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Bactérie résistante aux antibiotiques

Une émission proposée par Élodie Courtejoie.

Philippe Sansonetti est microbiologiste, membre de l’Académie des sciences,


professeur à l’Institut Pasteur et au Collège de France.

Extrait : 3’22

Élodie Courtejoie : Est-ce que vous êtes surpris fois qu’il est dans un micro-organisme, a bien
par l’arrivée d’une bactérie qui résiste aussi bien entendu la capacité de sauter à d’autres espèces
aux traitements, même les plus lourds ? bactériennes et à leur faire partager ce
Philippe Sansonetti : Non, ce n’est pas mécanisme de résistance. Ce qui est intéressant,
véritablement une surprise. On pense même, d’ailleurs, quand on regarde le génome* de ces
compte tenu de l’usage de plus en plus large des micro-organismes, c’est cette espèce de
antibiotiques, en particulier dans les régions complexité de systèmes qui permettent
émergentes, qu’on va être amenés à faire face l’intégration de gènes de résistance. La souche
de plus en plus à cette crise de multirésistance. dont on parle, elle est aussi résistante à
Élodie Courtejoie : « Le tourisme médical », qui l’érythromycine*. Elle est aussi résistante au clan
est en plein essor, pourrait favoriser l’émergence de phénicol*. Elle a par ailleurs un gène qui code
d’une telle bactérie. Est-ce que l’on parle pour pour une pompe, ce qu’on appelle des pompes
autant d’infection nosocomiale* dans le cadre de qui permettent d’évacuer quasiment tous les
cette bactérie ? antibiotiques ou les substances toxiques pour la
Philippe Sansonetti : Oui, on peut parler bactérie. C’est un peu des monstres quelque part
d’infection nosocomiale* dans la mesure où il est et ce qui est inquiétant, c’est la capacité de
fort probable que ce sont des bactéries qui sont transmission d’une espèce à l’autre.
sélectionnées dans l’environnement hospitalier Élodie Courtejoie : Est-ce que les chercheurs
de ces zones économiquement émergentes, où se sont inquiets et le public doit-il s’inquiéter ?
fait ce qu’on appelle maintenant « le tourisme Philippe Sansonetti : Les chercheurs sont
médical ». Mais enfin, c’est un marqueur parmi inquiets, c’est une façon de parler. Les
d’autres de la globalisation et de la circulation chercheurs voient effectivement à chaque fois
de ces souches multirésistantes, effectivement, arriver ces nouveaux gènes de résistance avec un
d’un hôpital à un autre. certain degré de frayeur dans la mesure où ce
Élodie Courtejoie : On parle d’une bactérie sont peu à peu des situations qui érodent* le
résistante, mais il s’agirait plus exactement d’un capital d’antibiotiques utilisable dans les
gène qui permet à une bactérie parmi tant infections, et parfois il ne reste vraiment pas
d’autres de devenir très résistante à la plupart grand-chose pour pouvoir traiter un malade.
des antibiotiques. Le risque, c’est que ce gène Donc, qu’on le veuille ou non, on est inquiets
pourrait se développer vers d’autres bactéries et effectivement à chaque fois qu’un événement de
développer de multirésistances. cette nature survient. Je pense que c’est
Philippe Sansonetti : Oui, bien sûr. Il n’y a pas vraiment une situation où on a besoin d’être tous
de processus de résistance sans gène qui code relativement conscients du phénomène, car tout
ces mécanismes de résistance, car ce sont très le monde doit y jouer son rôle, pas uniquement
souvent des accumulations de gènes qui codent, les médecins et les scientifiques, mais aussi les
en particulier pour des enzymes qui dégradent publics en connaissant ou reconnaissant la
les antibiotiques. Je regardais très récemment, complexité de la situation.
on en est probablement à quelque chose comme La campagne « Les antibiotiques, c’est pas
mille gènes différents codant pour des enzymes automatique » a eu un impact. On utilise moins
différentes, dégradant quasiment toutes les les antibiotiques. On les utilise à meilleur
possibilités de molécules qui sont de la famille escient*. Le problème, c’est : est-ce qu’on va
des bétalactamines*, c’est-à-dire des pouvoir élargir ce genre d’attitude à l’ensemble
pénicillines* au sens large. Donc ce gène, une de la planète ? Ça reste un peu une
préoccupation quand même délicate.
Lexique

Bétalactamines (f) : groupe d’antibiotiques. Nosocomial : qui se contracte à l'hôpital.


Éroder : réduire peu à peu à néant. Pénicilline (f) : antibiotique issu d’un
Érythromycine (f) : antibiotique. champignon découvert en 1928 par Fleming.
A bon escient (m) : avec discernement. Phénicol (m) : groupe d’antibiotiques.
Génome (m) : ensemble des gènes.

Observer, comprendre, apprendre

Le thème

- Avez-vous entendu parler des maladies nosocomiales ? Comment peut-on les définir ? Comment
peut-on les prévenir ? Le risque zéro est-il possible à l’hôpital ?
- Quels sont les usages médicaux des antibiotiques ? Quelles maladies permettent-ils de guérir ? Leur
utilisation est-elle toujours recommandée ?

Écoute attentive

Écoutez l’enregistrement et répondez aux questions :

- Qu’est-ce qu’une bactérie multirésistante ?


(C’est une bactérie qui résiste à presque tous les antibiotiques.)
- Comment explique-t-on l’apparition de ces bactéries très résistantes ?
(On l’attribue à l’usage de plus en plus répandu des antibiotiques.)
- Quel lien Philippe Sansonetti établit-il entre la propagation des bactéries multirésistantes et le
« tourisme médical » ?
(Ces bactéries proviennent généralement d’hôpitaux de pays émergents où se pratique le
« tourisme médical », c'est-à-dire la médecine à bas coût. Les bactéries multirésistantes
circulent d’un hôpital à un autre dans le monde du fait de cette pratique.)
- Pourquoi Philippe Sansonetti considère-t-il les gènes de résistance comme des monstres dont il
faut s’inquiéter ?
(Ce qui l’inquiète, c’est la multiplicité de ces gènes et leur capacité à se transmettre d’une
espèce bactérienne à l’autre.)
- Quelle conséquence a, pour les malades, l’apparition d’un nouveau gène de résistance ?
(L’apparition de chaque nouveau gène de résistance réduit le nombre d’antibiotiques utilisables
pour traiter une infection.)
- Qu’est-ce qui pourrait, selon Philippe Sansonetti, enrayer le phénomène de propagation de ces
bactéries ?
(Selon lui, la situation réclame une prise conscience générale, dans le milieu médical comme
dans le public, de la nécessité de réduire l’usage des antibiotiques.)
- Philippe Sansonetti vous semble-t-il optimiste pour l’avenir ?
(Non, il doute au contraire que l’ensemble de la planète adopte une attitude de prudence dans
l’usage des antibiotiques.)

Activités et réflexion

- Comment comprenez-vous le slogan : « Les antibiotiques, c’est pas automatique. » ? Quelles en


sont les conséquences prévues sur le public et les médecins ?
- D’après vous, une impossibilité de soigner les infections avec des antibiotiques vous paraît-elle
une hypothèse probable ?
- Le « tourisme médical » est-il selon vous explicable ? A-t-on, selon vous, des moyens de freiner ou
arrêter son développement ?

Pour aller plus loin…

- Selon vous, chaque avancée médicale significative s’accompagne-t-elle automatiquement de


nouveaux problèmes de santé ? Appuyez votre point de vue sur quelques exemples.
Écoutez l’émission en entier :
http://canalacademie.com/spip.php?article6132

Pour en savoir plus

Sites Internet :

Pour mieux comprendre le phénomène de résistance aux antibiotiques :


http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sistance_aux_antibiotiques
Le site officiel de l’ONERBA (Observatoire National de l’Épidémiologie de la Résistance Bactérienne
aux Antibiotiques) :
http://www.onerba.org/
Un article spécialisé sur la maîtrise de la diffusion des bactéries multirésistantes aux antibiotiques :
http://www.sante-sports.gouv.fr/maitrise-de-la-diffusion-des-bacteries-multiresistantes-aux-
antibiotiques.html?var_recherche=creutzfeld%2520jakob

Propositions de lectures :

J. Grosset, Prévention des infections nosocomiales en chirurgie ; Prévention contre les germes
multirésistants, Éditions Arnette, 1998.
Joël Spiroux, Claude Rambaud, Infections nosocomiales, comment y échapper ? Éditions Josette
Lyon, 2008.

Fiche réalisée par Robert Angéniol, CAVILAM.