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L’image

dans le christianisme
«Qui m’a vu a vu le Père.» (Jean, 14, 9)
L’Histoire sainte en images épisodes de la vie du roi
Salomon (l’instruction de
Les bibles historiales son fils Roboam, l’épisode L’interdit de figuration divine hérité du
médiévales sont des ouvrages du jugement), destinés à
de vulgarisation à vocation glorifier l’image d’un roi Décalogue n’a pas été repris par le
pédagogique, écrits en doué de sagesse et d’équité,
français et abondamment et modèle du bon christianisme qui est à ses débuts une religion
illustrés pour rendre gouvernement.
accessibles les textes plutôt indifférente aux images. À partir du
Guiard des Moulins, Bible
bibliques. Cette peinture à
quatre compartiments
historiale, Paris, vers 1380-1390, moment où le christianisme devient religion
parchemin, 408 f., BNF,
tricolores illustre des Manuscrits, français 158, f. 1 d’État, au IVe siècle, le statut de l’image
évolue vers un déploiement progressif des images s’est développé parallèlement à la
différents modes de représentation de Dieu : dévotion pour le Christ serviteur souffrant, la
figuration symbolique, inspirée de l’art juif, Vierge Marie et les saints, comme en
figuration au masculin d’un Dieu patriarcal et témoignent les images et les statues qui
omnipotent, et enfin figuration du Christ ornent les chapelles. Christ en majesté, en
crucifié ou en majesté. Ce développement de gloire ou crucifié, pietà, Vierges à l’Enfant ou
la figuration a favorisé un culte envers les allaitant, saints accompagnés de leurs
images qui a suscité très tôt un débat attributs symboliques : autant de
doctrinal et théologique au sein de l’Église. représentations qui répondent aux croyances
D’une manière générale, le christianisme, en et à la ferveur populaires, très vivantes dans
dépit des crises iconoclastes qui l’ont affecté, la tradition catholique, mais tenues en
a plutôt été favorable à l’image, qu’elle suspicion dans la tradition protestante.
représente Dieu, la Création ou des épisodes Cependant, la fonction de l’image est aussi
bibliques. Au VIe siècle, avec l’art de l’icône, pédagogique ; elle préside aux apprentissages
l’Église d’Orient lui confère une dimension et à la mémorisation de séquences bibliques.
sacrée : l’icône est une fenêtre ouverte sur Le Moyen Âge voit fleurir, à travers les
l’invisible qui manifeste la sainteté de la psautiers, les bibles moralisées puis les bibles
La tradition des mystères et l’évangélisation.
Présence divine. Elle est considérée par les des pauvres, une très belle imagerie dont les
Ce manuscrit à peintures
Le christianisme eut ainsi
recours, non seulement
chrétiens orthodoxes comme l’expression de modèles ne cesseront d’être recopiés, tandis
permet de connaître avec aux images, mais aussi au la Parole de Dieu au même titre que que les deux derniers siècles consacrent
précision comment fut jouée théâtre comme soutien
la Passion à Valenciennes, pédagogique pour l’Écriture sainte, et devient un élément l’extraordinaire diffusion des objets de piété.
en 1547. Chacune des 25 évangéliser les populations.
journées que dura ce essentiel du culte oriental. Les fonctions de l’image, dont le statut varie
Le Mistere par personnaiges de la
spectacle est illustrée par une
peinture évoquant les scènes
vie, passion, mort, résurrection et
assention de Nostre Seigneur Jesus
Dans la tradition occidentale, le culte des sensiblement d’une époque à l’autre, sont
principales. Ici, on voit la Christ en 25 journees
Cène (le dernier repas de France (Nord), 1577, papier, 378 f., donc multiples dans la tradition chrétienne :
Jésus avec ses disciples), BNF, Manuscrits, Rotschild 3010,
l’Ascension, la Pentecôte f. 356. fonction pédagogique et mnémotechnique,
quand elle illustre les épisodes bibliques ou
les récits hagiographiques hérités des textes
apocryphes ; fonction esthétique quand elle
célèbre par la beauté la magnificence de Dieu
et de sa Création ; et enfin fonction
spirituelle par l’incitation à la prière et au
recueillement.

Tétraévangile arménien Luc offrir son livre à


Théophile, annonce le texte
Les Églises orthodoxes ont de son Évangile.
un rapport particulier à
l’image, l’icône étant Évangile de Surxat’ (Stary-Krym),
Crimée, 1356, parchemin, BNF,
considérée comme une porte Manuscrits orientaux, arménien 17,
ouverte sur le divin. La page f. 162 v°-163
ci-dessus sur laquelle on voit

Et le Verbe s’est fait chair

Seul l’évangéliste Luc donne un récit


complet de la Nativité (Luc, 2, 1-20),
enrichi au fil des siècles par des
légendes héritées des évangiles
apocryphes (comme l’âne et le bœuf ou
le nom des rois). La Nativité célèbre le
mystère de l’Incarnation, selon lequel
Jésus serait le Fils de Dieu, né miracu-
leusement de la Vierge Marie. Par ce
mystère, le christianisme donne à Dieu
le visage de Jésus, qui serait à la fois
homme et à la fois Dieu.
Bible cistercienne
Foigny (Aisne), fin du xiie siècle,
parchemin, BNF, Manuscrits,
latin 15177, f. 11.

Apprentissages aux images. Ici, le Christ


ressuscité, chassant les
Le catéchisme est une nuages de la guerre et de la
pédagogie permettant de discorde entre les hommes,
prêcher et d’enseigner aux propose une image
fidèles, et principalement triomphante de la foi
aux enfants, l’Écriture sainte catholique.
et les vérités essentielles de
la foi catholique. Pour Saint-Malo, Louis-Philippe-Claude
Hovius, (1764), 88 p., in-12, BNF,
transmettre un contenu Philosophie, Histoire, Sciences de
parfois complexe, les livres l’homme, D-66951 (1).
de catéchisme ont recours