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FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION

Économie et de Gestion - Licence II

ELEMENTS DE COURS DE
MACROECONOMIE

PROF : Dr Issa KOBYAGDA Ph.D in Economics & Finance


ANNEE ACADEMIQUE 2016 – 2017

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Cours de Macroéconomie - Licence II SEG

Plan du cours
INTRODUCTION GENERALE

CHAPITRE I : LA FONCTION DE CONSOMMATION


La fonction de consommation keynésienne
La théorie du choix intertemporel de Fisher
L’hypothèse du cycle de vie de Modigliani
L’hypothèse du revenu permanent de Friedman

CHAPITRE II : LA FONCTION D’INVESTISSEMENT


Les différentes formes d’investissement
Les décisions d’investissement
La théorie keynésienne de la fonction d’investissement
Le modèle néoclassique de l’investissement

CHAPITRE III : INTRODUCTION DU SECTEUR PUBLIC


Les deux dimensions du rôle de l’État : dépenses et recettes publiques
Les déterminants des soldes publics
Les fonctions de l’État

CHAPITRE IV : EXPORTATIONS NETTES


Le revenu
Le taux de change

CHAPITRE V : LE MODELE IS-LM EN ECONOMIE FERME


La construction du modèle
Equilibre sur le marché des Biens et services
Equilibre sur le marché de la monnaie
Equilibre du modèle
Les effets de la politique économique

CHAPITRE VI : LE MODELE IS-LM EN ECONOMIE OUVERTE


La prise en compte de l’extérieur dans le modèle IS-LM
La balance de paiement
Les nouvelles courbes IS-LM

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Références Bibliographiques
Blanchard O & Cohen D (2004) : « Macroéconomie » Pearson Education France, 2ème
Edition.
Bourgain A & Lelièvre V (2001) : « Macroéconomie : Équilibres et Déséquilibres » Tome 3
Collection Lexifac.
Brana S. & Bergouignan M-C (2003) « Macroéconomie – Travaux dirigés », 3ème Edition
Dunod.
Mankiw N. G (2003) : « Macroéconomie », De Boeck, 3ème Edition.

Stiglitz J. E & Walsh C.E (2008) : « Principes d’économie moderne », De Boeck, 3ème Edition.

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Introduction générale

La théorie économique considère que la naissance de la macroéconomie résulte de la


convergence de trois démarches : la formulation par Keynes d’une théorie nouvelle de
l’interdépendance économique, la formalisation des intuitions de Keynes dans un modèle
mathématique (Hicks), et l’entreprise de mesure empirique (Tinbergen). Par conséquent, on
suppose en général que la macroéconomie est fille de la grande crise et serait née avec la
révolution keynésienne dans les années 30. Le terme de « macroéconomie » a même été fondé
dès 1933 par Ragnar Frisch, un économiste norvégien (1er Prix Nobel d’économie, 1969). Si on
adopte une définition plus large de la macroéconomie, on peut affirmer que les économistes
classiques, comme Adam SMITH, David RICARDO ou Karl MARX, faisaient de la
macroéconomie.

La macroéconomie est une branche de l’économie qui étudie le fonctionnement d’ensemble de


l’économie. Elle est l’approche théorique qui étudie l’économie à travers les relations existant
entre les grands agrégats économiques, le revenu, l’investissement, la consommation, le taux
de chômage, l’inflation, etc. En considérant d’emblée les relations entre les grands agrégats de
l’économie, la macroéconomie cherche à expliciter ces relations et à prédire leur évolution face
à une modification des conditions, qu'il s’agisse d’un choc exogène ou d’une politique
économique délibérée. Elle constitue de ce fait un outil essentiel d’analyse des politiques
économiques des États ou des organisations internationales. En outre, elle se définit par
opposition à la microéconomie qui s’intéresse davantage aux comportements des agents
économiques. Il est toutefois difficile de séparer analyses microéconomiques et analyses
macroéconomiques, bien au contraire, la macroéconomie s’appuie de plus en plus sur le
raisonnement de la microéconomie. En effet, les phénomènes globaux sur lesquels la
macroéconomie porte ses investigations découlent des décisions individuelles prises par les
entités microéconomiques. La macroéconomie apparait comme l’analyse des comportements
individuels au niveau agrégé. On parle des fondements microéconomiques de la
macroéconomie. En définitive, on peut dire que la macroéconomie est une discipline modélisée
et appliquée, qui poursuit une démarche d’équilibre général, ayant une visée de politique
économique.

Histoire de la macroéconomie

Selon les penseurs grecs, l’économie désigne l’art de bien administrer sa maison. La
microéconomie est donc historiquement la première forme qu’a prise l’économie. Il faut

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attendre le 18ème siècle, et surtout, avec le courant physiocrate pour avoir une première vision
macroéconomique, c’est-à-dire, une représentation hiérarchisée de l’économie via des flux
entre agents1. La distinction systématique, pour autant qu’elle puisse vraiment se faire, entre
microéconomie et macroéconomie n’émerge cependant vraiment qu’au cours des années 30
autour des travaux de John Maynard Keynes. Ce fut surtout le retentissement de sa « Théorie
générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) » qui conduisit à une séparation nette
des deux domaines de l’économie dans le milieu académique. Par conséquent, nous allons
présenter volontairement dans cette introduction le modèle classique, sa critique par Keynes et
le modèle keynésien.

• Macroéconomie classique
En macroéconomie il est usuel depuis Keynes de regrouper sous le nom de théorie classique le
courant de pensée qui va depuis Adam SMITH, de Jean-Baptiste SAY et David RICARDO
jusqu’à Alfred MARSHALL et Arthur C. PIGOU prédécesseurs de Keynes à Cambridge. Trois
principes majeurs sont à la base de cette théorie classique :
- Le principe général consiste à analyser les économies contemporaines comme des
économies de marché. Par conséquent, elles ont une capacité spontanée à s’autoréguler.
- La loi des débouchés exprime que l’offre crée toujours sa propre demande de sorte que
l’économie ne peut jamais connaître de surproduction. De façon générale, les modèles
classiques seront des modèles d’offre.
- La théorie quantitative de la monnaie selon laquelle la monnaie n’a pas d’effet réel
mais affecte seulement le niveau général des prix. Plus le stock de monnaie en
circulation est important plus le niveau général des prix est élevé.

• Macroéconomie keynésienne
L’œuvre majeure de Keynes est intitulée « Théorie générale de l’emploi de l’intérêt de la
monnaie ». Dans son ouvrage, Keynes montre que le fonctionnement spontané des économies
capitalistes n’est pas harmonieux. Il débouche souvent sur des situations de sous-emploi massif
des facteurs en particulier sur un chômage involontaire de la main d’œuvre. Dans le schéma
keynésien il y a donc possibilité d’existence de chômage involontaire. Cela revient donc à
affirmer que l’ajustement sur le marché de travail n’est pas opératoire.

La véritable attaque de Keynes contre la théorie classique concerne la loi de Say. Tant que celle-
ci selon laquelle il n’y a jamais de problème de débouchés est valide le plein emploi est assuré

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François QUESNAY (1758) « Tableau économique », économiste et médecin français.

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et résulte de la confrontation de l’offre et d’une demande travail. Une situation de chômage


involontaire en dépit d’une flexibilité des salaires réels n’est donc envisageable que moyennant
l’invalidation de la loi de Say.

La critique de la théorie classique par Keynes le conduit à substituer à la vision classique de


nos systèmes économiques conçus comme des économies réelles d’échange, une vision
alternative où nos systèmes économiques sont conçus comme des économies de production, des
économies monétaires et des économies incertaines

Les deux principes fondamentaux de la macroéconomique keynésienne sont :


− Le principe de la demande effective : dans la construction de Keynes les volumes de la
production et de l’emploi ne se déterminent pas comme résultat du fonctionnement du
marché de travail mais sont déterminés par les entrepreneurs en fonction de leurs
anticipations de débouchés. Le niveau d’emploi dans le schéma keynésien n’a aucune
raison d’être de plein emploi. Le sous-emploi involontaire est provoqué par des
anticipations de la demande globale à un niveau insuffisant. L’ajustement de l’offre et
de la demande globale de produits est réalisé lorsque les anticipations contenues dans la
demande effective sont confirmées par les comportements des agents.
− Le principe de la préférence pour la liquidité : le principe de la demande effective
laisse le niveau d’emploi et d’activité dépendant du niveau d’investissement et de ses
variations. Trois variables peuvent influencer le niveau d’activité : le niveau de
consommation anticipée, l’efficacité marginale du capital et le taux d’intérêt. Le taux
de l’intérêt n’est pas le prix de renonciation à la consommation comme le prétendent les
classiques mais le prix de la renonciation à la liquidité selon Keynes.

En conclusion, cette vision strictement alternative du fonctionnement de nos économies conduit


logiquement Keynes à une vision également différente quant à la nécessité d’intervention
d’origine étatique puisque spontanément l’économie n’est pas à même d’assurer le plein
emploi, il convient de l’aider par la mise en œuvre de politique économique publique.

Emergence de la macroéconomie

Depuis la parution en 1936 de la Théorie générale de J. M. Keynes, la macroéconomie a vu


successivement s’affronter puis se réconcilier deux traditions distinctes : la logique keynésienne
et celle néoclassique.

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L’assertion centrale de Keynes est que le marché ne peut pas réguler de façon autonome les
fluctuations économiques c’est-à-dire que le marché ne peut pas nous garantir un niveau
minimum de chômage. Ainsi, pour les keynésiens, tout part de la demande, c’est-à-dire du
volume des commandes ou des débouchés. Le chômage est alors dû à une insuffisance
persistante de la demande. L’Etat doit par conséquent intervenir en augmentant les dépenses
publiques, en réduisant les impôts ou en demandant à la Banque Centrale de diminuer les taux
d’intérêt. La proposition de Keynes a été largement acceptée et a pris le nom de révolution
keynésienne du fait que de par son approche Keynes a apporté une contribution fondamentale
et permanente à la recherche scientifique notamment la macroéconomie. Par contre d’autres
idées notamment celle concernant les recommandations politiques sont sources de beaucoup de
débats au début des années 1970. En effet, pendant cette période la majorité des économies ont
connu la stagflation, situation qui a favorisé une contre révolution qui accuse que c’est plutôt
les politiques activistes des gouvernements d’être la source des déséquilibres.

Pour les néoclassique, tout part de l’offre, c’est-à-dire des conditions d’une production rentable
pour les entrepreneurs. Le chômage est alors dû à un coût du travail trop élevé, si bien qu’il
n’est pas rentable pour les entreprises d’embaucher toutes les personnes à la recherche d’un
emploi. L’Etat doit par conséquent lutter contre les « rigidités » qui empêchent le marché du
travail de « fonctionner correctement ». Mais la critique la plus virulente vient de l’école de
Chicago avec à sa tête le monétariste Milton Friedman. Les monétariste fondent leurs arguments
sur le fait que l’économie de marché est auto régulatrice, c’est-à-dire, laissée à elle-même sans
intervention aucune, l’économie est capable de retrouver le plein emploi. La différence entre
les keynésiens et monétaristes est la nature des informations.

Au début des années 50, un consensus émergea entre les idées de Keynes et celles des
classiques. Cette synthèse est appelée synthèse néo-classique et va dominer l’économie sur la
période 1950-1970 et reçu le nom l’« âge d’or » de la macroéconomie. Cet âge va être
matérialisé par la formulation des idées de Keynes son raffinement notamment au niveau de la
fonction de la consommation et d’investissement et le développement du modèle IS-LM par
Hicks et Hansen. Ce n’est qu’à la fin des années 70, qu’un consensus émergea pour admettre
l’existence simultanée des deux types de mécanismes à court terme, et pour reconnaître que
seule la théorie néo-classique est valable à moyen terme. Le principal point de divergence
restant concerne la durée permettant de distinguer ce que l’on appelle le court terme du moyen
terme. L’enjeu du cours est de comprendre comment les macroéconomistes en sont arrivés à un
tel consensus.

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La démarche en macroéconomie

Ce que le public et les gouvernements attendent donc de la macroéconomie est de formuler des
jugements et de proposer des politiques à mettre en œuvre. Comme un médecin doit avoir
compris l’origine des maladies et le fonctionnement du corps humain pour soigner ses malades,
la macroéconomie ne peut émettre directement des recommandations de politique économique.
Elle doit au contraire passer par une première étape au cours de laquelle elle va avoir pour objet
d’expliquer les phénomènes économiques. Cette première étape relève de ce qu’on appelle une
démarche positive. Elle consiste à établir des relations entre certains faits, donc à fournir des
explications, des théories. L’étape qui consiste à formuler des recommandations relève d’une
démarche normative.

Pour être convaincante, l’économie normative doit s’appuyer sur des théories, donc sur
l’économie positive. Pourtant, il existe une différence fondamentale entre une démarche
positive et une démarche normative : une démarche normative repose forcément sur un
jugement, ou norme, de valeur. Ce sont les valeurs qui permettent de choisir des objectifs et de
les hiérarchiser afin de définir la politique que l’on recommande. Il y a par conséquent deux
raisons pour lesquelles les macroéconomistes peuvent défendre des politiques différentes. Ils
peuvent croire à des théories différentes, ce qui relève de la démarche positive. Ils peuvent
adhérer à des valeurs différentes qui les amènent à poursuivre des objectifs différents. Tel
économiste verra dans le chômage l’objectif prioritaire de la politique économique alors que tel
autre pourra être beaucoup plus sensible à l’inflation.

L’importance de la modélisation

Il est important de ne pas baser l’analyse macroéconomique uniquement sur des intuitions, car
celles-ci ne sont en général valables que dans des cas particuliers. La modélisation et la
formalisation mathématique s’avèrent alors constituer un outil indispensable pour vérifier à
quelles conditions nos intuitions sont valables. Un modèle est l’expression d’une théorie sous
la forme d’un ensemble d’hypothèses qui relie entre elles des variables jugées pertinentes. Elle
est forcément une simplification de la réalité.

La plupart du temps, les modèles macroéconomiques sont formalisés. On y distingue alors deux
types de variables :
− les variables endogènes sont celles que le modèle va expliquer ;
− les variables exogènes sont les variables qui sont considérées comme « données ».

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Le but du jeu est d’expliquer les variations des variables endogènes par celles de certaines
variables exogènes. Les autres variables exogènes sont appelées des paramètres.

La distinction flux et stock

La distinction entre flux et stocks peut être définie simplement :


− Flux : variable qui se mesure sur un intervalle de temps ; autrement c’est une grandeur
économique qui mesure les échanges effectués par les agents économiques au cours d’une
période donnée (distinction flux physiques et flux monétaires) ;
− Stock : variable qui se mesure à un instant donné ; c’est une grandeur économique
regroupant l’ensemble des marchandises, produits semi-ouvrés, produits finis, produits en
cours, actifs réels, monétaires et financiers détenus par un agent économique à un moment
donné du temps.

La distinction entre flux et stocks est ce qui permet de traiter les problèmes de robinet dans les
manuels de calcul. La quantité d’eau qui s’échappe du robinet au cours de chaque minute est
un flux. La quantité d’eau recueillie dans la baignoire à un moment donné est un stock. En
macroéconomie, la distinction entre flux et stock se retrouve en permanence. Le nombre de
licenciements et d’embauches sont des flux. Le nombre de chômeurs et le nombre de personnes
qui ont un emploi sont des stocks. De même, l’investissement est un flux mais le capital est un
stock. Le déficit est un flux, mais la dette est un stock.

Tout au long du cours qui initie à l’analyse macroéconomique et vise principalement à


développer la capacité de mesurer, d’interpréter et de prévoir les aléas de la conjoncture
économique, l’étudiant devrait garder à l’esprit que le rôle premier de tout responsable de
formation est d’offrir aux auditeurs un milieu où le goût de créer est la règle, où l’effort devient
naturel car il est lié à la réalisation d’une passion.

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CHAPITRE I : LA FONCTION DE CONSOMMATION

La consommation des ménages est, avec l’investissement, l’une des composantes


fondamentales de la demande globale. Elle en représente même la composante majeure à la fois
par son volume (environ 60% du PIB) et par sa relative stabilité. D’un point de vue
étymologique, consommation signifie « destruction », de biens ou de services.

Dans la consommation finale des ménages, on distingue la consommation marchande (qui


s’adresse à une demande solvable) de la consommation non marchande (prise en charge par la
collectivité publique ou par les administrations privées sans but lucratif). Mais pour
consommer, il faut disposer d’un revenu ou d’un patrimoine. Du reste, la consommation est un
acte fondateur de l’activité économique dans le sens où c’est elle qui permet de satisfaire nos
besoins (individuels et collectifs) et que ces derniers sont à l’origine même de l’activité
économique. Ce sont les besoins qui transforment l’être humain passif en agent économique
actif. Par conséquent, elle est au cœur du débat sur l’efficacité des politiques
macroéconomiques de relance. Et c’est pourquoi son étude est un préalable à toute modélisation
des politiques économiques.

Notre objectif est de passer en revue les analyses de la consommation globale des ménages en
vue de trouver les variables explicatives de cette évolution, c'est-à-dire de dégager ses
déterminants. Cependant, la notion de consommation revêt un caractère polysémique qui
justifie que l’on s’attarde d’abord sur certaines définitions élémentaires pour décrire par la suite
les structures et comportement de consommation. Enfin, on tentera de caractériser l’existence
d’une relation, la fonction de consommation, permettant de mieux éclairer les comportements
de consommation à court terme et à long terme.

I. Définitions élémentaires, structures de consommation et coefficients budgétaires


I.1. Définitions élémentaires
Dans son acceptation courante, la consommation désigne la quantité d’un bien ou d’un service
qui, par usure ou destruction, concourt à la satisfaction d’un besoin humain. On parle de
consommation productive lorsque l’usage de biens, autres que les biens de capital fixe, et de
service marchands contribue à la production d’un autre bien (ou d’un service) : il s’agit alors
de consommation intermédiaire.

On parle de consommation finale lorsque l’usage satisfait directement les besoins individuels
ou collectifs des agents économiques, sans qu’il y ait eu détour productif.

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La consommation finale totale, généralement appréhendée au niveau d’un pays, réunit les
dépenses de consommation des ménages et la consommation finale des administrations
publiques et des institutions sans but lucratif au service des ménages. Dés lors, on oppose
consommation privée, associée aux comportements privatifs des ménages et des ISBL, et
consommation publique, associé aux comportements des administrations publiques.

La consommation finale des ménages comprend trois éléments :


- L’ensemble des dépenses ayant permis l’acquisition de biens (hors logement qui
représente un investissement à caractère patrimonial) et service marchands, utilisés par les
ménages pour satisfaire leurs besoins individuels ;
- Les biens et services relevant de la production pour usage final propre : les services
domestiques ayant occasionné le paiement d’un personnel domestique dont bénéficient les
ménages ; les services du logement produits par les propriétaires occupants ;
l’autoconsommation agricole ;
- Les paiements partiels aux administrations publiques et ISBL occasionnés par certains
services acquis auprès des producteurs non marchands.

La consommation finale effective permet d’avoir une vue plus exhaustive des réalités de la
consommation. Elle représente la somme de la consommation finale des ménages et des
transferts sociaux en nature destinés aux ménages produits par les administrations et les ISBL :
il s’agit des services non marchands d’enseignement, de santé d’action sociale et des services
récréatifs ou culturels.

La fonction de consommation est une relation de comportement qui établit le lien entre la
consommation et ses facteurs explicatifs. J.M. Keynes est le premier économiste qui s’est
intéressé, de façon approfondie, à la fonction de consommation en retenant comme facteur
essentiel pour l’expliquer : le niveau de revenu disponible. En effet, l’expérience montre que
plus le revenu est élevé plus la consommation est importante. D'autres auteurs ont remis en
cause une telle relation : Théorie de revenu relatif, théorie de revenu permanent et celle du cycle
de vie.

I.2. Structures de consommation et coefficients budgétaires


I.2.1. Les structures de consommation
Trois décompositions, reposant sur différentes nomenclatures des produits, peuvent être mises
en œuvre afin d’étudier les structures de la consommation.

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La nomenclature fonctionnelle (ou « de fonction ») distingue la nature des besoins des


ménages à satisfaire : se nourrir, s’habiller, se soigner, etc. La nomenclature de fonction est la
nomenclature internationale, utilisée dans les comparaisons entre pays. Elle est également
utilisé dans les modèles de consommations (études de comportement des ménages en liaison
avec le revenu et les prix) ;
La nomenclature fondée sur le critère de durabilité prend en compte trois catégories de
biens, classés en fonction de leur durabilité, et les services. Elle permet d’analyser la
consommation comme acte de destruction immédiat ou à venir et distingue :
les biens durables importants, dont la durée de vie est longue (véhicules, meubles,
équipement ménager et de loisir) ;
les biens semi-durables, qui bénéficient d’une durée de vie inférieure sans pour
autant aller jusqu’au court terme (textiles, cuir, jouets, verrerie, …) ;
les biens non durables, circonscrits par une courte durée de vie ou une destruction
instantanée (alimentation, énergie, pharmacie, tabac) ;
les services, fondés sur la simultanéité de la production et de la consommation
(logement, santé, transports, hôtel et restaurants, action sociale).
Cette nomenclature est utile à l’analyse conjoncturelle.
La nomenclature dite « par produits » retient comme critère la nature des biens et
services consommés. La comptabilité nationale retient au niveau le plus agrégé, cinq rubriques
principales permettant la décontraction de la consommation finale des ménages (agriculture,
sylviculture, pêche ; produits de l’industrie ; construction ; services principalement marchands ;
services administrés) auxquelles se rajout le « solde territorial ». Ce dernier représente la
différence entre la consommation hors du territoire des résidents et la consommation sur le
territoire des touristes étrangers. Elle est privilégiée pour les analyses relatives à la production
ou pour les études de marché.

I.2.2. Les coefficients budgétaires


Les coefficients budgétaires (bi) peuvent être définis comme la part (exprimée en pourcentage)
de la dépense de consommation d’un bien et service ou d’un groupe de biens et services i (Ci)
dans la dépense totale de consommation (C) :
=( ⁄ ) ×

Les coefficients budgétaires indiquent le poids relatif des produits concernés dans le budget des
ménages. Ils permettent d’appréhender, dans le temps et dans l’espace, les mutations survenues
dans les comportements de consommation des ménages.
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II. La fonction de consommation keynésienne : l’hypothèse du revenu courant

Keynes (1936) a développé dans la théorie générale le concept de fonction de consommation


afin d’argumenter son rejet de la loi de Say, d’après laquelle « toute offre crée ses propres
débouchés ». Une idée fondamentale, connue sous le nom de loi psychologique, est que lorsque
le revenu s’accroît, la consommation s’accroît mais dans une moindre mesure.

II.1. Les fondements et les caractéristiques de l’hypothèse du revenu courant

Selon Keynes, la consommation des ménages s’explique essentiellement par le revenu


disponible courant (Yd), c’est-à-dire le revenu national brut net d’impôts et des charges
sociales : = (où Y est le PIB (PNB) et T constitue les charges fiscales et parafiscales).

Le point de départ de la théorie keynésienne est une loi dite Loi psychologique de Keynes. Elle
s’énonce comme suit : « la loi psychologique fondamentale sur la laquelle nous pouvons nous
appuyer en toute sécurité, à la fois à priori en raison de notre connaissance de la nature
humaine et à postériori en raison des renseignements détaillés de l’expérience, c’est qu’en
moyenne et la plupart du temps, les hommes tendent à accroitre leur consommation à mesure
que le revenu croît, mais non d’une quantité aussi grande que l’accroissement du revenu ».

Cette loi dont le flou artistique suscite diverses interprétations s’appuie selon Keynes sur des
facteurs psychologiques propres à la nature humaine et sur les enseignements détaillés des faits
économiques.

• Le flou sur la nature de la propension à consommer


En conformité avec la citation ci-dessus, la relation macroéconomique entre le revenu courant
Y et la consommation nationale C peut être interprétée sous la forme de trois fonctions de
consommation différentes (fonction de consommation linéaire, affine et concave).
a) Fonction linéaire
C
C=Y
C = cY + C0
C =cY 0 < c <1
C2
dC/dY= C/Y=c
C1
d2C/dY2 = 0

Y1 Y2 Y

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b) Fonction affine

C C = cY + C0
C = CY+CO 0<c<1
C1
dC/dY = c < C/Y = c + C0/Y propension moyenne
C0
d2C/dY2 = 0
PMC = C/Y et Pmc = dC/dY

Y1 Y2
c) Fonction concave

C
C = f(Y)
C = f (Y)
f ’ > 0 et C (0) = CO
dC C
= f '<
dY Y
2
d C
C0 =< 0
dY 2
Y

Keynes dans la théorie générale ne tranche pas véritablement entre ces 3 possibilités.
Cependant, il affirme que : « la propension marginale à consommer n’est pas la même quel que
soit le niveau de l’emploi et il est probable qu’en règle générale elle tend à diminuer quand
l’emploi augmente. Autrement dit, lorsque le revenu réel augmente la communauté ne désire
consommer qu’une proportion graduellement décroissante de son revenu. C’est en vertu de
cette unique phrase que la plupart des économistes postérieurs en ont produit que la PmC était
décroissante et ont opté pour la fonction affine. Une fois ces principes généraux posés Keynes
s’interroge sur les ressorts psychologiques qui sont à la source de l’écart croissant entre
ressource et dépense des ménages.

Dans cette proposition de loi, nous retenons que, selon Keynes, la consommation est en relation
directe, mais non proportionnelle, avec le niveau du revenu disponible :

= ( ) 0 1. ( ù ! "" # ! "é! % &é'# )

Par ailleurs, Keynes remarque que même pour un revenu disponible nul, la consommation est
positive. Il existe un seuil minimum de consommation qui correspond au minimum vital et sera
appelé consommation incompressible.

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Cette remarque et la loi psychologique permettent de formaliser la fonction de consommation


keynésienne ainsi qu’il suit :
= + )

C’est une fonction affine linéaire avec ) la consommation incompressible et « c » un paramètre


positif inférieur à 1.
De cette relation on peut tirer un certain nombre de faits caractéristiques :
→ La consommation des ménages comporte deux composantes : une composante
autonome ( ) ) et une composante induite ( );
→ La propension marginale à consommer, qui mesure la variation de la consommation des
ménages conséquente à la variation du revenu disponible d’une unité, est constante et
+, ∆+
est comprise entre 0 et 1 : *" = = ∆- , =
-., .,

0< c <1, représente le coefficient directeur de la droite.


→ La propension moyenne à consommer qui mesure la consommation des ménages par
unité de revenu disponible, est décroissante et supérieure à la PmC :
+ +1 23-., +
*0 = - , = = -1 +
., -., .,

La PMC décroît de ∞ à c, c’est-à-dire que pour des revenus disponibles très élevés, la PMC
tend vers la PmC.

A partir de cette fonction de consommation, nous pouvons déduire celle de l’épargne. En effet,
la partie du revenu disponible qui n’est pas consommée sera épargnée, c'est-à-dire que la
fonction d’épargne est :
4 = = ( ) + ) = (1 ) ) = )

Le corolaire de cette relation permet de dire que :


→ L’épargne apparaît comme un résidu ;
→ La propension marginale à épargner, qui mesure la variation de l’épargne des ménages
conséquente à la variation du revenu disponible d’une unité, est constante et comprise
5, ∆5
entre zéro et un : *"4 = = ∆- , = 0 *"4 1;
-., .,

→ La propension moyenne à épargner, qui mesure l’épargne des ménages par unité de
revenu disponible, est croissante et inférieure à la propension marginale à épargner :
5 6-., 7+1 +1
*04 = - , = =
., -., -.,

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La PMS croît de -∞ a s, c'est-à-dire que pour des revenus disponibles très élevés, la PMS tend
vers la PmS.

Représentation graphique

Une observation de la représentation graphique de la fonction de consommation, d’épargne et


du revenu disponible de plein emploi montre que :
L’épargne peut être négative ou positive selon le niveau du revenu disponible. Il y a
donc un niveau du revenu disponible pour lequel l’épargne est nulle, c’est le seuil d’épargne.
+1
Le seuil d’épargne 8 9: = ⇔ ) + = ⇔ =
<7+

Remarquons qu’au seuil d’épargne, la Pmc est égale à 1 et la Pms est égale à 0.

Une représentation de l’évolution des propensions moyennes à consommer et à épargner


montrent la décroissance de la PMC inversement une croissance de la PMS. Alors que les
propensions marginales à consommer et à épargner sont constantes. Toutefois, dans une
économie « viable », la PmC est nécessairement supérieure à la PmS.

Pour Keynes les motifs d’épargne et donc de renonciation à la consommation relève de l’état
d’esprit de la communauté dominé par des forces subjectives et sociales. Il résume cette
propension à l’abstinence par l’énumération de huit motifs : précaution (Maladie, accident,
etc.), prévoyance (évènements relativement prévisibles), calcul (arbitrage entre consommation
future et consommation présente), ambition (préférence une dépense progressivement
croissante), indépendance (acquérir son indépendance), initiative (réaliser des desseins
spéculatifs et commerciaux), orgueil (léguer une fortune) et l’avarice (répulsion irraisonnée
mais obsédante pour tout acte de dépense).

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II.2. Les implications et les limites de l’hypothèse du revenu courant


Une volumineuse controverse, nourrie en partie par la relative imprécision des écrits de Keynes
et fondés sur diverses vérifications empiriques, portant sur la validité d’une telle fonction a
rapidement surgi.

II.2.1. Les implications


Si nous considérons des ménages à revenus différents, nous observons une PMC de plus
en plus faible et une PMS de plus en plus élevée à mesure que le revenu disponible augmente ;
Pour un pays donné, la PMC doit diminuer au fur et à mesure que le niveau de vie de la
population s’élève ;
La comparaison entre pays doit faire ressortir une PMC plus faible et une PMS plus
élevée pour les pays les plus riches et inversement.
La consommation est la composante principale de la demande, et de ce fait elle constitue
le moteur de la croissance économique. Par conséquent, la baisse de la PMC ne manquerait pas,
à terme, de mener les économies qui s’enrichissent vers une stagnation séculaire.

II.2.2. Les limites


La théorie keynésienne de la consommation va être critiquée sur plusieurs angles. L'Hypothèse
formulée par Keynes dans la théorie générale n'est pas appuyée par une justification empirique,
il s'agit d'une hypothèse avancée (en raison de notre connaissance de la nature humaine....). La
confrontation de cette hypothèse à la réalité s'est faite ultérieurement et a montré que la fonction
de consommation keynésienne est vérifiée à court terme mais à long terme la propension
moyenne à consommer est restée constante malgré l'augmentation de revenu des ménages.

Ainsi, la première critique majeure a porté sur l’hypothèse relative à la PMC, les études faisant
apparaitre d’une part qu’elle serait plutôt constante, que d’autre part c et PMC auraient des
valeurs très proches, enfin que c serait très instable. Ainsi, de nombreux sont les travaux
empiriques qui remettent en cause l’hypothèse de Keynes. Mais les travaux les plus significatifs
sont ceux menés par Kuznets sur l’économie américaine. Ce dernier livre des résultats
contrastés : la thèse de Keynes n’est confirmée qu’à court terme où on observe effectivement
une baisse du taux de consommation. Mais les tests empiriques relatifs à des séries historiques
révèlent, au contraire, une stabilité du taux de consommation et du taux d’épargne. Par ailleurs,
l’histoire concrète n’a pas confirmé la stagnation séculaire qui devrait survenir si l’hypothèse
keynésienne était suffisamment robuste.

17
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

La seconde critique est celle qui montre que la fonction de consommation keynésienne ne tient
pas compte de la répartition du revenu. En effet, si nous considérons deux catégories de
ménages ayant des fonctions de consommation différentes : les riches avec une PmC faible, et
les pauvres avec une PmC élevée. Et étant donné que la fonction de consommation globale est
une agrégation des fonctions de consommation des différentes catégories sociales, alors toute
variation au niveau de la répartition des revenus entre riches et pauvres se traduit
immanquablement par une modification de la fonction de consommation et donc de la
consommation elle-même.

Une troisième critique est que l’hypothèse du revenu courant ne peut rendre compte du
comportement de consommation des ménages dont les revenus subissent des variations
aléatoires importantes tels que les exploitants agricoles soumis aux aléas climatiques ou
certaines activités soumises à des variations saisonnières importantes. En effet, ces catégories
de ménages procèdent souvent à un lissage de leurs revenus en épargnant durant les années «
grasses » et en désépargnant durant les années « maigres » comme dans le graphique suivant :

Enfin, la théorie keynésienne donne une explication statique du comportement des ménages
dans la mesure où elle ne rend pas compte de l’arbitrage entre la consommation présente et la
consommation future et donne à l’épargne un statut de simple résidu. Par ailleurs, il n’y a aucun
fondement microéconomique à la formulation macroéconomique du comportement de
consommation.

L’ensemble de ces limites rend nécessaire la reformulation de la théorie de la consommation.


Ainsi, trois grandes reformulations, plus ou moins compatibles avec la fonction keynésienne
selon leur orientation plus conciliatrice ou critique, ont été avancées.

18
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

III. Les perfectionnements postkeynésiens

De nombreux travaux postkeynésiens ont expliqué la contradiction entre, d’une part les
analyses de court terme et en coupe transversale qui montrent une propension moyenne à
consommer décroissante et, d’autre part, la constatation qu’en longue période cette propension
est constante.

III.1. La théorie du revenu relatif


J. Duesenberry, économiste américain, en 1949, est parti d’une constatation : aux Etats Unis,
une famille de couleur épargnait plus qu’une famille blanche doté du même revenu. Apparait
alors l’idée de la consommation de chaque ménage dépend de son appartenance à un groupe
social et du niveau de vie qu’il a atteint. Son analyse est basée sur deux hypothèses :
• La première hypothèse spécifie que les individus sont sensibles à la comparaison de
leurs dépenses de consommation avec celles des autres consommateurs. Les agents appartenant
à des groupes de revenus faibles subissent un effet d'imitation vis à vis des agents appartenant
à des groupes de revenu élevés. Ils auront en conséquence une propension à consommer plus
forte que celle des agents du groupe à revenu élevé.
• La seconde hypothèse est que la consommation d'une période est d'avantage en fonction
de revenu antérieure le plus élevé que celui de la période courante.

Pour Duesenberry la consommation devient proportionnelle au revenu lorsque ce dernier


retrouve le niveau le plus élevé atteint dans le passé. Cette thèse est connue sous le nom de
« l'effet cliquet ». Le revenu relatif devient donc un déterminant important du niveau de
consommation en période de récession ou de reprise. La consommation n'évolue pas
proportionnellement au revenu.

III.1.1. Analyse par groupes sociaux


J. Duesenberry a tenté d’expliquer le résultat de l’analyse en coupe transversale en développant
l’effet de « démonstration » ou d’ « imitation ». Ainsi, plus un ménage se situe dans un groupe
social riche, plus sa propension à consommer est faible. En effet, les agents de la classe pauvre
cherchent à diminuer l’écart entre leur niveau de vie et celui des agents appartenant à des classes
plus riches en ayant une propension à consommer plus forte.

Si la distribution des revenus reste inchangée, la croissance du revenu global n’aura pas d’effet
sur la propension à consommer globale qui demeura constante. En revanche, en coupe
transversale, l’élévation du revenu s’accompagne d’une baisse de la PMC.

19
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

III.1.2. Analyse temporelle : l’effet de cliquet


Pour expliquer les fluctuations de la propension à consommer en courte période, J. Duesenberry
ainsi que F. Modigliani ont fait l’hypothèse d’une irréversibilité dans le temps des décisions de
consommation, ou « effet de cliquet ». Cet effet traduit la volonté des consommateurs de
défendre le niveau de vie qu’ils ont précédemment atteint.

Dans la fonction de consommation proposée, en plus du revenu de la période, est introduit le


revenu le plus élevé atteint dans le passé : = ( , >?@ ). En période d’expansion du revenu,
la consommation suit une progression linéaire et, en phase de récession du revenu, la baisse de
la consommation est freinée.

Malgré ses apports, la proposition d’effet cliquet apparait rigide, car le temps est
insuffisamment pris en compte. L’effet de mémoire dépend de la durée des périodes de
dépression et d’expansion.

III.2. Introduction d’effets de retard


Les tests statistiques effectués par T.M. Brown sur une fonction de consommation de type =
+ A l’ont conduit à introduire un effet de retard de consommation sur le revenu, représentant
une inertie des consommateurs. Cette fonction peut s’écrire :
= +A 7< +
C’est la consommation de la période t-1 qui reste en mémoire, plutôt que le revenu. A la
différence de l’hypothèse de revenu relatif, le passé intervient de manière continue et représente
la formation d’habitudes par les consommateurs. Conformément aux résultats des travaux
empiriques, la fonction de Brown permet de retrouver une PmC de courte période inférieure à
celle de longue période.
Avec cette fonction la PmC de courte période égale à : a. Si en longue période, la consommation
augmente de γ % par an.
A (1 + B) (1 + B)
= (1 + B) ⇒ = + + ⇔ = +
7<
(1 + B) 1+B A 1+B A
Cette fonction représente la fonction de consommation de longue période à partir de laquelle la
propension marginale à consommer de longue période peut être déduite :
(1 + B)
= >
1+B A

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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

IV. La théorie du choix intertemporel de Fisher

La contribution de Fisher semble l’alternative la plus exhaustive et celle qui a donné naissance
à plusieurs interprétations alternatives. Irving Fisher (1930) donne un fondement
microéconomique à la fonction de consommation macroéconomique. Cette théorie
d’inspiration néoclassique suppose des agents rationnels qui agissent dans un environnement
de concurrence parfaite. Ces agents raisonnent en terme réel et adoptent un comportement
calculateur de maximisation de la fonction objectif sous contrainte. L’hypothèse de base de
cette théorie est que la finalité de la consommation des ménages est la maximisation de l’utilité.
Mais il ne s’agit pas de maximiser l’utilité pour une période donnée, mais plutôt pour toute la
durée de vie. Autrement dit, un ménage serait prêt à sacrifier une certaine quantité de
consommation au présent en vue d’avoir une quantité plus élevée au futur et inversement.
Si l’espérance de vie d’un ménage représentatif est de n années, ses revenus disponibles réels
annuels anticipés sont : <, E, F, … H et ses consommations réelles annuelles sont :
< , E , F , … H , alors son plan de consommation intertemporel est celui qui maximise son utilité

sous contrainte de richesse.

IV.1. Le plan de consommation intertemporel

Pour simplifier notre raisonnement, nous supposons un ménage représentatif dont l’espérance
de vie est de deux périodes : le présent (période1) et le futur (période 2), qui n’a pas de richesse
initiale et qui ne lègue rien à ses héritiers (ce résultat pourrait être généralisé).

Supposons que ce ménage a une préférence pour le présent (ρ) c'est-à-dire qu’entre une unité
de consommation au présent et la même unité au futur, il préfère consommer au présent. Le
taux d’intérêt réel (r) est la récompense de la renonciation au présent, c'est-à-dire la
récompense de l’abstinence. Autrement dit, ce ménage obtiendrait (1 + r) unités de
consommation au futur s’il accepte de renoncer à une unité de consommation au présent. Ce
ménage peut donc, à chaque période, avoir une consommation inférieure à son revenu courant
et épargner le reste ou avoir une consommation supérieure à son revenu courant et emprunter
la différence.
IV.1.1. La notion de richesse
Nous désignons par richesse d’un ménage (W), la somme de ses revenus disponibles réels
actualisés. L’équation de richesse :
E
I= +
<
(1 + ')

21
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IV.1.2. La contrainte budgétaire


Par contrainte budgétaire d’un ménage, nous désignons l’égalité entre ses ressources et leur
emploi. Il s’agit, ici, de l’égalité entre la somme de ses revenus disponibles réels actualisés et
la somme de ses consommations annuelles réelles actualisées.
E E E
+ = + =I⇔ =I ⇔ = ( + K)L ( + K)
<
(1 + ') <
(1 + ') (1 + ') < J

Cette dernière relation est l’équation de la contrainte budgétaire ou de richesse. Nous


remarquons que c’est une droite décroissante de pente – (1+r).
IV.1.3. La fonction d’utilité
L’objectif du ménage représentatif est de maximiser sa fonction d’utilité inter temporelle :
M = M( < , E)

Cette fonction peut être représentée, dans un plan, par une carte d’indifférence qui représente
l’ensemble des courbes d’indifférence. Une courbe d’indifférence intemporelle est le lieu
géométrique de toutes les combinaisons de consommation ( < , E) qui donnent le même niveau
d’utilité.
IV.1.4. L’équilibre ou l’optimum
Maximiser la fonction d’utilité sous la contrainte de richesse revient à maximiser l’équation de
Lagrange suivante :
E
ℒ = M ( <, E) + O PI Q
<
(1 + ')
R est maximum lorsque :
Sℒ SM SM
= O=0 ⇔ =O (1)
S < S < <
Sℒ SM O SM O
= =0 ⇔ = (2)
S E S E (1 + ') E (1 + ')
Sℒ E E
= I =0 ⇔ I= <+ (3)
SO <
(1 + ') (1 + ')
( ) VW X J
= = = ( + K) = YZ[\
(J) VW J X

Le TMSI (le taux marginal de substitution inter temporel) mesure la quantité de consommation
future que le ménage serait prêt de céder pour avoir une unité supplémentaire de consommation
présente et garder le niveau d’utilité constant. C’est le taux d’échange subjectif entre la
consommation future et la consommation présente.

(1+r) mesure la valeur future d’une unité de consommation présente. C’est le taux d’échange
objectif entre la consommation future et la consommation présente.

22
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

Autrement dit, l’optimum est tel que le taux d’échange objectif est égal au taux d’échange
subjectif :
E
04] = (1 + ') I= +
<
(1 + ')
Cet équilibre implique quelques suggestions et remarques :
− Contrairement à l’hypothèse de Keynes, la consommation des ménages ne dépend pas
uniquement du revenu disponible, elle dépend également du taux d’intérêt ;
− Cet équilibre peut déboucher sur deux catégories de ménages :
un ménage créditeur caractérisé par une épargne positive, c'est-à-dire par une
consommation présente inférieure au revenu présent : C1* < Y1 ⇔ S > 0 ;
un ménage débiteur caractérisé par une épargne négative, c'est-à-dire par une
consommation présente supérieure au revenu présent : C1* > Y1 ⇔ S < 0.
− Comme le ménage considéré ne lègue rien à ses héritiers, sa richesse doit être épuisée à
la fin de la deuxième période, c'est-à-dire qu’il ne doit avoir à la fin de sa vie ni une épargne,
ni des dettes. Autrement dit son épargne à la deuxième période est égale à moins son épargne
de la première période.

IV.2. Le déplacement de l’équilibre

Nous avons montré ci-dessus que la consommation dépend du revenu disponible et du taux
d’intérêt, mais nous n’avons pas précisé la nature de la relation (croissante ou décroissante).
Pour ce faire, nous devons analyser les conséquences des variations du revenu disponible et du
taux d’intérêt, lesquelles variations se traduisent par un déplacement de l’équilibre.

23
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

IV.2.1. Variation des revenus disponibles et déplacement de l’équilibre


Toute variation des revenus disponibles (r restant constant) se traduit par une variation dans le
même sens de la richesse. La droite budgétaire va subir un déplacement parallèle, puisque la
pente [– (1+r)] ne varie pas, et par conséquent les consommations présentes et futures ainsi que
l’épargne vont aussi varier dans le même sens :
ΔY1 > 0 et/ou ΔY2 > 0 ⇒ ΔW > 0 ⇒ ΔC1 > 0 et ΔC2 > 0 et ΔS > 0
ΔY1 < 0 et/ou ΔY2 < 0 ⇒ ΔW < 0 ⇒ ΔC1 < 0 et ΔC2 < 0 et ΔS < 0

IV.2.2. Variation du taux d’intérêt et déplacement de l’équilibre


Toute variation du taux d’intérêt réel (Y1 et Y2 restant constants) implique un déplacement non
parallèle de la droite budgétaire et par la même un déplacement de l’équilibre. Ce déplacement de
l’équilibre résulte d’un double effet : un effet substitution et un effet richesse.
l’effet richesse résulte du fait que le ménage va se sentir plus riche ou plus pauvre selon le
sens de variation du taux d’intérêt et selon que l’agent soit débiteur ou créditeur : une augmentation
du taux d’intérêt enrichit l’agent créditeur et appauvrit l’agent débiteur et inversement. Et tout
enrichissement (appauvrissement) implique une augmentation (une baisse) de C1 et de C2.
l’autre effet de la variation du taux d’intérêt est la modification de la récompense de la
renonciation au présent, c’est à dire du prix de C1 en termes de C2. Ceci se traduit par un effet de
substitution qui est le même quelle que soit la situation de l’agent : une augmentation du taux
d’intérêt incite à l’épargne et a donc un effet négatif sur la consommation présente et positif sur la
consommation future, et inversement.
les effets conjugués (effet global) sont donc relativement complexes sur les consommations
présentes et futures et sur l’épargne. Ils dépendent du sens de variation du taux d’intérêt et de la
situation de l’agent. Toutefois, les tenants de ce modèle font l’hypothèse que lorsque l’effet revenu
et l’effet substitution ne vont pas dans le même sens, c’est ce dernier qui l’emporte de sorte que,
par exemple, si l’effet revenu est positif et l’effet substitution est négatif, l’effet global sera négatif.

24
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

Le tableau suivant récapitule les conséquences des variations du taux d’intérêt réel selon la
situation de l’agent.

Cas à 2 périodes, ménage épargnant en première période, hausse du taux d’intérêt.


Effet de substitution : il devient intéressant de transférer du revenu vers t = 2 pour
consommer plus alors. L’épargne est en hausse. C1 diminue et C2 augmente.
Effet de revenu : une même épargne S1 rapportera plus en t = 2, ou encore, pour une
même épargne à consommer en t = 2, il est possible d’épargner moins en t = 1.
L’épargne est en baisse. C1 augmente et C2 reste constante.
Effet final ambiguë
Cas à 2 périodes, ménage emprunteur en première période, hausse du taux d’intérêt.
Effet de substitution : il est intéressant de consommer davantage en t = 1 et, pour ce
faire, il faut emprunter moins en t = 1 pour avoir moins à rembourser en t = 2. L’emprunt
diminue, C1 diminue et C2 augmente.
Effet de revenu : pour un même montant à rembourser en t = 2 il est faut emprunter un
montant plus faible en t = 1. L’emprunt diminue, C1 diminue et C2 reste constante.
Effet final sans ambigüité : la hausse du taux d’intérêt pousse le ménage débiteur à emprunter
moins et donc à consommer moins en première période de sa vie.

25
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

NB : Pour représenter graphiquement l’effet substitution, il faut créer un point intermédiaire en


traçant une droite parallèle à la nouvelle droite budgétaire, tangente à la courbe d’indifférence
initiale.

^_`ab cKéX b`dK (eK > 0)

Le graphique ci-dessus illustre le cas d’une augmentation du taux d’intérêt pour un agent
créditeur. Par conséquent, si r augmente de ∆r+ alors 1/(1+r) diminue, le prix de C2 en terme
de C1 diminue. Graphiquement cela se traduit par une modification de la pente de la contrainte
budgétaire qui va pivoter autour du point (Y1, Y2).

IV.2.3. Conclusion
Si nous supposons que l’effet substitution l’emporte sur l’effet revenu, nous pouvons conclure
que l’approche de Fisher établit une relation croissante entre la consommation présente et la
richesse (la richesse elle-même est fonction croissante des revenus) et décroissante entre la
consommation présente et le taux d’intérêt réel.
S S
= ( , ') >0 0
S S'

V. L’hypothèse du revenu permanent de Friedman

M. Friedman (1957) va fonder son hypothèse sur celle de Fisher et va élaborer un plan de
consommation qui dépasse de loin la période courante. Il a travaillé à l’élaboration d’un concept
plus sophistiqué, « le revenu permanent ». Cet économiste américain a proposé une fonction de
consommation qui s’appuie sur l’analyse intertemporelle des choix du consommateur, donc sur

26
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

une analyse microéconomique, qui va permettre d’interpréter des observations chronologiques


de la consommation.

V.1. Le fondement de la théorie du revenu permanent


Le revenu permanent est défini comme « la somme qu’un consommateur peut consommer en
maintenant constante la valeur de son capital ». Vu sous l’angle des avoirs d’un ménage, le
revenu permanent sera considéré comme le reflet des revenus annuels stables sur une longue
période dont la valeur présente actualisée est égale à la richesse de ce ménage. Quand un
ménage épargne, il augmente à sa richesse et accroît donc son revenu permanent. C’est
pourquoi, nous pouvons dire que ce concept est intimement lié au concept de richesse (W).
La richesse d’un agent est la valeur actuelle de son flux de revenu futur. Ainsi, si la richesse W
et égale :
E F H
I= + + + …+
<
(1 + ')< (1 + ')E (1 + ')H7<
Le revenu permanent serait ce revenu constant à long terme tel que :
'
f
=Ig h
1+'
Mais cette définition théorique du revenu permanent ne permet pas de l’évaluer d’une manière
empirique étant donné l’indétermination des revenus futurs et du taux d’intérêt futur. C’est
pourquoi Friedman a proposé, pour surmonter cette difficulté, une définition empirique qui se
base sur les revenus observés au présent et durant les périodes passées.
L’hypothèse de base est que les revenus courants subissent, d’année en année, des chocs
temporaires aléatoires. Le revenu courant est donc formé par deux composantes : une
composante permanente et une composante transitoire :

ib = ijb + iYb

∶ le revenu courant, f
: le revenu permanent et y
: le revenu transitoire

Le revenu permanent est la composante du revenu que les ménages s’attendent à conserver à
l’avenir. Il représente donc la partie stable du revenu. Le revenu transitoire est la composante
du revenu dont les agents ne prévoient pas le maintien à l’avenir. Il représente la différence à
court terme entre le revenu courant et le revenu permanent à long terme.

Si le revenu permanent est le revenu moyen, le revenu transitoire apparaît comme l’écart
aléatoire par rapport à cette moyenne. Cet écart peut être positif ou négatif selon que le revenu
courant est supérieur ou inférieur au revenu permanent. Ce dernier est une notion
27
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

continuellement ajustée dans le temps en fonction de l’évolution des revenus courants des
ménages. Il peut être estimé à partir d’un processus d’anticipations adaptatives où le revenu
permanent d’une période serait égal au revenu permanent de la période précédente qui sera
ajusté à la hausse ou à la baisse selon que le revenu transitoire est positif ou négatif.

Supposons un coefficient d’ajustement λ (0 < λ < 1). Tout écart entre le revenu courant ib et le
revenu permanent de la période précédente (Y}7<
~
) sera ajouté ou retranché à l’évaluation du
revenu permanent dans une proportion égale à λ, c'est-à-dire que si nous considérons que : (ib
ij
b7 ) est le revenu transitoire, alors le revenu permanent sera :
f )
f
= f
7< + O( 7< = λY} + (1 O) f
7<
f
7< =O 7< + (1 O) f
7E
a

i = € •(
j
€) ijb7 (ƒ„`c a …† `‡ˆéKƒac` X` „ `)

Le revenu permanent est donc la moyenne pondérée des revenus courants des périodes
précédentes. Les coefficients de pondération sont de plus en plus faibles au fur et à mesure que
l’on remonte dans le passé.

V.2. La fonction de consommation et le revenu permanent

L’idée de base de la théorie du revenu permanent est que les ménages orientent leur
consommation permanente en fonction de la partie permanente de leur revenu et adoptent un
autre comportement face à leur revenu transitoire. Quand les revenus courants augmentent ou
baissent temporairement, les ménages ne bouleversent pas complètement leurs habitudes de
consommation. S’il s’agit d’une baisse temporaire, ils puisent dans leur épargne accumulée
pour financer leurs dépenses normales de consommation ; s’il s’agit d’une augmentation
temporaire, ils consacrent à l’épargne une proportion plus élevée de leur revenu que d’habitude.

L’idée maîtresse derrière la théorie du revenu permanent est que la consommation courante est
une proportion du revenu disponible courant, mais cette proportion est plus importante pour
la partie du revenu qui est permanente et plus faible pour celle qui est transitoire. Les ménages
épargnent une plus grande proportion de leur revenu transitoire que celle relative à leur revenu
permanent. Si leurs revenus transitoires deviennent négatifs, ils puisent dans leurs épargnes
pour maintenir leurs niveaux de vie.

L’une des conséquences de la distinction entre le revenu permanent et le revenu transitoire est
la variation de la PMC et de la PmC à court terme par rapport à leurs valeurs de long terme au
28
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

cours du cycle économique. En effet, en période d’expansion économique, les ménages


réalisent des revenus transitoires positifs et importants, ce qui les incite à l’épargne ; leur
richesse va donc augmenter. Ils ont un comportement inverse en cas de récession et de revenus
transitoires négatifs.

Deux forces contraires agissent ainsi sur la PMC. La première tend à favoriser une baisse du
-
ratio à court terme en période d’expansion et une hausse en période de ralentissement. Cela
+

est dû au fait que la consommation est relativement stable dans le temps, mais les revenus le
sont moins. Mais ces tendances sont contrecarrées par la tendance des ménages à épargner une
forte proportion des revenus transitoires. La conséquence de ces mécanismes est que la fonction
de consommation n’est stable qu’à long terme. A court terme cette fonction est instable.
f
Si nous désignons par la consommation permanente de long terme, on peut écrire la fonction
de consommation permanente de long terme comme suit : f
=‰ f
où k est la propension
marginale à consommer le revenu permanent anticipé. Ce coefficient est, selon Friedman,
proche de l’unité, mais il peut varier d’un pays à l’autre et d’une catégorie de ménages à l’autre.
Dans ses études empiriques, l’auteur trouve une valeur égale à 0,88 pour les Etats-Unis.
f ),
Et comme : f
= f
7< + O( 7< nous pouvons déduire la fonction de consommation à
court terme des revenus transitoires :
j
b = Šij = Š ‹ijb7 + €Œib ijb7 •Ž = Šijb7 + Š€Œib ijb7 •

Pour (k = 0,9) et (λ = 0,25) : la propension marginale à consommer le revenu permanent est


égale à 0,9 et la propension marginale à consommer le revenu transitoire est égale à 0,225. Ceci
veut dire que l’épargne normale représente 0,1 du revenu permanent et l’épargne spéciale
représente 0,775 du revenu transitoire.
La dernière équation peut être exprimée différemment de manière à établir une relation entre la
consommation permanente et le revenu disponible courant (Yt) :
j
b = Š( €)ijb7 + Š€(ib )

29
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

Les conclusions de la théorie du revenu permanent de Friedman sont très semblables à celles
de la théorie de la consommation en escalier de Duesenberry qui explique la variabilité de la
PMC à court terme et sa stabilité à long terme par le fait que les ménages deviennent habitués
à un certain niveau de vie et résistent à tout changement brusque de ce dernier.
Par ailleurs, il est également possible d’établir une relation de proximité entre les conclusions
de Friedman et celles de Brown. En effet :
j
b = Šij = Š •€ib + €( €)ib7 + ⋯ + €( €)a ib7a ‘
j
b = €Š •ib + ( €)ib7 + ⋯ + ( €)a ib7a ‘
j
b7 = €Š •ib7 + ( €)ib7J + ⋯ + ( €)a7 ib7a ‘
( €) j
b7 = €Š •( €)ib7 + ( €)J ib7J + ⋯ + ( €)a ib7a ‘
j
b ( €) j
b7 = €Šib
j
b = €Šib + ( €) j
b7

Cette dernière relation ressemble fortement à la relation établie par Brown :


b = ci + ’ b7 +“

VI. L’hypothèse du cycle de vie de Modigliani

Dans les années 1950, Franco Modigliani va se référer aux conclusions du modèle de Fisher de
la consommation pour tenter de résoudre l’énigme de la consommation et expliquer la
contradiction entre la théorie keynésienne et les faits observés.

Comme nous l’avons vu, le modèle de Fisher suppose que la consommation d’une période
dépend des revenus de toutes les périodes. L’hypothèse que va poser Modigliani est que le
revenu est cyclique, qu’il est variable le long de la vie et que les ménages vont transférer une
partie de leurs revenus des années « grasses » vers la consommation des années « maigres ».
L’objectif de ces transferts de revenus est d’avoir une structure de consommation relativement
stable durant toute la vie.

La principale raison à l’origine des fluctuations des revenus est l’existence d’une période
d’activité où les revenus sont relativement élevés, et d’une période d’inactivité (la retraite) où
les revenus sont relativement faibles, voir nuls. Le rôle de l’épargne, dans ce cas, est de répondre
au désir des ménages de ne pas voir leur consommation baisser substantiellement durant la
période de retraite. Cette incitation à épargner va avoir des implications sur la fonction de
consommation.

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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

Pour illustrer la contribution de Modigliani, nous supposons un ménage qui dispose d’une
richesse initiale égale à L . Ce ménage s’attend à vivre encore n années dont e années d’activité
et (n - e) années de retraite. Il perçoit, durant la période d’activité, un revenu annuel constant
égal à Y. Il ne lègue rien à ses héritiers.
Question : quel niveau de consommation doit-il avoir pour être en mesure de « lisser » sa
consommation durant toute la durée de vie ? Pour simplifier le raisonnement, nous supposons
que le taux d’intérêt est nul. Les ressources de ce ménages s’élèvent à : I) +
L 2`i L `
Sa consommation annuelle sera donc : = a
= a
+ ai

Exemple : pour n = 40 et e = 20, la fonction de consommation est : C = 0,025 W0 + 0,5 Y.

Cette dernière relation indique que la consommation dépend de la richesse et du revenu. Toute
unité supplémentaire de richesse implique une augmentation de la consommation de 0,025
unité, et toute augmentation du revenu se traduit par une augmentation de la consommation de
0,5 unité.

Si tous les ménages adoptent un comportement similaire, la fonction de consommation agrégée


sera : C = α W + β Y où : α = propension marginale à consommer une partie de la richesse et β
= propension marginale à consommer une partie du revenu

A priori, nous pouvons supposer que la richesse est constante à court terme. Elle ne varie qu’à
long terme suite à l’accumulation de l’épargne. Au niveau individuel, la richesse augmente,
puis baisse. Mais pour l’ensemble des ménages, c'est-à-dire au niveau macroéconomique, la
richesse suit un trend ascendant. Ainsi :
à court α W = α W0 (une constante) et la fonction de consommation est : C = α W0 +
β Y. Cette fonction de consommation est similaire à celle de Keynes où α W0 est la
’L
consommation autonome et β Y la consommation induite. Et la jZ = +“
i

décroissante par rapport au revenu.


Mais, à long terme, au fur et à mesure que la richesse augmente, la fonction de
consommation va se déplacer vers le haut. L’accroissement du revenu va être compensé
par l’accroissement de la richesse de sorte que la propension moyenne à consommer va
rester constante.
’L
En effet, jZ = + “, et comme W et Y vont augmenter en parallèle, rien ne prédispose la
i

PMC à baisser.

31
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

Ainsi, la contribution de Modigliani a établi que la consommation des ménages dépend en partie
du revenu courant, mais elle dépend aussi de la richesse. Cette contribution a permis de résoudre
la contradiction entre la théorie de la consommation et l’histoire concrète.

Le profil typique du cycle de vie fait ainsi apparaître trois périodes : « jeunesse », « activité »
et « retraite ». Le comportement d’endettement et d’épargne est fortement relié à l’âge du
consommateur : l’épargne est réalisée dans la période d’activité (B), et transmise pour la
consommation durant la jeunesse (A) et la retraite (C), ce qui suppose l’absence de contrainte
financière pour les jeunes.

VII. Les autres variables explicatives

A côté du revenu et de la richesse, un certain nombre de variables furent avancées par différents
économistes pour expliquer les variations de la consommation des ménages. Parmi ces facteurs
nous pouvant retenir : le taux d'intérêt, le montant des dépenses publicitaires, l’évolution des
prix, la répartition des revenus et la politique de redistribution.

Dans les faits, aucune étude empirique n’a confirmé l’analyse selon laquelle le niveau de
consommation serait fonction du taux d’intérêt. Pour les dépenses publicitaires et l'évolution
des prix, il apparaît que ces deux variables modifient la structure de la consommation mais
n'exercent aucune influence sur le volume global. Enfin, que la répartition des revenus et la
politique de redistribution agissent sur la consommation globale dans la mesure où les
propensions marginales à consommer différent selon les catégories socioprofessionnelles.

32
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

CHAPITRE II : LA FONCTION D’INVESTISSEMENT

L’investissement est, au même titre que la consommation, un agrégat essentiel en économie car
il fait partie de la demande. La contribution de l’investissement au PIB est beaucoup plus faible
que celle de la consommation, mais le rôle de l’investissement comme indicateur des
fluctuations de PIB est beaucoup plus important que celui de la consommation. De ce fait,
l’investissement est très surveillé. Contrairement à la consommation, l’investissement est une
composante très instable avec des variations qui peuvent être vertueuses ou dévastatrices car
des mécanismes d’accélération et de multiplication accentuent les conséquences de ses
variations.

L’acte d’investir constitue le moteur de l’activité économique. Il est entrepris par les
producteurs et se trouve financé, principalement, à partir de l’épargne des ménages. Mais la
relation entre épargne et investissement est difficile à appréhender et se situe de fait au cœur du
clivage entre les Néoclassiques et les Keynésiens.

I. Les différentes formes d’investissement


L’investissement comprend les dépenses faites, soit pour maintenir, soit pour augmenter le
stock de capital. On distingue différentes formes d’investissement selon la nature des biens
d’investissement intégrés dans le processus de production, et selon le caractère plus ou moins
productif de l’investissement.

I.1. La définition et rôle de l’investissement


L’investissement se défini comme un acte qui consiste à acquérir des biens d’équipement
durables destinés à accroître la production de biens et services dans le futur. L’investissement
consiste donc à affecter une certaine quantité des ressources monétaires pour augmenter les
composantes du stock de capital (usines, biens d’équipement, bureaux, bâtiments
résidentiels,…).

En comptabilité nationale, l’investissement est représenté par la Formation Brute de Capital


Fixe (FCBF) qui correspond à la valeur des biens durables acquis par les unités productrices
résidentes et destinés à être utilisés pendant au moins un an dans le processus de production.
L’investissement est un flux qui augmente le stock de capital. Il s’agit d’immobiliser des
ressources qui sont détournées de la consommation immédiate pour l’achat des moyens de
production afin de créer de nouvelles richesses dans les périodes futures.

33
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

L'investissement joue un double rôle au sein de l’activité économique :


• en tant que composante de la demande finale globale, l’investissement est, comme la
consommation, une dépense et à ce titre, il peut soutenir l’activité économique indépendamment
de l’usage concret auquel il est destiné ;
• mais en tant que facteur de production, l’investissement est souvent considéré comme
le moteur de la croissance économique dans la mesure où il accroît les capacités productives du
pays et améliore sa productivité.

I.2. Les investissements classés selon leur nature


On distingue :
investissement en capital fixe / investissement en capital circulant
L’investissement en capital fixe est l’achat de biens ne disparaissant que partiellement dans le
processus de production. Cette notion est proche de celle de la FBCF définie par la comptabilité
nationale.
L’investissement en capital circulant est l’achat de biens intermédiaires, c’est-à-dire de biens
d’investissement disparaissant totalement dans le processus de production, par incorporation
totale au produit. L’ICC est assimilable aux consommations intermédiaires de la comptabilité
nationale.
Investissement net / investissement de remplacement
A chaque étape du processus de production, tout se passe comme si une partie des biens en
capital disparaissait, par usure ou par obsolescence. La valeur des biens d’équipement perdue
lors du processus de production est la consommation de capital fixe.

Les investissements de renouvellement ou de remplacement (amortissement économique)


destinés à remplacer le capital usé dans les opérations de production. C’est la différence entre
les investissements bruts et les investissements nets. Les investissements de substitution
destinés, généralement, à remplacer les techniques à forte intensité travailliste par des
techniques à forte intensité capitalistique. Et les investissements d’expansion ou investissement
net servant à accroître la capacité de production pour pouvoir satisfaire une demande croissante
ou destinés à améliorer l’efficacité des facteurs de production. Cette accumulation du capital (It
= ΔΚ) est absolument nécessaire pour accroître la production et améliorer le niveau de vie dans
le long terme.

L’investissement total ou investissement brut comprend l’investissement de remplacement et


l’investissement net (investissement nouveau).

34
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

I.3. Investissement classés selon leurs finalités

Investissement productif / investissement improductif


Un investissement productif est investissement directement lié à l’activité de production des
entreprises. A l’opposé, un investissement improductif n’est pas destiné à produire d’autres
biens. On y trouve ainsi, principalement, les équipements destinés à produire des services non
marchands (investissement en logement, équipements collectifs).

Investissement matériel / investissement immatériel


L’investissement matériel correspond à un investissement physique (machines, véhicules,
bâtiments). L’investissement immatériel (ou incorporel) est un investissement « intellectuel ».
Il correspond aux dépenses qui valorisent l’entreprise, c’est-à-dire améliorent sa position sur le
marché. On y classe les dépenses en recherche et développement, les dépenses de formation,
de publicité, les logiciels et les investissements commerciaux.

L’investissement est utile car il introduit le progrès technique (indicateur de modernisation du


pays mesuré par le taux d’investissement), il permet d’augmenter le pouvoir de marché de la
firme (publicité, charge en comptabilité, mise en place d’un réseau de distribution…). Il
améliore la spécialisation de l’entreprise ou d’un pays face aux variations des marchés et enfin
il accroît la flexibilité par la mise en place d’ateliers flexibles, la robotisation, la possibilité de
produire des petites séries rentables (machines polyvalentes, conception modulaire des
produits, différenciation retardée…).

II. Les déterminants de la décision d’investissement

On distingue trois grands déterminants de l’investissement : la rentabilité des projets proposés,


la rentabilité de l’entreprise qui détermine les conditions de financement des projets et la
demande anticipée que devra satisfaire l’investissement.
La fonction d’investissement permet d’expliquer comment se fixe le montant de la demande
d’investissement. Pour ce faire, J. M. KEYNES étudie les conditions de l’investissement au
niveau de l’entreprise, puis transpose son analyse au niveau macro-économique pour obtenir la
fonction d’investissement global.

II.1. Le coût du capital


Le taux d’intérêt va jouer un rôle important dans la décision d’investir, et ce, quelles que soient
les modalités de financement de l’investissement :

35
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

- si l’entreprise emprunte les fonds pour investir, le taux d’intérêt va représenter le coût
de son emprunt ;
- si l’entreprise finance son investissement à partir de ses fonds propres, c’est-à-dire si
elle s’autofinance, le taux d’intérêt représente le coût d’opportunité de son
investissement. C’est le taux d’intérêt qu’elle pourrait percevoir en prêtant (plaçant) ses
fonds.

L’entreprise, dans sa décision d’investir, va comparer la rentabilité attendue de


l’investissement, autrement dit ce qu’il va lui rapporter, au coût de son emprunt ou à l’intérêt
d’un investissement financier alternatif, c’est-à-dire à ce qu’il lui coûte.

II.2. Le critère de la Valeur Actuelle Nette (VAN) et du Taux de Rendement Interne (TRI)
Pour les classiques, la décision d’investissement dépend de la possibilité de réalisation du profit
maximum, et ce, compte tenu du taux d’intérêt (i) qui prévaut sur le marché des capitaux et de
la rentabilité de l’investissement à engager (r). Ceci étant, l’on distingue deux cas.
Premier cas
Un industriel dispose d’une somme d’argent qu’il peut soit affecter au financement de
l’acquisition de machines nouvelles, soit placer purement et simplement. Pour décider, il
procédera à un calcul économique de rentabilité pour déterminer l’éventualité la plus probable.
Il décidera, donc, de l’investissement si la valeur actualisée des revenus que lui rapporteront les
machines à acquérir est supérieure à la valeur actualisée des revenus en termes d’intérêts que
lui rapporterait éventuellement, le placement financier, l’inverse est vrai.
En effet, il s’agit ici des critères de la valeur actuelle nette (VAN) et du taux de rendement
interne (TRI). La VAN d’un projet d’investissement est la somme actualisée des cash-flows
nets (CFN) engendrés par ce projet :

VAN = I) + • CFNš (1 + i)7}


}‚<
Où i représente le taux d’actualisation ou le taux d’intérêt, c’est-à-dire le taux de rendement
minimum exigé (TRME), ou encore le coût d’opportunité des fonds investis. Selon ce critère,
un investissement est retenu si la VAN > 0. On remarque à ce niveau, que la rentabilité
financière ne reflète pas la rentabilité économique et sociale.

Pour ce qui est du TRI ou de ce que Keynes qualifie d’efficacité marginale du capital, il
correspond, en effet, au taux d’actualisation des cash-flows nets pour lequel la VAN est nulle,
de sorte que l’on puisse avoir :

36
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

• œ•ž (1 + ')7ž ]) = 0 ù ' = Ÿ]


ž‚<

Selon ce critère, le TRI doit être comparé au taux de rendement minimum exigé (TRME). Le
critère TRI ne donne pas toujours une solution satisfaisante, car il peut exister plusieurs valeurs
de ce TRI. Cependant, ce critère permet de classer les projets envisagés.

NB : L’analyse keynésienne de courte période suppose que les prix sont constants, c'est-à-dire
que le taux d’inflation anticipée est nul, d’où les taux d’intérêt nominal est réel sont égaux. De
plus, à des niveaux très faibles du taux d’intérêt, l’investissement ne dépend plus du taux
d’intérêt, c'est-à-dire que la sensibilité de l’investissement au taux d’intérêt sera nulle.

Deuxième cas
Un industriel se propose d’acquérir une certaine quantité de biens d’équipements au moyen
d’un emprunt bancaire donnant lieu au paiement d’intérêts. La décision d’investissement sera
prise seulement dans le cas où la valeur actualisée des revenus que ces équipements lui
rapporteraient est supérieure à la valeur actualisée de l’ensemble des charges financières qu’il
aurait à régler, à des intervalles réguliers, au profit de la banque prêteuse. En partant de ces
deux cas, la fonction d’investissement sera de la forme :
] = ](#, '), ]ž† 0 ]† > 0
On suppose, pour simplifier, que le taux de rendement r est constant, d’où l’on déduit :
] = ](#, '̅ ), ]ž† 0
Ceci étant, le graphe de I s’établit comme suit :

Un accroissement du taux d’intérêt de i0 à i1 (Δi > 0) signifie un renchérissement du coût


d’acquisition des moyens de financement des investissements et implique une baisse de
l’investissement de I0 à I1 (ΔI < 0).
37
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

Il existe donc une relation inverse entre le montant de l’investissement et le niveau du taux
d’intérêt. Le taux d’intérêt n’est cependant pas la seule variable susceptible d’influencer
l’investissement. Un investissement donné ne sera réalisé que si l’entreprise anticipe des
perspectives de débouchés attractives c’est-à-dire porteuses de profits futurs.

Selon l’approche keynésienne, l’investissement est déterminé par la comparaison entre


l’efficacité marginale de capital (r) et le taux d’intérêt (i). Lorsque le taux d’intérêt baisse, les
projets d’investissement deviennent rentables.

La fonction d’investissement classique établit l’existence d’une relation négative entre le


montant de l’investissement et le niveau de du taux d’intérêt (]ž† 0). Pour les keynésiens, cette
relation n’est pas toujours vérifié empiriquement. En effet, les investissements sont largement
financés sur fonds propres et d’autres variables, comme le profit, la structure de financement,
la demande, interviennent de façon importante.

Le ratio « Q » de J. Tobin

James Tobin a proposé (1969) un ratio prenant en compte à la fois la structure de financement
et la rentabilité apte à expliquer le comportement d’investissement. L’investissement serait une
fonction croissante du ratio « q » défini comme le rapport de l’évaluation boursière des
entreprises et la valeur de leur capital productif
¢ :' A :' #è'
9=
:' "& A : &#
Si q >1, la valeur boursière est supérieure à la valeur comptable des équipements, les
perspectives sont donc favorables et il est « profitable » d’investir dans cette entreprise.

III. Le rôle de la demande anticipée dans la décision d’investir

Croyance en l’avenir, le moral des affaires (J. M. KEYNES) : si la demande attendue est
supérieure à la demande actuelle, il y aura investissement à condition qu’il n’existe pas de
capacités de production inemployées. Par définition, l’investissement des entreprises est l’achat
de biens en capital destiné à permettre la production ultérieure de biens et services. Les
entreprises vont chercher à augmenter leurs capacités de production quand elles anticipent une
hausse de la demande de biens de consommation à laquelle elles souhaitent répondre. Le niveau
d’investissement, c’est-à-dire la variation du stock de capital apparait comme le résultat d’une
variation de la demande, elle-même liée à la variation du revenu national (Y). Le niveau
d’investissement ne dépendant pas du niveau de la demande, mais de ses variations, cette
38
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

variable connaitra des variations de plus forte amplitude que les autres agrégats (revenu,
demande, consommation) ; c’est l’idée de l’accélérateur, mise en évidence par Aftalion (1909)
et Clark (1917).

La demande anticipée explique le lien non systématique entre taux d’intérêt et investissement ;
en fait, une variation de la demande entraîne une variation plus forte de l’investissement en
vertu du principe d’accélération.

La théorie de l’accélérateur indique qu’une variation de la demande de biens de consommation


entraine une variation plus que proportionnelle de la demande de biens d’investissement. Alors
que la formulation de l’accélérateur simple suppose que le capital s’ajuste immédiatement à la
demande, l’accélérateur flexible suppose que cet ajustement est étalé dans le temps.

III.1. L’accélérateur simple


La demande d’investissement total (investissement brut, Ib) répond à deux besoins précis. Il
s’agit ou d’abord de remplacer les capitaux usés (investissement de remplacement, Ir). Il faut
ensuite investir pour accroitre le stock de capital, c’est-à-dire accroitre les capacités de
production, c’est le rôle de l’investissement net (In).

L’investissement de remplacement correspond à l’amortissement. On suppose que le taux de


dépréciation du capital est constant chaque année. Ainsi, si la durée de vie des équipements (K)
est de n années, chaque année une fraction (K/n) du capital disparaît au cours du processus de
production et doit être remplacée, simplement pour maintenir intactes les capacités de
production. On obtient Ir = K/n, avec K la valeur du stock de capital.
L’investissement net, quant à lui, consiste à augmenter les capacités de production, c’est-à-dire
le stock de capital.
\ab = ¤b ¤b7 = ∆¤b
L’investissement nouveau au cours d’une année est mesuré par la différence entre le capital de
l’entreprise à la fin de l’année et son niveau en début d’année. C’est cette partie de
l’investissement qui va répondre aux variations de la demande anticipée, sous plusieurs
conditions :
- l’augmentation de la demande est supposée durable par les entrepreneurs ;
- il n’existe pas de capacités de production sous utilisées : produire davantage implique
l’achat de nouveaux biens d’investissement ;

39
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

- la combinaison productive est fixe, c’est-à-dire que toute augmentation de la production


(Y) nécessite une augmentation proportionnelle, constante, du stock de capital (K).
Autrement dit, le rapport (k) entre le stock de capital et la production réalisée est fixe :
¤b
Š= ib
, k est appelé coefficient de capital.

Sous ces hypothèses, il est possible de déterminer une relation entre l’investissement et la
production (et donc implicitement la demande).
\ab = ∆¤b = Š∆ib
L’investissement nouveau (Int) est proportionnel à la variation de la production (∆ib ), elle-
même égale à la variation de la demande. En variation, on obtient :
∆\ab = Š•∆ib ∆ib7 ‘
La variation de l’investissement dépend de la variation de la demande, c’est-à-dire de son
accélérateur. k est également appelé coefficient d’accélération. Cette relation d’accélération
explique le caractère amplifié des variations des dépenses d’investissement par rapport aux
variations de la demande finale qui les ont provoquées.
En définitive, la demande d’investissement dans la théorie keynésienne dépend aussi bien du
taux d’intérêt que du volume des ventes anticipé.
]H ]H
]H = (', ) 0 >0
'
III.2. L’accélérateur flexible
Le principe de l’accélération flexible suppose que les entrepreneurs ne répondent pas une
hausse brutale de la demande par l’augmentation immédiate de leurs capacités de production.
L’accélérateur flexible tient compte du fait que de nombreux retards peuvent intervenir et
modifier le processus d’accélération : prise de conscience par l’entrepreneur que la hausse de
la demande est durable, étalement dans le temps de gros investissements (en raison des coûts
d’emprunts, du temps de formation des salariés, des délais de fabrication, etc.), prélèvement sur
les stocks.

Dans un premier cas, l’ajustement du stock de capital est partiel mais proportionnel à la
variation de la demande (∆ ). L’investissement net devient : \ab = €Š(ib ib7 ) avec λ : le
coefficient d’ajustement partiel du stock de capital (0< λ <1) et λk : l’accélérateur flexible.

Dans un second cas, on peut concevoir que le stock de capital de la période s’ajuste
partiellement au stock de capital désiré (¥ ∗ ). Dans ce cas, l’investissement net devient :
\ab = ¤b ¤b7 = €(¤∗b ¤b7 ), avec λ : le coefficient d’ajustement partiel du stock de
capital (0< λ <1).
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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

Ici, l’investissement net n’est plus proportionnel à ∆ (comme dans le premier cas) mais à Yt.
En effet, ¤∗b est proportionnel à la demande Yt (¥ = ‰ ) et l’on a :
\ab = €(Šib ¤b7 ) §d \ab = (€Šib €¤b7 )
avec λk : l’accélérateur flexible.
L’effet amorti (à la fois à la hausse et à la baisse) car le coefficient d’accélération a une valeur
absolue inférieure à celle de l’accélérateur simple. En outre, le freinage réalisé au cours des
périodes antérieures vient peser sur les avancées des périodes suivantes.

Un point d’accord entre Keynes et les néoclassiques sur le fait que la décision d’investir résulte
de la comparaison entre le taux d’intérêt et la rentabilité mais un désaccord sur la façon de
l’apprécier :
- pour les néoclassiques, la rentabilité est connue car les marchés sont efficients, on peut
alors raisonner sur des marchés futurs ;
- pour Keynes, il y a incertitude totale sur la rentabilité des investissements, cela dépend
du moral des affaires. Chez Keynes, l’épargne est un vice social car une partie n’est pas
réinjectée dans l’économie, ce qui contrarie le multiplicateur car cela ampute le budget
de consommation : c’est le paradoxe de la frugalité.

Conclusion
La divergence d’analyse sur la relation entre épargne et investissement est l’élément clé du
clivage entre les deux courants de pensées. L’opposition ne se fixe pas sur la flexibilité des taux
d’intérêt mais sur les mécanismes de détermination des niveaux d’épargne et de taux d’intérêt.
En effet, l’investissement est une composante de la demande avec des effets multiplicateurs.
C’est aussi un facteur essentiel de croissance de l’offre. Un investissement insuffisant a pour
conséquence des anticipations faibles donc une croissance faible... un cercle vicieux.

Selon J. P. Fitoussi, le problème de l’investissement se situe au niveau des marchés financiers,


trop puissants avec la concentration financière. C’est le déblocage du financement qui permettra
l’investissement et la croissance. Mais l’investissement ne suffit pas forcément, c’est le progrès
technique et l’innovation qui sont sources de croissance. L’investissement engendre le progrès
technique, donc la croissance et l’emploi. Le problème, c’est le biais technologique, la
substitution du capital au travail qui détruit des emplois. De même, la substitution de capital
humain permet le développement d’emplois qualifiés mais crée du chômage non qualifié.

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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

CHAPITRE III : INTRODUCTION DU SECTEUR PUBLIC

L’État est un agent économique complexe, qui nécessite une analyse spécifique. Sa présence
dans le tissu économique est une controverse à l’origine de la science économique (conflit entre
Mercantilistes et Physiocrates). De même, les fonctions qu’il peut ou doit remplir dans la société
opposent les économistes, comme les politiques ou les sociologues.

L’introduction du secteur public permet d’élargir l’analyse de l’équilibre sur le marché des
biens et services dans le modèle d’inspiration keynésienne. En effet, dans le modèle simple ou
modèle « revenu – dépense », l’analyse de l’équilibre met en relations les principales
composantes de la demande que sont la consommation et l’investissement. Or le marché n’est
pas toujours parfait pour assurer la production et l’allocation de certains biens. Ainsi, pour faire
face aux défaillances du marché, les États ont dû organiser leurs interventions à l’égard du
système économique. En fait, l’État intervient dans l’économie directement, en produisant, et
indirectement, en agissant par le biais du budget.

I. Les fonctions économiques de l’État

La plupart des nations ont un système d’économie mixte associant deux modes de régulation :
la régulation du marché, et l’intervention des pouvoirs publics sous la forme de politiques
économiques et sociales. Les budgets publics constituent l’un des moyens les plus efficaces
d’orienter l’activité économique dans le sens de l’intérêt collectif (améliorer le réseau routier,
soutenir la consommation par la relance économique, …). L’État doit faire attention à ne pas
dépenser plus que ce qu’il perçoit comme recettes, sous peine de creuser son déficit.

I.1. La fonction d’allocation des ressources


Cette fonction traduit l’intervention de l’État en tant que producteur de biens et services à la
place du secteur privé défaillant : l’État assure la satisfaction des besoins publics et les
ajustements nécessaires dans l’affectation des ressources découlant du marché (R. Musgrave).

Dans une économie de marché, où le prix est le régulateur essentiel, la production de biens et
services dont le prix n’a pas de réelle signification économique est forcément du domaine de
l’État ! (Par exemple, les droits d’inscription à l’Université, le prix du ticket de bus...)
Si l’État ne prend pas en charge ces activités, nul ne le fera car les risques économiques sont
trop élevés ! Se pose alors la question de l’efficacité de l’État producteur...

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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

En définitive dans son rôle affectation des ressources, l’État finance les biens collectifs ainsi
que les dépenses pour le fonctionnement de son administration. Il limite également les
externalités négatives en les internalisant comme l’éco-taxe pour les véhicules polluants. En
dehors des missions régaliennes (sécurité des populations) de l’État (justice, police, défense
nationale), la fonction d’affectation des ressources prend également en compte le financement
des biens collectifs comme l’éducation et la santé publique.

I.2. La fonction de redistribution.


Par nature, le libéralisme et l’économie de marché créent des inégalités. L’État doit agir contre
les excès d’inégalités via les mécanismes de redistribution. L’État va alors :
- capter, sous forme d’impôts une partie de la richesse créée par le pays ;
- redistribuer ces prélèvements par le biais des transferts.
Les transferts réalisés sont de deux natures :
- économiques : ils ont pour objectif de renforcer la situation financière des entreprises
(subventions, aides et financements divers) ;
- sociaux : ils répondent à la solidarité nationale, des riches vers les plus pauvres
(redistribution de type verticale), ou par exemple des ménages sans enfants vers les
ménages avec enfants dans le cadre d’une politique familiale (redistribution de type
horizontale).

Ainsi, les pouvoirs publics viennent s’ajouter ou se substituer à la répartition primaire des
revenus sous forme d’une répartition secondaire (ou redistribution) plus favorable à l’activité
économique et porteuse d’une stratégie de réduction des inégalités. Cela permet d’assurer le
bon fonctionnement de l’État-providence et d’instaurer une démocratie économique en
permettant au plus grand nombre l’accès aux biens essentiels afin d’éviter l’exclusion sociale.

I.3. La fonction de régulation


Il s’agit pour l’État de maintenir la demande globale au niveau désiré par des moyens
appropriés, telles les politiques monétaire, budgétaire, industrielle. D’une manière générale :
en période de basse conjoncture : insuffler des revenus dans le circuit économique
(politique budgétaire active, politique monétaire expansive...) afin de relancer la demande,
l’emploi et la croissance ;
en période de haute conjoncture : contrôler la création de richesse (politique monétaire
restrictive), diminuer la demande globale (politique budgétaire restrictive) pour freiner
la demande globale.

43
Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

L’économie est amenée très souvent à s’écarter de sa situation d’équilibre, les interventions de
l’État doivent permettre de réguler la conjoncture pour la ramener à ce niveau d’équilibre. Par
conséquent, l’État lutte contre les déséquilibres économiques comme le chômage, en stabilisant
l’activité économique. Par exemple, en augmenter certains revenus de transfert en période de
crise, l’État permet de maintenir la croissance économique et aux ménages à faibles revenus de
consommer.

Ainsi, face aux limites du marché comme mode de régulation, l’État intervient par des
politiques économiques. Leur objectif est d’atteindre le taux de croissance le plus élevé possible
tout en s’efforçant de respecter les grands équilibres : le plein emploi, la stabilité des prix (le
moins d’inflation possible) et l’équilibre des échanges avec l’extérieur.

I.4. L’impact des trois fonctions économiques de l’État


Dans la réalité des politiques publiques, les trois fonctions (affectation, redistribution,
régulation) sont le plus souvent confondues. Ex : Budget l’État : si une politique prévoit
d’alléger les impôts pour les catégories sociales les moins favorisées concerne la fonction
d’affectation. Cette stratégie aura des implications en termes de redistribution dans la mesure
où les catégories modestes bénéficieront d’un pouvoir d’achat accru lié à une réduction de
l’impôt. Cette politique sociale a aussi un effet sur le processus de régulation l’activité
économique. Les catégories ayant de faibles revenus ont une propension marginale à
consommer particulièrement forte. Une baisse d’impôt à ce niveau peut donc générer une
hausse de la demande de biens de consommation. Cette croissance de la demande peut ainsi
contrecarrer l’amorce d’une récession qui risquerait à terme d’être créatrice de chômage. La
politique fiscale (affectation) peut avoir des conséquences en matière de redistribution et de
régulation de l’activité économique.

II. Le secteur public

Le but de l'analyse du secteur public est de se pencher sur les dépenses et recettes de l'État, et
de proposer des principes pour l'analyse des impôts. Le secteur public, c'est d'abord le secteur
de l'État. Mais, en l'étudiant de plus près, on s'aperçoit que l'État est composé d'une multitude
d'administrations très diverses : État, collectivités locales, sécurité sociale, … L’État agit
économiquement par le biais du budget. Le budget de l’Etat constitue la catégorie fondamentale
de la science financière. La connaissance de ces méthodes d’établissement est indispensable
pour interpréter sa gestion financière et la politique des gouvernements.

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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

Le budget est un document retraçant la nature, le montant et l’affectation des ressources et


toutes les charges de l’Etat, des collectivités ou établissements publics pour un exercice
budgétaire annuel, allant du 1er janvier au 31 Décembre pour le Burkina Faso. En outre, le
budget de l’Etat est un acte de prévision à la fois des dépenses et des recettes permanentes de
l’Etat et donc une traduction financière des politiques et stratégies gouvernementales, qu’il
s’agit de la politique fiscale, politique économique, monétaire et stratégie de développement.

Le budget s’exprime par l’intermédiaire de la loi de Finances votée par le Parlement (processus
démocratique). Elle détermine la nature, le montant et l’affectation des ressources et des charges
de l’État compte tenu d’un équilibre économique et financier qu’elle définit. L’ensemble des
comptes qui décrivent, pour une année civile, ces ressources et ces charges, constitue le budget.

Le budget de l’Etat suit des règles précises de préparation, de vote et d’exécution. Préparer,
voter, exécuter un budget consiste à faire des choix importants en termes d’options
économiques et sociales. Ceci étant, le budget est une source d’informations pour les membres
du gouvernement, les partenaires techniques et financiers (PTF), les créanciers, les
investisseurs, les opérateurs du secteur privé, le grand public et les citoyens.

II.1. La préparation et vote du budget


Le budget de l’année suivante est préparé dès le mois de février de l’année en cours. Entre les
mois de Février et Juin, le MFB se met à la préparation d’un cadre macroéconomique et d’un
document de cadre budgétaire.

II.1.1. Le cadrage macroéconomique


C’est la soumission de toutes les hypothèses macroéconomiques, la détermination des
politiques et stratégies du gouvernement, ainsi que la détermination des enveloppes budgétaires
globales et par ministères dans l’élaboration des prévisions du budget.

Chaque ministère se met alors à la préparation de ses prévisions budgétaires. Une discussion
sur le Document de Cadre Budgétaire par un comité Interministériel se tiendra, ainsi que
l’approbation de ce Document par le conseil de ministres. Après les négociations avec les
partenaires financiers, les ministères sectoriels procèdent à la soumission de budget.

Par la suite, des conférences budgétaires ont lieu ainsi qu’une révision du Document de Cadre
budgétaire. Le MINEFID prépare un projet de budget ou encore un projet de Loi de Finances
sur la base d’une actualisation des prévisions macroéconomiques et fiscales et des résultats des
conférences budgétaires.
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II.1.2. La lettre de cadrage


Elle définit pour l’année suivante, les conditions de stabilités macroéconomiques en cohérence
avec le budget futur. Elle décrit le taux de croissance et le taux d’inflation désiré, le niveau de
déficit acceptable pour l’Etat et le niveau de recette fiscale souhaité.

Le Document de Cadre Budgétaire et le projet de Loi de finance vont être discutés par un comité
Interministériel avant d’être approuvés par le Conseil de ministres et présentés après au
Parlement pour être voté.

III.1.2. Le vote du budget : la Loi de finances


La Loi de Finances détermine pour un exercice, la nature, le montant et l’affectation des
ressources et des charges de l’Etat, ainsi que l’équilibre budgétaire et financier qui en résulte,
compte tenu des contraintes d’ordre économique. La Loi de Finances est l’acte par lequel le
Parlement donne au gouvernement l’autorisation de percevoir les recettes et de payer les
dépenses, durant une année budgétaire et conformément aux prévisions de la Loi de Finances.

II.2. Exécution et suivi du budget


Un décret de répartition pris en conseil de ministre répartit les crédits aux divers ministères.
Chaque ministère et institution va exécuter le budget vote au cours de l’année budgétaire, et
seule la Loi de Finances rectificative peut, encours de l’année, modifier les dispositions de la
Loi de Finances initiale.

II.2.1. Les procédures d’exécution


Les procédures d’exécution sont :
- L’engagement : acte par lequel l’Etat crée, contracte ou constate à son encontre une
obligation de laquelle résultera une charge. Les ordonnateurs principaux, délégués ou
secondaires ont seule qualité pour engager les dépenses de l’Etat.
- La liquidation : elle a pour objet de vérifier la réalité de la dette après certification de
service fait et d’arrêter le montant de la dépense. Les dépenses de l’Etat sont liquidées
par les ordonnateurs, sinon par les comptables du Trésor chargés du paiement.
- L’ordonnancement ou le mandatement : acte par lequel l’ordonnateur donne l’ordre
au comptable public de payer une dette ou une dépense conformément aux résultats de
la liquidation.
- Le paiement : les comptables assignataires paient et le Trésor décaisse effectivement
l’argent.

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II.2.2. La loi de règlement


Elle constate les résultats financiers de l’année budgétaire passé et approuve les différences
entre les résultats et prévisions de la Loi de Finances de l’année, complétés le cas échéant par
les Lois de Finances rectificatives.

Le projet de loi de Finances, y compris le rapport et les annexes explicatives, est élaboré par le
Ministère de l’Economie, des Finances et du Développement. Il est déposé et distribué au plus
tard le 30 Octobre au bureau de l'Assemblée Nationale. Elle examine le projet de loi de Finances
au cours de la seconde session ordinaire, selon les principes posés par la loi organique ainsi que
par les procédures fixées par le règlement intérieur de l’Assemblée Nationale. Elle dispose d'un
délai maximum de soixante jours pour l'examiner.

II.3. Les éléments du Budget de l’Etat

II.3.1. Les recettes publiques


Au Burkina Faso, ces recettes publiques sont principalement constituées par les impôts. Les
impôts indirects et les droits de douanes forment le noyau de ces impôts.

Les recettes fiscales rassemblent le produit de la totalité des impôts perçus par l’Etat, les droits
et taxes collectés par les services des impôts et des douanes. L’impôt sur le bénéfice (IS),
l’impôt sur le revenu (IR), la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sont la principale composante
des recettes de l’État. Les recettes de porte ou recettes douanière sont la seconde composante
depuis l’adoption des politiques de libéralisation et l’application du tarif extérieur commun
(TEC) au niveau de l’UEMOA et depuis 2015 au niveau de la CEDEAO.

Les recettes non fiscales comprennent diverses recettes :


- les dividendes et les bénéfices perçus par l’Etat d’exploitation industrielles et
commerciales et d’établissement publics à caractère financiers ;
- des redevances sur l’exploitation forestière, halieutique et pêche ;
- des intérêts des avances, des prêts et des divers placements de l’Etat ;
- les recettes sur les prestations des services, par exemple la délivrance de passeport, visa,
vente d’imprimés et brochures ;
- les retenues et cotisations sociales, c’est-à-dire les prélèvements opérés sur les
traitements des personnes civils et militaires de l’Etat pour le paiement des pensions ;

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- les produits et revenus du domaine de l’Etat, par exemple, les revenus des concessions
d’extraction minière ou pétrolière accordés par celui-ci sur le territoire national aux
compagnies d’exploitation.

Quant aux recettes des provinces et des collectivités locales, elles proviennent des impôts
fonciers et des taxes sur la vente. Les services de recettes ou régies (DGI, DGD, DGTCP) sont
des organes du gouvernement chargé de la perception des impôts. Les collectivités locales ont
des bureaux du trésor à cette fin.

Les ressources publiques (T) sont considérées comme une fuite, fonction du niveau de revenu.
Ainsi, les recettes s’exprime comme suit : T = tY + T0, où t est le taux marginal d’imposition
tel que 0 < t <1 et où T0 représente la composante autonome de cette fonction.

Pour les ressources externes, l’Etat doit recourir à ce type de financement après arbitrage des
différents coûts d’opportunités. Ces ressources externes peuvent être sous-forme de :
− dons ou subventions ou emprunts non remboursables : alloués à un programme
spécifique ;
− aides budgétaires : aides financières pour renflouer un besoin de trésorerie de l’Etat sans
précision sur la destination du fonds
− emprunts remboursables : ce sont des emprunts contractés par l’Etat, à taux
concessionnels ou non, qui seront remboursés suivant un échéancier provenant des
donneurs.

II.3.2. Les dépenses publiques


Les dépenses de l’État se répartissent en dépenses courantes ou ordinaires pour la majeure partie
et en dépenses d’investissement. Ainsi, les dépenses courantes, sont principalement consacrées
au maintien des revenus (pour la sécurité sociale et le bien-être de tous), on parle également de
transferts de revenus et des dépenses liées à la défense nationale. En outre, au Burkina Faso, la
plus grande partie des dépenses gouvernementales et des collectivités locales est consacrée à
l'éducation et à la santé publique.

La dépense publique correspond à toutes les formes de dépenses de l'État et de ses services
déconcentrés ou décentralisés. Certaines dépenses sont consacrées au fonctionnement des
services (achat de fournitures de bureau ou entretien des routes). D'autres correspondent à des
investissements dans de nouveaux équipements. Une grande partie des dépenses publiques est
destinée aux retraites ou à l'aide sociale.

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Les dépenses publiques servent d’outils importants pour assurer le bien-être de la population.
L’Etat alloue ses ressources selon six domaines principaux :
- les dépenses courantes de solde qui regroupent la rémunération des fonctionnaires et
les charges sociales y afférentes (impôts, indemnités) ;
- les dépenses courantes hors solde qui sont les dépenses de fonctionnement de l’Etat
tels que les achats de biens et services (fournitures, véhicules voués à l’utilité publique
comme celles des services de voiries et pompiers …), les transferts, les charges
permanents, les impôts, droits et taxes, les transferts et subventions, les charges
financières.
- les dépenses courantes structurelles qui sont les dépenses limitées dans le temps,
destinées à la réalisation des objectifs majeurs de redressement. Ce sont les interventions
sociales et économiques pour l’atteinte des objectifs de développement et d’ajustement
structurel (interventions sur les dégâts des cataclysmes naturelles, intervention sociale
pour l’aide contre la famine, appui à la santé maternelle et infantile…) ;
- les dépenses d’investissement constituées par l’acquisition des immobilisations de
l’Etat (construction de route, bâtiment des ministères, écoles publiques, hôpitaux…).
Ces dépenses d’investissement peuvent être financées sous deux formes : financements
internes et externes ;
- les dépenses courantes exceptionnelles qui sont les dépenses de fonctionnement de
l’Etat à titre ponctuel et exceptionnel ;
- les dépenses d’opérations financières : le remboursement des emprunts de l’Etat, les
paiements des intérêts issus de ces emprunts, les avances et les participations financières
de l’Etat dans le capital social des sociétés publiques ou mixtes ainsi que le paiement
des dividendes qui s’ensuivent.

Mais à part ces dépenses suscitées, font partie des charges de l’Etat aussi, les intérêts des dettes
publiques. Ce sont les prix du loyer de l’argent prêté à l’Etat par le souscripteur de l’emprunt.

Nous supposons que ces dépenses publiques (G) sont exogènes (G = G0), indépendantes du
revenu. Elles constituent une injection pour l’équilibre économique au même titre que
l’investissement. Quant aux transferts, ils sont susceptibles de déterminations différenciées.
Généralement, on considère que les transferts obéissent à une détermination principalement
endogène et secondairement exogène. D’où la relation affine suivante, par exemple s’il s’agit
d’allocations chômage (R) : R = -rY + R0 avec r le coefficient marginal de transfert (0< r <1)
et R0 une composante autonome.
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II.3. Le solde budgétaire


Le budget de l’État est défini dans le cadre de la Loi de finances. Le solde budgétaire (T- (G+R))
désigne la différence entre les recettes et dépense définitives de l’Etat (y compris les charges
d’intérêts de la dette publique) pour une année civile. Il y a excédent lorsque les recettes sont
supérieures aux dépenses et déficit dans le cas inverse.

Deux groupes de facteurs peuvent être à l’origine d’un déficit budgétaire. Le premier, d’ordre
conjoncturel, englobe notamment l’insuffisance de la croissance économique. Le second,
d’ordre structurel. Il s’agit de causes plus profondes telles que la croissance démographique, le
chômage, l’endettement...

Le déficit public peut être financé par la fiscalité. Mais lorsque cette dernière est déjà trop
élevée, l’État peut recourir à l’emprunt, soit interne (épargne des agents économiques), soit
externe (auprès des organismes internationaux ou d’autres États).

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CHAPITRE V : LES EXPORTATIONS NETTES

L’expression de contrainte extérieure revient régulièrement dans les débats de politique


économique. Il faut pourtant reconnaître qu’elle est assez vague. Appliquée au marché des
biens, elle traduit la crainte qu’une relance économique se traduise par une dégradation du solde
de la balance commerciale. En effet, la politique est censée relancer l’économie grâce à une
augmentation de la dépense publique et de la consommation mais se trouve souvent traduite
principalement par une augmentation des importations et donc un déficit commercial.

Pour comprendre comment une relance budgétaire peut affecter la balance commerciale, il est
nécessaire d’adapter la façon dont on représente le fonctionnement du marché des biens. Cela
signifie qu’il faut, bien sûr, tenir compte de l’effet de la relance sur les importations et les
exportations, mais aussi intégrer l’effet inverse, des échanges internationaux sur l’équilibre du
marché des biens. A cette fin, on va décrire les déterminants des exportations nettes, définies
comme la différence entre les exportations et les importations.

I. Les déterminants des exportations et des importations

Le commerce extérieur est un déterminant du niveau de production d’équilibre et du revenu.


Les exportations (X) peuvent être considérées comme injection pour la détermination du revenu
d’équilibre, exogènes par rapport au revenu ; et les importations (M), comme une fuite, fonction
du niveau de revenu. Ainsi, un excédent des échanges extérieurs (X > M) implique un niveau
de revenu d’équilibre supérieur à celui du cas où l’extérieur n’est pas pris en compte.

De façon générale, les exportations, telles que des matières premières (ressources naturelles) et
diverses récoltes, sont tous les articles qui sont vendus à des étrangers. Les importations, au
contraire, sont les articles produits par les étrangers pour lesquels nous dépensons certains de
nos revenus.

Généralement, les exportations sont considérées comme exogène par rapport au revenu donc
on peut écrire : X = X0. Quant aux importations, elles ont deux composantes dont une est
fonction du revenu de l’économie considérée. Par conséquent, les importations (M) : M = mY
+ M0, où m est la propension marginale à importer et M0 les importations autonomes.

En général, on estime que les exportations nettes sont déterminées par les revenus du pays
national et de ses partenaires (I), et par le coût relatif des productions des uns et des autres, qui
est déterminé par le taux de change de la monnaie nationale (II).
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I.1. Les revenus


Les importations sont des biens que les agents résidant sur le territoire national se procurent à
l’étranger. Il s’agit pour une grande part de biens importés par les consommateurs. Ces derniers
ne se rendent d’ailleurs même pas forcément compte qu’ils achètent des biens importés. Plus
leur revenu disponible sera élevé, plus ils consommeront de biens importés. Par ailleurs, si le
revenu national augmente, il est probable que les entreprises souhaiteront augmenter leurs
capacités de production. Comme certains outils de production sont achetés à l’étranger, cela
fera également augmenter les importations. Il est donc raisonnable de considérer que le volume
des importations est une fonction croissante du revenu intérieur, Y. En notant M les importations
on peut donc écrire :
Z = Z(i)
A l’inverse des importations, les exportations sont des biens produits sur le territoire national
et achetés par des agents non-résidents. On peut tenir le même raisonnement que pour les
importations et considérer que le volume des exportations dépendra du revenu des pays avec
lesquels le pays national entretient des relations commerciales. Nous appellerons ces pays
l’étranger et noterons toutes les variables et paramètres qui le concernent par un astérisque. Y*
mesure donc le revenu de l’étranger. On peut alors écrire que les exportations du pays national
seront une fonction croissante du revenu de l’étranger :
¨ = ¨(i∗ )
I.2. Le taux de change
Les biens importés et les biens produits sur le territoire national ne sont pas des biens totalement
différents. Ce sont au contraire bien souvent des biens substituables, au moins de façon
imparfaite. Cela signifie que les consommateurs vont tenir compte des prix relatifs de ces biens
pour faire leur choix. Si le prix relatif des biens importés diminue, les consommateurs résidant
sur le territoire national seront incités à substituer des biens étrangers aux biens nationaux.

Exemple : Pour un consommateur burkinabè, du lait Bridel français est un substitut imparfait
au lait frais de vache trait au Burkina Faso. Bien qu’il préfère le lait de son pays au lait importé,
il se peut que le consommateur burkinabè se mette à consommer du lait étranger si leur prix est
suffisamment inférieur à celui du lait burkinabè.

Le volume des importations sera donc non seulement une fonction du revenu des
consommateurs nationaux mais aussi du prix relatif des biens nationaux et étrangers. Afin de
pouvoir comparer le prix des biens nationaux et celui des importations, il faut les exprimer dans
une unité commune. Il faut donc convertir en monnaie nationale le prix des importations qui est
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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

au départ donné en devise. On utilise pour cela le taux de change des deux monnaies, c’est-à-
dire leur taux de conversion. Par convention, nous allons mesurer le taux de change de la
monnaie étrangère en monnaie nationale en notant e le prix en monnaie nationale d’une unité
de monnaie étrangère. Selon cette convention, une augmentation de e correspond à une
dépréciation, c’est-à-dire une perte de valeur, de la monnaie nationale. A l’inverse, une
diminution de e décrit une appréciation de la monnaie nationale, c’est-à-dire une augmentation
de sa valeur. Cette façon de mesurer le taux de change est appelée « cotation à l’incertain ».
C’est celle qui est utilisée en macroéconomie et sur les marchés financiers parce qu’elle permet
d’exprimer tous les taux de change dans une seule unité, l’unité monétaire nationale. Cette
convention a aussi l’avantage de bien montrer qu’un taux de change est un prix, le prix d’une
monnaie étrangère.

On pourrait aussi utiliser la « cotation au certain » qui consiste à mesurer le prix d’une unité
monétaire nationale en unités de devises. Cette convention est plus intuitive puisqu’une
appréciation de la monnaie nationale correspond à une augmentation du taux de change et une
dépréciation à une diminution du taux de change. Elle est en revanche peu pratique parce que
chaque taux de change est exprimé dans une unité différente, l’unité monétaire du pays étranger
concerné.

D’après cette convention, le prix moyen des importations exprimé en monnaie nationale sera
donné par le niveau des prix étranger, P*, multiplié par le taux de change, ∶ × *∗ .

On peut alors déduire le prix relatif des biens étrangers et nationaux en divisant le prix des biens
étrangers par celui des biens nationaux. On obtient ainsi le taux de change réel de la monnaie
nationale.
× *∗
©=
*

II. Les déterminants des exportations nettes

Les exportations nettes sont la différence entre les exportations totales et les importations
totales. Cela est égal au commerce extérieur, qui est aussi la balance extérieure des paiements
de marchandises. Quand les importations excèdent les exportations (et la balance des paiements
est négative), le montant indiqué en tant qu'exportations nettes est aussi négatif.

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Le taux de change réel est une des variables clefs dans une économie ouverte. En effet, c’est lui
qui mesure la compétitivité des productions nationales par rapport aux productions étrangères.

On peut raisonnablement considérer que les importations dépendront du taux de change réel.
Plus le prix relatif des biens nationaux sera élevé, plus les consommateurs nationaux auront
tendance à préférer leurs substituts importés. On peut donc en déduire que le volume des
importations sera non seulement une fonction croissante du revenu national mais aussi une
fonction décroissante du taux de change réel :

+ × *∗¬
0 = 0ª ;
*
En effet, si le taux de change se déprécie, que le niveau des prix étrangers diminue ou que les
prix nationaux augmentent, le prix relatif des biens étrangers diminue. Comme les produits
nationaux sont moins compétitifs, les consommateurs auront tendance à consommer plus de
biens étrangers.

Par ailleurs, on peut dire que les exportations du pays national sont les importations du reste du
monde. Les exportations du pays national seront donc également une fonction du taux de
change réel. Elles seront donc une fonction croissante du taux de change réel :
+
+ × *∗ ¯
- = -® ∗;
*

Au total, on peut déduire les déterminants des exportations nettes, ou balance commerciale.
Pour cela, il faut exprimer les importations dans les mêmes unités que les exportations. Si on
veut être cohérent, il faut exprimer toutes les quantités en unités de biens nationaux. On doit
donc convertir les quantités importées de biens étrangers en leur valeur en biens nationaux. Il
suffit pour cela de multiplier le volume des importations par le taux de change réel :

•- = - ( ∗
) ©. 0( )
?
+ × *∗ ¯
•- = •- ® ; ∗;
*

En résumé, les exportations nettes seront donc :


- une fonction décroissante du revenu intérieur et du niveau des prix national.
- une fonction croissante du revenu étranger et du niveau des prix étranger.

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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

L’effet du taux de change nominal est a priori ambigu. Pour s’en convaincre, supposons qu’une
dépréciation se produise, c’est-à-dire que e augmente. Cette dépréciation a deux effets opposés
:
- elle augmente la compétitivité des biens nationaux par rapport aux importations,
puisqu’elle affecte le taux de change réel. Le volume des importations diminue donc
alors que celui des exportations augmente.
- elle augmente la valeur des importations.

Pour que la dépréciation se traduise par une amélioration des exportations nettes, c’est-à-dire
que la balance commerciale s’améliore, il faut que l’effet de la dévaluation sur les quantités
exportées et échangées l’emporte sur son effet sur la valeur des importations. Il faut pour cela
que le volume des exportations et celui des importations soient suffisamment élastiques aux
variations du taux de change réel.

Cette condition a été définie et précisée par Alfred Marshall et Abba Lerner. C’est pourquoi on
parle de la condition de Marshall-Lerner (on exprime fréquemment cette condition en disant
que la somme des élasticités-prix des importations et des exportations doit être supérieure à un.
Vous aurez l’occasion de démontrer cette condition dans la suite de vos études. On utilise
également l’expression d’élasticités critiques).

Les travaux empiriques montrent que cette condition est en général remplie à moyen terme dans
la plupart des économies. A l’horizon de quelques mois, une dépréciation permet ainsi
d’améliorer le solde de la balance commerciale. A plus court terme, il est fort probable que la
condition ne soit pas respectée. En effet, ajuster les quantités importées et exportées prend du
temps. Il faut que les agents réalisent que les prix relatifs ont changé, qu’ils renégocient leurs
contrats ou changent de fournisseurs etc.

Les quantités importées et exportées seront donc peu élastiques à court terme. La condition de
Marshall-Lerner ne sera alors pas vérifiée. Il est ainsi probable que l’effet de la dépréciation sur
la valeur des importations l’emporte à court terme. Paradoxalement, la dépréciation de la
monnaie nationale a donc toutes les chances de s’accompagner d’une détérioration de la balance
commerciale.

Au fur et à mesure que le temps passe, les quantités vont peu à peu s’ajuster. L’élasticité-prix
des quantités importées est plus élevée à long qu’à court terme. La condition de Marshall-Lerner
finira alors par être respectée et la balance commerciale par s’améliorer. Le graphique suivant

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Support de cours de Macroéconomie – Sciences Economiques et Gestion (L2)

représente l’effet d’une dépréciation de la monnaie nationale sur le solde de la balance


commerciale en fonction du temps, en supposant qu’il était nul au départ. Après une phase au
cours de laquelle elle se détériore, et son solde devient négatif, la balance commerciale
s’améliore et son solde devient positif.

Graphique : La courbe en J

La forme de la courbe évoque un « J » majuscule. C’est pourquoi on parle de courbe en J.


Supposons que les conditions de Marshall-Lerner soient vérifiées. Cela signifie que nos
conclusions ne seront applicables que si nous raisonnons sur un horizon suffisamment long,
c’est-à-dire plus long que t0 sur le graphique. Dans ces conditions, nous pouvons préciser
l’expression :
+
+ × *∗ ¯
•- = •- ® ; ∗;
*

Les exportations nettes seront donc une fonction croissante du taux de change tel que nous
l’avons défini. Cela signifie qu’une dépréciation de la monnaie nationale aura pour effet
d’améliorer la balance commerciale.

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