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Côte d’Ivoire : victoire pour les victimes des

déchets toxiques de Trafigura devant la Cour


africaine
jeudi 12 octobre 2023

Dans un arrêt rendu le 5 septembre 2023, la Cour africaine des droits de l’homme et des
peuples (CtADHP) a déclaré l’État ivoirien responsable de violations des droits humains
dans l’affaire de déversement de déchets toxiques commis par Trafigura en 2006.

Abidjan, Paris, 12 Octobre 2023. La décision rendue le 5 septembre 2023 était très attendue et
constitue une réelle avancée pour ceux et celles qui cherchent à obtenir justice dans ce cas
d’atteinte flagrante à leurs droits de la part de la société Trafigura, plus de 17 ans après les faits. La
Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (Lidho), le Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH) et
la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) avaient documenté l’affaire en 2011 et
attrait l’État ivoirien devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples en 2016.

« Il s’agit d’une décision historique de la Cour africaine qui établit clairement la responsabilité de
l’État pour son incapacité à fournir une indemnisation adéquate aux individus qui ont vu leurs droits
méconnus par les actes néfastes des entreprises, a déclaré Alice Mogwe, présidente de la
FIDH. Nous espérons qu’une telle décision contribuera à prévenir de futurs désastres comme celui
de Probo Koala, et à s’assurer que les entreprises et les gouvernements ne signent pas d’accords qui
priveraient les victimes du recours à la justice ».

Une décision centrée sur les réparations


La Cour africaine a déclaré la FIDH, la Lidho et le MIDH recevables en leur action engagée en 2016,
au nom et pour le compte de l’Union des Victimes des Déchets Toxiques du district d’Abidjan et
Banlieues (UVDTAB) et de toutes les victimes du déversement de déchets toxiques du 19 août 2006
dans le district d’Abidjan. La Cour a estimé que l’État ivoirien avait violé plusieurs droits humains
garantis par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Charte africaine), tels que le
droit à la vie, à la santé et à un environnement satisfaisant, en n’empêchant pas le déversement de
déchets et en n’offrant pas de recours, d’informations et d’indemnisations adéquats aux victimes.

« Après toutes ces années de combat aux côtés des victimes pour qu’une justice effective leur soit
rendue, nous continuerons d’œuvrer pour que l’État ivoirien respecte la décision rendue par la Cour
africaine des droits de l’Homme et des peuples et donne pleine satisfaction aux victimes. Le retrait
de la déclaration sous l’article 34(6) du Protocole à la Charte africaine établissant la Cour africaine,
et permettant à des individus et des ONG de saisir la Cour africaine, décidé par l’État ivoirien en
2020, ne devrait en rien compromettre l’exécution de cet arrêt », a déclaré Me Drissa Traoré,
avocat et secrétaire général de la FIDH.
La Cour a condamné l’État à créer d’ici un an, en consultation avec les victimes, un fonds
d’indemnisation alimenté par les sommes versées par Trafigura dans le cadre de son accord. La
Cour a également considéré que l’accord signé entre l’État et l’entreprise avait contribué à une
situation d’impunité en empêchant les poursuites, affectant ainsi la disponibilité de certains recours
internes pour les personnes affectées par le déversement des déchets toxiques.

« Cette décision vient rappeler le rôle et l’importance de la justice régionale quant au respect par les
États de leurs obligations en matière de droits humains. Face aux violations graves des droits
humains perpétrées contre les populations africaines, il est essentiel que le système africain de
protection des droits humains soit renforcé pour constituer un recours effectif pour les trop
nombreuses victimes qui restent en attente de justice », a déclaré Drissa Bamba, président du
MIDH.

La Cour a également sommé l’État ivoirien d’ouvrir une enquête indépendante et impartiale afin
d’établir la responsabilité pénale et individuelle de toutes les personnes et entités impliquées dans
l’affaire et d’engager des poursuites à leur encontre. Elle devra en outre mettre en œuvre des
réformes législatives et réglementaires pour interdire l’importation et le déversement de déchets
dangereux sur son territoire, et adopter une législation instaurant une responsabilité des personnes
morales en cas de déversement de déchets et d’autres actions affectant l’environnement.

Rappel des faits

Le 19 août 2006, le Probo Koala reçoit l’autorisation d’entrer dans le port d’Abidjan. Le navire
vraquier est affrété par Trafigura, une multinationale de trading pétrolier, pour transporter 528 m3
de déchets toxiques issus du raffinage de pétrole sale. La société Puma, charge l’entreprise locale
Tommy de se débarrasser des déchets pour la modique somme de 17 000 US$.

Plus tard dans la journée, des chauffeurs de camions déversent les déchets toxiques en plein air
dans la décharge d’Akouédo et dans une dizaine d’autres zones à forte densité de population. C’est
le début d’une crise sanitaire majeure : 17 personnes meurent des suites de l’inhalation de gaz
toxiques, des centaines de milliers souffrent de problèmes respiratoires et cutanés, et la nappe
phréatique serait même contaminée.

En plus de ces graves violations, l’État ivoirien conclut en 2007 un accord avec Trafigura et ses
filiales aux termes duquel l’entreprise s’engage à lui verser la somme de 95 milliards de francs CFA
en réparation des dommages causés et pour financer les opérations de décontamination. En
échange, l’État renonce définitivement à toute poursuite, réclamation, action ou procédure à
l’encontre de la société et de ses dirigeant·es. Parallèlement à cet accord, le gouvernement aurait
mis en place un programme d’indemnisation des victimes et des familles des défunt·es, mais un
grand nombre de victimes ont été exclues et n’ont pas été indemnisées.

P.-S.

Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)


Ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho)
Mouvement ivoirien des droits de l’homme (MIDH)

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