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TRAITÉ

DE

NUMISMATIQUE

DU

MOYEN AGE

TRAITÉ

DE

NUMISMATIQUE

DU

MOYEN AGE

PAR

Arthur ENGEL

ANCIEN MEMBRE DES ÉCOLES FRANÇAISES DE ROME ET d'ATHÈNES

ET

Raymond SERRURE

EXPERT

TOME PREMIER

DEPUIS LA CHUTE DE l'eMPIRE ROMAIN d'oCCIDFNT JUSQU'a LA FIN DE l'ÉPOQUE CAROLINGIENNE

64s illiistratious dans le texte

ARNALDO FORNI EDITORE

BOLOGNA (ITALY)

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Prcpriéfà

/ett^raria e artistica ri servata

Monsieur Anatole de BARTHÉLÉMY

MEMBRl- Di: L INSTITUT

Hommage de respectueux dévouement

AVANT-PROPOS

L'idée de ce livre nous est venue lors de la confection de notre Rcpcr-

toîre des sources imprimées de la numismatique française. Le dépouillement des nombreuses publications périodiques dans les-

quelles nous espérions trouver quelques articles sur nos monnaies na-

tionales, nous donna l'occasion d'étendre nos connaissances en numis-

matique étrangère, et de constater les énormes progrès universellement

accomplis depuis l'apparition du livre de Lelewel.

Peu à peu, le projet téméraire de refaire l'œuvre de l'illustre Polonais

s'empara de notre esprit, et bientôt nous arrêtâmes le plan suivant lequel nos recherches ultérieures devaient être conduites.

Une circonstance favorisa nos projets : nous avons une connaissance

suffisante d'un assez grand nombre de langues étrangères pour recourir

directement aux sources. Les ouvrages parus dans les idiomes slaves

devaient seuls nous être fermés : la difficulté a été résolue .ivcc l'aide de

traducteurs.

L'impression de notre livre était déjà commencée, lorsque l'annonce

de l'apparition du Manuel coinplel de nuniismaîique du moyen ^;\v ei r:.'-

derne de AL L-Adricn Hlanchct failHi nous détourner de notre entre-

prise. Nous avons estimé cependant que noue Manuel^ pouvait ne pas

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I. T. c litre tiiic nous avi<ins donné il'.i bord à noire livre Ouit M;vurl .;V uurii<rnJ-

liijii,- Jn woycii «/;y. Obéissant à Jes scrupules que chacun comprendra, nous Avtins wu

ilevoir remplacer ce liue par Traili' de uuniis!nini\i;ic tiu ii;i\\cu di^c.

VIII

AVANT-PKOPOS

faire double emploi avec l'œuvre si consciencieuse de ce numismate

d'avenir. Notre plan diffère, en effet, essentiellement du sien. M. Blanchet

a adopté des divisions purement géographiques qui facilitent beaucoup

les recherches, mais empêchent de suivre dans les pays d'une même

civilisation l'évolution parallèle et synchronique de la monnaie à travers

les âges. D'autre part, l'espace restreint dans lequel notre confrère a

été confiné ne lui a pas permis de donner à certains détails le déve-

loppement désirable. En somme, son livre est l'aide-mémoire excellent,

le vade-mecum indispensable de celui qui sait, tandis que le nôtre

s'adresse à celui qui veut apprendre. C'est pourquoi nous n'avons pas hésité à multiplier les figures, car pour l'enseignement de la numis-

matique,

mettre les monuments sous les yeux, est incontestablement la plus

féconde.

L'avenir nous dira si nous avons atteint notre but. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que nous ne nous sommes épargné aucune peine

pour ne pas rester trop au-dessous de notre tâche.

comme pour tous les autres, la méthode

qui consiste

à

A. E.

R. S.

Paris, 50 novembre 1890.

INTRODUCTION

§ I. Coup d'œil sur l'histoire des études de numismatique médiévale.

Comme toutes les sciences dont Tattrait est avive par la collection

des monuments, la numismatique eut de bonne heure de nombreux adeptes. Longtemps les souvenirs monétaires de la Grèce et de Rome

tinrent seuls en éveil l'esprit d'investigation des curieux. Les monnaies

du moyen âge, dédaignées pendant cette brillante époque intellec-

tuelle qui fut la Renaissance, n'attirèrent l'attention qu'au début du

XYii*" siècle.

En France, Paul Pet au, archéologue Orléanais (15 84-1 6 14), est

un des premiers à faire graver dans un de ses livres quelques anciennes

monnaies nationales. Le Feterum nummorum gnorisma paru en 16 10

nous donne le dessin de six mérovin<i:iennes et de huit deniers caro-

Hngiens, mais aucun texte n'accompagne les figures.

. Un contemporain de Petau, Jean -Baptiste Haultin, conseiller au

Châtelet, à Paris vers 1580, mort en 1640, se proposait de publier

un livre d'ensemble sur les monnaies royales de France. On ne possède de son œuvre que les planches: le texte n'a pas été imprimé. L'album

de Haultin, tiré en 16 19, se compose de 126 planches gravées sur bois;

les trois premières contiennent 17 monnaies carolingiennes; la qua- trième commence les capétiennes par le règne de Philippe-Auguste.

Claude Bouteroue est le troisième auteur qui s'adonna en France

à l'étude de la numismatique nationale. Reçu en 1654 conseiller à la

Cour des Monnaies, il se trouva amené par ses fonctions à étudier en détail les monuments métalliques de la monarchie. Ses études devaient avoir quatre volumes : lu premier seul parut en 1666 sous le titre : Re-

X

INTRODUCTION

cherches curieuses des nionnoies de France depuis le commencement de la mo-

narchie. Ce livre comprend une introduction dans laquelle l'auteur

donne quelques renseignements généraux et examine la numismatique des Juifs, des Gaulois et des Romains. Puis viennent des recherches sur

les monnaies royales mérovingiennes. Bouteroue commence cette série

avec Pharamond, Clodion et Mérovée; mais comme il n'a point vu, et

pour cause, leurs monnaies en nature, il laisse, à l'endroit où doivent

venir les gravures, des « places vuides pour lo'- remplir de pièces qui

manquent ». Cet essai de numismati ^ue mérovingienne est d'une inex-

périence naturellement puérile. On n'en doit pas moins à Bouteroue la

reconnaissance à laquelle les initiateurs ont toujours droit.

Les volumes restés inédits des Recherches curieuses passèrent, après la

mort de l'auteur, à François Le Blanc qui utilisa également les notes

laissées par Haultin, pour la mise en œuvre de son magistral Traité his-

torique des monnayes de France depuis le commencement de la monarchie

jusqu'à présent. Ce

livre parut en 1690; deux ans

d'Amsterdam en fit une réimpression.

après, un libraire

Cet ouvrage avait été précédé d'une Dissertation historique sur quelques

monnoyes de Charlemagne, de Louis le Débonnaire, de Lothaire et de leurs

successeurs, frappées dans Rome. Le Blanc se montre, dans l'un et l'autre

de ses livres, d'une compétence et d'une érudition auxquelles peu de

numismates atteignirent plus tard. Il fut le véritable fondateur de la

numismatique française : tout ce qui a paru depuis, sur les monnaies

royales, procède de Le Blanc. Il faut convenir toutefois que l'auteur avait à sa disposition des documents d'archives dont un certain nombre

n'existent plus aujourd'hui.

Les monnaies féodales furent étudiées longtemps après les monnaies

des rois. Claude Gros de Bozc, membre de l'Académie française et

de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Lyon, 1680-Paris,

premier d'une façon

1753)

les recueillit le

méthodique, mais son

œuvre eut le sort de celle d'Haultin. De rarissimes épreuves des quarante-

cinq planches en subsistent seules aujourd'hui. De Bo/^e donna aussi un mémoire sur les monnaies obsidionales; mais ses travaux dénotent

un savant de bien moindre envergure que ne le fut l'illustre Le Blanc.

V){:u\ contemporains Je Gros de Boze, ses collègues à rAcaJéniie

des Inscriptions, Nicolas Maluulel et P.-N. l)onamy, publièrent

plusieurs notices de numismatique qui lirent longtemps autorité. La

plus importante, parue \ Paris en 1725, est une Dissertation historique

sur les nioimairs aniiqurs J7:V/^(/;^'-;/(* dans laquelle Mahudel étudie la série

wisigothe. Quelques dissertations parues dans les provinces dans le cours du

INTRODUCTION

XI

la rédaction d*un corpus de

XVIII* siècle vinrent faciliter peu à peu

numismatique seigneuriale.

En 1728, Dom Augustin Calmet, bénédictin de la Congrégation

de Saint-Vannes, publia son Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, dans laquelle les monnaies ne sont pas oubliées; une édition entière-

ment refondue fut imprimée de 1745 à 1757. Vers cette même époque, Nicolas Travers, prêtre du diocèse de

Nantes (1686-1750), fit paraître une Dissertation sur les monnaies de

Bretagne, qui est le plus ancien écrit

il soit question de l'histoire

métallique de ce duché. L'opuscule de Travers est anonyme; l'auteur

en préparait une nouvelle édition, mais la mort vint interrompre son

projet.

Un abbé italien, Philippe Venuti (1709-1769), qui s'était fixé

en France et était devenu membre de l'Académie des Inscriptions et

Belles-Lettres, joignit en 1754, à une dissertation sur les monuments

de Bordeaux, un Traité historique sur les monnoyes que les Anglais ont

frappées en Aquitaine; ce travail est accompagné de trois planches.

En Provence, Jules Fauris de Saint-Vincens, président au par-

lement d'Aix (1718-1798), réunit en un mémoire les monnaies en cir-

culation dans cette province depuis la fin de l'empire d'Occident jusqu'au

xvi* siècle.

L'abbé cambrésien, Henri-Denis M ut te (1706-1774), s'occupa

de recueillir les Monnaies des évêques et archevêques de Cambrai et des fiejs

du Cambrésis, mais on ne possède de ses recherches qu'un recueil de

planches. Le texte ne fut jamais imprimé et se perdit.

Quand nous aurons cité les Recherches sur les anciennes inonnaies du

comté de Bourgogne, publiées en 1773 à Besançon par le moine béné-

dictin Dom Pierre-Philippe Grappin (1738-1833), nous aurons à

peu près terminé l'énumération des travaux existant, à la fin du siècle

dernier, sur la numismatique de nos anciennes provinces.

Un capitaine d'infanterie, en Suisse en 172 1, et qui devint à Paris

interprète de la Bibliothèque du roi, Pierre Ancher Tobiésen

Duby, entreprit de coordonner tous les travaux de ses prédécesseurs

et de réaliser le projet de monographie des monnaies féodales que de

Boze n'avait pu mener à

bonne fin.

Comme son devancier, Duby

publié

mourut avant l'achèvement de son œuvre.

par les soins pieux de son fils et de Michelet d'Ennery sous le titre de

Traité des monnoyes des Barons. Un autre ouvrage, le Recueil général des

pièces obsidionales et de nécessité, parut dans les mêmes conditions. L'un

Son

livre

fut

et l'autre de ces livres restèrent classiques jusqu'à notre époque.

Nous voilà arrivés au début du xix'' siècle. La Révolution ne fut pas

XII

INTRODUCTION

de nature à porter le goût du public vers le moyen

âge; il était dan-

gereux, ;i cette époque d'exécutions sommaires, de faire montre d'une

trop grande passion pour les choses du passé. Le numismate nancéen

F. Dominique de Mory d'Elvange paya de sa tête son attache^

ment à l'ancien régime. Sa mort nous a privés d'un Recueil pour servir

à Vhisîoirc métallique des maisons et duchés de Lorraine et de Bar, que

TAcadémie de Nancy couronna en 1780, et dont heureusement le

manuscrit tut conservé.

Sous l'Empire, le moyen âge ne rentra pas en faveur : Rome et tou-

jours Rome absorba les illustrations scientifiques. Si l'archéologue

Millin recommande, comme essentielle, l'étude des monnaies anciennes,

il a plutôt en vue les grecques et les romaines que nos souvenirs mé-

talliques nationaux. Le seul nom que nous avons à enregistrer pour le

commencement du siècle est celui du baron N.-D. Marchant,

docteur en médecine, maire de Metz, qui publia une série de lettres

très sagaces sur les byzantines, les monnaies des Barbares et celles de

rOrient latin. C'est auprès du baron Marchant que de Saulcy et P.-Ch.

Robert acquirent leurs premières notions de numismatique.

Le mouvement romantique de 1830 vint remettre complètement le

moyen âge à la mode. C'est à vrai dire alors que commença l'étude

sérieuse de tout ce qui précède saint Louis. Deux hommes de mérite,

Etienne Cartier, ancien caissier de la Monnaie de Paris (1779-185 9),

et Jean -Louis de la Saussaye, recteur de l'Académie de Lyon

(1801-1878), donnèrent une irrésistible impulsion au mouvement scien-

tifique, en créant, en 1836, la Revue de la numismatique françoise. « Le

« but principal de notre Revue, disent les auteurs dans leur préface, sera

« de fiiciliter les progrès de l'étude de cette partie de notre histoire qui

« traite spécialement des monnoies royales et seigneuriales

» Le

moyen âge avait désormais un organe; les travaux en se multipliant

allaient bientôt permettre la publication d'un sérieux corps de doctrine.

En Belgique, où l'histoire monétaire nationale a tant de rapports

avec la nôtre, les monnaies médiévales ne furent étudiées sérieusement

qu'à la fin du dernier siècle, grâce aux encouragements du gouverneur

autrichien Charles-Alexandre de Lorraine.

L'abbé Joseph-Hippolyte Ghesquière, né à Courtrai sur les

frontières de la Flandre française, en 1731, publia en 1786 son Mémoire

sur trois points intéressants de l'histoire monétaire des Pays-Bas, ouvrage

excellent pour l'époque et dont la lecture est encore pleine d'intérêt

aujourd'hui.

Un autre ecclésiastique, X. lleylen, chanoine ei archiviste de

INTRODUCTION .

XIII

l'abbaye de Tongerloo, donna en 1787 un mémoire flamand dans

lequel il passe en revue les ateliers monétaires existant aux Pays-

Bas pendant les xiv* et xv* siècles. Heylen eut à sa disposition de

précieux documents d'archives dont il tira le meilleur parti.

L'académicien bruxellois Georges-Joseph Gérard, directeur de

la bibliothèque de Bourgogne, présenta le '6 décembre 1786, à la com-

pagnie d'éruditsà laquelle il appartenait, de conscïcndeusQs Recherches sur

les monnaies frappées dans les provinces des Pays-Bas, aux nom et armes des

ducs de la nmison de Bourgogne. Ce mémoire, que TAcadémie de Bruxelles

fit imprimer, n'est pas le seul travail numismatique de Gérard, mais

ses autres productions restèrent en manuscrit. Elles font partie au-

jourd'hui de la bibHothèque royale de La Haye.

La crise politique qui arrêta en France l'étude des monnaies du

moyen âge eut dans les provinces belges un résultat identique. Il faut enjamber une période de quarante ans pour retrouver trace de nouvelles

publications spéciales. Nous trouvons alors le premier essai d'une mo-

nographie provinciale, V Histoire numismatique de Vévêché et

principauté

de Liège du comtQ Clément de Renesse-Breidbach, imprimée à

Bruxelles en 1830 et 183 1. Toute critique fait défaut à l'auteur qui fit œuvre de simple collectionneur et non de savant.

Dans les Pays-Bas septentrionaux, le père de la numismatique mé-

diévale s'appelle Erasme van Houweninghen. Né à Dordrecht,

vers 1540, il était orfèvre-graveur de son métier. En 1597, van Hou- weninghen publia sous le titre de Penningboeck ofte wechwijser der Chro-

niken, une monographie des monnaies des comtes de Hollande, depuis

Thierry Vil jusqu'à Philippe le Bon. Ce livré fut réimprimé en 1627

et refait complètement en 1700 par Corneille van Alkemade

(1654-1737).

Un contemporain de ce savant, le peintre et historien François

van Mieris dit le jeune, à Leyde en 1689, et y décédé en 1763,

décrivit les monnaies et les sceaux des évêques d'Utrecht. Son livre, qui date de 1726, est accompagné de 11 planches dont la première

reproduit des tiers de sous de la première race et des deniers caro-

lingiens. L'œuvre capitale de van Mieris, celle à laquelle est surtout

attaché son nom et qui est encore le vade-mecum classique des collec-

tionneurs néerlandais, est sa Medaliscbe historié der nedcrlandsche vorsten

en troi^ in-folios imprimés de 1732 à 1735. L'auteur va d'Albert, comte de Hollande, jusqu'à l'abdication de Charles-Quint; mais, quels que

soient les mérites de ce volumineux ouvrage, .c'est une histoire illustrée

par les monuments métalliques plutôt qu'un livre de science numisma-

XIV

INTRODUCTION

tique. Gérard van Loon, le continuateur de van Mieris, n'apporta

rien à l'étude des monnaies du moyen âge, si Ton excepte quelques

pages de son Inleiding tôt de hedendaagscbe peimingkunde, introduction à

la numismatique moderne, dont la première édition est de 17 17.

Le pasteur Leitzmann^ auquel on doit une courte histoire des études

numismatiques en Allemagne, cite comme le plus ancien auteur qui se

soit occupé, au delà du Rhin, de monnaies médiévales, Tileman

Friese dont parut en 1588 un Mûnx^'^piegèl, sorte d'encyclopédie moné-

taire accompagnée de dessins, le plus souvent très inexacts.

Il flmt passer à la fin du

xvii^ siècle et au commencement du xviii^

pour assister à l'éclosion de travaux plus scientifiques. Quelques érudits

tels que J.-Ch. Olearius, Schmidt et surtout Schlegel, rendirent

à la numismatique des services sérieux. Le premier publia en 1694 à

léna, sous le titre Isagoge. ad numophylacium hracteatorum, un petit livre dans lequel il montre de très bonnes aptitudes; en 1698, il signa un

Spécimen univcrsae rei numniariae et en 1702-03 un Spicilegium antiqui-

tatis dans lequel les monnaies ne sont pas oubliées.

Jean-André Schmidt attacha son nom à une dissertation parue en 1695,

sur les bractéates de Naumburg et de Pegau. Quant à Chr. Schlegel,

dont le jugement est souvent plus sûr, il étudia spécialement les séries

monétaires de la Thuringe et des régions voisines : Gotha, Cobourg,

Mersebourg, Altenbourg, Saalfeld, léna, Mansfeld, Henneberg, Stol-

berg, etc., etc. Les dessins qui illustrent les travaux de Schlegel sont, en

général, très satisfaisants.

Ainsi qu'on l'aura déjà remarqué, ce furent, de toutes les monnaies

médiévales de l'Allemagne, les bractéates qui piquèrent, les premières,

la curiosité des chercheurs. C'est à ce genre de pièces que s'adresse

également Otto Sperling qui fit imprimer, en 1700, à Lubeck une

lettre De nummis cavis accompagnée d'une planche assez bien dessinée.

Les publications deviennent plus nombreuses à mesure qu'on avance

dans le cours du xviii^ siècle, mais le bibliographe a surtout à enregistrer

des opuscules de peu d'étendue dans lesquels on étudie, avec plus ou

moins de compétence, des questions spéciales.

En 1709, Jean-Pierre von Ludewig écrit une introduction à

l'étude de la numismatique allemande, Einleitiing :;^//;» teutscben Miin^r

luescn, dont Moser publiera en 1752 une nouvelle édition amendée.

En 1711, Gottfried Dewerdeck consacre à la Silésie une mono-

graphie intitulée Silesia in nuniis qui restera longtemps classique. En

1707, Heineccius avait étudié, mais d'une façon assez superficielle,

l'histoire de l'important atelier de Goslar. Vers cette même époque, le

,

INTI^ODUCTION

XV

savant berlinois réunit les éléments d'une monographie brandebour-

geoise, dont il ne nous est parvenu que les 24 planches. Nous citerons

encore, parmi les érudits d'alors, Philippe Rechtmeier qui, en 1722,

publia un grand nombre de pièces de Brunswick-Lunebourg ; Jean-

Gerard Leuckfeld auquel on doit la mise en lumière de bractéates

d'Halberstadt, de Magdebourg et de Quedlinbourg; Nicolas See-

lander qui consacra dix dissertations à différents sujets de numis-

matique médiévale; Jean-David Koehler qui créa en 1729 à Nurem-

berg la première publication périodique exclusivement consacrée à la

culture de notre science, les Woechentliche Mûnibelustigu7îgen, divertisse-

ments numismatiques hebdomadaires; Jean-François Joachim,

bibliothécaire de l'université de Halle, qui dissémine des notices dans

les Hàllische An^eigen, commence en 1739 son Groschen-Cabinet con-

tinué plus tard par Boehme; le champenois Valentin Jameray

Du val qui, devenu conservateur du cabinet impérial des médailles à

Vienne, en pubHe les monnaies d'or et d'argent en deux somptueux

volumes (1756-59); Jean-Tobie Koehler qui donne en 1759-éo,

sous le nom de Ducaten-Cabinet, un catalogue très complet des monnaies d'or du module du florin et du ducat; et tant d'autres lettrés dont la

nomenclature nous mènerait trop loin.

1760, l'Allemagne avait une littérature spéciale si riche et si

En

variée, que Jean-Christophe Hirsch, conseiller aulique et inspec-

teur de la Monnaie, put éditer une Bibliotheca numismatica le moyen

âge tient une large part Le même savant avait réuni, de 1756 à 1759, en neuf in-foHos, sous

le titre de Des teutschen Reichs Mûn:(^-Archiv, un corpus diplomaticus de

l'histoire monétaire de l'empire.

Pendant la seconde moitié du xviii*^ siècle, l'activité des numismates

d'outre-Rhin se ralentit quelque peu : les désastres de la guerre de sept

ans n'étaient pas de nature à favoriser les travaux scientifiques. On

assiste néanmoins, dans les pays germaniques, à l'apparition de quelques

œuvres nouvelles; en 1771-78, A. Voigt a San Germano pubUe à

Prague une Bcschreibung der bisher behannten bôhmische Miinien; en 1 780-8 1

G.-Em. H a lier imprime à Berne une Beschreibung schwei^erischcr Mûn:(en

und Medaillen, encore classique de nos jours.

Au commencement de notre siècle vient prendre place un nom qui

marque un progrès considérable de la numismatique médiévale. Joseph

de Ma der, professeur d'économie politique à l'université de Prague,

imitant, dans une certaine mesure, ce que Eckhel avait fait pour les

monnaies antiques, tenta, en coordonnant les résultats acquis, de donner

pour celles du moyen âge un corps de doctrine.

Son œuvre parut à

XVI

Prague de 1803 à

INTRODUCTION

181 3; elle forme six volumes ornés d'excellentes

illustrations, sous le titre modeste de Beitràgen ^ur Mûn:(Jsunde des Mittel-

alters. Les attributions de Mader sont en général heureuses; ses travaux

témoignent d'une connaissance approfondie de l'histoire monétaire,

mais la langue dans laquelle ils sont écrits les empêcha d'exercer sur

l'érudition européenne l'influence à laquelle ils avaient droit.

En Allemagne, les Beitràgen de Mader contribuèrent énormément à

développer l'esprit critique et facilitèrent l'accès d'une science qui n'eut

jamais, pour se former des adeptes, la propagande d'un enseignement

public.

Tandis que Mader préparait son fécond ouvrage, J.-G. Lipsius dotait les numismates d'un précieux instrument de travail: Sa Biblio- theca numaria, parue à Leipzig en 1801, vint remplacer la bibHographie de Hirsch vieillie d'un demi-siècle.

Les noms des savants et des collectionneurs qui apportent leur con-

tingent de recherches à la science se présenteront désormais nombreux

à notre plume.

En 1813, le conseiller Becker publie un recueil de 200 seltene Mûn:(en

des Miitelalter, Le texte est sobre, les figures exactes : maint auteur de

monographie spéciale y puisera avec fruit.

De 1820 à

1824, Joseph Appel, employé de la Monnaie et des

mines d'Autriche, ré