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Sur la pratique telle que le Bouddha l’enseigne

(Écrits, 394-400)

Partie III
À l'époque de la fin de la Loi, rencontrer de grands obstacles prouve que l’on transmet
l’enseignement correct pour révéler sa bouddhéité

Extraits étudiés
1. Aujourd’hui, à l’époque de la Fin de la Loi, qui réalise la pratique de shakubuku en
parfait accord avec le Sûtra du Lotus ? Supposez que quelqu’un, peu importe qui, proclame
sans compter ses efforts que seul le Sûtra du Lotus peut conduire les êtres humains à la
bouddhéité, et que tous les autres sûtras, loin de leur permettre d’atteindre la voie, ne les
mènent qu’à l’enfer. Observez alors ce qui se passera si cette personne essaie de réfuter les
maîtres et les doctrines de toutes les autres écoles. Les trois puissants ennemis ne
manqueront pas d’apparaître.
2. Notre maître, l’Ainsi-Venu Shakyamuni, pratiqua le shakubuku durant les huit dernières
années de sa vie, le grand maître Tiantai durant plus de trente ans, et le grand maître
Dengyo pendant plus de vingt ans. Je réfute les doctrines provisoires depuis plus de vingt
ans et les grandes persécutions dont j’ai souffert durant cette période sont innombrables. Je
ne sais si elles sont égales aux neuf grandes persécutions subies par le Bouddha, mais il ne
fait aucun doute que ni Tiantai ni Dengyo n’ont été confrontés à des persécutions aussi
importantes que les miennes pour la cause du Sûtra du Lotus. Ils n’ont rencontré que la
haine, l’envie et la calomnie, alors que j’ai à deux reprises encouru la fureur des autorités et
été exilé dans des provinces lointaines. De plus, j’ai failli être décapité à Tatsunokuchi, j’ai
été blessé au front [à Komatsubara] et l’on m’a calomnié encore et encore. Mes disciples
moines ont aussi été exilés et jetés en prison, et mes disciples laïcs ont été évincés et leurs
fiefs ont été confisqués. Comment pourrait-on comparer les persécutions auxquelles
Nagarjuna, Tiantai ou Dengyo ont été confrontés avec celles-ci ? Comprenez alors que celui
qui pratique le Sûtra du Lotus, tel que le Bouddha l’enseigne sera immanquablement
attaqué par les trois puissants ennemis.

3. Au cours des quelque deux mille ans qui se sont écoulés depuis la venue du Bouddha,

1
Shakyamuni lui-même, Tiantai et Dengyo furent les trois seuls à vivre parfaitement les
enseignements du Bouddha. Aujourd’hui, à l’époque de la Fin de la Loi, Nichiren et ses
disciples, moines et laïcs, sont tout à fait semblables à de tels pratiquants. Si nous ne
pouvons être qualifiés de fidèles à la pratique telle que le Bouddha l’enseigne alors
Shakyamuni, Tiantai ou Dengyo ne peuvent l’être non plus. (Écrits, 398)

4. La vie ne dure pas plus que le temps d’un éclair. Aussi nombreux et terribles que soient les
ennemis rencontrés, bannissez toute frayeur et n’envisagez jamais de revenir en arrière.
Même si quelqu’un devait nous couper la tête avec une scie, nous empaler sur des piques, ou
nous enchaîner les pieds pour les transpercer avec une vrille, tant que nous serons en vie,
nous devons réciter sans cesse Nam-myoho-renge-kyo, Nam-myoho-renge-kyo. Alors, si
nous pratiquons jusqu’au moment même de la mort, Shakyamuni, Maints-Trésors et les
bouddhas des dix directions viendront instantanément vers nous, comme ils l’ont promis
durant la cérémonie au pic de l’Aigle. En nous prenant les mains et en nous portant sur leurs
épaules, ils nous emmèneront au pic de l’Aigle. Les deux sages, les deux rois célestes et les
dix filles rakshasa nous protégeront, tandis que toutes les divinités célestes et les divinités
bienveillantes élèveront un dais au-dessus de nos têtes et déploieront haut leur bannière. Ils
nous escorteront sous leur protection jusqu’à la Terre aux trésors de la lumière paisible.
Comment pourrait-on décrire une telle joie ! (Écrits, 399)

« La Soka Gakkai est un mouvement religieux sans pareil ! » a déclaré M. Toda, en


s’adressant aux six mille jeunes gens pleins d’enthousiasme réunis le 16 mars 1958 pour un
rassemblement historique. Son cri puissant résonne encore en moi aujourd’hui. C’était
l’expression de la conviction inébranlable de notre maître bouddhique, qui s’était
profondément éveillé à l’essence de la Loi bouddhique dans sa cellule de prison, puis s’était
engagé dans une lutte altruiste pour réaliser kosen-rufu conformément au vœu de Nichiren.
C’était la proclamation de victoire d’un champion de la foi, qui consacra sa vie à la pratique
comme le Bouddha l’enseigne – un grand maître décidé à lutter seul pour kosen-rufu au cœur
du Japon dévasté de l’après-guerre et victorieux d’innombrables obstacles. C’était, par-dessus
tout, le rugissement d’un lion empreint de l’esprit invincible de la Soka Gakkai – un cri
passionné pour l’éternité.
Nous, les jeunes gens réunis ce jour-là, avons été profondément inspirés par ses paroles
triomphantes. Ses mots ont rallumé en nous la flamme de la noble mission de chacun. Nous
2
ressentions la joie et l’émotion intenses de pouvoir pratiquer le bouddhisme de Nichiren. Ce
fut véritablement une cérémonie durant laquelle le maître bouddhique transmit le relais de
kosen-rufu à ses disciples. Chacun a hérité de l’immense confiance de M. Toda en
l’enseignement correct et la noblesse de notre cause.
C’était il y a cinquante-deux ans. J’ai relayé la déclaration de mon maître durant ces
nombreuses décennies, dans l’esprit de la voix du disciple s’unissant à celle du maître pour
créer un puissant « rugissement de lion ». (OTT, 111) Ce faisant, j’ai proclamé la grandeur de
M. Toda au-delà de nos frontières et fait connaître la Loi bouddhique au Japon et au monde
entier. Je l’ai fait avec la conviction inébranlable que nous sommes les champions de la
pensée et de la philosophie, les champions de la paix, de la culture et de l’éducation, et les
champions d’un nouvel humanisme.
Et le temps est venu pour la génération actuelle d’hériter du relais spirituel du mouvement
Soka. Il est temps pour vous, mes jeunes amis, de prendre l’entière responsabilité de kosen-
rufu et de son essor continu jusque dans l’éternité de l’époque de la Fin de la Loi. C’est votre
rôle de forger une solidarité de paix et d’humanisme à travers le monde. Tous attendent vos
actions. Il est temps désormais pour vous de prendre place sur la scène principale de notre
mouvement, avec les merveilleuses victoires que vous avez remportées jusqu’à présent.
J’ai choisi entre autres de commenter Sur la pratique telle que le Bouddha l’enseigne
justement maintenant parce que je souhaite confier l’avenir de notre mouvement à la jeunesse.
Ici, nous étudions la dernière partie de cette lettre, empreinte des nobles espoirs que Nichiren
nourrit de voir apparaître des disciples qui pratiquent les enseignements du Bouddha dans le
même esprit que lui.

1er extrait étudié


Aujourd’hui, à l’époque de la Fin de la Loi, qui réalise la pratique de shakubuku en parfait
accord avec le Sûtra du Lotus ? Supposez que quelqu’un, peu importe qui, proclame sans
compter ses efforts que seul le Sûtra du Lotus peut conduire les êtres humains à la
bouddhéité, et que tous les autres sûtras, loin de leur permettre d’atteindre la voie, ne les
mènent qu’à l’enfer. Observez alors ce qui se passera si cette personne essaie de réfuter les
maîtres et les doctrines de toutes les autres écoles. Les trois puissants ennemis ne
manqueront pas d’apparaître. (Écrits, 398)

Transmettre l’enseignement éveille l’opposition des trois puissants ennemis


3
Dans les paragraphes précédents, Nichiren expliquait les deux voies de la pratique et de la foi
pour ceux qui souhaitent pratiquer les enseignements du Bouddha à l'époque de la fin de la
Loi. La voie de la croyance, selon le vœu du Bouddha, consiste à adhérer uniquement au Sûtra
du Lotus, le véhicule unique du Bouddha, capable de permettre à chacun de révéler sa
bouddhéité. La voie de la pratique appropriée à l'époque de la fin de la Loi est celle de
shakubuku (telle qu’elle est enseignée dans le Sûtra du Lotus, en corrigeant les conceptions
contraires au Sûtra du Lotus qui entravent le bonheur des gens).
Après avoir affirmé ces points essentiels, Nichiren identifie ceux qui pratiquent les
enseignements du Bouddha avec une foi correcte et appropriée à cette époque troublée. Il
soulève cette question : « Aujourd’hui, à l’époque de la Fin de la Loi, qui réalise la pratique
de shakubuku en parfait accord avec le Sûtra du Lotus ? » (Écrits, 398) « Maintenant, à
l'époque de la fin de la Loi » désigne l’époque « où règne la plus grande confusion entre les
enseignements provisoires et l’enseignement véritable ». (Écrits, 398) À moins de clarifier
cette confusion, l’époque devient celle où « les disputes et querelles prévalent, et la Loi pure
sera obscurcie et perdue1 ». C’est pourquoi la pratique de shakubuku, réfutation des erreurs
doctrinales en bouddhisme, est fondamentale. Il est nécessaire d’expliquer que seul le Sûtra
du Lotus (enseignement définitif) peut conduire à l’éveil, tandis que les autres sûtras
(provisoires) ne le peuvent et conduisent finalement les gens à l’état d’enfer intérieur ou
souffrance.
Les enseignements antérieurs au Sûtra du Lotus, bien qu’ils aspirent aussi à l’Éveil, ne
peuvent offrir une voie pour réaliser cet objectif en cette vie. Car ils ne contiennent pas les
principes fondamentaux de « possession mutuelle des dix états2 » et des « trois mille mondes
en un instant de vie3 ». Bien évidemment, si les gens sont amenés, via ces sûtras provisoires, à
s’éveiller au concept de possession mutuelle des dix états et des trois mille mondes en un seul
instant de vie, ils peuvent révéler leur bouddhéité. Mais, du temps de Nichiren, début de
l'époque de la fin de la Loi, un large éventail d’écoles bouddhiques ont vu le jour, toutes

1
Cette description apparaît tout d’abord dans le Sûtra de la Grande Collection. Au cours de l’époque de la Fin
de la Loi, querelles et disputes sévissent entre les disciples du Bouddha, entraînant la perte et l’oubli de la Loi
pure.
2
Possession mutuelle des dix états : principe selon lequel les dix états possèdent en eux-mêmes le potentiel des
dix autres. « Possession mutuelle » signifie que la vie n’est pas figée dans l’un ou l’autre des dix états, mais peut
manifester n’importe lequel – depuis l’état d’enfer jusqu’à l’état de bouddha – à chaque instant. Ce principe
implique donc principalement que les êtres ordinaires dans les neuf états possèdent de façon inhérente le
potentiel de la bouddhéité et peuvent le manifester, et qu’un bouddha possède aussi les neuf états et, en ce sens,
n’est ni séparé ni différent d’une personne ordinaire.
3
Trois mille mondes en un instant de vie : doctrine établie par le grand maître Tiantai de Chine d’après le Sûtra
du Lotus. Le principe selon lequel tous les phénomènes sont contenus en un seul instant de vie, et que chaque
instant de vie imprègne les trois mille mondes de l’existence, ou l’ensemble du monde des phénomènes.

4
affirmant que les enseignements provisoires sur lesquelles elles fondaient leurs doctrines
étaient l’enseignement ultime du Bouddha. Par conséquent, au lieu de guider les gens vers une
compréhension du véritable enseignement du Sûtra du Lotus, ces écoles prêchaient des
doctrines qui le rabaissaient. Il régnait, dit Nichiren, une confusion totale entre les
enseignements provisoires et définitif. Dans pareille situation, il était donc nécessaire de
corriger les sûtras provisoires, en expliquant qu’ils ne conduisent pas à l’éveil et que, seul, le
Sûtra du Lotus le peut.
Nichiren dit que lorsque qu’une personne, quelle qu’elle soit, pratique la méthode de
shakubuku, en corrigeant les erreurs doctrinales, les trois puissants ennemis apparaissent
infailliblement. La pratique de shakubuku telle qu’elle est enseignée dans le Sûtra du Lotus
indique le genre de réfutation que je viens de décrire, fondée sur l’enseignement pour révéler
la bouddhéité ; elle n’est en aucun cas mue par l’intolérance ou la suffisance. Comme nous
l’avons établi précédemment, la pratique de shakubuku dans le bouddhisme de Nichiren est
ancrée dans l’engagement profond vis-à-vis de l’enseignement correct et dans l’esprit de
compassion d’aider les autres à trouver un bonheur authentique et durable. L’esprit de
réfutation dans le domaine bouddhique, privilégiant la Loi à sa propre vie, signifie lutter avec
courage contre l’expression de la nature destructrice inhérente à la vie, qui s’oppose à
l’enseignement correct et cherche à plonger les gens dans la souffrance. Quand cet esprit
altruiste et bienveillant sous-tend nos actions, nous pouvons vaincre toutes les erreurs ou mal.
Pratiquer shakubuku comme l’enseigne le Sûtra du Lotus est la voie correcte de la pratique à
l'époque de la fin de la Loi. Cela permet à la fois de protéger la Loi et de libérer les gens de la
souffrance. De ce fait, il est inévitable que des forces arrogantes fassent opposition et résistent.
À moins de comprendre ce principe, nous ne pouvons comprendre la véritable nature des
grands obstacles que rencontrent les pratiquants du Sûtra du Lotus.

Caractéristiques des trois puissants ennemis


Pour approfondir ce point, j’aimerais revenir sur le concept des trois puissants ennemis.
Au début du chapitre « Exhortation à la persévérance » (XIIIe) du Sûtra du Lotus, on lit
concernant l'époque de la fin de la Loi : « Les êtres vivants de l’époque mauvaise à venir
auront de moins en moins de bonnes racines. Beaucoup d’entre eux seront extrêmement
arrogants et avides d’offrandes et d’autres formes de profit, ce qui accroîtra les racines qui
ne sont pas bonnes et les éloignera encore davantage de la délivrance [ou libération de
l’illusion et de la souffrance]. (SdL-XIII, 187).
Il est évident que, si l’on essaie d’enseigner le Sûtra du Lotus à tant de personnes arrogantes,

5
l’opposition sera inévitable. Dans ce même chapitre, les bodhisattvas réunis lors de
l’assemblée du Sûtra du Lotus font vœu de transmettre la Loi bouddhique dans le monde
saha4, à l’époque mauvaise après la disparition du Bouddha, quels que soient les énormes
obstacles qu’ils pourront rencontrer. La dernière partie versifiée du chapitre 5 décrit les vœux
prononcés par ces bodhisattvas et la nature des obstacles et des persécutions qui les attendent.
Trois types de personnes qui les persécutent sont énumérés. Il s’agit des trois puissants
ennemis [que Miaole a résumés comme les laïcs arrogants, les moines arrogants et les
prétendus sages arrogants].
Dans le Sûtra, les laïcs arrogants sont caractérisés par l’« ignorance » ; les moines arrogants
par « la sagesse pervertie, aux cœurs serviles et tortueux » ; et les prétendus sages par la
tendance à mépriser et regarder de haut le genre humain, « avides de soutien et de richesses »,
et « au cœur habité par le mal » (SdL-XIII, 189-190).
L’arrogance de ces personnes ignorantes, perverses et mauvaises est provoquée par les
agissements de l’obscurité fondamentale, ou ignorance, dans leur vie. Cette obscurité
fondamentale intérieure est la source des désirs terrestres et autres pulsions qui conduisent les
gens au malheur et la misère. La forme la plus fondamentale de cette obscurité est l’ignorance
de la vérité que tous les phénomènes sont des entités de la Loi bouddhique. C’est cette
obscurité fondamentale ou ignorance, par exemple, qui empêche une personne de croire ou de
comprendre l’enseignement correct quand elle en entend parler, et qui provoque les tendances
à le rejeter, voire à le détruire. Tel est le caractère effroyable de l’ignorance.
L’obscurité fondamentale inhérente à la vie humaine fait apparaître la fonction destructrice
ultime que le bouddhisme identifie comme le « roi-démon du sixième ciel 6 ». Ceux qui
s’opposent et attaquent le pratiquant du Sûtra du Lotus sont gouvernés par cette fonction
destructrice insidieuse.
Dans la Lettre à Misawa, Nichiren explique que lorsqu’une personne ordinaire, à l'époque de

4
Monde saha : monde empli de souffrances qui est le nôtre. Selon certains écrits bouddhiques, notamment le
Sûtra du Lotus, le monde saha peut être transformé en Terre de la lumière éternellement paisible ; on peut dire
aussi que le monde saha est en soi la Terre de la lumière éternellement paisible.
5
Dans cette partie versifiée du chapitre « Exhortation à la persévérance » (XIIIe) du Sûtra du Lotus,
d’innombrables bodhisattvas promettent à Shakyamuni de transmettre le Sûtra dans l’époque troublée après sa
disparition. Ce passage est souvent appelé partie versifiée de vingt lignes, car la traduction originale chinoise
comprend vingt lignes. Il commence ainsi : « Nous vous supplions de ne vous inquiéter de rien. Quand le
Bouddha sera entré dans l’extinction, dans une époque dominée par la peur et le mal, nous prêcherons au loin et
en tous lieux. » (SdL-XIII, 189). Il énumère ensuite les persécutions qui se produiront dans cette époque
mauvaise. À partir de ce passage, le grand maître Miaole en Chine a classé ceux qui persécutent le pratiquant du
Sûtra du Lotus en trois types de puissants ennemis.
6
Roi-démon du sixième ciel : ou démon du ciel. Roi des démons qui réside dans le plus élevé des six cieux du
monde du désir. Il s’applique à entraver la pratique bouddhique et prend plaisir à miner la force vitale des autres
êtres. Il est aussi considéré comme la manifestation de l’obscurité fondamentale inhérente à la vie.

6
la fin de la Loi, pratique l’enseignement correct pour révéler sa bouddhéité, le roi-démon du
sixième ciel fait intervenir diverses fonctions pour saper ses efforts. Autrement dit, si une
personne manifeste son état de Bouddha, elle en aidera bien d’autres à faire de même, jusqu’à
ce que finalement le monde saha soit transformé en une terre pure. Le roi-démon gouverne le
monde saha et craint de se voir dérober son domaine. Dès lors, il ordonne à ses sujets
d’entraver la pratique bouddhique du pratiquant du Sûtra du Lotus. En cas d’échec, il leur
ordonne de s’insinuer dans le cœur des disciples du pratiquant et des sympathisants, dans
l’intention de le faire dévier de sa pratique par l’intimidation ou la menace. Si cela ne suffit
pas, alors le Roi-démon lui-même passe à l’action en prenant possession du corps et de
l’esprit du souverain du pays pour empêcher le pratiquant de manifester son état de Bouddha
en le harcelant7. (Écrits, 903)
Concernant les trois obstacles (obstacles dus aux désirs terrestres, au karma et à la rétribution
karmique) et des quatre démons (entraves des désirs terrestres, des cinq agrégats, de la mort et
du roi-démon), qui assaillent les pratiquants du bouddhisme, M. Toda disait souvent : « Vous
pourrez sans doute triompher des trois obstacles et des trois premiers des quatre démons, qui
comprennent même la mort, mais le dernier – le roi-démon – est véritablement
exceptionnel. »
Comme nous l’avons vu dans d’autres écrits de Nichiren, le roi-démon manipule l’esprit des
laïcs et des moines arrogants. Il prend possession du corps des prétendus sages qui, à leur tour,
incitent les autorités gouvernantes à harasser et persécuter le pratiquant du Sûtra du Lotus.
Ailleurs, Nichiren déclare : « Le seul mot “foi” représente l’épée tranchante avec laquelle on
peut confronter et vaincre l’obscurité fondamental ou ignorance. » (OTT, 119-120) M. Toda a
souligné à maintes reprises : « L’épée tranchante de la croyance est le seul moyen de vaincre
le roi-démon du sixième ciel. » Quand nous dominons l’obscurité fondamentale ou ignorance

7
Nichiren écrit : « Quand une personne du commun de l’époque de la Fin de la Loi s’est éveillée à l’essence de
tous les enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant et qu’il a compris le cœur de l’enseignement
important énoncé dans La Grande Concentration et Pénétration, se trouvant ainsi sur le point d’atteindre la
bouddhéité, ce démon [du sixième ciel] est fortement surpris. Il se dit : “Voilà qui est très ennuyeux. Si je
permets à cette personne de demeurer sur mon domaine, non seulement elle se libérera des souffrances des
naissances et des morts, mais elle mènera également les autres à l’illumination. De plus, elle s’emparera de mon
royaume et le changera en terre pure. Que puis-je faire ?” Le roi démon convoque alors tous ses subordonnés du
monde des trois plans, celui du désir, celui de la forme et celui qui est sans forme, et leur dit : “Que chacun de
vous harcèle ce pratiquant selon ses talents. Si vous ne parvenez pas à lui faire abandonner sa pratique
bouddhique, alors entrez dans l’esprit de ses disciples, moines et laïcs, et des habitants de son pays, et tentez
ainsi de le convaincre ou de l’intimider. Si ces tentatives sont également infructueuses, je descendrai moi-même
pour m’emparer de l’esprit et du corps de son souverain afin qu’il persécute ce pratiquant. Ensemble, comment
ne pas l’empêcher d’atteindre la bouddhéité ?” » (Écrits, 903)

7
par la foi en la Loi, surgit alors la nature fondamentale de l’éveil, ou du Dharma 8, inhérente à
notre vie. La nature du Dharma représente l’entité ultime de tous les phénomènes à laquelle le
Bouddha s’est éveillé.
Manifester notre bouddhéité signifie, dans un sens, remporter cette lutte de l’Éveil contre
l’obscurité. Par la pratique de shakubuku, ceux qui gardent le Sûtra du Lotus peuvent révéler
la nature fondamentale de l’éveil dans leur propre vie et aider les autres à faire de même.

Le Sûtra du Lotus est l’enseignement qui active la nature de Bouddha


Sous l’angle nouveau de l’obscurité et de l’éveil, la raison qui incita Nichiren à réfuter les
sûtras provisoires avec tant d’ardeur, en les déclarant inaptes à révéler la bouddhéité de
chacun, était que leurs doctrines ne font qu’accroître l’obscurité ou ignorance de ceux qui y
adhèrent.
Manifester son état de bouddha sans changer d’apparence repose essentiellement sur le
principe de la possession mutuelle des dix états, révélé dans le Sûtra du Lotus. Or, les sûtras
provisoires enseignent que les neuf états et l’état de bouddha sont séparés les uns des autres.
Par certains égards, le fait de rejeter les neuf états et d’aspirer à l’état de bouddha a pu
sembler tout à fait logique et facile à comprendre pour les personnes ordinaires. Les sûtras
provisoires ont ainsi été exposés par le Bouddha « en accord avec l’esprit des autres » – c’est-
à-dire, en prenant en compte la capacité de compréhension des gens.
Cependant, si les gens recherchent sincèrement à révéler leur bouddhéité, ils devraient
justement écarter ces enseignements qui ont été exposés uniquement comme moyens
opportuns pour se tourner vers l’enseignement définitif, enseigné « en accord avec l’esprit du
Bouddha » – c’est-à-dire, qui révèle la vérité ultime telle qu’elle est. Il s’agit, bien entendu, du
Sûtra du Lotus, qui élucide la véritable cause pour révéler la bouddhéité. Si certains croient
dans les enseignements provisoires et rejettent le Sûtra du Lotus, ils empruntent une voie
erronée qui ne fera qu’accroître l’obscurité ou ignorance qui imprègne leur vie.
Les mécanismes de l’obscurité ou ignorance suscitent un attachement aux enseignements des
sûtras provisoires, et la nature partielle ou incomplète de ces enseignements, à son tour, vient
renforcer cette obscurité. Ce cycle d’obscurité toujours croissante conduit Nichiren à la
conclusion que les sûtras provisoires précipitent en enfer.
À l’inverse, le Sûtra du Lotus est un enseignement qui énonce directement la véritable
intention du Bouddha, révélant l’essence ultime de la bouddhéité fondée sur la possession

8
Nature fondamentale de l’éveil, ou nature du Dharma : la nature immuable inhérente à tous les phénomènes.
Elle est en soi la Loi fondamentale, essence de l’éveil du Bouddha, ou vérité ultime.

8
mutuelle des dix états. Parmi les nombreux enseignements du Bouddha, seul le Sûtra du Lotus
a le pouvoir d’activer la nature de Bouddha de chacun. C’est pourquoi Nichiren déclare :
« Seul le Sûtra du Lotus peut conduire les êtres humains à la bouddhéité. » (Écrits, 398)
Par conséquent, pour conduire tous les êtres humains de l'époque de la fin de la Loi à l’Éveil,
il est nécessaire de corriger les sûtras provisoires, qui accroissent l’obscurité ou ignorance, et
transmettre le Sûtra du Lotus, qui active la nature fondamentale de l’illumination ou nature du
Dharma inhérente à la vie de chacun. Cela signifie aussi que l’opposition du roi-démon du
sixième ciel s’intensifie à l’encontre des pratiquants du Sûtra du Lotus, et les trois puissants
ennemis apparaissent. C’est pourquoi Nichiren déclare : « Les trois puissants ennemis ne
manqueront pas d’apparaître. » (Écrits, 398)

2e extrait étudié
Notre maître, l’Ainsi-Venu Shakyamuni, pratiqua le shakubuku durant les huit dernières
années de sa vie, le grand maître Tiantai durant plus de trente ans, et le grand maître
Dengyo pendant plus de vingt ans. Je réfute les doctrines provisoires depuis plus de vingt
ans et les grandes persécutions dont j’ai souffert durant cette période sont innombrables. Je
ne sais si elles sont égales aux neuf grandes persécutions subies par le Bouddha, mais il ne
fait aucun doute que ni Tiantai ni Dengyo n’ont été confrontés à des persécutions aussi
importantes que les miennes pour la cause du Sûtra du Lotus. Ils n’ont rencontré que la
haine, l’envie et la calomnie, alors que j’ai à deux reprises encouru la fureur des autorités et
été exilé dans des provinces lointaines. De plus, j’ai failli être décapité à Tatsunokuchi, j’ai
été blessé au front [à Komatsubara] et l’on m’a calomnié encore et encore. Mes disciples
moines ont aussi été exilés et jetés en prison, et mes disciples laïcs ont été évincés et leurs
fiefs ont été confisqués. Comment pourrait-on comparer les persécutions auxquelles
Nagarjuna, Tiantai ou Dengyo ont été confrontés avec celles-ci ? Comprenez alors que celui
qui pratique le Sûtra du Lotus, tel que le Bouddha l’enseigne sera immanquablement
attaqué par les trois puissants ennemis. (Écrits, 398)

Mener une lutte d’une profonde compassion au cœur de grands obstacles


Ici, Nichiren examine le genre de persécutions qu’ont rencontrées Shakyamuni et les
pratiquants du Sûtra du Lotus, tels que les grands maîtres Tiantai et Dengyo. Tous trois ont
connu de grandes oppositions pour avoir proclamé l’enseignement véritable du Sûtra du Lotus
et réfuté les enseignements partiels. Les neuf grandes persécutions ou épreuves de

9
Shakyamuni sont bien connues 9 . Quant à Tiantai et Dengyo, Nichiren dit qu’ils n’ont
rencontré que « l’envie et la calomnie ». L’ampleur de ces persécutions était bien moindre que
celles qu’il a subies.
Nichiren a connu une série de persécutions qui ont mis sa vie en danger, dont deux sentences
d’exil par le gouvernement ; une condamnation à mort évitée de justesse à Tatsunokuchi 10 et
la persécution de Komatsubara 11, durant laquelle il fut blessé au front et eut la main gauche
brisée. Il écrit également qu’un certain nombre de ses disciples ont aussi souffert de
persécutions sous forme d’exil, d’incarcération, ou de confiscation de leurs terres.
Nichiren compare très certainement les persécutions qu’il a subies avec celles de Tiantai et
Dengyo dans l’intention de souligner le fait qu’il existe une corrélation étroite entre la
profondeur de l’enseignement propagé et la sévérité de la résistance rencontrée. Dans Le
traitement de la maladie, Nichiren aborde les trois obstacles et les quatre démons qui ne
manquent pas d’apparaître pour faire obstacle aux pratiquants du Sûtra du Lotus, et déclare :
« Mais tous, sans exception, se dressent aujourd’hui pour me barrer la route. Ils sont encore
plus puissants que les trois obstacles et les quatre démons auxquels Tiantai, Dengyo et
d’autres ont été confrontés. » (Écrits, 1121) Et, concernant la différence de profondeur entre
les enseignements et le genre de persécution subie par les pratiquants, il écrit : « Il y a deux
manières de percevoir les trois mille mondes en un instant de vie. L’une est théorique et
l’autre concrète. Ce que Tiantai et Dengyo ont pratiqué était théorique, mais ce que je
pratique aujourd’hui est concret. Ce que je pratique étant supérieur, les difficultés afférentes
sont d’autant plus importantes. » (Ibid.)
L’« enseignement concret des trois mille mondes en un instant de vie 12 » représente la grande

9
Neuf grandes persécutions : ou neuf grandes épreuves. Principales difficultés subies par le Bouddha. Elles sont
énumérées dans le Traité de la grande vertu de sagesse de Nagarjuna et dans d’autres écrits bouddhiques, mais
diffèrent légèrement selon la source. Ce sont, entre autres, une tentative d’assassinat par Devadatta, qui essaya
d’écraser Shakyamuni en jetant un rocher du haut d’une falaise, mais ne lui blessa qu’un orteil ; et, à l’instigation
d’un groupe de brahmanes, une belle femme du nom de Sundari répandit des rumeurs sur ses relations
amoureuses avec Shakyamuni afin de salir sa réputation.
10
Persécution de Tatsunokuchi : le 12 septembre 1271, d’éminentes figures du gouvernement ont fait arrêter
Nichiren sur de fausses accusations et l’ont fait conduire sur la plage de Tatsunokuchi, aux abords de Kamakura,
siège du gouvernement, où des soldats tentèrent de l’exécuter à la faveur de l’obscurité. La tentative échoua, et,
environ un mois plus tard, Nichiren fut exilé sur l’île de Sado.
11
Persécution de Komatsubara : tentative fomentée par Tojo Kagenobu, intendant du village Tojo, de tuer
Nichiren près de Komatsubara, province d’Awa, le 11 novembre 1264. Nichiren fut blessé au front par un coup
d’épée, et sa main gauche brisée ; deux de ses disciples furent tués durant l’incident.
12
Ichinen sanzen concret, ou enseignement concret des trois mille mondes en un instant de vie : enseignement
fondamental pour révéler la bouddhéité, qui comprend deux principes, théorique et concret. Le principe
théorique est fondé sur l’enseignement théorique (1ère partie) du Sûtra du Lotus, tandis que le principe concret est
révélé dans l’enseignement essentiel (2e partie) du Sûtra du Lotus. Toutefois, dans l’époque de la Fin de la Loi,
ces principes sont tous deux théoriques ; et Nam-myoho-renge-kyo des trois grandes lois cachées que Nichiren
Daishonin enseigne est l’enseignement concret des trois mille mondes en un instant de vie.

10
Loi du bouddhisme de l’ensemencement qui active directement la nature fondamentale de
l’éveil ou nature du Dharma. C’est la Loi de Nam-myoho-renge-kyo, la clé pour parvenir
instantanément à l’éveil13. Elle possède le pouvoir de percer l’obscurité et d’éveiller la nature
de Bouddha en chacun. En même temps, elle offre la possibilité à chacun de remettre en
question ses convictions et ses croyances erronées et s’éveiller et adhérer à l’enseignement
correct. Ce changement intérieur ébranle l’obscurité fondamentale inhérente à la vie et fait
apparaître les trois obstacles et les quatre démons – en particulier, le roi-démon du sixième
ciel.
À cet égard, parce qu’il enseigne la Loi de l’ensemencement (Nam-myoho-renge-kyo),
Nichiren, le Pratiquant du Sûtra du Lotus à l'époque de la fin de la Loi, rencontre des
persécutions bien plus sévères que celles subies par Tiantai et Dengyo au cours de l’époque de
la Loi formelle. Surmonter l’adversité occasionnée par la transmission de l’enseignement est
la marque essentielle d’un pratiquant authentique du Sûtra du Lotus. Car c’est en triomphant
d’obstacles importants que l’on peut montrer la force de la Loi.
Même au cœur de graves persécutions, Nichiren fait montre d’un état de vie invincible,
rayonnant de « la joie illimitée que procure la Loi14 ». À titre d’exemple, au cours de son exil
à Izu15, il déclare : « Je ressens une joie immense » (Écrits, 42), et « N’est-ce pas là la plus
grande joie pour un être né sous forme humaine ? » (Écrits, 44) Et durant son exil sur l’île de
Sado16, il dit : « Moi, Nichiren, je suis l’homme le plus fortuné du Japon d’aujourd’hui. »
(Écrits, 271) Nichiren a surmonté chaque épreuve. Parlant de sa plus grande persécution, celle

13
Atteinte immédiate de la bouddhéité fondée sur la doctrine des trois mille mondes en un seul instant de vie :
cela se réfère aux êtres humains dans les neuf états qui révèlent leur bouddhéité et atteignent l’éveil. Le terme est
utilisé par opposition à la façon d’atteindre la bouddhéité à travers la transformation, c’est-à-dire se consacrer
sans cesse à une pratique bouddhique assidue au cours d’innombrables vies jusqu’à atteindre l’étape la plus
élevée de l’éveil suprême.
14
La joie illimitée que procure la Loi : le bonheur suprême et ultime du Bouddha, le bienfait de la Loi
bouddhique.
15
Exil d’Izu : persécution par laquelle Nichiren Daishonin a été banni à Ito, dans la province d’Izu, de mai 1261
à février 1263. En août 1260, un groupe de croyants du nembutsu, furieux des critiques émises par Nichiren à
l’encontre de l’école de la Terre pure dans son traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix
dans le pays, attaqua sa demeure à Matsubagayatsu, à Kamakura, pour tenter de l’assassiner. Nichiren en
réchappa et trouva refuge chez Toki Jonin, dans la province de Shimosa. Lorsqu’il retourna à Kamakura au
printemps 1261 et reprit ses actions de propagation, le gouvernement l’arrêta et, sans aucune enquête, le
condamna à l’exil à Ito sur la péninsule d’Izu. Après deux années passées à Izu, Nichiren fut gracié et retourna à
Kamakura.
16
Exil de Sado : exil de Nichiren sur l’île de Sado entre 1271 et 1274. Défié et vaincu par Nichiren pour faire
venir la pluie par ses prières, le moine Ryokan du temple Gokuraku-ji, à Kamakura, répandit de fausses rumeurs
sur Nichiren en usant de son influence sur les épouses et les veuves de hauts dignitaires du gouvernement. Cela
incita Hei no Saemon, chef de la police et des affaires militaires, à le convoquer, puis à l’arrêter. Il parvint à
ordonner son exécution à Tatsunokuchi, en septembre 1271. Lorsque son exécution échoua, les autorités le
condamnèrent le mois suivant à l’exil sur l’île de Sado, équivalent d’une sentence de mort. Cependant, quand les
prédictions de Nichiren de luttes internes et d’invasion étrangère se réalisèrent, le gouvernement le gracia en
mars 1274, et Nichiren rentra à Kamakura.

11
de Tatsunokuchi, il déclare : « J’ai même survécu à Tatsunokuchi […] Maintenant le roi-
démon doit être totalement découragé 17 . » (GZ, 843) Ces mots révèlent l’état de vie
triomphant de Nichiren pour avoir surmonté toutes les adversités et vaincu le roi-démon du
sixième ciel.
M. Toda faisait souvent observer à ce sujet : « Confronté à toutes sortes de persécutions
inimaginables, Nichiren a mené une lutte d’une compassion profonde pour l’éveil de
l’humanité. Et il a surmonté chaque attaque. C’est la preuve irréfutable qu’il est le Bouddha
de l'époque de la fin de la Loi. »
Le bouddhisme est une lutte pour gagner. C’est en triomphant des trois obstacles et des quatre
démons, et des trois puissants ennemis que l’on se révèle un authentique pratiquant du Sûtra
du Lotus.
Dans le traité Sur l’ouverture des yeux, Nichiren écrit : « Mais, par ma capacité à endurer les
persécutions et par l’étendue de ma bienveillance à l’égard des autres, je pourrais les étonner
[Tiantai et Dengyo]. » (Écrits, 245)
Par son vœu bienveillant d’éveiller les personnes de l'époque de la fin de la Loi, Nichiren
s’est donné pour mission de transmettre le Sûtra du Lotus, sans craindre d’endurer les pires
persécutions. Il était seul, et il a porté tout le poids des obstacles et des attaques – à l’image
d’un toit qui protège ou d’un pilier qui soutient la nation en plein désordre et confusion. Il a
agi ainsi avec l’intention de créer une solidarité humaine, en vue de la réalisation du bonheur
individuel et collectif, pour l’éternité. Il fondait ses efforts sur une vision et une sagesse
profondes, capables de discerner les racines invisibles du mal et du malheur. Ainsi il
prodiguait des encouragements propres à inspirer et à revitaliser toute personne en souffrance.
Aucun obstacle, aucun ennemi puissant ne pouvait faire infléchir cet esprit invincible,
empreint à la fois de compassion et de sagesse. En effet, nous considérons Nichiren Daishonin
comme le Bouddha de l'époque de la fin de la Loi parce que sa vie et ses actions exprimaient
une compassion suprême pour l’humanité jusque dans l’avenir infini.

3e extrait étudié
Au cours des quelque deux mille ans qui se sont écoulés depuis la venue du bouddha,
Shakyamuni lui-même, Tiantai et Dengyo furent les trois seuls à vivre parfaitement les
enseignements du Bouddha. Aujourd’hui, à l’époque de la Fin de la Loi, Nichiren et ses
disciples, moines et laïcs, sont tout à fait semblables à de tels pratiquants. Si nous ne

17
Oko Kikigaki (Recueil de notes) ; non traduit dans WND, I & II.

12
pouvons être qualifiés de fidèles à la pratique telle que le Bouddha l’enseigne alors
Shakyamuni, Tiantai ou Dengyo ne peuvent l’être non plus. » (Écrits, 398)

L’engagement commun de maître et disciple à pratiquer tel que le Bouddha l’enseigne


Ce passage important exprime la conclusion à laquelle Nichiren est arrivé. Il identifie
nettement les pratiquants qui sont fidèles aux enseignements du Bouddha. Il déclare, avec une
totale conviction, qu’après la disparition de Shakyamuni, à l’exception de Tiantai et Dengyo à
l’époque de la Loi formelle, les seuls qui correspondent à cette description à l'époque de la fin
de la Loi sont « Nichiren et ses disciples ». On retiendra que Nichiren utilise le mot « nous » :
tout cela ne le concerne pas seul, mais inclut tous ses disciples, à la fois moines et laïcs. Il
explique que les disciples qui pratiquent avec le même esprit altruiste que lui pour transmettre
la Loi agissent en parfait accord avec les enseignements du Bouddha. Ce passage traduit toute
la compassion illimitée du Bouddha de l'époque de la fin de la Loi.
La relation de maître et disciple est l’axe essentiel du bouddhisme de Nichiren Daishonin. Et
la véritable manifestation de la bouddhéité réside dans la lutte commune que mènent le maître
et les disciples pour pratiquer comme le Bouddha l’enseigne.
Nichikan Shonin (1665-1726), grand restaurateur du bouddhisme de Nichiren Daishonin, a
commenté cette lettre. Il explique : « “Pratiquer tel que le Bouddha l’enseigne” signifie “tel
que le maître l’enseigne”. “Pratique” fait référence aux actions du disciple. Par conséquent,
le disciple qui pratique comme le maître l’enseigne est en soi celui qui “pratique en accord
avec l’enseignement du Bouddha”18. »
En d’autres termes, pratiquer tel que le Bouddha l’enseigne signifie que maître et disciple
œuvrent dans le même esprit. Une telle pratique bouddhique est le fondement de tout. En tant
que maître bouddhique, Nichiren n’a qu’un seul vœu : l’apparition de disciples fidèles, une
multitude de bodhisattvas sortis de la terre qui passent à l’action dans toutes les sphères de la
société, avec le même désir que lui. Parce qu’il recherche des disciples authentiques, il
exhorte ses disciples à poursuivre la même voie semée d’obstacles que lui. Et, en véritables
disciples, les difficultés et les épreuves rencontrées pour la Loi sont une source de fierté. Le
fait que Nichiren écrive que « Nichiren et ses disciples, moines et laïcs, sont tout à fait
semblables à de tels pratiquants » revêt une signification véritablement profonde. Il ne fait
aucun doute que ces mots découlent de son immense compassion envers ceux qui avaient

18
Traduit du japonais. Nichikan Shonin, Commentary on “On Practicing the Buddha’s Teaching,”
(Commentaire de Sur la pratique telle que le Bouddha l’enseigne) in Nichikan Shonin Mondanshu (Les
commentaires de Nichikan Shonin), Tokyo, Seikyo Shimbunsha, 1980, p. 748.

13
œuvré à ses côtés avec le même cœur que lui, tout au long de leurs grandes épreuves. Il est
facile d’imaginer les disciples de Nichiren en train de lire ce passage et de s’inspirer plus que
jamais de son esprit intrépide.
Mettre les enseignements du Bouddha en pratique exige du disciple de se dresser seul et
d’agir avec sérieux. Alors, la grande rivière de kosen rufu commence à couler avec force.
Nous, au sein de la SGI, avons hérité de cette grande rivière de l’éveil universel et avons
continué à faire connaître l’enseignement bouddhique avec le même esprit que Nichiren à
notre époque, tout en affrontant divers obstacles.
MM. Makiguchi, Toda et moi – les trois premiers présidents de la Soka Gakkai – avons
affronté et triomphé de virulentes attaques de la part des trois puissants ennemis et des trois
obstacles et quatre démons. Les deux premiers présidents ont été persécutés durant la guerre
par les autorités militaristes japonaises. Je suis également devenu la cible d’attaques injustes
des autorités à Osaka19. Peu de temps après cet incident, M. Toda a dit : « Il est essentiel de
s’exprimer et de corriger ce qui doit être rectifié. Si nous restons muets, le public fera des
vérités de ces erreurs […] Nous ne pouvons pas nous permettre qu’un tissu de mensonges
triomphe de la justice ! [...] Nous parlons de victoire de la justice, mais elle n’est pas acquise
d’avance. Sans lutte, la justice sera perdue. Parce que notre cause est juste, nous ne devons
pas être vaincus. Nous devons gagner. C’est pourquoi il est si crucial de se dresser pour la
justice. »
Parce que nous défendons le plus grand bien, nous devons continuer à lutter et à gagner sans
faillir. Tel est l’esprit du mouvement Soka qui vibre dans le cœur des trois premiers
présidents ; l’esprit de pratiquer tel que le Bouddha l’enseigne fait la fierté du mouvement
Soka, mouvement religieux sans pareil.
Nichiren écrit à la nonne laïque Sennichi : « Laissez-les parler comme bon leur semble.
Confiez-vous aux enseignements d’or du Sûtra du Lotus, du bouddha Shakyamuni, de Tiantai,
Miaole, Dengyo, et Zhangan. C’est ce que signifie l’expression “pratiquer en suivant les
enseignements du Bouddha”. » (Écrits, 630) Ainsi, Nichiren souligne aussi à l’attention de ses
disciples femmes l’importance vitale de pratiquer en accord avec les enseignements du
Bouddha, comme il l’a fait.
Nous ne devrions jamais oublier que notre mouvement s’est établi grâce aux prières, aux
efforts et à l’unité de ceux qui pratiquent comme le Bouddha l’enseigne – au premier rang

19
Affaire d’Osaka : Daisaku Ikeda, alors responsable de la jeunesse du mouvement Soka, fut arrêté sur les
fausses accusations d’avoir enfreint les règles électorales lors d’élections à Osaka, en avril 1957. Au terme d’un
procès de près de cinq ans, il fut innocenté.

14
duquel les femmes et les jeunes filles.

4e extrait étudié
La vie ne dure pas plus que le temps d’un éclair. Aussi nombreux et terribles que soient les
ennemis rencontrés, bannissez toute frayeur et n’envisagez jamais de revenir en arrière.
Même si quelqu’un devait nous couper la tête avec une scie, nous empaler sur des piques, ou
nous enchaîner les pieds pour les transpercer avec une vrille, tant que nous serons en vie,
nous devons réciter sans cesse Nam-myoho-renge-kyo, Nam-myoho-renge-kyo. Alors, si
nous pratiquons jusqu’au moment même de la mort, Shakyamuni, Maints-Trésors et les
bouddhas des dix directions viendront instantanément vers nous, comme ils l’ont promis
durant la cérémonie au pic de l’Aigle. En nous prenant les mains et en nous portant sur leurs
épaules, ils nous emmèneront au pic de l’Aigle. Les deux sages, les deux rois célestes et les
dix filles rakshasa nous protégeront tandis que toutes les divinités célestes et les divinités
bienveillantes élèveront un dais au-dessus de nos têtes et déploieront haut leur bannière. Ils
nous escorteront sous leur protection jusqu’à la Terre aux trésors de la lumière paisible.
Comment pourrait-on décrire une telle joie ! (Écrits, 399)

Établir l’état de vie éternel de la bouddhéité


« N’ayons aucune peur et ne pensons jamais à reculer », déclare en substance Nichiren à ses
disciples qui affrontaient d’immenses épreuves provoquées par les attaques des trois puissants
ennemis.
Dans ma jeunesse, j’ai eu l’occasion d’entendre M. Toda commenter le passage d’où est tirée
cette phrase. À l’époque, il disait : « Un responsable authentique dans la foi n’est pas digne
de ce nom s’il ne fait pas preuve de ce genre de détermination. » Il avait également commenté
le reste du passage qui commence par « Même si quelqu’un devait nous couper la tête […] »,
qui met en lumière l’esprit altruiste de transmettre la Loi. « Telle est la quintessence de la
foi », déclarait M. Toda. L’orientation éclairée et précise de mon maître demeure
profondément gravée dans ma vie.
Étant donné la réalité des persécutions qui touchaient déjà Nichiren et ses disciples, les
descriptions, dans ce passage, des tortures qu’ils pouvaient éventuellement endurer, n’étaient
en aucun cas exagérées ou ridicules.
Bien entendu, le bouddhisme de Nichiren Daishonin n’est pas un enseignement qui prône le
sacrifice de soi ou le martyre, ce qui reviendrait à accorder peu de valeur à la vie. Nichiren
écrit : « […] si nous pratiquons jusqu’au moment même de la mort. » (Écrits, 399) Il nous

15
enseigne par là que nous devrions nous efforcer de pleinement vivre notre vie jusqu’au
dernier instant, en pratiquant l’enseignement correct assidûment. Nous gardons la Loi
bouddhique afin de vivre notre vie jusqu’au bout, sans regrets.
Cela étant, si en raison de notre pratique bouddhique, nous devions mourir prématurément,
notre mort en elle-même ne serait absolument pas malheureuse ou misérable. M. Toda a dit
solennellement : « Si nous sommes amenés à perdre la vie en protégeant la Loi bouddhique,
nous serons immanquablement dans l’état de Bouddha. On pourrait décrire la mort, dans ce
cas, comme le fait de rêver en s’assoupissant, avant de sombrer dans un sommeil paisible et
profond. » Il se peut aussi parfois que des pratiquants meurent dans un accident. Mais, à la
lumière du grand pouvoir bénéfique de la Loi, il n’y a absolument rien à craindre.
Comme Nichiren l’affirme plus loin dans ce passage, au moment de leur mort, la vie de ceux
qui récitent Nam-myoho-renge-kyo avec sincérité de leur vivant se trouve dans l’état illimité
de Bouddha et se pare d’un bonheur absolu pour l’éternité. Il décrit comment, au moment de
la mort, les deux bouddhas Shakyamuni et Maints-Trésors20 – ainsi que tous les bouddhas des
dix directions – viennent immédiatement nous prendre par la main et nous porter sur leurs
épaules jusqu’au pic de l’Aigle. En effet, les forces protectrices de l’univers – les divinités
bouddhiques et célestes, dont les « deux saints », les deux rois célestes et les dix filles
rakshasa – dit-il, veillent sur nous, les pratiquants du Sûtra du Lotus, et nous escortent vers la
Terre de la lumière paisible 21, une terre de bouddha ornée de bienfaits. Comme ces mots ont
dû réconforter ses disciples !
Ailleurs, Nichiren écrit : « Si vous deviez quitter cette vie avant moi, il vous faudra vous
présenter aux dieux célestes Brahma et Shakra, aux quatre rois du ciel et au roi Yama 22.
Dites-leur que vous êtes un disciple du moine Nichiren, premier pratiquant du Sûtra du Lotus
au Japon. Il sera alors impossible qu’ils manquent de courtoisie à votre égard. » (Écrits,
83)23 Ailleurs encore, il écrit : « Quoi qu’il advienne sur la route entre cette vie et la suivante,

20
Bouddha Maints-Trésors : un bouddha qui apparaît, assis dans la Tour aux trésors dans la Cérémonie dans les
airs, afin de témoigner de la véracité des enseignements de Shakyamuni dans le Sûtra du Lotus. Selon le chapitre
« Tour aux trésors » (XIe) du Sûtra du Lotus, il réside dans la Terre de trésor-de-pureté à l’est, engagé dans la
voie de bodhisattva, il fait le vœu que, même entré dans le nirvana, il apparaîtra afin d’attester la validité du
Sûtra du Lotus partout où il se trouve prêché. (Cf. SdL-XI, 172).
21
Terre de la lumière paisible : aussi terre de la lumière éternellement paisible. La Terre de Bouddha, exempte
d’impermanence et d’impureté. Expression souvent utilisée pour désigner le Pic de l’Aigle ou la Terre pure du
pic de l’Aigle.
22
Il s’agit de divinités et de rois du panthéon bouddhique. Brahma et Shakra sont les deux principaux dieux
tutélaires du bouddhisme. Les quatre grands rois du ciel sont au service de Shakra et protègent les quatre parties
du globe. Le roi Yama est le roi des défunts, qui juge les morts en fonction de leurs actions et prononce la
sentence qu’ils méritent.
23
Cette lettre était adressée au père de Nanjo Tokimitsu, Nanjo Hyoe Shichiro, qui était souffrant.

16
il devra se déclarer disciple de Nichiren […] Je suis le moine le plus déraisonnable du Japon
mais, en matière de croyance dans le Sûtra du Lotus, je suis le plus grand sage du
Jambudvipa. Mon nom résonne dans toutes les terres pures des dix directions et le ciel et la
terre le connaissent sans aucun doute. Si votre mari se proclame disciple de Nichiren, je ne
pense pas que les démons du mal, quels qu’ils soient, prétendent ignorer mon nom. » (Écrits,
948) 24
La foi fondée sur l’engagement commun de maître et disciple garantit paix et bonheur à la
fois dans la vie et dans la mort. En d’autres termes, nous pouvons nous réjouir à travers les
deux phases de la vie et de la mort.
Quand les disciples de Nichiren se consacrent à la Loi avec le même esprit que leur maître
bouddhique qui est le plus grand pratiquant du Sûtra du Lotus, alors, ensemble, ils manifestent
un état de vie empreint d’un bonheur absolu au cours des trois phases de la vie. Ils goûtent
ainsi la victoire, paix et sécurité dans la vie et dans la mort. C’est pourquoi Nichiren déclare :
« Nous résiderons dans la Terre pure de la lumière paisible, où nous connaîtrons la joie
illimitée de la Loi ! » (Écrits, 399) Il promet que quiconque fonde sa vie sur la Loi peut
connaître cet état de vie de bonheur absolu. C’est pour cela qu’il peut dire : « Comment
pourrait-on décrire une telle joie ! »
En tant que disciples, rien n’est plus honorable que de suivre avec persévérance la voie de la
foi comme nous l’avons promis à notre maître bouddhique. Nichiren dit à ses disciples que
leurs prières pour atteindre la bouddhéité seront réalisées, qu’ils résideront sur la « Terre pure
de la lumière paisible » et goûteront une immense tranquillité d’esprit. Aussi, quels que soient
les obstacles, ils n’ont aucun souci ni aucune crainte à avoir. Du point de vue éternel du
Bouddha de l'époque de la fin de la Loi, il leur assure qu’ils « connaîtront la joie illimitée de
la Loi ». Rien n’égale ce bonheur.
La phrase « Si nous pratiquons jusqu’au moment même de la mort […] » indique que tout
repose sur le fait de continuer ou non à prier de tout cœur pour notre bonheur et celui des
autres, jusqu’au tout dernier instant de notre vie. Telle est l’essence de la foi fondée sur la
pratique des enseignements du Bouddha dans l’esprit d’unité avec notre maître.
Un passage étudié plus haut me revient nettement à l’esprit : « Supposez que quelqu’un, peu
importe qui, proclame sans compter ses efforts que seul le Sûtra du Lotus peut conduire les
êtres humains à la bouddhéité. » (Écrits, 398) On pourrait dire qu’utiliser sa voix pour
déclarer la vérité est le fondement de la pratique telle que le Bouddha l’enseigne. Ailleurs

24
Cette lettre était adressée à la nonne laïque Myoshin, inquiète pour son époux malade.

17
aussi, Nichiren se décrit, entre autres, comme n’ayant « jamais épargné sa voix » (OTT, 57) et
s’exprimer « sans hésiter ». (Écrits, 981) Il cite aussi la phrase : « C’est par la voix que
s’accomplit l’œuvre du Bouddha. » (OTT, 4)
Exprimer sans hésiter ce qui doit être dit ; ne pas taire ce qui doit être transmis – tel est
l’esprit de shakubuku dans le bouddhisme de Nichiren. Tant que nous irons de l’avant dans
cet esprit, nous continuerons à avancer à grands pas dans notre mouvement pour kosen-rufu.
C’est la conviction indéfectible de Nichiren ; c’est aussi celle du mouvement Soka.
M. Makiguchi a dit : « Les personnes timorées qui n’arrivent pas à dire ce qui doit être dit ne
sont pas des disciples de Nichiren. »
En post-scriptum, Nichiren écrit : « Gardez cette lettre avec vous à tout moment et relisez-la
encore et encore. » Nous, aussi, devons toujours penser à garder précieusement les écrits de
Nichiren. En dignes disciples de Nichiren, poursuivons des dialogues de personne à personne
fondés sur l’esprit bienveillant de conduire les autres à la Loi, afin de réaliser notre propre
transformation intérieure et d’aider les autres à faire de même. C’est l’action la plus
fondamentale dans le mouvement Soka.
Tout en priant avec cœur et en menant inlassablement des dialogues, écrivons l’histoire
éclatante de l’essor de notre mouvement en pratiquant les enseignements, en accord avec le
vœu du Bouddha, et recevons les éloges de tous les bouddhas et divinités bouddhiques de
l’univers.

Avec mes prières pour la victoire de mes disciples authentiques.

18