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UNIVERSITE HASSAN II-CASABLANCA A.U.

2020/2021
Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales
MOHAMMEDIA

MODULE : HISTOIRE DE LA PENSEE ECONOMIQUE

Cinquième Semestre

Enseignant : M ;Sajid

Support 1

Eléments d’introduction à l’épistémologie et pensée économique

L’économie : quel objet ?

Le mot «économie » provient du grec «oikos », qui signifie


maison, et « nomos» qui représente les règles. L’économie serait
donc, dans un premier temps, l’ensemble des règles de conduite des
affaires domestiques. Le terme «économie politique » marque donc
l’élargissement de son domaine à la cité ou à la nation, c’est-à-dire en
tant que discipline étudiant la gestion et l’affectation des ressources
rares dans le cadre d’une collectivité. L’économie est une science qui
étudie les actes et les efforts déployés par les individus pour
satisfaire leurs besoins et réaliser les conditions matérielles de leur
existence bien-être.

Antoine de Montchrestien est le premier auteur ayant employé


cette expression d’économie politique. Paru en 1615, son traité
d’économie politique est un texte dont le contenu se conforme à
l’étymologie de cette expression. Il est très politique et contient des
recommandations et conseils au roi Louis XIII pour mieux gouverner
et mieux s’acquitter de sa tâche de souverain

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La science économique, pour se distinguer des autres sciences
humaines et sociales qui ont aussi pour objet d’étude l’être humain,
se définit par un objet de recherche et une méthodologie qui lui sont
propres. L’économie est une façon particulière d’étudier les
comportements des hommes.

La science économique naît de la confrontation entre les


besoins illimités éprouvés par les êtres humains et la quantité limitée
de biens disponibles pour les satisfaire. Cette science s’attache donc
dans un premier temps à décrire, mesurer, comprendre les choix
effectués par les agents économiques. Dans un second temps, elle
cherche à bâtir des lois et des modèles pouvant servir à guider
l’action politique pour des politiques économiques et sociales
appropriées.

« L’économie est une façon particulière d’étudier les


comportements humains. Elle part du constat que les hommes
éprouvent des besoins illimités, mais que les ressources dont ils
disposent pour les satisfaire n’existent qu’en nombre limité
(phénomène de la rareté) : en conséquence, ils doivent faire des
choix. La science économique est la science des choix, ou science de
la décision. » [LONGATTE Jean, VANHOVE Pascal (2007), p. 1]

Les faits sociaux ont, en effet, des liens étroits avec les faits
économiques, dont ils constituent, dans une large mesure, l’aspect
humain. Inversement, les faits économiques ont toujours des
conséquences sociales : les ressources consacrées par l’Etat
(dépenses publiques) à la construction d’hôpitaux (fait économique)
ont des conséquences sur la santé publique et sur l’espérance de vie
de la population (faits sociaux) ; de même, la modernisation
accélérée du secteur agricole (fait économique), en réduisant le
nombre des agriculteurs, bouleverse les structures sociales du pays
(fait social). On peut donner aussi comme définition de la science
économique celle de Lionel Robbins (1932) : « L’économie est la

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science qui étudie le comportement humain en tant que relation
entre les fins et les moyens à usage alternatifs. »

La science économique part du constat que les hommes


éprouvent des besoins illimités, mais que les ressources dont ils
disposent pour les satisfaire n’existent qu’en nombre limité
(phénomène de rareté): en conséquence, ils doivent faire des choix.
Ainsi, la science économique est donc la science des choix efficaces,
ou science de la décision

L’économie ne s’intéresse qu’aux biens rares, que l’on appelle


biens économiques, et écarte du domaine d’étude les biens qualifiés
de libres disponibles en abondance comme l’air, le soleil, etc. Les
biens économiques se caractérisent par le fait un effort de travail
pour être produits, c’est-à-dire une lutte contre le phénomène de la
rareté. Les biens économiques ne sont pas un don de la nature mais
découlent de l’activité humaine. Tous les besoins humains ne sont
pas des besoins économiques ; outre les besoins artistiques, on peut
citer par exemple les besoins affectifs entre une mère et ses enfants,
dont la satisfaction ne nécessite aucune tâche de production.

L’économie, science qui s’efforce d’analyser et d’expliquer les


faits économiques, est une science sociale et humaine qui étudie les
efforts et les actes déployés par les êtres humains pour satisfaire
leurs besoins et pour réaliser ainsi les conditions matérielles de leur
bien-être ; ces efforts constituent « l’activité économique ».

Un besoin implique à la fois un sentiment de manque ou de


privation et un désir de faire disparaître cette sensation. Eprouver un
besoin est donc un état psychologique dans lequel se trouvent les
personnes qui ressentent une insatisfaction qu’elles désirent apaiser
et supprimer. A l’origine d’un besoin se trouve toujours une
sensation de gêne déplaisante ou même pénible, d’origine physique,
intellectuelle ou morale.

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Les individus désirent ce qui permet de faire cesser ces
sensations. La satisfaction de ces besoins implique donc l’existence
de biens et de services susceptibles de répondre aux désirs, c’est-à-
dire de faire cesser les sensations de manque qui sont à leur origine.
Satisfaire ces besoins, c’est ce qu’on appelle consommer. L’acte de
consommation est un acte de « destruction » immédiate ou durable
des biens et services. Ainsi, on définit le besoin économique comme
un état de manque qui peut être satisfait par l’acquisition de biens et
de services, sachant que ces mêmes biens et services sont produits
en quantités limitées.

On distingue alors les besoins qui possèdent un caractère


absolu, appelés également besoins physiologique ou vitaux, et ceux
qui ont un caractère relatif, que l’on éprouve au contact des autres.
On s’aperçoit que les besoins de l’homme croissent indéfiniment au
fur et à mesure que le développement économique et le progrès
technologique mettent un nombre croissant de biens et services. En
effet, les besoins vitaux, bien qu’ils aient un caractère absolu,
tendent à s’exprimer de façon sans cesse plus raffinée.

A l’époque préhistorique, pour satisfaire ses besoins


fondamentaux, l’homme cherchait une caverne pour se protéger et
chassait afin de se nourrir et de se vêtir. Les mêmes besoins
demeurent, mais ils ne peuvent plus être satisfaits de la même façon.
C’est ainsi, pour prendre l’exemple de l’alimentation, les hommes
aspirent à diversifier leur régime alimentaire et à se procurer des
denrées sans cesse variées répandant aux goûts et exigences de
chacun. Des besoins nouveaux apparaissent sans cesse. Aux besoins
considérés, à une époque, comme vitaux, s’ajoutent de nouveaux
besoins que les générations précédentes ignoraient. Et
progressivement l’homme tend à considérer ces nouveaux besoins
comme aussi fondamentaux que les autres.

Les besoins nouveaux apparaissent dans tous les domaines :


instruction, hygiène, culture, voyages, distractions, etc. Cette

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multiplication des besoins s’explique par les effets du progrès
technique et technologique et de la vie en société. La vie en société
influence et oriente les besoins et les choix de consommation des
individus. En effet, certains biens sont demandés, non pas à en raison
de l’utilité qu’ils procurent aux individus, mais surtout à cause de la
satisfaction psychologique que leur provoque leur simple possession
considérée comme un symbole de clivage et de réussite sociale.

Les phénomènes sociaux exercent une grande importance et


modèlent les goûts et les besoins de sorte qu’à une époque donnée,
dans une société donnée, les besoins ressentis par les individus
résultent dans une large mesure des modèles et des contraintes qui
les entourent. Par un phénomène d’intériorisation, les besoins subis
deviennent des besoins ressentis. L’importance attachée à la
satisfaction des différents besoins varie selon les individus. C’est ce
qui explique la diversité des consommations chez des personnes
jouissant de niveaux de vie comparables.

Aussi, la notion des besoins de luxe ou de confort est aussi


relative que celle de minimum vital. Des denrées considérées, au
début du XIXe siècle, comme un luxe, le sucre par exemple – que l’on
ne pouvait acheter que chez les apothicaires – les épices, le café ou
les fruits provenant des pays tropicaux, sont devenus aujourd’hui des
biens de consommation courante. Aussi, avant 1920, l’automobile
était réservée à une minorité très aisée. En fait, on peut faire les
mêmes constations pour tous les produits et services qui, réservés à
quelques privilégiés lors de leur apparition, se généralisent
rapidement dans une société de consommation.

Ainsi, ce qui constitue un produit de luxe à une époque est


devenu banal quelques années plus tard ; ce qui constitue un luxe
dans un pays n’en est pas dans un autre pays. Les différents besoins
ne répondent à aucune définition absolue et tranchée et ne
s’appréhendent que par comparaison dans le temps et dans l’espace.

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La définition de l’économie par son champ ou objet d’étude n’est pas
satisfaisante dans la mesure où aucun phénomène n’est strictement
économique et que les phénomènes sociaux font l’objet de toutes les
autres sciences sociales: sociologie, philosophie, science politique,
démographie, psychologie sociale, etc.

L’économie en tant que science sociale

Les sciences sociales constituent une branche des sciences


humaines, c'est-à-dire des sciences qui ont l’homme et ses activités
pour objet d’étude.
Parmi les sciences humaines, les sciences sociales se distinguent des
disciplines qui étudient les aspects physiques de l’homme, comme la
médecine, ou qui envisagent les hommes en tant qu’individus,
comme la psychologie. Les sciences sociales étudient une catégorie
particulière de phénomènes humains : les phénomènes sociaux, les
faits sociaux.

De nombreuses disciplines cherchent à expliquer les divers


comportements des hommes vivant en société. Les sciences sociales
font partie des « sciences humaines », encore appelées « sciences de
l’homme ». Dans une première approche, on peut définir les faits
sociaux comme ceux qui résulte de la vie en société et qui ne se
produiraient pas dans une existence humaine totalement solitaire.

Donc les faits sociaux sont les faits relatifs à l’homme en


société. Citons comme sciences sociales:
- la démographie, qui étudie les mouvements de la population;
- l’anthropologie, qui étudie l’histoire naturelle de l’homme;
- la sociologie, qui étudie les phénomènes sociaux;
- la psychologie sociale, qui étudie les attitudes d’esprit des
individus au sein d’une collectivité;
- la science politique, qui étudie le fonctionnement des
institutions grâce auxquelles les citoyens participent à la gestion
des affaires publiques, c’est-à-dire au gouvernement;
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- l’économie, qui étudie les actes et les efforts déployés par les
individus pour satisfaire leurs besoins et réaliser les conditions
matérielles de leur bien-être.

Ces disciplines ont, entre elles, de multiples points communs,


tant en ce qui concerne leur objet, que leurs méthodes et les
résultats auxquels elles sont actuellement parvenues.

Les sciences sociales ont toutes pour objet, sous des angles
différents, l’étude des comportements des hommes en société. De là
vient leur nom. Elles sont étroitement complémentaires ; aussi, pour
l’étude de plusieurs questions, est-il indispensable de faire appel à
des notions qui relèvent de plusieurs sciences sociales. On observe
d’ailleurs entre elles des chevauchements, dus au fait que leurs
champs d’investigation sont connexes.

En matière des sciences sociales, on se trouve face à un choix


de méthode, c’est-à-dire on peut opter soit pour le monisme
méthodologique (une seule méthode pour toutes les disciplines), soit
pour le pluralisme méthodologique (une méthode pour chaque
discipline). Au-delà des querelles d’écoles et des effets de mode, on
constate que chaque science sociale puise largement dans le lot
commun et transversal des techniques et des méthodes du champ
scientifique commun. En conséquence, un même outil d’analyse et
d’investigation est utilisé dans des disciplines distinctes.

L’analyse théorique procède par abstraction et met en œuvre


une démarche scientifique (cycle de production de la connaissance
scientifique):
- Premièrement, choisir un référentiel de données et d’outils
théoriques et une méthode d’analyse (microéconomique ou
macroéconomique)
- Ensuite, modéliser, c’est-à-dire établir une représentation
simplifiée (modèle d’analyse) de la réalité à partir de ce qui a
été mobilisé comme données et outils théoriques. Ce

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modèle d’analyse peut être littéraire, algébrique et
incorpore les facteurs clés.
- Enfin, tester le raisonnement économique à l’épreuve des
faits, c’est-à-dire apporter à l’appui de l’argumentation des
preuves empiriques de nature historique, statistique,
expérimentale, de manière à établir les relations entre les
variables et à estimer la robustesse du modèle (sa capacité
explicative).

En matière d’analyse économique et sociale, on peut privilégier


deux méthodes, la méthode inductive et celle hypothético-déductive.
Lorsqu’on adopte la méthode inductive, on commence par un travail
empirique (observations, enquêtes, recueil des données et
statistiques…) pour procéder ensuite à la généralisation (abstraction)
débouchant sur des modèles et propositions théoriques (effort
d’abstraction et de conceptualisation de la réalité observée). Cette
méthode est également qualifiée de positive.

Après la démarche inductive, la démarche de l’économiste suit


aujourd’hui les étapes de la méthode hypothético-déductive: après
avoir adopté au préalable les concepts et les outils de mesure, on
formule des hypothèses pour passer ensuite à la vérification
empirique du modèle d’analyse retenu. Ensuite, dans une étape de
généralisation on infirme ou on affirme la validité ou non du modèle.

En sciences sociales, la méthode repose sur un paradoxe


puisqu’elle s’attache à comprendre le collectif à travers l’individuel,
et le social dans le particulier. Pourtant, cette apparente
contradiction se dénoue si on accepte le principe selon lequel
apparaît dans chaque personne la synthèse individualisée et active
d’une société et que chaque individu représente la réappropriation
singulière de l’universel social et historique qui l’entoure et
l’environne.

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Cependant, si l’on peut dire que les sciences sociales étudient
l’homme dans son milieu social, il faut reconnaître que cette
expression peut recourir des phénomènes et des situations
extrêmement diverses. Une civilisation, telle la civilisation
occidentale chinoise, constitue à l’évidence un milieu social qui
modèle les individus qui lui appartiennent. Une nation bien que
faisant partie d’une civilisation présente aussi des traits originaux qui
la distinguent des autres.

En matière d’étude des phénomènes économiques et sociaux,


deux types d’approche peuvent être adoptées, à savoir
l’individualisme méthodologique ou l’holisme méthodologique.
Lorsqu’on adopte l’approche holiste, on a tendance à donner
l’importance au groupe par rapport à l’individu, c’est-à-dire que les
décisions, les choix et les comportements des individus sont
largement influencés, si non déterminés, par leur appartenance à un
groupe social, à une nation, à une famille…A ce titre, ce sont les
valeurs collectives et les structures économiques et sociales qui sont
déterminante en matière des comportements des individus et de la
nature des réalités socioéconomiques.

Lorsqu’on adopte l’approche de l’individualisme méthodologique,


la priorité en matière d’étude est accordé à l’individu et que tout ce
qui groupe ou intérêt collectif et général n’est que la somme des
intérêts particuliers. Ce sont donc les comportements et les
préférences des individus qui priment et expliquent l’émergence des
phénomènes économiques et sociaux.

La spécificité qui fait de l’économie une discipline autonome tient


à la méthode fondamentalement adoptée par les économistes. Toute
démarche scientifique en économie suppose une analyse positive des
faits, c’est-à-dire la compréhension et l’explication de « ce qui est »
(on fait l’étude de la réalité telle qu’elle est observée).Le théoricien
(chercheur) se doit d’être méthodologiquement amoral (neutralité)
en évitant de porter son propre jugement moral ou philosophique

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(qui est le fruit de ses valeurs, ses préférences politiques, etc.) sur la
façon d’organisation de l’économie et de la société.

L’économiste n’est pas toujours éthiquement neutre et il peut


apporter un jugement de valeur sur les comportements des individus
en société ou sur l’économie dans son ensemble: dans ce cas, on dit
qu’il fait une analyse normative, c’est-à-dire qu’il étudie la réalité
telle qu’elle doit être. Une analyse est normative lorsque le chercher
étudie la réalité telle qu’elle doit être, en référence à un modèle
d’organisation sociale ou un à un idéal souhaitable.

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