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CHAPITRE 2 – PROCEDES DE DESSALEMENT

DES EAUX

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SOMMAIRE

CHAPITRE 2 – PROCEDES DE DESSALEMENT DES EAUX ................................................... 1


2.1. Généralités sur le dessalement .......................................................................................... 3
2.1.1. Définition du Dessalement de l’eau ....................................................................... 3
2.1.2. Composition de l’eau à dessaler ............................................................................ 5
2.1.2.1. Eau de mer : .............................................................................................................. 5
2.1.2.2. Eau saumâtre : .......................................................................................................... 6
2.1.3. Thermodynamique de la séparation sel-eau ........................................................ 6
2.2. Procédés de dessalement ................................................................................................... 8
2.2.1. Procédés thermiques ............................................................................................... 9
2.2.1.1. La distillation à simple effet ..................................................................................... 9
2.2.1.2. Distillation par détente à étages multiples (Distillation «Multistages Flash »
ou MSF) 10
2.2.1.3. Distillation à effets multiples (Distillation «Multi-Effect» ou distillation MED). 12
2.2.1.4. La distillation par compression de vapeur («Vapor Compression» ou VC) ... 15
2.2.1.5. La congélation –réfrigération (pilotes): ................................................................ 16
2.2.2. Procédés à membranes......................................................................................... 18
2.2.2.1. Osmose inverse (OI) .............................................................................................. 18
2.2.2.2. Électrodialyse (ED) ................................................................................................. 21
Références Bibliographiques ......................................................................................................... 24

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Les problèmes de rareté et d’accessibilité ont fait que l’insuffisance d’eau douce
constitue un problème mondial de plus en plus critique. D’où la nécessité de dégager
des nouvelles ressources en eau.
En effet, les besoins en eau présents et futurs ne peuvent être couverts et satisfaits
que si des ressources non conventionnelles (recyclage et dessalement de l’eau) sont
utilisées. Le dessalement en l’occurrence pourrait être la solution clé !

Le présent chapitre s’inscrit concerne le dessalement des eaux salées. Après une
introduction par les généralités correspondantes, ce chapitre présente les différents
procédés de dessalement les plus usuels, et quelques notions sur leur
consommation énergétique. On présente ensuite une comparaison des différentes
technologies de dessalement. Dans une troisième partie, on donne un aperçu sur
l’expérience du Maroc au niveau du dessalement de l’eau de mer.

2.1. Généralités sur le dessalement

2.1.1. Définition du Dessalement de l’eau

Le dessalement de l'eau appelé également dessalage ou désalinisation, est un


processus qui permet de produire de l’eau douce et pure quasiment exempte de sels
à partir des eaux salées (eaux saumâtres ou eaux de mer) et ce dans un système
auquel on apporte de l'énergie (figure 2.1).

Cette eau douce produite est susceptible à la consommation : eau potable ou très
rarement utilisable pour l'irrigation en raison du coût. Sa potabilisation est ensuite
rendue possible par l’ajout de produits chimiques appropriés.

L’eau est considérée comme potable - selon la définition de l’Organisation Mondiale


de la Santé OMS - en dessous de 500 ppm (parties pas million) de sel en solution.

Quant une partie de l’eau à dessaler se transforme en d’eau douce, il en résulte,


inévitablement, qu’un courant d’eau relativement concentré en sels dissous, appelée
saumure est rejeté.

Il est beaucoup plus facile et avantageux d'extraire l'eau plutôt que le sel : on peut en
effet choisir de ne retirer qu’une partie d’eau ou presque sa totalité ; alors qu’il

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faudrait extraire tout le sel pour obtenir ne serait-ce qu’une goutte d’eau douce. En
plus, il est très difficile de débarrasser l’eau du sel en solution.

En pratique, pour éviter d’avoir à gérer les 35 kilogrammes de sel contenus dans
chaque mètre cube d'eau de mer traitée, on n'extrait pas toute l'eau douce : on
préfère concentrer l'eau de mer, d'un facteur environ égal à 2. Ainsi, pour chaque
mètre cube d'eau de mer traité - soit 1000 litres - on produira 500 litres d'eau pure et
on rejettera une saumure de 500 litres d’eau très salée (contenant 70 grammes par
litre de sel).

Energie

Eau de mer ou Eau douce


Eau saumâtre Système de dessalement
Saumure concentrée

Figure 2.1: Principe d’un système de dessalement [Philippe Bandelier]

Le plus important processus de dessalement naturel se produit sur la Terre: il s’agit


du cycle hydrologique (figure 2.2) - une machine naturelle, un système
continuellement en action de distillation et de pompage. En effet, l'eau des océans
s'évapore naturellement, la vapeur s'accumule dans les nuages ; puis, cette eau
retombe sur terre moyennant les précipitations et est ainsi récupérée en eau douce.
Ce principe de dessalement très simple a été utilisé dès l'Antiquité (découverte par
Aristote au IVe siècle) pour produire de très faibles quantités d'eau douce dans les
bateaux.

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Figure 2.2 : Cycle naturel de l’eau

2.1.2. Composition de l’eau à dessaler

L’eau de mer ainsi que les eaux saumâtres concernées par le dessalement se
différencient par leur concentration en sels dissous et par leur composition.

2.1.2.1. Eau de mer :

Le terme d’eau de mer regroupe l’eau salée des mers et des océans à la surface de
la terre. Elles occupent un volume estimé à 1 340 millions de km³; ce qui représente
97% de la capacité totale des grands réservoirs d'eau à la surface de la terre.

L’eau de mer contient un ensemble de sels (chlorures de sodium et de magnésium,


sulfates, carbonates) qui modifient les caractéristiques de l’eau (tableau 2.1). Ainsi, la
salinité est définie par la teneur globale en sels dans l’eau salée. Elle représente la
principale caractéristique des eaux de mer.

Tableau 2.1 : Composition de l’eau de mer (35 g/l)

Sel Concentration %
NaCl 27,2 g/l 78%
MgCl2 3,8 g/l 11%
MgSO4 1,7 g/l 5%
CaSO4 1,26 g/l 3,5%
K2SO4 0,86 g/l 2,4%

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La salinité moyenne des eaux des mers et océans est de l’ordre de 35g/l dont 78%
de NaCl. En plus, l'eau de mer est un milieu légèrement basique ; soit un pH entre
7,5 et 8,4.

Il est clair que la salinité est très variable selon les régions et les saisons. Pour le cas
de mers fermées, les différentes salinités sont :

 mer Baltique : 7 g/l,


 mer méditerranée : 36 à 39 g/l,
 Golfe Persique : 40 à 70 g/l,
 mer morte : 270 g/l.
 mer Rouge : environ 40 g/l,
 mer Caspienne : 13 g/l,

2.1.2.2. Eau saumâtre :

On appelle eau saumâtre une eau salée non potable de salinité inférieure à celle de
l'eau de mer.

Les eaux saumâtres ont une composition très diverse. La concentration totale est
très inférieure à celle de la plupart des mers avec une salinité en général inférieure à
10 grammes par litre. Ce sont parfois des eaux de surface ; mais, le plus souvent des
eaux souterraines qui se sont chargées en sels en traversant les sols. Leur
composition dépend donc de la nature des sols traversés. Les principaux sels
dissous sont le CaCO3, le CaSO4, le MgCO3 et le NaCl.

2.1.3. Thermodynamique de la séparation sel-eau

L’opération de dessalement consiste en une séparation isotherme qui permet de


séparer l'eau et les sels à partir d'une eau salée brute (eau de mer ou une eau
saumâtre). Ainsi, la quantité initiale de l’eau de mer est fractionnée en deux parties :
une fraction sera dépourvue de sels ; alors que l’autre fraction sera plus concentrée
en sels (saumure). De point de vue thermodynamique, cette séparation isotherme
nécessite l’apport d’une certaine quantité d’énergie.

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Les eaux salées possèdent un potentiel chimique plus élevé que celui des eaux
douces, car elles diffèrent de celles-ci par l’énergie libre de dilution des sels, selon
l’équation (2.1) :

sRT Ln ai (2.1)

s:potentiel chimique de l’eau salée (J/mol)


0: potentiel chimique de l’eau pure (J/mol)
R : constante des gaz parfaits (R= 8,314)
T (K) : température de l’eau salée en Kelvin
ai : activité du constituant dissout i

L’énergie minimale qui doit être alors fournie à l’eau salée, dans le cas d’une
transformation idéale réversible, est représentée par la différence des deux potentiels
chimiques. Elle est appelée « dépense énergétique minimale » ou « travail minimal »
et est exprimée par la relation suivante :

E= RT Ln p/p0 (2. 2)

avec :

E : dépense énergétique minimale (J/mol)

p : pression partielle de vapeur de l’eau au dessus de la saumure (Pa)

p0 : pression de vapeur de l’eau pure (Pa)

Cette expression représente le travail minimal à fournir à l’eau salée pour obtenir une
mole d’eau pure ; et ce, quel que soit le procédé de séparation utilisé. A titre
d’exemple, soit un échantillon représentatif d’eau océanique à 25 °C, pour lequel la
pression de vapeur de la saumure est de 2 % inférieure à celle de l’eau pure. Cette
énergie minimale vaut 13 calories/mole, soit 3kJ/kg, qui semble être une valeur
faible.

Cependant, dans la pratique, le dessalement de l’eau de mer (35g/l en moyenne)


consomme nettement plus d’énergie que dans le cas théorique ; et ce, à cause des

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rendements thermodynamiques faibles et des pertes au niveau des différentes
installations du procédé.

2.2. Procédés de dessalement

Le progrès technologique réalisé dans le domaine du dessalement a conduit à la


découverte d’une multitude de procédés actuellement utilisées et disponibles sur le
marché. Ces procédés se divisent en deux grandes catégories selon le principe
appliqué, à savoir les procédés thermiques et les procédés membranaires (Figure
2.3).

 Les procédés thermiques qui se sont fortement développés à partir de la fin


des années 1940, font intervenir un changement de phases eau-vapeur : la
congélation et la distillation. Ces méthodes nécessitent de l’énergie sous forme
thermique.
 Les procédés membranaires qui ont vu le jour à la fin des années 1960,
utilisant des membranes. Ils se reposent sur une séparation sel-eau faisant appel à
des membranes semi-perméables où le moteur est soit la pression (osmose inverse),
soit un champ électrique (électrodialyse). Ils nécessitent principalement de l’énergie
sous forme électrique.

Figure 2.3 : Principaux procédés de dessalement

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Les procédés de distillation et les procédés membranaires constituent les deux
grandes familles de procédés utilisés aujourd’hui à l’échelle industrielle pour le
dessalement d’eau de mer. D’autres méthodes ont pu voir le jour ; mais, elles sont
encore au stade du laboratoire ou en cours de développement et rien ne garanti
qu’elles seront compétitives par rapport aux procédés déjà bien implantés.

2.2.1. Procédés thermiques

Pour les procédés thermiques, il y a la distillation flash multiple effets désignée par
l’abréviation MSF, la distillation à effets multiples MED avec leurs variantes, la
compression de la vapeur désignée par VC, et les méthodes de congélation.

2.2.1.1. La distillation à simple effet

Environ la moitié de l’eau dessalée dans le monde est produite au moyen de chaleur
servant à distiller de l’eau douce à partir de l’eau de mer.

Les procédés thermiques de distillation sont mis en œuvre depuis longtemps sur les
navires en utilisant la chaleur récupérée sur les gaz d'échappement des moteurs
diesel ou des chaudières.

Le procédé par distillation reproduit donc le cycle naturel de l’eau. En effet, la


distillation consiste à chauffer de l’eau salée jusqu’à évaporation ; et ce, soit en
utilisant la chaleur émise par les rayons du soleil, soit en la chauffant dans une
chaudière. La vapeur ainsi produite ne contient pas de sels. Seules les molécules
d’eau qui passent à l’état gazeux, laissant en dépôt les sels dissous et toutes les
autres substances contenues dans l’eau salée. Il suffit alors de condenser la vapeur
d’eau ainsi obtenue pour produire une eau douce consommable.

La distillation à simple effet produit donc directement, à la pression atmosphérique,


de la vapeur qui est ensuite condensée. Elle n'est plus guère utilisée que sur les
navires.

Dans l’usine, l’eau est chauffée jusqu’à ébullition pour produire la quantité maximale
de vapeur. Pour que le procédé soit économiquement rentable, la pression appliquée
sur l’eau à bouillir est ajustée pour maîtriser le point d’ébullition.

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Ce type de distillation est un procédé très énergivore en raison de la valeur
importante de la chaleur latente de vaporisation de l'eau (quantité de chaleur
nécessaire pour transformer un kg d'eau liquide en vapeur à la même température
lors d’un changement d'état). Celle-ci est d’environ 2250 kilojoules à une température
de 100°C. Pour réduire la consommation d'énergie importante nécessaire à la
distillation industrielle, des procédés à multiples effets permettant de réutiliser
l'énergie libérée lors de la condensation ont été mis au point.

Deux procédés partagent le marché du dessalement thermique : le procédé de


distillation à détentes étagées (Multi-Stage Flash distillation MSF), et le procédé de
distillation à multiples effets (Multi-Effect distillation MED).

2.2.1.2. Distillation par détente à étages multiples (Distillation


«Multistages Flash » ou MSF)

Dans ce procédé de distillation par détentes successives ou flash (MSF), l’eau salée
est portée sous pression à une température de 120°C. Elle est introduite dans une
enceinte (ou étage) où règne une pression inférieure. L’introduction soudaine de
l’eau chauffée déclenche son évaporation instantanée par détente appelée Flash
(figure 2.4). Une partie de cette eau qui s’évapore va se condenser sur les tubes
condenseurs placés en haut de l'enceinte, et l'eau liquide est recueillie dans des
réceptacles en dessous des tubes. L’eau qui a fourni de l’énergie pour la
vaporisation cesse de bouillir pour se mettre en équilibre avec la pression de vapeur
régnant dans l’enceinte. Elle passe ensuite dans une deuxième enceinte où la
pression ambiante est encore plus faible. Il se produit encore un nouveau flash, une
nouvelle condensation et donc une nouvelle enceinte où la pression est encore plus
faible, etc.

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Figure 2.4 : Diagramme du procédé de distillation à détentes en 3 étages (MSF)

La vaporisation de l'eau est ainsi réalisée par détentes successives dans une série
d'étages où règnent des pressions de plus en plus réduites. On peut trouver jusqu'à
40 étages successifs dans une unité MSF industrielle.

Le concept de distillation de l’eau dans des étages successifs dont chacun est
maintenu à la pression inférieure à la pression saturante correspondant à la
température de l’eau dans l’étage, n’est pas nouveau et est appliqué depuis plus
d’un siècle.

L’eau de mer circule à l’intérieur des condenseurs de la cellule la plus froide vers la
plus chaude. En traversant les n cellules, sa température s’élève de t0 à (t0 + nΔt). Un
réchauffeur porte ensuite sa température à (t + nΔt). Elle est alors admise dans la
cellule la plus chaude, où règne la température t. Cela provoque la première détente.
La vapeur produite est transférée dans la cellule voisine, où se produit la deuxième
détente. Ce processus se reproduit jusqu’à la cellule la plus froide. À la sortie de
celle-ci, on obtient une saumure à la température t et un distillat à la même
température (figure 2.5).

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Figure 2.5 : Processus de distillation à détentes étagées (MSF)

Lors du phénomène du flash, des gouttelettes d'eau salée peuvent être entraînées
avec la vapeur. Pour les séparer, un dévésiculeur est utilisé. Celui-ci est constitué
par une sorte de grillage limitant le passage de ces gouttelettes qui retombent ainsi
au fond de l'enceinte.

2.2.1.3. Distillation à effets multiples (Distillation «Multi-Effect» ou


distillation MED).

Par souci d’efficacité et vu que le simple effet consomme énormément d’énergie, la


distillation à multiples effets ne fait que juxtaposer plusieurs cellules du procédé
simple, dans des conditions de pression réduite, afin de diminuer la consommation
énergétique et permettre de réutiliser l’énergie libérée lors de la condensation.

La distillation MED est donc basée sur le principe de la condensation de la vapeur en


provenance d’une source d’énergie et ce, pour évaporer l’eau salée, sous vide
(pression réduite), à des températures de l’ordre de 70 à 80°C.

L'évaporation de l'eau a lieu sur une surface d'échange, contrairement au cas du


procédé précédent, où elle est assurée par détente au sein des étages successifs.
La chaleur transférée au travers de cette surface est apportée soit par une vapeur
produite par une chaudière, soit par une eau chaude provenant d'un récupérateur de
chaleur (figure 2.6).

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Figure 2.6 : Diagramme du procédé de distillation à multiple effet (MED)

Ainsi, dans des évaporateurs à effets multiples (MED), la vapeur provenant du


premier évaporateur se condense pour produire de l'eau douce dans le second effet
où règne une pression inférieure. Ainsi, la chaleur de condensation qu'elle cède sert
à faire bouillir l’eau salée dans celui-ci et permet d'évaporer une partie de cette eau
salée de ce 2ème effet et ainsi de suite. Par conséquent, le second évaporateur agit
comme un condenseur de la vapeur provenant du premier, et l’action de cette vapeur
dans le second évaporateur est identique à celle de la vapeur de chauffage dans le
premier. De même, le troisième évaporateur agit comme condenseur pour le second,
et ainsi de suite (Figure 2.7).

Ainsi, seule l'énergie nécessaire à l'évaporation dans le premier effet est d'origine
externe. La multiplication du nombre d'effets permet donc de réduire la
consommation spécifique (énergie/m3 d'eau douce produite).

La distillation à multiple effet (MED) comporte donc une série de cellules fonctionnant
à des pressions et des températures décroissantes. Les pertes de chaleur sont
inférieures et le rendement meilleur. Il peut être augmenté s'il y a compression de la
vapeur. Les coûts énergétiques sont importants : de l'ordre de 15 kWh par m3.

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Figure 2.7 : Le procédé de distillation à multiples effets (MED)

Certaines des premières usines de distillation d’eau utilisaient le procédé MED ;


mais, les unités MSF, en raison de leur meilleure résistance à l’entartrage, ont
remplacé ce procédé. Cependant, à partir des années 1980, le procédé MED a
connu un regain de faveur et il a été mis en place des installations de nouvelle
conception introduisant une exploitation à des températures plus basses. Ce qui a
permis de réduire au minimum la corrosion et l’entartrage.

Par ailleurs, plusieurs technologies d'évaporateurs multiples effets existent :

 Les évaporateurs multiples effets à tubes horizontaux arrosés sont les plus
utilisés actuellement et sont constitués d’une enceinte cylindrique ou calandre et d’un
faisceau de tubes. Le fluide de chauffage s'écoule dans les tubes horizontaux de ces
appareils ; tandis que l'eau de mer à évaporer est arrosée de façon à s'écouler sous
forme de film le plus uniforme possible sur l'extérieur des tubes. La vapeur produite
dans la calandre est ensuite envoyée dans les tubes de l'effet suivant où elle cède
son énergie de condensation. Ces évaporateurs ont un très bon coefficient
d'échange grâce à l'écoulement en film de l'eau de mer. C'est pourquoi ils
remplacent actuellement les plus anciens évaporateurs à faisceau de tubes noyés
dans lesquels les tubes étaient plongés dans l'eau de mer.

 Des évaporateurs multiples effets à plaques sont également en


développement. Ils sont constitués dune calandre cylindrique dans laquelle sont

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placées des plaques métallique. L'eau de mer à évaporer s'écoule alors sous forme
de film le long d'une mince plaque métallique chauffée par la vapeur provenant de
l'effet précédent. Celle-ci s'écoule le long de l'autre face de la plaque métallique. De
nombreuses plaques entre lesquelles s'écoulent alternativement l'eau de mer et la
vapeur de chauffage sont associées en parallèle pour constituer un effet. La vapeur
produite est recueillie dans la calandre et est ensuite envoyée dans le deuxième effet
et ainsi de suite.

2.2.1.4. La distillation par compression de vapeur («Vapor


Compression» ou VC)

Le procédé par compression de vapeur diffère des autres procédés de distillation


simple ou multiple effet par le fait qu’il n’utilise pas de source de chaleur extérieure
afin de limiter la consommation de l'énergie thermique. La compression de la vapeur
d’eau est réalisée soit mécaniquement en passant dans un compresseur, soit
thermiquement par un éjecteur à vapeur ; et ce, pour accroître la pression de la
vapeur et la température de condensation.

Le compresseur sert à produire de la chaleur pour l’évaporation. Après compression,


toute la vapeur entraînée par celui ci est introduite comme vapeur de chauffage dans
le premier effet. Elle est donc utilisée pour porter à ébullition l'eau de mer dans cet
évaporateur où règne une pression plus faible. La vapeur haute pression est ainsi
condensée sur le côté froid de la surface caloporteuse pour se transformer en eau
distillée liquide. Elle est distribuée sur l’autre côté où elle bout et s’évapore en partie.
Ainsi, le cycle se reproduit avec cette vapeur produite par l'évaporation partielle de
l'eau de mer (figure 2.8).

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Figure 1.5 : La compression mécanique de vapeur (IB)

Le procédé de distillation par compression de vapeur (VC) est utilisé pour des
installations de dessalement de petite ou moyenne capacité. Les unités VC sont
souvent utilisées pour les stations de villégiature, les zones industrielles et de forage
ne pouvant avoir un accès facile à de l’eau douce. Leur simplicité et facilité
d’exploitation se prêtent bien à de petites installations. Les unités mécaniques VC
ont une capacité variable de quelques litres à 3 000m3/jour.

2.2.1.5. La congélation –réfrigération (pilotes):

La congélation est un procédé «naturel» : la glace d’eau de mer formant la banquise


est beaucoup moins salée que la mer. L’eau étant très majoritaire dans le mélange
eau + sel, de la glace d’eau douce se forme en premier lors de la congélation.

La réfrigération est une méthode fondée sur la différence entre les points de
congélation de l'eau douce et de l'eau salée. Cette méthode de dessalement fait
intervenir trois étapes principales :

 La cristallisation de l’eau sous forme de glace,

 La purification de la couche de glace par lavage,

 La fusion de la couche pour obtenir l’eau douce.

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En refroidissant une eau de mer jusqu’à environ -2°C (point de congélation), les sels
dissous sont naturellement éliminés lors de la formation de cristaux de glace. Cette
dernière est constituée d’eau douce puisque les sels dissouts sont éjectés à la
surface des cristaux formés. On procède à un lavage avec de l’eau douce pour
éliminer ces sels, suivi de la fonte de la glace.

Malheureusement, de petites poches d’eau de mer sont emprisonnées dans la glace


et polluent l’eau douce obtenue après fonte de la glace.

Si on fait baisser davantage la température, la production de glace augmente.


Toutefois, il ne faut pas refroidir l’eau au-dessous de la température de -9°C, afin de
produire de l’eau pure, étant donné que le sulfate de sodium déca-hydraté a
tendance à précipiter à cette température (-9°C).

Dans les régions où la température de l’eau est souvent inférieure à 0°C, le


dessalement des eaux de mer par congélation est particulièrement intéressant : des
bassins à ciel ouvert sont aménagés. Lorsque la température est suffisamment
basse, ces bassins sont remplis sur une hauteur de 10 à 15 cm, la saumure est
enlevée et la glace est lavée et ensuite fondue pour récupérer de l’eau. Ce lavage se
fait moyennant de l’eau douce produite (environ 30 à 35%) pour débarrasser la glace
de sa pellicule d’eau de mer.

La production d’eau douce dans ces bassins est de l’ordre de 40 à 50 l/m2.j, lorsque
la température de l’air est de -5°C, et de 120 à 160 l/m2.j lorsque cette dernière est
de -20°C.

Le procédé de la congélation semble être plus économique que la distillation pour


produire de l’eau douce étant donné que la température de l’eau de mer est rarement
supérieure à 30°C. En plus, La chaleur latente de congélation de l’eau à 0°C est très
inférieure à sa chaleur latente de vaporisation: 335 kJ/kg (93 kWh/m3) contre 2260
kJ/kg (630 kWh/m3).

Par ailleurs, le froid nécessaire à la congélation doit être produit par une machine
frigorifique qui consomme une énergie noble, électrique (groupe frigorifique) ou
thermique à température moyenne (machine à absorption). Quoi qu’il en soit, même
ramené à une source d’énergie primaire, le bilan énergétique reste très en faveur de
la congélation. Le froid, stocké sous forme de glace, peut être utilisé pour des
usages de climatisation de locaux.

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Toutefois, les problèmes de corrosion et d’entartrage sont moins importants lorsque
la température est basse. Aussi, l’eau produite par congélation est directement
utilisée pour la consommation : elle est fraîche, minéralisée à point et relativement
bien oxygénée.

Il existe plusieurs procédés de congélation pour dessaler l’eau de mer, et un petit


nombre d’usines ont été installées à cet effet au cours des 50 dernières années.

Dans les années 60, quelques installations pilotes ont été réalisées aux USA, en
Israël et au Royaume-Uni. Malheureusement, il n’y a pas eu de suite en raison des
performances finalement médiocres et des problèmes de pureté de l’eau produite.
Ainsi, ce procédé n’existe pas encore à l’échelle industrielle, car produire du froid
coûte plus cher que produire de la chaleur.

2.2.2. Procédés à membranes

Dans la nature, les membranes jouent un rôle important pour séparer les sels. Aussi,
des processus de dialyse et d’osmose se produisent dans les organismes vivants.

Il existe différentes techniques de filtration de l’eau (filtration, microfiltration,


ultrafiltration, nano filtration, osmose inverse) selon le domaine d’utilisation. Ces
techniques se différencient principalement par la taille des particules qu’elles
arrêtent.

Les principaux procédés à membranes utilisés sur le marché dans le domaine du


dessalement sont : l’osmose inverse (OI), et l’électrodialyse (ED)

2.2.2.1. Osmose inverse (OI)

Dans la nature, un phénomène se produit: l'eau pure devient salée au contact de


l'eau de mer. Le principe de l'osmose inverse est simple : c’est inverser ce
phénomène d’osmose naturel. Il faut donc faire passer l'eau à travers une membrane
semi-perméable grâce à une pression très élevée. La membrane semi-perméable
ayant la propriété de laisser passer que les molécules d’eau tout en arrêtant les sels
dissous.

Sous l’action d’un gradient de concentration, le transfert de l’eau, à travers une paroi
semi-perméable, se fait naturellement de la solution la moins concentrée vers la plus

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concentrée. Ce gradient de concentration correspond à la pression osmotique
(pression d’équilibre).

L’osmose inverse est l’application sur le liquide concentré d’une pression supérieure
à la pression osmotique. Cette fois-ci un flux d’eau douce dessalée passe dans
l’autre sens c.à.d. le solvant va migrer de la solution concentrée à la solution diluée.

Le procédé OI constitue l'évolution ultime de la filtration de l'eau. Il consiste à séparer


les substances dissoutes d’une solution salée pressurisée en faisant diffuser seules
les molécules d’eau à travers une membrane semi-perméable. L’eau douce
récupérée de l’autre côté de la membrane constitue le perméat et l’eau de mer se
concentre par les sels retenus pour former le concentrât.

Il est à noter que pour le traitement de l'eau de mer, la pression à appliquer est de
l’ordre de 54 à 80 bars. Ce procédé fonctionne à température ambiante et n'implique
pas de changement de phase. Aussi, les membranes polymères utilisées laissent
passer les molécules d'eau et empêchent le passage de particules sels dissoutes et
de molécules organiques de taille d’environ 10-7 mm. La teneur en sels dans l'eau
produite est de l'ordre de 0,5 g.l -1.

En pratique, l’eau d'alimentation est pompée dans une cuve étanche où elle
pressurée contre la membrane. À mesure qu’une fraction de l’eau diffuse à travers la
membrane, la teneur en sels de la fraction restante augmente. En même temps, une
partie de cette eau d’alimentation est rejetée, sans diffuser à travers la membrane.

Sans ce rejet régulateur, l’eau d’alimentation pressurisée continuerait à accroître sa


concentration en sels ; ce qui engendrerait des problèmes tels que la précipitation
des sels sursaturés et une pression osmotique accrue à travers la membrane. La
fonction de la membrane OI est illustrée à la figure 2.6.

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Figure 2.6 : fonction de la membrane d’OI

La figure 2.7 met en évidence ce phénomène : une membrane semi-perméable


divise un récipient en deux compartiments. Dans le premier compartiment (1), on
verse de l’eau pure, dans le deuxième (2) une solution de chlorure de sodium. Les
niveaux sont identiques dans les deux compartiments au début de l’expérience.
Après, on observe alors que l’eau passe du compartiment 1 vers le 2ème jusqu’à
l’équilibre. Une différence de niveau apparait alors entre 1 et 2 ; ce qui met en
évidence la pression osmotique de la solution de NaCl.

Lorsqu’une pression supérieure à la pression osmotique est appliquée sur le


compartiment 2, on observe la circulation de l’eau en sens inverse. La solution 2
pourrait être concentrée même au-delà de sa concentration initiale. Dans le
compartiment 1, une quantité d’eau douce supérieure à celle versée au début de
l’expérience est obtenue. C’est l’osmose inverse.

Figure 2.7 - Mise en évidence de l’osmose inverse

Ce procédé présente beaucoup d’avantages. Modulaire, il convient aussi bien aux


grands besoins qu’aux petits besoins, peu énergétivore, et fonctionne à basse
température.

Ce procédé est un des ceux qui aboutissent à des coûts énergétiques et


d'investissement les plus bas et a montré, depuis plusieurs années, sa fiabilité.

Les dernières années ont été marquées par l’essor du procédé OI. Bien que le
concept de ce dernier n’ait pas fondamentalement changé, il a donné lieu à des

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améliorations constantes en ce qui concerne l’efficacité des membranes, la
récupération d’énergie, le contrôle des opérations sur membrane et les
enseignements tirés de l’exploitation, ce qui a permis une réduction globale du coût
de l’eau produite par ce procédé.

2.2.2.2. Électrodialyse (ED)

L’électrodialyse a été surtout améliorée et développé dans les années 70. Le


principe de ce procédé repose sur l’utilisation de membranes sélectives, étant donné
que le sel dissout dans l’eau est sous forme d’ions positifs et négatifs.

L’électrodialyse utilise donc la mobilité des ions d’un électrolyte soumis à un champ
électrique appliqué entre deux électrodes (cathode et anode) trempant dans le
liquide. Ce qui permet la migration des ions (positifs et négatifs) à travers ces
membranes. Ainsi, les ions positifs passent à travers les membranes cationiques
attirés par l’anode et les ions négatifs passent à travers les membranes anioniques
attirés par la cathode. L’eau douce est alors récupérée entre les membranes. En
effet, les membranes utilisées en électrodialyse laissent passer les ions ; mais, sont
imperméables à l’eau. C’est exactement l’inverse pour les membranes utilisées en
osmose inverse.

Dans l’électrodialyse, l’unité de base se compose de plusieurs centaines de cellules


reliées entre elles par des électrodes à un bloc extérieur qui constitue la pile. Des
membranes filtrantes soit imperméables aux anions et perméables aux cations, soit
imperméables aux cations et perméables aux anions, sont alternativement
intercalées. On obtient ainsi une série de compartiments à forte concentration de sels
et d’autres à faibles concentration. Effectivement, l’eau d’alimentation passe
simultanément à travers toutes les cellules en fournissant un courant continu d’eau
dessalée et de saumure concentrée qui dépend de la conception du système. Des
produits chimiques peuvent être ajoutés au circuit pour réduire le phénomène
d’entartrage.

Les composants d’une unité d’électrodialyse sont présentés sur le schéma de la

figure 2.8.

21
Figure 2.8 : Principe de l’électrodialyse

Le principe de fonctionnement est représenté schématiquement sur la figure 2.9. Les


deux compartiments sont alimentés avec une solution saline MX (M +, X–) de
concentration C0. Sous l’effet du courant, les cations M+ migrent vers la cathode,
traversent les MEC et sont stoppés par les MEA. De la même manière, les anions X –
migrent vers l’anode, traversent les MEA et sont stoppés par les MEC. On obtient
ainsi, en sortie d’empilement, deux solutions : une solution MX « déminéralisée »,
appelée diluât, dont la concentration est inférieure à la concentration d’entrée, et une
solution MX « concentrée », appelée concentrât, dont la concentration est supérieure
à la concentration d’entrée.

Figure 2.9: Mouvement des ions en Electrodialyse

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L’électrodialyse est un système très rentable pour les faibles salinités ou
concentrations (eaux saumâtres), mais prohibitif pour l’eau de mer.

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