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L'Encéphale (Paris)

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque H. Ey. C.H. de Sainte-Anne


L'Encéphale (Paris). 1924/01-1924/12.

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L'ENCÉPHALE
JOURNAL

DE NEUROLOGIE ET DE PSYCHIATRIE
Comité de Rédaction :

ABADIE. — ANDRÉ-THOMAS. — CESTAN. — Mm& DÉJERINE


ÉTIENNE. — EUZIÈRE. — FROMENT. — GUILLAIN. HESNARD
KLIPPEL.—
LAIGNEL-LAVASTINE. LÉVY-VALENSI —
LÉPINE. — MIGNOT. — RAVIART. — ROGER
ROGUES DE FURSAC.—ROUBINOVITCH. —P. SAINTON. — SÉGLAS
SÉRIEUX. — SICARD. — TOULOUSE. — VALLON. — VERGER

Secrétariat général- : LHERMITTE


R. MOURGUE
PAR

A. ANTHEAUME - Henri CLAUDE

DIX-NEUVIÈME ANNÉE

1924

H. DELARUE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
5, Rue des Grands-Augustins, 5
PARIS (VIe)
TENUE A LA CLINIQUE PSYCHIATRIQUE DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
LE 19 DÉCEMBRE 1923

Sommaire
Communication du professeur Henri Claude et de Mlle Suzanne Bernard. —
Myxœdème et Psychose.
Conférence du professeur G. Marinesco. — Le rôle des ferments oxydants dans la
vie du neurone.
Discussion : M. Lhermitte.
Communication de MM. Toulouse, Marchand, Targowla et Mlle L. Pezé. — Consi-
dérations cliniques, biologiques et anatomo-pathologiques à propos d'un cas de para-
lysie générale au début.
Discussion : MM. Guillain et Lhermitte.
Communication de MM. Ch. Foix et I. Nicolesco. — Sur les altérations du système
nerveux dans quelques maladies dites musculaires.
Communication de Mlle Gabrielle Lévy et L. Van Bogaert. — Quelques remarques
sur le rythme respiratoire dans certaines maladies chroniques du système nerveux, en
particulier chez les pseudo-bulbaires.
Communication du professeur Guillain et de M. Alajouanine. — Le réflexe médio-
pubien.

Myxœdème et Psychose, par M. HENRI CLAUDE


et Mlle SUZANNE BERNARD
M. H. Claude et Mlle S. Bernard rendent compte de l'état morbide de
Mme B..., âgée de cinquante-trois ans, présentée à la précédente réunion
biologique, neuro-psychiatrique et chez laquelle coexistaient un état psycho-
pathique et un syndrome de myxœdème.
Les troubles mentaux, caractérisés au moment de l'internement par des
idées délirantes de persécution avec hallucinations sensorielles —et notam-
ment visuelles — à caractère terrifiant et réactions anxieuses (état à la
constitution duquel la contribution d'une imprégnation alcoolique ne
laissait aucun doute), s'étaient rapidement modifiés, pour se stabiliser sous la
forme d'un état de dépression mélancolique avec stupeur habituelle. Dans
cet état, qui était celui de Mme B..., lors de la précédente présentation,
l'élément intellectuel (idées vagues d'auto-accusation) et l'élément affectif
paraissaient assez réduits; les troubles les plus frappants étaient ceux de
l'activité mouvements rares et lents, apathie, engourdissement voisin de
:
l'inertie.
Le syndrome myxœdémateux, qui paraissait remonter à six ou sept ans,
se manifestait par la bouffissure de la face, l'infiltration dure des téguments,
l'aspect cireux de la peau, l'absence de pilosité des régions axillaires et
pubiennes, la frilosité et le refroidissement des extrémités.
L'hypothèse d'une psychose thyroïdienne s'imposait. Mais le désir, si légi-
time qu'ilsoit,de fournir quand on le peut une explication pathogénique des
psychoses ne doit pas faire admettre d'emblée l'existence d'un lien causal
entre le trouble endocrinien et le trouble mental par le seul fait que ces
deux troubles coexistent. L'influence sur l'état mental du traitement du
myxœdème par de l'extrait thyroïdien devait nous permettre de serrer les
faits de plus près.
Mme B... a donc ingéré, depuis le 2 juin, des doses quotidiennes de
thyroïde (20 à 40 cg.). Ce traitement prolongé n'a pas déterminé de signes
d'intoxication thyroïdienne ni tachycardie excessive, ni tremblement. On
:

a constaté un amaigrissement progressif et intense(15 k.). Mais la disparition


de l'infiltration des tissus a dû être un facteur important de perte de poids.
Au bout d'une quinzaine de jours l'aspect de Mme B... commença à se
modifier, d'abord par intermittences entrecoupées de rechutes, puis, à partir
de i5 juillet environ, progressivement et rapidement. Au début de sep-
tembre, la bouffissure des traits, le refroidissement des extrémités avaient
disparu. Le pouls, de 60, était passé à80ou90 pulsations selon les moments.
L'amélioration du myxœdème, cliniquement manifeste, était confirmée par
les épreuves physiologiques suivantes :

Métabolisme basal. — 14 mai : 25 calories ; 20 mai 21 calories.


:

Après traitement thyroïdien :

25 septembre 41 calories; 2 octobre, 43 calories.


:

Injection sous-cutanéed'adrénaline (1 mg.). — 26 mai : Réaction d'intensité


moyenne. Le pouls passe de 60 à 8o ; la pression maxima de 17 à 19. On ne
note aucun phénomène subjectif.
Après traitement thyroïdien :

16 juillet
:
Réaction extrêmement vive. Le pouls passe de 70 à i3o; la
pression maxima de i3 à 26. Angoisse, tremblements, nausées, vomissements
une demi-heure à une heure après la piqûre. Douleur très vive pendant plu-
sieurs jours au niveau de l'injection.
Injection sous-cutanée d'extrait de lobe postérieur d'hypophyse (Jo cg.). —
18 mai Réaction presque nulle, légèrement inversée (pouls 60 avant,
66 après).
Après traitement thyroïdien :

16 octobre Réaction de même ordre. Le pouls passe de 88 à 94.


:

Épreuves de fonctionnement hépatique. — 5 mai Les urines contiennent


de l'urobiline. La réaction de Hay est légèrement positive. Coefficient de
Derrien-Clogne 6,2. Épreuve de Roch Élimination de bleu de méthylène
:

pendant quarante-huit heures.


Après traitement thyroïdien :

10 septembre Pas :
d'albuminurie.
Réaction de Hay Négative. Coefficient de Derrien-Clogne 4,3.:

Épreuve de Roch Présence de bleu de méthylène dans les trois premiers


verres (9 heures).
Épreuves de fonctionnement rénal. — 5 mai Albuminurie. Phénol-sul-
fone-phtaléine, urine i5 cc. — p. s. p. 36,5 p. 100.
18 septembre Pas d'albuminurie. Phénol-sulfone-phtaléine,42,5 p. 100.
:

Or, parallèlement à ces modifications physiques et fonctionnelles survint


une transformation radicale de l'état mental, transformation qu'on peut qua-
lifier de guérison. Mme B... sortit de sa torpeur, demanda à coudre, à être
occupée, se leva, aida les infirmières. Son activité devint peu à peu tout à
fait normale. Elle sortit spontanément de son mutisme. Elle eut conscience
de son amélioration et s'en réjouit.
Le fond de tristesse ne disparut pas, il est vrai, mais cette tristesse
changea de caractère Mme B... perdit son aspect impassible, cessa de se
replier sur elle-même, cherchant au contraire dans les circonstances exté-
rieures, les événements de chaque jour,la justification de ses dispositions
chagrines — témoignant par là d'une activité intellectuelle plus grande.
Il faut noter qu'une émotivité excessive succéda même à l'impassibilité
initiale. La malade se réjouit, s'attendrit, s'alarme à la moindre cause. L'in-
quiétude, l'instabilité d'humeur, l'émotivité extrême qu'elle présente rappe-
lèrent ce qu'on observe au cours de la maladie de Basedow.
C'est vers le début d'octobre que le caractère émotif et instable s'accusa
surtout. Jusqu'à cette époque, le traitement donné avait consisté exclusive-
ment en poudre de thyroïde. Depuis on y adjoignit de l'extrait de corps
jaune. Soit coïncidence, soit conséquence de cette association médicamen-
teuse, l'équilibre émotionnel est alors devenu meilleur, l'impressionnabilité,
l'inquiétude ont diminué.
Quoi qu'il en soit, l'amélioration de l'état myxœdémateux a coïncidé avec
une disparition de la crise mélancolique. De plus, une interruption de
traitement, essayée vers le i5 novembre, amena au bout de quinze jours,
en même temps qu'un retour de la bouffissure des traits et qu'une dimi-
nution du métabolisme basal (34 calories), un nouveau fléchissement de
l'état mental. Le rôle du trouble thyroïdien dans la genèse de la psychose
semble donc bien démontré.
Au cours de la maladie de Mme B..., les réflexes oculo-cardiaque et
solaire ont été notés à plusieurs reprises. Les constatations suivantes ont été
faites :

1° Avant tout traitement, le R. O. C. était légèrement inversé, le réflexe


solaire nul ;
2° Après ingestion d'extrait thyroïdien, le R. O. C. n'a pas été modifié, le
réflexe solaire est devenu fortement positif; l'extrait thyroïdien semble donc
avoir excité électivement le sympathique ;
3° L'association d'extrait ovarien à l'extrait thyroïdien a été suivie de la
disparition du réflexe solaire. A l'inverse de l'extrait thyroïdien, l'extrait ova-
rien semble donc avoir inhibé le sympathique. Il y a là une série de consta-
tations qui, vérifiées chez d'autres sujets, pourraient permettre de préciser le
mécanisme de l'action des extraits endocriniens étudiés.

Le rôle des ferments oxydants dans les phénomènes de la vie du neurone,


Conférence de M. G. MARINESCO.
La méthode de la coloration des oxydases permet d'aborder les chan-
gements intimes de la respiration cellulaire. Toutes les cellules nerveuses
contiennent dans leur protoplasma des ferments oxydants.
Ils existent dans les dendrites, mais font défaut dans les cylindres-
axes.
Les terminaisons sensitives de la peau/des tendons des muqueuses, etc.,
en contiennent en grande quantité. La même richesse d'oxydase est constatée
dans les corpuscules gustatifs de la papille foliée du lapin. C'est là la meil-
leure preuve en faveur de l'opinion que je soutiens, à savoir que les termi-
naisons nerveuses sensitives ainsi que le cytoplasma sont des générateurs
d'énergie nerveuse tandis que le cylindre-axe joue plutôt un rôle de conduc-
teur de cette énergie.
Mais chez l'embryon les fibres nerveuses sont pourvues de ferments oxy-
dants jusqu'au septième mois. Ces ferments procurent l'énergie nécessaire
pour la croissance.
On peut retrouver le même phénomène dans les nerfs en voie de régéné-
rescence. En effet, la massue de croissance des fibres du bout central de
même que le syncitium de Schwan des deux bouts du nerf sectionné sont
pourvus d'une quantité considérable de ferments oxydants indispensables à
la régénérescence. Sans l'intervention des phénomènes oxydants il n'y a ni
phénomène de croissance ni phénomène de régénérescence.
Ensuite il y a un rapport direct entre la quantité des ferments oxydants
et l'intensité de l'activité non seulement des cellules mais des organismes.
Les animaux à sang froid ou hétérothermes sont pauvres en oxydases.
'Ces constatations nous autorisent à introduire dans la genèse de la
chaleur animale et dans la conservation de l'équilibre thermique le facteur
quantité d'oxydase contenu dans le système nerveux.
A mesure que l'on avance en âge, la quantité des ferments oxydants
diminue et c'est là la cause du ralentissement des échanges nutritifs dans la
vieillesse. Aussi ne peut-on pas soutenir qu'il soit possible de rajeunir un
organisme. Enfin, les ferments oxydants jouent un rôle considérable dans
l'hérédité normale et pathologique comme les lésions de l'idiotie amauro
tique le prouvent.
Discussion :

M. /. Lhermitte. — Je ne retiendrai que certains points de l'intéressante


conférence de M. Marinesco.
Avec M. Dustin, M. Marinesco admet la théorie de l'odogénèse, c'est-à-
dire la nécessité de voies névrogliques préformées pour la croissance des
axones de régénération ; mes recherches histologiques pendant la guerre
m'ont montré les mêmes faits qu'à M. Dustin et il me semble que, au moins
pour l'adulte, l'odogénèse est une réalité.
Ainsi que l'a rappelé M. Marinesco, j'ai pu mettre en évidence, dans plu-
sieurs cas de transsection de la moelle, des fibres en régénération. Et j'ai
insisté sur ce fait, qui me semble capital, que cette régénération presque
constante dans les cas de survie de plusieurs mois, s'effectue exclusivement
au profit des fibres des racines postérieures. Malgré cette restauration anato-
mique on n'observe guère de récupération des fonctions sensitives ; et cela
pour la raison que le segment central des cordons postérieurs est incapable
de préparer les voies dans lesquelles pourraient s'engager les jeunes axones
régénérés.
Pour ce qui est des ferments oxydants du système nerveux, leur étude se
heurte en anatomie pathologique à la rigueur de la loi française, laquelle
impose un délai minimum de vingt-quatre heures avant l'autopsie. Mais si
l'étude des oxydasesnous est interdite, il n'en est pas de même du métal qui
agit dans les cellules nerveuses à la manière d'un catalyseur. Ce métal c'est
le fer. La recherche du fer de désintégration nous apparaît comme des plus
instructives au cours des maladies de l'encéphale. Dans la maladie de Par-
kinson sénile, dans les syndromes striés post-encéphalitiques, j'ai pu
constater, après Guizetti, Spatz et M. Marinesco, la présence d'une quantité
considérable de fer dans le futamen et surtout le globus pallidus, fer qui se
localise dans les cellules névrogliques, les cellules adventitielles et la paroi
musculaire des vaisseaux.
Dans l'écorce cérébrale, le fer de déchet apparaît beaucoup plus rarement.
Cependant, dans la démence sénile, j'ai pu dès 1914 mettre en évidence
l'infarcissement des cellules pyramidales par le fer libéré. Cette altération
est tout à fait différente de celle que l'on observe dans la paralysie générale,
où les pigments ferrugineux (probablement d'origine hématique) se ren-
contrent presque exclusivement dans les adventices vasculaires.

Considérations cliniques, biologiques et anatomo-pathologiques, à propos


d'un cas de paralysie générale au début, par MM. TOULOUSE,
MARCHAND, TARGOWLA et Mlle L. PEZÉ.
Il s'agit d'une malade âgée de cinquante-six ans, ayant une hérédité
chargée. Depuis longtemps, elle se livrait à des excès alcooliques quand, un
mois avant son internement, elle fut atteinte de paraplégie avec rétention
d'urine. Le début des troubles mentaux est plus difficile à préciser.
A son entrée dans le service de prophylaxie mentale, on constate un état
infectieux; les urines sont troubles et renferment de l'albumine. La tension
artértelle est de Mx = 20, TMn = 12. Les pupilles sont inégales, elles
réagissent faiblement à la lumière et normalement à l'accommodation. Trem-
blement accusé des extrémités supérieures. Les réflexes rotuliens et achil-
léens sont vifs; signe de Babinski bilatéral. La force musculaire des
membres inférieurs est diminuée. Pas de signe de Romberg. On ne note pas
d'embarras de la parole. L'écriture est très tremblée; les lettres sont mal
formées et certaines manquent dans les mots.
Au point de vue psychique, on constate des troubles confusionnels avec
amnésie antérograde et fabulation.
L'examen du sang et du liquide céphalo-rachidien donne les résultats
suivants :
Dans le sang réaction de Wassermann négative; réaction de floculation
positive.
Dans le liquide céphalo-rachidien réaction de Pandy négative ; réaction
:

de Guillain négative ; réaction de l'élixir parégorique positive ; réaction de


Wassermann partiellement positive ; réaction de floculation faiblement
positive.
Leucocytes : i,5 à la cellule de Nageotte; albumine o,38.
Un régime lacto-végétarien associé au lactose et à l'urotropine améliore
l'état général et l'état mental. Un traitement spécifique allait être institué
quand, brusquement, vingt jours après son entrée, la malade est atteinte de
crises épileptiformes en série et meurt.
A l'autopsie Congestion diffuse de l'encéphale happements de la pie-
: ;

mère au cortex. Les reins sont petits, sclérosés ; le foie présente l'aspect du
foie cardiaque.
L'examen histologique des centres nerveux décèle les lésions suivantes :
Infiltration cellulaire de la pie-mère au fond des sillons cérébraux ; infil-
tration méningée accusée par place au niveau de la convexité de circonvo-
lutions. Périvascularite nette par endroits. Dans le cortex les petits vais-
seaux sont entourés de cellules rondes. Les artériels ne présentent aucune
dégénérescence, aucune lésion d'endartérite. Lésions cellulaires accusées,
sans altération notable des neurofibrilles. Raréfaction irrégulière et ponctuée
de la partie profonde du réseau des fibres tangentielles. Présence de corps
hyaloïdes. La névroglie est peu altérée. Dans la substance blanche sous-
corticale, quelques vaisseaux sont atteints de périvascularite. '
Infiltration cellulaire accusée de la pie-mère cérébelleuse.
Dans le bulbe, les lésions inflammatoires méningées, la périvascularite
sont aussi accusées que celles que l'on rencontre dans la paralysie générale
avancée. Par places, les cellules embryonnaires sont tellement nombreuses
que la lésion méningée prend l'aspect d'un tissu gommeux sans trace d'endar-
térite toutefois.
Dans la moelle, les lésions sont plus accusées au niveau de la moelle
lombaire. Le canal central est oblitéré ; la pie-mère est atteinte de ménin-
gite subaiguë. Les cellules des cornes antérieures sont atrophiées et
pigmentées.
Dégénérescence partielle des fibres des racines antérieures.
Les lésions des reins sont très importantes. A côté de régions relative-
ment saines, on note des zones dans lesquelles glomérules, tubes, tissu
conjonctif et vaisseaux sont très altérés ; le tissu conjonctif est infiltré de
cellules mononucléées pressées les unes contre les autres, étouffant glomé-
rules et tubes ; les artères sont atteintes d'endartérite fibreuse oblitérante.
Le foie est peu altéré ; légère infiltration du tissu conjonctif des espaces
portes.
On peut admettre que l'intoxication alcoolique a contribué, avec l'état
infectieux urinaire, à déterminer le syndrome confusionnel présenté parla
malade à son entrée dans le service. C'est peut-être cet état toxi-infectieux
qui a camouflé, pourrait-on dire, les symptômes qui auraient pu mettre sur
la voie du diagnostic de méningo-encéphalite. L'évolution même de l'état
confusionnel vers la guérison plaide en faveur de cette interprétation.
D'autre part, les symptômes organiques (inégalité pupillaire, réflexes
pupillaires paresseux à la lumière, tremblement des extrémités, troubles
paraplégiques) étaient trop peu caractéristiques et trop peu prononcés pour
que l'on puisse affirmer le diagnostic de paralysie générale.
Les réactions humorales, quoique partielles, permettaient cependant de
soupçonner la syphilis et d'orienter davantage le diagnostic.
Quel que soit le rôle de l'alcoolisme dans la provocation des troubles
mentaux, on ne peut le retenir comme cause des lésions nerveuses diffuses de
nature inflammatoire. Il ne reste donc que deux diagnostics à discuter :
syphilis nerveuse ou paralysie générale. En se basant sur la diffusion des
lésions, l'absence d'endartérite, la physionomie spéciale des lésions
méningées, les altérations des fibres tangentielles, la périartérite, la présence
de corpuscules hyaloïdes dans le cortex, les auteurs s'arrêtent au diagnostic
de paralysie générale au début.
Discussion :

M. Guillain pense qu'il s'est agi d'un syndrome organique. Il n'a jamais
vu de réaction au benjoin négative dans la paralysie générale, même au
début.
M. Lhermitte rappelle les cas où l'on soupçonnait une paralysie générale,
où le syndrome humoral est resté négatif, comme chez certains malades
dont l'histoire a été rapportée récemment par Urecchia il s'agissait de
:

syphilis des petits vaisseaux, type Alzheimer.


M. Marchand. — La question se pose ainsi : peut-on, par l'absence d'une
réaction humorale, telle que la réaction du benjoin, infirmer le diagnostic
de paralysie générale? Ne peut-on pas admettre qu'une réaction humorale
peut faire défaut momentanément et devenir positive à mesure que le pro-
cessus paralytique progresse davantage? Dans le cas présent, il s'agit
d'une méningo-encéphalite tout à fait au début de son développement et
peut-être peut-on voir dans ce caractère anatomo-pathologique l'expli-
cation à la fois de la réaction de Wassermann négative dans le sang et de la
réaction du benjoin colloïdal négative dans le liquide céphalo-rachidien.
Il est bien difficile d'admettre l'interprétation de M. Lhermitte. La
méningite diffuse subaiguë est très accusée ici. Les lésions sont, en somme,
celles que l'on note dans les cerveaux de paralytiques généraux dans les zones
les moins touchées de leur cortex cérébral.
M. Toulouse. — Cette observation soulève un problème diagnostique de
haut intérêt. Une malade présente un état infectieux urinaire développé au
cours d'une intoxication alcoolique. Comme réactions mentales, il existe un
syndrome confusionnel avec troubles amnésiques accentués, capables de
masquer temporairement l'évolution d'une démence organique. Clinique-
ment le diagnostic doit donc être réservé. On fait les réactions de la
syphilis, dont certaines sont positives dans le sang comme dans le liquide
eéphalo-rachidien. Ainsi le diagnostic de syphilis nerveuse, sans être certain,
apparaît comme probable. Puis, brusquement, la malade meurt à la suite de
crises épileptiformes. Et l'on trouve à l'examen histologique les lésions
inflammatoires habituelles que l'on observe dans la paralysie générale
banale. Comment interpréter ce cas ?
Peut-on fonder un diagnostic ferme de paralysie générale au début sur
des réactions humorales et des altérations histologiques, alors que le syn-
drome clinique est fruste? Et alors on pourrait se demander si, dans ces cas
de début, les lésions de méningo-encéphalite ne commencent pas longtemps
avant les manifestations psychiques typiques. Je serais heureux que nos
collègues, après avoir examiné nos coupes, nous donnent leur avis. Cette
communication n'a pas d'autre but.
Sur les altérations du système nerveux dans quelques maladies
dites musculaires, par CH. FOIX et I. NICOLESCO
Dans deux cas de myopathie et un cas de maladie de Thomsen nous
avons observé, à côté de lésions classiques de l'appareil musculaire, des
lésions du système nerveux d'ordre avant tout cellulaire. Ces lésions peuvent
être divisées en deux groupes lésions communes aux deux affections,
lésions spéciales aux myopathies.
Sur ces dernières, qui consistent principalement en altérations fort spé-
ciales des cellules radiculaires antérieures, nous n'insisterons pas pour le
moment. Des altérations analogues ont été signalées par divers auteurs.
Les lésions communes aux deux maladies portent, avec des électivités
différentes, sur des formations annexées d'une part à la voie extra-pyrami-
dale, de l'autre aux formations végétatives de l'axe nerveux.
i° Au niveau du corps strié les lésions sont surtout marquées dans la
maladie de Thomsen. Elles consistent dans cette affection en une dégénéres-
cence à pigment brun des cellules du putamen et dans une atrophie abou-
tissant à la transformation en boules hyperchromiques des cellules du glo-
bus pallidus.
L'altération du putamen n'est pas absolument généralisée, elle prédo-
mine sur la partie antéro-supérieure. Elle porte surtout sur les grandes
cellules qui sont notablement diminuées de vulume et infiltrées en grains
de pigment brun, fort abondant. La même altération se retrouve dans un
certain nombre de petites cellules nerveuses. Enfin on retrouve du pigment
en gros amas autour des vaisseaux ou en grains incorporés dans les cellules
névrogliques. Ce pigment est fort différent du lipochrome qui ne paraît
augmenté que dans les petites cellules.
Les lésions du globus pallidus sont toujours dans la maladie de Thomsen,
très importantes, elles semblent être les étapes d'un même processus d'abio-
trophie. La plus curieuse consiste dans la transformation d'un grand nombre
de cellules en petites boules hyperchromiques où l'on devine parfois encore
les éléments constitutifs.
A côté de ces éléments, on observe toutes les transitions entre les cellules
pallidules normales et les ombres de neurones altérés à l'extrême.
Quelques cellules présentent une augmentation du lipochrome, d'autres
contiennent des grains de pigment noir-verdâtre (sur les coupes au Nissl).
Il existe enfin une réaction névroglique d'ordre surtout progressif avec des
formations syncitiales et une abondance de cellules névrogliques. Quelques
cellules névrogliques contiennent du pigment. Il existe des concrétions
mûriformes basophiles disséminées, cernées de cellules microgliques.
2° Les groupes cellulaires à pigment noir de l'axe hulbo-ponto-Pédoncu-
laire sont touchés dans les deux affections et les altérations portent princi-
palement sur le locus cœruleus, sur le noyau dorsal du vago-spinal, sur les
cellules à pigment noir de la formation réticulée.
Au niveau du locus cœruleus les lésions semblent passer par trois
stades a) gonflement énorme du noyau avec réduction du protoplasma; b)
:

atrophie de la cellule qui se réduit à un bloc de pigment ; c) destruction


cellulaire et mise en liberté du pigment.
Au niveau des cellules à pigment noir du vago-spinal on observe des
figures analogues, sauf le gonflement du noyau qui manque. Par contre, on
observe souvent une vacuolisation du protoplasma; l'éclatement cellulaire
laisse des étoiles de pigment noir, incorporé par les macrophages et les
cellules névrogliques.
Les cellules à pigment noir de )a formation réticulée bulbo-ponto-pédon-
culaire présentent des altérations de même ordre atrophie, enkystement
de pigment, enfin dislocation de la cellule. Dans la maladie de Tliomsen
ces altérations contrastent avec l'intégrité absolue des noyaux moteurs hypo-
:

glosse, noyau ambigu, facial, noyau masticateur, etc. Mais dans nos deux
cas de myopathie typique nous avons retrouvé dans ces noyaux les mêmes
altérations qu'au niveau de la moelle épinière.
Enfin, point important, le locus niger ne présenta que des lésions dis-
crètes.
3° Un troisième type de lésions concerne certaines formations infundi-
bula-hypothalamiques, la substance innominée de Reichert, les cellules sans
pigment noir de la formation réticulée, les cellules vésiculeuses, enfin le
noyau dentelé du cervelet.
Ces lésions sont analogues dans le cas de maladie de Thomsen et dans
les deux cas de myopathies; cependant,dans l'ensemble,elles sont plus mar-
quées dans la maladie de Thomsen.
Les cellules de la substance innominée de Reichert, des noyaux du tuber
et surtout du noyau périventriculaire présentent des lésions d'ordre atro-
phique avec grande abondance de lipoçhrome et fréquemment aspect multi-
vacuolaire du protoplasma. Par places, il existe de véritables incrustations
de la périphérie des neurones.
Les cellules nerveuses sans pigment noir de la formation réticulée du
bulbe et des groupes réticulés paramédians de la protubérance présentent
de la chromatolyse centrale avec surcharge lipochromique et pour le plus
grand nombre de l'atrophie.
Les cellules vésiculeuses présentent une atrophie notable ainsi qu'un cer-
tain nombre de cellules du noyau dentelé du cervelet.
Le cortex cérébral, le cortex cérébelleux, les noyaux gris protubérantiels
sont sensiblement indemnes. On retrouve dans la partie haute de la moelle
cervicale au niveau de la formation réticulée des altérations portant princi-
palement sur les cellules à pigment noir et qui sont à rapprocher des alté-
rations ci-dessus décrites. Les cellules de la corne latérale ne sont pas non
plus indemnes.
Dans toutes les régions altérées, il existe un certain degré de réaction
névroglique d'ordre progressif.
Les formations myéliniques nous ont paru sensiblement indemnes.
En résumé, nous avons constaté dans ces trois cas d'affections dites
musculaires (maladie de Thomsen, myopathie), outre les lésions des cellules
motrices spéciales aux cas de myopathie, des altérations qui nous paraissent
intéressantes par plusieurs points :

1° Il ne semble pas tout d'abord qu'il s'agisse là d'altérations inflamma-


toires. Elles se rapprochent beaucoup plus, sans pouvoir leur être assimilées
toutefois, des lésions dites abiotrophiques des maladies familiales ou de la
sensibilité. Une différence essentielle les sépare cependant de cette der-
nière variété de lésions : l'absence complète d'altérations vasculaires et d
désintégration myélinique.
2° La distribution de ces lésions ne paraît pas une distribution de
hasard. Elle porte, en effet, d'une part sur des formations dépendant de la
voie extra-pyramidale et de l'autre sur des groupes que l'on tend à rattacher
aujourd'hui au système nerveux végétatif.
De l'un à l'autre système, d'ailleurs, il semble qu'il y ait plus d'un lien de
parenté. Il s'ensuit par conséquent que l'électivité lésionnelle contratée,
exprime l'atteinte d'un système sous l'influence d'une hérédité morbide,
dont le mécanisme nous échappe encore.
3° Cette distribution rappelle par plus d'un côté (principalement en ce
qui concerne la maladie de Thomsen) celle que l'on observe dans certains
processus préséniles, notamment dans le syndrome parkinsonien. Elle en
diffère cependant par plus d'un point : a) l'absence tout d'abord de processus
de désintégration presque constants dans ces affections sous forme d'état
précriblé du globus pallidus, d'îlots cicatriciels au niveau du Locus
Niger, etc ; b) la répartition très différente des altérations cellulaires : le
Locus Niger est ici presqueindemne. tandis que le locus cœruleus est très
touché, ete. ; c) l'aspect même de ces altérations.
Il existe d'ailleurs également quelques parentés cliniques entres ces affec-
tions.
4° Ces lésions sont à mettre en rapport avec certains troubles généraux
(troubles végétatifs, altérations des glandes vasculaires sanguines, troubles
psychiques), et avec les moditcations du tonus et de la contraction muscu-
laire (volontaire,mécanique ou électrique) que l'on observe dans les myopa-
thies comme dans la maladie de Thomsen.

Quelques remarques sur le rythme respiratoire dans certaines maladies


chroniques du système nerveux, en particulier chez les pseudo-
bulbaires, par Mlle GABRIELLE LÉVY et M. L. VAN BOGAERT.
Ces auteurs ont pu mettre en évidence, par l'inscription graphique, un
type de respiration ondulante, particulière, surtout fréquente chez les pseudo-
bulbaires, mais qui peut s'observer encore dans un certain nombre d'affec-
tions chroniques du système nerveux.
Cette respiration ondulante semble présenter des rapports avec le trem-
blement, bien qu'elle existe souvent chez des sujets non trembleurs, et
manque dans certains cas de tremblement.
Il semble s'agir d'une trémulation spéciale des muscles respiratoires, dont
les auteurs discutent la pathogénie.

Le réflexe médio-pubien, par MM. GUILLAIN et ALAJOUANINE


Démonstration, sur un malade, du réflexe médio-pubien, récemment
décrit par les auteurs.
TRAVAUX ORIGINAUX

NOUVELLE CONTRIBUTION
A LA CONCEPTION DES SYSTÈMES STATIQUE
ET KINÉTIQUE DE LA MOTILITÉ
PAR
J. RAMSAY HUNT
(de New-York)
(Travail original traduit de Vanglais par H. Baruk)

L'auteur présente une conception nouvelle des voies efférentes du


système nerveux : il y a lieu selon lui, de distinguer dans l'étude de la
motilité deux grands mécanismes ayant trait respectivement, l'un aux
fonctions de mouvement, l'autre aux fonctions de posture. Ces deux
mécanismes doivent être envisagés aussi bien en ce qui concerne l'appa-
reil cérébro-spinal que le système nerveux végétatif.

I. — Les « composantes » statiques et kinétiques


du système nerveux cérébro-spinal
Les fonctions de motilité peuvent se résoudre en deux « compo-
santes », distinctes physiologiquement et anatomiquement : la première
conditionne le mouvement proprement dit; elle concerne le système
kinétique. La deuxième se rapporte à une variété en quelque sorte pas-
sive de la contractilité musculaire, c'est-à-dire au tonus de posture.
Elle concerne le système statique.

CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES

A. Système statique
La part essentielle dans la direction et la régulation du système sta-
tique, c'est-à-dire des fonctions posturales, doit être, suivant l'auteur,
attribuée au cervelet. A cet organe aboutissent, d'une part, les incitations
centripètes d'origine périphérique et d'autre part les incitations centri-
fuges corticales. Ces différentes incitations sont ensuite distribuées par
l'intermédiaire des voies cérébello-spinales aux mécanismes qui règlent
dans les muscles les fonctions myostatiques.
On peut distinguer à ce sujet deux systèmes statiques cérébelleux :
icle systèmepaléostatique qui règle les fonctions posturales élémentaires,
et automatiques; il prend son origine dans les noyaux les plus anciens
du vermis (nucleus fastigius, globosus et emboliformis).
2° Le système néostatique qui règle les fonctions posturales plus com-
plexes et plus élevées. Il réside au niveau des hémisphères cérébelleux,
et prend son origine au niveau des cellules du noyau dentelé. Enfin ce
système néostatique est soumis lui-même au contrôle cérébral par
l'intermédiaire des fibres qui unissent le cortex aux noyaux du pont et
qui, de ces noyaux, se rendent à l'hémispère cérébelleux du côté opposé.
Il est probable, en se plaçant sur le terrain phylogénique, que la voie
pariéto-temporo-occipitale qui se termine dans les noyaux dorsaux du
pont est plus ancienne que la voie fronto-pontine qui descend du lobe
frontal vers les noyaux ventraux du pont. C'est cette dernière voie que
l'auteur considère comme l'homologue, pour le système statique, de la
voie cortico-spinale pour le système kinétique. Ce faisceau fronto-ponto-
cerébelleux, qui concerne donc le système néostatique, passe dans le bras
antérieur de la capsule interne et dans la portion moyenne du pédoncule
cérébral où il entre en rapport étroit avec le faisceau pyramidal. Il est en
outre intéressant de noter que les deux faisceaux qui constituent l'un
l'appareil néostatique, l'autre l'appareil néokinétique reçoivent leur
enveloppe de myéline en même temps, aussitôt après la naissance.
Ces deux systèmes posturaux, néostatique et paléostatique, abou-
tissent finalement au cervelet qui en constitue le siège et qui les coor-
donne. Ces faits concordent du reste avec la nature du mécanisme
postural qui joue dans la motilité un rôle secondaire et inconscient.
Tandis que les manifestations les plus élevées du mouvement repré-
sentent dès le début un processus conscient et volontaire, les mécanismes
posturaux sont au contraire secondaires, et suivent automatiquement la
voie tracée par le développement du mouvement.

B. Système kinétique
Le système kinétique a trait à la transmission des incitations de
mouvement proprement dit. Les mouvements élémentaires réflexes sont
représentés par l'appareil archéokillétiqne du système nerveux segmen-
taire. Quant aux centres moteurs plus élevés, chargés du contrôle des
fonctions kinétiques, ils sont représentés par le corps strié et les cir-
convolutions rolandiques.
Ces deux grands systèmes, paléo et néo-kinétiques, se complètent l'un
l'autre, et leur indépendance n'est mise en évidence que par le travail de
certaines dissociations pathologiques.
Un point essentiel à faire ressortir,c'est que la portion pallidale du
corps strié est kinétique et concerne en quelque sorte les représentations
de mouvement. Le noyau dentelé du cervelet a, au contraire, une fonction
statique et comprend les représentationsposturales. En d'autres termes,
le mécanisme supra-spinal comporte là deux centres moteurs qui ont
trait l'un et l'autre aux fonctions kinétiques et statiques, autrement dit
aux représentations de mouvement et à celles de posture.

C. Systèmes périphériques myostatiques et myokynétiques


La fibre musculaire striée est composée de deux portions bien dis-
tinctes : l'une a une fonction de contractilité, l'autre une fonction de
posture. La première réside dans les colonnettes musculaires qui repré-
sentent les portions contractiles, autrement dit kinétiques; la deuxième
réside dans le sarcoplasma, d'aspect plus homogène, et qui est en rapport
avec les phénomènes myostatiques, c'est-à-dire posturaux.
D'une façon générale, on pense que les colonnettes musculaires repré-
sentent environdu sixième à la moitié de la masse musculaire totale. Le
reste constitue le sarcoplasma. Chaque fibre striée contient une termi-
naison nerveuse motrice, qui constitue elle-même l'extrémité d'une fibre
nerveuse médullaire. Suivant l'opinion de Boeke, la plaque motrice ter-
minale de la fibre nerveuse médullaire fournirait le stimulus au système
des disques musculaires. Par contre, la fibre accessoire non médullaire
tiendrait sous sa dépendance le sarcoplasma. Mosso a confirmé cette
conception, dans l'interprétation qu'il donne du tonus et des fonctions
musculaires.
Il est intéressant en outre de noter que les physiologistes ont pu
établir en étudiant le métabolisme musculaire des différences en tradui-
sant deux modes d'activité. Pekelharing a pu caractériser les deux pro-
cessus chimiques suivants dans le métabolisme des muscles : l'un est en
rapport avec le système des disques musculaires et concerne l'utilisation
de substances non azotées. L'autre a trait au contraire à l'utilisation des
albumines et est probablement sous la dépendance du sarcoplasma.
D'autres expérimentateurs ont montré, d'autre part, que la dépense
d'énergie nécessitée par la contraction musculaire active (tetanus) est
beaucoup plus considérable que celle nécessitée par le tonus de posture;
ce fait explique l'infatigabilité relative que l'on observe quand seule la
fonction posturale ou sarcoplasmique est en jeu. Il est donc bien signi-
ficatif de noter qu'à deux substances contractiles différentes correspon-
dent deux processus chimiques également dissemblables.

D. Rapports entre les éléments statiques et kinétiques


du système nerveux cérébro-spinal, et les signes cliniques
A vrai dire, dans presque tous les troubles moteurs, on peut noter la
participation des deux systèmes statiques et kinétiques que nous venons
d'étudier. Toutefois il est souvent possible de constater que l'atteinte de
l'un des deux est prépondérante.
En nous plaçant d'abord au stade le plus élémentaire du système
nerveux, c'est-à-dire au stade réflexe, nous voyons que le réflexe tendi-
neux nous offre un exemple typique de fonction kinétique, tandis que le
réflexe de posture représente la fonction statique. L'exagération des
réflexes tendineux, le clonus musculaire (clonus du pied, de la rotule,
du poignet) traduisent des troubles du mécanisme kinétique. D'un autre
côté l'exagération du tonus et des réflexes de posture traduisent des
troubles du mécanisme statique. Langelaan a montré que le tonus est
formé de deux facteurs : l'un le tonus contractile en rapport avec les
colonnettes musculaires, l'autre le tonus plastique en rapport avec le
sarcoplasma. Suivant cette conception dualiste, le tonus contractile peut
être rattaché au système kinétique et le tonus plastique au système sta-
tique. Le premier peut être appelé le kinétotonus, le deuxième constitue
le statotonus,termes qui indiquentainsile système auquel ils se rattachent.
Ces deux grandes variétés de contractilité se manifestent non seu-
lement dans l'étude des réflexes tendineux, mais aussi dans la percussion
directe du muscle. Le facteur kinétique se caractérise par la contraction
rapide, et la vive excitabilité du muscle; le facteur statique par une con-
traction idio-musculaire persistante (myœdème).
Les troubles moteurs spasmodiques tels que la chorée, le paramyo-
clonus multiplex, les myoclonies, sont en rapport avec le système
kinétique.
Ces différentes manifestations résultent de phénomènes irritatifs ou
de la libération des centres moteurs inférieurs, Le clonus de la paraly-
sie spasmodique (du pied — de la rotule — du poignet) et le tremble-
ment de la paralysie agitante ont tous deux une origine kinétique. Dans
une étude du tremblement strio-cérébelleux, l'auteur a déjà montré les
relations qui unissent la paralysie agitante (tremblement strié) au méca-
nisme kinétique et le tremblement cérébelleux au mécanisme statique.
Hypertonie musculaire posturale. — L'hypertonie posturale des
muscles est liée au système statique et aux fonctions du sarcoplasme.
Les différents typesd'hypertonie qui succèdent à des paralysies dépendent
de la nature et de la localisation de la lésion. Les plus importants parmi
ces phénomènes spastiques concernent d'abord les affections de la voie
pyramidale, puis la rigidité de la paralysie agitante, la rigidité décéré-
brée, les manifestations d'hypertonie posturale consécutives aux lésions
transverses du pont, de la moelle et du rachis.
Quant aux troubles moteurs que l'on désigne sous le nom de « myo-
tonie » (qu'elle soit d'origine cérébrale, cérébelleuse, spinale, ou périphé-
rique), l'auteur les rattache au mécanisme statique. C'est le trouble de
ce mécanisme qui explique les caractères si particuliers de la myotonie:
la persistance de la contraction, l'impossibilité du relâchement muscu-
laire après la contraction. Dans la myotonie, il y a en quelque sorte deux
vagues distinctes de contraction : l'une rapide et en rapport avec le sys-
tème des disques musculaires; l'autre lente, soutenue, et probablement
d'origine sarcoplasmatique.
L'auteur considère en outre les principaux symptômes des lésions
cérébelleuses (dyssynergie, dysmétrie, adiadococinésie, tremblement
intentionnel) comme traduisant des troubles du système statique. Le
cervelet constitue l'organe essentiel dans le contrôle et la régulation des
synergies posturales.
Les systèmes statiques et kinétiques dans l'épilepsie. — Dans les
manifestations motrices de l'épilepsie, interviennent les deux systèmes;
les phénomènes convulsifs, toniques et cloniques sont en rapport avec
le mécanisme kinétique; l'abolition brusque du contrôle postural, avec
le mécanisme statique.
Les facteurs statiques et kinétiques dans la sphère psycho-motrice. —
Il faut ajouter aux diverses manifestations somatiques que nous venons
d'étudier les manifestations dans la sphère psychique des deux ordres de
fonctions ; l'une psychostatique,l'autre psychokinétique.
Aux troubles de la fonction psychokinétique se rattachent les traduc-
tions psychiques du tremblement, de la chorée, des convulsions, du
myoclonus, des tics convulsifs.
Aux troubles psycho-statiques se rattachent la catalepsie, lacatatonie.
l'astasie, les attitudes stéréotypées.
Les signes de persévération tonique semblent révéler aussi, par les
deux variétés de persévération passive, un double système de représen-
tation dans la sphère psycho-motrice.

II. — Le système nerveux végétatif, ses composantes statiques


et kinétiques
Le principe de la dualité des fonctions motrices (fonction de mouve-
ment et fonction de posture) s'applique non seulement au système ner-
veux cérébro-spinal, mais encore au système neuro-végétatif, qui,au point
de vue phy logé nique, représente le stade le moins élevé du système nerveux.
Tout ce que nous avons dit de la fibre musculaire striée est également
vrai de la fibre musculaire lisse. Ces deux variétés de tissu contractile
dérivent du reste l'un de l'autre dans le long processus de l'évolution.
La fibre musculaire lisse, de même que la fibre striée, se compose de
deux parties : les fibrilles et le sarcosplama. Suivant notre conception
générale de la dualité des fonctions musculaires, il semble bien que les
fibrilles des muscles lisses soient liéesau mouvement (contractilité)tandis
que le sarcosplasma concerne la posture (tonus).
CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES

Le système nerveux végétatif de l'homme représente un système pri-


mitif, et constitue au point de vue phylogénique la portion la plus
ancienne du système nerveux. On peut le diviser en deux parties, bien
distinctes au triple point de vue anatomique, physiologique et pharma-
codynamique.
a) La première constitue le sympathique, et est représentée par la
chaîne thoraco-lombaire d'où partent les rameaux splanchniques-cervi-
caux et sacrés. Cette portion du système végétatif ou autonome est com-
posé de fibres nerveuses non myélinisées qui traversent les différents
groupes de ganglions dits vertébraux, prévertébraux, et périphériques,
et qui prennent leur origine dans les cellules de la corne latérale de la
moelle épinière.
La deuxième partie constitue le parasympathique : Il diffère du pre-
mier par plusieurs points de vue. Tout d'abord, il émerge de certaines
portions seulement du névraxe ; substance grise du mésencéphale, de la
moelle allongée, et de la région sacrée. Ensuite ses fibres sont des fibres
à myéline et représentent, par suite,des éléments d'un ordre plus élévé,
anatomiquement et fonctionnellement, que les fibres du sympathique.
Si nous reprenons maintenant à propos du système nerveux autonome
notre conception dualiste,nous voyons que le parasympathique repré-
sente l'élément kinétique, tandis que le sympathique représente l'élé-
ment statique du système végétatif : la structure fibrillaire des cellules
du muscle lisse est en rapport avec les fibres kinétiques du parasympa-
thique. Le sarcosplama, au contraire, est sous le contrôle des fibres sta-
tiques du sympathique. Le premier constitue le mécanisme myokiné-
tique et dirige les manifestations primitives eu mouvement, le deuxième
constitue le mécanisme myostatique et maintient les manifestations pos-
turales primitives. Les éléments fibrillaires des muscles de la vie invo-
lontaire constituent un vaste réseau contractile qui transmet aux viscères,
en quelque sorte, une série de lentes vagues de mouvement. Le sarco-
plasma, au contraire, montrent les différents viscères dans un état de tonus
postural en rapport avec leur contenu, et analogue au tonus postural des
muscles de la vie de relation,
Autrefois, la physiologie envisageait bien l'excitation, la contraction
et le tonus des muscles, mais le tonus était étudié surtout à l'état de
repos. La conception de ce qu'on peut appeler la « fixation » de l'action
musculaire a apporté des notions nouvelles.
Actuellement, nous considérons qu'il existe non seulement une exci-
tation et contraction dans le règne du mouvement, mais que cette exci-
tation doit être envisagée également dans le règne du tonus. En d'autre
terme, la contraction proprement dite se traduit par un mouvement en
masse du muscle. La contraction tonique, ou mieux « la fixation », se tra-
duit par la dureté du muscle.
Les recherches physiologiques sur les fonctions motrices du tractus
gastro-intestinal confirment l'existence au niveau des viscères d'un
double processus statique et kinétique. Les graphiques intestinaux nous
le montrent très nettement : après excitation du vague, on voit un mou-
vement s'établir par suite de la contraction simultanée des fibres muscu-
laires longitudinales et des fibres musculaires de la paroi intestinale. Au
contraire l'excitation du sympathique provoque une augmentation géné-
rale du tonus.

Rapports entre les composantes statiques et kinétiques


du système nerveux végétatif et les signes cliniques
L'auteur envisage maintenant les relations qui existent entre le fonc-
tionnement du système nerveux végétatif et les signes cliniques : bien
que les faits constatés soient moins démonstratifs en ce qui concerne le
système nerveux végétatif qu'en ce qui concerne le cérébro-spinal, il y
a néanmoins un certain nombre de constatations qui confirment notre
conception. De même que les muscles de la vie de relation, les muscles
des viscères possèdent une fonction posturale qui a pour but de main-
tenir le tonus. Cette fonction est particulièrement importante au niveau
des viscères creux. Elle favorise l'adaptation de ces organes à leur con-
tenu ainsi que leur changement de forme par suite de la pression
hydrostatique. On peut établir le principe général suivant : c'est que
toute perturbation de facteur myostatique au niveau du système végéta-
tif provoquera un trouble du tonus postural. De même toute perturba-
tion du facteur myokinétique retentira de la même façon sur le mouve-
ment.
Les cliniciens ont, du reste, déjà noté depuis longtemps les diffé-
rences qui séparent ces deux fonctions en ce qui concerne la motilité
gastrique, et l'on sait bien que l'augmentation du tonus et celle du
péristaltisme ne marchent pas forcément de pair. En pathologie viscé-
rale les troubles du tonus postural sont liés au facteur statique de la
motilité. Parmi les troubles de cet ordre, nous citerons l'atonie et la
dilatation gastrique et intestinale; l'atonie et l'insuffisance du sphincter
pylorique et du sphincter rectal.
Les troubles en rapport avec le facteur kinétique se traduisent au
contraire par l'hyperkinésie, l'exagération du péristaltisme, les.. vomis-
sements et la diarrhée.
Il est probable également qu'au même facteur se rapporte la contrac-
tion des sphincters du pylore, du cardia, du rectum, bien qu'on puisse
envisager également à leurs niveaux des phénomènes de fixation postu
-
rale. Il en est de même de la'constipation dite spasmodique.
Cette conception d'un double mécanisme statique et kinétique inter-
venant dans les phénomènes de mouvement et dans les phénomènes de
posture, trouve donc une confirmation dans un grand nombre de
domaines différents : dans l'histologie, la physiologie, la biologie, la
chimie, l'anatomie comparée et la neurologie.
L'auteur a essayé également de bâtir son hypothèse sur la constata-
tion suivante : c'est que les deux éléments de la motilité que nous
venons d'envisager présentent un parallélisme structural et fonctionnel
à tous les degrés du système nerveux efférent. En d'autres termes, le
système de la motilité, comme celui de la sensibilité, n'est pas indivis :
il présente différents types fonctionnels, correspondant à l'adaptation
spéciale de l'organisme au milieu ambiant.
L'organisme animal, considéré dans ses rapports avec le monde
extérieur, se trouve soit dans un état de repos, soit dans un état de mou-
vement : ces deux fonctions sont assurées par le système nerveux effé-
rent. Le mouvement part de l'état postural et d'autre part aboutit à
l'état postural. Après cessation du mouvement, le muscle doit rester
dans une position de repos, dans un état statique spécial qui doit résister
à l'effort continuel de la pesanteur et de la pression atmosphérique. Il y
a dans l'activité musculaire une perpétuelle coopération et une véritable
harmonie des deux systèmes que nous venons de décrire. — L'un des
faits qui atteste à l'évidence cette coopération, c'est la double innervation
musculaire qui est représentée à la fois par le système nerveux végétatif
et par le système cérébro-spinal. — Toutefois, bien que concernant l'un,
la posture, l'autre le mouvement, chacun des deux systèmes coopère en
quelque sorte aux fonctions de son congénère : le système statique con-
tribue à la stabilité et à l'exactitude du mouvement; le système kinétique
joue un rôle dans le fait de maintenir l'attitude posturale. C'est le jeu
harmonieux de l'innervation qui favorise les différents phénomènes
moteurs.
Le système nerveux cérébro-spinal présente de toute évidence une
dualité de fonctions qui se manifeste à toutes les échelles du fonction-
nement. Elle se manifeste, en effet, au niveau des appareils archéokiné-
tiques,paléokinétiques et néokinétiques qui correspondent respectivement
aux réflexes, aux mouvements automatiques et associés, et aux synergies
indépendantes.
Là, aussi, l'on rencontre une innervation réciproque, avec la coopé-
ration mutuelle des deux grands systèmes statiques et kinétiques.
CONSIDÉRATIONS SUR LA PARAPLÉGIE
EN FLEXION A PROPOS D'UN CAS
(Avec une planche hors texte)

PAR
L. MARCHAND

Quand Babinski1 a isolé du groupe des paraplégies avec contracture


la paraplégie en flexion, il en précisa les principaux caractères que l'on
peut résumer ainsi : attitude en flexion des membres inférieurs, abolition
ou diminution de la motricité volontaire, abolition ou diminution des
réflexes tendineux, exagération des réflexes cutanés, apparition de mou-
vements involontaires quand on exerce une traction sur les membres,
absence d'anesthésie, formation rapide de rétractions fibro-tendineuses,
troubles sphinctériens et trophiques. Il considérait cette forme comme
symptomatique de lésions médullaires ou bulbaires (sclérose spinale,
néoplasme comprimant la moelle ou le bulbe, myélite aiguë) n'entraî-
nant pas la dégénération des faisceaux pyramidaux. Il admettait aussi
que des lésions bilatérales de l'encéphale pouvaient donner naissance à
un syndrome analogue. Il opposait cette paraplégie à la paralysie spas-
tique spinale d'Erb et au tabes dorsal spasmodique de Charcot, affec-
tions dans lesquelles les lésions desfaisceaux pyramidaux sont constantes.
Depuis les premières publications de Babinski les cas de paraplégie
avec contracture en flexion ont été l'objet de divers mémoires, chacun
confirmant et précisant les caractères de ce syndrome ou ajoutant
2
quelque particularité. C'est ainsi que dans le cas de Claude la para-
plégie en flexion s'accompagnait d'une anesthésie aux divers modes
remontant jusqu'à dix centimètres de l'ombilic. A l'autopsie, l'auteur
constata des tumeurs sarcomateuses méningées au niveau du VI' et du
VIIIe segment cervical, des IXe et Xe segments dorsaux. A partir du
1er segment lombaire, toute la moelle était englobée dans une masse sar-

comateuse végétante. Les lésions médullaires étaient accusées; « au


niveau de la XI dorsale, les compressions des régions supérieures

i. BABINSKI.Sur une forme de paraplégie spasmodique consécutive à une


lésion organique et sans dégénération du système pyramidal. (Bull. et Mém. de
la Soc. méd. des Hôp.,1899, p. 342.) — Paraplégie spasmodique organique
avec contractions musculairesinvolontaires. (Soc. de Neurologie, 12 janv. 1911.)
2. H. CLAUDE. Sur la paraplégie avec contracture en flexion. (Soc. de
Neurol., 2 fév. 1911.)
n'avaient pas provoqué une dégénération accusée des faisceaux pyrami.
daux. Les cordons de Goll et de Burdach étaient lésés. Au-dessous, la
moelle était comprimée et absolument déformée au milieu des masses
néoplasiques ».
Dans le cas de Souques t, se rapportant à un cas de sclérose en
plaques probable, les membres inférieurs avaient présenté des alterna-
tives de flexion et d'extension involontaires, lentes et peu douloureuses
avant de garder d'une façon permanente l'attitude en flexion. La même
remarque se retrouve chez le malade de Klippel et Monier-Vinard2 qui
paraissait atteint de mal de Pott ayant entraîné une compression extra-
dure-mérienne (pachyméningite externe) portant sur la moelle du v" au
x° segment dorsal. La flexion des membres n'était pas immuable. Spon-
tanément, les membres se plaçaient d'eux-mêmes dans la position de la
rectitude et il suffisait d'une excitation minime pour leur faire reprendre
la position fléchie.
Dans l'observation de Lian et Rolland 3, la malade était aussi atteinte
du mal de Pott et « il suffisaitde passer à côté de son lit ou de lui toucher
les jambes pour déterminer d'amples mouvements involontaires de
flexion ». Comme autres particularités, les réflexes rotuliens étaient
exagérés.
De ces observations, on peut rapprocher le cas récent de Roger,
Aymes et Piéri' et le deuxième cas de Souques. Dans le premier, la
paraplégie spasmodique en flexion s'était installée rapidement chez un
pottique à la période de cachexie terminale et s'accompagnait de xantho-
chromie et de dissociation albumino-cytologique du liquide céphalo-
rachidien. La paraplégie était déterminée par la compression de la face
externe de la dure-mère au niveau des segments Dl et D* par un abcès
ossifluent formant poche. Le cas de Souques5 est particulièrement inté-
ressant, car la paraplégie pottique en flexion datait de trois ans quand
elle disparut en deux mois après l'évacuation spontanée de l'abcès ossi-
fluent au niveau de la fosse iliaque externe du côté droit. Ainsi, la para-

i. A. SOUQUES. Paraplégie spasmodique organique avec contracture en


flexion et exagération des réflexes cutanés de défense. (Soc. de Neurol.,
2 mars iqii.)
2. KLIPPEL et MONIER-VINARD. Paraplégie avec contracture en flexion et
exaltation des réflexes de défense. (Soc. de Neurol., n juillet 1912.)
5. C. LIAN et J. ROLLAND. Paraplégie spasmodique avec contracture en
flexion (type cutanéo-réflexe de Babinski) dans un mal de Pott. (Soc. de
Neurol., 6 juin 1912, p. 843.)
4. H. ROGER, C. AYMES et J. PIÉRI. Paraplégie en flexion par abcès froid
pottique en bissac avec poche liquide extravertébrale suspleurale et poche
caséeuse comprimant les segments médullaires DI et D2 (Comité méd. des
Bouches-du-Rhône, mai 1923,)
5. A. SOUQUES. Paraplégie pottique en flexion causée par la compression
d'un abcès ossifluent et guérie par l'évacuation spontanée de cet abcès. (Soc.
de Neurol., 8-9 juin 1923, p. 649.)
plégie en flexion n'était due à aucune lésion destructive. Dans une
t,
observation également récente de Marinesco et de Paulian ces auteurs
arrivent à la même conclusion, à savoir que la paraplégie en flexion n'est
pas toujours due à une libération des segments lombo-sacrés de la
moelle. Chez leur malade, atteinte de paraplégie avec contracture en
flexion, la guérison fut obtenue à la suite d'un traitement spécifique.
Marinesco et Paulian pensent que la paraplégie relevait de lésions légères
de méningo-myélite qui n'avaient pas entraîné la dégénérescence des
faisceaux ascendants et descendants de la moelle.
Chez un sujet, considéré comme atteint de sclérose latérale amyotro-
phique et présentant une paraplégie en flexion, Anglade2 a noté des
lésions des cornes antérieures, des faisceaux pyramidaux, des méninges
et des nerfs périphériques, ce qui permet de faire des réserves sur le
diagnostic de sclérose latérale amyotrophique. La paralysie atteignit
tardivement les membres supérieurs. IP

De cette observation, on peut rapprocher celle d'Etienne et Gelma3.


En même temps que la paraplégie en flexion, il existait un état démentiel
et une parésie des membres supérieurs avec flexion des doigts et des
avant-bras. Néanmoins, la paraplégie présentait la plupart des caractères
décrits par Babinski. Même indécision au sujet du diagnostic dans le cas
de Gonnet et Piasco 3, les auteurs pensant à la sclérose en plaques; le
Bordet-Wassermann était négatif.
5
Le cas de Coyon et Barré présente au point de vue clinique et ana-
tomo-pathologique des particularités intéressantes. Le syndrome avait
débuté brusquement chez un sujet atteint de maladie de Recklinghausen
par une paraplégie spasmodique en extension qui se transforma en
quelques jours en paraplégie en flexion. Il avait été déterminé par la
compression de la moelle au niveau des segments D* et D3 par une petite
tumeur (neurofibrome de la grosseur d'un petit pois). Les cordons pyra-
midaux ne presentaient aucune lésion; les cordons postérieurs étaient
légèrement altérés. Même évolution clinique chez le sujet de Vergen et
MassiasG.

i. G. MARINESCO et D. PAULIAN. Un cas de paraplégie avec contracture en


flexion presque complètement guéri par le traitement spécifique (Soc. de
Neurol., 8-9 juin 1923, p. 663.)
2. ANGLADA. Sclérose latérale amyotrophique ascendante avec manifesta-

1911, p. 73.)-
tions douloureuses et paraplégie en flexion intense. (Montpellier med., 3o juillet
3. G. ETIENNE et [E. GELMA. Paraplégie spastique spinale en
flexion. (Nouv. Iconogr. de la Salpêtrière, 1911, p. 335.)
4. A. GONNET et J. PIASCO. Un cas de paraplégie avec contracture en
flexion (sclérose en plaques probable). (Soc. des Sc. méd. de St-Etienne,
7 juillet 1920; La Vie méd., août 1920, p. 353.)
5. A. COYON et A. BARRÉ. Paraplégie t type Babinski » chez un sujet atteint
de maladie de Recklinghausen. Absence de régénération secondaire des
faisceaux pyramidaux. (Nouv. Iconogr. de la Salpêtrière, 1913, p. tlI.)
6. Soc. allal. clin, de Bordeaux, 16 juillet 1923.
Dans les observations précédentes, la paraplégie en flexion est con-
ditionnée par des lésions soit médullaires, soit bulbaires ou protubéran-
tielles. Babinski avait cependant admis que ce type de paraplégie pouvait
être dû à des lésions cérébrales. Brissaud, Souques et Charcot avaient
d'ailleurs signalé de tels cas, mais l'observation de Pierre Marie et
Foix1 est la première dans laquelle la paraplégie en flexion d'origine
cérébrale s'accompagne de la dissociation signalée par Babinski entre
les réflexes d'automatisme dits de défense qui sont exagérés et les réflexes
tendineux qui sont diminués. Les lésions consistaient en une nécrose
sous-épendymaire progressive symétrique intéressant la substance
blanche des lobules paracentraux; il existait une dégénérescence secon-
daire des fibres des faisceaux pyramidaux destinés aux membres infé-
rieurs. Ainsi, cette observation montrait que la suppression des centres
sous-corticaux pouvait produire, comme les lésions médullaires ou méso-
céphaliques, l'automatisme médullaire et la paraplégie en flexion.
La communication de Pierre Marie et Foix laissait ainsi prévoir qu'il
devait y avoir des cas intermédiaires entre le type de paraplégie en
flexion d'origine cérébrale et celui de paraplégie en flexion d'origine
spinale. L'observation de Bouttier, Alajouanine et Girot2 en est un
exemple. Chez leur malade, on notait également une dissociation entre
les réflexes tendineux et les réflexes d'automatisme médullaire, mais
les symptômes associés (syndrome parkinsonien, paralysie verticale du
regard, consécutifs à l'encéphalite léthargique) permettaient de localiser
les lésions en un point élevé du nevraxe, dans les régions mésocépha-
3
lique et encéphalique. Enfin, dans sa thèse, Alajouanine a décrit un
type de paraplégie en flexion traduisant des lésions anatomiques uni-
quement cérébrales. Dans ce type, à la contracture en flexion avec exal-
tation des phénomènes d'automatisme médullaire, s'associent des
symptômes de sclérose cérébrale sénile (démence, rire et pleurer spas-
modiques, troubles pseudo-bulbaires) ; les lésions cérébrales sont
bilatérales, symétriques et prédominent sur la voie motrice paracen-
trale, l'écorce et les noyaux gris; elles consistent en lacunes de désinté-
gration et entraînent la dégénérescence de la voie pyramidale.
La paraplégie en flexion peut aussi apparaître à titre de complication
au cours d'autres affections du système nerveux. C'est ainsi qu'on
l'observe fréquemment au cours de la paralysie générale infantile ou
juvénile. Elle est alors liée à une sclérose combinée, la dégénération

i. PIERRE MARIE et CH. Foix. Paraplégie en flexion d'origine cérébrale par


nécrose sous-épendymaire progressive. (Revue Neural., janv. 1920, p. 1.)
2. BOUTTIER, ALAJOUANINE et GIROT. Paraplégie en flexion avec état par-
kinsonien et syndrome de Parinaud. (Soc. de Neurol., 14 décembre 1922,
p. 1514.)
3. TH. ALAJOUANINE. Sur un type de paraplégie en flexion d'origine cérébrale
avec exagération de l'automatisme médullaire (Thèse de Paris, 1923.)
fasciculaire dominant tantôt sur les cordons postérieurs, tantôt sur les
cordons antéro-latéraux.
Les cas de paraplégie en flexion et surtout ceux qui font l'objet d'une
étude anatomo-clinique sont donc encore peu nombreux. Chaque nou-
veau fait, s'il confirme généralement les caractères cliniques du syndrome
primitivement décrit par Babinski, montre combien sont variées les
altérations de l'axe cérébro-spinal pouvant conditionner ce type de para-
plégie. C'est à ce titre que l'observation suivante nous semble présenter
quelque intérêt.
T... est interné à l'asile de Blois à l'âge de quinze ans. On ne possède
aucun renseignement sur ses parents. Il a été élevé dans un hospice tenu par
des religieuses.
T... est atteint d'idiotie congénitale. Sa physionomie est inexpressive,
hébétée. La parole n'est pas développée. T... prononce quelques mots inintel-
ligibles parmi lesquels son nom et son petit nom. Il manifeste sa joie par des
grognements quand on lui présente la nourriture. Il est incapable de se servir
d'une cuiller ou d'une fourchette; il porte les aliments solides à sa bouche
avec les doigts. On est obligé de le faire boire. Il ne peut s'habiller seul. Il est
gâteux.
Physiquement, on note les particularités suivantes : La tête est petite, sans
stigmates grossiers de dégénérescence. Les lobules des oreilles sont adhérents;
le front est fuyant. Les cheveux sont implantés très bas sur le front. Les dents
sont assez bien plantées. Les mensurations craniennes sont les suivantes :
Diamètre antéro-postérieur maximum 16 c.
Diamètre transverse maximum
Indice céphalique -
13,i 100 80,1
13,1

........
Courbe antéro-postérieure (circonférence cranienne)... 31
Circonférence horizontale maximum 47

Diamètre bizygomatique
.............
Courbe biauriculaire transverse

Les membres sont normalement développés. On ne note aucune paralysie,


25
II,7

aucun trouble de la sensibilité. La marche est normale. Les réflexes tendineux


sont faibles.
La verge et les bourses sont bien développées. Absence complète de poils.
Le corps thyroïde n'est pas hypertrophié.
Quelques mois après son entrée à l'asile, on remarque que T... a de la
difficulté à mouvoir son membre inférieur droit. La marche est possible, mais
le malade claudique, tenant toujours la jambe droite légèrement fléchie sur la
cuisse. Les muscles des mollets et de la cuisse paraissent moins développés
que ceux du membre inférieur gauche. La force musculaire du membre infé-
rieur droit est diminuée. Le réflexe patellaire droit est plus faible que le
gauche. Les réflexes achilléens sont normaux; le réflexe cutané plantaire est
conservé. Pas de signe de Babinski, pas de clonus de la rotule, ni trépidation
épileptoïde du pied. La sensibilité est très difficile à explorer en raison de la
faiblesse intellectuelle du sujet; elle paraît normale. La pression des muscles
n'est pas douloureuse.
Quand le sujet est étendu, le membre inférieur droit garde une attitude en
légère flexion facilement corrigée passivement. On ne constate aucun mouve-
ment spasmodique, aucune secousse parcellaire.
L'impotence gagne bientôt le membre inférieur gauche et on est obligé de
tenir T... alité. L'atrophie des muscles des membres inférieurs est nettement
accusée. Dès les premières semaines de l'alitement, on note que les membres
inférieurs présentent une triple flexion qui augmente rapidement ensuite.
A dix-sept ans, T... présente l'attitude suivante : Les segments des membres
inférieurs sont tenus fléchis. La flexion est plus prononcée du côté droit. Le
malade peut accomplir les mouvements de flexion des cuisses sur le bassin et
de la jambe sur la cuisse; les mouvements d'extension sont limités; l'extension
des cuisses sur le bassin ne dépasse pas l'angle droit; l'extension de la jambe
sur la cuisse est encore plus limitée. Les pieds sont fléchis et tenus en varus;
les mouvements volontaires sont à peine ébauchés. Les mouvements de
flexion des orteils sont plus étendus que les mouvements d'extension.
Les mouvements passifs sont plus étendus que les mouvements actifs, mais
il est impossible d'étendre complètement la jambe sur la cuisse et la cuisse sur
la jambe. L'extension à partir d'un certain degré devient douloureuse et on
constate une tension des tendons des muscles postérieurs de la cuisse. Aban-
donnés à eux-mêmes, les membres reprennent rapidement la position fléchie.
Atrophie musculaire portant sur l'ensemble des membres inférieurs. La
force musculaire est très diminuée. Les muscles, à la palpation, présentent une
certaine dureté. Les articulations sont indemnes. La pression des troncs ner-
veux n'est pas douloureuse. La circulation des membres est normale.
La sensibilité à la douleur, au chaud, paraît bien conservée. La faiblesse
intellectuelle empêche d'apprécier la sensibilité au tact et le sens musculaire.
Quel que soit l'endroit des membres supérieurs que l'on pique, frappe, frotte
ou pince, on détermine une augmentation de la flexion des divers segments.
On obtient le même résultat en comprimant les masses musculaires ou en
percutant les tendons. Jamais on obtient l'allongement des membres. La
piqûre ou le pincement des membres supérieurs augmente légèrement aussi
l'attitude en flexion. Il suffit de découvrir le malade pour obtenir le même
résultat. Les efforts musculaires des membres supérieurs n'ont aucune
influence sur la flexion. En dehors de ces mouvements d'automatisme médul-
laire, on ne constate aucune contraction spasmodique intermittente.
Les réflexes patellaires sont très faibles; les réflexes achilléens sont nuls.
Le réflexe cutané plantaire est absent. Les réflexes abdominaux et crémasté-
riens sont conservés. Pas de clonus du pied et de la rotule.
Aux membres supérieurs, on ne note qu'une légère amyotrophie. La force
musculaire est assez bien conservée. Tous les mouvements volontaires sont
possibles. Le réflexe radial et le réflexe olécranien sont exagérés. Pas de
troubles de la sensibilité. Léger tremblement des mains et des doigts.
On ne note aucune paralysie de la face et des muscles oculaires. Les
pupilles sont égales et réagissent à la lumière.
Le malade est gâteux. Les réservoirs se vident normalement.
Dans la suite,cet état de contracture en flexion et l'atrophie musculaire
augmentent. On constate des symptômes de tuberculose pulmonaire du côté
droit. Le malade se cachectise.
Trois ans après son entrée à l'asile, T... présente l'attitude suivante (fig. I) :
Membre inférieur droit. La face antérieure de la cuisse s'applique contre
l'abdomen. Le genou atteint la fourchette du sternum et la cinquième côte
gauche. La jambe est fléchie sur la cuisse et affecte avec elle des rapports si
étroits et constants que la face postérieure de la cuisse présente une gouttière
formée par l'empreinte de la jambe. Le pied est en flexion plantaire à angle
si obtus que sa plante repose sur le plan horizontal du lit, le sujet étant couché
sur le dos. Le tilon a creusé une fossette sur la fesse droite. Les mouvements
des membres sont nuls.
La circonférence de la cuisse à sa partie moyenne est de i5 centimètres,
la circonférence du mollet de i3 centimètres.
Par suite de la disposition vicieuse des membres inférieurs, les deux pieds
du malade sont croisés, le pied gauche s'appliquant sur le pied droit à la partie
inférieure du tronc.
Membre inférieur gauche. La cuisse est fléchie sur le bassin, la jambe est
fléchie sur la cuisse de telle façon que le genou arrive au niveau de la troi-
sième côte gauche et atteint le bord inférieur du creux axillaire. Le pied est
en équinisme et la plante regarde en dedans. Les mouvements actifs et passifs
d'extension et de flexion de la cuisse, de la jambe et du pied sont nuls. Les
mouvements de flexion des orteils sont ébauchés.
La circonférence de la cuisse à sa partie moyenne est de 21 centimètres;
celle du mollet de 16 centimètres.
L'état de contracture des membres inférieurs est si prononcé q'.'.e l'on peut
soulever le malade en cherchant à étendre la jambe sur la cuisse.
Tous les mouvements des membres supérieurs sont normaux.
Le malade meurt à l'âge de dix-neuf ans et demi dans un état de cachexie
profonde. Les dernières semaines, des escarres étaient apparues au niveau
du coude gauche, du sacrum, au-dessous des deux rotules.
La photographie ci-jointe (fig. I) a été prise immédiatement après la mort.
La petite plaie située au-dessus de la racine du nez est le résultat de grattages
faits par le malade pendant les huit derniers jours de son existence.
Autopsie : Système nerveux. Boîte cranienne assez mince. Pas d'adhé-
rences de la dure-mère à la boîte cranienne et aux méninges molles. Pas
d'athérome des artères cérébrales.
Le poids total de l'encéphale est de 898 grammes. L'hémisphère droit pèse
390 grammes, le gauche 38o grammes; le cervelet et le bulbe 128 grammes.
Traînées opalescentes disséminées sur la pie-mère à la convexité du cer-
veau, surtout sur la moitié antérieure des hémisphères. La pie-mère épaissie
se décortique assez facilement.
L'ensemble du cerveau est régulièrement frappé de défaut de développe-
ment, les ventricules latéraux ne sont pas dilatés.
Rien de particulier à l'extraclion de la moelle.
Cavité thoracique et abdominale. Poumons : le poumon gauche est adhérent
à la cage thoracique. Congestion généralisée. Hépatisation rouge. Pas de
lésions tuberculeuses. Le poumon droit est également adhérent. Cavernes loca-
lisées au sommet.
Le cœur est flasque, mou. Poids 115 grammes.
:
Le rein droit pèse go grammes, le gauche 100 grammes. Ils sont conges-
tionnés sans autre lésion.
Le foie pèse 1010 grammes. Il est congestionné.
Examen histologiquedu système nerveux. Cerveau. La pie-mère est épaissie,
stratifiée, adhérente par place au cortex sous-jacent (séquelles d'un état
méningé ancien).
La couche corticale est peu épaisse. Les cellules pyramydales, bien moins
nombreuses qu'à l'état normal, ne sont pas disposées par couches régulières;
les cellules profondes ne sont pas plus volumineuses que les cellules superfi-
cielles. Toutes les cellules pyramidales sont petites, mal développées sans
autres lésions. Dans les espaces péricellulaires les cellules rondes sont plus
nombreuses que normalement.
La couche des fibres tangentielles contient très peu de fibres; la strie de
Baillarger est à peine apparente.
Le tissu névroglique est partout hyperplasié,mais principalement dans la
couche moléculaire.
Aucune lésion des vaisseaux.
Cervelet. A part la microgyrie, on ne note aucune lésion.
Bulbe. La pyramide droite est un peu moins grande que la gauche. Aucune
lésion des cellules des noyaux des nerfs craniens.
Moelle. Les lésions ne portent que sur les cellules nerveuses motrices qui
sont toutes atrophiées sans aucune lésion dégénérative des cordons (fig. II,
III, IV). Le canal central médullaire est élargi sur toute la hauteur de
la moelle. Les cellules de la colonne de Clarke sont relativement bien
développées.
Les lésions ont leur maximum d'intensité au niveau de la moelle lombaire.
Le corps des cellules motrices atteint à peine le cinquième de son volume
normal (fig. V). Leurs prolongements protoplasmiques sont rares. Les granu-
lations chromophiles sont réduites en poussière; le noyau est rabougri. On ne
note aucune prolifération dutissu névroglique, aucune lésion des vaisseaux et
de la méninge.
Racines. Aucune dégénération des fibres à myéline; aucune lésion des
ganglions rachidiens.
Nerfs périphériques. L'examen a porté sur plusieurs filets des. sciatiques
poplités externes. On ne constate aucune altération.

Ainsi, un sujet atteint d'idiotie congénitale (microcéphalie) présente à


l'âge de seize ans de la faiblesse musculaire, d'abord dans le membre
inférieur droit dont les divers segments, dès le début de la maladie, ont
une tendance à se mettre en flexion. Quelques mois plus tard, la para-
lysie s'étend au membre inférieur gauche.
Rapidement, la paraplégie prend le type en flexion. Les mouvements
volontaires deviennent très limités, surtout les mouvements d'extension.
Les pieds sont tenus en varus. L'atrophie porte sur l'ensemble des
muscles des membres inférieurs. On ne constate aucun trouble objectif
ou subjectif de la sensibilité. Les réflexes rotuliens sont faibles, les
achilléens absents; pas de clonus du pied, pas de trépidation épilep-
toïde; pas de Babinski. Les réflexes de défense sont exagérés.
La paralysie suit une marche progressive. Deux ans après le début
des troubles, les membres inférieurs sont complètement fléchis; les
mouvements volontaires des cuisses et des jambes sont nuls. Des rétrac-
tions fibre-tendineuses se sont formées.
si
Les membres supérieurs ne présentent rien de particulier, ce n'est
une légère atrophie des muscles.
Le sujet meurt de tuberculose pulmonaire à l'âge de dix-neuf ans
et demi.
A l'autopsie, on constate un défaut de développement de tout l'en-
céphale qui pèse 898 grammes. Aucune lésion localisée. L'examen
microscopique décèle des épaississements méningés, de la sclérose céré-
brale diffuse portant sur l'écorce et les noyaux centraux; les cellules
pyramidales sont moins nombreuses que normalement et elles sont
irrégulièrement ordonnées.
Dans la moelle, la seule lésion consiste en une atrophie considérable
des cellules des cornes antérieures dans toute la hauteur de la région
dorso-lombaire. Les faisceaux pyramidaux ne présentent aucune altéra-
tion dégénérative.
En résumé, il s'agit d'un cas de paraplégie en flexion conditionnée
par l'atrophie des cellules motrices médullaires survenant chez un sujet
atteint de sclérose cérébrale congénitale.
Notre observation constitue une forme rare de paraplégie en flexion,
quoique depuis nous ayons eu l'occasion d'en observer un second cas
dont nous n'avons pu faire l'autopsie.
Quand on étudie les diverses observations de paraplégie spasmo-
diques en flexion publiées jusqu'alors, on remarque combien elles
diffèrent à la fois par leur évolution et leur symptomatologie. On peut
décrire les deux variétés suivantes :
io La paraplégie en flexion succède à une paraplégie en extension;
20 La paraplégie en flexion est primitive.
Dans la première variété, la paraplégie en flexion fait suite à une
paraplégie en extension. Deux cas peuvent se présenter. Dans le premier,
les symptômes de spasticité, observés au cours de la paraplégie en exten-
sion, ne présentent aucune modification. Les réflexes tendineux conti-
nuent à être exagérés, le signe de Babinski persiste, la trépidation épi-
leptoïde du pied, le clonus de la rotule peuvent encore être observés
jusqu'au moment où des rétractions fibro-tendineuses et l'atrophie mus-
culaire empêchent leurs manifestations. Quelquefois, seuls les réflexes
rotuliens s'affaiblissent ou même disparaissent, les autres symptômes de
spasticité restant aussi prononcés (cas de Bouttier, Alajouanine et Girot,
cas de Verger et Massias).
C'est également dans ce groupe que rentrent les cas de paraplégie
spasmodique dans lesquels, au début tout au moins, les membres se
mettent tantôt en flexion, tantôt en extension (premier cas de Souques,
cas de Klippel et Monier-Vinard).
Dans le second cas, la première phase est caractérisée par une para-
plégie spasmodique en extension avec réflexes achilléens et patellaires
exagérés, clonus du pied et de la rotule, signe de Babinski. Dans la
deuxième phase, les membres prennent l'attitude en flexion, mais les
signes de spasticité en dehors de la contracture disparaissent. Les
réflexes tendineux sont diminués ou nuls ; on ne constate plus le signe
de Babinski, le clonus du pied, la trépidation épileptoïde (cas de
Babinski, cas de Coyon et Barré, 2e cas de Souques). Dans cette forme
évolutive, la paraplégie en flexion « apparaît au cours d'affections à
évolution lente et elle est précédée par des signes de tabes spasmodique
qui disparaissent peu à peu » (Babinski'). Ce type peut également, dit
le même auteur, succéder à une paraplégie flasque liée à une myélite
aiguë.
Il y a lieu de remarquer que, même chez un sujet normal, le réflexe
rotulien est difficile à obtenir quand les cuisses et les jambes sont tenues
en flexion prononcée. Quand seul ce réflexe fait défaut, on ne peut
affirmer sa disparition que si des examens répétés au cours de périodes
de détente de la flexion confirment le fait. On a d'abord attribué l'abo-
lition ou la diminution des réflexes tendineux, la disparition ou l'absence
du clonus du pied et de la trépidation épileptoïde à l'amyotrophie ou
aux rétractions fibro-tendineuses qui viennent compliquer si rapidement
la paraplégie en flexion. Il semble bien que cette raison peut entrer en
ligne de compte chez certains sujets. Mais la constatation du même
phénomène au cours de paraplégie en flexion ne s'accompagnant pas
de rétractions fibro-tendineuses, montre qu'il y a lieu de rechercher
une autre interprétation. Pour Claude, l'abolition ou la diminution des
réflexes tendineux est sous la dépendance de lésions des cordons
postérieurs ou des racines. Mais il existe des observations de paraplégie
en flexion avec disparition des réflexes tendineux dans lesquels l'exa-
men histologique montre l'intégrité des cordons postérieurs et des
racines. Foix2 admet qu'il s'agit d'un phénomène d'inhibition: « Quand
sur un malade, écrit cet auteur, présentant du clonus du pied ou de la
rotule, on provoque l'un de ces clonus ei qu'ensuite on excite la sensi-
bilité superficielle ou profonde de façon insuffisante pour provoquer un
réflexe d'automatisme, on voit cependant s'arrêter le clonus. Ainsi donc
le premier effet de l'excitation de l'automatisme médullaire est l'inhibi-
tion de la réflectivité tendineuse. Il n'est donc pas étonnant de voir
disparaître cette réflectivité chez des malades chez qui l'automatisme est
exalté à un haut degré. »
i. Soc. deNeurol., 12 janv. 191I. — 2. Ch. Foix. L'automatisme médul-
laire. (Questions neurologiques d'actualité, 1922, p. 400.)
Dans la deuxième variété, la paraplégie est d'emblée en flexion. Mais
ici encore les observations peuvent se diviser en deux groupes. Dans le
premier, les signes de spasticité restent accusés pendant toute la durée
de l'affection (cas de Anglade, de Gonnet et Piasio, de Marinesco et
Paulian, de Lian et Rolland) ou seuls les réflexes patellaires s'affai-
blissent ou même disparaissent (cas d'Etienne et Gelma) « après une
période plus ou moins longue pendant laquelle il y a eu surréflectivité
tendineuse)) (Babinski t).
Dans le deuxième groupe, dès les premiers symptômes de la para-
plégie, les membres inférieurs se fléchissent, la rigidité musculaire suit
une marche progressive, mais les réflexes tendineux sont affaiblis ou
nuls. On ne constate ni mouvements spasmodiques, ni trépidation
épileptoïde du pied et de la rotule, ni signe de Babinski (cas de Ba-
binski3, cas de Pierre Marie et Foix, notre cas).
Cette forme se différencie facilement de la paraplégie en flexion
d'origine périphérique (Courbon3) et de la paraplégie d'origine myopa-
thique dont la paraplégie des vieillards, individualisée par Lejonne et
Lhermitte4, représente une des principales variétés. Dans cette affection,
la paraplégie débute à un âge très avancé après que le malade a été alité;
les membres se placent progressivement en rtexion; les muscles s'atro-
phient, deviennent durs, se sclérosent; la marche de l'affection est lente.
Les lésions sont localisées dans les muscles qui présentent une atrophie
numérique et volumétrique des fibres striées avec augmentation du tissu
conjonctif. Dans la paraplégie en flexion due à des lésions de l'axe
cérébro-spinal, l'affaiblissement musculaire est primitif et on constate,
avant que le malade s'alite, une tendance des membres à se mettre en
flexion. Les muscles s'atrophient sans présenter au début de dureté
scléreuse; enfin les réflexes de défense sont exaltés.
Pour certains auteurs, entre autres pour Noïca 5,
la contracture en
flexion des membres inférieurs est une pseudo-contracture, une attitude
de repos. Noïca appuie son interprétation sur les remarques suivantes.
On peut observer cette attitude : 1° chez les adultes et les vieillards
hemiplégiques non seulement du côté paralysé, mais même du côté sain;
1. J. Réflexes de défense. (Revue neuroL, août 1922, p. 1060.)
BABINSKI.
2. J. Contracture tendino-réflexe et contracture cutanéo-réflexe.
BABINSKI. -

(Revue neural., 3o juillet IQI2, p. 70.)


3. P. COURBON. Récupération chirurgicale de la marche après huit ans de
paraplégie en flexion. (L'Encephale, juillet-août 1923, p. 455.)
4. P. LEJONNE et J. Lhermitte. Études sur les paraplégies par rétraction
chez les vieillards. (Nouv. Icon. de la Salpêtrière, ann, xix, n° 3, igo6, p, 255.)
J. LHERMITTE. Étude sur les paraplégies des vieillards. (Thèse de Paris,
1907.)
5. NOÏCA. Sur la contracture des membres inférieurs en flexion. (Revue Neu-
rol., 1909, p. 228. — A propos de l'article de M. Babinski, « Paraplégie spas-
modique organique avec contracture en flexion et contractions involontaires.
(Soc. de'Neurol., 6 juillet l, p. 173.)
191
2° chez les enfants qui n'ont jamais marché ou qui ne marchent pas
depuis des années, chez les adultes ou les vieillards qui ne marchent pas
depuis longtemps par le fait d'une paralysie des membres inférieurs.
Cette position devient définitive par l'établissement de rétractions fibro-
tendineuses. Babinski a montré que la raideur des membres dans la
paraplégie en flexion est liée à un phénomène éminemment actif, à un
mode d'activité musculaire entrecoupé parfois de mouvements spasmo-
diques avant de devenir stable. D'ailleurs des faits de guérison rapide
de paraplégie en flexion ayant eu une durée de plusieurs années montrent
que, dans ces cas, on ne pouvait admettre une pseudo-contracture fixée
par des rétractions fibro-tendineuses. La paraplégie en flexion se com-
plique souvent, il est vrai, et parfois rapidement, de rétractions fibro-
tendineuses, mais c'est là un phénomène secondaire et non primitif.
Dans la première période de l'affection, on n'observe pas de lésions arti-
culaires ou périarticulaires. De plus, on voit communément des sujets
atteints de démence sénile avec affaiblissement musculaire prononcé des
membres inférieurs qui ne présentent pas ce type de paraplégie après un
séjour prolongé au lit.
Il y a lieu de remarquer que dans notre cas, la paraplégie était liée à
l'atrophie des cellules des cornes antérieures de la moelle et elle prit
peut-être le type en flexion à cause des lésions scléreuses intéressant tout
l'encéphale (cerveau, cervelet, mésocéphale) qui existaient avant le début
de la poliomyélite chronique et qui déterminaient une certaine libéra-
tion du segment médullaire dorso-lombaire. Nous pouvons rapprocher
notre observation de celle de Babinski concernant une forme de con-
tracture liée à une irritation des cornes antérieures dans un casde syrin-
gomyélie. « Il s'agirait de raideurs provenant d'un mode pathologique
de l'activité musculaire conditionnée par une irritation du neurone
moteur périphériquel. »
Ces constatations sont importantes à noter, car elles montrent que la
paraplégie en flexion peut s'observer quand les cellules motrices de la
région médullaire dorso-lombaire sont lésées. Elles sont en contradic-
tion avec l'opinion de Walsche3 et de Riddoch 3. D'après ces auteurs,
l'activité réflexe des fléchisseurs des membres inférieurs réside unique-
ment dans les noyaux spinaux, l'activité réflexe des extenseurs nécessite
l'intervention des centres situés dans le mésocéphale. S'il en était ainsi,
la contracture en flexion n'aurait pu se produire chez notre sujet à moins
de supposer, comme nous venons de le dire, que l'activité réflexe des

i. une irritation des cornes antérieures de la


BABINSKI. Contracture liée à
moelle dans un cas de syringomyélie. (Soc. de Neural., 6 février 11 3, p. 246.)
2. WALSHE. Sur la genèse et la signification physiologique de la spasticité
et autres désordres de l'innervation motrice. (Brain, 1919.)
3. G. RIDDOCH. Les fonctions réflexes dans les sections complètes de la
moelle chez l'homme. (Brain, 1917.)
cellules motrices médullaires ait été très augmentée du fait des lésions
encéphaliques diffuses présentées par notre malade. Foix admet d'ailleurs
que les lésions des voies extrapyramidales, particulièrement des corps
striés participent très probablement à la pathogénie des contractures en
flexion. De nouvelles observations anatomo-cliniques sont nécessaires
pour élucider cette question.
Si maintenant on cherche à préciser quels sont les symptômes qui
se retrouvent dans toutes les paraplégies en flexion, nous n'en trouvons
qu'un seul dont l'importance a d'ailleurs été mise en lumière par tous
les auteurs qui ont étudié ce type de paraplégie, c'est l'exaltation des
réflexes d'automatisme médullaire. La contracture en flexion est liée à
l'exagération de l'automatisme médullaire et elle peut être considérée,
dit Foixt, « comme un phénomène des
raccourcisseurs fixé et par
conséquent comme une contracture d'automatisme ». Babinski, pour
bien mettre en évidence le rôle des réflexes de défense dans cette forme
de paraplégie, la désigne sous le nom de type cutanéo-réflexe par oppo-
sition au type tendino-réflexe dans lequel la contracture dépend de la
surréflectivité tendineuse.
Il y a lieu de remarquer toutefois que l'attitude en flexion ne se pro-
duit pas dans toutes les paraplégies spasmodiques s'accompagnant d'une
exaltation des réflexes de défense (Déjerine). Donc l'exagération de
l'automatisme médullaire n'est pas suffisante pour expliquer le type en
flexion des paraplégiques, mais on peut dire qu'elle est indispensable.
L'abolition ou la diminution des réflexes tendineux ne peut être
considérée comme un symptôme constant de cette variété de paraplégie
puisqu'ilexistedes cas dans lesquels les réflexes tendineux sont exagérés.
Les lésions qui conditionnent la paraplégie en flexion sont variables
comme nature et localisation. Les premières observations semblaient
montrer que ce type s'observait dans les cas de compression de la
moelle ou du bulbe, de sclérose spinale n'entraînant pas la dégénération
des faisceaux pyramidaux (Nicaud)2. D'après les divers cas cités plus
haut, on peut conclure que cette forme de paraplégie peut s'observer au
cours de toutes les affections intéressant l'axe nerveux pourvu qu'elles
entraînent une exaltation de l'automatisme médullaire. Elle est liée à
des processus anatomiques variables (Pierret et Duhot)3. Elle peut
dépendre soit de lésions destructives (tumeurs sarcomateuses, myélite
aiguë, méningo-myélite, sclérose latérale, sclérose en plaques, nécrose
des lobules paracentraux, sclérose cérébrale sénile, sclérose cérébrale

i. Ch. Foix. Rapport sur les compressions médullaires (Soc. de neural.,


réunions des 8-9 juin 1923, p. 636.)
2. P. NICAUD. La paraplégie en flexion (These de Paris, 1914.)
3. R. PIERRET et DUHOT. Le syndrome paraplégie avec contracture en
flexion à type cutanéo-rétlexe de Babinski (Echo mèd. du Nord, ann. XVII, 2 mars
1913, p. 101.)
infantile et poliomyélite chronique), soit de lésions irritatives ou simple-
ment compressives sans lésions dégénératives (pachyméningite externe,
compression médullaire parabcèsossifluent, neurofibrome). Le deuxième
cas de Souques, concernant une femme qui guérit d'une paraplégie en
flexion ayant eu une durée de trois ans en est une preuve. La compres-
sion de la moelle par un abcès ossifluent avait déterminé une libération
physiologique et non anatomique de la moelle inférieure. Donc, la
présence de réflexes de défense même très prononcés et de troubles
moteurs des plus accusés n'est pas nécessairement l'expression d'un état
incurable. Par contre le cas de Claude dans lequel la moelle au-dessous
de la x' dorsale « était comprimée et absolument déformée au milieu des
masses néoplasiques, les fibres ne se colorant plus » montre que ce
syndrome peut s'observer quand il y a lésion globale de la moelle lom-
baire. On ne saurait donc actuellement considérer la paraplégie en
flexion comme pathognomonique d'une compression spinale sans
dégénérescences fasciculaires.

EXPLICATION DES FIGURES


FIGURE I. — Paraplégie en flexion. Photographie prise immédiatement
après la mort.
FIGURES 2, 3 et 4. —
Moelle cervicale; moelle dorsale; moelle lombaire.
Méthode de Weigert-Pal. Absence de dégénérescence fasciculaire.
FIGURE 5.
— Corne antérieure
gauche de la moelle lombaire. Méthode de
Nissl. Micros. Zeiss, ocul. 3, obj. D. Atrophie des cellules motrices.
,"R:"

Fi-.U'P,

RUE

A.
DEL

L'ENCÉPHALE
TRAVAIL DU LABORATOIRE DE PSYCHIATRIE DE
L'UNIVERSITÉ ET DU SERVICE
DE PSYCHIATRIE ET DE NEUROLOGIE DU « KOMMUNEHOSPITAL »
A COPENHAGUE (PROF. Dr A. WIMMER)

LA SARCOMATOSE DIFFUSE DES MÉNINGES


(MALADIE D'OLLIVIER)
( Avec une planche hors texte)

PAR
Knud H. KRABBE
(de Copenhague)

La sarcomatose diffuse des méninges, maladie bien caractérisée


quant à l'anatomie pathologique, présente une image clinique très
variable. C'est pourquoi il est de quelque intérêt, quoiqu'on ait déjà
publié un certain nombre de cas de cette maladie, d'observer encore
quelques cas pour chercher des traits qui peuvent apporter une contri-
bution au diagnostic de la maladie déjà dans les premières phases de
son évolution. Voici l'histoire d'un cas que nous avons observé:
Viggo H., âgé de deux ans trois quarts, fils d'un charcutier. Admis au
« Kommunehospital » de Copenhague, le 28 mars 1923, mort là le 17
avril 1923.
Il est né à terme, de manière normale et têta pendant deux mois. A l'âge
de quinze mois, il savait marcher et commença à parler. Il fut atteint dès
l'âge de six mois d'un strabisme convergent, du reste, il était bien portant.
A l'âge de vingt et un mois, il tomba dans une cave, mais sans que cette
chute ait des conséquences. A l'âge de deux ans et trois mois survint de
nouveau un traumatisme de la tête et c'est à partir de cette époque que
ses parents datent sa maladie. Celle-ci commença par des troubles de la
démarche, il marchait le dos courbé, puis il se mit à marcher sur les orteils
et à fléchir les genoux. Il finit par ne plus pouvoir marcher. Sa température
commença à être élevée, il maigrissait et devenait pâle.
Etant considéré comme souffrant d'une tuberculose de la colonne verté-
brale, il fut admis à l'institut Finsen pour être traité à la lumière du soleil
artificiel. L'examen pour l'admission démontra ce qui suit Le petit garçon
était bien orienté, il ne se plaignait pas. Vomissements fréquents. Il perdait
l'urine et les excréments. Il était très émacié. On observait parfois des
secousses dans les extrémités supérieures. Forte raideur de la nuque; la
tête tournée vers la droite. Le bulbe gauche immobile, à pupille dilatée, sans
réaction à la lumière. Ptosis à droite ; l'œil droit mobile, à pupille dilatée
et réagissant à la lumière. Le malade parlait distinctement. Les extrémités
supérieures raides et parétiques tremblaient un peu. Les extrémités infé-
rieures en position de grenouille avaient les muscles flasques et parétiques,
Vif clonus du pied droit. Réaction de Bordet-Wassermann négative, réac-
tion de Pirquet négative.
Après quelques jours de séjour à l'institut Finsen, l'enfant fut transféré
au service des maladies nerveuses du Kommunehospital. L'examen ophtal-
moscopique démontra de l'œdème dans les deux papilles dont les limites
étaient effacées. Les vaisseaux étaient hyperhémiques et tortueux. Les deux
pupilles dilatées, sans réaction à la lumière. Phtosis gauche. Le malade
était alors incapable de mouvoir les yeux. Il y avait une paralysie faciale
gauche. Il était à peine question d'anesthésie faciale. Il murmurait un peu,,
sa mentalité semblait troublée. La tête avait la forme un peu hydrocépha-
lique, les fontanelles étaient fermées.
Extrémités supérieures hypotoniques, muscles des bras et des épaules
atrophiques ; pas d'atrophie certaine des avant-bras et des mains. Réflexes
tendineux abolis. L'extrémité supérieure gauche tout à fait paralysée, sem-
blait analgésique. Les doigts de la main droite se mouvaient un peu, il les
retirait lorsqu'on les piquait.
Les extrémités inférieures étaient tout à fait contractées, la musculature
était atrophique. En percutant le tendon sous-patellaire, il n'apparaît aucun
réflexe rotulien, par contre, il paraît une flexion de tous les orteils. Cette
flexion des orteils augmentait quand on percutait la partie plus distale du
tibia. L'irritation plantaire provoquait aussi cette flexion des orteils, mais
pas d'extension. Les extrémités pouvaient être passivement agitées, dans tous
les jointures, elles étaient hypotoniques et complètement paralysées.
La colonne vertébrale était fortement recourbée en arrière et ne pouvait
pas être courbée en avant. La respiration présentait faiblement le type de
Cheyne-Stoke.
Par la ponction lombaire, il s'évacua environ i centimètre-cubede liquide
jaune gélatineux qui se coagula spontanément. L'examen microscopique
démontra une pléocytose. Les cellules étaient ovoïdes, granulées, du volume
des grandes lymphocytes, mais sans noyau distinct. La réaction de Pandy
présenta une augmentation considérable des albumines.
L'urine donna une faible réaction de sucre.
Pendant le séjour à l'hôpital, la débilité du malade augmenta et il mou-
rut le 17 avril 1923.
Dès le commencement,on avait au « Kommunehospital » diagnostiqué
une sarcomatose diffuse des méninges. Le diagnostic fut porté d'une des-
truction profonde progressive de la moelle épinière, à laquelle s'ajoutaient
des symptômes de tumeur à la base du cerveau. L'examen du liquide
céphalo-rachidiensoutint ce diagnostic.
L'autopsie le confirma. Toute la dure-mère de la moelle épinière était
gonflée comme un long saucisson. Lorsqu'on fit des coupes transversales,
on vit la moelle épinière enfermée dans toute sa longueur dans une masse
qui distendait la dure-mère, mais qui ne la transperçait pas. La tumeur
s'étendait, de plus, à la surface inférieure du bulbe, de la protubérance et en
partie sur celle du cervelet (fig. 1). L'examen microscopique démontra que la
tumeur était un sarcome globo-cellulaire à très grande vascularisation,plutôt
même un angio-sarcome globo-cellulaire. La moelle épinière, colorée par la
méthode dela myéline présentait devastes dégénérescences des gaines myé-
liniques, surtout dans les parties périphériques de la moelle.
C'est Ollivier qui le premier a donné la description d'un cas de
tumeur, un sarcome sans doute, envahissant en grande extension les
méninges du cerveau et de la moelle.
Il s'agissait du petit Jean Legrand, âgé de onze ans et demi qui était
entré à l'Hôpital des Enfants en 1823. Cet enfant, habituellement bien
portant, avait été pris six mois auparavant de céphalalgies très intenses ;
en outre, il avait quelquefois des vomissements. Ses facultés intellec-
tuelles s'affaiblissaient, il n'avait plus de mémoire, était triste, n'avait
plus de goût à rien. La vue s'affaiblissait aussi. En cet état, il eut une
éruption croûteuse à la tête. Les vomissements augmentèrent et il parut
de légères convulsions dans les yeux; il ne distinguait plus les objets
qu'on lui présentait. Puis il eut des accès convulsifs, des mouvements
continuels, une agitation extrême. A son entrée à l'hôpital, il avait un
renversement de la tête en arrière avec céphalalgie très intense ; impos-
sibilité de se tenir assis; pupilles dilatées et sensibles à la lumière, mais
impossibilité de reconnaître les personnes ou les objets proches. L'ouïe
et la voix n'étaient pas altérées, les membres étaient sensibles et se
remuaient facilement, mais ils étaient douloureux, le pouls petit, lent et
irrégulier. Le lendemain, l'agitation devint extrême, il poussait des cris,
il avait de vives douleurs dans toutes les parties du corps, principalement
dans le dos. La respiration devint très irrégulière, la toux laryngée. Il
ne pouvait se tenir assis. La face était alternativement rouge et pâle ; il
n'avait point d'évacuation alvine. La dernière journée, il ne parla plus,
ne pouvait plus boire et paraissait momentanément comme asphyxié;
il succomba le surlendemain de son admission à l'hôpital.
L autopsie présenta à la partie supérieure du cervelet une tumeur
ayant le volume d'un œuf de pigeon. La dure-mère et l'arachnoïde de
la moelle épinière était saines ; mais au-dessous de la dure-mère, dans
toute la longueur de la moelle et du côté postérieur existait sous forme
de demi-canal cylindrique une couche d'un tissu accidentel formant une
demi-enveloppe bornée à la partie postérieure de la moelle ; elle était
assez ferme, résistante et parcourue par de petits vaisseaux.
Cette description classique d'Ollivier donne, en effet, l'image que
nous trouvons avec quelques variations dans les descriptions des auteurs
de notre temps. C'est une image qui pour un diagnostic du vingtième
siècle porterait sur une tumeur du cerveau. Seulement les douleurs
énormes des membres et du dos, peut-être aussi l'impossibilité complète
du malade de se tenir assis pouvait pointer sur une affection de la moelle
épinière et surtout de ses racines.
Si nous examinons les cas publiés plus tard, nous verrons, dans la
plupart d'entre eux, que ce sont les symptômes de tumeur du cerveau qui
caractérisent le commencement de la maladie.
Coupland et Pasteur ont présenté (1887) à la Société de patho-
logie de Londres deux cas. Le premier cas était une femme, âgée de
vingt-deux ans chez laquelle la maladie avait commencé cinq mois avant
la mort par céphalalgie et vomissements. Deux mois plus tard, elle avait
eu des douleurs du bras droit. Une fatigue progressive et des douleurs
du dos apparurent. L'autre cas était une petite fille âgée de quatre ans
et demi, chez laquelle la maladie commença après une chute grave avec
strabisme, difficultés de démarche et douleurs dans le dos ; puis une
amaurose soudaine apparut.
Dans le cas de Busch (1897), un enfant âgé de neuf ans, la maladie
commence par céphalalgie,vomissements,étourdissements, puis titube-
ment dans la démarche et strabisme.
Le cas de Schroder ( 1899), un homme âgé de vingt-six ans, présente
d'abord des vomissements et un affaiblissement de l'acuité visuelle ;
après six mois il était apparu de la céphalée et des troubles dans la
démarche; l'examen objectif avait démontré : exophtalmie double, ataxie
des extrémités, affaiblissement des réflexes rotuliens. Liquide céphalo-
rachidien jaune verdâtre, albumine o, 15 p. 100.
En 1899, Lereboullet a décrit le cas suivant : Un enfant âgé de quatre
ans présentait une tumeur de l'oreille. Il apparut de la céphalée, des
vomissements, de la constipation,une rétraction de l'abdomen. L'examen
objectif donna : raideur de nuque, signe de Kernig, irrégularité du pouls.
Nonne décrit en 1902, le cas d'une jeune fille âgée de 16 ans,chez
laquelle la maladie commença avec sensation de corps étranger dans
la gorge et avec des attaques de lipothymies. Puis : céphalalgie, rachial-
gies et sacralgies, amaurose aiguë, hallucinations et apathie. L'examen
objectif donna,outre les symptômes cérébraux, une parésie des membres
inférieurs, de l'hypotonie des jambes et une aréflexie rotulienne.
Rindfleish décrit, en 1904, trois cas, le premier sans autopsie. Le
cas II était une petite fille âgée de dix ans qui avait présenté pendant six
semaines : perte d'appétit, fatigue, céphalée, vertige, vomissements,
troubles dans la démarche et des accès épileptiformes. Son cas m, une
jeune fille âgée de vingt et un ans atteinte de syphilis trois ans aupa-
ravant, avait été malade pendant deux semaines, présentant céphalée
somnolence, vertige et délire, puis parésies progressives. Le liquide
céphalo-rachidien était jaune.
Le cas de Schlagenhaufer (1900) femme âgée de trente-sept ans, qui
avait présenté pendant cinq ans un affaiblissement de la jambe droite et
une sensation d anesthésie des doigts. Pendant un an, elle avait eu un
affaiblissement de l'acuité visuelle, des accès de perte de connaissance
et une céphalalgie progressive.
Dufour décrit en 1904 le cas suivant : homme âgée de soixante-quatre
ans,atteint de sarcomatose diffuse, avait perdu ses forces sept mois aupa-,
ravant, ses jambes étaient devenues faibles et amaigries. Une dizaine de
jours avant ces symptômes, il avait eu de la difficulté d'uriner. Il présen-
tait : déviation de la langue, hémiatrophie linguale et dysarthrie. Dufour
semble être le premier à accentuer l'importance de l'examen des cellules
du liquide céphalo-rachidien qui peut contenir ces cellules de tumeur.
Comme dans le cas de Dufour, le cas de Grund (1906) donne d'abord
des symptômes médullaires : affaiblissement progressif de la main droite
avec atrophie et anésthésie; plus tard, céphalée, vomissements et œdème
papillaire, xantochromie du liquide céphalo-rachidien.
Les cas de Rach (1907) présentaient dès le commencement des symp-
tômes cérébraux : douleurs de la nuque, vomissements, convulsions et
inquiétude.
Sicard et Gy ont décrit en 1908 le cas d'un homme âgé de soixante
ans, chez lequel il y avait eu de la céphalée, du vertige, des bourdonnements
de l'oreille. Comme Dufour,ils insistent sur l'existence de cellules de
tumeur dans le liquide céphalo-rachidien.
Wimmer et H.-C. Hall ont décrit en 1913 le cas d'un petit garçon
âgée de douze ans. Pendant deux ans il avait eu de la céphalée et des
vomissements périodiques à diplopie passagère. Il apparut alors une
diminution de l'acuité visuelle, une névrite optique, puis une atrophie
du nerf optique. Plus tard survinrent des accès de parésie, et des trem-
blements firent leur apparition, ainsi qu'une torpidité progressive.
L'examen donna : Absence des réflexes rotuliens et achilléens ; anésthésie
correspondante aux segments cervical vin et dorsal 1, de même qu'aux
pieds.
Si nous résumons les symptômes initiaux de tous ces malades, nous
remarquons qu'ordinairement ce sont les symptômes de tumeur céré-
brale qui dominent dès le début de la maladie, c'est-à-dire la céphalal-
gie, les vomissements, les étourdissements et l'affaiblissement de l'acuité
visuelle. Seulement, dans les cas de Dufour et de Schlagenhaufer, il
semble que ce sont des symptômes médullaires qui se font remarquer
les premiers. Dans notre cas aussi, les premiers symptômes sont des
troubles de la démarche sans que nous puissions dire s'il s'agit d'une dys-
basie médullaireou cérébrale. Au cours de la maladie nous voyons dans plu-
sieurs cas qu'il s'ajoute aux signes de tumeur cérébrale des signes qu'il
faut considérer le plus probablement comme symptômes médullaires : de
vastes atrophies, des troubles de sensibilité très marqués, des douleurs
s'irradiant dans les extrémités; ce sont des signes que nous pouvons
trouver dans les maladies cérébrales, il est vrai, mais très rarement avec
une intensité aussi énorme que dans les cas de sarcomatose diffuse des
méninges de la moelle.
Le diagnostic semble pouvoir être confirmé avant que les symptômes
médullaires se présentent : c'est-à-dire par la ponction lombaire. Dans
presque tous les cas de sarcomatose diffuse des méninges qui ont subi
une ponction lombaire, on a trouvé la xantochromie et la hyperalbumi-
nose du liquide céphalo-rachidien. Et, ce qui est encore plus intéressant,
on a réussi (comme dans les cas de Dufour, de Sicard et Gy et le cas
décrit plus haut) à trouver des cellules de tumeur par l'examen micros-
copique du liquide.
Il est important de pouvoir faire le diagnostic dans une phase préli-
minaire de la maladie; pas en ce qui concerne l'opération qui ne
donnera sans doute aucun résultat heureux, mais en ce qui concerne la
radiothérapie qui, dans ces cas, ne doit pas être limitée à la région céré-
brale postérieure. Il faut absolument soumettre toute la moelle épinière
à un traitement radiothérapique.
Ce que nous allons conclure de ces cas,c'est ce qui suit. Dans les
cas de tumeur de cerveau, surtout chez les enfants, qui présentent une
rapide évolution des symptômes et qui semblent être localisés au cer-
velet et à la région bulbo-protubérantielle, il est nécessaire de faire le
plus tôt possible un examen microscopique et chimique du liquide
céphalo-rachidien. De plus, il est nécessaire de faire un examen détaillé
concernant les symptômes éventuels du côté de la moelle épinière. Si
on obtient des résultats positifs dans ces deux examens, il sera indiqué
d'employer la radiothérapie, non seulement dans la région du cervelet,
mais aussi dans toute l'extension de la moelle épinière et de la queuedu
cheval.

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TRAVAIL DU SERVICE DE PROPHYLAXIE MENTALE DU DOCTEUR TOULOUSE

IMPULSIONS AU TATOUAGE
ET PERVERSIONS SEXUELLES
PAR
Roger DUPOUY et E. MINKOWSKI

Les troubles particuliers dont il sera question n'ont pu être étudiés


chez notre malade d'une façon complète en raison de certaines réticences
et du trop petit nombre d'examens psychologiques auxquels nous avons
pu le soumettre. Il s'agit cependant d'un ensemble de symptômes telle-
ment rares qu'ils méritent d'être décrits, même partiellement.
P..., commerçant, âgé de vingt-sept ans, vient consulter au dispensaire
de prophylaxie mentale dirigé par le docteur Toulouse; il est atteint, depuis
deux ans, dit-il, de la « manie du tatouage ».
Il y a plusieurs années, avant la guerre, il lit dans un numéro des Lectures
pour tous un article sur le tatouage; il n'y attache à ce moment-là que peu
d'importance et n'y arrête point sa pensée. Il y a deux ans, il voit incidemment,
au restaurant, un homme tatoué; l'article lu antérieurement lui revient alors
et l'idée de se tatouer surgit en son esprit. Il recherche l'article en question
et procède au premier tatouage, selon les indications qu'il y trouve. Depuis,
il ne peut s'empêcher de recommencer de temps en temps. Quand il voit
quelque chose ayant trait au tatouage, son désir morbide s'empare de lui;
mais il y succombe également sans qu'aucun événement extérieur vienne en
apparence l'évoquer. Il a essayé de lutter, mais sans succès ; c'est plus fort
que lui; il s'agit d'une impulsion irrésistible. Après avoir cédé à celle-ci, il
éprouve chaque fois un sentiment de bien-être général, suivi habituellement
de lassitude et de dépression.
P... porte les traces de son impulsion morbide : ce sont de simples figures
géométriques (en forme de losanges), disposées en arc sur la poitrine.
Ces traces l'ennuient; il a essayé de les enlever, mais, ayant probablement
employé un mauvais procédé, n'a pas obtenu le résultat voulu.
P... est fils unique. Il va au lycée jusqu'à l'âge de seize ans et demi; la
mort de son père l'oblige à interrompre ses études; il fait alors son apprentis-
sage d'électricien et s'établit ensuite à son propre compte.
A l'âge de onze ou douze ans, il avait souvent des cauchemars nocturnes,
il voyait une grande roue venir sur lui. Il se réveillait en sursaut; ses parents
lui mettaient des compresses froides sur la tête. Pendant assez longtemps, il
avait eu l'habitude de se ronger les ongles.
Tempérament calme, endormi même; était souvent distrait, « dans la
lune ». Il n'aurait jamais eu d'ami; ses camarades le tenaient à l'écart et se
moquaient de lui. Son père, professeur, était très sévère et lui défendait de
jouer. Sa mère vit encore, elle le soutenait plutôt contre son père.
Se marie il y a trois ans; a un garçon âgé de trois mois. Sa femme est ner-
veuse, lente, irritable ; quelques accrocs dans le ménage pour cette raison.
Jusqu'à l'âge de dix-huit ans, reste tout à fait ignorant des questions
sexuelles; n'éprouve aucun désir, aucune curiosité, n'y pense même pas. A
dix-huit ans, premiers rapports, continue ensuite, les espaçant plutôt ; en même
temps, depuis ses premiers rapports, se livre à l'onanisme, chose qu'il ne fai-
sait jamais avant. Maintient, en partie, ces pratiques, même une fois marié ;
cependant les abandonne entièrement depuis l'apparition de l'impulsion au
tatouage.
Cette impulsion l'assaille « par crises i; il lui est arrivé déjà de rester six
mois sans y céder; il sent d'ailleurs la crise venir et réussit à la couper, en
ayant des rapports conjugaux avec sa femme.
Quand il se tatoue, il ne ressent aucune douleur, il est, à ce moment, tout
à fait insensible.
P... nous fait ce récit d'une voix monotone; sa mimique est peu expressive,
ses associations sont courtes; il semble rester impassible et ne s'anime un peu
que quand il nous parle de son enfant.
En résumé : individu ayant toujours vécu d'une façon solitaire, à
l'écart des autres; tempérament taciturne ; pauvreté des manifestations
extérieures d'ordre émotionnel; quelques troubles nerveux dès son
jeune âge : cauchemars, onychophagie ; évolution tardive et anor-
male (début simultané de l'onanisme et de rapports hétéro-sexuels) de
la vie sexuelle consciente; il y a deux ans, apparition de l'impulsion au
tatouage; rapports étroits entre cette anomalie et la vie sexuelle, plus
particulièrement l'onanisme, l'impulsion étant devenue, semble-t-il, un
succédané de celui-ci.
Le récit du malade a pu être complété dans la suite, par quelques
données fournies par sa femme qui, elle aussi, vient nous demander
conseil.
Nous apprenons ainsi que P... est encore atteint d'autres perversions qui
rendent la vie conjugale extrêmement pénible; contrairement à la « manie du
tatouage », il nous avait dissimulé celles-ci. Au moment des rapports sexuels,
chaque fois, il se colorie tout le corps; sans faire de dessins précis, il se
met de la peinture partout; quand il n'a pas de couleurs sous la main, il les
remplace par l'encre de chine. Une part d'exhibitionnisme intervient : il exige
que la lumière reste allumée pour se voir et se faire voir. Il demande à sa
femme de se prêter aux mêmes pratiques et de se laisser faire au moins
quelques traits de couleur sur la figure ou de l'aider à se colorier. Elle s'y est
d'ailleurs toujours refusée, sauf deux ou trois fois où elle a cédé à ses prières.
Après, il pleure parfois et lui demande pardon.
P... lui-même nous confirme ultérieurement ces dires de sa femme qui nous
fournit encore d'autres détails intéressants. P... n'est guère sensuel. Sa femme
« n'aime pas ses caresses » et rêve souvent à son premier fiancé qu'elle a
perdu à la guerre.
Elle est malheureuse en ménage; les « manies » de son mari n'en sont
d'ailleurs pas la cause unique; elle se heurte, en plus, à son caractère bizarre
et désagréable ; très dur pour lui-même, il n'a guère de ménagements pour les
autres. Sa vie a entièrement changé après le mariage; très choyée chez elle,
elle doit maintenant s'occuper du ménage et fournir en même temps un travail
considérable au magasin; son mari l'exige d'elle et n'admet pas qu'elle puisse
avoir besoin, de temps en temps de repos, de changement et de détente. Il ne
pense qu'à son commerce; c'est l'unique chose qui existe pour lui dans la vie,
tout le reste ne compte pas. Toute son énergie est absorbée par le magasin;
tout l'argent y passe, de sorte qu'ils sont obligés de se priver dans le ménage
même de choses nécessaires. Il travaille énormément, mais ne réussit pas
dans ses affaires; il voit tout en grand, achète constamment de nouvelles
marchandises, projette, sans répit, des modifications importantes dans le
magasin, fait des réclames très coûteuses et enfin, quand les échéances
approchent, est obligé, pour s'acquitter, de vendre à perte.
(Détail assez caractéristique pour la psychologie de la femme : une pointe
de jalousie perce dans ses dires par rapport au magasin. Elle en veut à ce
maudit magasin ; ils auraient pu être bien plus heureux s'il n'était pas là ; elle
se résignerait, à la rigueur, à supporter les « manies Î de son mari, si seule-
ment il se montrait gentil pour elle; mais il est entièrement absorbé par le
magasin et la vie à deux est intenable; plus d'une fois, elle lui a dit qu'elle
désirait sincèrement qu'il fasse faillite, ceci pourrait encore les sauver tous).
Il est égoïste, bizarre et irritable, comme d'ailleurs toute sa famille. Quand
il achète pour lui-même, tout doit être de bonne qualité; quand il s'agit d'elle,
par contre, il exige que ce soit bon marché. Il surveille ses comptes et lui
refuse la moindre dépense supplémentaire; elle aime lire, il lui fait des
reproches quand elle achète un livre. Il tient énormément, d'une façon mor-
bide même, à l'argent; en voici un exemple il ont en banlieue un petit
:
jardin; un dimanche, un de ses oncles à elle vient avec eux et, sur son insi-
stance, emporte quelques fruits; son mari retient alors la valeur de ces fruits
sur la somme qu'il lui donne par mois pour le ménage ; il trouve cela tout
naturel; des cas analogues se produisent fréquemment.
Il n'a ni ami, ni camarade ils ne fréquentent personne et ne sortent guère.
;
Elle croit qu'il est attaché à elle et qu'il l'aime à sa façon, mais il n'a jamais
su le manifester avec un peu de tendresse, comme elle l'aurait désiré; au
moment des fiançailles, il ne lui offre que des objets utiles, une valise, un
dictionnaire, etc., mais jamais une fleur, un bibelot; jamais une caresse,
jamais une gentillesse de sa part. Il achète cependant des objets inutiles et
des bibelots à sa mère. Celle-ci doit subir une opération, il ne pense pas
aux frais et veut que l'opération soit faite dans les meilleures conditions ; au
contraire, quand il s'agit de son accouchement à elle, il ne veut consentir la
moindre dépense; il aime certainement beaucoup sa mère. Ici Mme P...
s'arrête, réfléchit et ajoute : < Oui, il l'aime, mais également d'une façon
étrange, jamais je ne l'ai vu l'embrasser; il ne l'aime certainement pas de la
même manière que moi la mienne. »

Nous pouvons maintenant compléter le résumé que nous avons fait


tout à l'heure. Il existe, en dehors des impulsions au tatouage dont
l'origine sexuelle semble plus que probable, une autre perversion parti-
culière : le malade se colorie entièrement au moment de l acte sexuel.
Il cherche à se voir et à se montrer ainsi (exhibitionnisme). Nous obser-
actives .
vons à côté de ces troubles un désordre accusé des facultés
fixation exclusive de son énergie personnelle à son activité commerciale,
façon
avec incapacité consécutive de mesurer et de diriger celle-ci d une
conforme aux circonstances; manifestations d'avarice pathologique;
lacunes considérables, par rapport aux autres, du côté sentimental de sa
vie; incapacité foncière d'apporter une note plus chaude et plus tendre
dans sa vie conjugale ; froideur, tendance à l'isolement. Il existe peut-être,
de
en outre, une fixation pathologique de son affectuosité à la personne
la mère.
Nous ne saurions, certes, affirmer que des liens profonds, de nature
causale, rattachent, entre elles, toutes les diverses manifestations mor-
bides que nous venons d'énumérer notre analyse n'a pu être poussée
:

assez loin, à ce point de vue, et la possibilité d'une coïncidence fortuite


ne saurait être exclue entièrement pour l'une ou l'autre de ces manifes-
tations. L'existence de tels liens est cependant, en principe, très pro-
bable ; les perversions sexuelles, se rapportant à un des instincts
primordiaux, vont tout naturellement de pair avec d'autres anomalies
importantes qui concernent l'évolution harmonieuse de la personnalité
humaine.
Dans les monographies concernant le tatouage1, celui-ci est examiné
avant tout au point de vue ethnographique et médico-légal. Les facteurs
psychologiques d'ordre individuel n'interviennent naturellement pas
dans les études ethnographiques; c'est une coutume bien établie qui
règle dans chaque peuplade le genre et le cérémoniel du tatouage et qui
lui confère sa signification particulière ; des rapports plus étroits avec
la vie sexuelle sont fréquents, mais ne peuvent être considérés comme
règle absolue. Ce sont également des facteurs de psychologie collective
que nous trouvons à la base du tatouage, dans les sociétés modernes.
En premier lieu vient l'imitation. Elle explique la fréquence des
tatouages dans certains milieux spéciaux; elle détermine également
l'apparition, d'une façon épisodique, même dans les classes les plus
élevées de la société, de véritables épidémies, en faisant du tatouage une
chose « à la mode ». Lombroso avait essayé, il est vrai, d'établir un
rapport plus étroit entre le tatouage, d'une part, et la dégénérescence
mentale et la criminalité de l'autre. Cesconclusions cependant n'ont pas
été confirmées par la suite. Il n'existe pas de relation constante entre le
tatouage et la gravité de la peine encourue. C'est bien davantage l'imi-
tation et l'ennui qui déterminent la fréquence relative des tatouages chez

i. La plus récente parmi celles-ci est celle de M. Paul CATTANI. (Zurich)


Das Tatauieren, Benno Schwabe et Cie, éditeur, Bâle, 1922. Nous trouvons
dans cette étude une bibliographie très documentée des ouvrages antérieurs.
les détenus. Bien souvent, le nombre des tatouages augmente régulière-
ment avec le nombre de peines de prison purgées. L'ennui expliquerait
d'ailleurs également la recrudescence du tatôuage pendant la guerre.
M. Cattani a eu l'occasion de l'observer fréquemment chez les prison-
. niers internés en Suisse.
Le côté médico-légal du tatouage concerne son utilisation pour
l'identification judiciaire, les complications pouvant survenir à sa suite
(érysipèle, lymphangite, syphilis, etc.), les tatouages pratiqués contre le
gré du sujet et d'autres questions semblables. Il ne peut nous intéresser
ici.
Le cas que nous venons de relater appartient, lui, à la psychopatho-
logie individuelle. Des mobiles franchement morbides poussent notre
malade au tatouage. Il s'agit chez lui de véritables impulsions au
tatouage et au coloriage. Elles doivent être rangées, après ce qui a été
dit plus haut, dans le chapitre des impulsions et des perversions sexuelles.
Des cas pareils semblent être fort rares; nous n'en avons pas trouvé dans
la bibliographie. On rencontre seulement,incidemment, des descriptions
permettant de supposer que le facteur psychopathologique joue, dans
certains cas, un rôle primordial. Le Blond et Lucas1, par exemple,
parlent d'un richissime vieillard qui trouvait un réel plaisir à se faire
dessiner des tatouages variés sur les différentes parties du corps et faisait
venir fréquemment chez lui, dans ce but, un tatoueur professionnel.
L'analyse de faits semblables permettra, avec le temps, d'étudier plus à
fond les cas de tatouage relevant de la psychopathologie, dans le sens
strict du mot.

i. Albert Le BLOND et Arthur LUCAS. Du tatouage cher les prostituées


Paris, 1899, p. 92.
CONTRIBUTION A LA PSYCHOLOGIE
DES ÉTATS DITS SCHIZOPHRÉNIQUES
PAR
A. HESNARD et R. LAFORGUE
(de Bordeaux) (de Paris)

Les très consciencieuses études du professeur Bleuler commencent


enfin à se répandre dans notre pays. Et il faut reconnaître que, si nos
auteurs classiques ont laissé des descriptions cliniques parfaites des syn-
dromes variés réunis actuellement sous le terme générique de démence
précoce, certains symptômes morbides utiles à la compréhension de ces
états nous ont été vraiment révélés par l'école de Zurich.
Tel est l'autisme, cette tendance foncière; — névropathique ou psycho-
pathique—parfois lointainement constitutionnelle, à ce que H. Claude
a nommé l'intériorisation mentale, au repliement sur un monde intérieur,
imaginaire, dont rien parfois ne transparaît au dehors de l'individu.
Certains psychopathes, apparemment obnubilés ou absents, présentant
ou non une sorte d'activité de surface mal adaptée au réel (réactions
inadéquates, langage et gestes en rapport avec une interprétation symbo-
lique de l'entourage, etc...) vivent en réalité une vie imaginative intense,
un rêve tenace, dont la connaissance importe essentiellement au psy-
chiatre
L'existence de ce monde intérieur chez certains malades dits grands
névropathes ou même schizophrènes — monde prodigieusement com-
plexe parfois et qui dépasse les limites d'un simple délire — indique en
effet qu'il n'y a pas chez eux (au moins dans les premières phases de la
maladie) de détérioration vraie, de déficit des fonctions affectives. Appa-
remment éteinte en ce qui concerne les objets extérieurs, leur affectivité
est conservée, en ce qui concerne les personnes et les choses qui animent
ou meublent leur rêve morbide; et on a l'impression, en pénétrant dans
cet univers intérieur, que le sujet y prend un intérêt assez puissant pour
renoncer, parfois sans autre raison, à s'occuper sérieusement de la vie
réelle.
i. Voyez l'intéressante et originale étude du professeur CLAUDE et de ses
élèves BOREI. et RoBiN : Considérations sur la constitutionschizoïde, etc... (Encé-
phale, sept.-oct. 1923). Elle fera comprendre que l'analyse de la pensée autiste
peut servir de guide dans une tentative légitime de délimiter le domainenosolo-
gique de la schizophrénie, et d'en isoler, notamment, des états psychogènes
et accessibles à la psychothérapie.
Ce mécanisme, que révèle une analyse attentive de la mentalité de
certains schizophrènes, est-il constant, essentiel ou même spécifique?
Cette force encore mystérieuse qui retranche le malade de la réalité en
éparpillant sa personnalité dans le chaos du rêve délirant, est-elle ou
non secondaire à des causes plus générales et d'ordre plus matérielle-
ment biologique? Nous n'avons nullement l'intention d'aborder ici ce
gigantesque problème de psychiatrie générale.
Nous voulons seulement, à propos de deux cas choisis parmi les états
atténués de transition entre la névrose et la psychose
— que Bleuler
revendique comme les formes initiales ou frustes de la schizophrénie

préciser un peu le mécanisme psychique en vertu duquel le monde ima-
ginaire tend à se substituer au réel.
Nous cherchons surtout à dénoncer le moment critique où, malgré
la conscience très active et parfois même protestataire du sujet, le rêve
morbide, organisé habituellement à l'insu du malade et dans les profon-
deurs de son affectivité, semble parvenir à se faire jour par poussées, à
faire échec à la pensée rationnelle et consciente, puis à s'imposer à sa
place à titre de réalité vivante et vécue.

Observation I. — Il s'agit d'une jeune fille, Mlle Z..., qui présentait,au


moment où nous la vîmes pour la première fois, le tableau clinique suivant
(très résumé) : Impuissance intellectuelle non seulement subjective, mais affec-
tive et l'ayant contrainte à abandonner tout travail. Elle inquiète son entourage
par des périodes de plusieurs heures, durant lesquelles elle est c dans le
vague », l'air absent ou absorbé, ne répondant pas aux questions, immobile.
Interrogée sur son état d'esprit durant ces sortes d'absences, elle répond
qu' « elle croit ne penser à rien P, qu'elle s'aperçoit cependant que le temps
passe sans savoir comment. Elle se sent dans un état complet d' « abrutisse-
ment », est arrivée à s'isoler complètement et la plus grande partie de la
journée dans une vague rêverie, et déclare qu'elle a souvent le sentiment de
« flotter à la dérive ». Parfois, elle se sent prise soudain de terreur, parait
alors réagir par des mouvements d'effroi, puis tombe dans de violentes convul-
sions suivies d'inconscience assez prolongée; elle dit ne conserver aucun sou-
venir des représentations apparemment terrifiantes qui doivent la hanter
durant la crise. D'autres fois, les crises convulsives font place à des tics
multiples, avec mouvements stéréotypés et sans signification expressive nette,
des épaules et de la tête, qui peuvent durer plusieurs heures. Dans ces moments
d'agitation motrice, Mlle X... devient entièrement indifférente à l'entourage,
éprouvant seulement, parfois, des sentiments de dépersonnalisation (trouvant
le monde extérieur c étrange, lointain 1), percevant tout « cemme en rêve »,
c comme si ce n'était pas la réalité »); d'autres fois encore, elle accuse des
visions hallucinatoires horribles : têtes dans lesquelles sont implantées des
épingles, squelettes rampant par terre, un enfant sans tête... un diamant qui
scintille devant ses yeux et l'obsède... et quantité d'autres images qu'elle
n'arrive pas à classer ou à désigner. Elle n'émet aucune hypothèse sur la
cause de ces impressions morbides, de ces crises ni de ces mouvements ; elle
a seulement le sentiment qu'elle finira par sombrer dans l'aliénation mentale.
Nous avons pu, chez cette malade, parfaitement lucide en dehors des symp-
tômes ci-dessus mentionnés, reconstituer, par une analyse psychique minu-
tieuse, la plupart des événements apparemment importants de la vie affective
intime, — dont on commence aujourd'hui, sous l'influence de Freud, et ma'gré
certaines outrances de ses enseignements, à comprendre le grand intérêt
diagnostique chez les psychopathes. Après avoir acquis un certain entraîne-
ment à la reconstitution de ses propres souvenirs, Mlle X... nous fit, entre
autres, connaître, sans qu'on put suspecter sa bonne foi ni attribuer ses
souvenirs à des artifices d'imagination— certains événements impressionnants
contemporains de son éveil sexuel. Ils sont dignes d'être rapportés, tant le lien
entre ces événements infantiles et la nature actuelle de ses rêveries délirantes
s'impose (quelle qu'en soit la nature exacte) : à l'âge de neuf ans, elle avait
contracté des habitudes solitaires qui, chose curieuse, s'accompagnaient de
représentations, — ce ce moment-là intentionnelles et conscientes — dans
lesquelles la note sadique dominait ; la volupté avait pour support, dans cette,
imagination précocement déviée, UQ.jeu d'images de cruautés, en particulier
de scènes de violences où des femmes enceintes étaient soumises à la torture
et réagissaient par des cris de douleur; et le plaisir organique ressenti dans
ces évocations librement acceptées devint si tyrannique par leur répétition
qu'elle en arriva à se livrer à son vice imaginatifdurant plusieurs années avec
une véritable frénésie.
Notons ici que cette pernicieuse culture de sa sensualité avait un autre
sens; elle ne respectait pas certaines images familières aux rêves infantiles,
comme celle de la mère; nous comprendrons plus loin pourquoi.
En grandissant, l'imagination de la fillette élargit la scène de ses évocations
sensuelles; d'autres personnages vinrent l'animer, parmi lesquels, aux envi-
rons de la puberté, des images masculines; mais ces pâles représentations
n'avaient pas l'attirance irrésistible des premières qui, à plusieurs reprises, la
tentèrent de nouveau. D'un autre côté, ayant acquis la notion des valeurs
morales, elle prit peu à peu honte d'elle-même, se prit à résister très sincère-
ment à son vice, et finalement, à éprouver pour ses rêves sensuels une pro-
fonde horreur. Elle réussit à peu près à s'abstenir de ses tristes habitudes.
Mais, devenue jeune fille, les déboires commencèrent pour elle dans ses pre-
miers contacts avec la vie. Elle eut à subir plusieurs déceptions affectives
dont nous ne pouvons donner les détails. Finalement, dégoùtée de l'existence,
affaiblie au surplus physiquement par une maladie grave, elle renonça au
mariage qui la révoltait pour diverses raisons et se réfugia à nouveau dans
ses rêveries. C'est alors — à l'âge de vingt-cinq ans — qu'un beau jour une
crise la saisit, et que s'installa la symptomatologie dont nous avons parlé plus
haut.
Nous fûmes frappés de ce fait qu'en insistant pour avoir une idée de ce
qui pouvait se passer en elle durant les absences, les rêveries diurnes et les
crises, nous parvînmes à découvrir qu'elle était, au cours de ces paroxysmes
de la névrose, le jouet de rêves à la fois obscurémentvoluptueux et nettement
terrifiants ; ceux.-ci la reportaient en imagination aux « anciennes histoires »,
aux « choses horribles ï qui occupaient son imagination d'enfant; mais ces
scènes de torture qu'elle avait jadis, au moment des premières expériences
sensuelles, recherchées, surgissaient alors en elle d'elles-mêmes, matérialisées
et compliquées par l'angoisse et s'imposaient à elle sous la forme despotique
d'un cauchemar. Éveillée, après sa crise, elle n'en accusait pas le souvenir au
cours des premières séances d'examen médical. Mais elle finissait par en
retrouver la trace dans sa mémoire, quand, mise sur la voie par l'évocation de
ses terreurs, elle s'abandonnait aux associations d'images qui lui venaient à
l'esprit; à la manière d'un dormeur qui, revenu à l'état de veille, reconstitue—
d'abord avec effort, puis avec des éclairs soudains de conscience — les péri-
péties d'un songe nocturne.
Ce résultat nous engagea à poursuivre notre analyse en recherchant suivant
quel mécanisme ces imaginations infantiles, apparemment assoupies durant
de longues années, pouvaient ainsi revivre de façon si fâcheuse pour son
équilibre psychique.
Notre étude de son évolution mentale nous apprit que c'était vers la
douzième année qu'étaient apparues les premières manifestations de sa person-
nalité sociale. A ce moment-là, elle avait renoncé, sinon à ses pratiques soli- -
taires, du moins à ne plus provoquer consciemment ces écarts d'imagination
qu'elle considérait depuis un certain temps déjà comme abominables. Or,
c'est à ce moment précis de sa vie que commencèrent à se manifester les pre-
miers signes extérieurs de sa constitution mentale défectueuse : isolement,
rêverie, tempérament maladif. Il est possible, sinon probable, que cette ten-
dance à l'intériorisation fut chez elle, à ce moment, et resta, depuis, en parallé-
lisme — malgré l'ignorance de la malade — avec ses hantises imaginatives
datant du jeune âge.
Il nous restait à préciser la genèse, dans son cerveau d'enfant, de ce
complexe d'images impressionnantes relatives aux préoccupations sadiques et
à la mère. Or, à l'âge de cinq ans, la fillette s'était trouvée, durant un accou-
chement de sa mère, dans une chambre à côté et avait été très profondément
troublée par les bruits mystérieux qu'elle y entendait et par les cris terrifiants
de sa maman chérie. Très attachée à celle-ci, elle avait éprouvé, durant toute
son enfance, une certaine antipathie secrète contre son père, motivée, — dans
sa logique sentimentale d'enfant — par des quantités de petits faits qu'il serait
trop long de rapporter et qui sont très significatifs de l'influence paternelle
défavorable sur la malade. — Ajoutons qu'en dehors de sa névrose, la malade
avait toute sa vie trahi, par diverses particularités de son bizarre caractère,
l'existence, en elle d'une contradiction, d'un antagonisme entre certains de
ses sentiments très violents et la personnalité morale sévère qu'elle s'était
imposée en grandissant.

Pour les psychanalystes, une telle observation serait un précieux


argument : le refoulement d'un complexe maternel sadique, c'est-à-dire
d'une déviation de la tendresse infantile (avec régression de l'énergie
affective non sublimée vers les formes inférieures de la sexualité) par
la censure morale, créerait en pareil cas une ambivalence, c'est-à-dire
un partage des forces morales en deux directions : l'une imposée par le
besoin organique du plaisir physique, très solidement inscrit dans la
constitution mentale malléable de l'enfant, l'autre tentée par les
exigences ultérieures de la personnalité morale. C'est ce conflit qui
s'exprimerait par la lutte des énergies inconscientes, du rêve autistique,
contre l'activité consciente; lutte qui tendrait à dissocier la personnalité
pour aboutir à l'état schizophrénique.
Mais cette explication en apparence très simple, qui fait appel à des
quantités d'hypothèses purement psychologiques et paraît pouvoir se
passer facilement de toutes les conditions biologiques de la névrose,
nous semble pour le moins inutile ici. Sans fournir aucune interpréta-
tion, nous nous bornons à souligner dans cette observation,parmi tant
d'autres, deux faits intéressants ; en ce qui concerne seulement le
« contenu » de la psychose : l'identité apparente du monde imaginaire
qui peuplait l'autisme de cette jeune fille et celui de ses rêveries infan-
tiles d'une part; et de l'autre, le parallélisme assez manifeste du déve-
loppement de sa névrose avec le refus de l'évocation consciente touchant
ses imaginations sensuelles.

Observation II. — Un jeune homme, M. J..., dont l'inintérêt à la réalité est


encore plus prononcé que dans le cas précédent, est venu consulter pour une
dépression psychique profonde avec impuissance, sexuelle. Cette dépression,
accompagnée de divers symptômes, entraine chez lui un tel état de distraction
qu'il lui arrive — fait contrôlé par l'entourage — de s'arrêter dans une lecture,
au milieu d'une phrase, de rêvasser durant deux ou trois heures sans s'aper-
cevoir que le temps passe, puis de reprendre son livre, persuadé de ne s'être
interrompu que durant un bref instant. Cette rêverie, qu'il croit inconsistante,
ne lui laisse pas de souvenirs ; et ce fait est d'autant plus remarquable qu'il
s'agit d'un intellectuel qui passe, dans son milieu, pour supérieurement doué.
Il ne s'intéresse plus à rien dans la vie. De plus, son caractère a changé et il
existe chez lui, entre autres signes cliniques objectifs, un certain degré de
maniérisme dans les gestes et la façon d'être générale. Si bien qu'un pronostic
assez sévère a été porté au sujet de ce malade, qui présente un syndrome
dépassant assez notablement le cadre de la simple névrose et ressemble assez
à un état schizophrénique.
Ayant procédé à son égard comme à celui de Mlle X..., nous fûmes vite
renseignés sur les terribles circonstances qui avaient présidé au développement
de ses premiers sentiments familiaux. En résumé, l'amour maternel, et,
par
suite, toutes les aspirations de la tendresse infantile, s'étaient révélés pour lui
sous une forme particulièrement odieuse : sa mère haïssait son mari de toutes
les forces de son âme et de sa féminité, et avait reporté sur l'enfant l'implacable
antipathie qu'elle éprouvait pour le père. Sa jeunesse s'était écoulée dans les
affres d'une misère morale indescriptible et il semble bien qu'il était vraiment
dans l intention inavouée de cette malheureuse femme de laisser mourir son
fils en le privant des soins les plus élémentaires de propreté
comme en lui
faisant endurer les brutalités les plus révoltantes. Notre malade porte d'ailleurs
les cicatrices des nombreuses blessures qui résultèrent de
ce traitement; et,
sans l'intervention énergique de son oncle, il n'aurait probablementpas résisté
à ce genre d'éducation. Or ses rêveries morbides le reportent régulièrement à
cette période critique de sa formation morale ; comme dans l'observation pré-
le
cédente, sujet, en pleine distraction apparente, a l'esprit occupé d'une sorte
de hantise imaginative, dont les scènes reproduisent des thèmes variés sur
un même motif :la volupté par le sang et la violence, le viol avec meurtre.
Voici par exemple, quelques associations (trés résumées) recueillies au
cours de ses « absences :c( Une femme... il faudrait qu'elle soit morte... jeune
®

encore, je la vois nue... Il me semble que j'aurais pu la tuer. Aucune saveur


n'égale celle de la mort... la mort dans la volupté. Je suis sûr que si je ne
devais pas connaître l'amour autrement, je serais capable de cela... Aimer une
femme en la haïssant... tout ce besoin de destruction qui est en moi... etc... ».
Prenant un jour plus conscience de son état, il ajoute : « Depuis que je
fais attention à mes pensées, je commence à m'en apercevoir... Et ce qu'il y a
de pire, c'est que je n'ai pas de.remords. Comment voulez-vous qu'on ait
d'autres idées si l'on n'a connu les premières tendresses que sous cette forme? »
Il est évident que cet homme bien élevé et doué d'un sens moral supérieur,
quand la lucidité lui revient se révolte contre les tendances qui se font jour
dans ses rêveries. Mais cette confrontation du sujet avec lui-même n'a pour
ainsi dire jamais lieu. Nous insistons en effet sur ce fait de la dissociation
frappante chez lui, du rêve inavouable et l'activité consciente : les préoccu-
pations érotiques choquantes apparaissent et se réalisent au cours d'une sorte
d'état second, comme par suite d'un clivage de la personnalité; et le sujet
n'arrive, avec l'aide du médecin, à les évoquer que comme l'homme normal
parvient à percevoir un songe. Plus même, notre malade a l'impression,devant
ce monde imaginaire dont il a peine à accepter l'existence en lui-même, de
pensées étrangères à sa propre nature morale; et s'il lui arrive d'être obligé
de les constater clairement dans son souvenir, il les rejette de sa propre per-
sonne en les considérant alors comme des réalités extérieures à lui, c'est-à-dire
en les interprétant comme des scènes objectives jouées devant ses yeux; ce
qui rend délicat le problème de savoir s'il n'est pas parfois, au cours de ses
absences, plus halluciné que rêveur.

Cette deuxième observation, que nous avons dû considérablement


résumer, est partiellement superposable à la première, en ce qu'elle met
en évidence, comme elle, l'importance, dans la détermination du contenu
de la psychose, des conflits d'ordre affectif, sexuel notamment. En
outre, elle offre ceci d'intéressant que le monde imaginaire morbide qui
peuple la rêverie du malade l'absorbe à un point tel qu'il compromet
déjà gravement l'harmonie de son être psychique.
Comme précédemment, il serait d'un intérêt psychiatrique capital
de savoir dans quelle mesure cette hantise des scènes de son enfance
est, chez notre malade, une cause de sa psychose, ou quel rôle peut
jouer dans la pathogénie de ses symptômes mentaux la mauvaise orien-
tation imprimée accidentellement à son affectivité par les misères de son
éducation morale. Mais, encore une fois, cette question n est pas du
cadre de notre travail, qu'inspira uniquement le désir de projeter
quelque lumière — ne fût-ce que par une étroite fissure — dans le
mystère de la conscience individuelle.
BULLETIN DES SOCIÉTÉS SAVANTES
(NEUROLOGIE-PSYCHIATRIE)

I. SOCIÉTÉ DE NEUROLOGIE.
— II. SOCIÉTÉ MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.
III. SOCIÉTÉ CLINIQUE DE MÉDECINE MENTALE. IV. SOCIÉTÉ DE

PSYCHIATRIE.
I. — Société de neurologie
^ SÉANCE DU 7 DÉCEMBRE 1923

Présidence de M. André-Thomas
Myopathie atrophique localisée aux trapèzes et consécutive à un trauma-
tisme, par MM. /. Lhermitte, Cénac et N. Péron. — On s'accorde pour admettre
la fréquence des atrophies musculaires à localisation périscapulaire consé-
cutives aux traumatismes, mais la nature de ces amyotrophies est encore
très discutée. H. Claude, Vigouroux et Lhermitte ont soutenu la nature
myopathique de l'altération musculaire. Le cas présenté par les auteurs
témoigne en faveur de cette pathogénie.
Il s'agit d'un malade âgé de quarante-trois ans atteint de paralysie géné-
rale à évolution rapide. Ce sujet présente une atrophie presque absolue des
deux trapèzes, laquelle se traduit par les déformations vertébrales et scapu-
laires que l'on connaît. Les particularités de ce fait tiennent, d'une part, à
l'étiologie, et, d'autre part, à la nature de cette amyotrophie localisée. Celle-ci
est survenue à la suite d'un violent traumatisme subi à l'âge de six ans.
Depuis cette époque, l'affection n'a subi aucune modification. Quant à la
nature de cette atrophie, les auteurs se basent sur une série d'arguments pour
appuyer son origine myopathique. Les plus frappants consistent dans la
localisation de l'atrophie, l'ébauche d'une taille de guêpe, l'absence de réac-
tion de dégénérescence et de troubles moteurs ou sensitifs en rapport avec
une lésion spinale, la présence d'une réaction myotonique légère, ainsi que
d'une hypertrophie localisée au segment acromial du trapèze gauche, enfin
sur les résultats d'une biopsie.
Conservation de la sensibilité profonde de la face après section rétro-gassé-
rienne de la racine postérieure du trijumeau. — MM. A. Souques et Hartmann
présentent un malade chez qui, pour remédier à une névralgie faciale, on
coupa la racine postérieure du trijumeau. Ce malade, suivi depuis trois ans
et demi, a perdu la sensibilité superficielle du côté opéré ; mais, de ce même
côté, la sensibilité profonde est conservée : ainsi la pression, le diapason et
les mouvements des muscles de la face sont perçus normalement ou à peu
près normalement. Les auteurs ont constaté la même dissociation de la sen-
sibilité chez de nombreux malades ayant subi la même section de la racine
postérieure du trijumeau. Ils pensent que les fibres de la sensibilité profonde
de la face ne doivent pas venir du trijumeau, en tout cas qu'elles ne passent
pas par la racine postérieure de ce nerf, et qu'elles viennent probablement
du facial.
Dysphasie et syndrome strié. — MM. E. de Massary et /. Rachet présentent
un malade atteint de bégayement spasmodique apparu à l'âge de trois ans,
accompagné de spasmes de la face et de mouvements choréo-athétosiques
des doigts. Imputable à une lésion des noyaux striés, ce syndrome s'exagère
dans les efforts et aboutit, après une phase de contracture, à une élocution
normale. Ce trouble peut être rapproché des phénomènes de kinésie para-
doxale décrits par Souques chez les parkinsoniens.
Hémichoréo-tremblement et syndrome de Parinaud lésion pédonculaire. —
:

MM. Halbron, A. Léri et Weissmann-Netter présentent une malade qui,


depuis vingt ans, est atteinte d'un hémitremblement gauche très intense avec
mouvements involontaires plus ou moins choréiformes. Elle avait présenté,
deux ans auparavant, une paralysie faciale droite, puis un syndrome de Weber
(ptosis à droite avec diplopie, hémiparésie à gauche). En même temps que les
troubles du côté de la face et des yeux disparaissaient l'hémitremblement
remplaçait l'hémiparésie ; il avait l'allure complexe de ceux que l'on observe
dans les syndromes de Benedikt. Avec cet hémitremblement, on constate
aujourd'hui un syndrome de Parinaud, paralysi-e des mouvements associés
verticaux du regard.
Cette association (hémichoréo-tremblement, syndrome de Weber tempo-
raire, syndrome de Parinaud persistant) autorise à localiser la lésion causale
à la région pédonculaire ; il s'agit très probablement d'un ramollissement
par artérite spécifique et le vaisseau altéré est de ceux qui, s'enfonçant dans
le pédoncule par sa face antérieure, irrigue la partie antéro-supérieure du
noyau rouge, puis les voies cortico-nucléaires oculo-motrices immédiate-
ment en avant et au-dessus des noyaux de la IIIE paire. L'association des
symptômes permet ainsi de situer dans le pédoncule à la fois l'hémitremble-
ment et le syndrome de Parinaud.
Sur le réflexe croisé chez le homard et l'écrevisse. — La recherche des
réflexes dits de défense chez le homard a conduit M. J. Babinski à constater,
entre autres particularités, des mouvements réflexes croisés des pinces, le
crossed reflex. Il y avait lieu de penser a priori que le réflexe croisé devait
exister à l'état normal dans certaines espèces occupant un niveau relative-
ment peu élevé dans la hiérarchie zoologique. Or, c'est précisément ce que
l'on peut observer chez le homard et l'écrevisse.
Si le homard repose sur sa face ventrale ou s'il est maintenu par sa cara-
pace, les pinces étant pendantes, on constate souvent qu'en percutant l'une
de ces pinces les divers segments qui la constituent fléchissent les uns sur
les autres, tandis que les segments de l'autre pince s'étendent plus ou moins.
Puis, lorsqu'on percute cette dernière, elle fléchit à son tour, tandis que la
première exécute un mouvement très net d'extension, et il est parfois pos-
sible d'obtenir plusieurs fois le réflexe croisé, les deux pinces fléchissant et
s'étendant d'une manière alternative.
De l'évolution terminale des myoclonies de l'encéphalite épidémique. —
M. E. Krebs a continué à suivre les malades chez qui il s'est attaché, il y a
deux ans, à préciser les caractères intrinsèques des myoclonies de l'encépha-
lite (synchronisme des secousses, anomalies des synergies [musculaires, réveil
ou accentuation des phénomènes physiologiques, réflexes ou volontaires,,
qui déterminent un état de tonus ou de contraction statique des muscles).
Ces caractères se vérifient jusqu'à la fin de ces troubles moteurs; le synchro-
nisme, en particulier, survit à la régularité de rythme, il persiste jusqu'à
l'arrêt définitif des secousses dans les muscles.
Petits signes révélateurs de la phase prodromique de la maladie de Parkinson.
— M. le professeur eri (de Bologne) présente un malade qui, depuis deux
N
ans, à la suite d'un épisode fébrile léger étiqueté grippe, accuse un syndrome
subjectif à type neurasthénique avec phénomènes vaso-moteurs, asthénie,
céphalée, sialorrhée, besoins de se déplacer, insomnie. Chez ce malade, qui
n'a aucunement l'aspect d'un parkinsonien, l'examen montre les signes sui-
vants :
i° Un syndrome végétatif (acrocyanose, accès de vaso-dilatation faciale,
bradycardie, sialorrhée, polyurie);
20 Un syndrome myotonique (accès de secousses myocloniques dans un
faisceau du sterno-cléido-mastoïdien, léger état d'hypertonie avec perte des
mouvements associés, léger degré de bradycinésie, lenteur de la décontrac-
tion après l'effort, fluctuation de la réflectivité;
3° Enfin, à l'examen électrique une réaction myotonique et parfois
tétanisante, des ondulations rythmées, la nécessité de la sommation des
excitations, enfin des phénomènes de diffusion, par exemple, flexion para-
doxale de la main ou des doigts.
L'auteur pense qu'il s'agit dans ce cas d'une maladie de Parkinson post-
encéphalitique et il souligne l'intérêt de ces signes pour le diagnostic
précoce de la maladie de Parkinson.
Réactions électriques dans les syndromes hypertoniques d'origine extra-py-
ramidale. — MM. Neti et Monier-Vinardprésentent une malade qui accuse
une raideur subjective des quatre membres, raideur disparaissant par l'exer-
cice, des sensations musculaires désagréables la nuit, du besoin de déplace-
ment ; on note, à l'examen, l'hypertonie objective de certains segments, de la
variabilité dans la réponse des réflexes tendineux, des mouvements automa-
tiques des membres.
M. N eri montre l'existence chez cette malade des réactions électriques sur
lesquelles il a attiré l'attention à la séance précédente, à savoir phénomènes
myotoniformes, période de latence entre l'excitation et la décontraction;
contraction progressive des plus lentes ; contractions saccadées, ondulations
rythmées ; phénomènes de diffusion ; diminution de la sensibilité électrique.
L'auteur insiste sur ce type de réactions électriques comme caractéristique
des syndromes hypertoniques d'origine extra-pyramidale
Actions musculaires réciproques chez les parkinsoniens. — M. Cantaloube
rapporte deux phénomènes constatés chez deux parkinsoniens. De ceux-ci, le
premier ne peut ouvrir les yeux qu'en jetant un appel brusque « Ma mère » !

Chez l'autre, il se produit une contraction extrêmement prolongée du droit


antérieur lorsque le genou opposé, préalablement fléchi, s'étend. Le premier
de ces faits semble s'apparenter au torticolis mental. Le second rend vrai-
semblable dans la maladie de Parkinson l'existence d'un trouble des con-
tractions musculaires, trouble portant moins sur leur durée que sur leur
succession.
P. SCHIFF.
II. — Société médico-psychologique
SÉANCE -DU 29 DÉCEMBRE 1923
Présidence de M. Antheaume
Sur quelques cas d'hypertrophie des glandes salivaires observés dans les
affections mentales. — MM. G. Demay, H. Beaudouin et M. Craffe ont noté
avec une fréquence inaccoutumée (6 p. 100 au lieu du chiffre normal de
o,5 p. 100), chez les pensionnaires de l'asile de Clermont, une hypertrophie
des glandes salivaires. Cette hypertrophie n'est ni inflammatoire ni dégéné-
rative; elle est presque toujours bilatérale et associée quelquefois à une
hypertrophie des glandes sous-maxillaires et sublinguales. C'est dans la
débilité mentale que cette hypertrophie est la plus fréquente.
Les auteurs se rallient à l'hypothèse que la glande parotide est une glande
à sécrétion interne. Ils ont constaté l'association de l'hypertrophie des glandes
salivaires avec d'autres troubles endocriniens, en particulier l'hyerthyroïdie,
avec une exagération du réflexe oculo-cardiaque. Ce dernier fait s'explique
par les relations des glandes salivaires avec le parasympathique cranien.
Au point de vue pathogénique MM. Demay, Beaudoin et Craffe ne
peuvent se prononcer définitivement, mais ils admettraient volontiers l'opi-
nion de différents auteurs qui attribuent au syndrome de Mikulicz, complet
ou partiel, une origine syphilitique.
Psychose verbo-motrice à trois phases cyclothymiques. (Présentation de
malade guérie). —M. Revaultd'Allonncs présente une malade cyclothymique
qui, au cours d'une phase aiguë de son affection, a présenté un état pseudo-
hallucinatoire particulier, du type verbo-moteur pur. Cet état a réalisé le
syndrome dénommé par l'auteur « polyphrénie » fausses réceptions verbales,
vol de la pensée, hétéro-impulsions, fausses personnifications, et « polymi-
mie ». Cette polymimie avait extériorisé tout un drame intérieur, où la malade
traduisait elle-même les sentiments divers de son mari, de son père, d'un
ami et les siens propres. Ces représentations mentales sont exemptes de
caractère sensoriel, elles sont privées de matérialité, d'auditivité. Mais le
monde invisible avec lequel la malade est ainsi entré en communication est
doué d'une vitalité si puissante qu'il a été capable de créer le syndrome
complexe détaillé plus haut.
M. de Clérambault rappelle que les faits rapportés par M. Revault d'Al-
lonnes étaient connus d'anciens auteurs comme Baillarger, et que lui-même
les étudie et les enseigne depuis longtemps, sous le nom d'automatisme
mental, à l'Infirmerie spéciale.
H. BARUK.
III. — Société clinique de médecine mentale
SÉANCE DU LUNDI 17 DÉCEMBRE 1923

Présidence de M. Dupain
Érotomanie secondaire.— MM. V. Truelle et/. Reboul-Lachaux présentent
une malade atteinte d'érotomanie apparue à la faveur d'un système de
défense, d'un besoin de protection commandé par un délire de persécution.
Des tendances amoureuses anciennes et un fond d'orgueil constitutionnel
ont prêté au protecteur trouvé des sentiments affectueux, bientôt partagés par
la malade et un tableau typique d'érotomanie s'est constitué. Le postulat
ne s'est pas imposé, mais a été le fait d'un long
travail imaginatif et inter-
prétatif. Le choix de l'objet a été orienté vers un grand romancier contem-
porain par la culture littéraire de la malade, par ailleurs débile, mais non
affaiblie intellectuellement.
Les psychoses hallucinatoires chroniques. — Le docteur de Clérambault
montre un malade de quarante ans, dégénéré supérieur, présentant d'une
part le tableau classique de la psychose hallucinatoire systématique progres-
sive de Magnan, d'autre part des dérogations à ce tableau début par éro-
tisme, puis jalousie ; persécution seulement ultérieure ; début aussi par auto-
matisme mental - période mégalomaniaque remplie principalement par du
mysticisme et par un délire dogmatique.
L'auteur insiste d'abord sur la rubrique « délire dogmatique » qu'il pro-
pose pour une forme soit secondaire, soit autonome de délire,
dont il trace
hallucinatoires
un schéma. Il aborde ensuite la doctrine des psychoses
chroniques.
A propos d'un état démentiel avec idées de négation. Paralysie générale?
Réactions humorales négatives. — M. /. Cuel présente une malade de qua-
rante-trois ans, ayant des antécédents syphilitiques nets et hospitalisée en
juin 1922 avec le diagnostic de paralysie générale unanimement admis
alors. (Affaiblissement intellectuel à marcherapide, idées de grandeur et de
richesse, rigidité pupillaire). Depuis quelques mois se sont développées des
idées de négation, d'abord corporelle, puis générale.
L'affaiblissement intellectuel, bien que profond, n'est pas absolument
global, il y a conservation d'un certain pouvoir de critique. Il n'existe pas
de troubles caractéristiques de la parole. Le syndrome humoral paralytique
du liquide céphalo-rachidien a constamment manqué (sept examens) et cela
en dehors de toute rémission des signes cliniques. Dans le sang, réaction de
Hecht partiellement positive, réaction de Wassermann au sérum chauffé
négative.
Il semble bien que le diagnostic de paralysie générale ne puisse être
maintenu. D'autre part, les antécédents de la malade, les signes pupillaires,
la positivité partielle du sérum sanguin, les caractères du syndrome mental
ramènent vers une affection spécifique des centres nerveux. Il s'agit vraisem-
blablement d'une de ces formes relativement rares de syphilis cérébrale
diffuse, décrite par Nissl, Alzheimer, Jakob sous le nom d'endartérite syphi-
litique des petits vaisseaux du cortex, forme dans laquelle les réactions humo-
rales du liquide céphalo-rachidien demeurent le plus souvent négatives et
qui se manifeste par une symptomatologie assez voisine,quoique distincte,
de celle de la paralysie générale.
Il est possible que bien des cas décrits comme paralysies générales sans
réactions humorales relèvent en réalité de cette affection.
Alcoolisme et hallucinations lilliputiennes, par MM. H. Colin et Cénac. —
Les auteurs présentent un malade éthylique, ancien paludéen, ayant eu, au
cours d'accidents éthyliques subaigus, des hallucinations visuelles terri
fiantes alternant avec des hallucinations lilliputiennes typiques (syndrome
de Leroy). L'intérêt de cette présentation réside dans l'alternance de ces
phénomènes oniriques à caractères affectifs opposés.
Hémiaparésie alterne et syndrome pseudo-bulbaire. — MM. H. Colin- et
Cénac présentent un malade spécifique atteint, à la suite d'ictus, d'hémiplégie
alterne avec troubles de la phonation et de la déglutition, troubles cérébel-
leux, troubles de la mimique, rire spasmodique. Les auteurs attribuent ces
troubles à des lésions en foyers par artérite spécifique, dont l'une protubé-
rantielle, et écartent, malgré les réactions biologiques positives dans le
liquide céphalo-rachidien et en raison de l'intégrité relative de l'intelligence
de ce malade, le diagnostic de paralysie générale envisagé dans le certificat
de placement.
Syndrome parkinsonien et syphilis nerveuse. — MM. Demay et Petithony
rapportent l'observation d'une malade qui présente à la fois un syndrome
parkinsonien (facies figé, akinésie spontanée et automatique, akatisie) et des
signes de syphilis nerveuse (légère spasmodicité, céphalalgie et vertiges,
Bordet-Wassermann positif dans le liquide céphalo-rachidien).
On peut se demander en pareil cas si la syphilis n'a pas joué un rôle dans
l'étiologie du syndrome parkinsonien.
Les injections intraveineuses de salicylate de soude dans l'encéphalite chro-
nique à forme parkinsonienne. — M. Bouchard (asile de Clermont, Oise) rap-
porte deux cas d'encéphalite chronique à forme parkinsonienne qu'il a traités
par des injections intraveineuses de salicylate de soude à la dose de 6 grammes
par jour en solution à 2 pour 10. Sous l'action de ce traitement, il a nettement
vu rétrocéder une grande partie des symptômes physiques, l'hyperglyco-
rachie et même les troubles du caractère. Le traitement ne put malheureu-
sement être continué plus de deux mois à cause de l'oblitération veineuse
produite par la salicylate de soude.
L'amélioration se maintint pour un des malades du mois de juillet au
mois de novembre. A cette époque, tous les symptômes s'aggravèrent,
prenant les caractères d'une poussée évolutive. L'état de l'autre malade s'est
à peu près maintenu.
Il serait intéressant de poursuivre ces essais en employant comme l'a con-
seillé Carnot, le salicylate de soude en solution plus étendue (4 p. 100 par
exemple), ce qui d'ailleurs est d'une application difficile.
H. COLIN.
IV. — Société de psychiatrie
SÉANCE DU 20 DÉCEMBRE 1923

Présidence de M. Marcel Briand


Chorée héréditaire et troubles mentaux. — M. Chartier rapporte l'histoire
d'une famille noble dans laquelle la chorée de Huntington se présente au
cours de cinq et même six générations successives. On remarque que dans
les générations les plus récentes le début des accidents est plus précoce et
que la mort survient plus tôt avec des phénomènes démentiels. Chez le der-
nier malade, les mouvements choréiques ont commencé vers vingt-trois ans,
et vers trente-cinq ans sont survenus des symptômes psychopathiques inter-
prétations délirantes, idées de persécution, affaiblissement lent et progressif
des diverses facultés. L'auteur considère que les troubles délirants doivent
être séparés des symptômes déficitaires qui caractérisent la chorée de Hun-
tington et qu'ils traduisent un état de dégénérescence mentale associé à la
chorée.
M. Marcel Briand, acceptant cette manière de voir, rapporte un cas de
chorée aiguë chez un grand débile mental.
M. Laignel-Lavastine montre à ce propos l'utilité des études historiques
pour la connaissance de l'hérédité mentale. Ce n'est que dans les familles
princières ou nobles que l'on peut trouver des renseignements certains sur
la transmission des caractères pathologiques. Il croit également qu'il y a
lieu de distinguer dans la chorée de Huntington les manifestations psychiques
par insuffisance mentale des sujets dues à des lésions corticales et les
troubles délirants qui surviennent secondairement sous des influences
diverses, constitutionnelles ou autres.
Présentation de trois obsédés. — MM. Laignel-Lavastine, Vinchon et Lar-
geau présentent trois malades atteintes des manifestations obsédantes et chez
lesquelles ils ont cherché, au moyen des épreuves médicamenteuses, les rela-
tions entre les troubles psychiques et les variations vago-sympathiques.
La première de ces malades souffre de réminiscences obsédantes d'événe-
ments passés, qu'elle a d'abord évoqués volontairement, mais qui s'imposent
maintenant automatiquement et malgré elle. L'adrénaline a provoqué nette-
ment une amélioration, tandis qu'au contraire l'atropine augmente l'anxiété
et les obsessions.
La deuxième malade est atteinte de phobie des pointes elle s'inquiète et
se fâche quand elle sent des pointes dirigées vers elle, elle s'est fait couper
les cheveux pour éviter les épingles sur la tête. Les médicaments ont paru
peu actifs dans ce cas en revanche, la psychothérapie a produit un soulage-
ment.
La troisième malade, après une période de surmenage et de fatigue, est
tombée dans un état dépressif avec phobies du toucher. L'adrénaline a donné
de bons résultats.
M. Tinel communique le graphique des variations obtenues chez cette
malade par une injection d'adrénaline. Dans les débuts, on constate une
accentuation très nette du réflexe oculo-cardiaque avec une inversion du
réflexe solaire. Puis, au bout d'un certain temps, ces effets s'atténuent et à
un certain moment le réflexe oculo-cardiaque est presque nul, tandis qu'au
contraire le réflexe solaire s'exagère. Simultanément l'anxiété disparaît et
est remplacée par une hyperémovité diffuse avec sentiment d'euphorie. Il
semble donc qu'il y ait opposition entre l'anxiété et l'impressionnabilité
générale. Au reste, M. Tinel ne croit pas qu'on doive admettre une relation
étroite et fatale entre les troubles psychiques et l'état neuro-végétatif.
M. Marcel Briand, à propos de la première malade, rappelle que chez les
anciens combattants l'évocation de certains souvenirs de guerre déclenche
l'anxiété. Il a même connu un homme chez lequel la vue seule d'un militaire
provoquait une réaction émotive.
M. Hartenberg ne croit pas que les malades présentées soient des obsédées
véritables, mais plutôt des névropathes banales ayant des craintes plus ou
moins imaginatives. Il estime qu'il y a une distinction au point de vue pra-
tique entre l'anxiété durable qui est à la base de l'obsession et la réaction
d'émotion-choc. Il a vu également chez des obsédés, sous l'influence de-
l'adrénaline, s'atténuer l'anxiété fondamentale, tandis qu'apparaissaient la
tachycardie, le tremblement, la pâleur du visage, symptômes de l'émotion-
choc.
M. Laignel-Lavastine rappelle que Marafion, dans ses recherches, avait
déjà observé cette différence.
M. Delmas n'admet pas cette distinction entre le choc émotif et l'anxiété,
Par contre, l'émotivité anxieuse doit être séparée de l'émotivité coléreuse.
M. Chartier, traitant des asthmatiques par des spécialités complexes qui
contiennent de l'adrénaline, s'est vu parfois obligé d'interrompre la cure à
cause de l'action excitante de ce médicament sur l'émotivité.
P. HARTENBERG.

REVUE DES LIVRES

P. NOBJLCOURT. Les syndromes endocriniens dans l'enfance et la


jeunesse. Paris, Ernest Flammarion, éditeur. Un volume in-I8.
Les glandes endocrines ou glandes à sécrétions internes jouent un rôle
important dans les phénomènes de la vie, à tous les âges. Dans l'enfance et
la jeunesse, elles président, en outre, à-la croissance somatique, au dévelop-
pement intellectuel, à l'évolution pubertaire. Leurs altérations et leurs
troubles fonctionnels ont toujours des conséquences fâcheuses, particulière-
ment chez les jeunes sujets en pleine période de développement ; ils se tra-
duisent notamment par des anomalies physiques, intellectuelles et morales,
par des dystrophies. Leur groupement réalise des syndromes endocriniens_
Ces syndromes tiennent une place importante dans la pathologie et la clinique
chez l'enfant- et les jeunes gens.
La physiologie et la pathologie de certaines glandes endocrines sont
établies sur des données précises. Mais il n'en est pas ainsi pour toutes.
Parmi les syndromes dits endocriniens, il en est dont l'origine glandulaire
semble certaine; il en est d'autres pour lesquels elle est moins évidente et
même discutée. Dans l'état actuel de nos connaissances, des réserves s'im-
posent encore dans bien des cas.
En écrivant ce livre sur les syndromes endocriniens dans l'enjance et la
jeunesse, le docteur Nobécourt s'est placé sur le terrain de la clinique. Il
décrit des types cliniques dépendant soit des troubles de telle ou telle
glande, syndromes thyroïdiens, paratlzyroïdiens, hypophysaires, éPiPhysaires,
thymiques, surrénaux, sexuels, soit des troubles de plusieurs glandes, syn-
dromes poly endocriniens ou pluriglandulaires. Puis, à propos de chacun
d'eux, il expose et il discute les.faits donnés à l'appui de leur origine endo-
crinienne; il les examine sans parti pris, met en valeur ceux qui sont acquis
et dégage la part de l'hypothèse, en tenant compte de l'anatomie patholo-
gique, de la physiologie et de la pathologie. Il montre qu'un certain nombre-
de syndromes endocriniens ne méritent pas, en réalité, une telle appellation.
Ce livre comporte donc, d'une part, un élément positif, d'autre part, un
élément critique. A ce double titre, il doit retenir l'attention des médecins ;
il leur permettra d'observer leurs malades, d'analyser les symptômes qu'ils
présentent, de découvrir les facteurs étiologiques et pathogéniques, en dehors
de toute idée préconçue et de conceptions trop exclusives, et, par suite,
d'apprécier les indications de l'opothérapie et les résultats qu'il est légitime
d'en attendre.
La lecture du livre est facilitée, même pour les personnes peu au courant
de l'endocrinologie, par le plan qu'a suivi l'auteur. Dans les premiers cha-
pitres, avant de décrire les syndromes endocriniens, il a, en effet, étudié les
glandes endocrines et les sécrétions internes, puis les modalités de la crois-
sance et de la puberté, dont la connaissance est indispensable pour pouvoir
en aborder avec fruit la pathologie. R. MOURGUE.

H. ROGER et G. AYMÈS. Diagnostic et traitement des sciatiques.


In-8, 1923, 164 pages, i5 figures. — Maloine et fils, éditeurs, Paris.
La sciatique... Quelle affection met plus souvent à l'épreuve la sagacité
du clinicien, abreuve davantage de déceptions le thérapeute MM. Henri
Roger et Gaston Aymès publient sur ce sujet une intéressante étude, où ils
se sont donné la tâche d'ôter à cette formule un pessimisme déprimant.
Dans cet ouvrage, concis et clair, que l'on sent être le fruit d'une sûre
expérience personnelle, et où la part bibliographique n'est cependant pas
sacrifiée, les auteurs adoptent un plan original et pratique.
Après une étude d'ensemble, où les nombreux petits signes dont s'est
récemment enrichie la sémiologie des sciatiques sont appréciés à leur juste
valeur, les étapes d'un diagnostic méthodique sont nettement définies dans
une série de chapitres concernant : les sciatiques simulées ou exagérées, —
les fausses sciatiques (algies des membres inférieurs n'ayant pas leur origine
dans ce nerf), — les parasciatiques, ou sciatiques de cause extrinsèque par
lésion de voisinage, — les sciatiques symptomatiques d'origine infectieuse,
toxique, etc., — en dernier lieu, et seulement par exclusion, les sciatiques
dites essentielles, envisagées dans leurs variétés hautes ou basses, funicu-
laires ou radiculaires.
Le traitement de ces divers types, la thérapeutique chimique et physique
sont exposés de telle façon qu'ils répondent aux nécessités de la pratique
journalière une série de paragraphes de petite chirurgie neurologique
expose minutieusement la technique des injections épidurales, des injec-
tions d'air, etc., que, grâce à cette description, tout praticien est à même
d'exécuter.
L. PARROT.

Howard C. WARREN. Précis de psychologie, i volume in-8 broché,


448 pages, avec nombreuses figures. — Librairie Marcel Rivière, Paris.

Sans développements inutiles et sans rien omettre d'essentiel, le Précis


du professeur Warren présente sous leur forme actuelle les données de la
Psychologie. C'est dire que les travaux récents occupent une large place
dans ce livre qui se recommande encore par sa riche documentation et par
son extrême clarté, chaque terme spécial étant défini avec soin. L'ouvrage est
donc accessible à tous. Il est même aisé de porter un jugement sur les pro-
positions qu'il renferme, les exemples, comme les exercices, ayant été choisis
parmi les plus simples, afin que, d'emblée, chacun puisse vérifier l'exacti-
tude des uns et exécuter les autres. Des subdivisions nettes facilitent la
lecture ainsi que la recherche de renseignements psychologiques.
Parmi les expériences publiées jusqu'à ce jour, beaucoup ne furent pas
probantes, mais certaines, incontestablement démonstratives, comme celle
de Stratton et l'auto-observation de Hayes, arrêtent net des controverses
qu'on pouvait croire sans issue. C'est un des mérites de ce précis que de
dégager et de mettre en valeur les résultats les plus suggestifs des recherches
expérimentales.
L'originalité du plan général, celle de certains aperçus et de certaines
analyses, n'échapperont à aucun psychologue.
L. PARROT.

JEAN REBOUL-LACHAUX. Le réflexe solaire. Thèse de Paris, 1923.

Après avoir donné un aperçu général sur les fonctions du système


neuro-végétatif et indiqué les procédés servant à étudier ses réactions,
l'auteur présente un court historique des recherches, concernant plus particu-
lièrement le réflexe solaire. Il passe ensuite aux résultats de ses propres
expériences et observations, tant d'ordre physiologique que clinique. Nous
reproduisons brièvement les principales conclusions de cet intéressant
travail. Le réflexe solaire est un réflexe surtout « pathologique »; il traduit
un certain degré d'hyperexcitabilité du système sympathique thoraco-lom-
baire. Soumis à des variations, sous l'influence des repas et des substances
pharmaco-dynamiques, il doit être recherché à jeun et en dehors de toute
action médicamenteuse thérapeutique. Le réflexe solaire et le réflexe oculo-
cardiaque sont l'objet d'un antagonisme relatif.L'expérimentation physiolo-
gique permet de considérer le réflexe solaire comme un phénomène nerveux,
véritablement réflexe et à mécanisme vaso-moteur ; il appartient au système
th oraco lombaire ; ses voies centripètes sont renfermées dans le nerf splan-
chnique ; ses voies centrifuges sont constituées par le splanchnique qui
commande une réponse vaso-motrice abdominale et par les fibres du ganglion
premier thoracique et du plexus pulmonaire qui conditionnent une réponse
vaso-motrice pulmonaire; les deux phénomènes, vaso-dilatation en aval,
vaso-constrictionen amont du cœur gauche, ajoutent leurs effets pour rendre
plus basse la pression et plus petites les oscillations qui l'expriment. La
recherche, en clinique, du réflexe solaire en même temps que du réflexe
oculo-cardiaque, permet de distinguer quatre types essentiels, dont les deux
premiers sont les plus fréquents 1) réflexe solaire nul ou inversé, réflexe
oculo-cardiaque positif ; 2) réflexe solaire positif, réflexe oculo-cardiaque
nul ou inversé; 3) réflexe solaire et réflexe oculo-cardiaque positifs ; 4) réflexe
solaire et réflexe oculo-cardiaque nuls. En psychiatrie, la recherche du
réflexe solaire donne la mesure de l'excitabilité sympathique thoraco-
lombaire. On peut entrevoir une application de la recherche des troubles de
l'excitabilité vago-sympathique à l'étude des constitutions psycho-névropa-
thiques et à la différenciation de certains états psychopathiques dont le dia-
gnostic clinique est parfois difficile.
Présentée d'une façon claire et concise, la thèse de M. Reboul-Lachaux,
faite dans le service de M. le professeur H. Claude, est une contribution pré-
cieuse à l'étude du système neuro-végétatif, plus particulièrement dans ses
rapports avec les troubles mentaux.
E. MINKOWSKI.

BERNARD FREY. Conceptions de Kraepelin et conceptions françaises


concernant les délires systématisés chroniques. (Thèse de doctorat de la
Faculté de Strasbourg, 1923.)
Dans cette intéressante étude comparative, l'auteur montre que, dans la
psychiatrie de Kraepelin, les délires systématisés ne constituent pas, comme
dans les classifications françaises, un groupe à part. Ils sont, en effet, ratta-
chés par l'auteur allemand à trois grands chapitres la paranoïa, les formes
systématisées de la démence Paranoïde, et les Paraphrénies.
Sous le nom de paranoïa, il faut entendre, d'après Kraepelin, un délire
systématisé chronique « endogène», constitutionnel, et sans affaiblissement
psychique terminal. Il est, en outre, caractérisé par son organisation, la
conservation de la lucidité, l'absence de dissociation psychique, la multipli-
cité des interprétations délirantes et l'absence ou la rareté des hallucinations.
La paranoïa de Kraepelin correspond très exactement au délire d'interpré-
tation de Sérieux et Capgras. Par contre, il faut en séparer le « délire des
quérulants », rangé par Kraepelin dans la classe des délires psychogènes
acquis, et correspondant à peu de chose près au délire de revendication de
l'école française. Quant au délire d'imagination, il n'a pas d'équivalent dans
la psychiatrie krsepelinienne.
La démence paranoïde et les paraphrênies représentent des syndromes où
l'élément constitutionnel peut manquer et où se surajoute souvent un
élément accidentel exogène ou endogène. La première se caractérise par une
dissociation psychique plus ou moins généralisée. La deuxième, par une dis-
sociation incomplète et limitée. Ces deux syndromes ont, du reste, dans la
psychiatrie de Kraepelin une certaine parenté. Parmi les différentes para-
phrénies, seule la paraphrénie dite systématique correspond au délire chro-
nique hallucinatoire de Magnan, avec cette réserve cependant qu'en France
le délire hallucinatoire chronique conserve une autonomie, tandis que l'au-
teur allemand rapproche la paraphrénie de la démence précoce. Quant aux
paraphrénies expansives et fabulatrices de Kraepelin, elles correspondent, en
France, à des affections qui ne sont pas considérées comme des délires
accidentels. La paraphrénie expansive notamment ressemble surtout à la
« manie chronique avec délire systématisé secondaire » de
Régis.
H. BARUK.

E. GELMA. Les hallucinations auditives sont-elles entendues par les


malades comme des sons perçus par un sujet normal? (2e fascicule des
travaux de la clinique psychiatrique de Strasbourg. Directeur : professeur
Pfersdorff).
S'il est un sujet de la psychiatrie qui, il y a quelques années, paraissait
épuisé, c'est celui des hallucinations considérées au point de vue morpholo-
gique. Mais, depuis quelque temps, « l'individualité des troubles psycho-sen-
soriels, l'existence même des hallucinations auditives », sont remises en
discussion.
E. Gelma,dont on se rappelle les travaux sur l'hallucinose,publielà-dessus un
mémoire dans le fascicule 2 des travaux de la cliniquepsychiatrique de Strasbourg.
Pour les classiques, les hallucinations auditives étaient précisément des per-
ceptions auditives, semblables à celles des sujets normaux,, exception faite
de leurs causes. Élémentaires ou verbales, on n'en pouvait parler sans sous-
entendre les caractères suivants : sonorité, tonalité; timbre, spatialité, etc.;
et ceci les différenciait nettement des hallucinations psychiques, des « paroles
sans bruit », des fausses hallucinations, peut-on dire, pour bien marquer les
contrastes. Gelma, après une revue des conceptions de Baillarger, de Michéa
de Kandzinski, de Kahlbaum, des travaux de Séglas, de G. Petit, etc., montre
où en est actuellement cette question. Pour l'auteur, l'halluciné de l'ouïe n'en-
tend pas réellement ses « voix » comme un sujet normal perçoit des sons; et la
preuve de cette opinion, c'est que la constatation d'hallucinationsse produisant sous
forme de paroles prononcées d voix haute est exceptionnelle. En fait, la plupart
des hallucinés auditifs, sinon tous, entendent des paroles dites à voix basse.
A la vérité, bien des faits, selon nous, paraissaient dans les récits des
hallucinés, assez singuliers: ceux-ci parlent souvent de petites voix, de voix
soufflées dans les oreilles, de téléphone, etc. ; et, sans doute, pouvait-on penser
que ces comparaisons, si fréquentes, n'étaient qu'un essai d'explication de
phénomènes d'audition, étranges parceque non accompagnés des autres con-
comitants sensoriels habituels. Toutefois, l'ignorance et la crédulité de certains
malades est telle que ces images eussent dû donner l'éveil et faire supposer
qu'elles étaient un effort de description et non d'explication.
Gelma, à l'appui de sa thèse, se réfère aux travaux de Rulf, de Flournoy,
de Blondel, de Bertschinder, de Krueger, d'Halberstadt, et enfin de Quercy,
qui concluent, soit à la rareté et à la pauvreté des hallucinations auditives
verbales, soit à la possibilité de réduire celles-ci à des interprétations.
Il rappelle les conditions nécessaires d'une bonne étude clinique des hallu-
cinations : il faut examiner les malades au moment même où ils écoutent leurs
voix, leur poser un minimum de questions, les prier de reproduire vocalement
ce qu'ils entendent; parmi eux, il faut choisir les délirants lucides, orientés,
et enfin, les sujets intelligents, instruits de vocabulaire nuancé.
Précisément, il rapporte dans son travail, l'observation de trois hallucinés
de l'ouïe appartenant à cette catégorie; or, les « voix » que ces malades
entendent sont des voix bases.
Selon l'auteur, il est souverainement important de « distinguer l'intensité
de l'hallucination auditive du caractère sonore des bruits que le malade dit
avoir entendus ». Si les images auditives verbales sont quelquefois très nettes
ou impérieuses, ce que les réactions des malades prouvent assez, si l'hallucina-
tion est intense ou même « violente x, selon le qualicatif d'une de ses malades,
elle est la plupart du temps dépourvue de bruit réel, «ce n'est qu'une image».
Gelma ne va pas jusqu'à dire qu'il n'existe pas d'hallucinations auditives
verbales à caractère classique, et dont l'observafion de Colin et Mourgue
reproduit un cas saisissant; il ne va pas jusqu'à les assimiler à l'illusion et à
l'interprétation. Il admet qu'elles se confondent le plus souvent avec l'hallu-
-cination psychique, et que, lorsqu'il y a phénomène d'audition, les voix sont
entendues d'une manière beaucoup plus étouffée qu'à l'état normal. Mais il ne
conclut pas, comme certains observateurs modernes, que les barrières sépa-
rant jusqu'ici les délires hallucinatoires des folies raisonnantes sont désormais
supprimées.
Georges LERAT.

E. GELMA. Contribution à l'étude de la paraphrénie confabulante et fan-


tastique. (2°fascicule des travaux de la clinique psychiatrique de Strasbourg.
Directeur : professeur Pfersdorff.)
On sait que Kraepelin, il n'y a pas encore bien longtemps, donnait à la
démence précoce des droits de propriété bien étendus; il lui attribuait tous
les délires hallucinatoires plus ou moins cohérents. Mais la conception de la
démence paranoïde fut critiquée; certains fidèles du maître de Munich furent
bien obligés de séparer de la démence précoce les délires hallucinatoires
systématisés chroniques.
Et, l'introduction des paraphrénies dans la nosologie psychiatrique a pu
cc

être considérée comme la consécration d'un long mouvement de réaction


contre l'englobement, dans le cadre de la démence précoce, de tous les délires
hallucinatoires plus ou moins cohérents JJ.
c Les délires de confabulation, paranoïa confabulante de
Neisser, les
délires fantastiques de Sérieux et Capgras, constituent un chapitre important
des paraphrénies. » Ce sont des délires caractérisés par l'abondance, l'exubé-
rance, l'énormité des productions imaginatives, mythiques, alors que les
systèmes hallucinatoires ou interprétatifs sont relativement limités, et « gra-
vitent autour (l'une idée prévalente ». L'auteur publie quatre observations se
rapportant à la « paraphrénie fantastique a et montre que ces malades, malgré
l'excitation, l'absurdité des idées délirantes de grandeur et de richesse, etc.,
ont conservé l'intelligence, l'adaptation au travail, la spontanéité et l'inven.
tivité.
A la lecture superficielle de quelques-unes de ces observations, et l'auteur
lai-même signale l'objection, on serait tenté de porter le diagnostic de manie
chronique.
Après avoir énuméré les symptômes distinctifs attribués par Kraepelin à la
paraphrénie confabulante et à la paraphrénie fantastique et après avoir bien
mis en lumière, par l'exposé d'un tableau comparatif, combien se ressemblent
les caractères généraux de la paraphrénie confabulante et du délire d'imagina-e
tion de Dupré, Gelma décrit les analogies et les différences qui rapprochent et
séparent les paraphrénies confabulante et fantastique : toutes deux sont dues
à la productivité débordante de l'imagination créatrice et reproductrice; elles
ont donc pour parenté commune la constitution morbide imaginative. Mais
la paraphrénie fantastique diffère principalement de la confabulante par
l'énormité, l'étrangeté du délire, l'existence d'hallucinations auditives et de la
sensibilité générale, et par la fréquence de son étiologie pénitentiaire.
Pour l'auteur, et contrairement à l'opinion de W. Mayer, elle mérite,
puisque après une longue durée elle ne s'accompagne pas d'affaiblissement
intellectuel, qu'on ne lui dénie pas l'individualité et qu'on la place hors du
cadre des psychoses à évolution démentielle rapide, des délires hallucinatoires
chroniques sans évolution démentielle ou à évolution démentielle très retardée.
Georges LERAT.

ANALYSES

HENRY HEAD. The conception of nervous and mental energy (Vigilance


:
A physiological state of the nervous system.) The British journal of psy-
chology (General Section), vol. XIV, part 2, October 1923.
Cet article, qui est la reproduction in extenso d'une communication faite
par l'auteur au dernier Congrès International de psychologie qui s'est tenu
à Oxford, l'été dernier, constitue une contribution des plus importantes à la
physiopathologie générale du système nerveux. Comme il l'avait fait dans
divers travaux antérieurs, Head proteste contre la neurologie, qui se
con-
tente uniquement de considérations anatomiques (interprétation des symp-
tômes parles interruptions de fibres).
L'effet des modifications structurales ne dépend pas seulement de leur
étendue et de leur gravité; le mode et la rapidité de l'attaque et l'état général
du système nerveux au même moment sont de bien plus grande importance
pour la détermination de la nature du déficit fonctionnel. Head rappelle, à
cette occasion, ses intéressantes recherches, entreprises en collaboration
avec Riddoch, sur les sections complètes de la moelle par blessure de
guerre. Celle-ci est encore susceptible de divers degrés d'activité, qui se
manifeste par diverses formes de réponses réflexes; mais qu'une toxémie ou
toute autre complication capable d'abaisser la vitalité du sujet, la nature
même de la réaction va changer (par exemple, disparition des réflexes
profonds, restriction du champ réceptif du réflexe plantaire à la plante du
pied ou aux parties inférieures de la jambe, disparition de l'évacuation des
réservoirs par excitation périphérique). Ce phénomène peut être temporaire
et ce qui montre qu'il ne peut être attribué à une désorganisation structurale,
c'est qu'il peut être provoqué, d'une façon transitoire, par l'action du chloro-
forme. Head trouve également dans les expériences prolongées de Bazett et
Penfold sur la rigidité décérébrée une remarquable confirmation de sa thèse.
On sait que ces auteurs ont pu mettre en évidence, dans leurs préparations,
une merveilleuse complexité de réactions, dont le caractère purement discri-
minatif ne saurait être nié. Head insiste sur ce point, que l'état de vitalité
de l'animal, qu'une hémorragie, une infection, l'état plus ou moins profond
de la narcose chloroformique, fait considérablement varier, conditionne
non
pas un état de plus ou moins grande excitabilité du système nerveux, mais
des états différents entre eux qualitativement au point de vue de la
com-
plexité et de l 'adaptation. C'est pour désigner cette propriété du système
nerveux que Head a créé le terme de vigilance ; comme l'auteur nous l'a fait
remarquer, il ne faut pas confondre cette notion avec celle d'intégration, qui
est proprement une action de sélection et de regroupement des excitations
afférentes, action qui rend possible l'existence des réactions hautement
différenciées.
Head montre ensuite le rôle de la vigilance dans les actions automa-
tiques, particulièrement celles qui ont été acquises durant la vie de l'indi-
vidu. Ces aptitudes sont fonction de la vigilance des parties responsables de
leur exécution. D'ailleurs, dans tous les modes spécifiques de comportement,
les processus conscients et automatiques sont inextricablement mêlés. La
sensation normale exige non seulement la reconnaissance de différences qua-
litative et spatiale, mais aussi l'enregistrement précis, au niveau physiolo-
gique, des résultats produits par les impressions afférentes antérieures. Par
exemple, le même ensemble de phénomènes qui déterminent la réalisation
des rapports spatiaux intervient dans le déterminisme de conditions pure-
ment physiologiques telles que le maintien de quelques formes de tonus
musculaire et de coordination.
L'adaptation à caractère finaliste (purposive-adaptation) est plus ou
moins évidente dans toutes les réactions, somatiques ou psychiques, qui sur-
viennent au cours d'un état de vigilance neurale particulièrement développé.
Trois facteurs interviennent dans ce cas :
1° Certaines qualités de l'excitant demeurent ignorées du sujet, alors que
d'autres donnent naissance à une réaction; ces réactions, à leur tour, luttent
entre elles pour la maîtrise du processus et leur intégration finale donne de
l'importance à un aspect de l'excitation plutôt qu'à un autre ;
2° La forme prise, à chaque moment, par les réactions dépend de dispo-
sitions dues aux activités passées, de sorte que l'avenir est implicitement
contenu dans le présent. Ainsi le comportement du système nerveux central,
considéré dans l'ensemble ou en partie, est constitué par un processus orga-
nique (au sens logique du mot) de phénomènes et n'est pas une série d'épi-
sodes isolés ;
3° Les excitations afférentes dotent les :réactions de relations spatiales ;
la résultante en est un rapport avec un but défini dans l'espace et dans le
temps.
Les mêmes facteurs, sous une forme plus développée, peuvent être mis
en évidence dans tous les modes conscients de comportement, qui sont spéci-
fiquement touchés par des atteintes du système nerveux central. Les pro-
cessus conscients manifestent le même rapport avec la vie des centres supé-
rieurs du système nerveux que les réflexes adaptés manifestent avec la
vitalité des centres situés plus bas dans la hiérarchie neurale. Les uns et les
autres sont également l'expression de la vigilance physiologique.
L'unité de l'esprit est la résultante de tous les processus psychiques qui
peuvent modifier la conscience. Ceux-ci sont en état d'interaction intime et
s'influencent réciproquement, de façon profonde, pour produire finalement
une continuité d'adaptation d'un caractère hautement finaliste. Ce n'est pas
le résultat d'une synthèse d'éléments divers, mais bien la conséquence finale
d'une lutte entre diverses formes de réaction. Si l'une d'elles doit être
éliminée, il n'y a pas de hiatus dans la continuité de la conscience ; la
perte de la fonction ne peut être reconnue que par un acte défini d'obser-
vation.
Ce n'est pas le lieu de situer ici le point de vue de Head sur la vigilance
dans le courant des idées contemporaines (en particulier de les comparer
avec celles de M. de Monakow ou avec celles d'Arnold Pick), ou de montrer
dans quelle mesure il adopte le point de vue biologique. Il est d'ailleurs aisé
de reconnaître dans le résumé précédent la généralisation de principes qui
forment le couronnement des beaux travaux de Head sur les sensations.
R. MOURGUE.

G. VERMEYLEN. Les débiles mentaux. (Étude expérimentale et clinique.)


Bulletin de l'Institut général psychologique. Kos 4-6, 1922.)
Conformément aux tendances modernes, l'auteur cherche à préciser et à
différencier davantage la notion de débilité mentale et à établir, en consé-
quence, une classification des débiles.
Le débile mental est, pour l'auteur, un déficient dont le niveau mental
correspond à celui d'enfants de six à dix ans ; en dehors de cette diminution
globale, le débile manifeste une infériorité qui porte plus particulièrement
sur son activité d'élaboration ; son adaptation à la vie ne se fait que d'une
façon incomplète, l'autonomie de diverses fonctions, constatée chez l'enfant
au-dessous de dix ans ayant chez lui tendance à perdurer.
L'auteur s'est servi d'une série de tests adaptés à l'examen des diverses
facultés mentales. Les résultats de l'examen sont mis, pour chaque sujet, en
diagramme et reproduits ainsi à l'aide d'une courbe mentale. Cette méthode
permet, en plus d'une appréciation globale de l'arriération du sujet, une
analyse plus détaillée du degré d'évolution de chaque faculté. En dehors des
données fournies par les tests, il y a lieu de noter les activités spontanées,
les attitudes et les manières de faire personnelles du sujet qui se manifestent
à l'occasion de l'examen et qui peuvent donner d'utiles indications sur sa
nature intime et sur son caractère individuel.
Les résultats, obtenus à l'aide de ces moyens d'investigation, permettent
tout d'abord de distinguer deux grands groupes de débiles : les débiles
désharmoniques et les débiles harmoniques. Les premiers présentent des
irrégularités dans le tracé de la courbe mentale; la courbe des seconds,
reste, par contre, assez :uniforme dans son ensemble. Il est permis d'ail-
leurs d'aller encore plus loin; suivant le caractère particulier des irrégu-
larités dans les courbes mentales, on peut subdiviser les débiles désharmo-
niques en sots, instables et émotifs ; chez les débiles harmoniques, le tracé
de la courbe est, comme nous venons de le dire, uniforme ; il ne peut donc
servir de base pour une classification ; c'est surtout l'observation des réac-
tions spontanées et de l'attitude générale qui permet de grouper les débiles
harmoniques en déciles passifs, pondérés, actifs et puérils.
L'examen comparé des enfants normaux de différents âges et des débiles
permet d'éclairer leur psychologie réciproque.L'enfant normal passe, entre
six et dix ans, d'une activité mentale surtout réceptrice à une activité d'éla-
boration visant, par le jeu des suppléances, à coordonner le fonctionnement
mental en vue d'une adaptation meilleure. Le débile mental, au contraire,
reste presque toujours au stade de l'activité surtout réceptive, la coordi-
nation des fonctions intellectuelles est toujours incomplète et ne peut
aboutir à une synthèse parfaite.
D'un grand intérêt théorique et pratique, les recherches de Vermeylen
co-ntribueront certainement à une plus grande adaptation des procédés
pédagogiques aux particularités individuelles des débiles mentaux.
E. MINKOWSKI.
KRABBE La glande pinéale, et en particulier sa signification dans le
développement sexuel. (Endocrinology, mai 1923, VII, 3.)
L'a glande pinéale est un organe dont la fonction est restée jusqu'à ce
jour presque totalement inconnue, et l'auteur a réuni en quelques pages
toutes nos connaissances actuelles sur ce sujet.
Les données anatomiques et histologiques ne permettent pas de conclure
à l'existence d'une fonction sécrétoire. Si celle-ci existe, rien n'indique
qu'elle prenne fin à la puberté; l'épiphyse ne s'atrophie pas plus que les
autres organes chez les sujets âgés et il subsiste une quantité prédominante
de tissu parenchymateux. On admet que l'épiphyse, étant intimement reliée
à l'encéphale et baignée de toutes parts par le liquide céphalo-rachidien,
intervient dans leur métabolisme, mais ce n'est là qu'une hypothèse. Enfin
l'état rudimentaire où l'on trouve cet organe chez certains animaux, cétacés,
édentés par exemple, ne permet pas de conclusions au sujet de son rôle.
Les recherches anatomo-cliniques ne donnent pas davantage de rensei-
gnements utiles. Les lésions pinéales les plus fréquemment décrites sont
des tumeurs, et en particulier des tératomes. Leur présence dans l'épiphyse
peut s'expliquer par la situation superficielle de l'organe au cours du déve-
loppement. On a décrit beaucoup d'autres altérations, telles que les trans-
formations fibreuses ou kystiques, l'hypertrophie, l'atrophie, la sclérose,
mais elles ne doivent être acceptées qu'avec la plus grande réserve, les limites
entre l'état normal et l'état pathologique étant très imprécises.
Parmi les symptômes qui accompagnent les tumeurs, un des plus inté-
ressants est l'apparition prématurée des caractères sexuels secondaires avec
développement rapide des organes génitaux externes, de la taille et du sys-
tème pileux. L'auteur montre qu'il existe dans la littérature de nombreux
cas de puberté précoce en relation avec une tumeur épiphysaire, mais la
nature de cette relation demeure très obscure. On a pensé pouvoir la rat-
tacher à la sécrétion de substances par les tumeurs, ou bien à la destruction
de l'épiphyse, mais on connaît une série de cas de destruction de cet organe
par des tumeurs ou une hydrocéphalie et qui ne furent pas accompagnés de
puberté précoce. On a aussi invoqué la destruction des centres voisins du
mésocéphale qui gouvernent le métabolisme, mais ce n'est qu'une hypothèse.
L'action à distance de l'épiphyse sur l'hypophyse peut être mise hors de
cause. Au contraire, il faut remarquer que presque tous les cas signalés de
puberté précoce associée à une tumeur épiphysaire sont des tératomes,
c'est-à-dire des tumeurs ayant des relations étroites avec les malformations,
et il pourrait y avoir coïncidence d'une anomalie de la région de la glande
pinéale et des éléments endocrines des testicules. En somme, il n'est pas
démontré jusqu'ici que l'épiphyse exerce une influence inhibitrice ou accé-
lératrice sur le développement sexuel.
L'extirpation de la glande pinéale ne nous a pas jusqu'à présent mieux
renseigné sur ses fonctions. Les résultats obtenus peuvent être considérés
comme négatifs et il semble établi que chez le chien, le lapin, le cobaye,
l'épiphyse n'est pas un organe d'importance vitale ; son rôle peut être assumé
par d'autres organes lorsqu'on vient à la supprimer. Les résultats de l'extir-
pation obtenus par Christea sont tout à fait contradictoires avec ceux de Foâ ;
aussi est-il impossible actuellement de se prononcer à ce sujet. Il semble
bien, en tout cas, que si l'épiphyse a une action sur le développement de la
puberté, cette action n'est que secondaire.
Les expériences de castration n'ont donné que des résultats divergents.
Il en est de même de l'injection d'extraits épiphysaires et de l'ingestion
d'épiphyse. D'ailleurs, dans ces expériences, on n'a pas tenu compte de la
quantité considérable de nucléines que renferme l'organe, lesquelles peuvent
activer le développement de l'animal d'expérience et il faudrait tout au moins
soumettre des témoins à des quantités équivalentes d'acide nucléique.
En somme, on peut admettre avec certitude que la glande pinéale possède
une fonction chez l'homme et chez la majorité des mammifères ; qu'il s'agit
probablement d'une sécrétion interne, mais qu'elle n'est pas indispensable
à la vie. Il faut enfin avouer que nous ignorons totalement l'influence de cette
sécrétion interne sur l'organisme et, en particulier, sur le développement de
la puberté.
LAUZIER.

JOHN TIERNEY. Classification et traitement des troubles hypophysaires.


(Bulletin of the Association for the study of internai sécrétion, juillet 1923,
p. 536.)
Si l'expérimentation, les recherches cliniques, les épreuves thérapeutiques
n'ont pas permis, en tant que recherches isolées, d'édifier une classification
concordante des manifestations hypophysaires, on peut cependant essayer, en
combinant les résultats de ces trois modes d'investigations, de tracer un schéma
d'ensemble, encore incertain mais qui peut cependant dès maintenant guider
le médecin dans les essais thérapeutiques. L'auteur, avec Engelbach, est arrivé
aux conclusions suivantes : il distingue d'une part les altérations du lobe anté-
rieur; d'autre part,celles du lobe postérieur auquel il rattache le lobe moyen.
Pour chacune de ces deux divisions, il y a lieu de considérer séparément les
manifestations d'hyper ou d'hypofonctionnement, et d'autre part l'âge auquel
elles surviennent.
En partant de ces données, on peut établir la classification suivante :
1. Lobe antérieur régit surtout le développement du squelette et en partie
des organes génitaux.
a) Hyperfonctionnement : avant l'adolescence, gigantisme; après l'ado-
lescence, acromégalie.
b) Hypofonctionnement : avant l'adolescence, arrêt de développement de
tous les os et infantilisme type Lorain; après l'adolescence, arrêt de dévelop-
pement des os courts plats (microcéphalie), membres normaux, développe-
ment normal des organes génitaux.
2. Lobe postérieur agit sur les facteurs suivants :
1. Métabolisme : hypofonctionnement-diminué-hyperfonctionnement-aug-
menté, glycosurie.
2. Adiposité : hypofonctionnement-augmenté-hyperfonctionnement-dimi-
nué.
3. Polyurie : hypofonctionnement-positive-hyperfonctionnement-positive,
ou négative.
4. Contraction des muscles involontaires (intestin, utérus) hypofonc-
:

\> onnement-négative-hyperfonctionnement-positive(spasmes intestinaux).


5. Autres glandes endocrines, thyroïde : hypofonctionnement hypothyroï-
dique, hypofonctionnement hyperthyroïdique.
6. Pouls : hypofonctionnement-lent-hypofonctionnement-rapide.
7. Psychisme : hypofonctionnement-apathie,
somnolence-hypofonctionne-
ment instabilité psychique.
Quant aux symptômes de voisinage, notamment les symptômes de tumeur,
ils sont inconstants. La selle turcique est souvent normale au cours des diffé-
rents syndromes hypophysaires. En ce qui concerne la thérapeutique, si les
extraits pluriglandulaires jouissent actuellement de la faveur universelle, il
n'y en a pas moins lieu d'insister sur l'efficacité plus grande d'extraits, uni-glan-
dulaires quand on peut nettement déterminer la glande enclose. Il est préfé-
rable, dans les cas plus complexes, d'essayer de déterminer une combinaison
rationnelle opothérapique basée sur l'analyse des divers symptômes. Enfin,
pour être efficace, le traitement devra être appliqué le plus tôt possible.
H. BARUK.

MOTOO SEGI. (Nagoya, Japon.) Etude anatomique d'un cas d'hémianopsie


homonyme double, (Zeitschrift fiir die gesamte Neurologie UlzdPsychiatrie; ;
Vol. LXXXXV, n05 4-5, Ier septembre 1923, p. 467.)
L'intérêt du cas décrit réside, au point de vue clinique, dans le fait de
l'apparition chez un homme de quarante ans, syphilitique, d'une hémianopsie
homonyme double due non pas à une meningite gommeuse de la base, mais
à une double lésion vasculaire des lobes occipitaux. D'autre part cette hémia-
nopsie s'est montrée, aux premiers examens, particulièrement irrégulière
(champ visuel droit supérieur conservé à un œil et aboli à l'autre) et ne
respectant le champ maculaire que dans une très faible étendue.
L'examen anatomique macroscopique montre des lésions massives de
l'hémisphère gauche détruisant toute la région du cunéus et s'étendant en
avant dans la substance blanche jusqu'au lobe pariétal.
Dans l'hémisphère droit au contraire, altérations minimes en forme de
coin étroit atteignant par sa partie antérieure le corps calleux et n'arrivant pas,
par son extrémité postérieure, au pôle occipital. Les coupes en série montrent
une configuration anormale de la calcarine qui se divise en deux scissures :
la supérieure, peu profonde, se dirige en avant. En arrière, jusqu'à 1 centi-
mètre et demi du pôle occipital, aucune lésion. A cette distance apparaît un
foyer de ramollissement d'abord étroit, qui atteint sa plus grande étendue un
peu en avant du milieu de la scissure calcarine et détruit en partie le lobe
fusiforme. Au delà, il se rétrécit et se divise en deux parties, l'une se dirige
vers le lobe lingual, l'autre reste dans la sphère visuelle, vient léser le faisceau
sagittal externe et s'enfonce dans le système des fibres centrales.
L'auteur rapprochant les faits cliniques des faits anatomiques conclut :
En ce qui concerne l'hémisphère gauche, la destruction de la voie visuelle
étant totale, le déficit du champ visuel s'explique aisément.
Pour l'hémisphère droit, au contraire,les lésions de la sphère visuelle elle-
même seraient insuffisantes à expliquer l'hémianopsie. Il faut bien admettre
le rôle des voies d'association et particulièrement du faisceau sagittal externe.
Ce cas est une nouvelle preuve à l'appui de la thèse qui soutient la projec-
tion verticale des fibres optiques dans la sphère et les voies visuelles.
Les lésions des voies d'association démontrent que, conformément à l'opi-
nion de Henschen, Nissl, etc., il n'y a que dans le faisceau sagittal externe
qu'il existe des fibres visuelles se dirigeant vers le cortex.
L'étendue des lésions ne permet pas à l'auteur d'apporter des précisions
nouvelles quant à la projection maculaire. Il estime que l'importance du
déficit maculaire dans le cas décrit peut être expliquée par deux ordres
d'hypothèses : ou bien par l'atteinte, dans la partie postérieure de la calcarine
seulement, des fibres horizontales du faisceau sagittal externe, ou bien, si l'on
admet la double innervation de la zone maculaire, par l'atteinte des deux
lobes pariétaux à travers lesquels doit s'effectuer le passage des fibres macu-
laires.
S. SCHIFF-WERTHEIMER.

C. L. PARHON et Mme MARIE BRIESE (de Jassy). Sur la localisation mo-


trice spinale de la jambe et du pied chez l'homme (Archivio generale di
lzeurologia, psichiatria e psicoanalisi. Vol. III [1922] n°s ï et 2).
Étude de la moelle lombo-sacrée d'un homme ayant succombé seize jours
après l'amputation de la cuisse, dans son tiers inférieur, pour une gangrène de
la jambe. Cette étude confirme différents travaux antérieurs du profes-
seur Parhon, de Marinesco, Goldstein, Van Gehuchten, etc. Le groupement
des cellules radiculaires des cornes postérieures varie suivant l'étage examiné
et n'est pas aussi rigoureusement schématique que l'affirment les traités clas-
siques. Au niveau du deuxième segment sacré, les auteurs distinguent un
noyau antéro-externe pour les muscles de la hanche, un noyau intermédiaire
(muscles de la jambe), un noyau postérieur (muscles du pied), un petit groupe
postérieur et interne à signification inconnue. Les réactions de dégénérescence
dans le cas des auteurs, comme dans les cas précédemment étudiés (réaction
à distance de Marinesco), permettent de formuler les propositions suivantes :
Les centres moteurs primaires pour les muscles de la jambe et du pied
s'étagent chez l'homme au niveau de la moelle, entre le cinquième segment
lombaire et les segments sacrés.
Il existe dans la moelle lombo-sacrée des noyaux moteurs bien indivi-
dualisés, à topographie constante, mais il peut exister de petites variations
individuelles quant à leurs limites exactes dans le sens de la hauteur.
Lorsqu'un de ces noyauxinnerve plusieurs muscles, on observe une sous-
division, constante elle aussi, en groupements secondaires. Dans le groupe-
ment des muscles de la jambe, les centres qui innervent les muscles de la
partie antéro-externe sont situés en dehors de ceux qui innervent les muscles
de la face postérieure et en ce qui concerne ces derniers, les muscles de la
couche la plus superficielle occupent une situation plus antérieure que celle des
couches musculaires profondes.
Aux muscles homologues des différents segments de membre correspond
unehomologie de leurs centres spinaux.
Dans leur dernier cas les auteurs ont observé en outre une dégénéres-
cence croisée de quelques cellules : il y aurait donc quelques rares fibres
motrices pour l'innervation de la jambe qui auraient un croisement spinal.
P. SCHIFF.
C. VERMEYLEN (Gheel). Les troubles du caractère chez les enfants à
la suite d'encéphalite épidémique. (Société de médecine mentale de
Belgique. — Journ. de neurol. et de Psych., 5, 1923.)
L'auteur présente six observations, venant confirmer les conclusions pré-
sentées par Truelle et Petit au Congrès de Quimper. Les troubles de carac-
tère post-encéphalitiques ressemblent beaucoup au tableau clinique de la
constitution perverse instabilité générale, activité maligne, susceptibilité
:

et vanité, impulsions violentes et cruauté, indocilité et indiscipline, sexua-


lité précoce et déréglée. Le plus souvent, il s'agit d'enfants à hérédité plus
ou moins chargée et ayant présenté déjà antérieurement quelques troubles
légers. Ceci pourtant n'est pas une règle absolue ; parfois, on ne trouve rien
d'anormal dans les antécédents. On peut, dès lors, se demander comment
certains malades peuvent acquérir une constitution pathologique définie qui
s'oppose nettement à leur état antérieur. Cette question a été soulevée par
Courbon au Congrès de Besançon. Cette tranformation de caractère n'ayant
été signalée que chez des enfants, il y a lieu de se demander s'il ne s'agit
pas là simplement d'un développement de tendances latentes ; il ne saurait
être question ainsi d'une véritable création de tendances nouvelles, mais
uniquement d'une sorte de transposition de valeurs, mais mettant en évidence
des tendances, restées jusque-là latentes et ramenant les autres dans
l'ombre. La plasticité psychique de l'enfant rend cette hypothèse plausible.
E. MINKOWSKI.

VERMEYLEN, NYSSEN et LAMSENS. Quatre cas de catatonie à la


ménopause. (Société de médecine mentale de Belgique. — Journ. de
neurol. et de psych., 1, 1923.)
Les auteurs décrivent quatre cas de catatonie à la ménopause, trouvés sur
un total de douze cents malades. Ils se rallient à l'opinion de ceux qui consi-
dèrent la catatonie comme un syndrome pouvant se retrouver dans diverses
affections mentales. Ce syndrome se manifeste également parfois à la méno-
pause. Dans ces cas, il semble présenter quelques caractères particuliers le
tableau clinique est plus nettement et plus exclusivement psycho-moteur
que dans le syndrome hébéphréno-catatonique, la diminution de l'affectivité
semble moins grande, les troubles de l'humeur et du caractère sont très
importants.
E. MINKOWSKI.
DANIEL C. MAIN.— Physiothérapie,ses résultats dans la démence précoce,
dans une série de vingt cas. (The American JOllnzal of Psychiatry,
janvier 1923.)
L'auteur envisage d'abord l'utilité de faire effectuer dans les asiles des
travaux variés aux différents malades. Le travail a un rôle curatif important.
Il y aurait lieu pour l'auteur d'établir dans chaque établissement une organi-
sation à ce sujet permettant de donner aux malades des occupations variées
allant des travaux manuels jusqu'aux travaux intellectuels. En ce qui concerne
la démence précoce, l'auteur a appliqué cette méthode dans vingt cas dont il
rapporte succinctement les résultats. Il y a lieu autant que possible en parei
cas d'éviter d'instituer un travail trop automatique, ou auquel le malade serait
trop habitué, et qui laisserait s'opérer la désagrégation psychique. Il faudra
donc autant que possible choisir une occupation demandant une certaine
attention. D'autre part, il est nécessaire de disposer à cet effet d'instructeurs
spéciaux, doués d'une patience à toute épreuve, de jugement, de bon sens, et
surtout capables de discerner chez leurs élèves les défauts qui dépendent de
la maladie, et ceux qui relèvent d'une insuffisance de la volonté du sujet.
Sur les vingt cas observés, un certain nombre de sujets ont pu être réédu-
qués d'une façon suffisante pour reprendre un petit travail lucratif en dehors
de l'asile. Quant aux autres, même si la rééducation ne peut être poussée
aussi loin, ce mode de traitement a au moins le mérite de leur éviter les
inconvénients de l'oisiveté et de l'inertie.
H. BARUK.

G.-H. HYSLOP. Le traitement de l'encéphalite épidémique résiduelle.


(J. Neurol et Psychopath., n° 3, p. 250, 1922.)
Quinze cas de syndrome parkinsonien post-encéphalique,étudiésau point
de vue pharmacologique, ont été améliorés par l'administration de scopola-
mine (75 p. 100 des cas) et de gelsemium (66 p. 100). L'action de cette dernière
substance semble même avoir guéri deux des malades traités.
L. CORNIL.

AVIS
Réunion biologique neuro-psychiatrique
La prochaine réunion biologique neuro-psychiatrique se tiendra
à l'amphithéâtre de la clinique des maladies mentales à l'asile Sainte-
Anne, le jeudi 3i janvier, à dix heures.
Toutes les personnes qui s'intéressent aux questions concernant les
applications biologiques à la neurologie et à la psychiatrie sont invitées
à y prendre part.
Pour les communications, écrire à M. le docteur Santenoise, chef de
clinique à l'asile Sainte-Anne, 1, rue Cabanis.

Le Gérant : G. DELARUE.
TRAVAUX ORIGINAUX

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
ENTRE LA FOLIE MANIAQUE DÉPRESSIVE
ET LA CATATONIE

PAR
R. de SAUSSURE
Asile de Bel-Air (Genève)

Lorsqu'on parcourt les ouvrages qui relatent un grand nombre de


cas de manies ou de catatonies, on est frappé par le fait que les limites
qui séparent ces deux affections varient d'un auteur à l'autre. On a
l'impression que ce qui, chez l'un, serait décrit sous le nom de manie,
est décrit par un autre sous le nom de catatonie. Les difficultés de ce
diagnostic ont été signalées depuis longtemps déjà, et si nous y reve-
nons, c'est uniquement parce que les auteurs ne nous paraissent pas
être arrivés à des conclusions fermes à ce sujet. En France, la question
a surtout été discutée entre les années 1909 et 19I3 1.
Depuis lors, la France semble avoir attaché moins d'importance
à cette question, mais un ouvrage récent d'un auteur allemand,
M. Lange 2 nous invite à reprendre la question.
Examinons tout d'abord quelques-unes des difficultés du problème :
10 Certains auteurs semblent contester qu'il faille considérer la cata-
tonie comme une entité morbide. Ballet et Séglas se rangent à cet avis3.
2° Tout en reconnaissant une entité morbide caractérisée par le syn-

1. Voir et COLIN. A propos du diagnostic de démence précoce et de


SÉGLAS
folie maniaque dépressive (Encéphale 1909, t. II, p. 55y).
— LEROY. Un cas de
démence précoce chez une malade ayant présenté antérieurement des accès
de délire intermittent [Ann. Médico-Psychol. 1909, t. II, p. 409-420).
— BARBÉ
et GUICHARD, démence précoce et psychose périodique (Encéphale 1911, p. 365).
— BARBÉ, Difficultés du diagnostic entre démence précoce et psychose pério-
'). -
dique (lbid. 1912, t. II, p. 437-45 GOURBON. Démence précoce et folie
maniaque dépressive, (Ibid, 1913, p. 435-445). —MASSELON, Psychoses consti-
tutionnelles et psychoses associées (Ibid. IQI3, t. I. p. i t8-i36).
2. KatatonischeErscheinungen iw Rahmen Pizaizz.scherErkrankungen, Berlin,
Springer, 1922, 169 p.
3. Voir la discussion qui a suivi le travail de SÉGLAS et COLIN (Encéphale
ig-,i). — COURBON aussi. (Encéphale 1913, t. I.)
drome de la catatonie, certains auteurs constatent que les symptômes
catatoniques peuvent se trouver avec plus ou moins de fréquence dans
la folie maniaque dépressive. Ainsi Sommer1.
Ce qui nous intéresse avant tout, c'est de connaître dans quelle
mesure les symptômes catatoniques se mêlent à la folie maniaque
dépressive. A ce propos, le tableau de Lange (10) est fort intéressant;
sur cent psychoses maniaques dépressives, il rencontre :
1° Associations d'idées dissociées dans le sens des
démences précoces, dans 52 cas.
20 Hallucinations, (dont 32 auditives), dans 48 —
3° Indifférence émotionnelle, dans 12 —
4° Négativisme,dans i3 —
5° Stéréotypies, dans 36 —
6° Maniérisme, dans 37 ;—
70 Catalepsie, dans 5

8° Echomimie, écholalie, dans 8 —
gO États stuporeux, dans 18 —
10° États hyperkinétiques, dans i5 —
11° Automatismes, dans 2 —
12° Actions impulsives, badigeonnage, etc., dans .. ..
-
36 —

Dans vingt-quatre cas seulement, la manie a été trouvée à l'état pur.


D'après le tableau ci-contre, nous pouvons nous rendre compte que
les symptômes catatoniques apparaissent surtout dans le jeune âge et à
un âge avancé.
3° Enfin, certains auteurs admettent qu'il peut y avoir des psychoses
associées, un même individu contractant à la fois la démence précoce
et la folie maniaque dépressive. Ainsi : Weygandt, Kraepelin, Lange,
Soum 2 :
4° D'autres auteurs encore refusent de considérer les psychoses.
périodiques comme entité morbide et ne voient là qu'un symptôme qui
se retrouve dans diverses affections mentales, comme aussi chez le-
normal. Ce point de vue a été défendu avant tout par Ritterhaus 3.

- -
I. Diagnostik der Geisteskrankheiten. (Urban und Schwarrenberg,Vienne,
1901.) PFERSDORFF.Ueber Stereotyptien in I.
M. D. (CentralbI.f.Nervenheilk.
1906, p. 745). SCHNEIDER. Ueber Wesenund Bedeutung Katatonischer Symp-
tome (Zeitschr. f. d. Ges. Neurol. und Psychiatr. t. XXII, p. 486). — MEYETC,
Paranoische Formen der M. D. I. (Areh. f. Psychiatrie 1921, t. LXIV, p. 299).
— URSTEIN. Dementia Praecox und ihre Stellung zum M. D.I.., Vienne, igog.
(M. D. I. als Erscheinungsform der Katatonie, 1912, Vienne, p. 65o). — WILL-
BUERGER., Paranoische Zustaende in der Manie. (Thhse, Tubinge 1914).
2. Assoc. de la folie intermittente et du délire de persécution ; LAURENCE,
Assoc. confus, mentale avec manie et mélancolie, (Thèse, Bordeaux, 1912)
COURBON, op. cit.
j
3. Die klinische Stellung des.M. D. I. (Zeitsehr. f. die ges. Psych, u.
Neurol, t. LVI, 1920, p. 10.)
Il est vrai que peu d'auteurs se rattachent à cette opinion qu a été
fortement combattue par Ewald '.

Il n'en reste pas moins que la catatonie évolue souvent avec 'des
phases analogues à celles des psychoses périodiques, ce qui vient encore
augmenter les difficultés du diagnostic.
On voit d'après ce qui précède combien le diagnostic est difficile
i. Das M. D. I. und die Frage der Krankheitseinheit (Ibid. t. LXIII,
p. 64.)
1921,
dans bien des cas, et surtout combien les psychiatres sont loin de s'en-
tendre sur la solution à donner au problème. De l'avis général, la seule
raison pour laquelle il importe d'établir exactement ce diagnostic, est le
fait qu'on peut en déduire un pronostic. Cette idée, en tout cas, est
ordinairement admise dans la psychiatrie française classique. Baillarger,
le premier, insistait sur ce que l'accès de la folie périodique laissait
derrière lui un cerveau parfaitement sain. Magnan, et bien d'autres
après lui, ont partagé cette opinion.
Cependant l'accord est loin d'être fait sur ce point. Schuele1, écrit :
« L'accès (de psychose périodique) laisse ordinairement quelques traces
telles qu'une méfiance exagérée, la conviction que garde le malade
d'avoir supporté un préjudice, une irritabilité, une émotivité anormale.
Puis ces traces elles-mêmes disparaissent, et la santé semble parfaite.
Mais à un examen attentif, on remarque qu'il existe une certaine torpeur
psychique, peu marquée il est vrai, et qui se manifeste à propos de tout
travail intellectuel. »
Kraepelin (68 éd.) remarque que « pendant les périodes de rémission,
on observe certains phénomènes constants. D'une part une certaine
dépression de l'énergie psychique par suite de laquelle le malade devient
incapable de fixer son attention de façon durable, d'accomplir des
travaux intellectuels prolongés et importants et d'enrichir son esprit de
nouvelles acquisitions. D'autre part une résistance moindre dans la
sphère des sentiments, qui se traduit par une irritabilité anormale et des
accès de colère injustifiés ».
Garczinski2, dans son travail fait sous la direction du professeur
Weber, arrive aux conclusions suivantes : a La psychose maniaque
dépressive aboutit, elle aussi, à un affaiblissement des facultés intel-
lectuelles, à une démence. Toute psychose qui devient chronique, ou
qui récidive nombre de fois, conduit fatalement à la démence. Cette
conclusion ne prouve cependant pas que ce soit une démence précoce.
La démence est aussi issue dela manie-mélancolie ». Beaucoup d'autres
aliénistes partagent cet avis. Ainsi Walker3.
Donc lorsqu'on veut baser le diagnostic sur l'évolution de la maladie,
une première difficulté se dresse : dans l'intervalle des accès, les psy-
choses maniaques dépressives ne reviennent pas toutes à une intégrité
complète. La seconde difficulté provient de ce que certains accès de

i. Traité clinique des maladies mentales. Trad. de Dagonet et Duhamel.


CParis, Lecrosnier 1888, p. 280.)
2. De l'issue des folies périodiques et circulaires, (Thèse, Genève, 1910,
p. 127).
3. Ueber m. d. Psychosen. (Arch. f. Psychol., t. XLII, Ig07, p. 788.) —
HOESSLIN, Beitrag zur Kenntniss des Verlaufes und Ausganges des M. D. I.
(Zentralbl. f. Nervenkr. und. Ps., t. XXXII, Ig09, p. 823.) — STRANSKI, Das
-
M. D. /., vol., 1911.) VVEYGA:\DT, etc.
1
catatonie peuvent être suivis d'une rémission presque complète. C'est
du moins l'avis de Kraepelin, de Lange (op. cit.), de Mueller ( Periodische
Katatonie, Thèse, Zurich, 1900). Enfin Bleuler admet que la démence
peut ne s'installer qu'à la suite de plusieurs accès de catatonie. Tous ces
faits pcrmettent de comprendre pourquoi il existe un flottement aussi
grand dans le diagnostic différentiel de la catatonie et des psychoses
périodiques.
Nous croyons avoir exposé les difficultés essentielles auxquelles on
se heurte dès qu'on veut essayer de jeter un peu de jour dans cette
question. Il faut en déduire que pendant longtemps encore les psy-
chiatres auront de la peine à classer ces cas complexes qui présentent
à la fois des symptômes de manie et des symptômes de catatonie. Mais
cet échec importerait peu si nous étions en mesure de donner un pro-
nostic à peu près certain. Hélas, nous n'en sommes pas encore là!
Pour remédier à cette lacune, on a proposé de publier un grand
nombre de ces cas. La chose a même été faite, mais elle n'a pas répondu
à ce qu'on attendait d'elle, et voici pourquoi : chaque auteur publie
des observations en notant ce qui l'a frappé, et lorsqu'on se donne la
peine de relire toutes ces histoires de malades, on est généralement déçu
parce que l'on ne trouve aucune indication sur tel ou tel symptôme, et
l'on ne sait jamais si le malade ne l'a pas présenté ou si le médecin ne
l'a pas noté.
A notre sens, il n'y aurait qu'un moyen d'arriver à un résultat pra-
tique : il faudrait établir la liste des symptômes catatoniques et la liste
des symptômes de la manie. Il faudrait ensuite qu'un grand nombre de
médecins d'asiles notent quels ont été les symptômes de ces listes pré-
sentées par leurs malades. Si beaucoup d'aliénistes voulaient se livrer
à ce patient travail, nous aurions enfin des données statistiques exactes
sur lesquelles nous pourrions appuyer notre pronostic. Ces observations
ne seraient naturellement publiées que dans une dizaine d'années. Pour
que le travail soit utile, il faudrait noter l'âge de la première crise, la
fréquence des accès, enfin le caractère de chaque accès. J'entends par là
qu'il importe de noter à chaque accès l'ensemble des symptômes pré-
sents, et en même temps l'ensemble des symptômes absents.
En effet, nos notions sur le pronostic des malades qui présentent à la
fois des symptômes de manie et de catatonie se réduisent à presque rien.
Le premier tableau que j'ai emprunté à Lange est fort intéressant,
mais il ne nous renseigne pas sur la répartition de ces symptômes
suivant les sexes, et il ne nous donne pas non plus des indications sur
le pronostic.
Urstein (op. cit.) avait soutenu que plus une manie présentait de
signes catatoniques, plus son pronostic était défavorable; il admettait
une évolution presque certaine de ces cas vers la démence précoce.
Cependant Willmams et Lange1 sont d'un avis diamétralement opposé.
On comprend facilement l'intérêt que pourraient avoir des statis-
tiques faites sur une grande échelle pour établir de façon certaine ces
faits.
Nous voudrions rappeler brièvement quelles sont les données du
diagnostic différentiel des deux affections qui nous occupent. Si nous
le faisons de façon très schématique, c'est uniquement pour permettre
au praticien d'établir un tableau résumé de chaque cas qu'il .observera.
1. Antécédents héréditaires. — L'hérédité des deux maladies qui nous
occupent a été bien étudiée au cours de ces dernières années. Voir
notamment les travaux de Kahn 2,Hoffmann3 et de Boveni.
Ce dernier auteur, dans son travail si remarquable et malheureuse-
ment si-peu connu, arrive aux conclusions suivantes. La folie maniaque
dépressive et la démence précoce sont héréditaires. Cette hérédité est
directe et similaire pour la folie maniaque dépressive, polymorphe et dis-
continue, spécifique jusqu'à un certain point cependant, pourla démence
précoce.
Lange (op. cit.) arrive aux mêmes conclusions. Dans son matériel,
il n'a trouvé que le 10 p. 100 de ses cas de folie maniaque dépressive
entachés d'hérédité schizoïde. Lorsque l'hérédité est mixte, on se trouve
souvent en face de malades difficiles à classer, que nous pouvons consi-
dérer comme des psychoses associées. L'hérédité est donc pour nous un
élément de diagnostic important.
2. Constitution physique etpsychopathique. — Boven5 a déjà essayé
de caractériser le fond mental sur lequel se développaient ces deux
psychoses, mais c'est surtout à Kretschmer6 que nous devons une étude
caractérologiqueimportante et classique.
Il ne peut être question de résumer ici, dans le détail, l'intéressante
tentative de Kretschmer. Notons simplement que cet auteur a distingué
quatre constitutions physiques différentes chez l'homme.
Asthéniques. Athlétiques. Pykniques.
Hommes. Femmes. Hommes. Femmes. Hommes. Femmes.
Taille moyenne
Poids moyen.... .. 168,4
50,5
153,8
44,4
170,0
62,9
i63,i
61,7
176,8
68,0
156,5
56,3
Largeur d'épaules . 35,5 32,8 39,1 37,4 36,9 34,3
Thorax 83,9 9°,0 84,4
Tour de tête ....
Longueur dejambes.
55,6
89,4
»
79,2
56,3
oo.o
)}

»
85,o
57,7
87,4
»
»
80,5

I. Zur diff. Diagnose der Funktionnellen Psychosen (Zbl. f. Nervenheilk.


und. Psychiatr., t. XXXI, 1907, p. 56g).
2. Erbbiologische-kunische Versuche (Leitschr. 1. die (ies. Neurol. und
Psych, t. LXII, 1920, p. 273). — 3. HOFFMANN (ibid. 1919).
4. BOVEN, Similarité et Mendélisme dans l'hérédité de la dewe?!ce précoce et de
la folie ?iz--niaque dépressive. (Vevey, Imprimerie Sauberlin, 1915.)
5. Op cit. et Caractère individuel et aliénation mentale. lArcn. suisses ae
Neurol. et Psychiatrie, t. VI, fasc. II.)
6. Koerperhau und Charakter. (Berlin, Springer, 1921.)
Le tableau ci-dessus montre quelques mesures de trois principaux
'types physiques. Le quatrième type est formé par des dysplasiques, per-
sonnes dont le squelette a été fortement modifié par une dysfonction
d'une glande à sécrétion interne.
Les Asthéniques sont des individus dont tous les tissus sont insuf-
fisamment développés ; leur tête est généralement dolichocéphale, leur
poitrine enfoncée, leurs côtes, et leurs os de la main sont saillants. Ce
sont des individus qui grandissent très rapidement au moment de la
puberté.
Les Athlétiques sont caractérisés par un développement prononcé du
squelette, de la musculaire et de la peau. Leur cage thoracique est bien
développée, leur chevelure abondante.
Les Pykniques (de tiuxvo; — ramassé) sont caractérisés par une
grosse tête ronde, un gros thorax, un gros abdomen. La nuque courte
et forte, la figure large. Une tendance à l'adiposité. Le système pileux
est abondant sur le corps, la tête généralement chauve.
Au point de vue mental, Kretschmer distingue deux tempéraments
fondamentaux : les cycloïdes et les schizoïdes. Nous reviendrons plus
tard sur le caractère de ces deux constitutions fondamentales. Exami-
nons dès à présent comment elles se répartissent en fonction des types
physiques précités ; car c'est dans la découverte de ce rapport que réside
toute l'originalité de la doctrine de Kretschmer.
Cycloïdes. Schizoïdes.
Asthéniques 4 81
Athlétiques 3 31
Asthéniques, athlétiques associés 2 n
Pykniques 58 2
Formes associées au type pyknique 14 3
Dysplasiques » 34
Malades ne répondant pas aux types précités.. 4 I3

Du tableau précédent on peut tirer les conclusions suivantes :


ic Il semble y avoir une certaine affinité biologique entre le type
corporel pyknique et le tempérament cycloïde.
2° Il semble y avoir une certaine affinité biologique entre le tempé-
rament schizoïde et les types corporels asthéniques, athlétiques et dys-
plasiques.
3° Inversement on constate très peu d'affinité entre le tempéra-
ment schizoïde et le status corporel pyknique, et très peu d'affinité
entre le tempérament cycloïde et les types physiques asthéniques, athlé-
tiques et dysplasiques.
Si ces constatations se confirment, ce qui semble bien être le cas1.

I. BIRBAUM.Die neueren Forschungsbestrebungen in der Psychiatrie. (Mona-


tschr. f. Psychiatr. and Neurol. t. LIV, p. 305-320, 1923.) — OLIVIER. Koer-
Nous ne voulons pas entrer dans la discussion du kretschmerisme ;
nous remarquons seulement que la plupart des auteurs confirment les
données du médecin de Tubinge. Les plus importantes critiques qui
lui aient été adressées ont trait à la difficulté de prendre des mesures
très exactes chez des individus vivants, et à l'inconstance des mesures
dans le sexe féminin. De plus on reproche à K. que sa division de l'hu-
manité en deux caractères fondamentaux est une division par trop sim-
pliste.
Ces remarques, on le voit, sont propres à perfectionner le kretsch-
merisme, mais elles ne renversent pas l'idée fondamentale et originale
qu'il contient.
On comprend l'intérêt qu'il peut y avoir, à noter d'une part certaines
mesures corporelles, et d'autre part les caractéristiques du tempérament.
Ces éléments de diagnostic devraient être recherchés dans toutes les
cliniques psychiatriques. Précisons maintenant, dans les grandes lignes,
les caractères des cycloïdes et schizoïdes.
Les Cycloïdes sont des personnes sujettes à tomber dans une des
formes de la folie maniaque-dépressive. On peut les classer en trois
groupes :
il Les sociables, aimables, bienveillants, confortables.
2° Les bons vivants, égoïstes, actifs, spirituels, satisfaits.
3° Les faibles, paisibles, tranquilles, tristes, mais bienveillants et
aimables.
Les cycloïdes ont le cœur sur la main, ils n'ont pas de timidité. Ils
sont francs, spontanés, naturels, ils vont droit au but, leur nature n'est
pas compliquée.
Les Schizoïdes ont au contraire le tempérament compliqué, difficul-
tueux; ce sont des gens souvent énigmatiques, cachottiers, boudeurs,
n'allant pas droit au but. Ils sont toujours tourmentés, scrupuleux,
timides, craintifs. Ils ne se livrent pas tels qu'ils sont. Ils sont fréquem-
ment méfiants et soupçonneux.
Les découvertes de Kretschmer sont du plus haut intérêt pour le dia-
gnostic qui nous intéresse. Elles nous font envisager la maladie dans
son ensemble, au lieu de ne considérer que l'accès pathologique. L'accès
perbau der schizophrenen. (Zschr. f. die ges. Neurol. und Psychiatr. t. LXXX,.
p. 489. — SIOLI et A. MEYER. Bemerkungen zu Kretschmers Buch, ibid.,
t. LXXX, p. 439, 1922. — MINKOWSKA. Charakterologische Probleme, ibid.,
t. LXXZII, p. 139. — KRETSCHMER. Konstitution und Rasse, ibid., t. LXXXII,
p. 139. — GRUELHE. Historische Bemerkungen zum Problem Charakter une
Koerperbau (ibid., t. LXXXIV, p. 444, 1923). — EWALD. Die biolog. Grund-
lagen von Temperament und Charakter und ihre Bedeutung f. die Abgren-
zung des M. D. I. (ibid., t. LXXXIV, p. 384. — STERN PIPER. Konstitution
und Rasse (ibid., t. LXXXVI, p. 265, 1923) et Zur Frage der Bedeutung der
psycho-physischen Typen Kretschmers (ibid., t. LXXXIV, p. 408 et Arch. f.
Psychiatr., t. LXVII, Heft 5).
lui-même est certainement, dans beaucoup de cas, très difficile à diffé-
rencier. Il l'est d'autant plus que, selon Lange, la manie pure ne se
trouve que dans 24 p. 100 des cas. Un ou deux symptômes catatoniques
ne peuvent donc pas nous autoriser à considérer l'accès comme appar-
tenant à la démence précoce. C'est sur l'ensemble du tableau qu'il faut
juger, sans oublier les précieuses indications de l'hérédité et de la cons-
titution. Je proposerai donc que les aliénistes qui s'intéressent à cette
question remplissent pour tous les cas de catatonie et de manie qui leur
passent entre les mains, la fiche suivante :
I. Hérédité.
II. Caractère schizoïde ou cyclique.
III. Constitution physique (selon Kretschmer).
IV. Symptômes catatoniques pendant l'enfance.
V. Les accès, d'après le tableau suivant :
Accès :
Symptômes maniaques i^^^Tétc.
Age du malade » »

,
Euphorie. (Le malade se sent parfaitement satisfait.)
Hypertrophie-,.. de
-
délire
la personnalité, avec ....
(
... »
»
»
»
( sans délire
<
» »
Voir dans tout le bon côté des choses » »
Excitation à la moindre contrariété » »
Logorrhée avec fuite des idées. (Sans dissociation persis-
tante.) » »
Pensées fragmentaires, incomplètes » »
Orientation restée bonne. (A ou 2 jours près.)
1 » »
Grande inattention
Emprunt au monde ambiant des éléments du délire ....
Fait de toucher tous les objets qui tombent sous la main..
»
»
»
»
»
»
Création de nombreux plans, qui veulent tout réformer
Erotiques
.. »
»
»
»
Malgré les colères passagères, bons rapports affectifs.... » >1

Le malade réalise qu'il est malade » »


Illusions nombreuses » »

Symptômes catatoniques
Hallucinations » »
Incohérence d'idées » »
Indifférence émotionnelle » »
Négativisme » »
Stéréotypie » »
Maniérisme. (Attitudes catatoniques.) » »
Catalepsie
Echomimie, écholalie
Stupeur
Automatismes
................... »
»
»
»
»
»

Actions impulsives
.................... »
»
»
»
Le malade badigeonne » »
Paramimie
Hyper-ou hypotonie des membres
Affaiblissement intellectuel
.............
................
»
»
»
»
»
»

VI. Décrire la crise (sa durée, sa marche, l'impression d'ensemble.)


VII. Décrire très minutieusement les périodes d'intervalle des accès
en faisant particulièrement attention à la diminution de l'intelligence et
aux remarques précitées de Schuele et Kraepelin.
En comparant un grand nombre de ces fiches, on pourrait probable-
ment tirer des enseignements fort utiles sur le pronostic des symptômes.
On pourra aussi se rendre compte si un symptôme est plus dangereux
suivant l'âge du malade, suivant le fond mental sur lequel il se mani-
feste, etc. Il sera bon naturellement de préciser en dehors du tableau les
caractères de certains symptômes. Ainsi l'on sait1 que dans la folie
maniaque dépressive les symptômes catatoniques sont plus dangereux
s'ils apparaissent chez un individu lucide que s'ils apparaissent chez un
individu dont la conscience est troublée. Des notations de ce genre
seront évidemment très utiles.
Je m'excuse de n'apporter dans ces lignes aucun résultat effectif et de
me borner à proposer un plan de travail. Je crois cependant que cet
article ne sera point inutile si de patients confrères veulent bien se
livrer à cette enquête et en publier les résultats dans une dizaine d'an-
nées. Je les en remercie d'avance.

I. Voir LANGE, op. cit. p. 13o.


CLINIQUE DES MALADIES NERVEUSES ET MENTALES DE L'UNIVERSITÉ ROYALE
DE ROME DIRIGÉE PAR M. LE PROF. G. MINGAZZINI

ÉVALUATION DE LA PRESSION
DU LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN
DANS LES MÉNINGITES SÉREUSES
ET DANS LES TUMEURS DE L'ENCÉPHALE
PAR
Ottorine BALDUZZI

Un des problèmes qui se présentent le plus fréquemment dans la


pratique neurologique,c'est le diagnostic différentiel entre les diverses
maladies de l'axe cérébro-spinal accompagnées des symptômes d'hyper-
tension intracranienne.
L'importance de ces états morbides est si variée, et les pronostics
si disparates, que la nécessité d'une prompte différentiation s'impose
plus que dans toutes les autres éventualités cliniques. D'autre part, on
connaît les graves difficultés, parfois presque insurmontables, qui se
présentent au clinicien, non seulement quand, au début du processus
morbide, ne se sont pas encore manifestés des signes précis qui per-
mettent de faire le diagnostic générique de l'augmentation de la pression
intracranienne, mais encore quand tous les symptômes cliniques mani-
festent ces états morbides.
En effet, aucun des symptômes généraux, par lesquels peut se mani-
fester ce syndrome, n'est particulièrement en rapport avec l'une ou
l'autre des causes capables de le provoquer. Ainsi, la céphalée, le vomis-
sement, le vertige, la névrite optique, etc., se présentent avec des
-caractéristiques à peu près identiques, tant si l'augmentation de la
pression endocranienne est en rapport avec une néoplasie qui se déve-
lopperait, que si l'hypertension est le résultat de l'augmentation du
liquide dans les cavités encéphaliques et spinales, ou d'une difficulté
de la circulation veineuse ou lymphatique de l'encéphale.
Il est incontestable que la meilleure preuve de l'existence d'une
hypertension endocranienne, quelle qu'en soit la nature, est fournie par
la ponction lombaire. Mais ce précieux moyen de diagnostic, employé
dans les formes usuelles, ne nous procure, pour ainsi dire, dans l'hypo-
thèse la plus favorable, qu'un des éléments indiquant qu'il existe une
augmentation de la tension dans les espaces subarachnoïdiens spinaux
et, indirectement, dans la plupart des cas, une augmentation de la tension
dans les cavités cérébrales.
Pour que ce moyen de recherche fournisse un critérium plus con-
cret et vraiment différentiel, il est nécessaire qu'il soit pratiqué selon
certaines règles et que l'on ait recours à un des nombreux appareils qui
permettent d'établir, de la manière clinique la plus exacte, la pression
du liquide céphalo-rachidien, et d'en évaluer les variations physiolo-
giques et pathologiques. Dans notre clinique même, G. Ayala vient de
traiter cette question dans un travail fortement documenté 1.
Grâce à l'examen de la modalité de la pression du liquide cérébro-
spinal dans un très grand nombre de tumeurs cérébrales et de ménin-
gites séreuses et de compression médullaire, il a pu déduire un
nouveau critère important de diagnostic différentiel entre ces formes
morbides.
Vérifier et évaluer, par le moyen de mes expérimentations, le phé-
nomène observé par M. Ayala, tel est le but de ce travail.
Pour une compréhension plus facile de mon sujet, il est à propos,
je pense, d'exposer d'abord quelques considérations générales sur la
pression du liquide céphalo-rachidien, et sur quelques particularités
techniques de la ponction lombaire.
Tous les auteurs ne sont pas d'accord sur la valeur normale de la
pression du liquide céphalo-rachidien. Cela dépend surtout du fait qu'on
s'est servi d'appareils différents pour la déterminer. C'est au Dr Claude
que revient le mérite d'avoir inventé et d'employer depuis 1912 un appa-
reil d'ailleurs peu encombrant, qui permet une évaluation suffisamment
exacte de la pression du liquor « au départ ». La pression mesurée avec
cet appareil a, comme M. Claude vient encore de l'affirmer, une valeur
normale moyenne de cm. i5 — 20 de H20, le sujet étant couché sur le
côté, tandis qu'elle augmente de cm. 8 — io s'il prend la position verti-
cale. Ces données, obtenues par le manomètre Claude, sont acceptées
par d'autres auteurs, et doivent être retenues comme étant les plus
exactes. Naturellement elles subissent des variations dans dé nombreux
cas physiologiques, et suivant la diversité des sujets ; mais pour les
résultats pratiques on peut estimer qu'il y a augmentation de la
pression du liquide céphalo-rachidien quand le manomètre dépasse
35 cm. de H20, le sujet ponctionné étant dans la position verticale.

1. AYALA G. Uber den diagnostichen. Wert des Liquor druckes und


einen Apparat zu seiner Messung — Zeitschrift f. d. ges. Neur. u. Psych.
Bd. LXXXIV. — Su alcuni criteri diagnostici differenziali fi axchoroido-epen.
dimitis serosa e tumor cerebri. (XVI. Congresso della Società Freniatrica Ita-
liana, Roma, 1923).
L'évaluation de l'hypertension doit être faite par le manomètre : le
jugement que l'on peut porter sur la façon dont le liquide sort de l'ai-
guille (par gouttes rapprochées, par jet, etc.) peut donner lieu à plusieurs
erreurs dépendant de causes tout à fait accidentelles. Mais, même quand
on a obvié à ces inconvénients, on ne peut constater seulement les fortes
hypertensions, tandis que nous échappent les hypertensions faibles ou
initiales, qui provoquent une légère symptomatologie et qui sont pré-
cisément celles qui exigent une vérification plus soignée.
L'examen de la pression du liquide céphalo-rachidien fait par le
manomètre de Claude permet aussi d'établir la quantité de liquide qui
peut être extraite par la ponction. Il importe à l'état du malade si on lui
-soustrait une quantité ou plus ou moins grande de liquide, et plusieurs
des inconvénients qui sont la conséquence de la ponction lombaire,
dépendent de la trop forte quantité du liquide extrait. Et cela s'explique
aisément, quand on se rappelle la fonction protectrice et régulatrice
de la tension interne des centres nerveux, et notamment de leur système
(c
vasal », auquel le liquide céphalo-rachidien rend un service normal.
En prenant la précaution d'extraire seulement la quantité strictement
nécessaire pour que la pression redevienne normale, ou même plus
élevée que la normale quand la pression initiale est trop forte, et en
cherchant à faire sortir le liquide avec beaucoup de lenteur (ce qui est
facile si l'on se sert d'aiguilles fines, ou si l'on laisse le stylet dans l'ai-
guille), la ponction lombaire devient, dans la plupart des cas, une opé-
ration absolument sans inconvénients.
Ces procédés techniques, dont j'ai acquis la certitude de l'utilité
dans l'exécution de nombreuses ponctions lombaires, certitude con-
firmée même par l'expérience générale des auteurs, ne sont pas toujours
assez mis en évidence. En général, l'usage d'un manomètre, dans l'exé-
cution d'une ponction lombaire, est considéré comme un luxe des
cliniques spécialisées, tandis qu'il peut et devrait entrer dans la pra-
tique, même privée, de tous les praticiens.
En considération de l'utilité de ce procédé suffisamment démontrée
dans son travail sus-mentionné, M. Ayala propose de relever aussi les
variations que la pression initiale peut subir par les changements de
position de la tête, par les différents mouvements respiratoires et par la
compression des jugulaires, car ces variations peuvent présenter des
aspects très différents dans les diverses maladies, compliquées par des
obstructions complètes ou partielles des communications soit entre les
espaces subarachnoïdiens et les cavités ventriculaires, soit entre les
cavités tant encéphaliques que spinales.
M. Ayala croit enfin nécessaire, en exécutant une ponction lombaire,
de tenir compte des éléments suivants :
i' de la pression initiale marquée par le manomètre avant que le
liquide sorte de l'aiguille;
2° de la pression résiduelle ou finale relevée au moment où l'on
sus-
pend l'extraction;
3° de la quantité du liquide:extrait.
M. Ayala a pu observer que la pression résiduelle, après la sous-
traction d'un nombre déterminé de centimètres cubes de liquide, n'est
pas seulement en rapport avec la pression initiale, mais encore avec la
quantité du liquide contenu dans les espaces encéphalo-médullaires.En
effet, tandis que, dans l'hydrocéphalie, la pression, après la soustraction
d'une certaine quantité de liquide, s'abaisse relativement assez peu,
cette pression, dans les tumeurs cérébrales, devient plus forte, quoique
la quantité du liquor extraite soit la même.
Si l'on indique par I la pression initiale, par F la pression finale et
par Q la quantité du liquide extrait, et si on multiplie la quantité par la
pression finale, et qu'on divise le produit par la pression initiale, suivant
la formule

on obtient le quotient qui sera directement proportionnel à la pres-


sion initiale.
Ce nombre (q.R) a été appelé par M. Ayala « quotient rachidien ».
Il a calculé cette donnée dans un très grand nombre de tumeurs et
de méningites séreuses, ou, comme il les appelle, « choroïdo-épendymites
séreuses » et il a constaté que, dans les premières, le quotient rachidien
oscille entre 2,55 et 4,55 tandis que dans les autres, il oscille entre 7
et JO.
Toutefois, dans quelques cas de tumeur cérébrale, la valeur du quo-
tient peut être celle qu'on observe dans les méningites séreuses : en
effet sur dix-huit cas firent exception à cette règle : i tumeur du corps
calleux, i tumeur du lobe temporal, 2 tumeurs du cervelet, i tumeur
d'abcès du lobe frontal.
Cependant, dans ces divers cas, il coexistait une énorme hydrocé-
phalie qui explique la différence des résultats obtenus. Quant au groupe
des méningites séreuses, sur quarante cas, dans un seulement on a
obtenu un quotient inférieur à 5.
On ne peut méconnaître l'importance de cette observation et la
grande valeur séméiologique qu'elle peut obtenir, même si, comme en
avertit prudemment M. Ayala, cette règle ne doit pas être considérée
comme absolue.
Aussi j'ai cru opportun de faire de nouvelles recherches à ce propos
et, dans le premier tableau ci-joint, je rapporte les résultats de quinze
cas de tumeur cérébrale, dont la plupart ont été contrôlés à l'autopsie,
ou à la table d'opération; et dans le second tableau, huit cas de ménin-
gite séreuse et deux de méningite.
Il l'in- opé- l'in opé- latéral. latéral.

OBSERVATIONS.

par par
tervention tervention

Décubitus Décubitus
Autopsie. Autopsie.
Autopsie. Autopsie.
Autopsie. ratoire. Autopsie. Confirmé ratoire.Autopsie.
» » Confirmé
» » »

pres-corn-des
~~

AVEC sion
47 56 » J) » » 63 54 64 82 »
106
31 » » 76

Ste fléchie.
100
74 » 74

I » » 60 » »
PRESSION très
» » » 82 » 28
la
tête hexjou
en
» 42 » > » » » » 56 » » » » » » »
LA
la
tête érigée.
DE
» 40 » » » » » » » 80 » » » » » »
MODIFICATION
la

toux.

» » » » » » 60 » 60 » )> » » » » »
la
actes respira-
toires.

» » 2,3
2,4
» » » » » » » » » » » »
les

Rachid.
<*">'•
40 5,3 5,5 1,7 3,2 3,6 4,2 3,2 4,2 5,o5 2.09 5,2 1,4 2,4 4,6 2,8

£ Jiraè." cubes.
6 8 10 5 5 5 75 7 8 3 10 3 58 4

P«ién
r
é.
sion
duelle.

3o 28 25 23 3o 3o 35 3o 33 48 25 5o 10 3o 45 5o

initiale.
Pres- sion
45 42 45 68 45 41 58 45 55 76 36 95 21 62 78 71

callosi.... - D.cranii. .. .. acustici. . .... cere- fronto-temporo-


........
quadrigemi
dextri dextri
sin.
dextri dextri
multipla
temporalis
temporalis sin
temporalis
sin
DIAGNOSTIC. post. frontalis
pontis n.
tempor.
temp.
temp. bilateralis
laminae cerebelli
corporis cerebelli
Sarcomafoveae Tuberculomata sin
Tubercoloma lobi
lobi
lobi lobi lobi lobi lobi
lobi parietalis

Sarcoma
TumorTumor Tumor Tumor TumorTumor Tumor Tumor Tumor
Gumma et Tumor
nae
bri

6.XIl.'22
22
16.11.23.
22 10.II.'23 15.IV.:d 16.VI.'23
4.II1.22 20.IX.22 .'23 5.111.'23 5.IX.'23
de L 8.V.237.V.'23
IV.23
27.XII. 5.XII.
Date P. 1.11
la
1
Age
52 23 5o 23 33 43 1 23 21 23 38 56 19 65 11
1
C"'
1 2 3 4 5 6 78 9 10 11 12 13 14 15
I OBSERVATIONS.
latéral.

» » » » » » » » » » » » » » » » » » »
Autopsie.
Decubitus Autopsie.

con- des
Pres" lalres.

AVEC
sion
» 70 » » » 80 74 75 72 » » H » 62 80 » 52 52 » 55 »
1a
tête flèchie.

» 78 72 » »
PRESSION très
«***—
» » 55 » » M » » 60 » » 5o 5o » 52 »
la

tête flexion.

en
» 75 » » » » » » » » » » » » » 60 » 47 » » »
LA
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DE

.
tcte
la
MODIFICATION

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^
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» » » 55 » 45 » »

» » 56 64 » » 47 » »
»

»
la
actes respira-
toires.
2.3 2.3 2.4 2.4 2.4 2.3
Rachid.. » » » » » » » » » » » » » » »
les

Quot.
8.1
6 8.6 7.1 9.4 6.6 6.9 9.5 7.1
9 II.1 7.9 7.1 9.2 6.5
6 11.6
10 -3
7
6.2 9.2

"ce" res
Quan- cubes.

titécen- t 14 10 10 10 12 10 16 16 10 12 i5 i5 10 12 10 10 i5 i5 10 12 12
Ime

duelle.
Pres- résl"
sion 3o 33 40 32 33 40 3o 32 46 45 40 29 37 40 40 3o 35 3o 38 25 40

initiale.
Près-
sion
52 55 46 45 42 60 69 67 64 60 52 55 52 52 61 5o 45 45 52 48 52

N.dela
, L. VIII

, P.
1 II III
»
serosa.... )} 1 II III IV V VI VII
serosa....»
serosa....» serosa....» » » » »
w

serosa.... serosa....
serosa....

serosa...

DIAGNOSTIC.

Tbc Tbc

Meningitis— Meningitis
Meningitis Meningitis
Meningitis Meningitis
Meningitis
Meningitis Meningitis Meningitis
— — - — — - — —

1922
2.IV.'23V.'2
23 2S.IlI.23 26.IV.'24 28.VI.'23
5.XII.'22
20.11.23 q.V.'23 i.VI.'23 I.VI.22 15.VI.23 22.II.'23 ..¡..III.'23
de L. 4.V.'23

Date P. 24.V. )> » I d.III.'


IX » »
„ la
2,S.
21. 1
Age. m-17
24 » » 17 5o 36 24 » » » » » » » 44 22 34 » » »

Cis.
1 » M 2 3 45 » » » » » » » 6 78 » » 9 10
Dans l'examen des cas de méningite sérieuse, je n'ai tenu compte
que de ceux dont le diagnostic, en plus des signes commun d'hyper-
tension endocranienne et d'altération du fond oculaire, était confirmé
par la guérison du malade.
Par l'observation des valeurs réunies dans les deux tableaux,
on remarquera que le quotient rachidien le plus élevé, dans le cas
de tumeur cérébrale est 5,5 (dans un sarcome de la fosse crânique pos-
térieure), tandis que le quotient le plus bas est 1,4 (dans le cas n° 13 —
gomme de la face inférieure du lobe temporal gauche). Dans le cas de
méningite séreuse, on obtient un minimum de 6, comme aux numéros l,
2, et un maximum de 11,6 comme aux numéros 7, 8, 10.
Il y a donc entre les deux maladies un écart bien marqué, puisque la
valeur maxima des tumeurs cérébrales arrive à 5,5 tandis que la valeur
minima des méningites séreuses ne descend pas au-dessous de 6.
Comme il a été dit plus haut, tandis que M. Ayala fixe, aux fins
pratiques, la limite des valeurs entre 2,5 et 4,5 dans les tumeurs céré-
brales, je prendrai, d'après mes expériences, les limites d'un minimum
de 1,5 et d'un maximum de 5,5. Quant aux méningites séreuses, j'abais-
serai à 6,5 le minimum de 7, donné par M. Ayala, et je laisserai indé-
terminée la limite maxima. Les valeurs qu'on obtiendrait entre 5,5 et
6,5 devraient être considérées comme équivoques et sans aucune valeur
différentielle.
On aurait donc un quotient inférieur à 5 pour une tumeur, et un
quotient supérieur à 7 pour une méningite séreuse.
Enfin, malgré ces menus détails, les résultats de mes observations
concordent avec ceux de M. Ayala : ils sont même plus démonstratifs,
puisque je n'ai pu constater une seule exception à la marche spéciale de
la pression que je viens de mettre en évidence.
Pour les méningites tuberculeuses, du moins dans les deux cas que
j'ai observés, on note une marche pareille à celle des méningites séreuses,
ce qui est dû au fait, que, dans les méningites tuberculeuses, le liquide
se déverse aussi dans les ventricules et que ces derniers se dilatent.
Toutefois, comme dans ces formes l'analyse chimique du liquide
céphalo-rachidien fournit des signes suffisants au diagnostic, on peut
considérer comme inutile de se livrer à d'autres recherches.
On se rendra aisément compte de la raison de la marche diverse des
deux formes morbides si l'on fait attention à la façon différente dont se
produit l'hypertension. Tandis que dans la méningite séreuse (choroïdo-
épendymite séreuse) l'augmentation de la pression est due à une aug-
mentation correspondante du liquide dans les cavités ventriculaires et
dans les espaces subarachno'idiens; pour les tumeurs, au contraire,
l'augmentation de la pression est due à ce que la masse solide de la
tumeur tend à réduire l'orifice des ventricules et l'ampleur des canaux
des citernes subarachnoïdiennes et encéphaliques. Le liquide contenu
dans ces cavités est ainsi repoussé dans les espaces subarachnoïdiens
spinaux où il ne peut être suffisamment absorbé par les espaces lym-
phatiques. Il s'ensuit donc que, dans le premier cas, on devra soustraire
une assez forte quantité de liquide céphalo-rachidien pour que la
pression en arrive à être normale; tandis que, lorsqu'il y a des
tumeurs, le liquor arachnoïdien — étant relativement plus rare — la
quantité qu'il sera nécessaire d'extraire pour abaisser la pression sera
aussi moindre, d'autant plus que, à cause de la pression centrifuge
exercée par la néoplasie, il peut arriver que les communications entre
ventricules et espaces arachnoïdiens soient entravées.
Quand la tumeur est compliquée d'une hydrocéphalie ou d'une
méningite toxique réactive, la marche de la pression et du qr dont il est
question plus haut sera altérée. C'est ce qui explique les contradictions
apparentes dans quelques-uns des résultats que j'ai donnés pré-
cédemment.
Ainsi, en rapprochant les cas de M. Ayala sur la tumeur cérébrale et
les méningites séreuses et ceux de mes tableaux, on en déduit un
nombre considérable d'observations qui me permettent d'insister sur la
presque constance des résultats obtenus : constance qui doit être consi-
dérée comme relative, vu qu'il s'agit de phénomènes biologiques.
Toutefois j'estime que, dans la pratique neurologique, ce signe
peut et doit acquérir une grande valeur, lorsqu'il est accompagnée
d'autres signes différentiels concourant à confirmer un diagnostic
plutôt qu'à l'établir. Je tiens surtout à insister sur ce point, pour qu'on
donne à ce signe sa juste valeur seulement dans les cas de véritable
hypertension.
En résumé, je puis affirmer que l'observation de la marche de la
pression du liquide céphalo-rachidien obtenu par la ponction lom-
baire, dans les cas ci-dessus exposés, m'autorise à formuler les déduc-
tions suivantes :
i0 Que, lorsqu'il existe des symptômesd'hypertension endocranienne,
on doit recourir à la ponction lombaire sans négliger l'usage du mano-
mètre, qui permet de relever avec exactitude le degré et les variations
de la pression du liquide céphalo-rachidien ;
2° Qu'il est prudent, dans ces circonstances morbides, de ne sous-
traire du liquide qu'autant qu'il est nécessaire pour que la pression soit
réduite à l'état normal; ou même davantage quand l'hypertension est
trop élevée;
3° Que l'évaluation de la pression initiale en fonction de la quantité
et de la pression résiduelle, c'est-à-dire le quotient rachidien, est une
donnée précieuse, qui peut éclaircir un diagnostic douteux, surtout
quand on balance entre une tumeur cérébrale et une méningite séreuse.
LA DÉCÉRÉBRATION CHEZ L'HOMME
* PAR
Walter FREEMAN
(de Philadelphie)
Assistant étranger à la Salpêtrière.

La décérébration, d'après les communications classiques de Sherrington,


est le procédé de transsection mésencéphalique qui provoque un spasme
tonique des « antigravity » muscles. Ce terme, étroitement limité, exclut les
sections faites à d'autres niveaux de l'axe nerveux et ne comprend pas
certains procédés qui sont d'une importance égale à la décérébration classique
pour l'étude de la régulation du tonus musculaire. Nous voudrions donc
donner une signification plus large au terme, en considérant plusieurs niveaux
anatomo-physiologiques de décérébration, et chez les sujets humains nous
voudrions établir une différence entre les interruptions fonctionnelles et les
interruptions anatomiques.
Dans la crise comitiale, nous voyons l'exemple typique de la décérébration
fonctionnelle, tandis que dans l'hémiplégie nous trouvons un exemple de la
décérébration anatomique partielle.
1
Nous devons à Rosett la description du phénomène qu'il appelle la
réaction épileptoïde normale et qu'il a trouvée chez des sujets sains. Il a
montré que ce phénomène ne diffère de la crise comitiale que par des
symptômes moins marqués, et qu'il se trouve en rapport avec l'état de
décérébration.
Pour aborder le problème, il s'agit de constater dans le mécanisme neuro-
musculaire central, plusieurs mécanismes physiologiques qui correspondent
à des niveaux anatomiques superposés. A chaque niveau, il y a une décom-
position partielle, avec réintégration partielle, dont le résultat est une action
harmonique selon l'intégration de tous les niveaux ou mécanismes qui se
trouvent en fonction, mais sans le contrôle des centres supérieurs coordinatifs.
Les niveaux divers, anatomiques et physiologiques que nous allons étudier
dans ce travail, sont les suivants :
i. Bulbo-médullaire,
2. Ponto-bulbaire,
3. Mésencéphalique,
4. Cortical.
Avant de considérer les phénomènescliniques, nous allons tenter un résumé

I. ROSETT. The Mechanism and the Fundamental Causes of the Epilepsies


(Arch. of. Neurol. alzd Psychiat., 9, p. 689, 1923).
assez bref de ce que les physiologistes ont constaté après la décérébration à
chacun des niveaux que nous venons de citer. La section au-dessous de
l'entrée de la huitième paire est suivie de flaccidité complète avec abolition
de tous les réflexes. La rigidité décérébrée typique s'obtient lorsqu'on
sectionne le névraxe entre l'entrée du nerf auditif et le noyau rouge. Elle
consiste en extension tonique des quatre membres et de la queue, et en
extension de la tête, en même temps qu'on peut provoquer des réflexes
d'automatisme médullaire et des réflexes de la station debout (Strehreflexe
le Magnus 1). On provoque facilement les réflexes toniques du cou et
quelques réflexes du labyrinthe. L'animal auquel on a conservé les parties
sous-thalamiques et mésencéphaliques diffère des animaux déjà considérés en
ce qu'il peut se lever spontanément, et qu'il peut résister aux efforts de l'ob-
servateur pour le renverser. Le tonus musculaire dans 'l'état de repos serait
normal. L'animal n'exécute pas des mouvements spontanés, mais par
plusieurs excitations, on peut provoquer chez l'animal des actes coordonnés
tels que la marche, la course ou le saut. En plus des réflexes toniques de la
station debout, Magnus trouve des réflexes de position (Stellreflexe.)
Les réactions qui apparaissent dans chaque expérience sont des phéno-
mènes de libération (release phenomena). Par exemple, la rigidité décérébrée
typique ne se produit pas à cause du fonctionnement du mésencéphale, mais
elle est due à l'action des centres inférieurs. Magnus a constaté sa présence
lorsque la section est faite en bas jusqu'au niveau immédiatement au-dessus
de la huitième paire. Elle est remplacée par le tonus normal lorsque la section
se fait au-dessus du niveau du noyau rouge.
Chez les animaux de laboratoire, avec des méthodes d'expérimentation
contrôlés, les phénomènes de décérébration doivent être beaucoup plus nets
que chez l'homme dans la clinique. La décérébration est toujours aussi bien
anatomique que physiologique, et ces conditions se trouvent réunies assez
rarement chez l'homme. Alors, pour mieux étudier la décérébration chez le
sujet humain, il s'agit de la diviser arbitrairement en deux parties, la décéré-
bration fonctionnelle et la décérébration anatomique. La première qu'on
trouve si souvent dans les états du système nerveux soit physiologique, soit
pathologi lue, est une réaction plutôt complète, comprenant tous les niveaux,
ainsi que l'ont montré les observations de Rosett, tandis que sa durée est
variable; souvent, elle est si courte que quelques phases de la réaction
échappent à l'observation. La décérébration anatomique est presque toujours
partielle, ne comprenant que quelques symptômes de chaque étage, par contre
elle tend à rester permanente. Ces deux formes peuvent se mélanger, et en
effet, lorsque l'action des centres supérieurs du système nerveux est entravée
par l'existence de lésions anatomiques, la décérébration physiologique se-
produit d'autant plus facilement.
Dans la condition qualifiée par Rosett de « réaction épileptoïde normale P,
on retrouve les phénomènes typiques, mais réduits, de la crise comitiale, et
description
en même temps la décérébration fonctionnelle. L'auteur donne la
suivante du phénomène : « Le sujet tourna le dos vers l'observateur, et on lui
demanda de relâcher les muscles le plus complètement possible. Alors on

I. MAGNUS. Beiträge zur Pharmakologie der Korperstellung und der


Labyrinthreflexe. (Acta oto-laryngologica, 4, p. I,
2 1923.)
lui fit une chiquenaude sur l'oreille. A l'instant même, le sujet prit une attitude
de rigidité tonique généralisée... le dos se redressa, la tête se renversa, les
cuisses et les jambes s'étendirent, les épaules se levèrent, les membres supé-
rieurs se mirent en pronation, les doigts se fermèrent sur la paume, avec la
phalangette et la phalangine étendues ou ébauchèrent l'attitude du poing
fermé; le pouce s'opposa à la paume... L'état momentané de rigidité
tonique généralisée fut suivi dans à peu près la moitié des cas par des mou-
vements cloniques. Ils s'observaient dans les mains et dans les doigts, et
ressemblaient à ceux de la choréo-athétose, quelques mouvements d'une petite
amplitude et d'une force faible... Le quatrième stade (celui de la résolution)
fut d'une durée assez longue pour avoir pu être constaté chez plusieurs sujets.
Elle durait une minute, pendant laquelle le sujet était évidemment confus et
taisait souvent quelques mouvements coordonnés, mais sans but ».
Une réaction semblable est bien connue dans la vie journalière, déclanchée
par des excitations douloureuses, des bruits forts, des éclatements, des chutes,
des aspersions d'eau froide. Les phénomènes moteurs de tous ces différents
étages peuvent s'observer chez l'animal, après la section du système nerveux
à tous les différents niveaux. Par exemple le raidissement indique le fonc-
tionnement des centres ponto-bulbaires, les mouvements cloniques le fonc-
tionnement des centres mésencéphaliques, et l'état d'obnubilation la mise en
contrôle graduelle de l'écorce. On ne voit pas dans cette description des
phénomènes propres au niveau bulbo-spinal, cependant quelques réflexions
et un peu d'observation nous permettront de constater que la réaction propre
à ce niveau existe aussi dans la réaction épileptoïde normale. La réaction à
une excitation brusque et violente, qui d'après Rosett correspond au retré-
cissement du champ de la conscience jusqu'aux limites déterminées par
l'excitation, quant à nous, nous croyons plutôt qu'elle consiste en une aboli-
tion absolue de la conscience. Il y a pendant cet instant une tendance des
genoux à tiéchir, pour l'individu de tomber flasque, et on constate une
sensation d'enfoncement dans l'épigastre. C'est l'expression de l'abolition
brusque de tout tonus. Le sujet rentre dans l'état bulbo-spinal. Il vaut la
peine de noter que ce sont les excitations qui agissent directement sur le
bulbe qui sont les plus puissantes dans le déclanchement de cette réaction
normale. Par exemple le claquement de l'ongle sur le pavillon de l'oreille
envoie des impulsions et par la cinquième paire et par la huitième paire. Une
aspersion d'eau froide agit mieux dans la face que dans un autre endroit. La
chute est la meilleure de toute excitation, car elle agit sur le labyrinthe ; en
second lieu peut-être vient le bruit violent, brusque et inattendu.
Cette phase négative est assurément très brève chez le sujet normal. Elle
échappait à l'observation même de Rosett qui cherchait partout les mani-
festations de la crise épileptique dans les événements de la vie ordinaire. Il
s'ensuit, ainsi que l'a montré Rosett, la production en excès du tonus dans
tous les muscles, en particulier dans les muscles qui agissent sur l'équilibre.
Les muscles du tronc, ceux de la face et de l'abdomen, le diaphragme, eux
aussi réagissent sous l'empire de cette phase tonique. On provoque facilement
cette réaction lorsqu'on jette en l'air un enfant normal. Le corps se raidit, la
tête se redresse en arrière, la colonne vertébrale s'étend, les jambes s'écartent,
les orteils de même, les bras se mettent en abduction rigide, avec un peu de
flexion des coudes, les mains sont ouvertes, les doigts écartés. L'aspect est
celui de la peur. L'on observe parfois un tremblement net des extrémités. La
mise à terre est accompagnée d'un ricanement « bruyant »,et le tonus normal
revient. Cet état tonique dans la réaction, selon l'opinion de vValshe 1, est un
moyen de défense, ayant pour but de donner au sujet une base solide, sur
laquelle les mouvements des extrémités pourront se faire. Parfois cependant,
par exemple dans la chute en avant, la réaction est moins habile. Le sujet
tombe, le bras tendu et raide, et son os se casse avant que la rigidité du
membre soit relâchée. C'est pourquoi un homme de sport inhibe cette réaction
et tombe dans un état de relâchement.
La mise en jeu des centres mésencéphaliques qui se manifeste selon les
idées de Rosett, par des mouvements rythmiques chez les sujets qu'il a étu-
diés, nous la voyons aussi se manifester chez la foule : le rire d'agacement
au moment d'une situation pénible dans le drame, les applaudissements à la
fin d'une course, ressemblent un peu aux mouvements spasmodiques d'un
enfant effrayé. La prise d'un objet chaud est suivie de mouvements cloniques
qui peuvent agir sur plusieurs groupements musculaires du corps. L'extase
d'un petit enfant à la vue de sa mère qui revient se manifeste par des bon-
dissements et des gesticulations ; l'enfant est distrait, il n'entend plus si on
l'appelle.
Une fois nous regardions un groupe d'enfants jouer au bord d'un canal ;
l'un d'eux tomba dans l'eau. Il se raidit, la bouche ouverte, poussa un cri et
s'enfonça, puis revint à la surface, pataugeant des bras et des pieds, poussa
encore un cri et s'enfonça encore. Son ami, tout près, trépidait sur le bord
du canal, jettant ses bras en l'air et criant à tue-tête. S'il s'était baissé il
aurait facilement pu donner la main à son camarade. D'abord inhibé, nous
n'accourons vers la scène du drame qu'après quelques instants, c'est-à-dire
après qu'un temps de la réaction qui nous est personnelle se fut épuisé. Le
père vint, saisit une gaffe et repêcha l'enfant flasque et presque noyé. Sa
réaction immédiate fut d'administrer au gamin une sérieuse fessée. Nous
croyons que dans cet exemple la réaction épileptoïde normale se faisait chez
quatre personnes qui jouaient chacune un rôle différent dans l'incident.
Les grands exploits athlétiques, dans la boxe, dans le football sont des
types plus élevés de mouvements coordonnés, se produisant chez un individu
qui paraît inconscient de ce qui l'entoure et qui n'a plus tard aucun souvenir des
événements ou de ce qu'il a fait. Le boxeur qui se jette à l'aveugle contre
son adversaire, en dépit des coups meurtrissants qu'il reçoit, qui attaque tou-
jours malgré tout, et met souvent par hasard « knockout » son adversaire, et
qui ensuite se jette contre l'arbitre, c'est ce qu'on voit parfois dans les
matches entre des boxeurs jeunes et inexpérimentés. Le meilleur est parfois
énervé par le retour insistant de l'autre, et c'est cet état de trouble qui le
rend plus prompt à succomber, victime des coups précoces et mal exécutés
de son adversaire. Il montre lui aussi une tendance à entrer dans l'état de
décérébration physiologique.
LES ÉTATS INVOLONTAIRES
Dans le chapitre précédant nous avons constaté l'étroite relation entre la

I. WALSHE. Decerebrate Rigidity in Man, Arch. Neurol, and Psychiat. 10 :


p. i, 192?.
Téaction épileptoïde normale et la crise comitiale. La première phase dite
bulbo-spinales'accompagned'une aura dont nous ne comprenons pas l'origine,
à moins que, c'est une hypothèse, les auras épigastriques ne soient une mani-
festation du relâchement du tonus dans les muscles de la paroi abdominale,
Vient alors la chute de l'individu, qui s'affaisse comme mort, relâché, tout
d'un tas. Le retrécissement du champ de la conscience est si rapide à ce
moment, en comparaison avec l'expansion qui a lieu plus tard, que nous
pourrions dire qu'il y a une section physiologique au niveau du bulbe accom-
pagné d'un état flasque de shock médullaire. Les stades suivants de la crise
épileptique peuvent se suivre très aisément et ils peuvent se comparer aux
réactions des animaux après des transsections de l'axe nerveux à des niveaux
de plus en plus élevés. En passant, nous signalerons que pendant la phase
tonique on peut observer des réactions posturales des membres tout à fait
caractéristiques, des réflexes toniques du cou, par la rotation active ou pas-
sive de la tête, tandis que ces réactions font défaut aux stades ultérieurs.
Ainsi la phase tonique représente l'activité des centres bulbo-protubérantiels,
la phase clonique représente la mise en jeu des centres mésencéphaliques et
la phase automatique, l'obnubilation et la réintégration lente de la conscience
représentent la réactivation des centres supérieurs corticaux chez le malade.
Quant au stade suivant de torpeur nous croyons qu'il se trouve en rapport
avec la fonction du sommeil.
Il y a plusieurs états qui s'accompagnent de perte de connaissance et qui
démontrent dans différents degrés les stades de la réaction épileptoïde. Habi-
tuellement il y a un stade qui prédomine, ce qui donne à une obser-
vation superficielle un aspect différent aux états, mais nous croyons que dans
chaque cas, on découvr-ira une série de phénomènes moteurs qui corres-
pondent à plusieurs, sinon à tous les niveaux de la décérébration physio-
logique.
Le sommeil. Qui est-ce qui n'a pas éprouvé dans la première période du
sommeil la contraction brusque des jambes, même des bras, qui a été parfois
d'une intensité suffisante pour vous réveiller? Ce phénomène s'accompagne
souvent d'une sensation de chute. Cette sensation se produit, peut-être, à
cause du relâchement des muscles trop brusquement. Il y a une interruption
de nos procès susvitaux à un niveau trop bas, suivie de la réactivation des
centres supérieurs avec le déclanchement de la « rigidité décérébrée ». Les
mouvements rythmiques, les agitations, le somnambulisme, tous ces états
bien connus peuvent trouver leurs images dans les états variés qui se suivent
l'un après l'autre pendant la crise convulsive. Pendant le premier stade de
sommeil les pupilles sont contractées, et les muscles présentent une augmen-
tation du tonus, mais lorsque le sommeil devient profond les muscles se
relâchent, et finalement même les réflexes tendineux s'abolissent. On entre
dans l'état bulbo-spinal.
L'évanouissement se compose aussi d'un rapide rétrécissement du champ
dela conscience avec des phénomènes moteurs, mais ils sont moins prononcés
que dans le paroxysme épileptique. Le sujet se rend compte qu'il va tomber,
souvent il l'annoncera, et il s'assiéra ou il s'arrangera de façon à amortir sa
chute. Le relâchement est néanmoins complet, les pupilles sont dilatées,
même la respiration peut être momentanément inhibée. Nous avons vu un
nystagmus violent se produire. Les phases suivantes se manifestent par des
secousses, des essais imparfaits à se relever, le rire spasmodique, une sensa-
tion de fatigue et de confusion.
Le syndrome de Stokes-Adams est probablement une forme exagérée de
l'évanouissement, et il relève du même mécanisme, c'est-à-dire de l'anémie
cérébrale. C'est pendant le stade de réaction qu'on observe ensuite consécu-
tivement les mouvements toniques, cloniques et coordonnés.
L'anesthésie montre encore un exemple d'inconscience pendant laquelle
se produisent des réactions de types divers en rapport avec les niveaux de la
décérébration. A la fin du premier stade on voit des mouvements coordonnés,
le sujet ayant en partie sa conscience : ils ont pour but l'enlèvement du
masque ; puis des mouvements incoordonnés extravagants auxquels tous
les groupements musculaires du corps prennent part. Ce stade alors se carac-
térise par un état de rigidité tonique, même avec opisthotonos et avec un cri
effrayant. Puis le relâchement terminal de tous les muscles a lieu, et le sujet
tombe à l'état bulbo-spinal. Les phases toniques et cloniques ne s'observent
• pas pendant le réveil, mais tout le monde sait combien les gens qui se réveil-
lent du sommeil anesthésique bavardent sans contrôle.
Dans des cas de traumatisme cérébral qui provoque la perte immédiate de
la connaissance, il y a d'abord un relâchement complet avec chute, suivi
souvent d'une phase de rigidité tonique avec tremblement, avant que la phase
de relâchement secondaire se développe. Cette série de phénomènes s'observe
couramment dans l'abatage des animaux, et heureusement moins souvent.
chez l'homme. Pendant l'état de rigidité, le sujet pousse souvent un cri qui
ressemble à celui des animaux décérébrés au niveau de la protubérance, au
cri de la crise épileptique, et au « ether cry » de l'anesthésie. Dans la plupart
des cas. le sujet blessé du crâne est porté à l'hôpital dans un état de chock,
pâle, flasque, et profondément inconscient. Dans les cas heureux on peut
constater les stades du rétablissement. L'état de shock donne lieu à un état de
tonicité dans lequel on voit des secousses musculaires, parfois des mouve-
ments cloniques; le malade commence à gémir, il porte la main à la tête, il
repousse les médicaments, arrache les pansements, il délire. Puis, étape par
étape, il revient à lui-même, en demandant ce qui s'est passé. S'il s'agit d'une
hémorragie ou d'une hypertension intracranienne, le rétablissement peut
s'interrompre à n'importe quel stade cité ci-dessus et alors une chute
recommence avec l'abaissement du niveau de l'activité réflexe, jusqu'aux
centres inférieurs de l'activité végétative et réflexe. * L'intervalle lucide »
bien connu, et d'une importance si grande pour le diagnostic de l'hémorragie
intracranienne, est un exemple de décérébration consécutive, dans laquelle le
type physiologique est suivi du type anatomique.
On constate alors que les phénomènes moteurs qui correspondent aux
réactions des animaux décérébrés aux différents niveaux, peuvent s'observer
au commencement aussi bien qu'à la fin de la période d'inconscience. Dans
tous ces cas, les phénomènes moteurs sont d'autant plus marqués que la
dépression ou le retour de la conscience est brusque et violent. Pendant le
sommeil, par exemple, le réveil d'un cauchemar s'accompagne plus souvent
d'activité musculaire que l'acte de s'endormir, Le début rapide et parfois
violent de l'anesthésie s'accompagne de jactation, tandis que l'élimination
lente de l'anesthésique dans le calme, ne s'accompagne pas de phénomènes
moteurs aussi prononcés. L'anémie cérébrale due à l'asystole dans le syndrome
de Stokes-Adams tend plus que celle de l'évanouissement à provoquer les
convulsions.
LA DÉCÉRÉBRATION ANATOMIQUE
Sur les limites entre la décérébration physiologique et la décérébration
anatomique nous rencontrons plusieurs états qui probablement ou même cer-
tainement, possèdent une base anatomique, mais les phénomènes physiolo-
giques qui en résultent se développentd'une manière beaucoup plus frappante.
Les crises jacksoniennes dues aux tumeurs cérébrales rentrent dans ce cadre.
La question intéressante à savoir, si l'irritation ou la libération est la cause de
ces crises, ne peut pas se discuter dans cette communication.
En deuxième ordre, nous avons les états d'hypertension intracranienne.
Les cerveaux gros et œdémateux de l'alcoolisme aigu, de l'urémie, de
l'éclampsie et de la méningite, indiquent une élévation de la pression dans
la cavité cranienne qu'on peut constater, pendant la vie, par la ponction
lombaire. Lorsqu'on voit cesser les crises et se rétablir la connaissance à la
suite de cette, ponction, on peut croire que l'hypertension elle-même est au
fond de l'état de la décérébration qu'on constate. D'après nos observations
prises dans le service de M. le professeur Frazer, à Philadelphie, quelques

malades admis à l'hôpital après avoir reçu des blessures du crâne, dans un
état de tonicité avec secousses musculaires, stertor et inconscience profonde
revenaient à l'état de veille après l'enlèvement de quelques centimètres cubes
de liquide céphalo-rachidien qui sortait de l'aiguille en jet. Malheureusement
l'amélioration durait souvent moins d'une heure, après laquelle l'individu
retombait encore dans son état grave et mourait.
Toute hypertension intracranienne aiguë peut provoquer un état plus ou
moins sévère de décérébration. Les attaques de convulsions et de perte de
connaissance produites par une pression sur les hernies cérébrales sont trop
bien connues pour que nous y insistions ici. La pression sur les méningocèles
donne parfois les mêmes résultats. La spasticité de l'hydrocéphalie est proba-
blement due à une lésion anatomique des faisceaux pyramidaux, car elle existe
même après que la tête a cessé de grandir, et elle persiste même quand la
tension du liquide céphalo-rachidien reste normale. Cependant, dans les
premiers stades de la maladie, on observe souvent des crises convulsives qui
cessent sous l'influence de la ponction lombaire ou ventriculaire.
Dans les cas d'inondation ventriculaire, il existe parfois une période consi-
dérable pendant laquelle les centres corticaux, même les centres sous-corticaux
et mésencéphaliques semblent être annihilés. Un état de rigidité se développe
alors qui ressemble tout à fait à la rigidité décérébrée des animaux après la
transsection du tronc cérébral au niveau de la protubérance. Cet état dure
quelquefois des heures, même des jours. Les membres sont raides, ils présen-
tent des réflexes exagérés, les réflexes cervicaux s'observent nettement. Des
4
états semblables sont remarquablement décrits par Wilson et il justifie ses
conclusions par des pièces anatomiques, montrant de grosses lésions qui
interrompent les communications entre les centres supérieurs et les centres
inférieurs.
La décérébration complète et permanente s'établit rarement chez l'homme
i. WILSON, S. A. K. : Decerebrate Rigidity in Man and the Occurrence of
Tonic Fits. (Brain; 43, p. 220, 1920.)
sauf dans les conditions terminales; cependant, si l'on examinait les enfants
arriérés avec plus de soin, on en trouverait un assez grand nombre entrant
dans le cadre des animaux opérés. L'idiotie familiale amaurctique de Tay-
Sachs, l'hydrocéphalie, la sclérose cérébrale diffuse, la microcéphalie, présen-
tent parfois des états plus ou moins semblables à la rigidité décérébrée expéri-
mentale. Dans presque chaque cas néanmoins, il existe encore quelques signes
qui démontrent qu'il reste encore un peu de contrôle des centres supérieurs.
L'hémiplégie ordinaire constitue la forme la plus commune de la rigidité
décérébrée partielle anatomique.Wilson a reconnu ce fait et Walshe y a insisté.
Celui-ci avant de poser le diagnostic de cet état exige pour que tous les signes
constatés par Sherrington chez les animaux décérébrés soient touvés chez le
sujet. A propos d'un malade, il dit « Il s'agit d'un cas d'hémiplégie résiduelle
:

avec spasticité. On voit que la spasticité frappe avec prédilection certains


muscles et qu'elle présente le clonus, l'inhibition réciproque par le réflexe
phasique en flexion d'origine médullaire, le raccourcissement (des muscles) et
la présence des réflexes de Magnus et de Kleyn. En un mot, la spasticité pré-
sente toutes les caractéristiques de la rigidité décérébrée expérimentale. » Il y
a d'autres signes qui apparaissent mieux chez l'homme que chez les animaux.
Par exemple, Wilson croit que chaque sujet qui présente une pronation de
l'avant-bras rentre dans le groupe des décérébrés. Nous voudrions signaler
aussi l'adduction et l'opposition du pouce qui semblent exister très constam-
ment et qui gênent les mouvements de la main paralysée. Rosett a noté ce signe
dans les états qu'il a étudiés.
Dans l'hémiplégie il existe un degré de rigidité tonique du côté malade
qui imprime aux membres une attitude caractéristique ; flexion-abduction-
pronation pour le membre supérieur, et extension-adduction pour le membre
inférieur. Hughlings Jackson 1 le premier, montra que ce phénomène équivaut
à une libération, que l'écorce donne les impulsions normales inhibitrices
contre cette augmentation du tonu-s. On pensait autrefois que les méca-
nismes libérés étaient situés dans la moelle épinière ou dans le cervelet
(Jackson), mais il y a encore un mécanisme qui entre en jeu. La pronation de
l'avant-bras et l'adduction du pouce sont probablement des attitudes déter-
2
minées par le mécanisme médullaire, car Riddoch et Buzzard ont trouvé ces
signes dans leurs cas de quadriplégie spinale, mais quant à l'attitude de
flexion de l'avant-bras, il faut chercher plus loin. D'après Riddoch et Buzzard,
lorsqu'il s'agit d'une lésion de la moelle cervicale supérieure, le coude
s'étend, même assez fortement, et le bras montre aussi un peu d'abduc-
tion et de rotation interne. Le membre supérieur présente des réflexes de
raccourcissement et d'allongement analogues à ceux du membre inférieur,
qu'on trouve dans des cas de lésion transverse de la moelle dorsale. Ils sont
brusques, puissants et stéréotypés. Nous avons observé ces réflexes dans
quelques cas d'hémiplégie, mais nous n'avons rencontré le réflexe en extension
qu'assez rarement.
Dans le cas d'hémiplégie, d'ailleurs, on observe plusieurs réactions postu-
rales qu'exécute le bras paralysé, d'un ordre différent de celui des réflexes

i. Hughlings, JACKSON (Medical Examiner, 1878).


2. RIDDOCH and BuzzARD Reflex Movements in Quadriplegia with special
:
reference to the upper extremity (Brain, 44: p. 377, 1923).
d'origine médullaire. Par exemple, pendant le repos, le coude reste presque
toujours en flexion. Alors, lorsque le"malade bâille, ou qu'il éternue, ou qu 'il
défèque avec effort, il y a un mouvement lent du bras paralysé qui exagère
la contracture. Ce même mouvement peut se produire lorsque le malade fait
un effort volontaire du côté sain ayant pour but le déplacement d'un segment
du corps contre une résistance. Cette réaction posturale qui se développe
pendant un effort volontaire s'appelle syncinésie, et dans une communication
avec Morin1 nous avons constaté que ces réactions dépendent de l'intégrité
des centres mésencéphaliques. Walshe a constaté ces réactions posturales
chez le malade qu'il a étudié. Ce fait montre que l'hémiplégie n'est pas l'image
exacte de la rigidité décérébrée classique de Sherrington, elle est d'un ordre
de décérébration à un étage plus élevé.
Dans le même cadre que l'hémiplégie ordinaire, nous plaçons l'athétose.
Pendant le sommeil ou le repos, les extrémités restent immobiles, mais une
fois les mouvements déclanchés, ils continuent pendant une période indéfinie,
souvent plusieurs minutes et à la suite d'une seule excitation. En l'absence
de tout effort volontaire (on commande aux malades de rester tranquilles)
la présence de ces mouvements indique qu'une série de réflexes a été mise
en action et qu'ils s'épuisent difficilement. Parfois on peut assister à des
mouvements de grande amplitude, qui se suivent dans un ordre régulier.
Selon l'opinion de Wilson : c Pour difficile qu'il soit de suivre les mouve-
ments changeants d'athétose, il n'y a, à mon avis, aucun doute que la base
ne se trouve dans une attitude changeante de la rigidité décérébrée. » Nous
croyons que l'athétose relève d'un automatisme assez complet des centres
mésencéphaliques, qu'elle signifie la décérébration partielle immédiatement
au-dessus du mésencéphale. Dans ces cas, on peut provoquer plus facilement
la décérébration fonctionnelle, c'est-à-dire la réaction épileptoïde normale,
par des excitations variées. Un bruit inattendu par exemple, produit chez le
diplégique infantile une phase tonique qui dure même pendant des secondes.
Après cela les mouvements athétosiques commenceront et ils ne s'épuiseront
qu'après plusieurs minutes. L'effort musculaire à lui seul suffit à provoquer
un abaissement du niveau de l'activité réflexe, et souvent ces malades entrent
dans un état tonique quand ils essayent de faire un mouvement. Lorsque le
contrôle des centres supérieurs est assez puissant, les réflexes de posture sont
moins prononcés et ne durent que quelques instants. Alors on éprouve une
première difficulté chez les malades conscients. D'après Wilson, It les postures
caractéristiques (de la rigidité décérébrée) se maintiennent moins facilement
que chez les sujets inconscients. Il y a, pour ainsi dire, une lutte entre deux
mécanismes moteurs, chacun essayant de chasser l'autre de sa position
dominante n.
CONCLUSIONS
La décérébration chez le sujet humain implique, dans le sens le plus
étendu, l'abaissement du contrôle de l'activité nerveuse vers un de ces
différents niveaux aussi bien anatomiques que physiologiques. Les centres,
dont l'activité donne les phénomènes les mieux différenciés, sont les sui-
vants :
i. FREEMAN, WALTER et MORIN, PAUL. Les réflexes d'automatisme mésen-
céphalique (Revue Neurologique, à paraître).
1. Bulbo-médullaire,
2. Ponto-bulbaire,
3. Mésencéphalique,
4. Cortical.
La décérébration peut être physiologique ou temporaire : il s'agit alors
d'une réaction qui tend à se développer complètement et dans laquelle une
phase prédomine sur les autres. Ou la décérébration est anatomique ; on y
rencontre un état rarement complet, mais souvent permanent.
Comme exemples de la décérébration physiologique nous citerons :
1. La réaction épileptoïde normale, qui se manifeste au moment d'une
surprise.
2. Des états de perte de connaissance accompagnés de phénomènes
moteurs : tels le sommeil, l'évanouissement, l'anesthésie, le syndrome de
Stokes Adams, les crises comitiales, les fugues et les colères.
3. L'hypertension intracranienne.
Pour ce qui est de la décérébration anatomique, des formes complètes
s'observent au stade terminal du traumatisme cérébral, de l'hémorragie intra-
ventriculaire, et parfois dans les encéphalopathies et dans les lésions com-
plètes transverses de l'axe nerveux au-dessus du bulbe. Des formes partielles
se rencontrent chez les hémiplégiques d'origine cérébrale, dans les scléroses
cérébrales, dans l'athétose ; en un mot, chez tous les malades qui présentent
des lésions qui interrompent les voies cérébrales motrices entre le cortex et
le bulbe inférieur, en respectant les voies inférieures.
LE VOL DE LA PENSÉE
PAR
REVAULT D'ALLONNES

Par l'expression vol de la pensée on doit entendre une conscience par-


tielle de la désintégration psychique, avec revendication par un «moi»
amoindri, résiduel, de productions mentales en train de s'évader de son
contrôle, et qui paraissent tomber sous le contrôle d'autrui. Au premier
degré, elles semblent exposées à se divulguer, elles vont être la proie de
détectives. Au second degré, c'est fait, elles sont sournoisement détour-
nées. Au troisième degré, c'est ostensiblement qu'elles sont colportées.
Une verbalisation étrangère des pensées intimes est d'abord imminente;
puis elle est obscurément constatée, enfin elle éclate ouvertement.
Quel rapport y-a-t-il entre le vol de la pensée etl'intrusion de pensées
étrangères ?
Dans le premier cas, le malade a conscience de la désappropriation ;
il n'en a pas conscience dans le second. Dans le premier cas, c'est le ma-
tériel de l'idéation personnelle qui est en cause; dans le second, c'est le
matériel de la cérébrationextra-personnelle,non incorporée à la personne.
L'idéation tout entière est en voie de verbalisation désavouée. En vertu
de la dislocation psychique, une partie seulement demeure personnelle,
et les fausses réceptions correspondantes constituent le vol de la pensée.
Les autres parties de l'idéation sont détachées de la personne, en anta-
gonisme hostile, et quelquefois bienveillant à son égard; les fausses ré-
ceptions correspondantes sont reçues comme des paroles d'ennemis et
d'amis, sans soupçon de spoliation, car ces dernières, à aucun môment
de leur formation, n'ont été incorporées au moi.
Le vol de la pensée est donc, pour ainsi dire, à cheval sur la pensée
personnelle et sur l'hallucination verbale hétéro-personnelle, c'est un
terrain commun au polyphrène et à ses invisibles. Deux conceptions op-
posées se présentent. Ou bien ce phénomène indique un fléchissement,
une détente de la cérébration dissidente, qui ne se donne pas la peine de
créer du nouveau, qui, pour matériaux de ses fabrications hallucinatoires,
se borne à soutirer paresseusement la substance personnelle. Ou bien,
au contraire, le vol de la pensée révèle l'extrême faiblesse de la conten-
tion personnelle, la toute-puissance de la cérébration dissidente, enhar-
die jusqu'à s'approprier la pensée personnelle. Mais puisque le vol de la
pensée ne suspend pas les hallucinations hétéro-personnelles, qu'il in-
terfère, qu'il s'enchevêtre avec elles, aucune de ces deux interprétations
ne peut être admise. Toutes les pensées du polyphrène sont susceptibles
de lui revenir proférées par les invisibles, celles qu'il connaît comme cel-
les qu 'il ignore, celles qu'il revendique comme celles qu'il désavoue.
Tenant compte des diverses modalités qui seront ci-dessous classées
et décrites, nous proposons la définition suivante du vol de la pensée.
Dans toutes les formes de la polyphrénie se produit un phénomène
propre à cette psychose, et qui en est l'un des symptômes fondamentaux :
le malade aperçoit une soustraction de ses propres pensées, soit au fur et
à mesure de leur formation, soit plus communément allant qu'il les ait
sciemment conçues. La forme auditive et retardante est peu fréquente,
elle constitue 1 écho de la pensée. Les formes anticipantes, qu'elles soient
oit non auditives, sont les plus communes et ne sauraient être dénommées
écho.

Valeur séméiologique du vol de la pensée. M. Gilbert Ballet1 attire



l'attention sur la signification et l'importance de ce phénomène, signalé
par tous les auteurs, mais regardé bien à tort comme banal, en raison
de sa fréquence. Il en fait lesymptômepathognomoniquedela psychose
hallucinatoire chronique, qui procède d'une désagrégation de la person-
nalité, et le signe différentiel, par exemple à l'égard de la psychose inter-
prétatrice chronique, où la personnalité est indemne.
L'observation des malades nous amena à admettre la haute valeur
séméiologique et pathognomonique du vol de la pensée, avant que nous
n'eussions pris connaissance des articles de notre ancien maître, ni des
idées analogues émises, soit sous son influence, soit indépendamment,
par Delmas, R. Charpentier, de Clérambault, Allamagny et autres. Après
avoir lu ou écouté ces cliniciens en continuant à vivre parmi nos aliénés,
nous avons été amené aux conclusions suivantes :
1. L'expression «écho de la pensée)), qui, dans l'usage, est la plus
courante, doit passer à l'arrière-plan. Elle doit être réservée à une moda-
lité secondaire, à la modalité auditive et retardante. A la suite de Magnan
et de Séglas, les auteurs qui viennent d'ètre cités substituent souvent ce
nom d'une espèce plutôt aberrante au nom pourtant ancien et consacré
du genre, vol de la pensée.
2. Important et pathognomonique, le vol dela penséel'estautant et
non plus que quatre autres symptômes que nous avons dégagés sous le
nom de syndrome polyphrénique, et la réunion de plusieurs d'entre eux
ou de tous l'est encore bien d'avantage.
3. La «psychose hallucinatoire chronique» est loin d'absorber tous
les cas de vol de la pensée. Au contraire, la polyphrénie les absorbe,

i. Encéphale, 1913, I, 5o3. V. ci-dessous, ch. ix, un texte cité. Ballet écrit
(1
écho de la pensée:, mais il est clair qu'il veut dire vol de la pensée.
avec ses diverses formes cliniques, dont nous avons en juillet 1923 pro-
posé une énumération provisoire, et que nous classons actuellement
comme suit : polyphrénie simple, raisonnante, confusionnelle, cyclo-
thymique, maniàque ou hypomaniaque.
4. Soit dans la psychose hallucinatoire chronique de Ballet, soit dans
la polyphrénie, il ne faut pas parler vaguement de «désintégration») en
général, mais de dislocation : les fragments désunis sont remarquable-
ment peu désintégrés.
5. La «personnalité», ou conscience de soi, subsiste et s'affirme,
quoiqu'elle soit diminuée. Ce qui est disloqué, c'est l' individualité, dont
la personnalité n'est (Ribot) qu'une portion minime.
6. Enfin il n'est pas certain que dans la « psychose interprétatrice
chronique », la personnalité ni l'individualité soient indemnes.
Classification des formes du vol de la pensée. — Faute de connaître
les diverses formes du vol de la pensée, on risque de laisser ce symptôme
cardinal. Trop souvent on ne songe qu'à l'écho de la pensée, forme à la
fois retardante et auditive, qui est loin d'être fréquente.
On peut distinguer les modalités suivantes, dont la présentation peut
être auditive ou dépourvue d'auditivité.
10 Vol de la pensée sans apparence d'anticipation ni de retard ;
intrusion dans la vie passée; énoncé des actes, de l'écriture; double
lecture.
21 Vol de la pensée à caractère anticipant : anticipation de la pensée,
annonce de l'écriture, des actes; anticipation de la lecture.
3° Vol de la pensée à caractère retardant : écho de la pensée.
La découverte d'une de ces espèces ne dispense pas de rechercher
les autres : rien de plus ordinaire, dans la polyphrénie, que le cumul.
Intrusion dans la vie passée. — L'intrusion dans la vie passée est, de
toutes les formes du vol de la pensée, la plus ordinaire.
A vrai dire, le malade ne se plaint pas qu'on lui vole ses pensées,
mais qu'on lui vole ses secrets. Cette distinction a un sens subtil. Elle
signifie que l'actualisation des souvenirs intimes n'est pas voulue, elle
est mise au compte des indiscrets. Mille détails surgissent, des minuties
oubliées, des circonstances sans intérêt, indignes d'avoir été conservées.
« On » les ravive, on les ressuscite, on leur donne une valeur qu'ils
n'ont jamais eue, on connaît la vie du sujet mieux que lui-même, jamais
il n'aurait pu, quant à lui, repenser tout cela ; c'était enfoui, aboli,
anéanti. Ces fantômes d'un passé mort, il est bien obligé de les identifier
au passage. Tout cela a bien existé. Mais à quoi bon cette sarabande?
Et pourquoi ne peut-il pas la réfréner? C'est une hypermnésie, mais
d'une espèce particulière, une hypermnésie attribuée à l'intervention
d'évocateurs étrangers. Elle déroule des images de choses, de lieux, de

1. Atin. médico-psych., nO d'octobres


personnes, d'événements, de situations, et aussi de propos autrefois
tenus, vieux documents qui ressortent d'archives où il valait mieux les
laisser. La verbalisation est ici secondaire, épisodique, estompée. Ce
n'est pas une voix sonore, ce n'est pas une parole non sonore faisant
un exposé, c'est une reviviscence, une danse macabre à laquelle le
patient est contraint d'assister, où il reconnaît des lambeaux de lui-
même, mais qui est dirigée par un maître invisible et silencieux.
Cette récapitulation sempiternelle, fastidieuse, à laquelle il est
astreint par ses suborneurs tantôt s'effectue sous la forme endophasique
de l'hétéro-soliloque à lèvres closes, tantôt devient un hétéro-soliloque
parlé, ou même vociféré.

Énoncé des actes, de l'écriture, double lecture.


— Les menus actes.
du polyphrène sont énoncés sans qu'il puisse dire si c'est avant l'ac-
complissement ou après, surtout les petits actes indispensables, quoti-
diens, solitaires, ceux de la toilette, de l'habillage, du déshabillage, de
la coiffure, du repas, de la garde-robe.
Voici quelques échantillons : « Il se fait la barbe. Il s'est coupé. Il
met ses bretelles. Il ôte ses chaussettes. » « Elle enlève son râtelier.
Elle ne trouve pas ses lunettes. Elle reprend des petits pois. Elle change
de chemise. »
Ce sont de fausses réceptions verbales, de celles qui sont étiquetées
hallucinations vraies, ou de celles qui sont étiquetées pseudo-halluci-
nations, ou des deux ordres à la fois. Elles sont mêlées de propos hétéro-
personnels. Par exemple : « Il s'est coupé: c'est bien fait! qu'il se coupe
la gorge! )) « Elle enlève son râtelier: voye\la vieille coquette/» « Elle
reprend des petits pois; très bien, ils sont empoisonnés. » « Elle change
de chemise, elle a le corps d'une Vénus. » Bien entendu les paroles hétéro-
personnelles en italiques expriment elles aussi des pensées du malade,
mais des pensées inavouées ou désavouées. Seules les paroles en carac-
tères romains ont un contenu personnel avoué, mais l'énoncé en est
hétéro-personnel.
Quand nous accomplissons un acte tel que ceux qui viennent d'être
cités, nous ne remarquons pas que des pensées y président. Aussi
l'énoncé de ses actes est-il regardé par le polyphrène comme une
intrusion dans sa vie privée, plutôt que comme un vol de sa pensée.
Mais, pour le psychologue, l'énoncé des actes est une espèce de vol de
la pensée.
La légitimité de ce rattachement devient évidente dans l'acte d'écrire.
Ici la pensée qui préside est remarquée, elle est consciemment verba-
lisée. Ed. Philomène refuse d'écrire des lettres parce qu'aussitôt les
invisibles disent à voix haute tout ce qu'elle écrit. Elle s'abstient égale-
ment de toute lecture, parce que tout ce qu'elle lit retentit sonorement
à ses oreilles.
L'énoncé de l'écriture et la double lecture sont exceptionnellement
constants et persistants chez elle. Le plus souvent, ces phénomènes,
comme par exemple chez Ab. Michel, n'apparaissent que dans les crises
aiguës, et cessent d'exister dans les intervalles d'état subaigu.
Anticipation de la pensée. — Si quelqu'un exprime, mieux que nous
n'aurions su faire, une opinion voisine des nôtres, nous disons qu'il
nous « arrache les mots des lèvres ». Les revendications de priorité,
fléau des lettres, des arts et des sciences, reposent sur une impression
analogue. Des idées en voie d'élaboration circulent encore embryon-
naires, indistinctes, elles flottent, dit-on, dans l'air. Elles ne sont le
monopole de personne, elles appartiennent à quiconque les met en
valeur. Aussitôt qu'une œuvre les fixe, plus d'un, qui tâtonnait, se met
à crier au plagiat. Il reconnaît sa propre substance. Un mirage le
persuade qu'il était sur le point de trouver, que c'est lui qui devait
trouver.
Semblablement les invisibles du polyphrène lui ôtent les paroles de
la bouche, ils anticipent ses pensées, plutôt qu'ils ne les reproduisent,
ils réalisent avant lui ses propres opérations. Avant la lettre les pen-
sées en litige étaient peu conscientes, et même n'étaient pas conscientes
du tout, le plaignant ne se doutait pas qu'il les possédât, il ne les con-
nait pour siennes que sous un accoutrement qui n'est pas sien.
C'est pourquoi, si on leur parle d'écho, peu de malades comprennent
ce que l'on veut dire. Ils ne se plaignent pas de concevoir des pensées
qui, ensuite, leur seraient renvoyées par autrui, mais ils se plaignent que
leurs pensées soient connues alors qu'eux-mêmes ne les connaissent pas
encore.
« Votre pensée est-elle répétée, répercutée comme en écho?» Cette
question n'obtient d'ordinaire qu'une réponse négative. Gardons-nous
de nous en tenir là, et de confondre l'absence d'une espèce avec l'ab-
sence du genre, l'absence d'écho de la pensée avec l'absence du vol de
la pensée.
Séglas, et avec lui Magnan, ont remarqué que le renvoi de la pensée
est anticipant, plutôt que retardant. Ils maintiennent néanmoins le mot
écho. Mais c'est un abus de langage, ce terme cesse d'être convenable,
il risque, par une mauvaise adaptation de l'interrogatoire1, d'égarer le
diagnostic.
Am Roger 2, est un grand halluciné verbal. Il s'explique clairement
et ouvertement, seulement réticent parfois sur les personnalités à qui il
attribue ses voix et son automatisme. Il développe tous les symptômes
de la psychose polyphrénique. Un seul manque au tableau, de tous le
plus beau peut-être. Ne songeant qu'à l'écho, et non aux autres formes

i. V. ci-dessus la définition de l'écho de la pensée par Séglas.


2. V. obs., ch. x.
du vol de la pensée, nous lui demandons à diverses reprises, à plusieurs
jours de distance, « si sa pensée est répétée J). Constamment il répond
non. Sa « pensée n'est jamais répétée telle quelle » : elle est glosée par
des voix qui ne sont pas des échos, car elles critiquent, elles commen-
tent. S'il lit, s'il écrit, il en va de même : les voix font des interruptions
hostiles ou bienveillantes, mais ne répètent pas en écho.
Chez un aussi typique disloqué, cette lacune paraissait étrange.
Après quatorze jours d'insuccès, voici ce que lui-même il nous
découvre. Une fois de plus, il vient de répondre qu'il ignore ce que c'est
qu'une pensée répétée en écho par les voix. Puis il ajoute : a Lorsque
je pense, avant que je sache moi-même ce que je pense, cela m'est
annoncé par les voix. C'est tout le contraire d'un écho. Je n'ai pas
encore arrêté les contours de ma pensée, que déjà elle éclate toute for-
mulée à mes oreilles. Les voix devancent ma pensée, elles la fixent et
la rédigent plus vite que moi. On connaît ma propre pensée mieux que
>
moi-même, avant moi-même. »
Ainsi les invisibles verbalisent, acoustiquement ici, la pensée encore
en germe, encore inconsciente ou à demi-consciente. On ne saurait
parler d'écho anticipant. C'est vol de la pensée qu'il faut dire.
Dictée, annonce des actes, anticipation de la lecture. — Nous avons
publié 1 un certain nombre d'observations d'écriture prophétique sous
la dictée des invisibles, et quelques-uns de nos malades actuels2 fournis-
sent de ce phénomène des spécimens exempts de religiosité. La dictée
mystique est reçue comme un miracle; l'instrument docile se garde bien-
de songer à un vol, ni même à une prise de sa pensée. Mais écoutons.
ses confidences. Une pensée infiniment supérieure à la sienne précède
la sienne, s'y substitue, l'anéantit ; sous la dictée, il est passif, il est en
un état d'inertie mentale et de vide intellectuel ; l'esprit surnaturel exige
que la place soit nette. Traduisons: ce polyphrène est volé et content.
Il reçoit comme un don qui le comble ce qui n'est qu'une simple resti-
tution.
L'annonce des actes diffère de l'énoncé des actes par son caractère
anticipant. La pensée qui préside à l'acte est seulement volée un peu plus
tôt.
Voici une observation d'anticipation de la lecture, et les réflexions
du malade, la Camille, intelligent, ingénieur. Il s'est absenté pendant
deux ans, qu'il a passés en Italie et en Suisse. Il revient halluciné tou-
jours, mais en rémission, et disposé à faire une place aux explications
psychopathologiques, qu'il repousse avec colère dans les exacerbations
de sa psychose. Il a, dit-il, fait maintes fois à Capri l'expérience que
voici.
i. Psycho!. d'une religion, i vol. in-8°, 291 p., Paris, Alcan 1907, v. p. 173-
2A0.
2. Am Roger, Oa Jeanne, Ya Louise.
(( J'ouvre un livre ou une revue, au hasard, portant les yeux au haut
-de la page non lue, et j'évite avec soin de regarder le bas de la page.
J'attends que la voix me dise un des mots que je n'ai pas aperçus. Cela
ne tarde guère. Elle me donne un mot, en général important, un nom
propre, un nom géographique. Alors je regarde. Effectivement je trouve
ce mot imprimé dans la partie inférieure de la page. »
Le plus curieux, c'est l'explication qu'il a spontanément offerte. Elle
est d'un style auquel les malades ne nous ont guère habitués, et la voici,
notée sur-le-champ, sans y changer une syllabe :
« A mon insu, ce mot était tombé avec d'autres dans le machinisme
du subconscient, et ce machinisme a fait choix d'un terme intéressant. »
Quelques jours plus tard, mis en présence de cette formule, il la
répudie et se fâche, car il est repris par la conviction qu'il est en proie
à des maléfices.
Ainsi l'élaboration d'une idée se produit concurremment dans plu-
sieurs mécanismes mentaux, et le plus actif, chez le polyphrène, n'est pas
toujours le mécanisme personnel. L'achèvement de cette idée est souvent
accompli dans un mécanisme dissocié d'avec la personne, et aussitôt,
notification en est faite à la personne par une parole, avant que le moi,
de son côté, ait arrêté à sa manière la formule.
Écho de la pensée.
— Par l'expression écho de la
pensée, il convient
de désigner l'une des formes du vol de la pensée, à la fois auditive et
non anticipante, en évitant de confondre avec elle les formes antici-
pantes, fussent-elles puissamment auditives.
Voici la définition donnée en 1903 par Séglas dans le Traité de Gil-
bert Ballet :
« Dans certaines formes chroniques où prédomine l'hallucination de
l'ouïe, le malade arrive à ne plus pouvoir penser sans entendre sa pensée
répercutée au dehors, souvent même avant qu'il l'ait formulée ; c'est le
phénomène qu'on désigne en psychiatrie sous le nom d'écho de la
pensée.1 »
On ne saurait admettre cette formule telle quelle. En effet, Ob
Louise 2,
affolée par l'écho retentissant de sa pensée, n'est point une
chronique : convalescente après trois mois et demi, elle guérit au cin-
quième mois, et voici un an qu'elle reste guérie de cette crise jusqu'ici
3
unique. D'autre part, Am Roger entend incessamment des voix exté-
rieures; entre autres paroles, elles disent toutes ses propres pensées,
mais cela n'a rien de commun avec un écho, la tournure est un peu dif-
férente, et c'est même, dit-il, tout le contraire d'un écho, elles disent
avant qu'il ne pense.
La rédaction de Séglas paraît donc devoir être modifiée comme suit :

I. Séglas, Séméiologie d. aff. ment., Traité de patlzol.ment. (G. Ballet), 200.


2. Obs. ch. XIII.. — 3. Obs. ch. x.
dans celles des formes aiguës ou chroniques de la polyphrénie où l'hal-
lucination verbale s'adresse nettement à l'ouïe, le malade se plaint d'en-
tendre ses propres pensées se répercuter au dehors; à ce phénomène on
peut conserver le nom d'écho de la pensée; mais aussitôt que l'ouïe n'est
plus en jeu, ou que la soustraction des pensées est anticipante, le vol de
la pensée ne ressemble plus à un écho.
L'extension de l'écho de la pensée se trouve singulièrement restreinte
par les remarques précédentes. Même quand elle reste admissible, on ne
doit pas oublier que c'est une comparaison approximative. Pendant que
le malade pense : « Je prends l'ascenseur», ou s'il se tutoie comme l'on
fait à Toulouse : « Tu vas prendre l'ascenseur », les invisibles disent :
«//prend l'ascenseur ». La reproduction n'est pas littérale, elle est lé-
gèrement altérante. Ainsi s'affirme la personnalité des invisibles. Même
s'il est sonore et plutôt retardant, le vol de la pensée diffère d'un écho
par sa teneur. Elle n'est pas absolument identique à celle de la pensée
soustraite. La rédaction est légèrement aberrante, hétéro-personnelle,
elle choque ou étonne un peu le patient, elle ne lui paraît pas tout à fait
acceptable, ce n'est qu'une traduction et qui porte l'empreinte du tra-
ducteur.
La personnalité des invisibles s'affirme d'ailleurs bien plus encore par
les gloses d'espèces variées dont ils entrecoupent et assaisonnent la re-
production de la pensée du patient, et dont nous avons donné des exem-
ples.
Pour toutes ces raisons, l'écho de la pensée doit être tenu pour une
forme accessoire d'un phénomène principal, qui est le vol de la pensée :
les formes en sont multiples, et elles sont souvent cumulées.
Variétés auditives et variétés non auditives du vol de la pensée. —
L'expression «écho» ne convient pas même à toutes les formes retar-
dantes du vol de la pensée. En effet, quelques-unes des présentations de
la pensée volée par les invisibles, tout aussi bien que de la pensée qui est
de leur cru, sont dépourvues de sonorité.
Il convient d'étendre au vol de la pensée les analyses de l'hallucina-
tion verbale par Séglas. Elle a des composantes autres qu'auditives, et
parfois elle se passe de la composante auditive. Tout comme la pensée
des invisibles, la pensée personnelle volée procède, dans un nombre non
négligeable de cas, par articulation muette, épigastrique, pharyngo-glot-
tique, linguo-labiale, mentale, et occasionnellement par vision scriptu-
rale incoercible.
Oa Jeanne, dépourvue d'imagination auditive, présente la forme psy-
chomotrice du vol de la pensée comme de l'hallucination verbale hété-
ro-personnelle. Elle ne comprend pas les questions sur l'écho de lapen-
sée, mais elle sent que ses morts prononcent toutes ses pensées par sa
propre bouche, dans sa gorge, où elle ne cesse de porter sa main, dans
son ventre, dans sa tête.
Al Marie présente la forme rare visuelle scripturale du vol de la pen-
sée : elle voit mentalement s'écrire de sa propre écriture ou s'imprimer
en caractères diversement teintés toutes ses pensées personnelles, en
même temps que des pensées étrangères, scandaleuses, dangereuses, in-
culquées par des sorciers.
Mécanisme du vol de la pensée. — Le vol de la pensée est assurément
un des plus curieux phénomènes mentaux. Quel en est le mécanisme?
La polyphrénie réalise une polarisation psychique plurale avec con-
science partielle. Le pôle personnel continue, avec une capacité et une
activité réduites, à organiser une certaine masse psychique, notablement
inférieure à la normale. Des éléments de tout ordre restent en dehors de
son attraction ou en sortent, demeurent inassimilés ou sont désassimilés.
La polarité hétéro-personnelle, simple ou multiple, fixe ou changeante,
est créée par les affinités propres de ces éléments, etaussi par une contri-
bution délirante du sujet. Ce dernier s'aperçoit de ses déficits, de ses
pertes. Toute évasion lui paraît une spoliation, il prête à la polarité hé-
téro-personnelle une activité entreprenante à ses dépens. La confirma-
tion est obtenue par le maquillage des possessions soustraites. Elles ne
sont pas seulement démarquées, elles portent des estampilles étrangères,
et en particulier une rédaction, auditive ou autre, qui n'est pas précisé-
ment celle que le sujet aurait choisie, mais qui est celle d'usurpateurs.
Ambivalence du vol de la pensée. — De tous les phénomènes poly-
phréniques, aucun n'est plus commun que le ;vol de la pensée, mais
aucun n'est plus surprenant pour le malade, ni plus digne d'être médité
par l'aliéniste.
C'est un événement critique, un grave incident de frontière, un en-
gagement, un corps à corps. Le noyau de la personnalité se maintient,
en pleine débâcle, grâce à des prodiges de réadaptation et d'équilibre.
Par un double courant d'exosmose et d'endosmose, il perd sa propre
substance et la retrouve adultérée.
C'est un événement fondamental, ambivalent, antérieur à la persécu-
tion et à la protection, apte à engendrer l'une et l'autre, soit successive-
ment, soit même simultanément, la première en raison de l'indiscrétion,
de la violation du for intérieur, la seconde en raison de la confirmation
mystérieuse apportée aux pensées personnelles.
A leur tour, les tendances naissantes de persécution sont amplifiées,
matérialisées, répercutées et deviennent les paroles persécutrices,
pendant que les tendances naissantes de protection, amplifiées, maté-
rialisées, répercutées, deviennent les paroles salvatrices. Ainsi amorcé,
un double travail intellectuel, défensif et adaptatif, se poursuit, en
pensées hallucinatoires et aussi en pensées proprement dites, non
hallucinatoires.
On comprend dès lors comment l'hallucination protectrice est
souvent contemporaine de l'hallucination hostile. Si, en général, les
thèmes de persécution se développent avant les thèmes ambitieux, cela
tient-il, comme le veut Magnan, au caractère.plus déraisonnable des
seconds, qui ne sont acceptés qu'après une longue habitude du délire?
Nullement, mais il est naturel que les réactions d'inadaptation ouvrent
la scène, que l'adaptation n'ait pas lieu d'emblée, qu'elle ne se produise
qu'à la longue, après une phase d'intolérance. Oa Jeanne 1 a guéri au
bout de cinq mois, après avoir passé par trois phases. D'abord, son
mari défunt la criblait de reproches et de menaces ; plus tard, son
complice mort la rassurait à demi, enfin survint l'âme de son père bien-
aimé, pour lui démontrer que tout s'arrangeait au mieux, et devait finir
par un nouveau mariage.

i. Soc. méd.-Psych., janvier 1924.


CONTRIBUTION A L'ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE
DE LA DÉMENCE PRÉCOCE A FORME SIMPLE
PAR
G. HALBERSTADT
Médecin des asiles.

La médecine légale de la démence précoce n'a pas été étudiée d'aussi


près que celle de certaines autres maladies mentales, comme par exemple
la paralysie générale ou l'épilepsie. Les publications sur ce sujet sont assez
rares, et pourtant sauf pour les cas tout à fait nets où l'on est en présence
de gros troubles psychiques (agitation, délire, état catatonique, etc.), le
problème médico-légal à résoudre n'est pas toujours facile. Déjà Hecker1,
se basant autant sur l'enseignement de Kahlbaum que sur ses recherches
personnelles, disait que la connaissance des manifestations cliniques de
l'hébéphrénie était importante au point de vue médico-légal et que cer-
tains hébéphréniques étaient pris, bien à tort, pour des simulateurs.
Lorsqu'il y a quelque vingt-cinq ans, à la suite des travaux de Kraepelin,
la maladie qui nous occupe commença à être bien connue, certains
auteurs firent voir la portée pratique de cette découverte clinique. En
France notamment, Sérieux, dans son article de 1902 disait2 : « Si pour
ces deux catégories de malades (paralytiques généraux et déments pré-
coces), on méconnaît fréquemment l'existence de troubles cérébraux,
c'est que ceux-ci se bornent souvent à un affaiblissement psychique
simple : les idées délirantes peuvent ou faire défaut, ou rester très atté-
nuées, très mobiles. » Antheaume et Mignot ont eu le mérite de décrire,
en 1907, « la période médico-légale prodromique de la démence pré-
coce3. » Ils ont rapporté trois observations personnelles de sujets chez
lesquels la maladie avait débuté par une « phase de délinquance » ayant
duré plusieurs années. Les troubles intellectuels confirmés n'apparurent
que plus tard. L'année suivante paraissait l'article de Sartorius4. Cet

I. HECKER. Die Hebephrenie. (Virchows Archiv., vol. LII, 1871, p. 394.)


2. SÉRIEUX. La démence précoce. (Revue de psychiatrie, 1902, p. 241.)
3. ANTHEAUME et MIGNOT. La période médico-légale prodromique de la
démence précoce. (Encéphale, février 1907, p. 126.)
4. SARTORIUS. Die forensische Bedeutung der Dementia Praecox. (Allg.
Zeitschrift f. Psychiatrie, 1908, p. 666.)
auteur estime que l'importance médico-légale de la démence précoce est
plus grande que celle de la majorité des autres maladies mentales. Il
montre que ces malades commettent de nombreux délits, étudie aussi la
question au point de vue de la médecine militaire et mentionne enfin la
possibilité de l'apparition d'une démence précoce sous l'influence de
l'emprisonnement. On sait d'ailleurs que les psychoses pénitentiaires
sont plutôt rattachées à l'heure actuelle à la dégénérescence mentale, et
sur ce point, par conséquent, l'opinion de Sartorius ne peut être acceptée
qu'avec réserve'. Dans son excellente monographie parue en 1911,
Mlle Pascal consacre tout un chapitre à la médecine légale de la démence
précoce. Elle montre notamment l'importance dans l'accomplissement
des actes antisociaux de certains facteurs associés tels que par exemple;
l'hystérie, la dégénérescence, l'alcoolisme. Elle parle des déments pré-
coces fugueurs, vagabonds, des autodénonciateurset des sursimulateurs2.
En 1922, au Congrès belge de neurologie et de psychiatrie, Libert reve-
nait sur cette question et montrait, s'appuyant sur de nombreuses publi-
cations tant françaises qu'étrangères et sur plusieurs observations per-
sonnelles recueillies dans le service de Sérieux, toute l'importance du
diagnostic précoce de cette maladie pour trancher des cas médico-légaux
litigieux. Ceci était surtout vrai, disait-il, pour les cas où la démence
précoce se développait chez des sujets constitutionnellementanormaux3.
Toutes les formes de la démence précoce ne sont pas également inté-
ressantes pour le médecin expert. Certes dans toutes, on peut observer
une période médico-légale prodromique. Mais il y en a une parmi ces
formes qui par son aspect clinique particulier donne lieu au plus grand
nombre de difficultés et d'erreurs. C'est la forme simple. Elle est carac-
térisée par un affaiblissementprogressifdes facultés mentales, sans aucun
phénomène délirant, sans hallucinations, sans symptômes de la série
catatonique. Et si cet affaiblissement est peu accentué, n'aboutissant pas
à une déchéance intellectuelle marquée, on a alors la forme fruste. Ce
dernier terme est de Sérieux. Il l'emploie dans l'article déjà cité et son
élève Monod a tout particulièrement étudié les cas de ce genre dans sa
thèse inaugurale de 19054. Ainsi donc c'est la forme simple, surtout
quand il s'agit de la variété « fruste » de cette forme,qui donne lieu au
plus grand nombre de réactions antisociales intéressantes à connaître.
Et cela se comprend : le sujet ne se présente pas du tout comme un
aliéné, il n'est jamais interné, commet des actes parfaitement coordonnés
I. Contribution à l'étude clinique de la folie pénitentiaire.
HALBERSTADT.
Annales de médecine légale, décembre 1923, p. 624).
2. Mlle PASCAL. La démence précoce. Paris, Alcan, 1911.
3. LIBERT. Les perversions instinctives au début de la démence précoce.
(Congrès belge de neurologie et de psychiatrie. Encéphale, octobre 1912,
p. 3 oq.)
4. E. MONOD. Les formes frustes de la démence précoce. (Thèse de Paris,
1905.)
ne portant pas le cachet démentiel. Et d'autre part, ce sont précisément
ces malades qui manifestent le plus souvent des perversions instinctives
caractérisées. Kahlbaum a le premier bien vu ces cas et saisi leur indi-
vidualité clinique2. Il décrit cette forme sous le nom d'héboïdophrénie,
insiste sur ce fait capital que l'affaiblissement psychique ne va jamais
jusqu'à la déchéance intellectuelle profonde et montre la prédominance,
dans le tableau morbide, de troubles du sens moral. Il spécifie cepen-
dant qu'on ne saurait rattacher cette affection à la folie morale, mais
qu'il faut la rapprocher plutôt de l'hébéphrénie.
Christian admettait parfaitement les formes peu accentuées de la
démence précoce. Dans son travail de 1899, maintes fois cité, il parle de
la possibilité d'une hébéphrénie « légère », « mitigée n, la qualifiant de
«démence incomplète* ». En 1903 paraissait le travail de Diem, contenant
une étude bibliographique complète de la question et qui aujourd'hui
encore n'a pas vieilli. On en trouvera l'analyse détaillée dans la thèse de
Monod3. Diem tend à distinguer deux variétés cliniques secondaires
dans cette forme particulière qu'est la démence précoce simple. Sérieux
— on l'a vu plus haut — semble vouloir distinguer la démence précoce
simple proprement dite et la variété fruste. Diem va en quelque sorte
dans la direction opposée : il décrit à côté de la démence précoce simple
proprement dite non pas une variété plus bénigne, mais, au contraire,
une variété plus grave. Elle est caractérisée par ce fait que la maladie
après une période stationnaire parfois assez longue, entre dans une phase
terminale particulière (qui n'existe pas dans la démence précoce simple
proprement dite) au cours de laquelle apparaissentdes symptômes démen-
tiels plus nets et presque spécifiques de l'hébéphrénie. Kraepelin recon-
naît d'ailleurs la possibilité de cette évolution, en ce sens qu'il déclare
que pour lui la démence précoce simple peut être la première phase (pou-
vant d'ailleurs durer très longtemps) d'une démence précoce banale,
avec la symptomatologie grave que comporte cette psychose4. Nous
avons mentionné plus haut la thèse de Monod, qui mérite de nous arrêter
encore quelques instants. Il définit ainsi la forme qui nous occupe :
« Elle est caractérisée par un amoindrissement peu accusé des facultés
mentales. Les acquisitions antérieures et les formes inférieures quasi-
automatiques de la vie cérébrale persistent, mais le besoin d'exercer
l'activité psychique disparaît; la personnalité est atteinte dans ses élé-
ments les plus caractéristiques. Pour léger qu'il soit, le déficit intellectuel

z. KAHLBAUM. Ueber Heboidophrenie. (Allg. Zeitschrift f. Psychiatrie,


vol. XLVI, 1890, p. 461.)
2. CHRISTIAN. De la démence précoce des jeunes gens. (Annales médico-
Psychologiques, 1899, IX, p. 43, 200, 420 et X, p. 5, 177.)
3. DIEM. Die einfach demente Form der Dementia Praecox (D. simplex).
(Archiv fur Psychiatrie, 1903, vol. XXXVII, p. 111.)
4. KRAEPELIN. Psychiatrie, 86 édition, 3" volume, 1913, p. 766.
n'en accuse pas moins le caractère démentiel de la psychose. » Et il cite
l'opinion d'Evensen,de Trondjem qui établit dans certains cas une ana-
logie avec la folie morale, mais avec cependant cette différence clinique
qui a sa valeur : « Quand il s'agit de tourner une difficulté, le dément
précoce n'a pas la souplesse du fou moral, ni son habileté à tirer profit
d'une occasion, ni sa tenacité dans le but qu'il poursuit. »
Nous avons eu l'occasion d'observer récemment un cas dans lequel
le fait d'avoir pu poser chez une délinquante le diagnostic de démence
précoce simple a permis de faire arrêter les poursuites dans une affaire
qui aurait pu, dans le cas contraire, avoir pour l'intéressée les pires con-
séquences sociales. Il s'agissait d'une jeune fille de trente ans, appartenant
à une famille très aisée et très honorable habitant un petit village des
Flandres qui déroba en plein jour une paire de bas (d'une valeur de 10
à i5 francs) dans un magasin. Sur la demande de la famille et d'accord
avec le médecin habituel de celle-ci, le rapport suivant fut rédigé :
Le 25 mai nous avons été appelés par ses parents auprès de Mlle Ida
1923
W... pour nous prononcer sur son état mental. La famille nous a dit que
cette personne, âgée actuellement de trente ans, avait été normale jusqu'à
l'âge de dix-sept ans environ. Elle avait été à l'école, y avait fait des études
primaires suffisantes, puis avait travaillé et avait vécu comme les autres
jeunes filles de sa condition sociale, ne se distinguant en rien de son entou-
rage. Mais depuis environ treize ans, les choses ont changé. Il y a eu une
régression de ses facultés mentales, une insuffisance psychique peu marquée
d'abord, puis devenue telle que ses parents se sont finalement trouvés dans
la nécessité de la surveiller et de la guider presque constamment. Noncha-
lante , apathique, indifférente à tout, dépourvue de toute initiative, elle ne
peut travailler que si elle est dirigée de très près, autrement le travail serait
toujours mal exécuté. La première couchée et la dernière levée, elle se couche
encore souvent en plein jour, tellement elle est indolente et inactive. Elle
vit au jour le jour, ne formant aucun projet d'avenir, devenue une sorte de
grande enfant, soumise à la tutelle étroite et continue des siens. Il y a quelque
temps, se trouvant au marché, Mlle W... a pris une paire de bas sans payer
et sans en avoir demandé l'autorisation àla marchande.Elle se proposait de
montrer ces bas à sa mère, qui aurait ensuite réglé l'achat. Arrêtée, elle n'a
pas su s'expliquer suffisamment, et c'est ainsi qu'elle fut accusée de vol. Tels
sont les renseignements et les explications fournis par les parents de l'inté-
ressée.
Au cours de l'examen auquel nous avons procédé, voici ce qui nous est
apparu. Mlle Ida W... est une jeune fille physiquement bien constituée, ne
présentant aucun symptôme de lésion nerveuse organique la motilité, la
sensibilité, la réflectivité, sont normales ; les pupilles sont égales et réagissent
bien; il n'y a pas de troubles de l'équilibre; il n'y a pas de troubles sphinc-
tériens, aucun trouble trophique. Mais l'état mental de cette personne est
nettement déficitaire. Et tout d'abord, elle comprend à peine la gravité de la
situation dans laquelle elle s'est mise. Ce qui lui est arrivé au marché lui
semble être un incident sans portée. Elle a pris des bas sans payer parce
qu' « elle a cru que la marchande la connaissait », c'est là toute son excuse.
Plus tard, dit-elle, on aurait réglé l'achat. Incapable de faire un récit cir-
constancié de ce qui lui est arrivé, elle ne donne les renseignements qu'on
lui demande que par phrases courtes, sommaires, répondant généralement
par oui ou par non. Si on insiste trop elle se met à pleurer, puis brusquement
rit aux éclats sans s'expliquer sur ce changement brusque d'humeur. L'inter-
rogatoire de Mlle W... ne permet de constater l'existence d'aucun délire ni
d'aucun trouble sensoriel. Il n'y a ni confusion mentale, ni excitation
maniaque, ni dépression mélancolique. Ce qui existe, c'est un état d'affai-
blissement* de l'intelligence, dont voici les principales manifestations fai-
blesse de la mémoire, indifférence à la réalité ; manque d'initiative ; difficulté
de s'exprimer clairement, attitude puérile. Ces constatations nous permettent
d'aboutir à cette conclusion que le récit fait par les parents et dont il a été
question dans la première partie de notre rapport est tout à fait vraisem-
blable, corroboré qu'il est par l'examen de l'état mental du sujet. Nous
avons, en somme, affaire à une personne qui est manifestement une anor-
male. Reste à préciser la nature et, si l'on peut ainsi parler, le degré de
l'anomalie, et d'autre part, envisager les conséquences de cet état au point
de vue médico-légal (au criminel et au civil) et médical (mesures à prendre
pour le traitement et la surveillance).
La faiblesse intellectuelle sans délire concomitant (c'est le cas ici) peut
être soit congénitale, et c'est alors la débilité mentale avec ses différents
degrés ; soit acquise. Mlle W... nous le savons, n'est devenue une affaiblie
de l'intelligence qu'assez tardivement. C'est donc non pas une débile, mais
une démente. Ceci étant posé, et le diagnostic de paralysie générale étant
écarté par suite de l'absence de tout symptôme organique de cette affection,
reste le diagnostic de « démence précoce ». C'est celui, en effet, que nous
adoptons, et plus spécialement celui de « forme simple » de cette psychose.
Débutant dans l'adolescence, s'accompagnant souvent de délire et de périodes
d'excitation, parfois de troubles particuliers de la motilité volontaire, la
démence précoce évolue dans certains cas, sans autre symptomatologie que
l'apparition d'un état d'affaiblissement psychique (forme simple). Il s'agit,
en tout cas, d'une psychose ne présentant aucune chance de curabilité.
La responsabilité pénale de Mlle W... est nulle. On sait en effet que l'ar-
ticle 64 du Code pénal stipule qu'il n'y a ni crime ni délit lorsque l'acte
incriminé a été commis en état de démence. Or ce terme de démence doit
être compris dans un sens très large. Chauveau et Faustin Hélie écrivaient
déjà « Par démence, on doit entendre, puisqu'aucun texte n'en a restreint le
:

sens, toutes les maladies de l'intelligence, l'idiotie et la démence propre-


ment dite, la manie délirante et la manie sans délire, même partielle. Toutes
les variétés de l'affection mentale, quelle que soit la dénomination que leur
applique la science, quelques classifications qu'elles aient reçues, revêtent
la puissance de l'excuse et justifient l'accusé, pourvu que leur influence sur
la perpétration de l'acte puisse être présumée. » Mlle W... entre évidem-
ment dans la catégorie des personnes auxquelles s'applique l'article 64. Elle
est incapable de comprendre la gravité des actes qu'elle commet, agit
sans'réflexion, obéit au premier mouvement sans se rendre compte de ce
qu'elle fait. Au point de vue de sa capacité civile, nous ne pensons pas qu'il
y ait lieu de l'interdire, ce serait là une mesure trop grave et qu'on ne prend
même à l'égard des personnes internées dans les asiles d'aliénés que dans
des circonstances exceptionnelles. Mais nous estimons qu'on devrait lui
donner un conseil judiciaire, car elle ne pourrait gérer seule sa fortune.
L'internement dans un établissement spécial ne nous paraît pas nécessaire,
la famille se chargeant de la surveiller et de subvenir à ses besoins.

CONCLUSIONS

ln Mlle W... est atteinte de démence précoce.


2° Sa responsabilité pénale est nulle.
3° Il y a lieu de lui donner un conseil judiciaire.
4° Il n'est pas nécessaire de la placer d'office dans un asile.

En résumé, nous avons affaire à une malade âgée de trente ans,


ayant commis un vol, qui depuis l'âge de dix-sept ans présente un état
peu accentué d'affaiblissement psychique, avec prédominance de phéno-
mènes d'apathie, manque complet d'initiative, nécessité d'une direction
quasi continue. Malgré cela elle pouvait vivre au dehors, sans que jamais
l'idée d'un internement eût été soulevée. Elle s'occupait un peu, allait
et venait, mais toujours sous la surveillance des siens, parents ou
domestiques. Il n'y a jamais eu aucun phénomène psychotique : ni
délire, ni hallucinations, ni confusion mentale, ni aucun symptôme, si
léger fût-il, de la série catatonique. Un peu de puérilisme, parfois le
rire sans motif, une façon peu sérieuse d'apprécier l'inculpation, aucun
souci de l'avenir, autant de signes que nous savons rattacher à la discor-
dance psychique, mais qui pour un regard non averti n'ont pas de signi-
fication grave. Et chez notre malade ce fut la notion de la forme fruste
de la démence précoce qui nous permit de disculper Mlle W. d'une façon
absolue, de ne pas parler de « responsabilité atténuée » mais d'irrespon-
sabilité totale. Qui dit démence précoce dit, en effet, irresponsabilité
pénale, même s'il s'agit de ce que Christian appelait la forme « mitigée ».
Nous avons insisté dans notre consultation écrite, soumise parla famille
au Parquet et qui motiva l'arrèt complet des poursuites sur ce point,
qu'il s'agissait d'un véritable processus pathologique et non pas d'un
trouble du sens moral relevant de la dégénérescence. Ainsi que le fait
remarquer avec raison Libert dans sa communication déjà citée, pour
les dégénérés avec perversions instinctives peut se poser fa question de
savoir s'ils ne sont pas punissables; la peur du châtiment peut en effet
exercer le rôle d'un frein. Quant aux déments précoces, ce sont des
malades classés et certains, et il serait contraire à l'équité la plus
élémentaire d'appliquer à leurs actes délictueux une sanction pénale.
On voit donc que le diagnostic exact entraîne, dans l'espèce, des con-
séquences pratiques importantes et que la question de la démence pré-
coce simple mérite qu'on lui accorde plus d'intérêt que cela n'a été fait
jusqu'à présent.
COMPTE RENDU OFFICIEL
DE LA

QUATRIÈME RÉUNION BI0L06IQUE NEURO-PSYCHIATRIQUE

L'UNIVERSITÉ DE PARIS
TENUE A LA CLINIQUE PSYCHIATRIQUE DE

LE 31 JANVIER I924

Sommaire
Communication de M.
d'un test de mémoire.
Edouard Toulouse, et de Mlle Weinberg. - Établissement
Communication de MM. Henry Cardot et Henri Laugier. — Sur la diffusion et la
généralisation de l'excitation dans les centres au cours de l'effort prolongé.
Communication de MM. J. Tinel et D. Santenoise. — Contribution à l étude du
diagnostic biologique de l'épilepsie.

Établissement d'un test de mémoire par M. ED. TOULOUSE et Mlle WEINBERG


(Travail du Service de Prophylaxie mentale).
La psychologie expérimentale est encore peu appliquée à l examen neuro-
psychiatrique.
C'est que, pour des raisons de commodité, on s'est d'abord attaché à
établir en psychologie des expériences où la condition principale était l effort
volontaire du sujet. Or beaucoup de malades ne peuvent pas comprendre ce
qu'on leur demande ou sont incapables de faire l'effort mental nécessaire.
En attendant qu'on mette au point des méthodes où le sujet sera placé
dans des conditions qui provoquent ou entravent certains comportements,
mettant en œuvre telle ou telle fonction mentale, les procédés basés sur
l'effort volontaire ne doivent point être négligés, pas plus que le simple
interrogatoire clinique qui se heurte aux mêmes difficultés. Et on peut les
employer chez beaucoup de psychopathes qui sont encore peu troublés.
Or les troubles de la mémoire sont parmi les plus importants pour le
clinicien dans un grand nombre d'états morbides, toutes les variétés de
démence, paralysie générale, démence sénile, démence organique liée à
des lésions circonscrites, aphasie, amnésie, épilepsie, intoxications, syndrome
de Korsakoff, etc.
Il importe donc de pouvoir rendre objectifs les troubles mnésiques, de
différencier les fonctions diverses de la mémoire, de les évaluer pour servir
à l'appréciation des cas limites ou encore pour suivre l'évolution d'une maladie
ou les effets d'une thérapeutique syndromatique.
C'est ainsi que le laboratoire de psychologie du service de Prophylaxie
mentale a été amené à mettre au point une technique pour l'étude clinique de-
la mémoire.
Il s'agissait d'abord de différencier la mémoire d'évocation et aussi la

-
mémoire de reconnaissance qui, en clinique, sont souvent confondues — les
deux premières surtout alors qu'elles paraissent ressortir à des conditions
nerveuses différentes.
La mémoire de fixation est explorée couramment en clinique. On fait par
exemple répéter au malade des séries de mots, des phrases ou des chiffres et
l'on apprécie de la sorte le pouvoir de fixation du sujet.
Les troubles de la mémoire d'évocation sont plus difficiles à étudier
expérimentalement. Car le phénomène d'évocation est intimement lié en
pratique au phénomène de fixation.
L'évocation d'un souvenir est fonction de son degré de fixation d'abord
(on évoque un souvenir d'autant plus facilement qu'on l'a mieux fixé) et aussi
d'un grand nombre de circonstances caractéristiques du moment d'évocation.
On ne peut pas étudier expérimentalement le pouvoir d'évocation du sujet
en lui faisant évoquer des souvenirs anciens quelconques : car l'étendue, la
ténacité de la fixation de ces souvenirs nous étant inconnues, nous ne pouvons
distinguer ce qui dans une évocation médiocre serait dû à une absence de
fixation convenable ou à un trouble du pouvoir d'évocation proprement dit.
D'autre part les mêmes souvenirs ne s'évoquent pas toujours avec la
même facilité; les dispositions psychiques et physiques du sujet au moment
de l'évocation, son attitude mentale, les associations externes et internes, tous
ces facteurs déterminent chez un même sujet les variations de la reproduc-
tion des souvenirs, reproduction qui peut être tantôt parfaite et tantôt faire
défaut totalement. Le sujet normal peut néanmoins, quelles que soient les
variations que nous venons d'énumérer, dans une certaine mesure diriger
la reproduction de ses souvenirs : c'est l'évocation volontaire.
C'est cette fonction mnésique que nous avons en vue dans nos expériences,
nous proposant de mettre au point ultérieurement un test d'évocation spon-
tanée
.
Respectons la première difficulté d'ordre technique général qui se présente
ici. Lorsque nous examinons un sujet normal, nous supposons qu'il
donne le maximum d'effort dont il est capable. Or quand nous avons affaire
à des malades nous ne sommes plus autorisés à faire cette supposition et
nous ne sommes jamais sûrs que le malade fait son effort maximum. D'ailleurs
si même, par une appréciation plutôt intuitive, nous jugeons le degré d'effort
que le malade apporte, nous nous trouvons devant une autre difficulté : com-
ment comparer le résultat fourni par un sujet qui fait de son mieux et qui
donne son maximum au résultat d'un autre sujet qui ne se donne aucune
peine pour réussir? Dans tous les tests de mémoire qu'on a généralement
employés, le degré d'attention et le désir de bien retenir jouent un grand rôle
dans les résultats. Les sujets vont même jusqu'à forger des systèmes, ils
cherchent des associations logiques entre des éléments apparemment dispa-
rates, en un mot ils s'aident par des procédés mnémotechniques. On peut
éviter la mémorisation volontaire en donnant au sujet une tâche secon-
daire qui aurait pour but de le distraire. On peut par exemple,pendant qu'on
fait défiler des tests quelconques, lui faire faire du calcul mental ou exécuter
une autre activité de ce genre. Cette technique a été employée dans les expé-
riences de psychologie générale pour dissocier dans un acte mnémonique la
mémoire et l'attention. Toutefois ce procédé nous a paru peu adapté au but
de nos expériences. En effet lorsque le sujet accomplit deux tâches simulta-
nément et que ces tâches sont telles qu'elles ne puissent être exécutées auto-
matiquement, il se tire d'affaire par des oscillations plus ou moins rapides de
son attention qui va et vient entre les deux tâches. C'est une aptitude tout à
fait spéciale que les différents individus ne possèdent pas au même degré.
Ces techniques auraient donc compliqué l'expérience en nous entrainant
dans une tout autre direction. Nous avons donc préféré opérer d'une manière
différente et nous allons exposer tout à l'heure comment.
Nous avons utilisé quinze images colorées tirées d'un loto enfantin et qui
représentent des objets familiers, mais hétérogènes :
Les images sont collées sur un carton de 34,7 cm. X 25 cm.
Nous présentons le carton au sujet et nous lui demandons de nommer les
images aussi vite qu'il peut. Ce faisant, nous donnons au sujet une tâche
secondaire qui empêche la mémorisation volontaire ; mais au lieu de le dis-
traire et de provoquer une division de son attention, nous la dirigeons au con-
traire sur les objets qu'il doit retenir. On pourrait croire a priori que la
nécessité de nommer aussi vite que possible les images présentées ne gêne
par la mémorisation. En réalité tous les sujets se sont plaints de n'avoir pas
pu bien retenir parce qu'il fallait nommer très vite. D'une manière générale
nous avons trouvé au cours de nos expériences, tant sur les normaux que sur
les malades, que la mémorisation volontaire était impossible. Nous avons
bien affaire à l'aptitude mnémonique brute et non pas à l'art d'apprendre,
car c'est là un art véritable.
La durée d'exposition est déterminée par la rapidité avec laquelle le sujet
arrive à nommer toutes les images ; elle est donc variable pour les diffé-
rents sujets. C'est là une critique qu'on pourrait nous faire. En effet le
nombre d'éléments fixés variant notablement sous l'influence de la durée du
temps pendant lequel ces éléments sont présentés au sujet, on comprend que
les différences des temps d'exposition mettent les différents sujets en une
certaine mesure dans des conditions non identiques.
Mais d'autre part la rapidité de reconnaissance et la rapidité de la tra-
duction d'une image visuelle en symboles verbaux est, elle aussi, variable
suivant les sujets. Et il est indispensable de s'assurer que le sujet a réelle-
ment remarqué et a pu réellement nommer toutes les images présentées, car
en supposant qu'un malade soit particulièrement frappé par une image quel-
conque, il pourra pendant toute la durée d'exposition ne regarder que cette
seule image et l'expérience serait évidemment ratée.
Il serait donc encore préférable de donner une présentation successive,
soit en projetant les images sur l'écran, soit en les exposant dans un appareil
de présentation comme il en existe dans les laboratoires. Nous avons adopté
la technique d'exposition simultanée qui est plus commode pour le clinicien.
Remarquons d'ailleurs que la parfaite égalité des conditicns objectives ne
réalise pas toujours cette égalité au point de vue subjectif.
En présentant les images et en les faisant nommer nous faisons appel à la
fois à la mémoire visuelle et à la mémoire verbale (auditive et motrice).
Aussitôt l'exposition terminée, nous laissons un intervalle d'une minute
pendant laquelle nous demandons au sujet de compter, soit simplement, soit
à rebours, soit par deux ou trois, etc... Ceci simplement afin de l'empêcher
de penser aux images présentées tout à l'heure. Nous introduisons cet inter-
valle,comme on le fait dans toutes les expériences de mémoire, afin de per-
mettre aux souvenirs de se fixer effectivement, tandis que si nous demandions
une reproduction immédiate comme le font quelquefois certains auteurs,
nous ferions appel plutôt à une persistance sensorielle qui n'est pas de la
mémoire proprement dite.
Après l'intervalle nous demandons au sujet de nous indiquer toutes les
images retenues et nous répétons cette reproduction trois fois de suite, en
séparant chaque fois les reproductions successives par un intervalle d'une
minute remplie par le comptage.
Nous reprenons le sujet,lorsque les circonstances le permettent, après un
ntervalle de dix minutes et nous lui demandons de nouveau trois repro-
ductions successives séparées comme la première fois par des repos d'une
minute.
Nous obtenons donc une série de trois ou de six évocations suivant que
nous avons fait exécuter une seule épreuve ou deux épreuves.
Nous avons appliqué ce test tel que nous venons de le décrire sur 42 sujets
normaux dont 27 machinistes de tramways, qui constituent un groupe très
homogène par l'âge, la culture et la nature du travail. Nous avons constaté
que les images retenues ne sont pas reproduites à chaque évocation. Sur les
42 cas cités, 2 sujets seulement ont toujours reproduit les mêmes images.
Généralement les choses se passent de la manière suivante. Le sujet à la pre-
mière évocation reproduit par exemple une huitaine d'images, à la deuxième
évocation il peut en reproduire huit ou neuf, ou sept, mais parmi ces images,
il y en aura qui n'auront pas été évoquées la première fois, et d'autre part
il y aura des images évoquées la première fois et qui ne seront pas repro-
duites à la deuxième évocation. Le nombre d'images constantes, c'est-à-dire se
répétant dans toutes les six évocations, varie de 3 à 9 chez les 27 machinistes
des tramways avec une moyenne de 5, 77. Nous calculons le nombre total
d'images reproduites par le sujet dans les différentes évocations et nous avons
ainsi la mesure de son pouvoir de fixation. Nous comptons ensuite la moyenne
d'images reproduites à chaque évocation individuelle et le pourcentage de
cette moyenne par rapport au total des images reproduites ; nous pouvons
dire par exemple qu'un individu peut évoquer à n'importe quel moment 80
ou 90, ou 70 p. 100 de son capital acquis. "Nous pourrions appeler ce chiffre
indice du pouvoir d'évocation.
Ici il y a quelques réserves à faire. Les auteurs qui ont étudié les évoca-
tions successives après une seule présentation ont trouvé que le nombre de
souvenirs croît légèrement pour les évocations ultérieures. Un psychologue
anglais, M. Ballard, ayant fait apprendre aux enfants des écoles une pièce de
vers d'une manière incomplète a trouvé que le nombre de souvenirs repro-
duits croît avec l'intervalle de temps et que l'optimum se manifestait deux
jours après le moment de fixation.
Il a constaté en outre que, à côté du gain, de la réapparition des souvenirs
nouveaux, il y avait à partir des plus petits intervalles des oublis, disparition
d'autres éléments. Un auteur allemand, Nicolaï, ayant présenté des objets
différents aux groupes d'enfants a constaté un léger oubli après un intervalle
de 3o min. et une réapparition des souvenirs dans les évocations successives.
Les expériences de Ballard ont été reprises par Mlle Huguenin : Reviviscence
paradoxale (Arch. de Ps. 1914, XIV, p. 379) qui a pu vérifier les résultats
du psychologue anglais. Pour expliquer le fait de la reviviscence paradoxale,
pour employer le terme de Mlle Huguenin, Ballard a développé l'hypothèse
de M. Piéron sur la maturation des souvenirs. D'après ces théories, la fixation
des souvenirs, loin d'être instantanée comme on a l'air de le supposer quel-
quefois, nécessiterait un temps relativement long allant parfois jusqu'à
48 heures.
Mais ces théories n'expliquent pas pourquoi, à côté du gain, de l'enrichis-
sement progressif de nos souvenirs, il y a, parallèlement à cela, perte de
certains éléments, de sorte que, quand on compare deux évocations, on
trouve un certain nombre d'éléments présents dans les deux reproductions
et, outre cela, des éléments qui ne se retrouvent que dans l'une des deux
évocations. Mlle Huguenin a supposé que « les impressions qui pénètrent dans
la conscience sont de trois catégories : les unes s'y fixent rapidement mais
n'y séjournent pas, les autres au contraire se fixent lentement et ne peuvent
être reproduites qu'au bout d'un certain laps de temps ; la majeure partie
enfin s'y fixe rapidement et, s'étant fixée, y séjourne. Ces différences pro-
viennent peut-être des différences dans l'attention au moment de la mémo-
risation ou de processus connexes contrecarrant une fixation immédiate J.
Ballard et Mlle Huguenin n'ont faire faire à leurs sujets que deux évoca-
tions après chaque fixation. Or si l'on fait faire un nombre plus grand d'évo-
cations, on constate qu'il y a non seulement perte de certains éléments et
apparition d'autres, mais qu'il y a encore des éléments qui apparaissent à
certaines évocations, disparaissent dans les autres pour réapparaître de
nouveau. Il ne saurait évidemment dans le cas de ces images que nous avons
appelées « intermittentes être question de maturation ou d'oubli. Il est
®
évident que ce sont là des variations de l'évocation proprement dite des sou-
venirs dont nous pouvons affirmer la conservation même lorsqu'ils ne sont
pas reproduites à une évocation individuelle. Et l'on pourrait se demander
si, quand on trouve un oubli ou une reviviscence, on n'a pas plutôt affaire à
des variations de l'évocation proprement dite.
Nous avons remarqué que l'évocation faisait appel dans une assez large
mesure à un effort volontaire de la part du sujet. Nous avons ajouté encore
un test de reconnaissance. La série d'évocations terminée nous présentons au
sujet des tableaux sur lesquels les quinze images présentées préalablement se
retrouvent de nouveau, cette fois-ci mélangées avec quarante-deux autres. Le
sujet doit indiquer les images qu'il reconnaît comme ayant figuré sur le pre-
mier test. Ici tout effort est exclu ; le sujet répond par un oui ou
non. En
comptant le nombre total d'images reconnues, nous avons la mesure de sa
mémoire de reconnaissance.
Nous appliquons en ce moment, systématiquement, ce test à divers états
psychologiques et nous ferons sur les résultats obtenus une autre communi-
cation. Ce que nous pouvons dire dès maintenant, c'est que le test est appli-
cable à un grand nombre de malades et notamment aux paralytiques généraux
au début et aux déments séniles simples et qu'il permet de faire l'analyse des
troubles mnésiques dans ces états.
Ainsi les¡ paralytiques généraux peuvent présenter divers troubles d'abord
:
une diminution de pouvoir de fixation; certains n'arrivaient pas à fixer plus
de quatre images au total. Et chez ceux qui, étant au début de troubles
cliniques, ont conservé un pouvoir de fabulation proche du normal, le nombre
de fausses reproductions est très grand, et dépasse même parfois de beaucoup
le nombre d'images reproduites corréctement, atteignant par exemple le
chiffre 22. Le nombre de fausses reconnaissances est aussi très élevé; par
exemple il y a 10 fausses reconnaissances contre 8 images reconnues cor-
rectement. Chez des déments séniles, le nombre d'images fixées était très
au-dessous de la normale, ou encore il existait une fuite d'images d'une évo-
cation à l'autre. Chez un confus, la fixation était sensiblement normale, alors
que l'évocation était très mauvaise.
En résumé, nous pensons que ce test peut être utilisé en clinique et
nous serions heureux que les médecins veuillent bien l'employer. Il leur
donnera un élément plus précis et plus objectif pour analyser un syndrome
psychique et en suivre l'évolution. La nature de ces expériences de psycho-
logie empêche une démonstration en public. Mais nous sommes à la disposi-
tion de ceux qui s'y intéresseront pour leur donner tous les renseignements
utiles ou encore pour faire ces déterminations sur les malades qu'il nous
enverront.

Sur la diffusion et la généralisation de l'excitation dans les centres, au


cours de l'effort prolongé, par MM. HENRY CARDOT et HENRI LAUGIER.
Les lois qui régissent la diffusion de l'excitation dans les centres médul-
laires réflexes sont depuis longtemps classiques en physiologie. Lorsqu'on
applique par sa voie sensitive à un centre réflexe des excitations d'intensité
croissante, l'on obtient d'abord des réflexes étroitement localisés; puis,
l'excitation fournie augmentant d'intensité, l'excitation diffuse et l'on obtient
des réflexes sur le côté opposé de l'animal ; puis des réflexes généralisés
intéressant tout le corps.
Or un phénomène de diffusion de l'excitation tout à fait analogue se pro-
duit dans les centres supérieurs au cours de l'effort volontaire, phénomène
qui n'a pas encore trouvé place dans les traités classiques, et dont l'impor-
tance ne paraît pas moindre que celui qui se produit dans les centres réflexes.
Pour mettre en évidence le phénomène en question, il suffit de faire
l'expérience suivante on utilise un dynamographequelconque, par exemple
:

celui de Ch. Henry, qui est constitué par une poire en caoutchouc pleine de
mercure, reliée à un tube vertical dans lequel, en comprimant la poire, on
peut faire monter le mercure à des niveaux divers. On demande au sujet de
fournir un effort peu intense, mais de le soutenir jusqu'à la limite de ses
forces ; ainsi, pour le modèle courant du dynamographe, on lui demande de
faire monter le mercure à une hauteur de 20 centimètres et de l'y maintenir
aussi longtemps que possible.
Dans ces conditions, soit par l'auto-observation si l'on est soi-même sujet,
soit par l'enregistrement si l'on opère sur d'autres individus, on constate ce qui
suit au début, le sujet soutient les 20 centimètres de mercure sans diffi-
:

culté ; seuls sont en état de contraction les muscles de l'avant-bras qui con-
courent au travail exécuté, à savoir les fléchisseurs des doigts, et les muscles
de la main. Tous les autres muscles du corps sont en repos, ou tout au moins
dans cet état complexe de tonus léger qui maintient la station debout ou la
station assise, suivant les conditions dans lesquelles on opère. Pouls et res-
piration sont sensiblement normaux.
A mesure que l'effort se prolonge, la fatigue apparaît pour maintenir le
:

mercure au même niveau, le sujet a l'impression de faire un « effort » de


plus en plus grand ; il a d'une façon très nette l'impression que, pour con-
tinuer à soutenir la même colonne de mercure, ses centres doivent envoyer
aux muscles une commande de plus en plus intense. Pour réaliser le même
effet, l'individu, à mesure que la fatigue progresse, doit mettre en jeu une
« énergie nerveuse » de plus en plus
grande.
Or au fur et à mesure que le centre qui commande les muscles directement
intéressés à l'effort fonctionne avec une activité de plus en plus grande, on
observe, de proche en proche, que des muscles non directement intéressés
entrent en contraction d'abord les muscles des bras ; puis ceux de l'épaule;
:

puis ceux de l'autre bras, puis ceux de l'abdomen, puis ceux des membres
inférieurs et même de la face. Si bien que si l'individu qui est sujet pour-
suit honnêtement son effort jusqu'à la limite de ses forces, au moment où il-
l'atteint, on peut dire qu'il est en état de contraction généralisée tête, tronc
et membres, thorax immobilisé et pouls accéléré.
L'explication que nous proposons est la suivante à mesure que le centre
:

moteur supérieur qui commande le mouvement devient le siège d'une acti-


vité de plus en plus grande, l'excitation, d'abord bien étroitement localisée
à ce centre, s'irradie dans les centres voisins, les atteint successivement, et
diffuse de proche en proche pour se généraliser facilement à tout l'organisme.
Il s'agit, en somme, d'une simple transposition au domaine des centres supé-
rieurs, des lois bien connues sur les centres réflexes. L'excitation qui se
développe dans un centre supérieur lors des mouvements volontaires diffuse
dans les centres voisins au même titre que celle qui se développe dans les
centres réflexes lors de la mise en jeu des nerfs sensitifs.
Ces faits comportent des conséquences importantes dans des domaines
divers physiologie de l'effort; différences individuelles dans l'isolement des
:

centres ; fatigabilité des individus. Modifications de cette faculté de dépres-


sion dans les affections nerveuses et mentales, etc. Ces questions feront
l'objet de communications ultérieures.

Contribution à l'étude du diagnostic biologique de l'épilepsie par l'examen


du tonus vago-sympathique, par MM. J. TÏ1zel et D. Santenoise.
Les recherches que nous avons, Santenoise et moi, entreprises depuis
trois ans dans ce service, sur l'état du tonus vago-sympathique dans diffé-
rentes affections nerveuses ou mentales, nous paraissent susceptibles de
constituer assez souvent un véritable moyen de diagnostic biologique de ces
affections. Cette étude peut, dans bien des cas, apporter, au même titre que
les réactions humorales, une contribution importante à des problèmes de
diagnostic embarrassant.
Nous en citerons comme exemples les deux cas suivants d'épilepsie larvée.
OBS. I. Alexandre F... 23 ans, cultivateur, sans autre passé pathologique
qu'une chute de bicyclette 6 ans avant — et une grippe 2 ans avant les accidents
— est pris soudain en juillet 1922 de malaises bizarres. Dans la nuit du
10 juillet, il est réveillé vers 2 heures du matin, raconte-t-il, par une sorte de
frémissement dans la région du coeur ; le frémissement gagne rapidement le
tronc, les membres, puis la tête, et est suivi d'une paralysie flasque complète
de tout le corps, sans aucune perte de connaissance. Tout mouvement est
impossible, il ne peut ni remuer un doigt, ni parler, ni même ouvrir les yeux;
cela dure 20 minutes et la paralysie disparaît.

Depuis ce temps, ces crises de paralysies se sont renouvelées, d'abord


tous les i5 jours, puis plus rapprochées, et finalement presque toutes les
nuits. Elles surviennent moins souvent au milieu de la nuit, presque toujours
au moment où il s'endort.
Cependant au bout de six mois, ces crises nocturnes sont devenues plus
rares; elles surviennent maintenant plutôt le jour, et assez rarement; elles
se produisent surtout lorsque le malade lutte contre les accès de somnolence
dont nous allons maintenant parler.
Dès le lendemain de la première crise de paralysie sont en effet survenus
des accès de somnolence, répétés plusieurs fois par jour — et qui n'ont jamais
cessé jusqu'au jour où nous l'examinons — en octobre 1923. Ils surviennent
en général vers 10 heures du matin, puis pendant le repas de midi; ils cessent
après ce repas jusqu'à 4 ou 5 heures de l'après-midi, pour reparaître jusqu'au
dîner. Ces accès de sommeil, d'une durée de 10 à 20 minutes, sont presque
invincibles chez ce malade; il dort en marchant, en travaillant, en mangeant;
s'il pousse sa charrue, il est obligé d'arrêter l'attelage et de se coucher par
terre pour dormir quelques minutes; la lutte contre le sommeil détermine
en effet une crise de paralysie complète.
Enfin un dernier symptôme est apparu depuis quelques mois, à la suite
d'une ponction lombaire, déclare lê malade : toute surprise, toute émotion
inattendue — mais uniquement des émotions indifférentes et surtout agréables,
jamais au contraire la peur ou les émotions pénibles — provoque immédiate-
ment des secousses violentes des bras et des jambes, avec grimaces de la
face, secousses de la tête et impossibilité de parler pendant quelques secondes.
Voilà ce que nous raconte le malade, et notre diagnostic clinique est,
comme on peut le penser, très hésitant. 1.
C'est un sujet vigoureux, paraissant peu impressionnable,chez lequel nous
ne relevons à l'examen aucun signe pathologique.
Mais, lorsque après l'avoir fait entrer en observation, nous prenons avec
Santenoise, son réflexe oculo-cardiaque, nous sommes frappés de l'intensité
anormale de son réflexe oculo-cardiaque (19-7 au quart de minute), tout à fait
comparable par son exagération aux réflexes que nous trouvons chez des
catégories très spéciales de malades, grands déséquilibrés vago-sympathiques
dans le sens vagotonique, tels que les périodiques, certains anxieux, quelques
sujets en instance de migraine, et un grand nombre d'épileptiques.
La même réflexion nous échappe à tous les deux « Mais c'est là un
réflexe d'épileptique. » Et soumettant le malade à une observation minu-
tieuse, nous pouvons constater en effet que les crises de sommeil, sont quel-
quefois précédées chez lui de quelques petits mouvements rythmiques des
membres, au moment où il s'endort.
Il s'agit donc bien, nous semble-t-il, de crises anormales et larvées de mal
comitial ; nous mettons le malade au traitement du gardinal, et nous voyons,
sous l'influence de cet hypnotique, disparaître les accès de sommeil, comme
les autres manifestations pathologiques.
C'est évidemment dans ce cas l'étude du tonus végétatif qui nous a
orientés vers le diagnostic, et permis de reconnaître comme des équivalents
comitiaux ou des crises larvées, ces accès curieux de sommeil ou de paralysie.
Il s'agit ainsi d'une épilepsie larvée à forme somnolente, forme assez rare,
bien qu'on ait déjà rapporté déjà un certain nombre d'observations, et que
nous en ayons pu observer nous-mêmes deux autres cas.

Voici maintenant un autre cas où l'exploration biologique du tonus vago-


sympathique,nous a encore permis de dépister un mal comitial. Observation II.

Un jeune homme de vingt et un ans est réformé et renvoyé dans ses foyers
avec la mention : « Déséquilibre mental, hallucinations hypnagogiques,
délire épisodique des dégénérés. »
En réalité ce jeune homme a présenté au régiment trois crises nocturnes
délirantes. Chaque fois, à quelques semaines d'intervalle, il a été pris brusque-
ment, au milieu de la nuit, d'une agitation furieuse, avec cris et gesticu-
lations ; il se roule à terre, déchire ce qu'il attrape, lance des coups à des
personnages imaginaires qu'il interpelle violemment, il ne reconnaît per-
sonne... Cela dure une heure ou une heure et demie, puis il se calme et
s'endort; l'amnésie de ces scènes paraît complète.
Rentré dans sa famille, il a au bout de quelques jours une crise semblable
et l'on nous amène le malade deux jours après.
Frappés du début brusque des crises, du caractère onirique des idées
délirantes, de l'amnésie complète, nous soupçonnons bien leur caractère épi-
leptique, mais sans oser l'affirmer. Le réflexe oculo-cardiaque est, ce jour là,
assez modéré (20-14) ; mais sachant qu'après les crises, il diminue très souvent
d'intensité ou peut même disparaître presque complètement, nous demandons
à revoir le malade quelques jours après.
En effet six jours plus tard, nous constatons un réflexe oculo-cardiaque
extrêmement fort, (20-9 environ), un véritable réflexe d'épileptique.
Quelques jours après éclate en effet une nouvelle crise; le père accourt
immédiatement au bruit; il trouve le malade, qui, roulé dans ses draps, com-
mence son agitation et ses vociférations. Mais,prévenu par nous, il remarque
que l'oreiller est déjà « plein de bave »
!

Il semble bien encore dans ce cas qu'il s'agisse de crises comitiales pas-
sant inaperçues, suivies d'agitation onirique, et dont la nature comitiale
paraît nettement confirmée par les caractères du réflexe oculo-cardiaque.

La prochaine réunion biologique neuro-psychiatrique aura lieu le


27 mars 1924, à l'asile Sainte-Anne, a neuf heures et demie du matin.
BULLETIN DES SOCIÉTÉS SAVANTES
(NEUROLOGIE-PSYCHIATRIE)

I. SOCIÉTÉ DE NEUROLOGIE. — II. SOCIÉTÉ MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.


III. SOCIÉTÉ CLINIQUE DE MÉDECINE MENTALE.— IV. SOCIÉTÉ DE
PSYCHIATRIE.
I. — Société de neurologie
SÉANCE DU JEUDI Io JANVIER 1924

Présidence de M. O. Crouzon
Atrophie musculaire du type myopathique avec troubles psychiques et crises
convulsives. (Discussion sur l'étiologie traumatique et sur la nature :de cette
atrophie.) — MM. Crouzon, Chavany et René Martin présentent un homme âgé
de vingt-cinq ans qui, à la suite d'une blessure de l'avant-bras, vit se déve-
lopper une atrophie musculaire du type myopathique et des troubles psy-
chiques. Blessé et commotionné légèrement en juillet 1918 par un éclat
d'obus, le syndrome myopsychique apparut deux mois après. L'atrophie
musculaire très marquée à la racine des membres et à droite frappe surtout
la ceinture scapulaire droite, le bras droit, les deux psoas, la cuisse droite,
la loge antéro-externe de la jambe gauche. Les réflexes rotuliens sont abolis,
les achilléens faibles ou nuls, les olécraniens ainsi que les radiaux sont
abolis, mais les deux cubito-pronateurs persistent. Des contractures fibril-
laires sont nettement visibles au niveau du deltoïde droit. A signaler un
phénomène crampoïde à allure myotonique au niveau du triceps sural
gauche. L'examen électrique a montré dans certains groupes musculaires de
la lenteur et une augmentation des chronaxies. Wassermann négatif dans le
sang et liquide céphalo-rachidien. Ponction lombaire négative. Benjoin
négatif.
Les troubles psychiques sont caractérisés par des phases d'excitation et
de dépression. Le malade est atteint en outre de troubles de nature comi-
tiale (impulsions, fugues, crises épileptiques).
Bien que, morphologiquement, ce malade se présente comme un myopa-
thique, les auteurs croient qu'étant donné l'abolition des réflexes, les contrac-
tures fibrillaires et surtout l'examen électrique, l'on doive rapporter cette
dystrophie musculaire à une lésion médullaire.
Le rôle du traumatisme dans la genèse de cette affection semble difficile'
à préciser. Il semble peu probable que le traumatisme léger ait pu déterminer
cette grosse atrophie. L'on peut, par contre, fort bien admettre que la com-
motion ait réveillé, imprimé une allure aiguë à un processus qui avait ten-
dance à évoluer d'une façon chronique.
Un cas d'athétose bilatérale acquise avec crises jacksoniennes à aura visuelle,
par M. G. Roussy et Mlle G. Lévy. — La malade présentée, âgée de vingt ans,
frappe par des mouvements athétosiques bilatéraux, prédominant au membre
supérieur droit et très peu marqués à la face.
La marche est rendue impossible par une incoordination considérable,
s'accompagnant d'une forte rétropulsion.
L'intelligence est très bien conservée. La malade présente en outre des
crises jacksoniennes gauches, avec aura visuelle (vision de rouge et de vert
dans le champ externe du regard à gauche),
Ces troubles ont débuté à l'âge de onze ans, par des*céphalées, avec crises
jacksoniennes droites, suivies d'un épisode méningé fébrile de plusieurs
mois, accompagné de quadriplégie.
Il n'existe aucun antécédent familial. Les auteurs insistent sur la nécessité
de distinguer des cas d'athétose double congénitale classique de certains cas
d'athétose double tardivement acquise, qui en diffèrent cliniquement par
bien des points. Ils suggèrent aussi que les lésions du corps strié décrits
par M. et Mme Vogt comme le substratum anatomique de l'athétose double,
n'excluent pas la possibilité de lésions diffuses, ainsi qu'en témoignent les
crises jacksoniennes à aura visuelle de la malade en question.
Même si l'on admet que des lésions du corps strié puissent provoquer de
l'épilepsie, l'aura visuelle semble bien indiquer une participation corticale
de la zone visuelle.
Cette diffusion des lésions doit engager à la prudence dans l'interpréta-
tion pathogénique des phénomènes observés.
Discussion :

M. Lhermitteinsiste sur la nécessité de faire deux divisions 1° l'athétose


:

double pure, congénitale, classique, et 2° des athétoses diffuses inflamma-


toires. Il estime que la malade présentée ici entre dans la deuxième caté-
gorie à cause de ses crises jacksoniennes avec aura visuelle.
M. Foix se demande si ces troubles sont très éloignés de ceux qu'on
observe dans la sclérose cérébrale infantile.
M. Meige souhaiterait qu'on puisse donner une définition exacte des
mouvements choréiques d'une part, des mouvements athétosiques d'autre
part.
Section de la racine du nerf trijumeau. Troubles du vertige voltaïque consé-
cutifs, par M. Clovis Vincent. — Femme de cinquante-neuf ans, opérée par
M. de Martel le 21 décembre 1923 pour une névralgie faciale datant de treize
ans. Disparition complète des douleurs. L'examen des fonctions vestibulaires
montre qu'elles sont troublées. Le vertige voltaïque est anormal. Avec
2 milliampères, quel que soit le sens du courant, la tête incline et tourne
exclusivement du côtê droit. L'épreuve de Barany, à l'eau froide, 140, faite à
droite, détermine le nystagmus seulement au bout de deux minutes. Elle ne
modifie pas l'état du vertige voltaïque. L'irrigation gauche détermine au bout
de quarante secondes l'inclinaison de la tête et du tronc à gauche et le nys-
tagmus ; elle modifie le vertfge voltaïque. Avec le pôle + à gauche et un cou-
rant de 2 milliampères, la tête incline à gauche ; avec le pôle positif à droite
elle incline à droite. Bref l'irrigation gauche a été suivie du retour à l'état
normal du vertige voltaïque. A ces phénomènes s'ajoutent les petits troubles
suivants inclinaison de la tête à droite, les yeux bandés, tout le corps tend
:
à droite, et dans la marche est entraîné à droite. Il n'existe pas de trouble
de l'audition. Pas de paralysie faciale.
La perturbation labyrinthique dont les troubles précédents sont la 'mani-
festation a été observée chez deux autres malades ayant subi la même opéra-
tion. Quel est le mécanisme de cette perturbation ? Quand la racine de la
va paire a été arrachée, peut-être la traction exercée sur le nerf se trans-
met-elle au noyau de Deiters qui est contigu? Ainsi s'expliqueraient les
troubles observés. Mais, quand la racine est seulement sectionnée, qu'il n'y
a pas eu traction, le mécanisme doit être différent. Peut-être un trouble
vaso-moteur résultant de la section du trijumeau est-il en cause.
Ajoutons que, depuis l'opération, la malade présente une déviation de la
langue à gauche qui ne s'explique pas, suivant toute vraisemblance, par une
action traumatique sur le nerf hypoglosse.
Constante de réplétion vésicale et automatisme spontané de la vessie dans
les fortes compressions de la moelle. — MM. Souques et Blamoutier ont observé
une malade qui présentait un syndrome d'interruption spinale paraplégie
:
totale et complète, anesthésie absolue remontant jusqu'à la onzième dorsale,
exagération des réflexes tendineux et de défense, clonus du pied et signe de
Babinski des deux côtés. Elle ne sentait ni le besoin d'uriner, ni le passage
de l'urine. L'examen méthodique, pendant quinze jours, heure par heure, a
montré que la malade avait, par jour, quatre ou cinq mictions d'apparence
normale. A quatre jours différents, on mesura la quantité d'urine émise au
cours d'une miction, et la quantité d'urine recueillie par la sonde immédiate-
ment après cette miction. Ces deux quantités étaient variables, mais inverse-
ment proportionnelles. Le total de l'urine émise spontanément et de l'urine
recueillie par le cathéter était à peu près identique dans les quatre opéra-
tions.
Il y avait là une constante de réplétion vésicale qui était nécessaire pour
provoquerl'automatismevésical. Dans le cas présent, cette constante oscillait
entre 720 et 740 centimètres cubes. Il est probable que dans les cas analogues,
il doit exister une constante, non pas générale, mais individuelle. Celle-ci est
facile à déterminer pour un individu donné, en mesurant deux ou trois mic-
tions spontanées, en évaluant le liquide recueilli après chaque cathété-
risme, et en faisant le total On saura ainsi la quantité d'urine qui reste après
chaque miction spontanée et approximativementle temps au bout duquel le
malade aura besoin du bassin. On pourra éviter de la sorte que le sujet
souille son lit et sa personne et empêcher les escarres et leurs terribles con-
séquences.
Discussion
M. Clovis Vincent rappelle que, pendant la guerre, chez des soldas com-
motionnés ayant présenté une paraplégie passagère, on observait parfois de
l'incontinence des urines, au point qu'on se demandait s'il ne s'agissait pas
de phénomènes psychiques. Mais dans les incontinences d'urine véritables,
la contraction vésicale commençait toujours chez un même individu avec la
même quantité de liquide.
Un équivalent épileptique sous la forme d'accès d'amaurose monoculaire.

M. Souques et Mlle Dreyfus-Sée ont observé une malade qui, depuis deux
ans, présentait des accès d'amaurose monoculaire. L'accès survenait sans
cause connue, sans aucun phénomène précurseur ou consécutif brusque- :

ment la malade cessait de voir de l'œil droit, tandis qu'elle continuait à voir
normalement de l'œil gauche; la cécité était totale et complète. Au bout de
quelques secondes, tout au plus d'une minute, la vision revenait rapidement
dans l'œil droit. Ces accès se répétaient dix à quinze fois par mois, à inter-
valles irréguliers, toujours dans les mêmes conditions et avec les mêmes
caractères, jusqu'au jour où cette femme a été mise au traitement.
Les auteurs pensent que ces accès ressortissent à l'épilepsie, dont ils con-
stituent un équivalent véritablement singulier. Ils le pensent parce que cette
femme a depuis quatre ans des crises comitiales convulsives fréquentes et
parce que les accès d'amaurose monoculaire, comme les crises comitiales
convulsives, ont disparu depuis onze mois sous l'influence d'un traitement
par le gardénal.
Étant donné la brusquerie et la rapidité de la cécité monoculaire
paroxystique, ils attribuent les accès d'amaurose à un spasme de l'artère
centrale de la rétine. Un angiospasme à l'origine d'un accident épileptique
n'a rien de contraire à nos connaissances sur la physiologie pathologique
des crises épileptiques.
Quand une amaurose transitoire, attribuable à un angiospasme, ne relève
pas d'une hypertension artérielle ou d'une autre cause connue, on peut
penser à la possibilité d'un équivalent épileptique et essayer le gardénal.
Syndrome inférieur du noyau rouge avec troubles psychosensoriels d'origine
mésencéphalique. — M. L. Van Bogaert rapporte l'observationclinique d'une
malade ayant présenté au cours d'un syndrome inférieur du noyau rouge des
troubles psychiques particuliers. Il s'agit d'une femme âgée de cinquante-
neuf ans, indemne de syphilis, mais atteinte d'une endomyocardite rhuma-
tismale. Elle fait en juin 1922 un incident vertigineux avec chute, mais sans
perte de conscience et parvient à rentrer chez elle en titubant. Les patrons
remarquent une ptose bilatérale des paupières, un strabisme divergent et sa
démarche ébrieuse. Elle est amenée à la clinique le lendemain. Toute la
nuit qui a suivi l'accident, elle est agitée et signale des hallucinations chro-
matiques et zoopsiques.
L'examen neurologique montre un hémisyndrom« cérébelleux (troubles
caractéristiques de la marche, dysmétrie, hypotonie, adiadococinésie) nuancé
d'une discrète teinte pyramidale (cutané plantaire en extension, rotulien vif
et brusque, clonus du pied). Légère parésie de l'hémiface opposée. Dysar-
thrie. Paralysie nucléaire complète de la IIIE paire du côté opposé avec ptose
palpébrale. Pas de mouvements choréoathétosiques, ni de troubles sensitifs.
Ces symptômes sont typiques du syndrome de Claude, et l'observation se
range dans la classe des syndromes inférieurs du noyau rouge.
La malade n'est pas une éthylique, ni une toxicomane, elle n'a pas d'anté-
cédents psychiatriques. Dès le jour de son entrée, elle a insisté sur ses hal-
lucinations. Celles-ci sont isolées, ne sont pas connexes d'un thème délirant
ou interprétatif. Elles constituent le seul trouble mental, et l'orientation
est complète, quoique non accompagnée de troubles du sommeil comme
dans une très intéressante observation de Lhermitte. L'auteur pense cepen-
dant que le caractère isolé de ces hallucinations le rapproche des phénomènes
décrits par Séglas, Cotard, Juquelier, Dupré, et Gelma comme « syndrome
d'hallucinose ».
D'autre part, cette malade a présenté des « crises d'agitation vespérale »
tout à fait analogues à celles décrites par Mlle G. Lévy dans ses observations
de formes hypomaniaques de l'encéphalite. Ces poussées d'agitation à
horaire fixe, terminées le plus souvent au début de la nuit, brusquement
accompagnées d'excitation psychomotrice ont été observées par Camus,
Urechia, Sicard, Laignel-Lavastine,Briand, Claude et Quercydans une série
de lésions mésocéphaliques.
L'observation rapportée est à joindre aux études sur le problème des
centres psychorégulateurs extra-corticaux a insisté à plusieurs reprises
M. Camus et dont des faits cliniques récents confirment l'intérêt.
L'association d'un syndrome de Claude typique et de troubles psychosen-
soriels (hallucinations pures et poussée d'excitation vespérale périodique) la
rapproche d'une très intéressante observation déjà rapportée à la société par
Lhermitte de syndrome pédonculaire avec hallucinations et troubles du
sommeil.
Une nouvelle épreuve de l'index. — M. Barany fait une conférence sur une
nouvelle épreuve de l'index, sur le rôle du noyau rouge, du faisceau de von
Monakow et l'influence du cervelet dans l'épreuve de l'index.
Les fibres de la sensibilité profonde de la face passent-elles par le nerf facial ?
— MM. Souques et Hartmann montrent une malade, chez laquelle on a fait,
en deux opérations successives, une section du nerf facial dans la parotide,
et de la racine postérieure du trijumeau du même côté. Cette malade a une
abolition de la sensibilité superficielle et profonde dans la moitié correspon-
dante de la face, contrairement aux malades qui n'ont subi que la neurotomie
rétro-gassérienne et chez lesquels la sensibilité profonde est conservée.
Par conséquent l'abolition de la sensibilité profonde, n'étant pasdue à la
section de la racine postérieure du trijumeau,doit relever de l'interruption
du nerf facial. Les fibres de la sensibilité profonde de la face ne passeraient
donc pas par la racine postérieure du trijumeau mais bien par le nerf facial.
L. GIROT.
II. — Société médico-psychologique
SÉANCE DU 27 JANVIER 1924

Présidence de M. Truelle
Sur les variétés du langage automatique à propos d'un cas de psychose d'in-
fluence (hallucinations psychomotricesverbales, automatisme verbal auditivo-
moteur, langage mécanique), par M. André Ceillier. — L'auteur rapporte une
observation caractérisée par des hallucinations psychomotrices,un bavardage
marqué, et surtout des hallucinations mixtes auditivo-motrices, dont l'auteur
souligne l'intérêt. Il existe dans l'ensemble un véritable langage mécanique.
On constate en outre des troubles cénesthésiques, des visions imaginaires,
et des représentations olfactives. Tous ces troubles psycho-sensoriels ont
abouti à la constitution d'une psychose d'influence. Il existe enfin une cer-
taine dissociation entre l'état affectif global qui est pénible, et chacun des
phénomènes hallucinatoires qui sont d'essence agréable.
M. de Clérambault insiste à propos de cette observation sur le caractère
fragmentaire des représentations.
M. Laignel-Lavastineestime qu'il existe un certain rapport entre cet auto-
matisme auditivo-moteur et le faible degré de culture intellectuelle.
M. A. Marie précise l'idée de possession qui est à la base de cette psy-
chose d'influence.
Syndrome non démentiel de catatonie, par MM. Paul Courbon et Bauer.
— Il s'agit d'une malade présentant des
phénomènes de catatonie, de la
stéréotypie, du gâtisme. Après une amélioration progressive, promettant sa
sortie de l'asile, elle a été reprise des mêmes symptômes, et se trouve actuel
lement dans un état d'agitation à type maniaque. Cependant, il n'existe pas
chez cette malade d'état démentiel. Les auteurs précisent, à l'occasion de
cette observation, le sens du terme catatonie. Ce terme désigne à la fois un
syndrome moteur (caractère spastique de la moticité) et mental (négativisme,
indifférence, uniformité.) La catatonie désigne donc un syndrome complexe,
et est considérée à tort par certains auteurs uniquement du point de vue psy-
chique, par d'autres du point de vue neurologique.
H. BARUK.

III. —
Société clinique de médecine mentale
SÉANCE DU 21 JANVIER 1924

Présidence de M. Toulouse
Un cas d'apraxie. — M. Henri Colin présente un malade mutilé de guerre
(résection de la jambe droite), employé des postes, qui dut se faire mettre
en congé pour des troubles nerveux d'apparence purement fonctionnelle,
(lassitude générale, maux de tête, vertiges, tristesse, faiblesse musculaire).
Réflectivité normale, pas de signes de paralysie, pas d'adiadococinésie, bien
que le malade accuse des douleurs et une faiblesse de la main droite. En
l'examinant, on découvre une très légère inégalité pupillaire mais les pupilles
réagissent normalement. De plus on voit une apraxie limitée à la main droite.
Maladresse de la main, impossibilité d'exécuter des mouvements délicats
et même de boutonner le col ou d'ajuster une cravate. Troubles très marqués
de l'écriture. Astéréognosie.
Tous ces troubles ont échappé à l'attention des médecins qui ont examiné
le malade, et l'auteur insiste sur la nécessité d'étudier avec soin les malades
qui, au premier abord, paraissent être de simples neurasthéniques ou des
déprimés à la suite de fatigue ou d'accidents du travail (sinistrose de Bris-
saud, etc.)
De quelques idées de défense chez les persécutés. — MM. Leroy et Schut-
zenberger présentent trois malades réagissant de différentes manières aux
attaques dont elles se croient victimes. La première porte depuis des années
des lunettes d'auto et se protège la tête avec des mouchoirs pour lutter contre
les gaz s asphyxiants qu'elle reçoit. La seconde, dont les persécutions ont
pour centre la région génitale, a imaginé d'uriner au lit pour se défendre et
persiste depuis deux ans dans son gâtisme volontaire. La troisième, qui
présente une symptomatologie très riche et très pittoresque, est depuis quatre
ans la victime d'une bande ; successivement, elle a mis en jeu une série de
moyens de complication croissante; la parole, la lecture, la prière ont donné
des résultats éphémères ; actuellement, elle a recours à une mimique et à des
attitudes particulièrement curieuses. Cette réaction procure à la malade de
la fatigue, mais un répit d'une demi-heure environ et jette le désordre dans
le clan des ennemis qui interrompent, en maugréant, leurs attaques ; aussi
emploie-t-elle de préférence ce moyen avant de sortir pour ses courses ou ses
achats et se félicite-t-elle de pouvoir ainsi s'assurer depuis deux ans une pro-
tection momentanée.
Les psychoses hallucinatoires chroniques. Analyse et psychogénie, par le
docteur de Clérambault. — Présentation de trois malades, quarante-huit,
trente-deux et vingt-sept ans, dont les psychoses seraient appelées par tout
psychiatre, à l'heure actuelle, des délires de persécution. L'auteur fait valoir
trois traits communs de ces psychoses.
t° Les malades ne présentent nullement d'hostilité. Elles sont amènes,
affables, expansives et confiantes. Elles-mêmes ne croient que faiblement à
une provenance exogène et hostile des phénomènes dont elles sont le siège,
ou du moins, elles n'y croient que par intermittences. On peut sans insister
leur faire admettre alternativement l'origine objective ou subjective des
troubles ; leur conscience de la maladie se combine d'une façon variable à
l'idée d'une persécution. Leur résistance à l'explication malveillante provient
de ce qu'elles ne sont elles-mêmes pas Paranoïaques ; lors même qu'elles
croient à des manœuvres extérieures, elles les réduisent à la proportion
d'expériences et espèrent les voir cesser. Toutes trois demandent leur
guérison. Elles s'acheminent ou se sont acheminées vers l'idée de persécu-
tion, mais par force, dominées qu'elles sont par la précision des phénomènes,
leur prolongation, leur caractère vexatoire et les propos mêmes qu'elles
entendent ; elles ont retardé à l'extrême le stade de personnification ; elles ne
savent qui incriminer. Elles restent de fausses persécutées parce qu'avant
l'apparition de l'automatisme mental, elles n'étaient ni paranoïaques ni en
cours de délire interprétatif. De tels cas sont extrêmement fréquents, bien
que les traités classiques soient muets à leur sujet. Ils justifient les asser-
tions émises par l'auteur en 1920 (S. C. M. M.) les psychoses à base d'auto-
matisme mental ne comportent par elles-mêmes aucune hostilité, les psy-
choses hallucinatoires avec persécution vraie sont des psychoses mixtes.
Autre remarque. Ces malades sont suffisamment intelligentes pour
agencer une systématisation idéique; si elles ne le font pas, c'est en raison
du manque d'ardeur et du manque de continuité de leurs convictions. La
systématisation idéique est fonction du caractère peut-être plus que de l'in-
telligence, car la ténacité ressort du caractère.
20 La malade de trente-deux ans présente un triple automatisme (mental,
sensitif et moteur). Son automatisme présente, en outre de sa constance et
du sentiment de l'irréel, deux caractères intéressants. L'un est le développe-
ment des données totalement anidéiques, comme jeux de syllabes, mots explo-
sifs, kyrielles de mots et non-sens. L'autre est la prédominance des idées sans
images verbales, des tendances psychiques muettes comme velléités, irrita-
tion et impulsions. L'automatisme mental a commencé par l'émanciPation
des abstraits; aussi la malade parle-t-elle surtout d'influences; le délire
d'influence est ainsi le plus souvent une forme de petit automatisme mental,
il en est la forme initiale. Cet automatisme est lui-même la forme prépara-
toire de l'hallucination proprement dite; la période sensorielle ou pseudo-
sensorielle des psychoses n'est que tardive, dans le cas du moins de psy-
choses lentes et progressives. Le caractère thématique de ces psychoses est
secondaire. Le fait essentiel et primitif est un trouble de la pensée élémen-
taire, ou mieux encore la pensée à l'état naissant ; celle-ci est atteinte à la fois
dans son élaboration et dans son annexion à la conscience.
3° Les trois malades présentent des troubles endocriniens. La malade de
trente-deux ans est en hyperthyroïdie ligne surrénale, dermographisme
:

marqué surtout dans la région thyroïdienne, hypertrichose, tachycardie (P. 80)


R. O. C. ascendant.
Les malades de quarante-huit et de vingt-sept ans ont subi l'ovariotomie
respectivement à vingt-deux et à dix-neuf ans. Les troubles psychiques sont
apparus au plus tard chez l'une dix-huit ans, chez l'autre trois ans après
l'opération.
Chez la plus jeune une évolution vers la démence précoce est possible;
jusqu'ici, elle n'en présente aucun indice. Les facultés affectives sont con-
servées, comme aussi le goût du travail et toutes les aptitudes voulues pour
le travail. Dans quelque sens qu'elle évolue, démence précoce ou psychose
dite systématique, de toutes façons elle semble ne devoir jamais être une
persécutée véritable. Si elle évolue dans le sens d'une psychose genre systé-
matique, elle réagit comme une femme après ménopause elle aura fait la
même systématisation, au sens neurologique du mot, c'est-à-dire même répar-
tition et même caractère des lésions histologiques, cause du trouble hallu-
cinatoire et subsidiairement du délire.
L'auteur a précédemment insisté sur la fréquence des troubles toxiques
ou infectieux dans l'anamnèse des psychoses chroniques dites systématiques ;
il les considère comme ayant un rôle causal. Ces psychoses ne seraient que
l'expression d'une atteinte neurologique élective sytématisée, cette atteinte
serait elle-même une séquelle retardée à marche lente. L'atteinte neurologique
se traduirait en premier lieu par des phénomènes très ténus, ceux du petit
automatisme. L'atteinte neurologique serait systématique, parce que la rési-
stance globale de l'axe nerveux aux causes toxiques et infectieuses va aug-
mentant avec l'âge, ne laissant plus que des points de moindre résistance
disséminés, mais solidaires. La proportion variable entre atteinte diffuse et
atteinte systématique crée une série de cas ininterrompus entre le type
démence précoce et le type psychose hallucinatoire tardive; des malades
intermédiaires par l'âge sont ordinairement intermédiaires par la forme de
leur psychose ; le temps écoulé entre la maladie initiale et ses séquelles tend
également à rendre ces séquelles moins massives, plus systématiques, plus
subtiles.
Les psychoses hallucinatoires de persécution et autres psychoses hallu-
cinatoires chroniques ont ainsi une pathogénie non pas psychologique, mais
strictement histologique. Le trouble histologique se traduit en premier lieu
par de l'automatisme mental. L'extension du processus histologique produit
la période sensorielle ou pseudo-sensorielle de la psychose; les éléments
affectifs ou idéatifs sont ou des produits de réaction normaux, naturels,
légitimes (ce qui est le cas le plus général) ou des produits de lésions con-
nexes, ou simples associations (psychoses mixtes).
Épilepsie psychomotrice et neuro-syphilis, par MM. Marie et Bernadou.
(Service du docteur Marie.) — Un syphilitique a présenté des troubles psycho-
moteurs revêtant les caractères de l'épilepsie mentale agitation motrice,
:

monotone et brutale, pauvreté des idées, état confusionnel, bredouillements


stéréotypés. Cet état est amélioré par le traitement spécifique. Il persiste un
certain degré d'aphasie qui explique les bredouillements et les stéréotypies
verbales du début. Ce cas indique la possibilité d'une parenté pathogénique
et localisatrice entre les stéréotypies de l'épilepsie mentale et « l'intoxication
par le mot » des états aphasiques.
Seules les réactions biologiques révèlent ici nettement la syphilis du
névraxe. On peut se demander s'il ne s'agit pas d'un début de méningo-encé-
phalite avec lésion en foyer de l'écorce, comme M. Sérieux en a montré
jadis des cas dans la paralysie générale confirmée.
H. COLIN.

IV. — Société de psychiatrie


SÉANCE DU 17 JANVIER 1924

Présidence de M. René Semelaigne


L'ivresse hypomaniaque et ses conséquences médico-légales. — M. Maurice
de Fleury expose comment chez le cyclothymique, à côté des phases clas-
siques de dépression, les phases d'excitation peuvent revêtir la forme d'une
ivresse hypomaniaque, analogue à l'ivresse alcoolique, et qui prend, au point
de vue médico-légal une importance considérable. Car si pour l'état mélan-
colique, le diagnostic s'impose d'ordinaire et est accepté par tous les experts,
il n'en est pas de même pour la griserie hypomaniaque qui peut être méconnue
pour certains, qui tiennent alors le malade pour responsable, donnant lieu
ainsi à de fâcheux désaccords. C'est ce que démontrent deux observations
apportées à titre d'exemples par M. Maurice de Fleury.
Dans ces deux cas, on voit l'hypomanie diminuer les sentiments éthiques,
à l'inverse de la dépression qui tend à les exagérer. Sur ce point, comme sur
presque tous, les deux états s'opposent, quel que soit l'angle sous lequel on
les envisage. Par contre, les sentimentséthiques sont conservés chez d'autres
périodiques, comme dans un troisième cas rapporté par l'auteur. L'apprécia-
tion de la perte ou de la conservation des sentiments éthiques pourrait servir
de critérium médico-légal.
M. Pierre Kahn estime qu'il y a toute une série de degrés intermédiaires
entre le cyclothymique et le sujet normal. Il est incontestable que l'on doive
expliquer par des phases morbides de l'humeur certains écarts de conduite,
certains faits scandaleux qui contrastent avec l'existence habituelle des
individus.
M. Marcel Briand rapporte l'observation d'un cyclothymique qui partait
en voyage sous le coup de fouet de l'hypomanie et finissait ensuite par
échouer dans les maisons de santé. L'humeur circulaire explique évidemment
beaucoup de bizarreries de conduite qui paraissent étranges au premier
abord. L'accès de dépression est souvent responsable de désastres brusques
dans les milieux d'affaires. Dans le monde on voit des femmes ouvrir ou
fermer tour à tour leur salon, selon la disposition de leur humeur.
M. Georges Dumas demande si l'exaltation de l'intelligence est réelle ou.
seulement apparente dans l'hypomanie?
M. Delmas répond qu'il faut distinguer ici la qualité et la quantité. Chez
les déprimés, par exemple, dont il est plus facile d'explorer le jugement, la
qualité de l'intelligence peut ne pas être modifiée, c'est la quantité seule-
ment qui est diminuée. En réalité, il s'agit d'une question de plus ou de
moins dans l'activité intellectuelle, plutôt que de la valeur de l'intelligence
proprement dite.
M. Dumas rappelle que la définition classique de l'intelligence est la sui-
vante une fonction qui consiste à établir des rapports. Dans ces conditions,
:

les notions de qualité et de quantité semblent artificielles.


à
M. Meige, propos d'un des cas de M. de Fleury, dans lequel cet auteur
semble admettre que l'excitation a favorisé la guérison d'une blessure,
demande si réellement les plaies se cicatrisent plus vite chez les excités que
chez les déprimés ?
M. Arnaudn'a pas constaté de différence évidente. Certains mélancoliques
auto-mutilateurs guérissent très vite alors que chez d'autres mélancoliques,
la guérison traîne en longueur.
M. Vinchon a observé également que les auto-mutilations des mélanco-
liques guérissent rapidement.
Psychose hallucinatoire aiguë avec réaction méningée. — MM. Laignel-
Lavastine et Pierre Kahn présentent une femme qui fut prise il y a six mois
de délire hallucinatoire. Elle se plaignait d'être « rayonnée », électrisée, de
sentir de mauvaises odeurs, d'entendre des bruits, de voir sa mère comme
en projection, etc. En même temps existe une réaction méningée caractéris-
tique 25 lymphocytes par millimètre cube, o,85 de sucre, séro-réaction de
Guillain douteuse. Le sérodiagnostic de la syphilis est faiblement positif
dans le sang. Ces psychoses hallucinatoires avec réaction méningée, qui ne
sont pas liées à la syphilis secondaire, méritent d'être placées dans un groupe
d'attente. Peut-être ont-elles des liens avec l'encéphalite épidémique?
M. Delmas considère ces faits comme tout à fait exceptionnels en dehors
de la période secondaire la littérature psychiatrique est muette à leur sujet.
Auto-observation de confusion mentale onirique. — M. Georges Dumas rap-
porte les impressions subjectives qt'il a éprouvées au cours d'une récente
maladie. Opéré à la joue d'une tumeur qui avait été diagnostiquée ostéo-
sarcome, mais qui n'était heureusement qu'une mycose contractée pendant
un voyage en Amérique, il fut pris deux jours après l'intervention d'un
érysipèle avec température de 40°,5 qui persista huit jours pour s'améliorer
lentement.
Dans la période précédant l'opération, sous l'imminence du danger,
M. Dumas repassa les diverses étapes de sa vie. Pendant la semaine d'érysi-
pèle, peu de souvenirs furent fixés la lacune amnésique se termina alors
que deux mains le soulevaient sur son lit et qu'une voix lui annonçait la
chute de la température et la disparition du danger. M. Dumas se souvient
que les mouvements d'un des médecins qui le soignaient lui parurent comme
ceux d'un automate pendant deux jours, sans doute, parce que la vision ne
suivait pas régulièrement les mouvements. Il se souvient aussi avoir rêvé
qu'un sculpteur venait le prendre en automobile pour lui montrer une falaise
des bords de la Seine sur laquelle il avait sculpté un bas-relief la « cocas-
serie » de ce rêve semble avoir été la cause de sa conservation. L'image d'un
cercueil fut également conservée, mais reconnue presque immédiatement
pour une hallucination. Voulant la contrôler le lendemain, l'observateur
aperçut un tapis et des tringles sur le sol, à la place du cercueil ; mais à un
troisième contrôle, il s'aperçut que c'était encore une hallucination.
Enfin, une idée fixe post-onirique a été conservée pendant un certain
temps. Convaincu qu'un ami lui avait annoncé que son fils était atteint d'un
cancer, M. Dumas, à son réveil, voulait lui répondre. Cet ami avait d'ail-
leurs réellement écrit que son fils était neurasthénique l'idée du cancer
venait évidemment du diagnostic initial et avait souvent traversé les rêves du
patient, s'associant à celle de maison de santé pour constituer l'idée d'un
« Hôtel du Cancer ». La simple affirmation de l'ami
suffit à détruire cette idée
fixe post-onirique.
Hallucinations de la vue et délire chronique de persécution à base d'interpré-
tations délirantes. — MM. Courbon et Bauer relatent un cas de délire de per-
sécution et de jalousie typique, basé en réalité sur des interprétations déli-
rantes, mais qui, à en juger par le récit de la malade, semblerait avoir son
origine dans l'existence primitive d'hallucinations visuelles. Or il s'agissait
en fait d'une délirante interprétante, qui, au cours d'intoxications épiso-
diques alcooliques et médicamenteuses légères, a présenté des auto-repré-
sentations qu'elle a objectivées visuellement.
H. HARTENBERG.

REVUE DES LIVRES

Professeur MINGAZZINI. Der Balken (le corps calleux). Monographie.


212 pages. Berlin, J. Springer, éditeur, 1922.
Cet ouvrage très original et d'une documentation très complète, comme
le prouvent les multiples indications bibliographiques, sera consulté avanta-
geusement par les neurologistes et les psychiatres. Il y a peu de questions
plus intéressantes et renfermant plus d'inconnues que celle de la physiopa-
thologie du corps calleux. L'oeuvre du professeur Mingazzini ne se prête pas
à une analyse, elle vaut par sa richesse documentaire,la mise au point, par des
vues nouvelles et personnelles d'une série de notions relatives à la structure,
à la physiologie et à la pathologie de la grande commissure inter-hémis-
phérique. Un tel livre ne peut être parcouru. Chaque chapitre doit être
étudié à propos de la question qui retient l'attention.
Les divers chapitres traitent de l'anatomie macro-et microscopique du
corps calleux, son développement onto-et phylogénétique, l'anatomie du
tapetum, du ventricule de Verga. Puis l'auteur expose les différentes affec-
tions dont le corps calleux peut être le siège hémorragies, ramollissement,
traumatismes, tumeurs, dégénérations, agénésie - enfin de ces diverses consi-
dérations anatomiques et pathologiques se déduisent la physiologie et la
physiopathologie du corps calleux. Parmi les résultats les plus nets de cette
étude, nous retiendrons que pour le professeur Mingazzini le tiers antérieur
du corps calleux (portion verbale et praxique) contient des fibres qui sont
en rapport plus spécialement avec la fonction de langage. Le tiers moyen
(portion praxique) est constitué par des fibres commissurales ayant pour
fonction de régler l'activité eupraxique des membres. Le tiers postérieur
(portion sensitive) renferme des fibres unissant les centres sensoriels optiques
et auditifs, et aussi des fibres émanées de la zone du langage réunissant le
cerveau droit au cerveau gauche.
Cet ouvrage est illustré de nombreuses figures, photographies de pièces
ou schémas qui en rendent la lecture particulièrement facile.
Henri CLAUDE.

PARHON et GOLDSTEIN. Traité d'endocrinologie. Tome I. i vol. de


467 pages. Jassy, Viata Romineasca, 1923.
Cet ouvrage, publié en français, est tout à fait remarquable par la richesse
de la documentation, comme par l'originalité de certaines conceptions endo-
crinologiques. C'est plus que la deuxième édition du livre, paru en 1909 et
qui fut rapidement épuisé. C'est une œuvre nouvelle dont le premier volume,
consacré uniquement au corps thyroïde, sera suivi, espérons-le, rapidement
des autres fascicules concernant les diverses glandes. Dans ce premier
volume, les auteurs passent en revue successivement la morphologie normale
et pathologique de la thyroïde, les variations anatomiques de la thyroïde
dans les différents états physiologiques, expérimentaux ou pathologiques, et
notamment dans les maladies mentales et nerveuses, les greffes thyroïdiennes,
enfin ils étudient spécialement les variations des follicules thyroïdiens.
Signalons surtout un chapitre tout à fait intéressant, et qu'on ne trouve pas
habituellement dans les traités d'endocrinologie, sur la chimie de la glande
thyroïde à l'état normal et dans les conditions pathologiques. Puis nous
trouvons une étude de la pathologie du corps thyroïde dans laquelle rentrent
tous les types de l'insuffisance thyroïdienne.
Dans ces divers états les auteurs étudient les symptômes et les lésions
des organes, leurs modifications chimiques, les troubles des échanges, des
fonctions des divers appareils, les conditions améliorant ou aggravant l'in-
suffisance thyroïdienne, etc. Enfin, le volume se termine par un chapitre sur
l'hyperthyroïdisation expérimentale et particulièrement les troubles psy-
chiques et nerveux dus à l'hyperthyroïdie.
Cet ouvrage est vraiment conçu sous une forme tout à fait nouvelle, ce
n'est plus l'histologie, la physiologie, la pathologie des glandes endocrines,-
c'est l'endocrinologie générale, c'est la biologie des systèmes endocriniens
qui est exposée dans son acception la plus large. Mettre au courant des der-
nières publications, un pareil ouvrage constitue un (c tour de force ». Il faut
en féliciter très haut MM. Parhon et Goldstein. Il convient aussi de regretter
qu'ils n'aient pu faire éditer dans de meilleures conditions ce très bel ouvrage.
Mais ce regret n'est pas un reproche, nous devons, au contraire, rendre un
hommage à l'activité scientifique des savants qui, défavorisés par le scandale
des changes, ne peuvent parer richement leur œuvre, comme les travailleurs
d'autres nations qui ont la bonne fortune de voir mettre à leur disposition
toutes les ressources financières qui sont refusées aux autres, à ceux qui ont
souffert de la guerre comme nos amis roumains.
Henri CLAUDE.

PAUL ABÉLY.
— Les terminaisons de la mélancolie. (Un volume. Paris,
1923, Ollier-Henry, édit., 127 pages.) 6

Dans cette thèse, dont les éléments ont été recueillis dans les services
de MM. Sérieux et Capgras, l'auteur laisse de côté l'étude des accès mélan-
coliques secondaires à des affections diverses : il étudie la valeur nosogra-
phique et pronostique de la mélancolie c franche D, affection où la douleur
morale est le symptôme prédominant et invariable.
Abély se défend de vouloir discuter à nouveau la conception de la mélan-
colie simple, « idiopathique ». Néanmoins il a effectué personnellement des
recherches dans les archives du service de l'Admission à l'asile clinique,
et il conclut de ces recherches que 5o p. 100 environ des malades internés
pour mélancolie ne font qu'un accès unique : « La mélancolie simple non
récidivante existe en fait. '» Abély en distingue deux sortes : une forme
juvénile, fréquente surtout chez l'homme, avec évolution lente et guérison
progressive, une forme présénile ou d'involution, cette dernière étant par
excellence la mélancolie à accès unique.
La mélancolie à récidive unique de l'accès est rare (10 p. 100 des cas);
la mélancolie à récidives multiples est par contre fréquente, elle constitue
la forme habituelle de la psychose maniaque-dépressive. L'accès aigu peut se
présente sous des formes très diverses : anxieuse, délirante, stuporeuse, asthé-
nique simple.
Le pronostic de l'accès mélancolique périodique dépend, dit Abély, de
l'état mental dans les périodes intercalaires. L'auteur rappelle que, dans un
mémoire composé en collaboration avec son frère, le Docteur Xaxier Abély,
médecin chef à l'asile de Toulouse, il a été amené à restreindre l'importance
des facteurs héréditaires, des c symptômes constitutionnels » de l'affection,
et à donner plus de valeur par contre aux symptômes acquis, aux séquelles
psycho pathologiques des accès, séquelles qu'on peut grouper sous le
vocable de déséquilibre affectif. Les recherches statistiques de l'auteur
l'amènent à conclure que la mélancolie entraîne dans un grand nombre de
cas un affaiblissement intellectuel léger, que l'intégrité intellectuelle absolue
est peu fréquente et la terminaison démentielle plus rare encore, ne se ren-
contrant guère que dans la mélancolie d'involution.
L'auteur a essayé, pour établir de façon précoce le pronostic des accès
mélancoliques, de déterminer la « formule biologique » de ces accès : il
renvoie à ce sujet à une publication antérieure faite en collaboration avec
D. Saatenoise. Leurs recherches ont conduit les deux auteurs à distinguer :
1° Une mélancolie vagotonique, qui est proprement celle de la folie
périodique.
20 Une mélancolie sympathicotonique, laquelle n'est que l'exacerbation
d'un état habituel d'émotivité anxieuse, un paroxysme d'une névrose d'an-
goisse : cette forme spéciale de mélancolie récidivante n'est donc pas une
mélancolie périodique, elle n'appartient pas au groupe des cyclothymies.
3° Une mélancolie « indifférente au point de vue vago-sympathique D, qui
est une mélancolie cœnesthopathique,comprenant le délire de négation et les
mélancolies chroniques.
Le syndrome mélancolique peut passer en effet à la chronicité : mélan-
colie chronique simple ou mélancolie chronique délirante, cette dernière
forme étant de beaucoup la plus fréquente. Le syndrome de Cotard fait partie
de cette catégorie et serait dû à la combinaison de la mélancolie périodique
avec des troubles involutifs qui transforment la cyclothymie en démence
cœnesthopathique.

Dans une deuxième partie de son travail, l'auteur a essayé de rechercher


la valeur pronostique de quelques symptômes mélancoliques. Du côté de
l'idéation, la fixité et la monotonie du délire sont des signes alarmants. Du
côté de l'activité, les symptômes d'allure hébéphrénique d'une part, l'état
mixte permanent d'autre part paraissent assombrir le pronostic. Du côté
affectif, l'auteur a remarqué l'évolution fâcheuse des grands anxieux gémis-
seurs et déclamateurs. La confusion mentale secondaire est sans gravité.
L'hérédité similaire assombrit le pronostic.
Le travail de M. Abély constitue une très bonne mise au point de nos
connaissances actuelles sur un chapitre touffu de la psychiatrie. Il se distingue
par une bonne documentation bibliographique et par la relation de multiples
observations originales. L'auteur conclut en espérant que la biologie, associée
heureusement à la psychologie pourra transformer bientôt les conclusions de
son travail et leur apporter la précision scientifique qui, dans l'état présent
de la psychiatrie, lui fait encore forcément défaut.
P SCHIFF.
P. NAYRAC. La démence paranoïde. (Vigot frères, édit., Paris, 1923.
1
volume in-8 raisin de 176 pages avec 3 figures hors texte.)
C'est une bonne fortune, non seulement pour les psychiatres, mais encore
pour les médecins non spécialisés et les psychologues, que l'apparition en
librairie de cet ouvrage de M. Nayrac.
Qui donc au cours de ses études, et depuis dans sa pratique, n'est resté
hésitant devant cette entité morbide que Kraepelin isola sous le nom de
?
démence paranoïde Il désignait ainsi un ensemble de tableaux morbides qui
participaient à la fois des délires systématisés chroniques et de la démence
précoce. Au gré des diverses écoles, la démence paranoïde flottait entre ces
deux pôles.
Si l'on s'en rapporte au texte même de Kraepelin, aucune idée claire ne
jaillit, aucune délimitation précise n'apparaît, même si l'on a soin de débar-
rasser sa pensée des descriptions incidentes qui l'alourdissent; on pourra
s'en convaincre facilement en lisant le premier chapitre de ce travail, où
M. Nayrac n'a pas craint de faire au texte kraepelinien les plus larges
emprunts, avec contextes allemands en regard, pour satisfaire au besoin de
contrôle du lecteur difficile.
Poursuivant son étude, Nayrac est conduit à présenter les idées de Bleuler
sur la schizophrénie et il montre combien cette notion neuve, mais expurgée
de l'exagération outrée où l'a portée l'école de Zurich, peut être féconde en
psychiatrie.
Dégageant les grandes lignes des systèmes étudiés, d'une part des travaux
des auteurs, et d'autre part de ses observations personnelles analysées avec
objectivité, M. Nayrac montre qu'il n'y a pas une démence paranoïde mais
des démences paranoïdes, toutes pouvant se ramener à une symptomato-
logie simple : idées délirantes hallucinatoires chroniques mal systématisées
avec schizophrénie. Ce qui faisait apparaître complexe le tableau clinique pré-
senté par de tels malades, ce qui rendait les descriptions de Kraepelin si con-
fuses et le cadre de la démence paranoïde si mal délimité, c'est l'importance
plus ou moins grande que la dégénérescence mentale du malade et son apti-
tude psychique donnent à la couleur de son délire et à l'aspect général de sa
maladie. Aussi, après une dissection soignée et claire comme celle que l'on
trouve dans ce volume, la démence paranoïde apparaît être une entité mor-
bide simple : M. Nayrac nous apporte beaucoup de clarté dans cette affection
sur laquelle tous ne s'entendaient pas.
Cette mise au point complète est un important instrument de travail que
tous les médecins devraient avoir lu : la lecture en est facile, agréable même,
et comme tous les termes employés sont au préalable définis, l'obstacle de la
terminologie psychiatrique si souvent critiquée disparaît ici.
P. COMBEMAI.E.

ANALYSES

K. GYOTOKU et M. MOMOSE. Recherches sur le métabolisme dans quatre


cas de maladie d'Addison. (Mitteilungen der Kaiserlichen medirillischen
Fakullât der Universitât Tokyo, vol XXX, n° l, p. 1.)
Les troubles du métabolisme dans la maladie d'Addison ne sont pas encore
connus avec certitude. Les résultats de l'expérimentation et de la clinique
sont contradictoires. Pourtant, la plupart des auteurs admettent que chez
l'homme la lésion des glandes surrénales amène une tolérance exagérée aux
hydrates de carbone et même (Porges) une hypoglycémie notable. En ce qui
concerne l'élimination de l'azote, de l'urée, du phosphore et des chlorures, les
conclusions des auteurs sont très variables.
Les recherches des deux médecins japonais ont porté sur quatre cas
d'Addison, où les recherches biologiques ont été effectuées en détail et de
façon à se rapprocher le plus possible de l'expérimentation. Les conclusions
des auteurs sont les suivantes :
La tolérance pour les hydrates de carbone n'a pas été augmentée dans
leurs cas et l'hypoglycémie n'est pas la règle (i cas sur 4). L'hyperglycémie
adrénalinique et les autres effets de l'adrénaline furent identiques chez ces
malades et chez des sujets normaux. La chlorurie expérimentale montra une
rétention 3 fois sur 4. Rétention azotée dans deux cas mortels. Rétention de
calcium dans tous les cas.
Au point de vue clinique ces quatre malades avaient présenté les symptômes
classiques : adynamie, hypotension, pigmentation, troubles intestinaux, mais
il faut noter qu'il s'est agi deux fois de formes au début et que, pour les
deux cas mortels, il manque une fois le résultat de l'autopsie. Chez le
malade qui a été autopsié, les auteurs se sont bornés à constater macrosco-
piquement la caséification des surrénales.
P. SCHIFF.
MUNZER. Existe-t-il des antigènes spécifiques dans le sang des catato-
niques? (Zeitschriftf. die ges. Neurol. u. Psych., vol LXXX, n° 3-4, 1923.)
Geissler, en 1910, avait prétendu qu'il existait dans le sang des déments
précoces catatoniques, des antigènes spécifiques qu'il mettait en évidence
parla réaction de déviation du complément. Münzer a repris ces recherches,
mais ne peut confirmer les résultats de Geissler.
En titrant rigoureusement, et par un contrôle réciproque, tous les élé-
ments de cette réaction, il n'arrive à mettre en évidence un tel antigène, ni
par la méthode de la déviation du complément, ni par celle de la précipitation.
P. SCHIFF.

FRAENKEL. Sur la diversité des types psycho-pathologiques des eunu-


choïdes. (Zeitschrift f. die ges. Neurol. und Psych., vol LXXX, n° 5, 1923.)
Quelques considérations générales, au début, sur l'importance du facteur
constitutionnel pour la vie psychique, sur lès relations entre l'habitus corporel
et le caractère. On a voulu trop prématurément édifier des syndromes
psycho-physiques. Il existe peut-être une constitution thyroïdienne, mais,
-selon l'auteur, on s'est livré, en ce qui concerne le psychisme des eunuchoïdes,
à des généralisations hâtives.
Sterling a distingué chez éux trois types :
A : Sociable, altruiste, travailleur et mélancolique ;
B : Imbécile léger avec atonie.
C : Parasite social, inadapté, cyclothymique.
Fischer estime que l'eunuque a les caractéristiques négatives (manque
d'initiative, instabilité, égocentrisme) de l'épilepsie, sans ses caractéristiques
positives (activité, amour du travail, etc...)
L'auteur rapporte l'histoire de quatre cas d'eunuchoïdisme et il conclut
qu'il ne saurait établir une unité dans l'âme des eunuques.
On trouve tantôt de l'intelligence inférieure à la moyenne et tantôt une
intelligence supérieure. L'un de ces cas a des tendances épileptiques, un seul
est à la fois imbécile et inverti sexuel.
Frânkel déclare que l'étude des eunuques n'apporte aucune confirmation
à la doctrine de Kretschmer pour qui il existe, entre la conformation morpho-
logique et le caractère, des relations déterminées.
Cette étude ne confirme pas non plus les idées d'Adler : bien que les
eunuques réalisent au maximum « l'infériorité organique? que cet auteur met
au premier plan, ni l'infantilisme mental, ni la a: névrose protestaire »
n'existent chez eux.
Il n'est pas permis de conclure trop rapidement des faits observés.
L'absence d'une fonction endocrine ne doit pas faire conclure « a contrario »
au rôle de la glande quand cette fonction est présente. L'appareil de notre vie
psychique est plus compliqué, l'âme est plus plastique qu'on ne serait
tenté de le croire en lisant certains auteurs. Leurs cas n'ont de valeur que
comme cas isolés et c'est aussi ce que Frânkel pense de ses propres obser-
vations. Il faut continuer à amasser des documents. Le contraste entre les
eunuques primitifs et les secondaires, entre les eunuques et les castrats, vient
de ce que les seconds sont astreints à un travail de réorganisation organique
et psychique que les premiers n'ont pas à accomplir. P. SCHIFF.
RONCORINI. L'aphasie et les données architectoniques. (Rivista di patologia
nervosa e mentale, juillet-août 1923.)
Pour Roncorini les deux types d'aphasie, celui de Wernicke et celui de
Broca, existent tous deux, et il en existe même une infinité d'autres, car pour
lui, l'aphasie a son origine dans les troubles d'irrigation dans la sphère de la
cérébrale moyenne, la zone atteinte serait diffuse et assez mal délimitée, tou-
jours placée cependant au voisinage de la vallée sylvienne. Quel que soit le
siège du processus, toutes les modalités du langage sont atteintes, même le
langage intérieur.
Il n'en serait pas de même pour ce dernier, cependant, lorsque la lésion
siégerait dans les voies connexes. Dans l'aphasie motrice, il n'y a ni alexie,
ni agraphie ; dans la surdité verbale, on ne rencontre ni cécité, ni agraphie.
L'auteur n'admet pas qu'en clinique on puisse distinguer les lésions corticales
des sous-corticales pures, à cause des dégénérescences secondaires. Il peut
d'ailleurs se produire des faits de vicariance, Roncorini admet assez volontiers
que les centres homologues des deux hémisphères ont une action connexe
dans la fonction du langage, spécialement dans les formes les plus simples (et
les plus anciennes) de cette fonction. Il admet aussi que l'intelligence des
aphasiques n'est pas aussi intacte qu'on le dit, surtout lorsqu'ils sont hémi-
plégiques. L'auteur rejette la conception de la diaschisis de Von Monakow,
mais il accepte celle de Head qui ne voit dans l'aphasie qu'un désordre des
images psychiques mnésiques, acoustiques, motrices et visuelles.
D'ailleurs, dans l'aphasie, la compréhension de la parole est atteinte, aussi
bien que l'expression. En somme cette nouvelle façon de concevoir les choses
les éclairerait, mais elle a besoin d'un contrôle anatomique par l'examen de
coupes sériées. L. WAHL.
BRÜNING.
— Sur le vague et le sympathique (Klinische Wochenschrift
[Berlin], N° 5o, 10 décembre 1923, p. 2272).
Les observations récemment faites dans les cas de résection du sympa-
thique cervico-thoraciqueobligent à une révision de toutes les lois, jusqu'ici
considérées comme définitives, qui prétendaient régir la physiologie de ce
nerf et celle du nerf pneumo-gastrique.
Le dogme de l'antagonisme fonctionnel entre le vague et le sympathique
ne peut plus être maintenu. Il n'est pas licite d'appliquer sans critique à
l'homme les données des expériences pratiquées sur l'animal. Les résultats
des épreuves pharmaco-dynamiquessont souvent opposés suivant les espèces
animales et, d'autre part, chez l'homme, des opérations pratiquées tantôt
sur l'un tantôt sur l'autre de ces deux nerfs peuvent aboutir à des résultats
semblables. Ainsi l'auteur a obtenu la disparition des crises d'angine de
poitrine par la résection du sympathique cervical. Eppinger etHoferau der-
nier congrès allemand de médecine (Vienne 1923) ont déclaré être arrivés
aux mêmes résultats par la résection du nerf vague. Ce dernier fait est en
contradiction avec la théorie jusqu'ici admise que le vague est le modérateur
du cœur; de même les cas rapportés par Kümmel, d'asthme bronchique guéri
par résection du sympathique ne cadrent pas avec les bons effets de l'adréna-
line dans cette affection.
Les recherches anatomiques de Braueker et celles de l'auteur abou-
tissent à la conclusion que chez l'homme les anastomoses entre les deux
nerfs sont telles qu'on ne peut parler, à leur propos, d'équilibre et d'oppo-
sition de fonctions, mais au contraire d'intrication fonctionnelle. Il existe
de très importants rameaux de communication entre le ganglion cervical
supérieur et le ganglion plexiforme du X. Les filets cardiaques du pneu-
mogastrique sont en minorité vis-à-vis des fibres sympathiques contenues
dans le même tronc nerveux et l'on peut dire que le nerf appelé communé-
ment nerf vague est composé pour bonne part de filets sympathiques. Brü-
ning se range à l'opinion de Kümmel d'après laquelle le vague et le sympa-
thique ne forment pas deux systèmes nettement délimités et d'après laquelle
il est impossible deréséquer le sympathique sans léser également des branches
du vague. C'est dans ce sens qu'on peut appeler le vague et le sympathique
des nerfs « mixtes ».
Brüning croit que, pour la solution des problèmes soulevés par la révi-
sion de cette question, la clinique humaine apportera plus de clarté que
l'expérimentation sur l'animal. P. SCHIFF.
C. FERRIO. Corrélation entre les muscles agonistes et antagonistes dans
l'état normal et la maladie de Parkinson. (Rivista di patologia nervosa e
mentale, 3o septembre 1923.)
Deux théories cherchent à expliquer cette corrélation. Celle de Duchenne
de Boulogne qui voit une harmonie entre les antagonistes et celle plus
récente de Sherrington qui admet une innervation réciproque de ces deux
groupes de muscles : inhibition de l'un lorsque l'autre se contracte. Mais
l'antagonisme vrai n'existe que dans les muscles droits de l'œil, en réalité les
actions agonistes ne sont pas dues à un muscle, mais à un groupe de fibres
et l'action des antagonistes entre en jeu peu après cette contraction. (Expé-
riences de Sherrington et Hernig sur les muscles de la hanche). Sherrington
a énoncé la loi suivante :
Une excitation qui part d'une surface sensitive du corps donne lieu à une
série ininterrompue d'impulsions motrices par la contraction de certains
muscles, mais elle détermine et exerce une action inhibitoire sur le méca-
nisme moteur qui gouverne les « muscles antagonistes » ; expérimentalement,
on peut le démontrer par la faradisation du bout central du nerf du tendon
du biceps fémoral du chat ; il y a allongement des muscles extenseurs de la
jambe et diminution temporaire du réflexe rotulien. Le phénomène est clini-
quement facile à constater chez les parkinsoniens à cause de l'exagération
de leur tonus et de la lenteur des contractions. La contraction des antago-
nistes affecte, dans ce cas, le type de la trochlée dentée de Negro. La con-
traction organique obéit à la loi de Duchenne, la contraction statique à celle
de Sherrington. L. WAHL.

Le Gérant : G. DELARUE.
TRAVAUX ORIGINAUX

DÉMENCE PRÉCOCE, SCHIZOMANIE


ET SCHIZOPHRÉNIE
PAR

Le professeur Henri CLAUDE,


A. BOREL et Gilbert ROBIN

La question de la démence précoce est encore l'une des plus obscures et


des plus controversées de la psychiatrie et si la plupart des auteurs français
contemporains admettent, tout en la restreignant, la conception de Kroepelin
et sa division en trois formes principales : hébéphrénie, catatonie, paranoïde;
il est clair toutefois que, pour beaucoup, ce n'est là qu'une classification
d'attente. Nombre d'aliénistes, en effet, hésitent à ranger sous le même vocable
des cas éminemment disparates, dont certains même n'offrent qu'une appa-
rence de démence, sans correspondre à un affaiblissement intellectuel véri-
table. Kroepelin basait sa théorie sur la notion d'évolution et admettait que,
présentant au début des symptômes divers, groupés selon des modalités très
variables, les déments précoces finissaient par arriver au bout d'un temps
plus ou moins long à un état terminal identique, véritable démence qui carac-
térisait ainsi l'affection. Mais, outre que l'on ne voit pas bien dans sa des-
cription en quoi cette démence terminale présente des caractères véritable-
ment spécifiques, on se rend compte du même coup de l'excès où cette
manière de voir peut conduire. Toute affection psychique ne relevant pas
d'un processus bien déterminé et aboutissant à un affaiblissement intellectuel
ou même à une simple diminution des facultés pourrait être considérée comme
appartenant à la démence précoce.
Cette délimitation insuffisante d'une part, entrainant une extension abu-
sive, jointe à l'impropriété du terme démence servant à qualifier des sujets
pouvant (durant des années et parfois durant toute leur vie) ne pas présenter
d'affaiblissement intellectuel, a suscité de nombreux travaux tant en France
qu'à l'étranger. On s'est efforcé surtout de mieux caractériser l'affection, de
marquer ce qui fait l'unité du groupe. Les expressions de dissociation (Claude,
IQIO), ataxie intrapsychique (Erwin Stranski), dysharmonie (Arstein), discor-
dance (Chaslin, igi2), furent proposées pour en qualifier le trouble essentiel.
En Ir)'1 Bleuler fit une remarquable étude de la question et publia une nou-
velle description de la démence précoce. Il apportait une conception extrê-
mement originale et, pénétrant plus avant que ses devanciers dans le psychisme
même de ces malades,essayait à son tour de réduire la diversité clinique à un
petit nombre de symptômes cardinaux. Insistant sur l'impropriété du terme
démence, il proposait celui de schizophrénie.
Ni le terme, ni les conceptions de Bleuler ne furent cependant acloptés par
les aliénistes français. Il est vrai que de nombreuses objections pouvaient y
être faites. Autant et plus peut-être que Kræpelin, Bleuler étendait le domaine
de la démence précoce. Et, d'autre part, s'il est vrai que ses théories appor-
taient des notions nouvelles, elles ne pouvaient que difficilement s'appliquer
indifféremment à la totalité des cas cliniques. Nous avons l'intention d'exposer
comment, à notre avis, on peut envisager cette notion de schizophrénie et.
quelles restrictions nous proposons de lui donner.

La schizophrénie de Bleuler se caractérise par une altération spécifique de


la pensée et du sentiment et des relations avec le monde extérieur. La « dislo-
cation » (Spaltung) des fonctions psychiques en est le caractère essentiel. Les
fonctions simples altérées sont : les associations (afflux de pensées, barrage,
écholalie, stéréotypies, incapacité d'associer, sautes d'idées, « bizarrèries »
intellectuelles); l'affectivité, obtusion complète, ou bien dissonance dans le
ton des manifestations, versatilité, humeur capricieuse. L'ambivalence est la
tendance à marquer toute manifestation psychique à la fois d'un signe positif
et d'un signe négatif. Pour Bleuler, sensations et perceptions, orientation,
mémoire, conscience, motilité sont conservées. Les fonctions complexes,trou-
blées dans l'exercice de l'affectivité et de l'attention, sont principalement
atteintes dans les rapports avec le monde extérieur et sous le nom d'autisme
Bleuler désigne le fait que les malades rompent avec la réalité et ne vivent
cr:

plus que d'une vie intérieure ». La conséquence, c'est une désagrégation dè


l'individu en noyau profond ayant perdu le contact avec la réalité et en
couche superficielle qui l'entoure... La couche superficielle, tournée vers la
réalité et de ce fait aussi vers nous, réagira à sa façon aux excitations du
dehors et nous fournira une série de symptômes qui, mesurées à nos manifes-
tations psychiques normales, portent le cachet de perte de contact avec la
réalité. Mais cette couche superficielle se trouvera en même temps prise entre
la réalité d'un côté et le noyau profond qui se trouve être soustrait à celle-ci,-
de l'autre; ce noyau agira lui aussi sur la couche superficielle et viendra par-
fois se manifester à travers elle au dehors. De là instabilité et discordance
des symptômes (Minkowski). Le contenu du noyau, ce sera la « pensée autiste »
opposée à la « pensée réaliste ».
Les conceptions de Freud n'ont pas été négligées par Bleuler : l'ensemble
des idées, représentations, souvenirs doués d'une forte charge affective qui
constitue le « complexe » remplit la pensée autiste; et l'énergie affective qui
n'a pu se manifester d'une manière normale vient s'exprimer à la surface en
symptômes morbides. Aji terme de ces états s'installe la démence schizophré-
nique, démence sans démence, démence partielle, relative à certains moments
et à certains complexus.
Bleuler admet les formes de schizophrénie : a) paranoïde; b) catatonique;
c) hébéphrénique ; d) schizophrénie simple. Les trois premières formes se
comprennent aisément; les cas qu'elles visent ressemblent aux types de la
classification française encore que l'hébéphrénie de Bleuler englobe notre
démence vésanique. Quant à la schizophrénie simple, elle comprend ce qu'on
a mis « sous la bannière de la psychopathie, de la dégénérescence, de la folie
morale, de l'alcoolisme et peut-être aussi, et c'est le plus grand nombre, de la
santé i (Bleuler). Bleuler explique que s'il ne rattache pas cette forme à l'hébé-
phrénie, c'est pour des raisons plus pratiques que théoriques, la schizophrénie
simple étant rarement observée à l'asile et visant des «individus plus ou moins
instables, incapables de s'adapter à l'ambiance, négligeant la réalité exté-
rieure ». A l'état le plus léger, ce sont les « schizophrénies latentes » de Bleuler,
les « schizoïdes » de Kretschmer, opposés aux sujets « syntones», c'est-à-dire
adaptés, offrant une vive plasticité aux modifications du monde extérieur.
La conception de Bleuler s'étend à la majorité des psychoses. L'alcoolisme
chronique, le délire de préjudice présénile, certaines mélancolies ou manies
« impures » des autres écoles, écrit Bleuler, la plupart des confusions hallu-
cinatoires, beaucoup de ce qu'on appelle par ailleurs < amentia », une partie
des formes qui étaient attribuées au délire aigu, les obtusions primaires et
secondaires, les principales paranoïas des autres écoles, probablement toutes
les psychoses hystériques, presque toutes les « hypocondries » inguérissables,
beaucoup de malades « nerveux et impulsifs, les formes de masturbation
-P

juvénile, une grande partie des psychoses dégénératrices de Magnan, etc.,


relèvent de la schizophrénie.
Le plus grand reproche qu'on puisse faire à Bleuler, c'est d'avoir fait entrer
dans une vaste synthèse des maladies diverses. Comme l'a fait très judicieuse-
ment remarquer Trénell, l'analyse psychologique a dépassé la clinique. Au
lieu d'arriver à la « délimitation plus précise d'une entité morbide mentale, il
aboutit à un élargissement extrême, excessif, du domaine de ce qui n'est plus
une maladie proprement définie, mais un vaste genre ». En somme, la schizo-
phrénie englobe la majeure partie de la dégénérescence mentale et des psy-
choses. Bleuler dépasse les excès de Kræpelin. Chaslin lui reproche, à juste
titre, une telle extension et surtout de faire entrer dans sa synthèse l'amenda,
c'est-à-dire les états correspondants au délire d'épuisement et aux délires
toxiques.
Mais limitons nos critiques au strict terrain de la démence précoce. Nous
sommes, dès l'abord, arrêtés par ce fait que « le déséquilibre profond du con-
tact avec la réalité est, dans la schizophrénie, non pas une conséquence d'au-
tres troubles psychiques, mais un point essentiel d'où découlent, ou tout au
moins à partir duquel se laissent envisager d'une façon uniforme tous les
symptômes cardinaux de cette affection mentale » (Bleuler). Nous ne pensons
pas qu'une telle conception soit susceptible d'être appliquée indifféremment à
tous les cas qu'on range dans la démence précoce. Cette notion, en effet, qui
représente la part la plus originale des idées de Bleuler semble méconnaitre
les caractères de la forme simple hébéphrénique,dans laquelle l'affaiblissement
intellectuel, contrairement à ce qui se passe pour les autres formes de
démence précoce,est le phénomène initial prédominant. Ce n'est pas de «dis-
cordance » (Chaslin), de dissociation (Claude et Lévi-Valensi), de dislocation
(Bleuler). qu'il faut parler. Il y a démence vraie. Le trouble des relations avec
le monde extérieur n'est pas le trouble initial invoqué par Bleuler dans sa
conception. Il n'est qu'une conséquence au même titre que chez un paralytique
général ou un dément organique.
Une autre objection, non moins grave, c'est que la notion de l'autisme et

1. TRÉNEL. La schizophrénie, d'après les conceptions de Bleuler. (Revue


neurologique, 1912.)
du retrait de la réalité, appliquée à tous les cas de démence précoce demeure
une hypothèse, une tentative d'explication psycho-pathologique. Bleuler ne
tient pas compte des démences précoces post-confusionnelles,des confusions
mentales secondaires. Quand il envisage pour tous les cas observés la rupture
avec le monde extérieur comme le trouble primitif, quand il explique une fois
pour toutes la dislocation de la pensée exprimée par le heurt entre une pensée
autiste et une pensée réaliste, il fait une supposition gratuite. Il reste bien des
individus pour lesquels la psychose est la réalisation morbide de tendances
schizoïdes constitutionnelles, c'est-à-dire de tendances à s'évader de la réalité
et à vivre d'une vie intérieure plus ou moins imaginative. Ils sont en petit
nombre. Ce sont ceux qui méritent, à notre avis, de relever de la schizophrénie
simple de Bleuler, de celle-là seule.

Ces objections n'empêchent que Bleuler eut le mérite de montrer le pre-


mier l'existence de deux caractères fondamentaux chez certains individus : la
perte du contact avec la réalité et l'existence d'une pensée autistique. Nous
ne pensons pas qu'il ait été autorisé à ériger une constatation clinique — si
exacte pour la schizophrénie latente et la schizophrénie simple — en concept
et à étendre ce concept à presque toutes les psychoses. Aussi bien, si nous
arrivons à apporter quelque éclaircissement au sujet des démences précoces
et quelques précisions cliniques sur notre conception de la « schizomanie »
dérivée de la schizophrénie simple, c'est à Bleuler que nous le devons. Notre
conception de la schizophrénie est beaucoup moins extensive que celle de
Bleuler. A notre avis, la notion de schizophrénie n'est applicable qu'à un cer-
tain nombre d'individus dont l'existence clinique se laisse envisager avec pré-
cision et pour lesquels le mot démence apparaît le plus impropre.
L'anamnèse révèle que ces individus, avant l'éclosion d'aucunaccident mor-
bide, présentaient, en même temps qu'un passé héréditaire fréquemment
observé, une constitution spéciale : la constitution schifoïde sur laquelle
Kretschmer a insisté. Dès l'enfance, tendance à la solitude, au recueillement,
à la méditation, à la rêverie. Des conceptions imaginaires s'élaborent, que le
sujet ne livre pas facilement. Plus tard le contact avec la réalité exige un
effort, une tension. La vie intérieure est délibérément préférée, par dilection.
L'activité pragmatique est réduite par rapport à l'activité intellectuelle sans
que la discordance entre ces deux modes d'activité soit incompatible avec une
existence normale. L'adaptation aux exigences extérieures reste en apparence
suffisante.
A un stade déplus, tantôt sous une influence affective (complexe), tantôt à
la faveur d'un état toxi-infectieux, tantôt parfois sans motif appréciable, la
schizomanie représente l'état pathologique du schizoïde qui a cessé de s'adap-
ter à l'ambiance. La réalité est de plus en plus négligée. Les malades sont
inertes, inactifs, l'air absent et donnent l'apparence de l'inaffectivité puisqu'ils
ne s'intéressent pas à ce qui se passe autour d'eux. L'intégrité des fonctions
intellectuelles est cependant parfaite. L'interrogatoire, parfois un peu difficile
en raison du manque d'attention que montrent les sujets ou de leur reploiement
sur eux-mêmes, donne des réponses correctes, adéquates, logiques. L'élément
« dissociation » qui se révèle dans l'appréciation non plus des fonctions
psychiques prises isolément mais dans la synthèse intellectuélle supérieure,
existe auplus haut point entre l'activité pratique et le noyau de la personnalité
qui tend à vivre dans un monde intérieur, selon un mode de pensée « autiste ».
Les malades ont en général conscience d'un état morbide, mais se complaisent
dans l'inactivité et, quand la réalité extérieure leur est imposée, ils essaient
parfois de s'y soustraire par des fugues, par des crises d'exaltation confusion-
nelle ou par le suicide. Ils ont des tendances à la claustration, qu'ils ne réa-
lisent pas toujours sous une forme apparente, mais dans une condition qui
leur donne l'illusion. La pensée « autiste » se développe dans la solitude. Le
thème qu'elle a adopté est souvent en rapport avec un complexe affectif. Dans
des cas assez nombreux les éléments d'un tel complexe peuvent être le point
de départ de créations imaginaires plus ou moins fantaisistes qui créent une
vie intérieure fictive et cette psychose de rêverie explique que les malades
aient l'air distrait, indifférent, semblant sourire parfois à leurs conceptions
imaginaires.
Un degré de plus et le schi^omane devient schizophrène. L'être psychique
est bouleversé. La dissociation intellectuelle qui apparaissait surtout dans la
mise en œuvre des fonctions synthétiques atteint ici à une véritable « dislo-
cation » des fonctions psychiques, terme adopté par Bleuler et que nous adop-
tons. Non seulement l'individu a perdu complètement contact avec la réalité,
mais il semble même avoir perdu l'intérêt de sa propre existence, il néglige
les soins les plus élémentaires de sa personne, jusqu'à refuser toute nourri-
ture, et à présenter du gâtisme. Il passe ses journées au lit, paraît désorienté,
réalisant souvent un type de pseudo-confusion mentale; parfois il ne répond
pas aux questions, ou fait des réponses à côté. Il a l'air absent, lointain, il est
sujet au rire et aux pleurs sans motif apparent; il donne l'impression
d'être tantôt inaffectif, tantôt dissonant dans le ton des manifestations affec-
tives. Et cependant le « schizophrène » n'est pas un dément tout simplement,
mais relativement à certains moments, à certains complexes. « Tel qui parait
dans l'obtusion absolue peut d'un moment à l'autre faire par exemple une
opération compliquée, exprimer des idées complexes. » (Trénel.) c La démence
schizophrénique avancée est caractérisée par le fait que, parmi la totalité des
pensées et des actions des sujets, il y a, au point de vue numérique, beaucoup
de faux résultats. » (Minkowski.)
En effet, bien que le malade ait toute l' apparence d'un dément précoce clas-
sique (en dehors de la forme hébéphrénique simple que nous avons étudiée),
l'interrogatoire nous démontre parfois l'existence d'une pensée autiste. Dans
l'apparente incohérence des propos nous avons pu trouver le fil conducteur
d'un thème unique relié, en général à un complexe affectif que révèle l'anam-
nèse. Nous avons eu la bonne fortune de mettre en évidence pAr un nouveau
procédé d'investigation, Séthérisation, dont nous publierons les résultats dans
une étude prochaine, d'une part que ces complexes étaient fréquents et que les
malades sous l'influence de l'anesthésie nous en livraient les détails; d'autre
part qu'il n'existait pas ici de démence vraie et que les fonctions psychiques
disloquées étaient capables, à la faveur de l'éthérisation, de contribuer à une
synthèse normale.
Ce n'est pas dire qu'à une période ultime l'affaiblissement ne soit pas réel.
Il se produit une fixation des symptômes morbides, une stéréotypie à froid
des idées « paranoïdes », comme si l'autisme avait perdu tout potentiel, tout
dynamisme, et, dans ces cas, la capacité des réponses normales est réduite au
minimum.

Telle est schématiquement exposée l'évolution de ces schizoïdes consti-


tutionnels, passant par un stade plus ou moins prolongé de schizomanie avant
de tomber dans la dislocation schizophrénique. Les choses ne vont pas
toujours aussi simplement. Bien que le décours de la psychose en trois périodes
soit ce qu'on observe habituellement, l'affection n'est pas fatalement progres-
sive. Un schizoïde peut rester parfaitement adapté pendant touts son existence;
un schizomane ne pas évoluer vers la démence schizophrénique. D'autres
peuvent au contraire brûler les étapes vers la schizophrénie,
La durée théoriquement indéfinie d'un de ces trois états explique qu'on
puisse voir les premiers accidents morbides à un âge indifférent. Rien
n'empêche un schizoïde, jusqu'alors normal en des manifestations exté-
rieures, d'attendre trente ou quarante ans pour se livrer à des actes patholo-
giques. De même chez quelques-uns des accès schizomaniaquespeuvent surgir,
comme s'il s'agissait d'un état périodique. Il n'est pas impossible d'ailleurs que
les éléments de la constitution cyclothymique puissent s'associer à ceux de la
constitution schizoïde.
Notre notion de la schizomanie permet ainsi d'expliquer ces cas bizarres
pour lesquels on était obligé, faute de mieux, de porter le diagnostic de
démence précoce, d'hébéphrénie, malgré l'âge souvent avancé des malades, qui
démentait une telle épithète. Ces cas ne constituent évidemment qu'un nombre
assez limité de « déments précoces ». Ils ne sauraient en aucune manière être
confondus avec ce qu'on appelle en France la forme simple, constitutionnelle,
dégénérative (idiotie acquise d'Esquirol, démence juvénile de Morel, hébé-
phréniede Kahlbaum et Hecker). C'est la vraie démence précoce, et nous serions
tentés d'ajouter la seule démenceprécoce. Chaslin admet son existence à côté de
ses psychoses discordantes. Il faut élargir la conception de Régis en démence
précoce constitutionnelle et démence précoce post-confusionnelle et admettre
que des cas de démence précoce simple sont susceptibles de débuter par une
confusion mentale ou à la faveur d'un processus toxi-infectieux tel que
l'encéphalite épidémique. Il est vrai que, dans la plupart des cas, le processus
pubéral paraît avoir suffi à déterminer chez les jeunes gens, plus ou moins
menacés par une hérédité souvent chargée, mais demeurés jusqu'alors
normaux, l'apparition d'un état démentiel indubitable où l'affaiblissement intel-
lectuel est initial et prédominant, les autres symptômes de la maladie n'étant
que secondaires. Il y a ici vraiment démence, et la démence précoce des
auteurs français, type Morel, nous paraît une entité clinique immuable, carac-
térisée par l'effondrement primitif, global et rapide du psychisme.
Bien entendu, à côté du type Morel d'une part et des états schizomaniaques
d'autre part, états pouvant évoluer plus ou moins rapidement vers la schizo-
phrénie ou s'arrêter dans leur marche à des stades divers, il existe toute une
série d'états qui constituent, il faut bien le dire, le plus grand nombre des
cas de démence précoce et qui se présentent en clinique sous les formes
connues : paranoïde, catatonique et hébéphrénique délirante. Ces malades
méritent bien les épithètes de dissociés, de dysharmoniques, de discordants,
mais il ne semble pas qu'on puisse interpréter leurs troubles selon la concep-
tion de Bleuler.
Somme toute, la schizophrénie, à notre sens, n'est qu'une forme clinique
des démences primaires. Elle nous paraît avoir une existence indubitable et
relever du processus particulier que nous avons indiqué. Ce qui paraît surtout
intéressant, c'est la notion de constitution à la base de ces états qui nous fait
présumer qu'il s'agit dans cette forme d'une pathogénie bien différente de
celle de la forme simple type Morel et des autres formes de psychose discor-
dante. Il nous faudrait toutefois connaître maintenant la formule anatomique
ou biologique qui permettra de distinguer ces diverses formes cliniques.
LES INFLUENCÉS
SYNDROMES ET PSYCHOSES -D'INFLUENCE
PAR
André CEILLIER

En langage psychiatrique le terme influence, en tant qu'il désigne un syn-


drome, une idée délirante, une psychose, signifie : possession spirituelle.
L'influencé est un possédé de l'esprit qui peut dans quelques cas devenir
un vrai possédé si, à la possession psychique, s'ajoute la possession corporelle.
PATHOGÉNIE. Le mécanisme du phénomène d'influence s'explique par
l'addition, ou mieux par la combinaison de deux éléments.
1° L'Automatisme (traduisant une dissociation de la personnalité consciente).
2° L'Idée d'Influence (le malade admettant que ses actes et phénomènes
automatiques sont dus à une influence étrangère, par suggestion, hypnotisme,
sciences occultes, etc.).
A. L'automatisme porte sur :
a) Le langage intérieur et la pensée, et se traduit par :
1° Les pseudo-hailucinations verbales auditives;
2° Les pseudo-hallucinations verbales visuelles ;
3° L'hallucination psycho-motrice verbale orale, le langage méca-
nique ;
4° L'hallucination psycho-motrice-verbale graphique,l'écriture méca-
nique ;
5° L'hallucination psychique auditivo-motrice ou mixte;
6° L'hallucination psychique auditivo-graphique ;
70 La conversation mentale;
8° L'inspiration passive : médium intuitif, inspiration poétique,
musicale, etc. <.

b) Les représentations mentales.


Principalement visuelles : (les visions imaginaires).
c) Les sentiments.
Modification de la manière habituelle de sentir : haine, amour, joie,
tristesse, etc.

i. Cet article est la reproduction d'une conférence faite l'année dernière à


Sainte-Anne et que je n'avais pas l'intention de faire paraître, travaillant à un
livre sur le même sujet. Mais la publication de cet ouvrage se trouvant retar-
dée, j'ai cru utile de publier la conférence de l'année dernière.
d) Les actes.
Impulsions et actes automatiques. (Nécessité d'établir plusieurs
variétés dans ce groupe des actes dits automatiques.)
Phénomènes d'inhibition.
L'automatisme s'accompagne de troubles cénesthésiques particuliers.

B. Le sentiment et l'idée d'influence comprennent des sous-variétés :


Le sentiment et l'idée de perte de la liberté,
Le sentiment et l'idée de protection (souvent amoureuse),
Le sentiment et l'idée de domination,
Le sentiment et l'idée d'influence simple,
Le sentiment et l'idée de présence,
Le sentiment et l'idée de possession.

b) SUIVANT LE DEGRÉ DE L'AUTOMATISME et les caractères des phénomènes


pathologiques fondamentaux :

Les influencés par interprétation de phénomènes plus ou moins auto-


matiques;
Les influencés par désagrégation vraie de la personnalité;
Les influencés possédés, par adjonction de phénomènes, de sentiments
et d'idées de possession corporelle.
e) SUIVANT L'ÉTIOLOGIE.
Délire d'influence primitif : Psychose d'influence
Délire d'influence secondaire à :
Manie 2,
Mélancolie 3,
Psychasthénie par obsessions1, mentisme, sentiment d'incom-
plétude et besoin de réconfort5,
Erotomanie 6,
P. G. D. P., alcoolisme, etc.

i. Lévy-DARRAs. La Psychose d'Influence. (Thèse de Paris, 1914.)


2. LOGRE et HEUYER. Idées d'Influence au cours de l'Excitation maniaque.
(Cong. de Strasbourg, 1920.)
3. GODET. Idées d'Influence au cours d'un état mélancolique. (Annales
médico-psychologiques,mars 1923.)
4. CEILLIER. L'obsession et le délire d'Influence. (Bull, de la Soc. clin. de
Méd. mentale, avril 1922.)
5. CEILLIER. Du besoin de réconfort au sentiment et au délire d'Influence.
(Bull. de la Soc. Clin, de Méd. mentale, mars 1923.)
6. CEILLIER. Erotomanie et délire d'Influence. (Bull, de la Soc. clin. de
Méd. mentale, mai 1922).
Le diagnostic comporte donc deux temps : io reconnaître le syndrome,
2° reconnaître si le délira d'influence est primitif ou s'il est secondaire et, dans
ce cas, diagnostiquer l'affection causale. Dans ce dernier cas le pronostic
dépend presque toujours de la cause, bien que dans certains cas on ait pu
voir passer à la chronicité un délire d'influence provoqué par une affection
passagère.
A. Par automatisme psychologique il faut entendre des opérations qui
s'exécutent spontanément, en dehors de la volonté du sujet. Notre vie est
pleine d'actes automatiques. Les actes habituels (marche, écriture), les actes
instinctifs, les tendances, les inclinations, la mémoire, les associations d'idées,
le langage intérieur, etc., s'exécutent, dans bien des cas, machinalement, sans
le contrôle de la volonté.
L'automatisme est très marqué dans les états de distraction (gestes, paroles,
se détourner de son chemin), dans les états de rêverie où nous laissons aller la
pensée à son gré, dans le rêve où il est à son comble. Seulement lorsque
nous nous réveillons, lorsque nous sortons de notre état de rêverie ou de dis-
traction, lorsque nous constatons après coup un acte d'automatisme, nous
savons que ces actes viennent de nous, qu'ils appartiennent à notre moi.
Chez le psychasthénique, l'automatisme est très marqué, qu'il s'agisse d'un
état obsédant ou d'un état de mentisme. Le malade éprouve souvent un
sentiment de perte de la liberté, assez voisin du sentiment d'influence, mais
qui ne va pas jusqu'à l'idée délirante. L'obsession suppose la conscience— la
reconnaissance — de l'état morbide; aussi quand le malade ne reconnaît plus
l'origine personnelle, endogène, de son obsession, cesse-t-il d'être un obsédé
pour devenir un délirant.
Les malades que nous avons en vue considèrent, au contraire, que leurs
actes automatiques sont dus à une influence étrangère. Ils ont une dissocia-
tion de leur personnalité consciente. La personnalité consciente n'est pas
du tout la simple collection des états de conscience, mais elle doit- être
considérée comme une activité de groupement et d'appropriation personnelle.
Pour qu'une pensée, un acte, un sentiment soient rattachés à la personnalité
il
consciente, faut, de toute évidence, que cette pensée, cet acte, ce sentiment
soient considérés par le sujet comme lui appartenant1. Chez l'influencé les
choses se passent différemment. Des pensées se présentent à lui qu'il ne
reconnaît pas comme siennes. Des actes sont commis qu'il n'a pas voulus et
dont même il n'a conscience qu'au fur et à mesure qu'ils s'exécutent. Des
sentiments sont éprouvés qui sont en contradiction avec les siens propres et
qui lui sont suggérés malgré lui. L'appropriation personnelle ne se fait Pas : il
y a bien dissociation de la personnalité consciente.
Nous passerons en revue chacun des éléments qui par leur réunion cons-
tituent le syndrome d'influence et qui servent de base à l'édification du
délire. Ces symptômes ne se retrouvent jamais tous au complet chez le même
malade et se groupent en plus ou moins grand nombre et suivant diverses
-combinaisons. Parmi eux les plus fréquemment observés sont ceux qui tra-

i. Lire la discussion entre MM. Mignard, Legrain, Mallet, Ceillier, à la


séance de la Soc. Clin. de Méd. Mentale, mai 1922 et la discussion à la même
société entre MM. Logre, Chaslin, Ceillier à la séance d'avril 1922.
duisent l'automatisme du langage intérieur et de la pensée et l'automatisme
des actes. Nous étudierons d'abord les premiers.

a. Automatisme du langage et de la pensée


PSEUDO-HALLUCINATIONS-VERBALES-AUDITIVES.
— Elles sont presque cons-
tantes dans les délires d'influence. Elle se rapprochent de l'hallucination
vraie par les trois caractères suivants :
Elles sont automatiques, c'est-à-dire qu'elles se produisent en dehors de
la volonté.
Elles sont incoercibles, c'est-à-dire que le sujet ne peut les faire disparaître.
Elles sont douées d'objectivité psychique, c'est-à-dire que le sujet les recon-
naît comme étrangères à sa personnalité.
Elles en diffèrent par l' absence d'extériorité spatiale. Elles n'offrent pas les
caractères d'une perception.
En pratique, les malades, dans un certain nombre de cas, en décrivent
spontanément tous les caractères; dans d'autres, ils ont des explications très
confuses et il est parfois impossible de savoir s'il s'agit d'une pseudo hallu-
cination ou d'une hallucinationvraie. Lorsqu'ils reconnaissent le phénomène,
ils s'expriment ainsi : « C'est une voix qui vient dans la tête et pas dans les
oreilles. C'est une parole en pensée. C'est comme une pensée, mais plus fort.
J'entends mentalement. C'est comme une parole intérieure qui ne fait pas de
bruit. C'est une transmission de pensée. C'est une transmission intérieure. Il
D'autres fois ils sont moins précis : « C'est une voix, mais qui ne fait pas
beaucoup de bruit. Une voix très lointaine, très sourde. Ce n'est pas une
voix naturelle. » Enfin quelquefois ils disent : « C'est une voix comme la
vôtre, j'entends très distinctement. J'entends par les oreilles, etc. D. Des
phrases, même aussi catégoriques que celles-ci, ne doivent pas faire éliminer
de façon absolue et a priori l'existence d'une pseudo-hallucination. Le malade
est parfaitement en droit de se tromper, car il faut une certaine finesse
d'analyse psychologique pour reconnaître qu'une pseudo-hallucination, tout
en étant très claire, très distincte, n'est pas sonore. En effet, une pseudo-
hallucination, sans avoir aucun caractère de sonorité, peut avoir un timbre.
— Les sujets qui possèdent une oreille
musicale peuvent parfaitement « ima-
giner » le timbre d'un instrument particulier ou celui d'une voix. — Le lan-
gage est aussi une source de perpétuelle confusion, puisqu'il n'existe aucun
terme spécial et que le malade est obligé d'employer le mot « entendre »
même quand il s'agit d'une parole intérieure dépourvue de toute sonorité.
Dans certains cas il sera impossible d'affirmer la nature exacte du phéno-
mène. C'est dans ces cas que prennent une importance réelle certains carac-
tères accessoires qui, sans être absolument pathognomoniques, sont assez
particuliers aux pseudo-hallucinations. Ce sont :
1° Leur fréquence, leur continuité. Alors que l'hallucination vraie con-
siste le plus souvent en un mot isolé (injure, menace), ou en une phrase
courte, l'hallucination psychique est très fréquente, longue, parfois continue.
La pensée du malade est répétée (écho de la pensée). S'il lit, s'il écrit, on
répète intérieurement ce qu'il lit ou écrit. On commente tous ses actes, toutes
ses pensées.
2° Leur contenu souvent insignifiant ou agréable, flatteur, consolant, encou-
rageant. C'est une jeune femme à qui l'on dit qu'elle est jolie, qu'elle a une-
belle poitrine ou une dame âgée que l'on console « tu es bien conservée
:

pour ton âge ». On vante leurs qualités intellectuelles et morales. Ce caractère


bienveillant, sans être exclusif à l'hallucination psychique, lui est cependant
assez particulier. »
3° L'absence des moyens de défense quelquefois employés par l'halluciné
véritable : coton dans les oreilles, oreilles enfouies sous le bonnet.
4° La réponse mentale du malade à ses voix intérieures. Ce signe m'a paru
très rarement en défaut et je l'estime assez bon pour aider à distinguer les.
deux variétés d'hallucination. Alors que le persécuté halluciné invective à
haute voix ses ennemis, montrant ainsi qu'il croit à la réalité spatiale des
voix qu'il entend, l'influencé cause mentalement avec ses voix sans même
articuler, prouvant de cette façon qu'il s'agit d'une transmission de pensée »,
«.
soit qu'il la reçoive, soit qu'il l'envoie. Ces conversations mentales, dans les-
quelles le malade fait lui-même les demandes et les réponses, existent par-
fois presque sans arrêt et sont un excellent signe de dissociation de la per-
sonnalité.
LES PSEUDO-HALLUCINATIONS VERBALES-VISUELLES sont extrêmement excep-
tionnelles. J'ai pourtant observé un malade qui voyait « en fermant les yeux 1)

apparaître des mots «'tout à fait semblables, disait-il, à des réclames lumi-
:

neuses )).
LES HALLUCINATIONS PSYCHO-MOTRICES VERBALES-ORALES. — Elles ont été
décrites par M. Séglas qui distingue : « les hallucinations verbales kinétiques
simples » dans lesquelles le malade n'a que la sensation de prononcer des
mots, sans mouvements d'articulation visibles. Les « hallucinations verbales
motrices » proprement dites, qui s'accompagnent de mouvements d'articu-
lation. L' « impulsion verbale », dans laquelle les mots sont réellement
prononcés. Les hallucinations motrices verbales sont je crois, plus rares
qu'on ne le dit. J'estime, en effet, que toutes les impulsions verbales ne
sont point toujours assimilables à des phénomènes hallucinatoires. Il me
paraît nécessaire d'établir plusieurs variétés dans ces phénomènes et de faire
un groupe à part de ces faits, assez fréquents, où le malade parle d'abondance,
sans se croire l'auteur de ses propres paroles, affirmant même ne connaître
le sens de son discours et de ses paroles qu'au fur et à mesure de leur débit,
mais sans éprouver toutefois l'impression d'une contrainte physique exercée
sur les organes de la phonation. Le phénomène moteur est accessoire et
secondaire, le phénomène psychologique primitif. L'automatisme porte beau-
coup plus sur le langage en tant que pensée que sur le langage en tant que
phénomène de phonation. Il va sans dire qu'il serait absurde de séparer com-
plètement ces deux sortes de phénomènes (intellectuel et phonatoire), qui sont,
par leur nature, intimement liés. Mais peut-être a-t-on, dans ces dernières
années, — suivant un courant général très en vogue en psychologie — attaché
trop d'importance, dans les hallucinations verbales, à l'élément sensoriel ou
moteur et pas assez à l'élément intellectuel. Les hallucinations verbales sont de
nature et peut-être de pathogénie très différentes des hallucinations communes
(non verbales) et doivent être envisagées, à mon sens, beaucoup moins comme
des phénomènes sensoriels ou moteurs, que comme des phénomènes de
pensée. Dans certains cas la pensée s'extériorise, se manifeste objectivement
par la parole ou l'écriture, le malade affirmant n'être point l'élaborateur de
divi-
son discours, mais seulement un agent inconscient, mécanique dont les
nités, les « esprits JI ou les hommes se servent pour émettre des paroles ou
écrire des mots. Ces phénomènes méritent les noms de langage mécanique
et d'écriture mécanique. Dans d'autres cas la pensée ne s'extériorise pas en
mots prononcés ou écrits, elle se formule « mentalement » et il est souvent
difficile au malade de reconnaître au moyen de quelle sorte d'images. Qu'il
s'agisse d'un malade ou d'un sujet sain, qu'il s'agisse d'hallucinations
psychiques, c'est-à-dire d'un langage intérieur automatique, non rattaché au
« moi », ou du langage
intérieur normal, il faut,pour reconnaître le type de
ce langage intérieur, que le phénomène soit très pur (ce qui n'est pas tou-
jours le cas), et que le sujet soit doué d'une certaine capacité d'introspection.
Ceci explique qu'il soit toujours malaisé et parfois impossible d'établir la
variété motrice ou auditive de l'hallucination psychique. L'existence d'un
type « mixte » « auditivo-moteur » montre que le mécanisme de l'halluci-
nation psychique n'est pas simple. Dans ces cas d'hallucinations psychiques
allditivo-motrices, il s'agit d'un automatisme du langage intérieur qui n'est ni
celui du langage auditif, ni celui du langage moteur, ni même, strictement, la
juxtaposition, la concordance, ou l'addition du langage intérieur auditif et du
langage intérieur moteur, mais une combinaison qui participe des deux, sans
être cependant l'un et l'autre : l'automatisme du langage auditivo-moteur.
Cette opinion est absolument conforme aux doctrines psychologiques
actuelles. « Il est certain, disaient Chaslin et Barrat, dans le récent traité de
psychologie de M. Dumas, que les images auditives de phonation sont inti-
mement associées aux mouvements qui habituellement les produisent. i, La
forme auditivo-motrice de l'automatisme verbal devrait donc être la plus fré-
quente et il y a lieu de s'étonner qu'elle ne soit presque jamais décrite.
Quelques exemples illustreront ce qui vient d'être dit. La malade suivante
présente des hallucinations verbales motrices du type décrit par M. Séglas :
« Un jour, dit-elle, j'ai senti qu'on me
parlait. D'abord j'ai senti une force
dans la mâchoire qui m'obligeait à parler, en épelant : « o-u-i ». Mes mâchoires
sous une impulsion autre que ma volonté proféraient des syllabes. Alors j'ai
dit : « Qui est-ce qui parle? » Alors on m'a répondu : « Un esprit », mais en
faisant épeler : e-s-p-r-... Je sentais la mâchoire qui était tirée, ainsi que les
lèvres, la langue. Ainsi ma bouche était tirée en large pour me faire dire « i »,
la langue animée pour dire c 1 ». Quelquefois je ne comprenais pas, alors on
me faisait répéter quatre, cinq,six fois, jusqu'à ce que je comprenne... ce qui
prouve bien que c'est une autre force qui me fait parler. Ça j'en suis parfai-
tement sûre. C'est un empire sur moi qui me fait parler. Ce n'est pas ordinaire
du tout. Je comprends, soit quand ils ont fini de parler, soit au milieu de la
phrase, avant qu'ils aient fini ce qu'ils avaient à me dire... Ils sont l'esprit du
mal... ils l'ont dit eux-mêmes. Ils ont dit que j'étais le : « c-e-n-t-i-é » de l'en-
fer (la malade s'étonne elle-même de cette orthographe). Ils ont dit que
j'étais une « hétaïre » de l'enfer, mais je ne sais pas ce que c'est qu'une
hétaïre... Souvent ils sont plus forts que moi et je ne peux pas fermer la bouche.
Il y a une force « herculéenne ) qui me fait agir les mâchoires... 11 y en a un,
le plus fort de tous, et je suis obligée de lui dire : « Ne faites pas cela si fort,
vous allez me démantibuler la mâchoire. i>

Une autre influencée, également de la variété spirite, s'exprimait ainsi :


« Ils me font parler, ils me font articuler par la pensée, ils veulent me faire
parler malgré moi et je ne veux pas, j'arrête ma respiration. Je suis poussée,
il faut que je parle. En serrant les lèvres je parle intérieurement comme si
f
j'articulais. C'est comme si c'était moi qui pensais et que articule en dedans,
mais ce n'est pas moi qui pense, ce sont les esprits qui sont en moi. » Et plus
loin : « Cet esprit double ma personne. Des fois même il se substitue à ma
personne. » Dans ces derniers cas la malade parle d'elle-même à la troisième
personne. La désagrégation de la personnalité est poussée alors jusqu'à la
transformation, complète par moments de la personnalité.
Dans ces deux cas il s'agit bien d'hallucinationspsycho-motrices verbales,
telles qu'elles ont été décrites par M. Séglas. Voici maintenant un exemple
d'hallucination psychique auditivo-motrice : On a essayé de me faire dire
6:

des choses contraires à ma pensée. Mes lèvres ont remué. Ca devait être ma
langue ou ma gorge, je ne peux pas dire. On m'a fait marmotter, j'entendais ce
qu'on disait et mes lèvres remuaient. » Et elle ajoute : « C'était comme d'habi-
tude (c'est-à-dire comme ses hallucinations psychiques habituelles), mais mes
lèvres marchaient. »
Enfin cette même malade présente très nettement du langage mécanique.
Elle monologue toute la journée et elle affirme que ce n'est pas elle qui parle.
— « Pourquoi parlez-vous tout le temps? » — « C'est quelqu'un qui me suggère.
Toute la journée je cause. Ce n'est pas ma pensée. Je ne comprends pas ce que
cela veut dire que je cause tout le temps. Tout à l'heure ce n'était pas moi
qui parlais, ce n'était pas ma voix. » — « Pourtant vous vous rendez compte
que c'est vous qui parlez? » — « Oh! non, Monsieur au contraire, — je me
!

rends compte que ce n'est pas moi qui parle. Je ne sais pas si c'est dans ma
tête, si c'est dans mon corps, mais ce n'est pas moi qui parle. On croirait
qu'il y a quelqu'un en moi, ça me fait cet effet-là. » (Quand la malade
déclare : « ce n'est pas moi qui parle », elle ne veut pas dire que les mots ne
sortent pas de sa bouche, mais elle veut dire que ce n'est pas elle qui élabore
les mots et les phrases qu'elle prononce.) — « Comprenez-vous ce que vous
dites? > — « Je le comprends après, quand je l'ai dit, mais avant je ne sais pas.
Quand je parle comme tout à l'heure, ce n'est pas moi qui pense, ce n'est pas
moi qui cause. Je parle, c'est automatique. » — « Qu'est-ce que ça veut dire :
automatique? » — « Quelque chose qui fonctionne tout seul. » La malade
nous dit spontanément, sans avoir été influencée par nous, que son langage
est automatique, c'est-à-dire quelque chose qui fonctionne tout seul. Nous
croyons qu'un tel phénomène doit être appelé : langage mécanique, par ana-
logie avec le langage mécanique des médiums parlant et l'écriture mécanique
des médiums écrivains.
Il nous faut enfin étudier certains malades qui s'expriment dans des langues
inconnues ou qui possèdent un plus ou moins grand nombre de personnes
qui parlent par leur bouche. Ces malades ont alors un langage qui a parfois
1' « apparence » d'être en partie volontaire, qui est presque toujours « déclen-
chable » au commandement et qui paraît très souvent un amusement pour eux.
Ce sont en général des excités, soit qu'il s'agisse d'excitation maniaque avec
idées d'influence secondaires, soit de périodes d'excitation psychique chez
des influencés chroniques. En les écoutant, on a nettement l'impression d'un
jeu. Voici par exemple Mme Big... dont l'estomac renferme quatorze personnes
qui parlent par sa bouche. La voix varie de timbre et de tonalité avec chacune
des personnalités amies ou ennemies qui se succèdent. L'une d'elles est un
adjudant qui s'exprime avec une grosse voix et qui hurle des commandements
militaires; une autre est une fillette dont la voix est très aiguë. Mme Big...
fait l'effet de jouer une comédie et même une charge, tant sont caricaturales
les expressions de chacun des personnages qui parlent par sa bouche, qui lui
répondent dès qu'elle les interroge et qui s'interpellent entre eux. Mme Big...
est pourtant une malade qui délire depuis plus de quinze ans. Voici Mme C...,
une autre influencée chronique, qui parle avec volubilité ( Hindoustani » (?),
mais seulement dans ses périodes d'excitation et aussi Mme L... qui est sous
l'influence d'individus qui s'expriment, par sa bouche, en trente langues
différentes (le tataouit, le papaoua, etc ) et qui écrivent, par sa main, autant
d'écritures.
Il serait abusif de considérer ces malades comme des hallucinés moteurs.
L'activité exagérée et déréglée (en grande partie automatique) de leur langage-
oral, l'hyperphasie motrice, pourrait-on dire, est le phénomène primitif.
Secondairement interviennent des conceptions d'ordre interprétatif et imagi-
natif, auxquelles le malade accorde plus ou moins sa croyance. Parfois la
croyance est nulle ou consiste en une vague supposition : c'est le cas de cer-
tains maniaques qui ébauchent des idées d'influence, mais sans aller jusqu'au
délire. A l'opposé la croyance peut être absolue : c'est le cas des délires d'in-
fluence (qu'ils soient primitifs ou secondaires). Mme Big... ne laisse pas que
d'étonner, car en reproduisant la voix de l'adjudant et celle des treize autres
personnages qui se disputent son estomac, elle donne bien l'impression de
« jouer la comédie » et pourtant sa conviction délirante, en ce qui concerne
la réalité des personnes qui sont en elle, m'a paru irréfragable.
Qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre des variétés que nous avons passées en
revue, le résultat est de donner au malade l'impression et la conviction qu'il
n'est plus le maître de sa pensée et de son langage et qu'il est victime d'une
influence ou d'une possession.
HALLUCINATIONS PSYCHO-MOTUCES GRAPHIQUES.

Comme pour les psycho-
motrices verbales, M. Séglas distingue trois cas suivants :
1° Que le malade se représente simplement les mouvements adaptés à l'écri-
ture.
2° Que le malade a la sensation que sa main exécute des mouvements
d'écriture :
3° Que le malade écrive réellement.
Je donnerai ici une observation personnelle qui est extrêmement curieuse..
On y trouvera les trois variétés d'hallucinations psycho-graphiques de M. Sé-
glas, ainsi que deux des trois types d'écriture automatique décrits par les spi-
rites.
Mme Juliette P..., quarante-quatre ans. Intelligente. Esprit vif. Ne s'est
jamais occupée de spiritisme avant le début des phénomènes. Aucun trouble
névropathique antérieur. Début soudain, le 10 mars 1920. « Ça m'a pris, dit-
elle, comme un coup de pied dans le derrière. » Brusquement après le
déjeuner, sans raison, elle se sent poussée à écrire. Elle écrit : « Oui, on en
veut à ton mari, mais ne te fais pas de mauvais sang. » Elle se sentait poussée
à écrire comme mue par une force étrangère. Elle croit qu'elle aurait pu
résister, mais elle avait la curiosité de savoir. Elle écrivait par saccades, d'une
écriture changée, haute, anguleuse et renversée. Elle a écrit quatre jours de
suite. Elle ne savait ce qu'elle écrivait qu'après, en se relisant. Elle a demandé
à l'esprit de signer et il a mis la signature de sa sœur (morte quelques années
avant). Dès ce moment elle écrit avec les habitudes de style de sa sœur, avec
ses expressions affectueuses et avec une écriture, sinon identique à celle de sa
sœur, du moins très semblable et en tout cas nettement différente de la sienne
propre. Elle a aussi reproduit l'écriture de son père. Elle écrivait jusqu'à en
avoir le bras fatigué.
Jusqu'ici, dans cette première phase, la malade réalise le phénomène de
l'impulsion graphique. Elle ignore ce qu'elle écrit. Elle n'a aucune voix inté-
rieure. Dans une deuxième phase elle entend intérieurement une voix au fur
et à mesure qu'elle écrit, syllabe par syllabe. Les deux phénomènes sont rigou-
reusement synchrones.
Dans une troisième phase elle entend intérieurement et sa main fait les
mouvements de l'écriture, sans toutefois écrire. Voici comment elle s'en est
aperçue : « J'étais assise dans le métro, j'ai entendu une voix dans ma tête etje
faisais des mouvements comme si j 'écrivais, ma main étant posée sur mes
genoux. Alors j'ai compris qu'il était inutile d'écrire et qu'il suffisaii d'en-
tendre. Alors (quatrième phase) j'ai entendu sans écrire..', c'est moins fati-
gant. » Ce phénomène est rigoureusement comparable à celui de l'hallucina-
tion psychique auditivo-motrice (orale) et mérite le nom d'hallucination psy-
chique auditivo-graphique.
Les spirites ont merveilleusement étudié ces écritures mécaniques et leurs
descriptions me paraissent tout à fait conformes aux données de la clinique.
Ils admettent trois groupes de médiums écrivains :
Les médiums mécaniques, chez lesquels la pensée suit l'acte de l'écriture
(première phase de notre malade);
Les médiums semi-mécaniqueschez lesquels la pensée accompagne l'acte de
l'écriture (deuxième et troisième phase de notre malade);
Les médiums intuitifs chez lesquels la pensée précède l'acte de l'écriture
(le médium écrivant sous la dictée de ses « voix ». Ce phénomène n'a pas été
réalisé par notre malade).
Mme Juliette P... a présenté par ailleurs presque tous les symptômes des
délires d'influence pseudo-hallucinations verbales auditives, conversation
:

mentale, activité automatique extrêmement développée, visions imaginaires,


hallucinations psychiques combinées (en même temps que l'esprit lui parle, il
se montre à elle; elle le voit les yeux fermés, comme il est habituel dans les
visions imaginaires ; il apparait alors en veston ou en habit, parfois en « Jésus-
Christ » avec une longe robe et une corde, et il lui parle). Elle n'est nullement
persécutée; son « Esprit » est un gai et gentil compagnon. Parfois même cela
devient tout à fait plaisant : « L'esprit et moi nous faisons une revue. Je ne
sais même pas ce que je dis. Il me souffle. Nous faisons le compère et la com-
mère. On s'amuse beaucoup ensemble. Pourtant, à la longue, c'est lassant et
j'en ai assez d'avoir tout le temps ma pensée prise. »
L'inspiration passive est un phénomène assez particulier au délire d'in-
fluence. Qu'ils entendent intérieurement, qu'ils parlent ou écrivent malgré
eux, les malades sont très souvent surpris par la qualité de leurs productions.
Tel malade qui a habituellement de la difficulté à s'exprimer, parle avec une
extraordinaire facilité; tel autre, qui se dit ignorant des règles de la prosodie,
compose des vers qu'il trouve charmants (r); celui-ci raconte des événements
qu'il ignore, il prophétise ou bien il décrit l'au-delà, celui-là, peintre en car-
rosserie qui charme ses loisirs à jouer de la flûte, entend une voix intérieure
qui lui souffle une langoureuse mélodie, en même temps qu'elle lui dicte ses
notes. Inspiration poétique, voix prophétiques, dictée musicale ne sont que
des variantes de cette inspiration passive.
b) Les représentations mentales. — LES VISIONS IMAGINAIRES. Contraire-
ment à l'opinion de Lévy-Darras, j'estime que les hallucinations psycho-sen-
sorielles vraies de la vue sont exceptionnelles ou même absentes dans les syn-
dromes d'influence. Sur plus de cent cinquante influencés je ne les ai jamais
rencontrées. Dans les cas où le caractère sensoriel, avec objectivité et locali-
sation dans l'espace, est bien marqué, il m'a paru s'agir toujours d 'illusions.
Une de mes influencées voyait dans le rond de clarté que faisait une lampe au
plafond, une grosse figure barbue. Une ombre aperçue dans la pièce voisine
était prise pour un esprit : « Il était grand, debout, il s est évanoui comme
une fumée. » Les phénomènes dits de matérialisation ne sont probablement
que des illusions de ce genre.
Très fréquentes au contraire sont les pseudo-hallucinations visuelles, que je
préfère appeler visions imaginaires. L'hallucination est alors dépourvue
:

d'objectivité spatiale; le sujet voit en lui-même, les yeux fermés ou les yeux
ouverts, mais le regard perdu dans le vague.
J'ai remarqué dans ces « visions imaginaires j deux caractères qui me
semblent importants : elles sont symboliques et animées : « C'est une image
vivante », dit sainte Thérèse, qui les a éprouvées.
Voici par exemple ce que nous dit une malade : « Je voyais toutes sortes
de choses en fermant les yeux. J'ai vu le diable avec ses cornes. Il était tout
habillé de rouge. Je le voyais très bien.., il taisait des mouvements de dents
et des grimaces. — J'ai vu Notre-Seigneur qui me présentait un pain avec ses
apôtres. Il avait une grande robe avec de grandes manches... il faisait un
mouvement pour me tendre le pain. »
Très fréquentes chez les influencés spirites et mystiques, ces « visions
imaginaires » s'observent aussi dans la variété érotomaniaque. Une de nos
érotomanes s'exprimait ainsi : « Dans la journée, dans ma chambre, étant
éveillée et regardant au loin, on aurait dit qu'il y avait un homme assis au loin
et avec qui je conversais. Ça durait bien dix minutes, un quart d'heure, mais
c'était tellement bizarre que je me demandais si ce n'était pas mon cerveau
qui faisait cela. Il me parlait et il me répondait tout à fait comme si nous
avions causé l'un à l'autre. » Et elle ajoute « Je le voyais e11 pensée, très dis-
:

tinctement, je voyais bien sa figure, ses yeux bleus très clairs. Il avait le genre
américain... tout rasé... le teint clair... les yeux bleus... très profonds comme
regard... assez grand... habillé d'un costume marron. »
Un malade de Sainte-Anne, grand psychasthénique ayant évolué vers le
délire d'influence, voyait apparaître spontanément l'image de sa maîtresse, en
même temps qu'il l'entendait fredonner des chansons.
Ainsi donc les « visions imaginaires ï sont un symptôme très fréquent dans
les délires d'influence. Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que les hal-
lucinations qui apparaissent à la suite d'obsessions : « les obsessions halluci-
natoires » ont ce même caractère symbolique. C'est un des nombreux symp-
tômes communs aux états d'obsession et aux états d'influence.
Ces phénomènes hallucinatoires et pseudo-hallucinatoires ont été merveil-
leusement décrits par les théologiens et l'on trouve déjà dans saint Augustin
une classification qui est aussi bonne —sinon plus complète—que la classifica-
tion actuelle des psychiatres. Les théologiens distinguent les « visions » des
mystiques en trois groupes.
1° Les visions oculaires ou corporelles, qui sont identiques à l'hallucination
vraie.
2° Les visions imaginaires qui ne sont autres que les pseudo-hallucinations.
3° Les visions intellectuelles qui ne paraissent pas avoir d'équivalents dans
la classification psychiatrique et dont pourtant j'ai observé des cas chez
certaines influencées.
La vision intellectuelle est une connaissance surnaturelle, qui se produit
par une simple vue de l'intelligence, sans impression ou image sensible. La
« vision intellectuelle » est donc dépourvue de tout caractère sensoriel. Voici
comment s'exprime sainte Thérèse : « On ne voit rien, ni intérieurement,
ni extérieurement, parce que la vision n'est point « imaginaire », mais l'âme,
sans rien voir, conçoit l'objet, sent de quel côté il est, plus clairement que si
elle le voyait. C'est... ajoute sainte Thérèse... comme si, dans l'obscurité, on
sentait quelqu'un auprès de soi : quoiqu'on ne pût pas le voir, on ne laisse-
rait pas pour cela d'être sûr de sa présence. »
L'une de mes malades disait : « Je sens quelque chose qui est derrière
moi.-C'est l'esprit qui se tient près de moi. » — Une autre : « L'esprit est
dans mon ambiance. » — Une- psychasthénique avec syndrome d'influence
et qui avait été abandonnée par son mari, disait : « Parfois, dans la journée,
j'ai la sensation que mon mari est là. Il me semble qu'il est près de moi,
mais je ne le vois pas en réalité. » Une érotomaniaque influencée me
disait : Je sens qu'il est là. Je devine sa-présence autour de moi. Je la sens >
II:

Et cette malade, se trouvant à la campagne, passait son temps à chercher


celui qu'elle aimait, fouillant tous les buissons. Dans le service, elle ouvrait
les portes, les placards, regardait sous les tables, tant elle était assurée de
cette présence, et cela sans qu'il y ait d'hallucinations pouvant l'induire
en erreur. De tels phénomènes n'ont rien d'hallucinatoire, ils sont même
très peu intellectuels, ils sont surtout affectifs. Si je les ai cités ici, c'est uni-
quement pour montrer l'analogie qui existe entre les phénomènes éprouvés
par les mystiques et ceux que ressentent les influencés de la variété spirite,
mystique et érotomaniaque. Ce que les « mystiques chrétiens » appellent
« vision intellectuelle» mérite d'être appelé en langage psychiatrique: le senti-
ment de présence.
Les HALLUCINATIONS OLFACTIVES, tout à fait épisodiques d'ailleurs, pré-
sentent également le caractère d'être symboliques. Odeurs de soufre, de
rôti, chez les démonopathes, odeurs d'encens chez les mystiques, odeurs
rappelant les parfums favoris de l'objet aimé chez les érotomanes : « Je sens,
dit l'une d'elles, des violettes, des roses, un parfum printanier. Ce sont les
odeurs qui lui sont personnelles. »
A titre d'exceptionnelle curiosité que je n'ai vue mentionnée nulle part
et que j'ai constatée une seule fois, je citerai les OLFACTIONS IMAGINAIRES qui
sont à l'hallucination olfactive ce que la a vision imaginaire » est à l'halluci-
nation visuelle. La phrase suivante ne laisse aucun doute sur la réalité du
phénomène : « J'ai senti l'odeur de l'œillet, mais c'était plutôt en imagina-
a:

tion ». C'est une odeur que j'avais dans la tête. Ce n'est pas comme une odeur
que l'on respire dans l'air. » (A suivre).
PSYCHOPATHOLOGIE ET PATHOLOGIE GÉNÉRALE1

PAR
A. MAEDER
(Zurich)

INTRODUCTION : CONSIDÉRATIONS MÉTHODOLOGIQUES

L'étude scientifique de l'homme est aujourd'hui répartie en plusieurs


disciplines : morphologie, physiologie, psychologie et sociologie qui,
toutes, explorent le même objet, mais l'examinent sous divers aspects,
expressions d'une nécessité intérieure du développement, d'une diffé-
renciation naturelle de la science. Le caractère essentiellement ana-
lytique de ces disciplines risque de nous faire perdre de vue Y unité de
leur objet, soit de l'homme comme tel. Un mouvement d'orientation
synthétique s'impose, afin que la science réalise une appréhension inté-
grale de son objet. Nous chercherons dans ce travail à englober les faits
pathologiques qui ressortissent au plan physique et au plan moral, en
partant de l'existence de deux disciplines autonomes, de la biologie et
de la psychologie, car, méthodologiquement parlant, ces dernières ne
doivent pas être mêlées l'une à l'autre comme on l'a fait souvent. Ne
mit-on pas en rapport le phénomène de l'association des idées avec la
structure du cerveau (fibres associatives) et la conscience avec une fonc-
tion de son écorce? C'était retomber dans l'erreur du physicien et du
chimiste, qui voulaient expliquer le processus vital en restant dans la
physique et dans la chimie et qui se refusaient à reconnaître la diffé-
rence qui existe entre les phénomènes organiques et anorganiques,
conception purement mécanique de la vie dont la faillite est aujourd'hui
avérée. De même le chercheur à orientation biologique avait cru pou-
voir saisir les phénomènes psychologiques à l'aide de concepts purement
biologiques. L'autonomie du psychisme n'était pas suffisamment recon-
nue : or, en méthodologie, la psychologie doit être absolument indépen-
dante de la biologie, comme la biologie elle-même l'est des sciences
naturelles d'ordre anorganique.
L'étude scientifique de l'homme se poursuit dans deux directions

i. Conférence faite à la Société suisse de psychiatrie le 25 novembre IQ23,


à Zurich.
différentes : appliquer les conceptions d'une discipline à l'autre est une
faute de méthode. L'homme lui-même, l'objet de cette recherche scien-
tifique, est unité, et la simple somme des résultats particuliers des
branches spéciales dela science ne saurait nous en donner une idée inté-
grale. Il faut donc gagner un point de vue nouveau pour embrasser
simultanément les divers domaines et établir leur vrai rapport sytithé-
tiqzte.
Actuellement ce processus est en voie de réalisation : la séparation
si longtemps tranchée entre les considérations morphologiques et
physiologiques (soit anatomiques et fonctionnelles) fait insensiblement
place à une vue plus large, plus globale des choses. Rappelons, par
exemple, l'enrichissement de la pathologie générale, restée pendant long-
temps pathologie cellulaire, et qui est en train d'absorber la pathologie
humorale : plus vaste encore la tentative de Monakow dans sa Biologie
du monde des instincts, où il applique des considérationsanatomiques et
embryologiques, physiologiques, pathologiques, psychiques et cliniques
à l'étude de l'instinct.
Mais nous retournons à notre affirmationpremière : la nécessité de réa-
liser en nous la conscience de l'unité de l'homme. Un des obstacles qui
nous arrêtent git dans notre propre point de vue : nous avons oublié que
la distinction entre le subjectif et l'objectif, le physique et le moral, la
structure et la fonction est toute relative : elle n'est que l'expression d'une
opération analytique de la fonction de connaissance qui nous est propre.
Elle ne gît pas dans la nature des choses mêmes. C'est à nous de tendre
à l'unification, à la synthèse des résultats obtenus. Nous n'y réussirons
que gràce à une attitude nouvelle. L'orientation de notre pensée scien-
tifique est unilatérale, purement intellectuelle, analytique et causale. Or,
nous l'avons décrétée seule correcte et valable : l'affirmation n'est néan-
moins que partiellement juste et regrettablement dogmatique. Il existe
une autre forme de la pensée, qui doit être cultivée aussi : c'est la
pensée d'orientation synthétique, intuitive et finale. Cette forme doit
subir une différenciation, que la première a déjà réalisée. Mais pour
cela il nous la faut reconnaître et adopter. Par la pensée analytique et
intellectuelle nous saisissons les différences individuelles, ce qui sépare :
parla pensée intuitive, les éléments communs, ce qui unifie. La « psycho-
logie en profondeur » (Tiefenpsychologie-Psychoanalyse) use de ces
deux formes de la pensée. Rappelons, par exemple, la conception freu-
dique de la conversion, qui permet de suivre la transformation de l'émo-
tion en excitation corporelle, la conception de la libido selon Freud et
selon Jung, ou la hormè de Monakow ; ce sont des étapes sur cette voie..
Dans ce travail nous nous occupons essentiellement, au point de
vue synthétique, de pathologie générale et de psychopathologie. Il y a
quelque vingt ans nous possédions deux pathologies générales, l'une
reliée à l'anatomie pathologique, l'autre à la clinique, interne et externe-
L'apparition de la première physiologie pathologique (du professeur
Krehl, de Heidelberg) fut un premier pas dans la direction de la syn-
thèse. Depuis lors, plus d'une passerelle fut jetée pour relier les deux
rives. Cependant il n'existe toujours pas, que je sache, d'ouvrage qui
embrasse tout le domaine et nous ne possédons même pas les éléments
d'une pathologie générale qui comprenne les phénomènes anatomiques,
physiologiques et psychiques,dans leur ordre hiérarchique. Il n'existe
malheureusement guère de collaboration entre les représentants des
différentes disciplines. L'histoire de la maladie de Basedow, où psycho-
neurologue, médecin interne et chirurgien travaillent chacun pour soi,
en est une illustration remarquable. L'accès de sa pathogenèse n'est
vraisemblablement possible que par l'étude coordonnée des phénomènes
du système nerveux sympathique (y compris la sécrétion interne) et de
l'affectivité (excitation génésique, peur). Tant que nous n'aurons pas de
médecins dont le savoir embrasse et la psychologie et la biologie, il
serait nécessaire que les spécialistes de chacune de ces branches tra-
vaillent en collaboration, dans un esprit commun. Alors une vue syn-
thétique se dessinerait, qui ouvrirait la voie à la thérapie. La spéciali-
sation outrée produit une sorte de déformation psychique : l'intérêt
général du médecin se rétrécit. Un rôle fâcheux revient encore à certain
trait caractéristique de notre temps : nous voulons parler de l'instinct
de puissance, qui influence aussi la psyché du savant, si froid et si
objectif fût-il en apparence. Son attitude envers l'objet de ses recherches
s'en ressent et son rapport avec ses collègues en est troublé. Or le res-
pect réciproque, le sentiment de solidarité imposé par la tâche commune
sont des conditions humainement nécessaires pour que le travail syn-
thétique puisse porter ses fruits. Séparer l'homme de la science, comme
nous nous plaisons fréquemment à le faire, est chose impossible.
Nous abordons les rapports de la médecine et de la psychologie.
Chacun connaît des cas où une affection corporelle grave (pneumonie,
tuberculose, ulcère de l'estomac, etc.) se déclare au milieu d'un grave
conflit moral. Le médecin considère généralement cette maladie comme
purement corporelle et donne au conflit moral qui a précédé la valeur
d'un adjuvant, d'une cause occasionnelle. Examinons de plus près une
affection de ce genre :
Une jeune fille réservée et timide, mais de nature délicate et pro-
fonde, tombe amoureuse d'un homme de qualités brillantes, plein de
verve, de tempérament passionné et très mondain. Elle se donne à lui,
croyant à son honneur et à la vérité de son sentiment. Mais elle s'aper-
çoit bientôt que l'amour n'est pour lui que conyoitise sexuelle : il
devient vite indifférent et finit par l'abandonner sans se soucier de la
blessure qu'il lui inflige. Elle se sent trompée, polluée, mais elle l'aime
toujours et cherche de loin à le comprendre et à l'excuser; au fond du
cœur, elle hait sa fausseté et son dévergondage, mais se défend contre
cette haine qu'elle s'efforce d'enfouir sous l'amour qui subsiste toujours :
elle n'ose se confier à personne et se renferme entièrement en elle-même.
Peu à peu une modification profonde de son être s'accomplit, elle com-
mence à se tourmenter d'amers reproches : sa haine se détourne lente-
ment de son amant pour revenir sur elle-même ; incessamment obsédée
par une impitoyable autocritique destructive, elle se perd toujours
davantage dans une sourde négation de la vie. Sa foi dans la vie, dans
les hommes, est sapée à sa base, sans qu'aucun trouble extérieur ne se
manifeste. L'état devient chronique. Un beau jour, elle prend froid i
catarrhe des bronches rebelle, qui évolue vers la tuberculose.
Ni cure d'altitude, ni cure de repos, ni traitement médicamenteux
n'agissent. Le cas reste stationnaire. Nous voyons ici, sous forme d'une
haine latente, un agent destructif, émanant du grave conflit moral resté
sans solution ; retirée de son objet primordial (l'amant), cette haine se
dirige contre le sujet lui-même : son effet se manifeste d'abord dans le
plan psychique, comme dépression, obsession, auto-négation et pour
finir, méfiance et haine de la vie : ensuite elle réussit.à passer dans le
plan physique. Une aspiration à la mort s'éveille; qui tend à la désagré-
gation à la fois physique et morale, volonté autodestructive qui mine
lentement la constitution générale.
Le diagnostic classique serait : tuberculose avec troubles moraux
comme facteur prédisposant. L'intérêt se concentre exclusivement sur
l'agent infectieux (contagion par bacille de Koch) et le reste s'y subor-
donne. Mais est-ce bien la seule, la véritable interprétation du cas?
Il me semble que non, d'autant plus que la malade n'a pas raconté
un mot de son histoire intime à ses médecins : elle fit simplement allu-
sion à « un chagrin » qu'elle aurait eu. Faut-il respecter son silence ou
avons-nous le devoir d'explorer son état psychique? C'est là, croyons-
nous, la condition sine qua non pour nous faire saisir sur le vif l'essen-
tiel du cas. Car l' agent destructif issu du conflit moral est ici élément
pathogénique primordial et déterminant ; le rôle de Y infect ion n'est que
secondaire. Le succès même dela cure psycho-thérapique en témoigne :
la guérison du processus tuberculeux ne commença qu'avec le moment
où la malade surmonta sa haine et se réconcilia avec la vie.
Cette interprétation heurte la pensée médicale qui nous est coutu-
mière : de par l'attitude prise une fois pour toutes, nous ne voyons que
les causes exogènes; nous ne sommes habitués à diagnostiquer que les
troubles anatomiques ou physiologiques; le facteur psychique nous
reste encore invisible et insaisissable, ainsi que l'étaient les bactéries
pour Virchow au temps où Semmelweiss soutenait contre lui la thèse de
l'origine infectieuse de la fièvre puerpérale. N'est-ce peut-être pas notre
positivisme qui nous borne l'horizon et nous rend insensibles aux pro-
cessus plus subtils ? Nous reviendrons en détail, au cours de ce travail,
sur la question de l'agent destructif : c'est maintenant le passage des
phénomènes psychiques aux phénomènes physiques qui exige notre
attention.
La sensation comme fonction psychologique paraît avoir une impor-
tance particulière en qualité d'intermédiaire entre les phénomènes
psychologiques et physiologiques. En effet, le type dit sensitif (qui,
selon la définition de Jung, aurait la sensation pour fonction fondamen-
tale et adaptative) semble posséder à un haut degré la tendance de dériver
les conflits psychiques dans le plan physique. La localisation du pro-
cessus se fait selon une détermination fort précise. La transformation
(soit le transvasement) de cette onde d'excitation d'un plan dans l'autre
est encore bien énigmatique. On constate des troubles du système ner-
veux sympathique : tonus, irritabilité, circulation, nutrition, sécrétion
(plus particulièrement interne). Ils sont non seulement fonctionnels :
vraisemblablement il s'en produit également de purement organiques 4,
surtout s'il s'agit d'une certaine qualité d'excitation à orientation destruc-
tive. Ce facteur paraît avoir une très grande importance dans l'étiologie
de beaucoup d'ulcères de l'estomac, où l'on réussit à découvrir des
affekrs refoulés depuis des années, de nature destructive tout à fait spé-
cifique, mais parfaitement inconscients au malade lui-même. Pour lui,
tout semble tourner autour de son estomac et des symptômes qui en
découlent : il nie obstinément son conflit, au médecin et à lui-mème.
Un intérêt assidu et une sympathie intelligente peuvent seuls l'amener à
reconnaître et à élaborer sa situation psychique. C'est au suc stomacal
ou à quelque autre ferment autolytique qu'est dévolu ici le rôle d'agent
destructif (comme au bacille de Koch dans le cas cité plus haut). On
comprendra sans peine que la simple constatation de l'agent destructif ne
saurait suffire au point de vue thérapeutique. Le médecin doit acquérir
la connaissance de ces problèmes, qui lui permettra de lutter avec effi-
cacité contre l'agent destructif et de guider la lutte du malade.
Reste maintenant à parler d'un mélange spécifique de phénomènes
physiques et psychiques qui demande une attention particulière. Le
cours des alfections physiqueschroniques se complique par l'intervention
secondaire de facteurs psychiques : d'abord subtile et insaisissable,
1. Voici un exemple de trouble purement fonctionnel : une jeune femme
divorcée souffre, depuis sa dernière menstruation, il y a trois semaines, d'une
ménorrhagiedont elle ne peut trouver la raison : auparavant son état physique
était parfaitement satisfaisant. L'analyse d'un rêve fait découvrir une excita-
tion sexuelle des plus intensives qui avait échappé au contrôle vigilant de la
conscience et de son self-control. Ce n'est pas le lieu d'expliquer la chose plus
en détail. Il suffit de savoir que, l'excitation devenue consciente par l'analyse,
la ménorrhagie s'arrêta sur l'heure : la menstruation suivante fut parfaite-
ment normale. Mais à la place du symptôme physique supprimé, l'excitation
sexuelle devint consciente. La jeune femme eut donc à faire face à une
tâche nouvelle : surmonter cette excitation, l'élaborer, pour la sublimer sans
tomber dans le refoulement, ce qui nécessite un travail qu'un traitement
psychothérapeutique bien compris doit faciliter.
elle reste souvent inconsciente au malade lui-même et inobservée de
son entourage (le médecin y compris). C'est une mobilisation de
complexus psychiques qui s'accomplit dans le courant de la maladie :
une foule de facteurs inhibiteurs et négatifs se manifestent et s'organisent
lentement autour du processus morbide purement physique, y prennent
part, renforçant la désagrégation et débilitant les tendances de défense
et de guérison. Freud parle defuite dans la maladie : l'idée s'applique
non seulement aux psycho-névroses et aux névroses traumatiques, mais
aussi aux maladies organiques. C'est une régression psychique du
malade à une attitude infantile. Quelque chose en lui profite de la situa-
tion de malade organique, soit pour se soustraire au devoir, soit pour
s'assurer à bon marché une position privilégiée à l'égard de son entou-
rage. Le médecin n'a plus seulement affaire à l'insuffisance cardiaque
ou à la paraplégie, mais à toutes les puissances négatives de l'incon-
scient du malade. Tout ce que -ce dernier garde en lui de primitif, de
négatif, tout ce qui a été refoulé ou n'est pas encore assimilé et intégré
dans le psychisme, tout cela s'organise en une redoutable puissance plus
ou moins invisible qui s'allie au mal physique.
L'impuissance relative de la thérapie des affections physiques chro-
niques dépend en grande partie de cet ordre de choses. Ce qu'il faut
avant tout surmonter ici, c'est le puissant refoulement dont le malade
use envers son conflit, par lequel il dresse une haute barrière entre le
médecin et lui. Ses moyens de défense sont souvent de camouflage raf-
finé. Un entraînement psycho thérapeutique spécial du médecin s'impose
ici, pour lequel ce dernier n'est guère préparé. C'est une des raisons
pour lesquelles le public moderne prête une confiance toujours moindre
au médecin et va chercher secours ailleurs. Le seul moyen efficace de
combattre le charlatanisme consiste à saisir la tâche thérapeutique dans
toute son ampleur, ce qui nécessite une meilleure préparation des
médecins. C'est là une question de principe que nous avons le devoir de
méditer sérieusement : question de notre attitude scientifique envers
l'objet de notre étude, envers l'homme, comme une unité, et de notre
outillage méthodologique et technique.
Pour une autre raison d'ordre extra-médical, cette question théorique
de la connaissance (attitude intégrale envers l'homme considéré comme
unité) est importante : nous voulons parler des phénomènes para-
psychiques que la science soumet aujourd'hui à une recherche toujours
plus exacte. Les observations sur les médiums (lévitation et matérialisa-
tion), sur les yoghis hindous et les derviches orientaux — nous écartons
dès l'abord les si nombreux subterfuges conscients et inconscients —
nous obligent à gagner un point de vue nouveau, à rompre le cadre des
formes de notre pensée biologique et psychologique. Des corrélations
nouvelles entre le plan physique et psychique semblent en résulter, qui
existent à côté des autres, jusqu'à présent seules connues et généralement
cceptées. Nous n'irons pas de l'avant en continuant à nier obstinément
et passionnément ou en nous contentant d'une critique objective :
seul,
l'intérêt éclairé et intelligent pourra nous aider.
Autrement passionnant encore, pour nous autres médecins, sont les
médi-
processus de guérison qui se produisent en dehors de notre sphère
cale, au sein de certains mouvements sociaux et religieux (Christian
Science, théosophie, miracles religieux dans les endroits de pèlerinage,
etc.). Leur explication dite scientifique, généralement en vogue, est par-
faitement insuffisante. Toute affection guérie, pour elle, est psycho-
névrose : la guérison même serait le résultat d'une simple suggestion ou
autosuggestion. Avant que l'on puisse élucider des phénomènes aussi
compliqués, qu^dépendent du concours de facteurs physiques, psy-
chiques, sociaux et religieux, il faudrait se tourner vers le problème
si ardu du développement spirituel au sens profond et véritable du
mot. Par l'intériorisation,qui est une différenciation et une hiérarchi-
sation des fonctions psychiques grâce à une discipline de l être tout
entier, de nouveaux rapports, de nouveaux échanges entre le physique
et le moral deviennent possibles et s'établissent, dont nous ne pouvons
encore apprécier la fécondité thérapeutique. C'est une nouvelle Amé-
rique à découvrir.

PSYCHOPATHOLOGIE ET PATHOLOGIE GÉNÉRALE

Essayons maintenant d'appliquer les points de vue énoncés plus


haut à quelques problèmes essentiels de la psychopathologie et de la
pathologie générale. Nous allons d'abord décrire les faits observés,
pour passer ensuite aux idées directrices.
Distinguons ici :
A. Les métamorphoses régressives et les néoformations comme effets
de l'agent destructif.
B. Les phénomènes de défense et l'essai de restitution comme réaction
de l'organisme et effet de l'agent créatif.

MÉTAMORPHOSES RÉGRESSIVES ET NÉOFORMATIONS (PARAPHÉNOMENES)

Examinons un état de dépression mélancolique : la situation est


dominée par un sentiment pathologique de tristesse et de culpabilité,
qui peut aller jusqu'au désespoir, le tout plus ou moins mêlé de
crainte. Les autres sentiments sont presque totalement inhibés. L'in-
hibition semble résulter d'une lutte contre tous les sentiments positifs.
Cette lutte s'étend même au dehors du sujet, jusqu'aux sentiments
positifs, optimistes des gens de l'entourage, qui finissent eux-mêmes
par souffrir du malade. L'inhibition s'étend également à la pensée,
qui devient monoïdéique ; à la sensation (sensation de dépérir, d'être
mort); à la volonté (aboulie). Elle pénètre jusque dans le plan phy-
sique, elle s'attaque à l'innervation (constipation grave, hypofonction
du tractus stomaco-intestinal (motilité et sécrétion), troubles de la
nutrition et de la circulation, etc ). Le malade exerce une influence incon-
sciente et suggestive sur son entourage qu'il opprime ou excite violem-
ment à la contradiction. Nous voyons ici la forme larvée d'une activité
purement négative : envers lui-méme, envers la vie, le mélancolique
fait preuve de nihilisme systématique. Sous les sentiments de dépression
anxieuse se cache une volonté de se détruire, de détruire, une haine
aveugle, inconsciente, que l'analyse seule permet de découvrir, et que
la tendance générale au suicide des mélancoliques confirme pleinement.
Chaque psychiatre connaît le raffinement et le froid calcul propres à
ces malades, lorsqu'ils sont dominés par cette tendance. Résumons-
nous : la personnalité consciente du mélancolique est tombée sous
l'empire d'une puissance destructive (d'ordre psychique); elle s'y est,
pour ainsi dire, livrée. C'est cet état passif de dépression qui détermine
le sentiment intensif de culpabilité si caractéristique de cette affection
mentale. Nous appelons-cet agent psychique d'ordre extra-individuel et
endogène agent destructif.
Cet agent destructif doit être recherché dans d'autres phéno-
mènes psychiques. Constatons dès d'abord qu'il ne s'agit pas d'un affekt
personnel issu d'une stase ou d'un simple conflit. Son caractère, au
contraire, est tout à fait impersonnel : son ingérence dans l'activité
psychique déclenche une grave désagrégation. Son contact avec la
sensation, par exemple, provoque la formation de peurs hypocon-
driaques parfois absurdes, mais toujours inquiétantes ;la pensée devient
rumination, critique destructive, doute systématique (cas graves de
psychasténie et de schizophrénie). Un rôle essentiellement dynamique
lui revient dans le mécanisme des phobies et de l'obsession, symptômes
connus pour leur rénitence : sous son influence, certaines poussées
instinctives sont perverties (sadisme, mc-phinisme, cocaïnisme). On
observe en outre dans sa symptomatologic ^es violences insensées, des
tendances autodestructives ou criminelles — phénomènes de métamor-
phose régressive qu'on définira d'une façon générale comme dégradation
de la personnalité.
L'anatomie pathologique connaît, de son côté, la métamorphose
régressive et la dégénérescence des tissus qui est un phénomène parallèle.
Nous avons affaire à un facteur tout à fait élémentaire dont l'influence se
manifeste dans tous les graves phénomènes morbides. Sa nature endo-
gène demande encore à être étudiée de près.
En étudiant la vie normale, nous y rencontrons, dans les plans psy-
chique et physique, des processus constructifs et destructifs qui se
déroulent selon une coordination précise bien que peu connue. Dans
l'enfance l'élément constructif l'emporte encore sur l'élément destructif;
dans la vieillesse, c'est le contraire. Le chimisme biologique est dominé
par le couple d'oppositions : assimilation et désassimilation (ana- et
catabolisme). Si nous passons au plan psychique, nous y trouvons
l'ambivalence des phénomènes primordiaux : la formation typique des
couples d'opposés qui régissent une phase entière de l'individuation,
l'évolution psychique dont Gœthe donne une excellente image par
son « Stirb und werde » (meurs et renais). La vie même est incon-
cevable sans la collaboration de l'élément constructif et destructif.
Certains troubles de la structure et de l'activité de l'organisme nous
mettent en présence particulièrement immédiate de l'un ou de l'autre
des deux agents en question. Ainsi nous réalisons le côté destructif
contenu dans la fonction digestive en étudiant la genèse de l'ulcère de
l'estomac, mais reconnaissons que, dans la fonction digestive, l'action
destructive est orientée utilement. Dans certaines circonstances, les fer-
ments autolytiques contenus dans les cellules sont activés : dans la
métamorphose des insectes, par exemple, ce sont eux qui déterminent
la dissolution du tractus stomaco-intestinal de la chenille, qui, ayant
perdu son importance, subit une autolyse pour faire place aux organes
sexuels caractéristiques du stade de l'insecte parfait. Cette autolyse est
le produit d'un agent destructif « dirigé » (gerichtet). Dans l'enfance
de l'homme, l'atrophie du thymus est un phénomène analogue. Il n'y
a rien de mystérieux dans l'existence de cet agent destructif : nous arri-
vons toujours davantage à la conviction qu'il s'agit d'un facteur vital
d'ordre élémentaire1.
Il existerait, par conséquent, dans la vie normale une coordination
déterminée des processus constructif et destructif; l'étude des phéno-
mènes de défense sera un auxiliaire précieux pour élucider la question.
La défense nous est connue par la pathologie : elle agit fort probable-
ment aussi à l'état normal (bien qu'inconsciemment), comme fonction
de protection contre l'agent destructif, qu'elle maintient par là dans des
limites appropriées. Dans le processus morbide se produirait soit
l'affaiblissement de l'appareil de défense, soit une intensification de
l'activité destructive, soit les deux ensemble. Cette conception est fondée
sur nos analyses approfondies de graves psycho-névroses et psychoses.
Il est impossible, vu le cadre de ce travail, de communiquer en détail

i. Le point de vue ne pourrait-il éclairer d'un jour nouveau le problème


des tumeurs malignes? Le déchainement de la croissance des tissus qui a lieu
dans le sarcome ou dans le carcinome est de caractère absolument destructif.
La question ne peut se résoudre que par l'examen minutieux et approfondi
d'un grand nombre de cas particuliers, sans jamais perdre de vue le psycho-
dynamisme (comme pour le cas de tuberculose cité plus haut). Les inlas-
sables recherches de l'origine infectieuse supposée de ces néoplasmes semblent
ne pas vouloir aboutir. L'horizon où on les enferme est évidemment beaucoup
trop étroit. -
les faits qui nous servent de base; nous nous contentons d'en indi-
quer les idées directrices.
Reste à dire quelques mots sur l'emploi en pathologie des trois
préfixes : hyper, hypo et para. Hyper se rapporte à l'intensifica-
tion d'un état ou d'une fonction, tels l'état affectif et l'association d'idées
(Ideenflucht) dans la manie; (parallèle biologique : hypertrophie des
muscles cardiaques, hypertonie du système artériel, artériosclérose).
Hypo indique la diminution d'un état ou d'une fonction, tels l'état
affectif de dépression, le ralentissement de la faculté associative. Para
veut dire à côté, contre — le terme s'applique aux néoformations et aux
métamorphoses régressives. Les hyper- et hypophénomènes sont donc
des modifications quantitatives du normal ; le paraphènomène en est une
modification qualitative — effet d'un nouveau et redoutable élément
destructif, de l' agent destructif lui-même. Systèmes délirants, idées
obsédantes, phobies, sont des néoformations typiques, parallèles aux
tumeurs et néoplasmes de l'anatomie pathologique. Rumination, manie
du doute, états d'hypochondrie sont des phénomènes de métamorphose
régressive (comparables aux métamorphoses régressives et à la dégéné-
rescence des tissus); ils sont l'expression d'une désagrégation.

PHÉNOMÈNES ET FONCTIONS DE DÉFENSE

Il est d'observation courante qu'un complexus à fort coefficient


émotif, inassimilable pour le moi conscient, est expulsé du champ de
la conscience par un acte volitionnel ou automatique. Un tel complexus
est maintenu par force sous le seuil de la conscience et est, par là même,
isolé, exclu de la vie consciente. Il s'agit du refoulement (Freud), qui
est un phénomène de défense1. Le processus, normal en soi, est parfai-
tement justifié tant qu'il reste provisoire. Son danger commence avec la
fixation, soit lorsque le conscient se dérobe avec persistance à l'examen
d'une expérience vécue qu'il devrait soumettre à la critique et élaborer
pour en assimiler certains éléments.
L'attitude d'indifférence (sorte d'anesthésie sans éclipse de la con-
science) quelquefois adoptée par la psyché pour se soustraire à une
impression de trop grande intensité est un autre moyen de défense.
L'entêtement (Trotz), le négativisme même deviennent, dans certaines
circonstances, moyens de défense et d'isolation. Le psychologue connaît
aussi, chez certains animaux, l'attitude de « faire le mort » ou l'automu-
tilation d'un segment de membre pour faciliter la fuite.
1. Dans tous les cas psychogènes d'impuissance sexuelle de l'homme ou
d'anesthésie sexuelle de la femme que j'ai observés et traités ces dernières
années, j'ai invariablement constaté comme facteur efficace une défense
psychique (mesure de-protection) contre une sexualité hypertrophiée ou per-
vertie, sous forme soit de refoulement de l'excitation actuelle, soit d'inhi-
bition statique d'une sexualité encore latente.
De tous ces phénomènes (et d'autres encore qui leur sont parents)
nous dérivons une fonction (ou tout un groupe de fonctions) de défense
et de protection. Monakow en a reconnu la forme biologique et psycho-
logique la plus générale et lui donne le nom d'ecclisis.
La réaction de l'organisme à toute lésion débute par la défense, qui
est un essai de combattre l'agent nocif, de le détruire si possible et
d'enrayer le processus déclenché. Le phénomène se complique par la
tendance de l'organisme à supprimer les suites de la destruction par
un effort de restitution, expression d'une qualité caractéristique de la
vie organique, fait fondamental de l'autonomie vitale (H. Driesch).
L'activité de l'organisme se concentre sur la défense ; les formes
habituelles de l'activité sont momentanément reléguées à l'arrière-plan.
Une forme de défense psychique est caractérisée par la résistance, sorte
de contre-offensivedirigée contre l'agent destructif (comme agent nocif
endogène par excellence). Nous l'appelons la fonction alexique (la
théorie de l'immunité admet l'existence d'alexines formées dans la lutte
contre les toxines). L'examen psychologique de la vie des saints et des
mystiques de toutes les religions illustre clairement cette fonction
alexique. Ces hommes ont su tenir tête (avec plus de succès que les
aliénés de nos jours) au choc des forces destructives qu'ils personni-
fiaient sous les traits de diables et de démons. La fonction alexique joue
un grand rôle dans cette lutte qui fait partie de l'intégration de la per-
sonnalité religieuse.
Une autre forme de défense est la fonction lytique (lysis = dissolu-
tion) : elle assume la dissolution des vues, attitudes, conceptions, rela-
tions et systèmes reconnus faux et désuets. Citons l'idée du sacrifice
dont l'importance religieuse est si grande. Psychologiquementparlant,
sacrifier veut dire abolir la puissance prédominante d'un instinct,
renoncer à une attitude unilatéralement volitionnelle ou intellectuelle,
surmonter la fixation infantile au père, enfin désagréger un système
délirant. Le côté intellectuel de la fonction lytique est la saine critique;
son côté émotif (mais sous forme encore non différenciée et primitive)
est le remords, le regret, le repentir. Inutile de dire qu'il s'agit ici d'une
considération purement psychologique de ces phénomènes, qui peuvent
(et doivent) aussi être envisagés du point de vue éthique ou reli-
gieux. Tout le groupe des fonctions de la défense appartient au système
des régulations psychiques.
Une courte comparaison biologique s'impose ici : trois groupes de
phénomènes dominent aujourd'hui la pathologie générale : l' inflam-
mation^ la fièvi-e, et l' immunité — tous considérés comme processus de
défense et de guérison. Nous ne citerons que : la limite de démarcation
dans la nécrose ; la formation du mur de leucocytes autour du foyer
inflammatoire (soit son enkystement, qui peut aller jusqu'à la calcifica-
tion) ; la formation des antitoxines pour neutraliser les toxines (alexine,
bactériolysiner etc.); l'activité des cellules lymphatiques dans. la phago-
cytose (absorption des corps étrangers, tels que bactéries, etc.); les
cellules géantes des tubercules et leur activité dissolvante. Rappelons
encore l'organisation du thrombus, qui non seulement facilite la résorp-
tion du coagulum mais écarte en même temps le danger de l'embolie ;
l'hypertrophie des granulations, formant paroi impénétrable à l'irrup-
tion des bactéries dans l'organisme, etc. Nous retrouvons la fonction
lytique et alexique de la psychopathologie dans la conception moderne
de la fièvre comme phénomène de défense.
L'hypertrophie des tissus dans la granulation des blessures (dont
nous venons de parler) et la production de l'état d'immunité permanente
permettent de reconnaître l'existence d'un autre facteur qui dépasse la
défense : ils nous font penser à la restitution et à la guérison — soit au
développement nouveau que la crise peut inaugurer.

PROCESSUS DE RESTITUTION ET DE GUÉRISON. FONCTION D'AUTO-


GUÉRISON ET INTÉGRATION DE LA PERSONNALITÉ

L'essai en restitution fait suite à la résistance et à la dissolution. La


guérison d'une blessure consiste en la réparation de la structure (forma-
tion de nouveaux tissus) et de la fonction de la partie lésée; on parle
de restitutio partialis ou de restitutio ad integrurn, selon que la guérison
est partielle (cicatrice ou perte fonctionnelle),ou intégrale. Le processus
de régénération, plus spécialement étudié chez les animaux inférieurs
par la biologie expérimentale, lui est parent, de même que la production
de l'immunité passagère ou durable dans la physio-pathologie. Toute-
fois ce n'est pas restitution pure et simple (soit guérison de la maladie
infectieuse en question), car l'organisme crée ici une qualité nouvelle,
l'immunité, dont la durée dépasse celle de la maladie; c'est donc un
enrichissement, un état nouveau qui se produit. L'affermissement de la
santé que l'on constate souvent chez des enfants qui ont surmonté avec
succès une des maladies typiques de leur âge appartient à la même caté-
gorie de faits. Il s'agit d'un nouvel état.
Trop peu d'attention a été accordée jusqu'ici au phénomène de la
restitution et à sa théorie. L'idée d'un instinct de guérison existait dans
la médecine antique : mais comme elle était imbue de mysticisme reli-
gieux, il fallut l'abandonner. La médecine contemporaine n'en possède
pas encore un équivalent. Les poussées instinctives de guérison existent
néanmoins, tout comme les poussées instinctives de défense (refoule-
ment, etc.). Nous avons déjà parlé plus haut de la différenciation de ses
poussées qui contribue à la formation de la fonction de défense propre-
ment dite. Quelque chose d'analogue a lieu dans la guérison. Voyons la
chose de plus près : les cas les plus favorables à l'examen du processus
de guérison sont incontestablement ceux d'autoguérison, car l'absence
de toute influence extérieure permet d'en constater le mécanisme, plus
exactement d'y observer le jeu des forces naturelles. Nous avons,
entre autres, étudié dans ce but le cas historique de l'autoguérison de
Benvenuto Cellini, racontée par lui-même dans sa biographie. Jusqu'à
trente-cinq ans, Cellini se distinguait par une impulsivité anormale,
une labilité et une agitation voisine de la poriomanie : révolté typique
à complexus paternel négatif correspondant, il présente une attitude
sexuelle ambivalente (homosexuelle et homoérotique, hétérosexuelle
mais non hétéroérotique). Après avoir réussi (par la protection injuste
du pape) à échapper à une juste condamnation pour assassinat perpétré
dans la colère, il devient la proie d'une névrose dans laquelle se déroule,
par une sorte de compensation, toute une procédure d'auto-condamna-
tion et de punition. Affection morale grave, qui porte avant tout le
caractère d'auto-châtiment : états crépusculaires avec angoisse, dépres-
sion, tentatives de suicide, introversion intensive avec visions prospec-
tives de délivrance et de pardon. Il finit par en sortir victorieux. Ses
visions et ses rêves soigneusement notés permettent de suivre psycha-
nalytiquement le long processus de restitution. Une certaine transfor-
mation de la personnalité (non pas seulement une guérison de la
névrose) se produit. Cellini, qui était d'un individualisme ombrageux
et morbide, devient relativement sociable. Il rentre dans le rang,
reconnaît une autorité supérieure, accepte le principe directif (fonction
téléologique), qui, dans sa névrose, était ancré dans l'homosexualité; il
gagne même une certaine religiosité. Au lieu de continuer ses querelles
et ses rixes, il se met au travail et devient l'admirable artiste que l'on
sait. Ses plus grandes œuvres datent d'après sa guérison : le Persée de
la Loggia dei Lanzi, à Florence, [ou Sauveur d'Andromède (symbole
de l'âme), héros triomphant du dragon (symbole de la primitivité)] et le
Christ sur la Croix, au Prado de Madrid.
Le savant moderne est encore trop méfiant à l'égard des phénomènes
de cet ordre, surtout là où apparaît une forme religieuse. Ils ont droit
à un examen inspiré du plus libre esprit scientifique, car ils font incon-
testablement partie du champ de l'étude psychologique, bien qu'on
puisse les examiner encore à d'autres points de vue. La condition sine
qua non est d'éviter toute confusion et toute méprise. (Encore une ques-
tion foncièrement méthodologique !) Ces phénomènes de restitution et
de guérison font également partie du grand groupe des régulations.
L'instinct de conservation de l'individu se manifeste dans l'orga-
nisme non seulement par les réactions de la défense contre l'agent
nocif, mais encore par le renouvellement continu des éléments mor-
phologiques qui subissent l'involution renouvellement des globules du
sang, des cellules des muqueuses et de l'épiderme, croissance des che-
veux et des ongles). Dans la restitution (guérison), le travail de renou-
vellement est encore bien plus intense. L'agent destructif en fournit le
stimulus, mais la cause même, la force motrice du processus propre-
ment dit, gît dans la propriété naturelle de renouvellement du proto-
plasme. La vie est création incessante, mais aussi mort ininterrompue
des parties : le correspondant de l'agent destructif est l'agent créatif ou
constructif. Les phénomènes de compensation, de restitution et de
renouvellement sont effets de l'agent créatif, de même que les phéno-
mènes de désagrégation normale et morbide sont soumis à l'agent des-
tructif.
La croissance et le développement eux-mêmes rentrent dans la même
catégorie que le renouvellement et la restitution. Nous touchons ici à
un point essentiel pour la psychologie comme pour la psychopathologie.
Le rôle du développement est tout à fait exceptionnel dans le plan
psychique, inversement au plan physique où ses limites sont fort
étroites. L'homme garde la faculté de se développer psychiquement et
spirituellement jusqu'à un âge avancé, à condition toutefois de savoir
« diriger » sa vie et de la soumettre à une juste discipline. En d'autres
termes, sa faculté de régénération psychique est infiniment plus grande
que sa faculté de régénération physique. On peut trouver des matériaux
précieux sur le développement et la formation de qualités nouvelles
dans le processus de guérison : nous l'avons déjà constaté dans l'histoire
de Cellini, où non seulement les symptômes ont disparu et la personna-
lité s'est stabilisée, mais un enrichissement important s'est produit ; les
fonctions auparavant latentes ou refoulées sont activées, la force créa-
trice proprement dite de l'artiste est libérée et sa conception de la vie
s'est transformée. Il s'agit donc, dans la guérison de ces troubles
psychiques, d'une phase importante de l'intégration de la personnalité.
Il nous faut mieux saisir le processus de restitution, à commencer
par les phénomènes du repentir, de la compréhension intérieure (Ein-
sicht), et surtout de la pénitence (volonté de se modifier, de se guérir).
C. L. Schleich compare quelque part la pénitence aux granulations
d'une blessure en voie de guérison. La comparaison est exacte, du moins
en partie : le repentir se rattache plutôt au stade préliminaire de la dis-
solution, soit au détachement des anciennes erreurs, alors que la péni-
tence ou l'exercice pénitentiel est connexe à leur correction proprement
dite, soit au processus même de restitution. La conception courante du
repentir et de la pénitence fait partie d'un système éthique et religieux :
c'est là une interprétation et une réglementation spéciales de certains
phénomènes psychiques parfaitement justifiées, mais qui ne nous
regardent pas ici. Nous cherchons à saisir ces phénomènes d'une façon
purement psychologique.
La pénitence devient un essai de réalisation d'une vue nouvelle,
acquise dans une expérience personnelle (repentir) : lutte contre une
attitude reconnue régressive, fausse et non adaptée et sa correction —
acceptation de fonctions négligées (soit latentes et non développées) pour
les assimiler à la structure hiérarchique de la psyché, tout cela avec le
concours de la volonté consciente et disciplinée, de la raison et de l'in-
tuition, sous l'égide de la fonction téléologique'.
Alors que la pénitence d'ordre religieux aurait pour but la réconci-
liation avec la divinité offensée, le processus de guérison correspond
au rétablissement de l'équilibre troublé et à la reprise d'une ligne nor-
male de développement : car les psycho-névroses et les psychoses fonc-
tionnelles sont essentiellement produits de déviation et inhibition du
développement. Ainsi, les deux éléments essentiels de la guérison sont :
la restitution et la reprise de l'intégration de la personnalité.

1.L'ascension du Mont de la Purification dans la Divine Comédie du


Dante est une admirable image des luttes et des souffrances du processus
de guérison, exprimée par un grand visionnaire dans le langage de son
époque.
SUR UNE TECHNIQUE SIMPLIFIÉE
POUR LA
RÉACTION DE DÉRÉGULATION AMMONIACALE
DE HASSELBALCH-BISGAARD '
PAR
George E. SCHROEDER
Au cours de ces dernières années, Bisgaard, médecin en chef de
l'asile des aliénés Sankt Hans Hospital, a publié quelques études sur la
faculté de régulation neutralisante de l'organisme humain. Ses études
ont porté spécialement sur des épileptiques. Ces travaux, et d'autres qui
s'occupent de problèmes analogues et publiés par les collaborateurs de
Bisgaard (Jarlne, Noervig, Larsen),sont si bien connus que je me bor-
nerai ici à en indiquer en peu de mots le contenu 2.
L'idée principale est de signaler l'importance de la réduction de
N H3, déterminée par l'analyse des urines totales de vingt-quatre heures.
Cette détermination se répète plusieurs jours en général au moins huit

jours—de suite. Les chiffres auxquels on arrive en calculant d'aprèslafor-
mule établie par Bisgaard-Nœrvig(voir plus loin) suivent, chez les individus
en bonne santé, une courbe qui s'approche de la ligne droite et qui se
tient en dedans des limites indiquées d'abord par Hasselbalch. Chez les
épileptiques, la courbe dépasse souvent ces limites et varie beaucoupd'un
jour à l'autre.
Toutes les expériences effectuées jusqu'à présent ont servi à faire
ressortir une constance remarquable de cet état de choses chez les épilep-
tiques vrais; il serait à désirer que les résultats fussent vérifiés dans
d'autres laboratoires. Une représentation graphique de la manière dont
se comporte le NH3 peut devenir une indication de grande valeurquand
il s'agit de diagnostiquer des affections compliquées de convulsions. On
sait qu'il peut être assez difficile de les classer correctement dans un
système clinique. La découverte de Bisgaard et de ses collaborateurs est
peut-être d'une portée plus grande ; elle pourra s'appliquer à d'autres
i. Technique employée à la clinique neurologique du Kommunehospital
de Copenhague.
2. Comptes rendus de la Société de Biologie : BISGAARD et NOERVIG, tome
LXXXIV, p. 159 et 318 et tome LXXXVIII p. 813. — JARLŒU, tome LXXXIV,
-
p. 156. BISGAARD et LARSEU, tome LXXXIV, p. 1047, et tome LXXXV,
p. 607. — LARSEU, tome LXXXVII, p. y53.
affections constitutionnelles que l'épilepsie. Pour le moment je laisserai
de côté cette question et ne m'occuperai que de la technique expéri-
mentale.
Le procédé suivi jusqu'ici par Bisgaard et ses collaborateurs sus-
nommés est si compliqué et demande un temps si considérable qu'il ne
convient guère à la pratique d'une clinique très fréquentée comme la
nôtre, et où l'on a justement grand besoin d'un moyen diagnostique de
ce genre.
Nous avons donc voulu essayer si un procédé moins détaillé pour-
rait faire obtenir des résultats applicables en pratique; bien entendu,
nous nous sommes rendu compte qu'en substituant aux méthodes les
plus exactes une technique plus sommaire, il faut renoncer en quelque
mesure à la précision.
Avec le gracieux concours du Docteur Erik Warburg nous avons,
semble-t-il, atteint ce but et, comme il est à présumer que les expériences
sur la régulation occuperont dès à présent les neurologistes et les psy-
chiatres, nous avons cru utile d'appeler l'attention sur un procédé qui
nous a paru, jusqu'à nouvel ordre, applicable en clinique.
Les réactions sont réalisées avec une portion des urines totales de
vingt-quatre heures, les urines ayant été placées sur de la glace immé-
diatement après l'évacuation. Les analyses et le calcul du NH3 réduit se
font selon la formule connue de Bisgaard-Noervig :

Pour déterminer les valeurs qui figurent dans cette formule, à savoir
pH, NH3 et N total, nous avons procédé comme suit :
Au lieu de la détermination électrométrique des ions d'hydrogène,
on emploie la détermination colorimétrique indiquée par Michaëlis
(Praktikum der physikalischen Chemie, Berlin 1921). On se sert d'indi-
cateurs unicolores (paranitrophénol et métanitrophénol). La couleur
propre de l'urine est éliminée au moyen d'un mélange optique selon
Walpole (Biochem journal : 5,207, !Q!o). Les comparateurs sont du
modèle du laboratoire de Carlsberg, seulement nous avons trouvé avan-
tage à en doubler la longueur. Nous supposons connu le principe de la
réaction colorimétrique Pour préparer les tubes étalons dontonse sert
dans les comparaisons avec les échantillons d'urine, on procède comme
suit : des tubes à essai à parois épaisses (ou des verres à préparations
sans rebord, de i5 mm. de diamètre à l'extérieur), sont remplis d'eau au
1. J
Voir ohanne CHRITIANSEN, Détermination de l'acide chlorhydrique libre et
combiné dans le contenu gastrique. Copenhague, 1912.
— Rich. EGE, Manuel
pour les exercices chimico-physiologiques dans le laboratoire physiologique de
l'Université. Copenhague, 1922, p. 73 et suiv.
moyen de la pipette, 10 cc. d'eau dans chacun des 10 tubes. On rejette
les tubes dont les parois ne sont pas lisses, et l'on choisit parmi les
tubes remplis ceux où la surface du liquide est de niveau ou ne varie que
de quelques millimètres.
Comme il faut un assez grand nombre de tubes pour les détermi-
nations, on en choisit de cette manière une quarantaine. Puis on assor-
tit à ces tubes des bouchons de liège qu'on fait bouillir dans de la paraf-
fine. Le bouchon mis à un tube rempli, on l'enduit encore de paraffine
fondue, de sorte que la rainure entre le bouchon et le rebord du tube
soit remplie. On emploie comme indicateurs du paranitrophénol dissous
dans de l'eau au taux de o, i p. i oo et du métanitrophénol à o,3 p. 100.
Il est utile de préparer au moins 5oo centimètres cubes'de chaque solu-
tion; le liquide se conserve à l'abri de la lumière et dans des flacons
verts à bouchon de caoutchouc. A chaque nouvelle préparation de solu-
tion, il faut naturellement en contrôler la nuance en la comparant avec
des échantillons de l'ancienne solution.
On prépare une série de mélanges de la « solution-tampon » de
S. P. L. Soerensen et de liquide colorant suivant le tableau ci-joint :
( 1,75 cc. HC!. I 1,0 cc. ) . ( Second.
U -4,7. !
PH- pHTT = 5,9. J J Phosphate. j R
8,25 cc. citrate. 9,0 cc. Prim.
0,4 cc. HCl. X,5
, |( 8^
„ -,1. cc. Second.
.. U 1 I 9,6 cc. CITRATE.
"-4-9'H-
(
PH-6 cc.
)
J ,
PHOSPHATE-
J
J Prim.

pH = 5,,. o.g CC. citrate.NAOH. PH = 6,3. CC. j PHOSPHATE. S


R ( cc. cItrate.
g,1 p ( 78 cc. ) Pnm.
R (

'H„ = 5,3.
R 3
( I,g5 cc. NAOH.
!
8,o5 cc. citrate.
„ C , j3,2 CC. ) N,
6,8 cc. j Phosphate.
,
( Second.
\
prim.
( 2,75 cc. NAOH. ( 4,3 cc. ) ( Second.
J'H = 5,5. i 7,25
cH R R
cc. citrate.
-
PH-6 ,7. \ 1,7
cc.
f Phosphate. j Prim.
,

PH-5
U . -'7' 3,4
J
6,6
cc. NAOH.
citrate.
cc.
PH-6 ,g. J(5,5 CC. |) PHOSPHATE,
- 45 ^
,
( Second.
J
Prim.

A chaque tube des mélanges énumérés sur le tableau ci-dessus, on


ajoute un centimètre cube de paranitrophénol dissous dans l'eau au
taux de o, i p. ioo. A chaque tube des mélanges énumérés sur le tableau
suivant, on ajoute i centimètre cube de métanitrophénol dissous dans
l'eau à o,3 p. ioo.
5,5 cc. ( Second.
pH
R
„ = 6,9.
-
^
]
( 4,5. cc. }
\
Phosphate.
N,
R
.
(< - .
PRIM.
( 6,7 cc. ) Second. L
TT | IL cc. J Phosphate. | Prim.

7,6 cc. PHQ


( Second.
j Prim.
R
pH=7,5.
—/
,1 ( 2,4 cc.
8,42,4 cc.cc.
)

1
Phosphate. f Prim.Second.

8,95 Phosphate.
pH 7,/-- Pnm..
cc.
Enfin on prépare des tubes avec 2 centimètres cubes de paranitro-
phénol dans la solution ci-dessus mentionnée pour pH = 4,7 — 4,9 —
5,1 — 5,3. Les tubes sont étiquetés. La détermination se fait selon le
procédé de Michaëlis, avec de légères modifications : Verser dans un
tube gradué 10 centimètres cubes d'urine, étendue avec 40 centimètres
cubes d'eau froide distillée et bouillie, mélanger avec soin. Si l'urine
est très trouble, filtrer d'abord. Transvaser au moyen de la pipette
10 centimètres cubes de l'urine étendue dans un des tubes à essai vides
mentionnés plus haut (i5 millimètres de diamètre à l'extérieur). Ajouter
1
centimètre cube desolution de paranitrophénol à 0,1 p. 100, mélanger
soigneusement, placer le tube dans le comparateur. Il peut servir après
trois minutes. Verser également 10 centimètres cubes de l'urine étendue
dans chacun des deux tubes; ajouter à chacun encore 1 centimètre cube
d'eau bouillie et distillée, mélanger. Verser enfin 10 centimètres cubes
d'eau bouillie et distillée dans un troisième tube. Ranger les tubes conte-
nant l'urine étendue derrière les tubes étalons et l'eau distillée derrière
l'urine colorée. Poser le comparateur sur un linge ou un papier blanc et
chercher le tube étalon dont la couleur correspond à celle de l'urine. Si
l'urine étendue et colorée correspond à un des quatre tubes étalons le
plus légèrement colorés, on y ajoute encore 1 centimètre cube de solu-
tion de paranitrophénol, et les quatre tubes étalons le plus légèrement
colorés sont échangés avec les tubes correspondants à plus forte colo-
ration, ceux où l'on a ajouté 2 centimètres cubes de paranitrophénol en
solution, et l'on cherche la couleur exacte. Dans le cas où l'urine
diluée et colorée serait de couleur plus foncée que le tube étalon le plus
coloré, on prépare dans un verre un mélange de l'urine diluée (10 cen-
timètres cubes) augmenté de 1 centimètre cube de métanitrophénol (o,3
p. 100), après quoi la colorimétrie se fait de la même manière qu'avec
le paranitrophénol.
La technique ici indiquée demande, on l'aura vu, l'emploi des
mélanges tampons de Soereusen. On peut s'en passer si l'on prépare
les tubes à essais selon les indications de Michaëlis, procédé que nous
n'avons pas essayé et que nous laisserons de côté ici.
Voici la composition des mélanges-tampons de Soerensen :
9,078g KHo P04 pour 1 litre de solution (phosphate primaire de potas-
sium Soerensen).
11,876g Na2 HP04 pour 1 litre de solution (phosphate secondaire de
sodium Soerensen).
i/iom NaOH.
21,008g acide citrique pour 1 litre de solution (Soerensen).
200 cc i/in NaOH — — —
Il faut cependant se rappeler que l'exactitude de la détermination
colorimétrique de la valeurpH peut varier avec la valeur 0,10. Si cette
« erreur » s'introduit pendant qu'on a affaire avec la partie « acide » de
l'échelle, il en pourra résulter une déviation assez sensible du NH3 réduit.
La formule sus-nommée contient en effet le facteur pH v 4,2 et pH est
relativement petit dans les valeur « acides ». Par contre, une erreur de
0,10 sera sans grande importance dans les réactions alcaliques, où
se traduit par des chiffres plus élevés.
En voici un exemple : Si l'on détermine pH = 5,o, le facteur pH -f
4,2 sera 5,o 4, 2 = 0,8. Si pH était en réalité = 5,1, le même facteur
aurait la valeur 0,9. Ce qui revient à dire que si le NH3 réduit calculé
avec 0,8 avait donné par exemple 3,2,il aurait dû être3,2X0,9
0,8
o= 3,6.
Autre exemple, illustrant l'effet de l'erreur sur des valeurs plus
élevées de pH : au lieu de pH : = 7,1 ou aura trouvé 7,0. Ici l'écart
entre le NH3 réduit observé et sa valeur réelle se comportera comme
voici : Supposons comme tout à l'heure que NH3 était déterminé à
3 2 2 'v
3,2, le vrai chiffre serait —:— Q
= 3,3. Même dans le cas le moins
2,80
favorable, l'erreur illustrée par le premier de ces exemples n'empêchera
cependant pas l'emploi en clinique de ce mode d'analyse.
Disons en passant qu'il existe encore une autre source d'erreurs,
surtout dans les réactions plus alcaliques, c'est-à-dire des déviations de
pH causées par la perte en acide carbonique de l'urine qu'on a laissée
en repos. Mais cette erreur n'est pas non plus d'importance pour
le tableau que nous avons dressé. Je n'en tiendrai donc pas compte, comme
l'ont fait, paraît-il, les médecins de Sankt Haus Hospital.
La détermination dela valeur NH3 se fait selon Folin sur 2 5 centimètres
cubes d'urine i. L'indicateur utilisé est une solution alcoolique de rouge
de méthylène. Pour éviter la formation d'écume dans l'urine pendant
l'aération on ajoute 5 gouttes d'alcool octylé à chaque flacon d'aération,
et 20 gouttes au récipient contenant l'acide sulfurique, parce qu'il
importe que ces vapeurs d'alcool octylé soient renouvelées abondamment.
Pour déterminer l'azote total on remplace l'analyse de Kjeldahl par
l'appareil de Marie Krogh, où l'urine est décomposée au moyen d'une
lessive de brome (voir Hospitalstidende, n° 19, 1914). On sait que ce
procédé ne permet pas de déterminer tout l'azote contenu dans l'urine,
une partie des matières azotées ne sont décomposées que partiellement
ou pas du tout. Marie Krogh a démontré que la partie non déterminée
dans ce procédé (lessive de brome : 1 centimètre cube de brome pour
100 centimètres cubes Zn Na OH) monte en moyenne à 0,57 gramme par
jour (voir le tableau joint à l'appareil2).
Cependant nous sommes déjà à même de juger que même des varia-
I. Zeitschr. f. physiol. Chemie vol. XXVII, 1902.
2. Du reste, il s est montre que des résultats dune exactitude suffisante
peuvent être obtenus par l'emploi des tubes à eudiomètre, procédé plus
simple et entraînant moins de frais.
tions assez considérables de la quantité de matières non décomposées
par la lessive de brome ne causent pas de déviation sensible du chiffre
d'ammoniaque réduit, quand il s'agit de l'urine des individus sains. Par
contre, il est impossible de dire d'avance si ces variations sont sans
importance dans les conditions que nous avons 'convenu d'appeler
dérégulation. On pourrait en effet supposer que les proportions réci-
proques de la quantité décomposée de NH3 et de l'azote total restent
constantes de jour en jour pour un pH donné, selon la détermination à
la lessive de brome, tandis que ces proportions varient dans des déter-
minations par la méthode de Kjeldahl. Une telle supposition n'est sans
doute pas trop vraisemblable, mais cette réflexion ne tranche pas la
question. Il faut constater si le NH3 réduit, déterminé au moyen de cette
méthode à la lessive de brome, varie dans l'épilepsie vraie (par opposition
à ce qui a lieu chez les sujets sains), et voilà justement ce que les courbes
ci-jointes servent à confirmer pleinement. Je dois faire observer que
nos calculs ne tiennent pas compte de la constante 0,57 indiquée par
M. Krogh. Néanmoins les résultats peuvent servir.
Les trois méthodes ici exposées facilitent la technique à ce point
qu'une détermination de NH3 réduit ne demande que 35 minutes, sans
compter le laps de temps où l'on peut laisser l'appareil fonctionner sans
contrôle.
CESSATION RAPIDE DES PHÉNOMÈNES
DÉLIRANTS AIGUS GRAVES
SOUS L INFLUENCE D'UNE DOSE MASSIVE D'ÉLECTRARGOL
PAR
Henri DAMAYE

Nous croyons utile de rapporter ici deux observations de confusion


mentale aiguë en 'raison de l'action manifeste et très rapide exercée,
dans les deux cas, par une dose massive d'électrargol.
Chez l'un et l'autre malade la confusion mentale aiguë menaçait de
se transformer en délire aigu : il importait d'agir vite et radicalement.
Chez la femme de la première observation, cardiaque et en état de gros-
sesse, une transformation en délire aigu eût été extrêmement grave. Il
s'agissait d'une malade surmenée et albuminurique depuis ses précé-
dentes couches.
Dans l'autre observation, nous voyons un individu mal nourri,
déprimé, mangeant peu depuis longtemps. Des germes pathogènes
latents ou accidentellement introduits dans l'organisme ont pu devenir
virulents en ces conditions.
Il est à remarquer, — et c'est là l'intérêt des observations, — que
non seulement la température, mais également la confusion, les hallu-
cinations et le délire en pleine activité et en pleine progression ont
disparu quelques heures après la dose massive d'électrargol. L'action fut
particulièrement rapide dans la deuxième observation.
OBSERVATION I. — Mme C..., vingt-cinq ans, cultivatrice, entre à l'asile le
6 janvier 1924 en état de manie confuse.
Père mort d'une maladie de cœur. La mère aurait eu des troubles névro-
pathiques. Treize frères ou sœurs dont plusieurs auraient présenté aussi des
phénomènes psychonévropathiques.—Étant jeune fille, la malade aurait eu
des idées mélancoliques et présenté des pertes blanches.
En février 1923, Mme C... accoucha d'un enfant bien portant. Trois mois
après, elle redevint triste, déprimée et s'accusait de négliger son enfant. Cet
état demeura à peu près stationnaire jusqu'en décembre 1923, époque où du
délire, de l'exaltation et de l'insomnie se manifestèrent. En fin décembre, la
malade s'excite, commence à présenter de l'incohérence, des hallucinations
visuelles et auditives. Elle croit voir sa petite fille morte, a peur d'être damnée,
nvoque Dieu et de nombreux saints. Cet état ne fit que s'accentuer.
A son arrivée à l'asile, Mme C présente le tableau d'une confusion men-
..
tale aiguë onirique avec un fort appoint maniaque. Elle crache partout. Nous
constatons qu'elle est enceinte de quatre mois environ. Langue saburrale
mais humide. Au cœur, insuffisance mitrale bien compensée. Réflexes tendi-
neux forts. Température : 37°4.
Le lendemain, la température oscille entre 3} 04 et 3y.
Mais le jour suivant, la température est, le matin, à 38°5. La langue est
encore humide et le pouls se maintient.
Cette femme est cardiaque, albuminurique légère, surmenéeparunelongue
agitation sans sommeil et en état de grossesse. Nous craignons une évolution
vers le délire aigu. Le traitement suivant est institué sur-le-champ :
40 centimètres cubes électrargol, 3 centimètres cubes vaccin antistaphy-
lococcique, 3oo grammes sérum glyco-ioduré, un abcès de fixation à la jambe.
Alimentation : lait fortement sucré avec des œufs crus. Compresse humide
en permanence sur toute la tête.
Le soir, la température n'est plus qu'à 38°i. La nuit, la malade dort plu-
sieurs heures, sans hypnotiques, pour la première fois.
Le lendemain matin, 37°4. La confusion mentale, les hallucinations, l'agi-
tation ont beaucoup diminué déjà. 3oo grammes sérum glyco-ioduré et 2 cen-
timètres cubes de vaccin antistaphylococcique encore. Le soir, 3706.
L'abcès de fixation évolue. Nuit très bonne et le lendemain matin, 37°3.
On se contente alors de 3oo grammes sérum glyco-ioduré comme médication.
37°1 le soir.
Le jour suivant, la température est redevenue normale. La confusion,
l'agitation et le délire ont presque disparu. Il n'y eut aucune rechute.
Au début de février, la malade est guérie.
OBS. II. — R... Jean, quarante-quatre ans, cultivateur, entre à l'asile le
15 janvier 1924 en état de confusion mentale aiguë onirique.
Père octogénaire et bien portant. Mère morte de démence sénile. — Lui,
très robuste. Enfance normale, sans bizarreries. Pneumonie à sept ans. Fait
les quatre ans de guerre sans blessures ni maladies. Pas d'éthylisme. En 1922,
commence à délaisser son travail, donne des conseils absurdes à sa famille,
se trompe dans ses comptes. Cet état s'accentue très lentement. En fin 1923,
tendances mélancoliques qui s'accentuent : le malade se précipite du haut d'un
arbre et tente, une autre fois, de se noyer. En décembre surviennent des idées
délirantes, des hallucinations et une exaltation qui s'intensifient rapidement.
Le malade voit Dieu, la Sainte Vierge, le démcn. Il se met à écrire, même la
nuit, s'excite de plus en plus et devient incohérent. Il ne s'alimente plus du
tout. Depuis environ un an il mangeait d'ailleurs très insuffisamment.R... croit
qu'on veut l'empoisonner et se met à menacer tout le monde.
Il arrive à l'asile excité et confus, émet des idées mystiques, mélancoliques
et de persécution incohérentes, voit des diables partout. Aspect physique
malingre. Souffle aortique léger. Bacillose des sommets au début. Réflexes
tendineux forts. Zones ovariennes sensibles. Pendant cinq jours la tempéra-
ture ne dépasse pas 37'6. Mais le 2 janvier elle s'élève à 38°4 et 38"6, avec
1

une intensification de la confusion mentale, du délire et des hallucinations.


On pouvait craindre une évolution vers le délire aigu, l'état général du
malade étant médiocre et la langue sèche.
Nous injectons 20 centimètres cubes électrargol et 3oo grammes sérum
glyco-ioduré.
Le lendemain matin, la température a baissé : elle est à 38°. 25o grammes
sérum glyco-ioduré.
Pendant deux jours, la température oscille ensuite entre 3709 et 38°2. La
confusion délirante hallucinatoire persiste.
Le 25 janvier nous injectons cette fois 40 centimètres cubes électrargol
et 350 grammes sérum glyco-ioduré. Le résultat fut surprenant. Dix ou douze
T.eures après cette injection, l'excitation cessa; délire, confusion et hallucina-
tions disparurent en même temps, on pourrait presque dire subitement. Le
malade se mit à manger suffisamment et la langue redevint humide.
Cette forte dose d'électrargol fut souveraine. Les phénomènes mentaux ne
reparurent plus et le malade s'alimenta bien. On se contenta de 25o centimè-
tres cubes sérum glyco-ioduré les jours suivants. La température ne remonta
plus.
R... était guéri. On le soumit ensuite au cacodylate et à la viande crue pour
remonter son état physique et traiter sa bacillose.

L'électrargol constitue donc l'un des meilleurs agents thérapeutiques


à employer dans les psychoses aiguës et suraiguës. Mais il faut toujours
l'injecter à haute dose, — nous ne donnons plus jamais moinsde 20 à 40
centimètres cubes, — et ne pas craindre de répéter l'injection pendant
plusieurs jours consécutifs, si besoin est.
L'abcès de fixation et le sérum anti-infectieux approprié sont à uti-
liser concurremment. Mais l'électrargol seul procure la guérison dans un
grand nombre de cas.
BULLETIN DES SOCIÉTÉS SAVANTES
(NEUROLOGIE-PSYCHIATRIE)

J.
-
SOCIÉTÉ DE NEUROLOGIE. — II. SOCIÉTÉ MÉDICO-PSYCHOLOGIQUE.
III. SOCIÉTÉ CLINIQUE DE MÉDECINE MENTALE. IV. SOCIÉTÉ DE
PSYCHIATRIE.
I. — Société de neurologie
SÉANCE DU JEUDI 7 FÉVRIER 1924

Présidence de M. Crouzon
Paralysie radiculaire supérieure du plexus brachial d'origine traumatiqué.
fracture des apophyses transverses des VIe et VIle vertèbres cervicales. Apo-
physe costiforme de la VIle. Troubles sympathiques. — M. André-Thomas pré-
sente un malade, qui, à la suite d'un accident, présente une paralysie radicu-
laire supérieure du plexus brachial; des contractions fasciculaires dans le
triceps, l'extenseur commun des doigts, le court abducteur du pouce. Sensi-
bilité atteinte dans le domaine de C5 C6 C7, mais l'anesthésie n'est totale
à aucun mode. Le réflexe pilomoteur fait défaut dans la zone d'anesthésie.
Hyperthermie de la main.
L'absence de réflexe pilomoteur dans la zone anesthésique permet d'af-
firmer l'existence d'une lésion située au delà de la coalescence du rameau
communicant du sympathique et de la racine. L'absence de troubles sensitifs
et la conservation du réflexe pilomoteur dans le territoire de la branche pos-
térieure des v\ VIe, VIIe nerfs rachidiens permet également de supposer l'in-
tégrité des racines au-dessus de la coalescence.
La présence de contractions fasciculaires qui apparaissent spontanément,
ou sont provoquées par des excitations périphériques, des changements de
position, peut être interprétée comme un phénomène d'irritation radiculaire,
qui, en raison de la proximité des centres, n'exclut pas la possibilité d'un
retentissement sur les cellules des cornes antérieures de la moelle.
L'hyperthermie de la main doit être également interprétée comme un
trouble sympathique.
Hémiplégie cérébelleuse syphilitique à forme cérébello-pyramido-thalamique.
— MM. Faure-Beaulieu et P. N.
Deschamps présentent un malade âgé de
cinquante ans, ancien syphilitique, qui, à la suite d'un ictus vertigineux sur-
venu il y a un an et demi, est atteint d'un syndrome strictement localisé au
côté gauche et fait de symptômes cérébelleux (latéropulsion, dysmétrie,
asynergie, adiadococinésie,passivité), pyramidaux (hémiparésie, exagération
des réflexes tendineux, signe de Babinski) et thalamiques (douleurs, troubles
de la sensibilité objective superficielle et profonde). La nature de la lésion
(altération vasculaire d'origine syphilitique) ne faisant guère de doute, les
auteurs discutent son siège, qu'ils placent dans la région sous-optique. Leur
cas ressortit ainsi au « syndrome supérieur du noyau rouge » isolé par Foix
et Masson, en opposition au syndrome inférieur de Claude, et se rapproche
d'observations analogues (Pierre Marie et Foix, CI. Vincent) où des troubles
pyramidaux et thalamiques homolatéraux viennent s'adjoindre à l'hémisyn-
drome cérébelleux.
Discussion
A propos de cette communication, une discussion s'engage à propos de
l'origine des vertiges. M. Barré ne croit pas que le vertige ait été cérébelleux,
mais labyrinthique, même si les épreuves labyrinthiques ont été négatives.
C'est également l'avis de M. A.-Thoiiias,qui estime que le vertige fait partie
des phénomènes d'irritation labyrinthique. Cependant M. Foix a toujours
noté le vertigeau moment des ictus cérébelleux, et il estime que chez le malade
présenté par M. Faure-Beaulieu il ne peut être question d'atteinte labyrin-
thique. M. A.-Thomas maintient que le vertige n'est pas d'origine cérébel-
leuse, et que dans le cas de ce malade, s'il y a lésion cérébelleuse vasculaire
certaine, des modifications circulatoires ont dû se produire, qui ont agi sur
le labyrinthe.
Alcoolisation endocranienne du trijumeau, contrôle lipiodolé. — M. Sicard
a repris sur les indications du docteur Taptos l'alcoolisationendocranienne
du trijumeau. Il avait déjà essayé cette intervention en 1908 par le trou ovale.
Il estime cette intervention plus efficace que l'alcoolisation des troncs péri-
phériques, et moins grave que la neurotomie rétro-gassérienne. Pour la
pratiquer, il suffit d'une simple aiguille, qui, sous anesthésie locale, pénètre
à travers les plans cutanéo-musculairesjusqu'au trou ovale.. Il est certain que
l'alcool n'est pas directement poussé dans le ganglion, mais sans doute
autour de lui et de ses branches. Le contrôle radiographique au lipiodol
injecté par l'aiguille laissée en place montre la répartition de l'huile iodée
au niveau de la base du crâne et des trous endocraniens, grand rond et ovale.
La guérison des névralgies par ce procédé est, selon Taptos, parfois défini-
tive, ou du moins très longue (huit ou dix ans).
Mal de Pott et radiographie vertébrale. — MM. Sicard, Laplane et Prieur
insistent sur les difficultés du diagnostic étiologique des compressions médul-
laires et particulièrement du mal de Pott. Ils considèrent que le mal de Pott
chez l'enfant et l'adolescent s'accompagne toujours de lésions radiologiques
vertébrales. Aussi en présence de cas simulant le mal de Pott, mais dont les
signes radiologiques font défaut, ils conseillent de recourir, non à l'appareil
platré, mais à la laminectomie exploratrice. Ils présentent à l'appui de leur
argumentation un adolescent chez lequel le diagnostic porté avait été celui
du mal de Pott, malgré les radiographies négatives; alors que le contrôle
opératoire montre en réalité une néoplasie rachidienne extirpable et curable.
Par contre, chez l'adulte, l'absence de signes radiologiques vertébraux ne
permet pas de conclure à l'absence d'une lésion tuberculeuse rachidienne,
comme MM. Sicard et Laplane ont pu s'en assurer dans un autre cas. A
l'opération on trouva en effet, à la place du neuro-gliome présumé, un début
d'ostéite tuberculeuse du corps vertébral. Chez ces deux sujets le lipio-dia-
gnostic rachidien avait permis de préciser avec une exactitude rigoureuse le
siège de la compression.
Discussion :

A propos de cette communication, M. Clovis Vincent estime que clini-


quement, il y a une différence entre la raideur du mal de Pott qui est seg-
mentaire mais absolue, et la raideur causée par des tumcurs qui est plus
diffuse et moins absolue.
Électrocution ayant laissé des troubles choréo-athétosiques persistants.
(Discussion sur la nature organique), par MM. O. Crouzon, /. A. Chavany et
René Martin. — Les auteurs rapportent l'observation d'un malade qui a été,
il y a quatre ans, électrocuté par un courant de i 5oo volts.
L'accident a été suivi d'une phase de raideur généralisée au décours de
laquelle se sont installés des mouvements choréo-athétosiquesd'abord géné-
ralisés qui, en quelques jours, se sont localisés au côté droit du corps.
Les mouvements persistent dans le côté droit avec tics de la face et
paroxysmes très marqués au moment de l'ingestion des aliments.
L'intérêt de l'observation réside dans la chronicité du processus qui,
malgré l'absence des signes objectifs, plaide nettement en faveur de la nature
organique des accidents constatés. La symptomatologie n'a pour ainsi dire
pas varié depuis quatre ans.
Des syndromes thalamique et cérébello-thalamique à évolution régressive,
par M. /. Lhermitte, Mlle H. Bourguina et M. Nicolas. — Le premier sujet
présenté fut atteint brusquement d'un syndrome cérébello-thalamique carac-
térisé par une hémianesthésie complète avec hémianopsie et hémisyndrome
cérébelleux au complet dysmétrie, oscillations cinétiques, passivité, réflexes
pendulaires, signe de la préhension, adiadococinésie,démarche festonnante.
Or, dans ce fait, la symptomatologie cérébelleuse s'effaça rapidement, tandis
que persistaient les troubles de la sensibilité objective. Cependant, ceux-ci
régressèrent également au deuxième mois après l'ictus et ne laissèrent que
des dysesthésies et des perturbations légères de la sensibilité profonde.
Le second malade fut frappé, lui aussi, brusquement par un ictus suivi
d'hémianesthésie complète, mais sans ataxie véritable ni symptômes céré-
belleux. Là encore, les troubles de la sensibilité présentèrent une évolution
régressive et les phénomènes douloureux firent absolument défaut.
Les auteurs montrent lanécessité d'établir unediscrimination entre l'ataxie
et l'incoordination cérébelleuses qui, l'une comme l'autre, peuvent s'associer
avec l'hémianesthésie, symptôme capital des lésions de la couche optique.
La première semble intimement liée aux troubles de la sensibilité profonde,
la seconde à l'atteinte des radiations sous-thalamiques du noyau rouge abou-
tissant du pédoncule cérébelleux supérieur.
Enfin, dans un de leurs cas, les auteurs ont observé l'apparition de mou-
vements athétoïdes du pied et de la main accompagnés d'une exaltation du
tonus musculaire dans la moitié du corps atteinte, hypertonie inconsciente
et nettement renforcée par l'exercice de la pensée.
Un cas de cysticercose cérébrale. Opération; disparition immédiate des
troubles moteurs, par MM. /. Lhermitte, de Martel et Nicolas. — Présentation
d'une malade chez laquelle, depuis huit mois, s'était installée une monoplégie
brachiale droite sans aphasie accompagnée de convulsions tonico-cloniques
discrètes et éphémères et de spasmes toniques de flexion persistants. A l'état
de repos, le bras apparaissait en flexion dans tous ses segments et la main
ne pouvait être étendue volontairement. De temps en temps, le membre
atteint présentait des contractions toniques violentes toujours à type de
flexion sans modification de la conscience. Les signes objectifs se rédili-
saient à une très légère exaltation des réflexes tendino-osseux du bras droit
et à quelques modifications très fines de la sensibilité avec astéréognosie.
L'intervention fit constater l'existence d'un kyste de la grosseur d'un petit
œuf siégeant sur la région préfrontale gauche et refoulant en arrière la partie
moyenne de la frontale ascendante. L'examen histologique de la poche,
laquelle contenait un liquide eau de roche, fit constater la structure typique
du cysticercus cellulosae.
Le jour même de l'intervention, tous les troubles moteurs avaient disparu.
Les auteurs insistent 1° sur l'existence de phénomènes myotoniques volon-
taires liés à la perturbation de l'innervation musculaire ; 20 sur l'impor-
tance en fréquence et en intensité des spasmes toniques liés probablement
aux mouvements du parasite; 3° sur la disparition immédiate des troubles
fonctionnels dès l'ablation de la poche kystique.
État de mal conscient et apyrétique, prolongé pendant un mois. —
MM. A. Souques et /. de Massary présentent une malade qui, à la suite d'un
traumatisme frontal suivi d'abcès du cerveau, est restée épileptique. En
dehors de crises comitiales généralisées typiques, elle est sujette à des états
de mal remarquables par leur longue durée et par l'absence d'hyperthermie
et d'inconscience.
L'état de mal, observé parles auteurs, a duré un mois. Les accès ont tou-
jours affecté le type bravais-jacksonien ; ils ont été subintrants et se sont
répétés toutes les trois minutes, jour et nuit (quatre à cinq cents accès dans
les vingt-quatre heures). Jamais il n'y a eu perte de connaissance pendant
l'accès, la malade entendait toutes les questions qu'on lui posait ; elle faisait
signe qu'elle entendait et, dès que l'accès était terminé, elle répétait les
questions qu'on lui avait posées et y répondait. Enfin, pendant cette longue
période d'un mois, malgré la fréquence extrême des accès, la température-
centrale e"t restée normale.
Akinésie paradoxale glosso-labiée existant dans la station et disparaissant
dans le décubitus, chezan parkinsonien. — MM. Souques et Blamoutier montrent
un malade de vingt-trois ans, atteint depuis quatre ans d'un syndrome parkin-
sonien postencéphalitique et qui présente de l'akinésie glosso-labio-laryngée
et du mutisme, exclusivement dans la station debout. Quand il est debout,
il ne peut ni ouvrir la bouche, ni siffler, ni souffler, ni parler; mais vient-il
à se coucher qu'immédiatement il répond aux questions qu'on lui pose,
ouvre la bouche, tire la langue.
Il s'agit là d'un de ces paradoxes moteurs qu'on ren'contre assez souvent
dans les syndromes parkinsoniens et dont on ne peut donner d'explication.
Bien que rejetant toute idée de supercherie et d'hystérisme, il semble
néanmoins que, dans ce cas, il soit logique de faire intervenir un facteur
psychique et affectif d'inhibition chez un sujet en état d'hypertonie mani-
feste.
Discussion :
A propos de cette communication, M. Foix pense qu'il s'agit d'une ques-
tion d'intensité, d'hypertonie de tonus d'attitude renforce, lorsque le malade
est debout. On sait d'ailleurs combien est variable le tonus des parkinso-
niens, il diffère suivant les heures de la journée, il y a souvent un assoupis-
sement vespéral des phénomènes d'hypertonie.
Poussée évolutive, au cours d'un tabès fruste ancien, ayant déterminé de
façon élective au niveau des membres supérieurs un syndrome poliomyélitique
(cornes antérieures et postérieures) del'ataxie et des mouvements involontaires.
— MM. Georges
Guillain, Th. Alajouanine et L. Girot présentent une malade
qui, au cours d'un tabès fruste ancien datant de vingt ans, a vu apparaître
brusquement une paralysie des membres sup-érieurs avec amyotrophie, de
l'ataxie et des mouvements involontaires de même localisation.
Ces phénomènes apparus de façon brusque et simultanée, se sont accom-
pagnés de douleurs intenses.
Le premier fait remarquable est la localisation exclusive des troubles au
niveau des membres supérieurs. La marche est en effet normale, non
ataxique, il n'existe qu'un Romberg sensibilisé.
Le deuxième fait, non moins remarquable, est l'apparition brusque de
trois ordres de phénomènes qu'on n'a pas l'habitude de voir survenir de façon
simultanée au cours du tabès.
La paralysie porte sur la racine des membres, s'accompagne d'amyotro-
phie,sans aucune altération du faisceau pyramidal. Son installation brusque
et ses caractères permettent d'en affirmer la nature poliomyélitique.
Les phénomènes ataxiques coexistent avec des troubles de la sensibilité
profonde, dissociés, portant uniquement sur le sens des attitudes et la
stéréognosie.
Enfin, il existe des mouvements involontaires permanents de type choréo-
athétosique.
Il s'agit donc, en somme, d'une véritable poussée aiguë, de nature syphili-
tique, au cours d'un tabès fruste, qui coïncide d'ailleurs avec des réactions
lymphocytaires chimiques et humorales du liquide céphalo-rachidien et qui
semble relever surtout d'une lésion diffuse de la moelle cervicale avec
atteinte prédominante de la substance grise.
Hyperspasmodicité clonique des muscles adducteurs et abducteurs de la
cuisse dans un cas de sclérose en plaques. — MM. Georges Guillain, Girot et
Marquizy attirent l'attention sur un phénomène très spécial qu'ils ont observé
chez une malade atteinte de sclérose en plaques. Lorsqu'on demande à cette
malade de fléchir les cuisses sur le bassin, les talons reposant sur le plan
du lit, on voit se produire un mouvement rythmique clonique d'adduction
et d'abduction des cuisses, et les genoux s'entre-choquent l'un contre l'autre
avec une cadence de 120 à 140 oscillations par minute. Ce mouvement clo-
nique est non seulement provocable par la flexion simultanée des deux
membres inférieurs, mais encore par la flexion isolée du membre inférieur
gauche. On peut encore provoquer ce clonus des adducteurs dans la station
debout, quand la malade fléchit à angle droit la cuisse sur le bassin. Ce
clonus des adducteurs ne peut être inhibé par le pincement de la peau des
membres inférieurs ou de la paroi abdominale, pincement qui très souvent
fait cesser le clonus du pied ou de la rotule.
L'hyperspasmodicitéclonique des adducteurs et abducteurs de la cuisse
ne se constate pas en général dans la sclérose en plaques, ni d'ailleurs dans
les autres affections médullaires déterminant des paraplégies spasmodiques.
Il est à remarquer de plus que la spasmodicité des membres inférieurs chez
la malade qui fait l'objet de cette présentation est relativement peu accentuée
puisqu'on ne peut provoquer chez elle ni le clonus du pied, ni le clonus de
la rotule; il s'agit, somme toute,d'une hypertonie spasmodique clonique très
localisée sur un groupe musculaire.
Tonus de posture local, tonus de posture général (ou mieux d'attitude) de
nature réflexe, tonus d'action, de nature syncinétique. Leur dissociation chez
un hémiplégique, par MM. Ch. Foix et H. Lagrange. — Chez un tabétique
atteint d'hémiplégie et notablementhypotonique, on observe une dissociation
entre les divers mécanismes toniques.
C'est ainsi que les réflexes toniques de posture locaux sont,comme il est
de règle, abolis. Par contre, les réflexes d'attitude (contraction tonique du
quadriceps dans la station debout par exemple), paraissent conservés, ce qui
cadre avec la complexité de leurs voies centripètes.
Enfin et surtout le tonus d'action est complètement normal, ainsi que le
démontre la recherche de la syncinésie globale qui donne une forte contrac-
tion du côté hémiplégié, une contraction normale et même plutôt forte du
côté sain.
Cette dissociation entre le tonus d'action et le tonus de posture paraît de
règle chez les tabétiques. Elle tend à souligner l'importance des réflexes de
posture locaux dans la pathogénie de l'hypotonie des tabétiques.
Paraplégie spasmodique avec inversion du réflexe achilléen, anomalie verté-
brale, hérédo-syphilis, compression médullo-radiculaire. — MM. André Léri,
Weissmann-Netter et Henri Leconte présentent une malade atteinte de para
plégie spasmodique avec inversion du réflexe achilléen..
La radiographie montre une grosse anomalie vertébrale sous forme de
lombarisation complète de la première pièce sacrée, avec écrasement latéral
des ve et VIE lombaires. Sur la radiographie de profil, on constate également
un effondrement de la IIE vertèbre lombaire. C'est cette dernière lésion qui,
par une compression médullo-radiculaire, explique le mieux à la fois la para-
plégie spasmodique, l'inversion du réflexe achilléen et les troubles sphinc-
tériens constatés.
Ces lésions sont certainement la conséquence d'une hérédo-syphilis que
révèlent l'examen du sang et celui du liquide céphalo-rachidien.
Association et dissociation des syndromes infundibulo-tubériens. —
MM. /. Camus. G. Roussy et /. Cournay rappellent qu'après des lésions
expérimentales de la région infundibulo-tubérienne,on observe des mani-
festations, soit isolées, soit associées la polyurie, la glycosurie, l'atrophie
:

génitale, l'obésité peuvent s'associer de façons variées.


La dissociation de ces syndromes peut être aussi observée et les auteurs
montrent un chien qui, après une lésion de la base du cerveau faite en 1919, a
présenté pendant quatre ans un diabète insipide associé à l'obésité et à
l'atrophie génitale. Depuis quelques mois, les testicules ont grossi rapide-
ment, alors que le diabète insipide et l'obésité persistent au même degré
qu'auparavant.
Paraplégie spasmodîque permanente et destruction complète de la moelle
dorsale par un fibro-gliome. Hypothèse sur l'étiologie de cette tumeur coïnci-
dant avec l'agénésie d'un disque cartilagineux intervertébral. — MM. Souques
et Blamoutier présentent la moelle épinière et la colonne lombaire d'une
malade morte des suites d'une paraplégie spasmodique. Celle-ci avait débuté
apparemment à la suite d'un traumatisme léger et avait duré quatre ans.
L'impotence des membres inférieurs était totale et complète, l'anesthésie
absolue jusqu'à Dx sans contracture notable, mais avec exagération des
réflexes tendineux et de défense, clonus et signe de Babinski bilatéral. Ces
symptômes ont persisté jusqu'à la mort.
A l'autopsie, on constata deux lésions :

1° Une tumeur (fibro-gliome) de la moelle dorsale inférieure ayant com-


plètement détruit celle-ci au niveau du Xe segment. A cette hauteur, on
trouvait sur un petit point de la périphérie un vestige de la moelle, mince
comme une feuille de papier. Dans ce vestige, la méthode de Cajal montra
quelques tronçons de cylindres-axes altérés ;
2° L'absence du disque cartilagineux séparant les IIIe et IVe vertèbres lom-
baires.
Cette observation suggère quelques observations intéressantes la dispa-
rition du disque intervertébral et la tumeur reconnaissent-elles une même
cause, le traumatisme? Cette hypothèse ne saurait être admise.
Existe-t-il un rapport embryologique entre la tumeur et l'absence du
disque? Il est plus facile de poser la question que de la résoudre.
Cette observation enfin est en contradiction avec laloi de Bastian, puisqu'on
trouve, malgré la destruction complète de la moelle, l'exagération des réflexes,
le clonus du pied et le signe de Babinski. Elle est en faveur de l'origine
médullaire des réflexes.
Syringomyélie chez le frère et la sœur, par MM. /. A. Barré et L. Reys
(de Strasbourg). — Les auteurs apportent l'observation de deux sujets de
vingt-six et vingt-huit ans, frère et sœur, chez lesquels une syringomyélie
s'est développée lentement à partir de l'âge de dix-sept ans chez l'un et de
vingt-trois ans chez l'autre.
Ces deux sujets étaient venus consulter l'un pour une faiblesse et des

crevasses de la main, l'autre pour des douleurs lombaires.
L'amyotrophie et la thermo-anesthésie sont localisées à un seul membre
supérieur, mais l'abolition des réflexes tendineux existe des deux côtés. La
scoliose est très nette chez les deux malades ; l'un et l'autre ont une ébauche
de paraplégie spasmodique.
Cet exemple s'ajoute aux cas de syringomyélie familiale déjà publiés et
souligne le caractère probablement congénital d'un certain nombre de cas
de syringomyélie.
Le réflexe dartoïque pénien, par M. /. A. Barré (de Strasbourg). — L'auteur
apporte les résultats de l'étude du réflexe dartoïque pénien qu'il a faite en
1916 chez quelques sujets normaux et sur des blessés de la moelle et de la
queue-de-cheval.
C'est un réflexe sympathique. Le meilleur excitant a paru être l'éther en
application locale. Le réflexe est lent et prolongé, il a un temps perdu qui
varie de dix à soixante secondes et passe par plusieurs phases de contraction
légère, de contraction brusque, de contraction tonique et de décontraction.
Il est conservé dans les cas de section de la moelle et ne s'accompagne
d'aucune douleur.
Chez les sujets dont la sensibilité des organes 'génitaux externes est con-
servée, une douleur très vive naît avec la contraction brusque et disparaît à
peu près avec la contraction tonique.
La zone réflexogène de ce réflexe est assez étendue.
Le Phlogetan dans le traitement du tabès, par MM. /. A. Barré et L. Reys
(de Strasbourg). — Les auteurs apportent les premiers résultats qu'ils ont
obtenus en traitant des tabès, dont plusieurs étaient graves et anciens, par le
Phlogetan de Fischer (de Prague).
Sur sept cas traités, ils ont observé six fois une amélioration nette ou
très marquée des douleurs fulgurantes, des crises viscérales, de l'ataxie, et
parfois des modifications humorales.
Ces résultats leur paraissent supérieurs à ceux fournis par l'emploi de
l'arsenic et du mercure ; ils ne comparent pas le phlogetan au bismuth dont
ils n'ont pas une expérience suffisante.
Le médicament est employé en injections intramusculaires et provoque
presque toujours une crise très pénible pendant laquelle la fièvre apparaît,
et les douleurs s'exaspèrent d'une façon considérable.
Malgré ces réactions violentes, presque tous les malades réclament la
continuation du traitement en raison du bénéfice qu'ils en ont retiré.
Le réflexe mamillo-pénien, par M. L. Criisem (de Strasbourg.) — La malaxa-
tion de la région mamelonnaire de l'homme provoque le retrait du pénis.
Le réflexe mamillo-pénien paraît exister chez tout homme normal ; il a été
trouvé aboli chez des malades porteurs d'une affection de la moelle dorsale.
Ce nouveau réflexe est, selon l'auteur, un réflexe purement sympathiqus.
Syndromes de réduction numérique des vertèbres sacro-coccygiennes, par
MM. Ch. Achard, Ch. Foix et /. Mouzon. — A côté des syndromes de
réduction numérique des vertèbres cervicales, que MM. Klippel et Feil ont
décrits, et sur lesquels M. Sicard a récemment insisté, il y a lieu de décrire
un syndrome de réduction numérique des vertébres sacro-coccygiennes. Si
l'on met à part les cas extrêmes, qui constituent de véritables monstruosités,
généralement incompatibles avec la vie, et les formes légères, qui ne donnent
lieu à aucun signe fonctionnel, il existe une catégorie de malades, chez les-
quels les symptômes (troubles sphinctériens, troubles paralytiques, réflexes
vaso-moteurs des membres inférieurs) rappellent ce qui s'observe dans le
spina bifida. Mais, en outre, il existe, en cas d'absence des vertèbres sacro-
coccygiennes, un défaut de développement tout particulier des fesses les :

fessiers ne peuvent se développer, car leur insertion osseuse supérieure fait


plus ou moins complètcment défaut.
Les auteurs montrent une jeune fille de vingt et un ans, chez qui les
troubles sphinctériens, l'abolition des réflexes achilléens, la cyanose et
l'œdème des membres inférieurs, le défaut de développement des régions
fessières s'expliquent par l'absence des trois dernières sacrées et du coccyx,
que l'on constate sur la radiographie. Cette malade présente, en outre, un
diverticule de la vessie.
Radioscopie du lipiodol rachidien. — MM. Sicard, Forestier et Laflane ont
soumis à l'examen radioscopique une minime quantité de lipiodol injectée
(i centimètre cube et demi) injecté dans le liquide rachidien.
L'injection se fait par voie lombaire, sur la table radioscopique elle-même,
le sujet étant en décubitus latéral, puis incliné, tête basse. On a ainsi toute
facilité pour étudier la descente de l'huile iodée de la région sacrée, vers la
région bulbaire tout le long de la cavité sous-arachnoïdienne, et pour appré-
cier le ralentissement physiologique de sa chute lors de la traversée dorsale
supérieure ou son arrêt pathologique en cas de compression médullaire, ou
de striction méningée. Cette nouvelle méthode de contrôle de la cavité sous-
araclmoïdienne du rachis est d'une grande simplicité technique ne néces-
sitant qu'un bon outillage radiologique. L'examen radioscopique peut ainsi
s'associer à l'examen radiographique, pour préciser davantage encore le
diagnostic lipiodolé. Les auteurs n'ont jamais .eu à noter, au cours de leurs
investigations, ni douleurs, ni incidents consécutifs.
L. GIROT.
SÉANCE ANATOMIQUE DU JEUDI 28 FÉVRIER 1924

Mal de Pott sous-occipital, par M. et Mme Sorrel.


M. et Mme Sorrel présentent des photographies et les pièces anatomiques
d'un mal de Pott sous-occipital mort subitement ; la mort s'est produite sans
un geste, sans un cri, en quelques secondes, alors que le malade était couché,
immobilisé dans une minerve. L'autopsie a montré extérieurement les signes
normaux classiques du.mal de Pott sous-occipital, avec luxation de l'atlas
sur l'axis et bascule de l'atlas sur l'axis.
Les auteurs rapportent les théories classiques au sujet de la mort subite
au cours du mal de Pott sous-occipital. Ces cas de mort subite sont très rares
si on en juge par la littérature. Le mécanisme clinique de la compression
brusque de la moelle par la luxation, soit de l'occipital sur l'atlas, soit de
l'atlas sur l'axis ne repose pas sur des exemples'très nombreux.
M. et Mme Sorrel montrent également à la société les radiographies d'un
sujet ayant succombé à un mal de Pott thoracique et lombaire. Chez ce
malade, on pouvait porter cliniquement le diagnostic de mal de Pott, mais
il était impossible de faire une localisation exacte. La radiographie
sur le
vivant, de face et de profil, la radiographie de la pièce sèche après la mort
n'ont pas permis de faire un diagnostic de localisation.
Les auteurs rapportent ainsi plusieurs cas cliniques où la radiographie
n 'a pas permis de poser un diagnostic de siège, alors qu'il existait des lésions
osseuses importantes des disques et des corps vertébraux.
M. Sicard est de l'avis de M. Sorrel. Souvent, dans
ces cas, on pense à une
tumeur médullaire, mais on craint un mal de Pott. Faut-il immobiliser le
malade ou lui faire une laminectomie exploratrice?
M. Sorrel croit qu'il y a un inconvénient à faire
une laminectomie explo-
ratrice chez un pottique, car la lésion osseuse tuberculeuse peut évoluer, et
la suppression de l'arc postérieur de quelques vertèbres compromet la sta-
tique ultérieure de la colonne vertébrale du malade. Du reste, il estime
qu une laminectomie exploratrice peut ne pas révéler un mal de Pott qui
existe pourtant; c'est ce qui aurait eu lieu s'il avait opéré le malade dont il
présente les pièces.
Paraplégie par mal de Pott, par M. et Mme Sorrel.
M. et Mme Sorrel présentent deux pièces de paraplégies par mal de Pott,
Dans le premier cas, la paraplégie était due à un abcès intrarachidien
extradural. La paraplégie était survenue trois ou quatre mois après le début
clinique du mal de Pott, la paraplégie s'était installée très vite,en quinze
jours, et avait été complète.
Dans le deuxième cas, il s'agissait d'une compression par pachyméningite.
Le début avait été tardif onze mois après la gibbosité ; pendant 'six mois
les signes de paraplégie avaient été frustes et incomplets.
Les auteurs comparent les pathogénies que les médecins d'une part et les
chirurgiens d'autre part ont données de la paraplégie pottique. Il leur semble
que les médecins croient surtout à la pachyméningite tuberculeuse et les
chirurgiens à l'abcès.
Il leur semble, d'après les malades qu'ils ont suivis àBerck.que l'évolu-
tion de la paraplégie diffère s'il s'agit d'une compression par pachyméningite
ou d'une compression par un abcès.
Dans le premier cas, la paraplégie débute tard après l'installation clinique
du mal de Pott, elle s'installe lentement, longtemps elle ne se manifeste que
par l'exagération des réflexes et le signe de Babinski. En général, une fois
installée, cette paraplégie persiste.
Dans le deuxième cas, le début est précoce, l'installation rapide, la para-
plégie rapidement absolue, et elle régresse ensuite.
Tumeur du sinus caverneux d'origine naso-pharyngée, par M..4. /. Barré
(de Strasbourg). — L'auteur étudie sur une série de coupes la topographie et
le cheminement d'une tumeur qui, après s'être développée dans les cavités
nasales postérieures et le sinus maxillaire correspondant, a envahi les cellules
ethmoïdales postérieures, les sinus ethmoïdal et sphénoïdal, puis la fente
sphénoïdale, le sinus caverneux (le carrefour pétrosphénoïdal de Jacod) et
enfin une petite partie de la fosse cérébrale postérieure.
Cette tumeur (un myxome malin) a procédé par infiltration, en disloquant
et dissociant les lames osseuses. Elle n'a pas suivi la trompe d'Eustache,
comme cela a lieu d'ordinaire. Elle n'a donné lieu à aucun symptôme d'hyper-
tension cranienne. La stase papillaire fit toujours défaut, malgré qu'il y eût
stase orbitaire et circulation collatérale périorbitaire très développée. Le
liquide céphalo-rachidien contenait une forte quantité d'albumine et 80 lym-
phocytes.
Hémisyndrome incomplet de la calotte, par M. Bollack.
M. Bollack présente les photographies d'une lésion de la partie inférieure
de la calotte protubérantielle au niveau de l'eminentia teres qui avait
entraîné une paralysie des vr et VIIe droits et une parésie du VIe gauche, avec
paralysie des mouvements de latéralité vers la gauche.
Troubles sympathiques dans la paraplégie pottique, par M. André-Thomas.
M. A. Tlzomas présente les photographies d'une colonne vertébrale pré-
levée chez une pottique paraplégique. Il insiste sur les troubles sympathiques,
non seulement par lésion des racines, mais aussi par lésion du sympathique
lui-même. Il conseille, pour bien repérer à quelle hauteur du sympathique
siège la lésion, de prélever la colonne vertébrale et de disséquer soigneuse-
ment le sympathique pour lui garder ses rapports normaux.
Présentation des pièces anatomiques, par M. lumentié.
M. lumentié présente les coupes d'une sarcomatose diffuse des méninges
et les photographies d'une tumeur du IVe ventricule, ayant déterminé de
l'hypertension et de l'œdème papillaire.
Une nouvelle méthode de coloration de la cellule nerveuse, par M: Donaggio
(de Modène).
M. Donaggio fait une conférence et présente d'intéressantes projections.
Il compare la cellule nerveuse normale à la cellule pathologique, et montre
l'intérêt d'une méthode de coloration qu'il emploie pour mettre en évidence
les lésions cellulaires très fines.
L. GIROT.

II. — Société médico-psychologique


SÉANCE DU 25 FÉVRIER 1924

Présidence de M. Truelle
De l'établissement d'un carnet médical individuel pour les aliénés, par
M. Dabout. — L'auteur expose les avantages du carnet médical individuel
tel qu'il est constitué actuellement pour les employés du Métropolitain.
Pareille organisation mériterait d'être utilisée en ce qui concerne les aliénés ;
elle permettrait de connaître le passé de certains aliénés dangereux et d'éviter
ainsi leurs méfaits sociaux. Tout livret individuel comporterait un résumé
de l'observation, ainsi que les résultats des examens biologiques, tout cela
devant être rédigé dans chaque asile par le médecin chef de service.
Discussion :

M. H. Colin approuve vivement la proposition de M. Dabout. Il est de


toute nécessité en effet de pouvoir obtenir des renseignements précis sur les
antécédents des aliénés. M. H. Colin donne lecture à ce propos d'une lettre
de M. Bossard à l'occasion d'une discussion sur ce sujet à la Société clinique
de médecine mentale, M. Colin croit que les certificats sont souvent insuf-
fisamment détaillés et que le carnet individuel serait fort utile.
M. A. Marie et M. H. Claude rapportent des cas où des malades dangereux
ont pu circuler impunément, par suite de l'ignorance de leur passé.
M. H. Claude fait remarquer toutefois que si l'organisation du carnet
médical individuel est relativement facile à Paris, par suite de la possibilité
de concentrer les livrets à la préfecture de police, il n'en est pas de même en
province. Il serait nécessaire pour que la mesure fût vraiment efficace, de
créer un fichier central.
M. Toulouse envisage l'application de ce projet aux services ouverts. Pour
ces derniers, semblables mesures se heurtent à la question du secret profes-
sionnel.
M. Vallon estime, en effet, que dans les services ouverts, qui sont, en
somme, des services d'hôpitaux, le médecin est tenu par le secret profes-
sionnel et ne peut communiquer aux experts des renseignements concernant
des malades non internés. D'ailleurs, la création de carnets médicaux indi-
viduels dans toute la France lui paraît assez inopérante, par suite de la dif-
ficulté de connaître les différents établissements où les malades ont été
soignés. Cette mesure ne peut être efficace qu'avec un fichier central.
M. Charpentier fait remarquer qu'il n'est pas question dans le principe
de la méthode de l'appliquer aux services ouverts.
Sur l'invitation du président, l'étude de la mise en pratique des mesures
proposées par M. Dabout, ainsi que des modalités d'exécution,est remise à
la prochaine séance.
H. BARUK.
III. — Société clinique de médecine mentale
SÉANCE DU 18 FÉVRIER 1924
Présidence de M. Toulouse
Actes complexes et coordonnés accomplis au cours de crises épileptiques
d'automatismecérébral, par MM. Toulouse, Marchand et Litvak, Une femme

âgée de trente-huit ans, atteinte d'épilepsie depuis l'âge de trente-trois ans,
présente, outre des crises épileptiques convulsives, des accès d'automatisme
cérébral pouvant durer un quart d'heure et plus, au cours desquels elle
accomplit des actes compliqués,coordonnés, ne différant pas objectivement
de ceux exécutés pendant l'état normal. Pendant les crises la parole est rare,
monosyllabique, mais les réponses sont justes. Amnésie complète portant
sur toute la période de l'accès d'automatisme.
Un cas de diagnostic délicat d'épilepsie, par Mlle Serin. (Service de M. Henri
Colin. Présentation de malade.) — Mme L..., cinquante-sept ans, domes-
tique, divorcée. Admise pour « Dépression psychique, idées mystique?,
tentative d'empoisonnement. » Se montre à l'entrée confuse, sans idée déli-
rante. Le surlendemain éclate un accès hallucinatoire à teinte mystique,
accompagné d'agitation violente, qui cesse brusquement huit jours après.
La malade devenue tout à fait normale ne conserve aucun souvenir de cet
accès.
Elle ne présente pas de trouble du caractère.
Renseignements pris, Mme L... a depuis l'âge de douze ans des crises
épileptiques absolument typiques, se reproduisant tous les mois et dont elle
ne garde aucun souvenir. En avril 1923, la crise habituelle a été remplacée
par un court accès hallucinatoire, également amnésique. Le début des
troubles actuels est survenu trois semaines environ avant l'internement, à la
suite d'un pèlerinage à Lourdes qui avait vivement impressionné la malade.
L'hérédité de cette femme est chargée.
Depuis l'entrée, elle a eu sous les yeux du médium un vertige absolu-
ment typique, avec morsure de la langue, perte des urines, dont elle n'a pas
non plus conservé le souvenir.
Syndrome paralytique sans réactions humorales, par Mlle Serin. (Service
de M. Henri Colin. Présentation de malade.) — Mme P..., marchande,
mariée, quarante-sept ans. Deux fausses couches. Syphilis ancienne traitée.
Depuis deux ans, cette malade présente un affaiblissement intellectuel
progressif, vole de l'argent à son mari, le perd. Elle devient malpropre.
Entrée à Sainte-Anne, elle se montre apathique, puérile, mais ne présente
pas de gros troubles de la mémoire. Elle est gâteuse. Ses troubles neurolo-
giques sont ceux d'une paralytique générale. L'examen du liquide céphalo-
rachidien montre un Guillain faiblement positif, pas de lymphocytose, pas
d'hyperalbuminose.
Reprise par son mari, elle revient deux mois après. Elle avait pu, dans
cet intervalle, l'aider dans son métier de marchand de volailles. Mais celui-ci
ayant été frappé d'hémiplégie, elle devenait incapable de vivre seule au
dehors.
Son état est stationnaire.
Il faut penser à une syphilis cérébrale ou à une paralysie générale.
Un cas de diagnostic délicat d'épilepsie, par M. Desport. (Service de
M. Pactet. Présentation de malade.) — Le malade présenté paraît intéres-
sant en ce sens qu'il est un exemple de la difficulté qu'on peut éprouver,
dans certains cas, à préciser un diagnostic et, par suite, à prendre une déci-
sion suffisamment avertie au sujet de la sortie.
Entré à l'asile de Villejuif le 16 juillet 1923, à l'occasion d'une crise déli-
rante hallucinatoire, il ne présentait plus alors qu'un certain degré d'obtu-
sion intellectuelle. Il pouvait sortir guéri de l'asile après un séjour de huit
semaines. Le 2 octobre, il revenait à l'asile dans les mêmes circonstances
que la première fois; le rétablissement fut encore rapide. En l'absence de
renseignements, il était permis de se demander si l'alcool n'était pas à l'ori-
gine de la perturbation mentale.
Le 24 novembre, le malade est pris brusquement d'excitation au cours de
laquelle il se livre à des actes automatiques et, en l'espace de deux mois, les
mêmes incidents se renouvelèrent à six reprises différentes. Le caractère de
ces nouvelles manifestations le début brusque, l'accomplissement d'actes
automatiques, l'obtusion intellectuelle les accompagnant, la cessation
brusque des accidents, firent considérer ce malade comme épileptique, les
manifestations comitiales relevant de ces actes décrits par Falret sous le
nom de grand mal et de petit mal intellectuel. D'après les renseignements
recueillis auprès de sa mère, le malade avait présenté chez lui quelques accès
d'agitation identiques à ceux qui furent observés à l'asile. Jamais il n'eut
d'accès convulsifs, jamais il n'urina au lit; il n'a pas de cicatrice de morsure
à la langue.
La décision relative à la sortie sera évidemment différente de celle qui
pourrait être prise à l'égard d'un cas d'alcoolisme subaigu amélioré.
Syndrome paralytique sans réactions humorales, par M. Desport. (Service
de M. Pactet. Présentation de malade.) — Malade placé volontairement à
l'asile pour affaiblissement psychique très accusé, troubles physiques, tels
que grande paresse des réflexes pupillaires à la lumière, dysarthrie, etc., et
réaction de Bordet-Wassermann négative dans le sang et dans le liquide
céphalo-rachidien.
Dans le service, on observe un affaiblissement intellectuel global, les
signes physiques précédemment énumérés et, de nouveau, l'absence de la
réaction de Bordet-Wassermann dans le liquide céphalo-rachidien. De plus,
on ne note que o gr. 22 d'albumine, 5 lymphocytes par millimètre et la réac-
tion de Guillain négative.
La maladie a débuté par une grande fatigue en juillet 1922 ; le malade se
plaignait aussi de céphalée. Il n'eut jamais d'ictus. Rétention d'urine en 1921.
Les troubles démentiels et physiques observés, l'absence de réactions
humorales nous autorisent à porter le diagnostic de syndrome paralytique
sans réactions humorales.
Trois cas de délire raisonnant d'invention. (Présentation de documents.) —
M. Hoven (asile de Mons, Belgique) communique les observations de deux
malades inventeurs.
Il s'agit, de ces malades observés si fréquemment au cours de la guerre.
L'un décrit, avec dessins à l'appui, une machine blindée pour attaques, des
appareils de défense contre les avions, un harnachement spécial permettant
aux chevaux de défoncer les fils de fer barbelés, l'autre un changement de
vitesse automatique s'appliquant aux hélices d'avion.
A cette occasion, M. le docteur Auguste Marie présente des documents
et des dessins analogues.
H. COLIN.
IV. — Société de psychiatrie
SÉANCE DU 21 FÉVRIER 1924

Présidence de M. Sémelaigne
Hypomaniaque raisonnante. — MM. Laignel-Lavastine et Vinchon pré-
sentent une malade "qui est arrivée dans le service de la Pitié après s'être
évadée de la colonie belge de Gheel. Son état mental comprend deux élé-
ments 1° De l'excitation psychique dans les domaines verbal, graphique et
:

moteur, qui domine actuellement le tableau clinique ; la mimique mobile, la


recherche du costume, la décoration de la chambre avec des bibelots symbo-
liques sont les manifestations curieuses de cette excitation. 20 Un délire de
revendication qui a entraîné deux compartiments différents a) à Gheel,
:

réclamations, interventions auprès des magistrats, fugues; b) à la Pitié,


excitations purement verbales et graphiques, sans aucune tentative de pas-
sage à l'acte. Il semble bien que dans la phase actuelle, l'élément dominant
soit l'hypomanie, tandis que l'élément revendicateur paraît secondaire.
M. Georges Dumas ne croit pas qu'on puisse admettre ici une dissociation
mentale, comme les auteurs l'ont supposé, parce que chez cette malade les
actes ne concorderaient pas avec les paroles.
M. A. Delmas insiste, à propos de cette observation, sur la fréquence des
associations de constitution, réalisant des psychoses associées.
M. Minkowski pense qu'il s'agit d'une psychose associée dans laquelle
domine l'excitation hypomaniaque.
La psychologie comparée des paralytiques généraux et des schizophrènes, par
MM. E. Minkowski et Tison. — L'affaiblissement intellectuel de la démence
vraie, qui existe chez le paralytique général, se laisse définiraisément comme
perte, avant tout, du jugement et de la mémoire. Au contraire, ces notions
se montrent insuffisantes lorsqu'il s'agit de préciser le processus fondamental
de la démence précoce de Kraepelin, de la discordance de Chaslin ou de la
schizophrénie de Bleuler. Dans ces affections on a incriminé la défaillance
du facteur pragmatique (Bleuler), la perte du contact vital avec la réalité et
le fléchissement de l'élan personnel selon les idées bergsoniennes, un
trouble de pénétration. Ainsi, les facteurs statiques, comme les souvenirs ou
les idées isolées, resteraient intacts, tandis que les facteurs dynamiques, la
pénétration qui transforme l'ensemble de ces facteurs statiques en une con-
tinuité mouvante et vivante, fait défaut.
CerN

1. Les Lipoïdes phosphorés du cerveau, lorsqu'ils sont ingérés, sont résorbés en


nature dans l'intestin, dans la proportion de 95 il. (Salkowski, Franchini)). Ils sont
fixés électivement et sans modification dans le cerveau même (Salkowski : " Est-il
possible d'augmenter la quantité de phosphore du cerveau ?" Bioch. Z, LI, p. 407.)
Il. Il est démontré aujourd'hui que :
La quantité de Lipoïdes phosphorés est diminuée dans le cerveau des malades
atteints de psychopathies, de paralysie générale, démence précoce, épilepsie, neu-
rasthénie, chez les vieillards, dans les convalescences des maladies graves, etc.,
etc., ainsi que dans la moelle des tabétiques... (Carbone et Pighini, Bioch. Z, xivi,
p. 450, et XLIII, p. 304. — Feigl, Bioch. Z, LXXXVÏII, p. 53. — Koch et Mann, " Arch.
of Neurol. a. Psych. 1910. — Peritz, Mott et Barrait, Molt et Halliburton. Fraenkel,
nimitz, Bioch. Z, xxvi, p. 215.)
111. Il résulte de toutes ces recherches qu'aujourd'hui un traitement rationnel
de toutes les affections du système nerveux comporté l'administration du Lipoïde
principal phosphoré du cerveau, indépendamment et à côté des autres traite-
ments, tels aue, par exemple, le traitement spécifique (Giacomo Pighini, Babès, etc..
Dose normale : une injection hypodermique journalière ou 4 à 8 pilules par jour.

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PRIX. — Les prix de séjour et de traitement varient suivant le pavillon, l'appartement et la fJL
nature de l'affectioi-t traitée.
Institut Médico=Pédagogique
pour le Traitement et l'Éducation
DES ENFANTS NERVEUX ET ARRIÉRÉS
des deux Sexes
(Fondée en 1893 par le Dr BOURNEVILLE)
VITifY, près Paris, rue Saint-Aubin, 22
médecin en chef. — G. ALBOUY, directeur pédagogique
Dl G. IMUL-BOAiCOUR,

L'Institut Médico-Pédagogique est destiné :


1° Aux enfants présentant de l'instabilité mentale et sujets à des impulsions
maladives qui les empêchent, quoique possédant un certain développement
de l'intelligence, de se soumettre à la règle des lycées ou des pensions et qui
ont, par conséquent, besoin à la fois d'une méthode d'éducation spéciale et
d'une discipline particulière ;
2° Aux enfants arriérés, faibles d'esprit à tous les degrés ;
3° Enfin aux enfants atteints d'affections nerveuses compliquées ou non
d'accidents convulsifs.
Les enfants de ces diverses catégories forment des groupes toutàfait distincts.
En outre, un pavillon spécial d'observation, récemment construit et appro-
prié à cet usage, est destiné à recevoir les enfants et les adolescents, sur
la nature desquels les médecins veulent être fixés avant de prendre une
décision utile.
Après quelques semaines d'observation, des renseignements précis sur la
mentalité, la moralité et le caractère sont transmis. Le prix de la pension
pendant la période d'observation est de 5oo fr. par mois.
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La Maison de Santé du Château de Suresnes est située à la Porte de Paris
(sortie du Bois de Boulogne), dans un grand parc.
Remise à neuf et embellie depuis la guerre, la maison reçoit, dans des
parties distinctes (château et pavillons dispersés dans la verdure du parc),
des convalescents, neurasthéniques, nerveux, intoxiqués ou
psychopathes.
Château et pavillons réunissent toutes les conditions les meilleures
d'hygiène et de bien-être (chauffage central, eau chaude, électricité, eau
de source), etc.
Les personnes qui y séjournent peuvent y disposer à leur gré d'une
chambre meublée avec luxe, d'un cabinet de toilette, d'un salon, d'une
salle de bains, etc.
Les Médecins de la Maison de Santé et leurs familles prennent leurs
repas avec les pensionnaires qui désirent fréquenter la salle à manger.
La Maison est largement ouverte à Messieurs les Médecins, qui
peuvent ainsi continuer à suivre leurs malades.
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De cette conception se dégage bien la différence entre l'affaiblissement
intellectuel et la dislocation schizophrénique. Chez le paralytique général,
les facteurs statiques souffrent avant tout, le facteur dynamique semble, par
contre, se conserver assez longtemps ; dénué des souvenirs qui se groupent,
chez l'individu normal, autour de lui, il se manifeste d'une façon morbide et
détermine le caractère général des réactions de ces malades, caractère qui
parfois se laisse poursuivre jusqu'à un stade très avancé de l'affection.
M. A. Delmas a pris intérêt à ce travail parce qu'il montre la nécessité
des recherches sur la schizophrénie et les psychoses discordantes, mais se
méfie des fonctions nouvelles et multiples qu'invoquent les auteurs.
M. Georges Dumas constate que ces théories ne sont faites que de com-
paraisons, d'images, de symboles et de métaphores. Cette conception de la
psychiatrie n'est, pour ainsi dire, qu'un reflet des doctrines philosophiques
régnantes. Or, la médecine mentale ne doit pas suivre la philosophie, mais
au contraire, les philosophes devraient utiliser les notions fournies par la
psychiatrie.
M. Hart.enberg regretterait beaucoup de voir la psychiatrie française s'en-
gager dans cette voie philosophique, car cette orientation aurait pour effet
de creuser davantage le fossé entre la médecine mentale et la pathologie
générale à laquelle elle doit se rattacher. Il serait beaucoup plus fructueux
de s'en tenir sur le terrain médical et de chercher la nature et les causes de
la démence précoce.
M. Minkowski ne croit pas qu'il s'agisse uniquement d'une transposition
globale de notions philosophiques en psychopathologie. L'application de ces
notions donne au contraire la possibilité de mieux analyser les faits en
présence desquels on se trouve et de mettre en évidence des particularités
qui échappent d'habitude à l'observateur.
Apparence d'autocritique par conservation d'une rhétorique automatique
après dix ans de démence. — MM. Courbon et Bauer communiquent l'obser-
vation d'une démente précoce, malade depuis douze ans, et dont la rhéto-
rique fit illusion pendant des années, si bien qu'au lieu de l'interner sa
famille, qui expliquait ses extravagances par une simple neurasthénie, alla
jusqu'à lui confier la gestion d'un fonds de commerce dans l'espoir de la dis-
traire en l'occupant. Cette rhétorique fut encore capable, lors de son admis-
sion à l'asile, de tenir en suspens le diagnostic de démence jusqu'à l'arrivée
des renseignements sur sa conduite en liberté.
Cette illusion de validité mentale que peut donner la conversation d'un
dément n'est pas rare et montre la nécessité de distinguer, comme le fait
Courbon, la capacité intellectuelle théorique et la capacité réelle. La pre-
mière n'est qu'une donnée de la mémoire elle suffit à conférer à une con-
:

versation l'apparence de la raison, mais en présence des réalités de l'expé-


rience elle est impuissante. La capacité intellectuelle réelle est une donnée
immédiate du sens critique. C'est la perception directe des rapports des choses
entre elles. La vraie pierre de touche est la vie en liberté avec ses problèmes
incessants d'adaptation au milieu.
P. HARTENBERG.
ANALYSES

DUVERGER et REDSLOB. Pathogénie du signe d'Argyll-Robertson.


(Revue d'oto-neuro-oculistique)n° 8 octobre 1923.)
Les auteurs, sans vouloir envisager la signification ni la valeur séméiolo-
gique du signe d'Argyll-Robertson, reprennent d'un point de vue original la
question de la pathogénie, qui a déjà donné lieu à un grand nombre de
travaux. On considéra successivement comme origine de ce symptôme : une
lésion médullaire cervicale (Reichardt, Uhthoff, Dreyfus) ; une atteinte de l'arti-
culation entre la voie visuelle ascendante et le noyau pupillairedu III (Bumke,
Behr); une altération du noyau pupillaire lui même (Lewinson) ou des fibres
pupillaires; des lésions du ganglion ophtalmique et des nerfs ciliaires déter-
minant secondairement des troubles trophiques de l'iris (Marina, Dupuy-Du-
temps, Lafon).
Les premières de ces.hypothèses ont été démenties par les faits cliniques
ou anatomo-pathologiques. Quant à la dernière, si elle permet de comprendre
le myosis, l'inégalité et les déformations pupillaires, elle n'explique pas la dis-
sociation des réactions pupillaires ni l'apparition de signes d'Argyll-Robertson
sans lésions iriennes au cours de traumatismes craniens, de paralysies du III,
de contusions du globe, etc.
D. et R., reprenant la description clinique du signe d'Argyll-Robertson,en
différencient deux types : l'un qui ne comporte que la dissociation des réac-
tions iriennes, l'autre (syndrome d'Argyll-Robertson complet) qui comprend,
outre l'abolition du réflexe photomoteur joint à la conservation de la contrac-
tion à la vision de près, le myosis, la déformation et l'inégalité pupillaires
et les modifications du tissu irien décrites par Dupuy-Dutemps.
De l'étude physiologique des mouvements iriens, il ressort nettement que
la réaction photomotrice est seule un véritable réflexe, la réaction à la vision
de près n'étant qu'un des éléments d'un mouvement volontaire, c'est-à-dire un
mouvement associé. Normalement déjà il existerait une différence très nette
entre les caractères de ces deux contractions iriennes, la réaction à la con-
vergence étant beaucoup plus tenace et durable que le réflexe photomoteur. Si
la contractilité de l'iris diminue, c'est la réaction la moins forte qui doit dispa-
raître la première: ainsi se constitue le signe d'Argyll-Robertson,qui n'est que
e l'expression de la perte partielle de la contractilité de l'iris rendant plus
évi-
dente la dissociation qui existe à l'état physiologique J et ne représente, pour
les auteurs, qu'un état transitoire au cours d'une évolution qui peut aller de la
mobilité physiologique de l'iris à l'immobilité pathologique.complète.
Dans sa signification la plus générale (dissociation des réactions pupillaires),
le signe d'Argyll-Robertsonpeut être dû aune lésion quelconque de l'appareil
iridomoteur, pourvu que cette lésion soit partielle et incomplète, alors que
le syndrome complet (dissociation des réactions pupillaires jointes aux modifi-
cations de l'iris), d'une valeur plus particulière, se rencontrant surtout chez les
syphilitiques, nécessite une atteinte primitive ou secondaire du neurone
périphérique. S. ScniFF-WERTHEiMER.

VEGA. Sur la pathogénie du tabes dorsalis. (Rivista di patologia nervosa e


mentale, 2 5 août 1923.)
Lorsque le tabes est récent, on constate dans l'espace interarachnoïdien
des lésions inflammatoires légères des racines antérieures et postérieures;
dans la portion radiculaire, infiltration et prolifération inflammatoires aiguës.
Le maximum des lésions se rencontre dans le rameau sensitif, où l'on rencontre
également l'endonévrite. Parfois au niveau de l'origine apparente du nerf, la
myéline a complètement disparu de la partie sensitive. Plus tard l'endothé-
lium de la racine sensitive prolifère au niveau de l'espace interarachnoïdien;
dans les racines les lésions conjonctives existent sur les deux racines dans la
zone radiculaire, mais ces lésions prennent l'allure chronique que l'on sait.
Les cellules des fibres centripètes sont toujours plus altérées que les fibres
centrifuges.
L. WAHL.
JOSEPH IMRE. L'influence du système endocrinien sur la tension intra-
oculaire. (Endocrinology. Vol. VI, n° 2, mars 1922, p. 213.)
L'auteur, reprenant l'hypothèse — déjà exprimée par Hippel, Hertel et
Wessely— d'une relation entre les modifications de la tension intra-oculaire
et les troubles des sécrétions endocrines, lui donne comme base quelques
faits cliniques intéressants. Il a étudié particulièrement deux cas de tumeurs
hypophysaires dans lesquels la tension intra-oculaire, très basse au début,
remonta rapidement à la suite d'un traitement radiothérapique qui enraya la
progression du syndrome hypophysaire. Dans deux cas d'ostéomalacie gra-
vidique la tension fut trouvée notablement abaissée. L'auteur constata de
même, dans trois cas, une hypotension intra-oculaire consécutive à la castra-
tion, alors que, dans la plupart des cas de Basedow étudiés, la tension lui
parut supérieure à la normale.
De ces observations, Imre conclut à la nécessité de mesurer systématique-
ment la tension intra-oculaire dans tous les cas où l'existence de troubles
des sécrétions internes peut être supposée.
S. SCHIFF-WERTHEIMER.
BUSCAINO. Amines toxiques présentes dans la circulation chez les
déments précoces et manquant chez les maniaques et les mélanco-
liques. (RasseglZa di studi psichiatrici, juillet-octobre 192^.)
Nous rappelons que,par le nitrate d'argent à chaud, les urines des déments
précoces de toutes les variétés — et elles seules
— donnent une réaction noire
caractéristique de certaines amines toxiques appartenant au groupe de l'his-
tamine. L'élimination par l'urine de ces toxines est intermittente sans rythme
particulier. Elle n'a pas de rapport avec les périodes fébriles ni avec la tuber-
culose, si fréquente chez les déments précoces, mais paraît liée à la résorp-
tion, par l'intestin grêle d'amines, à noyau imidozolique. Les altérations du
foie favorisent cette résorption. La réaction peut être noire-verdàtre dans la
catatonie, dans l'amyotropisme post-encéphalitique, dans les syndromes Wil-
soniens, dans le parkinsonisme, dans les syndromes à évolution lente du cer-
velet. La démence est donc pov.r B... une maladie acquise par un cerveau
débile sous des influences toxiques dues à la présence dans le sang de l'hista-
mine. L'expérience sur le lapin confirmerait cette manière de voir. Cette réac-
tion, que nous proposons d'appeler réaction de Buscaino, permettrait en cas de
doute de différencier la démence précoce des autres psychoses.
L. WAHL.
LONGHITANO Kystes dermoïdes et cholestéatomes du système nerveux
central. Recherches anatomo-pathologiqueset considérations critiques.
(Rivista italiana di neuropatologia, mai-juin 1923.)
Il ne semble pas que ces tumeurs dérivent de l'endothélium ; il paraît
plus probable qu'elles ont pour origine l'épithélium épendymaire. Cependant,
il faut alors supposer une métaplasie bien complexe pour expliquer leur
morphologie. La structure particulière qu'ont parfois certaines parties de ces
tumeurs rappelle celle de l'épiderme et rend probable leur origine ectoder-
mique. Dans le cas de l'auteur il existait un polymorphisme qui allait d'une
simple assise de cellules de l'épithélium cubique à des kystes polystratifiés à
caractère épidermique et enfin à de véritables cholestéatomes. Cependant, il
semble y avoir là une même entité morphologique à plusieurs périodes de son
développement et formant la transition entre les kystes épidermoïdes et les
cholestéatomes. L. WAHL.

TERNI. Sur la constitution de la substance gélatineuse de la moelle des


oiseaux. Note préliminaire, Académie royale de médecine de Turin, Séance
du 23 mars 1923. (Journal de l'Académie.) Janvier-mars 1923.
Le sinus rhomboïdo-sacré des oiseaux se forme au dépens de la zone
médio-dorsale du tube médullaire de l'embryon et se présente chez l'adulte
comme un « septum posterius » énormément dilaté qui fait hernie à la face
dorsale de la moelle. Chez le pigeon, le moineau, les cellules d'abord petites
ne se différencient pas des autres cellules de la moelle. Au onzième jour, elles
se chargent de glycogène et prolifèrent, en prenant la forme de vésicules.
Plus tard, on trouve à la périphérie une mince zone de protoplasma comprimé
contenant des chondrosomes, là est le noyau qui est petit et sphérique, le
reste de la cellule est formé de glycogène formant un gros bloc de quarante
de diamètre; il s'agit donc là d'un corps sacré glycogénétique entouré d'un
rés-eau capillaire sanguin à larges mailles. L. WAHL.

F. D'ALESSANDRO. Contribution à l'anatomie pathologique de la glande


génitale mâle dans la paralysie générale. (Note e riviste di psichiatria,
décembre 1922).
Dans les maladies parasyphilitiques et surtout dans la P. G. les fonctions
exocrines du testicule sont souvent altérées; il n'y a pas de parallélisme entre la
gravité et la durée de la maladie mentale et ces altérations, mais ce parallé-
lisme existe avec la gravité de la syphilis, soit que celle-ci intervienne direc-
tement sur les éléments nobles de la glande, soit par l'intermédiaire de troubles
circulatoires. Il en résulte la stérilité ou tout au moins une faible vitalité des
produits. Jamais on ne constate la présence de tréponèmes, on est donc porté
à admettre que les descendants des syphilitiques sont contagionnés par l'in-
termédiaire de la mère lorsque la syphilis est encore jeune et que plus tard
cette infection est exceptionnelle. On voit combien ces théories sont éloi-
gnées des anciennes lois de Colles et de Profeta. L. WAHL.

E. BREVETTA. La réaction de Lange en psychiatrie. (Note e rivista di


psichiatria, décembre 1922.)
La réaction de l'or colloïdal a l'avantage de pouvoir être exécutée avec
quelques gouttes de liquide seulement, de liquide céphalo-rachidien. Elle
est plus précise que le B. W. dans les cas de paralysie générale, de tabes
paralytique, de paralysie générale juvénile et sénile, aussi bien que dans les
formes vulgaires; elle est, au contraire, négative toutes les fois que la syphilis
n'est pas en cause; les résultats sont identiques, que l'on pratique la ponction
lombaire ou la ponction cérébrale. Elle permet dans les cas douteux, en parti-
Gulier dans la sclérose en plaques et dans l'abcès du cerveau, de savoir s'il y a
syphilis ou non. L. WAHL.

PFANNER(dc Turin). Sur la valeur diagnostique de la réaction du benjoin


colloïdal dans le liquide céphalo-rachidien. (Rivista dipatologia nervosa
e mentale, 3o septembre 1923.)
La simplicité et la sensibilité de cette réaction la rendent très précieuse
toutes les fois que le liquide céphalo-rachidienne contient ni sang ni composés
xantho-chroniques. Le benjoin de Sumatra doit être préféré aux autres; il
faut cependant tenir compte des différentes phases de la réaction. Elle révèle
les lésions syphilitiques du névraxe qui atteignent les éléments nerveux ou
les vaisseaux. Les causes d'erreur ou de doute font, d'après Pfanner, que cette
méthode n'est pas supérieure aux autres épreuves biologiques employées dans
le même but. L. WAHL.

J. ARMUSSI. Considérations sur les rapports entre la neuro syphilis. la


réaction de Wassermann dans le sérum et dans le liquide cérébro-
spinal. (Rassegna di studi psitriatici, mars-juin 1923.)
L'auteur insiste sur la nécessité de faire dans tous les cas de neuro-syphilis
la réaction de Bordet-Wassermann sur le liquide céphalo-rachidien,qui bien
souvent est véritablement démonstrative des lésions organiques. Cette
recherche est particulièrement importante lorsque les signes psychiques ou
nerveux sont d'une interprétation douteuse. L'auteur admet que la réaction
de Bordet-Wassermann est la meilleure ; en France, on tend à lui préférer celle
du benjoin colloïdal. L. WAHL.

A. ALBERTI. Disparition de l'endémie pellagreuse dans les provinces de


Pesare et d'Urbin. Communication au VIe congrès de la pellagre,
29-30 mai 1922. (Note e riviste di psichiatria, 1922.)
Avant la guerre ces deux provinces comptaient parmi les plus infestées de
pellagre. Depuis que les conditions économiques des travailleurs de la terre
se sont modifiées, notamment par la création de coopératives de production
et la participation aux bénéfices, la maladie a considérablement rétrocédé.
L'auteur n'admet ni la théorie maïdique de Lombroso, ni celle du strepto-
bacille de Tizzoni; il attribue la pellagre à une avitaminose. Il a vu, en effet,
celle-ci se développer chez des prisonniers de guerre qui n'avaient point été
nourris avec du maïs. Pour combattre l'endémie, Alberti préconise la distri-
bution de sel aux pellagreux et à leurs familles, la surveillances des mendiants
et des vagabonds dans les lieux contaminés et enfin la création de chaires
ambulantes d'agriculture.
L. WAHL.

ZALLA. Tuberculose et maladies mentales. (Rivista di patologia nervosa e


mentale, mai, juin 1923.)
Tous les auteurs, depuis longtemps ont signalé l'extrême fréquence de la
tuberculose chez les aliénés (Brouardel). Zalla a établi le p. 100 des morts
par tuberculose dans les différentes formes mentales d'après les statistiques
de la clinique de Florence et est arrivé à cette conclusion que la tuberculose
frappe surtout ceux qui font un long séjour à l'asile,tout particulièrement les
phrénasthéniques, les déments précoces, les hébéphréniques, les cas subaigus
d'alcoolisme. Evidemment l'hygiène toute relative que l'on peut avoir dans
les asiles facilite l'éclosion et le développement de la bacillose, mais il est
certain que le terrain constitutionnel y est pour beaucoup, tout particulière-
ment chez les déments précoces, chez lesquels la tuberculose existe déjà lors
de l'internement. Lewis tout récemment a insisté sur les relations de cause à
effet qui existent entre la tuberculose et la démence précoce et Alexandre
a attribué à la toxine tuberculeuse la cause de cette maladie. De nombreux
cas que j'ai observés paraissent justifier cette manière de voir.
L. WAHL.
REZZA. Delirium tremens avec syndrome de Wernicke. Polioencéphalite
hematique supérieure aiguë et leptoméningite hémorragique. (Rassegna
di studi psichiatrici, 1923.)
L'auteur rapporte un cas de delirium tremens dans lequel existaient un
certain nombre de symptômes oculoplégiques de Wernicke. L'autopsie a
montré une lepto-méningite hémorragique d'une part,et de l'autre un foyer
hématique dans le lobe frontal. Pour Rezza, l'encéphalite aiguë de Wernicke
est un syndrome et non une maladie, elle peut même exister sans véritables
foyers hémorragiques au lieu d'élection. La lepto-méningite hémorragique
est un fait rare. Ce serait pour Rezza une erreur que de vouloir identifier
l'encéphalite aiguë avec l'encéphalite léthargique hémorragique en se fondant
sur l'identité des lésions histologiques. La place de ces deux affections est
encore à déterminer dans le cadre nosologique.
L. WAHL.

JOSEPH PEYRUS. Essai sur la bismuthothérapie dans la neurosyphilis.


(Thèse de Lyon, décembre 1923.)
Envisageant la' thérapeutique actuelle vis-à-vis des syphilis nerveuses,
M. Peyrus, au cours d'un très intéressant travail sur la Bismuthothérapie, met
-en relief, dans diverses observations de neurosyphilis (dont la
plupart ont été
recueillies dans le service de Neurologie de M. Bériel) les heureux résultats
de la médication bismuthée là où mercure et arsenic semblaient devoir
échouer ou avoir épuisé leur effet.
Au cours de son expérimentation, l'auteur s'est exclusivement et prin-
cipalement servi d'un composé organique récent, remarquablement bien
toléré, par voie intramusculaire, même à doses élevées ou rapprochées, et
sans phénomènes réactionnels, l'oléate de bismuth (Oléo-Bi « Roche ») titré
à 5o p. 100 de Bi-mëtal ; puis, accessoirement, d'un tartrobismuthate de
sodium, titré à 35 p. 100 (Tartro-Bi), administré par voie endoveineuse.
L'efficacité du bismuth — en l'espèce de l'oléo-bi — apparaît nettement
établie dans plusieurs des observations de l'auteur, et nous devons admettre
avec M. Peyrus, qui en a minutieusement étudié l'action, que cette dernière
tient principalement à la diflusion lente et profonde du Bi dans les tissus
réalisant c un véritable bain bismuthé », notamment au niveau des centres
nerveux et du liquide céphalo-rachidien.
Des nombreuses observations recueillies jusqu'ici par divers expérimen-
tateurs, aussi bien dans les hôpitaux de Paris, Saint-Louis, Cochin, Hôtel-
Dieu, que dans les hôpitaux de province, Antiquaille, Charité, Nancy,
Strasbourg, il semble que l'oléo-bi soit un produit excessivement com-
mode à administrer, très maniable, présentant une résorption complète en
même temps que lente et progressive du bismuth, sans danger d'accu-
mulation ou de décharges inondant brusquement l'organisme, et dont, par
conséquent, il est facile, par un dosage judicieux, d'éviter toute action
secondaire.
L. PARROT.

SIMONPIÉTRJ. Le Sonéryl. Etude chimique, pharmacologique et cli-


nique. (Thèse de Paris, 1923.)
Introduite dans la thérapeutique par Carrion et Tiffeneau, la butyléthyl-
malonylurée ou acide butyl-éthyl-barbiturique (Sonéryl) est un hypnotique
puissant qui, grâce à ses propriétés sédatives, peut être avantageusement
utilisé.
C'est une poudre blanche microcristalline, légèrement soluble dans l'eau
et devenant très soluble en présence des alcalis minéraux ou organiques.
Le Sonéryl peut s'employer sous diverses formes et suivant les diverses
voies d'introduction suivantes :
Voie buccale : soit en cachets, soit en comprimés titrés à o gr. 10, soit en
solutions, par cuillerées à bouche quand elles sont diluées, ou par gouttes
quand elles sont concentrées.
Voie sous-cutanée oit intraveineuse : on utilise des solutions titrées à o gr. o5
de produit; on peut en injecter un, deux, trois, quatre centimètres cubes,
selon l'effet à réaliser.
Voie rectale : on peut donner le Sonéryl sous la forme de lavements con-
tenant 10 ou 20 centigrammes de produit pour 60 centimètres cubes d'eau ou
sous la forme de suppositoires titrés à o gr. 10.
Cet hypnotique est sans action appréciable sur le cœur, la circulation et
le rein, chez l'homme. Il n'est nullement toxique aux doses thérapeutiques et
n'est pas irritant pour les muqueuses et, en injections, il n'est pas dou-
loureux.
Il ne présente donc pas de contre-indications.
La facilité avec laquelle on peut l'administrer par diverses voies d'intro-
duction permet de l'employer avec succès dans toutes les formes d'insomnie.
a) Dans l'insomnie des nerveux, on a constaté, jointe à son action hypno-
tique, une action sédative très marquée, avec des doses comprises entre
o gr. o5 et o gr. 10 de Sonéryl.
b) Dans l'insomnie des délirants aigus, on a obtenu le calme et la dispari-
tion des phénomènes d'excitation par l'emploi de doses comprises entre
o gr. 10 et o gr. 3o de produit.
L'injection intraveineuse, d'ailleurs exceptionnelle, a fourni, avec des
doses de Sonéryl de o gr. o5 ou o gr. 10, des résultats sédatifs particulière-
ment rapides et efficaces.
c) Dans Vinsomnie des douloureux, l'action hypnotique et sédative est
remarquable. Dans certains cas, deux prises de o gr. 10 chacune, une le
matin, l'autre le soir, assurent des journées m*>ins pénibles et de bonnes
nuits de sommeil.
d) Dans l'insomnie des infectieux (grippe, pneumonie, etc.), on enregistre
avec la butyléthylmalonylurée, les mêmes succès. Le délire, l'excitation sont
rapidement calmés et le sommeil apparaît facilement avec des doses comprises
entre o gr. 10 et o gr. 20 de médicament.
e) Dans l'insomnie des tuberculeux, et celle due aux affections de l'appareil
respiratoire, la butyléthylmalonylurée s'est montrée aussi active.
/) Chez les cardiaques, l'insomnie due à l'angoisse, à la fièvre, cède sous
l'influence du Sonéryl et ceci sans inconvénient pour le cœur; ces malades
éprouvent, de ce fait, un repos bienfaisant.
g) Enfin, la butyléthylmalonylurée possède une action certaine dans
l'épilepsie. L. WAHL.

AVIS
La cinquième réunion d'Etudes biologiques de neuro-psychiatrie aura lieu
le jeudi 27 mars prochain à neuf heures et demie à l'asile Sainte-Anne, à l'am-
phithéâtre de la clinique de la Faculté (service du professeur H. Claude).

Le Gérant : G. DELARUE.
TRAVAUX ORIGINAUX

LA CONSTITUTION SCHIZOÏDE
(ÉTUDE CLINIQUE ET DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL)
PAR
Le professeur Henri CLAUDE
A. BOREL et Gilbert ROBIN

1
C'est Kretschmer qui employa le premier le terme de tempérament schi-
zoïde. Le mot a fait fortune. Le cycloïde, qui s'opposait selon Kretschmer au
schizoïde, est devenu syntone dans la terminologie de Bleuler : « La syntonie
est la faculté de se mettre au diapason de l'ambiance, de pouvoir vibrer à
l'unisson avec celle-ci : elle réalise en même temps l'unité de la personnalité.
La schizoïdie, par contre, est la faculté de s'isoler de l'ambiance, de perdre le
contact avec elle; elle a pour conséquence un fléchissement plus ou moins
grand de la synthèse de la personnalité humaine 2. » La schizoïdie qui, seule,
nous retiendra ici, devenait pour Bleuler le terrain de la schizophrénie, c'est-
à-dire de toute la démence précoce, de la paranoïa, du délire de préjudice
sénile, de l'hystérie, des obsessions, etc.
Par une telle extension il est aisé de comprendre que la schizoïdie de Bleu-
ler répond non à un type clinique défini, mais à une conception générale.
L'individu n'est pas envisagé dans l'ensemble de ses caractères, mais unique-
ment dans son contact avec l'ambiance. C'est ce reproche « du point de vue a
que nous faisons à Bleuler, parce que cette conception est avant tout psy-
chologique et a conduit le psychiatre de Zurich à faire de la schizophrénie la
Maladie mentale par excellence.
Selon nous la schizoïdie a une physionomie clinique beaucoup plus limi-
tée. Nous ne nions pas que la perte de contact avec l'ambiance puisse être
révélée par un complexe affectif, mais le choc moral n'a été le plus souvent
qu'un prétexte à mettre en valeur des tendances profondes latentes. Nous
pensons bien qu'il n'y a pas de limites nettes en psychiatrie et qu'un schizoïde
I. Ernst KRETSCHMER — Korperbau und Charakter — Berlin 192 1. Pour
cet auteur,la constitution,c'est l'ensemble des dispositions individuelles. Le
caractère c'est la possibilité des réactions affectives. Le tempérament, c'est le
caractère,vu à travers la constitution. Nous ne pouvons suivre Kretschmer
dans les développements qu'il donne à la constitution schizoïde, qu'il oppose
constamment à la constitution cycloïde. Notre conception emprunte certains
éléments à celle de Kretschmer, mais s'en distingue par les caractères que
nous exposons dans cette étude et au premier plan desquels nous plaçons
les rêveries et la constitution des mondes imaginaires.
2. MINKOWSKI. Impressions psychiatriques d'un séjour à Zurich. (Annales
Médico-Psyclz.,février 1923.)
sera susceptible de manifester des tendances paranoïaques à titre épisodique et,
vice-versa, qu'un paranoïaque pourra par intervalles présenter des traits de
schizoïdie. Mais nous pensons surtout que,loin d'englober les constitutions
qui ne relèveraient pas dela syntonie, la schizoïdie a une existence clinique à
titre de constitution précise, beaucoup moins étendue que dans la conception
de Bleuler. Il nous semble qu'elle ne saurait être confondue avec aucune des
constitutions classiques en psychiatrie et qu'elle doit avoir sa place à côté
d'elles.

Cette constitution se rencontre fréquemment chez des individus prédis-


posés par une hérédité psycho-pathologique. Dès l'enfance se manifeste de
bonne heure le goût de la solitude, des jeux paisibles, de la rêverie. Mlle B...,
Marie-Élisabeth, était une enfant charmante, bonne, affable, se plaisant à des
jeux simples et peu bruyants. Ses parents n'arrivaient guère à la faire sortir.
Un naturel rêveur lui donna le goût de la vie intérieure. Germaine B.1 pré-
férait la compagnie d'un livre à celle des enfants de son âge. Très jeune, elle
avait manifesté un goût très vif pour la lecture et se plaisait surtout à celle
des romans romanesques,* ceux qui font penser et rêver ». Elle aimait la
solitude, n'avait pas d'amies, fuyait les jeux de son âge. Silencieuse, elle pas-
sait souvent pour orgueilleuse. Le soir, dans l'obscurité, elle faisait de beaux
projets, organisait minutieusement la vie qu'elle aurait voulu mener. D.
2
Rachel était casanière et ne sortait jamais. Ces sujets sont souvent studieux
et montrent dans les examens et dans les concours que leurs facultés intellec-
tuelles peuvent être brillantes.
Quand ces sujets avancent en âge, l'adaptation à la réalité extérieure
est difficile, ou bien si elle se fait normalement elle exige un grand effort de
volonté de la part de l'individu. Le schizoïde ne s'embarque pas volontiers
vers les grandes entreprises matérielles. Elles ne l'intéressent pas. Il peut être
par la force des choses homme d'action : il n'aime pas l'action. La vie
errante qu'il mène parfois peut faire croire à un goût de l'aventure. En réa-
lité l'aventure ne le tente pas et c'est le plus souvent pour fuir un milieu qui
ne satisfait pas à ses tendances innées qu'il donne l'impression de l'insta-
bilité.
En règle générale, la vie pratique est négligée au profit de la vie intérieure.
Le travail de la « pensée autiste » tend à restreindre l'office de la c pensée réa-
liste ». A ce stade simple ne sortant pas des cadres de la psychologie normale,
l'autisme est un phénomène conscient, volontaire. Ce n'est pas encore « l'ex-
cédent maladif » dont parle Bleuler dans la schizophrénie 3. La vie intérieure

i. H. CLAUDE, BOREL et ROBIN. Constitution schizoïde et constitution para-


noïaque. (L'Encéphale, octobre 1923.)
2. Discordance entre l'activité pragmatique et l'activité intellectuelle. État
schizoïde. {Annal, médico-phychol., novembre 1923.)
3. L autisme de Bleuler, comme le fait justement remarquer de Saussure
dans son intéressante étude sur « la Méthode psychoanalytique », n'est pas
l'inconscient de Freud et, selon Bleuler lui-même, t la pensée autistique peut
aussi bien être inconsciente que consciente. Les paroles décousues et sans
lien logique des schizophrènes, comme les rêves, sont des manifestations
conscientes de la pensée autistique. Dans la formation des symptômes névro-
est préférée, par une dilection toute particulière, à l'existence commune. Il
est aisé de comprendre que cette vie intérieure n'est pas une entité vide et
stérile. Elle va se peupler de créations imaginaires. Cela n'a rien d'étonnant
chez des « esprits enclins à l'auto-analyse, à l'introspection avec concentra-
tion de la pensée » (Dupré) 1. Précisément cette concentration de la pensée
réduit au minimum, dans certains cas, le rôle de l'imagination et c'est ce qu'on
peut rencontrer dans « l'activité méditative d'ordre religieux ou métaphysique
avec tendance aux états de monoïdéisme, d'extase, allant jusqu'au ravisse-
ment » (Dupré).
Mais la plupart du temps une vie imaginative, bâtie en général sur un plan
d'embellissement logique et rationnel, isole de plus en plus le schizoïde du
monde extérieur et contribue à lui donner un air rêveur et distrait. Les élé-
ments du passé sont souvent employés dans la construction de ces états de
rêverie. c Le souvenir représente, pour beaucoup d'âmes sensibles, contem.
platives et rêveuses, la forme préférée de l'imagination : imagination du passé,
toute méditative, opposée en son objet à l'imagination de l'avenir qui, au con-
traire, éveille l'espérance et anime l'activité. »
Dupré, qui a écrit ces lignes, marquait à son insu la différence entre le
mythomane, que cette imagination de l'avenir pousse à une activité débordante,
fertile en réactions médico-légales, et le schizoïde, qui ne cherche pas à réaliser
ses conceptions imaginaires et se montre susceptible de vivre normalement, à
moins que son activité pragmatique se ralentissant de plus en plus ne le fasse
verser dans la schizomanie2.
La constitution schizoïde étant compatible avec une existence tout à fait
normale en apparence pourra demander, pour être découverte, une investi-
gation psychologique minutieuse. Comme le dit justement Minkowski : « L'er-
mite qui a fui le monde, mais qui le soir, au seuil de sa hutte, admire le
coucher du soleil ou le chant d'un oiseau, possède bien plus d'éléments de syn-
tonie que l'individu qui, entouré de camarades, promène d'un lieu de plaisir
dans un autre son ennui et son désœuvrement. » Combien d'individus réalisent
dans une existence tout entière occupée à la création artistique les secrètes
tendances d'une constitution schizoïde, au mépris des considérations maté-
rielles les plus élémentaires! Leurs œuvres mettent en évidence la lutte qu'ils
ont engagée entre c le rêve et la vie », le rêve ayant toutes leurs préférences. Les
philosophes aussi, d'après les justes remarques de Dupré, connaissent « cette
sorte d'état de rêverie et de vertige métaphysique où se perd le sens du réel;
l'intelligence en arrive à ne plus distinguer le monde objectif du monde sub-
jectif ». De nombreux hommes de génie furent de constitution schizoïde.
« Lorsqu'Archimède, écrit Nayrac 3, absorbé dans la recherche d'un problème
pendant le sacde Syracuse, se laissa trancher la tête sans un geste de défense,

pathiques, comme dans beaucoup de processus psychiques des schizophrènes,


le travail autistique est tout à fait inconscient. »
i. DUPRÉ. États morbides de l'imagination. (Revue hebdomadaire, i5 oc-
tobre 1921.)
2. H. CLAUDE, BOREL et ROBIN. Démence précoce, schizomanie et schizo-
phrénie. (Encéphale, mars 1924.) 1
3. NAYRAC. Essai sur la démence paranoïde. (These de Lille, décembre
1923.)
le travail poursuivi réalisait chez lui un véritable complexe détournant à son
profit l'affectivité du savant et ne la laissant plus s'orienter vers l'instinct de
conservation. »

La constitution schizoïde demande à être différenciée des autres constitu-


tions classiques en psychiatrie. Le diagnostic avec la constitution mythoma-
niaque, la constitution paranoïaque etaveclapsychasthénienous retiendra sur-
tout. En effet, la constitution perverse et la constitution cyclothymique ne
sauraient être confondues avec la constitution schizoïde. Chacune a des carac-
tères trop spéciaux. Cependant, il faut bien le dire, nous avons observé dans
l'évolution de la schizoïdie et principalement de la schizomanie, des éléments
de périodicité très frappants qui venaient fréquemment modifier la symptoma-
tologie habituelle d'une manière épisodique. Des tendances schizoïdes ont pu
être révélées à la faveur d'une bouffée d'excitation, mais il est rare que leur
évolution marche de pair avec les phases intermittentes et que la guérison de
celles-ci entraîne la disparition des caractères schizoïdes.
i° Constitution mythOl}1aniaque. — Dupré la caractérise par «la tendance
constitutionnelle à l'altération de la vérité, au mensonge, à-la fabulation et à
la simulation sous l'influence de mobiles divers (malignité, vanité, cupidité,
».
lubricité) Non seulement les schizoïdes ne sont pas des menteurs habituels,
et ne sont des menteurs pathologiques à aucun moment de leur vie, mais ce
que montre la clinique, c'est que leurs constructions imaginaires sont bien
différentes de la fabulation des mythomanes. Le roman mythomaniaque,
entre autres facteurs, se révèle un effet de la suggestion étrangère. Les schi-
zoïdes sont les moins suggestibles des individus. Chez les sujets de Dupré, la.
création est extemporanée*; elle se modifie, se complique au hasard de l'inspira-
tion. Chez les nôtres, les éléments du monde imaginaire ont été choisis, accueil-
lis par préférence à d'autres. Ce monde fictif, une fois créé, subit peu de trans-
formations. Il est relativement stable. — Le mythomane ne discerne pas le
réel du fictif, la vérité du mensonge. Il accorde sa croyance au roman ima-
ginaire. «C'est précisément, écrit Dupré cette insuffisance de la perception
même de la vérité, cette impuissance à saisir, à retenir et à rapporter fidèle-
ment les faits objectifs, qui est à la base de la mythomanie physiologique de
l'enfance.» Le schizoïde, lui, est un observateur impartial, il ne déforme pas
la réalité. La personnalité n'est pas transformée. Et surtout il a conscience
de l'irréalité de ses conceptions. Il n'y croit pas. Il n'en est pas dupe. Les
conséquences de ces deux ordres de faits sont considérables : le mythoma-
niaque conforme ses actes à la fabulation. Il ajoute à la vie. Ses mobiles ordi-
naires sont la vanité, la malignité, la perversité, la cupidité. Aussi son activité
débordante peut-elle l'entraîner à des réactions médico-légales telles que faux
témoignages, revendications, vagabondage, etc. Le schizoïde, au contraire,
ne cherche pas à réaliser ses conceptions. Bien plus, c'est pour fuir le monde
extérieur qu'il s'est construit un monde imaginaire dans lequel il se réfugie. Le
mythomane impose à la société les effets de ses mensonges. Le schizoïde ne se
ment qu'à lui-même. Le premier ignore le plus souvent qu'il fabule, le deuxième
sait parfaitement que le monde qu'il s'est créé n'est qu'un monde imaginaire.

i. DUPRÉ. Mythomanie infantile (Encf!phale, io août 1909).


Enfin l'évolution de ces deux types constitutionnels, si elle arrive à une
phase pathologique, suivra des chemins différents le mythomane est désigné
:

pour le délire d'imagination type Dupré, le schizoïde versera dans les états
schizomaniaques et la schizophrénie.
2° Constitution paranoïaque. — Nous avons eu l'occasion de publier dans
1
un mémoire l'observation d'une jeune fille de trente ans dont les idées de
persécution ne pouvaient être rapportées à un délire chronique : la [malade
avait conscience d'être orgueilleuse, se rendait compte qu'elle avait toujours
regardé plus haut qu'elle, elle ne s'était pas isolée de l'ambiance parce que
méfiante, mais était devenue méfiante à force d'avoir perdu contact avec le
monde extérieur. Outre qu'elle avait des craintes plutôt que des idées de per-
sécution et qu'elle ne désignait aucun persécuteur malgré la longue évolution
des troubles, nous faisions remarquer qu'elle avait essayé de réagir par le
refus d'aliments et les tentatives de suicide, ce qui n'est pas le moyen habi-
tuel aux délirants chroniques. Et nous disions : « Le paranoïaque lutte, s'im-
pose à l'ambiance, Germaine se dérobe. Le paranoïaque accepte tel qu'il est
le monde extérieur, Germaine construit à côté un monde imaginaire. Le
paranoïaque adopte une attitude envers les hommes. Germaine les ignore,
essaye de passer à côté d'eux sans les voir et, si elle n'y parvient pas, s'en va.
Le paranoïaque s'étale en maître sur son monde délirant. Germaine se recro-
queville dans son monde imaginaire. Ce sont deux orgueilleux, l'un qui veut
.vaincre la vie hostile, l'autre qui marche à côté. Le premier est un homme
d'action, la deuxième une rêveuse. Le premier étale ses conceptions dans ses
tendances dominatrices, son insolence, sa morgue, ses moyens matériels de
défense, il objective son délire. La deuxième est tout intérieure et ses réac-
tions sont pour la plupart des manifestations anxieuses, brusques, moyen de
défense d'une nature concentrée. »
Nous ne prétendons pas qu'un schizoïde ne puisse manifester épisodique-
ment des tendances paranoïaques, mais, en règle générale, s'il paraît suscep-
tible, orgueilleux et méfiant, ce n'est, à notre avis, que parce qu'il est dédai-
gneux des contingences humaines et enclin à la solitude. Il n'existe pas cet
« antagonisme du moi avec les obstacles extérieurs11 dont parlent Delmas et
Bo11!. Le schizoïde n'essaye pas de briser les obstacles. Il n'a pas «la ten-
dance à transformer et à grossir les faits) caractère, pour Arnaud, essentiel

chez le paranoïaque. Les facultés intellectuelles du schizoïde sont intactes
et ne laissent pas découvrir cette « paralogique circonscrite qui contraste avec
la conservation de la logique formelle » chez les interprétants de Sérieux et
Capgras. Pour ces sortes de sujets, «souvent l'ambiance est transformée;
ils vivent dans un monde imaginaire peuplé de fausses reconnaissances ». Le
schizoïde est toujours bien orienté, il n'a pas de troubles des perceptions.
On pourrait nous objecter qu'il existe une variété résignée de paranoïaques.
Mais quelle hostilité dans la résignation « Le paranoïaque ne guérit pas, il
»,
désarme
!

écrit Tanzi. Encore, comme le font remarquer Sérieux et Capgras,


cela s'estompe-t-il «dans le crépuscule de l'involution ». Même dans les rémis-
sions, le paranoïaque n'arrive pas c jusqu'à la conscience d'un état maladif

i. H. CLAUDE, A. BOREL, G. ROBIN. Constitution schizoïde et Constitution


paranoïaque. (Encéphale, septembre-octobre 1923.)
2. DELMAS et BOLL. La personnalité humaine.
antérieur». Le schizoïde même arrivé au stade nettement pathologique se
rend compte, nous l'avons déjà dit, de son état.
L'évolution suffisait à elle seule à montrer la différence qui sépare schizoïde
et paranoïaque. Alors que l'exagération de l'orgueil, de la méfiance et de la sus-
ceptibilité est le facteur essentiel des délires chroniques de persécution et de
grandeur, l'exagération des traits dominants du schizoïde conduit à la schi-
zomanie, c'est-à-dire à ces états où la discordance entre l'activité pratique et
l'activité intellectuelle a atteint les limites du pathologique.
Ces remarques montrent à quel point nous nous écartons des idées de
Bleuler qui n'hésite pas à rattacher la paranoïa à la schizophrénie. C'est à cause
de l'extension démesurée de son système que certains auteurs — à tort du
reste et malgré Bleuler lui-même — ne font guère de différence entre l'égo-
centrisme, l'hypertrophie du moi du paranoïaque, et l'autisme décrit par
Bleuler. C'est méconnaître la définition même de la pensée autistique, qui est
l'ensemble des tendances et des sentiments conscients ou inconscients en
dehors de toute adaptation à la réalité, par opposition à la pensée e réaliste J,
logique, scientifique, intellectuelle, visant au maximum de valeur pragmatique.
3° Constitution émotive. Psychasthénie. — Le trouble préalable de l'émoti-
vité indiqué par l'un de nous (H. Claude) à l'origine des psychonévroses,
ou la constitution émotive sur laquelle a insisté Dupré, conditionne l'état
de gêne psychique qui, dans les occasions les plus futiles de la vie quotidienne,
se manifeste par de la crainte, de l'inquiétude, de l'appréhension, du scrupule.
Janet a montré comment l'indécision habituelle pouvait aboutir à l'inaptitude
à l'action. Il a décrit une « insuffisance particulière qui ne porte que sur les
fonctions du réel et qui laisse intactes les opérations intellectuelles proprement
dites 1».
Le psychasthénique, selon Janet, manifeste un sentiment d'impuissance
psychologique. Il se sent incapable d'agir, il est mécontent de lui-même,
indécis, irrésolu, sujet à de la lenteur, de la maladresse dans ses actes, à des
crises d'inertie, de rêverie. Il se plaint d'être indifférent, il a besoin de direc-
tion et d'autorité, les opérations mentales ne sont point troublées quand il
s'agit de l'imaginaire ; elles ne présentent du désordre qu'au moment où il
s'agit de les appliquer à la réalité. Les malades gardent plus d'activité pour
les choses qui sont plus éloignées de la réalité matérielle, ils sont plus faci-
lement psychologiques. «Voilà, nous dira-t-on, des traits qui peuvent être
appliqués aux schizoïdes. » En effet, comme chez le psychasthénique, « les
fonctions les plus troublées sont les fonctions qui mettent l'esprit en rapport
avec la réalité, l'attention, la volonté, le sentiment et l'émotion adaptée au
présent. » Mais « cette diminution de la tension psychologique détermine un
malaise mental, un état d'inquiétude, des sentiments d'incomplétude d'autant
plus forts que le sujet a mieux conservé son intelligence t et ce malaise, cette
inquiétude manquent précisément chez le schizoïde. Les obsessions repré-
sentent l'exacerbation des symptômes habituels. Le schizoïde est rarement
obsédé. Point de ces agitations motrices, émotions angoissantes du psycha-
sthénique chez lequel la rêverie et la rumination mentale sont secondaires à
l'impossibilité d'appréhender le réel. Au contraire, la tendance à la vie inté-
rieure et à la rêverie est primitive chez le schizoide. Il n'a pas « la sensation
I. JANET. Les obsessions et la psychasthénie.
de l'absence de réalité psychologique ». Quand il se décide à agir, son action
est efficace, conséquente, ne se perd pas en agitation diffuse comme celle des
malades observés par Janet. Les «éclipses mentales» du psychasthénique
au cours desquelles il «perd ses idées P, n'ont rien à voir avec l'état de fausse
distraction, de rêvasserie du schizoïde. Celui-ci ne se sent ni insuffisant, ni
incapable. Il ignore le doute, l'humiliation. Jamais le psychasthénique,
n'éprouve cl'union intime avec la vie collective et il se sent isolé devant la
cinématographie des événements qui s'écoulent » (Dide et Guiraud). Il en
souffre. Son instabilité affective lui est un perpétuel tourment. Toujours une
idée parasite (obsession) vient mettre un obstacle devant l'action. Le monde
extérieur est à ses yeux un monde idéal dans lequel il voudrait vivre. A cette
réalité le schizoïde préfère la vie intérieure. Pour schématiser à l'excès notre
pensée, disons qu'il n'agit pas parce qu'il ne veut pas agir. Le psychasthé-
nique n'agit pas parce qu'il ne le peut pas. Impuissance d'une part, dilection
de l'autre.
Pour ce qui est de la rêverie du schizoïde, elle est choisie, acceptée par
lui et souvent liée à un complexe affectif qui en fait une dérivation, une
compensation de tendances refoulées. La rêverie des malades de Janet revêt
un -caractère douloureux. Elle leur est imposée sous forme de ruminations
incessantes. Loin de s'isoler dans ce nouveau monde imaginaire, ils font
d'impuissants efforts pour s'en évader 1.

En résumé, l'ensemble des tendances particulières, constitutives de la


personnalité tout entière et parfois en rapport avec une hérédité psycho-
pathologique, ensemble qui porte le nom de constitution schizoïde, ne saurait
être confondu avec aucune des constitutions classiques en psychiatrie. La
physionomie du schizoïde tel que nous l'entendons ne dépend pas, comme
celle de Bleuler, du point de vue auquel on l'envisage. Elle est clinique et con-
serve tous ses caractères de quelque côté qu'on la regarde. Pour Bleuler cette
constitution consiste en une attitude particulière, mais normale, vis-à-vis de
l'ambiance. A nos yeux, tout en faisant remarquer encore une fois que les
diverses constitutions sont souvent associées les unes aux autres, la schizoïdie
ne doit pas être considérée comme une manière d'être accidentelle ou occa-
sionnelle, une réaction plus ou moins momentanée à certains chocs affectifs,
à certains événements. Prise dans ce sens la schizoïdie deviendrait un phé-
nomène non seulement normal, mais général chez les individus. Comme le
dit Nayrac 2 : « Il est de connaissance courante que la poursuite d'une idée en
nous-mêmes arrive à nous abstraire plus ou moins complètement du monde
extérieur. Nous voyons se réaliser là une sorte de dissociation qui n'est pas
morbide. » Pour nous la schizoïdie n'est pas une attitude mais un état

I. Bleuler, dans sa monographie de 1911, Démence précoce oit groupe


des schizophrénies, avait tenu à noter que la « perte du sens de la réalité »
de Janet n'est pas l'autisme à proprement parler. Il écrivait : « Le sens de la
réalité ne manque pas tout entier dans la schizophrénie. Il fait seulement
défaut pour les choses en contradiction avec le complexe. »
2. NAYRAC. Loc. cit.
habituel qui est précisément la constitution schizoïde. En resserrant ainsi une
définition nous visons à éviter d'appliquer cette épithète à tous les individus
et de tomber dans l'exagération de Bleuler. Notre conception vise un groupe
de sujets qui peut-être ne sont pas très nombreux, mais qui ont une présen-
tation clinique objectivement définie. Il serait vraiment trop simple et bien
peu médical d'appeler schizoïdie le fait de se dérober provisoirement devan
la réalité et de prendre l'attitude, en face de la vie, d'une passagère bouderie.
CLINIQUE DES MALADIES NERVEUSES ET MENTALES DE L'INSTITUT ROYAL
D'ÉTUDES SUPÉRIEURES DE FLORENCE DIRIGÉE PAR LE PROFESSEUR R. TANZI

RECHERCHES SUR L'HISTOLOGIE


PATHOLOGIQUE ET LA PATHOGÉNIE
DE LA DÉMENCE PRÉCOCE, DE « L'AMENTIA »
ET DES SYNDROMES EXTRAPYRAMIDAUX
(Avec deux planches hors texte)

PAR
V.-M. BUSCAINO
Assistant et docent

Mes recherches récentes me permettent de pouvoir communiquer de


nouveaux faits sur l'histologie pathologique et la pathogénie de la
démence précoce, de l'amentia (confusion mentale) et de plusieurs
syndromes extrapyramidaux.
Je résume ici les faits principaux, très vivement reconnaissant de
l'hospitalité que la rédaction de cette revue m'a très gracieusement
offerte.
Jusqu'à présent j'ai fait l'étude histologique de dix cas typiques de
démence précoce.
J'ai décrit des lésions, en foyer, des cellules nerveuses (homogénéisa-
tion du noyau, du protoplasma, homogénéisation totale) de préférence
dans les couches I-IV du cortex cerebri.
J'ai trouvé des lésions très nettes des cellules névrogliques : IOaug-
mentation de volume, jusqu'à cinq fois, des noyaux névrogliques ;
2° déformation accentuée, en des endroits bien déterminés du système
nerveux, du contour des noyaux névrogliques, noyaux en forme d'étoiles,
de besace, de biscuit, de clepsydre, etc.) ; 3° « amas » de noyaux
névrogliques.
Mais mon attention a été surtout attirée par les lésions parsemées
dans les voies nerveuses et dans la substance grise extracorticale, en
particulier des ganglions de la base du cerveau.
Ces lésions sont l'expression d'une altération histochimique locale du
tissu nerveux, spécialement de la myéline, et sont caractérisées par la
présence très fréquente d'une substance anormale, en foyers formant des
.grappes, à propriétés histochimiques bien définies.
Très souvent elles ont aussi un rapport très net et étroit avec les
vaisseaux sanguins.
J'ai appelé ces lésions parsemées u plaques à grappe de désintégra-
tion » (zolle di disintegrazine a grappolo).
Mais on trouve en outre dans les faisceaux de fibres nerveuses et
-dans la substance grise extracorticale, d'autres types de lésions par-
semées (2, 16).
Ceci signifie que dans V encéphale des démentsprécoces, et essentielle-
ment dans les voies nerveuses et dans les îones extracorticales (ganglions
de la base, mésencéphale, cervelet), il existe un grand nombre de foyers
particuliers, parsemés de lésions.
Ces lésions disséminées des voies nerveuses et de la substance grise
extracorticale, spécialement du thalamus, sont importantes aussi, selon
moi, parce qu'elles nous expliquent les causes de la symptomatologie
dissociative (Lugaro, Stransky, Bleuler, etc.) de la démence précoce, et
spécialement de la dissociation intellectuo-affective.
Les mécanismes régulateurs de l'expression somatique des émotions
sont localisés de préférence dans les ganglions de la base (ganglions de
la base + mésencéphale = « Zone végéto-émotive ») (1,5).
Or l'altération de la conduction nerveuse, due à l'existence dans les
voies nerveuses des foyers susnommés et l'altération de la fonction due
à la présence d'autres foyers dans la substance grise de la « zone végéto-
émotive » sont très probablement les causes de la « dissociation » du
mécanisme intellectuo-affectif, si caractéristique dans la vie psychique
des déments précoces.
Mes données histopathologiques ont été confirmées en Italie par
Salustri et par Ansalone.
En Suède, tout récemment, Marcus a décrit aussi, dans les ganglions
de la base de trois déments précoces, des lésions parsemées qui sont tout
à fait semblables à celles décrites par moi.
En Russie, Snessareff,avec une méthode particulière pour l'étude de
la névrologie, a trouvé aussi dans les fibres nerveuses, dans des cas de
démence précoce, des « lésions dégénératives à plaques ».
Jusqu'à présent, des « plaques à grappes de désintégration» ont été
trouvées dans tous les vingt cas étudiés : dix par moi, cinq par Salustri,
deux par Ansalone, trois par Marcus.
On a écrit aussi que mes plaques » seraient dues à une mauvaise
(c
fixation (!) (F. H. Lewy), à l'action de la formaline (Biondi), à celle de
l'alcool (Salustri, Ansalone), à celle de... l'acide phosphomolybdique (!)
t).
(Creutzfeld
Il est certain ( 16) qu'elles ne sont pas dues à. une « mauvaise fixation »
ni à la formaline, ni à l'alcool, ni à l'acide phosphomolybdique.
Elles nous révèlent des altérations histochimiques locales du tissu
nerveux.
Elles ont des rapports très étroits avec les vaisseaux sanguins.
On les trouve aussi dans des coupes du système nerveux non traitées
par l'alcool ou par la formaline ou par l'acide phosphomolybdique.
On les trouve distribuées en des endroits symétriques, à droite et à
gauche, (par exemple seulement darns le neostriatum : cas X de ma
collection) ou exclusivement le long de voies nerveuses bien précises,
(cas X), etc.
En ce qui concerne les rapports entre les données histologiques et
les formes morbides, j'ai observé, dans les cas de démence précoce cata-
tonique, une participation très accentuée des centres moteurs extrapy-
ramidaux.
Dans mon dernier cas de démence précoce catatonique, présenté en
novembre 1923 au VIe Congrès de la « Société Italienne de Neuro-
logie », j'ai trouvé, en outre, des lésions systématiques et bilatérales de
la voie N. ruber-N. dentatus.
Des lésions minimes existaient aussi, dans ce même cas, parsemées
bilatéralement dans le lemniscus (bulbe, mésencéphale) et dans la por-
tion des voies afférentes qui, passant le long du segment postérieur du
bras postérieur de la capsule interne, va se distribuer aux ganglions voi-
sins de la base.
Rien dans les voies pyramidales.
Ces données très sérieuses confirment ce que j'avais communiqué
en 1920, c'est-à-dire que les lésions du système moteur extrapyramidal
trouvées dans les cas de démence précoce catatonique nous expliquent
certains symptômes anormaux, musculaires, de ces malades.
Et réellement, des symptômes d'innervation tonique anormale
existent in vita dans les muscles striés 'des déments précoces catato-
niques (18).
C'est pourquoi on peut avec une sûreté suffisante affirmer que les
déments précoces présentent des symptômes « catatoniques » lorsque leur
système extrapyramidal participe activement à la lésion toxique.
Mes données histopathologiques, en outre, et d'autres données biblio-
graphiques permettent de mettre en rapport l'hypertension négativiste
de certains déments précoces avec les lésions du paleostriatum, la cata-
lepsie avec les lésions du noyau dentelé, les stéréotypies, ou du moins
beaucoup de stéréotypies, avec les lésions du néostriatum (18).
Les lésions histopathologiques de l'encéphale des déments précoces
ne sont pas d'origine inflammatoire, mais dégénérative (toxique).
Les « plaques à grappe de désintégration» ont été trouvées également
par moi avec leurs « formes initiales » (type A. B. C.) dans le cas d'amentia
(confusion mentale) étudié par moi (3).
Elles existaient aussi dans un cas de «spasme de torsion » (8).
D'Antona et Vegni les ont décrites, dans le globus pallidus, dans des
cas de Parkinson postencéphalitique.
Sur les causes de leur formation, d'autres recherches faites par moi
jettent de la lumière.
En profitant d'une nouvelle réaction, proposée par moi pour l'étude
des substances basiques à dérivation ammoniacale (amines), j'ai constaté,
dans les urines de déments précoces sans complications somatiques en
voie de développement, la présence d'amines anormales, et spéciale-
ment d'amines avec anneau imidazolique(dérivés, pas encore bien déter-
minés, de l'histamine).
L'histamine est une substance très toxique pour le système nerveux
végétatif.
On ne trouve pas, au contraire, d'amines anormales dans les cas
typiques de manie, de mélancolie, de « psychose maniaco-dépressive».
Des amines anormales se trouvent aussi dans les urines des malades
atteints de syndromes chroniques, spécialement amyostatiques, posten-
céphalitiques ; dans des cas de maladie classique de Parkinson, de syn-
drome à type wilsonien, de syndrome cérébelleux très chronique.
Mais la technique de la réaction permet de distinguer plusieurs
types (io, II) d'amines anormales. Or tous ces types ne se présentent
pas indifféremment dans tous les syndromes susnommés.
Certains sont spécialement fréquents dans l'amentia, y comprise
l'amentia au cours de l'alcoolisme (delirium tremens) et dans la démence
précoce en général (amines à précipité noir-charbon).
D'autres, au contraire, sont spécialement fréquents dans les syn-
dromes amyostatiques susnommés et dans la démence précoce cata-
tonique.
Des recherches ultérieures m'ont permis de noter la présence $ amines
anormales au cours de maladies infectieuses aiguës ou chroniques, chez
des sujets non atteints d'affections du névraxe.
Chez les malades atteints de tuberculose pulmonaire (maladie si
répandue chez les déments précoces), je n'ai pas trouvé les amines qui
sont si fréquentes dans les urines des déments précoces.
De ces données j'ai conclu que l'amentia, la démence précoce et les
syndromes extrapyramidaux post- et non postencéphalitiques sont des
Jormes toxiques du système nerveux dues à la présence dans la circula-
tion d'amines anormales, dérivant très probablement de l'activité de
microrganismesspéciaux, différents de ceux de la tuberculose.
A l'égard de l'origine de ces amines anormales, mes données anatomo-
pathologiques mettent en première ligne l'intestin grêle (13).
Des lésions aiguës ou chroniques du foie (6, 8, i3) (hépatite intersti-
tielle chronique, jusqu'à des degrés avancés de cirrhose) s'accompagnent
de la présence dans la circulation d'amines anormales; également dans
les syndromes chroniques postencéphalitiques (O. Rossi, Buscaino,
Westphal-Sioli, Kleine, T. Rizzo).
Étant donné les faits histopathologiques — plaques à grappe de désin-
tégration — et les faits urologiques — amines anormales spécialement
dérivées de l'histamine —, puisque les amines en général exercent des
actions très vives sur le système nerveux végétatif et puisque d'un autre
côté les symptômes d'innervation végétative lésée sont nombreux chez
les déments précoces et « les plaques » fréquentes dans les centres végéto-
émotifs de ces malades, je considère mes « plaques » comme en rapport
génétique avec la présence d'amines anormales.
Les plaques à grappe de désintégration sont, selon moi, une des
expressions histologiques de l'action des aminés anormales sur le tissu
nerveux.
Et, en effet, chez des lapins traités depuis longtemps (9) par le chlo-
rhydrate d'histamine, on observe dans les urines, par l'épreuve susnom-
mée, des réactions anormales et dans des zones bien précises du système
nerveux, dans le bulbe spécialement, des « plaques à grappe de désinté-
gration » typiques.
En même temps il se forme chez les animaux ainsi traités des lésions
graves des cellules nerveuses — vacuolisation du protoplasma1 — et des
cellules névrogliques, à localisation élective aux ganglions de la base et
au mésencéphale.
la
Des lésions névrogliques du type décritparAlzheimerdans pseudo-
sclérose, et des foyers de réaction conjonctive au début, dans le foie, se
forment aussi chez ces mêmes animaux.
En conclusion, l'amentia (confusion mentale), la démence précoce et
les syndromes extrapyramidaux post- et non postencéphalitiques11 sont
des affections toxiques du système nerveux, dues à la présence dans la
circulation d'amines spéciales anormales, qu'on peut facilement dépister,
par mon épreuve au nitrate d'argent chaud.
Ces amines anormales sont d'origine extracérébrale.
Elles viennent, en première ligne, de l'intestin grêle, où elles se for-
ment très probablement sous l'influence aiguë ou chronique (sepsis lenta)
de microrganismes spéciaux, différents de ceux de la tuberculose.

I. Cette donnée histologique a été fréquemment trouvée par vingt-trois


auteurs différents. Elle a été décrite aussi dans la démence précoce.
2. Je parle des syndromes extrapyramidaux non dus à des phénomènes
organiques locaux (hémorragies, tumeurs, etc.).
BIBLIOGRAPHIE

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Cervello, fac. VI, 1923).
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(Riv. di pat. nerv. e ment., fasc. XI-XII, 1922.)
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presenti in circolo in dementi precoci, mancanti
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delle intestino tenue in malati con ammine
abnormi nelle orine. ( Riv. di pat. nerv. e ment., fasc. XI-XII, 1923.)
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presenti in circolo in amenti. (Ibid., fasc. IX-X,
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(In corso di stampa sull' Riv di pat. nerv. e ment. 1924.)
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sindromi amiostatiche postencefalitiche. (Ibidem.
Giorn di clin. med., p. I, 1924.)
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In corso di stampa sui Quad. di psichiatr., 1924.)
sistema ner-
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SNESSAREFF. Einige Beiträge zur pathologischen Anatomie der Dementia
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EXPLICATION DES PLANCHES ET FIGURES


PLANCHE 1

Plaques à grappe dans la confusion mentale


FiG. i (Gross. 713). — «Plaque » initiale très petite dans le centre de la
figure ; un des gros cylindraxes du globus pallidus présente un renfle-
ment olivaire de dégénération (plaque grisâtre, très minutieusement poin-
tillée) à caractères histochimiques identiques à ceux des «plaques à grappe»
volumineuses. (Dans la préparation la « plaque » est en rouge, le cylindraxe
normal en bleu.)
FIG. 2 (Gross. i33). — « Plaques à grappe », taches grisâtres à droite et à
gauche de l'espace périvasculaire (tache blanche avec une ligne oblique
noire section du vaisseau) dans le striatum.
Plaques à grappe dans la démence précoce
FIG. 3 (Gross. 77). — « Plaques à grappe » dans le bras antérieur de la
capsule interne. (Cas Galeffi dém. préc. paran.)
FIG. 4 (Gross. 77). — Une foule de « plaques à grappe » très petites dans le
globus pallidus. (Cas Desii : dém. préc. catat.)
FIG. 5 (Gross. 77). — « Plaques à grappe » dans le globus pallidus et dans
la zone voisine de la capsule interne (portion droite de la fig.). (Cas Desii :
dém. préc. catat.)
PLANCHE II
FIG. 6 (Gross. 77). — « Plaques à grappe » dans le globus pallidus, (Cas
Desii : dém. préc. catat.)
FIG. 7 (Gross. 77). — « Plaques à grappe » dans la substance blanche du
lobe frontal. (Cas Galeffi dém. préc. paran.)

Plaques à grappe dans le spasme de torsion


FIG. 8 (Gross. i3o). — Substance blanche d'une circonvolution. « Plaque
à grappe » vide en apparence.
FIG. 9 (Gross. i3o).
— La même plaque montre, par une autre coloration,
son contenu en substances anormales.
Plaques à grappe expérimentale s
FIG. io et II (Gross. i3o). — Lapin intoxiqué longtemps par la B. imido-
azolyléthilamine ou histamine. « Plaques à grappe » dans le bulbe (fig. 10) t
et dans la zone inférieure du pont (fig. n).

REMARQUES COMMUNES AUX DEUX PLANCHES


FIG. i à 9. — Fixation préalable dans la formaline 10 p. 100, ensuite dans
la solution de Lugaro (alcool absolu, gr. 100, acide nitrique, gr. 5)..
FIG. 10 et 11. — Fixation directe dans la solution de Lugaro. Inclusion à
la paraffine.
FIG. I et 2. — Coloration par la méthode de Mann (Eosine, bleu de mé-
thylène).
FIG. 3 et 9. — Par le bleu de toluidine.
FIG. 4 à S. — Coloration par la solution de Ziveri (solution aqueuse
saturée d'acide picrique, gr. 100; bleu de méthylène, o gr. o5 ; fuschine acide,
o gr. 10).
FIG. S, 10 et 11. — Par la fuchsine acide vert lumière.
H. DELARUE, ÉDITEUR, PARIS
H. DELARUE, EDITEUR. PARIS
LES INFLUENCÉS
SYNDROMES ET PSYCHOSES D'INFLUENCEi
PAR
André CEILLIER

Les sentiments suggérés. — Presque tous les influencés ont plus ou moins
l'impression qu'on agit sur leurs sentiments, leurs tendances, leurs inclinations,
leur humeur. Mme Laf... excitée maniaque, secondairement influencée, est
sujette à des colères très violentes, mais elle estime que c'est quelqu'un qui la
fait mettre en colère malgré elle. Quelquefois elle a de grandes joies, elle voit
la vie tout en rose; elle ne sait pas pourquoi et elle pense que c'est une
« transmission de sentiment ». Mme Rou... s'étonne d'être trop gaie, car elle a
plutôt des sujets de tristesse. On fait prendre à une malade la haine de son
mari et on lui fait souhaiter sa mort. Une érotomane influencée n'a que du
dégoût pour son adorateur, mais celui-ci lui a suggéré de n'avoir pas de dégoût
pour lui : t Je n'admets pas que je l'ai aimé. Il inspirait le dégoût et il a dû aller
jusqu'à me défendre d'avoir le dégoût. Il faut être abruti ou alcoolique pour
influencer une femme comme cela. Il devait avoir assez d'influence sur moi
pour empêcher les pensées hostiles, l'antipathie.» Cette malade est amoureuse
malgré soi, exactement comme si elle avait bu un philtre d'amour. Ce cas
n'est pas unique et j'ai vu plusieurs malades contraintes à subir un amour
qu'elles réprouvaient. A Mme Ass... on fait prendre en grippe sa sœur qu'elle
aime beaucoup. On la pousse à diffamer et pourtant elle n'est pas une mau-
vaise langue... Parfois on suggère à la malade des sentiments de jalousie en
même temps qu'on l'empêche de les tenir cachés Ainsi Mme W... avoue
n'avoir aucune raison d'être jalouse de son mari, mais elle est jalouse malgré
elle. Elle fait des reproches à son mari, qu'elle ne trouve pas mérités et qu'elle
voudrait ne pas lui faire. Elle l'accuse de choses infâmes et va jusqu'à lui dire
qu'il amène des femmes chez lui. Elle sait que ce n'est pas vrai, mais «cette
idée la persécute ».
Je pourrais multiplier à l'infini ces exemples, car il n'est pas un sentiment,
pas une seule inclination, pas un état d'excitation ou de dépression, pas un
trouble de l'humeur qui ne puissent paraître au sujet étrangers à sa personna-
lité, donc suggérés par autrui.
MM. Minkowski et Targowla ont publié tout récemment2 l'observation
d'un malade dont les idées d'influence étaient dues à des interprétations
de cet ordre et je m'associe entièrement à leurs conclusions : « Au fond,

i. Voir le début de l'article. Encéphale n° 3, Mars 1924, page 153 et suivantes.


2. MINKOWSKI et TARGOWLA. Contribution à l'étude des idées d'influence.
(Encéphale 1923, p. 652.)
disent-ils, les idées d'influence semblent, dans notre cas, se rapporter à des
réactions, à des tendances, à des désirs qui, d'après.le malade, sont en contra-
diction avec les idées élevées sur lesquelles il vit et auxquelles il assimile sa
propre personne. Les éléments de l'étage supérieur ne reconnaissent plus les
liens de parenté qui les rattachent à ceux de l'étage inférieur et les repoussent
comme des étrangers. Le malade les traduit par des idées d'influence. »
Ces sentiments suggérés sont très intéressants à étudier chez chaque
malade, car ils indiquentles véritables tendances subconscientes, non réfrénées
par la censure. Ce moyen d'investigation, lorsqu'il existe, me paraît supérieur
à toutes les méthodes proposées par les psychanalystes.
L'AMNÉSIE ALLÉGUÉE. — Assez souvent les influencés mettent sur le compte
d'autrui leur amnésie. Ainsi M. La... affirme qu'un jour où il était entrain
de se rappeler intérieurement un air de musique, on lui a arrêté net la mé-
moire. Mme B... prétend qu'on lui fait oublier tout ce qu'elle vient de faire.
Cette amnésie alléguée est fréquente et relève du même mécanisme interpré-
tatif.
Les actes automatiques. — Extrêmement importants dans les délires d'in-
fluence, ils manquent rarement et contribuent puissamment à créer le senti-
ment d'influence. On peut appeler acte automatique tout acte exécuté en
dehors de la volonté, mais il faut distinguer entre les hallucinations motrices
et diverses variétés d'actes plus ou moins automatiques.
Les HALLUCINATIONSMOTRICES consistent dans la perception de mouvements
imaginaires du corps, partiels ou généraux. Par exemple, sensation de tomber,
de voler, d'être bousculé, secoué dans son lit. Les malades ont quelquefois
l'impression d'exécuter certains mouvements alors qu'ils restent immobiles.
A ce groupe appartiennent les mystiques qui ont l'impression d'une extraordi-
naire légèreté et de s'enlever dans les airs; ce phénomène étant comparable
au « ravissement des mystiques chrétiens. Ainsi Mme Jour..., mystique
1)

influencée, déclare : « J'ai senti comme une grâce, comme si j'avais pu emme-
ner tout le monde au ciel. Je n'étais plus sur terre, quelque chose me trans-
portait en haut. » Mme Ass... « Ils me font sauter, ils me secouent comme un
:

prunier. Il me semblait que je n'avais rien dans le corps et que j'allais m'en-
voler. »
Mais très souvent il y a un commencement d'exécution. Le plus soùvent
même les actes sont réellement accomplis, le malade se sentant poussé à cou-
rir, à marcher, à faire certains gestes (quelquefois obscènes), à toucher cer-
tains objets, à casser, déchirer, donner des gifles ou des coups, etc. « Ces
actes automatiques et irréductibles, dit très justement M. Lévy-Darras, se
rapprochent de l'impulsion par leur automatisme, mais ils ont le caractère
d'irréductibilité qui les en différencie.:!) Ainsi que le fait remarquer M. Lévy-
Darras, je crois qu'il est préférable d'éviter, en général, le terme d'hallucina-
tions motrices. En effet, comme l'a montré le professeur G. Dumas, il n'y a pas
d'images motrices véritables. Il vaut mieux les considérer comme des actes
automatiques, mais il est nécessaire d'établir deux classes d'actes automa-
tiques :

A) Les actes automatiques incoercibles et irréductibles d'emblée.


B) Les actes automatiques simples.
Les premiers supposent une désagrégation plus profonde de la person-
nalité consciente et consistent en ceci que, au moment même de leur exécu-
tion, le sujet considère que ces actes se produisent malgré lui et qu'il n'en
est que l'agent d'exécution. Il a l'impression d'une force supérieure à sa
volonté qui l'oblige à faire certaines choses et souvent même sans qu'il s'en
rende compte sur le moment. Souvent l'acte s'accomplit sans lutte, mécani-
quement, comme si le sujet était un pantin dont certaines personnes tirent
les ficelles.
Les actes automatiques simples n'ont pas ce caractère d'être incoercibles
et irréductibles d'emblée. Ce sont des actes commis dans un moment de dis-
traction, de colère, de maladresse, d'excitation (souvent maniaque) et que le
sujet interprète secondairement comme lui ayant été imposés, mais, au moment
même de leur exécution, il n'a pas l'impression d'une force supérieure à la
sienne. Le mécanisme est uniquement interprétatif. Ces actes plus ou moins
automatiques, interprétés secondairement dans le sens d'une influence, sont,
en pratique, assez frêquents et sont même les seuls dans la variété interpréta-
tive du délire d'influence.
Voici quelques exemples d'actes irréductibles d'emblée : Mlle Chia... (déjà
citée pour ses hallucinations motrices verbales) se plaint d'une force (hercu-
léenne » qui lui fait agir les mâchoires. «Il y en a un, le plus fort de tous,
et je suis obligée de lui dire : « ne me faites pas cela si fort, vous allez me
démantibuler la mâchoire). En même temps, la malade fait des contorsions
effroyables de la bouche en essayant de s'y opposer de toutes ses forces. Une
autre malade que j'ai observée pendant deux ans avait des mouvements ryth-
miques de la tête qui évoluaient pendant un quart d'heure environ et se répé-
taient fréquemment dans la journée. « Ce n'est pas moi qui fais cela, disait-elle,
il y a quelque chose qui n'est pas naturel. On dirait que j'ai un mécanisme
qui me remue l'intestin et puis, quand ça ne le fait plus dans l'intestin, ça le
fait dans la tête. On dirait qu'on me remonte comme un mécanisme, la clef
est dans les reins et ça me fait remuer la tête. »—a Continuellement, dit
Mlle Gui..., je fais des choses et ce n'est pas moi qui les fais.. Ici on n'est pas
maître de soi, on m'a fait allonger par terre... on m'a fait faire plus de
soixante fois le tour du jardin. C'est inouï ce qu'on m'a fait faire Par tous les
!

bouts on m'a prise. On me fait rester en place, on me fait remuer. On m'a fait
faire des gestes de doigts, de mains... on m'a fait prendre des c poses
comme si on me photographiait.., etc. » — «Est-ce que vous faisiez cela parce
»
qu'on vous le disait? — «On me faisait faire cela sans me le dire. J'étais
assise et puis tout à coup je me sentais prendre une pose ou faire quelque
chose comme de me coucher par terre, mais c'était malgré moi. »
Ces actes automatiques et ces phénomènes d'inhibition contribuent à donner