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UNIVERSITE MOULAY ISMAIL

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES, ECONOMIQUES ET SOCIALES


-MEKNES-

ECONOMIE INTERNATIONALE
( Semestre 6)

PROFESSEUR : Aicha OUAZZANI CHAHDI (PES)

SUPPORT DE COURS
Introduction générale

L’économie internationale est un sujet vaste qui touche des domaines très
variés. Son champ d’étude concerne des pays et des régions qui se différencient par le
niveau de développement, la structure économique, les régimes politiques, les
conditions de vie et les habitudes sociales et culturelles.

L’étude des problèmes économiques internationaux (monétaires et


commerciaux) a toujours été une partie vivante et controversée de la science
économique. Les principales théories de base de l’analyse économique moderne
émergent d’abord au XVIIIème siècle dans les débats concernant les échanges et la
politique monétaire au niveau international. Cependant, à aucune autre époque
antérieure, l’étude de l’économie internationale n’a été aussi importante
qu’aujourd’hui. Par l’échange international des biens et des services et par les flux
internationaux de capitaux, les économies des différents pays se relient plus les unes
aux autres que ce ne fut jamais le cas auparavant. Cette situation est davantage
encouragée par les grandes tendances de l’économie internationale contemporaine
notamment l’ouverture croissante des économies dûe au libre-échange, à la
mondialisation et à la création de plusieurs pôles régionaux et zones monétaires.

De plus, l’économie internationale contemporaine connait plus de problèmes et


de turbulences notamment les problèmes cruciaux du sous-développement et de
l’endettement externe des pays en voie de développement, le chômage dans les pays
industrialisés et la détérioration de l’environnement à l’échelle planétaire. Certes, le
changement de l’environnement international est devenu la principale préoccupation
des responsables politiques au niveau des stratégies industrielles et des politiques
économiques nationales.

De même, depuis 1980, de nombreux bouleversements se sont succédés dans


les relations économiques internationales entre nations : Un marché international de
capitaux en plein expansion remettant en jeu la stabilité monétaire internationale,
l’émergence des nouveaux pays industrialisés (NPI) accaparant une grande part du
marché aux anciens pays développés, les grands déséquilibres macro-économiques et
les changements structurels dans la composition des courants d’échange menaçant le
système d’échange international conçu après la seconde guerre mondiale (Nord-Sud /
Est-Ouest / Sud-Sud), la crise du système socialiste poussant les économies du bloc
soviétique à abandonner certaines règles du communisme et à s’ouvrir au monde
capitaliste cherchant à instaurer des économies de marché.

Sur le plan théorique, l’économie internationale doit être présentée comme une
méthode d’analyse des événements économiques mondiaux plutôt que sous la forme
des théories abstraites concernant des modèles abstraits. Certes, le développement
actuel de l’économie mondiale a soulevé des problèmes qui ont préoccupé les
spécialistes internationaux de l’économie pendant plus de deux siècles et qui ont
conduit à de nouveaux modes d’analyse comme la nature des mécanismes
internationaux d’ajustement et les mérites du libre-échange par rapport au
protectionnisme, les nouvelles théories du commerce international basées sur les
rendements croissants et la structure du marché plutôt que sur le fondement
traditionnel des avantages comparatifs.

Il résulte de tout ce qui précède que la dimension internationale de l’activité


économique préoccupe aujourd’hui tout pays qu’il soit développé ou en
développement.

Etudier une réalité aussi complexe (Econome Internationale) oblige à choisir les
aspects les plus importants et à les regrouper selon des caractéristiques particulières,
ce qui nous amène à analyser :

-Les relations d’échanges de biens et de services entre les nations d’où la politique de
la spécialisation avec les principaux modèles théoriques

-Les politiques commerciales de libre-échange et de protectionnisme afin de retrouver


l’équilibre global

- Le système monétaire international et les politiques monétaires, car l’efficacité des


spécialisations et des politiques commerciales va se refléter dans les résultats de
l’ajustement monétaire international et de la balance des paiements

-Le rôle des institutions ou organisations économiques internationales…


CHAPITRE I : La spécialisation économique internationale :

Les principaux modèles théoriques

L’analyse en termes d’équilibre économique général et l’application d’un tel


concept aux relations économiques internationales ont suscité un ensemble de travaux
scientifiques réalisés par plusieurs auteurs dans le cadre de l’économie politique et qui
s’appliquent au fil du temps à tous les phénomènes nouveaux de la réalité économique
internationale, d’où l’intérêt d’étudier certains courants de pensée à travers les
principaux modèles théoriques.

L’analyse de la spécialisation internationale et des échanges entre nations


nécessite la connaissance des bases et des facteurs déterminants du commerce à
l’échelle mondiale. Dans le cadre de l’étude des relations économiques
internationales, les penseurs contemporains se référent aux « précurseurs » ou
« fondateurs » de telle ou telle théorie. Il ne s’agit pas pour nous de décrire l’histoire
de la pensée économique appliquée aux relations économiques internationales, mais
de ne pas nier l’apport bénéfique des grands théoriciens même si leurs pensées étaient
à une autre époque et dans un autre contexte.

Section I : Les théories traditionnelles du commerce internationales

Ces théories considèrent que les nations se spécialisent dans les productions
pour lesquelles les coûts sont les plus bas. La division internationale du travail qui en
résulte permet de parvenir à une situation optimale.

1. La théorie des avantages absolus (Adam. SMITH)

Les avantages de la spécialisation et de l’échange international ont été mis en


évidence à la fin du XVIIIème siècle par A. SMITH (1723-1790), auteur classique
anglais. Il fonde son analyse sur les avantages absolus de coût qu’un pays peut
posséder sur un autre pays.

Dans son livre « La richesse des nations », Adam SMITH a consacré une
grande partie à l’analyse du rôle du commerce extérieur dans l’activité économique et
le développement des nations. Ce secteur permet l’élargissement de la division du
travail dépassant le cadre national, un accroissement de la productivité du travail et du
rythme de croissance du capital.

Donc, si pour les mercantilistes, le commerce extérieur est un jeu à somme


nulle, c'est-à-dire qu’il n’est profitable que pour le pays qui obtient de l’échange un
surplus à l’exportation et donc une entrée de devises étrangères qui permettent son
enrichissement (l’autre partenaire ne profite pas de l’échange qui présente pour lui un
aspect négatif car le gain est transféré d’un pays à un autre), pour Adam SMITH, le
commerce extérieur est un jeu à somme positive ,car il profite aux deux pays
pratiquant l’échange. C’est la notion d’avantage absolu.

-Un pays a intérêt à se spécialiser dans la production des biens pour lesquels ses coûts
de fabrication sont plus faibles qu’à l’étranger et à importer ceux pour lesquels ses
coûts sont plus élevés.

-Cette spécialisation permet la réalisation d’une production mondiale optimale


puisque les biens sont produits là où les coûts sont les plus bas et met en place une
division internationale du travail (DIT) entre les différentes nations.

Le commerce extérieur est donc totalement intégré dans la dynamique économique


globale et il est à la base de la théorie de la valeur.

Exemple : Supposons deux pays la Grande Bretagne (économie nationale) et le


Portugal (pays étranger) produisant deux biens : Le vin et la production du drap dans
les proportions suivantes :

Avantages absolus

: Coût unitaire de chaque bien en termes de travail : G.B. : Portugal

-------------------------------------------------------------------------------------------------------

: Vin 100 80

: Drap 20 40

Nous remarquons d’après l’exemple ci-dessus que le commerce entre les deux pays
peut être profitable pour chacun d’eux si les produits achetés à l’extérieur reviennent
moins chers que la production nationale. Tel est le cas du vin pour la Grande Bretagne
(80inférieur à 100) et du drap pour le Portugal (20 inférieur à 40). Donc, la Grande
Bretagne a un avantage absolu dans la production du drap et le Portugal a un avantage
absolu dans la production du vin.

La théorie des avantages absolus comporte cependant un inconvénient majeur :


Comment un pays dont les coûts de production sont plus élevés pour tous les biens
peut-il commercer ?

2. La théorie des avantages comparatifs (David RICARDO)

Un autre économiste anglais, David RICARDO (1772-1823) complète la


théorie de Adam SMITH :

-Un pays a toujours intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle il possède
un avantage relatif, c'est-à-dire un avantage le plus élevé en termes de coût ou un
désavantage le moins élevé.
-La spécialisation et le commerce international sont expliqués par des coûts et donc
des techniques de production différentes.

-Les nations obtiennent, grâce à l’échange international, une quantité de biens plus
importante que celle dont elles disposaient sans échange. Elles bénéficient ainsi d’un
gain de bien-être.

Avantages comparatifs

: Coût unitaire de chaque bien en termes de travail : G.B. : Portugal

: Vin 120 80

: Drap 100 90

Nous remarquons que le Portugal a un avantage absolu dans la production des deux
produits, car le coût unitaire de chaque bien est plus faible que celui de la G.B. Mais
en comparant le coût du drap par rapport au vin dans les deux pays, nous constatons
qu’il est moins élevé en Grande Bretagne qu’au Portugal.

100/120=0,8 90/80=1,1 0,8 inférieur à 1,1

Par contre, le coût comparatif du vin par rapport au drap est moins élevé au Portugal
qu’en Grande Bretagne.

120/100=1,2 80/90=0,8 0,8 inférieur à 1,2

On peut conclure que le Portugal a plus intérêt à se spécialiser dans la production du


vin et la Grande Bretagne dans celle du drap, ceci en prenant comme hypothèse la
constance des coûts.

Quel est l’intérêt de la spécialisation et quel est le gain de l’échange ?

Spécialisation et gain international à l’échange

: Coût unitaire de chaque bien en termes de travail : G.B. : Portugal :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------
: Avant Après : Avant Après :

: Vin 120 0 : 80 160 :

: Drap 100 200 : 90 0 :

: Coût mondial pour 2 unités de chaque bien 220 200 : 170 160 :

: Gain en termes de travail 20 10 :

: Gain mondial 30

-------------------------------------------------------------------------------------------------------
Avant l’échange, si chaque pays produit 1 unité de vin et 1 unité de drap, le coût total
sera 220 pour la G.B. et 170 pour le Portugal. Après l’échange, la GB, en produisant 2
unités de drap aura un coût de 200 et le Portugal produisant 2 unités de vin aura un
coût total de 160. Il en résulte que la spécialisation a fait gagner 20 à la G. B. et 10 au
Portugal, c'est-à-dire un gain mondial de 30 unités de travail.

3. La théorie des dotations de facteurs : « loi de proportion des facteurs »


(HECKSCHER et OHLIN)

Deux auteurs suédois, Eli HECKSCHER (1919) et Bertil OHLIN (1930),


poursuivant la théorie ricardienne, ont cherché à expliquer la configuration des
échanges. Contrairement au modèle de RICARDO qui stipulait que les différences de
technologies utilisées par les pays étaient à la base du commerce international, dans le
modèle d’H-O, ce sont les différences de dotations de facteurs de production (capital
et travail) qui vont caractériser les structures économiques de chaque pays par
l’intermédiaire des prix relatifs.

C’est en 1919 que l’économiste suédois E. HECKSHER présenta dans un article « les
effets du commerce international sur la distribution des revenus » qui sera à la base de
la théorie des dotations des facteurs. Une telle théorie a été développée en 1933 par
son élève B. OHLIN dans son livre « le commerce inter-régional et international et
reprise de nouveau par P. A. SAMUELSON en 1948-1949.

La « loi de proportion des facteurs » constitue le modèle de base de la « théorie


pure » du commerce international. Elle est à la source des spécialisations.

Selon ces auteurs, les avantages comparatifs ne proviennent pas uniquement de la


productivité du travail mais de l’ensemble des facteurs de production (capital, terres,
ressources minérales) dont dispose un pays.

Les canadiens exportent, par exemple, des produits forestiers vers les Etats-Unis, non
parce que les bucherons canadiens sont plus efficaces, mais parce que le Canada est
richement doté en ressources forestières.

Les pays vont se spécialiser et exporter des produits qui nécessitent des
facteurs de production relativement abondants chez eux (et donc peu coûteux) et
importer des produits recourant à des facteurs de production relativement rares (et
donc onéreux).

Les insuffisances des théories traditionnelles

-Contrairement aux enseignements de la théorie traditionnelle, le commerce


international se développe le plus entre les nations les plus développées dont les
dotations factorielles sont peu différentes. Il s’agit donc d’un commerce entre nations
très peu différenciées les unes des autres, alors que la théorie traditionnelle met au
contraire en avant le rôle des caractéristiques différentes des nations pour expliquer
l’échange international.
-La part du commerce international intra-branche, qui existe lorsqu’un pays importe et
exporte simultanément les mêmes biens dans le commerce mondial, est très
significative et plus dynamique. La théorie traditionnelle n’a pas d’explication à
proposer d’un tel phénomène qui est incompatible avec sa vision de la spécialisation
internationale.

-La théorie traditionnelle ne laisse aucune place aux firmes multinationales et au


commerce intra-firme dans son schéma, puisque ce sont les nations et elles seules qui
échangent. Cependant, les échanges entre les filiales de firmes multinationales
implantées dans des pays différents représentent plus du tiers du commerce mondial
de marchandises dans les années 1980.

Section II : Les nouvelles théories du commerce international

Les réflexions théoriques des années 50 basées sur les tentatives de


vérifications empiriques des théories traditionnelles ont donné naissance à deux
courants de recherche :

-Des approches dites néo-factorielles et néo-technologiques dépassant et prolongeant


les modèles antérieurs. Il s’agit du paradoxe de LEONTIEF.

-Des approches contemporaines contestant les analyses antérieures et cherchant dans


les structures industrielles contemporaines de nouveaux déterminants de l’échange
international.

Ces nouvelles théories se démarquent des théories traditionnelles et cherchent


à expliquer les échanges de produits similaires entre les pays. L’existence
d’économies d’échelle et la recherche de différenciation de firmes oligopolistiques,
l’unification croissante du marché mondial et les stratégies des firmes multinationales
en sont les déterminants principaux.

Il apparait de plus en plus que les théories traditionnelles sont incapables


d’expliquer les caractéristiques du commerce international actuel. En particulier, la
théorie des coûts comparatifs est explicative des échanges dits « interbranches » alors
qu’aujourd’hui, plus de la moitié des échanges sont « intra-branches ».

L’échange « intra-branche » est défini par l’ensemble des importations et des


exportations des produits appartenant à une même branche. Il s’agit donc d’un
commerce croisé. Les échanges intra-branche peuvent être analysés du côté de la
demande ou de l’offre. LINDER a souligné dès 1961 que les pays à niveau de
développement comparable ont des demandes domestiques représentatives similaires.
Dans ces analyses, la notion d’avantages comparatifs disparait et les pays de
développement comparable peuvent ne pas avoir les mêmes dotations de facteurs ou
les mêmes technologies.
Les échanges « intra-branche » dépendent aussi des caractéristiques de l’offre et donc
de la structure des marchés. Nous distinguons dans ce cas deux types de concurrence
imparfaite : la concurrence oligopolistique et la concurrence monopolistique.

De plus, les échanges « intra-branche » peuvent être divisés en deux catégories


donnant naissance à deux types de spécialisation :

-La spécialisation intra-branche verticale. Il s’agit d’un échange dans le cadre d’un
même processus de fabrication. Ce type de spécialisation est lié à la division
internationale du processus productif.

-La spécialisation intra-branche horizontale. Il s’agit d’un échange de produits


comparables faisant appel dans certains cas à la théorie de la concurrence
oligopolistique.

A la suite de nombreux autres auteurs, Paul R. KRUGMAN met


particulièrement l’accent en 1983 sur les économies d’échelle de la différenciation des
produits pour expliquer ces échanges.

1. Economies d’échelle et commerce international

Les économies d’échelle (ou rendements croissants) expriment une réduction du coût
moyen du produit lorsque la quantité fabriquée augmente. Les firmes les plus
efficaces dans un type de production ont donc intérêt à se spécialiser, à accroitre leur
volume de production pour réduire leur coût. Elles se trouvent alors plus compétitives
et peuvent exporter leur production. A termes, seules les plus grosses firmes resteront
efficientes et formeront un marché mondial oligopolistique.

2. Marchés oligopolistiques et différenciation des produits

Sur ces marchés oligopolistiques, les firmes cherchent à différencier leurs produits
pour bénéficier d’une situation de monopole. De la sorte, des produits de variétés
différentes peuvent être proposés aux consommateurs et font l’objet d’échanges intra-
branches : certains consommateurs français achèteront des véhicules Renaut mais
d’autres préféreront Fiat ou BMW… ,des consommateurs italiens ou allemands
achèteront des véhicules Peugeot…

3. La stratégie des firmes multinationales

L’influence des firmes multinationales est absente des analyses traditionnelles du


commerce international. Or, le développement des firmes multinationales a un impact
important sur les échanges internationaux en générant des flux déterminés par les
stratégies mises en œuvre :

-Lorsqu’il s’agit d’assurer une présence sur les marchés étrangers, l’implantation dune
firme aura pour effet de réduire les flux d’échange internationaux initiaux (production
sur place et réduction des exportations du pays d’origine).
-Toutefois, aujourd’hui, les échanges entre les filiales de groupes multinationaux
représentent plus du tiers du commerce mondial. Les raisons sont multiples : taux
d’imposition différents selon les pays, spécialisation des filiales, coût de la main
d’œuvre, etc.