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Le 1er décembre 2009

La diffamation et l’injure en droit français

Remarque : Une personne victime de propos qui la décrédibilisent professionnellement pourra se


défendre sur le terrain de l’injure ou de la diffamation puisque ces deux infractions sanctionnent toutes
les atteintes à l’honneur et à la considération y compris professionnelles.

A) La diffamation

1. Nature de l’infraction

- Diffamation publique : délit (loi du 29 juillet 1881);


- Diffamation non publique : contravention (articles R. 621-1 du Code pénal).
Sauf en ce qui concerne l'élément de publicité et les pénalités, la diffamation non publique relève de la
loi de 1881 (y compris en ce qui concerne les règles de procédure spéciale qui s’appliquent au délit de
diffamation publique). L'article 1382 est en conséquence inapplicable1.

2. Définition

Article 29, alinéa 1er de la loi de 1881 :


Toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la
considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une
diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation
ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou
si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont
l'identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits
ou imprimés, placards ou affiches incriminés.

Remarque : Le législateur a opéré une distinction entre la diffamation à l'égard des


particuliers et une série de diffamations spéciales dont les diffamations envers les corps
constitués ou les représentants des pouvoirs publics, les diffamations à connotation raciale
discriminatoire ou sexiste ainsi que les diffamations et injures envers la mémoire des morts
Ces diffamations spéciales doivent contenir tous les éléments qui constituent le droit commun
de la diffamation et ont des éléments propres.

3. Les éléments constitutifs de la diffamation : La répression de la diffamation punissable


suppose la réunion de cinq éléments :

i. L’atteinte à l’honneur et à la considération : cet élément est apprécié


objectivement par les juridictions. Les juridictions n'ont pas à rechercher les
sentiments effectifs de la victime ni à tenir compte de l'opinion qu'a le public de la
personne en question. On attente à la considération d'autrui aussi bien par l'attribution
d'actes juridiquement condamnables que d'attitudes simplement réprouvées par la
morale ou la société.
Remarque : les atteintes à l’honneur et à la réputation sont extrêmement variées. Cela
peut viser les allégations d’infractions pénales, les mises en cause d’un mode de vie,
la vie politique, les activités sociales et professionnelles.
ii. La publicité : cette condition permet notamment de faire la distinction entre le délit
de diffamation publique et la contravention de diffamation non publique. Tout moyen
de publicité réalise la condition nécessaire à l'existence d'un délit. Les moyens
modernes de communication entrent dans les prévisions de la loi.

1CA Aix-en-Provence, 1re ch. civ., sect. B, 25 janv. 2001 : JurisData n° 2001-164064, CA Toulouse, 3e ch., 15
oct. 2007 : JurisData n° 2007-344448;
iii. Allégation ou imputation d'un fait déterminé : la diffamation concerne toujours
l’imputation ou l’allégation d’un fait précis et déterminé, qui est peut être vrai mais
que le prévenu ne peut pas prouver. (ex : « sa promotion. elle l’a eue en couchant avec
le patron »). Le fait de l’indiquer en utilisant la forme interrogative, négative,
conditionnelle, dubitative ou une antiphrase ne permet pas de s’affranchir du délit de
diffamation.
Remarque : cet élément constitutif permet de distinguer l’injure de la diffamation
puisque l’injure ne renferme l’imputation d’aucun fait. Lorsque les deux éléments sont
mêlés, l'injure est absorbée par la diffamation.
ix. Mise en cause d’une personne déterminée : les infractions contre les personnes
supposent l'identification suffisante de la victime. Néanmoins, il n’est pas nécessaire
que la victime soit nominativement désignée, il est suffisant qu’elle soit clairement
identifiable.
Remarque : Toute personne physique ou morale peut être victime d’une
diffamation. Néanmoins, l'article 48, 6° de la loi de 1881 dispose que seule la
victime de la diffamation peut porter plainte, les groupements sans personnalité
morale ne peuvent donc pas agir en diffamation
v. L’intention coupable : selon une jurisprudence constante, dans le cadre de cette
infraction, l’intention coupable sera toujours présumée2 , l’auteur de la diffamation
ayant l’obligation de rapporter la preuve de sa bonne foi (cf. ci-dessous).

4. Faits justificatifs

i. Ordre de la loi :
ii. Immunité des comptes rendus judiciaires et parlementaires
iii. la bonne foi : la bonne foi s'apprécie objectivement, elle ne résulte directement ni de
considérations propres à l'auteur de la diffamation, ni de la notoriété des faits, ni des
conditions de forme ou de publication du message. Ces éléments peuvent être repris dans
le cadre de l'appréciation des critères de la bonne foi mais ne constituent pas, en tant que
tels, des faits justificatifs. Les critères de la bonne foi sont aujourd'hui nettement fixés en
jurisprudence : Il s’agit de la légitimité du but poursuivi (mesure de l’intérêt social de la
démarche, la nécessité de dénonciation), l’absence d’animosité personnelle, la prudence et
la mesure dans l’expression, ainsi que la qualité de l’enquête.
iv. l’exception de vérité (exceptio veritatis) : le prévenu peut établir la réalité des faits
allégués. Les délais de notification des preuves sont cependant très courts :
- Le prévenu a 10 jours pour signifier au plaignant les modes de preuve qu’il entend
utiliser pour prouver la vérité de ses imputations à compter de la date de la 1ère citation
introductive d’instance.
- Le plaignant a ensuite 5 jours pour signifier au prévenu les témoins par lesquels il
entend faire la preuve du contraire.

5. Sanctions
Diffamation publique :
- amende de 12000 EUR (art 32 al 1er loi 1881)
- si caractère raciste, discriminatoire ou sexiste : 45.000EUR et un an d’emprisonnement ;
Diffamation non publique :
- contraventions de la première classe (38 EUR au plus).
- si caractère raciste, discriminatoire ou sexiste : contraventions de 4e classe (750 EUR).

6. Prescription
Trois mois révolus à compter du jour où ils ont été commis ou du jour du dernier acte de poursuite.
(article 65 loi du 29 juillet 1881) (ce délai de prescription s’applique à la diffamation non publique)
Un an en cas de diffamation caractère raciste, discriminatoire ou sexiste.

2 Cass. crim. 29 nov. 1994 : Bull. crim. n°382


B) L’injure

1. Nature de l’infraction

- Injure publique : délit (article 33 de la loi du 29 juillet 1881) ;


- Injure non publique Contravention (R. 621-2 et R. 621-4 du Code pénal) ;
Sauf en ce qui concerne l'élément de publicité et les pénalités, l’injure non publique relève de la loi de
1881 (y compris en ce qui concerne les règles de procédure spéciale qui s’appliquent au délit de
diffamation publique). L'article 1382 est en conséquence inapplicable.

2. Définition

Article 29 alinéa 2 de la loi du 29 juillet 1881 :L’injure est


« toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme
l’imputation d’aucun fait »

Remarque : Le législateur a opéré une distinction entre l’injure à l'égard des particuliers et une série
d’injures spéciales dont l’outrage (personnes dépositaires de l’autorité publique), l’offense (président
de la république ou autorités publiques étrangères), les injures à connotation raciale, discriminatoire ou
sexiste ainsi que l’injure envers la mémoire des morts.

3. Eléments constitutifs

Remarque préliminaire : l’injure ne renferme l’imputation d’aucun fait, c’est ce qui la distingue de la
diffamation. Cette distinction n'est pas toujours aisée à faire car certains termes peuvent viser un fait
précis ou constituer une injure plus ou moins vague. Les juridictions font la différence en se posant la
question de la preuve éventuelle du fait imputé.

i. l’emploi d'une expression outrageante, d'un terme de mépris ou d'une invective : les
formes de l'expression injurieuse sont variées. Elles appellent une interprétation des
juridictions. Elles portent atteinte à l’honneur et à la considération

ii. ces termes viseront un corps, un groupe ou une personne déterminés : lorsque l'injure
s'adresse à un simple particulier, personne physique ou personne morale, la poursuite n'est
possible que si la victime est déterminée ou déterminable avec précision. Les principes
sont les mêmes que ceux dégagés pour la diffamation notamment : p toute personne
physique ou morale peut être victime mais pas les groupements sans personnalité
juridique. Exception : le législateur a dû prévoir spécialement l'incrimination des injures
relatives à certains groupes. C'est le cas pour les injures raciales et discriminatoires:

iii. la publicité : cette condition permet notamment de faire la distinction entre le délit
d’injure publique et la contravention d’injure non publique. Comme pour la diffamation,
tout moyen de publicité réalise la condition nécessaire à l'existence d'un délit. Les moyens
modernes de communication entrent dans les prévisions de la loi.

iv. intention délictueuse : conformément au régime juridique voisin de la diffamation, les


imputations injurieuses sont réputées faites avec intention de nuire Il ne s'agit que d'une
présomption simple, la preuve de la bonne foi doit pouvoir être administrée. Il existe, par
exemple, des milieux où les termes grossiers ne correspondent pas à la volonté d'insulter
et les juges pourront tirer du contexte social la preuve d'une absence d'intention coupable.
Néanmoins, contrairement à la diffamation, en matière d’injure la bonne foi joue un rôle
très secondaire.
4. Faits justificatifs et excuse de provocation

i. Permission de la loi.
ii. Observation et réprimande (droit de correction des parents à l'égard de leurs enfants des
maîtres à l'égard de leurs élèves, des employeurs à l'égard de leurs employés, des gradés à
l'égard de leurs subordonnés, voire des gardiens de la paix à l'égard des automobilistes)
Remarque : L’observation et la réprimande se justifient mais les subordonnés ont droit au
respect de leur dignité.
iii. Correction d'exercice.
iv. Immunité des comptes rendus judiciaires ou parlementaires.
v. Procédures judiciaires : les discours et les écrits produits devant les tribunaux échappent
également aux poursuites (dans les conditions prévues la loi du 29 juillet 1881)
vi. La bonne foi : en matière d’injure, la bonne foi joue un rôle très secondaire (cf. ci-dessus)
vii. Excuse de provocation : l'article 33 de la loi du 29 juillet 1881, prévoit spécialement,
pour l'injure envers les particuliers, une excuse absolutoire, la provocation. Le législateur
admet que, dans certaines circonstances, l'on puisse perdre son sang-froid. Lorsque l'injure
a été provoquée, la sanction est totalement écartée. La jurisprudence dominante se rattache
à une conception objective de la provocation et exige, notamment, qu'elle émane de la
personne injuriée et non pas d'un tiers ou d'un événement quelconque La provocation
réside donc dans « tout fait accompli volontairement dans le but d'irriter une personne et
venant par la suite expliquer ou excuser les termes injurieux3 ».

5. Sanction de l'injure

Injure publique :
- envers les autorités publiques, personnes morales et particuliers: amende de 12.000
EUR (article 33 loi du 29 juillet 1889)
- à connotation raciale, discriminatoire, ou sexiste : emprisonnement de six mois et
amende de 22.500 EUR (article 33 loi du 29 juillet 1889)
Injure non publique :
- contravention de 1ère classe (38 EUR au plus) (article R. 621-2 du Code pénal) ;
- à connotation raciale, discriminatoire, ou sexiste : contravention de la 4ème classe (750
EUR) (article R. 624-4 du Code pénal) ;

6. Prescription

Trois mois révolus à compter du jour où ils ont été commis ou du jour du dernier acte de poursuite.
(article 65 loi du 29 juillet 1881) (ce délai de prescription s’applique à l’injure non publique)
Un an en cas d’injure à connotation raciale, discriminatoire, ou sexiste. (Ne s’applique pas à l’injure
non publique).

3 Cass. crim., 17 janv. 1936 : Gaz. Pal. 1936, 1, jurispr. p. 320