le carré de la vitesse (fig. 2.54). Un palier hydrodynamique est
bien adapté, car il fonctionne en régime fluide jusqu’à très basse vitesse.

F
palier

charge

n
0

Fig. 2.54 Caractéristique d’un palier hydrodynamique et de sa charge dans un réducteur marin.

F
palier hydrodynamique

palier hydrostatique
charge

n
0

Fig. 2.55 Charge constante et paliers fluides.

Les paliers de turbines à vapeur ou à gaz ne sont chargés que par le poids du rotor
(fig. 2.55). La lubrification hydrodynamique est convenable et très fiable, mais le
démarrage après un long arrêt est délicat parce que l’huile est chassée sous l’arbre. Ce
type de palier fonctionne longtemps en régime mixte pendant le ralentissement à cause
de la grande inertie de ces machines. Un palier hydrostatique est préférable, mais il est
moins fiable. On combine les avantages des deux types de palier en injectant de l’huile
sous l’arbre par une pompe auxiliaire au démarrage et à l’arrêt (fig. 14.19). La pompe
est arrêtée en marche normale du palier.
Chapitre 2 Page 57 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 57

2.4.9 Paliers magnétiques


Les paliers magnétiques permettent de supprimer tout contact entre un arbre et le
bâti, d’éliminer les lubrifiants et tous les problèmes de frottement. Ils se composent
principalement d’électro-aimants qui créent un champ magnétique porteur (fig. 2.56).
Des capteurs de position commandent l’intensité du champ de manière à maintenir
l’arbre au centre du palier (fig. 2.57).

Fig. 2.56 Schéma d’un palier magnétique.

capteurs

régulateur
amplificateur amplificateur

Fig. 2.57 Commande de paliers magnétiques.

Ces paliers ont une très grande précision de guidage (jusqu’à 0,1 µm), ils fonc-
tionnent dans le vide, leur portance est indépendante de la vitesse, utilisables dans une
large gamme de température (–200° C à 450° C); ils ne polluent pas et leur dissipation
d’énergie mécanique est pratiquement nulle. L’électronique de commande permet
d’obtenir des caractéristiques intéressantes:
• rigidité statique réglable, elle peut être très grande (§ 6.4.8);
• rigidité dynamique réglable permettant d’influencer la vitesse critique de
rotors (§ 18.2.2);
• amortissement élevé utile pour la traversée de vitesses critiques et pour éviter
certains phénomènes d’instabilité;
• position radiale de l’axe de rotation réglable.
Chapitre 2 Page 58 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

58 CONCEPTION DES MACHINES

Cette dernière propriété est mise à profit, par exemple, dans la broche d’une rec-
tifieuse. Selon une documentation de la Société de Mécanique Magnétique à Saint-
Marcel, en France, la force de coupe fléchit l’arbre en désaxant la meule et en l’incli-
nant par rapport à son cylindre théorique de rectification (fig. 2.58a). Un régulateur
agissant sur le champ magnétique des paliers ramène la meule dans sa position nor-
male de travail (fig. 2.58b).

force de coupe force de coupe

(a) (b)

Fig. 2.58 Positionnement d’une meule de rectification par des paliers magnétiques: (a) position usuelle;
(b) avec correction de la position.

Les paliers magnétiques exigent des précautions pour éviter des avaries en cas de
panne de courant. On prévoit généralement des paliers à roulements de secours sur les-
quels vient se déposer l’arbre (fig. 26.70). L’étanchéité est délicate mais importante
afin que de la limaille de fer ne puisse pas être attirée dans l’entrefer magnétique.
Il existe des paliers magnétiques fonctionnant uniquement avec des aimants per-
manents.

2.5 COMPORTEMENT DU COEFFICIENT DE FROTTEMENT

2.5.1 Glissement rapide


Passons brièvement en revue les principaux paramètres qui influencent la valeur
du coefficient de frottement.

Vitesse de glissement
La valeur du coefficient de frottement est généralement différente à l’arrêt que
lorsque les corps glissent l’un sur l’autre. On distingue:
• le coefficient de frottement statique (à l’arrêt) µ0 ;
• le coefficient de frottement dynamique (avec glissement) µ.

Dans le cas de métaux secs, le coefficient de frottement dynamique est généra-


lement plus petit qu’à l’arrêt (fig. 2.59, courbe (1)), il atteint rapidement la valeur
dynamique lorsque la vitesse dépasse quelques cm/s. A très grande vitesse, plus de
150 m/s, le coefficient de frottement des métaux diminue fortement, il peut tomber
jusqu’à 0,02 … 0,03, parce que le métal fond dans les zones de contact et forme un
film lubrifiant. Certains matériaux non métalliques présentent au contraire une aug-
mentation du frottement avec la vitesse, courbe (2).
Chapitre 2 Page 59 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 59

µ
2

µ0
1
µ
3

v
0

Fig. 2.59 Influence de la vitesse sur le coefficient de frottement.

La différence entre le coefficient de frottement dynamique et le frottement sta-


tique est plus marquée avec les polymères qu’avec les métaux.
Si les surfaces sont abondamment lubrifiées en régime de frottement mixte,
courbe (3), le coefficient de frottement statique est plus bas qu’en régime sec et
diminue relativement moins avec le glissement, puis il augmente lentement du fait du
cisaillement du liquide ou de la graisse.

Chemin de glissement parcouru


La figure 2.60 représente l’allure de l’évolution du coefficient de frottement
dynamique de surfaces techniques sèches avec le chemin de glissement, Suh [2.3] dis-
tingue six stades:

s
0 I II III IV V VI

Fig. 2.60 Evolution du frottement avec la distance de glissement.

• I. Les surfaces sont initialement propres, le frottement résulte principalement


de phénomènes de labourage et de déformation.
• II. Le frottement commence à croître lentement à cause de petits arrachages de
matière. Avec des surfaces lubrifiées, le stade I persiste longtemps et le stade II
peut faire défaut.
• III. Le coefficient de frottement croît franchement parce que les débris d'usure
entre les surfaces s’incrustent dans l’une ou l’autre des surfaces en provoquant
un intense labourage. De l’adhésion se manifeste si les surfaces ne sont pas
contaminées.
Chapitre 2 Page 60 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

60 CONCEPTION DES MACHINES

• IV. Le coefficient de frottement se stabilise lorsque le nombre de nouveaux


débris d’usure est égal au nombre de débris qui quittent la surface.
• V. On observe parfois qu’un matériau dur se polit lorsqu’il frotte contre une
surface tendre. Le coefficient de frottement diminue parce que le labourage est
moins intense.
• VI. Finalement, si les deux surfaces se polissent et que les débris d’usure sont
enlevés ou assez profondément incrustés dans la surface tendre pour ne pas
rayer la surface dure, le coefficient de frottement prend une valeur constante de
fin de rodage.

Ces stades dépendent des matériaux, des conditions expérimentales, de la conta-


mination des surfaces et des conditions ambiantes. Le frottement peut aussi diminuer
au lieu de croître en cas de frottement mixte et d’arasage rapide des aspérités. On
retient le fait que le coefficient de frottement évolue avec la distance de glissement.

Etat de surface
Le coefficient de frottement est relativement grand lorsque les surfaces sont très
rugueuses. C’est aussi le cas lorsque les surfaces sont polies et très lisses parce que la
lubrification mixte est mal établie. Il existe donc une rugosité optimale.

Nature des métaux


Le frottement diminue lorsqu’un des matériaux du couple tribologique est tendre,
car l’effort de labourage est alors relativement faible. C’est pourquoi on revêt les sur-
faces d’une fine couche d’un matériau tendre ou d’un film d’oxyde (§ 2.4.7).

Pression de contact nominale


On admet dans la pratique industrielle que le coefficient de frottement est indé-
pendant de la charge appliquée, par conséquent, aussi indépendant de la pression de
contact nominale, sauf en cas de lubrification solide et avec certains polymères.

Température ambiante
Le coefficient de frottement des métaux diminue souvent légèrement lorsque la
température des pièces s’élève ; puis, au-delà de 500 à 800 °C, il augmente forte-
ment. Ce comportement peut s’expliquer par le fait que la dureté et la résistance du
métal tombent rapidement, les points de contact tendent vers une plastification éten-
due.
Le coefficient de frottement des céramiques croît fortement jusque vers 400 à
600°C, puis diminue au-delà.

Valeurs pratiques du coefficient de frottement


L’étude théorique des mécanismes du frottement sec et mixte ne permet pas de
prédire avec exactitude la valeur réelle du coefficient de frottement dans les couples
cinématiques et dans les assemblages. Mais la compréhension du phénomène est pré-
cieuse pour choisir correctement les matériaux et savoir comment agir pour obtenir les
caractéristiques de frottement souhaitées.
La valeur effective du coefficient de frottement entre deux pièces de machine
dépend des matériaux en présence. Les manuels donnent par exemple les valeurs sui-
vantes du coefficient de frottement entre l’acier et le bronze:
Chapitre 2 Page 61 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 61

• Repos, surfaces sèches µ0 = 0,18 à 0, 25


• Repos, surfaces graissées µ0 = 0,10
• Mouvement, surfaces sèches µ = 0,15 à 0,20
• Mouvement, surfaces graissées µ = 0,04 à 0,08

On constate que la dispersion des valeurs est très grande. Cela s’explique par
l’influence de l’état de surface, de la pression de contact, de la vitesse de glissement,
de la nature et de la quantité de lubrifiants, et de beaucoup d’autres impondérables. Il
convient dès lors de choisir très soigneusement et très prudemment la valeur du
coefficient de frottement qui doit intervenir dans un calcul d’organes de machines. On
prendra toujours des valeurs allant dans le sens de la sécurité selon le but recherché.
On choisira, par exemple, une valeur plutôt élevée pour calculer le couple de démar-
rage d’une machine. On adoptera, au contraire, une valeur basse pour dimensionner un
frein.
Dans les cas critiques, on déterminera avantageusement la véritable valeur du
coefficient de frottement par une expérience de laboratoire, ou, mieux encore, par un
essai sur une machine dans les conditions réelles d’exploitation. Mais il ne faut pas
oublier que le coefficient de frottement évolue avec le rodage d’un mécanisme, géné-
ralement dans le sens d’une diminution. En revanche, on observe une forte augmen-
tation du frottement lorsque les surfaces de contact se corrodent.
Le coefficient de frottement des polymères et des céramiques est très sensi-
ble à de nombreux paramètres. C’est pourquoi on ne le trouve souvent pas dans
les tables, il est préférable de recourir à l’expérience dans les conditions d’em-
ploi.

2.5.2 Glissement très lent


On est habituellement intéressé par le frottement à des vitesse supérieures à 0,5 m/s
pour éviter l’usure et l’échauffement. Mais le frottement à très basse vitesse, moins de
quelques centimètres par seconde, joue un rôle important dans les mécanismes de
positionnement précis de robots. L’ouvrage de Armstrong-Hélouvry [2.22] cite des
expériences intéressantes. Nous lui empruntons ce qui suit.
Cet auteur étudie le comportement d’un couple cinématique lubrifié en vue de
trouver le modèle mathématique convenable pour un système de commande et de
réglage électronique des mouvements de positionnement non positif (sect. 15.11).

Décollement
Avant de démarrer, l’application d’une force provoque des micromouvements,
partiellement réversibles, décrits par la relation linéaire (2.30).
Le coefficient de frottement statique de démarrage µ 0 dépend:
• de la position des pièces, il peut varier de ± 20% autour d’une valeur moyenne,
mais prend pratiquement toujours la même valeur dans une position x donnée;
• du sens du mouvement.

On peut l’exprimer par la fonction

µ 0 = µ 0 ( x,sgn x«) (2.57)


Chapitre 2 Page 62 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

62 CONCEPTION DES MACHINES

Influence de la vitesse de glissement


Après le démarrage, le frottement diminue d’abord, puis augmente avec le
cisaillement visqueux du lubrifiant en régime de frottement mixte (fig. 2.61). Une
expérience a donné µ min = 0,87 µ 0.

µ0

a
µmin

v
0

Fig. 2.61 Coefficient de frottement en fonction de la vitesse.

Selon Hess et Soom [2.23], on peut exprimer l’évolution du coefficient de frot-


tement en fonction de la vitesse de glissement v par l’expression

µ 0 − µ min
µ = µ min + 2
+ av
 v (2.58)
1 +  
 vs 

a et vs sont des constantes empiriques.

Influence du temps
On observe que le coefficient de frottement ne reprend pas immédiatement sa
valeur initiale après l’arrêt du glissement. Il faut attendre un certain temps, compris entre
quelques minutes et plus d’une heure, pour que la récupération soit totale, probablement
avec l’expulsion lente du lubrifiant sous les points de contact des surfaces. La figure 2.62
représente deux courbes mesurées par Kato et reproduites par [2.22]. Kato propose de
décrire le phénomène par la formule suivante en fonction de la durée du repos:

µ = µ 0 ± (µ 0 ± µ a ) e ± γ t
m
(2.59)

avec:
µ0 coefficient de frottement statique à long terme
µa coefficient de frottement au moment de l’arrêt
γ et m paramètres empiriques

En cas de variation de vitesse (fig. 2.63b), ce phénomène retarde l’évolution du


coefficient de frottement, courbe (1) de la figure 2.63(c), par rapport à ce qu’elle serait
avec une évolution instantanée, courbe (2).
Chapitre 2 Page 63 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 63

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1 t (log)
0,1 1 10 102 103 104 [s]

Fig. 2.62 Récupération du frottement statique en fonction du temps.

µ
µ
retard
µ1
µ1
1
µ2 2
µ2
(c) t
v v
x
v1 v2 v2
(a)

v1
(b) t

Fig. 2.63 Retard de l’évolution du frottement par rapport à celle de la vitesse: (a) relation vitesse-
frottement; (b) variation de la vitesse; (c) variation du coefficient de frottement.

Ce comportement dynamique explique pourquoi le stick-slip cesse au-delà d’une


certaine vitesse (§ 15.6.1).

2.6 MAÎTRISE DU FROTTEMENT

2.6.1 Diminution du coefficient de frottement


On vise souvent à abaisser le coefficient de frottement pour diminuer les pertes
d’énergie et l’échauffement, pour éviter l’arc-boutement ou pour améliorer la préci-
sion des mouvements. Les mesures traditionnelles sont:
• associer des matériaux à bas coefficients de frottement;
• lubrifier les surfaces;
• remplacer les mouvements de glissement par du roulement.
Chapitre 2 Page 64 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

64 CONCEPTION DES MACHINES

Le coefficient de frottement du PTFE est bas sous forte pression. Ce matériau


peut s’appliquer à la surface de métaux et même de matières plastiques sous la forme
de vernis, dits de glissement, où il est incorporé à un liant thermodurcissable ou poly-
mérisant à froid. On incorpore à ces vernis aussi du graphite, du bisulfure de molyb-
dène ou des métaux tendres (Pb, Ag, In). Ces vernis résistent bien à la corrosion
(sect. 3.8).

Mouvement louvoyant
On met à profit le fait que la force de frottement est toujours opposée à la vitesse
de glissement pour diminuer la force de frottement apparente parallèle au déplacement
d’un objet. Considérons un solide (2) (fig. 2.64a), guidé selon l’axe x d’un référentiel
fixe, qui se déplace à la vitesse v2x sur une plaque (1). Animons cette dernière d’un
mouvement oscillant transversal avec la vitesse v1y . Compte tenu du fait que
v21y = ± v1y , la vitesse relative de (2) par rapport à (1) vaut

v21 = v2x + v21y

La force de frottement F appliquée à (2) est opposée à la vitesse; si v2x << v21 ,
la composante Fx de F est aussi très petite. La force T nécessaire pour entretenir la
translation v2x est donc beaucoup plus faible que sans le mouvement transversal, soit

v2x v2x
T = F sin θ = µ N ≈ µ N (2.60)
2 + v2
v2x v1y
1y

N
F Fy
0 θ
x v1y
2 v1y
y
v2x x
v21y T
v2x
Fx
(a) v21
1
(b)
v21y v21

Fig. 2.64 Frottement avec une vitesse perpendiculaire à la vitesse principale: (a) schéma; (b) vitesses rela-
tives et forces de frottement.

S’il n’existe que le mouvement oscillant de (1), l’élément (2) se met en mou-
vement dès qu’on lui applique une force T, il n’y a pas de frottement de repos et tout se
passe comme si le système était visqueux car T ~ v2x .
Vu la trajectoire d’un point de (2) par rapport à (1), le mouvement est dit lou-
voyant. Ce principe est utilisé pour annihiler le frottement dans des vérins hydrau-
liques de mesure à cylindre tournant et dans certains instruments. Il explique aussi
Chapitre 2 Page 65 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

FROTTEMENT 65

pourquoi des vibrations sont capables de mettre des masses en mouvement et peuvent
avoir des effets dangereux: glissement de terrain déclenché par des tremblements de
terre, avalanches provoquées à l’explosif. On dimensionne avantageusement les méca-
nismes de sécurité avec le coefficient de frottement dynamique, car les vibrations peu-
vent provoquer de petits glissements. Ce phénomène contribue au desserrage spontané
des vis et des boulons soumis à des vibrations transversales.

2.6.2 Augmentation du coefficient de frottement


On espère parfois accroître le frottement en rendant rugueuses les surfaces
fonctionnelles, mais cette mesure est inefficace. On observe, par exemple, que les
poulies des transmissions à courroie finissent toujours par se polir à cause du glisse-
ment élastique des courroies chargées ; il suffit de donner aux poulies une rugosité
correspondant à l’état de surface obtenu spontanément. Dans les emmanchement
frettés, la forte pression de serrage écrase de toute manière les aspérités par fluage et
les microglissements en service les arasent par usure, de sorte que le frettage se
relâche et que le couple transmis est finalement plus faible que si l’état de surface
initial avait été meilleur.
On obtient des coefficients de frottement élevés en choisissant judicieusement les
matériaux. On a développé des huiles spéciales destinées aux transmissions à friction,
qui ont la propriété d’accroître le frottement et de permettre des pressions de contact
élevées sans grippage.
Des coefficients de frottement élevés sont avantageux dans les freins et dans les
embrayages. Mais ces organes fonctionnent en douceur, sans stick-slip (sect. 15.6), si
le coefficient de frottement dynamique n’est pas inférieur à la valeur statique. On vise
un comportement selon la courbe (2) de la figure 2.59; des garnitures à base
d’amiante, d’aramide ou de papier liées par des résines époxy s’en rapprochent.

2.7 CONCLUSIONS PRINCIPALES

La tribologie évolue rapidement, ce chapitre reflète les opinions actuelles.


Les surfaces fonctionnelles réelles s’écartent de la géométrie théorique parfaite.
Elles présentent des ondulations et des aspérités qu’on exprime par la rugosité. Les
surfaces non conformes se touchent ponctuellement ou en ligne; la pression de contact
est distribuée sur la surface de contact effective selon un paraboloïde tant que la défor-
mation est élastique (pression hertzienne).
Les surfaces conformes se touchent par leurs aspérités; soumises à une force de
serrage croissante, des aspérités de corps métalliques se plastifient, les surfaces se rap-
prochent et le nombre d’aspérités en contact croît. Le comportement charge-rap-
prochement est approximativement linéaire. L’aire de contact réelle des aspérités est
beaucoup plus petite que la surface de contact apparente, mais l’aire des contacts en
état plastique augmente lorsque les corps sont sollicités par une force tangente au plan
de contact.
Plusieurs mécanismes concourent à générer le frottement: l’adhérence des sur-
faces propres par des électrons libres de surfaces, labourage d’une surface par des aspé-
rités de la surface opposée et par des débris d’usure emprisonnés entre les corps, inter-
action avec déformation d’aspérités enchevêtrées en cas de glissement. L’adhérence est
Chapitre 2 Page 66 Lundi, 6. f vrier 2006 1:12 13

66 CONCEPTION DES MACHINES

importante avec des surfaces propres dans le vide. Les surfaces exposées à l’air ambiant
sont toujours souillées par du gaz adsorbé, des poussières et des débris d’usure qui for-
ment le corps intermédiaire. Dans ce cas, le cisaillement de cette couche est à l’origine
de la plus grande partie de la force de frottement; les phénomènes d’adhérence ne
jouent alors pratiquement pas de rôle.
En général, la force de frottement est proportionnelle à la charge normale et
indépendante de la surface de contact. En cas de lubrification solide ou avec certains
polymères, le coefficient de frottement diminue lorsque la charge augmente et tend
vers une certaine limite inférieure.
Des corps pressés l’un contre l’autre glissent progressivement lorsqu’ils sont sol-
licités par une force tangente croissante. Il s’agit de microglissements partiellement
récupérables lorsque la force s’annule. Au-delà d’un certain seuil, les pièces glissent
franchement.
La lubrification a pour but de diminuer la force de frottement et l’usure. Elle
consiste à séparer les surfaces par un liquide, un gaz ou un solide. En régime de
lubrification fluide, les surfaces ne se touchent pas et ne s’usent pas. L’introduc-
tion du fluide a lieu grâce à sa viscosité et au mouvement relatif des surfaces
(lubrification hydrodynamique) ou par injection sous pression (lubrification hydro-
statique).
De l’huile séparant des pièces en contact hertzien est soumise à une très forte
pression qui accroît énormément sa viscosité jusqu’à la rendre pâteuse. Ce phénomène
modifie la distribution de la pression de contact, on parle de lubrification élasto-hydro-
dynamique. L’épaisseur du film lubrifiant peut s’effondrer en cas d'échauffement local
important.
Des surfaces grasses sont séparées par des couches très minces de lubrifiant
adsorbé sur les surfaces et par du lubrifiant qui remplit l’espace entre les aspérités. En
cas de glissement, la lubrification est élastohydrodynamique au contact des aspérités et
hydrodynamique entre elles, c’est le frottement mixte.
Des surfaces, dites sèches, par exemple une surface huilée puis essuyée, sont en
réalité séparées par des couches moléculaires adsorbées. Le frottement est conditionné
par les propriétés chimiques de la couche. On dit que le frottement est limite. La lubri-
fication solide par du graphite ou du bisulfite de molybdène abaisse très nettement le
coefficient de frottement. On obtient le même effet par un revêtement tendre des
surfaces; il est efficace et résistant à l’usure s’il est déposé sous vide par bombarde-
ment ionique sur des surfaces propres.
Le coefficient de frottement avec glissement est le plus souvent plus bas qu’au
démarrage du mouvement. Le frottement de surfaces neuves croît tout d’abord avec la
distance de glissement, puis il se stabilise. Une forte rugosité ou des surfaces très lisses
accroissent temporairement le frottement; on a avantage à ce que la rugosité soit opti-
male. Le coefficient de frottement ne reprend pas immédiatement sa valeur statique
lorsque le glissement cesse, la récupération complète peut exiger plus d’une heure. Ce
retard joue un rôle important dans le stick-slip.
Les valeurs du coefficient de frottement données dans les manuels présentent une
forte dispersion à cause de la complexité des phénomènes en jeu. On utilisera toujours
des valeurs pessimistes adaptées à l’organe à dimensionner et au but poursuivi.
La technique dite du mouvement louvoyant permet presque d’annuler le frotte-
ment.
Chapitre 3 Page 67 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

CHAPITRE 3

DÉTÉRIORATION
DES SURFACES FONCTIONNELLES

3.1 INTRODUCTION

D’une manière générale, on appelle usure la détérioration d’une surface solide,


généralement par enlèvement progressif de matière, provoqué par son mouvement
contre une autre matière ou par une substance.
Cette définition inclut la corrosion, mais cet aspect ne sera pas abordé.
Avec le frottement, l’usure est un vaste domaine couvert par la tribologie. Il
existe certes des théories de l’usure, mais de nombreux effets sont encore inexpliqués.
Elle détruit les surfaces fonctionnelles des couples cinématiques et cause, avec la cor-
rosion, d’énormes pertes. On est toujours intéressé à réduire, voire supprimer l’usure
pour prolonger la vie des machines. La prévention de l’usure repose essentiellement
sur l’expérience acquise dans l’exploitation industrielle. Des résultats d’essais en
laboratoire peuvent indiquer qu’une solution tribologique est meilleure qu’une autre,
ils montrent certes une tendance, mais n’ont pas la valeur de l’épreuve réelle.
Le choix des matériaux, lubrifiants, traitements et revêtements de surface est
délicat. On consultera la littérature et surtout des spécialistes. On se place ici dans une
perspective de conception de machines et non pas dans celle de la recherche de la
meilleure solution technologique. C’est pourquoi on restera dans les généralités en
tentant seulement d’expliquer les principaux mécanismes de l’usure afin de com-
prendre les principes de sa prévention.
Le mécanicien distingue les détériorations de surfaces fonctionnelles suivantes :
• l’usure est l’enlèvement progressif plus ou moins uniforme de matière à la sur-
face des pièces d’un couple cinématique en glissement relatif sous charge;
• l’usure induite par petits débattements ou fretting est une usure particulière
qui se produit lorsque des surfaces glissent, sous charge, avec de très petits
mouvements oscillants;
• l’écaillage est l’enlèvement d’assez gros morceaux de matière avec apparition
de cratères à la surface;
• l’érosion est l’enlèvement de matière par l’impact d’un fluide ou de particules
solides;
• le grippage est l’arrachage massif et brutal de matière avec éventuellement la
soudure de larges zones des surfaces en contact;
• le marquage d’une surface est un enfoncement localisé par une charge ponc-
tuelle très élevée;
• le rayage est la trace que laisse le passage d’un objet dur;
Chapitre 3 Page 68 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

68 CONCEPTION DES MACHINES

• le faïençage est un réseau de craquelures en surface.

Le calcul de l’usure est utile pour prédire la longévité des couples cinématiques et
pour leur dimensionnement, mais il est incertain car il repose sur de nombreuses hypo-
thèses. Cependant, on verra que quelques lois simples de comportement suffisent pour
expliquer le rodage et calculer, dans le chapitre 8, la distribution de la pression et les
efforts de frottement de certains organes de machines.
Ce chapitre repose sur le chapitre 2, il est structuré comme suit:
• Section 3.2 Description du processus d’usure et de sa prévention.
• Section 3.3 Mécanismes et prévention de l’usure induite par petits débat-
tements.
• Section 3.4 Mécanismes et prévention de l’écaillage.
• Section 3.5 Mécanismes et prévention du grippage.
• Section 3.6 Exposé de l’évolution de l’usure au cours de la vie d’un
mécanisme et longévité des pièces.
• Section 3.7 Principe et conduite du rodage.
• Section 3.8 Applications.
• Section 3.9 Conclusions principales.

3.2 USURE

3.2.1 Mécanismes d’usure


Usure adhésive
On sait que des corps en contact peuvent former des liaisons au contact des
aspérités (§ 2.3.2). Le glissement n’est possible que par cisaillement des liaisons:
• cisaillement du corps le plus tendre lorsque la soudure est résistante (fig. 3.1);
des particules du corps le plus tendre (1) sont transférées sur le corps le plus
dur (2), la substance du corps (1) finit par frotter sur elle-même;
• cisaillement des microsoudures lorsqu’elles sont moins résistantes que les
corps, il n’y a pas de matière arrachée.

Ce mode d’usure est manifeste dans le vide. Dans l’atmosphère, la surface des
métaux est polluée par des oxydes et par des substances adsorbées. L’adhésion ne se
produit que lorsque ces écrans sont perforés sous forte pression.
2 2

1 1
(a) (b)

Fig. 3.1 Transfert d’une particule: (a) soudure d’aspérité; (b) arrachage d’une particule.

On observe dans la pratique le transfert par adhérence de cuivre ou de bronze sur


l’acier, de polymère sur les métaux et de métal sur les céramiques. Le mécanisme de
ce mode d’usure est exposé en détail dans [3.1, 3.17].
Chapitre 3 Page 69 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 69

Usure abrasive par labourage


Le mouvement d’une aspérité d’une surface rugueuse enfoncée dans une surface
tendre creuse un sillon (fig. 3.2). L’aspérité pousse un bourrelet frontal devant elle et
forme aussi un bourrelet de chaque côté du sillon. Elle arrache de la matière tendre,
comme un outil de coupe, si l’inclinaison α de sa face avant est forte.
Cette forme d’usure est mise à profit pour usiner des surfaces par les meules et
par la toile d’émeri. Elle détruit les dents des dragues et des pelleteuses.

2 υ 2

sillon

1 (a) 1 (b)

Fig. 3.2 Labourage d’une surface par une aspérité: (a) coupe parallèle au mouvement; (b) coupe perpen-
diculaire au mouvement.

Usure abrasive par particules intermédiaires


Des grains de sable introduits entre les surfaces ou des débris d’usure piégés
labourent les surfaces tendres et arrachent aussi de la matière. Les débris d’usure sont
très durs parce que le métal est fortement écroui, ou parce que l’acier est autotrempé
s’il a été fortement échauffé.

2 2

1 sillon grain bourrelet


(a) 1 (b)

Fig. 3.3 Usure abrasive: (a) frottement à deux corps; (b) frottement à trois corps.

Dans le frottement à deux corps, les particules s’incrustent dans le corps le plus
tendre et agissent comme des aspérités (fig. 3.3a). Si les particules sont assez nom-
breuses pour former le troisième corps, elles «roulent» les unes sur les autres
(fig. 3.3b) et l’usure est beaucoup moins intense. Dans ce cas, il existe un débit de par-
Chapitre 3 Page 70 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

70 CONCEPTION DES MACHINES

ticules entre leur source aux premiers corps et leur sortie de l’interface. Ce troisième
corps se comporte comme un lubrifiant solide; selon ce modèle, on aurait avantage à
retarder la sortie des déchets alors qu’on pense généralement les enlever au plus vite.

Usure par fatigue en glissement


Le frottement déforme fortement plastiquement les métaux. On a déjà cité l’élar-
gissement des aspérités (§ 2.2.3), mais le passage d’une aspérité arrondie génère
(fig. 3.4):
• une couche superficielle très fortement déformée dans laquelle les grains cris-
tallins s’orientent parallèlement au glissement;
• une couche, plus épaisse, déformée plastiquement, constitue la transition entre
la couche superficielle et la matière profonde qui n’est pas affectée par le frot-
tement.

couche très fortement déformée

couche à déformation progressive

matière non déformée

Fig. 3.4 Déformations plastiques de surfaces.

Le passage répété de protubérances fatigue le matériau et initie des fissures. On


distingue:
• la naissance de fissures à la surface qui se propagent dans le matériau jusqu’à
ce qu’un morceau se détache;
• la naissance de fissures en profondeur qui se propagent sous la surface jusqu’à
ce qu’une lamelle se détache. Suh [3.2] a donné le nom de délamination à ce
phénomène.

Autres mécanismes d’usure


On rencontre encore d’autres mécanismes d’usure:
• érosion des surfaces par la projection de particules abrasives ou de liquides à
haute pression;
• érosion par la cavitation de liquides coulant rapidement sur les surfaces;
• instabilité chimique rencontrée lors de la coupe des métaux;
• érosion par des arcs électriques sur des frotteurs de machines électriques ou
des pantographes.

Ces phénomènes sortent du cadre de cet ouvrage, car on ne les rencontre nor-
malement pas dans les couples cinématiques des mécanismes, à l’exception de la cavi-
tation qui se manifeste dans les paliers lisses hydrodynamiques très rapides.
Chapitre 3 Page 71 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 71

3.2.2 Prévention de l’usure


Vu le grand nombre de paramètres qui influencent le frottement et l’usure, il est
difficile de formuler des règles très précises. L’empirisme joue un grand rôle dans ce
domaine, mais on se gardera toujours de généraliser le résultat d’une expérience par-
ticulière. Un couple tribologique ayant donné satisfaction dans un cas peut se révéler
désastreux dans d’autres conditions de fonctionnement, et inversement. On se limite à
quelques règles générales.

Matériau pour le frottement sec ou limite


L’usure en frottement sec se produit surtout par adhérence. On évite le contact de
métaux identiques car ils tendent à se souder. On a longtemps pensé que la solubilité
d’un métal dans l’acier sur lequel il frotte jouait un rôle déterminant. On est
aujourd’hui d’avis que c’est plutôt un problème d’activité chimique; un métal capable
de céder des électrons se lie plus fortement au fer qu’un métal passif ou inerte. C’est
pourquoi l’aluminium, plus électropositif que le chrome, risque fortement de gripper
avec l’acier. Le plomb, l’étain, le cuivre et l’argent sont chimiquement peu actifs, on
les utilise dans les coussinets de paliers. On a revêtu des vis sans fin d’argent; dans
certains cas, on peut faire un dorage.
Les matériaux à structure cristalline hexagonale présentent une adhérence plus
petite que les matériaux à structures cubiques.
Les surfaces métalliques exposées à l’air se recouvrent très rapidement d’un film
d’oxyde de 5 nm d’épaisseur qui contamine assez la surface pour éviter l’adhésion,
mais il ne faudrait pas qu’il soit fortement lésé par le passage des aspérités, c’est pour-
quoi il faut une faible rugosité. L’introduction d’impuretés dans le métal diminue for-
tement l’adhérence, carbone dans le fer (acier, fonte), soufre.
Les céramiques usent l’acier, mais de nouveaux types de céramiques et de verres
paraissent donner des résultats prometteurs [3.3].

Matériaux pour le frottement mixte


Sauf grippage, les surfaces lubrifiées n’adhèrent pratiquement pas. L’usure se
produit surtout par abrasion. Les matériaux à haute dureté et très résistants à la fatigue
sont les meilleurs, leur dureté ne devrait pas être inférieure à 80% de la dureté des par-
ticules abrasives.

Eviter les impuretés abrasives


Les déchets d’usure et les poussières ou le sable provoquent de l’usure abrasive et
initient des fissures de fatigue dans les contacts roulants. On met les couples ciné-
matiques à l’abri de ces grains en prenant les mesures suivantes:
• Empêcher l’introduction d’impuretés dans les mécanismes par des étanchéités
efficaces. Les roulements des transmissions à engrenages devraient aussi être
pourvus d’une étanchéité intérieure pour que les débris d’usure des dentures ne
puissent y pénétrer.
• Retirer les impuretés des circuits de lubrification en filtrant l’huile en continu.
Des filtres à 5 µm sont nécessaires pour accroître la longévité des roulements.
Des aimants permanents au fond des carters et des bacs à huile fixent les débris
ferreux.
Chapitre 3 Page 72 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

72 CONCEPTION DES MACHINES

• Emprisonner les débris d’usure à leur naissance dans les couples tribologiques.
Un matériau tendre permet leur incrustation sous l’effet de la pression de con-
tact, mais on a observé que ces déchets transforment progressivement des
coussinets de paliers en une râpe qui raie et détériore l’arbre. On peut tremper
l’arbre et utiliser des coussinets plus tendres. Suh [3.2] cite des composites car-
bone-polyuréthane dans lesquels on a ménagé des microcavités pour piéger les
débris.

Si les déchets d’usure ne sont pas trop durs, la vitesse d’usure diminue progressi-
vement avec la formation du troisième corps de débris, l’élimination continue des
déchets est désavantageuse.
On appelle surface cinématique la surface d’une pièce qui frotte pendant un
cycle de mouvement. Par exemple, dans le cas d’un arbre chargé radialement, la sur-
face cinématique de l’arbre est toute sa périphérie tandis que celle du coussinet n’est
que la surface de la zone de contact. La surface la plus petite d’un couple de frottement
s’écrouit plus rapidement et plus profondément que la surface la plus grande, aussi
présente-t-elle bientôt la plus grande micro-dureté et la couche d’oxyde la plus solide.
La pièce qui offre la plus grande surface cinématique doit donc être plus dure que
l’autre.

Traitements de surface
Des traitements de surface ont pour but de créer dans la couche superficielle des
solutions intersticielles qui diminuent la tendance adhésive:
• la cémentation introduit du carbone;
• la nitruration introduit de l’azote;
• la sulfinusation introduit du soufre et de l’azote;
• d’autres procédés introduisent du bore ou du chrome.

La trempe de surfaces cémentées ou la nitruration augmentent considérablement


la dureté pour résister à l’abrasion et à la pression élevée des contacts hertziens. Ces
traitements, le grenaillage et le galetage, accroissent aussi sensiblement la résistance à
la fatigue.
Le durcissement au laser est efficace pour diminuer l’usure abrasive.

Réfrigération des surfaces frottantes


On distingue deux effets de l’échauffement sur l’usure abrasive selon l’origine de
la chaleur:
• Le couple tribologique est exposé à une source de chaleur externe. La dureté
des métaux des corps et celle des abrasifs métalliques diminuent parallèlement
de sorte que le rapport des duretés est approximativement maintenu, l’intensité
de l’usure ne change pas beaucoup. En revanche, l’usure s’accélère avec des
poussières siliceuses qui restent dures ou avec un corps polymère qui perd sa
résistance plus vite que l’abrasif.
• La chaleur est dégagée localement par la déformation plastique de la surface
des corps. Dans un frottement à trois corps, les grains ont l’occasion de se
refroidir après être sortis du sillon de labourage et leur dureté diminue moins
vite que celle de la surface; par conséquent, l’usure s’accélère.
Chapitre 3 Page 73 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 73

On verra (§ 19.5.3) que le corps d’un couple tribologique qui reçoit la plus
grande part de la chaleur de frottement est celui qui présente la plus grande valeur du
coefficient de pénétration de la chaleur, défini comme suit:

b = λρc (3.1)

avec:
λ coefficient de conduction de chaleur
ρ masse volumique
c chaleur massique

En cas de surfaces de frottement inégales, la chaleur se répartit proportionnel-


lement à l’aire de la surface cinématique (§ 19.5.5). On veillera à refroidir efficace-
ment la pièce dont le produit

b × surface cinématique (3.2)

est le plus grand.

Revêtements de surface
Certains revêtements de surface réduisent l’usure. Leurs mécanismes d’action sont
très compliqués et encore presque inconnus, on consultera par exemple [3.1, 3.3, 3.4].
Il est impossible de donner des règles générales, on se base sur l’expérience.
L’efficacité d’un revêtement dépend fortement du substrat: nature, dureté,
tenacité, pureté, état de surface. L’environnement, la nature et la pression du gaz,
l'humidité, jouent aussi un rôle déterminant. On distingue:
• revêtement tendre sur substrat dur pour réduire le frottement et l’usure adhésive;
• revêtement dur pour prévenir l’usure abrasive;
• implantation ionique.

Un revêtement trop mince est inefficace, trop épais il s’use par fatigue; l’épais-
seur optimale est de l’ordre de 1 µm (fig. 2.48b). Il doit être fortement lié au substrat.
Fait surprenant, on a constaté que la résistance à l’usure d’un métal traité par implan-
tation ionique est encore bonne après usure de la couche dans laquelle on a mis les
ions étrangers; probablement que des ions migrent plus profondément dans le métal.
Les revêtements sont habituellement constitués de cadmium, argent, or, nickel, PTFE.
Des céramiques résistent bien à l’usure abrasive.
La technique de l’arc plasma permet de déposer des matériaux réfractaires très
durs tels que le molybdène, le cobalt, le tungstène ou des matériaux composites for-
més de mélanges de carbures, de nitrures, de borures ou encore des mélanges d’oxy-
des métalliques et de métaux. C’est ainsi qu’on revêt les sièges de vannes, les soupa-
pes des moteurs, des vis de transport ou des outils d’emboutissage.

Lubrification
On a exposé le principe de la lubrification à la section 2.4. L’usure dépend du
régime de lubrification:
Chapitre 3 Page 74 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

74 CONCEPTION DES MACHINES

• la lubrification mixte réduit l’usure en déchargeant les points de contact et en


empêchant l’usure adhésive;
• les lubrifications hydrodynamiques et élastohydrodynamiques préviennent
toute usure durant le fonctionnement normal, les pièces ne s’usent qu’au cours
du démarrage et de l’arrêt lorsque le film lubrifiant n’est pas assez épais;
• la lubrification hydrostatique à liquide ou à gaz évite toute usure puisque les
pièces sont toujours séparées.

Par des additifs, on donne aux huiles et aux graisses des propriétés orientées:
anti-friction, anti-usure, anti-grippage, stabilité à l’oxydation, diminution de la varia-
tion de viscosité avec la température. Les additifs multifonctions sont moins efficaces
que les additifs spécifiques et leur efficacité diminue avec le temps.
Il existe des huiles polyphasiques constituées de suspensions de solides dans
l’huile, notamment de graphite, de sulfure de molybdène, de téflon. On a constaté que
ces suspensions ont la propriété d’augmenter beaucoup la viscosité de l’huile
lorsqu’elles passent dans un espace étroit de l’ordre de grandeur des particules. Cela
empêche le grippage quand une très forte charge rapproche les surfaces. On utilise aussi
dans le même but des fluides contenant des particules ferromagnétiques en suspension.
Il existe des vernis de glissement dont le liant, une résine, contient un lubrifiant
solide finement divisé: bisulfure de molybdène, graphite, PTFE. Grâce à la structure
lamellaire des premiers, on obtient des coefficients de frottement aussi bas que 0,03 à
0,05. Des vernis contiennent aussi de l’huile dissoute dans le liant ou émulsionnée en
microgouttelettes. Ces vernis permettent la lubrification à vie d’organes faiblement
chargés et frottant lentement; par exemple des charnières de portes, les filetages et les
appuis des assemblages boulonnés.

Etat de surface
Un bon état de surface est favorable parce qu’il diminue l’usure abrasive. Il
importe que les stries d’usinage des deux surfaces ne soient pas parallèles au sens du
glissement, car elles s’imbriquent les unes dans les autres et donnent lieu à un important
frottement pouvant même conduire au grippage, surtout si leurs longueurs d’onde sont
égales. En revanche, elles sont simplement cisaillées et le frottement est moins intense
si elles sont perpendiculaires au sens de marche. L’usure est d’autant plus faible que les
stries d’usinage sont plus inclinées par rapport au sens de marche. C’est dans cette pers-
pective qu’il faut voir l’avantage du honing qui remplace les stries de tournage des
coussinets, parallèles à celle des arbres, par des stries obliques et longitudinales.
Avec des surfaces lisses et à très petit jeu, on ménage des sculptures régulières
dans la surface la plus tendre pour piéger les débris d’usure et servir de réserve de
lubrifiant pour le démarrage. Ces sculptures se disposent toujours obliquement par
rapport à la direction du mouvement. Le grattage des surfaces a les mêmes effets.

Surfaces autorégénératives
Le film d’oxyde à la surface se régénère immédiatement en cas de lésion.
On a construit des paliers congelés analogues aux joints congelés (§ 22.4.4). Le cous-
sinet est refroidi et contient de l’eau qui gèle. En tournant, le frottement de l’arbre fond un
peu de glace et il se forme un mince film d’eau lubrifiant, moins de 1 µm. Son épaisseur
dépend de l’équilibre entre la puissance du refroidissement et la chaleur de frottement.
Chapitre 3 Page 75 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 75

Prévention de l’usure des polymères


Tremper l’acier (60 HRC) afin qu’il ne devienne pas rugueux sous l’effet de
poussières et autres corps étrangers en lui permettant ensuite de râper le polymère. Les
particules étrangères s’incrustent dans le polymère beaucoup plus tendre.
Polir les surfaces métalliques pour diminuer l’abrasion du polymère. Mais on a
observé que des surfaces trop lisses sont aussi défavorables parce que la formation
rapide d’un film de transfert est facilitée par de petites aspérités qui enlèvent et
accrochent un peu de polymère. Il existe une rugosité optimale.
On améliore la résistance à l’usure des polymères en leur incorporant des fibres
de métal, de verre ou de carbone. On les mélange aussi avec du PTFE et du plomb
pour diminuer le frottement (sect. 3.8).

3.3 USURE INDUITE PAR PETITS DÉBATTEMENTS (FRETTING)

3.3.1 Description du phénomène


On observe que les surfaces de deux pièces serrées s’usent si elles effectuent de
petits mouvements oscillants répétés. L’usure se produit déjà pour de très petits mou-
vements, de l’ordre de 1 µm, dans la zone de glissement des points de contact
(§ 2.3.4); elle affecte de plus grandes surfaces lorsque l’amplitude du mouvement
dépasse 10 à 25 µm. Les mécanismes d’usure sont les mêmes que pour les grands glis-
sements (§ 3.2.1). Les déchets d’usure sont petits et forment une poudre fine; les
métaux sont chimiquement très actifs et s’oxydent immédiatement au contact de l’air;
de l’eau accélère l’usure. Les déchets ferreux prennent une couleur brunâtre typique
de la corrosion du fer. L’oxyde est aussi arraché à la surface des métaux.
La présence caractéristique de rouille entre des couples ferreux soumis à de petits
mouvements oscillants fait qu’on a donné le nom de corrosion de contact à ce mode
d’endommagement. Mais il est préférable de l’appeler usure induite par petits débatte-
ments afin de ne pas confondre la conséquence avec la cause de ce phénomène,
d’autant plus qu’on l’observe aussi avec des matériaux non ferreux et non métalliques
où naturellement aucune rouille n’est visible. Nous utiliserons le vocable anglais fret-
ting pour abréger.

c petit mouvement oscillant,


c << l

lente élimination de débris couche de débris emprisonnés

Fig. 3.5 Accumulation de débris entre des surfaces avec de petits mouvements oscillants.
Chapitre 3 Page 76 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

76 CONCEPTION DES MACHINES

Les mouvements ont une très petite amplitude de sorte que les déchets d’usure ne
sont pas éliminés mais restent emprisonnés entre les surfaces (fig. 3.5). Les pièces
s’éloignent progressivement et sont bientôt séparées par un matelas de débris qui pro-
voque alors une usure abrasive. On observe que la résistance électrique entre les piè-
ces augmente. Des matériaux nobles, or ou platine, forment, par catalyse, des
polymères à partir des polluants organiques atmosphériques qui causent des «faux
contacts» électriques.
L’accumulation de poudre dans les liaisons ajustées telles que articulations,
rotules, guidages glissants, roulements, finit par les bloquer et rend souvent le démon-
tage difficile. En présence d’huile ou de graisse, l’oxyde de fer exerce une action
catalytique sur l’huile qui la décompose par cracking, puis intervient une polymérisa-
tion des radicaux CH qui forme des résines solides qui bloquent aussi les mécanismes.
Les petits mouvements oscillants et la pression de contact provoquent une con-
trainte de frottement alternée à la surface des pièces qui initient des microfissures.
Elles évoluent en fissures et conduisent à une rupture de fatigue si la pièce est en plus
soumise à un champ de contraintes variables assez intense pour propager les fissures.
C’est pourquoi la corrosion de contact est dangereuse, par exemple entre un moyeu et
un arbre tournant.
σa

σD matériau seul

(σD)ct avec fretting

N (log)
10 4 10 5 10 6 10 7

Fig. 3.6 Abaissement de la limite de fatigue par fretting.

L’usure induite par le fretting abaisse la limite de fatigue (fig. 3.6) qu’on peut
estimer par la formule suivante [3.5]:

( σ D )ct (
= σ D ± 2 µ p 1 ± e ±c / k ) (3.3)

avec:
σD limite de fatigue alternée du matériau
µ coefficient de frottement
p pression de contact
c course du mouvement oscillant [µm]
k constante, de l’ordre de 3,8 µm

La limite de fatigue diminue rapidement jusqu’à un mouvement de 8 µm environ,


puis elle est assez peu sensible à l’accroissement de la course. La parenthèse de la
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DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 77

formule tend vers l’unité lorsque la course du mouvement dépasse 20 µm. Selon la
résistance initiale du matériau, il peut même ne plus y avoir de limite de fatigue.
En dépit des progrès accomplis, le nombre d’avaries par fretting ne diminue
guère car la plupart des projeteurs ignorent ce phénomène ou n’en tiennent pas compte
jusqu’au jour où ils le rencontrent à leur dépens.

3.3.2 Prévention de l’usure induite par fretting


Diminuer le microglissement
Le fretting se rencontre souvent dans les assemblages. On peut bloquer le glis-
sement relatif en imposant une très forte pression de contact pour solidariser les pièces
ou en augmentant le coefficient de frottement par un traitement de surface approprié.
Il faut donc serrer très fortement les assemblages boulonnés ou rivés. Imposer un
important serrage aux emmanchements, même s’il faut les monter à la presse ou,
mieux encore, par frettage. Prévoir éventuellement un montage hydraulique. Mieux
encore, souder ou coller les pièces.
Le fretting entre un arbre et un moyeu a deux origines:
• Torsion de l’arbre. Du microglissement peut exister entre un arbre et le bord
d’un moyeu fretté du côté de l’entrée du couple dans le moyeu (fig. 3.7a et
8.58). On diminue la torsion en accroissant le diamètre de l’arbre, éventuelle-
ment par une portée agrandie (fig. 3.7b).

microglissement

Mt

(a) (b)

Fig. 3.7 Arbre et moyeu fretté en torsion: (a) microglissement; (b) une portée agrandie.

• Flexion de l’arbre. Les fibres longitudinales extérieures de l’arbre se raccour-


cissent du côté concave et s’allongent du côté convexe (fig. 3.8b). Le moyeu
étant plus rigide, il peut y avoir du microglissement s’il est insuffisamment
serré. Du glissement alterné existe à chaque tour de l’arbre s’il tourne par rap-
port au plan de flexion. On prendra toutes les mesures utiles pour diminuer la
déformation de l’arbre, serrer fortement le moyeu pour le faire participer à la
flexion.

Il est impossible de serrer assez fortement la bague intérieure d’un roulement


pour empêcher les microglissements de flexion, mais il n’y a rien à craindre si l’arbre
n’est pas fléchi. Dans la figure 3.9(a), le pignon en porte-à-faux fléchit l’arbre dans le
roulement voisin. Cette déformation est pratiquement nulle si l’arbre se trouve entre
les paliers (fig. 3.9b); mais c’est maintenant le moyeu du pignon qui se trouve exposé
au fretting, on le serrera fortement.
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78 CONCEPTION DES MACHINES

M M
(a) (b)

Fig. 3.8 Arbre et moyeu: (a) arbre droit; (b) arbre fléchi.

F F
1

Mmax

M M Mmax

Fig. 3.9 Danger de fretting: (a) dans le roulement (1); (b) dans le pignon.

Phénomène bien connu, la bague intérieure d’un roulement roule sur l’arbre, ou
la bague extérieure roule dans son logement, si la charge radiale transmise par le rou-
lement tourne par rapport à la bague considérée. On évite le «roulage» d’une bague en
prévoyant un ajustement serré.
On rencontre aussi du fretting dans les liaisons clavetées ou à cannelures qui
transmettent un couple alterné.
On diminue et même annule les débattements en permettant l’accommodement
de petits mouvements dans les pièces plutôt que dans la liaision. Il suffit de donner de
la souplesse en des endroits judicieusement choisis.

Traitement de surface
Un film d’oxyde épais et résistant atténue l’arrachage de particules. Le durcis-
sement des surfaces par grenaillage ou par galetage améliore la résistance à la fatigue.

Choix des matériaux et état de surface


On observe que les états de surface fins manifestent plus facilement du fretting
que les surfaces rugueuses. Cela s’explique par le fait que les déchets abrasifs trouvent
moins de place pour se loger et sont très rapidement actifs pour détruire les surfaces.
La surface la plus dure d’un couple tribologique devrait être la plus lisse.
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DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 79

On prévient efficacement la corrosion des déchets d’usure en bannissant les


métaux ferreux, au moins pour l’un des éléments. Le PTFE, du polyamide renforcé
avec de la fibre de verre ou du polyuréthane, sont favorables, spécialement si les sur-
faces sont graissées, mais il faut que la surface de la pièce métallique soit très lisse et
très dure.

Graissage
L’huile diminue la corrosion en s’opposant à l’entrée d’oxygène et en empêchant
l’usure adhésive mais elle n’empêche pas le fretting, sa viscosité ne joue aucun rôle.
Les additifs anti-usure apportent une certaine amélioration, les additifs extrême pres-
sion sont inefficaces parce que la température de contact n’atteint jamais le niveau où
ils entrent en action. Les graisses, le MoS2 sont sans effet durable.
Seuls les lubrifiants pâteux permettent de combattre efficacement le fretting. Ces
pâtes sont des amalgames de lubrifiants solides et d’huile. Les meilleurs résultats ont
été obtenus avec des phosphates de zinc, de calcium, de potassium et de fer. Ces élé-
ments constituent un film régénérable fortement adhérent qui sépare les surfaces tan-
dis que l’huile protège seulement de la corrosion.
Des laques constituées d’un lubrifiant solide (MoS2, graphite, PTFE) lié par une
matière synthétique (époxyde, polyamide, etc.) appliquées sur les surfaces en couches
minces (5 à 15 µm) donnent de bons résultats en isolant les surfaces. L’adhésion sur
des surfaces phosphatées est particulièrement bonne.
Ces mesures atténuent l’abaissement de la résistance à la fatigue, probablement
en diminuant le coefficient de frottement comme le suggère la formule (3.3).

Protéger les organes des vibrations


Des roulements à l’arrêt et soumis à des vibrations développent du fretting au
contact des corps roulants qui finissent par former des empreintes sur les bagues. Cette
détérioration se rencontre dans les machines de réserve à bord de véhicules où elles
sont soumises aux trépidations de la marche et lors du transport des machines. On la
distingue d’une empreinte de surcharge statique par le fait que l’empreinte de fretting
est dépourvue de bourrelet à sa périphérie. Mettre les machines à l’abri des trépida-
tions par des amortisseurs élastiques (§ 18.4.4); précontraindre les roulements pour
supprimer leur jeu ou au moins prévoir des jeux les plus petits possible encore compa-
tibles avec le fonctionnement des paliers. Caler fortement les arbres afin qu’ils ne bou-
gent pas dans les paliers pendant le transport des machines.

Eviter les mouvements oscillants


On rencontre des liaisons effectuant de petits mouvements oscillants qui provo-
quent du fretting. On évite l’inversion du sens du mouvement en superposant un mou-
vement continu.
Exemple intéressant (fig. 3.10a), une manivelle (3) tournant à 5000 t/min com-
mande le mouvement oscillant de la barre (2) d’une machine de production par une
bielle (4). La barre est articulée au bâti (1) par une articulation à lames analogue à celle
de la figure 3.11(b). L’amplitude angulaire du mouvement de l’articulation A est trop
grande pour une lame souple, alors le pied de la bielle est articulé sur un axe (5) par
deux roulements à aiguilles (6). En dépit de toutes les précautions, ces roulements se
bloquent rapidement par l’accumulation de débris d’usure. On a montré que, contrai-
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80 CONCEPTION DES MACHINES

3 4
4
A
5

6
(a) 1
2

8
9 4
8 10
10
5

2 7
7

6
(b) 1

Fig. 3.10 Articulation oscillante: (a) axe fixe; (b) axe tournant.

rement à ce qu’on pourrait croire, les aiguilles ne roulent pas sur l’axe, mais glissent
fortement, du fait de l’inertie qu’elles opposent aux très rapides inversions de leur sens
de rotation. On a résolu ce problème en faisant constamment tourner l’axe (fig. 3.10b)
au moyen d’une courroie (8). La petite poulie (9) est fixée sur l’axe de la manivelle; le
diamètre de la poulie (10) est choisi de telle façon que les aiguilles des roulements (6)
tournent toujours dans le même sens. Le fretting bloquant avec accumulation de
déchets fait place à de l’usure normale.

Suppression des contacts glissants


On élimine radicalement le fretting en remplaçant les couples cinématiques à élé-
ments oscillants par des éléments souples. Les suspensions de balanciers d’horloges
(fig. 3.11a), les articulations à lames (fig. 3.11b) et les guidages à lames ou à membra-
nes (fig. 3.11c et d) sont des exemples de solution. On remarque que ces constructions
se rencontrent souvent dans la micromécanique, mais pas encore suffisamment dans la
mécanique générale.
On a vu que des roulements donnent lieu à du fretting sur la portée de leur bague
intérieure. On prévient ce risque en supprimant la bague et en laissant les galets rouler
directement sur une portée trempée de l’arbre (fig. 3.12).
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DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 81

(a) (b) (c) (d)

Fig. 3.11 Eléments souples de liaisons cinématiques: (a) lame simple; (b) articulations à lames; (c) rotule à
lame; (d) disque d’embrayage.

Fig. 3.12 Roulements à rouleaux sans bague intérieure.

3.4 ÉCAILLAGE

3.4.1 Mécanismes de l’écaillage


La détérioration d’une surface par le détachement de morceaux relativement gros
est appelée écaillage, les cavités isolées à la surface sont les piqûres (fig. 3.13) qui se
rejoignent parfois pour former de plus grandes dépressions lorsque l’écaillage est très
avancé. On rencontre aussi des micropiqûres qui ne sont pas moins dangereuses que
les grosses.
piqûres

Fig. 3.13 Ecaillage.

L’écaillage survient dans les contacts hertziens, lubrifiés ou pas, par exemple les
engrenages, les cames, les roulements. La lubrification y est en régime élasto-
hydrodynamique pour lequel on rappelle qu’il existe dans la région de la sortie d’huile
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82 CONCEPTION DES MACHINES

un pic de pression élevé et un étranglement du film lubrifiant (§ 2.4.4). Le passage


répété sur une surface fatigue le matériau, il initie et fait progresser les fissures jusqu’à
ce qu’un morceau se détache. Une fissure germe par l’un des mécanismes suivants:
• lésion de la surface par une aspérité ou l’interférence d’aspérités si le film
lubrifiant est trop mince (fig. 3.14a);
• lésion de la surface par une particule, débris d’usure ou poussière, trop grosse
par rapport à l’espace disponible pour son passage (fig. 3.14b);
• défaut de surface, rayure, strie d’usinage, (fig. 3.14c);
• défaut du matériau au voisinage de la surface, pore ou impureté (fig. 3.14d).

L’écaillage initié en surface se reconnaît par une piqûre en forme de V ouvert en


direction du mouvement.

(a) (b)

(c) (d)

Fig. 3.14 Initiation de fissures: (a) par une aspérité; (b) par une particule étrangère; (c) par un défaut de
surface; (d) par une impureté en sous-couche.

Le roulement d’un corps sur un autre en régime de frottement EHD avec une fric-
tion simultanée accélère la propagation des fissures par un effet hydrostatique
(fig. 3.15). Admettons que le corps A avance plus vite que B, les zones 1 ± 2 et 3©±4©
sont en compression tandis que les zones 3 ± 4 et 1©±2©sont en traction. Le matériau
du corps le plus rapide passe progressivement de compression en traction, tandis que
celui du corps le plus lent passe de traction en compression. Les criques sont orientées
vers la surface dans le même sens que les forces de frottement.

compression traction
A
rapide
1
4
2 F– 3
huile F huile emprisonnée
2' 3'
1' 4'
lent
B
traction compression

Fig. 3.15 Effet de la friction sur l’écaillage.


Chapitre 3 Page 83 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 83

Les criques du corps le plus lent sont ouvertes par la traction en pénétrant dans la
zone de contact, elles se remplissent d’huile dans la zone sous pression et se referment
rapidement dans la région de sortie sous l’effet de la force de frottement et surtout de
la pression EHD. De l’huile est piégée dans les fissures et, mise sous pression, fait pro-
gresser la pointe des fissures. En revanche, les criques du corps le plus rapide entrent
dans la zone de contact par la pointe et l’huile qu’elles contiennent est expulsée, elles
s’ouvrent ensuite en sortant de la zone de contact, l’huile n’y est pas mise sous pres-
sion. Ce phénomène explique pourquoi le risque d’écaillage est beaucoup plus grand
dans les engrenages abondamment lubrifiés à l’huile que dans ceux qui sont graissés.
Les additifs EP mélangés à l’huile pour prévenir le grippage et l'usure des engrenages
fortement chargés abaissent de 10 à 15% la pression limite d'écaillage.
On observe encore que le matériau du corps le plus lent est déformé plastique-
ment par la force de friction dans le même sens que le mouvement (fig. 3.15), les cri-
ques se développent parallèlement à la texture du matériau [3.6]. Dans le corps le plus
rapide, la déformation est opposée au mouvement et les fissures croisent la texture.
Ces mécanismes paraissent expliquer le fait que la longévité de fatigue de l’élément
menant plus rapide est supérieure à celle de l’élément mené.
Des interactions chimiques entre les métaux et le lubrifiant influencent la lon-
gévité de fatigue. Certains additifs inhibent le phénomène, d’autres l’accélèrent. La
contamination par de l’eau est très néfaste, on a observé que 0,01% d’eau dans l’huile
raccourcit la longévité de 32 à 48 %. La dissociation de l’eau libère des ions d’hydro-
gène qui diffusent dans le métal en provoquant des dislocations et qui le fragilisent.
Les additifs doivent former un film adsorbé à la surface et dans les criques (écran)
pour prévenir l’adsorption ou la dissociation d’eau.
L’écaillage étant lié à une fissuration de fatigue, on constate une relation entre la
pression limite d’écaillage et le nombre de cycles sollicitant une surface. De manière
analogue aux courbes de Wöhler (§ 23.5.2), on distingue trois domaines (fig. 3.16):
• Le domaine de pression statique (droite 1) où la pression hertzienne est limitée
par des empreintes de surface avec écrouissage.
• Le domaine d’endurance limitée (courbe 2). Au-delà de 105 cycles environ, la
pression limite d’écaillage diminue avec l’augmentation du nombre de sollici-
tations selon une loi du type

N p0n = constante (3.4)

L’exposant n est compris entre 3 et 4, selon le type de contact (ponctuel ou


linéaire) et selon le matériau.
• Le domaine d’endurance illimitée (droite 3). La pression limite d’endurance
p0D est atteinte au bout de 106 à 108 cycles (ce dernier nombre pour les aciers
trempés).

On n’observe pas de limite d’endurance lorsque les piqûres sont initiées princi-
palement par des lésions de la surface. La pression limite ne cesse de décroître avec
l’augmentation du nombre de cycles (courbe 4). C’est ce qu’on constatait avec les rou-
lements jusqu’à ce qu’on ait appris à les mettre à l’abri des impuretés.
Chapitre 3 Page 84 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

84 CONCEPTION DES MACHINES

p0
(log) écrasement

1 écaillage

4 3
p0D

N (log)
10 5 ND

Fig. 3.16 Pression hertzienne limite en fonction du nombre de sollicitations.

Une surface présentant quelques petites piqûres peut encore remplir sa fonction.
Mais à un stade plus avancé, les cratères finissent par se rejoindre en mettant finale-
ment la pièce hors service. Cette possible prolongation de service justifie le calcul des
pièces à la pression superficielle avec un facteur de sécurité plus petit que pour le
dimensionnement à la rupture. Les piqûres provoquent un bruit typique des roule-
ments. L’écoute de ce bruit par des microphones, suivie d’une évaluation automatique
du niveau de bruit permet d’apprécier le degré d’endommagement des roulements et
de les remplacer seulement lorsque c’est vraiment nécessaire.

3.4.2 Prévention de l’écaillage


La compréhension du processus d’écaillage conduit logiquement à prendre les
mesures suivantes:
• Veiller à ce que la pression hertzienne ne dépasse pas la valeur limite accep-
table pour la longévité souhaitée, on la détermine empiriquement.
• Mettre la matière en précontrainte de compression au voisinage des surfaces
actives (galetage, trempe).
• Durcir la surface des pièces, la nitruration est favorable. Il ne faudrait si possible
pas rectifier la surface après traitement afin de ne pas enlever la mince couche dure,
ni détruire les contraintes résiduelles de compression dans le derme de la pièce.
• Utiliser des matériaux présentant une certaine ductilité en surface et qui ne
soient pas fragiles. Dans le cas des roulements, on préconise une dureté de 58
à 60 HRC seulement. Il en résulte une réduction des tensions dues à l’effet
d’entaille provenant des empreintes de corps étrangers.
• Polir les surfaces.
• Elaborer les matériaux en évitant toutes les impuretés; on obtient de bons
résultats par refusion et dégazage sous vide.
• Utiliser des huiles EP contenant des additifs appropriés.
• Mettre l’huile à l’abri de l’eau.
• Utiliser de l’huile visqueuse ou des graisses.
• Mettre les mécanismes à l’abri des polluants solides, les filtres d’huile doivent
retenir les particules plus grandes que 5 µm.
• Prendre toutes les mesures propres à réduire le frottement.
Chapitre 3 Page 85 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 85

3.5 GRIPPAGE

3.5.1 Origine du grippage


Le grippage est une forme particulièrement sévère d’usure adhésive. Les surfaces
adhèrent localement fortement l’une à l’autre et leur glissement arrache beaucoup de
matière, elles peuvent même se souder et se lier. Le grippage se diagnostique immé-
diatement par de profonds sillons; d’abord étroits, ils vont en s’élargissant dans le sens
du glissement. Les couples cinématiques fermés tels que paliers, articulations, glissiè-
res, peuvent se bloquer.
On rencontre le grippage aussi à petite vitesse, par exemple lors de l’introduction
d’un arbre en acier dans un manchon en acier austénitique serré ou lors du serrage
d’une vis en acier brut dans une pièce en aluminium.
A grande vitesse, on observe le grippage sur les flancs des engrenages, sur les
cames, dans les paliers et butées lisses en état de frottement mixte. Son mécanisme
est encore partiellement inexpliqué, mais on admet généralement qu’un échauffe-
ment local intense de l’huile, sous des aspérités qui touchent la surface opposée,
provoque une désorption de l’huile à la surface du métal. Mis à nu et chauds, les
métaux adhèrent et se lient par de larges microsoudures qui arrachent de la ma-
tière.
En accroissant progressivement la charge d’un engrenage, on observe que le grip-
page se produit brutalement sans autre signe avant-coureur parce que l’échauffement
sous les aspérités est fugitif (§ 2.4.4) et parce que l’huile aurait une température criti-
que de désorption. Blok [3.7, 3.8] a calculé la température de contact; sa formule,
valable pour des engrenages, est donnée au paragraphe 19.6.5. Mais la prédiction de la
charge et de la vitesse de grippage est difficile parce que la température critique de
désorption dépend de l’huile et de ses additifs et qu’elle croît aussi avec la pression de
contact. Pratiquement, on détermine la température critique pour chaque huile dans
des engrenages d’essai. Le plus sûr paraît pour l’instant de respecter les limites obser-
vées lors des essais et d’appliquer les formules éprouvées de dimensionnement.
Le risque de grippage est grand au début du rodage lorsqu’une protubérance pro-
noncée provoque une pression locale importante.

3.5.2 Prévention du grippage


On prévient le grippage dans les couples cinématiques lents en choisissant conve-
nablement les matériaux et en recouvrant les métaux d’une solide couche d’oxyde, par
exemple par oxydation anodique de l’aluminium. Des traces de carbone et de soufre
dans le derme des matériaux sont favorables. Le choix des matériaux est critique
(§ 3.2.2).
Dans les couples cinématiques rapides, il faut:
• utiliser des huiles contenant des additifs antigrippage;
• refroidir les pièces;
• limiter la vitesse de glissement;
• limiter la charge.
Chapitre 3 Page 86 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

86 CONCEPTION DES MACHINES

3.6 LONGÉVITÉ DES COUPLES CINÉMATIQUES

3.6.1 Usure
Loi d’usure
L’usure se manifeste par l’enlèvement de matière à la surface d’un solide
(fig. 3.17). On peut l’exprimer de plusieurs façons:
• le volume de matière enlevé ou usé, Vu ;
• l’épaisseur d’usure, appelée communément l’usure

Vu
u = (3.5)
A

où A est l’aire apparente de la surface;


• la masse de matière enlevée

mu = ρ Vu (3.6)

ρ est la masse volumique du matériau.

Dans les essais d’usure, il est souvent plus commode de mesurer l’usure par la
masse enlevée (pesée des pièces) plutôt que par un relevé topologique.

surface apparente A
usure u
volume usé Vu

Fig. 3.17 Usure d’une surface.

L’usure évolue au cours du temps. On définit:


• le débit-volume d’usure;

dVu
V«u = (3.7)
dt

• la vitesse d’usure

du
u« = (3.8)
dt

• le débit-masse d’usure
Chapitre 3 Page 87 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 87

dmu
m«u = (3.9)
dt

On utilise parfois aussi la résistance à l’usure

1
Ru = (3.10)
«
Vu

N N

2 u

1
s
Fig. 3.18 Chemin d’usure.

Un solide (2) glisse sur la surface d’un corps (1) (fig. 3.18). L’expérience montre que:
• l’usure est approximativement proportionnelle à la distance de glissement s,
dite chemin d’usure;
• l’usure est approximativement proportionnelle à la charge normale N sur la
surface. Ceci n’est plus vrai pour de très fortes charges.

On écrit alors

Vu = bu N s (3.11)

Le coefficient d’usure bu sera discuté au paragraphe 3.6.2. Avec (3.5) et


p = N / A, on trouve l’usure

u = bu ps (3.12)

et la vitesse d’usure

u« = bu p v (3.13)

La vitesse d’usure est proportionnelle au produit de la pression de contact


apparente par la vitesse de glissement.
Le produit p v est souvent utilisé pour:
• prédire l’usure d’un couple cinématique dont l’usure est déjà connue pour une
certaine condition de fonctionnement;
• calculer l’évolution de la distribution de pression dans un couple cinématique
au cours de son rodage (§ 3.7.2);
• calculer la distribution de pression dans les couples cinématiques (sect. 8.7).
Chapitre 3 Page 88 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

88 CONCEPTION DES MACHINES

La valeur du produit p v ne suffit pas pour caractériser l’usure d’un couple tri-
bologique, mais on donne souvent un diagramme p ( v ) correspondant à une vitesse
d’usure donnée (fig. 3.19).

p
10 7

[p0]

10 6

10 5

10 –2 10 –1 1 v [m/s]

Fig. 3.19 Courbe p – v du PTFE pour une vitesse d’usure de 0,25 µm/h.

Le produit p v est raisonnablement constant dans la partie centrale de la courbe;


la pression est limitée par la déformation tandis que la vitesse l’est par l'échauffement.

Mouvements continus
Un étroit frotteur (2) est appliqué par une force N sur une roue (1) qui tourne d’un
angle ϕ (fig. 3.20). Selon (3.11), le volume enlevé à chaque surface vaut

d 
Vu1 = bu1 N ϕ 
2 (3.14)

d 
Vu2 = bu2 N ϕ
2 

L’usure se répartit sur la surface des pièces; avec une largeur b, ϕ > 2π et
p = N / ab , on a

Vu1 a d
u1 = = bu1 p ϕ (3.15)
bπd πd 2

Vu2 d
u2 = = bu2 p ϕ (3.16)
ba 2
Chapitre 3 Page 89 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 89

N
a

2
u2

ϕ u1
1 d

Fig. 3.20 Usure d’un frotteur et d’une roue.

Comme v = dϕ / dt ⋅ d / 2 , il vient la vitesse d’usure

a
u«1 = bu1 p v (3.17)
πd

u«2 = bu2 p v (3.18)

Le rapport de l’usure des pièces vaut

u1 u« b a
= 1 = u1 (3.19)
u2 «
u2 bu2 π d

La dernière fraction est le rapport de la surface cinématique des pièces. On note


que la vitesse d’usure d’une pièce est inversement proportionnelle à sa surface ciné-
matique.

Mouvements oscillants
La répartition de l’usure est analogue en cas de mouvement oscillant (fig. 3.21);
mais l’usure de l’objet (1) prend une allure triangulaire sous les positions extrêmes de

N N
2
u1
u2

1
s
Fig. 3.21 Usure avec un mouvement oscillant.
Chapitre 3 Page 90 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

90 CONCEPTION DES MACHINES

(2) parce que, dans ces régions, un point de la surface (1) ne voit défiler qu’une partie
de la surface de (2).

3.6.2 Coefficient d’usure


Le coefficient d’usure bu dépend de nombreux paramètres, notamment:
• des deux matériaux du couple tribologique;
• de l’état des surfaces;
• de la pression de contact;
• du mode d’usure qui prévaut;
• de la lubrification;
• du milieu ambiant.

On tente de calculer la valeur du coefficient d’usure sur la base des caractéris-


tiques des matériaux et des surfaces. Une ancienne formule basée sur l’adhérence des
surfaces, celle d’Archard [3.9], donne

k
bu = (3.20)
3H

où k est un facteur qui dépend des matériaux en présence et H est la dureté de la sur-
face. En cas d’usure abrasive, on démontre que le facteur d’usure est aussi inversement
proportionnel à la dureté de la surface. On a donc avantage à durcir les surfaces pour
diminuer l’usure.
Le facteur d’usure k est souvent appelé coefficient d’usure d’Archard, sa valeur
se détermine empiriquement; on trouve, par exemple, qu’il est constant en fonction de
la pression apparente, mais qu’il augmente très fortement lorsque la pression dépasse
le tiers de la dureté Brinell (fig. 3.22) car, à cette valeur, la déformation plastique des
aspérités s’étend considérablement et tend à favoriser l’adhésion.

bu

p
HB/3

Fig. 3.22 Variation du coefficient d’usure en fonction de la pression apparente.

Des chercheurs de l’entreprise IBM ont développé dans les années 60 une mé-
thode de calcul intéressante [3.10, 3.11].
Chapitre 3 Page 91 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 91

Le coefficient d’usure n’est pas directement en relation avec la valeur du


coefficient de frottement. On rencontre des couples tribologiques qui s’usent rapi-
dement tout en ayant un petit coefficient de frottement, d’autres frottent intensé-
ment et s’usent peu. Mais dans certains cas, coefficient de frottement et usure vont
de pair.

3.6.3 Dynamique de l’usure

L’usure totale d’un couple cinématique est égale à la somme de l’usure de chaque
pièce du couple

u = u1 + u2 (3.21)

Pour une vitesse et une charge données, elle évolue dans le temps selon la figure
3.23 (a). On distingue trois phases:
• le rodage (domaine I) où les surfaces s’accommodent par arasement des aspé-
rités et égalisation de la rugosité (§ 3.7.1);
• l’usure stable (domaine II) où la vitesse d’usure est faible et constante;
• l’usure catastrophique (domaine III) où les surfaces s’écrouissent, deviennent
fragiles, rugueuses et se détériorent de plus en plus vite.

L’allure de la courbe de la vitesse d’usure (fig. 3.23b) ressemble à la courbe en


baignoire représentant la probabilité de défaillance des objets techniques. Ce
rapprochement est à la base d’une théorie de la fiabilité des couples de frottement.

u̇ b

(a) t

u̇ b
0 t

(b) I II III

Fig. 3.23 Evolution typique de l’usure d’un couple cinématique: (a) usure; (b) vitesse d’usure.
Chapitre 3 Page 92 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

92 CONCEPTION DES MACHINES

Selon l’évolution de la vitesse d’usure au début du fonctionnement, on distingue


deux grandes classes (fig. 3.24):
• l’usure grippante où la vitesse d’usure croît constamment et l’usure augmente
de plus en plus vite, les surfaces sont rapidement détériorées (courbe 1);
• l’usure stable où la vitesse d’usure, élevée au début, décroît avec le chemin de
glissement parcouru et se stabilise à une valeur constante (courbe 2).

u
1

s
0

Fig. 3.24 Usure en fonction du chemin parcouru.

On constate parfois que l’usure est faible au début, puis augmente rapidement
lorsque le temps de latence des détériorations de fatigue est écoulé. Cette évolution se
rencontre surtout en cas d’écaillage.

3.6.4 Usure admissible et longévité


La matière enlevée aux surfaces de contact des couples cinématiques accroît les
jeux et perturbe le fonctionnement des mécanismes:
• perte de précision des guidages;
• altération du graissage;
• accroissement de l’intensité des chocs en cas d’inversion du sens des forces
avec pour conséquence l’accroissement des charges dynamiques;
• naissance de bruit;
• fuite des organes d’étanchéité.

uadm

t
0
L
Fig. 3.25 Longévité à l’usure d’un couple cinématique.
Chapitre 3 Page 93 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 93

On est conduit à devoir limiter l’usure et à réparer lorsqu’elle est excessive.


L’usure admissible détermine la longévité d’un couple cinématique (fig. 3.25).
La prédiction de la longévité est délicate. On se fonde habituellement sur
l’expérience d’exploitation. Il faut même être prudent avec des résultats d’essais de
laboratoire, car il est souvent impossible de simuler exactement le comportement en
milieu industriel, notamment de tenir compte des effets du viellissement des maté-
riaux. Enfin, il importe d’être conscient que certains matériaux qui ont apparemment
la même désignation ont souvent des caractéristiques différentes selon leur prove-
nance. Cette remarque concerne particulièrement les polymères et les huiles. On a vu,
par exemple, des engrenages hypoïdes ou à vis sans fin s’user fortement avec une
huile préparée avec du pétrole provenant d’un certain champ pétrolifère, tandis que
l’usure était normale avec du pétrole d’une autre provenance. On sera bien inspiré de
s’en tenir aux prescriptions précises des constructeurs pour ne pas remettre en cause
les garanties d’usine.

3.7 RODAGE

3.7.1 Processus de rodage


Les éléments des couples cinématiques neufs ne se touchent souvent que très par-
tiellement parce que:
• les surfaces sont rugueuses et affectées d’erreurs de forme résultant du pro-
cessus de fabrication (§ 2.2.1);
• les charges de service déforment les pièces, comme par exemple la flexion qui
incline un arbre dans un coussinet.

La non-conformité des surfaces se traduit toujours par des élévations locales de la


pression de contact avec, pour conséquences, une usure accélérée et des échauffe-
ments pouvant même conduire au grippage.
On observe qu’au début de son fonctionnement, l’état de surface d’un couple
cinématique se modifie rapidement. Les parties les plus chargées s’usent plus vite de
sorte que les surfaces tendent progressivement vers une conformité naturelle. Ce pro-
cessus d’adaptation des surfaces est appelé rodage.
On distingue trois niveaux de rodage:
• le microrodage ou égalisation des aspérités;
• le macrorodage ou égalisation des ondulations;
• le rattrapage des déformations et des non-conformités fonctionnelles.

On observe habituellement en cours de rodage, pour des conditions de service


inchangées, une diminution locale du coefficient de frottement, de la température et de
la vitesse d’usure. En revanche, selon le couple cinématique considéré, l’effort
résistant de frottement est susceptible d’augmenter (§ 8.7.4 et 8.7.6).

Rugosité d’équilibre
Au début du glissement de surfaces neuves, les aspérités les plus hautes d’une
surface rugueuse en état de déformation plastique sont écrasées et en partie arrachées
de sorte que l’aire de contact réelle augmente progressivement. En revanche, une sur-
Chapitre 3 Page 94 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

94 CONCEPTION DES MACHINES

face très lisse voit sa rugosité augmenter du fait du labourage par les aspérités de la
surface opposée.
Au bout d’un certain temps, la rugosité des surfaces reste constante et devient ce
qu’on appelle la rugosité de service. On observe qu’elle est pratiquement indé-
pendante de la rugosité initiale. Si une surface neuve est plus lisse que la rugosité de
service, elle devient rugueuse; si elle est plus rugueuse, elle se polit (fig. 3.26a). Les
rugosités tendent à s’égaliser. L’usure jusqu’à l’obtention de la rugosité de service est
d’autant plus grande que la rugosité initiale s’écarte plus de la rugosité de service
(fig. 3.26b), la surface (2) exige le temps t2 pour prendre sa rugosité finale.

Ra u
2

Rai2

Ras
Rai1

0 t t
0
t1 t2 t1 t2
(a) (b)

Fig. 3.26 Evolution de la rugosité et de l’usure durant le rodage: (a) rugosité; (b) usure.

On a constaté que des surfaces polies présentaient après rodage des ondulations
très régulières perpendiculaires à la direction du glissement. On attribue ce phéno-
mène à des contraintes thermiques qui déstabilisent la couche superficielle du maté-
riau. Ces ondulations s’observent aussi à la surface de rails de chemin de fer et à la
surface de routes asphaltées aux endroits où les trains et les véhicules freinent forte-
ment.
La prédiction de la valeur de la rugosité de service est délicate. Elle ne dépend
pratiquement pas de la dureté des pièces ni de la vitesse de glissement, elle diminue
lorsque la pression de contact effective croît.

Rodage de la macrogéométrie
Abstraction faite des aspérités, les surfaces se touchent par le sommet de leurs
ondulations. Dans la figure 3.27(a), les pièces sont en contact par l’ondulation B.
L’application d’une charge écrase cette ondulation et l’ondulation A entre aussi en
contact (fig. 3.27b), mais la pression y est plus basse qu’en B. Avec le glissement, la
région B s’use plus vite et une partie de la charge est transférée dans la zone A
(fig. 3.27c). La pression tend à s’égaliser avec l’avancement du rodage et la pression
moyenne diminue parce que l’aire de contact réelle croît.
La distribution finale de la pression dépend de la géométrie des surfaces, de
l’élasticité des pièces et de la position de la charge. On verra des exemples à la section
8.7.
Chapitre 3 Page 95 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 95

N N

pB
pA pA pB
2 2
A B 2

1 1 1 v
(a) (b) (c)

Fig. 3.27 Egalisation des pressions: (a) pièce neuve déchargée; (b) couple chargé neuf; (c) en cours de rodage.

Le rodage des aspérités et des ondulations des surfaces conjuguées des couples
cinématiques se voit nettement lors de révisions de machines. Les zones lisses et bril-
lantes rodées donnent souvent de précieuses indications permettant de juger le portage
des pièces et de dire si elles travaillent dans de bonnes conditions.

3.7.2 Rodage et longévité


La longévité d’un couple cinématique s’abrège beaucoup si l’usure en cours de
rodage est forte et rapide. On voit clairement sur la figure 3.28 que la longévité L est
nettement plus grande si la vitesse de rodage u«R est lente et si l’usure de rodage
nécessaire uR est petite. On prendra les précautions décrites ci-après.

uadm

uR

u̇ R
t
0 tR L L

Fig. 3.28 Longévité et rodage.

Précautions à la fabrication
• Assurer la qualité d’usinage nécessaire pour que la rugosité soit faible et sur-
tout pour que les défauts d’ondulation soient petits.
• Effectuer un montage précis et soigné des mécanismes pour respecter les ali-
gnements.

Précautions en cours de rodage


• Accroître lentement par paliers la charge et/ou la vitesse en surveillant atten-
tivement la température des organes, car l’échauffement est un reflet du
Chapitre 3 Page 96 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

96 CONCEPTION DES MACHINES

coefficient de frottement. Dans les paliers à lubrification mixte, on observe que


la température croît à chaque accroissement de la charge, puis diminue avec le
rodage et l’amélioration de l’état de surface (fig. 3.29).
• Accroître la charge dès que la température tend vers la stabilisation. Les
incréments de puissance ∆P vont en s’amenuisant selon une loi hyperbolique.
• Utiliser des lubrifiants spécialement développés pour le rodage.
• Filtrer l’huile en continu pour retenir les particules métalliques arrachées aux
surfaces. A la fin du rodage, changer l’huile et nettoyer les filtres.
Le rodage est terminé lorsque
• la rugosité d’équilibre est établie;
• la distribution de la pression de contact macroscopique a atteint le régime per-
manent.

(b)

20° C t
P

(a)

0 t

Fig. 3.29 Conduite du rodage d’un moteur d’après [3.12]: (a) paliers de puissance; (b) évolution de la tem-
pérature.

3.8 APPLICATIONS

Les problèmes tribologiques se rencontrent dans tous les couples cinématiques.


Chaque solution doit être adaptée au genre d’organes, aux conditions de fonctionne-
ment et au milieu ambiant. Le concepteur consultera la littérature spécialisée, par
exemple [3.13 à 3.16], des ouvrages traîtant les organes de machines, des spécialistes
du frottement et de l’usure, des fabricants de composants. A titre d’exemple de mise
en œuvre des principes exposés dans ce chapitre et dans le chapitre 2, on a choisi de
décrire des coussinets destinés à fonctionner à sec ou en régime de lubrification mixte.

Coussinets à frottement sec


L’huile ou la graisse ne doivent pas entrer en contact avec les produits traités par
les industries alimentaires, pharmaceutiques, textiles et du papier. On utilise alors des
paliers et des guidages fonctionnant à sec ou autolubrifiés. Les véhicules sont équipés
d’éléments analogues pour diminuer les frais d’entretien.
On réalise des coussinets en polyamide, polyéthylène, PTFE, en polyimide à plus
haute température. Leur résistance à la pression s’améliore en y incorporant des fibres
Chapitre 3 Page 97 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 97

courtes de verre ou de carbone, ou en les mettant en couche mince (moins de 0,1 mm).
On diminue l’usure et le frottement tout en affaiblissant l’influence de la vitesse sur le
coefficient de frottement en incorporant à la matière de base des lubrifiants solides, le
plus souvent du plomb ou du MoS2. Il se forme un film de transfert sur l’arbre au
début du fonctionnement; puis, ce rodage achevé, l’usure stable est lente. La vitesse
d’usure est proportionnelle au produit caractéristique p v jusqu’à un certain seuil à
partir duquel elle croît fortement (fig. 3.30).

0 pv

Fig. 3.30 Vitesse d’usure en fonction du produit pv.

L’usure et le coefficient de frottement sont le plus bas lorsque la rugosité de


l’arbre est comprise, selon le matériau du coussinet, entre 0,4 et 2 µm. Si l’arbre est
plus lisse, le film de transfert ne se fait pas ou mal, on observe du stick-slip et des grin-
cements à très basse vitesse; un arbre plus rugueux use rapidement le coussinet. Les
coussinets renforcés par des fibres exigent de tremper l’arbre pour qu’il résiste à
l’abrasion, dureté 50 à 60 HRC.
Les polymères donnent aussi lieu à du fretting en cas de très petits mouvements
oscillants répétés. Certains d’entre eux ont un coefficient de frottement dynamique
voisin du coefficient statique.
Le domaine d’utilisation est limité par la pression maximale, la vitesse maximale,
le produit p v , à l’image de la figure 3.19. Il existe diverses formes d’exécution:
• Coussinets en une matière unique ou composite.
• Coussinets en trois couches (fig. 3.31) composés d’une douille porteuse en
acier ou en bronze sur laquelle est fritté du bronze. Ce bronze est imprégné de
PTFE, de PTFE et de plomb ou d’autres matériaux, il sert d’accrochage à la
couche de glissement formée de ces mêmes matériaux.
• Coussinets revêtus d’un tissu de PTFE collé par une résine thermodurcissable
qui évite le fluage. Ils conviennent spécialement aux mouvements oscillants
lents sous fortes charges.

Les coussinets se dimensionnent selon trois critères:


• la pression maximale admissible;
• la température de service qui dépend du produit p v et de l’épaisseur du
coussinet;
• la longévité qui dépend du produit p v et de l’épaisseur de la couche de frot-
tement disponible.
Chapitre 3 Page 98 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

98 CONCEPTION DES MACHINES

couche supérieure

couche intermédiaire
en bronze imprégné

base d’acier

Fig. 3.31 Structure d’un coussinet en polymère à trois couches.

On a développé pour les glissières des machines-outils des résines à deux com-
posants polymérisant à froid, chargées de substances qui leur confèrent des caracté-
ristiques très intéressantes. Le coefficient de frottement statique est compris entre 0,02
et 0,04, le coefficient de frottement croît à faible vitesse et diminue au-delà de 200
mm/min. Ce comportement élimine le stick-slip.
Citons encore le carbone et certaines céramiques utilisées à haute température ou
lorsque les autres matériaux ne résistent pas à l’attaque chimique du milieu.
Les matériaux décrits pour les coussinets s’utilisent aussi pour des butées. Ils sont
souvent livrables en feuilles pour des organes particuliers.

Coussinets lubrifiés en régime mixte


Les coussinets décrits ci-dessus ont une lubrification solide. Mais leur longévité
double ou triple si on les lubrifie encore avec de la graisse, de l’huile ou de l’eau. Cer-
taines exécutions ménagent un réseau d’alvéoles à la surface de contact pour retenir
des réserves de graisse.
Il existe des coussinets autolubrifiés en bronze fritté poreux imprégné d’huile. En
chauffant, l’huile sort par sa dilatation thermique. Un film hydrodynamique se forme à
grande vitesse.

3.9 CONCLUSIONS PRINCIPALES

L’usure enlève progressivement de la matière à la surface de pièces frottant l’une


sur l’autre; elle modifie la géométrie en augmentant progressivement le jeu dans les
couples cinématiques. La vitesse d’usure dépend des matériaux, elle est inversement
proportionnelle à la dureté et croît proportionnellement au produit de la pression de
contact par la vitesse de glissement; mais elle croît très vite lorsque la pression
dépasse un tiers de la valeur de la dureté Brinell du corps le plus tendre.
On diminue fortement l’usure en choisissant convenablement les matériaux des
couples tribologiques, principalement sur la base de l’expérience acquise. Certains
traitements de surface ou un revêtement de surface par une mince couche tendre sont
favorables pour diminuer l’usure adhésive. Un revêtement dur ou la trempe de
l’acier résistent efficacement à l’usure abrasive. Le succès d’un revêtement dépend
beaucoup de la nature et des caractéristiques du substrat. La lubrification est tout
particulièrement efficace pour diminuer le frottement et l’usure en séparant les sur-
Chapitre 3 Page 99 Lundi, 6. f vrier 2006 1:19 13

DÉTÉRIORATION DES SURFACES FONCTIONNELLES 99

faces par un fluide, le plus souvent de l’huile. Si l’épaisseur du film séparateur est
suffisante, les surfaces n’entrent pas en contact, même par leurs aspérités, l’usure est
nulle.
L’usure induite par petits débattements (fretting), particulièrement pernicieuse,
survient lorsque des surfaces glissent sous charge avec de petits mouvements relatifs,
par exemple sous l’effet de vibrations. Elle est susceptible de bloquer les couples
cinématiques à faible jeu et abaisse la limite de fatigue des matériaux. On la prévient
en évitant les petits glissements répétés: solidariser les pièces, supprimer les mou-
vements relatifs, imposer de grands mouvements, remplacer les liaisons glissantes à
petits mouvements par des constructions à lames souples.
La sollicitation répétée d’une surface par une forte pression hertzienne provoque
des piqûres et l’écaillage. Cette détérioration de surface se manifeste par l’apparition
de cratères résultant de la chute de morceaux de matière qui se détachent après fissu-
ration locale par fatigue. Les fissures naissent sous la surface, là où le cisaillement
hertzien est le plus intense, ou en surface du fait d’impuretés qui viennent s’incruster
et former des microconcentrations de contrainte. Les surfaces sollicitées par un roule-
ment accompagné de glissement (engrenages, transmissions à friction) sont particuliè-
rement sensibles à l’écaillage. Ce risque est plus grand lorsque les surfaces sont hui-
lées que si elles sont seulement graissées. On prévient l’écaillage principalement en
limitant la pression hertzienne, en durcissant les surfaces ou en les précontraignant, en
mettant les pièces à l’abri d’impuretés plus grandes que 5 µm.
Le grippage est un arrachage massif et brutal de matière consécutif à l’échauf-
fement et à la soudure de larges zones des surfaces en contact. On l’évite en limitant le
dégagement de chaleur, en refroidissant énergiquement les pièces et par une lubri-
fication convenable. La théorie de la température de contact convient pour apprécier le
risque de grippage des engrenages.
L’usure est relativement rapide au début du frottement d’un couple tribologique,
pendant la période de rodage, puis elle diminue et reste normalement assez faible
avant de croître de nouveau rapidement. Le rodage consiste en une égalisation de la
rugosité des deux surfaces du couple et en une usure des ondulations visant à unifor-
miser la distribution de la pression de contact qui tend vers la valeur qu’elle aurait si
les surfaces étaient parfaitement conformes.
L’usure, tout particulièrement celle qui survient pendant le rodage, limite la lon-
gévité fonctionnelle des couples cinématiques. On prolonge leur vie en conduisant
correctement le rodage, notamment en accroissant progressivement la charge.
Chapitre 4 Page 101 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

CHAPITRE 4

DISSIPATION D’ÉNERGIE

4.1 INTRODUCTION

Tout mécanisme en mouvement dissipe de l’énergie. On distingue (fig. 4.1) :


• la dissipation externe par des forces de frottement appliquées à l’extérieur des
pièces mobiles;
• la dissipation interne qui retire de l’énergie potentielle de déformation par des
phénomènes ayant leur siège au sein des matériaux.

dissipation externe
dissipation interne

énergie motrice énergie utile

Fig. 4.1 Schéma des dissipations d’énergie.

Selon le point de vue, les dissipations sont nuisibles parce que le moteur doit tou-
jours fournir de l’énergie de remplacement, mais elles sont aussi utiles pour amortir
les vibrations. L’énergie dissipée est dégradée en chaleur qui échauffe les pièces.
Il existe deux sortes d’organes dissipateurs d’énergie:
• les freins destinés à dissiper de l’énergie à volonté;
• les amortisseurs destinés à dissiper l’énergie des vibrations ou l’énergie ciné-
tique des chocs.

Ce chapitre traite succinctement les diverses forces de frottement, leur formula-


tion et le calcul de l’énergie qu’elles dissipent. Il a notamment pour but de justifier
l’usage habituel d’amortisseurs visqueux dans les modèles dynamiques d’analyse des
vibrations. Il est structuré comme suit:
• Section 4.2 Etude des dissipations externes, notamment lors de mouvements
harmoniques.
• Section 4.3 Dissipation interne, application aux oscillateurs.
• Section 4.4 Présentation de freins et d’amortisseurs.
• Section 4.5 Conclusions principales.
Chapitre 4 Page 102 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

102 CONCEPTION DES MACHINES

4.2 DISSIPATION EXTERNE

4.2.1 Forces résistantes


Présentons les principales forces résistantes dissipatrices d’énergie rencontrées.

Frottement solide
Le frottement existe dans tous les couples cinématiques, il a été étudié au
chapitre 2. On admet le plus souvent qu’une force de frottement est constante quelle que
soit la vitesse de glissement, sauf à très petite vitesse au voisinage de l’arrêt (§ 2.5.1).

Frottement visqueux
Un fluide (2) (fig. 4.2) est interposé entre un solide fixe (1) et un solide mobile
(3). Avec un fluide à comportement newtonien, c’est le cas des huiles, la répartition de
la vitesse dans l’épaisseur du film est linéaire; l’intensité de la force qui s’oppose au
mouvement vaut

dv
Fr = – η A (4.1)
dy
avec:
η coefficient de viscosité dynamique du fluide
dv/dy gradient de vitesse
A aire de la surface du solide (3) en contact avec le fluide
Fr force résistante

La résistance augmente proportionnellement à la vitesse.

3 v
Fr
2

Fig. 4.2 Frottement visqueux.

Frottement dans les fluides en régime turbulent


La résistance au mouvement d’un objet par rapport à un fluide s’exprime par

Fr = – (sgn v) Cx Av 2 (4.2)
avec:
v vitesse relative entre l’objet et le fluide
A section apparente de l’objet perpendiculairement à la vitesse
Cx coefficient de forme aérodynamique qui se détermine expérimentalement
Chapitre 4 Page 103 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 103

Malaxage
Le pétrissage des graisses dans les articulations et surtout dans les roulements
oppose une force au mouvement.

Courants de Foucault
Le déplacement d’une pièce métallique perpendiculairement à un champ ma-
gnétique engendre une résistance proportionnelle à la vitesse.

Liquides électrorhéologiques
Ces liquides, non conducteurs de l’électricité – souvent une huile de silicone –
contiennent en suspension une très fine poudre isolante. Placées dans un champ élec-
trique (fig. 4.3), les particules se chargent par influence et s’organisent en chaînes qui
exercent des forces électrostatiques sur les électrodes. Appliquons une force tendant à
faire glisser les plaques l’une par rapport à l’autre (fig. 4.4), des forces électrostatiques
s’opposent au mouvement. La contrainte de cisaillement est fonction de la déforma-
tion angulaire, l’allure des courbes représentées à la figure 4.5 illustre le comporte-
ment des liquides électrorhéologiques :
• la contrainte de cisaillement augmente tout d’abord proportionnellement à la
déformation, puis prend une valeur limite d’écoulement τe pour laquelle les
plaques glissent;
• la contrainte de cisaillement d’écoulement augmente avec l’intensité du champ
électrostatique E = U/h.

Ce comportement a été décrit par Bingham. La contrainte de cisaillement vaut

U n
τ e = ae   = ae E n (4.3)
 h

avec:
U tension appliquée aux électrodes
h distance entre les plaques
ae coefficient caractéristique du liquide
n varie entre 1 et 2 selon le liquide

Il convient de distinguer le domaine d’écoulement viscoplastique, où les plaques


glissent, et le domaine viscoélastique où, à la déformation de cisaillement près, les

y
+ + + x v
– –
+ – +
– + – F
+ + +
U – –
– – +
+ – U h
– + γ

+ + + 0
– – – F–

Fig. 4.3 Frottement visqueux. Fig. 4.4 Cisaillement du liquide électrorhéologique.


Chapitre 4 Page 104 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

104 CONCEPTION DES MACHINES

τ viscoélastique

E croissant
τe

0
γe γ

Fig. 4.5 Contrainte de cisaillement en fonction de l’angle de déformation et du champ électrostatique.

plaques sont solidaires. La limite d’écoulement γe se situe vers 1%. On atteint


aujourd’hui τe = 1 à 3 kPa pour 1000 V/mm. La pente des courbes représente le
module de glissement G. Le module augmente avec le champ électrique et avec la fré-
quence lors de mouvements périodiques; mathématiquement il s’exprime avanta-
geusement par un nombre complexe et donne lieu à la notion de module complexe.
La contrainte de cisaillement discutée jusqu’ici est définie en régime de défor-
mation quasi statique. Mais on observe qu’elle augmente avec la vitesse de déforma-
tion du fait de la viscosité du liquide (fig. 4.6). Un liquide électro-rhéologique
s’oppose au mouvement par la force

 dv 
Fr = – A  τ e + η  (4.4)
 dy 
avec:
A aire de la plaque
τe contrainte de cisaillement d’écoulement
η viscosité dynamique (Newton)
dv/dy vitesse de la déformation de cisaillement

A tension nulle, τe = 0, on retrouve le comportement visqueux de Newton, droite


(1) de la figure 4.6. La droite est translatée de la quantité τe lorsqu’on applique un
champ électrique, droite (2). Les liquides électrorhéologiques ont un comportement
mixte : frottement solide d’intensité ajustable par la tension appliquée et frottement
visqueux.
Forçons un liquide électrorhéologique à couler entre deux électrodes (fig. 4.7). La
perte de charge comprend un terme ordinaire de Poiseuille, car l’écoulement dans les
dispositifs utilisant ces liquides est habituellement laminaire, et un terme proportionnel à
la contrainte de cisaillement d’écoulement τe, donc modulable par le champ électrique.
Il existe déjà une abondante littérature consacrée à ce phénomène, par exemple
[4.1; 4.2; 4.3].
Chapitre 4 Page 105 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 105

τ
E croissant

τe
E
2 +
U v

E=0
1
η
0 γ˙ ∆p
Fig. 4.6 Contrainte de cisaillement en fonction Fig. 4.7 Robinet électrostatique.
de la vitesse de déformation et du champ.

4.2.2 Mouvement continu


Le point d’application A d’une force résistante Fr se déplace sur une trajec-
toire quelconque d’abscisse curviligne s (fig. 4.8) avec une vitesse v. Entre les points
d’abscisse s1 et s2, cette force effectue le travail

s2
W = ∫ Fr ⋅ ds (4.5)
s1

v
Fr
A s
s2

ds
s1

Fig. 4.8 Force résistante.

Sauf lors de déplacements obliques dans un fluide déjà en mouvement, par exem-
ple un véhicule dans un vent latéral, la force est généralement directement opposée au
mouvement. Alors

s2
W = – ∫ Fr ds
s1

Le travail négatif correspond à une perte d’énergie qui doit être fournie par un
moteur. L’énergie dissipée ou énergie perdue vaut

s2
Wp = ∫ Fr ds (4.6)
s1
Chapitre 4 Page 106 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

106 CONCEPTION DES MACHINES

Avec une force résistante constante

Wp = Fr (s2 – s1 ) (4.7)

la puissance dissipée vaut

Pp = Fr v (4.8)

Notons spécialement les lois importantes suivantes :

• frottement coulombien, Fr constant

Pp ~ v (4.9)

• frottement visqueux, Fr ~ v

Pp ~ v 2 (4.10)

• frottement en fluides turbulents, Fr ~ v2

Pp ~ v 3 (4.11)

4.2.3 Mouvement oscillant


Frottement coulombien
La force de frottement, d’intensité constante Fr , est toujours opposée à la vitesse
de glissement (fig. 4.9). On voit dans la figure que l’énergie dissipée à chaque course
vaut 2Fr x√; indépendemment de la loi du mouvement. L’énergie dissipée dans tout le
cycle vaut

Wp = 4 Fr x√ (4.12)

x (t)
xˆ Fr

Fig. 4.9 Mouvement oscillant avec frottement coulombien.


Chapitre 4 Page 107 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 107

On a la puissance moyenne dissipée

Wp
Pp = = Wp f = 4Fr x√f (4.13)
T
avec: T période de l’oscillation
f fréquence de l’oscillation

La puissance dissipée lors d’un mouvement oscillant avec un frottement cou-


lombien est proportionnelle à la fréquence du mouvement et à son amplitude.

Frottement visqueux
Le point d’application d’une force de frottement effectue un mouvement harmo-
nique d’amplitude xˆ avec une pulsation Ω :

x = x√ sin Ωt (4.14)

Ecrivons la force de frottement visqueux sous la forme

Fr = c v

où c est la constante d’amortissement visqueux. Calculons l’énergie dissipée au cours


d’un cycle:

T T
Wp = ∫ Fv dt = ∫ cv 2 dt
0 0

Avec v = x«, on obtient:

Wp = π c x√2 Ω = 2 π 2 c x√2 f (4.15)

et la puissance moyenne dissipée:

Wp 1
Pp = = c x√2 Ω 2 = 2π 2 c x√2 f 2 (4.15)
T 2

La puissance dissipée lors d’un mouvement harmonique avec un frottement


visqueux est proportionnelle au carré de l’amplitude du mouvement et au carré de la
fréquence.

Fluide turbulent
Ecrivons la force de frottement sous la forme

Fr = a v 2
où le coefficient a ressort de (4.2).
Chapitre 4 Page 108 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

108 CONCEPTION DES MACHINES

L’énergie dissipée dans un cycle se calcule en quadruplant l’énergie perdue pen-


dant un quart de cycle:

T /4
8
Wp = 4 ∫ a v 3 dt =
3
a x√3 Ω 2 (4.17)
0

et la puissance moyenne, comme ci-dessus,

4 32π 2
P= a x√3 Ω 3 = a x√3 f 3 (4.18)
3π 3

La puissance dissipée lors d’un mouvement harmonique dans un fluide en état


d’écoulement turbulent est proportionnelle au cube de l’amplitude du mouvement et
au cube de la fréquence.

4.2.4 Mouvement oscillant superposé à un mouvement continu


Un objet se déplace en translation à une vitesse moyenne v̄ à laquelle est
superposée un mouvement harmonique. Soit sa vitesse instantanée (fig. 4.10)

v = v + v√ sin Ωt (4.19)

0
t1 t2 T t

Fig. 4.10 Superposition d'une vitesse constante et d'une vitesse harmonique.

On obtient l’espace parcouru par intégration; avec la condition initiale x = 0 pour


t = 0, il vient:

v√
x = vt + (1 ± cos Ω t )

Supposons v̄ < v̂ la vitesse s’annule en t1, change de sens, puis s’annule encore en
t2 pour redevenir positive. La vitesse est nulle pour
Chapitre 4 Page 109 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 109

v
sin Ω t1 = sin Ω t2 = ±
v√

Calculons l’espace parcouru pendant que la vitesse est positive, entre t = 0 et t1,
et entre t2 et T. Sachant que cos Ω t2 = –cos Ω t1, il vient

v√
∆x + = v T ± v (t2 ± t1 ) ± 2 cos Ω t1

et l’espace parcouru pendant que la vitesse est négative vaut

v√
∆x ± = v (t2 ± t1 ) + 2 cos Ω t1

En examinant ces expressions, il faut remarquer que cos Ω t1 est négatif, car Ω t1
se trouve dans le troisième quadrant trigonométrique; ∆x_ est négatif.
Supposons maintenant une force de frottement coulombienne toujours opposée à
la vitesse. L’énergie dissipée vaut

 v√ 
Wp = Fr ∆x+ + ( ±Fr ) ∆x± = Fr  v T ± 2v (t2 ± t1 ) ± 4 cos Ω t1  (4.20)
 Ω 

Les deux premiers termes donnent l’énergie dissipée par la composante continue
du mouvement, le dernier est l’énergie dissipée du fait de l’existence de la vibration. Si
v̄ = 0, t1 = T/2 et t2 = T, il ne subsiste que le mouvement harmonique et on retrouve la
formule (4.12).
Dans le cas où v̄ = v̂, t1 = t2 = 3T/4; la vitesse ne s’annule pas si v̄ > v̂. Par consé-
quent, la vitesse de l’objet ne s’inverse pas et l’énergie dissipée est simplement égale
au produit de la force de frottement par l’espace parcouru, quelle que soit la vitesse
(fig. 4.11). Ce dernier résultat se retrouve immédiatement:

x1 xT
x2

< v̂v^
vv <

> v̂^v
vv >

0
t1 t2 T t

Fig. 4.11 Espace parcouru.


Chapitre 4 Page 110 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

110 CONCEPTION DES MACHINES

T
Wp = ∫ Fr (v + v√sin Ωt ) dt = Fr v T (4.21)
0

car l’intégrale du second terme est nulle.

Conclusions
Cette étude permet de tirer les conclusions pratiques suivantes :
• la vibration d’un élément de machine glissant sur un autre avec du frottement
coulombien ne dissipe pas d’énergie vibratoire si la vitesse de glissement est
supérieure à la vitesse maximale de la vibration, c’est-à-dire si la vitesse de
glissement ne s’inverse pas;
• les paliers à frottement sec ou mixte et les roulements n’amortissent habituelle-
ment pas les vibrations de torsion, car la vitesse périphérique de l’arbre est
généralement supérieure à la vitesse des vibrations;
• les paliers hydrostatiques ou hydrodynamiques amortissent les vibrations de
torsion.

4.2.5 Oscillateur en régime permanent harmonique


Etudions le comportement d’un oscillateur en régime permanent, excité par une
force harmonique, selon le genre de la force de frottement qui l’amortit.

Amortisseur visqueux
L’équilibre des forces appliquées à la masse d’un oscillateur avec amortisseur
visqueux (fig. 4.12), excité par une force harmonique, conduit à l’équation différen-
tielle linéaire connue:

m x««+ c x« + k x = F√ cos Ω t

avec:
F√ amplitude de la force excitatrice
c constante d’amortissement visqueux
k rigidité du ressort
m masse
x déplacement de la masse
Ω pulsation excitatrice

k m F̂ cos Ωt

x
c

Fig. 4.12 Oscillateur.

Posons la pulsation propre de l’oscillateur en régime libre non amorti (conservatif)


Chapitre 4 Page 111 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 111

k
ω0 = (4.23)
m

et le facteur d’amortissement relatif

c c ω0
η= = (4.24)
2 mω 0 2k

Avec ces grandeurs caractéristiques, l’équation différentielle devient

1 2η F√
«x«+ «+ x =
x cos Ω t (4.25)
ω 02 ω0 k

Définissons encore les quantités: Ω


• pulsation relative de la force d’excitation β = (4.26)
ω0

F√
• déplacement statique dû à une force constante x√s =
(4.27)
k
Le mouvement en régime permanent de l’oscillation est bien connu [4.4,
4.5, 4.6]:

x = x√s µ1 cos ( Ω t ± ϕ1 ) (4.28)

x√ = µ1 x√s (4.29)

avec le facteur d’amplification dynamique

1
µ1 = (4.30)
(1 ± β 2 )2 + 4 η 2β 2

et le déphasage

2η β
ϕ1 = arctan (4.31)
1 ± β2

L’amplification est représentée à la figure 4.13. L’étude de la fonction montre


qu’elle passe par un maximum

1
µ1 max = (4.32)
2η 1 − η2
Chapitre 4 Page 112 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

112 CONCEPTION DES MACHINES

µ11
5.0
η=0
4.5
lieu des maxima η = 0.1
4.0

3.5
η = 0.15
3.0

2.5
η
η = 0.25
2.0

1.5
η = 0.5
1.0

0.5
η= 1
2
η=
η = 11
0.0
Ω-
β β=β -----
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0
ω0

Fig. 4.13 Facteur d'amplification dynamique µ1 d'un oscillateur avec amortissement visqueux excité par un
effort.

situé à la pulsation

Ω1 = ω 0 1 − 2 η 2 (4.33)

Amortissement coulombien
Partons des résultats précédents pour étudier le comportement d’un oscillateur
amorti par un frottement coulombien. Cherchons quelle doit être la valeur de la cons-
tante d’amortissement visqueux pour que l’énergie dissipée pendant un cycle de cet
amortisseur soit égale à l’énergie dissipée en un cycle d’un amortisseur coulombien.
Egalons (4.12) et (4.15),

Wp = π ce x√2Ω = 4Fr x√

d’où l’on tire la constante d’amortissement équivalente

4Fr
ce = (4.34)
π x√Ω
Chapitre 4 Page 113 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 113

Par (4.24), le facteur d’amortissement équivalent vaut

2Fr ω 0
ηe = (4.35)
π x√Ω k

L’amplitude du mouvement se trouve par (4.29), où l’on introduit successivement


µ1 par (4.30) et ηe :

1
x√ = x√s
2
 4Fr 
(1 − β2
2
) +  
 π x√k 

Tirons l’amplitude de cette équation:

2
 4F 
1 −  r
 π F√ 
x√ = x√s (4.36)
(1 − β 2 )2
Cette solution n’a de sens que si le radical est positif, c’est-à-dire si

4
F√ > Fr (4.37)
π

Le moment oscillant comporte des pauses et apparaît saccadé si la force exci-


tative est inférieure à cette limite.
On constate aussi qu’à la résonance d’amplitude, x̂ = ∞ pour β = 1 ou Ω = ω0.
Cette amplification à l’infini ne s’observe pas en réalité, car l’amortissement interne
du matériau du ressort domine à la résonance. La solution complète de ce problème est
donnée dans [4.7].

Amortissement proportionnel au carré de la vitesse


Ce cas se présente dans les fluides en régime turbulent, il est traité dans [4.6].

Amortissement par liquides électrorhéologiques


Ces liquides ayant à la fois un comportement newtonien et coulombien (§ 4.2.1)
constituent des amortisseurs à comportement mixte. Den Hartog donne la solution
analytique [4.7].

4.3 DISSIPATION INTERNE

4.3.1 Modèles rhéologiques


On observe qu’une lame vibrant en régime libre, même dans le vide, finit toujours
par s’immobiliser parce que son énergie est dissipée et dégradée en chaleur à l’inté-
Chapitre 4 Page 114 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

114 CONCEPTION DES MACHINES

rieur de sa matière. On exprime ce phénomène en disant qu’il y a frottement interne.


Ce mode de dissipation d’énergie joue un rôle important dans l’amortissement des
vibrations de structures.
Les modèles rhéologiques imaginés pour expliquer les comportements observés
sont compliqués et on est loin d’avoir compris tout ce qui se passe dans les matériaux;
les modèles diffèrent d’ailleurs, selon les matériaux considérés. Nous nous contentons
de présenter les deux modèles simples usuels.

Modèle viscoélastique
Un matériau viscoélastique peut se représenter par un ressort (fig. 4.14) ayant la
rigidité dynamique k dans le domaine vibratoire et par un amortisseur visqueux qui
s’oppose au mouvement par une force proportionnelle à la vitesse de la déformation.
L’équation d’équilibre statique de ce modèle s’écrit

F = k x + c x« (4.38)

où c est la constante d’amortissement visqueux linéaire.

k
F

c x

Fig. 4.14 Modèle viscoélastique.

Excitons ce modèle par une force variant harmoniquement:

c x« + k x = F√ cos Ω t (4.39)

Sa réponse est

x = x√ cos ( Ω t ± ϕ ) (4.40)

avec l’amplitude

F√
x√ = (4.41)
c2
k 1 + 2 Ω2
k

et le déphasage

c
ϕ = arctan Ω (4.42)
k
Chapitre 4 Page 115 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 115


Wp

0 x

Fig. 4.15 Ellipse d’hystérésis.

La représentation de F = F (x) est une figure de Lissajou (fig. 4.15). Son aire inté-
rieure représente l’énergie dissipée au cours d’un cycle. On peut la calculer en passant
par la puissance:

T T
dx
Wp = ∫ F
dt
dt = ∫ ± F√ x√Ω cos Ωt •· sin (Ω t ± ϕ ) dt
0 0

L’intégration donne

Wp = π F√ x√ sin ϕ

En introduisant F̂ calculé par (4.41) et sin ϕ calculé à partir de tan ϕ, on trouve

Wp = π c x√2 Ω (4.43)

On remarque que l’énergie dissipée dans un cycle d’un matériau viscoélastique


est proportionnelle à la pulsation (fréquence) de la sollicitation. Ce résultat a déjà été
obtenu au paragraphe 4.2.3

Modèle hystérétique
L’énergie dissipée dans les matériaux a été mesurée par de nombreux auteurs,
notamment par Lazan [4.8]. Lors d’une sollicitation harmonique par une contrainte
d’amplitude σ̂, l’énergie volumique Up dissipée par cycle augmente d’abord régu-
lièrement avec l’amplitude de la contrainte (fig. 4.16) selon une loi de la forme

U p = J σ√n (4.44)

où J et n sont des constantes du matériau; la valeur de l’exposant n est comprise entre


2,1 et 2,6. Au-delà d’une contrainte limite σl, voisine de la limite de fatigue alternée
σD , la dissipation croît encore plus vite avec la contrainte et dépend en outre du nom-
Chapitre 4 Page 116 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

116 CONCEPTION DES MACHINES

Wp
1000 cycles
100 cycles
20 cycles

0 σ̂
σ1 σ D-1

Fig. 4.16 Allure de la dissipation volumique d’énergie avec l’amplitude de la contrainte alternée.

bre de cycles déjà subis par le matériau. L’écrouissage augmente aussi la dissipation. Il
existe donc un effet de mémoire. Fait important, on observe que l’énergie dissipée par
cycle est pratiquement indépendante de la fréquence de sollicitation.
Le modèle hystérétique rend compte de ce comportement en admettant que la
force de l’amortissement est du type h ẋ/Ω, ce qui donne, en cas de sollicitation harmo-
nique, une force proportionnelle à l’amplitude du mouvement, mais indépendante de
sa pulsation. h est le facteur de dissipation hystérétique. Le mouvement d’un ressort
hystérétique est alors, de manière analogue à (4.39), régi par l’équation différentielle

h
kx + x« = F√ cos Ω t (4.45)

dont il résulte l’amplitude du mouvement

F√
x√ = (4.46)
k 2 + h2

et le déphasage, appelé aussi angle de perte,

h
ϕ H = arctan (4.47)
k

L’énergie dissipée dans un cycle vaut alors

Wp = π h x√2 (4.48)

La constante h a la dimension d’une rigidité, elle dépend du matériau. Dans la


littérature spécialisée, la quantité k + jh est appelée module complexe de rigidité.

4.3.2 Oscillateur en régime permanent harmonique


Considérons un oscillateur, formé seulement d’un ressort et d’une masse, excité
par une force harmonique appliquée à la masse. Faisons un modèle permettant d’étu-
Chapitre 4 Page 117 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 117

dier le comportement de l’oscillateur avec dissipation d’énergie dans le ressort en rem-


plaçant ce dernier par un ressort parfait, sans perte, avec en parallèle un amortisseur
dissipatif. Dans l’hypothèse d’un comportement viscoélastique du matériau, le modèle
est formellement identique à celui déjà étudié au paragraphe 4.2.5 à propos de l’amor-
tissement externe, il n’y a donc pas lieu d’y revenir.
Etudions maintenant le comportement du modèle hystérétique en partant de
l’idée que l’énergie dissipée au cours d’un cycle est la même dans chaque modèle.
Egalons (4.48) à (4.15) avec une constante d’amortissement équivalente ce et une pul-
sation forcée Ω :

Wp = π h x√2 = π ce x√2 Ω

Cette équation fournit la constante d’amortissement équivalente

h
ce = (4.49)

puis le facteur d’amortissement équivalent

cω 0 h ω0
ηe = = (4.50)
2k 2k Ω

En l’introduisant dans (4.30), l’expression du facteur d’amplification dynamique


devient

1
µH = (4.51)
(1 ± β 2 )2 + 4ζ 2

avec le facteur d’amortissement relatif hystérétique

h Ω
ζ = = ηe = ηe β (4.52)
2k ω0

Le facteur d’amplification hystérétique est représenté à la figure 4.17. On


remarque que tous les maxima de résonance sont atteints pour β = 1 et valent

1 k
µH max = = (4.53)
2ζ h

Lorsque β = 1, selon (4.52), on a ηe = ζ et, avec (4.30), µ1 = µH max, c’est-à-dire


que la fonction µ1 (4.30) passe par le point B (fig. 4.18) correspondant à la résonance
hystérétique. Habituellement, la valeur du facteur d’amortissement relatif aux pièces de
structures en matériaux métalliques et en composites n’excède guère 10%. On constate
Chapitre 4 Page 118 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

118 CONCEPTION DES MACHINES

µ
µHH

η
ζ0 = 0

3
0,14

0,2

2
0,263

0,44

1
1,0

0
0 1 2 3 β
β
Fig. 4.17 Facteur d'amplification dynamique avec amortissement hystérétique.

que le sommet A de la résonance d’un oscillateur avec amortissement visqueux est très
proche du sommet B avec amortissement hystérétique, µ1 max = 1,0025 µH max.
En cas de sollicitation statique, β = 0 car Ω = 0. Le facteur d’amplification hysté-
rétique vaut

1
µH = (4.54)
1 + 4ζ 2

ce qui ne correspond pas à la réalité de µ1 = 1. Le modèle hystérétique n’est pas


valable à basse fréquence relative.

Conclusions
Ces résultats justifient que le modèle d’amortisseur visqueux suffit pour étudier
les vibrations des systèmes rencontrés dans la pratique. En effet:
• son coefficient d’amplification dynamique est correctement égal à l’unité dans
le cas statique;
Chapitre 4 Page 119 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 119

µµ11max 11 A µ11 visqueux


max == -----------------------------
22ηηe 1-η 1 –e η
2 2
e e
1
µµH max = = 1-------- 11 B
H max 2 η -= =2ξ------
2η e e 2ζ

µHH hystérétique

2 2 ββ
2 η eη e
1 – 1-2 1

Fig. 4.18 Résonance des modèles visqueux et hystérétiques.

• son amplification à la résonance est à peine supérieure à ce qu’elle serait avec


un matériau hystérétique.

L’analyse mathématique des problèmes dynamiques en est grandement facilitée,


on l’utilisera toujours par la suite.

4.3.3 Capacité d’amortissement


On appelle capacité d’amortissement ψ le rapport de l’énergie dissipée Wp dans
un cycle à l’énergie de déformation élastique We mise en jeu:

Wp
ψ = (4.55)
We

L’énergie élastique représentée par le triangle hachuré verticalement de la figure


4.19 vaut

1
We = k x√2
2

Calculons la capacité d’amortissement pour les deux modèles considérés:


• modèle viscoélastique, avec (4.43) et (4.42),

cΩ
ψ = 2π = 2π tan ϕ (4.56)
k
Chapitre 4 Page 120 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

120 CONCEPTION DES MACHINES

Wp
k

We

0 x

x x̂
Fig. 4.19 Energie dissipée et énergie élastique.

• modèle hystérétique, avec (4.48) et (4.47),

h
ψ = 2π = 2π tan ϕ H (4.57)
k

L’amortissement spécifique du modèle viscoélastique augmente proportion-


nellement à la fréquence, tandis qu’il est constant dans le cas du comportement hys-
térétique. On exprime souvent la faculté d’amortissement des matériaux par la valeur
de ψ. Les normes (DIN 7450) prévoient d’utiliser la même notion pour caractériser
l’amortissement offert par les accouplements élastiques. Cherchons la relation qui
existe entre la capacité d’amortissement et les facteurs d’amortissement relatifs.
Pour le modèle visqueux, on a, en combinant (4.24) avec (4.56),

cω 0 ψ ω0
η = = (4.58)
2k 4π Ω

La capacité d’amortissement se mesure habituellement à la résonance d’ampli-


tude, soit pour Ω = ω0(1 – 2η2)1/2, alors

ψ = 4 π η 1 ± 2η2 (4.59)

En pratique, on a presque toujours η ≤ 0,2, par conséquent:

ψ ≈ 4πη (4.60)

En cas d’amortissement hystérétique, la combinaison de (4.52) et de (4.57)


fournit

ψ ≈= 4 π ζ (4.61)
Chapitre 4 Page 121 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 121

4.3.4 Amortissement des structures


L’amortissement des bâtis de machines, charpentes, rotors, résulte principale-
ment des mécanismes dissipateurs suivants :
• le frottement interne des matériaux constitutifs;
• le frottement coulombien dans les assemblages;
• le frottement dans le fluide ambiant.

Les surfaces de pièces assemblées par boulonnage, rivetage, frettage subissent


des microglissements lorsqu’elles sont soumises à des vibrations. Ces frottements
dissipent une puissance appréciable, le plus souvent encore plus forte que ce qui est
dissipé par frottement interne dans les matériaux. Ces pertes sont difficilement pré-
visibles et ne peuvent se déterminer qu’expérimentalement. Bornons-nous à dire que:
• l’amortissement est d’autant plus petit que l’état des surfaces assemblées est
meilleur;
• l’amortissement des constructions soudées est plus faible que celui des struc-
tures boulonnées;
• l’amortissement diminue avec l’augmentation des pressions de contact.

On a vu que le modèle viscoélastique et le modèle hystérétique des matériaux ont


des comportements distincts. En ce qui concerne la dissipation d’énergie dans les
assemblages, il faut utiliser un modèle basé sur le frottement sec, mais compliqué par
le fait que le microglissement des aspérités est entrecoupé de périodes de repos (col-
lage). Cependant, le comportement dynamique d’une structure technique est assez
proche des résultats donnés par un modèle viscoélastique, car la valeur du coefficient
d’amortissement est presque toujours inférieure à 0,2, ce qui rend les différences
minimes entre les deux modèles.
L’évaluation de la constante d’amortissement visqueux c intervenant dans le
modèle viscoélastique est délicate. On a essayé de la calculer dans certains méca-
nismes [4.9]; [4.10] donne aussi quelques indications. Mais on est finalement toujours
obligé de recourir à des mesures d’amortissement sur des machines. Pour les besoins
de la pratique, il nous paraît préférable d’estimer le facteur d’amortissement relatif
selon le tableau 4.20.

Tableau 4.20 Facteur d’amortissement relatif visqueux η.

Bâtis de machines 0,01 à 0,03


Ponts roulants soudés 0,008 à 0,027
Structures en treillis de grues 0,04 à 0,055
Arbres, d ≤ 100 mm 0,005
d > 100 mm 0,01
Réducteurs, P ≤ 100 kW 0,02
100 < P ≤ 1 000 kW 0,04
P > 1 000 kW 0,06
Accouplements élastiques 0,04 à 0,2
Mécanismes articulés ou à came 0,03 à 0,08
Chapitre 4 Page 122 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

122 CONCEPTION DES MACHINES

L’évaluation de l’amortissement n’est en fait pas très critique. En effet:


• les mécanismes dans lesquels on cherche une grande précision ont leur fré-
quence propre assez éloignée de la fréquence fondamentale du mouvement
pour que l’amortissement n’influence que très peu l’erreur dynamique
(sect. 15.4);
• les amplitudes vibratoires de résonance sont très sensibles à la valeur de
l’amortissement, mais la plupart du temps on évite soigneusement qu’un
mécanisme fonctionne durablement au voisinage de résonances;
• sans même connaître précisément les valeurs numériques, on prend toutes les
mesures susceptibles d’accroître l’amortissement.

4.4 ORGANES DISSIPATEURS D’ÉNERGIE

Freins
Les freins ont pour but de ralentir et d’arrêter un objet, une machine, un véhicule,
ou d’en régler la vitesse. Citons simplement, sans les décrire, divers types de freins
selon leur caractéristique de couple (fig. 4.21):
• Freins à frottement sec. Le couple de frottement au repos est généralement plus
élevé que lorsque le frein glisse, sauf avec certains matériaux de garniture pour
lesquels la différence est peu marquée. Le couple dynamique de freinage est
quasi constant au-delà d’une certaine vitesse. Les freins multidisques peuvent
fonctionner dans l’huile. Le couple de freinage est proportionnel à la force de
serrage des garnitures.
• Freins hydrodynamiques. Le couple est proportionnel au carré de la vitesse.
• Freins centrifuges. Même caractéristique que le frein hydrodynamique, mais
ils n’agissent parfois qu’à partir d’une certaine vitesse seulement.
• Freins à poudre magnétique. Le couple est indépendant de la vitesse, mais pro-
portionnel au courant d’excitation.
• Freins à courant de Foucault. Le couple de freinage croît d’abord avec la
vitesse, puis se stabilise à une valeur constante qui augmente proportionnel-
lement au courant d’excitation.

Mf générateur centrifuge
I I
électrique
hydrodynamique
I
poudre magnétique
I
Foucault

F
hystérésis
sec

ω
0

Fig. 4.21 Caractéristiques couple-vitesse de freins.


Chapitre 4 Page 123 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 123

• Freins à hystérésis. Le couple est indépendant de la vitesse, mais proportionnel


au courant d’excitation.
• Générateurs à courant continu. Le couple de freinage est proportionnel à
la vitesse et augmente avec le courant d’excitation; l’énergie mécanique est
convertie en électricité.

L’énergie dissipée échauffe les freins, c’est pourquoi on est contraint, en régime
continu, de limiter la puissance de freinage. Cela se traduit par une hyperbole
Mf = Plim / ω comme la figure 4.21 le montre pour le frein à hystérésis.
L’influence de la caractéristique d’un frein sur le ralentissement sera examinée au
paragraphe 14.7.2.

Butoirs
Les butoirs servent à arrêter une masse en mouvement et sont munis d’un dis-
positif de rappel qui les met, après usage, en situation d’opérer un nouveau freinage.
Un butoir hydraulique (fig. 4.22) se compose en principe d’un cylindre dans lequel un
piston poussé par la masse expulse de l’huile à travers un orifice calibré. L’huile est
envoyée dans un accumulateur hydraulique qui se met sous pression et repousse
ensuite le piston dans sa position initiale.

m
v0

x
0
Fig. 4.22 Schéma d’un butoir hydraulique.

La force nécessaire pour enfoncer le piston est proportionnelle à la pression dans


le vérin, laquelle augmente comme le carré du débit d’huile. En négligeant la pression
dans l’accumulateur, on peut donc écrire une relation de la forme

F = Cv 2 (4.62)

où C est un coefficient qui dépend de la section du piston, de la lumière de l’étran-


glement et des caractéristiques de l’huile. Cette force freine la masse selon l’équation
de la dynamique:

m v« + C v 2 = 0

dont la solution est

1
v = v0 (4.63)
C
1 + v0 t
m
où v0 est la vitesse de la masse lorsqu’elle heurte le butoir.
Chapitre 4 Page 124 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

124 CONCEPTION DES MACHINES

Le piston et la masse parcourent la distance:

t
m  C 
x = ∫ v dt = C
ln  1 +
 m
v0 t 

(4.64)
0

L’allure de ces fonctions est représentée à la figure 4.23. La masse ne s’arrête


théoriquement qu’après un temps infini, mais l’arrêt survient toujours à cause de frot-
tements coulombiens omniprésents et à cause de la pression dans l’accumulateur. Eli-
minons encore le temps entre ces deux expressions pour obtenir l’évolution de la
vitesse en fonction de l’espace parcouru:

C
± x
v = v0 e m (4.65)

Calculons l’énergie dissipée par le butoir lorsqu’il a effectué la course h. Après


avoir introduit (4.65) dans (4.62) (fig. 4.24), on trouve:

m v02  ±2 h 
h C
W = ∫ F dx =
2 
1 ± e m 


(4.66)
0

F0

W
v0 x(t)

v(t) x
0
h
0 t

4.23 Espace et vitesse d’un butoir hydraulique. 4.24 Vitesse en fonction du déplacement.

Le premier facteur représente l’énergie cinétique de la masse, le butoir en absorbe


la fraction:

C
±2 h
ζ = 1 ± e m (4.67)

On peut en principe régler la dissipation d’énergie, pour une course donnée, en


agissant sur la valeur de C par le truchement de l’étranglement au passage de l’huile.
On tire de l’équation ci-dessus:
Chapitre 4 Page 125 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 125

m 1
C = ln
2h 1 ± ζ

puis on trouve la force initiale au choc par (4.62):

m v02 1 1
F0 = ln (4.68)
2 h 1 ± ζ

La force de freinage évolue en fonction du mouvement selon

2 C x 1
 v ±2 x ± ln
1±ζ
F = F0   = F0 e m = F0 e h (4.69)
 v0 

représentée à la figure 4.25.

F
hydraulique pneumatique
F0
ressort

«force constante»

x
0 h

Fig. 4.25 Force de freinage.

L’absorption de la même quantité d’énergie nécessiterait une force constante


égale à

m v02 ζ
F = (4.70)
2 h

Calculons le rapport de la force initiale (4.68) d’un amortisseur simple à la force


constante idéale:

F0 1 1
= ln (4.71)
F ζ 1 ± ζ

En voulant, par exemple, dissiper 95% de l’énergie cinétique de la masse, on a


F = 0,32 F0. L’énergie cinétique résiduelle en fin de course s’absorbe contre une butée
fixe.
Chapitre 4 Page 126 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

126 CONCEPTION DES MACHINES

Fig. 4.26 Butoir à force constante (FORKARDT).

La masse subit une forte décélération initiale, lors du choc contre le butoir, sus-
ceptible d’endommager l’objet. On construit des appareils dont les lumières d’étran-
glement s’obturent progressivement au fur et à mesure de l’avance du piston
(fig. 4.26), afin de maintenir la force de ralentissement et la décélération à peu près
constantes. L’exemple ci-dessus en démontre l’avantage.
Il existe des butoirs à ressort et des butoirs pneumatiques à caractéristique linéaire
ou progressive (fig. 4.25) qui détruisent relativement peu d’énergie, de sorte qu’un
rebond de la masse est à craindre.

Amortisseurs
Les amortisseurs servent à amortir rapidement les régimes transitoires des systè-
mes oscillants et à limiter, ou même à empêcher, les résonances en cas d’excitation
périodique. On les rencontre dans toutes les suspensions de véhicules, le plus souvent
sous la forme d’amortisseurs télescopiques à huile (fig. 4.27).
Lors des mouvements du piston, l’huile doit passer par des orifices calibrés en
soulevant des soupapes chargées par ressorts. En enfonçant la tige, le volume déplacé
correspond à la section du piston tandis qu’au retour le volume est plus petit du fait de
la tige. On obtient un amortissement égal dans les deux sens en prévoyant une soupape
de calibre différent pour chaque sens du mouvement. Un réservoir d’huile est destiné à
compenser les variations de volume global provoquées par les mouvements de la tige
qui entre et sort de l’appareil.
Il existe des amortisseurs dont le coefficient d’amortissement est variable à
volonté par un moteur électrique auxiliaire qui module l’étranglement de passage
d’huile afin d’adapter l’amortissement au comportement routier souhaité. De nou-
veaux amortisseurs à liquides électrorhéologiques (fig. 4.28) obtiennent le même
résultat en jouant sur le champ électrique. Dans d’autres modèles, un robinet à champ
électrostatique (fig. 4.7) règle le débit du liquide électrorhéologique. Ces appareils ont
Chapitre 4 Page 127 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 127

sens des déplacements du piston

ressort tube réservoir


a
F
sens des déplacements
correspondants de l’huile

cache poussière

ressort de soupape supérieur

ressort de soupape inférieur


cylindre a

tube réservoir

4.27 Principe d’amortisseurs télescopiques: (a) à mouvement continu du liquide; (b) à mouvement alternatif
du liquide.

liquide électrorhéologique

+ U –

4.28 Schéma d’un amortisseur à liquide électrorhéologique.

l’avantage de régler l’amortissement sans l’intervention de pièces mobiles, mais ils


présentent l’inconvénient d’exiger une tension de plusieurs kV.

Amortisseurs élastiques
Ces amortisseurs servent à éviter la propagation de vibrations et à assouplir des
systèmes en vue d’abaisser leur fréquence propre (sect. 17.7 et 18.4). Les ressorts
métalliques n’offrent qu’un faible amortissement; mais ceux qui sont construits avec
des éléments élastiques en polymère dissipent beaucoup plus d’énergie. On utilise du
caoutchouc naturel, du caoutchouc synthétique (chloroprène, butadiène, silicone); le
polyuréthane et le polyamide amortissent peu. La dissipation interne des caoutchoucs
dépend fortement de la température et de la répartition des contraintes, elle a un carac-
tère essentiellement hystérétique. En armant le caoutchouc par du tissu, on augmente
sa résistance et la dissipation d’énergie. On atteint des capacités d’amortissement
ψ = 1,3 à 1,8 et plus.
Chapitre 4 Page 128 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

128 CONCEPTION DES MACHINES

F
dynamique statique

Wp kd
k

We

x
0

Fig. 4.29 Caractéristique dynamique d’un amortisseur en caoutchouc.

La rigidité dynamique kd d’un amortisseur en caoutchouc est plus forte que sa


rigidité statique (fig. 4.29). A 10 Hz, on peut admettre

kd = (1,1 … 1, 4 ) k (4.72)

La rigidité diminue lorsque la température s’élève; à 50°C, la rigidité dynamique


est voisine de la rigidité statique à 20°C.
Il existe d’innombrables exécutions. Les figures 4.30 et 4.31 représentent des
accouplements élastiques, le premier est particulièrement souple radialement et per-
met des désalignements angulaires relativement importants. Les figures 4.32 et 4.33
montrent des exemples de ressorts en caoutchouc, le second travaille au cisaillement.
La figure 4.34 illustre le principe d’un amortisseur à liquide électrorhéologique
destiné à porter un moteur de véhicule. La charge est transmise au bâti (1) par une
pièce conique élastique en caoutchouc (2) et par le disque (3). Une membrane souple
(4) enferme un liquide électrorhéologique et un diaphragme (5) partage la cavité en
deux chambres. Un accroissement de la charge F comprime le tampon (2) et envoie du
liquide de la chambre (7) vers la chambre (8) à travers la lumière (6) du diaphragme.

Fig. 4.30 Accouplement élastique très souple (STROMAG, Unna).


Chapitre 4 Page 129 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

DISSIPATION D’ÉNERGIE 129

Fig. 4.31 Accouplement élastique, (1) tampon en caoutchouc (Flender).

Fig. 4.32 Plot élastique (Continental). Fig. 4.33 Support élastique (Metalastik).

F
3

2
7

+ –

8 4
9 6 10

Fig. 4.34 Amortisseur à liquide électrorhéologique.

La perte de charge dans le trou (6) dissipe de l’énergie et amortit la vibration. Ce trou
est garni de deux électrodes, (9) et (10). En établissant un champ électrostatique entre
elles, on peut influencer la résistance à l’écoulement du liquide et moduler ainsi
l’amortissement du système tout comme sa rigidité dynamique.
Chapitre 4 Page 130 Mercredi, 8. f vrier 2006 11:31 11

130 CONCEPTION DES MACHINES

4.5 CONCLUSIONS PRINCIPALES

De nombreux phénomènes dissipent de l’énergie. On distingue:


• la dissipation externe par frottement dans les couples cinématiques, par
malaxage des graisses, par agitation de l’huile et de l’air;
• la dissipation interne, dans le volume des matériaux, lors de variations des
contraintes.

La puissance dissipée lors d’un mouvement continu est :


• proportionnelle à la vitesse en cas de frottement coulombien;
• proportionnelle au carré de la vitesse en cas de frottement visqueux;
• proportionnelle au cube de la vitesse en cas d’agitation de fluide en régime
turbulent.

Lors de mouvements oscillants harmoniques, la puissance moyenne dissipée est :


• proportionnelle à l’amplitude et à la fréquence en cas de frottement coulombien;
• proportionnelle au carré de l’amplitude et de la fréquence en cas de frottement
visqueux;
• proportionnelle au cube de l’amplitude et de la fréquence en cas d’agitation de
fluide en régime turbulent.

On rencontre souvent des oscillations superposées à un mouvement continu. La


dissipation d’énergie vibratoire par frottement sec ou mixte est nulle si la vitesse de
glissement ne s’inverse pas. C’est pourquoi il ne faut pas compter sur le frottement
dans les paliers lisses secs ou mixtes pour amortir des vibrations de torsion des arbres.
Un oscillateur élémentaire excité par une force harmonique présente une réso-
nance d’amplitude. En cas de frottement visqueux, le facteur d’amplification maximal
est inversement proportionnel à la constante d’amortissement visqueux. En revanche,
l’amplitude de résonance théorique est infinie avec un frottement coulombien; mais en
réalité, de l’amortissement interne limite quant même l’amplitude.
La plupart des matériaux présentent un amortissement interne dit hystérétique :
l’énergie dissipée pendant une période vibratoire est approximativement proportion-
nelle au carré de l’amplitude, mais indépendante de la fréquence. La réponse dyna-
mique d’un oscillateur élémentaire hystérétique excité par une force harmonique
présente une résonance d’amplitude à une fréquence indépendante de l’amortisse-
ment, toujours égale à la fréquence propre en régime libre non amorti. Par contre, le
modèle hystérétique donne des résultats inacceptables en régime sous-critique.
S’il est vrai que le comportement de l’amortissement interne est hystérétique, on
admet, en pratique, de modéliser l’amortisseur par un élément visqueux. Le traitement
mathématique est plus simple et il rend compte de manière satisfaisante du comporte-
ment dynamique réel.
Les organes de machines destinés à dissiper de l’énergie mécanique sont :
• les freins en cas de mouvement continu,
• les butoirs en cas de choc,
• les amortisseurs en cas de mouvement vibratoire.

On arrête avantageusement un mouvement dans un espace donné par des butoirs


à force constante ou par des freins à frottement sec.
Chapitre 5 Page 131 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

CHAPITRE 5

EFFORTS STATIQUES

5.1 INTRODUCTION

Les efforts statiques, forces et couples, sont à la base du fonctionnement des


machines. Combinés avec les mouvement, ils servent à transmettre l’énergie.
Ils sont transmis d’une pièce à l’autre par obstacle ou par frottement. Dans ce der-
nier cas, la transmission de force s’accompagne toujours de microglissements qui
dégénèrent en glissement macroscopique ou en patinage si la sollicitation est trop
forte. A cet égard, les roues et les courroies sont des mécanismes intéressants.
Les forces ou les couples sont insérés dans des réseaux de cheminement fermés
qui passent par les liaisons entre les pièces; ces réseaux sont imbriqués dans le cas des
mécanismes qui transforment des forces en couples ou réciproquement. Les efforts
chargent les pièces et sollicitent leurs matériaux.
On distingue:
• les efforts utiles nécessaires pour transmettre de l’énergie ou pour exercer un
effort statique sur l’objet du travail de la machine;
• les efforts de précharge ou de précontrainte nécessaires pour l’assemblage
des pièces ou pour obtenir des effets spéciaux;
• le poids propre des pièces qui peut dans certains cas constituer un effort utile,
servir à la précontrainte ou n’être qu’une force parasite.

Ce chapitre a pour but de traiter le fonctionnement statique des mécanismes et de


donner des règles de conception. Il est structuré comme suit :
• Section 5.2 Rappel de la notion d’effort.
• Section 5.3 Etude de la transmission de forces entre des solides,
application aux assemblages.
• Section 5.4 Transmission d’efforts dans les solides.
• Sections 5.5 et 5.6 Etude de la transmission de forces au point de contact des
roues et entre les liens souples et les poulies.
• Sections 5.7 et 5.8 Analyse des réseaux d’efforts statiques, méthodologie pour
isoler des pièces et mettre les actions en évidence.
• Section 5.9 Examen de l’opportunité de devoir tenir compte du poids
propre des pièces dans les calculs de dimensionnement.
• Section 5.10 Présentation de règles de conception statique des méca-
nismes.
• Section 5.11 Conclusions principales.

Les efforts de précontrainte sont étudiés en détail au chapitre 7 et les liaisons font
l’objet du chapitre 9.
Chapitre 5 Page 132 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

132 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

5.2 EFFORTS

Forces
Il est utile de distinguer les forces selon leur mode d’application aux solides.
Les forces de volume sont appliquées au sein même de la matière. Chaque élé-
ment de volume dV ou, avec la masse volumique ρ, chaque élément de masse
dm = ρ dV est soumis à la force élémentaire

dF = f ρ dV = f dm (5.1)

Selon les cas, la force massique f est l’accélération terrestre g, l’accélération a de


l’élément de masse considéré ou une force magnétique. La résultante de toutes les for-
ces élémentaires est une force unique, appliquée au barycentre de la masse considérée
dans le cas de la gravité.
Les forces de surface sont appliquées à la surface des solides. Sur chaque élé-
ment de surface dA s’exerce la force élémentaire

dF = p dA (5.2)

La force surfacique p a la dimension d’une pression. C’est, par exemple, la pres-


sion statique ou dynamique exercée par un fluide, la pression de contact entre deux
solides, la contrainte tangentielle de frottement solide ou de viscosité.

Couple
Un solide est soumis à un ensemble de n forces Fi et de m couples Mj. Nous
disons que la résultante de ce torseur est un couple lorsque simultanément
• la somme des forces est nulle

n
∑ Fi = 0 (5.3)
i=1

• la somme des moments par rapport à un point quelconque n’est pas nulle

n m
M = ∑ ri × Fi + ∑ Mj ≠ 0 (5.4)
i=1 j=1

ri est le rayon vecteur du point de réduction au point d’application de la force Fi.

L’intensité ou moment du couple, on dit aussi simplement le couple, est

M = M (5.5)

Un couple résulte au moins de deux forces. La figure 5.1 montre comment deux
vérins appliquent les forces F1 et F2 aux extrémités d’un palonnier susceptible de
tourner autour de l’axe O. Ces forces constituent un couple si F1 = –F2.
Chapitre 5 Page 133 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 133

A F1

Fφ Fφ
D

M– M–

d
F2 Fφ Fφ

B E

Fig. 5.1 Palonnier avec vérins. Fig. 5.2 Moteur électrique.

Mais un couple peut aussi résulter de plus de deux forces; par exemple, chaque pôle
d’un moteur électrique applique la force électromagnétique Fφ à son rotor de diamètre d.
Le couple électromagnétique d’un moteur à 2 p pôles (p paires de pôles) vaut (fig. 5.2)

Mφ = p d Fφ (5.6)

2
F1 b
α

ωb M– F1
F2
r1 F3

4 F2
1
2
2
F3 (b)

(a)
Fig. 5.3 Engrenage épicycloïdal : (a) schéma; (b) équilibre des forces appliquées au planétaire central.

Considérons encore un engrenage épicycloïdal (fig. 5.3a) dont le porte-satellites


ou bras est entraîné dans le sens ω b. Les trois satellites (2) roulent à l’intérieur de la
couronne (3) et appliquent les forces F1, F2 et F3 au pignon central (1). Lorsque l’axe
de ce dernier est flottant, le pignon prend automatiquement une position telle que la
résultante des trois forces est nulle (fig. 5.3b). Cet exemple montre qu’il est aussi pos-
sible d’obtenir un couple avec un nombre impair de forces (trois ou plus).

Action et réaction
Considérons un solide (1) qui exerce un effort Q sur un solide (2) (fig. 5.4a). En les
séparant, on voit que le premier applique l’effort Q12 (lire Q un deux) sur le second, c’est
l’action de (1) sur (2); le solide (2) applique l’effort Q21 sur le solide (1), c’est sa réac-
tion. Le principe d’égalité de l’action et de la réaction, troisième loi de Newton, implique
Chapitre 5 Page 134 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

134 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Q12 = ± Q21 (5.7)

Afin de simplifier l’écriture, on notera dans cet ouvrage:


• effort d’action Q
• effort de réaction Q–

Alors
Q = ± Q± (5.8)

Q Q21 Q12

Q– Q
1 1
2 2
(a) (b)
Fig. 5.4 Action et réaction : (a) transmission; (b) pièces isolées.

Efforts extérieurs, efforts intérieurs


Une machine subit l’action de forces qui lui sont appliquées par son environne-
ment. Ces forces sont dites extérieures et appelées charges. Un engin de levage, par
exemple, est chargé par le poids de l’objet qu’il soulève, le poids de sa structure (force
de gravité), l’effet du vent (force aérodynamique). Notons que l’environnement est
incapable d’exercer un couple sur la machine.
Les charges extérieures sont transmises d’un organe à l’autre de la machine par
des forces dites intérieures parce qu’elles se trouvent dans la machine. Les charges
engendrent souvent aussi des moments et des couples intérieurs. En poursuivant ce rai-
sonnement, on peut hiérarchiser les efforts (fig. 5.5). L’environnement applique les
charges F1 à la machine et crée un système d’efforts intérieurs F2, M2 (torseur
d’effort). Ces efforts constituent à leur tour des charges pour les organes et créent des
efforts intérieurs F3, M3 entre les pièces constituant chaque organe. Enfin, ces efforts
chargent les pièces en créant des efforts intérieurs F4, M4 au sens de la statique des
solides; ils engendrent des contraintes qui sollicitent le matériau.
On voit qu’un effort intérieur constitue une charge pour un sous-système.

environnement
machine
organe
F1 F2 F3 pièce
M2 M3 F4 M4

Fig. 5.5 Hiérarchie des efforts.


Chapitre 5 Page 135 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 135

Rappelons encore le principe de dislocation selon lequel toute partie d’un ensemble
en équilibre est elle-même aussi en équilibre. Isoler un élément dans un ensemble
consiste à étudier son équilibre par les méthodes classiques de la statique.

5.3 TRANSMISSION D’EFFORTS ENTRE DES SOLIDES

5.3.1 Transmission de force par obstacle


Une pièce (1) est en contact avec une pièce (2) (fig. 5.6). Négligeons tout d’abord
le frottement entre les deux surfaces. Une force F appliquée à la pièce (1) en direction
de (2) accélérerait cette pièce si elle n’était pas en contact avec (2) qui fait obstacle à
ce mouvement. Selon la direction de F, on distingue deux cas :
• F est dirigé normalement à la surface. La force est transmise intégralement à la
pièce (2) par une force normale N, on a

N = F (5.9)

• F fait un angle γ avec la normale n à la surface (fig. 5.7).

Seule la composante normale

N = F cos γ (5.10)

est transmise.
La composante tangentielle

T = F sin γ (5.11)

accélère la pièce (1) et la fait glisser sur la surface de (2).

n F N
n N
1
2 γ
1
2
F
T

Fig. 5.6 Transmission par obstacle d’une force Fig. 5.7 Transmission d’une force oblique sans
normale. frottement.

Considérons maintenant deux pièces en contact linéique. Par exemple, une bille
posée sur un trou circulaire (fig. 5.8) dont la ligne de contact est un cercle de rayon r.
Une force F sur la bille, dirigée dans l’axe du trou, se transmet par une charge linéi-
que q normale à la tangente t à la bille au point de contact considéré. Du fait de la
Chapitre 5 Page 136 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

136 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

2r q–

Fig. 5.8 Sphère sur un trou circulaire.

symétrie axiale, la charge est uniformément répartie, mais seule sa composante axiale
contribue à transmettre la force.

Soit

F = 2π rq cos ϕ
avec
r
ϕ = arcsin
R

Résumons par la règle suivante :


Si le frottement est nul, la force transmise par obstacle entre deux solides est tou-
jours normale au plan tangent commun aux deux surfaces en contact; elle est dirigée
de l’intérieur d’un solide vers la surface de contact.
On doit parfois transmettre une force qui est inclinée par rapport à une surface de
contact. Il faut alors prévoir un second appui orienté autrement que le premier, la force
se transmet par ses composantes normales aux surfaces de contact. La figure 5.9 mon-
tre une force transmise de la pièce (1) à la pièce (2) par l’intermédiaire de ses compo-
santes NA et NB normales respectivement aux faces A et B. Cette disposition est sou-
vent utilisée pour positionner parfaitement une pièce.

B
F NB
2
1 NB
NA
F
NA

F
A
(a) (b)
Fig. 5.9 Transmission par obstacle d’une force oblique : (a) transmission; (b) décomposition de la force.
Chapitre 5 Page 137 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 137

5.3.2 Transmission de force par frottement


Transmission
Un corps (2) est appuyé contre la surface d’un corps (1) par une force normale N
(fig. 5.10); appliquons encore à (2) une force T tangente au plan de contact π. Isolons
le corps (2) (fig. 5.11a) : la force normale est équilibrée par la réaction N – du solide
(1) tandis que la force tangentielle est équilibrée par la force de frottement F –. Le
corps (1) subit quant à lui l’action de la force normale et de la force de frottement
(fig. 5.11b). Comme T = F, on voit que le frottement transmet la force tangentielle.

2 N

π T

1
Fig. 5.10 Solide chargé.

2 N N

T F

F– 1

(a) N– (b)

Fig. 5.11 Eléments isolés de la figure 5.10 : (a) solide (2) isolé; (b) forces appliquées à (1).

Nous représentons dans les schémas de cheminement de force la transmission par


frottement en marquant le parallélisme à la surface de contact (fig. 5.12).
Pour transmettre une force par frottement entre deux pièces, il faut les serrer par
une force normale aux surfaces de contact.

Fig. 5.12 Représentation d’une transmission de force par frottement.

2 R–
N

T γ
N

R–
γ T
(a) n (b)
Fig. 5.13 Réaction résultante : (a) sur le solide (2) de la figure 5.10; (b) équilibre des forces.
Chapitre 5 Page 138 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

138 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

La réaction R– se compose d’une force de frottement et d’une réaction normale


qui équilibrent les forces appliquées au solide (2) (fig. 5.13). L’équation d’équilibre
statique

N + T + R± = 0 (5.12)

correspond au polygone des forces de la figure 5.13(b). La réaction est inclinée d’un
angle γ par rapport à la normale à la surface. Le rapport de la force transmise par le
frottement à la force normale est le facteur d’adhérence

F
µ a = tan γ = (5.13)
N

Il faut se garder de confondre le facteur d’adhérence avec le coefficient de frottement.


Le développement ci-après permet de distinguer clairement ces deux notions.
Examinons ce qui se passe lorsqu’un corps glisse sur un autre. On distingue le
cas où le mouvement est forcé et celui où la force provoquant le glissement est
imposée.

Glissement imposé
La cinématique d’un mécanisme oblige souvent deux pièces à glisser l’une sur
l’autre avec une vitesse relative imposée v. Si en plus, elles sont appuyées l’une contre
l’autre par une force normale N, apparaît une force de frottement

F = µ (v) N (5.14)

Le coefficient de frottement µ dépend de la vitesse de glissement comme l’indique


la figure 2.59. La force de frottement est nulle s’il n’y a pas de glissement.

Glissement provoqué par une force imposée


Reprenons le solide (2) (fig. 5.10) chargé par une force constante N et faisons
croître la force tangentielle. En nous référant à la figure 5.14 et en procédant pas à pas,
on observe ce qui suit :
• Le corps est au repos et adhère à la surface (1). La force opposée par le frot-
tement est toujours égale à la force tangentielle et croît avec elle

F = T = µa N (5.15)

Bien qu’apparemment immobiles, il existe des microglissements entre les piè-


ces (§ 2.3.4).
• Au-delà d’une certaine valeur limite

Tlim = F0 = µ 0 N (5.16)

située au point A du diagramme, le corps se met à glisser. µ0 est le coefficient


de frottement statique, µa = µ0. A la valeur limite, on dit qu’il y a imminence
de glissement.
Chapitre 5 Page 139 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 139

• Lorsque le corps se met en mouvement, le plus souvent le coefficient de frot-


tement dynamique µ diminue, selon la courbe (1) de la figure 2.59, le point
figuratif décrit la branche A-B du diagramme 5.14. Le corps de masse m subit
alors l’accélération

T ± F T ± µN
a = = (5.17)
m m

Si la force motrice n’excédait pas Tlim, le point figuratif viendrait en B' avec

Tlim ± F µ ± µ
a = = 0 N (5.18)
m m

• Pour maintenir la vitesse acquise constante, il faut diminuer la force T jusqu’à


la valeur T' égale à la force de frottement avec glissement, point C à l’équilibre
statique

T′ = F = µ N (5.19)

• En diminuant encore la force tangentielle, T'' < F, le solide ralentit. La force de


frottement reste égale à F tant que le corps glisse, point D; puis elle devient
brusquement égale à l’adhérance T'' lorsqu’il est arrêté, point E.

A
F0
B
D C B'
F

T
0 T '' T' T lim
repos glissement a>0
T croît
démarrage
a<0 glissement a>0 T décroît
a=0

Fig. 5.14 Force de frottement et mouvement.

Ces phénomènes peuvent se résumer et s’exprimer par les relations mathéma-


tiques suivantes:
• repos T = µa N γ < ρ0 µ a < µ0
• imminence de glissement T = µ0 N γ = ρ0 µ a = µ0
Chapitre 5 Page 140 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

140 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

• glissement accéléré T > µN γ > ρ µa = µ


• glissement uniforme T = µN γ = ρ µa = µ
• décélération puis arrêt T = µa N γ < ρ µa < µ

où ρ0 est l’angle de frottement statique et ρ est l’angle de frottement dynamique


(§ 2.5.1). Le fait que la force de frottement en mouvement soit inférieure à la force de
démarrage et qu’il existe dans la figure 5.14 un triangle AB'C traduit ce qu’on appelle
l’instabilité de frottement, qui se manifeste en pratique par l’excitation de vibrations
(sect. 21.5) et par le mouvement saccadé (sect. 15.6).
Il existe des matériaux pour lesquels le coefficient de frottement dynamique est
supérieur au coefficient de frottement au repos, selon la courbe (2) de la figure 2.59.
Ces couples de frottement sont stables car la force T' de maintien de la vitesse est
supérieure à la force de démarrage (fig. 5.15). Il s’établit une vitesse d’équilibre ve
telle que

F = µ ( ve ) N = T ′ (5.20)

Le mouvement est accéléré lorsque la force T est supérieure à la force de frot-


tement Fmax.

F
B C
Fmax
A
F0

0 T
T lim T'

repos glissement
mouvement uniforme

Fig. 5.15 Force de frottement et mouvement d’un couple de frottement stable.

Cône de frottement
Le corps (2) était sollicité jusqu’ici par une force normale et par une force tan-
gentielle. On pourrait aussi lui appliquer une force unique P inclinée d’un angle γ par
rapport à la normale (fig. 5.16), N et T sont ses composantes normales et tangentielles.
On a vu que le corps reste au repos tant que γ < ρ0. En donnant à la force P différentes
directions dans l’espace, on obtient un domaine d’équilibre sous la forme d’un cône de
frottement statique dont la demi-ouverture est l’angle de frottement ρ0 autour de la
normale n au plan tangent de contact (fig. 5.17). Il existe, de même, un cône de frotte-
ment dynamique de demi-ouverture ρ.
Chapitre 5 Page 141 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 141


ρ0 n ρ0

N
P
P
2
γ T
N
1

T 2
1

Fig. 5.16 Charge oblique. Fig. 5.17 Cône de frottement statique.

Transmission d’une force oblique


n
ρ0 F γ
N
Fn
F

γ 2 2

Ft
(a) 1 (b) 1

Fig. 5.18 Transmission d’une force de frottement: (a) γ > ρ0 ; (b) γ < ρ0.

Calculons l’intensité de la force auxiliaire normale N nécessaire pour transmettre


une force F depuis la pièce (2) à la pièce (1) sans glissement (fig. 5.18a). Il faut respec-
ter la condition

Ft ≤ µ 0 ( Fn + N )
ou
F sin γ ≤ µ 0 ( F cos γ + N )

Cette équation fournit la valeur de la force auxiliaire normale nécessaire

F
N ≥
µ0
(sin γ ± µ 0 cos γ ) (5.21)

On voit qu’une force auxiliaire normale est nécessaire seulement si l’inclinaison


de la force à transmettre est supérieure à l’angle de frottement (fig. 5.18a). Dans le cas
où γ = 90° on retrouve la formule connue
Chapitre 5 Page 142 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

142 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

F
N ≥ (5.22)
µ0

Lorsque γ ≤ ρ0, N est inférieur ou égal à zéro. Cela signifie que la composante
normale Ft de la force à transmettre suffit à créer le frottement nécessaire à la trans-
mission de la force (fig. 5.18b). C’est la situation d’arc-boutement (§ 10.7.3).

Conclusions
• La force de frottement est située dans le plan tangent commun aux deux sur-
faces de contact.
• Le sens de la force de frottement appliquée à la surface d’un corps est opposé
au sens du mouvement de ce corps vu de l’autre corps en contact avec lui (ou
au mouvement qu’il aurait s’il n’était pas retenu par la force de frottement)
(fig. 5.19).
• Le mouvement d’un solide dépend de l’intensité de la charge parallèle au plan
tangent commun.
• Un glissement imposé engendre une force de frottement.

2
F–
mouvement de (2) vu de (1)

mouvement de (1) vu de (2)


F

Fig. 5.19 Sens de la force de frottement.

5.3.3 Transmission de couple


Il faut au moins deux forces de contact pour transmettre un couple d’une pièce à
une autre. Voici quelques exemples de transmission par obstacle ou par frottement.

Transmission par obstacle

F1 2 F1
F1
F2
3
M 1 M–

(a) (b) (c)


Fig. 5.20 Transmission de couple par une clavette plate, le frottement est négligé : (a) schéma; (b) arbre
isolé; (c) cheminement de la force transmise par la clavette.
Chapitre 5 Page 143 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 143

Le moyeu (1) d’une roue doit transmettre le couple M à l’arbre (3) (fig. 5.20a). La
force périphérique F1 est transmise à l’arbre par l’intermédiaire de la clavette plate
(2). L’analyse de l’équilibre de l’arbre ou du moyeu montre que le moyeu agit encore
directement sur l’arbre par une force radiale F2 (fig. 5.20b). La figure 5.20(c) montre
le cheminement bouclé de la force F1 à travers les pièces. Seule la force F1, située à
une certaine distance du centre de rotation, transmet de l’énergie. F2 est radiale et n’en
transmet pas, c’est pourquoi cette force est très souvent oubliée.

F3
1 3
F2
a
b c
0 4
2

F1 F4
β

Fig. 5.21 Transmission d’un couple par un accouplement à cardan.

L’accouplement à cardan (fig. 5.21) est un exemple où les forces F1 et F2


respectivement F3 et F4, sont équidistantes du centre et transmettent par conséquent
chacune la moitié de l’énergie totale.

Transmission par frottement


Un moyeu (2) est monté sur un arbre (1) avec une précontrainte de serrage
(fig. 5.22). Vu les très petites déformations, on admet que le diamètre ds après serrage
est égal au diamètre initial de l’arbre. La pression de contact p agissant sur une surface
élémentaire dA permet de transmettre au plus la force tangentielle

dFlim = µ 0 p dA

2
µ0 p
1 p
p
ds ≈ d +

0 z

Fig. 5.22 Transmission d’un couple par frottement.


Chapitre 5 Page 144 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

144 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

On obtient le moment transmissible maximal en calculant le moment de cette force


par rapport à l’axe de rotation, puis en intégrant sur toute la surface de contact,

B
d π d2
Mlim =
2 ∫ µ 0 p dA = µ 0
2 ∫ p dz (5.23)
A 0

On veille généralement à obtenir une pression uniformément répartie autour de


l’axe de révolution afin que le moyeu soit centré sur l’arbre. En revanche, la distribu-
tion axiale n’est souvent pas uniforme. Avec une pression moyenne p̄ on obtient

π d2B
Mlim = µ 0 p (5.24)
2

La force axiale limite transmissible s’obtient facilement

Fa lim = µ 0a π d B p (5.25)

Le coefficient de frottement axial est généralement plus grand que le coefficient


circonférentiel, parce que les stries d’usinage de l’arbre et du moyeu sont orientées
dans le même sens et s’emboîtent les unes dans les autres. Les efforts transmissibles
sont plus faibles avec un usinage grossier car les grosses stries s’écrasent et le serrage
diminue.
La pression de contact s’obtient par un quelconque moyen de serrage; par exem-
ple, frettage, pincement, éléments extensibles (fig. 5.23 et 5.24).

pe

pi
pa pâte sous pression

Fig. 5.23 Liaison par une douille extensible. Fig. 5.24 Douille à serrage hydrostatique.

Les embrayages, les freins, les accouplements de sécurité sont des exemples de
transmission de couple par frottement dans lesquels un mouvement relatif de rotation
est possible. La relation entre le couple sollicitant ces éléments et leur glissement est
analogue à ce qui a été décrit au sujet des forces de frottement au paragraphe précé-
dent. Il faut, là aussi, distinguer entre le couple de frottement maximal au repos M0
calculé avec µ0 et le couple de glissement M avec µ.
Chapitre 5 Page 145 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 145

5.3.4 Transmission non mécanique


Transmission magnétique
La transmission de force par des moyens magnétiques se rencontre dans les
paliers magnétiques (§ 2.4.9) et dans les «engrenages» magnétiques. Ce principe est
parfois mis à profit pour résoudre un problème d’étanchéité (§ 22.4.7). La figure 5.25
représente, par exemple, un accouplement magnétique entre un moteur et l’arbre d’une
pompe centrifuge. Les progrès dans la fabrication d’aimants permanents à forte induc-
tion permettent de réaliser des transmissions performantes.

S
N

1
4
3
2
N 5
S

Fig. 5.25 Accouplement magnétique étanche. Fig. 5.26 Coupleur asynchrone.

Les phénomènes électromagnétiques sont largement utilisés pour engendrer des


forces dans les moteurs électriques, les électro-aimants, les embrayages et freins élec-
tromagnétiques. On construit des coupleurs magnétiques qui fonctionnent comme des
moteurs asynchrones (fig. 5.26). Le rotor intérieur (2) porte des bobines (3) excitées
par un courant amené par les bagues (5). Le rotor extérieur (1), qui serait le stator
d’une machine électrique, contient des barreaux en cuivre (4) installés dans des enco-
ches et tous reliés électriquement par des anneaux de court-circuit.

Transmission par des fluides


La pression statique des fluides, liquides ou gazeux, exerce une force sur le
cylindre et le piston des vérins (fig. 5.27). On peut considérer que la force F est trans-
mise du fond du cylindre au piston à travers le fluide. On admet que la pression est uni-
formément répartie sur toute la surface des pièces parce que les forces de gravité sont
généralement petites par rapport aux forces de pression. Cette hypothèse n’est pas
valable lorsque les pièces sont hautes et la pression relativement faible.

F F–
F

Fig. 5.27 Vérin.


Chapitre 5 Page 146 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

146 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Fig. 5.28 Coupleur hydrodynamique.

Un coupleur hydrodynamique fait appel à l’effet dynamique des fluides. Dans


celui de la figure 5.28, l’arbre (A) entraîne la roue pompe (1) par l’intermédiaire d’un
accouplement denté (5). La pompe communique de l’énergie cinétique à de l’huile qui
passe dans l’aubage de la turbine (2) et entraîne l’arbre (B).

5.3.5 Assemblages non permanents


Les éléments d’assemblage sont bien connus. Nous nous limitons à les classer
selon le principe de transmission de force qu’ils utilisent.

Transmission par obstacle:


• languettes et portées de centrage,
• goupilles,
• clavettes,
• cannelures, dentelures,
• axes,
• arbres polygonaux.

Les éléments de liaison se rompent en cas de surcharge.

Transmission par frottement:


• vis d’assemblage,
• rivets,
• emmanchements serrés ou frettés,
• liaisons arbres-moyeux coniques,
• anneaux élastiques (fig. 5.29),
• douilles élastiques (fig. 5.23),
• moyeux en deux parties pincées sur l’arbre (fig. 5.30).

Ces assemblages glissent lorsqu’ils sont mal serrés ou surchargés et les surfaces
de contact des liaisons arbres-moyeux sont détruites et grippent. En revanche, les vis
et les rivets, après glissement des pièces qu’ils assemblent, s’opposent à la poursuite
du mouvement et transmettent ensuite la force transversale par obstacle. Ce faisant, ils
se déforment (fig. 5.31) et risquent d’être cisaillés. On évite tout glissement
intempestif en prévoyant une vis ajustée (fig. 5.32a), en mettant une douille de
Chapitre 5 Page 147 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 147

Fig. 5.29 Anneau élastique.


d

Fig. 5.30 Moyeu pincé.

décharge (fig. 5.32b) ou une goupille (fig. 5.33). Cependant, ces assemblages ajustés
demandent une grande précision d’usinage.

Un assemblage par moyeu conique permet un serrage assez fort pour transmettre,
sans glisser, le couple supportable par l’arbre. Certains constructeurs prévoient encore
une clavette par crainte du glissement (fig. 5.34a). Sans une raison impérative de posi-
tionnement angulaire, il faudrait éviter cette clavette redondante qui entaille et affaiblit
inutilement l’arbre.
Chapitre 5 Page 148 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

148 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Fig. 5.31 Vis courbée par glissement des pièces.

(a) (b)

Fig. 5.32 Prévention du glissement de pièces boulonnées : (a) vis ajustée; (b) douille de décharge.

Fig. 5.33 Positionnement d’un chapeau de palier par deux goupilles.


Chapitre 5 Page 149 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 149

(a) (b)
Fig. 5.34 Assemblage à moyeu conique : (a) avec une clavette disque; (b) serrage pur.

5.4 TRANSMISSION D’EFFORTS DANS LES SOLIDES

5.4.1 Transmission de forces


Considérons le mécanisme de la figure 5.35. Les pièces (1) et (2) exercent res-
pectivement les forces F1 et F2 sur la pièce (3) qui les transmet à la pièce (4). On a
(fig. 5.35b)

F1 + F2 = F3 = – F 3

2 F2 4
3

F1
F3 F2
1

F3–
F1 (a) (b)

Fig. 5.35 Transmission de forces par une pièce : (a) disposition; (b) polygone des forces.

Tout se passe comme si les forces F1 et F2 étaient acheminées par le solide (3)
vers la pièce (4). On imagine alors une ligne située à l’intérieur de la pièce le long de
laquelle se déplace une force (fig. 5.36). On appellera cette ligne cheminement de
force. La force est un vecteur libre dont le point d’application suit le cheminement. Il
ne faut pas confondre le cheminement d’une force avec une ligne de force, comme on
Chapitre 5 Page 150 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

150 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

en rencontre en électromagnétisme, où les forces sont toujours tangentes à la ligne de


force. En mécanique, en revanche, les forces se propageant le long d’un cheminement
sont toutes équipollentes (fig. 5.37). Une ligne de cheminement de force passe tou-
jours par les points de contact des pièces.

F2 F2
2
4
F2

F3
3
1
F1

F1 cheminements de forces

Fig. 5.36 Transmission de forces. Fig. 5.37 Cheminement d’une force.

F1 F1
A A B
F2
F F1
B
F B B A
A
F2 F2
(a) (b) (c)

Fig. 5.38 Vecteur glissant. Fig. 5.39 Non-équivalence de la position de


forces : (a) traction stable; (b) compression insta-
ble; (c) traction stable après retournement.

Une force est un vecteur glissant sur sa ligne d’action (fig. 5.38). Du point de vue
de l’équilibre statique, l’effet d’une force appliquée à un solide indéformable ne
dépend pas de la position de la force sur sa ligne d’action.

En revanche, l’effet sur la sollicitation du matériau dépend de la position du point


d’application des forces. Les forces F1 et F2 des figures 5.39(a) et 5.39(b) sont portées
par la même ligne d’action et sont en équilibre dans les deux cas. Mais dans le premier,
le matériau situé entre les points d’application A et B est sollicité en traction tandis
qu’il est comprimé dans le second. En outre, si le solide est libre de se mouvoir, il se
trouve en équilibre stable dans le premier cas, en équilibre instable dans le second où
il va faire un demi-tour jusqu’à se retrouver dans la position de la figure 5.39(c).
La figure 5.40 montre une bielle où l’on a indiqué le détail de la transmission de
la force utile à travers le filetage des goujons (3) et (4), des écrous et des têtes des vis
(1) et (2) et la circulation de la force de précontrainte des assemblages.

Un élément souple, câble, fil, courroie, chaîne, ne peut évidemment transmettre


de force qu’en traction si on néglige la rigidité en flexion.
Chapitre 5 Page 151 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 151

3 force
motrice

4
2

Fig. 5.40 Transmission de force par une bielle.

5.4.2 Transmission de couples


La figure 5.41 montre deux forces F1 et F2 appliquées sur un bras double (1)
porté par l’arbre (2). L’effet de ces forces est un couple pur M qui sollicite l’arbre. Ce
dernier porte à son autre extrémité un pignon (3) qui transmet les forces de même
intensité F3, F4 et F5 à des roues dentées non représentées dans la figure. Un couple
étant un invariant, il est transmis sans modification de la direction de son axe de rota-
tion; il sollicite les pièces à la torsion ou à la flexion.

F1



F3 2
F5 F2
M
3


F4

Fig. 5.41 Transmission d’un couple.

5.5 ROUES

5.5.1 Transmission de force


Considérons une roue de rayon R roulant sur un plan, chargée par une force N
normale au plan (fig. 5.42). La roue se déforme dans la zone de contact, de largeur 2b,
et s’enfonce un peu dans le plan. Appliquons maintenant un couple M à la roue; une
force F est transmise au plan par friction (fig. 5.43). Les rayons (1) et (2) de la roue se
déforment dans le sens opposé au couple sous l’effet de la réaction F – lorsqu’ils
entrent dans la zone de contact, (1') et (2'); puis ils se redressent en sortant de la zone
de contact, (1'') et (2''). F déforme les plans (3) et (4) en sens inverse. Un modèle élé-
mentaire à ressorts illustre bien ce phénomène (fig. 5.44). Le contact des roues de
chemin de fer est présenté en détail par Kalker [5.1].
Chapitre 5 Page 152 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

152 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

N
M
v 2
1'' 2'' 1
R 1' 2'
M
B A
F–

F
2b 3'' 4'' 3' 4' 3 4

Fig. 5.42 Roue sur un plan. Fig. 5.43 Déformations.

Supposons que la roue et le plan soient faits en matériaux élastique. La pression de


contact p est répartie selon la distribution de Hertz (fig. 5.45). La force tangentielle provoque
dans la zone de contact une contrainte de cisaillement τ croissante à partir de l’entrée A. En
vertu des lois du frottement, la roue ne peut pas glisser sur le plan tant que τ < µ p. Au-delà
du point C, où τ = µ p, la surface de la roue glisse. La surface de contact comporte donc une
zone de repos A-C où les surfaces sont collées, et une zone de microglissement élastique
C-B. On admet que la valeur du coefficient de frottement n’est pas sensiblement affectée par
le microglissement. Lorsque la force tangentielle est nulle, le point C est confondu avec B, il
n’y a pas de microglissement. La zone de microglissement s’étend de l’arrière vers l’avant
au fur et à mesure que la sollicitation tangentielle croît. Lorsque le point C se trouve à
l’avant, confondu avec A, le microglissement se mue en un patinage généralisé de la roue.

microglissement collage
υ

B F– A
C F

M
B A

compression τ
traction
F– C µ p (ellipse)
τ
Fig. 5.44 Modèle à ressorts d’une roue. Fig. 5.45 Transmission d’effort d’une roue.

5.5.2 Résistance à l’avancement

Modèle de calcul
Trois phénomènes s’opposent principalement au roulement d’une roue et
nécessitent un apport d’énergie pour entretenir le mouvement:
• L’avancement provoque un bourrelet devant la roue qui modifie la distribution
Chapitre 5 Page 153 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 153

N N

0 v

bourrelet
B A

Fig. 5.46 Contact d’une roue sur un plan : (a) roue au repos, déformations élastiques symétriques; (b) roue
en mouvement, disymétrie des déformations et des pressions.

de pression dont le centre de poussée vient devant le point de contact théorique


C (fig. 5.46). Le bourrelet s’observe aisément en roulant un objet sur du sable.
• La matière du sol et de la roue est alternativement comprimée, puis détendue.
De l’énergie est dissipée par hystérésis (sect. 4.3).
• De l’énergie est dissipée par le microglissement de contact.

Le centre de la roue se trouve à une hauteur r, appelé rayon statique, sur le plan de
roulement (fig. 5.47). On a évidemment toujours r < R. Pour entretenir le mouvement
permanent d’une roue folle, il faut lui appliquer une force T en son centre parallèlement
au plan de roulement. Afin de faciliter les calculs, on constitue un modèle dans lequel la
réaction N– du sol à la charge N sur l’axe est située devant le point de contact théorique
à une distance e appelée paramètre de résistance au roulement. Les forces N et N – for-
ment un couple dont le moment est égal au moment du couple des forces T et F –. Les
déformations au point de contact étant petites, on a

rT
e ≈ (5.26)
N

N
T
R

F–
e N–

Fig. 5.47 Modèle de calcul de la résistance au mouvement.

On rapporte parfois le paramètre de résistance au rayon statique de la roue pour


définir un facteur de résistance au roulement adimensionnel

e T
f = = (5.27)
r N
Malgré la relation formelle avec le coefficient de frottement de glissement, il faut
prendre garde au fait que les phénomènes sont totalement différents.
Chapitre 5 Page 154 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

154 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Föppl a montré que le paramètre de résistance au roulement est en relation avec la


largeur de l’aire de contact:

π
e = b (5.28)
32

La demi-largeur de la surface de contact d’un cylindre élastique se calcule par la


théorie de Hertz

NR
b = 1, 60 (5.29)
lE

avec:
l longueur du rectangle de contact
E module d’élasticité réduit donné par (2.3)

Calculons la force de translation nécessaire à partir de (5.26) avec (5.28), puis


introduisons l’expression de b ci-dessus en admettant r ≈ R. On trouve

1 N3/ 2
T = 0, 157 (5.30)
E lR

Cette formule, vérifiée expérimentalement, montre que la résistance à l’avan-


cement augmente rapidement avec la charge sur la roue. On constate aussi qu’on a
intérêt à faire les roues larges et de grand diamètre pour diminuer la résistance.

Etats de fonctionnement

N M N N
T υ T– υ T υ

r
ω ω Mf ω

F– F– F–
e e e
(a) N– (b) N– (c) N–

Fig. 5.48 Efforts appliqués à une roue : (a) roue folle; (b) roue motrice; (c) roue freinée.

On distingue trois états de fonctionnement d’une roue en régime permanent :


• Roue folle tractée (fig. 5.48a). Il faut appliquer à l’axe de la roue la force
motrice

e
T = N (5.31)
r
Chapitre 5 Page 155 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 155

• Roue motrice (fig. 5.48b). L’arbre applique à la roue un moment moteur M


dans le même sens que la rotation ω . La résistance à l’avancement lui oppose
le moment

MR = eN

La force disponible au sol pour propulser la roue vaut

M ± MR M ± eN M
F = T = = = ± fN (5.32)
r r r

• Roue freinée (fig. 5.48c). Le freinage résulte de l’addition de la force engen-


drée par le moment de freinage Mf appliqué à la roue et de la force de résis-
tance à l’avancement qui s’oppose à la force motrice T qui pousse l’essieu

Mf + eN Mf
F = T = = + fN (5.33)
r r

5.5.3 Glissement

N
u0
ν
R
ω0
R0

Fig. 5.49 Roulement libre d’une roue chargée.

N
ν
u > u0
ω > ω0
M
F–

Fig. 5.50 Roulement d’une roue motrice.

Une roue folle, chargée, tourne à la vitesse ω 0 (fig. 5.49), avec la vitesse de trans-
lation

v = R0 ω 0 (5.34)
Chapitre 5 Page 156 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

156 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

R0 est le rayon dynamique d’une roue fictive qui roulerait sans glisser, il est plus petit
que le rayon R de la roue non chargée, R0 = R lorsque N = 0. La vitesse périphérique de
ce cercle est u0 = v.
Lorsque la roue est motrice et transmet la force F (fig. 5.50), on observe qu’il faut
accroître sa vitesse angulaire, donc sa vitesse périphérique u, pour maintenir la même
vitesse de translation v. Ce phénomène est lié aux déformations et au microglissement
(§ 5.5.1). Tout se passe comme s’il existait une vitesse de glissement macroscopique

ug = u ± u0 = R0 ( ω ± ω 0 ) (5.35)

On définit le facteur de glissement pour la roue motrice, ou simplement le glissement


ug u0 ω0
g = u = 1 – u = 1 – ω (5.36)

Dans le cas où la roue est freinée, les déformations et le microglissement chan-


gent de sens, de sorte que la vitesse périphérique devient inférieure à la vitesse à vide,
u < u0. La vitesse de glissement devient négative. Si la roue était bloquée, tout en glis-
sant sur le plan, on aurait g = – ∞.
Selon l’état de fonctionnement d’une roue, le facteur de glissement prend les
valeurs suivantes:
roue folle u = u0 g=0
roue motrice u > u0 0<g<1
roue motrice emballée u=∞ g=1
roue freinée u < u0 g<0
roue bloquée u=0 g = –∞
Remarque. Certains auteurs réfèrent aussi au freinage la vitesse de glissement à la
vitesse la plus grande, alors

ug u ω
gf = = ± 1 = ± 1 (5.37)
u0 u0 ω0

5.5.4 Adhérence
Comme pour le frottement plan, le facteur d’adhérence est le rapport de la force
transmise à la charge de la roue

F
µa = (5.38)
N

La figure 5.51 représente l’évolution du facteur d’adhérence avec le glissement.


On constate qu’il croît à partir de zéro au fur et à mesure que le microglissement s’étend
dans la zone de contact. Il passe par un maximum, puis décroît lorsque le glissement
devient un véritable patinage jusqu’à la valeur µg du facteur de frottement dynamique.
Le glissement est approximativement proportionnel à la charge transmise
jusqu’au 2/3 de la force maximale transmissible. La valeur maximale du facteur
Chapitre 5 Page 157 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 157

µa
µa max

µg

–∞ 0 1 +g

microglissement
–∞
roue freinée roue motrice

roue bloquée roue folle emballement

Fig. 5.51 Facteur d’adhérence et glissement.

d’adhérence diminue lorsque la vitesse de translation augmente (fig. 5.52). Pour les
roues de locomotives, Koffmann propose la formule

14
µa max = (5.39)
33, 5 + v

où v est la vitesse en m/s, valable jusqu’à 70 m/s.


L’adhérence de pneus dépend énormément de l’état de la route (fig. 5.53). On a,
par exemple, µa max = 1,1 pour du béton sec; 0,8 pour de l’asphalte mouillé et 0,1 à 0,2
sur du verglas. Ces valeurs diminuent aussi lorsque la vitesse augmente.

µa max
µ0

g g
v
0 v1 v1

Fig. 5.52 Enveloppe de µa max.

5.5.5 Instabilité de transmission


La diminution du facteur d’adhérence pour de fortes valeurs du glissement est à
l’origine d’instabilités. Considérons une roue à laquelle un frein applique un moment
Mf (fig. 5.54) en plus du moment résistant de roulement MR. Par ailleurs, la roue est
entraînée par le moment
Chapitre 5 Page 158 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

158 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

µa 1,2
v = 10... 40 km/h

1,0
10
25
0,8

0,6
40 km/h

0,4 route sèche


route mouillée

0,2

0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 g


Fig. 5.53 Facteur d’adhérence d’un pneu en fonction du glissement, de la vitesse et de l’état de la route.

MF = µ a N r (5.40)

de la force d’adhérence F, tandis que le moyeu avance à la vitesse v du véhicule. Le


moment d’inertie-masse de la roue étant J, son équation de mouvement s’écrit

MF ± ( Mf + MR ) = Jω« (5.41)

N
ν
MR
Mf
r ω
F–

Fig. 5.54 Roue freinée.

Faisons croître lentement le couple de freinage. En régime quasi stationnaire,


ω ≈ 0, MF et donc µa augmentent aussi (fig. 5.55). Lorsque le facteur d’adhérence

atteint µa max, MF ne peut plus croître et par conséquent le premier membre de (5.41)
devient négatif. La rotation de la roue ralentit alors que la vitesse de translation est
maintenue. Il s’ensuit que le glissement augmente, c’est-à-dire qu’il devient encore
plus négatif et que le facteur d’adhérence diminue. La roue décélère fortement et finit
par s’arrêter rapidement.
En conclusion, lorsque Mf + MR > MF max, la roue se bloque inexorablement.
Il convient d’éviter le blocage des roues de véhicules car les roues arrêtées per-
dent tout pouvoir directeur. Les systèmes antiblocage (ABS) diminuent automati-
Chapitre 5 Page 159 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 159

Mf + MR

MF ω
Mf + MR MF
µa
µa

t
g<0 0 0
seuil roue
d’instabilité bloquée
instable stable
(a) (b)

Fig. 5.55 Domaine de stabilité de l’adhérence au freinage: (a) adhérance et couples; (b) évolution au cours
du temps.

quement le couple de freinage dès que la décélération rapide de la roue laisse présager
son blocage. On fonctionne ainsi toujours au voisinage du facteur d’adhérence maxi-
mal et on obtient un freinage optimal du véhicule sans perte de maîtrise de sa tra-
jectoire. La distance de freinage est aussi plus courte que si les roues sont bloquées
puisque µa max > µg.
Une roue motrice s’emballe lorsque le couple moteur qui lui est appliqué dépasse
MF max + MR. On sait que, dans cette situation, il faut réduire les gaz d’un moteur de
voiture ou diminuer le courant d’un moteur de locomotive pour arrêter l’emballement.
Des dispositifs automatiques (ASS) concourent au même résultat.

5.5.6 Guidage
La figure 5.56 représente une roue posée sur un plan x-y, son axe de rotation est
parallèle à y. La force d’adhérence maximale

Fa max = µ a max N (5.42)

est constante dans toutes les directions, elle décrit le cercle d’adhérence. Supposons la
roue folle et appliquons une force T à son moyeu. Sa composante Tx met la roue en
mouvement et la fait rouler dans le même sens. La composante latérale Ty ne peut pas
faire glisser la roue tant que Ty < Fa max. Le seul mouvement possible est un roule-
ment, la roue est guidée par l’adhérence, elle glisse latéralement si Ty x Fa max (déra-
page).
Appliquons maintenant un moment moteur M à la roue, par ailleurs encore sol-
licitée par une force latérale Ty. Ce moment provoque une force Fx transmise au plan
de roulement, toujours perpendiculaire à l’axe de rotation (fig. 5.57) qui se combine
avec la force latérale en une résultante

T = Ty + Fx (5.43)
Chapitre 5 Page 160 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

160 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

y y

Ty T Tmax T
roue Ty
Tx
Fx
M
Fa max Fa max

0 x 0 x

Fig. 5.56 Cercle d’adhérence. Fig. 5.57 Adhérence d’une roue motrice.

La roue est guidée et le fonctionnement est correct tant que T < Fa max. La roue
glisse latéralement, c’est-à-dire dérape, lorsque T = Fa max. Ce phénomène survient
même si Ty < Fa max en imprimant une force Tx suffisante à la roue. Ainsi, une voiture
dérape lorsqu’elle est sollicitée en virage par une force centrifuge et qu’on donne un
fort coup de gaz ou qu’on effectue un violent freinage.

5.6 LIENS SOUPLES

5.6.1 Relations entre les efforts


Un ruban, supposé parfaitement souple en flexion, est enroulé autour d’une pou-
lie (fig. 5.58), une extrémité du ruban est attachée au bâti, au point C. Tirons sur le brin
libre avec une force T2 et faisons encore tourner la poulie dans le sens indiqué. On a
constitué un frein à ruban. Le ruban exerce la force normale dN sur un arc élémentaire
r dϕ de la poulie; la force de frottement correspondante dF = µ dN crée le moment de
frottement

dMf = r dF = r µ dN

qui s’oppose à la rotation de la poulie. La réaction dF– du frottement s’ajoute à la trac-


tion dans le ruban de sorte que la tension augmente progressivement depuis le point A
jusqu’au point B. Calculons la traction dans le ruban en isolant un élément d’angle au
centre dϕ (fig. 5.59). Il est soumis aux tractions T et T + dT, à la réaction radiale dN –
de la poulie et à la réaction de frottement µ dN –. Exprimons l’équilibre des forces en
les projetant sur la tangente t et sur la normale n:


µ dN = dT cos
2
dϕ dϕ
dN = 2T sin + dT sin
2 2
Chapitre 5 Page 161 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 161

dF dN

r
α
O D
ω ϕ
B
A
Mf

C
Τ1
Τ2

Τ1 Τ2

Fig. 5.58 Frein à ruban.

n
µdN t

T
dN –
(a)
ϕ


T + dT ------
2
O
n

µdN T t

------
2
dN dϕ
------
2
T

(b) dT

Fig. 5.59 Elément de ruban isolé.

Mais cos dϕ/2 ≈ 1 et sindϕ/2 ≈ dϕ/2. En négligeant le terme du second ordre, puis
en éliminant dN on obtient

dT = µ T d ϕ

Intégrons entre ϕ = 0, où T = T2, et ϕ pour obtenir la tension dans le ruban au


point D
Chapitre 5 Page 162 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

162 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

T = T2 e µϕ (5.44)

C’est la loi d’Euler, dite aussi d’Eytelwein par les auteurs allemands.
La traction du brin en B s’obtient immédiatement en étendant ϕ jusqu’à l’angle
d’enroulement α

T1 = T2 e µα (5.45)

Enfin, le moment de frottement appliqué à la poulie peut se calculer en écrivant sim-


plement l’équilibre des moments à l’ensemble courroie-poulie autour du centre O

Mf = r ( T1 ± (
T2 ) = r e µα ± )
1 T2 (5.46)

5.6.2 Transmission à courroie

brin mené

e
B T2

αg1
1
d

α1

M1 ω1

αg2
αr1 A T1

brin menant

Fig. 5.60 Transmission à courroie plate.

Etudions la transmission de force entre la petite poulie supposée motrice et une


courroie plate (fig. 5.60). La courroie est montée avec une tension initiale T0 afin de
permettre la transmission de force par frottement entre la poulie et la courroie. On sim-
plifie cette étude en supposant que la vitesse périphérique est assez faible pour que
l’effet de la force centrifuge soit négligeable, cet aspect sera abordé plus loin (sect.
16.3). La transmission d’un effort moteur d’une poulie à l’autre n’est possible que si la
tension T1 du brin menant est supérieure à la tension T2 du brin mené.
Supposons que la courroie présente un comportement linéaire et considérons un
élément de courroie dont l’allongement relatif vaut ε1 = λT1 dans le brin menant, λ
est un coefficient de proportionnalité. En passant sur la poulie motrice, cet élément
se raccourcit progressivement jusqu’à devenir ε2 = λT2 lorsqu’il parvient au brin
mené. La jante de la poulie étant beaucoup plus rigide que la courroie, on voit que
cette dernière glisse sur la jante en se contractant. C’est ce qu’on appelle le glisse-
ment élastique. Des observations méticuleuses ont révélé que ce glissement s’effec-
tue seulement dans une zone délimitée par l’angle de glissement élastique αg1 situé
Chapitre 5 Page 163 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 163

du côté de la sortie de la courroie des poulies (fig. 5.60). Le glissement est nul dans
la zone d’entrée sur la poulie, sur l’arc embrassé par l’angle de repos αr1. La trans-
mission de force entre la poulie et la courroie ne s’effectue que dans la zone de glis-
sement, de manière analogue au mécanisme de la transmission de l’effort entre une
roue et un plan (§ 5.5.1).
L’allongement initial de l’élément considéré ci-dessus vaut ε0 = λT0. En service,
la tension T1 du brin mené est supérieure à la tension initiale, de sorte que
l’allongement augmente de la quantité ε1 – ε0. Mais le périmètre de la courroie restant
constant, le brin mené doit se raccourcir d’une quantité ε0 – ε2 égale à l’allongement
dans le brin mené. On écrit donc

ε1 ± ε0 = ε0 ± ε2

Par conséquent

ε1 + ε 2 = 2 ε 0
et
T1 + T2 = 2T0 (5.47)

Les tractions sont liées par la relation d’Euler (5.44), mais il faut prendre soin de
ne faire intervenir que l’angle d’enroulement de glissement dans lequel la tension
varie de T1 à T2. Alors

µα g1
T1 = T2 e (5.48)

En introduisant dans (5.47), on en tire

2T0
T2 = µα g1
(5.49)
e + 1

Calculons maintenant le moment de ces tractions par rapport au centre de la petite


poulie en remarquant que les tractions s’exercent au milieu de l’épaisseur de la cour-
roie. Il vient

µα g1
e 1
M1 = ( d1 + e )
±
µα g1
T0 (5.50)
e + 1

La somme de l’angle de glissement élastique et de l’angle de repos est égale à


l’angle d’enroulement

α1 = α g1 + α r1 (5.51)

L’angle de glissement augmente avec la charge de la transmission. On a les cas


limites suivants:
Chapitre 5 Page 164 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

164 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

• αg1 = 0 et αr1 = α1. M1 = 0 et T1 = T2 = T0 ; c’est la marche à vide.


• αg1 = α1 et αr1 = 0; c’est l’angle de glissement le plus grand possible per-
mettant la transmission du couple maximal

e µα1 ± 1
M1 = ( d1 + e ) T0 (5.52)
e µα1 + 1
max

Si l’effort résistant imposé par la poulie menée dépasse cette valeur, la poulie
patine et la courroie s’arrête. L’angle d’enroulement étant plus petit sur la petite poulie
que sur la grande, le patinage survient en principe toujours sur la petite poulie.
La transmission de force paraît se répartir sur tout l’arc d’enroulement lorsque la
surface de la poulie est relativement souple.
L’expression (5.52) montre la voie à suivre pour augmenter le couple transmissi-
ble sur la petite poulie :
• accroître le diamètre de la poulie;
• augmenter le coefficient de frottement par un choix judicieux de la matière de
la couche d’adhérence de la courroie;
• amplifier le frottement par un effet de coin (§ 11.4.4), ce besoin a conduit à
l’invention des courroies trapézoïdales;
• accroître la traction initiale dans les limites permises par la résistance de la
courroie et par la charge radiale admissible des arbres et des paliers.

On évite tout glissement en recourant aux courroies dentées.

5.6.3 Câbles
Tous les éléments souples, câbles, fils, rubans, ne peuvent transmettre une force
qu’en traction. Leur passage sur des tambours ou des poulies folles dévie la force
qu’ils transmettent. Le câble représenté à la figure 5.61 charge l’axe de la poulie par la
force

Fr = F1 + F2–

avec naturellement F1 = F2 = F, la traction du câble.

F –2

F –2

F1

Fr
F1

Fig. 5.61 Passage d’un câble sur une poulie folle.


Chapitre 5 Page 165 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 165

Fig. 5.62 Attache de câble sur un tambour de treuil.

La traction exercée sur l’attache d’un câble au tambour d’un treuil (fig. 5.62)
est plus faible que la traction dans le câble de levage parce qu’une partie de la trac-
tion est transmise au tambour directement par le frottement. Il faut réglementaire-
ment toujours laisser au moins deux tours de câble sur le tambour afin de ne pas sur-
charger l’attache.
A l’instar des ascenseurs, les téléskis, télécabines, téléphériques et funiculaires
sont toujours entraînés par friction. Un demi-tour du câble sur la poulie motrice est
souvent insuffisant pour vaincre les gros efforts rencontrés. On enroule alors le câble
selon la figure 5.63; après un demi-tour sur la poulie motrice, le câble passe sur une
poulie de renvoi puis fait encore un demi-tour dans une seconde gorge de la poulie
motrice. Cette disposition évite le mouvement latéral du câble qui se produirait si on
l’avait simplement enroulé deux fois sur un tambour sans poulie de renvoi.

F1

F2

F1

F2

Fig. 5.63 Entraînement par poulie à deux gorges.

Le câble s’allonge en passant d’une zone faiblement tendue dans une zone for-
tement tendue. De ce fait, il rampe sur la poulie motrice, s’use et use aussi la poulie.
Chapitre 5 Page 166 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

166 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE


3 8

F1

F2

5
7 6

1
2 4

Fig. 5.64 Entraînement par deux poulies avec un différentiel.

C’est pourquoi la simple disposition de la figure 5.63 est défavorable. Dans les instal-
lations très chargées et bien construites, on entraîne séparément les deux poulies
motrices par un différentiel qui répartit l’effort par moitié sur chaque poulie (fig. 5.64).
La poulie (6) est folle sur l’arbre (5) et directement entraînée par la roue dentée (7); la
roue (4) entraîne la poulie (3) par l’intermédiaire de l’arbre (5). Le moteur attaque le
différentiel (2) par l’arbre (1). L’installation est plus compacte en logeant directement
un différentiel à engrenages droits à l’intérieur des poulies.

5.7 RÉSEAUX D’EFFORTS STATIQUES

5.7.1 Réseau de forces


Un ressort de compression (1) est inséré dans une ouverture d’une pièce (2). Il
exerce sur cette dernière les forces FA12 et FB12 qui, pour des raisons d’équilibre, sont
égales et opposées. On peut aussi considérer que la force FB12 exercée par le ressort
chemine à travers la pièce (2) puis revient au point B à travers le ressort (fig. 5.66a). Le
cheminement complet forme une boucle fermée qu’on appelle boucle de force. On tra-
cerait également cette boucle en partant du point A, en disant que la pièce (2) com-
prime le ressort avec la force FA21.
En un point quelconque, A par exemple, existe la réaction FA12 à la force FA21
(fig. 5.66b). Cette réaction passe exactement par le même cheminement que la pre-
mière, mais en sens inverse. Le cheminement d’une force est identique au chemi-
nement de sa réaction. Cette propriété est extrêmement utile pour l’étude pratique des
cheminements.

FA12 FB12
1
2

A B

Fig. 5.65 Ressort inséré dans une pièce.


Chapitre 5 Page 167 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 167

FA21 FA12 FB21


FB12
2 1 1
2

A B A B

(a) (b)

Fig. 5.66 Cheminement d’une force dans une boucle simple (a) et de sa réaction (b).

Une force est souvent transmise par ses composantes. Chaque composante par-
court son propre cheminement bouclé. Considérons, par exemple, un compresseur à
piston (fig. 5.67). Le couple moteur appliqué au vilebrequin provoque dans la bielle la
force Fb qui se décompose à l’articulation de crosse en une force F passant par la tige
du piston et une force de guidage Fg perpendiculaire au patin. Cette dernière chemine
à travers le bâti, le vilebrequin et la bielle (cheminement traitillé). Quant à la force de
tige, elle passe par le piston où elle comprime le gaz avec la pression p. Le gaz exerce
sur le fond du cylindre la poussée F1, égale à F, qui revient par le cylindre, le bâti, le
vilebrequin et la bielle (cheminement en trait plein). On remarque que le cheminement
traverse le gaz.
Les forces statiques sont insérées dans des réseaux bouclés fermés.

p Fb ω

F1 F Fg
M

Fig. 5.67 Cheminement des forces dans un compresseur à piston.

5.7.2 Réseaux de couples


Un couple ne peut être équilibré que par un couple opposé de même intensité.
Supposons qu’un élément de machine transmette un couple pur à un élément voisin,
on peut appliquer à cet embryon de chaîne cinématique le même raisonnement que
celui que nous avons fait au sujet des forces. Les couples purs sont insérés dans des
réseaux bouclés fermés.
Par exemple (fig. 5.68), un moteur électrique entraîne un compresseur à piston
par l’intermédiaire d’un réducteur de vitesse. Il attaque l’arbre d’entrée du réducteur
en lui appliquant un couple M1. L’arbre de sortie du réducteur applique à son tour le
couple M2 au compresseur. Dans cet exemple, l’arbre de sortie tourne en sens inverse
de l’arbre d’entrée. La figure 5.69 schématise le réseau maillé de couple. Le couple M3
appliqué par la plaque de base au réducteur équilibre les couples M1 et M2
Chapitre 5 Page 168 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

168 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

compresseur

M2
réducteur 2 plaque de base

moteur

M1
1
M3

Fig. 5.68 Groupe compresseur.

M1 M2
Moteur Réducteur Compresseur

M1 M3 M2

Plaque de base

Fig. 5.69 Réseau de couple du groupe de la figure 5.68.

5.7.3 Réseaux mixtes


Les machines sont souvent le siège de cheminements imbriqués de forces et de
couples, car de nombreux mécanismes fonctionnent par transformation de couples en
forces et réciproquement. Voici deux exemples:

Réducteur à engrenage

M1
r1

Fn
Fn α

a M3
r2

M1

M2

M2
dans le bâti

M3

Fig. 5.70 Réseau de couples et réseau de forces d’un réducteur à engrenage à denture droite.
Chapitre 5 Page 169 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 169

Le réducteur à engrenage de la figure 5.70 est inséré entre un moteur et une


machine comme dans la figure 5.68. Le couple M1 appliqué par le moteur au pignon
engendre la force normale de denture

M1
Fn = (5.53)
r1 cos α

Cette force produit à son tour le couple de sortie

M2 = Fn r2 cos α

L’équilibre statique du réducteur s’exprime par l’équation

M1 + M 2– + M3 = 0
ou
M3 = M1 + M2

D’où

M3 = Fna cos α (5.54)

Le cheminement des couples est représenté en traitillé fort, il passe par la plaque
de base; celui de la force de denture, en trait fin, passe par les paliers et se boucle à tra-
vers le carter du réducteur.

Mécanisme à barres articulées


Dans le mécanisme de la figure 5.71, le couple M1 appliqué au bras (2) est converti en
une force F appliquée au point A de l’articulation (3) avec la bielle. Cette dernière transmet
la force jusqu’à l’articulation (5) où elle est reconvertie en couple appliqué à l’arbre (7) par
le bras (6). Le cheminement de la force se ferme à travers les paliers et le bâti
.

F 5 bielle
B

4 3
5 3
6

manivelles F
2 A


M2
M1
7 1
O O1

Fig. 5.71 Mécanisme articulé.


Chapitre 5 Page 170 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

170 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

5.7.4 Efforts actifs, efforts passifs


On distingue deux catégories d’efforts :
• les efforts actifs transmettent de l’énergie par des pièces mobiles;
• les efforts passifs ne transmettent pas d’énergie lors du fonctionnement de la
machine.

Un effort est passif, soit parce qu’il passe par un élément fixe, soit parce qu’il est
normal à une surface mobile de guidage (paliers, patins). Dans la figure 5.70, la force
Fn est active sur la denture, elle est passive dans les paliers et dans le carter.
La figure 5.72 montre le schéma général d’un réseau d’efforts statiques. Les
efforts actifs sont transmis par la chaîne cinématique; le réseau se ferme à travers les
organes de guidage et le bâti par la chaîne des organes passifs. Cette analyse des
réseaux d’efforts nous amène à préciser la fonction des organes principaux des machines.

moteur transmission récepteur

chaîne cinématique

effort actif
guidage
effort passif

bâti

Fig. 5.72 Schéma de circulation des efforts actifs et passifs.

Moteur:
• il délivre de l’énergie mécanique;
• il reçoit un effort passif et fournit un effort actif.

Récepteur:
• il reçoit et utilise de l’énergie mécanique;
• il reçoit un effort actif moteur et fournit un effort passif.

Organes de transmission:
• ils transmettent de l’énergie mécanique;
• certains organes transmettent intégralement l’effort actif comme les em-
brayages, les accouplements, les roues libres. D’autres transforment le sens, la
direction et/ou l’intensité de l’effort actif, mais doivent pour cela recevoir un
effort passif; par exemple, réducteur à vis sans fin, came et suiveur.

Bâti:
• il guide les organes mobiles;
• il transmet les efforts passifs.
Chapitre 5 Page 171 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 171

Le bâti est donc un organe tout aussi important et vital que les organes de la
chaîne cinématique. En dépit du rôle capital qu’il joue, son étude est rarement abordée
dans les traités de construction de machines qui sont habituellement seulement consa-
crés à l’analyse des organes de la chaîne cinématique. Les bâtis et les structures méri-
tent pourtant autant d’attention que les organes mobiles.

5.7.5 Précharges
Les forces et couples de précharge constituent aussi des réseaux fermés. Ils seront
étudiés au chapitre 7.

5.8 ÉTUDE DES RÉSEAUX D’EFFORTS

5.8.1 Méthodologie
Nous nous sommes aperçu que les débutants, parfois même des praticiens confir-
més, éprouvent beaucoup de difficultés à saisir les efforts régnant dans un mécanisme.
Ils commettent par conséquent de lourdes fautes de construction et de dimen-
sionnement. Nous proposons une méthode qui offre l’avantage d’une analyse
rigoureuse. Elle se déroule en trois étapes:

Etude cinématique
• Décrire le fonctionnement du mécanisme, mettre en évidence les pièces fixes
et les pièces mobiles, examiner les moyens d’assemblage.
• Etudier les liaisons cinématiques ainsi que le degré de liberté des pièces.
• Indiquer dans un schéma ou dans un dessin d’ensemble les caractéristiques
principales: mouvement, vitesse.

Etude énergétique
• Visualiser le flux d’énergie dans la chaîne cinématique en partant de la source
d’énergie.

Analyse des efforts statiques


• Identifier un effort typique transmettant l’énergie. Cet effort sera toujours
appliqué en un endroit où de l’énergie pénètre dans un élément et orienté dans
le sens du mouvement.
• Situer et orienter un effort de précharge, généralement à l’endroit où il est
directement utile.
• Etudier et tracer le réseau fermé complet de l’effort considéré.

Cette méthode que nous appelons CES (Cinématique, Energie, Statique) présente
de nombreux avantages :
• elle révèle les efforts principaux et les efforts induits par la transmission de
l’énergie;
• elle met en lumière les forces de serrage nécessaires pour la transmission de
force par frottement;
• elle met en évidence les surfaces fonctionnelles;
Chapitre 5 Page 172 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

172 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

• elle montre toutes les pièces participant à la transmission d’un effort et leur
sollicitation;
• elle permet d’isoler facilement les pièces en vue de préparer les calculs de
résistance et de déformation.

Exemple d’un réducteur

Cinématique
L’arbre d’entrée du réducteur (fig. 5.73) porte un pignon à denture hélicoïdale
taillé dans la masse de l’arbre qui engrène avec une roue clavetée sur l’arbre de sortie.
Les arbres sont portés par des roulements à billes flottants. On a représenté les vitesses
ω1 et ω2 des arbres.

P1

ω1
ω2

P2

Fig. 5.73 Flux d’énergie dans un réducteur à engrenage.

Energie
Le flux d’énergie ou de puissance est représenté dans le dessin par un trait épais à
travers les organes de la chaîne cinématique.

Efforts statiques
Le couple M1 est appliqué à l’arbre d’entrée par l’organe d’entraînement claveté
sur le bout-d’arbre (fig. 5.74); l’arbre de sortie transmet le couple M2. Le chemine-
ment des couples est représenté en trait fort. On prend garde au fait que les couples
sont transmis uniquement dans les portions d’arbre limitées par les clavettes, respec-
tivement par le pignon. On représente aussi la force motrice de denture.
Chapitre 5 Page 173 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 173

Fn force dans l’espace


Fn

M1

M2

Fig. 5.74 Efforts actifs transmetteurs d’énergie.

Fnt/2

Fa

Fig. 5.75 Réseau de la composante radiale et de la composante axiale de la force de denture.


Chapitre 5 Page 174 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

174 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE


F2a

Fa

Fa±

1
(a) F1a

Fa

(b)

Fig. 5.76 Equilibrage de la composante axiale de la force de denture: (a) équilibre de la roue; (b) chemine-
ment des charges radiales sur les paliers.

Etudions maintenant le réseau de la force de denture (fig. 5.75). Les surfaces


fonctionnelles des arbres et des paliers sont soit des cylindres concentriques aux axes
de rotation, soit des plans qui leur sont perpendiculaires. Il est donc judicieux de
décomposer la force de denture selon deux directions: la composante apparente Fnt et
la composante axiale Fa. La première est transmise radialement par les roulements et
se boucle à travers le bâti. La seconde passe par l’entretoise située sur l’arbre de sortie,
par le roulement au bout de cet arbre, puis se boucle sur l’arbre du pignon à travers les
couvercles des paliers, leurs vis et le carter. On remarque que le cheminement met en
évidence le rôle fonctionnel des vis des couvercles qu’il faut dimensionner pour sup-
porter la composante axiale de la force de denture. Cette dernière est appliquée à la
Chapitre 5 Page 175 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 175

périphérie des engrenages et donne lieu à un moment qui charge les paliers par des
forces radiales (fig. 5.76a). Leur cheminement est représenté à la figure 5.76(b).

5.8.2 Isolement des pièces


Isoler une pièce est une opération qui consiste à la représenter seule et à lui appli-
quer toutes les charges et toutes les forces de liaison avec son environnement. On peut
ensuite étudier son équilibre statique et faire les calculs de résistance et de déforma-
tion. On procède en quatre étapes:
• Identifier les efforts transmis par la pièce en procédant comme décrit au
paragraphe 5.8.1.
• Dessiner la pièce en la «sortant» du mécanisme. Repérer soigneusement les
liaisons, les détails secondaires peuvent être omis ou simplifiés.
• Représenter les efforts appliqués à la pièce par des vecteurs. Le sens des vec-
teurs se détermine comme suit:
– dans un schéma du mécanisme (fig. 5.77a), représenter les efforts actifs dans
le sens de la transmission d’énergie; représenter aussi les efforts passifs dans
un sens intuitif ou arbitraire;
– entourer la pièce à isoler d’une frontière fermée;
– dans un dessin de la pièce isolée (fig. 5.77b), les vecteurs d’effort entrant
dans la frontière sont appliqués à la pièce dans le même sens que dans le
schéma car ce sont des actions; les vecteurs d’efforts qui sortent de la fron-
tière sont représentés par leur réaction opposée, QB± et QC± .
• Exprimer mathématiquement l’équilibre statique de la pièce et calculer les
efforts inconnus; il faut souvent faire des hypothèses simplificatrices. S’il en
résulte qu’un effort est négatif, cela signifie simplement qu’il est dirigé en réa-
lité dans le sens opposé à celui qui était primitivement admis.
efforts actifs, même sens que le flux d’énergie

poids propre
G

QB
QA
pièce n–1 pièce n pièce n+1

QC QD
contacts de guidage,
frontière d’isolement guidage efforts passifs, sens
(a) arbitraire

QA –
QB
action pièce n réaction
efforts actifs moteurs efforts actifs résistants


QC QD

efforts passifs de guidage,


(b) action et réaction
Fig. 5.77 Schéma de l’isolement d’une pièce : (a) pièce intégrée dans le mécanisme; (b) pièce isolée.
Chapitre 5 Page 176 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

176 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

La figure 5.78, par exemple, montre le pignon isolé du réducteur étudié au


paragraphe précédent. On y voit les efforts suivants:
M1 couple moteur d’entrée
Fnt± réaction normale apparente de la roue sur le pignon
Fa± réaction de la poussée axiale de denture
Fa action axiale du palier (2) équilibrant Fa±
F1, F2 actions radiales des paliers équilibrant Fnt±
F1a, F2a actions radiales des paliers équilibrant le moment Far1

F2 F2a
F1
F2a
F1 F2
Fa

r1
M1
M1 F1a F –nt
F –a F –a
F –nt F1a

Fig. 5.78 Pignon isolé du réducteur de la figure 5.73.

5.9 POIDS PROPRE

Le poids propre des pièces charge naturellement les arbres, les paliers, les
organes de guidage et toutes les structures des machines. Il en résulte des efforts inté-
rieurs dont les effets se superposent à ceux des efforts normaux de fonctionnement:
déformation, contrainte et fatigue des matériaux. On peut pourtant souvent simplifier
les calculs en négligeant le poids propre; d’autres fois, il importe au contraire d’en
tenir compte. Il n’existe pas en ce domaine de règle absolue, l’ingénieur doit tenir
compte de son expérience, mais nous voulons quand même tenter de donner quelques
indications.

Engrenages

Fn
d2
d1 M1
z2
α
z1

G2

Fig. 5.79 Charge de l’arbre d’une roue dentée.

Les arbres et les paliers d’une transmission à engrenages sont chargés radiale-
ment par la force de denture et par le poids propre des pièces. Dans le cas pessimiste
Chapitre 5 Page 177 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 177

visible dans la figure 5.79, ces forces s’ajoutent directement pour la roue. Les engrena-
ges dont les flancs de dentures ont une grande dureté se dimensionnent sur la base de
la résistance à la flexion des dents. Le diamètre du pignon se calcule alors en première
approximation par

3 z1 3
d1 = 2,1 M1 (5.55)
ψ d σ F adm

avec: z1 nombre de dents du pignon


b
ψd = largeur relative, détermine les proportions géométriques
d1
σF adm contrainte de flexion admissible du matériau
M1 couple appliqué au pignon

Calculons le poids de la pièce la plus lourde, c’est-à-dire la roue,

π 2
G2 = κ ρ g d b
4 2

Le facteur de forme κ est le rapport du volume effectif de la roue y compris le


tronçon d’arbre qu’elle contient au volume théorique qu’aurait la roue si elle était
pleine, il oscille habituellement entre 0,4 et 0,6. Introduisons b = ψd d1 et d2 = ud1
avec le rapport d’engrenage u = z2/z1, on obtient

π 2
G2 = κ ρ g u ψ d d13 (5.56)
4

Comparons maintenant le poids propre de la roue à la force de denture. Après


introduction du diamètre du pignon par (5.55) et l’introduction de Fn par (5.53), il
vient

4/3 1/ 3
G2  z1   M1 
= 7, 64 κ ρ gu 2     cos α (5.57)
Fn  σ F adm   ψd 

Calculons ce rapport pour κ = 0,5, ρ = 7860 kg/m3, g = 9,81 m/s2, u = 5, z1 = 32,


ψd = 1, σF adm = 480 N/mm2 correspondant à un acier de moyenne résistance,
α = 200 :

G2
= 1,87 × 10 ±3 M11/ 3
Fn

G2 vaut 5% de Fn pour M1 = 19 100 Nm correspondant, par exemple, à une puis-


sance de 6000 kW lorsque le pignon tourne à 3000 t/min. Pour G2 = 1% de Fn, la
puissance serait encore de 240 kW dans les mêmes conditions.
Chapitre 5 Page 178 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

178 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Ce calcul permet de conclure que le poids propre des engrenages et des arbres est
habituellement négligeable face aux efforts de denture, sauf dans les transmissions de
grande puissance ou très lentes à fort couple.

Transmission à courroie
Le poids propre est habituellement négligeable.

Transmission à chaîne
Le poids propre est normalement négligeable; en revanche, la traction radiale
provoquée par la tension de poids propre des chaînes devrait en principe être prise en
considération afin de ne pas courir le risque d’une surcharge imprévue. Le plan de la
chaîne devrait être vertical, sinon la flexion latérale de la chaîne use rapidement les
maillons.

Arbre de transmission
Considérons un arbre plein qui transmet un couple M et repose librement sur
deux paliers (fig. 5.80). La contrainte de flexion sous l’effet du poids propre vaut

l2
σf = ρg (5.58)
d

Cette contrainte est inférieure à 3% de la limite de fatigue en traction alternée σD


de l’acier lorsque la géométrie satisfait la relation suivante

l σD
≤ 0, 03 (5.59)
d ρ gd

Pour un acier de qualité moyenne, σD = 180 MPa,

l 8, 4
≤ d[m] (5.60)
d d

Par exemple, pour un arbre de 100 mm, l /d ≤ 26. Il est d’usage de disposer les paliers
plus rapprochés que ne l’indique cette limite, par conséquent: on peut négliger la contrainte
de flexion des arbres provoquée par leur poids propre sauf pour les arbres de très grand dia-
mètre. En revanche, il faut impérativement tenir compte du poids de l’arbre pour dimen-
sionner les paliers puisque c’est la seule charge radiale qu’ils transmettent.

d
G

M M–

Fig. 5.80 Arbre de transmission.


Chapitre 5 Page 179 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 179

Rotors
L’effort moteur sur les rotors des machines électriques, des turbines et des com-
presseurs est en principe un couple pur. Mais ces rotors sont assez lourds pour qu’il
faille toujours tenir compte de leur poids pour dimensionner leur arbre et leurs paliers.
On rappellera que des dissymétries et certains phénomènes d’écoulement des fluides
donnent généralement encore naissance à une charge radiale qui peut atteindre une
fraction importante du poids du rotor.

Réseau de poids propre


On peut envisager deux points de vue :
• un poids propre est une force statique, insérée dans un réseau qui se ferme à
distance par le centre de la terre;
• un poids propre est une force d’inertie provoquée par l’accélération terrestre, le
réseau est ouvert comme celui des forces d’inertie (§ 16.2.3).

Les forces de poids propre se transmettent d’élément en élément jusqu’à l’assise


de la machine.

5.10 CONCEPTION STATIQUE

5.10.1 Isostatisme
Les constructions isostatiques offrent de nombreux avantages : le cheminement
des forces est déterminé, les efforts se calculent uniquement à l’aide des équations
d’équilibre; des écarts dimensionnels de fabrication ou consécutifs à des dilatations
thermiques n’engendrent pas d’efforts anormaux dangereux capables de surcharger
des organes et de fissurer les bâtis. L’isostatisme des liaisons sera abordé plus loin
(§ 9.4.3). On se limite ici aux problèmes relatifs aux roulements.
Les arbres, sauf ceux qui sont longs, ne doivent en principe reposer que sur deux
paliers. Le montage de la figure 5.81(a) présente cependant un hyperstatisme axial;
une dilatation thermique de l’arbre ou une contraction du bâti donne naissance à une
poussée axiale capable de surcharger les roulements et de compromettre leur longé-
vité. Dans certains cas, on observe même une instabilité thermique destructrice
(§ 21.4.2). L’isostatisme axial s’obtient par deux moyens:

Montage avec un palier fixe et un palier libre axialement


Toute force axiale est transmise au bâti exclusivement par le palier fixe, les
dilatations thermiques sont libres. La mise en œuvre de ce principe laisse place à
diverses solutions technologiques (fig. 5.81 b à e). En guise de palier fixe, on peut uti-
liser tout roulement non séparable, une paire de roulements à contact oblique montés
en opposition ou des roulement à galets coniques (fig. 5.82).

Montage flottant
Ce type de montage consiste à ménager une liberté axiale aux deux paliers sup-
portant un arbre (fig. 5.83). On renonce délibérément à un guidage axial précis en
ménageant un jeu j qui doit prendre en compte les tolérances de fabrication et les
dilatations thermiques. En service normal existe un certain jeu dont le mécanisme doit
Chapitre 5 Page 180 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

180 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

(a)

F F

(b) (d)

F L F L

(c) (e)

F L F L

Fig. 5.81 Disposition des paliers fixes (F) et des paliers libres (L) : (a) montage défavorable, les deux paliers
sont fixes; (b) la bague extérieure du roulement libre glisse dans son alésage; (c) la bague intérieure du rou-
lement libre glisse sur l’arbre, on a vu au paragraphe 3.3.2 laquelle des deux bagues, intérieure ou extérieure,
doit glisser; (e) et (d) roulement libre constitué par un roulement à rouleaux cylindriques, respectivement par
un roulement à aiguilles. Dans ces exemples, c’est la bague intérieure qui est libre, mais on peut aussi utiliser
un roulement à rouleaux type N.

s’accommoder. Les montages des figures 5.83(a) et 5.83(b) impliquent que les bagues
extérieures, respectivement intérieures, puissent glisser tandis qu’avec les roulements
à rouleaux, type NJ, on peut serrer toutes les bagues. Le système flottant simplifie la
construction et le montage, surtout avec des roulements séparables, mais il est impra-
ticable avec des roulements à contacts obliques qui prendraient du jeu radial.
La combinaison d’une butée et d’un palier radial exige de séparer soigneusement
les fonctions de chacun. On évite tout hyperstatisme en ménageant du jeu radial aux
bagues de la butée (fig. 5.84) afin que la charge radiale ne soit transmise que par le
palier; il faut aussi que le roulement soit libre axialement. Le jeu axial de la butée
s’ajuste au moyen de la cale d’épaisseur (1). Le montage du galet de la figure 5.85
constitue une exception acceptable aux règles ci-dessus parce que les roulements sont
très proches l’un de l’autre de sorte que la faible dilatation thermique est reprise par
l’élasticité des pièces et des corps roulants.
La figure 5.86 représente le palier de butée d’une ligne d’arbre de navire. Un rou-
lement à rotule porte le poids de l’arbre et une butée à rotule sur rouleaux transmet la
poussée d’hélice en marche avant à la coque. La rondelle fixe de la butée flotte dans le
carter afin d’éviter tout hyperstatisme radial avec le roulement. Le centre de courbure
de la butée coïncide avec le centre du roulement à rotule afin que de petits mouve-
ments d’inclinaison de l’arbre n’engendrent pas de forces parasites. En marche arrière,
la traction de l’hélice est transmise à la coque par le roulement à rotule; la butée est
alors déchargée et l’effet gyroscopique sur les galets tend à les mettre de travers. On
Chapitre 5 Page 181 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 181

Fig. 5.82 Réducteur d’angle.

(a) (b)

(c)
Fig. 5.83 Montages flottants : (a) jeu dans le bâti; (b) jeu sur l’arbre; (c) jeu dans les roulements à rouleaux
cylindriques.
Chapitre 5 Page 182 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

182 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Fig. 5.84 Butée et palier radial combinés.

Fig. 5.85 Montage d’un galet de guidage sur un axe (Ø 1250 mm).

empêche ce phénomène par une série de ressorts à boudins qui préchargent la butée
avec une force minimale.

5.10.2 Intensité des charges


On a toujours intérêt à diminuer le plus possible les efforts afin de réduire la
taille, la masse et le coût des pièces. Naturellement que les efforts demandés à une
machine lui sont imposés par la nature même du travail qu’elle effectue, il suffit de
penser à des engins de levage, des véhicules ou des machines-outils. En revanche, le
constructeur peut souvent diminuer les efforts internes par une conception judicieuse.

Viser les grandes vitesses


La puissance fournie par un moteur ou transmise par un organe est généralement
imposée par les conditions de fonctionnement. Mais les efforts étant inversement pro-
portionnels à la vitesse, on cherche à augmenter le plus possible cette dernière.
Par exemple, un groupe turbo-électrique américain fonctionnant à 3600 t/min
pour alimenter le réseau à 60 Hz est plus petit à puissance égale qu’en Europe où il
doit tourner à 3000 t/min seulement à cause du réseau à 50 Hz. Les réseaux alternatifs
à bord des avions fonctionnent à 400 Hz, les ventilateurs qu’ils entraînent sont particu-
lièrement petits et légers.
Dans le même ordre d’idées, les moteurs des voitures de courses tournent de plus
en plus vite afin de fournir toujours plus de puissance à cylindrée ou à poids égal.
Chapitre 5 Page 183 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 183

Fig. 5.86 Palier de butée de navire.

Equilibrer les forces parasites


Les forces actives induisent souvent des forces parasites qu’il faut si possible
équilibrer à la source afin de ne pas charger inutilement les organes. Considérons un
embrayage à cône; dans la figure 5.87(a), la charge axiale exercée par les ressorts se
boucle à travers le bâti et charge les butées. Dans la figure 5.87(b), la force se boucle
directement dans l’embrayage sans plus passer par le bâti tandis que la figure 5.87(c)
montre une disposition qui a encore le mérite de doubler le couple transmis parce que
la pression des ressorts s’exerce simultanément sur deux cônes de friction.

(a) (b) (c)

Fig. 5.87 Embrayages à cônes : (a) le ressort s’appuie sur le bâti; (b) la force de serrage se boucle dans
l’embrayage; (c) doubles cônes.

F
F1
M M

Fα– = –F F2 = –F1

(a) (b)

Fig. 5.88 Frein à sabots : (a) un seul sabot charge radialement l’arbre et les paliers; (b) compensation de la
charge radiale par un second sabot.
Chapitre 5 Page 184 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

184 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Les freins à sabots ont généralement deux sabots, habituellement articulés aux
leviers (fig. 5.88); on choisit la position des articulations aux sabots et au bâti de
manière à minimiser, voire annuler, la charge appliquée à l’arbre [5.2].
Les engrenages à denture hélicoïdale exercent une poussée axiale qui charge les
arbres, les paliers et le bâti. On peut l’équilibrer en munissant le pignon d’un boudin
conique qui roule et glisse contre une couronne conique de la roue (fig. 5.89). La pous-
sée axiale se boucle dans l’engrenage lui-même de sorte que les paliers sont tota-
lement déchargés. Mais l’équilibrage n’est opérationnel que si l’engrenage tourne
dans le sens prévu et que le flux d’énergie ne s’inverse pas, comme ce peut être le cas
lors du ralentissement de la machine. C’est pourquoi on prévoit normalement un bou-
din d’appui de chaque côté. Ce dispositif est utile dans les machines puissantes et très
rapides car il permet de supprimer la butée de l’arbre du pignon dont la dissipation
d’énergie est un multiple de la dissipation du boudin.

M1

Fa

Fig. 5.89 Equilibrage de la poussée axiale par un boudin d’appui.

Fn Fn
------ cos α n Ft /2 Ft /2 ------ cos α n
2 2

Fa /2 Fa /2

Fig. 5.90 Equilibrage de la poussée axiale par dentures hélicoïdales opposées.

L’installation de deux dentures hélicoïdales dont les angles d’hélice sont égaux
mais opposés offre un équilibrage parfait, quel que soit le sens de la rotation
(fig. 5.90). Cette disposition offre encore l’avantage de distribuer la puissance trans-
mise sur deux roues. Son application suppose:
• l’exécution symétrique précise des dentures;
• la construction rigide des arbres et du bâti afin que les plans principaux des
roues restent parallèles durant le fonctionnement;
• le montage rigoureusement parallèle des arbres;
Chapitre 5 Page 185 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 185

• l’équilibrage automatique de la force axiale en permettant au pignon et à la


roue de prendre librement la position axiale convenable; on fixe généralement
la roue par rapport au bâti, tandis qu’on laisse le pignon flotter axialement; ce
dernier se centre alors de lui-même sur la denture de la roue; du fait de sa petite
masse, les forces d’inertie parasites axiales provenant des erreurs d’usinage
sont plus faibles que si c’était la roue qui devait se centrer.

Dans le même ordre d’idées, calculons la poussée axiale sur l’arbre intermédiaire
d’un réducteur à dentures hélicoïdales (fig. 5.91). Pour un couple M transmis par
l’arbre intermédiaire,

2M 
Fa1 = tan β1 
d1 
 (5.61)
2M 
Fa2 = tan β 2
d2 

β1
β2
d1 d2
+
M
F –a Fa1 F –a2

Fig. 5.91 Poussée axiale dans l’arbre intermédiaire d’un réducteur.

La poussée résultante exercée sur la butée vaut

 1 1 
Fa = Fa1 ± Fa2 =  tan β1 ± tan β 2  2M (5.62)
 d1 d2 

La poussée est plus petite si les angles d’hélice ont le même sens. On choisit le
plus souvent β1 = β2 :

 1 1
Fa =  ±  2M tan β1 (5.63)
d d2 
 1

La poussée s’annule lorsque

d 
β 2 = arctan  2 tan β1  (5.64)
 d1 
Chapitre 5 Page 186 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

186 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

On verra au paragraphe 8.3.4 comment équilibrer la charge radiale sur les pla-
nétaires des trains d’engrenages épicycloïdaux.

Accroître le bras de levier des couples


La charge transmise par la denture d’un engrenage charge les paliers (fig. 5.92).
Comme elle est inversement proportionnelle au diamètre du pignon, formule (5.53), il
est parfois utile, pour ménager les paliers, de ne pas trop diminuer la taille des pignons
en voulant utiliser des aciers performants coûteux. La situation est analogue pour les
transmissions à friction ou à chaîne.
d1
M1
F –n Fn
α

Fn

M –2

Fig. 5.92 Efforts transmis par un engrenage.

Disposer convenablement les organes


La charge appliquée sur l’arbre intermédiaire d’un réducteur à deux étages est
plus petite si les arbres d’entrée et de sortie sont coaxiaux (fig. 5.93b) que si le
deuxième étage est situé entre eux (fig. 5.93a). Cet effet est mis à profit en micro-
technique pour diminuer les pertes par frottement dans les paliers des trains multipli-
cateurs de vitesse.

M1 F –n2
Fn1 F M1 Fn1
Fn1
Fn1
F –n2
F –n2

F –n2
(a) (b)

Fig. 5.93 Charge F sur un arbre intermédiaire selon la disposition des engrenages : (a) forte charge lorsque
l’arbre intermédiaire est situé entre celui d’entrée et l’arbre de sortie; (b) faible charge lorsque les arbres
d’entrée et de sortie sont coaxiaux.

Eviter les porte-à-faux


Du strict point de vue de la sollicitation des organes, il est toujours judicieux
d’éviter les montages en porte-à-faux. La figure 5.94 montre clairement que le porte-à-
Chapitre 5 Page 187 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 187

faux surcharge le palier B d’autant plus que les paliers sont plus proches, c’est pour-
quoi il faut faire b/a petit en éloignant les paliers. Le moment de flexion dans l’arbre
est aussi plus grand avec un porte-à-faux que si la charge se trouve entre les appuis, ce
qui conduit toujours à des arbres plus lourds. Enfin, remarquons que la charge sur les
paliers ne dépend que des proportions géométriques tandis que le moment de flexion
dépend en plus aussi de la taille des pièces.

M max = bF
b a
--- F F
a F b

A B
B
A a b
b  1 – b--- F
--- F  a
M max = b  1 – --- F
a b
a)  1 + b--- F b)  a
 a
Fig. 5.94 Situation d’une charge radiale appliquée à un arbre : (a) en porte-à-faux; (b) entre paliers.

5.10.3 Efforts intérieurs


La taille des pièces augmente avec les efforts intérieurs, on a donc intérêt à les
réduire pour alléger les constructions. Il faut en principe viser à diminuer le plus pos-
sible, voire à annuler, les moments de flexion et les moments de torsion inutiles en res-
pectant les principes directeurs ci-après que nous empruntons largement à Leyer [5.3].

Ne transmettre les efforts que par les pièces strictement nécessaires


La rigidité d’une construction et sa fiabilité sont d’autant plus élevées qu’il y a
moins de pièces sollicitées. Par exemple (fig. 5.95a), un bras (1) fixé sur un arbre (2)
est mis en mouvement par un vérin (4) relié à un autre bras (3). En donnant au bras (1)
la forme d’un levier (fig. 5.95b), et en y articulant directement le vérin, la torsion de
l’arbre est supprimée, il devient un simple axe dont on peut éventuellement avan-
tageusement rapprocher les paliers.

F
1
2
1 F
3 2 3

4 4

(a) (b)

Fig. 5.95 Transformation d’un arbre en axe : (a) arbre; (b) axe.
Chapitre 5 Page 188 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

188 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Transmettre les efforts en traction ou en compression


Pour éviter un obstacle, une bielle a la forme représentée à la figure 5.96(a). La
force transmise engendre un moment de flexion dont le diagramme est représenté, à
une échelle convenable, par la distance entre la fibre neutre de la bielle et la ligne
d’action de la force. Une bielle droite (fig. 5.96b) n’est sollicitée qu’en traction pure; à
contrainte égale, elle est plus légère.

F F

(a) (b)
F– F–

Fig. 5.96 Bielles : (a) fléchie; (b) en traction.

Les tiges d’une boucle de liaison selon la figure 5.97(a) présentent aussi de la
flexion. Il est avantageux de prévoir une simple bielle droite. (fig. 5.97b)

F– F F– F

(a) (b)

Fig. 5.97 Transmission d’une force : (a) boucle avec flexion; (b) bielle en traction simple.

On supprime totalement la flexion de poutres en recourant à des constructions


triangulées. Dans le cas de poteaux de lignes électriques, par exemple, l’installation
d’un hauban supprime en principe la flexion du poteau (fig. 5.98). C’est pourquoi les
mâts des navires sont fortement haubanés de tous côtés.

F hauban
F

(a) (b)

Fig. 5.98 Sollicitation d’un poteau : (a) en flexion; (b) surtout en compression lorsqu’il est haubané.

Le fonctionnement statique d’un hauban repose sur le fait qu’un triangle de bar-
res articulées est indéformable et que les barres ne sont sollicitées qu’en traction ou en
Chapitre 5 Page 189 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 189

compression. Un rectangle auquel on applique une force selon la figure 5.99(a) se


déforme en parallélogramme. Il devient rigide si on ajoute une barre en diagonale qui
est soit tendue en A-C soit comprimée en B-D avec risque de flambage. Si la charge F
est susceptible de changer de sens, il est bon de prévoir les deux barres diagonales afin
qu’il y en ait toujours une qui soit tendue; la structure devient hyperstatique.

F B C F B C F B C

A D A D A D
(a) (b) (c)

Fig. 5.99 Raidissement de quatre barres articulées : (a) déformation libre; (b) raidissement par une diago-
nale tendue; (c) raidissement par une diagonale comprimée.

La triangulation s’applique pour construire les structures en treillis des poutres


d’engins de levage, des ponts, des pylônes (fig. 5.100).

Fig. 5.100 Poutre en treillis.

Fig. 5.101 Poutres en parois pleines d’un pont roulant.

On remplace souvent les structures en treillis par des parois pleines encore plus
rigides et plus résistantes (fig. 5.101).
On pourrait concevoir de monter les paliers d’une transmission à engrenages sur
des colonnes fixées sur une plaque de base (fig. 5.102a). Mais les forces de denture flé-
chissent les colonnes en agrandissant les entraxes. Il est beaucoup plus correct de
relier les paliers par des barres sollicitées seulement en traction et de poser le tout sur
Chapitre 5 Page 190 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

190 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

(a) (b) (c)

Fig. 5.102 Montage de trois paliers sur une plaque de base : (a) supports indépendants; (b) paliers reliés par
des barres en traction; (c) meilleure assise sur la plaque de base.

la base. Ces barres s’exécutent sous la forme de nervures d’une paroi pleine
(fig. 5.102b et c).

Transmettre les forces par le chemin le plus court


Un cheminement de force tourmenté engendre immanquablement des moments
de flexion, des moments de torsion et du cisaillement. On en a déjà vu des exemples
aux figures 5.95 et 5.96. Les cheminements doivent être directs et les boucles d’efforts
les plus ramassées possibles. On ne peut parfois pas suivre ce principe comme par
exemple dans une presse hydraulique (fig. 5.103) où l’entraxe des colonnes est imposé
par la taille des objets à forger. Cet exemple illustre bien comment les traverses sont
fatalement beaucoup plus massives que les colonnes parce qu’elles sont sollicitées en
flexion.

Fig. 5.103 Presse hydraulique.

Les goujons de fixation du chapeau de palier de la figure 5.104(a) sont trop éloi-
gnés et donnent lieu à un fort moment de flexion, on a dû renforcer le chapeau en le
faisant profond. En rapprochant les goujons au maximum (fig. 5.104b), quitte à empiè-
ter sur le coussinet, le chapeau est plus petit, plus résistant et plus rigide. Les figures
5.105 et 5.106 montrent encore d’autres exemples.
Chapitre 5 Page 191 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 191

(a) (b)

Fig. 5.104 Montage d’un couvercle de palier : (a) goujons trop éloignés; (b) solution compacte.

l1

point d’application de la force

(a)

point d’application de la force


(b)

l2

Fig. 5.105 Montage d’un pignon conique : (a) ancienne construction; (b) construction moderne, porte-à-
faux réduit.

2 2
1 1

l1 F l2 F

(a) (b)

Fig. 5.106 Galet suiveur de came : (a) grand porte-à-faux; (b) construction compacte.
Chapitre 5 Page 192 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

192 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

(a) (b)

Fig. 5.107 Bâti d’un moteur diesel : (a) ancienne construction inspirée des machines à vapeur;
(b) construction soudée compacte.

L’évolution des moteurs est marquée par des constructions de plus en plus com-
pactes. Les premiers moteurs voyaient leur bâti inspiré des machines à vapeur
(fig. 5.107a), puis les bâtis-caissons sont devenus beaucoup plus légers et plus rigides
(fig. 5.107b). On réduit la sollicitation en flexion du vilebrequin et par conséquent
l’épaisseur des bras de manivelles en diminuant la largeur des paliers et en les rap-
prochant (fig. 5.108). La figure 5.109 montre encore une construction particulièrement
compacte.
L’utilisation de roulements est avantageuse car, à capacité de charge égale, ils
sont plus étroits que les paliers lisses. Ils permettent de diminuer les portées et, par
voie de conséquence, aussi les moments de flexion. On évitera, si possible, les porte-à-
faux.

Mettre les appuis en face des forces


Une poulie (4) est montée à l’extrémité d’un arbre (3), en porte-à-faux par rapport
au palier (2) (fig. 5.110a). La traction de la courroie plate fléchit l’arbre. L’inclinaison
de la poulie rend le réglage du parallélisme de la poulie difficile; lorsque la courroie
fonctionne correctement dans un sens de rotation, elle sort toujours latéralement en
tournant dans l’autre sens. On a installé le palier dans le plan médian de la poulie
(fig. 5.110b) en lui donnant un voile conique; le moment de flexion dans l’arbre est
Chapitre 5 Page 193 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 193

a) b)

Fig. 5.108 Vilebrequins de moteurs : (a) ancienne construction; (b) construction compacte.

nul. Le porte-à-faux du palier par rapport au corps du bâti est sans importance car on
peut donner à la chaise la rigidité voulue, le palier (1) est déchargé.
Dans la figure 5.111(a), la composante Fe de la force d’une denture conique passe
par un palier fixe (2). Le palier radial (1) est déchargé, si ce n’est qu’il participe seule-
ment à la transmission de la composante tangentielle de la denture. Une permutation des
paliers (fig. 5.111b) conduit le palier fixe (1) à transmettre encore la composante axiale
Fa de la force Fe et le palier libre (2) la composante radiale. La première disposition a été
adoptée pour les arbres du réducteur illustré à la figure 5.82.

Eviter les déviations abruptes de forces


Toute déviation du cheminement des forces crée des champs de contrainte
indésirables. On sait, par exemple, qu’une poutre courbe fléchie présente, à section
égale, une plus forte contrainte que si la poutre était droite. En outre, les poutres à forte
courbure ont encore une distribution de contrainte défavorable, c’est pourquoi il est
avantageux de donner aux poutres courbes de grands rayons de courbure. Leyer [5.3]
donne encore d’autres exemples intéressants.
La figure 5.112 montre l’assemblage d’un rotor d’alternateur et la figure 5.113 le
boulonnage de la culasse d’un cylindre de compresseur.
Chapitre 5 Page 194 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

194 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

Fig. 5.109 Pompe à pistons.

4
3 4 3

1 2 1 2
(a) (b)
T T

Fig. 5.110 Poulie en bout d’arbre : (a) poulie en porte-à-faux; (b) palier dans la poulie.

Fe
Fe

1 2 1 2

F –a F –a

(a) (b) F –r
F –e
F– r

Fig. 5.111 Paliers pour une roue conique : (a) le palier libre est déchargé; (b) chaque palier transmet une
composante de la force de denture.
Chapitre 5 Page 195 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 195

(a)

(b)

Fig. 5.112 Rotor autoporteur d’un alternateur : (a) rebroussement du cheminement des forces du fait d’un
arbre creux trop petit; (b) cheminement régulier obtenu avec un tambour plus grand.

Le problème des concentrations de contraintes par entailles sera abordé aux


paragraphes 24.3.3 et 24.3.4.

5.10.4 Sens des forces


Les jeux dans les organes de guidage et dans certains assemblages laissent battre
les pièces si les charges transmises changent de sens (fig. 5.114). Cela provoque des
Chapitre 5 Page 196 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

196 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

(a) (b)

Fig. 5.113 Boulonnage d’une culasse : (a) cheminement de force tourmenté; (b) cheminement plus régulier.

chocs bruyants qui détériorent les pièces par matage des surfaces. C’est pourquoi il
faut veiller à ce que les forces de contact ne changent jamais de sens au cours du fonc-
tionnement. On y parvient en superposant à la force F une précharge F0 assez forte
pour que la résultante

F1 = F0 ± F

soit toujours dirigée dans le même sens; il suffit que F0 > F.

G1
G2 Fn Fn–
M1 –
Fa1
F0 ω1

F a2
F
M2– –
Fa1 M1 M2–
Fn– ω1 Fn
F–a2
F1
G1 G2
(a) (b)

Fig. 5.114 Assemblage avec jeu. Fig. 5.115 Charge sur les arbres d’un réducteur :
(a) arbre de la roue faiblement chargé; (b) arbre de la
roue fortement chargé.

Les paliers hydrodynamiques sont instables si le nombre de Sommerfeld (2.42)


est trop petit, c’est pourquoi il faut parfois prendre des dispositions visant à accroître
la charge radiale. La figure 5.115 représente les forces appliquées aux arbres d’un
réducteur à engrenage dont le sens de la rotation du pignon est imposé. En tenant
compte du poids propre des pièces, on voit clairement que la charge Fa2 sur l’arbre de
sortie est plus grande dans la disposition (b) que dans la disposition (a). La première
est donc préférable de ce point de vue. Remarquons en passant que l’arbre du pignon
est soulevé et qu’il faut prévoir la position de l’alimentation en huile de ses paliers en
conséquence. La situation s’inverse en cas de changement du sens de rotation.
Chapitre 5 Page 197 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

EFFORTS STATIQUES 197

5.11 CONCLUSIONS PRINCIPALES

Une force se transmet d’une pièce à une autre, soit par obstacle, soit par frotte-
ment. Elle n’est transmissible par frottement parallèlement à la surface de contact que
si les pièces sont serrées l’une contre l’autre par une force normale. La pièce menante
glisse avec un mouvement accéléré si la force appliquée tangentiellement est supé-
rieure à la force de frottement. Lorsque la vitesse de glissement est imposée, la force
transmise est égale à la force de frottement dynamique.
La force transmissible parallèlement à deux surfaces sans glissement relatif est
au plus égale à la force de frottement au repos, calculée avec le facteur de frottement
statique.
Les solides transmettent des forces d’un point de contact à l’autre des pièces avec
lesquelles ils coopèrent et leur matériau est sollicité par les efforts intérieurs.
L’effort circonférentiel de propulsion transmis au point de contact d’une roue
déforme tangentiellement le bord extérieur de la roue. La surface de contact se
décompose en deux zones: une zone sans glissement, dite zone de collage, située à
l’avant dans le sens de la marche, et une zone de glissement située à l’arrière de la sur-
face de contact. L’effort est transmis dans la zone de glissement seulement. La frontière
entre la zone de collage et celle de glissement se déplace vers l’avant au fur et à mesure
que l’effort transmis augmente; la roue patine lorsque la zone d’adhérence est nulle.
Le facteur d’adhérence des roues croît tout d’abord avec le glissement, passe par
un maximum, puis diminue. Ce phénomène rend la transmission instable, il est à l’ori-
gine de l’emballement de roues motrices ou au blocage de roues freinées. Une roue de
véhicule routier perd tout pouvoir directeur lorsque la force transmise au sol sort du
cercle de frottement.
La transmission de l’effort moteur entre une courroie et une poulie s’effectue le
long de l’arc de glissement élastique situé du côté où la courroie quitte la poulie. Cet
arc croît avec la charge; la courroie patine lorsque l’arc de glissement élastique est égal
à l’arc d’enroulement.
On distingue:
• les efforts actifs qui transmettent de l’énergie;
• les efforts passifs qui ne transmettent pas d’énergie.

Les efforts statiques s’insèrent toujours dans des réseaux bouclés fermés dont
l’étude soigneuse est indispensable pour déceler toutes les pièces qui participent à la
transmission des efforts et pour préparer leur calcul de dimensionnement à la résis-
tance. L’étude se fait selon la démarche suivante (méthode CES):
• étude cinématique;
• étude énergétique;
• étude statique.

En petite et moyenne mécaniques, le poids propre des pièces est habituellement


négligeable face aux efforts statiques actifs. Il ne joue un rôle que dans les réducteurs
de grande puissance ou dans les transmissions lentes à fort couple. En revanche, il faut
tenir compte du poids propre pour construire les rotors et leurs paliers.
Une conception statique saine est en principe isostatique. Les arbres ne doivent
avoir qu’un seul palier fixe axialement, sauf si on recherche une précharge; on se
contente d’un montage flottant si le positionnement axial précis est inutile.
Chapitre 5 Page 198 Lundi, 6. f vrier 2006 2:04 14

198 PRINCIPES SCIENTIFIQUES DE LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE

On a intérêt à diminuer l’intensité des efforts statiques chargeant les pièces afin
de réduire leur taille et de les alléger. C’est pourquoi il faut travailler à des vitesses éle-
vées. Mais il n’est pas toujours judicieux de trop diminuer le diamètre d’un pignon, car
l’accroissement de la force de denture qui en résulte charge les paliers en abrégeant la
longévité des roulements.
Les forces utiles au fonctionnement d’un mécanisme sont souvent accompagnées
de forces parasites qui chargent inutilement les organes; par exemple, la composante
axiale de la force transmise par une denture hélicoïdale ou la force de pression néces-
saire pour obtenir un effort de frottement. Il faut judicieusement annuler, ou pour le
moins diminuer, l’effet d’une force parasite en l’équilibrant par une force opposée.
Un organe provoquant un effort radial important ne devrait pas être monté sur un
arbre en porte-à-faux afin de ne pas surcharger le palier situé de son côté.
Il faut veiller à réduire les efforts intérieurs dans les pièces :
• ne transmettre que les efforts strictement nécessaires;
• transmettre les forces par des pièces en traction;
• transmettre les forces par le chemin le plus court afin de diminuer ou même
d’éviter les efforts de flexion;
• tracer les pièces de manière à éviter les concentrations de contrainte.

Les forces ne devraient jamais changer périodiquement de sens afin que les
pièces ne battent pas dans les jeux; il faut, si nécessaire, prévoir une précharge.
Chapitre 6 Page 199 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

CHAPITRE 6

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ

6.1 INTRODUCTION

Toutes les pièces et structures se déforment sous l’effet des charges appliquées.
Les déformations sont nuisibles lorsqu’elles perturbent le fonctionnement des
mécanismes, notamment en permettant des vibrations. En revanche, elles sont mises à
profit pour créer des précontraintes, répartir des efforts, amortir des chocs et stocker de
l’énergie.
Les déformations sont étroitement liées aux propriétés des matériaux. On sou-
haite le plus souvent qu’elles soient réversibles, c’est pourquoi on veille que les maté-
riaux ne soient sollicités que dans le domaine élastique. Dans de rares cas, on les laisse
travailler dans le domaine plastique.
Ce chapitre ne traite pas le calcul des déformations qui se trouve dans les
ouvrages de résistances des matériaux classiques. En revanche, il est orienté vers le
calcul de la rigidité de quelques éléments de machines et donne des règles de concep-
tion de structures rigides ou souples.
Le chapitre est structuré comme suit:
• Section 6.2 Définition de base, caractéristiques de déformations et rigidité.
• Section 6.3 Calcul de la rigidité résultant de la combinaison de plusieurs élé-
ments déformables.
• Section 6.4 Calcul de la rigidité de divers éléments de machines, analyse de
leurs propriétés.
• Section 6.5 Présentation de règles de construction de structures rigides ou
souples.
• Section 6.6 Structures à rigidité contrôlée.
• Section 6.7 Conclusions principales.

La matière de ce chapitre forme la base de l’étude des systèmes précontraints


(chap. 7), de l’analyse de la distribution de forces (chap. 8), de l’établissement des
modèles dynamiques (chap. 13) et du calcul dynamique des machines (chap. 15, 17, 18).

6.2 DÉFORMATION, RIGIDITÉ

Appliquons deux forces égales et opposées, F et F –, aux points A et B d’un


solide quelconque, simple pièce ou structure compliquée (fig. 6.1). La distance entre
les points s’allonge de la quantité f, appelée communément déformation. La charge est
liée à la déformation par la fonction
Chapitre 6 Page 200 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

200 CONCEPTION DES MACHINES

F = F (f ) (6.1)

appelée caractéristique force-déformation du système. Selon l’allure de cette fonc-


tion (fig. 6.2), on distingue les caractéristiques linéaires (courbe 1), progressives
(courbe 2) ou dégressives (courbe 3).

F–
Α
B B
'
F
f

Fig. 6.1 Déformation d’une pièce soumise à deux forces en équilibre.

F
2
1

f
0

Fig. 6.2 Caractéristiques force-déformation.

La déformation d’un élément est conditionnée par le comportement de son


matériau et par sa géométrie. Dans le domaine élastique, la déformation obéit à la loi
de Hooke, elle est réversible. On observe qu’elle augmente considérablement lorsque
le matériau entre dans le domaine plastique (fig. 6.3); il subsiste alors une déformation
résiduelle frés après décharge, car le matériau est écroui. Lors d’une nouvelle sollici-
tation, la pièce se comporte selon la courbe ABC. Sauf quelques cas particuliers, on ne
tolère habituellement aucune déformation permanente, c’est pourquoi les matériaux
sont normalement sollicités seulement dans le domaine élastique.
F

B C

A
f
0 frés rupture
Fig. 6.3 Caractéristique charge-déformation.
Chapitre 6 Page 201 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 201

L’écrouissage est mis à profit pour augmenter la limite apparente d’élasticité, par
exemple pour les aciers à ressort et certains profilés. Mais il ne faut jamais perdre de
vue qu’un acier fortement écroui aura ensuite un comportement fragile avec tous ses
inconvénients (§ 23.3.2).
Les polymères ont un comportement très différent. Leur résistance et leur module
d’élasticité diminuent très vite à température croissante, ils n’obéissent pas à la loi de
Hooke comme le montre l’exemple de la figure 6.4 pour un polyamide; il présente du
fluage. Mais on simplifie habituellement les calculs, à basse contrainte, en supposant
quand même un comportement linéaire avec un module d’élasticité moyen [6.1].

Fig. 6.4 Courbes de traction statique de PA 6 selon [BASF].

On observe que des polymères soumis à des charges rapidement variables, par
exemple lors de vibrations ou dans les courroies, présentent des déformations nettement
plus petites que s’ils étaient soumis statiquement aux mêmes charges (fig. 6.5). Le
module d’élasticité dynamique s’exprime en fonction du module d’élasticité statique:
Chapitre 6 Page 202 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

202 CONCEPTION DES MACHINES

rapide lent

Edyn
E

ε
0

Fig. 6.5 Rigidité de polymères selon la vitesse des sollicitations.

Edyn = ψ d E (6.2)

Le facteur ψd vaut environ 3 pour les polyamides, 1,1 pour du caoutchouc d’une
dureté de 35 sh (shore) et 1,4 à 95 sh dans le domaine de fréquence des modes pro-
pres de suspension de véhicules; il vaut 2 à 3 aux fréquences acoustiques de quelques
centaines de hertz.
Il convient de tenir compte de ces différences de rigidité dans le calcul dynamique
des éléments de machines. On déterminera, par exemple, l’allongement d’une courroie
par la tension de pose à l’aide du module d’élasticité statique en tenant compte de l’in-
fluence de la contrainte sur E. Mais on fera intervenir le module d’élasticité dynamique
pour calculer le glissement élastique en service; on tiendra compte encore d’autres
valeurs empiriques du module d’élasticité, plus basses que le module dynamique, pour
le calcul des contraintes de flexion.
On observe que des métaux soumis à des chocs présentent apparemment une
rigidité dynamique plus élevée, tout comme si le métal n’avait pas le temps de se
déformer au passage de l’onde de choc.

P k
F

ks

f
0 f

Fig. 6.6 Rigidité tangente et rigidité sécante.


Chapitre 6 Page 203 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 203

La rigidité est par définition

dF
k = (6.3)
df

Au point P d’une caractéristique de déformation non linéaire (fig. 6.6), on a la


rigidité tangente.
On définit aussi la rigidité sécante

F
ks = (6.4)
f

La rigidité tangente et la rigidité sécante ont la même valeur dans un système


dont le comportement est linéaire. En revanche, k > ks dans un système progressif et
k < ks dans un système dégressif. La rigidité tend vers zéro lorsque le matériau passe
en état de déformation plastique.

P k

Fig. 6.7 Rigidité, compliance.

La compliance ou souplesse est l’inverse de la rigidité (fig. 6.7). On distingue


aussi la compliance tangente

1
λ = (6.5)
k

et la compliance sécante

1
λs = (6.6)
ks

Appliquons un couple d’intensité M à un solide quelconque, on observe une


déformation angulaire ϕ. Il existe une relation caractéristique de déformation

M = M (ϕ ) (6.7)
Chapitre 6 Page 204 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

204 CONCEPTION DES MACHINES

La rigidité angulaire ou rigidité de torsion du système vis-à-vis du couple


appliqué est
dM
kθ = (6.8)

Dans un système non linéaire, on distingue la rigidité angulaire sécante


M
kθs = (6.9)
ϕ

6.3 COMBINAISONS D’ÉLÉMENTS DÉFORMABLES

6.3.1 Eléments en parallèle


Un montage est constitué de n éléments déformables montés en parallèle dont les
rigidités sont k1, k2 ..., kn (fig. 6.8a). Le système est sollicité par une force F qui se
répartit entre les divers éléments, mais tous subissent la même déformation f. On se
propose de représenter l’ensemble des éléments par un seul élément équivalent qui
aurait le même comportement force-déformation (fig. 6.8b).

k1

ki
F– F F– k F

kn
f

f
(a) (b)

Fig. 6.8 Equivalence d’éléments déformables en parallèle : (a) système; (b) élément équivalent.

En supposant un comportement linéaire, la force appliquée à chaque élément vaut

Fi = ki f (6.10)

La somme des forces est naturellement égale à la force totale transmise

n n
F = ∑ ki f = f ∑ ki (6.11)
1 1

L’élément équivalent doit avoir une rigidité k telle que

F = kf (6.12)
Chapitre 6 Page 205 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 205

En comparant ces dernières expressions, on a immédiatement

n
k = ∑ ki (6.13)
1

Par (6.10), on obtient la force transmise par un élément individuel

ki ki
Fi = F= n
F (6.14)
k
∑ ki
1

En conclusion, pour des éléments disposés en parallèle:


• tous les éléments subissent la même déformation;
• la rigidité équivalente est égale à la somme de leur rigidité;
• un élément participe à la transmission de la charge appliquée au système dans
le rapport de sa rigidité à la rigidité totale;
• un élément nettement plus rigide que les autres détermine la rigidité de
l’ensemble, il transmet la plus grande partie de la charge.

Ces conclusions sont aussi valables pour des éléments non linéaires, à condition
de distinguer la rigidité locale ou tangente de la rigidité sécante. La charge totale se
répartit alors selon les rigidités sécantes:

ksi
Fi = n
F (6.15)
∑ ksi
1

Une variation de charge se répartit en revanche selon les rigidités tangentes:

ki
d Fi = n
dF (6.16)
∑ ki
1

Les considérations ci-dessus s’appliquent aussi aux éléments sollicités en torsion.

6.3.2 Eléments en série


Considérons maintenant un système constitué de n éléments déformables dispo-
sés en série du point de vue de la force (fig. 6.9a). Ils transmettent tous la même force,
mais leurs déformations s’ajoutent.
La déformation de chaque élément est
F
fi = (6.17)
ki
Chapitre 6 Page 206 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

206 CONCEPTION DES MACHINES

F– k1 ki kn F F– k F

f f
(a) (b)

Fig. 6.9 Equivalence d’éléments déformables en série : (a) système; (b) élément équivalent.

et la déformation totale vaut

n n
∑ ∑ ki
1
f = fi = F (6.18)
1 1

La déformation de l’élément équivalent étant

F
f = (6.19)
k

on obtient, en égalant ces expressions,

n
∑ ki
1 1
= (6.20)
k
1

donc
1
k = n
(6.21)


1
ki
1

Par définition de la compliance (6.5), l’expression (6.20) peut aussi s’écrire

n
λ = ∑ λi (6.22)
1

La déformation d’un élément est, avec (6.19),

F k λ
fi = = f = i f (6.23)
ki ki λ

En conclusion, pour des éléments disposés en série :


• tous les éléments transmettent le même effort;
• la compliance équivalente est égale à la somme de leur compliance;
• un élément participe à la déformation totale dans le rapport inverse de sa rigi-
dité à la rigidité résultante, ou dans le rapport de sa compliance à la compliance
totale;
Chapitre 6 Page 207 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 207

• un élément nettement plus souple que les autres détermine la compliance de


l’ensemble.

6.3.3 Systèmes mixtes


On rencontre des systèmes de plusieurs ressorts dont certains sont montés en
série et d’autres en parallèle. La rigidité résultante se calcule par combinaison des for-
mules développées dans les paragraphes précédents. Ces montages ont souvent pour
but d’obtenir des caractéristiques progressives. La figure 6.10(a) montre trois ressorts
montés en série. Tant que la charge est inférieure à FI = k1 h1, la force est transmise par
les trois ressorts et la rigidité est telle que

1 1 1 1
= + +
k k1 k2 k3

Lorsque FI < F ≤ FII (FII = k2 h2), la charge est transmise par les ressorts (2) et
(3). Enfin, la charge n’est transmise que par le ressort (3) lorsque F > FII. La caracté-
ristique du système est une ligne brisée progressive (fig. 6.10b).
On obtient un résultat analogue avec des ressorts montés en parallèle (fig. 6.11).

F
F
k1
h1 k3
f
k2 h2 k2
III
FII
k3 k1
FI II
I
0 h1 h2 f1 f2 f
(a) (b)

Fig. 6.10 Montage de trois ressorts en série à courses limitées : (a) disposition; (b) caractéristique.

F
k1
h1
k2 h2
f
k3

Fig. 6.11 Montage de trois ressorts en parallèle.


Chapitre 6 Page 208 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

208 CONCEPTION DES MACHINES

6.4 RIGIDITÉ D’ÉLÉMENTS DIVERS

6.4.1 Poutres

Sollicitation par une force


Une poutre sollicitée en traction simple (fig. 6.12) dont le matériau obéit à la loi
de Hooke s’allonge de la quantité

l
f = F
EA

et sa rigidité vaut

dF EA
k = = (6.25)
df l

Le produit EA du module d’élasticité du matériau par l’aire de la poutre est


appelé module de rigidité.

A
f
F– F
l l
f

Fig. 6.12 Poutre en traction simple. Fig. 6.13 Poutre encastrée fléchie.

En négligeant l’effet du cisaillement, la flèche d’une poutre sollicitée en flexion


par une force est donnée par

l3
f = F
CE I

avec:
C facteur numérique qui dépend des appuis et de la position de la charge
E module d’élasticité
F force orthogonale à la fibre neutre
I moment quadratique de surface
l longueur de la poutre entre appuis

Sa rigidité à la flexion vaut

CE I
kf = (6.26)
l3
Chapitre 6 Page 209 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 209

Comparons la rigidité en flexion à la rigidité en traction:

kf C I
= 2 (6.27)
k l A

Pour une poutre encastrée (fig. 6.13) où C = 3 et de section rectangulaire b × h,


on trouve, par exemple,

kf 1  h2 (6.28)
=  
k 4  l

Ce résultat démontre le fait d’expérience courante que la rigidité en flexion est


beaucoup plus petite qu’en traction-compression. Par exemple, pour l = 10h,
kf = 1/400 k.
On pourrait encore analyser de nombreux autres cas de flexion, on arrive toujours
aux conclusions générales suivantes:
• la rigidité à la flexion d’une poutre est proportionnelle à son moment quadra-
tique de surface;
• la rigidité à la flexion d’une poutre est inversement proportionnelle au cube de
sa longueur.

Sollicitation par un moment


Considérons maintenant une poutre sollicitée par un moment de flexion pur
(fig. 6.14). La rotation d’une extrémité par rapport à l’autre vaut

l
β = M
EI

Par conséquent, la rigidité en flexion vaut

dM EI
kθ = = (6.29)
dβ l

M M–t
M–
β
Mt

Fig. 6.14 Poutre en flexion simple. Fig. 6.15 Poutre en torsion pure.
Chapitre 6 Page 210 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

210 CONCEPTION DES MACHINES

Les extrémités d’une poutre tordue par un moment de torsion (fig. 6.15) tournent
l’une par rapport à l’autre d’un angle

l
ϕ = Mt
G It

où It est le moment quadratique en torsion et G le module de glissement du matériau.


La rigidité à la torsion est simplement

G It
kt = (6.30)
l

Comparons les rigidités d’une même poutre:

kt G It
= (6.31)
kθ E I

On sait que le module de glissement est lié au module d’élasticité par la relation

E
G = (6.32)
2 (1 + µ )

où µ est le coefficient de Poisson. Il vient

kt 1 It
= (6.33)
kθ 2 (1 + µ ) I

Dans le cas d’une section circulaire, pleine ou creuse, It = Ip = 2I et

kt 1
= (6.34)
kθ 1 + µ

Pour de l’acier, la rigidité en torsion est 1,3 fois plus petite qu’en flexion. Ce rap-
port s’accentue encore pour tout autre profil; par exemple, pour une section
rectangulaire avec h = 2b, on a kt = kθ / 3,8. Dans le cas d’un profil laminé PB 100,
kt = kθ / 125.

Conclusions
• La rigidité des poutres est la plus forte lorsqu’elles sont sollicitées en traction
ou en compression.
• La rigidité est proportionnelle à la section ou au moment quadratique.
• La rigidité angulaire d’une poutre est plus petite en torsion qu’en flexion.
• La rigidité est proportionnelle au module d’élasticité du matériau.
• La rigidité diminue énormément et s’annule pratiquement en cas de plastifi-
cation du matériau.
Chapitre 6 Page 211 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 211

6.4.2 Contacts plans


Une pièce (2) supposée infiniment rigide est appliquée sur une plaque épaisse
reposant elle-même sur une base infiniment rigide (fig. 6.16). La pièce s’enfonce dans
la surface de la plaque comme on peut l’observer facilement dans le cas d’un objet
posé sur du sable. La pression de contact, maximale au milieu de la surface d’appui,
diminue vers le bord.

F F
–p
2 p A
f
1

(a) (b)

Fig. 6.16 Enfoncement d’une pièce dans une plaque : (a) champ de force; (b) modèle de calcul.

Le calcul de la distribution de la pression et des déformations est difficile, il a


surtout été développé en mécanique des sols. Admettons pour simplifier (fig. 6.16b)
que la pression soit uniformément répartie sur la surface d’appui d’aire A et qu’elle
comprime une colonne imaginaire de même section. La déformation de la colonne est
donnée par la loi de Hooke:

h p
f0 = F = h (6.35)
EA E

L’enfoncement réel f est plus petit que la déformation théorique parce que la
colonne est encastrée dans la plaque. On écrit

h p
f = ψ F = ψ h = ψ f0 (6.36)
EA E

Le facteur de correction ψ est plus petit que l’unité, il dépend de la forme de la


surface d’appui, des proportions géométriques et du coefficient de Poisson.
Dans le cas d’une surface circulaire de diamètre D et d’un métal avec µ = 0,3, on
a, par exemple,
D = 20 h ψ = 0,55
D=2h ψ = 0,65
On voit toute l’importance de l’effet d’encastrement. La rigidité de la plaque vis-
à-vis de l’écrasement vaut

EA
k = (6.37)
ψh
Chapitre 6 Page 212 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

212 CONCEPTION DES MACHINES

Cette formule suggère d’augmenter l’aire apparente de contact pour accroître la


rigidité d’un appui. Mais l’élargissement d’une plaque de base lui confère de la sou-
plesse qui la fléchit selon la figure 6.17 de sorte que la pression de contact réelle est
beaucoup plus forte que ne le laisse supposer la taille de l’appui. On égalise la pression
en raidissant la semelle par deux goussets (fig. 6.18) qui distribuent la charge sur la
semelle et accroissent considérablement la rigidité du pied.

F F

A1

p p

(a) (b)

Fig. 6.17 Pression de contact sous une semelle : (a) étroite et rigide; (b) large et souple.

goussets

Fig. 6.18 Semelle raidie par deux goussets.

6.4.3 Contacts hertziens


On se limite à une étude comparative des cas les plus fréquents en mécanique.

Contact extérieur de deux sphères


La théorie de Hertz permet de calculer la déformation de solides en contact ponc-
tuel dans le domaine de comportement élastique des matériaux. Soit R1 et R2 le rayon
de deux sphères, E1 et E2 les modules d’élasticité et µ1, µ2, les coefficients de Poisson
de leur matériau. Les centres de sphères chargées par une force F se rapprochent de

2
3 9  1 ± µ12 1 − µ 22   1 1  2
f =  +   + F (6.38)
16  E1 E2   R1 R2 
Chapitre 6 Page 213 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 213

Pour des matériaux dont le coefficient de Poisson vaut 0,3;

3 F2
f = 1, 231 (6.39)
RE 2

avec le module d’élasticité réduit

2E1 E2
E = (6.40)
E1 + E2

et le rayon réduit R tel que

1 1 1
= + (6.41)
R R1 R2

Dans le cas particulier d’une bille de rayon R1 sur un plan, R2 = ∞ et R = R1.


On tire de (6.39) la force en fonction de la déformation

E R 3/ 2
F = f (6.42)
1, 365

La caractéristique force-déformation est progressive. Calculons la rigidité tan-


gente

dF 3 E R 1/ 2
k = = f (6.43)
df 2 1, 365

et la rigidité sécante

F E R 1/ 2
ks = = f (6.44)
f 1, 365

Le rapport des rigidités est constant et vaut

k 3
= (6.45)
ks 2

Il est parfois opportun de connaître la rigidité tangente en fonction de la charge.


Portons (6.39) dans (6.43), on trouve

3
k = 1, 219 R E 2 F1/ 3 (6.46)
Chapitre 6 Page 214 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

214 CONCEPTION DES MACHINES

Cylindre sur un plan


La déformation ne peut pas se calculer par la théorie de Hertz. Palmgreen donne
un résultat empirique pour de l’acier:

F 0,9
f = 1, 53 × 10 ±10 [m] (6.47)
b 0,8

où F est la charge exprimée en [N] et b la longueur de la ligne de contact en [m].


La référence [6.2] cite Kunert et Lundberg, qui, en se basant sur l’expérience et
sur une étude théorique, donnent comme résultat

F 0,925
f = 1,14 × 10 ±10 (6.48)
b 0,85

Ces expressions sont voisines, toutes deux contiennent le fait remarquable que la
déformation est indépendante du rayon du cylindre.
En procédant comme pour la bille, on trouve avec la première formule

F = 8, 052 × 1010 b 8/ 9 f 10 / 9 (6.49)

puis

k = 8, 947 × 1010 b 8/ 9 f 1/ 9 (6.50)

ks = 8, 052 × 1010 b 8/ 9 f 1/ 9 (6.51)

k 1
= (6.52)
ks 0, 9

et la rigidité en fonction de la charge

k = 7, 263 × 10 9 b 0,8 F 0,1 (6.53)

Conclusions
L’évaluation numérique et l’étude des formules conduisent aux résultats géné-
raux suivants (fig. 6.19) et (fig. 6.20) :
• la déformation locale de pièces en contact hertzien croît moins vite que la
charge appliquée (caractéristique progressive) parce que la surface de contact
effective augmente avec la force et répartit la charge sur une surface de plus en
plus grande;
• les rigidités sont nulles à charge nulle;
• la rigidité tangente augmente lorsque la charge croît;
• les rigidités et la charge admissible sont beaucoup plus grandes en cas de
contact linéaire qu’en cas de contact ponctuel.
Chapitre 6 Page 215 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 215

F
[N]

500
b = 10 mm
400
acier
300

200 R = 5 mm

100

f
0 1 2 3 4 [µm]

Fig. 6.19 Relation force-déformation d’un cylindre et d’une sphère sur un plan.

k
[N/m]
× 106
300

acier b = 10 mm
200

R = 5 mm
100

F
0 100 200 300 400 500 [N]

Fig. 6.20 Rigidité d’un cylindre et d’une sphère sur un plan.

6.4.4 Paliers
Les roulements à billes ou à galets présentent les caractéristiques typiques des
contacts hertziens (fig. 6.21) et (fig. 6.22). A alésage et diamètre extérieur égaux, les
roulements à galets, à aiguilles ou à tonnelets sont plus rigides que les roulements à
billes; ils supportent aussi des charges plus élevées. Pruvot a développé des formules
pratiques pour évaluer la rigidité des roulements [6.3].
A charge égale, la rigidité d’un roulement à billes croît comme d1/3 et celle d’un
roulement à galets comme d 0,8 (d est l’alésage du roulement). Pour un même alésage,
la rigidité d’un roulement à aiguilles est plus forte que celle d’un roulement à galets
parce qu’il possède un plus grand nombre de corps roulants.
On accroît la rigidité d’un palier à roulements en disposant plusieurs roulements
en parallèle. On peut augmenter la rigidité de roulements vis-à-vis d’une charge en les
préchargeant (§ 7.6.6).
Chapitre 6 Page 216 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

216 CONCEPTION DES MACHINES

Fig. 6.21 Déformation radiale de roulements de 50 mm d’alésage.

Fig. 6.22 Déformation axiale de roulements de 50 mm d’alésage.

La rigidité des paliers lisses à lubrification hydrodynamique dépend de la posi-


tion de l’arbre dans le coussinet. Elle est très faible lorsque l’arbre est parfaitement
centré, au point que le palier se comporte comme s’il avait du jeu lorsqu’on lui
applique une charge, elle augmente très rapidement avec l’excentricité (fig. 9.23b).
L’influence de la rigidité des rotors sur leur vitesse critique sera examinée au para-
graphe 18.2.2 et les problèmes de stabilité au paragraphe 18.2.4. On accroît la rigidité
des paliers hydrodynamiques par une construction multilobes (§ 18.2.4).
Les paliers hydrostatiques ont une forte rigidité lorsque l’arbre est centré; elle
diminue avec l’excentrage. La valeur de la rigidité dépend du nombre de poches et du
mode d’alimentation. Le lecteur intéressé se reportera à la littérature spécialisée.
La rigidité des paliers magnétiques est ajustable comme pour tous les systèmes
asservis (§ 6.4.8).
Chapitre 6 Page 217 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 217

6.4.5 Dentures
Rigidités des dentures
La force normale de denture d’un engrenage déforme les dents en prise. La
déformation d’une paire de dents résulte de l’addition des déformations suivantes:
• flexion de chaque dent (moment de flexion et cisaillement);
• écrasement hertzien sur la ligne de contact.

La somme des déformations est représentée par un ressort porté par la ligne
d’engrènement (fig. 6.23) dont la rigidité est kp Cette rigidité varie avec la position du
point de contact sur le flanc des dents (fig. 6.24); s’il s’éloigne du pied de la dent (11),
la déformation de flexion de cette dent augmente tandis que celle de la dent (12) dimi-
nue. La rigidité évolue pratiquement selon une parabole le long de la ligne d’engrène-
ment. On l’a représentée en fonction de l’arc de base (fig. 6.25).
On sait qu’une deuxième paire de dents vient en prise avant que la première perde
le contact (fig. 6.24), de sorte que la rigidité kp2 de la deuxième paire, en parallèle avec
la première, s’ajoute à kp1 pour donner la rigidité d’engrènement

r b1

1
kp

r b2

Fig. 6.23 Modèle représentant la déformation d’une paire de dents en prise.

g
pb
O1

E2
C
11
21 12
22
E1

O2

Fig. 6.24 Engrènement.


Chapitre 6 Page 218 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

218 CONCEPTION DES MACHINES



kp1 kp2

sb
pb

Fig. 6.25 Rigidité des dentures et rigidité d’engrènement le long d’un cercle de base.

kγ = kp1 + kp2 (6.54)

Cette rigidité évolue de manière discontinue et donne lieu occasionnellement à


des vibrations paramétriques (sect. 17.6). Les normes de calcul des engrenages don-
nent la rigidité moyenne d’engrènement

(
kγ = 16 × 10 9 ε γ ± 0, 2 ) Eacier
E
b (6.55)

et la rigidité moyenne d’une paire de dents en prise unique

(
kp = 15 × 10 9 ε γ ± 0, 54 ) Eacier
E
b (6.56)

avec:
εγ rapport de conduite total (apparent + recouvrement)
E module d’élasticité réduit selon la formule (6.40)
b largeur des dentures [m]

Ces formules sont approximativement aussi valables pour des dentures hélicoï-
dales jusqu’à β = 45°. Il est remarquable que la rigidité d’engrènement soit indé-
pendante du module de l’engrenage.

Arbre équivalent
Il est intéressant de comparer la rigidité des dents d’un pignon à celle de l’arbre qui le
porte. Pour cela, répartissons la rigidité moyenne d’engrènement sur la roue et sur le
pignon. Chaque élément a la rigidité moyenne 2kγ dont la mise en série donne kγ (fig. 6.26).
Réduisons la rigidité de la denture à l’arbre. On a le moment de la force de denture

1
M = d1 Fn cos α
2
Chapitre 6 Page 219 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 219

– Fn
2kγ
α

1
d
d

le b

Fig. 6.26 Longueur d’arbre équivalente d’une dent.

et la rotation du pignon correspondant à la déformation f de ses dents

2
ϕ = f
d1 cos α

La rigidité vue de l’arbre vaut alors

2 2
M  d cos α  Fn  d cos α 
k* = =  1  =  1  2kγ
ϕ  2  f  2 

Le diamètre de l’arbre étant d, cherchons la longueur l e pour laquelle la rigidité


de torsion est égale à la rigidité réduite de la dent. La rigidité de l’arbre équivalent vaut

π Gd 4
kte =
32 l e

En égalant ces deux dernières expressions, on en tire

le π d3 1
= G
d 16 cos 2 α d12 kγ

Pour un engrenage droit en acier et un rapport de conduite εγ = εα = 1,65,


kγ = 23,2 × 109 b. Introduisons encore la largeur de denture relative du pignon

b
ψd =
d1

Il vient, avec G = 80 × 109 N / m2 et α = 20°,


Chapitre 6 Page 220 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

220 CONCEPTION DES MACHINES

3
le 0, 77  d 
=   (6.57)
d ψ d  d1 

Dans les exécutions usuelles, ψd = 0,4 à 1,2 et d1/d = 1,2 à 2. Alors

le
= 0, 08 ... 1,1
d

Ce rapport est encore beaucoup plus petit pour une roue. En conclusion, les
arbres étant généralement plus longs que l e , la rigidité des dentures d’engrenages est
beaucoup plus grande que celle des arbres qui les portent. Cette constatation permet
le plus souvent de simplifier la modélisation dynamique des engrenages. On peut :
• calculer les charges dynamiques de résonance d’engrenages en les découplant
des arbres (facteur de charge dynamique Kv) (fig. 6.27a);
• calculer la rigidité des transmissions à engrenage en ne tenant compte que des
arbres et en négligeant la déformation des dents (fig. 6.27b).

libre k1


kγ = ∞

libre

k2

(a) (b)
Fig. 6.27 Modélisation des rigidités d’un engrenage : (a) pour la dynamique de l’engrenage; (b) pour la
dynamique du groupe.

6.4.6 Transmission par frottement


Le comportement d’une liaison par frottement a été étudié en détail (§ 2.3.4
et 5.3.2). La transmission d’une force tangentielle provoque des microglissements par-
tiellement irréversibles. En admettant pour simplifier que les microglissements sont
proportionnels à la force, modèle de Dahl, on a la rigidité de glissement par (2.30)

T0
kg = (6.58)
δ0

T0 est la force tangentielle de démarrage du glissement macroscopique et δ0 est le mi-


croglissement au démarrage. Comme cette dernière valeur est comprise entre 5 et 8 µm
quelle que soit T0, la rigidité est proportionnelle à la charge transmissible. Elle vaut,
par exemple, (12,5 à 20) × 106 N/m pour T0 = 100 N.
La rigidité est nulle pendant le glissement (fig. 6.28).
Chapitre 6 Page 221 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 221

kg

δ
0 δ0

microglissement glissement

Fig. 6.28 Rigidité tangentielle d’une liaison par frottement.

6.4.7 Vérins
Le comportement d’un vérin est fondamentalement différent, selon qu’il est en
communication avec sa source de fluide ou que sa conduite d’alimentation est fermée.

Vérin alimenté à pression constante


Considérons un vérin à double effet (fig. 6.29) dont le tuyau (3) est en commu-
nication avec une source de fluide sous pression et le tuyau (4) relié à l’échappement.
La pression p1 s’exerce sur la surface A1 du piston et la pression p2 sur la surface A2 du
côté de la tige. Supposons que les pressions soient constantes, c’est-à-dire qu’on
néglige les pertes de charge dans la tuyauterie et dans les organes de distribution. Le
fluide exerce sur le piston la poussée

Fp = A1 p1 ± A2 p2

3 4

Fp F–
F f–
υ
p1 p2
x
A1 A2 0

Fig. 6.29 Schéma d’un vérin, sens des forces de frottement pour la sortie de la tige.

La force de frottement dans les joints de piston et de tige est toujours opposée
au mouvement du piston de sorte que la force à la tige dépend du sens du mouvement.
Supposons que le piston soit arrêté en une position x0 (fig. 6.30). Pour le mettre
en mouvement par la pression du fluide, il faut vaincre la force de frottement de
démarrage Ff0, puis le frottement prend sa valeur dynamique Ff. Le vérin peut exercer
la force

F = Fp ± Ff (6.59)
Chapitre 6 Page 222 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

222 CONCEPTION DES MACHINES

F
Ff
Fp
Ffo Ff
F

x
0 xmax
tige rentre tige sort
x0

Fig. 6.30 Force de tige d’un vérin.

Pour repousser la tige, il faut lui appliquer la force extérieure

F = Fp + Ff (6.60)

La force de tige devrait être indépendante du sens du mouvement, c’est pourquoi


les constructeurs s’efforcent de diminuer le plus possible le frottement de leurs
appareils. Pour de bons vérins, le frottement représente seulement 1 à 2% de la force
nominale.
La rigidité à la tige du vérin

dF
k = (6.61)
dx

est grande au repos et nulle lorsque le piston est en mouvement. Du point de vue de sa
rigidité, un vérin alimenté se comporte comme une transmission de force par frot-
tement.

Vérin non alimenté


Fermons le robinet d’alimentation du vérin (fig. 6.31), le fluide est emprisonné
entre ce robinet et le piston. Une variation dF de la force appliquée à la tige comprime
le fluide qui permet un mouvement d f du piston. Les mouvements sont généralement
assez rapides pour qu’on puisse admettre que la compression est adiabatique.
Le coefficient de compressibilité adiabatique d’un fluide est par définition

1 dV
κa = ± (6.62)
V dp

Calculons la variation de la force sur la tige en fonction de son enfoncement:

1 dV
dF = A1 dp = ± A1
κa V
Chapitre 6 Page 223 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 223


p
V1

V0
F

f
x
0 x

Fig. 6.31 Vérin non alimenté.

Mais dV = – A1 df, alors

1 A12
dF = df
κa V

La rigidité du vérin relative à la compression du fluide vaut

dF 1 A12
kp = =
df κa V

Le volume du fluide participant à la compression se compose de l’espace mort V0,


vérin et tuyauterie, et du volume A1 x libéré par la course du piston:

V = V0 + A1 x

Introduisons cette valeur dans l’expression de la rigidité et simplifions par A1 :

A1
kp =
V 
κ a  0 + x
 A1 

Le gonflement du cylindre sous l’effet de la pression et la compression de la tige


ont pour effet de diminuer la rigidité globale du vérin, l’effet dominant étant celui du
cylindre. On exprime ce phénomène par un facteur de correction K:

A1
kp = Κ (6.63)
 V0 
κa  + x
 A1 
Chapitre 6 Page 224 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

224 CONCEPTION DES MACHINES

Les développements ci-dessus et spécialement la formule (6.63) suggèrent les


conclusions suivantes:
• A poussée égale, un vérin fonctionnant à basse pression est plus gros que s’il
fonctionne à haute pression, car A1 = F/p; sa rigidité est aussi plus grande.
C’est pourquoi on ne cherche pas à travailler à haute pression dans les com-
mandes de positionnement précises.
• La rigidité est d’autant plus grande que l’espace mort est petit (terme V0 /A1
<< x). Il est avantageux de placer le distributeur tout près du vérin. Dans certains
appareils de précision, le distributeur est même intégré dans la paroi du cylindre.

La rigidité diminue lorsque x croît. On l’augmente en fermant aussi la conduite


d’échappement, car la rigidité sur la petite face du piston est alors en parallèle avec
celle de la grande face.
En admettant que le volume mort ait la même valeur sur chaque face du piston et
que l soit la course du piston, on a la rigidité du vérin

 
A1  1 A2 1 
kp = K V +  (6.64)
κa  0 + x V
A1 0 + l ± x 
 
 A1 A2 

La rigidité passe par un minimum, puis augmente de nouveau lorsque le piston se


rapproche de la fin de course (fig. 6.32), courbe (1). Elle est plus forte que si le volume
de liquide était libre sur la petite face, courbe (3). La fonction serait symétrique si les
surfaces A1 et A2 étaient égales, courbe (2).

kp

1
3

0 x
l

Fig. 6.32 Rigidité d’un vérin hydraulique en fonction de la position du piston.

Le coefficient de compressibilité adiabatique vaut environ 10–4 bar–1 pour de


l’huile hydraulique à la pression de 50 bars et 0,5 × 10–4 bar–1 pour de l’eau. La rigi-
dité d’un vérin à eau est donc double de celle d’un vérin à huile.

Application numérique
Le cylindre d’un vérin hydraulique à 100 mm d’alésage, une tige de 50 mm de
diamètre et 600 mm de course, l’espace mort est de l’ordre de 1 litre; on estime le fac-
teur de correction Κ = 0,85. Sa rigidité minimale vaut environ 31,7 × 106 N/m.
Chapitre 6 Page 225 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 225

Vérin alimenté à débit constant


On alimente souvent les vérins par un fluide à débit constant. Le débit étant pra-
tiquement indépendant de la pression dans le vérin, la rigidité du vérin est la même
que celle d’un appareil non alimenté.

Vérins pneumatiques
Le coefficient de compressibilité d’un gaz vaut

1
κ = (6.65)
np

avec:
n facteur polytrope
p pression absolue

Le changement d’état est isotherme en cas de compression ou de détente lente et


n = 1. En cas de mouvement très rapide, compression adiabatique, n est égal au facteur
adiabatique, par exemple n = γ = 1,4 pour de l’air.
La variation de volume du vérin est insignifiante par rapport à celle du gaz, alors
K = 1. En tenant compte de (6.65), on obtient par (6.63)

A1 nF
kp = np = (6.66)
V0 V0
+ x + x
A1 A1

La rigidité d’un vérin pneumatique est fortement progressive, elle est plus forte
pour les mouvements rapides que pour les mouvements lents.
Un vérin pneumatique fonctionnant à 7,5 bars relatifs est environ 1000 fois plus
souple qu’avec de l’huile. C’est pourquoi on n’utilise pas de vérin pneumatique pour
des commandes de positionnement; mais on contourne la difficulté avec des vérins
mixtes hydropneumatiques ou en prévoyant un asservissement électrique.

6.4.8 Systèmes asservis


Un objet (1) commandé par un actuateur (2), est réglé et asservi en position par un
capteur (3) (fig. 6.33). Il est sollicité par une force F1 et se trouve d’abord dans une
position de repos x1, au point A du graphe 6.34. Augmentons la force jusqu’à F2, l’objet
se met en mouvement, mais le régulateur exerce une action correctrice. Il peut subsister
une erreur statique x2 – x1, la rigidité moyenne apparente du système vaut alors

F2 ± F1
k = (6.67)
x2 ± x1

Avec un bon régulateur, cette erreur est nulle et la rigidité statique entre les points
A et C est infinie. Pendant le jeu du régulateur, en passant de A à C, la rigidité instan-
tanée varie et peut même devenir momentanément négative.
Chapitre 6 Page 226 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

226 CONCEPTION DES MACHINES

F
C B
0 F2
x
2
1
F1
F A
x
3 0 x1 x2

Fig. 6.33 Asservissement de position. Fig. 6.34 Réponse force-déplacement.

On influence la rigidité de mécanismes asservis en agissant sur certains para-


mètres du régulateur afin d’améliorer leur comportement dynamique, par exemple
pour passer des vitesses critiques sans résonance (§ 18.4.5).

6.4.9 Pièces
La rigidité de pièces mécaniques quelconques se calculait traditionnellement par
les méthodes de la résistance des matériaux classiques. On cherchait à ramener la
pièce à des éléments simples: poutres, plaques, coques. Des logiciels de calcul par élé-
ments finis permettent aujourd’hui de calculer la rigidité et les déformations des pièces
les plus compliquées en matériaux isotropes ou anisotropes, par exemple des structu-
res fibrées.

6.5 CONCEPTION ET RIGIDITÉ

6.5.1 Construction rigide


Sauf quelques cas particuliers, on a toujours intérêt à construire les organes de
machines très rigides afin:
• de diminuer l’amplitude des vibrations;
• d’élever la fréquence propre des mécanismes;
• de diminuer l’émission de bruit;
• d’améliorer la précision des mouvements et des guidages.

L’examen des formules du paragraphe 6.4.1 suggère immédiatement les mesures


à prendre pour accroître la rigidité des structures. Nous en montrons encore quelques-
unes en nous appuyant largement sur une étude de A. Leyer [6.4].

Choisir des matériaux à haut module d’élasticité


La rigidité d’un élément est toujours proportionnelle au module d’élasticité E de
son matériau, c’est vrai même en torsion puisque le module de glissement est lié au
module d’élasticité par la relation (6.32). C’est là que réside le grand avantage de la
construction des bâtis en acier mécano-soudé par rapport aux bâtis en fonte grise, car
pour l’acier E = 200 GPa, tandis que pour la fonte, on a environ 85 GPa seulement. A
rigidité égale, un bâti en acier est plus mince et donc plus léger.
Chapitre 6 Page 227 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 227

Les pièces en fibre de carbone à haut module atteignent 280 GPa avec 60% de
fibre et 40% de matrice époxy. Le gain par rapport à l’acier n’est pas très grand; en
revanche, on verra l’avantage du carbone en construction légère (sect. 23.7). Certains
métaux frittés, avec 500 GPa, sont utilisés dans la construction des outils de coupe.

Augmenter la section ou les moments quadratiques de surface


La rigidité en traction d’une poutre est proportionnelle à sa section. Mais l’aug-
mentation de la section s’accompage d’un accroissement correspondant de l’encom-
brement et du poids des pièces, avec des coûts élevés et souvent une diminution de
certaines performances. Ces considérations fixent des limites à la rigidité.
La situation est meilleure en flexion et en torsion. A masse égale, il suffit de dis-
poser la matière le plus loin possible de la fibre neutre pour augmenter considéra-
blement le moment d’inertie et la rigidité. Ce raisonnement a conduit à la conception
des profils en I, en H et en U beaucoup utilisés en construction métallique (fig. 6.35).
Ils offrent une augmentation considérable des moments quadratiques par rapport à des
profils pleins, carrés ou circulaires. Mais l’éloignement des masses est limité par des
phénomènes d’instabilité (voilement, déversement latéral) qu’il convient d’éviter par
des dispositions constructives appropriées, notamment en nervurant l’âme des profi-
lés. Le moment quadratique en torsion s’accroît le plus efficacement en remplaçant les
poutres pleines par des tubes à paroi mince plus gros, mais l’épaisseur minimale de la
paroi est limitée par des considérations de stabilité (§ 21.3.6). La figure 5.101 montre
la construction moderne d’un pont roulant où toutes les poutres sont en caisson.

I 200 HEB 200


88,4
57,9
200

200

x x

y y
Ix = 2140 cm4 Ix = Iy = 93,5 cm4 Ix = 5700 cm4 Ix = Iy = 508 cm4
Iy = 117 cm4 Iy = 2000 cm4

Fig. 6.35 Moments quadratiques de poutres carrées ayant la même section que des profilés normalisés.

Eviter les éléments fléchis


On a vu au paragraphe 6.4.1 que les éléments sollicités en flexion sont relati-
vement souples. On a donc toujours intérêt à les éviter ou, en tout cas, à réduire au
maximum la longueur des pièces fléchies. Il faut en effet se souvenir que la rigidité en
flexion est inversement proportionnelle au cube des portées (6.26). Par conséquent, il
faut toujours prendre soin de construire très compact, les forces doivent agir immédia-
tement dans le plan des tôles des toiles de bâti ou de cloison, éviter les porte-à-faux.
Cet aspect a déjà été discuté (§ 5.10.3).
Chapitre 6 Page 228 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

228 CONCEPTION DES MACHINES

Fermer les profils


Les bords d’un profilé ouvert sollicités en torsion glissent l’un par rapport à
l’autre (fig. 6.36). On obtient un caisson très rigide en fermant le profil. La figure 6.37
représente deux profilés de même section; le profil fermé possède le même moment
quadratique par rapport à l’axe x-x, mais il est beaucoup plus rigide par rapport à y-y et
surtout beaucoup plus rigide en torsion. Les poutres-caissons (fig. 5.101) présentent
les mêmes avantages.

M –t

glissement Mt

Fig. 6.36 Torsion d’un profil ouvert.

y y

x x x x
e e
2e

(a) y (b) y

Fig. 6.37 Profils de même section : (a) profil en I; (b) profil rectangulaire.

Placer judicieusement le centre de torsion


Une poutre à profil ouvert, par exemple un profil en U (fig. 6.38a), est sollicitée
par une force F située latéralement. La poutre fléchit, mais elle se tord aussi en tour-
nant autour d’un point C appelé centre de torsion. Dans le cas de ce profil, à épaisseur
constante (fig. 6.38b), ce point est situé à la distance suivante de la ligne moyenne de
la paroi:

 e2
3 b + 
 2
c ≈ (6.68)
h + 6b + 2e

Désignons par kθ la rigidité en torsion de la poutre lorsqu’elle est chargée par un


couple pur, la rigidité au point d’application A de la force vaut
Chapitre 6 Page 229 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 229

1
k = kθ (6.69)
a2

La rigidité en torsion est infinie lorsque la force passe par le centre de torsion; la
déformation de torsion s’annule si le centre de torsion est situé sur la ligne d’action de
la force de contact. On profite de cette constatation pour donner un profil en U au bras
qui porte latéralement un galet de came (fig. 6.39).

a c
A
C
A h
C b
F e
F
(a) (b) e

Fig. 6.38 Sollicitation en torsion d’un profil en U par une force latérale : (a) rotation autour du centre de
torsion; (b) paramètres géométriques.

galet
C

came

F
Fig. 6.39 Galet de came au centre de torsion d’un bras à profil en U.

Nervurer les plaques


Les parois planes sont peu rigides, elles sont instables en compression et très sou-
ples en flexion. On les raidit par des nervures parallèles aux côtés de la plaque
(fig. 6.40). Un réseau de nervures orthogonales transmet aussi convenablement des
charges ponctuelles exercées sur la plaque.

(a)

(b)

Fig. 6.40 Plaques nervurées : (a) nervures unidirectionnelles, (b) nervures croisées.
Chapitre 6 Page 230 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

230 CONCEPTION DES MACHINES

Fig. 6.41 Voilement d’une plaque. Fig. 6.42 Nervures diagonales.

Même bien raidie en flexion, une plaque peut encore se voiler facilement, car le
réseau orthogonal ne subit pas de déformation angulaire en cas de voilement. Mais on
observe que les diagonales de la plaque sont fléchies (fig. 6.41), la plaque se raidit
considérablement au voilement en mettant des nervures diagonales (fig. 6.42). Les
bords d’une plaque tournent l’un par rapport à l’autre d’un angle α en se voilant
(fig. 6.43); on obtient aussi une bonne rigidité en encastrant un bord de la plaque dans
un profilé rigide en torsion.
Les nervures fermées (fig. 6.44) sont rigides en flexion et en torsion.

d
a

Fig. 6.43 Bord d’une plaque rigide en torsion.

F F
profils fermés, rigidité
élevée en torsion

profils ouverts,
petite rigidité à la torsion

Fig. 6.44 Nervures de plaques. Fig. 6.45 Déformation d’un carter de réducteur.

Certains réducteurs à engrenages subissent de fortes poussées axiales sur les


arbres qui déforment le carter selon la figure 6.45. Il convient de nervurer convena-
blement le carter inférieur, le couvercle peut contribuer à raidir l’ensemble en le ner-
vurant lui aussi de manière à créer un cadre fermé (fig. 6.46).
Chapitre 6 Page 231 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 231

Fig. 6.46 Carter de réducteur nervuré.

(a) (b)

Fig. 6.47 Colonnes en caisson de grande fraiseuse. Les voiles de la construction (b) bloquent la flexion de la
paroi sous les glissières.

Cloisonner
Le cloisonnement intérieur des bâtis par des voiles constituant des caissons aug-
mente considérablement tous les modes de rigidité (fig. 6.47) et spécialement la fré-
quence propre de flexion des parois planes. Des tôles obliques sont très efficaces
(fig. 6.48), elles appliquent dans l’espace le principe de triangulation.
La construction des bâtis de machines-outils a été analysée en détail par Goneid
[6.5]. Weck donne une bonne vue d’ensemble et des valeurs pratiques [6.6].
Chapitre 6 Page 232 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

232 CONCEPTION DES MACHINES

Fig. 6.48 Bâti cloisonné avec tôles de renforcement obliques.

Optimiser la position des appuis de poutres en porte-à-faux


Considérons une poutre sur deux appuis élastiques (fig. 6.49). Appliquons une
force à l’extrémité du porte-à-faux et calculons la déformation qu’elle provoque. La
flèche de la poutre, en négligeant le cisaillement, vaut

a2 (a + b)
f1 = F (6.70)
3E I

Les appuis se déforment selon la figure 6.50. Calculons la position du point C,


par des relations géométriques:

fA f + fB
tan β = = A
x b

dont on tire
fA
x = b
f A + fB

La flèche au bout de la poutre


a + b ± x a
f2 = fB = fB + ( fA + fB )
b ± x b

peut s’exprimer en introduisant les déformations des appuis


1 a 1 a + b
fA = F fB = F
kA b kB b

On trouve
 1 a2 1  a2 
f2 =  +  1 +  F (6.71)
 kA b
2 kB  b  
Chapitre 6 Page 233 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 233

b a

b a F x
F
fA β
fB
A B f1 C f2
kA kB kA kB

Fig. 6.49 Poutre avec porte-à-faux sur appuis élas- Fig. 6.50 Déformation des appuis de la poutre selon
tiques. la figure 6.49.

La déformation totale f1 + f2 permet de calculer la souplesse au droit de la charge

f1 + f2 a2 (a + b) 1 a2 1  a2
λ = = + +  1 +  (6.72)
F 3E I kA b 2 kB  b

La distance a est souvent donnée; on doit déterminer la distance b de manière à ce


que la rigidité soit la plus grande, respectivement la flèche la plus petite. Posons

b
β = (6.73)
a

et cherchons le minimum par la condition dλ / dβ = 0. On trouve l’équation

6E I 6E I  1 1 
β3 ± 3
β ± 3  +  = 0 (6.74)
kB a a  kA kB 

Cette équation n’a qu’une seule solution réelle positive. La flexion de la poutre
domine lorsque les appuis sont éloignés tandis que la déformation des appuis pro-
voque le plus grand déplacement s’ils sont rapprochés. Ce problème d’optimalisation
s’applique dans la construction des broches de machines-outils, il permet de trouver la
position la plus favorable des roulements.

6.5.2 Rigidité massique


Dans les engins de transport, et tout particulièrement en aéronautique, on est très
intéressé de réaliser des constructions très légères mais offrant tout de même une rigi-
dité et une résistance suffisantes. On verra (chap. 15) que le comportement dynamique
des machines est grandement amélioré en élevant le plus possible la fréquence propre
de leurs organes; ce qui s’obtient en faisant les pièces à la fois rigides et légères. Ces
considérations nous invitent à définir la notion de rigidité massique.
Considérons, par exemple, une poutre de longueur l et de section A sollicitée en
traction ou en compression. Avec la rigidité

EA
k = (6.25)
l
Chapitre 6 Page 234 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

234 CONCEPTION DES MACHINES

et la masse

m = Alρ

sa rigidité massique s’écrit

k 1 E
= 2 (6.75)
m l ρ

Il est remarquable qu’elle soit indépendante de la section.


La rigidité massique d’une poutre en flexion calculée sur la base de (6.26) vaut

k I E
= C (6.76)
m A l4 ρ

où C est un facteur numérique qui dépend des appuis et de la position de la charge; par
exemple C = 48 pour une poutre sur deux appuis avec une charge au milieu.
On a intérêt à accroître le plus possible le rapport I/A qui est le carré du rayon de
giration de la section. Les profilés du commerce utilisés en construction métallique ont été
étudiés dans cette perspective, les tubes circulaires étant les plus avantageux. Dans ce cas,

k C E D2  d 
2
= 1 +    (6.77)
m 16 ρ l 4   D 

où D est le diamètre extérieur et d le diamètre intérieur du tube. La rigidité massique d’un
tube creux mince est près de deux fois plus grande que celle d’une barre pleine.
On a développé des structures dites en sandwich constituées de feuilles résis-
tantes collées de part et d’autre de plaques très légères en mousse. Comparons, par
exemple, la plaque de la figure 6.51(a) à un panneau (fig. 6.51b) constitué de deux
tôles ayant la moitié de l’épaisseur de la première plaque. La mousse étant extrême-
ment légère, le panneau est à peine plus lourd que la plaque massive; en revanche, son
moment quadratique de surface est 61 fois plus grand.
e/2
e

4e 5e

3 3 e/2
(a) I = be (b) I = 61 be
12 12

Fig. 6.51 Plaque et panneau sandwich.

On allège encore les structures en remplaçant la mousse par des structures en nid
d’abeilles (fig. 6.52).
La rigidité massique en torsion d’une poutre se calcule de manière analogue

kt 1 E It
= (6.78)
m 2 (1 + µ ) ρ A l 2
Chapitre 6 Page 235 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 235

Fig. 6.52 Structure de panneaux légers en nid d’abeilles.

Dans le cas d’un tube, il vient

kt 1 E D2  d 
2
= 1 +    (6.79)
m 16 (1 + µ ) ρ l 2   D 

Ce rapport est d’autant plus favorable que la paroi du tube est plus mince. On est
limité dans cette voie par le voilement du tube (§ 21.3.6).
Ces formules suggèrent de :
• choisir un matériau dont le rapport du module d’élasticité à la masse volu-
mique (module d’élasticité spécifique) est élevé (sect. 23.7);
• choisir un grand diamètre extérieur;
• construire les structures avec des parois minces, dans les limites permises par
des considérations de résistance et de stabilité.

Ces principes ont conduit à construire les rotors de moteurs électriques sous la
forme de tambours creux autoporteurs avec extrémités coniques très rigides portant les
bouts-d’arbre (fig. 6.53). La figure 6.54(a) représente le rotor d’une ancienne turbine à
vapeur où les corps de roue sont enfilés sur l’arbre. Le rotor de la figure 6.54(b) est
formé d’un tambour creux et de trois disques d’égale résistance assemblés par soudure
(§ 25.2.3). Ce dernier, rigide et léger, offre une vitesse critique élevée et un faible
amortissement interne (§ 18.2.4)

6.5.3 Construction souple


On a souvent intérêt à ce que certains éléments de machines soient souples,
notamment pour:
• répartir les efforts (chap. 8);
• diminuer les contraintes thermiques (§ 19.7.3);
• stocker de l’énergie (§ 12.4.2);
• constituer des systèmes oscillants (chap. 18);
• réaliser des articulations sans jeu et sans frottement (§ 3.3.2).
Chapitre 6 Page 236 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

236 CONCEPTION DES MACHINES


.

Fig. 6.53 Moteur de traction, rotor en forme de tambour creux.

Les ressorts sont des éléments souples par excellence. Les ressorts métalliques
sont toujours formés de pièces sollicitées en flexion ou en torsion tandis que les
ressorts en caoutchouc fonctionnent généralement en compression ou au cisaillement.
Considérons, par exemple, une poutre encastrée de section constante. En nous
référant à la figure 6.13, sa rigidité et sa flèche sont respectivement

3E I
k = (6.80)
l3
et
Fl3 F
f = = (6.81)
3E I k
Dans le cas des ressorts, on vise souvent à obtenir une grande flèche en diminuant le
moment d’inertie de la poutre ou en accroissant sa longueur. Mais on est limité dans
cette voie par la contrainte qui ne doit pas dépasser une certaine valeur limite Rlim. Cette
valeur est proche de la limite élastique en cas de sollicitation statique, ou de la limite de
fatigue alternée lorsque le ressort est soumis à des contraintes dynamiques.
Chapitre 6 Page 237 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 237

(a)

(b)

Fig. 6.54 Rotor de turbine à vapeur : (a) ancienne construction, les disques portant les aubages sont clavetés
sur l’arbre; (b) rotor creux monolithique assemblé par soudure.

La contrainte maximale dans la poutre est donnée par

Fl
σ = emax (6.82)
I

où emax est la distance entre la fibre neutre et la fibre la plus éloignée. Compte tenu
d’un facteur de sécurité S, la condition de résistance, σ ≤ Rlim /S, permet d’en tirer la
charge F qu’on introduit dans l’expression de la flèche:

1 l 2 Rlim
f ≤ (6.83)
3S emax E

d ϕ

l M

Fig. 6.55 Poutre cylindrique en torsion.


Chapitre 6 Page 238 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

238 CONCEPTION DES MACHINES

Dans le cas d’une poutre circulaire en torsion (fig. 6.55), on trouve, de manière
analogue,

2 l τ adm
ϕ ≤
d G

En admettant la théorie de rupture de l’énergie de distorsion maximale (von


Mises-Hencky), la contrainte de cisaillement admissible vaut

Rlim
τ adm =
S 3

Avec la relation (6.32) entre le module de glissement et le module d’élasticité, on


trouve

l
4 R
ϕ ≤ (1 + µ ) lim (6.84)
S 3 d E

En examinant cette formule et celle obtenue pour la flexion, on constate qu’il faut
construire les ressorts avec des matériaux dont le rapport Rlim /E est le plus élevé pos-
sible et dont le comportement est linéaire. Ces exigences ont donné lieu au développe-
ment d’aciers à ressorts à très haute limite élastique et de surcroît encore écrouis. Des
alliages de nickel et de bérylium sont beaucoup utilisés à cause de leur bonne résis-
tance à la corrosion et à la chaleur; leur rapport Rlim /E atteint celui des aciers.
Se fondant sur la grande souplesse du caoutchouc et d’autres polymères, nom-
breux sont ceux qui imaginent isoler une machine du point de vue vibratoire en la
posant sur un tapis de ces matières (fig. 6.56). Contre toute attente, sa rigidité

A 1±µ
k = E (6.85)
h 1 ± µ ± 2µ 2

est très forte parce que le tapis est mince et que sa surface est grande. Le facteur
contenant le coefficient de Poisson exprime le fait que, sauf à l’extrême bord, le tapis
ne peut pas se dilater latéralement.

F F

h A

Fig. 6.56 «Isolation» d’une machine par un tapis Fig. 6.57 Isolation vibratoire par des plots com-
«souple». primés.
Chapitre 6 Page 239 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

DÉFORMATIONS ET RIGIDITÉ 239

On sait que le coefficient de Poisson du caoutchouc vaut 0,5 car il a la propriété


de se déformer à volume constant. Par conséquent, la rigidité d’un tapis en caoutchouc
est infinie. On obtient une rigidité satisfaisante en disposant sous la machine des plots
relativement étroits travaillant sous forte contrainte (fig. 6.57) dont le caoutchouc peut
gonfler latéralement ou qui travaillent au cisaillement.

6.6 STRUCTURES À RIGIDITÉ ACTIVE

On a vu (§ 4.2.1) que les liquides électrorhéologiques sollicités au cisaillement


sont capables d’exercer des forces opposées au glissement lorsqu’ils sont placés dans
un champ électrostatique. Les références [6.7, 6.8] relatent des essais avec des poutres
(fig. 6.58) constituées de deux lames en matière composite, (1) et (2), entre lesquelles
se trouvent un liquide électrorhéologique (3), des électrodes (4) et (5) sont plaquées
sur la surface intérieure des lames. En établissant un champ électrostatique, le fluide
s’oppose au glissement relatif des lames survenant lorsque la poutre est sollicitée en
flexion. Dans le domaine de préécoulement (§ 4.2.1), les lames sont comme liées et la
rigidité de la poutre augmente proportionnellement à la tension appliquée entre les
électrodes.

1 3 4

+

2 5

Fig. 6.58 Poutre composite avec liquide électrorhéologique.

Cette caractéristique est utile pour maîtriser des vibrations, notamment en agis-
sant sur la fréquence de résonance d’un système. On observe que l’amortissement des
vibrations augmente aussi considérablement avec la tension appliquée.

6.7 CONCLUSIONS PRINCIPALES

Tous les solides sont déformables. La rigidité est la dérivée d’un effort par rapport
à la déformation qu’il provoque. La compliance est l’inverse de la rigidité.
Lorsque des ressorts sont montés en parallèle pour transmettre un effort, la
rigidité résultante est égale à la somme des rigidités et un ressort est chargé dans le
rapport de sa rigidité à la rigidité totale.
Des ressorts montés en série transmettent tous le même effort. Leurs déforma-
tions s’ajoutent et la compliance résultante est égale à la somme des compliances des
ressorts, la déformation d’un ressort est égale au rapport de sa compliance à la com-
pliance totale.
Les pièces sollicitées en traction-compression sont très rigides, celles qui tra-
vaillent en flexion ou en torsion sont beaucoup plus souples. Les arbres constituent
Chapitre 6 Page 240 Lundi, 6. f vrier 2006 2:11 14

240 CONCEPTION DES MACHINES

souvent les éléments critiques d’un mécanisme qu’on voudrait construire avec une
forte rigidité. La rigidité est proportionnelle au module d’élasticité des matériaux.
La rigidité des dentures d’engrenages est indépendante de leur module, elle est pro-
portionnelle à la largeur des dentures. La rigidité d’engrènement évolue périodiquement
au cours de la rotation en provoquant éventuellement des vibrations paramétriques.
La rigidité des dentures d’engrenages est beaucoup plus grande que celle des
arbres qui les portent. Par conséquent, on peut négliger la déformation des dents par
rapport à celle des arbres pour calculer la rigidité des transmissions. En revanche, on
ne tiendra compte que de la rigidité des dentures pour estimer la fréquence propre de
l’ensemble roue-pignon d’un engrenage.
La rigidité des contact hertziens croît avec la charge transmise, elle est nulle lorsque la
charge est nulle. Les contacts selon une ligne sont plus rigides que les ponctuels.
La rigidité des roulements est nulle à charge nulle; elle augmente progressivement
avec la charge. Les roulements à galets ou à aiguilles sont plus rigides que les autres.
Les paliers à lubrification hydrodynamique offrent une très faible rigidité lorsque
l’arbre est centré dans le coussinet. C’est pourquoi ils peuvent donner lieu à des insta-
bilités à faible charge, respectivement avec un nombre de Sommerfeld inférieur à
l’unité. Les paliers hydrostatiques sont beaucoup plus rigides.
Les vérins alimentés à pression constante ont une rigidité nulle. En revanche, les
vérins alimentés à débit constant ou non alimentés ont une rigidité inversément pro-
portionnelle au coefficient de compressibilité adiabatique du fluide; elle est plus forte
avec de l’eau qu’avec de l’huile. La rigidité des vérins exploités à basse pression est
supérieure à celle des petits vérins à haute pression. La rigidité d’un vérin à double
effet est la plus faible au voisinage de la mi-course.
Dans des conditions idéales, la rigidité des mécanismes avec asservissement de
position est infinie. Ce cas se rencontre dans les paliers magnétiques.
Il faut observer les règles suivantes pour obtenir des constructions rigides:
• choisir des matériaux à haut module d’élasticité;
• accroître la section ou le moment d’inertie des pièces;
• éviter les éléments travaillant en flexion ou en torsion;
• fermer les profils sollicités en torsion, construire en caisson;
• faire passer les forces par les centre de torsion des sections;
• nervurer les plaques;
• cloisonner les bâtis et les caissons, notamment par des tôles obliques;
• optimiser la position des appuis de poutres en porte-à-faux.

On obtient une forte rigidité massique avec des panneaux sandwich garnis de
mousse ou de nids d’abeilles. Construire les rotors de grosses machines sous la forme
de tambours creux avec les bouts-d’arbre rapportés.
Des pièces souples, telles que les ressorts, se construisent avec des éléments élan-
cés. La flèche maximale est proportionnelle au rapport de la résistance limite du maté-
riau à son module d’élasticité. On emploie des aciers spéciaux à ressorts écrouis, des
alliages de nickel et de bérylium, du caoutchouc.
Il est illusoire de vouloir atténuer la propagation de vibrations de machines en les
posant sur un tapis de caoutchouc. Le tapis est en effet très rigide du fait que cette
matière se déforme sans changement de volume.
On envisage de construire des poutres à rigidité variable en y incorporant un
liquide électrorhéologique.
Chapitre 7 Page 241 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

CHAPITRE 7

PRÉCONTRAINTE

7.1 INTRODUCTION

Un système mécanique est dit précontraint, lorsqu’il est le siège d’efforts inté-
rieurs en l’absence de toute charge extérieure.
L’effort intérieur est introduit délibérément dans un système avant même de le
soumettre à une quelconque charge extérieure. Les parties du système soumises à
l’effort intérieur initial sont dites préchargées ou précontraintes.
La précharge est utilisée principalement pour:
• permettre la transmission de force par frottement;
• comprimer des matériaux;
• diminuer la sollicitation dynamique de pièces;
• supprimer le jeu;
• accroître la rigidité de contacts hertziens.

Ce chapitre a pour but de présenter les moyens de précontrainte, les propriétés


des systèmes préchargés et des exemples d’application. Il est structuré comme suit :
• Section 7.2 Notions de statique intérieure des systèmes bouclés.
• Section 7.3 Principes de précharge.
• Section 7.4 Présentation des principales sources de perturbation de la pré-
charge.
• Section 7.5 Analyse de la transmission d’une charge extérieure et des
caractéristiques apparentes d’un systèmes préchargé.
• Section 7.6 Exemples d’application de la précharge.
• Section 7.7 Intérêt d’assouplir des systèmes bouclés et moyens permettant
d’y parvenir.
• Section 7.8 Conclusions principales.

7.2 STATIQUE INTÉRIEURE DE SYSTÈMES FERMÉS

7.2.1 Modélisation
Considérons, par exemple, un système formé de deux pièces (1) et (2) (fig. 7.1)
serrées entre deux plaques (3) et (4) par un boulon (5). Après serrage du boulon, les
pièces (1) et (2) sont comprimées, les pièces (3) et (4) sont fléchies, tandis que la vis
est sollicitée en traction. Il existe maintenant des forces intérieures qui cheminent dans
le système comme indiqué en traitillé. Il est commode d’étudier le comportement sta-
tique d’un système précontraint à l’aide d’un modèle équivalent. Développons celui de
Chapitre 7 Page 242 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

242 CONCEPTION DES MACHINES

1 2

Fig. 7.1 Ensemble boulonné.

l’ensemble boulonné représenté à la figure 7.1. Dans une première étape, on représente
toutes les pièces avec leur flux de force (fig. 7.2a) et le modèle à ressorts correspon-
dant (fig. 7.2b). On peut ensuite simplifier en regroupant les ressorts (1 à 4) en un res-
sort unique de rigidité équivalente (fig. 7.2 d). Le système se réduit finalement à une
simple boucle (fig. 7.2c).

A A
3 3 k3
boulon

1 2 k5 1 k1 2 k2
5
5
4 4 k4
B
(a) (b) B

A
boulon A

1–4 k5 k1–4
5
5 1à 4

B B
(c) (d)

Fig. 7.2 Modélisation du système de la figure 7.1: (a) première étape; (b) ressorts représentant la première
étape; (c) modèle simplifié; (d) ressorts du modèle simplifié.

On constate que:
• les efforts intérieurs de précontrainte d’un système cheminent dans un réseau
bouclé fermé en équilibre statique;
Chapitre 7 Page 243 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 243

• les systèmes précontraints comportent toujours au moins deux éléments


déformés en sens inverse. A une partie tendue correspond une partie compri-
mée; à une partie fléchie dans un sens correspond une partie fléchie en sens
inverse.

Etudions tout d’abord les propriétés statiques des boucles.

7.2.2 Rigidité intérieure


Coupons une branche d’une boucle par un plan π passant par un point A (fig. 7.3).
La coupe engendre deux plans coïncidents appartenant chacun à l’une et à l’autre face
π' et π'' du solide ainsi ouvert, le point A se décompose aussi en ses points coïncidents
A' et A''. Appliquons maintenant en ces points les forces F et F – (fig. 7.4) en équilibre
et forcément portées par la même ligne d’action, elles font un angle β avec la normale
au plan de coupe.

π'
π'' F
β n

A'

A'' f
A
π F–
Fig. 7.3 Section d’une boucle. Fig. 7.4 Déplacement des plans coïncidents.

Partant de A', la force F chemine à travers le solide et revient en A'', F – est la


réaction à F. Ces forces éloignent les points coïncidents de la distance f. Nous
appelons caractéristique intérieure la fonction

F = F( f ) (7.1)

et rigidité intérieure sa dérivée par rapport à la déformation

dF
ki = (7.2)
df

La compliance intérieure est, par définition,

1 df
λi = = (7.3)
ki dF
Chapitre 7 Page 244 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

244 CONCEPTION DES MACHINES

La rigidité et la compliance dépendent de la direction de la force, elles sont natu-


rellement égales pour β = –π/2 et pour β = π/2 (fig. 7.5).

ki
π'' θ π'

M– M

– π/2 0 π/2β

Fig. 7.5 Rigidité selon la direction de la force. Fig. 7.6 Rotation des plans coïncidents.

Appliquons un moment M et sa réaction M – aux plans coïncidents (fig. 7.6), ils


provoquent une rotation θ d’un plan par rapport à l’autre. Les plans sont séparés dans
la figure pour mieux visualiser le phénomène. On peut définir la caractéristique inté-
rieure du moment

M = M (θ ) (7.4)

et la rigidité intérieure de rotation

dM
kθi = (7.5)

La rigidité vis-à-vis d’une force dépend de la position du point de référence A


dans le système, de l’orientation de la force, de la géométrie du système et des maté-
riaux qui le constituent. On rencontre des caractéristiques intérieures linéaires, pro-
gressives ou dégressives, la rigidité tend vers zéro lorsqu’une partie du système entre
dans un état plastique.
La présence d’une ou de plusieurs articulations dans un système fermé lui confère
des caractéristiques particulières :
• une articulation (fig. 7.7)
ki = 0 si le point de référence n’est pas situé à l’articulation et si la ligne
d’action ∆ de la force ne passe pas par le centre de l’articulation,
car les deux parties de la boucle tournent librement autour de
l’articulation
ki > 0 si le point de référence est situé au centre de l’articulation
ki > 0 si le point de référence est situé ailleurs qu’à l’articulation et si la
ligne d’action de la force passe par le centre de l’articulation
kθi > 0 si le point de référence est situé au centre de l’articulation
kθi = 0 en tout point autre que l’articulation
Chapitre 7 Page 245 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 245

B B
ki > 0
∆ C

∆ ∆
A
ki = 0 A

ki > 0 ki = 0
Fig. 7.7 Système fermé avec une articulation. Fig. 7.8 Système fermé avec deux articulations.

• deux articulations (fig. 7.8)


ki > 0 si la ligne d’action passe simultanément par les deux articula-
tions
ki = 0 si le point de référence est situé ailleurs que sur une articulation
kθi = 0 partout
• plus de deux articulations
ki > 0 si les articulations sont toutes alignées et si elles sont situées sur
la ligne d’action de la force (chaîne)
ki = 0 partout ailleurs
kθi = 0 partout

La caractéristique intérieure d’un système ainsi que sa rigidité intérieure sont des
concepts extrêmement féconds. Nous verrons qu’ils permettent de traiter par une
théorie générale simple plusieurs problèmes présentés habituellement séparément tels
que: précontrainte, contraintes thermiques, déformations et contraintes de soudure,
frettage.

7.3 GÉNÉRATION DE LA PRÉCONTRAINTE

7.3.1 Précontrainte géométrique

Principe
La précontrainte géométrique d’un système consiste à lui imposer une défor-
mation dont il résulte un effort intérieur grâce à l’élasticité du système. La
figure 7.9(a) montre une pièce (1), d’ouverture l1 entre ses faces A et B, dans laquelle
on veut introduire une pièce (2) de longueur l2. Trop longue, la pièce (2) ne peut pas
pénétrer dans (1). On appelle serrage géométrique ou distance de précontrainte
l’excès de longueur

f0 = l 2 ± l1 (7.6)
Chapitre 7 Page 246 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

246 CONCEPTION DES MACHINES

traction

1 1 +
A B

l1 A B
2 – F0

f0 compression

(a) (b)
l2

Fig. 7.9 Précontrainte géométrique : (a) avant montage; (b) après montage.

Ouvrons la pièce (1) et comprimons la pièce (2) jusqu’à ce qu’on puisse la glisser
dans (1). En abandonnant le système à lui-même, les pièces entrent en contact
(fig. 7.9b); il subsiste une force F0 qui les appuie l’une sur l’autre, c’est la force
de précontrainte. La pièce qui était trop longue est comprimée, l’autre est tendue et
fléchie.
La force de précontrainte n’a pas de signe en soi, on l’admettra toujours positive.

Calcul de la précontrainte
Soumises à une force F, la pièce (1) subit une déformation f1 (F) et la pièce (2) se
déforme de f2 (F). Du point de vue du cheminement de la force, les deux pièces sont en
série et leurs déformations s’ajoutent

f ( F ) = f1 ( F ) + f2 ( F ) (7.7)

Cette relation est représentée par la figure 7.10, la fonction f (F) est la caracté-
ristique intérieure du système complet.

F
f2 f1 f

k20 kio
k10
F0

0 f
f10 f20 f0

Fig. 7.10 Caractéristiques force-déformation.


Chapitre 7 Page 247 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 247

1
A l1 B f10

F0– F0

f0

F0 F0–
2

f20
l2

Fig. 7.11 Déformation de précontrainte.

On voit dans la figure 7.11 comment la force F0 agrandit l’ouverture de la pièce


(1) de la quantité f10 et comprime la pièce (2) de la quantité f20. La compatibilité géo-
métrique visible dans la figure s’exprime par

l1 + f10 = l 2 ± f20 (7.8)


ou
l 2 ± l1 = f10 + f20 = f0 (7.9)

Disposant de la caractéristique force-déformation intérieure (fig. 7.10) ou des


fonctions numériques, on peut trouver :
• la précontrainte résultant d’un serrage f0 ,

F0 = F ( f0 ) (7.10)

• le serrage nécessaire pour obtenir la précontrainte F0 ,

f0 = f ( F0 ) (7.11)

Les déformations f10 et f20 se lisent dans le diagramme 7.10 ou se trouvent par les
fonctions de déformation

f10 = f1 ( F0 ) 

 (7.12)
f20 = f2 ( F0 ) 

La rigidité tangente intérieure ki0 du système précontraint est égale à la pente de


la caractéristique intérieure au point (f0, F0), elle dépend du niveau de la précontrainte.
Les pièces déformables étant en série, on a, selon (6.21),
Chapitre 7 Page 248 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

248 CONCEPTION DES MACHINES

1
ki0 = (7.13)
1 1
+
k10 k20

Dans le cas fréquent où toutes les rigidités ont un comportement linéaire, leur
valeur k1 et k2 sont constantes, tout comme la rigidité intérieure

1
ki = (7.14)
1 1
+
k1 k2

La figure 7.12 donne immédiatement

F0 = ki f0 (7.15)

Théorème. Dans un système élastique fermé linéaire, la précontrainte est égale


au produit de la rigidité intérieure du système par la distance de précontrainte.

On obtient l’allongement de la pièce (1)

F0 k k2
f10 = = i f0 = f0 (7.16)
k1 k1 k1 + k2

et la compression de (2)

F0 k k1
f20 = = i f0 = f0 (7.17)
k2 k2 k1 + k2

F
f10

f20
f2 f1 f
F0

k2

k1 ki

0 f0 f

Fig. 7.12 Déformation de précontrainte.


Chapitre 7 Page 249 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 249

On appelle rapport de rigidités:

k1 1
Φ = = (7.18)
k1 + k2 k
1 + 2
k1
Ce rapport très utile se détermine souvent empiriquement, par exemple dans les
assemblages boulonnés.
Alors,

f10 = (1 ± Φ ) f0 (7.19)

f20 = Φ f0 (7.20)

Diagramme de précontrainte
F F
F1 – F2
F0 F0

k1 k2
f1 f2
0 f10 f20 0
(a) (b)

Fig. 7.13 Déformations : (a) allongement de (1); (b) compression de (2).

La figure 7.13 représente la caractéristique force-déformation de chaque pièce.


La déformation de la pièce (2) est portée à gauche de l’origine puisqu’il s’agit d’une
compression. Selon les conventions habituelles, la force F2 est négative (compres-
sion), mais on porte en ordonnée sa valeur opposée puisqu’on admet que la précon-
trainte est toujours positive.
Réunissons les deux diagrammes de la figure 7.13 en un seul (fig. 7.14a) repré-
sentant aussi la condition de compatibilité géométrique (7.8). Traçons par les extré-
mités du segment 0-A de longueur f0, les caractéristiques F1 respectivement –F2 de
pente k1 et k2. Leur intersection B fournit la précontrainte et la déformation de chaque
pièce. Cette figure constitue le diagramme de précontrainte auquel on donne parfois
aussi le nom de diagramme de serrage. La figure 7.14(b) est un diagramme analogue
en cas de comportement non linéaire.

Précontrainte par une cale d’épaisseur


On précontraint certains systèmes en insérant une cale relativement mince, tou-
jours beaucoup plus rigide que le reste du système (fig. 7.15). Comme k2 >> k1, on a la
rigidité intérieure

ki ≈ k1
Chapitre 7 Page 250 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

250 CONCEPTION DES MACHINES

– F2 F1 – F2 F1

F0 B F0 B

référence k2
k1
l1 0 f 0 f
f10 f20 A f10 f20 A

f0 f0
l2

(a) (b)

Fig. 7.14 Diagrammes de précontrainte: (a) caractéristiques linéaires; (b) caractéristiques quelconques.

Il en résulte que Φ ≈ 0 et

f20 << f10 ≈ f0

F0 ≈ k1 f0 (7.21)

La précontrainte par une cale d’épaisseur est pratiquement égale au produit de


la rigidité des pièces par la distance de précontrainte.

– F2 F1
k1 F0

k2 ¯ ∞
k1
f
0

k2 >> k1 f10 ¯ f0 f20 ¯ 0

Fig. 7.15 Précontrainte par une cale. Fig. 7.16 Diagramme de précontrainte par une cale
d’épaisseur.

La figure 7.16 illustre le diagramme de précontrainte où la caractéristique de la


cale est représentée par une verticale, car sa rigidité est pratiquement infinie vis-à-vis
de celle de l’autre pièce.

Précontrainte par un élément très souple


Autre cas particulier, le système est précontraint par un élément très souple, sou-
vent un ressort (fig. 7.17). Alors k1 >> k2 et

k i ≈ k2
Chapitre 7 Page 251 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 251

Par conséquent, Φ ≈ 1 et

f10 << f20 ≈ f0

F0 ≈ k2 f0 (7.22)

La précontrainte par un élément très souple vis-à-vis des autres pièces est
pratiquement égale au produit de la rigidité de l’élément souple par la distance de
précontrainte (fig. 7.18).

k1

k2 << k1 f20 ¯ f0

Fig. 7.17 Précontrainte par un ressort.

F1

– F2
F0

k1 k2 << k1

0 f
f20 ¯ f0
f10
f0

Fig. 7.18 Diagramme de précontrainte par un ressort.

7.3.2 Précontrainte par un effort imposé


On précontraint aussi un système en y introduisant un élément capable de créer
un effort constant. La figure 7.19 montre, par exemple, une presse hydraulique dont le
vérin exerce la force F0 qui chemine à travers la machine jusqu’au fond du cylindre.
La rigidité de cette partie de la boucle étant k1, la distance initiale l1 s’accroît de

F0
f10 = (7.23)
k1
Chapitre 7 Page 252 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

252 CONCEPTION DES MACHINES

fluide

F0–
2 l1
F0 p
f10

F1
–F2
F0
F0
k2 = 0
ki = 0

k1

0 f
f10 f0 = ∞

Fig. 7.19 Presse hydraulique. Fig. 7.20 Diagramme de précontrainte avec une force
imposée.

L’huile contenue dans le cylindre constitue l’autre élément de la boucle de force.


Tant que le vérin est alimenté, la force qu’il exerce est indépendante de la position du
piston, ce qui signifie que sa rigidité est nulle, k2 = 0 (§ 6.4.7). La notion de distance de
précontrainte n’a ici pas de sens, on peut admettre qu’elle est infinie, comme le montre
immédiatement le diagramme de serrage 7.20. La caractéristique de l’organe
générateur de force est une droite horizontale située à la hauteur F0. Tout système pré-
contraint par une force imposée jouit des propriétés importantes suivantes :
• la précontrainte est indépendante de la rigidité des pièces précontraintes;
• la rigidité intérieure est nulle.

7.3.3 Précontrainte par autofrettage


Expliquons le mécanisme de l’autofrettage thermique à l’aide de la figure 7.21.
Chauffons progressivement la zone (2) de la boucle. Elle commence par se dilater et
pousse sur l’autre partie (1) avec une force F1 qui croît avec la température (fig. 7.22).
A haute température, le module d’élasticité du matériau dans la région (2) diminue;
puis, le matériau cède à la compression par F1 et, s’il est assez ramolli, la force finit
par s’annuler tandis que (1) reprend sa longueur initiale l1. Au refroidissement, le
matériau de la zone (2) se contracte. Ce faisant, il tire énergiquement sur (1) lorsque le
module d’élasticité retrouve sa valeur initiale. Après refroidissement complet, le sys-
tème est précontraint par une force F0 (fig. 7.21b). Ce processus engendre les
contraintes résiduelles qu’on trouve dans les structures soudées.
Des contraintes résiduelles prennent aussi naissance de manière analogue chaque
fois qu’un certain volume d’une pièce est sollicité dans le domaine plastique, par
exemple lors du formage à froid, de l’usinage, ou de surcharge au-delà du domaine
Chapitre 7 Page 253 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 253

1 1
l1 l1

2 2
F1– F1
F0
(a) (b)

Fig. 7.21 Autofrettage : (a) phase de chauffage; (b) après refroidissement.

F1

chauffage

T
0
Ta

plastification
F0
refroidissement

Fig. 7.22 Force thermique.

élastique. Les contraintes résiduelles sont souvent nuisibles. Mais on en crée parfois
volontairement à la surface de pièces par traitement thermique, grenaillage ou galetage
pour améliorer leur résistance à la fatigue (§ 23.5.4). L’autofrettage s’emploie aussi
pour construire des cylindres à paroi épaisse pour très hautes pressions. On établit
dans le récipient une pression assez forte pour plastifier la zone intérieure du cylindre;
en supprimant la pression, le matériau de la région intérieure se trouve comprimé et
celui de la région extérieure est sous tension.

7.3.4 Exemples de systèmes précontraints


Assemblages boulonnés
En serrant un assemblage boulonné, la vis avance dans l’écrou de la distance de
précontrainte f0 (fig. 7.23). Le calcul de la rigidité d’un boulon est aisé, en revanche
celui des pièces assemblées est plus difficile. Nous renvoyons aux ouvrages spécialisés
[7.1, 7.2].
Le contrôle de la précontrainte étant délicat, on recourt souvent à l’utilisation de
clefs dynamométriques pour régler F0, car le couple de serrage d’un écrou ou d’une
vis est donné par [7.3, 7.4, 7.5]

d d 
M0 =  2 tan (α 2 + ρ ′ ) + m µ b  F0 (7.24)
2 2 
Chapitre 7 Page 254 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

254 CONCEPTION DES MACHINES

dm

d2
1
f0

fb

(a) (b)

Fig. 7.23 Assemblage boulonné : (a) boulon libre; (b) boulon serré.

avec:
d2 diamètre moyen du filetage
dm diamètre moyen de frottement de l’écrou ou de la tête de vis
α2 angle de montée du filetage sur le diamètre moyen
µb coefficient de frottement entre la base d’appui et l’écrou ou la tête de vis

La grandeur

µ
ρ ′ = arctan (7.25)
cos β 2

est l’angle de frottement équivalent dans le filetage, avec le coefficient de frottement µ


et l’angle β des flancs du filetage.
Pour un couple de serrage donné, la précontrainte effective est directement
influencée par le frottement, µ et µb. On sait combien le frottement est aléatoire, par
conséquent la précontrainte peut fluctuer dans de très larges limites, en dépit de la pré-
cision apparente de la méthode. On a mesuré des serrages s’écartant jusqu’à ± 50% de
la valeur théorique. Un contrôle de la précontrainte beaucoup plus sûr consiste à mesu-
rer l’allongement de la vis ou de mesurer directement la force au moyen d’une jauge
extensiométrique. La figure 7.24 montre un vérin hydraulique permettant de tirer sur la
vis jusqu’à ce que les jauges (2) ou (3) indiquent que la force F1 est atteinte. On serre
ensuite l’écrou à la main, puis on relâche le vérin. Il subsiste dans l’assemblage la
force

F0 = α F1

où α ≈ 0,95 tient compte de la déformation du filetage et de l’écrou lors de la mise en


charge.
Chapitre 7 Page 255 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 255

9 3
1 goujon
2, 3 jauges dynamométriques
8 4 écrou
5 entretoise
7 6 ouverture pour le serrage de l’écrou
7 raccord
5 8 vérin hydraulique
4 6 9 huile sous pression

Fig. 7.24 Vérin de précontrainte.

On utilise maintenant souvent des visseuses automatiques qui tendent les vis
jusqu’au seuil de l’écoulement plastique; elles se déclenchent lorsque le rapport du
couple de serrage à l’angle de rotation de l’écrou diminue rapidement du fait de la
plastification de la vis.

Emmanchements cylindriques
Considérons un tube (1) qu’on veut introduire dans un manchon (2) (fig. 7.25a).
Le diamètre extérieur du tube est supérieur à l’alésage du manchon avec le serrage

f0 = d1e ± d2i (7.26)

En forçant le tube dans le cylindre, apparaît une pression de contact p0 qui com-
prime le tube et qui dilate le manchon (fig. 7.25b). Le diamètre du cylindre de contact
est alors ds. Le calcul de la pression de contact est bien connu, montrons l’approche
par la rigidité intérieure.
Posons les rapports des diamètres

d1i d2i
Q1 = Q2 = (7.27)
d1e d2e

Le module d’élasticité et le facteur de Poisson des matériaux de l’arbre, respec-


tivement du manchon, sont E1, E2, et µ1, µ2.
Chapitre 7 Page 256 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

256 CONCEPTION DES MACHINES

2
1
p

f0

d1e

d1i
d2e

d2i

l l ds
(a) (b)

Fig. 7.25 Emmanchement cylindrique : (a) avant montage; (b) après assemblage.

La mécanique du solide permet de calculer la déformation radiale des pièces en


fonction de la pression appliquée. En supposant un comportement élastique (loi de
Hooke) et en négligeant les effets d’extrémité (pièces admises infiniment longues) on
a [7.6]:
• la compression diamétrale extérieure du tube

p1  1 + Q12 
∆d1e =  1 ± Q 2 ± µ1  d1e (7.28)
E1  1 

• la dilatation diamétrale intérieure du manchon

p2  1 + Q22 
∆d2i =  2
+ µ 2  d2i (7.29)
E2  1 ± Q2 

Définissons la rigidité diamétrale des pièces vis-à-vis de la pression

dp
kp = (7.30)
d ( ∆d )

Avec les expressions précédentes, on a:

E1 1
kp1 = (7.31)
d1e 1 + Q12
± µ1
1 ± Q12
E2 1
kp2 = (7.32)
d2i 1 + Q22
+ µ2
1 ± Q22
Chapitre 7 Page 257 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 257

La rigidité intérieure de l’assemblage tube-manchon est

1
kip = (7.33)
1 1
+
kp1 kp2

La pression de contact de précontrainte vaut alors

p0 = kip f0 (7.34)

L’emmanchement s’utilise pour assembler des moyeux et des arbres. Les maté-
riaux sont fréquemment de même nature, c’est-à-dire que E1 = E2 = E et µ1 = µ2 = µ.
En outre, l’arbre est le plus souvent plein, dli = 0 et donc Q1 = 0. On remarque encore
que dle ≈ d2i ≈ ds, le diamètre de serrage. En faisant les substitutions, on obtient

E 1
kp1 = (7.35)
ds 1 ± µ

E 1
kp2 = (7.36)
ds 1 + Q22
+ µ
1 ± Q22

E 1 ± Q22
kip = (7.37)
ds 2

On obtient immédiatement la pression de contact par (7.34)

1 ± Q22 f0
p0 = E (7.38)
2 ds

Remarquons que la pression de serrage est proportionnelle au module d’élasticité


des matériaux ainsi qu’au serrage relatif f0 /ds.
Dans les grands disques, si d2e > 5d2i, on a Q2 < 0,2 et on commet une petite
erreur par excès en calculant la pression de serrage simplement par

1 f
p0 ≈ E 0 (7.39)
2 ds

La pression de contact est très sensible aux tolérances de fabrication. Elle est sou-
vent bien plus faible que la valeur théorique à cause du lissage des aspérités de surface
des pièces (§ 7.4.1). Les assemblages relativement peu serrés peuvent se monter à la
presse. Mais lorsque le serrage est important, on est obligé de dilater la pièce femelle
en l’échauffant ou de contracter la pièce mâle par refroidissement. Ces deux derniers
Chapitre 7 Page 258 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

258 CONCEPTION DES MACHINES

moyens sont parfois appliqués simultanément. On dit que l’assemblage est fretté lors-
que la précontrainte est obtenue par équilibrage thermique. Une méthode moderne
d’assemblage consiste à donner une très légère conicité à la portée et à effectuer le
montage en injectant de l’huile à haute pression entre les pièces préalablement rappro-
chées. Ce système est particulièrement facile à démonter en procédant dans l’ordre
inverse.
Il n’est pas nécessaire de se limiter à solliciter le matériau seulement dans le
domaine élastique. On peut au contraire laisser travailler la zone intérieure du moyeu
dans le domaine plastique et augmenter ainsi encore sensiblement l’effort transmis-
sible par l’assemblage [7.6]. Mais la pression de contact est alors tellement élevée que
le démontage n’est plus possible sans détruire les pièces.

Roulements
Considérons, par exemple, un arbre monté sur deux roulements à billes
(fig. 7.26). La précharge est obtenue en montant une entretoise (7) un peu trop longue
entre le roulement (6) et la languette du couvercle (4), de sorte que le couvercle
s’appuie d’abord sur elle. En serrant les vis (5), le couvercle force sur l’entretoise,
comprime toutes les pièces et vient finalement s’appliquer contre la face du bâti.

l6
référence de cotes

l2 l3 l4 l1 l5
4
1 5

2 3
7 (entretoise)
6

Fig. 7.26 Précontrainte de roulements réglée par une entretoise.

L’espace disponible entre la face du roulement (6) et la languette du couvercle est

l1 = l 6 ± ( l 2 + l3 + l 4 + l 5 )

Pour obtenir une précharge F0, il faut une distance de précontrainte f0 et donner à
l’entretoise l’épaisseur

l f = l1 + f0
Chapitre 7 Page 259 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 259

Les roulements sont les éléments les plus souples insérés dans la boucle de pré-
contrainte, ils déterminent donc pratiquement à eux seuls la rigidité du système. Sup-
posons qu’on veuille précharger les roulements avec une force égale à un quart de leur
capacité de charge dynamique. Il faut, par exemple, pour deux roulements de 50 mm
d’alésage, une distance f0 de l’ordre de 200 µm. L’espace l1 effectivement disponible
pour l’entretoise est affecté par les écarts de cote de fabrication. En admettant que tou-
tes les cotes se trouvent dans les tolérances normales, on peut voir que l’écart se situe
dans une fourchette de 120 µm, du même ordre de grandeur que la distance de précon-
trainte. Selon le cas, la précharge est tellement forte que la longévité des roulements
s’en trouve compromise ou la précharge est insuffisante. Il n’est finalement pas possi-
ble de fabriquer l’entretoise d’avance, il faut la mettre à la cote de cas en cas après
avoir mesuré exactement la place disponible. Cette procédure est incompatible avec
les exigences de la fabrication en série, elle renchérit beaucoup la fabrication et pose
problème en cas de réparation.
Cet exemple illustre les difficultés rencontrées en cas de précontrainte géomé-
trique. On peut s’en affranchir en utilisant un élément souple (sect. 7.7). Dans le cas
des roulements ci-dessus, on prévoit avantageusement une précharge par ressort
(fig. 7.98) provoquant pratiquement une précontrainte par force imposée.

Assemblage d’un rotor


Le rotor d’un turboalternateur se compose de trois parties assemblées par un
tirant central (fig. 7.27). La solidarisation des pièces du rotor exige une force axiale F0
obtenue par le serrage du tirant. Cette force se calcule en exprimant l’équilibre de la
partie gauche du rotor (fig. 7.28); en supposant les pièces à la limite du décollement et
en négligeant le frottement, on a

Fig. 7.27 Rotor de turboalternateur assemblé par un tirant (ABB).

F0
G – sur le centrage

F0–
G = mg
a

Fig. 7.28 Equilibre de la partie gauche du rotor de la figure 7.27.


Chapitre 7 Page 260 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

260 CONCEPTION DES MACHINES

A1 A2

Fig. 7.29 Modèle du rotor.

a
F0 = mg (7.40)
b

En supposant toutes les pièces en acier, la rigidité intérieure selon le modèle de la


figure 7.29 vaut

E A1 A2
ki =
l A1 + A2

Il faut la distance de précontrainte géométrique

F0 l A1 + A2 a
f0 = = mg (7.41)
ki E A1 A2 b

Pour le montage, on chauffe le tirant avant de l’introduire dans le corps du rotor,


puis on visse les écrous en appui. En se refroidissant, le tirant se contracte et serre le
rotor par son élasticité propre. La dilatation thermique doit être au moins égale à la
distance de précontrainte, soit

f0 ≤ α 2 l ( T ± Ta ) (7.42)

où Ta est la température ambiante et α2 le coefficient de dilatation thermique du tirant.


Cette équation fournit finalement la température de chauffage du tirant

f0 1 A1 + A2 a
T ≥ Ta + = Ta + mg (7.43)
α2 l α 2 E A1 A2 b

On remarque que l’échauffement nécessaire est indépendant de la longueur du


tirant.
Le démontage du rotor n’est possible qu’en procédant dans l’ordre inverse. On
chauffe le tirant au moyen d’un corps de chauffe électrique introduit dans un forage. Il
existe une gaine d’air entre le tirant et le corps du rotor afin d’isoler thermiquement le
tirant; sans cela, on ne pourrait que très difficilement le chauffer.
Chapitre 7 Page 261 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 261

Récipients pour très hautes pressions


Les récipients pour très hautes pressions, réacteurs chimiques, pompes à piston,
canons d’artillerie, sont souvent précontraints en frettant deux ou trois tubes les uns
sur les autres ou en enroulant un fil ou un ruban serré sur le tube intérieur. On procède
aussi par autofrettage d’un tube à paroi épaisse en le sollicitant une fois par une pres-
sion intérieure suffisamment élevée pour que toute la paroi du tube passe en état de
sollicitation plastique [7.7].

Autres systèmes précontraints


Les sections 7.6 et 7.7 montrent encore de nombreux exemples de systèmes pré-
contraints.

7.4 PERTURBATIONS DE LA PRÉCONTRAINTE

7.4.1 Perturbations géométriques


Variation de la précontrainte
Considérons un système linéaire précontraint au montage par une force F0. La
variation d’une quantité ∆f0 de la distance de précontrainte provoque la variation

∆ F0 = ki ∆ f0 (7.44)

de la précontrainte et la variation relative

∆ F0 ∆ f0
= (7.45)
F0 f0

La variation de la précontrainte est proportionnelle à la rigidité intérieure du système


(fig. 7.30). Elle est très importante en cas de précontrainte géométrique, droite (1), pour

précontrainte géométrique
F0 1
ki
F0'

∆F0
3 précontrainte par élément souple
F0 2 précontrainte par force imposée

f0 ∆f0

Fig. 7.30 Perturbation géométrique de la précontrainte.


Chapitre 7 Page 262 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

262 CONCEPTION DES MACHINES

peu que la rigidité intérieure du système soit grande. Elle est nulle en cas de précon-
trainte par une force imposée parce que la rigidité intérieure est nulle, droite (2). Dans
le cas d’un système précontraint par un ressort, droite (3), la variation est très faible, au
point qu’on peut généralement l’assimiler à un système précontraint par une force
imposée.
Voyons maintenant les principales causes de perturbations géométriques.

Tassement ou lissage
On observe que la précontrainte d’assemblages diminue progressivement peu
après le serrage, puis se stabilise après un certain temps. Ce phénomène provient du
lissage par l’écrasement plastique avec fluage des aspérités des surfaces en contact. Le
tassement au contact de deux surfaces est d’autant plus grand que les surfaces sont
plus rugueuses, mais il est plus petit que la somme des rugosités des surfaces. Il est
aussi plus grand si les métaux sont mous (aluminium). Le tassement total s’accroît
naturellement avec le nombre de surfaces en contact. Par exemple, l’assemblage bou-
lonné de la figure 7.31 présente six surfaces de contact (t), dont le contact vis-écrou
dans le filetage.

t
t t

1
1
t
2
2
t
3
3
t

Fig. 7.31 Assemblage boulonné. Fig. 7.32 Assemblage présentant moins de tassement
que celui de la figure 7.31.

Le tassement est nuisible parce qu’il diminue la précontrainte de l’assemblage; il


faut donc veiller à le réduire:
• en usinant très proprement toutes les surfaces en contact (petite rugosité);
• en diminuant le nombre de surfaces en contact; à cet égard, les rondelles plates
sont néfastes; on a aussi enregistré de sérieux mécomptes en voulant assembler
par une même vis un empilage de pièces en vue de faire des économies; il est
préférable d’assembler les pièces deux par deux seulement (fig. 7.32) sous
réserve que la souplesse de la vis soit suffisante.

Les assemblages boulonnés usuels sont rigides et très sensibles au tassement. La


variation relative de précontrainte atteint jusqu’à 70%; dans les cas les plus favorables
(vis à haute limite élastique), elle n’est pas inférieure à 20%. La diminution de la pré-
contrainte est préjudiciable à la résistance à la fatigue des vis, à l’étanchéité des joints
Chapitre 7 Page 263 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 263

plats et à la tenue de l’assemblage. C’est pourquoi il faudrait toujours reprendre le


serrage des boulons importants quelques jours après leur montage.

Usure
L’usure de pièces insérées dans une boucle précontrainte diminue la précharge à
cause de l’enlèvement de matière.

Fluage
Certains matériaux de pièces précontraintes subissent du fluage, surtout à tem-
pérature élevée. Il en résulte une variation dimensionnelle qui va toujours dans le
sens d’une diminution de la précontrainte. Ce phénomène se produit très souvent
avec des polymères. Ainsi s’explique le relâchement progressif de certains assem-
blages. Les effets du tassement de joints plats sont analysés en détail au paragraphe
22.3.4.

Dilatation thermique
La dilatation ou contraction résultant de modification du champ thermique pro-
voque généralement une variation de la distance de précontrainte. Par exemple, la dila-
tation de l’arbre de la figure 7.26 accroît la précharge des roulements tandis qu’une
dilatation du bâti la diminue. Un autre exemple de perturbation de la précontrainte par
la dilatation thermique est décrit au paragraphe 22.3.4 en relation avec le fonctionne-
ment des joints plats.

Perturbation résultante
La variation de la distance de précontrainte résultant des phénomènes évoqués
ci-dessus s’exprime par

∆ f = ± fT ± fU ± fF ± α1 l1 ( T1 ± T0 ) + α 2 l 2 ( T2 ± T0 ) (7.46)

avec:
fT tassement dû au lissage
fU usure
fF déformation de fluage
α1 coefficient de dilatation thermique d’une pièce tendue
α2 coefficient de dilatation thermique d’une pièce comprimée
T0 température de montage
T1 température de service d’une pièce tendue
T2 température de service d’une pièce comprimée
l1 longueur de dilatation d’une pièce tendue
l2 longueur de dilatation d’une pièce comprimée

7.4.2 Perturbations de la rigidité intérieure


La rigidité d’une quelconque pièce est proportionnelle à son module d’élasticité.
Celui-ci est une fonction de la température, il diminue généralement lorsque la tempé-
rature s’élève. Par exemple, de l’acier ayant 0,1 à 0,4% de carbone, voit son module
Chapitre 7 Page 264 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

264 CONCEPTION DES MACHINES

d’élasticité passer de 210 GPa à la température ambiante, à 185 GPa à 300°C et même
à 140 GPa vers 500°C. L’influence thermique de la rigidité est particulièrement pro-
noncée dans le cas des polymères. L’échauffement des matériaux est aussi susceptible
de provoquer du fluage et une certaine relaxation des contraintes à la suite de l’abais-
sement de la limite élastique.

F0
(T0)
F0 A
F0'' C
(T)
F0'
B

ki k i' f
0 ∆f ∆fT
f0

Fig. 7.33 Evolution de la précontrainte dans un système chauffé à haute température.

Considérons, par exemple, un système précontraint au montage, à la température


T0, par une distance de précontrainte f0. La rigidité intérieure étant ki, il en résulte la
précontrainte F0; point A dans la figure 7.33. Portons tout le système ou seulement une
de ses parties à une température élevée T. La caractéristique interne du système pré-
sente maintenant une rigidité initiale plus petite ki′ et une allure non linéaire par suite
de la chute de la limite élastique d’un matériau du système. Simultanément, la dilata-
tion accroît la distance de précontrainte de la quantité ∆fT et la nouvelle précontrainte
est maintenant F0′ , au point B. Progressivement se manifeste peut-être encore du
fluage.
Après refroidissement à T0, le système retrouve sa rigidité ki mais naturellement
pas la longueur ∆f perdue par déformation plastique et par fluage. Le serrage initial est
diminué d’autant, de sorte que la nouvelle précontrainte est maintenant seulement F0′′
(point C). Le cycle thermique a fait chuter la précontrainte. On évite la perte de précon-
trainte en exécutant toutes les pièces fonctionnant à des températures élevées en maté-
riaux résistant à la chaleur. Il faut aussi reprendre de temps à autre le serrage des pièces.

7.4.3 Affaiblissement des perturbations


On a toujours intérêt à ce que la précontrainte ne varie pas trop fortement. On
peut conclure de ce qui précède qu’il faut :
• assouplir la boucle précontrainte (sect. 7.7);
• utiliser des matériaux présentant un petit coefficient de dilatation thermique;
• éviter les matériaux susceptibles de fluer;
• usiner très finement et même polir les surfaces d’assemblage;
• précontraindre par une force imposée ou par un ressort plutôt que géométrique-
ment.
Chapitre 7 Page 265 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 265

7.5 SYSTÈME PRÉCONTRAINT SOUS CHARGE EXTÉRIEURE

7.5.1 Transmission de force


Nous avons étudié jusqu’ici les moyens mis en œuvre pour précontraindre un sys-
tème. Voyons maintenant le comportement de ce système lorsqu’on lui applique une
charge extérieure.
Un système bouclé précontraint (fig. 7.34) est soumis à une charge extérieure F
appliquée aux points G et H. Ces points divisent le système en deux parties (1') et (2')
dont les rigidités dans la direction de la force sont k1′ et k2′ . Elles sont à priori différen-
tes des rigidités k1 et k2 définies au paragraphe 7.3.1 sauf si les points d’application G
et H coïncident avec les surfaces de contact A et B des pièces précontraintes (fig. 7.9).
Mais la rigidité intérieure est naturellement identique, car

1 1 1 1 1
= + = +
ki k1 k2 k1′ k2′

puisque toutes les pièces sont en série du point de vue de la précharge.


Pour bien comprendre le fonctionnement d’un système précontraint, il faut se
rendre compte que la charge extérieure est transmise par des éléments branchés en
parallèle, tandis que ces éléments sont en série du point de vue de l’effort de précon-
trainte.
La charge extérieure se répartit sur les voies (1') et (2') (fig. 7.35). On a:

F = ∆ F1 + ∆ F2 (7.47)

On appelle rapport de forces le rapport de la part ∆F1, calculée par la formule


(6.15), à la charge extérieure,

∆ F1 k1′ 1
Φ′ = = = (7.48)
F k1′ + k2′ k′
1 + 2
k1′

Il est égal au rapport des rigidités Φ (7.18) seulement si les points G et H coïn-
cident avec A et B. On a:

k1′
∆ F1 = F = Φ′ F (7.49)
k1′ + k2′

k2′
∆ F2 = F = (1 ± Φ ′ ) F (7.50)
k1′ + k2′

Calculons maintenant l’effort résultant de la superposition de la charge et de la


précharge dans chaque branche du système. Nous supposons que la charge et la pré-
charge sont parallèles.
La branche (1') (fig. 7.36) transmet la force
Chapitre 7 Page 266 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

266 CONCEPTION DES MACHINES

1' F0 traction

2'
G F0 compression H H'
F– F

l f

Fig. 7.34 Système précontraint sous charge extérieure.

G H H'
k'1
∆F1
F– F

k'2
∆F2

Fig. 7.35 Schéma d’un système précontraint chargé.

1' F1

2' F2
F0 G H' F0–

G F0– F0 H'
∆ F –2 ∆F2
∆F –
1 ∆F1

Fig. 7.36 Branche (1') isolée. Fig. 7.37 Branche (2') isolée.

F1 = F0 + ∆ F1 = F0 + Φ ′ F (7.51)

Dans le cas de la figure, cette force sollicite le corps de la pièce en traction et en flexion.
Si la charge F change de sens, la sollicitation de la branche devient

F1 = F0 ± ∆ F1 = F0 ± Φ ′ F (7.52)

et le corps de la pièce passe en compression si

F0
F > (7.53)
Φ′
Chapitre 7 Page 267 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 267

La branche (2') (fig. 7.37) est comprimée par la précharge F0 et transmet la part
∆F2 de la charge dans le sens d’une traction, leur résultante vaut

F2 = ± F0 + ∆ F2 = ± F0 + (1 ± Φ ′ ) F (7.54)

L’évolution d’un système précontraint, puis chargé par une force extérieure, se
représente facilement dans un diagramme de précontrainte (fig. 7.38). Portons la
charge F entre les caractéristiques F1 et F2. La relation (7.51) est immédiatement
visible; par contre, le diagramme donne la valeur opposée de la compression de (2),
–F2 = F0 – ∆F2. f10 ′ représente l’extension de la branche (1©), f20
′ la compression de
la branche (2') lors de la précontrainte du système et f représente l’allongement de la
distance GH (fig. 7.34). Dans le cas où la charge extérieure tendrait à comprimer
cette distance, il y aurait lieu de porter F dans le diagramme comme indiqué en
traitillé.

–F2 compression F1 traction

F ∆F1
F0

F
∆F2 F1

k'2
k'1 –F2
f
0
f

f '10 f '20

Fig. 7.38 Diagramme force-déformation d’un système précontraint chargé.

En considérant la formule (7.54), on distingue les cas suivants:


∆F2 < F0 les pièces de la branche (2') sont comprimées, toutes les pièces
restent en appui (fig. 7.38);
∆F2 = F0 la branche (2') est totalement déchargée (fig. 7.39a), les liaisons
comprimées sont libres;
∆F2 > F0 F2 devient une traction (fig. 7.39b); cette force s’annule s’il
existe une seule liaison unilatérale, toute la charge est alors
transmise par la branche (1') seulement (fig. 7.39c).
Chapitre 7 Page 268 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

268 CONCEPTION DES MACHINES

–F2 –F2 –F2 F1


F1 F1

F0 F0 F0

Flim F F

f f f
∆F2
traction
f '20
(a) (b) (c)

Fig. 7.39 Force transmise par la branche (2’) de la figure 7.34 : (a) charge limite; (b) charge limite dépassée
dans un système à liaisons bilatérales; (c) avec une liaison unilatérale.

Les forces F1 (7.51) et –F2 (7.54) sont représentées en fonction de la charge exté-
rieure dans la figure 7.40 où se retrouvent aussi les cas discutés ci-dessus.

F
Φ 'F
–F2 Φ' F1 traction

F0 1–Φ '
(1–Φ ')F séparation
éventuelle

compression

F
0
traction

Fig. 7.40 Force dans les branches d’un système précontraint en fonction d’une charge extérieure.

Dans un système précontraint par une force imposée, la rigidité de la branche


contenant le générateur de force est nulle (§ 7.3.2). Par conséquent, une charge exté-
rieure est entièrement transmise par l’autre branche. La figure 7.41 représente, par
exemple, une presse de serrage avec son schéma; k2 = 0 tant que le vérin est alimenté,
la pièce (2') est comprimée par la force F0 – F.
Dans le cas de systèmes non linéaires, par exemple un montage à roulements, il
est facile de déterminer graphiquement la distribution de la charge (fig. 7.42).

7.5.2 Déformation et rigidité apparentes


On observe que la distance l qui sépare les points d’application de la charge
s’allonge de la quantité f sous l’effet de la charge F (fig. 7.34). Nous appelons carac-
téristique apparente du système la fonction

F = F( f ) (7.55)
Chapitre 7 Page 269 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 269

G H
k'2

F0
F– F
1' F
k'1 k2 = 0
G
2'
H
F0

F–

(a) (b)

Fig. 7.41 Presse de serrage : (a) efforts; (b) schéma de transmission d’une charge extérieure.

–F2 F1

∆F1

F
∆F2

0 f

f '10 f

Fig. 7.42 Diagramme de forces non linéaires.

et rigidité apparente vis-à-vis de la charge extérieure

dF
k = (7.56)
df

Selon le modèle représenté à la figure 7.35 d’un système à précontrainte géomé-


trique, la charge est transmise par des voies parallèles, l’application de (6.13) donne la
rigidité apparente

k = k1′ + k2′ (7.57)

La rigidité apparente d’un système précontraint est égale à la somme de la


rigidité de chaque branche transmettant la charge extérieure.
Chapitre 7 Page 270 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

270 CONCEPTION DES MACHINES

F 1 liaisons bilatérales

2 une liaison unilatérale


A k'1
Flim
k = k'1 + k'2
f
0

f '10 f '20

Flim c
k'2 B
3

Fig. 7.43 Caractéristique apparente d’un système précontraint linéaire.

La rigidité apparente d’un système précontraint contenant une liaison unilatérale


change brusquement lorsque l’effort sollicitant une branche s’annule. La droite (1) de
la figure 7.43 représente la caractéristique d’un système dont toutes les liaisons sont
bilatérales, on peut tout aussi bien pousser ou tirer sur chaque branche. Dans le cas où
la branche comprimée (2) ne peut être mise en traction, ses pièces se séparent lorsque
l’allongement f est supérieur au raccourcissement de précontrainte f f20 ′ (fig. 7.39a).
L’effort limite Flim correspondant au point A de la figure 7.43 est tel que

∆ F2 lim = F0

Par (7.50) on obtient l’effort limite de décollement

F0
Flim = (7.58)
1 ± Φ′

Lorsque la charge est supérieure à cette valeur et si les pièces sont susceptibles de
se séparer, la rigidité apparente n’est plus que celle de la branche transmettant la force
en traction, c’est-à-dire k1′. La droite (2) représente cette caractéristique.
En cas de compression, F < 0; on rencontre des cas où la branche (1) ne peut pas
transmettre de force en compression (câble, chaîne, flambage d’une poutre), toute la
charge comprime alors l’autre branche du système et la rigidité apparente n’est plus
que k2′ , droite (3). La charge de transition se trouve immédiatement par la condition

±∆ F1 lim c = F0

et par (7.49)

F0
Flim c = ± (7.59)
Φ©′
Chapitre 7 Page 271 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 271

7.6 EXEMPLES D’APPLICATIONS

7.6.1 Assemblages à liaison complète

Principe
Un assemblage à liaison complète solidarise deux ou plusieurs pièces et permet la
transmission de forces d’une pièce à l’autre. Les conditions de fonctionnement
dépendent de la direction et du sens de la force à transmettre par rapport aux surfaces
en contact :
• La force F est normale à la surface de contact (fig. 7.44). Si la charge applique
les pièces les unes contre les autres, on peut à la rigueur se passer de la pré-
charge (fig. 7.44a). Si, au contraire, elle tend à les séparer (fig. 7.44b), il faut
une précharge des surfaces telle que

F0 > F (7.60)

• La force F est tangente à la surface de contact (fig. 7.45). Pour la transmettre


par frottement, il faut comprimer les surfaces de contact par une force normale

F
F0 > (7.61)
µ0

où µ0 est le coefficient de frottement statique.

F0 F0
F F

1 1

2 2
(a) (b)

Fig. 7.44 Transmission par obstacle : (a) F de même sens que F0; (b) F opposée à F0.

F0

F
2

Fig. 7.45 Transmission par frottement.

Assemblages boulonnés
Considérons, par exemple, une tête de bielle (fig. 7.46). Les vis (1) et (2)
assemblent le chapeau de palier (3) avec le corps de la bielle (4). Les vis doivent serrer
fortement ces pièces afin de les rendre solidaires à chaque instant. L’axe (5) de la
Chapitre 7 Page 272 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

272 CONCEPTION DES MACHINES

5 3
F1 F2
Ft
1 2

Ft1 Ft2
Fb Fa
a b

Fb–

Fig. 7.46 Assemblage d’une tête de bielle.

manivelle exerce une force Fb sur la bielle qui peut se décomposer en une composante
axiale Fa parallèle à l’axe des vis et une composante transversale Ft. Ces composantes
sont transmises au corps de bielle par les assemblages boulonnés: la composante
axiale par obstacle à travers la vis, la composante transversale par frottement entre le
chapeau de palier et le corps de la bielle. Afin d’éviter tout glissement du chapeau, on
emploie des vis ajustées ou on dispose une languette de positionnement.
Le serrage d’une vis provoque une précontrainte du système avec un champ de
force visible à la figure 7.47.

cheminement
de la précontrainte

(a) (b)

Fig. 7.47 Champ de force dans un assemblage boulonné : (a) vis; (b) goujon.
Chapitre 7 Page 273 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 273

Analysons les conditions de fonctionnement d’un assemblage boulonné


(fig. 7.48) et ses quatre critères de dimensionnement statique. Le rapport de forces Φ ′
nécessaire dépend de la position du point d’application de la charge F dans les pièces.

Fv
F

Fb
Ft

Ft–

F–
Fv–

Fig. 7.48 Sollicitations d’un assemblage boulonné.

Fb (serrage) Fv σgv > Rp0,2

F0

F Fv Fv max

k'b
k'v Fb
0
f0 Fb min

Fig. 7.49 Limitations d’un assemblage boulonné sollicité axialement.

Traction maximale de la vis


Le serrage de l’écrou au moyen d’une clé en vue d’obtenir la précontrainte
initiale applique un couple de torsion à la vis qui se combine avec la traction Fv . La
contrainte de comparaison σgv ne doit pas excéder la limite élastique du matériau
de la vis,

σ gv ≤ Rp 0,2 (7.62)

La traction maximale de la vis serrée provoquant la contrainte limite indiquée


étant Fv max, la condition de fonctionnement s’écrit Fv ≤ Fv max. En tenant compte de
la précontrainte et de la charge axiale de service, la formule (7.51) donne

Fv = F0 + Φ ′ F ≤ Fv max (7.63)
Chapitre 7 Page 274 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

274 CONCEPTION DES MACHINES

Cette limite est visible dans le diagramme de serrage ou de précontrainte de la


figure 7.49.

Pression de contact maximale de l’écrou et de la tête de vis


La traction dans la vis est transmise aux pièces par la surface d’appui de l’écrou
et par celle de la tête de vis. On vérifiera que la pression de contact soit inférieure à une
certaine pression limite déterminée empiriquement en rapport avec la dureté des maté-
riaux. Les métaux légers et les polymères, relativement mous, exigent de répartir la
charge sur une plus grande surface d’appui à l’aide de rondelles.

Serrage minimal pour empêcher le décollement des pièces


Les pièces assemblées sont serrées par la force Fb (fig. 7.48) qui ne doit jamais
s’annuler afin que les pièces ne se séparent pas. Une séparation serait néfaste à double titre:
• par la perturbation du fonctionnement des pièces assemblées;
• par le matage des surfaces de contact lorsque la force axiale diminue et que la
vis comprime à nouveau les pièces.

Il faut donc respecter la relation Fb > 0. En réalité, on tient compte d’une marge
de sécurité et la relation de sécurité s’écrit

Fb ≥ Fb min (7.64)

Compte tenu de (7.54), en remarquant qu’il s’agit d’une compression,

Fb = ± F2 = F0 ± (1 ± Φ ′ ) F ≥ Fb min (7.65)

Cette limite est aussi représentée dans la figure 7.49.

Serrage minimal pour transmettre la force transversale


La force transversale Ft est transmise par le frottement entre les pièces assem-
blées (fig. 7.50). Le coefficient de frottement minimal prévisible entre les pièces étant
µ0 min, la force de serrage des pièces doit aussi satisfaire la relation

Ft
F0 ± (1 ± Φ ′ ) F ≥ S = Fb min (7.66)
µ0 min

où S est un facteur de sécurité.


Les inégalités (7.63), (7.65) ou (7.66) fournissent la fourchette dans laquelle doit
se trouver la précontrainte cherchée:

F0 ≤ F0 max = Fv max ± Φ ′ F (7.67)

F0 ≥ F0 min = Fb min + (1 ± Φ ′ ) F (7.68)

La charge axiale F étant donnée, la précontrainte doit se trouver dans les limites
du segment A-B représenté dans la figure 7.51. La charge maximale applicable vaut
Chapitre 7 Page 275 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 275

Fmax = Fv max ± Fb min (7.69)

L’étude de l’assemblage consiste à choisir convenablement le matériau de la vis


et de l’écrou, à calculer la dimension du filetage ainsi que l’intensité de la précon-
trainte de manière à respecter simultanément les quatre conditions de fonctionnement.
Ces raisonnements sont à la base du dimensionnement des boulons. Nous verrons
au paragraphe 7.6.3 encore un critère de dimensionnement en relation avec la fatigue
du boulon.
Il faut chaque fois choisir judicieusement la précontrainte en anticipant le tas-
sement, le fluage et les éventuelles dilatations thermiques (§ 7.4.1).

Fv F0

Fv max
Φ'
F– B
F0 min
F
A
Fb min
1 – Φ' F0 max

0 F
Fv– F Fmax

Fig. 7.50 Transmission d’une charge transversale. Fig. 7.51 Choix de la précontrainte d’une vis.

Boulons ajustés extensibles

p
7

2
3

(a) (b)

Fig. 7.52 Schéma d’un boulon ajusté extensible : (a) situation de montage; (b) après montage.
Chapitre 7 Page 276 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

276 CONCEPTION DES MACHINES

Un boulon ajusté devrait en principe transmettre une force transversale par obsta-
cle, à la manière d’une goupille. Mais son corps est retréci par la traction de serrage, de
sorte qu’il plaque mal dans son trou de passage et peut donner naissance à du fretting.
La maison SKF a développé des boulons extensibles de gros calibre destinés à des
assemblages lourds tels que accouplements à plateau d’arbre de navire et fixation de
leurs paliers de butée (fig. 7.52a). La tête de la vis (3) contient une chambre dans
laquelle coulisse un piston (6). On y injecte de l’huile à une pression de 2700 bars à
travers une valve fixée sur le couvercle (7). Le piston exerce une poussée sur le fond de
la vis creuse par l’intermédiaire du poussoir (5). La vis s’allonge et peut s’introduire
sans difficulté dans son logement, car son diamètre extérieur diminue de 0,5 mm envi-
ron. On tourne ensuite l’écrou (4) en appui. En relâchant la pression d’huile, d’une
part le boulon grossit (fig. 7.52b); d’autre part, les pièces (1) et (2) sont serrées entre la
tête de vis et l’écrou en contractant l’alésage du trou. La vis est maintenant fortement
serrée dans son logement en assurant la transmission par obstacle de 80% de la force
transversale, le reste étant transmis par frottement. Le démontage se fait facilement
dans l’ordre inverse des opérations.

Autres assemblages
• rivets posés à chaud qui serrent les pièces en se refroidissant;
• clavettes à pente, goupilles;
• assemblages arbre-moyeu frettés ou avec un quelconque autre moyen de ser-
rage.

7.6.2 Compression permanente de matériaux


Certains matériaux offrent une meilleure résistance en compression qu’en trac-
tion. Ainsi, la résistance en compression de la fonte grise est 3 à 5 fois plus élevée
qu’en traction; les céramiques résistent mal à la traction; les fissures ne se propagent
qu’en traction. On a donc avantage à faire travailler ces matériaux seulement en com-
pression.
L’assemblage du bloc-cylindre et du bâti à vilebrequin en fonte (fig. 7.53) d’un
moteur pourrait en principe se faire par des boulons courts au plan de joint A. Mais la
force F exercée par le vilebrequin sur le fond du bâti et sa réaction F – sur la culasse
(pression des gaz) solliciterait toutes les pièces en traction. On a fait un progrès consi-
dérable en assemblant le tout par les tirants en acier. En tendant correctement les
tirants, les pièces en fonte travaillent toujours en compression.
Le bâti en fonte de la presse représentée à la figure 7.54 est aussi précontraint par
des tirants d’assemblage.

7.6.3 Décharge dynamique de pièces tendues


Tous les matériaux souffrent de fatigue et sont susceptibles de se rompre pré-
maturément s’ils sont soumis à un régime de contrainte variable au cours du temps
(sect. 23.5). On a toujours intérêt à diminuer le plus possible l’amplitude des varia-
tions de contrainte de traction. La précharge permet de reporter une partie de la
charge extérieure variable sur les pièces comprimées.
Une pièce est chargée par une force variable F (fig. 7.55a). Installons maintenant
cette pièce dans une boucle préchargée tout en lui laissant jouer le rôle de pièce
Chapitre 7 Page 277 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 277

F–

Fig. 7.53 Bâti de moteur précontraint.

tendue. La charge totale appliquée à la pièce est naturellement plus élevée (fig. 7.55b);
mais la variation de l’effort à l’origine de la fatigue est réduite et ne vaut plus que
∆F1 = Φ ′ F (7.49). On diminue encore cette variation de force en augmentant la valeur
du rapport k2′ k1′ ; habituellement en diminuant la rigidité de la voie tendue. Avec
′ < k1′ , on a Φ s′ < Φ ′ et ∆ F1s < ∆ F1 comme le montre la figure 7.55(c).
k1s
Formulons la règle : on diminue la charge dynamique imposée à une pièce tendue
précontrainte en assouplissant la branche dans laquelle elle est insérée.
Les moyens permettant d’obtenir ce résultat et des exemples d’application seront
présentés à la section 7.7.

7.6.4 Charge normale des transmissions à friction


Les transmissions à friction ne fonctionnent que si les surfaces devant transmettre
la force motrice par frottement sont préalablement fortement appuyées l’une sur
l’autre. Cette force d’appui est obtenue en insérant ces surfaces dans une boucle pré-
contrainte. La figure 7.56 montre le principe de fonctionnement, la précontrainte est
normale à la force motrice transmise entre la pièce (1) et la pièce (2).
Chapitre 7 Page 278 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

278 CONCEPTION DES MACHINES

tirant

Fig. 7.54 Presse à estamper.

F2 F1 F2 F1
F1 F ∆F1 F ∆F1s
F0 F0

F k'1s
k'1 k'1 k'2 k'2
0 t 0
(a) ∆l1 (b) (c)

Fig. 7.55 Amplitude de traction : (a) non précontraint; (b) avec précontrainte; (c) précontrainte avec un
élément souple.
Chapitre 7 Page 279 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 279

précontrainte
1
force motrice

vitesse
puissance
2
boucle de précontrainte

Fig. 7.56 Principe d’une transmission à friction.

Transmission à friction

F0

M1
1
T

ω2

Fig. 7.57 Transmission à roues de friction.

Les roues (1) et (2) (fig. 7.57) sont serrées l’une contre l’autre par la précharge
F0. La force tangentielle de frottement T transmet l’énergie. La précontrainte est
obtenue généralement à l’aide d’un ou de plusieurs ressorts afin de compenser les
dilatations thermiques et l’usure sans que la précharge ne varie beaucoup.
De nombreux variateurs de vitesse ont été construits sur ce principe. Par exemple,
la figure 7.58 illustre un type de variateur avec des disques précontraints par des ressorts.

Fig. 7.58 Variateur à disques coniques (Prym).


Chapitre 7 Page 280 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

280 CONCEPTION DES MACHINES

Courroies
Il faut tendre les courroies plates et les courroies trapézoïdales afin qu’elles soient
à même de transmettre l’effort utile entre elles et les poulies. Le comportement du
mécanisme dépend beaucoup de la manière dont est obtenue la tension nécessaire.
Considérons une courroie au repos (fig. 7.59) tendue par une tension initiale T0
qui comprime aussi le système poulies-arbres-bâti en appliquant la force radiale Fa
aux arbres. La courroie s’allonge de la quantité ∆l lorsqu’elle est étirée par une trac-
tion T. Sa rigidité vaut

dT
kc = (7.70)
d ( ∆l )

T0

Fa Fa– O2
1
d

O1
2

q1 q2
d

T0

Fig. 7.59 Prétension d’une courroie.

La définition de la rigidité du système des poulies est plus délicate. Supposons un


lien inextensible entourant les poulies à la place de la courroie (fig. 7.60). En lui appli-
quant une force Tf, les extrémités du lien se rapprochent de la quantité ∆lp. La rigidité
du système poulies-arbres-bâti vue depuis la courroie est alors

dTf
kp = (7.71)
( )
d ∆l p

∆lp

Tf

Fig. 7.60 Définition de la rigidité du système des poulies.

La figure 7.61 représente le diagramme de précontrainte du système, f0 est la


distance de précontrainte de la courroie. Mettons maintenant le mécanisme en
mouvement, à vide, sans qu’il transmette d’effort. La courroie est sollicitée par la
charge centrifuge qui provoque ce qu’on appelle la tension centrifuge de la courroie
(§ 16.3.1):
Chapitre 7 Page 281 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 281

Tc = q v 2 (7.72)

avec:
q masse linéique de la courroie
v vitesse linéaire de la courroie

La tension centrifuge est parallèle à la tension de la courroie et constitue une


charge extérieure appliquée au système précontraint. Le comportement de l’ensemble
est caractérisé par la valeur du rapport de rigidités

kc
Φ = (7.73)
kc + k p

Tf T

T0
Tc
T
kp Tf
kc
0 f
f0

Fig. 7.61 Diagramme de précontrainte d’une courroie, marche à vide.

La courroie subit la traction

T = T0 + Φ Tc (7.74)

et la tension du lien inextensible fictif représentatif du système poulies devient

Tf = T0 ± (1 ± Φ ) Tc (7.75)

Cette force provoque les charges linéiques radiales suivantes entre la courroie et
les poulies

2 Tf 2 Tf
q1 = q2 = (7.76)
d1 d2

permettant de transmettre la force tangentielle. C’est pourquoi nous appelons Tf la


traction de frottement.
Voyons maintenant comment se comporte le système selon la méthode de pré-
contrainte choisie.
Chapitre 7 Page 282 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

282 CONCEPTION DES MACHINES

Précontrainte géométrique
La tension initiale s’obtient souvent en montant une courroie plus courte que la
longueur géométrique théorique mesurée sur les poulies, ou en écartant les arbres de
manière à tendre la courroie. Cette dernière méthode s’utilise beaucoup si une poulie
est montée directement sur le bout-d’arbre d’un moteur (fig. 7.62).

Tf
T
T0 courroie
Tc
kc
T ≈ T0
kp Tf

Fig. 7.62 Précontrainte géométrique d’une courroie. Fig. 7.63 Distribution de l’effort centrifuge, précon-
trainte géométrique.

La tension centrifuge se répartit en principe entre la courroie et les poulies. Mais,


si le montage des poulies est correct, la courroie est nettement plus souple que
l’ensemble poulies-bâti; par conséquent, le rapport de rigidité Φ est très petit. Alors,

T ≈ T0 
 (7.77)
Tf ≈ T0 ± Tc 

La figure 7.63 représente le diagramme de précontrainte correspondant.


Contrairement à l’intuition commune, en cas de précontrainte géométrique, la
charge centrifuge n’accroît pratiquement pas la tension de la courroie, mais décharge
les poulies en diminuant du même coup la capacité de transmission de force par frot-
tement.

Précontrainte par force imposée


De très longues courroies sont précontraintes uniquement par leur poids propre,
parfois par des tendeurs à contrepoids ou à ressort (fig. 7.64). Ces derniers présentent
l’inconvénient de fatiguer beaucoup la courroie en lui imposant à chaque passage une
inversion de courbure s’ils sont placés à l’extérieur.

brin mené

brin menan
t

(a) (b)

Fig. 7.64 Précontrainte de courroie par force imposée : (a) poids propre; (b) tendeur.
Chapitre 7 Page 283 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 283

Dans ce cas, la rigidité de l’ensemble poulies-bâti est nulle ou très petite vis-à-vis
de la rigidité de la courroie. Le rapport de rigidités vaut alors Φ ≈ 1 et

T ≈ T0 + Tc 
 (7.78)
Tf ≈ T0 
En cas de tension initiale d’une courroie par une force extérieure, la traction cen-
trifuge est entièrement reportée sur la courroie tandis que l’adhérence sur les poulies
reste inchangée.
Les variateurs à courroie trapézoïdale sont toujours précontraints par un ou deux
ressorts qui serrent les flasques des poulies (fig. 7.65). La précontrainte varie avec le
rapport de transmission du fait de la variation de l’écartement des flasques. On
s’arrange de manière à ce que la tension de la courroie soit la plus forte lorsque le dia-
mètre primitif de fonctionnement de la poulie menée est le plus petit car, à couple de
sortie constant, l’effort transmis est alors le plus intense.

poulie motrice

Fig. 7.65 Courroie et poulie d’un variateur à deux poulies réglables (Flender).
Chapitre 7 Page 284 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

284 CONCEPTION DES MACHINES

La tension des brins d’une courroie ainsi que la distribution de la charge linéique
radiale sont modifiées lorsque le mécanisme transmet un effort moteur (§ 5.6.2).

Embrayages
La transmission de couple par un embrayage à friction nécessite le serrage des
surfaces glissantes par des dispositifs mécaniques, hydrauliques, pneumatiques ou
électromagnétiques.
La figure 7.66 représente un embrayage à tambour. Les garnitures consistent en
plusieurs segments (2) entourés d’une corde élastique (3) qui rappelle toujours les seg-
ments contre les disques coniques (4). La partie inférieure de la figure montre l’organe
en position débrayée. Pour embrayer, on pousse la bague de commande (5) vers la
droite; elle agit sur trois leviers tournant autour de (6) qui rapprochent les disques (4)
en serrant les garnitures radialement contre le tambour (1). Le mécanisme subit une
précontrainte géométrique par les leviers qui sont longs et fins pour former les ressorts
de serrage; il est sensible à l’usure des garnitures qui peut se rattraper en serrant
l’écrou de réglage (7).

8 7 5 6 1 4 2 9
1

5
6
3

5
7

4 3 2

Fig. 7.66 Embrayage à tambour (Conax, Desch, Fig. 7.67 Embrayage électromagnétique (Ortling-
Neheim, Hüsten). haus).

L’embrayage électromagnétique représenté à la figure 7.67 constitue un exemple


de précontrainte à force imposée. L’électro-aimant (1) avec sa bobine (2) est retenu en
rotation par ses encoches (9) en prise avec le bâti de la machine. Le champ magnétique
attire la pièce polaire (7) vers la bague d’appui (4) en comprimant le paquet de disques
(5/6). Les disques extérieurs sont entraînés par le moyeu-cloche (8) tandis que les dis-
ques intérieurs coulissent dans les rainures du moyeu (3). L’usure des disques
n’affecte pratiquement pas le serrage.
Les freins sont serrés de manière analogue aux embrayages.

7.6.5 Suppression de jeu


On peut supprimer le jeu de mécanismes en incluant les pièces dans une boucle
préchargée qui rattrape les jeux. Voici quelques exemples.
Chapitre 7 Page 285 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

PRÉCONTRAINTE 285

Roulements
Ce cas se rencontre le plus souvent dans les guidages à roulement. Par exemple,
une butée à double effet d’une vis à billes (fig. 7.68) est préchargée par l’écrou (2). La
précontrainte est géométrique, elle dépend de la longueur de l’entretoise (1). La pré-
contrainte charge axialement la butée, augmente sa fatigue ainsi que l’énergie dissipée
par frottement. La précharge axiale de roulements à contact oblique supprime le jeu
axial et le jeu radial. Voir, par exemple, les figures 7.84 et 7.91.

F0

Fig. 7.68 Précontrainte d’une butée à double effet.

Coulisses
Le coulisseau (2) (fig. 7.69) est maintenu entre le bâti (1) et le plot (3) par le res-
sort (4).

2 4
3
1

Fig. 7.69 Précharge d’une glissière.

Engrenages
Les jeux d’engrènement sont très gênants dans les mécanismes de positionne-
ment de machines-outils et de robots; on peut les supprimer en installant deux roues ou
deux pignons en parallèle dans une boucle précontrainte.
Une roue (1) est fixée sur son arbre tandis que la roue (2) peut tourner librement
(fig. 7.70a). La seconde est reliée à la première par le ressort (3) de sorte que les dents
Chapitre 7 Page 286 Lundi, 6. f vrier 2006 2:19 14

286 CONCEPTION DES MACHINES

des roues prennent appui sur les flancs opposés des dents du pignon. La figure 7.70(b)
montre une vis sans fin double précontrainte par un ressort. Ces mécanismes se ren-
contrent surtout pour de petites puissances, en microtechnique; dans l’un des sens de
rotation, l’effort transmis est limité par la tension des ressorts.

a b

2 1
3

(a) (b)

Fig. 7.70 Précontrainte élastique d’éléments dentés : (a) engrenage cylindrique; (b) vis sans fin.

Trains d’engrenages
Voici quelques exemples de trains d’engrenages à deux voies.
Le moteur et son pignon (1) entraîn