Cour d'Appel de Paris

Tribunal de Grande Instance de Paris
Jugement du :
13 novembre 2015
32e chambre correctionnelle
N° minute
:
1
N° parquet

:

13165000115

JUGEMENT CORRECTIONNEL
A l'audience publique du Tribunal Correctionnel de Paris le HUIT OCTOBRE DEUX
MILLE QUINZE,
a été appelée l’affaire
ENTRE :
Madame le PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE FINANCIER, près ce tribunal,
demandeur et poursuivant

PARTIES CIVILES :
L'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT, dont le siège social est sis PLACE
BEAUVAU 75800 PARIS 8EME, partie civile,
représenté par Maître Pierre D'AZEMAR de FABREGUES, avocat au barreau de
Paris (SCP URBINO Associés – P137), qui dépose des conclusions régulièrement
datées et signées par le Président et le greffier et jointes au dossier.
Le COMITE DE SOUTIEN AU PREFET BONNET ET A LA
MANIFESTATION DE LA VERITE, dont le siège social est sis 24? Rue de
Tourville 78100 ST GERMAIN EN LAYE , partie civile,
non comparant représenté sans mandat
l'Association SOS Victimes de Notaires, dont le siège social est sis
, partie civile,
non comparant représenté sans mandat
le Comité de Soutien à Guy GRALL, dont le siège social est sis
, partie civile,
non comparant représenté sans mandat
Monsieur BIDALOU Jacques, demeurant :
comparant

, partie civile,

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DEBATS
Monsieur Claude GUEANT est poursuivi devant ce tribunal à la requête du Parquet
National Financier sous la prévention :
D'avoir à PARIS, entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit, étant dépositaire de l'autorité publique
en sa qualité de directeur du cabinet du ministre de l'intérieur, été complice du délit de
détournement de fonds publics commis par Michel GAUDIN, personne dépositaire de
l'autorité publique, par provocation résultant d'un ordre, d'un abus de pouvoir ou
d'autorité, en l'espèce en ordonnant à Michel GAUDIN, directeur général de la police
nationale de lui remettre une somme de 210 000 euros provenant des frais d'enquête et
de surveillance, remise au DGPN à raison de ses fonctions, à des seules fins
d'enrichissement personnel, au préjudice du Ministère de l'intérieur,
Faits prévus et réprimés par les articles 121-6, 121-7, 432-15 et 432-17 du code
pénal.
D'avoir à Paris, entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit, étant dépositaire de l'autorité publique
en sa qualité de directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, sciemment recelé une
somme de 210.000 euros qu'il savait provenir d'un délit commis au préjudice du
ministère de l'intérieur, en l'espèce du délit de détournement de fonds publics commis
par Michel GAUDIN, personne dépositaire de l'autorité publique en sa qualité de
directeur général de la police national, fonds provenant des frais d'enquête et de
surveillance, remise au DGPN à raison de ses fonctions,
Faits prévus et réprimés par les articles 321-1, 321-3, 321-4, 322-15, 432-15 et 43217 du code pénal.
***
Monsieur Michel GAUDIN est poursuivi devant ce tribunal à la requête du Parquet
National Financier sous la prévention :
D'avoir à PARIS, entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit, étant dépositaire de l'autorité publique
en sa qualité de directeur général de la Police Nationale, détourné des fonds publics
qui lui avaient été remis à raison de ses fonctions, en l'espèce une somme de 210 000
euros, fonds provenant des frais d'enquête et de surveillance, aux fins de les remettre à
Claude GUEANT, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, à des fins étrangères
à leur destination et en violation des textes règlementaires applicables à l'époque des
faits, et ce au préjudice du Ministère de l'intérieur,
faits prévus et réprimés par les articles 432-15 et 432-17 du code pénal.
***

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Monsieur Daniel CANEPA est poursuivi devant ce tribunal à la requête du Parquet
National Financier sous la prévention :
D'avoir à PARIS, entre le 1er juillet 2002 et le 31 août 2003, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit, en sa qualité de directeur de cabinet
adjoint du ministre de l'intérieur, sciemment recelé une somme estimée entre 21 000
euros et 28 000 euros au plus qui lui avait été remise par Claude GUEANT, directeur
de cabinet du ministre de l'intérieur, et qu'il savait provenir du détournement des frais
d'enquêtes et de surveillance, fonds publics, par une personne dépositaire de l'autorité
publique et ce à des seules fins d'enrichissement personnel, fonds publics, au
préjudice du Ministère de l'intérieur,
Faits prévus et réprimés par les articles 432-15, 342-17, 321-1, 321-3, 321-4, 321-9,
321-10 du code pénal.
***
Monsieur Michel CAMUX est poursuivi devant ce tribunal à la requête du Parquet
National Financier sous la prévention :
D'avoir à PARIS, entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit, en sa qualité de chef de cabinet du
ministre de l'intérieur, sciemment recelé une somme de 42 000 euros, qui lui avait
été remise par Claude GUEANT, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, et qu'il
savait provenir du détournement des frais d'enquêtes et de surveillance, fonds publics,
par une personne dépositaire de l'autorité publique et ce à des seules fins
d'enrichissement personnel, au préjudice du Ministère de l'intérieur,
Faits prévus et réprimés par les articles 432-15, 342-17, 321-1, 321-3, 321-4, 321-9,
321-10 du code pénal.
***
Monsieur Gérard MOISSELIN est poursuivi devant ce tribunal à la requête du
Parquet National Financier sous la prévention :
D'avoir à PARIS, entre octobre 2003 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le territoire
national et depuis temps non prescrit, en sa qualité de directeur adjoint du cabinet du
ministre de l'intérieur, sciemment recelé une somme de 18 000 euros, qui lui avait été
remise par Claude GUEANT, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, et qu'il
savait provenir du détournement des frais d'enquêtes et de surveillance, fonds publics,
par une personne dépositaire de l'autorité publique et ce à des seules fins
d'enrichissement personnel, au préjudice du Ministère de l'intérieur,
Faits prévus et réprimés par les articles 432-15, 342-17, 321-1, 321-3, 321-4, 321-9,
321-10 du code pénal.

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Les débats ont été tenus en audience publique.
Audience du 28 septembre 2015, à 13h30.
A l’appel de la cause, la présidente a constaté la présence de Monsieur Claude
GUEANT, de Monsieur Michel GAUDIN, de Monsieur Daniel CANEPA, de
Monsieur Michel CAMUX et de Monsieur Gérard MOISSELIN, prévenus.
GUEANT Claude a comparu à l’audience assisté de son conseil ; il y a lieu de statuer
contradictoirement à son égard.
GAUDIN Michel a comparu à l’audience assisté de son conseil ; il y a lieu de statuer
contradictoirement à son égard.
CANEPA Daniel a comparu à l’audience assisté de son conseil ; il y a lieu de statuer
contradictoirement à son égard.
CAMUX Michel a comparu à l’audience assisté de son conseil ; il y a lieu de statuer
contradictoirement à son égard.
MOISSELIN Gérard a comparu à l’audience assisté de son conseil ; il y a lieu de
statuer contradictoirement à son égard.
La présidente a procédé à l'appel des parties civiles.
La présidente a procédé à l'appel des témoins.
La présidente a indiqué aux témoins présents leurs dates d'audition, sous réserve des
nullités.
La présidente a fait interdiction aux témoins d'assister aux débats et a demandé au chef
d'escorte de bien vouloir veiller au respect de cette interdiction.
La présidente a informé les prévenus de leurs droits, au cours des débats, de faire des
déclarations, de répondre aux questions qui lui sont posées ou de se taire,
conformément aux dispositions de l'article 406 du code de procédure pénale.
La président a procédé à l'interrogatoire d'identité des prévenus et a donné lecture de
l’acte qui a saisi le tribunal.
***
La présidente a constaté que des conclusions de nullité avaient été déposées.
Maître Jean-Yves DUPEUX, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Claude
GUEANT, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions de
nullité.
Maître Pierre D'AZEMAR DE FABREGUES, avocat au barreau de Paris, conseil de
l'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT, partie civile, a été entendu en sa plaidoirie.

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Le Ministère Public a été entendu en ses réquisitions.
Maître Philippe DEHAPIOT, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Michel
GAUDIN, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie sur les nullités.
Maître Philippe BOUCHEZ EL GHOZI, avocat au barreau de Paris, conseil de
Monsieur Claude GUEANT, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de
conclusions sur la prescription.
Maître Philippe DEHAPIOT, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Michel
GAUDIN, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions sur la
prescription.
Maître Pierre D'AZEMAR DE FABREGUES, avocat au barreau de Paris, conseil de
L'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT, partie civile, a été entendu en sa plaidoirie,
après dépôt de conclusions en réponse sur la prescription.
Le Ministère Public a été entendu en ses réquisitions.
Maître Philippe DEHAPIOT, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Michel
GAUDIN, prévenu, a été entendu en sa réponse.
Le Ministère Public a été entendu en sa réponse.
Maître Jacques KOHN, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Daniel
CANEPA, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie.
Maître Philippe BOUCHEZ EL GHOZI, avocat au barreau de Paris, conseil de
Monsieur Claude GUEANT, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie.
Maître Philippe BOUCHEZ EL GHOZI, avocat au barreau de Paris, conseil de
Monsieur Claude GUEANT, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de
conclusions de supplément d'information.
Maître Pierre D'AZEMAR DE FABREGUES, avocat au barreau de Paris, conseil de
l'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT, partie civile, a été entendu en sa plaidoirie.
Le Ministère Public a été entendu en ses réquisitions.
Maître Jean-Yves DUPEUX, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Claude
GUEANT, prévenu, en sa plaidoirie.
La présidente a rappelé le planning prévisionnel des audiences.
La présidente a indiqué aux parties qu'une copie des procès-verbaux et pièces de la
perquisition effectuée au domicile de Monsieur Claude GUEANT serait remise par le
Parquet National Financier.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 1er octobre 2015 à 09h00.

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Audience du 1er octobre 2015, à 09h00.
Le tribunal a vidé son délibéré sur les nullités et a joint les incidents au fond, après en
avoir délibéré.
La présidente a donné connaissance des faits dans un rapport préliminaire.
La présidente a instruit l’affaire, interrogé les prévenus présents sur les faits et reçu
leurs déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 1er octobre à 14h15.
Audience du 1er octobre 2015, à 14h15
La présidente a instruit l'affaire, interrogé les prévenus présents sur les faits et reçu
leurs déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 2 octobre 2015 à 09h00.
Audience du 2 octobre 2015, à 09h00.
La présidente a instruit l'affaire, interrogé les prévenus présents sur les faits et reçu
leurs déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 2 octobre 2015 à 14h00.
Audience du 2 octobre 2015, à 14h00.
Monsieur Pierre BOUSQUET DE FLORIAN, cité en qualité de témoin à la requête de
Monsieur Michel GAUDIN, prévenu, a été entendu en sa déposition, après avoir prêté
serment conformément aux dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Madame Martine MONTEIL, citée en qualité de témoin à la requête de Monsieur
Michel GAUDIN, prévenu, a été entendue en sa déposition, après avoir prêté serment
conformément aux dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Monsieur Alain GARDERE, cité en qualité de témoin à la requête de Monsieur
Michel GAUDIN, prévenu, a été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment
conformément aux dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
Monsieur Jacques FRANQUET, cité en qualité de témoin à la requête de Monsieur
Claude GUEANT, prévenu, a été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment
conformément aux dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.

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Monsieur Jean-Joël SCHINDLER, cité en qualité de témoin à la requête de Monsieur
Claude GUEANT, prévenu, a été entendu en sa déposition, après avoir prêté serment
conformément aux dispositions de l'article 446 du Code de procédure pénale.
La présidente a instruit l'affaire, interrogé les prévenus présents sur les faits et reçu
leurs déclarations.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 7 octobre 2015 à 09h00.
Audience du 7 octobre 2015, à 09h00.
La présidente a instruit l'affaire, interrogé les prévenus présents sur les faits et reçu
leurs déclarations.
La présidente a donné lecture des constitutions de parties civiles, par conclusions
déposées par Monsieur Jacques BIDALOU.
Maître Pierre D'AZEMAR DE FABREGUES, avocat au barreau de Paris, conseil de
l'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT, partie civile, a été entendu en sa plaidoirie, après
dépôt de conclusions.
Le ministère public a été entendu en ses réquisitions.
Puis les débats ne pouvant être terminés au cours de la même audience, le tribunal a
ordonné qu'ils seraient continués à l'audience du 7 octobre 2015 à 14h00.
Audience du 7 octobre 2015, à 14h00.
Maître Philippe DEHAPIOT, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Michel
GAUDIN, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions.
Maître Philippe BOUCHEZ EL GHOZI, avocat au barreau de Paris, conseil de
Monsieur Claude GUEANT, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de
conclusions.
Maître Michel LAURET, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Gérard
MOISSELIN, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions.
Maître Daniel MERCHAT, avocat au barreau de Bobigny, conseil de Monsieur
Michel CAMUX, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions.
Maître Jacques KOHN, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Daniel
CANEPA, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions.
Maître Jean-Yves DUPEUX, avocat au barreau de Paris, conseil de Monsieur Claude
GUEANT, prévenu, a été entendu en sa plaidoirie, après dépôt de conclusions.
Les prévenus ont eu la parole en dernier.
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Le greffier a tenu note du déroulement des débats.
Puis à l'issue des débats tenus à l'audience publique du 7 octobre 2015 à 14h00, le
tribunal a informé les parties présentes ou régulièrement représentées que le jugement
serait prononcé le 13 novembre 2015 à 13h30, conformément aux dispositions de l'article
462 du Code de procédure pénale.
A cette date, vidant son délibéré conformément à la loi, le Président a donné lecture de
la décision, en vertu de l'article 485 du code de procédure pénale, dont la teneur suit.

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SOMMAIRE
A) SUR L'ACTION PUBLIQUE :

page 17

I- FAITS ET PROCEDURE

page 17

1.1 Chronologie de la procédure

page 17

1.2 Le rapport de l'IGA/IGPN sur les frais d'enquête et de
surveillance
page 18
1.2.1
Contexte et objet de la mission d'inspection
1.2.2
Contenu du rapport
1.3 La dénonciation de la Cour des comptes

page 23

1.4 L'enquête préliminaire

page 24

1.5 Investigations complémentaires du parquet national financier et
introduction d'une phase de contradictoire avant la délivrance
des citations
page 28
1.6 Instruction contradictoire à l'audience

page 28

II- SUR L'EXCEPTION DE NULLITÉ TIRÉE DU CHOIX DE
L'ENQUETE PRÉLIMINAIRE
page 30
III- APPREHENSION DU CONTEXTE
3.1 Le ministère de l'intérieur

page32
page 33

3.1.1 Le ministre, le cabinet ministériel et l'administration
centrale
3.1.2 La Direction Générale de la Police Nationale (DGPN)
3.2 Les primes des membres de cabinets ministériels

page 34

3.2.1 Avant la réforme dite «JOSPIN» de décembre 2001 : des
fonds spéciaux de Matignon au rapport LOGEROT
3.2.1.1 Primes en espèces des membres de cabinet
3.2.1.2 Révélation des fonds spéciaux de Matignon et rapport
LOGEROT
3.2.2 - La réforme «JOSPIN» et la mise en place des indemnités
de sujétions particulières (ISP) au 1er janvier 2002
Page 12 / 118

3.3 Les frais d'enquête et de surveillance (FES) de la police page39
3.3.1 – Les textes concernant les frais d'enquête et de
surveillance
3.3.2 Des paiements en numéraire relevant d'un régime
budgétaire et comptable dérogatoire instauré par le décret du 5
novembre 1993
3.3.3 Critiques formulées à l'égard du fonctionnement actuel
des FES au sein de la police nationale à des fins indemnitaires et
propositions d'amélioration
3.3.3.1 Les observations de la Cour des comptes
3.3.3.2 La note du CBCM mettant fin à tout versement au titre
des FES
3.3.3.3 Les réformes engagées par le DGPN depuis octobre
2012
IV- L'UTILISATION D'UNE PARTIE DES FRAIS D'ENQUÊTE ET DE
SURVEILLANCE (FES) DE LA POLICE POUR VERSER DES
GRATIFICATIONS EN ESPÈCES A DES MEMBRES DU CABINET
DU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR ENTRE JUILLET 2002 ET MARS
2004
page 45
4.1 Des prélèvements reconnus sur les FES de la police à
hauteur d'au moins 10 000 € par mois entre juillet 2002 et mars
2004
page 45
4.1.1 Des prélèvements sur les FES au profit de certains
membres du cabinet révélés et reconnus par Claude
GUÉANT
4.1.1.1 Révélation des faits par Claude GUÉANT
4.1.1.2 Déclarations de Claude GUÉANT
4.1.1.3 Des déclarations néanmoins évolutives et
parfois contestées
4.1.2 Des prélèvements sur les FES de la police reconnus par
Michel GAUDIN
4.1.3 Des prélèvements en espèces dont les deux directeurs
de cabinet-adjoint successifs et le chef de cabinet admettent
avoir bénéficié
4.1.3.1 Daniel CANEPA
4.1.3.2 Gérard MOISSELIN
4.1.3.3 Michel CAMUX

Page 13 / 118

4.2 Des prélèvements sur les FES spécifiquement circonscrits au
fonctionnement de ce cabinet ministériel (Nicolas SARKOZY 1)
entre juillet 2002 et mars 2004
page 61
4.2.1 Au sein du cabinet précédent (Daniel VAILLANT
jusqu'au 7 mai 2002) : des prélèvements sur les FES qui
avaient pris fin le 1er janvier 2002
4.2.1.1 Les déclarations des témoins
4.2.1.2 Mise en place de l'ISP au 1er janvier 2002 :
enveloppe et répartition de la dotation annuelle
budgétaire
4.2.2 Au sein du cabinet suivant (Dominique de VILLEPIN)
: des prélèvements sur les FES auxquels il a été mis fin dès le mois d'avril
2004
4.2.2.1 Les déclarations des témoins
4.2.2.2 Répartition de l'enveloppe d'ISP en 2004 et
évolution de la dotation au cours des années
ultérieures
V- SUR LA PRESCRIPTION ALLÉGUÉE
5.1 Position de la défense

page 67
page 67

5.2 Sur la prescription alléguée du délit de détournement de fonds
publics
page 68
5.3 Sur la prescription alléguée des délits de complicité et recel de
détournement de fonds publics
page 72
VI- SUR LES DÉLITS DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS,
COMPLICITÉ ET RECEL DE CE DÉLIT REPROCHÉS À MICHEL
GAUDIN ET CLAUDE GUÉANT
page 72
6.1 Position de la défense

page73

6.1.1 Conclusions de Claude GUÉANT
6.1.2 Conclusions de Michel GAUDIN
6.2 Sur l'illécéité de la remise de fonds issus des frais d'enquête et
de surveillance à Claude GUÉANT
page75
6.2.1 Les primes en espèces au profit de membres de cabinet
ministériel : un mode de «rémunération» prévu par aucun texte applicable
6.2.2 L'emploi des FES aux fins de complément de
rémunération de membres du cabinet du ministre de l'intérieur : un
Page 14 / 118

détournement de leur objet défini à l'article 4 du décret du 15 juin 1926
6.3 Sur le délit de détournement de fonds publics reproché à
Michel GAUDIN
page79
6.4 Sur les délits de complicité et de recel de détournement de fonds
publics reprochés à Claude GUÉANT
page 83
6.4.1 Le rôle de Claude GUÉANT lors de la mise en place du
régime exorbitant de droit commun des FES en
1993/1994 puis dans l'utilisation des FES, y compris
au bénéfice des membres du cabinet ministériel, de
1994 à 1998
6.4.2 ISP 2002 : le choix délibéré de ne pas s'inscrire dans la
limite des crédits ouverts par la loi de finances
6..4.2.1 .Dotation annuelle budgétaire et enveloppe
mensuelle
6.4.2.2 .Répartition de l'ISP à compter du 8 mai 2002 :
le choix de la rupture
a) Avec le cabinet précédent (Cabinet Vaillant) : le
choix d'une ISP supérieure de 31% à 46% à celle de
leurs prédécesseurs pour le directeur de cabinet, son
directeur de cabinet adjoint et le chef de cabinet
b) Avec l'échelle des fonctions et des responsabilités au
sein du cabinet : les ISP de Nicolas QUILLET et
Emmanuelle MIGNON, l'absence d'ISP de Brice
HORTEFEUX
6.4.3 Sur les autres explications apportées par Claude
GUÉANT

VII- LES DÉLITS DE RECEL DE DÉTOURNEMENT DE FONDS
PUBLICS REPROCHÉS À DANIEL CANEPA, GÉRARD MOISSELIN
ET MICHEL CAMUX
page 92
7-1 Daniel CANEPA

page 93

7-2 Gérard MOISSELIN

page 95

7.3 Michel CAMUX

page 97

VIII- SUR LA DEMANDE DE SUPPLÉMENT D'INFORMATION
page 98
Page 15 / 118

IX- SUR LES PEINES :

page 100

9.1 - Claude GUÉANT

page 100

9.2- Michel GAUDIN

page 105

9.3- Daniel CANEPA

page 107

9.4 Gérard MOISSELIN

page 108

9.5- Michel CAMUX

page 109

B) SUR L'ACTION CIVILE :

page 110

I- Les demandes de Monsieur Jacques BIDALOU, du Comité de soutien
au Préfet BONNET et à la Manifestation de la vérité, de l'association SOS
Victimes des Notaires et du comité de soutien à Guy GRALL, présentées
par Jacques BIDALOU
II- Les demandes de l'agent Judiciaire de l'État

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Le tribunal a délibéré et statué conformément à la loi en ces termes :

A) SUR L'ACTION PUBLIQUE :
I- FAITS ET PROCÉDURE
1.1 Chronologie de la procédure
Le 27 février 2013 une perquisition était effectuée au domicile parisien de
Claude GUÉANT, en présence du 1er vice-procureur chef de la section S2 du
parquet de Paris et du représentant du bâtonnier, dans le cadre d'une enquête
préliminaire distincte (P 12 123 7101/9) diligentée des chefs de faux, usage de
faux et blanchiment.
Claude GUÉANT s'expliquait dans ces termes sur des mentions de paiements
en espèces figurant sur vingt factures et bons de commande trouvés à son
domicile et se rapportant à des achats d'ameublement et d'aménagement
intérieurs, effectués entre le 1er octobre 2002 et le 26 novembre 2009, pour
des sommes variant entre 180 et 7 900 euros, représentant un montant total de
47 614 euros :
«S'agissant des paiements en espèces que j'ai pu faire, ces paiements tiennent
à une facilité qui consistait en ce que le Ministère de l'intérieur payait les
primes de cabinet en espèces».
Le 2 mai 2013, le Ministre de l'intérieur, Manuel VALLS, saisissait le chef de
service de l'inspection générale de l'administration (IGA) d'une mission sur
l'usage des frais d'enquête et de surveillance de la police nationale, depuis
2002.
Le 7 mai 2013, Michel GAUDIN, directeur général de la police nationale
(DGPN) de juin 2002 à mai 2007, était entendu par la mission d'inspection
conjointe IGA/IGPN.
Le 6 juin 2013, Claude GUÉANT était entendu sur commission rogatoire d'un
juge d'instruction du tribunal de grande instance de Paris par la DNIFF dans
une information judiciaire distincte et déclarait :
«En mai 2002, je suis revenu au ministère de l'intérieur comme directeur de
cabinet. (…).
Il se trouve que le constat a été fait par notre cabinet que la dotation d'ISP
était un peu étriquée. La décision a donc été prise au démarrage du cabinet de
conforter cette dotation d'ISP par un complément venant des frais d'enquête et
de surveillance, comme cela était depuis toujours pratiqué au ministère de
l'intérieur».

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La présente procédure d'enquête préliminaire a été diligentée le 14 juin 2013 à
la suite de la communication par le ministre de l'intérieur, le 10 juin 2013, au
procureur de la République de Paris, du rapport conjoint de l'inspection
générale de l'administration (IGA) et de l'inspection générale de la police
nationale (IGPN), saisies le 2 mai 2013.
Le soit-transmis du 14 juin 2013 était rédigé en ces termes :
«En ayant l'honneur de la prier de bien vouloir procéder à une enquête sur les
faits évoqués dans les documents joints, rapport de l'inspection générale de
l'administration et de l'inspection générale de la police nationale sur les frais
d'enquête et de surveillance et audition de M. Claude GUÉANT, en ce que les
espèces dont ce dernier explique l'origine sont susceptibles de provenir de
détournements de fonds publics».
Étaient joints à ce soit-transmis le rapport de l'IGA/IGPN et l'audition de
Claude GUÉANT sur commission rogatoire en date du 6 juin 2013.
Confiée à la Division nationale d'investigations financières et fiscales, devenu
Office national de lutte contre la corruption et les infractions financières et
fiscales (OCLCIFF), ses résultats ont été transmis au parquet national financier
à la suite du dessaisissement du parquet de Paris en sa faveur
le 14 février 2014.
Parallèlement, Michel GAUDIN, alors qu'il était entendu le 10 juillet 2013 par
la Cour des comptes qui réalisait une mission sur l'exercice de la fonction
publique judiciaire dans la police et la gendarmerie pour les exercices 2002 à
2012, révélait spontanément avoir accepté, à compter de 2002, de verser en
espèces 10 000 euros par mois à Claude GUÉANT, prélevés sur les fonds
détenus à son cabinet.
Par courrier du 15 janvier 2014, le procureur général près la Cour des Comptes
portait à la connaissance de madame le Garde des Sceaux les faits relevés par
la Cour des comptes susceptibles de recevoir une qualification pénale et
transmettait le rapport de la Cour des comptes (article R 143-3 du code des
juridictions financières).
Les pièces d'exécution de l'enquête préliminaire confiée à l'OCLCIFF étaient
retournées au Parquet National Financier le 5 mai 2014.

1.2 Le rapport de l'IGA/IGPN sur les frais d'enquête et de surveillance
Intitulé «Rapport sur les frais d'enquête et de surveillance IGA/IGPN», ce
document de quarante-deux pages était accompagné de deux annexes.

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1.2.1 Contexte et objet de la mission d'inspection
La lettre de mission du Ministre, figurant en annexe 1 du rapport, intitulée
«mission sur l'usage des frais d'enquête et de surveillance» est ainsi rédigée :
«La destination et la gestion des frais d’enquête et de surveillance attribués à
la police nationale au cours de la dernière décennie ont été mises en cause.
Institués par l'article 4 du décret du 15 juin I926 validé par l'article 7 du
décret du 16 mai 1945, dispositions toujours en vigueur, ces frais sont destinés
à permettre aux services de police d’être plus efficaces dans leur combat
contre différentes formes de délinquance et de criminalité.
Ainsi, ils permettent notamment de rechercher des renseignements, de
rémunérer des informateurs ou encore de mettre en œuvre des moyens
d’investigation qui ne peuvent être acquis ou fournis dans le cadre des
procédures administratives et comptables habituelles, compte tenu de la
nature, de l’urgence ou de la nécessaire confidentialité caractérisant les
missions à accomplir.
Ils permettent également aux enquêteurs de mener des enquêtes ou filatures en
déplacement dans des contraintes compatibles avec la discrétion nécessaire au
succès de ces missions.
La préservation de la légitimité de ces moyens d’action exclut toute dérive
quant à leur destination et la rigueur de leur gestion. Je vous demande par
conséquent, en vous adjoignant le concours do l'inspection générale de la
police nationale, de procéder aux vérifications qui s’imposent.
Tout d’abord, vous vérifierez si, depuis le 1er janvier 2002, date d’entrée en
vigueur de la réforme des primes de cabinets ministériels décidée par le
Premier ministre, une fraction dos frais d'enquête et de surveillance de la
police nationale a été utilisée à d’autres fins que celles pour lesquelles elles
ont été créées.
Par ailleurs, vous rechercherez les usages des frais d’enquête et de
surveillance et en identifierez les catégories de bénéficiaires.
Vous vérifierez également les conditions dans lesquelles les instructions
données par le directeur général de la police nationale fin 2012 sont mises en
œuvre, notamment s’agissant de leur usage, des règles d’engagement et de la
traçabilité de leur emploi vis-à-vis de la hiérarchie opérationnelle.
Enfin, vous me ferez les recommandations que vous jugerez utiles pour
améliorer à l’avenir l’usage légitime des frais d’enquête et de surveillance.
Je vous demande de me faire parvenir un premier rapport d’étape sous
huitaine, et votre rapport complet dans le délai d’un mois».
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En Annexe 2 figure la liste des personnes rencontrées par la mission (41
personnes), notamment, concernant la période de prévention et les périodes
qui l'ont immédiatement précédée ou suivie : Patrice BERGOUGNOUX,
DGPN de novembre 1999 à juin 2002 (prédécesseur de Michel GAUDIN),
Michel GAUDIN, DGPN de juin 2002 à mai 2007, Bernard BOUCAULT,
Directeur de cabinet du Ministre de l'intérieur de Septembre 2000 à mai 2002
(prédécesseur de Claude GUÉANT) et Pierre MONGIN, directeur de cabinet
du ministre de l'intérieur d'avril 2004 à juin 2005 (successeur de Claude
GUÉANT). Claude GUÉANT ne fait pas partie des personnes entendues.
Michel GAUDIN était la seule personne entendue par l'IGA au titre de la
période visée à la prévention.
1.2.2 Contenu du rapport
Ce rapport s'ouvre par une synthèse qui relève notamment :
«Avant la réforme des primes de cabinets ministériels entrée en vigueur au 1er
janvier 2002, les dotations en numéraire reçues par le ministère de l'intérieur
et qui servaient à indemniser les personnels de cabinet étaient, selon plusieurs
témoignages concordants, confortées par un prélèvement sur les crédits pour
frais d'enquête et de surveillance.
Il semble que la dotation initiale du ministère au titre de l'indemnité pour
sujétions particulières des cabinets ministériels ait été relativement sousévaluée par rapport aux dotations en numéraire de la période précédente
(indemnités mises à disposition par le cabinet du Premier ministre et
prélèvements sur les frais d'enquête et de surveillance), et que, pendant deux à
trois ans, cette dotation ait été complétée par des versements en provenance
des frais d'enquête et de surveillance, à hauteur d'environ 10 000 € par mois
remis au directeur de cabinet du ministre».
Textes applicables aux FES
La première partie du rapport est consacrée à la présentation du dispositif
législatif et réglementaire et des instructions qui encadrent des frais d'enquête
et de surveillance (FES).
Ces derniers ont été institués par l'article 4 du décret du 15 juin 1926 qui définit
les FES comme «toutes les autres dépenses que celles entrant dans la
catégorie des frais de mission que le fonctionnaire peut être appelé à engager
pour la mission qui lui est confiée».
Le décret n°93-1224 du 5 novembre 1993 prévoit que les FES «peuvent être
payés directement en numéraire par un régisseur de l'État entre les mains d'un
agent bénéficiaire nominativement désigné par la décision d'attribution prise
par l'autorité administrative compétente».
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Ce décret permet dans les faits à un «agent bénéficiaire» de percevoir des
fonds destinés à d'autres bénéficiaires, et constitue pour ces paiements un
système de régie spécifique.
La circulaire ministérielle (intérieur) du 14 février 1994 relative à la réforme
des modalités de paiement des FES précise que les FES attribués à un agent
bénéficiaire, nommément désigné à cet effet sont payés sur la base d'une
décision ministérielle.
La circulaire ministérielle (intérieur) du 8 avril 1994 relative à l'achèvement de
la réforme des modalités de paiement des FES, des frais de mission, autorise le
paiement par le régisseur des FES par l'intermédiaire d'un agent bénéficiaire.
Les modalités de paiement des FES ont été précisées par une note du DGPN,
monsieur Claude GUÉANT, le 3 février 1998 qui énumère trois catégories
d'utilisation :
«
-le recueil de renseignement
– la rémunération d'informateurs
– l'acquisition de matériels ou mise à disposition de moyens
d'investigations qui ne peuvent être acquis ou fournis dans le cadre des
procédures administratives et comptables habituelles, compte tenu de
l'urgence des missions au titre desquelles ils sont alloués ou de la
nécessaire confidentialité qui doit entourer ces dernières.
Des FES pourront également être alloués à des fonctionnaires actifs pour les
défrayer dans le cadre de leurs missions d'investigations, de certaines
dépenses qu'ils exposent ne pouvant être prises en charge par l'administration
ou remboursées sur la base du décret du 28 mai 1990 relatif aux frais de
déplacement.
En aucun cas, les FES ne doivent être considérés comme permettant
d'alimenter à un régime indemnitaire : il s'agit de fonds qui vous sont confiés
pour la conduite des enquêtes et des missions de police dont vous avez la
charge».
Au sein de la deuxième partie intitulée «les usages et les bénéficiaires des frais
d'enquête et de surveillance de 2002 à 2012» une page et demie au paragraphe
2-1 (pages 19 et 20) est consacrée au premier point de la mission, «l'utilisation
des frais d'enquête et de surveillance de la police à d'autres fins que celles
pour lesquelles ils ont été créés», depuis le 1er janvier 2002.
Les rédacteurs du rapport indiquent que le versement, avant la réforme des
primes de cabinet entrée en vigueur le 1er janvier 2002, d'une partie des FES
pour compléter les primes provenant des fonds spéciaux du premier ministre
semble corroboré par «l'annexe n°27 «intérieur et libertés locales- Sécurité
intérieure et gendarmerie» du rapport fait par M. Gilles CARREZ au nom de
la commission des finances de l'Assemblée nationale sur le projet de loi de
finances (PLF) 2003, qui indique que le PLF 2003 prévoit le transfert de près
de 320 000 euros de l'article 92 (enquête et surveillance) vers le chapitre 31Page 21 / 118

02 au titre de la consolidation des crédits liés à la création de l'indemnité de
sujétions particulières des personnels des cabinets ministériels».
Ils relèvent que «la montée en puissance de la ressource allouée pour le
paiement de l'indemnité de sujétions particulières des personnels du cabinet du
ministre de l'intérieur entre 2002 et 2005 (augmentation de plus de 300%) va
dans le sens de cette hypothèse».
Ils présentent un tableau de l'évolution de la ressource allouée pour le paiement
de l'ISP des personnels du cabinet du ministère de l'intérieur de 2002 à 2012.
Ainsi, la ressource annuelle allouée pour le paiement de l'ISP était de 434 K€
en 2002, 939 K€ en 2003, 1 059 K€ en 2004, 1 315 K€ en 2005, 1 920 K€ en
2006 et a décru progressivement pour atteindre 1 547 K€ en 2012.
Le rapport précise que «de janvier 2002 à mai 2002, puis à partir de l'été 2004
et jusqu'à aujourd'hui, les témoignages recueillis par la mission vont tous dans
le même sens d'une absence de versements de la DGPN vers le cabinet du
ministre de l'intérieur».
Le reste de la deuxième partie du rapport (paragraphe 2-2 pages 20 à 33)
concerne le système actuellement en vigueur d'utilisation des frais d'enquête et
de surveillance au sein de la police nationale. La mission constate que les FES
sont majoritairement distribués comme gratifications individuelles ou
collectives, certes le plus souvent en lien avec l'activité des services ou la
manière de servir, mais sans que cette utilisation réponde toujours directement
à des besoins opérationnels liés aux enquêtes et aux critères fixés par le décret
du 15 juin 1926.
Il est précisé que seules les archives relatives aux années 2007 à 2012 ont été
retrouvées par le cabinet de la DGPN et transmises à la mission d'enquête. Les
archives relatives à la distribution des FES ont été détruites.
Le rapport comporte notamment des informations sur les directions
bénéficiaires des frais d'enquête et de surveillance (FES) : préfet de police, chef
de l'IGPN, DCRI, DCPJ, SPHP, DCSP, DCI, DCPAF, cabinet DGPN ainsi que
sur les procédures et les utilisations faites de ces frais par les différentes
directions.
La troisième partie du rapport concerne la mise en œuvre des nouvelles
instructions engagées par le DGPN depuis octobre 2012 et relatives à l’usage,
aux règles d’engagement et à la traçabilité de l’emploi des frais d’enquête et de
surveillance.
La quatrième et dernière partie du rapport est consacrée aux préconisations de
la mission.

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En synthèse, la mission conclut, en ce qui concerne le constat relatif à
l'utilisation actuelle des FES au sein de la police nationale «le flou de la base
juridique qui ne définit qu’en creux ce que sont les frais d’enquête et de
surveillance offre une souplesse qui a conduit à des interprétations très
extensives des utilisations de ces crédits et, notamment, à verser des
compléments indemnitaires déguisés ; la revalorisation indiciaire et
indemnitaire dont a bénéficié la police nationale a permis aux directeurs
généraux de donner des instructions pour prohiber ces pratiques qui, en
l’absence de dispositifs de compte rendu et de contrôle, ont néanmoins
perduré, au moins dans certains services».
*****
La question de l'utilisation, depuis le 1er janvier 2002, des frais d'enquête et de
surveillance de la police à d'autres fins que celles pour lesquelles ils ont été
créés (premier point de la lettre de mission) concerne donc exclusivement celle
des versements de FES de la DGPN vers le cabinet du ministre de l'intérieur.
Ces versements auraient existé pendant deux ou trois ans à partir de mai 2002
et seraient liés à l'insuffisance de la ressource allouée de 2002 à 2004 pour
compenser les indemnités de cabinet des membres du cabinet du ministère de
l'intérieur. Elle est présentée comme distincte de celle du système actuellement
en vigueur des FES (points 2, 3 et 4 de la mission) exclusivement consacrée à
l'utilisation des FES au sein des directions et services bénéficiaires de la police
nationale.
1.3 La dénonciation de la Cour des comptes
En application de l'article L 111-3 du code des juridictions financières, la Cour
des comptes avait engagé parallèlement une enquête sur l'exercice de la
fonction publique judiciaire dans la police et la gendarmerie. A cette occasion,
elle constatait le paiement de sommes en espèces au titre des frais d'enquête et
de surveillance. En juin 2013, la Cour des comptes dressait un relevé
d'observations provisoires sur les frais d'enquête et de surveillance au sein de la
police nationale, pour les exercices 2002 à 2012.
Le 17 février 2014, le Parquet National Financier transmettait au service
d'enquête ( devenu Office Central de Lutte contre la Corruption et les
Infraction Financières et Fiscales - OCLCIFF) le rapport de la Cour des
comptes. Le commissaire divisionnaire, chef de l'OCLCIFF constatait que les
conclusions de la Cour des comptes «dépassent le cadre de la saisine de
l'enquête préliminaire qui visait le fonctionnement des FES entre mai 2002 et
juillet 2004 et le versement de sommes à Monsieur GUÉANT par Monsieur
GAUDIN. La Cour des comptes analyse le système général des FES».
Ce rapport intitulé «Les frais d'enquête et de surveillance dans la police
nationale» se compose du relevé d'observations provisoires daté de juin 2013,
destiné à recevoir les remarques des personnes destinataires, des observations
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du Directeur Général de la Police Nationale (DGPN), Claude BALAND, en
date du 4 juillet 2013, d'une note du Contrôle budgétaire et comptable
ministériel (CBCM) au DGPN en date du 11 juin 2013 et des observations
définitives de la Cour des comptes en date du 26 décembre 2013. Le président
de la 4ème chambre de la Cour des comptes indique qu'un référé est adressé sur
le même sujet par le Premier président de la Cour des comptes au ministre de
l'intérieur.
Dans ses observations définitives, la 4 ème chambre de la Cour des comptes du
mois de décembre 2013 analyse le système des FES au sein de la police,
formule des critiques. La cour relève s'agissant de l'évolution des frais
d'enquête et de surveillance de 2002 à 2012, que «la Cour n'a pu accéder à
aucune archive relative à l'emploi de ces fonds pour les années antérieures à
2012. Il semble qu'aucune trace écrite ou numérique n'ai été conservée. Les
gestionnaires de ces fonds, Henriette BOISSEAU, puis Robert MARTIN, ont
tenu un inventaire des sommes versées dans un cahier à spirales dont, selon ce
dernier, ils ont détruit les pages remplies à la fin de chaque exercice.
L'absence de conservation du moindre compte-rendu d'emploi des sommes en
espèces versées au cabinet du DGPN de 2002 à 2011, soit au total un montant
cumulé de 32 300 000 millions d'euros, hors la dotation versée à la DCPJ pour
la rémunération des informateurs, a été confirmée par M. Michel GAUDIN et
M. Frédéric PECHENARD au cours de leur audition par la cour des comptes,
le 10 juillet 2013.
Sans avoir été préalablement questionné à ce sujet Monsieur Michel
GAUDIN a indiqué à la cour qu'à la demande de M. Claude GUÉANT,
directeur de cabinet du Ministre de l'intérieur, il avait accepté à compter de
2002 de verser à ce dernier 10 000 euros par mois en espèces, prélevés sur les
fonds détenus à son cabinet. Selon lui, le but de ce versement était de
maintenir le niveau des primes de cabinet ministériel après la suppression
du recours aux fonds spéciaux et l'institution de l'indemnité de sujétion
particulière (ISP). M. GAUDIN a toutefois dit ignorer si M.
Claude GUÉANT avait distribué ces sommes aux autres membres de cabinet
ou les avait conservées par-devers lui».
Au terme de ses observations, la cour a émis un certain nombre de
recommandations concernant l'utilisation des FES au sein de la police
nationale, à l'heure actuelle.
1.4 L'enquête préliminaire
L'enquête a consisté dans un premier temps, au cours d'une réunion tenue le 17
juin 2013 avec le parquet de Paris, pour les fonctionnaires de l'OCLCIFF à se
faire préciser que leurs investigations devaient porter dans un premier temps
sur le «versement des primes aux membres de cabinet du ministre de
l'intérieur par le DGPN durant les années 2002 à 2004».

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Les enquêteurs ont ensuite effectué des constatations sur le rapport de l'IGA et
recensé les textes applicables à l'attribution des frais d'enquête et de
surveillance, qui ont été annexés au dossier.
Ils ont ensuite entendu M. Alain LARANGÉ, inspecteur général de
l'administration ayant participé à la mission.
Ce dernier déclarait :
«C'est à la suite de la mission qui nous a été confiée par le ministre de
l'intérieur sur l'usage des FES, à la suite de la suppression des primes versées
en liquide aux membres des cabinets ministériels (fin 2001- à l'époque des
fonds secrets de Matignon), nous avons entendu un certain nombre de
personnes, dont les 4 DGPN qui se sont succédé de 2002 à 2012.
C'est à l'occasion de l'entretien (le 7 mai 2013) avec M. Michel GAUDIN,
auquel participaient les quatre membres de la commission, que ce dernier a
évoqué les faits suivants :
M.GAUDIN nous a donc dit que dans son souvenir et pendant une période
d'environ 2 ans, entre juillet 2002 et au plus tard l'été 2004, il a remis chaque
mois au directeur de cabinet, à l'époque M. Guéant, jusqu'en mars 2004, une
enveloppe d'environ 10 000 € prélevés sur les frais d'enquête et de surveillance
dont il assure la gestion.
Il nous a expliqué que c'était un système qui existait de longue date et que
c'était à la demande du directeur de cabinet qu'il l'avait fait. Sur l'utilisation
qu'a pu en faire M.GUÉANT, M.GAUDIN ne nous a rien dit, il a juste supposé
qu'il les avait utilisés pour le fonctionnement «au sens policier» du cabinet.
M.GAUDIN a été assez imprécis dans ses propos, que ce soit sur le montant de
l'enveloppe et sur la date de début et de fin».
Monsieur LARANGÉ ajoutait :
«quand on va voir les archives au niveau de la DGPN, il n'y a aucun
justificatif de l'utilisation/répartition des FES avant 2007. Il nous a été dit que
les FES étaient détruits chaque année. La seule chose qui nous a été fournie,
ce sont les décisions d'attribution ministérielles par direction à partir de 2007.
A partir de 2007, sur ces décisions d'attribution, on voit bien qu'aucune somme
n'est destinée au cabinet».
Robert MARTIN, chef de cabinet du DGPN de mai 2007 à mai 2012 expliquait
que pour la période 2007/2011, il détruisait les justificatifs en fin d'exercice
après vérification faite avec le DGPN.
Les enquêteurs cherchaient ensuite à identifier la dénommée « Henriette » qui
aurait été chargée, au sein de la DGPN, de la distribution des FES pour cette
période.
Page 25 / 118

Il apparaissait qu'Henriette BOISSEAU, citée par tous les intervenants comme
étant la personne responsable des frais d'enquête à la DGPN jusqu'en 2007
mais qui n'avait pas été entendue dans le cadre de la mission de l'IGA, décédait
au cours de l'été 2013, à l'âge de 92 ans. Sa collaboratrice, Mme Corinne
MONNIER était entendue. Elle confirmait que MME BOISSEAU s'occupait
seule des FES, remettait les fonds hors de sa présence et était en relation
directe avec le DGPN. Elle n'avait pas accès au coffre de Mme BOISSEAU et
ignorait quels documents-papier elle tenait exactement, hors les cahiers à
spirale.
En réponse à une réquisition du service d'enquête, il était confirmé que la
DGPN ne disposait pas d'archives concernant la gestion des FES pour cette
période 2002-2004.
Les fonctionnaires de police ont ensuite recherché le rôle joué par le
département comptable ministériel dans l'attribution et la distribution des FES
par la DGPN et les archives détenues relatives à l'attribution et la distribution
de ces frais. Ils ont dans ce cadre entendu le payeur général du trésor et le
comptable budgétaire et contrôleur ministériel (CBCM) qui ont déclaré que,
compte tenu du régime dérogatoire des FES, ils n'effectuaient aucun contrôle
sur leur emploi.
Ils se sont ensuite attachés à vérifier les premières déclarations faites par
Claude GUÉANT sur les bénéficiaires des sommes en espèces.
Dans sa déclaration du 6 juin 2013, jointe au soit-transmis, Claude GUÉANT
avait déclaré, qu'à son arrivée comme directeur de cabinet du ministère de
l'intérieur, il avait fait le constat que «la dotation d'ISP était un peu étriquée».
Il avait donc décidé de «conforter cette dotation d'ISP par un complément
venant des frais d'enquêtes et de surveillance, comme cela était toujours
pratiqué au ministère de l'intérieur».
Selon M.GUÉANT, cette décision aurait été prise par les principaux
responsables du cabinet, lui-même, M.CANEPA, Laurent SOLLY et
M.BERLIOZ, ces «quatre décideurs étaient ceux qui bénéficiaient de cet
abondement et qui, en contrepartie avaient des contraintes particulières,
notamment de permanence».
Claude GUÉANT indiquait avoir sollicité ce versement auprès de Michel
GAUDIN, DGPN, qui devait être de l'ordre de 12 000 euros en espèces par
mois. Il répartissait lui-même les fonds, conservait 5 000 euros pour lui,
remettait 3 000 euros à M.CANEPA, 2 000 euros à Laurent SOLLY (ou à
Michel CAMUX) et à M.BERLIOZ.
Plusieurs témoins cités successivement par Claude GUÉANT comme ayant été
bénéficiaires de sommes en espèces étaient entendus et contestaient avoir reçu
des complément de rémunération en espèces.

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Des vérifications étaient d'abord menées sur la composition du cabinet de
M.GUÉANT, puis des recherches étaient effectuées sur les comptes bancaires
avant de procéder aux auditions des personnes sous le statut de mis en cause,
sans garde à vue.
Les comptes bancaires de Daniel CANEPA, Gérard MOISSELIN et Michel
CAMUX ne mentionnaient ni dépôt ni retrait d'espèces sur les périodes au
cours desquelles ils avaient exercé des fonctions au cabinet de Claude
GUÉANT. Ces derniers étaient entendus et reconnaissaient avoir reçu chaque
mois des espèces de la part de Claude GUÉANT. Ils indiquaient qu'aucun
document n'était signé lors des remises d'espèces par le directeur de cabinet.
Il était également procédé aux auditions des prédécesseurs et successeurs de
messieurs GUÉANT et GAUDIN dans leurs fonctions respectives de directeur
de cabinet et de DGP.
Ces témoins confirmaient qu'aucun fonds en espèces provenant des FES
n'avaient été versés aux membres du cabinet à partir du 1er janvier jusqu'au 8
mai 2002 puis à compter du 1er avril 2004.
Les enquêteurs obtenaient la liste détaillée de tous les membres du cabinet du
ministre de l'intérieur entre mai 2002 et mai 2004 ainsi que les copies des
bulletins de salaires des membres du cabinet de Daniel VAILLANT et de celui
de Nicolas SARKOZY.
Ils s'attachaient ensuite à analyser le montant des ISP à partir des informations
communiquées par le ministère de l'intérieur sur ces ISP au cours de l'année
2002. Deux tableaux ont été établis, l'un pour le cabinet de Daniel
VAILLANT, l'autre pour le cabinet de Nicolas SARKOZY.
A l'occasion de l'exploitation de ces deux tableaux, les enquêteurs relevaient :
«Constatons que dans le cabinet de Daniel VAILLANT, les 21 membres du
cabinet percevaient une ISP avec 3 montants : un pour le directeur de cabinet
et son adjoint (1 392,26 € nets), un pour le chef de cabinet (1 254,02 € nets) et
un autre pour tous les autres membres (1 219 euros bruts). Entre janvier et
mai 2002, le total brut des ISP versées s'élève à 26 362 euros.
Pour le cabinet de Nicolas SARKOZY, 20 membres de cabinet perçoivent une
ISP, avec des montants très différents entre les personnes mais aussi selon les
mois (les premiers paiements commencent en juillet mais on constate que la
somme a du être versée sur un autre poste le mois précédent avec une ligne de
régularisation « régul acompte budget de l'État ». La très grande majorité de
ces ISP sont supérieures à celles perçues par les membres du cabinet de
Daniel Vaillant. C'est le cas pour le directeur de cabinet, le directeur adjoint
et le chef de cabinet».
Michel GAUDIN et Claude GUÉANT étaient entendus sous le régime de la
garde à vue le 17 décembre 2013.
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1.5 Investigations complémentaires du Parquet National Financier et
introduction d'une phase de contradictoire avant la délivrance des
citations
Par courrier du 26 décembre 2014, le Parquet National Financier sollicitait le
Secrétaire général du gouvernement et le chef de cabinet du premier ministre
pour obtenir des informations sur les modalités d'attribution des ISP.
Par courrier du 6 février 2015, le Secrétaire général du gouvernement répondait
et joignait l'annexe spécifique au projet de loi de finances 2015 («jaunepersonnels affectés dans les cabinets ministériels») qui précise le montant et le
nombre de bénéficiaires de cette indemnité pour le cabinet du Premier ministre.
Le 16 mars 2015, le Parquet National Financier établissait une note de synthèse
du dossier, adressée aux cinq personnes dont la citation était envisagée – une
copie sur CD Rom du dossier était à cette occasion remise aux avocats.
Les avocats, qui ont eu accès au dossier, étaient invités à faire connaître leurs
observations et ont adressé, pour certains, des notes d'observations au Parquet
National Financier.
C'est dans ce contexte qu'interviennent les citations directes devant ce tribunal.
1.6 Instruction contradictoire à l'audience
Ces faits s'inscrivent, selon les éléments de la procédure et les explications
mêmes de Claude GUÉANT et Michel GAUDIN au cours de l'enquête, au sein
du ministère de l'intérieur, dans le contexte spécifique d'une part de la
suppression des primes de cabinet provenant des fonds spéciaux de Matignon
accompagnée de l'instauration à compter du 1er janvier 2002 des indemnités de
sujétions particulières (ISP) et d'autre part du fonctionnement spécifique des
frais d'enquête et de surveillance (FES) de la police.
Le tribunal s'est donc attaché à l'audience, avant d'examiner les faits de la
prévention qui concernent l'utilisation d'une partie des frais d'enquête et de
surveillance (FES) de la police pour verser des gratifications en espèces à
certains membres du cabinet du ministre de l'intérieur entre mai 2002 et mars
2004, à appréhender le contexte de leur commission.
Les cinq prévenus ont exposé leur parcours professionnel. Claude GUÉANT a
été invité à présenter l'organisation du ministère de l'intérieur. Michel
GAUDIN a présenté la direction générale de la police nationale.
Claude GUÉANT, qui a le premier révélé avoir perçu des primes de cabinet en
espèces, à partir de juillet 2002 alors qu'il était directeur de cabinet du ministre
de l'intérieur, a confirmé ses déclarations à l'audience. Il a reconnu avoir
demandé à Michel GAUDIN, dès l'arrivée de dernier au mois de juillet 2002
comme directeur de la police nationale (DGPN) de lui verser cette somme
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prélevée sur les frais d'enquête et de surveillance (FES) de la police. Il
s'agissait, selon lui, de compléter les ISP qui étaient «trop étriquées». Il
confirmait avoir gardé la moitié de cette somme, remettant respectivement
chaque mois 3 000 euros à son directeur de cabinet et 2 000 euros à son chef de
cabinet. Il considérait que cette pratique, fort ancienne, n'était pas interdite par
les textes réglementant les FES et était justifiée par l'insuffisance de la dotation
allouée pour l'ISP du ministère de l'intérieur mise en place à partir du 1er
janvier 2002. Il réitérait dans un premier temps ses explications selon
lesquelles l'augmentation très significative de la dotation budgétaire d'ISP dès
2003 serait la preuve de l'insuffisance du volume de l'ISP, tout en déclarant que
son ISP n'avait pas augmenté entre 2002 et 2004.
A l'occasion de l'examen des explications concernant l'insuffisance alléguée de
la dotation annuelle allouée à l'ISP ressortant du rapport de l'IGA et des
déclarations tant de Claude GUÉANT que de Michel GAUDIN en garde à vue,
la question de l'évolution de la dotation budgétaire annuelle d'ISP a été
abordée. Il résulte du rapport de l'IGA que la dotation budgétaire annuelle
d'ISP est passée de 434 K€ en 2002 à 1 515 K€ en 2005. Le tribunal a relevé et
mis dans le débat la question de l'ISP des personnels de support du cabinet. Si
ces derniers n'ont pas perçu d'ISP en 2002, il semble vraisemblable, au regard
de la réponse du Secrétaire Général du Gouvernement et des documents
budgétaires versés au débat par la défense de Claude GUÉANT pour l'année
2015 intitulé «Annexe au projet de loi de finances pour l'année 2015
«Personnels affectés dans les cabinets ministériels» (pièce n°6) qu'ils ont, dès
2003, bénéficié d'ISP incluses dans la dotation budgétaire annuelle dont le
montant est notifié à chaque ministre, par un courrier signé du chef de cabinet
du Premier ministre, précisant la répartition de l'enveloppe entre les membres
de cabinet et les personnels de soutien. Claude GUÉANT a indiqué rejoindre
l'analyse du tribunal sur ce point.
Alors qu'il tentait de vérifier la cohérence de la dotation annuelle d'ISP de
l'année 2002 (434 K€) par rapport aux deux tableaux établis par les enquêteurs
( répartition des ISP au sein de chacun des deux cabinets successifs), le tribunal
a constaté que le tableau de la répartition de l'ISP au sein du cabinet du
ministre de l'intérieur, Nicolas SARKOZY, pour la période du 8 mai 2002 au
31 décembre 2002 établi par les enquêteurs comportait manifestement des
erreurs matérielles qui ne permettaient pas cette reconstitution. En outre, Ce
tableau ne faisait pas apparaître le montant total ni moyen perçu par chaque
membre du cabinet du ministre entre le 8 mai et le 31 décembre 2002.
Le tribunal a donc établi un nouveau tableau de répartition des ISP 2002 du
cabinet de Nicolas SARKOZY, remis aux avocats au cours de l'audience du 1er
octobre 2015, soumis au débat contradictoire et annexé à la note d'audience du
2 octobre 2015. Ce tableau permettait de relever lors des débats que la dotation
annuelle d'ISP 2002 (434 K€) correspondait à une dotation mensuelle brute
d'environ 26 500 euros, sur 13 mois, augmentée du taux de charges sociales
patronales de 26% constaté sur les bulletins de salaires figurant en procédure.
Les montants moyens mensuels d'ISP brut des cabinets VAILLANT et
SARKOZY (hors 13ème mois d'ISP versé en décembre) s'élevaient à
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respectivement 26 362 € et 26 356 €. La cohérence des montants d'ISP sur
l'année 2002 était ainsi vérifiée de façon contradictoire.
Ce tableau modifié de la répartition des ISP au sein du cabinet de Nicolas
SARKOZY pour la période du 8 mai au 31 décembre 2002 faisait désormais
apparaître le montant cumulé et moyen d'ISP perçu par chaque membre du
cabinet sur cette période. Il révélait d'importantes disparités entre les
conseillers sur lesquelles Claude GUÉANT a été invité à s'expliquer.
La comparaison du tableau des ISP 2002 établi par les enquêteurs et de la liste
des membres du cabinet de Nicolas SARKOZY pour la période 2002 à 2004
révélait que Brice HORTEFEUX, nommé au journal officiel du 8 mai 2002 en
qualité de conseiller du ministre n'apparaissait pas sur le tableau. Claude
GUÉANT confirmait que Brice HORTEFEUX était bien conseiller spécial du
ministre. Il n'avait pas d'explication sur le fait que ce dernier ne perçoive pas
d'ISP et ne figure pas sur le tableau de répartition des enquêteurs, alors que
d'autres membres du cabinet ne percevant pas d'ISP (deux contractuels) y
figuraient. Ses co-prévenus déclaraient spontanément que Brice HORTEFEUX
était à l'époque aussi député européen.
Michel GAUDIN a confirmé avoir remis chaque mois une somme de 10 000
euros à Claude GUÉANT. Il indiquait à l'audience avoir agi sur ordre de son
supérieur hiérarchique, Claude GUÉANT, et avoir ignoré l'utilisation que ce
dernier faisait des fonds, pensant qu'il avait pu effectuer des missions de police.
Daniel CANEPA, qui avait au cours de son audition par le service d'enquête,
contesté avoir reçu chaque mois une somme de 3 000 euros en espèces remise
par Michel GAUDIN, indiquant avoir reçu ponctuellement des sommes de 1
500 à 2 000 euros, admettait finalement à l'audience qu'il s'était vu remettre 3
000 euros chaque mois.
Gérard MOISSELIN et Michel CAMUX confirmaient avoir accepté les
enveloppes remises chaque mois par Claude GUÉANT. Ils indiquaient avoir
ignoré la provenance des fonds.
II- SUR L'EXCEPTION DE NULLITÉ TIRÉE DU CHOIX DE
L'ENQUETE PRÉLIMINAIRE
Par conclusions régulièrement déposées et soutenues oralement à l'audience
avant tout débat au fond, monsieur Claude GUÉANT
sollicite par
l’intermédiaire de ses conseils de voir prononcer la nullité de l'intégralité des
actes et pièces de la procédure et constater la nullité des citations subséquentes.
Au soutien de cette demande, ses conseils font valoir que le choix du ministère
public de recourir à une enquête préliminaire dans un dossier d'une grande
complexité constituerait une violation des droits de la défense et notamment du
droit au procès équitable, prévus tant à l'article préliminaire du code de
procédure pénale qu'à l'article 6 de la Convention européenne des droits de
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l'homme ou encore à l'article 14 du pacte international relatif aux droits civils
et politiques.
Ils soutiennent que les prévenus, en l'absence d'information judiciaire, auraient
été privés de la possibilité de solliciter des actes d'investigation à décharge, du
contrôle du juge d'instruction et de la chambre de l'instruction ainsi que des
garanties offertes aux témoins assistés et mis en examen.
Analyse du tribunal
En application de l'article 31 du Code de procédure pénale, le procureur de la
République "exerce l'action publique et requiert l'application de la loi, dans le
respect du principe d'impartialité auquel il est tenu". Il décide librement des
suites à donner aux enquêtes, notamment par le classement sans suite, par
l'ouverture d'une information judiciaire ou encore, par la saisine de la
juridiction de jugement.
Il appartient toutefois à la juridiction de vérifier si, dans le cas de l'espèce qui
lui est soumis, le choix procédural de l'enquête préliminaire a eu pour
conséquence de priver le prévenu de son droit à un procès équitable, par une
atteinte irrémédiable aux droits de la défense.
Ainsi, le choix de l'enquête préliminaire par le ministère public ne saurait, en
droit, être critiqué, dès lors qu'en tout état de cause, les actes effectués lors des
investigations ne révèlent aucune atteinte irrémédiable aux droits de la défense,
qui serait de nature à empêcher, à l'audience, les prévenus et leurs conseils de
faire valoir des éléments à décharge.
Or en l'espèce, le tribunal est en mesure de constater qu'aucun acte d'enquête
n'a été réalisé dans des conditions empêchant les prévenus et leurs conseils d'en
discuter la pertinence et la portée devant le tribunal.
Le tribunal observe par ailleurs que Claude GUÉANT et son conseil, comme
les autres prévenus, ont eu, à titre exceptionnel, alors que rien n'obligeait le
ministère public à agir de la sorte, accès à la procédure et à l'argumentation de
l'accusation (note de synthèse du PNF du 16 mars 2015) avant toute décision
de poursuite. A la suite d'un échange d'écritures, Claude GUÉANT et son
conseil se sont vu proposer par le Parquet National Financier de solliciter des
investigations complémentaires. Aucune réponse n'a été formulée par la
défense.
De même, en application de l'article 388-5 du Code de Procédure Pénale, les
prévenus et leurs conseils ont eu la possibilité de demander au Tribunal dès
avant l'audience de jugement les actes d'enquête qu'ils estimaient utiles. Ils
n'ont saisi le tribunal d'aucune demande en ce sens.

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Les prévenus avaient enfin la faculté, lors de la phase juridictionnelle, de faire
citer des témoins et de présenter toute demande tendant à la manifestation de la
vérité.
Lors de l'audience et en application de l'article 463 du Code de Procédure
Pénale, Claude GUÉANT et ses conseils ont d'ailleurs sollicité un supplément
d'information.
Il s'en déduit que le moyen tiré de ce que le choix de l'enquête préliminaire
aurait eu pour effet de priver les prévenus du droit de demander des actes
d'investigation est infondé, dès lors que le tribunal ne constate aucune atteinte
irrémédiable aux droits de la défense. Les prévenus n'ont pas été privés d’un
procès juste et équitable, ayant devant la juridiction, quant au respect des droits
de la défense, des garanties équivalentes à celles dont ils auraient bénéficié si
l’affaire avait fait l’objet d’une information .
Le moyen sera en conséquence rejeté.

III- APPREHENSION DU CONTEXTE
A titre liminaire, Claude GUÉANT a exposé son parcours. Énarque ayant
choisi la carrière préfectorale, il a notamment été conseiller technique de 1977
à 1981 au cabinet de Christian BONNET, ministre de l'intérieur. En avril 1993,
il est nommé directeur adjoint de cabinet de Charles PASQUA, ministre de
l'intérieur, avant d'être nommé directeur général de la police nationale (DGPN)
en octobre 1994. Il a quitté ces fonctions le 4 février 1998. Le 8 mai 2002, il
devient directeur de cabinet de Nicolas SARKOZY, ministre de l'intérieur, et le
restera jusqu'au 30 mars 2004, date à laquelle il suit Nicolas SARKOZY au
ministère des Finances avant de revenir au ministère de l'intérieur de juin 2005
à mars 2007. Le 27 février 2011, il est nommé ministre de l'intérieur, succédant
à Brice HORTEFEUX.
Michel GAUDIN, également énarque ayant fait le choix de la préfectorale,
était en 1988 détaché en qualité de directeur adjoint des services du
département des Hauts-de- Seine, puis directeur général des mêmes services en
1991.Claude GUÉANT était à l'époque secrétaire général de la préfecture des
Hauts-de-Seine, jusqu'à sa nomination comme préfet des Hautes-Alpes en
1991.
Michel GAUDIN a ensuite été Directeur du personnel et de la formation de la
police à la DGPN en 1993 puis directeur de l'administration de la police
nationale (DAPN) avant d'être DGPN de juillet 2002 jusqu'à sa nomination
comme préfet de police de Paris le 23 mai 2007.

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3.1 Le ministère de l'intérieur
3.1.1 Le ministre, le cabinet ministériel et l'administration centrale
A l'audience, Claude GUÉANT, qui a notamment été directeur de cabinet du
ministre de l'intérieur puis ministre de l'intérieur, a, à la demande du tribunal,
dressé l'organigramme du ministère de l'intérieur.
Le ministre de l'intérieur est chargé de préparer et mettre en œuvre en matière
de sécurité intérieure, d' administration du territoire et de libertés publiques, la
politique du gouvernement auquel il appartient.
Rattaché au ministre, le cabinet ministériel est un organisme restreint, formé de
collaborateurs personnels choisis par le ministre, ayant pour mission de
l'assister et de le conseiller dans la réalisation de l'ensemble de ses missions.
Son existence s'explique par la nécessité pour un ministre de pouvoir compter
sur une équipe dévouée et proche de lui sur le plan politique, puisqu'il ne peut
choisir les membres de son administration. A la différence de l'administration
centrale, le cabinet n'est donc pas un organisme permanent. Son existence
prend fin avec les fonctions du ministre.
Le cabinet ministériel est composé de conseillers qui sont de hauts
fonctionnaires ou des contractuels. Nommés au journal officiel, leurs fonctions
sont variées : directeur de cabinet, directeur de cabinet adjoint, chef de cabinet,
conseiller police, conseiller justice, conseiller collectivités locales, relations
avec le parlement, sécurité civile, immigration. Des collaborateurs et des
personnels de «support» (intendance, chauffeurs, cantine, secrétariat) assistent
les conseillers ministériels. Les fonctionnaires affectés au cabinet ministériel
sont généralement en situation de mise à disposition (qu'ils soient rémunérés
sur le budget du même ministère ou d'une autre administration). Les personnes
non fonctionnaires sont rémunérées par des contrat-cabinets.
Sous l'autorité du ministre, l'administration centrale regroupe les services du
ministère disposant de compétences nationales. Elle est composée d'agents de
la fonction publique constituant une structure permanente. Elle est organisée
selon différentes directions, chacune correspondant à une thématique du
ministère : Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion de Crise
(DGSCGC), Direction Générale de la Police Nationale (DGPN), Direction de
la Surveillance du Territoire (DST) devenue DCRI puis Direction Générale de
la Sécurité Intérieure (DGSI), Direction Générale des collectivités locales
(DGCL), Direction Générale des étrangers en France (DGEF), Délégation à la
Sécurité et à la Circulation Routières (DSCS).
La préfecture de police, qui assure les missions de sécurité intérieure (police de
proximité, police judiciaire, renseignement) dans Paris et les département
limitrophes de la petite couronne, relève aussi directement de l'autorité du
ministre de l'intérieur.

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L'inspection générale de l'administration (IGA) est placée sous l'autorité directe
du ministre de l'intérieur.
3.1.2 La Direction Générale de la Police Nationale (DGPN)
Claude GUÉANT et Michel GAUDIN ont également présenté la Direction
Générale de la Police Nationale (DGPN), qui est une des directions du
ministère de l'intérieur et comprend, aux côtés du Directeur Général de la
Police Nationale, un cabinet et, sous la responsabilité du directeur, différents
services et directions actives qui lui sont attachés pour mener à bien ses
missions : Direction des ressources et des compétences de la police nationale
(DRCPN) Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), Direction Centrale
de la Sécurité Publique (DCSP), Direction Centrale de la Police aux Frontières
(DCPAF), Service de la Protection, Direction de la Coopération Internationale
(DCI).
Bien que les fonctionnaires de police affectés dans les directions de la
préfecture de police appartiennent au corps de la Police nationale, le DGPN
n'exerce aucune autorité sur les services de la préfecture de police.
L'inspection générale de la police nationale (IGPN) est le service à compétence
nationale chargé du contrôle des directions et des services de la direction
générale de la police nationale et de la préfecture de police. Elle est placée sous
l'autorité du DGPN.
Les services déconcentrés assurent le relais sur le plan local des décisions
prises par l'administration centrale (préfectures, sous-préfectures,
commissariats de police, bases de la sécurité civile).
****
Cette présentation permet de distinguer les fonctions ministérielles
(administratives et politiques) de celles d'administration centrale (structure
permanente composée d'agents publics). Elle permet aussi de préciser la place
de la Direction Générale de la Police Nationale au sein de l'organigramme du
Ministère. Le Directeur Général de la Police Nationale (DGPN) est placé sous
l'autorité du ministre, il est à la tête de différents services et directions actives
de la police nationale.
3.2- Les primes des membres de cabinets ministériels
3.2.1 Avant la réforme dite « JOSPIN » de décembre 2001 : des
fonds spéciaux de Matignon au rapport LOGEROT
3.2.1.1 Primes en espèces des membres de cabinet

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En ce qui concerne les rémunérations accessoires ou primes des membres de
cabinet ministériel, Claude GUÉANT déclarait:
«Pendant très longtemps, jusqu'à une décision prise par Lionel JOSPIN en
2001, les primes de cabinet étaient toutes versées en espèces et elles venaient
des fonds spéciaux gérés par le Premier Ministre, chaque mois, chacun des
chefs de cabinet de chacun des ministères allait chercher auprès du chef de
cabinet du Premier Ministre, la dotation mensuelle de son cabinet, à charge,
pour le ministre ou son chef de cabinet de procéder à la répartition de la
dotation entre les membres de son cabinet».
Il précisait, concernant la spécificité du ministère de l'intérieur :
«Au ministère de l'intérieur, la ressource était double pour constituer
l'ensemble permettant le versement des primes de cabinet. La première origine
était celle des fonds spéciaux, la deuxième origine, celle des FES»;
Ces éléments étaient confirmés notamment par son prédécesseur au poste de
directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, Bernard BOUCAULT ainsi que
par le chef de cabinet de ce dernier, Jean-Christophe ERARD.
3.2.1.2 Révélation des fonds spéciaux de Matignon et
rapport LOGEROT
A la suite des révélations de Jacques CHIRAC qui expliquait avoir payé en
espèces des billets d'avion avec les primes provenant des fonds spéciaux de
Matignon, Lionel JOSPIN, alors Premier ministre, demandait à titre
exceptionnel au Premier président de la Cour des comptes de lui adresser des
propositions dans le cadre d'un réexamen d'ensemble du régime des fonds
spéciaux ouverts du budget de l'État, et dont le Premier ministre dispose en
application d'une loi du 27 avril 1946 et d'un décret du 19 novembre 1947.
Il ressort du rapport de François LOGEROT, Premier président de la Cour des
comptes, en date du 10 octobre 2001 versé au débat par la défense de Daniel
CANEPA (pièce n°2) qu'une partie des fonds spéciaux de la DGSE demeurant
à la disposition du premier ministre était en effet traditionnellement attribuée
notamment à l'ensemble des ministères pour
des rémunérations
complémentaires et des «frais de fonctionnement exceptionnel». Ils sont
communément désignés comme les «fonds spéciaux de Matignon».
Dans ce contexte de crise, Lionel JOSPIN publiait dans un communiqué du 18
juillet 2001, pour la première fois, des indications sur la répartition de ces
dotations. Ainsi, l'enveloppe attribuée en 2001 pour l'ensemble des ministères
(hors Premier ministre : 3,5 millions d'euros) s'élevait à 7,93 millions d'euros.
Ces fonds étaient retirés en espèces sur le compte de la Banque de France et
mis à disposition des cabinets du Premier ministre et des cabinets des ministres
et secrétaires d'État par «enveloppes» mensuelles remises aux personnes
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désignées par les ministres (en général les chefs de cabinet) (p 6 du rapport).
Les chefs de cabinet se rendaient donc à Matignon chaque mois et y retiraient
leur enveloppe mensuelle. Une première répartition était faite dans chaque
ministère entre la part conservée par le ministre et celle destinée aux
rémunérations complémentaires des membres du cabinet. Une seconde
répartition était ensuite effectuée, généralement par le chef de cabinet, entre les
membres du cabinet.
Aucun compte rendu n'était fourni au Premier ministre par les ministres
attributaires des fonds, et il ne leur en était pas d'ailleurs demandé (p 7 du
rapport).
Il s'agissait donc d'un régime dérogatoire appliqué à un champ très large dont
François LOGEROT dressait l'état des lieux et soulignait la nécessité d'une
révision du périmètre dans les termes suivants (page 10 et suivante du
rapport) :
«Plusieurs motifs militent, à l'heure actuelle, pour que le régime des fonds
spéciaux ne s'applique plus à des dépenses sur fonds publics qui pourraient
être traitées selon les dispositions budgétaires et comptables généralement en
vigueur.
a) les polémiques récentes ont montré que l'exigence de transparence * à
l'égard de l'utilisation des moyens financiers mis à la disposition des pouvoirs
publics se faisait de plus en plus pressante. C'est plus particulièrement le cas
en ce qui concerne les rémunérations payées sur les deniers publics, comme
l'indiquent notamment les réactions et commentaires auxquels ont donné lieu
les rapports que la Cour des comptes a consacrés en janvier 2000 et avril
2001 à la fonction publique d'État et dans lesquels étaient dénoncés la
complexité et l'opacité caractérisant la gestion des traitements et
rémunérations accessoires des fonctionnaires et des autres agents publics. Dès
octobre 1999, le Gouvernement avait d'ailleurs rappelé l'obligation d'assoir
les primes et indemnités de toute nature sur des bases législatives ou
réglementaires et lancé une opération de remise en ordre juridique, qui a déjà
donné lieu à la publication des textes intéressants plusieurs corps de la
fonction publique.
De ce point de vue, la distribution de rémunérations complémentaires non
déclarées à l'administration fiscale et ne supportant pas les prélèvements
sociaux, du fait qu'elles sont versées en espèces provenant des comptes de
fonds spéciaux, n'apparaît plus seulement comme un privilège anachronique,
mais toléré; elle constitue une irrégularité choquante dès lors qu'il s'agit de
compléments de rémunérations versés à des agents publics, sur fonds publics
en dehors de toutes règles et de tous contrôles. Leur dissimulation est d'autant
moins admissible que les sujétions supportées par les membres des cabinets
ministériels et par les autres personnels, qui leur apportent leur concours, sont
le plus souvent bien réelles, qu'il s'agisse de la charge de travail ou des
contraintes de calendrier ou d'horaires, et méritent d'être compensées en toute
clarté.
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(….)
b) à la nécessité d'une meilleure transparence s'ajoute l'intérêt qui s'attache à
combattre la suspicion* persistante quant à l'utilisation possible des fonds
spéciaux pour financer directement ou indirectement des activités de nature
politique. (…). Les lois successives qui, de 1988 à 1995, ont établi la
surveillance du patrimoine des élus et l'encadrement du financement des partis
politiques et des campagnes électorales, y compris sur le budget de l'État,
prohibent désormais toute utilisation à ces fins des fond spéciaux. (…)
c) le troisième motif qui incite à préconiser le reclassement dans d'autres
lignes budgétaires des crédits de fonctionnement qui devraient y figurer se
relie à l'effort de modernisation de la gestion publique * (…)».
* souligné par l'auteur du rapport.
François LOGEROT formulait à la suite de ce constat des propositions ayant
pour objet d'amorcer cette clarification tout en limitant le champ des fonds
spéciaux aux opérations qui en relèvent effectivement par leur nature-même.
Il proposait ainsi :
le maintien d'un régime de fonds spéciaux compte tenu de la nécessité
pour un État de pouvoir conduire dans le secret l'action de protection
de la sécurité intérieure et extérieure* justifiant un régime budgétaire
et comptable dérogatoire
– le reclassement dans le budget ordinaire des autres crédits et notamment
les rémunérations accessoires
précisant :

«Il est urgent de mettre fin à la pratique des versements en espèces qui
permettent à leurs bénéficiaires pour des montants qui peuvent être élevés, de
faire échapper à l'impôt sur le revenu et aux cotisations sociales une part de
leurs rémunérations accessoires. (…)
Pratiquement, il s'agirait de transférer les montants actuellement réservés à
cet usage, éventuellement révisés, aux lignes budgétaires déjà ouvertes dans
les budgets au titre des indemnités de ce cabinet. (...)»; (page 16 du rapport)
(…)
En premier lieu, il serait nécessaire de donner une base réglementaire aux
«indemnités de cabinet».(...). Un décret définirait le régime de ces indemnitésqui pourraient être qualifiés d'indemnités de sujétions spéciales- et un arrêté
fixerait sinon un barème détaillé, du moins les maximum autorisés selon le
type de fonction exercée. (page 17 du rapport).
C'est dans ce contexte qu'intervenait la réforme dite « JOSPIN » de 2001.
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3.2.2 - La réforme «JOSPIN et la mise en place des indemnités de
sujétions particulières (ISP) au 1er janvier 2002
La réponse du secrétaire général du Gouvernement au PNF en date du 6 février
2015 précise :
«Le décret n°2001-1148 du 5 décembre 2001 a institué une indemnité pour
sujétions particulières liées à l'exercice de fonctions en cabinets ministériels.
L'article 2 de ce décret prévoit que, dans la limite des crédits ouverts à cet
effet, il peut être attribué une indemnité forfaitaire destinée à rémunérer les
sujétions particulières que les personnels titulaires ou non titulaires
supportent dans l'exercice de leurs fonctions. Les bénéficiaires de cette
indemnité sont donc les fonctionnaires ou les agents contractuels :

qui sont membres du cabinet du Premier ministre ou des cabinets des
ministres, ministres délégués et secrétaires d'État, qui concourent aux
fonctionnement ou aux activités de ces cabinets ou qui sont affectés
auprès des anciens présidents de la République;
qui assurent la protection de ces personnalités ou les services de
sécurité, d'intendance ou de logistique liés à l'exercice de la fonction
ministérielle;
qui participent, sous l'autorité du Premier ministre, à l'organisation du
travail du Gouvernement ou à la coordination de la communication
gouvernementale.

L'article 3 de ce même décret précise que le montant des attributions
individuelles, ainsi que le rythme, mensuel, semestriel ou annuel, de leur
versement sont déterminés en fonction de la nature et de l'importance des
sujétions auxquelles est astreint le bénéficiaire.
A cette fin, le Premier ministre fixe le montant de la dotation annuelle de
chaque cabinet ministériel, en fonction des besoins sollicités pour les membres
de cabinet et pour les personnels chargés des fonctions support. Le montant
est notifié à chaque ministre, par un courrier signé du chef de cabinet du
Premier ministre, qui précise la répartition de l'enveloppe entre les membres
de cabinet et les personnels de soutien. Le ministre chargé du budget reçoit
copie de cette notification.
Le montant des indemnités de sujétions particulières est retracé, pour chaque
membre du Gouvernement, dans une annexe spécifique au projet de loi de
finances intitulée «jaune-personnels affectés dans les cabinets ministériels»
dont vous trouverez copie en pièce jointe. Ce document précise également le
nombre de bénéficiaires de cette indemnité.
Au sein des ministères, les règles d'attribution des indemnités de sujétion
particulières sont variables. Le plus souvent, elles relèvent du chef de cabinet.
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Ces indemnités étant une des composantes de la rémunération, elles
apparaissent sur le bulletin de salaires des personnels».
Cette réforme est entrée en vigueur au 1er janvier 2002.
Elle ne concerne que les membres de cabinets ministériels. Les ministres, qui
percevaient des fonds spéciaux de Matignon en espèces, ont vu leur traitement,
conformément aux propositions de François LOGEROT, augmenter de façon
très significative au cours de l'été 2002.
Ainsi, il est constant que, comme relevé dans le rapport de l'IGA/IGPN
(Sources : article 64212 du chapitre 31-02 des documents budgétaires), la
ressource annuelle allouée pour le paiement de l'ISP des membres du cabinet
du ministère de l'intérieur était de 434 K€ en 2002, de 939 K€ en 2003, 1 059
K€ en 2004, 1 315 K€ en 2005, 1 920 K€ en 2006 et a décru progressivement
pour atteindre 1 547 K€ en 2012.
Ces dotations budgétaires allouées pour le paiement des indemnités de sujétion
particulières (ISP) étaient à partir de 2002 inscrites dans la loi de finance. Les
membres de cabinet ministériel voyaient à partir du 1er janvier 2002 leur ISP
figurer sur leur bulletin de salaires. Les primes de cabinet étaient désormais
soumises à cotisations sociales et fiscalisées.
3.3- Les frais d'enquête et de surveillance de la police nationale (FES)
3.3.1 – Les textes concernant les frais d'enquête et de surveillance

Décret du 15 juin 1926

Les FES ont été institués par l'article 4 du décret du 15 juin 1926 intitulé
«allocation d'indemnité (sûreté générale)», validé par l'article 7 du décret
N°45-980 du 16 mai 1945 relatif aux indemnités du personnel de la sûreté
nationale et des polices régionales d'État, toujours en vigueur.
L'article 4 définit «Les frais d'enquête et de sûreté générale comme les frais
comportant toutes les autres dépenses que celles entrant dans la catégorie des
frais de missions que le fonctionnaire peut être appelé à engager pour
l'exécution de la mission qui lui est confiée ».
Il prévoit que «ces frais, essentiellement variables sont soumis à l'approbation
personnelle du directeur de la sûreté générale, qui en certifiera l'utilité et
l'exactitude, et font l'objet dans chaque cas d'espèce, d'une décision du
ministre de l'intérieur».

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Décret N°93-1224 du 5 novembre 1993

Il précise les modalités de règlement des crédits affectés aux FES
qui «peuvent être payés directement en numéraire par un régisseur
de l'État entre les mains d'un agent bénéficiaire nominativement désigné
par la décision d'attribution prise par l'autorité administrative compétente
(article 1) et que les frais afférents aux FES sont versés sur la
production de la décision d'attribution acquittée par l'agent bénéficiaire».
Les instructions encadrant les FES :

circulaire du ministère de l'intérieur du 14 février 1994 relative à la
réforme des modalités de paiement des FES, précisant qu'ils sont
attribués «à un agent, nommément désigné à cet effet» et payés sur la
base d'une décision ministérielle,

circulaire du ministère de l'intérieur du 8 avril 1994 relative à
l'achèvement de la réforme des modalités de paiement des FES, des
frais de missions et des frais de police, interprétant le décret du 8
novembre 1993 comme prévoyant que les FES peuvent être payés par
l'intermédiaire d'un agent bénéficiaire et autorisant la remise, par un
régisseur, de FES à un fonctionnaire pour le compte d'un tiers, tout en
rappelant que les délégations de crédit consenties au titre des FES
conservent un caractère exceptionnel (la mise en place de régies dans
les DDSP devant néanmoins permettre que ces délégations puissent
intervenir au niveau départemental),

En outre, une note de Claude GUÉANT, directeur général de la police
nationale du 3 février 1998 adressée au préfet de police et aux directeurs et
chefs de service centraux de la police nationale, la veille de son départ de son
poste de DGPN, précisait les modalités d'utilisation des FES en énumérant trois
catégories d'utilisation :
* le recueil de renseignement,
* la rémunération d'informateurs,
*l'acquisition de matériels ou mise à disposition
d'investigations qui ne peuvent
être acquis ou fournis dans
procédures administratives et comptables habituelles,
compte
l'urgence des missions au titre desquelles ils sont
alloués
nécessaire confidentialité qui doit entourer ces dernières.

de moyens
le cadre de
tenu
de
ou de la

Cette note précise que des FES peuvent également être alloués à des
fonctionnaires actifs pour les défrayer dans le cadre de leurs missions
d'investigation, certaines des dépenses exposées ne pouvant
être prises en charge par l'administration ou remboursées sur la base du décret
du 28 mai 1990 relatif aux frais de déplacement et rappelle «qu'en aucun cas
ces crédits ne doivent être considérés comme permettant d'alimenter un régime
indemnitaire» car il s'agit de fonds confiés pour la conduite des enquêtes et
des missions de police».
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Il est constant que cette note n'a pas de valeur contraignante, le directeur
général de la police nationale n'ayant pas de pouvoir réglementaire.
*****
Il convient de relever que Claude GUÉANT était directeur-adjoint au cabinet
de Charles PASQUA, ministre de l'intérieur de l'époque, entre avril 1993 et
octobre 1994. Il occupait donc ces fonctions lors de l'entrée en vigueur du
décret et des circulaires ministérielles qui ont instauré, pour le paiement des
FES, un régime exorbitant du droit commun.
DGPN à compter d'octobre 1994, il a géré ces FES jusqu'à son départ en février
1998, dans le contexte d'une alternance politique. A la veille de son départ, il a
rédigé une note interdisant l'usage indemnitaire des FES, qui ne pouvait avoir
vocation à s'appliquer qu'à son successeur, et à laquelle il dénie dans le cadre
de la présente procédure toute valeur ou portée juridique.
Il avait donc une parfaite connaissance du fonctionnement de ces frais
d'enquête et de surveillance dont il convient de rappeler que le budget global
s'élevait à près de 13 millions d'euros en 2002, affecté à hauteur de plus 3,2
millions d'euros à la DGPN.
3.3.2 Des paiements en numéraire relevant d'un régime
budgétaire et comptable dérogatoire instauré par le décret du 5
novembre 1993
Par délégation du ministre, le directeur de cabinet est signataire de la décision
d'attribution ministérielle des frais d'enquête et de surveillance de notification
des FES aux régies, c'est à dire de la décision qui détermine le montant des
FES à attribuer à chacune des six régies de la police nationale. Le DGPN est
co-signataire de cette décision.
Les paiements s'effectuent en application du décret du 5 novembre 1993. Ces
dépenses transitent par six régies d'avance créées au sein de la DGPN. Une
régie d'avance placée auprès du cabinet du DGPN assure le règlement de la
plus grosse partie des FES. Quatre directions centrales exerçant des activités
d'enquête et de surveillance en raison de leur missions de police judiciaire
(DCPJ, DCSP), de renseignement (DCRI) ou de répression de l'immigration
irrégulière (DCPAF) sont aussi dotées d'une régie qui peut verser de tels fonds
en espèces, ainsi que le service de protection des hautes personnalités (SPHP).
Comme le souligne la défense de Claude GUÉANT dans ses conclusions, le
décret de 1993 pose une dérogation au décret de 1992 en prévoyant qu'une
régie peut payer en numéraire les FES, sans que ceux-ci ne soient par ailleurs
identifiés ou limités dans leur objet. Ce décret n'a pas pour objet de définir les
FES mais se borne à prévoir que par dérogation, ils peuvent être payés
directement en numéraire par un régisseur de l'État entre les mains d'un agent
bénéficiaire qui n'est pas tenu de tenir un compte d'emploi. Ce décret du 5
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novembre 1993 qui s'applique aux FES constitue en ce sens une disposition
spéciale exorbitante du droit commun.
Il ressort des éléments de la procédure qu'aucune archive concernant
l'utilisation des FES n'a été retrouvée, Henriette Boisseau, chargée de la
distribution des FES au sein de la DGPN, ayant rempli, comme son successeur,
un cahier à spirale qu'elle déchirait en fin d'année après validation par le
DGPN. Les décisions ministérielles d'attribution antérieures à 2007 n'ont pas
non plus été retrouvées.
3.3.3 Critiques formulées à l'égard du fonctionnement actuel des FES
au sein de la police nationale à des fins indemnitaires et propositions
d'amélioration
Les rapports de l'IGA/IGPN et de la Cour des comptes révèlent que les FES
reposent sur une base juridique fragile ou floue et sont en partie utilisés, au sein
de la police, pour des gratifications indemnitaires (indemnités en espèces
versées à des fonctionnaires de police, non déclarées ni soumises à prélèvement
sociaux), sans aucune traçabilité.
3.3.3.1 Les observations de la Cour des comptes
Le rapport de la Cour des comptes précise :
«Le décret du 5 novembre 1993 a autorisé les régies d'avance du ministère de
l'intérieur à régler en liquide des FES sans plafond. Cette procédure paraît
toutefois exorbitante du droit commun parce qu'elle consiste à remettre des
fonds en espèces à des personnes physiques, totalement libres de leur emploi,
qui ne sont d'ailleurs pas tenues d'en rendre compte. Elle aboutit à faire
transiter des fonds publics entre les mains de multiples intermédiaires qui
n'ont pas la qualité de comptables ou régisseurs.
Il conviendrait d'abroger le décret de 1993 afin de mettre en place une
organisation du paiement des FES dont l'objet serait désormais circonscrit à
des besoins spécifiques d'investigation à l'exclusion du versement aux
fonctionnaires de gratifications financières et de remboursement de frais de
mission ordinaires».
Les observations définitives de la 4 ème chambre de la Cour des comptes du
mois de décembre 2013 reprenaient les observations provisoires, complétées.
La cour relevait, s'agissant de l'évolution des frais d'enquête et de surveillance
de 2002 à 2012, que «la Cour n'a pu accéder à aucune archive relative à
l'emploi de ces fonds pour les années antérieures à 2012. Il semble qu'aucune
trace écrite ou numérique n'ai été conservée. Les gestionnaires de ces fonds,
Henriette BOISSEAU, puis Robert MARTIN, ont tenu un inventaire des
sommes versées dans un cahier à spirales dont, selon ce dernier, ils ont détruit
les pages remplies à la fin de chaque exercice. L'absence de conservation du
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moindre compte-rendu d'emploi des sommes en espèces versées au cabinet du
DGPN de 2002 à 2011, soit au total un montant cumulé de 32 300 000 millions
d'euros, hors la dotation versée à la DCPJ pour la rémunération des
informateurs, a été confirmée par M. Michel GAUDIN et M. Frédéric
PECHENARD au cours de leur audition par la Cour des comptes, le 10 juillet
2013».
Au terme de ses observations, la cour a émis un certain nombre de
recommandations.
Le rapport préconise ainsi l'obligation pour les policiers de remplir un compterendu de l'emploi des fonds, à remettre à leur chef de service, qui le remettrait à
son tour au régisseur. Il est également souhaité qu'aucune somme en liquide ne
soit conservée par la DGPN, les directions centrales, les chefs de service
centraux ou territoriaux, les reliquats non dépensés devant être
systématiquement restitués au régisseurs compétents.
3.3.3.2 La note du CBCM mettant fin à tout versement au titre
des FES
Dans sa note du 11 juin 2013, le contrôle budgétaire et comptable ministériel
(CBCM) a reconstitué les sommes versées aux six régies de la DGPN en 2012
pour un montant total proche de 10 millions d'euros, sommes versées à des
agents en numéraires. Il précise :
«Or, il semble qu'une fraction de ces dépenses serve à verser des primes en
liquide à des agents de l'État; cette fin est étrangère à ce qu'autorise le décret
de 1993 et à ce qui figure dans les pièces présentées; la jurisprudence
traditionnelle de la Cour qualifie cela de «mandat fictif». au surplus, cette
utilisation des fonds appellerait les plus vives réserves : il s'agirait
d'indemnités versées sans texte et qui échapperaient à tout prélèvement et
impôt.
Dès lors, et jusqu'à meilleur avis, je refuse désormais de reconstituer les
avances des régisseuses pour ces dépenses. Je leur adresse copie de la
présente note pour qu'elles cessent tout paiement présenté en application du
décret de 1993 et les engage à prendre tout contact avec mon service»;
3.3.3.3 Les réformes déjà engagées par le DGPN depuis octobre
2012 et sa réponse aux observations de la Cour de comptes
Claude BALAND, directeur général de la police nationale depuis mai 2012,
expose, dans sa réponse aux observations provisoires de la Cour des comptes,
avoir instauré des les premiers mois de sa présence à la tête de la DGPN un
premier niveau de traçabilité des crédits FES et qu'il a souhaité rappeler pour
2013 les règles d'attribution et de traçabilité à observer. Il fait valoir qu'à la
suite des observations provisoires de la Cour des comptes, il a donné une
instruction le 26 juin 2013 qui entend répondre à la majeure partie des
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observations de la Cour. Il considère que la suppression totale des FES n'est
pas envisageable mais souhaite s'engager dans la définition d'un cadre d'usage
précis des FES et les maintenir pour les objets suivants :


dépenses de rémunération des informateurs
dépenses de recueil de renseignements
dépenses d'acquisition de matériels nécessaires à l'investigation (cas de
l'urgence ou de la confidentialité) lorsque l'abstraction des règles de
droit commun (comptabilité publique, code des marchés) est obligatoire
pour l'activité des services;
défraiement sous la condition de l'urgence et/ou de la confidentialité;
recours dans les autres cas aux règles de droit commun tel que
recommandé par la Cour.

Il précise
dans cette note du 26 juin 2013 que toute forme de
prime/gratification et de paiement de dépenses de fonctionnement est d'ores et
déjà proscrite.
*****
Si la question de l'utilisation des FES au sein de la police nationale est distincte
des faits de la prévention, il convient néanmoins de relever que le contenu de
cette note du DGPN en date du 26 juin 2013 est très proche de celui de la note
de Claude GUÉANT datée du 3 février 1998, manifestement restée lettre
morte, y compris lors du retour de ce dernier au ministère de l'intérieur en tant
que directeur de cabinet du ministre, Nicolas SARKOZY, du 7 mai 2002 au 31
mars 2004, puis du 1er juin 2005 au 26 mars 2007, et même en tant que
ministre de l'intérieur entre le 27 février 2011 et le 10 mai 2012. La rédaction
d'une note émanant du DGPN qui ne serait pas accompagnée d'instructions
précises ou de procédures concernant les règles d'attribution et de traçabilité de
ces fonds s'est en effet, sans réelle surprise dans ce domaine, révélée peu
suivie d'effet.
Si les décrets de 1926 et de 1993 n'ont à ce jour manifestement pas été abrogés
ni modifiés, il résulte de l'ensemble des éléments du dossier et des débats que
le rapport de la Cour des comptes de 2013 a eu pour effet de provoquer, au sein
de la DGPN, la mise en place de mesures destinées à assurer une utilisation
des FES désormais conforme à leur objet, qui a été précisé, toute forme de
prime/gratification et de paiement de dépenses de fonctionnement étant
proscrite, ainsi qu'un suivi de l'utilisation de ces fonds en espèces dont il n'est
pas contesté qu'ils restent par nature nécessaires à l'exercice de missions de
police.
Le tribunal relève que cette situation, qui ne constitue pas le cœur du débat, est
très similaire, tant dans le constat que dans les recommandations, à celle qui
avait fait l'objet du rapport LOGEROT concernant, en 2001, les fonds spéciaux
de Matignon. (cf supra 3.2.1).

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IV- L'UTILISATION D'UNE PARTIE DES FRAIS D'ENQUÊTE ET DE
SURVEILLANCE (FES) DE LA POLICE POUR VERSER DES
GRATIFICATIONS EN ESPÈCES A DES MEMBRES DU CABINET
DU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR ENTRE JUILLET 2002 ET MARS
2004
Claude GUÉANT, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, a reconnu
avoir sollicité de Michel GAUDIN, dès l'arrivée de ce dernier au poste de
DGPN au 1er juillet 2002 et jusqu'à la fin du cabinet de Nicolas SARKOSY en
mars 2004, une somme de 10 000 euros par mois qu'il a utilisée pour compléter
les primes de cabinet versées tant à lui-même qu'à plusieurs membres du
cabinet.
4.1 Des prélèvements reconnus sur les FES de la police à hauteur d'au moins
10 000 € par mois entre juillet 2002 et mars 2004
4.1.1 Des prélèvements sur les FES au profit de certains membres
du cabinet révélés et reconnus par Claude GUÉANT
4.1.1.1 Révélation des faits par Claude GUÉANT
Il convient à cet égard de rappeler que la présente affaire trouve son origine
dans les déclarations de Claude GUÉANT à propos de vingt factures et bons de
commande découverts à l'occasion d'une perquisition à son domicile le 27
février 2013, se rapportant à des achats d'ameublement et d'aménagement
intérieurs, effectués entre le 1er octobre 2002 et le 26 novembre 2009, portant
mention de paiements en espèces représentant un montant total de 47 614,80
euros.
Claude GUÉANT indiquait à cette occasion: «S'agissant des paiements en
espèces que j'ai pu faire, ces paiements tiennent à une facilité qui consistait en
ce que le Ministère de l'intérieur payait les primes de cabinet en espèces».
Claude GUÉANT était entendu le 6 juin 2013, sur commission rogatoire d'un
juge d'instruction du tribunal de grande instance de Paris par la DNIFF et
déclarait :
«En mai 2002, je suis revenu au ministère de l'intérieur comme directeur de
cabinet. (…).
Il se trouve que le constat a été fait par notre cabinet que la dotation d'ISP
était un peu étriquée. La décision a donc été prise au démarrage du cabinet de
conforter cette dotation d'ISP par un complément venant des frais d'enquête et
de surveillance, comme cela était depuis toujours pratiqué au ministère de
l'intérieur».

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4.1.1.2 Déclarations de Claude GUÉANT
Au cours de son audition du 6 juin 2013 dans le cadre de l'information ouverte
sur des faits de blanchiment susceptibles d'avoir été commis entre 2006 et
2009, Claude GUÉANT a expliqué «qu'à plusieurs étapes de sa carrière, il
avait bénéficié d'espèces au titre de ses indemnités», d'abord en 1977, puis
entre avril 1993 et octobre 1994, lorsqu'il avait exercé les fonctions de
directeur-adjoint de cabinet, époque à laquelle il avait bénéficié de 30 000
francs mensuels (soit environ 5 000 euros). D'octobre 1994 à fin janvier 1998,
alors qu'il occupait les fonctions de DGPN, la totalité de ses indemnités avaient
été payées en espèces, il ne savait plus si elles étaient de 50 000 ou de 100 000
francs par mois (entre 7 700 et 15 000 euros par mois).
A son retour au ministère de l'intérieur en mai 2002, une réforme intervenue en
décembre 2001 avait
supprimé
les
modes
de
rémunération
indemnitaires des membres de cabinet, assurées jusqu'alors par les fonds
spéciaux. Les « indemnités pour sujétions particulières (ISP) » avaient été
créées pour succéder au dispositif des fonds spéciaux. Il avait estimé la
dotation «ISP» quelque «peu étriquée» et décidé de «conforter cette dotation
d'ISP par un complément venant des FES, comme cela était depuis toujours
pratiqué au ministère de l'intérieur». Lui seul et trois ou quatre personnes du
cabinet «toutes chargées de fonctions en rapport avec l'activité policière qui
leur occasionnaient des contraintes très spécifiques» avaient bénéficié de cette
dotation : Daniel CANEPA, Laurent SOLLY et Jean-Marc BERLIOZ,
«quatre décideurs» qui «en contrepartie avaient des contraintes particulières,
notamment de permanences», sur un total de 15 à 20 membres du cabinet. Il a
estimé «l'enveloppe destinée au cabinet à 12 000 euros», percevant lui-même 5
000 euros chaque mois.
Michel GAUDIN lui remettait les espèces, réparties ensuite entre Daniel
CANEPA (3 000 €) et les deux autres (2 000 € chacun). Ce dispositif avait
perduré jusqu'à la fin du mois de mars 2004.
Lorsqu'il était redevenu directeur de cabinet du ministre de l'intérieur en 2005,
il avait été mis fin au paiement des primes en espèces, la «dotation en ISP»
paraissant suffisante.
Il a confirmé avoir personnellement demandé à Michel GAUDIN de lui
remettre ces espèces, soit environ 12 000 euros par mois, dont il avait conservé
5 000 euros pour lui même, lui ayant permis de payer, principalement, en 20082009, des dépenses «d'équipements» liées à l'aménagement d'un appartement
qu'il venait d'acquérir. Il a déclaré en détenir encore, leurs montants
s'expliquant par les «indemnités très confortables dont il avait bénéficié dans
ses postes successifs et qu'il n'avait pas dépensées».
Entendu le 17 décembre 2013, sous le régime de la garde à vue, dans le cadre
de la présente procédure, il a déclaré que les FES étaient gérés par le DGPN
(Michel GAUDIN), que cette ligne budgétaire avait baissé pendant la période
où il avait été directeur de cabinet et que la gestion était faite dans chaque
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service par des délégués qui recevaient les dotations. Henriette BOISSEAU
était «chargée des FES» au sein de la DGPN, avec «un rôle clair au sein de la
comptabilité publique» sans être «régisseur», il y avait «au sein de la DGPN
une régie propre aux FES».
«Chaque année le DGPN établissait un programme d'emploi des crédits
disponibles au titre des FES et chacun des responsables dans les services
recevait une notification de la décision prévisionnelle», «les FES étaient régis
par des textes particulièrement flous», dont le décret de 1926, dont «les
inspections générales soulignaient qu'il pouvait surtout être lu en creux», ne
«disant rien sur les bénéficiaires potentiels ni sur les types de dépense». «Quel
que soit le texte d'origine et les quelques actualisations formelles dont il
(avait) été l'objet, la pratique suivie au ministère de l'intérieur, depuis très
longtemps et encore à l'époque où il (était) DGPN et encore à l'époque où il
avait été directeur de cabinet, ou à l'époque ou le rapport des inspections a été
produit , n'avait plus grand choses à voir avec un concept de remboursement
de dépenses».
«Pour l'essentiel, les FES servaient à des gratifications et à
alimenter un régime quasi indemnitaire». Un «certain nombre d'éléments»
lui laissait penser que c'était toujours le cas.
«Les bénéficiaires de ce quasi régime indemnitaire étaient pour une part des
fonctionnaires de police engagés dans des actions opérationnelles, pour une
autre part des fonctionnaires de police se consacrant à des activités non
opérationnelles et pour une autre encore à des fonctionnaires n'ayant pas le
statut de policier».
Il précisait que « Au ministère de l'intérieur, la ressource était double pour
constituer l'ensemble permettant le versement des primes de cabinet. La
première origine était celle des fonds spéciaux, la deuxième origine, celle des
FES (…) Depuis très longtemps et de notoriété publique, les FES étaient mis
par le DGPN à disposition du cabinet pour permettre le versement des primes
à ces membres».
Lui même, pendant le temps où il avait été DGPN, avait amené chaque mois
au directeur de cabinet du ministre une dotation que ce dernier répartissait
ensuite. Il a exposé que si «en 2002, malgré la création par le Premier
ministre en décembre 2001 d'une indemnité de sujétion particulière (ISP) se
traduisant par un virement et mettant ainsi fin aux primes en espèces versées
sur les fonds spéciaux, un dispositif transitoire de versements de primes en
espèces sur les FES avait été maintenu au cabinet du ministre de l'intérieur
jusqu'en 2004, c'était parce qu'ils s'étaient retrouvés dans une situation
difficile, la dotation d'ISP attribuée au cabinet du ministre de l'intérieur (étant)
apparue insuffisante, car se montant à 434 000 euros» et ne correspondant
«qu'à la traduction budgétaire en ISP de la délégation qui était faite
auparavant en fonds spéciaux», ajoutant que le «Parlement lui-même (avait)
pris l'initiative d'une revalorisation de la dotation ISP par transfert à partir
des budgets de FES», cette «revalorisation» de la dotation ISP par transfert
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(ayant) été poursuivie dans les années suivantes jusqu'à atteindre 1,3 millions
d'euros en 2005, ce qui avait eu pour effet de faire quadrupler l'enveloppe ISP
en trois ans».
Interrogé sur la déclaration de Bernard BOUCAULT, selon laquelle
il n'y avait plus eu de versements d'espèces au sein du cabinet jusqu'à son
départ et sur l'augmentation de la dotation ISP intervenue en 2003 portant
celles-ci à 939 000 euros, il a répondu qu'il «fallait en toute bonne gestion des
ressources humaines du cabinet, certes verser des ISP aux membres du
cabinet, mais aussi verser des indemnités à plusieurs centaines de personnes
(350 ou 400) travaillant dans les services du cabinet», la «question étant
d'organiser la transition» en créant un «système provisoire» à ses yeux
«complètement régulier».
Il a précisé que son revenu brut sur l'année avait été de 187 000 € en 2006 et de
100 000 € en 2003, attribuant cet écart, à fonctions égales, à la différence d'ISP
et indiquant qu'en 1993 et 1994, alors qu'il exerçait les même fonctions, il avait
touché 30 000 francs par mois (5 000 € environ) «Comme responsable de
cabinet, il avait le devoir de garantir à ceux (du cabinet) qui exerçaient les
fonctions les plus lourdes, le maintien d'une situation acquise aux fonctions
qu'ils exerçaient et qui était bien sûr à la connaissance de tous, et de leur
garantir un minimum d'équité par rapport à ce qui se passait dans les autres
ministères».
Il a exposé que le décret du 15 décembre 2001 créant l'ISP ne
faisait «aucune mention de versements en espèces ni de la fin d'un système»
et n'interdisait pas «le cumul de primes pour le personnel de cabinet», ajoutant
que «la décision du Premier ministre de décembre 2001 mettait un terme à
l'alimentation des cabinets en fonds spéciaux», mais n'évoquait en aucune
façon les FES.
Il a soutenu que les FES ne servaient que de manière très
marginale au défraiement des fonctionnaires (en dehors des cas prévus par voie
règlementaire), à l'acquisition de matériel hors le cadre de la commande
publique ou au paiement des indicateurs, qu'ils étaient utilisés pour financer des
régimes indemnitaires quel que soit le statut des fonctionnaires, qu'ils aient des
fonctions opérationnelles ou non, et qu'en 2002, lorsqu'il avait pris cette
décision, le «système en vigueur dans l'ensemble de l'administration de la
Police Nationale correspondait très exactement à la mise en œuvre de la
décision qu'il avait prise» (pour les quelques membres de son cabinet). Il avait
lui-même consacré une partie des sommes à l'organisation de déjeuners ou de
dîners en relation avec son activité.
Il a confirmé l'existence d'une enveloppe annuelle à chaque conseiller du
cabinet pour couvrir ses frais de représentation en précisant qu'elles étaient
destinées aux relations institutionnelles (cocktail de vœux, dîners en l'honneur
de personnalités) et que les FES permettaient de «payer les frais d'un certain
nombre de repas pris de façon confidentielle, de la même façon que peuvent le
faire des fonctionnaires de police en mission opérationnelle qui ne souhaitent
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pas donner le nom des contacts qui sont les leurs», ajoutant avoir également
rémunéré, sur une partie des fonds perçus au titre des FES, des informateurs,
notamment dans les affaires corses.
Il affirme avoir eu «en tant que directeur de cabinet du Ministre, une activité
de police importante», et qu'à cette époque (mai 2002) «bien des
fonctionnaires en administration centrale, bien des policiers n'ayant aucune
fonction opérationnelle bénéficiaient de ces FES».
Interrogé sur le côté «sélectif» du versement des primes réservées à certains
membres du cabinet, il a répliqué qu'il «s'agissait des fonctionnaires les plus
engagés dans les activités de police, avec les plus lourdes responsabilités,
avec le grade le plus élevé, qui légitimement pouvaient souhaiter avoir un
régime indemnitaire voisin de celui de leurs prédécesseurs».
«S'agissant plus spécifiquement des FES», ils avaient «même entrepris de les
réduire» leur «objectif étant de faire en sorte que ces FES répondent de façon
progressive aux seules nécessités opérationnelles».
La circulaire de février 1998, qu'il avait signée quelques jours avant de quitter
ses fonctions de DGPN «fixait précisément ces objectifs».
Il ne s'était pas appliqué cette circulaire à lui-même parce qu'en revenant au
cabinet en 2002, il avait constaté qu'elle n'avait jamais reçu de la part de ses
successeurs et des Ministres sous l'autorité desquels ils étaient placés le
moindre début d'exécution.
Il a reconnu avoir demandé à Michel GAUDIN, en juillet 2002, de lui remettre
une somme de 10 000 euros pour «faire face à ce problème inextricable devant
lequel (il) se trouvait, qui était, compte tenu de l'insuffisance de la dotation en
ISP, de ne pouvoir faire bénéficier d'un régime indemnitaire satisfaisant
certains membres du cabinet», dont lui-même, considérant qu'il n'y avait
aucune raison pour que les membres les plus engagés du cabinet ne bénéficient
pas d'un régime indemnitaire. Il a maintenu que lui-même, le directeur de
cabinet adjoint, le chef de cabinet ainsi que le conseiller police bénéficiaient du
versement de FES, toutes personnes chargées, selon lui, de «missions de
police».
Questionné sur le choix de ne verser ces primes qu'à quatre membres d'un
cabinet qui en comptait 18 en mai 2002, puis 27 en cours d'année suivante, il
a expliqué avoir distingué deux séries de personnes «quelques unes plus âgées,
plus engagées, plus chargées de responsabilités dont il (lui) avait semblé
normal qu'elles bénéficient d'un régime indemnitaire voisin de celui de leur
prédécesseurs» et «d'autres, plus jeunes, plus nouvelles auxquelles il (lui)
avait semblé pouvoir leur donner un niveau d'ISP acceptable compte tenu de
la ressource disponible».

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La définition du montant du seuil des ISP était faite dans le cadre «d'une
réunion avec le chef de cabinet en début d'année, pour arrêter les montants
destinés à chacun , les critères tenant à la charge de travail et à la qualité du
service rendu et au corps d'origine du bénéficiaire».
Bien que les versements en faveur de personnes étrangères aux administrations
publiques ayant fourni des renseignements dans le domaine de la découverte ou
l'identification des auteurs de crimes ou de délits soient prévus par l'article 15-1
de la loi de programmation relative à la sécurité intérieure du 21 janvier 1995,
il a déclaré qu'il lui arrivait, au titre de la coordination de certaines enquêtes,
«d'être sollicité par des personnes qui souhaitaient (lui) communiquer des
informations contre rétribution», qu'il avait alors, sans utiliser les
dispositifs légaux d'immatriculation des informateurs, utilisé ces fonds afin
de garder son contact «confidentiel» en lien avec «la criminalité corse». Il en
avait «fait profiter les services» aux travers de leurs directeurs respectifs, sans
toutefois ne jamais avoir rédigé de notes.
Il n'était pas immédiatement intervenu pour faire modifier le montant des ISP
car «les modifications législatives étaient annuelles», qu'il n'était pas possible
de faire une «évolution radicale d'une année sur l'autre» dans le souci de
l'ensemble des moyens du ministère, raison pour laquelle cette évolution n'avait
été que progressive.
Il a contesté les déclarations de Jean-Christophe ERARD selon lesquelles l'ISP
avait compensé les sommes perçues par chaque membre du cabinet jusqu'au
mois de décembre 2001.
Il a enfin déclaré que la dotation au cabinet (les prélèvement effectués au titre
des FES) pour une période de transition, qui se montait à 120 000 euros par an,
« se comparant à une dotation de la ligne totale de l'ordre d'une dizaine
de millions d'euros, ne pouvait à l'évidence poser de problème ».
4.1.1.3 Des déclarations néanmoins évolutives et parfois
contestées
Il apparaît ainsi que les déclarations de Claude GUÉANT ont varié sur certains
points :

il a évoqué dans un premier temps un prélèvement mensuel de 12 000
euros sur les FES pour faire référence ensuite, conformément aux
déclarations de Michel GAUDIN, à une somme de 10 000 euros par
mois
il a allégué des réunions, notamment avec son chef de cabinet, au cours
desquelles aurait été évoquée de façon collégiale la répartition des ISP
avant de finir par admettre avoir pris seul cette décision de compenser
des dotations ISP jugées insuffisantes par un prélèvement sur les FES
il n'a dans un premier temps justifié ces prélèvements sur les FES qu'à
titre de complément de rémunération, pour évoquer ensuite,
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conformément à la position de Michel GAUDIN, également des
missions de police.
En outre, il a initialement déclaré avoir remis des sommes en espèces à des
personnes «toutes chargées de fonctions en rapport avec l'activité policière qui
leur occasionnaient des contraintes très spécifiques», qui ont contesté avoir
jamais perçu d'enveloppes de sa part.
Les personnes mises en cause dans un premier temps s'avéraient ne pas avoir
fait partie du cabinet au démarrage, voire n'être aucunement chargée de mission
de police.
Ainsi, Jean-Marc BERLIOZ, conseiller technique sécurité au cabinet du
ministre de l'intérieur du 3 juin 2005 au 26 mars 2007 a déclaré n'avoir jamais
touché «de fonds en espèces lors de ses passages dans les cabinets
ministériels, mais avoir bénéficié d'une prime indemnitaire de cabinet qui
faisait l'objet d'une fiche de paye mensuelle et qui était déclarée
à l'administration fiscale».
Interrogé sur les affirmations de Claude GUÉANT, au «démarrage du
cabinet, il avait été décidé de conforter cette dotation d'ISP par un complément
venant des frais d'enquête et de surveillance (…) et que 3 ou 4 personnes,
toutes chargées d'activité de police, qui étaient les «principaux responsables
du cabinet» (…) en avaient bénéficié dont Monsieur BERLIOZ» à
hauteur de 2 000 euros par mois, il a contesté avoir été membre de son cabinet
à cette époque et avoir touché des enveloppes au cours de la période où il
avait travaillé avec lui. Tout ceci était «totalement faux», Claude GUÉANT
«devait se tromper de personne».
Il n'avait jamais entendu parler d'une insuffisance de l'enveloppe destinée à
l'ISP et «se réservait le droit de déposer plainte contre Claude GUÉANT pour
dénonciation calomnieuse».
L'analyse de ses comptes bancaires n'a révélé aucune anomalie en lien avec des
retraits en espèces, qui sont restés réguliers dans leur moyenne entre les mois
de juin 2005 et mars 2007.
Laurent SOLLY, conseiller technique au cabinet du ministre de l'intérieur de
la mi-janvier 2004 au mois de mars suivant, a contesté avoir bénéficié de
primes en espèces lorsqu'il était en cabinet ministériel et s'est déclaré
«extrêmement surpris» des affirmations de Claude GUÉANT l'ayant
désigné comme bénéficiaire, «contestant totalement» cette assertion et
«ayant du mal à l'expliquer».
Il n'avait jamais vu Claude GUÉANT remettre de primes en espèces à certains
collaborateurs du cabinet et n'avait jamais entendu personne se
plaindre des montants des ISP. Confronté à l'analyse de ses comptes bancaires
laissant apparaître une nette baisse des retraits en espèces au cours du mois de
mai 2004 par rapport à la moyenne des mois précédents (260 euros, pour une
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moyenne située entre 400 et 740 euros) et une augmentation plus importante à
partir du mois de mai 2004 (une moyenne mensuelle de 1 300
euros) il a maintenu ses déclarations.
Claude GUÉANT a ensuite mis en cause comme ayant reçu 2 000 euros par
mois en espèces des fonctionnaires de police ayant fait partie du cabinet
ministériel, dont le tribunal relève qu'ils se trouvent pour certains avoir
appartenu à l'IGA ou à l'IGPN, qui ont contesté avec véhémence les propos de
leur ancien directeur de cabinet.
Jacques LAMOTTE, directeur des services actifs à l'inspection générale des
services (fusionnée en 1986 avec l'IGPN) a déclaré avoir occupé les fonctions
de directeur départemental de la sécurité publique des Hauts-de-Seine jusqu'en
mai 2002, puis de conseiller police au cabinet du ministre de l'intérieur en mai
et juin 2002.
Interrogé sur les déclarations de Claude GUÉANT selon lesquelles ce dernier
lui avait remis une somme de 2 000 euros en espèce par mois, il a répondu que
«c'était un menteur», que c'était «absolument faux» et qu'il était «déçu de ces
déclarations de la part d'un homme de cette importance». Il a indiqué avoir
souhaité quitter le cabinet pour prendre une direction active car le travail de
cabinet ne correspondait pas à son profil policier.
Il estimait «honteux et scandaleux» que Claude GUÉANT puise dans les FES
pour compenser des dotations ISP jugées insuffisantes, précisant qu'à l'époque
où il avait occupé des fonctions au cabinet ordre public à la DGPN en qualité
de «responsable CAB 2», il se souvenait avoir perçu des FES à hauteur de 1
500 Francs (par mois) pour lesquelles il signait un document auprès d'Henriette
BOISSEAU, pratique qui avait cessé avec Michel GAUDIN.
Jean-Yves DILASSER, retraité, inspecteur général honoraire, conseiller
police en remplacement de Jacques LAMOTTE, a déclaré n'avoir «jamais
bénéficié de fonds en espèces durant (sa) présence au cabinet», et n'avoir
«jamais eu d'enveloppes contenant des espèces», contestant les déclarations de
Claude GUÉANT affirmant lui avoir remis un montant mensuel de 2 000
euros.
Il a confirmé avoir reçu une ISP d'environ 1 200 euros par mois et remis aux
enquêteurs la copie des déclarations fiscales pour les années 2002 et 2003,
faisant état d'une somme de 6 248,85 euros (pour les 4 mois de l'année 2002) et
de 8 798,79 euros (pour les 7 mois de 2003).
Il n'avait jamais vu Claude GUÉANT manipuler des espèces, ni entendu de
collaborateurs du cabinet se plaindre du montant insuffisant des ISP. Il estime
«surprenante» l'utilisation des FES à des fins indemnitaires, en considérant
qu'il s'agissait «de la responsabilité du DGPN».
Il a confirmé, avoir tenu des permanences au sein du cabinet, de jour, de nuit et
les week-end et n'avoir jamais perçu d'espèces à ce titre.
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Luc RODOLPH, retraité, directeur honoraire des services actifs, a déclaré que
lorsqu'il avait intégré le cabinet du ministre de l'intérieur en octobre 2003,
Claude GUÉANT lui avait indiqué «tout de suite» que «les frais qui étaient
autrefois en liquide n'existaient plus et que ce serait viré sur (son) traitement».
Il n'avait «jamais touché de liquide tout le temps ou (il) avait fait partie du
cabinet du ministre de l'intérieur, que ce soit sous SARKOZY ou DE
VILLEPIN».
«Claude GUÉANT lui avait également précisé que pour les moments où ils
devaient recevoir quelqu'un au titre du cabinet, (il) avait accès à la popote, qui
est la salle de restaurant des membres de cabinet».
Lorsqu'il avait eu à recevoir à l'extérieur des gens qui ne souhaitaient pas être
vus, il les invitait sur ses propres deniers, Claude GUÉANT lui ayant indiqué «
qu'il n'aurait pas de remboursements et que ces frais pouvant être occasionnés
par son activité seraient compensés par l'ISP qui lui était versée
mensuellement ». Il n'avait pas été remboursé de ces frais (ni sous forme de
justificatifs, ni sous forme de FES).
Il contestait donc avoir perçu mensuellement une somme de 2 000 euros en
espèces en sa qualité de conseiller police, qualifiant de «mensonge»
l'affirmation de Claude GUÉANT, ajoutant «que tout au long de sa carrière,
à chaque fois qu'il avait perçu des frais de police, cela avait toujours été
contre signature» et que s'il en avait perçu, il en aurait reversé une partie à ses
collaborateurs.
Il s'est déclaré «stupéfait» que de «telles sommes aient pu être remises sans
signature en contre partie», car «cela ne ressemblait pas au fonctionnement de
(leur) administration», ajoutant bien connaître Michel GAUDIN, qui selon lui,
«partout où il était passé», avait tenté «d'assainir tous les systèmes de ce type
qui prêtaient à confusion» et qui lorsqu'il était «arrivé comme Préfet de
Police à Paris (avait) voulu mettre un terme au recours indemnitaire» par
prélèvement sur les FES, ce qu'il avait fait en qualité de DGPN pour les
membres de son cabinet. Il avait du mal «à imaginer que GAUDIN, qui (était)
à (ses) yeux quelqu'un de vertueux» ait «pu faire quelque chose comme cela en
l'absence d'ordre express de GUÉANT ou de SARKOZY».
S'agissant de son indemnité ISP, il «n'avait pas pensé en discuter le montant»,
faisait «des semaines à 86 heures en moyenne» et avait «accepté le montant
qu'on lui versait» qu'il pensait être «un montant standard». Il n'avait jamais
entendu un collaborateur se plaindre de l'insuffisance du montant des ISP et
n'avait jamais sollicité Claude GUÉANT pour l'augmenter.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles Claude GUÉANT avait affirmé lui
avoir remis des espèces prélevées sur les FES, il a déclaré : «je pense qu'il
voulait être en bonne compagnie», «il déteste être seul», «je suis honoré qu'il
m'ait choisi».

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Il n'imagine pas, connaissant «le fonctionnement du cabinet», que «GUÉANT
ait pu puiser dans les FES sans l'aval du ministre» et s'est déclaré prêt à être
confronté avec lui.
Il a remis aux enquêteurs les copies de ses bulletins de paye des mois d'octobre
2003 à octobre 2004, sur lesquelles apparaît une indemnité de sujétion
particulière ayant varié de 1 335 euros à 1 540 euros par mois.
Il a adressé, à la suite de son audition, le message électronique suivant à
l'enquêteur :
«Les assertions de M. Guéant que vous m'avez révélées hier me laissent
perplexes. Je ne sais pas qui sont les autres personnes visées par ses
assertions, lesquelles, si j'ai bien compris, les ont démenties, tout comme moi.
Ma réflexion ci-dessous est peut être dès lors sans objet.
Connaissant l'exceptionnelle intelligence manœuvrière de C. Guéant, je ne
puis imaginer qu'il se soit lancé dans une telle opération sans motifs. Celui que
j'ai évoqué hier, à savoir qu'il a pu garder par-devant lui tout l'argent remis
par Michel GAUDIN, peut en être un.
Un autre motif m'a effleuré : mettre en cause certains, que l'on sait innocents,
pour conduire la Justice vers une impasse, en exonérant ceux qui, peut-être,
ont pu être les vrais bénéficiaires des fonds.
A côté de la hiérarchie «officielle» du cabinet existait une hiérarchie occulte,
la garde rapprochée du Dir Cab et du Ministre, les vrais piliers «politiques»
du temple : les proches, parfois la «cour». Là apparaissent des noms de
membres du Ministère de l'intérieur (Solly, Camux, Hortefeux...), mais aussi de
la société civile (Lefèvre, Louvrier....) ou d'autres ministères (Dati...), tous
promis à un brillant avenir.
Mon interrogation est : voulait-on ainsi, éventuellement, protéger les uns – les
politiques – en exposant les autres – les techniques-?
Je soumets ces réflexions à votre sagacité,
Si je suis confronté avec C. Guéant, je mettrai cette hypothèse sur la table,
pour voir...».
Aucune confrontation n'était organisée dans le cadre de l'enquête préliminaire
notamment entre Claude GUÉANT et Luc RODOLPH.
Néanmoins, Claude GUÉANT a déclaré de façon constante avoir demandé à
Michel GAUDIN de lui remettre des sommes prélevées sur les FES pour servir
de complément de rémunération à lui-même et à quelques membres de son
cabinet.

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Aucun élément du dossier ni des débats ne permet en l'état d'infirmer ni de
confirmer la somme mensuelle de 10 000 euros qu'il a indiqué avoir demandée
chaque mois à Michel GAUDIN, DGPN à compter du mois de juillet 2002, ce
que reconnaît ce dernier, pour conforter des ISP jugées insuffisantes. Claude
GUÉANT a toujours reconnu avoir conservé la somme de 5 000 euros par mois
pour lui-même. Il a finalement déclaré dans le cadre de l'enquête que le solde
était versé chaque mois à hauteur de 3 000 euros à son directeur de cabinet
adjoint et à hauteur de 2 000 euros à son chef de cabinet.
Cette dernière version n'était pas contestée par ses directeurs de cabinet
adjoints successifs, Daniel CANEPA et Gérard MOISSELIN, pas plus que par
Michel CAMUX, chef de cabinet.
4.1.2 Des prélèvements reconnus par Michel GAUDIN
Michel GAUDIN, DGPN de juillet 2002 à juin 2007, a indiqué qu'à la suite de
la réforme de 2001 relative à la rémunération des membres des cabinets
ministériels, le ministère de l'intérieur s'était trouvé dans une situation
particulière puisque les versements en espèces aux membres de cabinet avaient
deux provenances : l'une dite «fonds secrets de Matignon», l'autre propre au
ministère de l'intérieur à partir des FES. L'augmentation progressive, entre
2003 et 2005, de la dotation en ISP (indemnité pour sujétions particulières)
était selon lui la preuve que la dotation initiale de 430 000 euros était
insuffisante, raison pour laquelle il avait accepté, à la demande du directeur de
cabinet, de manière transitoire, de lui verser comme cela se pratiquait
auparavant, 10 000 euros par mois de juillet 2002 à mars 2004.
Il n'avait pas été «surpris» de cette demande, déclarant ne pas savoir «comment
le directeur de cabinet utilisait cette somme», ajoutant qu'il connaissait «par
ailleurs son mode de management très engagé dans le fonctionnement de la
police, voire les enquêtes de police», «le cabinet du ministre de l'intérieur
comporte naturellement des fonctionnaires de police et par ailleurs le
directeur de cabinet organise chaque soir une réunion de police. Nous avions
à conduire des enquêtes particulièrement sensibles» citant «la recherche
d'Yvan COLONNA, le dossier AZF (l'affaire de chantage) et les affaires de
terrorisme basque, corse et islamiste. La manière dont Claude GUÉANT
pilotait, il faisait des réunions très techniques», Il ne «(savait) pas ce qu'il
faisait de ces sommes».
Il ajoutait : «La dotation était insuffisante, ensuite le cabinet nécessitait pour
fonctionner des moyens de police» concernant la nature des FES : «ils sont
définis de manière très imprécise par un texte fort ancien, l'article 4 du décret
du 15 juin 1926, modifié en 1945, qui définit «en creux» les FES et concernant
le régime comptable, ils sont régis par un texte exorbitant du droit commun au
regard des régies (décret du 5 novembre 1993) qui a mis en place le régime de
l'agent bénéficiaire, qui fait qu'il permet à un fonctionnaire désigné de retirer
des espèces, sans obligation de tenue de comptes».
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Il a rappelé avoir lui-même, en sa qualité de DGPN, mis en œuvre dès son
arrivée en 2002 la circulaire du 3 février 1998 signée par Claude GUÉANT et
n'avoir plus versé de primes à caractère indemnitaire à partir des crédits FES
aux personnels de son cabinet. Il a confirmé que la gestion des FES était une
attribution du DGPN, avoir remis des sommes prélevées sur ces fonds à Claude
GUÉANT, affirmant ignorer l'usage qui en était fait. Claude GUÉANT lui
avait indiqué en avoir donné une partie au directeur de cabinet-adjoint ainsi
qu'au conseiller police.
Selon lui «la remise des fonds à Claude GUÉANT n'était pas contraire à la
réforme JOSPIN dans la mesure où il y avait un travail de police effectué par
les membres du cabinet», «dans la mesure où la réforme JOSPIN n'avait
compensé que les fonds secrets, concernant les ISP il y avait nécessairement
un manque. Il avait imaginé que Claude GUÉANT avait utilisé une partie des
espèces qu'il lui avait remises pour rémunérer des informateurs qu'il avait
conservés d'avant».
Il a maintenu avoir supprimé à son propre niveau «le côté indemnitaire des
FES», ajoutant qu'ils n'étaient versés qu'à «quelqu'un qui fait un travail de
police» ; que, dans le dossier COLONNA, «il avait été question que Claude
GUÉANT parte un temps au Venezuela», que cette mission devait se réaliser
«discrètement» afin qu'il puisse «lui ou un collaborateur de son cabinet, régler
un billet d'avion en espèces, par exemple» ; ne plus se souvenir de l'objet des
FES demandés par Claude GUÉANT, exposant que «Claude GUÉANT lui
avait demandé de l'argent et que comme la somme était assez faible il avait
accepté».
Il a confirmé que ce dernier, son «supérieur hiérarchique», lui avait demandé
de restaurer le système supprimé entre janvier et mai 2002, ajoutant que le
ministre de l'intérieur n'était pas au courant et n'avait pas validé ce
«complément indemnitaire».
Pendant la période où il avait été DGPN, les FES n'étaient versés qu'à des
«directions actives de la police nationale». Leur utilisation n'était pas
comptabilisée, seul un document mentionnant le solde des FES disponibles
avait été signé lors de la passation de pouvoirs des DGPN.
Au départ de Claude GUÉANT en mars 2004, son successeur au
cabinet de Dominique de VILLEPIN ne lui avait rien demandé. Il pense
«tout à fait imaginable que ces crédits puissent servir à des travaux
d'investigation conduits à la marge par des collaborateurs policiers du cabinet
ou à la rémunération d'informateurs», et possible, au regard des textes
applicables, «que des crédits FES soient versés à des fonctionnaires, même
exerçant en cabinet, dans le cadre de leur mission».
Il a déclaré découvrir l'utilisation indemnitaire de ces fonds à l'occasion de
l'enquête.

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Interrogé sur le maintien du versement de FES au cabinet GUÉANT malgré
l'augmentation de la dotation ISP en 2003, il a indiqué: «il y avait deux
problèmes à résoudre, d'une part la sous-évaluation de la dotation (ISP),
d'autre part, les activités de police au sein du cabinet du ministre de
l'intérieur».
Il pensait que Claude GUÉANT utilisait ces fonds pour «récompenser des
policiers méritants du cabinet pour des missions de police, dans le cadre
d'enquêtes».
Lorsque Claude GUÉANT avait occupé à nouveau les fonctions de directeur de
cabinet en 2005, il ne lui avait rien demandé.
Il confirmait qu'au ministère de l'intérieur, Henriette BOISSEAU, aujourd'hui
décédée, était chargée jusqu'en 2007 de la gestion des crédits de FES, en lien
avec le DGPN, sous sa responsabilité.
4.1.3 Des prélèvements en espèces dont les deux directeurs de
cabinet-adjoint successifs et le chef de cabinet admettent avoir bénéficié
4.1.3.1

Daniel CANEPA

Directeur-adjoint au cabinet du ministre du 8 mai 2002 au 31 août 2003, Daniel
CANEPA a déclaré que «de juillet 2002 jusqu'à août 2003, chaque mois, le
directeur de cabinet (Claude GUÉANT) lui donnait une enveloppe qui
contenait des billets» dont le montant variait «entre 1500 et 2 000 euros»,
contestant qu'il lui ait versé mensuellement une somme de 3 000 euros, ainsi
qu'à Gérard MOISSELIN, son successeur.
A l'audience, Daniel CANAPA reconnaissait finalement avoir perçu une
somme de 3 000 euros par mois qu'il n'avait pas déclarée à l'administration
fiscale. Il déplorait avoir subi par la suite un redressement fiscal et avoir
finalement «travaillé pour rien».
Il avait fait le constat, à son arrivée, d'une «réduction de son pouvoir
d'achat» et le directeur de cabinet «lui avait dit que ça allait être rétabli». Il a
précisé avoir été, en 1986, directeur au cabinet de Gaston FLOSSE et qu'il
avait alors découvert «le fonctionnement du cabinet et notamment le chef(de
cabinet) qui allait à Matignon récupérer des sommes à répartir entre les
différents membres du cabinet».
«En janvier 2002, le système avait été supprimé» et «en mai 2002, la
suppression des fonds n'avait pas fait l'objet de compensation. Il y avait donc
une situation qui était un peu compliquée sur le plan de la rémunération ne
disposant pas encore d'ISP». Il a convenu qu'il percevait bien des ISP en 2002.
Les espèces perçues «venaient donc compenser partiellement ou totalement la
différence».
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Selon lui, concrètement, Michel GAUDIN remettait à Claude GUÉANT
environ 12 000 euros par mois, «le directeur de cabinet préparait les
enveloppes et les donnait aux intéressés, individuellement».
Il ignorait qui étaient les autres bénéficiaires des espèces. Il pensait «qu'elles
venaient des FES», avait «demandé à Claude GUÉANT si c'était une pratique
habituelle», lequel avait répondu «par l'affirmative». Il n'avait «rien négocié»
concernant sa rémunération, indiquant qu'il y «avait une insuffisance des
montants perçus, en rapport avec (ses) revenus en qualité de Préfet du Var» et
son «activité étant dédiée à la police nationale, il trouvait ça normal de
percevoir des frais d'enquête et de surveillance». Il n'avait pas déclaré ces
sommes à l'administration fiscale.
«Les indemnités ISP qu'il percevait étaient largement inférieures aux primes
en espèces qu'il avait perçues en 1989 alors qu'il était directeur adjoint de
cabinet de Gaston Flosse». L'augmentation de son ISP n'avait pas entraîné de
diminution des versements d'espèces. Claude GUÉANT avait décidé de
«conforter la dotation ISP en prélevant sur les FES».
Il n'avait le souvenir d'aucune réunion de travail collective au cabinet ayant
pour objet de discuter de la répartition des FES ou des ISP, lui même ignorant
qui étaient les bénéficiaires de ces versements.
Interrogé sur les contraintes justifiant la perception de FES, il a exposé «qu'une
grande partie de (ses) activités était liée à la Police, la sécurité», que «sur des
points particuliers, il (avait) participé, sans être au cœur, au problème de la
recherche de ceux qui avaient assassiné le Préfet Erignac», qu'il avait
«négocié pour qu'il n'y ait pas de problèmes avec les convoyeurs de fonds»,
qu'il travaillait également « sur tout ce qui était prévention » et que «tous les
jours, il y avait une réunion de l'ensemble des responsables de police et de
gendarmerie».
Il avait engagé «des frais occasionnels, des repas de travail, des rencontres, un
café, des choses diverses» sur ses deniers personnels. Il remettait les espèces à
son épouse qui les utilisait pour les besoins de la vie quotidienne. Il n'avait
effectué aucun retrait d'espèces de juillet 2002 à août 2004 parce qu'il «n'avait
pas tout dépensé».
4.1.3.2

Gérard MOISSELIN

Directeur-adjoint du cabinet du ministre de l'intérieur du 1er septembre 2003
au mois de novembre 2004, Gérard MOISSELIN a indiqué que sa
rémunération était constituée, lors de sa prise de fonctions au cabinet, de son
traitement de préfet et de ses accessoires, d'une indemnité de sujétion
particulière (ISP) de l'ordre de 2 000 euros par mois et d'espèces, remises
mensuellement par Claude GUÉANT, environ 3 000 euros par mois. Il ajoutait
qu'il avait précédemment exercé les fonctions de directeur du personnel de la
formation et de l'action Sociale (DPFAS) au ministère de l'intérieur de 1996 à
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1999, «période au cours de laquelle il (lui) avait été donné d'apprendre que la
pratique des versements de compléments de rémunération en liquide à des
fonctionnaires du Ministère, y compris à des fonctionnaires qui
n'appartenaient pas à des corps de police mais relevaient de (sa) gestion, était
de pratique courante».
Il ignorait l'origine des espèces qui lui étaient remises par Claude GUÉANT,
supposant «qu'il s'agissait de ce (qu'ils) appelaient dans le jargon qu'il
partageait avec ses collaborateurs de la DPFAS de «l'argent police».
Claude GUÉANT lui avait donné une première enveloppe après son arrivée
vers la mi-octobre 2003 et avait poursuivi cette pratique jusqu'en mars 2004. Il
avait accepté comme «un élément de rémunération dont (il) savait qu'il était de
pratique ancienne, notoire et non contestée». Il savait que l'indemnité de
sujétions particulières qu'il percevait «correspondait à la légalisation des
versements antérieurs effectués sur les fonds secrets du Premier Ministre» et
avait alors «compris que ce changement était resté sans incidence sur les
pratiques du ministère de l'intérieur».
Il ignorait qui bénéficiait de ces versements d'espèces qu'il supposait être des
«fonds police» destinés à rémunérer les informateurs et assurer des
compléments à des fonctionnaires de police et à d'autres statuts, prétendant
avoir appris par la presse l'appellation FES. Il «avait conscience qu'aucun texte
ne fondait cette pratique mais qu'il s'agissait d'un usage ancien, continu,
notoire et non contesté, donc nécessairement validé par toute la hiérarchie du
Ministère».
Il n'avait signé aucune feuille d'émargement et n'avait jamais déclaré ces
revenus à l'administration fiscale en ayant la conviction que l'ISP avait
remplacé les fonds secrets de Matignon sans mettre un terme à la pratique
propre au ministère de l'intérieur. Il a confirmé que le montant de son ISP avait
évolué au cours de son passage au cabinet, passant de 1 829 euros pendant les 5
premiers mois à 1 921 euros début 2004. Pour compenser en partie la
disparition des espèces, Pierre MONGIN avait augmenté son ISP à 2175 euros,
augmentation à laquelle il n'avait pu procéder qu'en modifiant la répartition à
l'intérieur du budget qui était, selon lui, resté inchangé. Il n'avait entendu
aucune récrimination des membres du cabinet au sujet des ISP.
Il a indiqué avoir des relations professionnelles et amicales avec Claude
GUÉANT et des relations anciennes, professionnelles mais essentiellement
amicales, avec Michel GAUDIN. Ce dernier avait pris l'initiative, lors de leur
dernière rencontre (fin 2013) de lui exposer «avoir indiqué aux inspections
générales comment à sa prise de fonction, poursuivant l'usage de ses
prédécesseurs, il avait continué de descendre régulièrement des espèces au
directeur de cabinet du Ministre» sans toutefois lui «donner le contenu de ces
enveloppes».

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Il estimait avoir occupé des fonctions «particulièrement astreignantes,
impliquant de lourds horaires de travail, une présence quasi continue,
week-end compris, une très grande disponibilité et l'exercice de
responsabilités souvent difficiles». Il lui arrivait d'engager des frais de
représentation dans le cadre de l'exercice de sa mission, en en faisant l'avance
sur ses deniers personnels ; ils lui étaient remboursés sur production de
justificatifs dans la limite de l'enveloppe annuelle qui lui était attribuée.
L'analyse de ses comptes a permis de constater l'absence de tout retrait
d'espèces de décembre 2003 à décembre 2004 ; il a expliqué que recevant des
espèces, il n'avait pas besoin d'en retirer.
4.1.3.3

Michel CAMUX

Chef de cabinet du ministre de l'intérieur du 8 mai 2002 à juillet 2004, Michel
CAMUX a reconnu avoir reçu des espèces de Claude GUÉANT, en situant le
premier versement au mois de juillet 2002, sans se souvenir de la périodicité ou
du montant de ces remises, ne contestant pas qu'elles aient pu s'élever,
mensuellement, à 2 000 euros. Il ignorait l'origine de ces fonds et a contesté
avoir participé aux réunions avec le directeur de cabinet-adjoint évoquées par
Claude GUÉANT, afin de répartir des sommes d'argent, qu'il s'agisse de
répartition d'ISP ou de sommes en espèces pouvant provenir des FES. Pour lui
il «s'agissait d'un complément indemnitaire», il lui «arrivait d'engager des
frais, notamment lorsqu'il recevait des interlocuteurs sur les dossiers
d'actualité du cabinet», mais il n'avait «exercé aucune mission de police».
Il se souvenait avoir perçu l'indemnité de sujétions particulières, «indemnité
spécifique attachée aux fonctions exercées dans un cabinet», n'avait «rien eu
à dire du montant de cette indemnité» et «n'avait entendu personne se plaindre
du montant de l'ISP», même s'il avait gardé le souvenir qu'ils savaient que
«cette indemnité était plus faible dans leur cabinet que dans d'autres cabinets
ministériels».
Il ignorait si les autres collaborateurs du cabinet percevaient aussi des primes
en espèces et sur quels critères ces primes lui étaient versées. Claude GUÉANT
lui avait régulièrement remis des enveloppes d'espèces contenant quelques
centaines d'euros «à l'attention de l'équipe de sécurité du Ministre». Ces
sommes avaient pour objet, selon lui, de «fluidifier le fonctionnement de
l'équipe de sécurité», c'est à dire de rembourser les avances faites par les
fonctionnaires dans leurs déplacements ainsi que les frais qui n'étaient pas
suffisamment compensés par les frais de mission».
Il a précisé qu'à l'occasion du changement de ministre et de cabinet, il s'était
rapproché du nouveau chef des services de sécurité lequel avait indiqué «qu'il
ne fonctionnait pas comme ça» (avec un système d'avances de frais en espèces)
et qu'ensuite «la question ne s'était plus posée d'obtenir des espèces pour
l'équipe de sécurité».
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Il a désigné Claude GUÉANT comme étant l'initiateur de ce système.
Interrogé sur l'absence de retraits d'espèces sur ses comptes bancaires entre
décembre 2003 et décembre 2004, il a expliqué qu'il avait perçu des espèces de
Claude GUÉANT et avait découvert lors du décès de sa mère une somme en
espèces et en Francs représentant environ 15 000 euros.
Il a contesté avoir distribué des sommes prélevées sur les FES à certaines
catégories de fonctionnaires du ministère de l'intérieur.
4.2 Des prélèvements sur les FES spécifiquement circonscrits au
fonctionnement de ce cabinet ministériel (Nicolas SARKOZY 1) entre
juillet 2002 et mars 2004
4.2.1
Au sein du cabinet précédent (Daniel VAILLANT
jusqu'au 7 mai 2002) : des prélèvements sur les FES qui
avaient pris fin le 1er janvier 2002
Il ressort des éléments du dossier qu'au sein du cabinet Daniel VAILLANT
(jusqu'au 7 mai 2002), les prélèvements sur les FES ont pris fin le 1er janvier
2002, date de la mise en place de l'ISP, répartie entre les membres du cabinet
dans la limite des crédits alloués par la loi de finances.
4.2.1.1

Les déclarations des témoins

Les membres du cabinet Daniel Vaillant et les personnes ayant occupé les
fonctions de DGPN et de directeur de cabinet du DGPN entre 2001 et mai 2002
ont été entendus tant par la mission d'inspection IGA/IGPN que dan le cadre de
l'enquête préliminaire.
* Bernard BOUCAULT, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur
Daniel VAILLANT du mois de septembre 2000 au 7 mai 2002, a déclaré
n'avoir joué aucun rôle dans l'attribution des FES au sein du cabinet, cette
«gestion (étant) confiée au chef de cabinet, Jean-Christophe ERARD», qui
s'occupait à l'époque «à la fois des fonds spéciaux versés par Matignon et des
frais d'enquête et de surveillance versés par le directeur général de la police
nationale pour le cabinet du Ministre», fonds qui «servaient à verser un
complément de rémunération aux membres du cabinet». «Tous les membres du
cabinet, y compris lui-même percevaient des fonds en espèces qui provenaient
à la fois des fonds de Matignon et des fonds des FES». «Ce système avait
perduré jusqu'en décembre 2001, date à laquelle monsieur JOSPIN alors
Premier Ministre, (avait interdit) l'utilisation des ces fonds pour rémunérer les
membres du cabinet et (avait instauré) un régime indemnitaire spécifique
prévu par un texte règlementaire».
«A partir du 1er janvier 2002, il n'y avait plus eu de versements d'espèces en
provenance des FES».
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Avant cette date, les versements d'espèces ne donnaient pas lieu à pièces
justificatives. Ils étaient déterminés en fonction d'un barème qui
«existait avant son arrivée» et correspondaient à une rémunération
complémentaire versée mensuellement, correspondant à la fonction de chacun.
Les conseillers police ne bénéficiaient pas de ces versements, car ils recevaient
une indemnité de conseiller technique.
* Jean-Christophe ERARD, chef de cabinet du ministre de l'intérieur du mois
de septembre 2000 au 7 mai 2002, a indiqué avoir remis aux membres du
cabinet un complément de rémunération en espèces, jusqu'au 31 décembre
2001. «La particularité du ministère de l'intérieur était que les fonds
distribués au sein du cabinet avaient deux sources : les fonds qu'il recevait
directement à Matignon d'Henri PRADEAUX (chef de cabinet du Premier
Ministre) ou de son adjoint et une autre partie qui venait des FES, qui (leur)
étaient remis par le DGPN, Monsieur BERGOUGNOUX» dans des proportions
«semblables», ce qui représentait environ 500 euros par personne sur les FES,
pour un cabinet composé entre 15 et 20 personnes. «Il n'existait pas de
véritable barème. Tout le monde avait à peu près la même somme, avec une
variable d'environ 10%».
Les sommes lui étaient remises par Patrice BERGOUGNOUX pour
être données dans des enveloppes aux membres du cabinet. A son arrivée, il
avait trouvé «cette pratique d'espèces plutôt originale» et avait appris «que
c'était une pratique ancestrale». A partir de janvier 2002, ces versements
avaient cessé, les indemnités avaient fait l'objet de paiement par virement avec
mention sur une fiche de paye complémentaire pour tous les membres du
cabinet. En janvier 2002, il avait perçu une somme de 1 200 euros (figurant sur
sa fiche de paye). Il n'avait été confronté à aucune demande de prime
complémentaire, «cette idée ne serait venue à l'idée de personne, la polémique
sur la moralisation de la vie publique (étant) assez violente», «les primes
versées avec le salaire (venant) complètement remplacer les sommes qu'ils
percevaient en espèces».
* Patrice BERGOUGNOUX, DGPN de 1999 jusqu'au 30 juin 2002, a
déclaré que les FES «étaient perçus à la trésorerie du ministère de l'intérieur
et dispatchés tous les mois ou tous les deux mois et attribués à chaque
direction de la police nationale». «Les montants étaient attribués sous la
responsabilité du DGPN, mais ce montant était invariable». Il avait «repris les
montants qui étaient attribués avant (lui)»...
«Leur utilisation était pour les services chargés d'enquête et de surveillance,
mais également versés aux CRS, à la DGPN, à la Préfecture de Police de
Paris notamment». «(...) Le directeur général (DGPN) avait également accès à
ces fonds puisqu'il en était responsable. Il pouvait (lui) arriver de compléter
les dotations de certaines directions qui formulaient des demandes spécifiques
pour des besoins particuliers (gestion par la PP de grands évènements à Paris,
opérations de rétributions d'indicateurs, services en charge de affaires de
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terrorisme). Ces sommes servaient également (…) à gratifier des personnels
méritants».
«Ces fonds (étaient) gérés, perçus et distribués par la DGPN. De (son) temps
c'était une dame qui s'occupait de cela. Elle était surnommée Henriette. C'était
elle seule qui remettait les fonds aux directeurs ou à leurs représentants.(...)
Lorsqu'elle était en congés, rien ne se passait dans ce domaine».
Les archives n'étaient pas conservées et étaient détruites en fin d'année; le
directeur de cabinet du ministre signait un document pour autoriser le retrait
des crédits à la paierie. Les policiers n'étaient pas les seules personnes à
bénéficier des FES qui profitaient aussi à d'autres fonctionnaires ayant participé
à des tâches ou des missions justifiant cette attribution ponctuelle, ainsi qu'à
des informateurs. Il n'avait jamais remis de FES au cabinet du ministre de
l'intérieur, ni à celui de Daniel VAILLANT, ni à celui
de Nicolas SARKOZY.
Les déclarations de Patrice BERGOUGNOUX apparaissent ainsi en
contradiction avec celles notamment de messieurs BOUCAULT et ERARD qui
reconnaissent avoir, jusqu'au 31 décembre 2001, reçu de sa part des sommes
prélevées sur les FES et destinées à compléter les primes en espèces versées
aux membres du cabinet du ministre de l'intérieur.
*Pierre DEBUE, retraité de la Police Nationale, directeur de cabinet du DGPN
entre le 25 mai 2000 et le 7 septembre 2002, a déclaré que «tout ce qui
concernait la gestion des frais de police relevait de la décision du directeur
général», que «chaque directeur central, en fonction de ses besoins les
exposait directement au DGPN lequel décidait du montant attribué à chaque
direction».
Concernant les services du DGPN, «c'était le DGPN qui décidait des
attributions de frais aux différents fonctionnaires de son cabinet» et «au sein
du cabinet, les responsables d'unité, comme le directeur de cabinet pouvaient
solliciter l'attribution d'une augmentation de prime pour les fonctionnaires
dont le travail ou les servitudes assurées étaient particulières», les FES étant
perçus par «le personnel actif de la police nationale».
Il n'avait «jamais eu vraiment connaissance du fait que les fonctionnaires du
cabinet émargeaient sur l'enveloppe des FES» mais se souvenait «vaguement»
que Madame Boisseau avait évoqué ce fait.

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4.2.1.2
Mise en place de l'ISP au 1er janvier 2002 :
enveloppe et répartition de la dotation annuelle budgétaire
Il ressort de l'exploitation des bulletins de salaires et des tableaux établis par le
service d'enquête que les 21 membres du cabinet de Daniel VAILLANT ont
perçu à compter du 1er janvier 2002 et jusqu'au 7 mai 2002, une indemnité de
sujétions particulières représentant une dotation mensuelle (ISP brute) de 26
362 euros, répartie de la façon suivante entre les membres du cabinet :


1 524 euros ISP brute pour le directeur de cabinet et son adjoint
1 372 euros ISP brute pour le chef de cabinet
1 219 euros pour les 18 autres conseillers (y compris 6 contractuels).

Le directeur de cabinet et son adjoint percevaient ainsi une ISP brute mensuelle
supérieure de 25% à celle des conseillers techniques. Le chef de cabinet
percevait une ISP supérieure de 12,5% à celle des conseillers techniques. Tous
les conseillers techniques percevaient la même ISP.
Le tribunal a constaté à l'occasion des débats que cette dotation mensuelle brute
arrondie à 26,5 K€ par mois, sur 13 mois, augmentée des charges patronales
(taux moyen constaté sur les bulletins de salaire de 26%) représentait une
dotation budgétaire annuelle de 434 K€ correspondant précisément à la
ressource budgétaire allouée en 2002 pour le paiement de l'indemnité pour
sujétions particulières des personnels du cabinet du ministre de l'intérieur
( article 64212 du chapitre 31-02 des documents budgétaires).
Il apparaît que, à compter de la mise en place, au 1er janvier 2002, de cette ISP
dans la limite des crédits alloués par la loi de finance, les membres de ce
cabinet ministériel n'ont plus perçu de sommes en espèces provenant des FES.
Les membres du cabinet entendus indiquent que l'ISP correspondait aux primes
en espèces perçues auparavant qui avaient une double origine (fonds spéciaux
de Matignon et FES de la police nationale) et leur étaient jusqu'en décembre
2001 remises par le chef de cabinet dans une seule enveloppe.
Ces déclarations apparaissent confirmer les modalités de mise en place de l'ISP
au 1er janvier 2002 conformément à l'article 3 du décret du 5 décembre 2001
qui précise que le « montant des attributions individuelles, ainsi que le rythme,
mensuel, semestriel ou annuel, de leur versement sont déterminés en fonction
de la nature et de l'importance des sujétions auxquelles est astreint le
bénéficiaire.
A cette fin, le Premier ministre fixe le montant de la dotation annuelle de
chaque cabinet ministériel, en fonction des besoins sollicités. »

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4.2.2
Au sein du cabinet suivant (Dominique de
VILLEPIN): des prélèvements sur les FES auxquels il a été
mis fin dès le mois d'avril 2004
4.2.2.1 Les déclarations des témoins
Pierre MONGIN, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur (Dominique
de VILLEPIN) du mois d'avril 2004 au mois de juin 2005, a exposé qu'à sa
prise de fonctions Daniel CANEPA, devenu secrétaire général du ministère, lui
avait expliqué que «les primes de cabinet étaient fixées par Matignon et
qu'elles étaient versées sous une forme normale de bulletin de salaire, comme
le reste de la paye». Il avait bénéficié d'une rémunération de préfet hors cadre,
ainsi que d'une prime de cabinet mensuelle qu'il estimait entre 5 000 et 6 000
euros, sommes toutes deux déclarées. Les autres membres de cabinet
bénéficiaient du même régime indemnitaire qu'il qualifiait «d'indemnité de
sujétions particulières». Il supposait qu'il devait exister un barème dont il
ignorait toutefois le fonctionnement exact et que les montants des
rémunérations avaient été fixés par Daniel CANEPA, sur la base de ce qui se
faisait dans le cabinet précédent. Il n'avait eu connaissance d'aucun problème
particulier en lien avec les rémunérations ou le paiement des ISP et aucune
enveloppe complémentaire n'avait circulé, y compris en faveur des policiers
membres du cabinet.
Il déclarait avoir ignoré que Claude GUÉANT avait demandé au DGPN le
versement mensuel de sommes en espèces et les raisons pour lesquelles les
membres du cabinet précédent restés au cabinet de VILLEPIN n'avaient rien
demandé.
Michel GAUDIN, qui est resté DGPN au départ de Claude GUÉANT en
mars 2004, a confirmé que son successeur au cabinet de Dominique
de VILLEPIN, en l'espèce Pierre MONGIN, ne lui avait rien demandé.
Gérard MOISSELIN, directeur-adjoint du cabinet du ministre de l'intérieur du
1er septembre 2003 au mois de novembre 2004, a précisé que «lorsque
l'équipe de Monsieur DE VILLEPIN s'était mise en place, le directeur de
cabinet, Pierre MONGIN, avait mis un terme à ces versements», s'excusant du
préjudice financier qu'il lui causait, expliquant qu'après avoir été échaudé par
une mauvaise querelle entourant la gestion des fonds secrets du temps où il
exerçait des fonctions de chef de cabinet du Premier ministre, il ne voulait en
aucune manière être suspecté de manipuler des fonds en espèces. Gérard
MOISSELIN a confirmé ces propos à l'audience.

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4.2.2.2
Répartition de l'enveloppe d'ISP en 2004 et
évolution de la dotation annuelle au cours des années
ultérieures
Il ressort de la procédure que la ressource allouée pour les ISP du ministère de
l'intérieur au titre de l'année 2004 s'est élevée à 1 059 398 euros, ce qui
représente une augmentation de 144 % par rapport à l'année 2002 (434 K€).
Aucune investigation n'a été effectuée au cours de l'enquête préliminaire sur la
répartition des ISP au sein du ministère de l'intérieur pour les années 2003 et
2004. Les documents budgétaires n'ont pas été recueillis et versés à la
procédure. Ils n'ont pas non plus été exploités au cours de la mission de
l'IGA/IGPN. En l'absence de ces documents, il n'est pas possible de connaître
la répartition de cette enveloppe de 1 059 K€ entre les membres du cabinet et
les personnels chargés des fonctions de support.
Il ressort en effet notamment de la note du secrétaire général du gouvernement
que «le Premier ministre fixe le montant de la dotation annuelle de chaque
cabinet ministériel, en fonction des besoins sollicités pour les membres de
cabinet et pour les personnels chargés des fonctions support. Le montant est
notifié à chaque ministre, par un courrier signé du chef de cabinet du Premier
ministre, qui précise la répartition de l'enveloppe entre les membres de
cabinet et les personnels de soutien. Le ministre chargé du budget reçoit copie
de cette notification.
Le montant des indemnités de sujétions particulières est retracé, pour chaque
membre du Gouvernement, dans une annexe spécifique au projet de loi de
finances intitulée «jaune-personnels affectés dans les cabinets ministériels»
dont vous trouverez copie en pièce jointe. Ce document précise également le
nombre de bénéficiaires de cette indemnité».
Néanmoins, il ressort de l'annexe au projet de loi de finances pour 2015 (jaune
budgétaire- pièce n°6 versée par la défense de Claude GUÉANT) que :

en 2013, l'ISP des membres du cabinet du ministre de l'intérieur
représentait une dotation annuelle totale de 1 614 792 euros répartie
entre 13 membres du cabinet (474 579 €) et 238 personnels chargés
des fonctions de support (1 139 171 €) contre 434 K€ en 2002,
consommée par les seuls membres du cabinet
la dotation pour les seuls membres de cabinet du ministre de l'intérieur
n'a donc augmenté que de 9 % en 11 ans (434 K€ intégralement
consommée par les membres du cabinet en 2002)
l'ISP brute des membres de cabinet est donc de 376 K€ en 2013 (taux
de charges patronales de 26%) contre 343 K€ en 2002 ( + 33 K €, soit +
9,6% en 11 ans), ce qui correspond à une enveloppe d'ISP brute de près
de 29 000 euros sur 13 mois contre environ 26 400 euros en 2002
(+9,6%)
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L'ISP moyenne par membre de cabinet est donc en 2013 de 36 506 euros,
charges comprises, ce qui représente une ISP brute moyenne d'environ 29 000
euros par an, soit 2 228 euros par personne sur 13 mois.
Il est ainsi démontré que l'enveloppe de l'ISP affectée aux seuls membres du
cabinet du ministre de l'intérieur n'a augmenté que de 9% en onze ans entre
2002 et 2013 alors que l'enveloppe globale d'ISP a augmenté de 271% (X 3,7).
Il s'en déduit que l'analyse de l'évolution de la ressource globale affectée à l'ISP
(membre du cabinet + personnels de support) n'a de sens que si elle s'attache à
comparer les sommes affectées à chacune de ces deux catégories de
bénéficiaires, étant précisé qu'il ressort des éléments du dossier et des débats
qu'en 2002, année de mise en place de l'ISP, l'enveloppe n'était répartie qu'entre
les membres du cabinet ministériel. A l'audience, Claude GUÉANT a reconnu
qu'à partir de 2003, l'enveloppe de l'ISP a été répartie entre les membres du
cabinet et les personnels de soutien, ce qui rend peu significative l'analyse de
l'évolution de l'enveloppe globale.

V- SUR LA PRESCRIPTION ALLEGUEE
5.1 Position de la défense
Par conclusions régulièrement déposées et soutenues oralement à l'audience
avant tout débat au fond, Michel GAUDIN sollicite par l'intermédiaire de son
conseil de voir, à titre principal :

dire et juger que l'absence de manœuvres de dissimulation interdit de
voir reporter le point de départ du délai de la prescription de l'action
publique en matière de détournement de fonds
dire et juger que, en application de l'article 8 du code de procédure
pénale, les faits commis entre le 1er juillet 2002 et le 31 mars 2004
sont nécessairement prescrits depuis le 31 mars 2007, soit
antérieurement au premier acte de poursuite.

A titre subsidiaire, il sollicite de voir :

constater que les faits objets de la prévention ont été révélés
publiquement au plus tard le 8 février 2006 par la parution de
l'ouvrage«Place Beauvau : la face cachée de la police» ainsi que par la
publication de nombreux articles de presse commentant ce livre ;
constater qu'en outre les faits révélés par cet ouvrage ont donné lieu à
une enquête de l'IGPN ainsi qu'à des actions en diffamation contre les
journalistes auteurs, de sorte que ni l'IGPN ni le parquet pouvaient en
ignorer le contenu ;
dire et juger que les faits objets de la prévention ayant été rendus
publics, largement diffusés et portés à la connaissance des autorités,
aucun obstacle n'interdisait l'exercice de l'action publique si l'autorité de
poursuite les estimait susceptibles de recevoir une qualification pénale ;
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dire et juger que, si le point de départ du délai de prescription de
l'action publique doit être reporté, en raison de la supposée nature
occulte de l'infraction de détournement de fonds publics, ce report ne
peut s'effectuer qu'au jour où les faits sont apparus dans des
circonstances permettant leur poursuite, à savoir 2006 ;
dire et juger dans ces conditions que l'action publique est éteinte depuis
2009, soit antérieurement au premier acte de poursuite.

Par conclusions régulièrement déposées et soutenues oralement à l'audience
avant tout débat au fond, Claude GUÉANT sollicite également par
l'intermédiaire de son conseil de voir constater la prescription de l'action
publique concernant le délit de détournement de fonds publics.
Il est notamment soutenu à l'appui de cette demande que :


«le point de départ de la prescription d'un détournement de fonds
publics ne doit être décalé que si est caractérisée une volonté de
dissimulation de la parte de son auteur», s'appuyant sur un arrêt de la
chambre criminelle du 2 décembre 2009 indiquant «qu'en l'état de ces
énonciations, qui caractérisent l'existence d'une dissimulation de
nature à retarder le point de départ de la prescription, la cour d'appel
a justifié sa décision».
Monsieur Bouloc ayant commenté cet arrêt en notant que «la chambre
criminelle met l'accent sur l'existence d'une dissimulation qui justifie le
retard dans le point de départ de la prescription; cette motivation nous
semble meilleure que le caractère occulte du délit»,
«la volonté de dissimulation fait défaut en l'espèce»,
«les faits objets de la poursuite étaient connus de tous, non seulement
du régisseur de crédits qui inscrivait le décaissement des FES en
comptabilité, mais aussi du ministère public qui était tout à fait
informé, depuis le mois de février 2006, des pratiques visées et aurait
donc pu engager des poursuites à compter de cette date, ce qu'il n'a
pas fait».

Daniel CANEPA, Gérard MOISSELIN et Michel CAMUX sollicitent par
l’intermédiaire de leurs conseils respectifs, à titre principal, de voir constater la
prescription de l'action publique concernant le délit de détournement de fonds
publics et de recel de ce délit.
5.2 Sur la prescription alléguée du délit de détournement de fonds publics
Par dérogation aux dispositions de l’article 8 du code de procédure pénale, le
point de départ du délai de prescription de l’action publique en matière
correctionnelle peut être reporté pour deux catégories d’infractions : les délits
occultes (ou clandestins) par nature et les délits dissimulés.

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La défense soutient que la suspension de la prescription ne peut résulter de
circonstances simplement occultes, mais doivent en plus s'accompagner d'une
volonté de dissimulation de l'auteur.
Pour avancer que la suspension de la prescription nécessiterait la
caractérisation de la volonté de dissimuler la défense s'appuie sur un arrêt
rendu le 02 décembre 2009 ayant jugé en matière de détournement de fonds
publics :
«aux motifs que les faits dénoncés le 5 avril 2002 par le chef de service
Tracfin, du moins ceux commis entre 1994 et 1998, la prévention visant la
période de 1994 à 2002, ne sont pas selon les dires de la prévenue couverts
par la prescription ; qu'en effet, s'agissant d'une infraction occulte, MarieAnne X... ayant pris soin de faire disparaître durant toute la période de temps
considérée (1994 à 2002) toute trace de fraude au niveau de la mairie de
Freyming-Merlebach ainsi que cela a été souligné plus haut, de telle
sorte que le délit n'a pu être constaté dans des conditions permettant
l'exercice de l'action publique avant l'intervention du ministère de l'économie,
des finances et de l'industrie via le chef de service Tracfin précisément ;
(...)
Attendu qu'en l'état de ces énonciations, qui caractérisent l'existence d'une
dissimulation de nature à retarder le point de départ de la prescription, la
cour d'appel a justifié sa décision».
Il convient de relever que le raisonnement est tautologique: une infraction
dissimulée est nécessairement une infraction occulte puisque justement elle est
dissimulée. En constatant que l'auteur avait dissimulé son forfait, la cour avait
donc suffisamment caractérisé le caractère occulte de l'infraction.
Pour le tribunal, il ne saurait être déduit de cet arrêt que la suspension de la
prescription ne peut résulter de circonstances simplement occultes, mais
doivent en plus s'accompagner d'une volonté de dissimulation de l'auteur.
Dans ce même arrêt du 2 décembre 2009 N° 09 81 967, la Cour de cassation a
en effet confirmé le principe selon lequel«le détournement de fonds publics est
une infraction occulte dont la prescription ne court qu'à compter du jour où il
a pu être constaté dans des conditions permettant l'exercice de l'action
publique».
Il convient donc de s'attacher à déterminer la date à laquelle les faits ont pu être
constatés dans des conditions permettant l'exercice de l'action publique.
Les faits de détournements de fonds publics reprochés à Michel GAUDIN et
ceux de complicité de détournements de fonds publics reprochés à Claude
GUÉANT s'inscrivent, par leur nature même, dans un cadre occulte caractérisé
par les spécificités du régime de paiement en espèces des FES qui, notamment,
ne prévoit la conservation d'aucun document de nature à rendre compte de
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l'emploi des fonds. Dans le cadre de ce fonctionnement dérogatoire au droit
commun, les espèces concernant les FES sont remises sans pièces comptables
en lien avec l'ordonnancement ou la liquidation de ces sommes et de manière
discrétionnaire par le directeur général de la police nationale chargé de les
répartir entre les différents services.
Au surplus, Michel GAUDIN et Claude GUÉANT ont déclaré n'avoir signé ou
fait signer de registre, de cahier ou de reçu de ces sommes en espèces, à aucun
stade de la circulation de ces fonds entre eux et les différents bénéficiaires
membres du cabinet. Les sommes perçues en provenance de ces FES n'ont pas
non plus été déclarées aux services fiscaux par les bénéficiaires, ni déposées
sur des comptes bancaires, mais ont, au contraire, circulé dans des
«enveloppes», remises de la main à la main, sans aucun témoin.
Les déclarations de Claude GUÉANT en date du 27 février 2013, à l'occasion
de la perquisition effectuée à son domicile, ont révélé pour la première fois la
perception de sommes en espèces, entre juillet 2002 et mars 2004, par les
membres du cabinet du ministre de l'intérieur, provenant des FES.
Les faits sont donc demeurés parfaitement occultes jusqu'à leur révélation
fortuite par Claude GUÉANT au détour d'autres procédures.
Il convient d'observer que le livre «Place Beauvau» publié en février 2006,
évoqué par la défense à l'appui de sa demande relative à la constatation de la
prescription et dans lequel s'exprime Claude GUÉANT ne relate à aucun
moment les faits visés dans la prévention, à savoir le versement de primes en
espèces à certains membres du cabinet du Ministre de l'intérieur de l'époque,
Nicolas SARKOZY.
Dans ce livre ne sont en effet évoqués que des faits dans leur généralité portant
sur la circulation d'espèces au sein de la police nationale, et non sur la
«remontée» d'espèces provenant des frais d'enquête et de surveillance vers le
cabinet du ministre de l'intérieur.
Dans le chapitre intitulé «Les gros sous de la place Beauvau», au sous-chapitre
«frais d'enquête et de surveillance», le paragraphe cité dans les conclusions de
Claude GUÉANT débute ainsi :
«Tous les mois, les patrons des différents services de police toquent à la porte
des directeurs pour venir chercher une enveloppe plus ou moins épaisse. (…)
Au final, c'est un vaste système de clientélisme qui fonctionne avec la
bénédiction de l'administration. Quand Pierre Joxe débarque à l'intérieur, il
découvre les enveloppes et décide de les supprimer (…). pour garder ses
enveloppes garnies, la maison Poulaga va tout suite sortir du chapeau les
fameux «frais d'enquête et de surveillances».

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Puis, comme l'a souligné le ministère public dans ses réquisitions, l'auteur
interroge Claude Guéant sur les frais d'enquête et de surveillance :
«Quand on l'interroge sur le sujet, Claude Guéant, le directeur de cabinet de
Nicolas Sarkozy, fait la moue. Il assure ne connaître ni le montant des frais
d'enquête et de surveillance, ni la dotation du Premier Ministre, mais affirme
avoir assaini la situation»,
A ce moment l'auteur cite les propos de Claude Guéant, repris dans les
conclusions de son conseil :
«Depuis 2003, on a progressivement supprimé tout ce qui était devenu de fait
un complément de rémunération pour ne garder que l'indispensable, c'est à
dire les frais réellement dévolus aux frais d'enquête et de surveillance»...
Ni cet ouvrage, ni ces propos, qui visent, de manière très générale, les
directeurs de services de police et d'autres policiers mais en aucun cas des
membres du cabinet du ministre, ne donnent donc de publicité aux faits
objets de la prévention.
Claude GUÉANT affirme à l'auteur, en ce qui concerne les services, avoir mis
fin à ces pratiques «depuis 2003», alors même qu'avant cette date et jusqu'au
mois de mars 2004, lui-même reconnaît dans le cadre de la présente procédure
avoir continué de prélever des espèces sur le budget des FES à des fins
indemnitaires.
Aucune publicité n'a donc été donnée dans cet ouvrage à des faits concernant
l'utilisation d'une partie des frais d'enquête et de surveillance (FES) de la police
pour verser des gratifications en espèces a des membres du cabinet du
ministère de l'intérieur entre mai 2002 et mars 2004 (cf supra IV).
Les faits ayant donné lieu aux poursuites n'ont donc pu être constatés dans des
conditions permettant l'exercice de l'action publique qu'à partir des déclarations
de Claude GUÉANT à l'occasion de la perquisition de son domicile et la
découverte de factures faisant mention de paiements en espèces, le 27 février
2013.
Le point de départ de la prescription se retrouve donc retardé à la date du 27
février 2013.
Par soit-transmis du 14 juin 2013, premier acte interruptif de prescription, le
parquet de Paris a ordonné une enquête préliminaire. A cette date, les faits
n'étaient pas prescrits à l'égard de Michel GAUDIN, auteur principal du délit
de détournement de fonds publics.

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5.3 Sur la prescription alléguée des délits de complicité et recel de
détournement de fonds publics
Il est de jurisprudence constante qu'en cas d'infractions connexes, au sens de
l'article 203 du Code de procédure pénale, un acte ayant interrompu la
prescription dans la poursuite d'une affaire interrompt également la prescription
de l'action publique dans une affaire connexe.
La connexité, au sens de l’article précité, s’entend soit d’infractions commises
en même temps par plusieurs personnes réunies, soit lorsqu’elles sont
commises par différentes personnes même en différents temps et en divers
lieux mais par suite d’un concert formé à l’avance entre elles, soit lorsque les
coupables ont commis les unes pour se procurer les moyens de commettre les
autres, pour en faciliter, pour en consommer l’exécution, ou pour en assurer
l’impunité, soit lorsque les choses enlevées, détournées ou obtenues à l’aide
d’un crime ou d’un délit ont été en tout ou en partie recelées.
Il convient dès lors, en faisant application des conséquences que la
jurisprudence attache à la connexité en matière de prescription de l’action
publique, de retenir comme point de départ de la prescription pour les faits de
détournement de fonds publics, complicité et recel de ces délits la même date
du 27 février 2013.
Il convient donc de constater que l'action publique n'est pas éteinte à l'égard de
Claude GUÉANT, notamment poursuivi comme complice par instigation du
délit de détournement de fonds public reproché à Michel GAUDIN, ni à l'égard
de messieurs CANEPA, MOISSELIN et CAMUX, poursuivis comme receleurs
du même délit.

VI- SUR LES DÉLITS DE DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS,
COMPLICITÉ ET RECEL DE CE DÉLIT REPROCHÉS À MICHEL
GAUDIN ET CLAUDE GUÉANT
Michel GAUDIN est cité devant ce tribunal pour avoir, entre le 1er juillet
2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le territoire national et depuis temps
non prescrit, étant dépositaire de l'autorité publique en sa qualité de directeur
général de la Police Nationale, détourné des fonds publics qui lui avaient été
remis à raison de ses fonctions, en l'espèce une somme de 210 000 euros, fonds
provenant des frais d'enquête et de surveillance, aux fins de les remettre à
Claude GUÉANT, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, à des fins
étrangères à leur destination et en violation des textes règlementaires
applicables à l'époque des faits, et ce au préjudice du Ministère de l'intérieur.

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Claude GUÉANT est poursuivi pour s'être, dans les mêmes circonstances,
rendu complice du détournement de fonds publics commis par Michel
GAUDIN, en sa qualité de directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, par
provocation résultant d'un ordre, d'un abus de pouvoir ou d'autorité,
en l'espèce en ordonnant à Michel GAUDIN, directeur général de la police
nationale de lui remettre une somme de 210 000 euros provenant des frais
d'enquête et de surveillance, remise au DGPN à raison de ses fonctions, à des
seules fins d'enrichissement personnel, au préjudice du Ministère de l'intérieur.
Il lui est également reproché d'avoir, dans les mêmes circonstances, sciemment
recelé une somme de 210 000 euros qu'il savait provenir d'un délit commis au
préjudice du ministère de l'intérieur, en l'espèce du délit de détournement de
fonds publics commis par Michel GAUDIN, personne dépositaire de l'autorité
publique en sa qualité de directeur général de la police nationale, fonds
provenant des frais d'enquête et de surveillance, remise au DGPN à raison de
ses fonctions.

6.1 Position de la défense
6.1.1 Conclusions de Claude GUÉANT
Par conclusions régulièrement visées et soutenues à l'audience par ses deux
avocats, Maître Philippe BOUCHEZ EL GHOZI et Maître Jean-Yves
DUPEUX, Claude GUÉANT demande au tribunal de le relaxer et de débouter
l'Agent Judiciaire de l'État de l'ensemble de ses demandes.
Au soutien de sa demande de relaxe, il fait valoir que le délit de détournement
de fonds publics n'est pas constitué dans la mesure où il n'existe pas de texte
spécial prohibant l'utilisation des FES à des fins de rémunérations accessoires
au moment des faits visés par la prévention, puisque ce n'est qu'en 2013 qu'une
réforme juridique en ce sens est seulement annoncée mais n'est au demeurant
pas entrée en vigueur deux années plus tard.
Il précise que «le seul texte spécial faisant référence aux FES réside dans
l'article 4 du décret du 15 juin 1926 lequel :
– est pris sur le fondement d'un texte législatif et d'un texte réglementaire
régissant tous deux les «indemnités» et «avantages accessoires de toute
nature» dont peuvent bénéficier les fonctionnaires du Ministère de
l'intérieur en dehors de leur traitement
– contient un objet très large, reconnu comme «flou» et «imprécis» par
l'IGA, l'IGPN et la Cour des comptes
– ne prohibe au demeurant pas l'emploi des FES comme pouvant servir à
des «rémunérations accessoires» bénéficiant à des fonctionnaires du
Ministère de l'intérieur, dont il s'avère que jusqu'en 2012 au moins, des
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services entiers au sein de ce ministère, non en charge de misions de
police opérationnelle, ont bénéficié des ces FES»
Il soutient encore que la prévention se réfère à des éléments inopérants qui ne
permettent pas de caractériser le délit allégué, en ce que :
– le décret de 1993 pose une dérogation au décret de 1992 en prévoyant
qu'une régie peut payer en numéraire les FES, sans que ceux-ci ne
soient par ailleurs identifiés ou limités dans leur objet; ce décret n'a pas
pour objet de définir les FES mais se borne à prévoir que par
dérogation, ils peuvent être payés directement en numéraire par un
régisseur de l'État entre les mains d'un agent bénéficiaire qui n'est pas
tenu de tenir un compte d'emploi; il s'agit en ce sens d'une disposition
spéciale exorbitante du droit commun et c'est ce décret du 5 novembre
1993 qui s'applique aux FES et non le texte général du décret de 1992
– la note de Claude GUÉANT du 3 février 1998 indiquant que les FES ne
peuvent en aucun cas avoir un caractère indemnitaire, adressée au
Préfet de police, aux directeurs et chefs de service de la police
nationale, n'a aucun caractère contraignant ou normatif au regard de la
qualité de son auteur, le DGPN ne disposant pas d'un pouvoir
réglementaire
– la réforme de l'ISP introduite par le décret du 5 décembre 2001 ne met
pas fin au décret du 5 novembre 1993, qui autorise le versement de FES
en numéraire, ni au décret du 15 juin 1926 instituant ces FES; elle n'a
pas supprimé ou remplacé les compléments de rémunération versés en
numéraire au seul sein spécifique du Ministère de l'intérieur et
provenant des FES, distincts budgétairement et réglementairement des
fonds spéciaux
– la ressource allouée aux ISP a très rapidement et très progressivement
augmenté (+ 442% entre 2002 et 2006), ce qui témoigne, en soi, de
l'insuffisance de la dotation initiale; les augmentations qui ont continué
de façon très accélérée les années suivantes démontrent à elles seules
les besoins de rattrapage persistants ; alors qu'il percevait une ISP de 2
002 euros par mois en 2002, Claude GUÉANT, revenu en 2006 aux
mêmes fonctions de directeur de cabinet du ministre de l'intérieur
percevait une ISP de 6 047 euros, ce qui serait de nature à justifier du
quantum des FES venant compenser l'insuffisance de dotation initiale
pour des fonctions identiques.
Claude GUÉANT fait enfin valoir que le délit de recel de détournement de
fonds publics n'est pas constitué dans la mesure où, le directeur de cabinet du
ministre de l'intérieur étant signataire, le DGPN en étant co-signataire, de la
décision ministérielle de notification des versements des FES aux régies, il ne
pouvait être poursuivi qu'en qualité de co-auteur et non de complice du délit de
détournement de fonds publics. Il rappelle que la jurisprudence de la Cour de
cassation s'oppose à ce que l'auteur ou le co-auteur d'un délit soit
simultanément ou successivement poursuivi du chef de recel de ce même délit.
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6.1.2 Conclusions de Michel GAUDIN
Par conclusions régulièrement visées et soutenues à l'audience par son avocat,
Maître Philippe DEHAPIOT, Michel GAUDIN sollicite également la relaxe.
Au soutien de cette demande, il fait valoir que les remises de fonds issus des
frais d'enquête et de surveillance à Claude GUÉANT étaient licites dans la
mesure où le décret du 15 juin 1926 n'interdit pas la remise de FES en
numéraire à tout fonctionnaire du ministère de l'intérieur pour l'exécution de sa
mission.
Il soutient que, n'ayant lui-même jamais perçu de rémunération issue des FES,
il a agi sur ordre de Claude GUÉANT, son supérieur hiérarchique, alors que
cet ordre ne présentait aucun caractère manifestement irrégulier, le fait
justificatif prévu par l'article 122-4 alinéa 2 du code pénal devant dès lors
trouver à s'appliquer.
Il fait enfin valoir l'absence d'élément moral, n'ayant jamais eu l'intention de
donner aux fonds issus des FES une destination interdite par la loi ou le
règlement.
Il produisait une attestation rédigée en date du 1er juillet 2002 par son
prédécesseur à la DGPN, Patrice BERGOUGNOUX aux termes de laquelle, à
son arrivée se trouvait dans le coffre du DGPN une somme de plus de 1,4
millions d'euros « afin de satisfaire les besoins courants de cette direction ». Il
versait au débat une attestation en date du 8 juin 2007 de son successeur à la
DGPN, Frédéric PECHENARD, dont il résultait qu'à son départ, était
conservée dans ce coffre une somme de plus de 5,4 millions d'euros.
6..2 Sur l'illécéité de la remise de fonds issus des frais d'enquête et de
surveillance à Claude GUÉANT
Les faits poursuivis le sont sous la qualification de détournement de fonds
publics par personne dépositaire de l'autorité publique, de complicité par
instigation et de recel de cette infraction, commis à Paris, entre le 1er juillet
2002 et le 31 mars 2004.
Le délit de détournement de fonds publics par personne dépositaire de l'autorité
publique est prévu et réprimé par l'article 432-15 du code pénal dans sa version
en vigueur du 1er janvier 2002 au 8 décembre 2013, qui dispose :
«le fait par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une
mission de service public, un comptable public ou l'un de ses subordonnés, de
détruire, détourner ou soustraire un acte ou un titre ou des fonds publics ou
privés ou des effets, pièces ou titres en tenant lieu, ou tout autre objet qui lui a
été remis en raison de ses fonctions ou de sa mission est puni de 10 ans
d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende».
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6.2.1 Les primes en espèces des membres de cabinet ministériel :
un mode de «rémunération» prévu par aucun texte applicable
Les principes concernant la rémunération des fonctionnaires sont fixés par
l'article 20 de la loi de 1983 portant statut de la fonction publique :
«Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération
comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de
traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou
réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des
résultats professionnels des agents ainsi que de la performance collective des
services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires. Le montant du
traitement est fixé en fonction du grade de l'agent et de l'échelon auquel il est
parvenu, ou de l'emploi auquel il a été nommé».
Le régime des rémunérations des fonctionnaires est donc soit légal, soit
réglementaire, étant observé que le directeur général de la police nationale ne
dispose pas d'un pouvoir réglementaire.
Le décret n°2001 – 1148 du 5 décembre 2001 a ainsi institué «une indemnité
pour sujétions particulières (ISP) des personnels des cabinets ministériels»,
versée par virement et soumise à l'impôt sur le revenu et aux cotisations
sociales habituelles.
L'article 1 de ce décret, dans sa version en vigueur du 1er janvier 2002 au 30
août 2004 dispose :
«Dans la limite des crédits ouverts à cet effet, il peut être attribué aux
personnels, titulaires ou non titulaires (…) qui sont membres des cabinets des
ministres, qui concourent au fonctionnement ou aux activités de des cabinets
(…) une indemnité forfaitaire destinée à rémunérer les sujétions particulières
qu'ils supportent dans l'exercice de leurs fonctions».
Ainsi, la perception de rémunérations en espèces par le directeur de cabinet du
ministre de l'intérieur, son directeur de cabinet-adjoint et son chef de cabinet,
serait-ce au motif de l'insuffisance des crédits budgétaires ouverts pour l'ISP,
en l'absence de tout texte réglementaire ou législatif, constitue une violation
des dispositions légales et réglementaires concernant la rémunération des
membres de cabinets ministériels, en l'espèce hauts fonctionnaires.
6.2.2 L'emploi des FES aux fins de complément de rémunération de
membres du cabinet du ministre de l'intérieur : un détournement
de leur objet défini à l'article 4 du décret du 15 juin 1926
Claude GUÉANT et Michel GAUDIN soutiennent que les textes régissant les
FES, qui remontent à 1926 et n'ont toujours pas été modifiés en 2015, sont
flous et n'interdisent pas d'y puiser des sommes destinées à constituer des
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compléments de rémunération versés en numéraire au seul sein spécifique du
Ministère de l'intérieur, pratique au demeurant coutumière et licite.
Il convient de relever que cette argumentation entretient une double confusion
entre :

en ce qui concerne les primes de cabinet, la période antérieure au 1er
janvier 2002 et la période postérieure à la mise en place de l'ISP
en ce qui concerne l'usage des FES, aux fins de constituer des
compléments de rémunération au sein de la police nationale d'une part
et les «remontées» de FES de la police nationale vers le cabinet
ministériel pour compléter des ISP jugées insuffisantes, d'autre part.

Le tribunal observe que la réponse du ministre de l'intérieur publiée au JO
Sénat du 26 juin 2014 à la question d'un député faisant suite au rapport de la
Cour des comptes de 2013 sur les frais d'enquête et de surveillance, citée par le
conseil de Daniel CANEPA, paraît très claire et précise notamment :
«Si la question de l'usage de ces fonds pouvait légitimement être posée, il doit
être souligné que ces versements sont dotés d'une base légale, et que leur
utilité n'est ni contestable ni contestée par l'IGA : ils sont destinés aux
services de police et répondent à des objectifs opérationnels d'efficacité et de
discrétion».
Les frais d’enquêtes et de surveillance (FES) sont des fonds publics dont le
régime et l’emploi sont régis par l'article 4 du décret du 15 juin 1926, intitulé
«l'allocation d'indemnité (sûreté générale)» maintenu en vigueur par l'article
4 du décret 2004-731 du 21 juillet 2004.
On peut rappeler que cet article dispose :
«Les frais d'enquête et de sûreté générale comportent toutes les autres
dépenses que celles entrant dans la catégorie des frais de missions que le
fonctionnaire peut être appelé à engager pour l'exécution de la mission qui lui
est confiée(...) Ces frais essentiellement variables sont soumis à l'approbation
personnelle du directeur de la sûreté, qui en certifiera l'utilité et l'exactitude,
et font l'objet dans chaque cas d'espèce, d'une décision du ministre de
l'intérieur».
Il ressort sans ambiguïté du titre de cet article datant de près de 90 ans qu'il
concerne la «sûreté générale».
La sûreté générale, autorité chargée de la police au niveau national, est à
l'origine à partir de 1799 une des dix divisions du «ministère de la police
générale» créée en 1796, puis, à partir de 1876, une direction du ministère de
l'intérieur.
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L'autorité chargée de la police au niveau national, quelque soit son
rattachement, exerçait ses missions parallèlement à d'autres institutions, la
Préfecture de Police, la Gendarmerie et les polices municipales.
La sûreté générale est devenue sûreté nationale par les décrets-lois de 1934 et
1935, comprenant dorénavant l'ensemble des services de police de France. Elle
est maintenue jusqu'en 1966, date à laquelle la Préfecture de police de Paris est
intégrée à la Sûreté nationale, qui prend alors le nom de direction générale de
la Police nationale (DGPN).
La sûreté générale, ancêtre de la DGPN, est donc incontestablement l'autorité
chargée de la police au niveau national, et non le ministère de l'intérieur,
contrairement à ce que les prévenus laissent discrètement suggérer dans leurs
conclusions. C'est la raison pour laquelle l'article 4 du décret prévoit que ces
frais sont soumis à l'approbation personnelle du directeur de la sûreté, devenu
DGPN, et non du ministre.
Ainsi le décret de 1926 concerne l'indemnisation (frais de mission et frais
d'enquête et de surveillance) des fonctionnaires de police placés sous l'autorité
de la direction générale de la police nationale et aucunement celle des
membres du cabinet du ministre.
La lecture, certes fastidieuse mais non dénuée d'intérêt, de l'intégralité des
articles du décret du 15 juin 1926 sollicitée à l'audience par le conseil de Daniel
CANEPA, aux fins de tenter de démontrer que ce décret n'interdit pas le
versement de rémunérations accessoires, confirme sans ambigüité que ce décret
concerne effectivement l'indemnisation de policiers (frais de mission) et non
celle de membres du cabinet ministériel.
C'est d'ailleurs l'approche retenue sans hésitation par le rapport de l'IGA/IGPN
qui fait figurer dans le chapitre du rapport consacré à «l'utilisation des frais
d'enquête et de surveillance de la police à d'autres fins que celles pour
lesquelles ils ont été créés» (page 19) les seuls versements de la DGPN vers le
cabinet du ministre de l'intérieur postérieurs au 1er janvier 2002, c'est à dire les
faits de la poursuite.
La lettre de mission du Ministre, Manuel VALS, à l'IGA, figurant en annexe 1
du rapport, intitulée «mission sur l'usage des frais d'enquête et de surveillance»
est également assez claire :
«La destination et la gestion des frais d’enquête et de surveillance attribués à
la police nationale au cours de la dernière décennie ont été mises en cause.
Institués par l'article 4 du décret du 15 juin I926 validé par l'article 7 du
décret du 16 mai 1945, dispositions toujours en vigueur, ces frais sont destinés
à permettre aux services de police d’être plus efficaces dans leur combat
contre différentes formes de délinquance et de criminalité.
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Ainsi, ils permettent notamment de rechercher des renseignements, de
rémunérer des informateurs ou encore de mettre en œuvre des moyens
d’investigation qui ne peuvent être acquis ou fournis dans le cadre des
procédures administratives et comptables habituelles, compte tenu de la
nature, de l’urgence ou de la nécessaire confidentialité caractérisant les
missions à accomplir.
Ils permettent également aux enquêteurs de mener des enquêtes ou filatures
en déplacement dans des contraintes compatibles avec la discrétion
nécessaire au succès de ces missions».
Les frais d'enquête et de surveillance sont donc confiés, par une décision
d'attribution ministérielle au DGPN, successeur du directeur de la sûreté, afin
qu'il les répartissent entre les différentes directions et services de police en vue
de leur permettre de répondre à des objectifs opérationnels d'efficacité et de
discrétion. Le reversement d'une partie de ces sommes au cabinet du ministre
les détourne de leur objet.
Il est dès lors, pour le tribunal, établi que l'utilisation de frais d'enquête et de
surveillance de la police nationale aux fins de rémunération complémentaire en
espèces, ou d'enrichissement personnel, du directeur de cabinet du ministre, du
directeur de cabinet-adjoint et du chef de cabinet constitue un détournement de
fonds publics.

6.3 Sur le délit de détournement de fonds publics reproché à Michel
GAUDIN
Directeur général de la police nationale du 1er juillet 2002 au 24 mai 2007,
Michel GAUDIN était dépositaire de l'autorité publique. Il a reconnu avoir
remis mensuellement une somme de 10 000 euros à Claude GUÉANT, à la
demande de ce dernier, provenant des FES dont il avait la gestion, en soutenant
avoir ignoré leur destination effective.
Il ressort du rapport de l'IGA que Michel GAUDIN est la seule personne
entendue par l'inspection dans le cadre de la partie de la mission portant sur la
période de la prévention, de juillet 2002 à mars 2004, et concernant
«l'utilisation des frais d'enquête et de surveillance de la police à d'autres fins
que celles pour lesquelles il sont été créés». L'analyse de la mission conjointe
IGA/IGPN retient la thèse de prélèvements justifiés par l'insuffisance de l'ISP
qui serait établie par l'augmentation très significative de la dotation annuelle
d'ISP au cours des années suivantes.
M.LARANGE, inspecteur général de l'administration déclarait avoir procédé à
l'audition de Michel GAUDIN le 7 mai 2013, précisant :
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«M.GAUDIN nous a donc dit que dans son souvenir et pendant une période
d'environ 2 ans, entre juillet 2002 et au plus tard l'été 2004, il a remis chaque
mois au directeur de cabinet, à l'époque M. Guéant, jusqu'en mars 2004, une
enveloppe d'environ 10 000 € prélevés sur les frais d'enquête et de surveillance
dont il assure la gestion.
Il nous a expliqué que c'était un système qui existait de longue date et que
c'était à la demande du directeur de cabinet qu'il l'avait fait. Sur l'utilisation
qu'a pu en faire M.GUÉANT, M.GAUDIN ne nous a rien dit, il a juste supposé
qu'il les avait utilisés pour le fonctionnement «au sens policier» du cabinet.
M.GAUDIN a été assez imprécis dans ses propos, que ce soit sur le montant de
l'enveloppe et sur la date de début et de fin».
Il ressort des observations de la Cour des comptes que dans le cadre d'une
mission portant sur l'usage des FES dans des missions de police judiciaire,
Michel GAUDIN était entendu par la Cour en date du 10 juillet 2013. La cour
relevait, non sans un certain étonnement : «Sans avoir été préalablement
questionné à ce sujet Monsieur Michel GAUDIN a indiqué à la cour qu'à la
demande de M. Claude GUÉANT, directeur de cabinet du Ministre de
l'intérieur, il avait accepté à compter de 2002 de verser à ce dernier 10 000
euros par mois en espèces, prélevés sur les fonds détenus à son cabinet. Selon
lui, le but de ce versement était de maintenir le niveau des primes de cabinet
ministériel après la suppression du recours aux fonds spéciaux et l'institution
de l'indemnité de sujétion particulière (ISP). M. GAUDIN a toutefois dit
ignorer si M. Claude GUÉANT avait distribué ce sommes aux autres membres
de cabinet ou les avait conservées par-devers lui».
Au cours de sa garde à vue, Michel GAUDIN avait dans un premier temps
adopté une position proche de celle de Claude GUÉANT, consistant à déclarer
que les ISP étaient insuffisantes et que c'était pour cette raison que les membres
du cabinet avaient «puisé» dans les fonds des FES. Il précisait avoir aussi
déclaré onze fois au cours de sa garde à vue qu'il ne savait pas l'usage que
Claude GUÉANT faisait de ces fonds. A la lecture de ses déclarations, le
tribunal comprend que Michel GAUDIN expliquait ainsi ne pas connaître la
répartition effectuée par Claude GUÉANT entre les membres du cabinet des
sommes qui lui étaient remises chaque mois en espèces.
Il est apparu au cours de débats et il a été démontré supra (4.2.2.2) que
l'analyse de l'évolution de la ressource globale affectée à l'ISP (membre du
cabinet + personnels de support) n'a de sens que si elle s'attache à comparer les
sommes affectées à chacune de ces deux catégories de bénéficiaires. Il ressort
des éléments du dossier et des débats qu'en 2002, année de mise en place de
l'ISP, l'enveloppe n'était répartie qu'entre les membres du cabinet ministériel,
tandis qu'à partir de 2003, la dotation allouée à l'ISP a été répartie entre les
membres du cabinet et les personnels de soutien, ce qui rend peu significative
l'analyse de l'évolution de l'enveloppe globale. Ainsi, si entre 2002 et 2013, la
dotation globale d'ISP a été multipliées par 3,7 (+ 271%), la part de cette
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dotation affectée aux seuls membres du cabinet (hors personnel de support) n'a
augmenté que de 9% en onze ans.
Au fil des audiences, Michel GAUDIN a par la suite déclaré de façon constante
n'avoir fait qu'obéir à son supérieur hiérarchique et ne pas avoir connu la
destination des fonds en liquide qu'il a remis à Claude GUÉANT. Il ajoutait
avoir pensé que Claude GUÉANT pouvait effectuer des missions de police.
Interrogé sur ce revirement, il expliquait avoir «repris à son compte cette
explication (de l'insuffisance de l'ISP) par solidarité». Il indiquait n'avoir pas
demandé à Claude GUÉANT la destination de ces fonds. Lorsque le tribunal
l'interrogeait sur l'attitude qu'il aurait adoptée si Claude Guéant lui avait dit
qu'il s'agissait de verser des rémunérations en espèces à des membres du
cabinet, il déclarait«si Claude GUÉANT m'avait dit ce qu'il comptait faire de
l'argent, je lui aurais répondu que j'appliquais sa note de 1998».
Michel GAUDIN a admis qu'il savait, avant son arrivée comme DGPN en
juillet 2002, que des FES servaient avant le 1er janvier 2002 à rémunérer des
membres du cabinet. Il n'ignorait pas la réforme dite «JOSPIN» ayant suivi le
scandale des primes en espèces de Matignon ni le décret du 5 décembre 2001
entré en vigueur le 1er janvier 2002, instaurant les indemnités de sujétions
particulières.
Il avait été Directeur du personnel et de la formation de la police à la DGPN en
1993, alors que Claude GUÉANT était directeur adjoint de cabinet de Charles
PASQUA, puis directeur de l'administration de la police nationale (DAPN)
avant d'être DGPN à compter de juillet 2002. Il avait donc une parfaite
connaissance du fonctionnement des FES et de la souplesse d'utilisation que le
décret de 1993 et les circulaires de 1994 avaient instaurés. Il ne pouvait ignorer
que ces fonds étaient strictement destinés aux services de police, dans le cadre
de leurs missions de police.
Il déclarait d'ailleurs avoir lui-même supprimé le versement des FES à des fins
indemnitaires aux membres de son propre cabinet de DGPN et n'avoir pas
perçu de FES, n'ayant jamais effectué, en tant que DGPN, de mission de police.
L'audition de plusieurs témoins révélait que Michel GAUDIN avait œuvré, à
l'occasion des fonctions qu'il avait successivement occupées dans les différents
services ou directions du ministère de l'intérieur, à une saine utilisation des
deniers publics et à l'amélioration des statuts et des moyens des policiers.
Luc RUDOLPH, qui a été conseiller police au sein du cabinet de Nicolas
SARKOZY, déclarait bien connaître Michel GAUDIN, qui selon lui, «partout
où il était passé», avait tenté «d'assainir tous les systèmes de ce type qui
prêtaient à confusion» et qui lorsqu'il était «arrivé comme Préfet de Police
à Paris (avait) voulu mettre un terme au recours indemnitaire» par
prélèvement sur les FES, ce qu'il avait fait en qualité de DGPN pour les
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membres de son cabinet. Il avait du mal «à imaginer que GAUDIN, qui (était)
à (ses) yeux quelqu'un de vertueux» ait «pu faire quelque chose comme cela en
l'absence d'ordre express de GUÉANT ou de SARKOZY».
Martine MONTEIL, ancienne directrice centrale de la police judiciaire citée
comme témoin par la défense de Michel GAUDIN, décrivait en termes sincères
et élogieux les qualités d'homme et de gestionnaire de Michel GAUDIN,
confirmant qu'il avait, selon elle, mis fin à l'utilisation des FES à des fins
indemnitaires (pages 49 et 50 de la note d'audience).
Martine MONTEIL a aussi, sur question du tribunal, indiqué n'avoir jamais vu
aucun membre du cabinet du ministre, ni du cabinet du DGPN, effectuer de
mission de police.
Michel GAUDIN ne pouvait ignorer que le fonctionnement du cabinet
ministériel ne comprend pas, par nature, de missions de police, dans la mesure
où, comme le déclare Monsieur BERGOUGNOUX «il s'agit de missions de
nature différente. Le travail du cabinet du ministre n'est pas un travail de
police, c'est un travail administratif ou politique, vous n'exercez pas un travail
de policier, on participe à la mise en place de politiques de sécurité, c'est autre
chose. (…)
De mon expérience, qui est multiple, je n'ai jamais rempli de mission de police
aux cabinets de Messieurs JOXE et CHEVENEMENT. Chacun son rôle».
Le tribunal relève encore que l'article 4 du décret de 1926 prévoit que «ces
frais essentiellement variables sont soumis à l'approbation personnelle du
directeur de la sûreté, qui en certifiera l'utilité et l'exactitude».
Michel GAUDIN a néanmoins déclaré n'avoir jamais fait signer de reçu à
Claude GUÉANT à l'occasion de la remise de ces fonds, alors qu'il faisait
systématiquement signer ce type de reçu à l'occasion de la remise de FES au
sein de la police.
En outre, dès son arrivée au mois de juillet 2002, puis au cours de chacun des
vingt mois suivants, Michel GAUDIN a remis à Claude GUÉANT une
enveloppe contenant selon ses déclarations une somme fixe de 10 000 euros,
qui n'est pas susceptible de correspondre à des remboursements de frais, par
nature variables et exceptionnels.
Il ressort de l'ensemble de ces éléments qu'il ne pouvait vraisemblablement pas
penser que les fonds remis avaient pour objet d'indemniser (frais de mission et
frais d'enquête et de surveillance) des membres du cabinet qui ne disposaient
par ailleurs pas de pouvoirs de police judiciaire. Il avait nécessairement
conscience du caractère illicite des remises à Claude GUÉANT d'espèces
prélevées sur ces fonds.
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La circonstance que celui-ci serait son supérieur hiérarchique est inopérante.
En tant que gestionnaire de fonds, il lui revenait de s'assurer de l'usage des
fonds remis.
Il n'est pas concevable qu'il ne se soit pas enquis, auprès de Claude GUÉANT
dont il était proche, dans le contexte des pratiques antérieures des primes de
cabinet en espèces, de la réforme JOSPIN intervenue quelques mois plus tôt et
de la connaissance qu'il avait de l'usage discrétionnaire des FES malgré la note
de 1998, de la destination de ces fonds.
Sa connaissance du caractère frauduleux des prélèvements effectués résulte de
ses déclarations initiales concernant l'insuffisance de l'ISP mais aussi de sa
fonction même, de sa connaissance des textes réglementant les FES et de
l'usage discrétionnaire qu'ils permettent, de la nature des différentes missions
de police exercées au sein du ministère de l'intérieur, de sa responsabilité en
qualité de gestionnaire, pour l'ensemble du ministère de l'intérieur, des FES et
enfin du fait même qu'il se serait abstenu de poser la question de la destination
des fonds.
Les faits de détournement de fonds publics, pour un montant total de 210 000
euros, commis par une personne dépositaire de l'autorité publique sont
caractérisés à son encontre.
Michel GAUDIN sera déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés.
6.4 Sur les délits de complicité et de recel de détournement de fonds
publics reprochés à Claude GUÉANT
Claude GUÉANT, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur du 16 mai
2002 au 31 mars 2004, a, par arrêté du 16 mai 2002, bénéficié d'une délégation
de signature permanente, «à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur,
de la sécurité intérieure et des libertés locales, tous actes, arrêtés ou décisions,
à l'exclusion des décrets, en ce qui concerne les affaires pour lesquelles
délégation n'a pas été donnée aux personnes mentionnées aux 2° et 3° de
l'article 1er du décret du 23 janvier 1947».
Dépositaire de l'autorité publique, il a donné ordre à Michel GAUDIN, alors
directeur général de la police nationale, du 1er juillet 2002 au 31 mars 2004,
de lui remettre une somme qu'il évalue à 10 000 euros par mois, prélevée sur
les fonds confiés au titre des frais d'enquête et de surveillance, dont il indique
avoir gardé la moitié pour lui même. Le montant total des sommes ainsi
perçues serait de 210 000 euros sur une période totale de 21 mois.

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6.4.1 Le rôle de Claude GUÉANT lors de la mise en place du
régime exorbitant de droit commun des FES en 1993/1994
puis dans l'utilisation des FES, y compris au bénéfice des
membres du cabinet ministériel, de 1994 à 1998
Dans le chapitre intitulé «Les gros sous de la place Beauvau», au sous-chapitre
«frais d'enquête et de surveillance», le paragraphe cité dans les conclusions de
Claude GUÉANT débute ainsi :
«Tous les mois, les patrons des différents services de police toquent à la porte
des directeurs pour venir chercher une enveloppe plus ou moins épaisse. (…)
Au final, c'est un vaste système de clientélisme qui fonctionne avec la
bénédiction de l'administration. Quand Pierre Joxe débarque à l'intérieur, il
découvre les enveloppes et décide de les supprimer (…). pour garder ses
enveloppes garnies, la maison Poulaga va tout suite sortir du chapeau les
fameux «frais d'enquête et de surveillance».
Il convient de relever que, Pierre JOXE a été ministre de l'intérieur de juillet
1984 à mars 1986 puis de mai 1988 à janvier 1991, Charles PASQUA
redevenant ministre de l'intérieur le 29 mars 1993, jusqu'au 11 mai 1995. Les
décret et circulaires de 1993 et 1994 concernant les FES sont donc
manifestement pris dans ce contexte.
Il ressort des débats que Claude GUÉANT était directeur-adjoint au cabinet de
Charles PASQUA, ministre de l'intérieur de l'époque, entre avril 1993 et
octobre 1994. Il occupait donc ces fonctions lors de l'entrée en vigueur du
décret et des circulaires ministérielles qui ont instauré, pour le paiement des
FES, un régime exorbitant du droit commun. Ces textes ont en effet autorisé le
règlement en liquide, sans plafond, des FES par les régies, ce qui consiste à
remettre des fonds en espèces à des personnes physiques, totalement libres de
leur emploi, qui ne sont d'ailleurs pas tenues d'en rendre compte (cf supra 3.3.2
et 3.3.3).
DGPN à compter d'octobre 1994, il a géré ces FES jusqu'à son départ en février
1998, dans le contexte d'une alternance politique. Il a déclaré avoir dans ce
cadre notamment remis chaque mois au directeur de cabinet du ministre de
l'intérieur de l'époque une enveloppe, dont il n'était plus en mesure de préciser
la somme en espèces qu'elle contenait, mais dont il savait qu'elle était destinée
à verser aux membres du cabinet des primes en espèces, qui viendraient
s'ajouter aux primes provenant à l'époque des fonds spéciaux de Matignon. A la
veille de son départ, il a pris soin de rédiger, de façon assez surprenante, une
note prohibant tout usage indemnitaire des FES au sein de la police nationale,
qui ne pouvait avoir vocation à s'appliquer, le cas échéant, qu'à son successeur,
et à laquelle il dénie dans le cadre de la présente procédure toute valeur ou
portée juridique.

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A son retour au ministère de l'intérieur au mois de mai 2002, il avait donc une
parfaite connaissance du fonctionnement de ces frais d'enquête et de
surveillance dont il convient de rappeler que le budget global s'élevait à près de
13 millions d'euros en 2002, affecté à hauteur de plus 3,2 millions d'euros au
cabinet du DGPN.
6.4.2 ISP 2002 : le choix délibéré de ne pas s'inscrire dans la limite
des crédits ouverts par la loi de finances
En sa qualité de directeur du cabinet du ministre de l'intérieur, Claude
GUÉANT, ne pouvait ignorer la réforme intervenue le 1er janvier 2002 à la
suite du décret du 5 décembre 2001 instituant, dans la limite des crédits
ouverts à cet effet, une indemnité de sujétions particulières des personnels des
cabinets ministériels, déjà mise en œuvre à son arrivée au cabinet.
6.4.2.1 Dotation annuelle budgétaire et enveloppe mensuelle
Claude GUÉANT a, à l'audience, rejoint l'analyse du tribunal soumise au débat
contradictoire selon laquelle la dotation budgétaire de 434 K€ allouée à l'ISP
pour l'année 2002, votée dans le cadre de la loi de finances, correspondait à une
dotation mensuelle d'environ 26 500 euros d'ISP brute sur 13 mois (un 13ème
mois d'ISP a effectivement été versé aux membres du cabinet ministériel en
décembre 2002) à laquelle s'ajoutent des charges sociales patronales évaluées,
selon le taux moyen calculé sur les bulletins de salaires de l'année 2002
figurant au dossier (PV 61 et scellé 1 ) à 26%.
Il s'agit d'ailleurs, à quelques euros près du total des ISP moyennes brutes
perçues par mois par la totalité des membres du cabinet VAILLANT comme
par les membres du cabinet SARKOZY. C'est ce qui ressort du tableau des ISP
corrigé annexé à la note d'audience du 2 octobre 2015.

6.4.2.2 Répartition de l'ISP à compter du 8 mai 2002 : le choix
de la rupture
a) Avec le cabinet précédent (Cabinet Vaillant) : le choix d'une ISP
supérieure de 31% à 46% à celle de leurs prédécesseurs pour le directeur de
cabinet, son directeur de cabinet adjoint et le chef de cabinet
Il ressort de l'exploitation des bulletins de salaires et des tableaux établis par le
service d'enquête que les 21 membres du cabinet de Daniel VAILLANT ont
perçu à compter du 1er janvier 2002 et jusqu'au 7 mai 2002, une indemnité de
sujétions particulières représentant une dotation mensuelle de 26 362 euros,
répartie de la façon suivante entre les membres du cabinet :

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1 524 euros ISP brute pour le directeur de cabinet et son adjoint
1 372 euros ISP brute pour le chef de cabinet
1 219 euros pour les 18 autres conseillers (y compris 6 contractuels).

Le directeur de cabinet et son adjoint percevaient ainsi une ISP brute mensuelle
supérieure de 25% à celle des conseillers techniques. Le chef de cabinet
percevait une ISP supérieure de 12,5% à celle des conseillers techniques. Tous
les conseillers techniques percevaient la même ISP.
Cette répartition n'a semble-t-il posé aucune difficulté. Les membres de ce
cabinet entendus ont indiqué que ces ISP correspondaient à l'enveloppe perçue
auparavant contenant, dans des proportions que seul le chef de cabinet était en
mesure de connaître et qu'il évalue à 50/50, des fonds provenant à la fois de
Matignon et des FES. Aucune revendication n'est survenue à l'issue de la mise
en place des ISP au 1er janvier 2002.
*****
Il ressort du tableau corrigé des ISP du cabinet SARKOZY établi par le
tribunal et soumis au débat contradictoire que 16 membres de ce cabinet ont
perçu une ISP au cours de la période du 8 mai au 31 décembre 2002,
représentant un montant total de 237 203 euros sur près de 8 mois, ce qui
représente une dotation moyenne mensuelle de 29 650 euros (compte tenu du
13ème mois versé en décembre) et de 26 356 euros hors 13ème mois.
La dotation mensuelle du cabinet SARKOZY était donc en 2002, dans la
limite de la dotation budgétaire, la même que celle du cabinet VAILLANT.
Claude GUÉANT a indiqué que l'enveloppe de l'ISP était apparue dès le
démarrage du cabinet au mois de mai 2002 «trop étriquée».
Il apparaît néanmoins que, par rapport au cabinet précédent :


l'ISP du directeur de cabinet et de son adjoint passe de 1 524 à 2002
€ (+ 478 € par mois, soit + 31,3%) ;
l'ISP du chef de cabinet passe de 1 372 à 2002 € (+ 630 € par mois,
soit + 45,9%) ;
celle des conseillers techniques «standard» passe de 1 219 à 1335 €
(+9,16%) ;

Le tribunal en déduit que ces nouvelles ISP, mises en place en juillet 2002
(avec régularisation en juillet des deux mois précédents) n'ont
vraisemblablement pas été déterminées par application d'un barème ou par
simple reconduction de celles du cabinet précédent, comme a pu un temps le
laisser entendre Claude GUÉANT. La détermination de leur montant résulte
d'un choix que Claude GUÉANT a déclaré assumer.

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La dotation ISP au cours des huit derniers mois de l'année 2002 a donc été
répartie au sein du cabinet de Nicolas SARKOZY entre moins de membres de
cabinet qu'au cours des quatre premiers mois de l'année, ce qui a permis
d'attribuer à chacun une ISP significativement supérieure à celle perçue par
leurs homologues au sein du cabinet précédent.
b) Avec l'échelle des fonctions et des responsabilités au sein du cabinet : les
ISP de Nicolas QUILLET et Emmanuelle MIGNON, l'absence d'ISP de
Brice HORTEFEUX
Claude GUÉANT avait notamment expliqué au cours de l'enquête que «comme
responsable de cabinet, (il) avait le devoir de garantir à ceux (du cabinet) qui
exerçaient les fonctions les plus lourdes, le maintien d'une situation acquise
aux fonctions qu'ils exerçaient».
Questionné sur le choix de ne verser ces primes en espèces qu'à quatre
membres d'un cabinet qui en comptait 18 en mai 2002 (dont deux contractuels
ne percevant pas d'ISP), puis 27 en cours d'année suivante, il a expliqué avoir
distingué deux séries de personnes «quelques unes plus âgées, plus engagées,
plus chargées de responsabilités dont il (lui) avait semblé normal qu'elles
bénéficient d'un régime indemnitaire voisin de celui de leur prédécesseurs» et
«d'autres, plus jeunes, plus nouvelles auxquelles il (lui) avait semblé pouvoir
leur donner un niveau d'ISP acceptable compte tenu de la ressource
disponible».
Les ISP versées en 2002 à Nicolas QUILLET et d'Emmanuelle MIGNON,
conseillers techniques
Il ressort du tableau corrigé et complété des ISP 2002 établi par le tribunal et
soumis au débat contradictoire que la répartition des ISP au cours des huit
derniers mois de l'année 2002 présente des disparités significatives qui
semblent en contradiction avec les propos de Claude GUÉANT qui a toujours
reconnu avoir conservé la moitié des sommes en espèces prélevées sur les FES
et avoir versé le solde à son directeur de cabinet adjoint et à son chef de
cabinet, arguant qu'ils étaient tous trois les plus expérimentés et subissaient les
plus importantes «sujétions».
Néanmoins, il apparaît que tandis que ces trois membres du cabinet ont perçu
une ISP de 2 002 € par mois, soit 2 194 € avec le 13ème mois, supérieure de 31
à 45 % à celles de leurs prédécesseurs, deux conseillers techniques se sont vu
attribuer des ISP encore significativement supérieures :

Nicolas QUILLET, conseiller pour les collectivités locales : 3 201 € par
mois (+ 1 000 € par mois, soit + 45,9% par rapport à Claude
GUÉANT, Daniel CANEPA et Michel CAMUX)
Emmanuelle MIGNON, 34 ans, conseiller technique, maître des
requêtes : 3 839 € (+ 1 645 € par mois, soit +75% par rapport à
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Claude GUÉANT, Gérard MOISSELIN, Daniel CANEPA et
Michel CAMUX) ou encore 2,5 fois l'ISP du directeur de cabinet de
Daniel VAILLANT.
A l'audience, Claude GUÉANT n'apportait pas d'explication précise.
Il ressort de l'ensemble de ces éléments que, dès le démarrage du cabinet, la
décision a été prise de faire fi de l'enveloppe des crédits alloués à l'ISP votée
quelques mois plus tôt à l'occasion de la loi de finances et de fixer les ISP des
membres du nouveau cabinet, non en fonction d'une juste répartition de la
ressource budgétaire, mais selon des critères manifestement subjectifs, non
explicités à l'occasion des débats, faisant le choix de recourir aux FES pour les
compléter par des versements en espèces.
A l'audience du 7 octobre 2015, la question suivante était posée à Claude
GUÉANT qui admettait à tout le moins avoir été informé des montants d'ISP
déterminés: «Avez vous agi sur instruction du ministre, en accord avec lui ou à
son insu ?»
Il répondait : «Il était au courant qu'il y avait un problème, je lui ai dit que je
trouverai une solution».
Il apparaît que Claude GUÉANT a alors manifestement fait le choix de
compléter par des primes en espèces provenant des FES ses propres primes de
cabinet, celles de son directeur de cabinet adjoint et celles de son chef de
cabinet.
Daniel CANEPA était Directeur de la Sécurité civile (sous-direction de la
DGPN) au ministère de l'intérieur entre 1993 et 1996 et Michel CAMUX était
à la même époque chef de bureau de Charles PASQUA, ministre de l'intérieur,
tandis que Claude GUÉANT était directeur de cabinet adjoint de Charles
PASQUA puis DGPN à partir d'octobre 1994.
Le tribunal déduit de l'ensemble de ces éléments que Claude GUÉANT a ainsi
fait le choix de compléter par des primes en espèces provenant des FES, dès
son retour au ministère de l'intérieur au mois de mai 2002, n'ayant attendu que
l'arrivée de Michel GAUDIN en juillet comme DGPN, les ISP de personnes
qui avaient, comme lui, une parfaite connaissance du fonctionnement des FES
à l'époque de la mise en place de leur régime exorbitant de droit commun, et
qui ne risquaient pas de s'offusquer du retour à ces pratiques.
Brice HORTEFEUX, nommé conseiller spécial du ministre à compter du 8 mai
2002, n'apparaît pas sur le tableau établi par les enquêteurs et n'a pas perçu
d'ISP en 2002
En outre, il ressort de la liste des membres du cabinet de Nicolas SARKOZY
du 6 mai 2002 au 30 mars 2004 établie par les enquêteurs et surtout de la
comparaison de cette liste avec le tableau des ISP 2002 dressé par les mêmes
enquêteurs que Brice HORTEFEUX, nommé au Journal Officiel comme
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conseiller auprès du ministre dès le 8 mai 2002 n'apparaît pas sur le tableau des
ISP établi par les enquêteurs pour l'année 2002 (les contractuels sans ISP y
figurent).
Interrogé sur ce point à l'audience, Claude GUÉANT n'a pas eu d'explication ni
sur le fait que Brice HORTEFEUX ne figurait pas sur le tableau des ISP 2002
établi par les enquêteurs ni sur le fait que ce dernier n'ait pas perçu d'ISP. Ses
co-prévenus ont indiqué spontanément, sans autre explication, que Brice
HORTEFEUX aurait été à l'époque député européen. Aucune investigation
n'ayant été conduite sur ce point, le tribunal reste sans explication.
Le tribunal relève néanmoins sur le même tableau des membres du cabinet, à
l'analyse de la rubrique « collaborateurs » que Brice HORTEFEUX était
assisté dès le 8 mai 2002 d'une secrétaire et dès le 15 juin 2002 d'un
collaborateur, Arnaud TEULLE, tous deux bénéficiaires de contrat de cabinet,
ce qui est de nature à justifier qu'ils n'aient pas perçu d'ISP.
Claude GUÉANT a confirmé avoir reçu la somme de 10 000 euros par mois
sur les FES et avoir conservé la somme de 5 000 euros, ce qu'aucun élément du
dossier ne permet de contredire, même si certaines questions restent en
suspens, telles que :


les primes en espèces des personnels support provenant des FES ontelles été supprimées en 2002 ou les prélèvements sur les FES ont-ils
continué pour ces personnels dans l'attente de l'augmentation
significative de la dotation dès 2003, notamment par transfert évoqué
dans le rapport de l'IGA de 320 000 € de la ligne budgétaire des FES
vers celle de l'ISP ?
est-il vraisemblable que certains conseillers exerçant de lourdes
responsabilités ne perçoivent pas d'ISP?
comment ont évolué l'enveloppe et la répartition de l'ISP 2003 et 2004,
compte tenu de l'augmentation significative des effectifs du cabinet (18
à 27) ? la dotation n'est-elle pas devenue encore plus «étriquée» dès
2003?

6.4.3 Sur les autres explications apportées par Claude
GUÉANT
Il a été démontré que les explications concernant l'insuffisance de l'ISP sont
inopérantes pour justifier des compléments de rémunération en espèces versés
à des membres du cabinet en provenance des FES. Si la ressource allouée aux
ISP a très rapidement et très progressivement augmenté, l'analyse de
l'évolution de la dotation budgétaire globale affectée à l'ISP (membre du
cabinet + personnels de support) n'a de sens que si elle s'attache à comparer les
sommes affectées à chacune de ces deux catégories de bénéficiaires. Or, il
ressort des éléments du dossier et des débats qu'en 2002, année de mise en
place de l'ISP, l'enveloppe n'était répartie qu'entre les membres du cabinet
ministériel, tandis qu'à partir de 2003, la dotation allouée à l'ISP a été répartie
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entre les membres du cabinet et les personnels de soutien, ce qui rend peu
significative l'analyse de l'évolution de l'enveloppe globale. Ainsi, si entre 2002
et 2013, la dotation globale d'ISP a été multipliées par 3,7 (+ 271%), la part de
cette dotation affectée aux seuls membres du cabinet (hors personnel de
support) n'a augmenté que de 9% en onze ans.
Il convient encore de relever que les explications de Claude GUÉANT selon
les quelles son traitement à son arrivée au cabinet (traitement de 8 000 euros et
ISP de 2 000 euros) serait insuffisant, outre qu'elles sont juridiquement
inopérantes, sont rendues peu pertinentes par le fait qu'il ressort de l'analyse
des factures trouvées en perquisition à son domicile qu'il n'aurait, selon ses
explications, à supposer qu'il s'agisse bien des espèces provenant des FES,
consommé les sommes reçues entre 2002 et 2004 à hauteur d'environ 40 K €
qu'en moyenne six ans plus tard. Il a reconnu qu'il n'en avait pas besoin,
menant à l'époque une vie austère. Claude GUÉANT a encore admis que sa
rémunération totale incluant les 5 000 euros en espèces provenant des FES était
supérieure à celle qui serait la sienne huit ans plus tard comme ministre de
l'intérieur en 2011.
Les autres déclarations de Claude GUÉANT pour justifier par des «missions de
police» la remise par le DGPN d'une somme mensuelle de 10 000 euros
prélevée sur les FES sont hypothétiques, imprécises et inopérantes. En effet, les
permanences, les réunions de coordination ou de cabinet alléguées relèvent
pleinement, même si elles sont en lien avec des activités de police, de l'exercice
de ses fonctions administratives de directeur du cabinet du ministre de
l'intérieur et ne peuvent constituer des missions de police. Il convient de
rappeler que le cabinet ministériel est un organisme restreint, formé de
collaborateurs personnels choisis par le ministre, ayant pour mission de
l'assister et de le conseiller dans la réalisation de l'ensemble de ses missions.
Les autres justifications avancées, déjeuners avec des informateurs ou
recherche active de certains terroristes par Claude GUÉANT lui même, sont
dépourvues de toute base textuelle ou de justification institutionnelle. Il n'est
pas fonctionnaire de police ni officier de police judiciaire, ni informateur et
dispose d'une enveloppe de remboursement de frais par le cabinet ministériel.
Il ne s'agit pas de mettre en doute le rôle actif ni l'engagement que Claude
GUÉANT a pu déployer notamment pour organiser l'interpellation de certains
terroristes. Néanmoins, ces missions restent dans le cadre de ses fonctions de
directeur de cabinet du ministre de l'intérieur et ne sont pas, selon le tribunal,
de nature à permettre le prélèvement de sommes en espèces sur les FES de la
police.
Les différents témoins interrogés sur d'éventuelles missions de police qui
seraient accomplies par un membre du cabinet du ministre semblaient presque
étonnés de la question.

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Monsieur BERGOUGNOUX déclarait :
«Non, puisqu'il s'agit de missions de nature différente. Le travail du cabinet du
ministre n'est pas un travail de police, c'est un travail administratif ou
politique, vous n'exercez pas un travail de policier, on participe à la mise en
place de politiques de sécurité, c'est autre chose».
Ou encore, sur la question de savoir si les missions des membres du cabinet du
ministre entrent dans les critères d'attribution des FES :
«Au vu de ces textes, la réponse est non, et me semble évidente. De mon
expérience, qui est multiple, je n'ai jamais rempli de mission de police aux
cabinets de Messieurs JOXE et CHEVENEMENT. Chacun son rôle».
Il n'a en outre jamais vu de membre du cabinet du ministre gérer des
informateurs.
Madame Martine MONTEIL, ancienne Directrice Centrale de la Police
Judiciaire entendue comme témoin à la demande de Michel GAUDIN ,
déclarait n'avoir jamais vu un membre du cabinet du ministre, ni même un
membre du cabinet du DGPN effectuer une mission de police.
Ces explications sont en tout en état de cause en contradiction avec la position
de Claude GUÉANT concernant les insuffisances de l'ISP et le caractère
indemnitaire des sommes prélevées revendiqué à l'occasion de la perquisition à
son domicile. Claude GUÉANT a en effet reconnu avoir utilisé les espèces
remises, non déclarées fiscalement, à des fins personnelles et domestiques.
*****
Il résulte de l'ensemble de ces éléments que, en demandant à Michel GAUDIN
de lui remettre, pendant vingt et un mois, la somme totale de 210 000 euros,
prélevée sur les FES, Claude GUÉANT pour des motivations personnelles,
s'est enrichi au détriment de l'intérêt général et des missions qui doivent être
assurées par les fonctionnaires de police des services actifs du ministère de
l'intérieur.
Ces prélèvements illégaux, constitutifs de détournements de fonds publics de la
part de Michel GAUDIN, ont été provoqués par Claude GUÉANT qui,
directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, a sollicité du DGPN la
remise de ces sommes en espèces.
Le tribunal relève que, comme le souligne son conseil, par délégation du
ministre, le directeur de cabinet est effectivement signataire de la décision
ministérielle de notification des versements des FES aux régies, c'est à dire de
la décision qui détermine les montants des FES à attribuer à chaque régie. Il a
donc à ce titre décidé, par délégation du ministre, du montant des FES octroyé
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au cabinet du DGPN. Néanmoins, cette décision de notification, co-signée par
le DGPN, ne constitue pas en l'espèce l'acte de détournement incriminé, qui
consiste à avoir ensuite demandé à Michel GAUDIN, DGPN, de lui restituer
aux fins d'enrichissement personnel de certains membres du cabinet du
ministre, une partie des FES initialement octroyés à cette régie pour permettre
aux services de police d’être plus efficaces dans leur combat contre différentes
formes de délinquance et de criminalité. Il s'agit bien d'un acte de complicité
par instigation ou provocation et non d'un acte de co-action.
En ordonnant à Michel GAUDIN de lui remettre, pendant 21 mois, une somme
qu'il évalue à 10 000 euros par mois prélevée sur les FES, il s'est ainsi rendu
complice du délit de détournement de fonds publics commis par ce dernier, par
provocation résultant d'un «ordre, d'un abus d'autorité ou de pouvoir».
Le délit de recel réside dans le seul fait de la détention matérielle d'une chose
provenant d'un délit et de la connaissance acquise par le détenteur de l'origine
délictuelle de la chose.
En conservant pour lui-même, selon ses explications, la moitié de ces sommes
qu'il savait provenir d'un détournement de fonds publics, non déclarées
fiscalement, et en partageant l'autre moitié avec des membres du cabinet du
ministre de l'intérieur, en l'espèce ses deux directeurs de cabinet adjoint
successifs et son chef de cabinet, il a en outre commis l'infraction de recel.
Claude GUÉANT sera par conséquent déclaré coupable des faits qui lui sont
reprochés.

VII - LES DÉLITS DE RECEL DE DÉTOURNEMENT DE FONDS
PUBLICS REPROCHÉS À DANIEL CANEPA, GÉRARD MOISSELIN
ET MICHEL CAMUX
Daniel CANEPA et Gérard MOISSELIN, ayant occupé successivement la
fonction de directeur de cabinet adjoint du ministre de l'intérieur, sont
poursuivis pour avoir respectivement , entre le 1er juillet 2002 et le 31 août
2003 pour le premier et entre octobre 2003 et le 30 mars 2004 pour le second,
sciemment recelé une somme estimée entre 21 000 euros et 28 000 euros au
plus pour Daniel CANEPA et une somme de 18 000 euros pour Gérard
MOISSELIN, qui leur avaient été remises par Claude GUÉANT, directeur de
cabinet du ministre de l'intérieur, et qu'ils savaient provenir du détournement
des frais d'enquêtes et de surveillance, fonds publics, par une personne
dépositaire de l'autorité publique et ce à des seules fins d'enrichissement
personnel, fonds publics, au préjudice du Ministère de l'intérieur.

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Michel CAMUX est poursuivi pour avoir, entre le 1er juillet 2002 et le 30
mars 2004, en sa qualité de chef de cabinet du ministre de l'intérieur,
sciemment recelé une somme de 42 000 euros, qui lui avait été remise par
Claude GUÉANT, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, et qu'il savait
provenir du détournement des frais d'enquêtes et de surveillance, fonds publics,
par une personne dépositaire de l'autorité publique et ce à des seules fins
d'enrichissement personnel, au préjudice du Ministère de l'intérieur.

7-1 Daniel CANEPA
Daniel CANEPA sollicite la relaxe, faisant valoir que l'infraction ne serait pas
constituée en raison de l'absence tant de fondement légal que, compte tenu de
sa bonne foi, de l'élément intentionnel.
Il soutient notamment que «l'infraction de détournement de fonds publics,
laquelle serait constituée par l'utilisation indemnitaire prétendument prohibée
des FES, ne peut à défaut de texte précis ou applicable l'incriminant et aucune
sanction n'étant prévue, être imputée à Monsieur GUÉANT, ce que le Tribunal
de céans ne manquera pas de relever».
Le tribunal a analysé supra (6.2) l'élément légal du délit.
Il convient de relever que le conseil de Daniel CANEPA cite la réponse du
ministre de l'intérieur publiée au JO Sénat du 26 juin 2014 à la question d'un
député faisant suite au rapport de la Cour des comptes sur les frais d'enquête et
de surveillance, qui est très claire et précise notamment :
«Si la question de l'usage de ces fonds pouvait légitimement être posée, il doit
être souligné que ces versements sont dotés d'une base légale, et que leur
utilité n'est ni contestable ni contestée par l'IGA : ils sont destinés aux services
de police et répondent à des objectifs opérationnels d'efficacité et de
discrétion».
La défense de Daniel CANEPA ne saurait déduire des conclusions du rapport
de la Cour des comptes ni de tout autre élément du dossier relatif à l'utilisation
entre 2002 et 2012 des FES au sein de la police nationale et du manque de
transparence qui a caractérisé ces usages, l'absence de l'élément légal du délit
de détournement de fonds publics reproché à Michel GAUDIN.
Les FES sont, conformément au décret du 15 juin 1926, destinés aux services
de police. Par délégation du ministre, le directeur de cabinet est signataire de
la décision ministérielle de notification des versements des FES aux régies,
c'est à dire de la décision qui détermine les montants des FES à attribuer à
chaque régie. Il a donc à ce titre décidé, par délégation du ministre, du montant
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des FES octroyé au cabinet du DGPN pour permettre aux services de police
d’être plus efficaces. Le prélèvement par le DGPN sur ces FES de sommes
destinées à l'enrichissement personnel des membres du cabinet ministériel
caractérise un détournement de fonds publics, faits prévus et réprimés par
l'article 432-15 du Code pénal.
Directeur de cabinet-adjoint, Daniel CANEPA, qui avait indiqué lors de
l'enquête avoir reçu une somme mensuelle estimée entre 1 500 et 2 000 euros
par mois, a reconnu finalement à l'audience avoir reçu de Claude GUÉANT,
comme le déclarait ce dernier, entre le 1er juillet 2002 et le 31 août 2003, une
somme mensuelle de 3 000 euros remise par Claude GUÉANT, provenant
des FES. Il a ainsi reconnu avoir perçu au cours des 14 mois une somme totale
de 42 000 euros alors qu'il n'est poursuivi que pour avoir perçu une somme
évaluée entre 21 000 et 28 000 euros.
Énarque et préfet, Daniel CANEPA a été directeur de la sécurité civile au
ministère de l'intérieur entre 1993 et 1996, époque de la mise en, place du
régime dérogatoire des frais d'enquête et de surveillance, au cours de laquelle
Claude GUÉANT était directeur adjoint de cabinet du ministre, Charles
PASQUA, puis DGPN à partir de 1994. Il avait donc une connaissance précise
du fonctionnement des FES au sein de la police nationale.
Daniel CANEPA a toujours déclaré, sans en justifier (ses bulletins de salaires
figurant au dossier ne faisant état d'aucune diminution de traitement liée à son
arrivée au ministère mais il évoquait la suppression de certains avantages en
nature qui n'apparaissent pas sur les bulletins de salaire), que les ISP n'étaient
pas suffisantes et qu'il avait vu son pouvoir d'achat diminuer lors de son arrivée
au cabinet ministériel. Il pensait que ces versements en espèces venaient
compenser la diminution de sa rémunération par rapport à celle qu'il percevait
en tant que préfet du Var.
A l'audience, il expliquait avoir revendiqué à l'époque une telle augmentation,
ne souhaitant pas «travailler plus pour gagner moins». Il semblait également
regretter avoir payé des impôts sur ces sommes, et lorsque le tribunal lui faisait
remarquer que, dans la mesure où il n'avait pas déclaré ces sommes, il s'agissait
probablement d'un redressement fiscal, il déplorait «avoir travaillé pour rien».
A la question de savoir d'où provenaient ces espèces, il répondait au cours de
l'enquête: «je pense qu'elles venaient des frais d'enquêtes et de surveillance.
J'avais demandé à Monsieur GUÉANT si c'était une pratique habituelle, il
m'avait répondu par l'affirmative».
Il en aurait déduit que Monsieur GUÉANT avait décidé de «conforter la
dotation ISP en prélevant sur les FES».

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Il résulte de l'ensemble de ces éléments que Daniel CANEPA, qui ne pouvait
ignorer le contexte de la réforme «JOSPIN» intervenue quelques mois plus tôt,
contrairement à ce qu'il a déclaré, connaissait l'origine frauduleuse des fonds.
Aucun des motifs avancés par lui pour justifier l'attribution de ces sommes
n'est lié à des missions de police. Il n'appartenait pas aux services de police
mais au cabinet du ministre, n'effectuait aucune mission de police et a par
ailleurs reconnu avoir utilisé les espèces remises, non déclarées fiscalement, à
des fins personnelles et domestiques.
En ayant perçu, pendant 14 mois, des sommes en espèces qu'il savait provenir
des FES, pour un montant total de 42 000 euros (estimé dans la prévention
entre 21 000 et 28 000 euros), Daniel CANEPA s'est rendu coupable des faits
de recel de détournement de fonds publics. Il sera retenu dans les liens de la
prévention à hauteur d'une somme au moins égale à 28 000 euros.

7-2 Gérard MOISSELIN
Gérard MOISSELIN sollicite la relaxe, faisant valoir que l'infraction ne serait
pas constituée du fait de son absence de mauvaise foi.
Directeur-adjoint du cabinet du ministre de l'intérieur du 1er septembre 2003
au mois de novembre 2004, il a reconnu avoir perçu, en sus de son traitement
de préfet et de son ISP mensuelle de 2 000 euros, une somme d'environ 3 000
euros par mois, versée en espèces par Claude GUÉANT, entre les mois
d'octobre 2003 et de mars 2004, soit la somme totale de 18 000 euros.
Il avait précédemment exercé les fonctions de directeur du personnel de la
formation et de l'action Sociale (DPFAS) au ministère de l'intérieur de 1996 à
1999, «période au cours de laquelle il (lui) avait été donné d'apprendre que la
pratique des versements de compléments de rémunération en liquide à des
fonctionnaires du Ministère, y compris à des fonctionnaires qui
n'appartenaient pas à des corps de police mais relevaient de (sa) gestion, était
de pratique courante».
Il savait que l'indemnité de sujétions particulières qu'il percevait
«correspondait à la légalisation des versements antérieurs effectués sur les
fonds secrets du Premier Ministre» et avait alors «compris que ce changement
était resté sans incidence sur les pratiques du ministère de l'intérieur».
Il déclarait ignorer l'origine des espèces qui lui étaient remises par Claude
GUÉANT, supposant «qu'il s'agissait de ce (qu'ils) appelaient dans le jargon
qu'il partageait avec ses collaborateurs de la DPFAS de «l'argent police».

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Il expliquait : «je les ai acceptées (les enveloppes) comme un élément de ma
rémunération dont je savais qu'il était de pratique ancienne, continue, notoire
et non contestée. (…). J'avais conscience qu'aucun texte ne fonde cette
pratique mais qu'il s'agissait d'un usage ancien, continu, notoire et non
contesté donc nécessairement validé par toute la hiérarchie du ministère.
Je n'ai jamais réclamé ni revendiqué, je me suis borné à accepter les
conditions qui m'étaient faites par ma hiérarchie».
A l'audience, il déclarait :
«Il m'a tendu une enveloppe quelques semaines après mon arrivée. J'étais très
étonné. Je ne lui avais rien demandé. Qu'est-ce que vous auriez voulu que je
fasse. Que d'un geste noble, je lui renvoie son enveloppe à la figure. C'était
impossible», ajoutant qu'il «avait cru qu'il pouvait se fier» à Claude GUÉANT
sur la régularité de cette pratique.
Il indiquait encore, non sans une certaine franchise : «J'ai franchi une frontière
en pénétrant dans l'univers de la police où il y a avait un certain nombre de
pratiques archaïques, ancestrales, coutumières. C'est peut-être pas glorieux,
mais j'ai fait ce que je savais que les autres policiers faisaient».
Ses fonctions de préfet, son expérience à la DFAS puis de directeur de cabinetadjoint du cabinet du ministre de l'intérieur laissent présumer sa parfaite
connaissance des textes applicables régissant les modalités de
rémunération des fonctionnaires du cabinet ministériel et celles d'utilisation des
FES. Le fait de justifier la perception de ces sommes par un usage ancien et
notoire constitue une explication qui, s'agissant de l'utilisation de fonds publics
par un haut fonctionnaire de son niveau, un an après la mise en place de
l'indemnité de sujétions particulières, ne peut l'exonérer de sa responsabilité.
Il n'a signé aucune feuille d'émargement ni jamais réellement échangé avec
Claude GUÉANT au sujet de la provenance de ces fonds, n'a jamais déclaré
ces sommes à l'administration fiscale et ne les a jamais remises en banque, ce
qui vient corroborer la connaissance qu'il avait de l'origine délictuelle des
fonds.
La perception d'espèces sans aucune justification textuelle ou institutionnelle, à
des seules fins d'enrichissement personnel, entre les mois d'octobre 2003 et de
mars 2004, à hauteur de 18 000 euros, caractérise l'infraction de recel de
détournements de fonds publics.
Gérard MOISSELIN sera déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés.

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7.3 Michel CAMUX
Michel CAMUX sollicite la relaxe, faisant valoir que l'infraction ne serait pas
constituée du fait de son absence de mauvaise foi.
Chef de cabinet du ministre de l'intérieur du 8 mai 2002 au mois de juillet
2004, il est mis en cause par Claude GUÉANT qui a affirmé lui avoir remis
des espèces à hauteur de 2 000 euros par mois soit la somme totale de 42 000
euros. Il a reconnu avoir bénéficié de cette remise d'espèces pendant 21 mois
prétendant en ignorer l'origine, pensant qu'il s'agissait d'un complément
indemnitaire, ajoutant ne jamais avoir exercé de missions de police.
A l'audience, il décrivait ses activités quotidiennes (tenue d'agenda du ministre,
de ses déplacements, gestion du personnel), confirmant ainsi que la mission
d'un chef de cabinet du ministre de l'intérieur était évidemment distincte de
celle d'un fonctionnaire de police susceptible de bénéficier de frais d'enquête et
de surveillance.
La circonstance que Claude GUÉANT, son supérieur hiérarchique,
ait été l'initiateur de ces versements, est indifférente.
Le tribunal relève que Michel CAMUX a été chargé de mission (1986-1987)
auprès du ministre délégué chargé de la sécurité, puis chef du bureau du
cabinet de Charles PASQUA, ministre de l'intérieur, en 1993 et 1994, tandis
que Claude GUÉANT était directeur de cabinet-adjoint du ministre puis
DGPN, à l'époque de la mise en place du régime dérogatoire de paiement des
frais d'enquête et de surveillance. Il avait donc nécessairement connaissance du
fonctionnement des frais d'enquête et de surveillance.
Il a ensuite entamé sa carrière préfectorale en 1994 et sera par la suite, comme
Gérard MOISSELIN, préfet du Loiret et de la région Centre.
Sa connaissance de l'origine frauduleuse des fonds perçus résulte de ses
fonctions de chef de cabinet du ministre de l'intérieur, de ses
connaissances des textes règlementaires applicables aux FES, des
différentes missions de police exercées auparavant au sein du ministère
de l'intérieur et enfin de la réforme intervenue le 1er janvier 2002.
Il n'a signé aucune feuille d'émargement, n'aurait jamais échangé avec Claude
Guéant au sujet de la provenance de ces fonds, n'a jamais déclaré ces sommes
à l'administration fiscale et ne les a jamais remises en banque, ce qui vient
corroborer la connaissance qu'il avait de l'origine délictuelle des fonds.
La perception d'espèces sans aucune justification textuelle ou institutionnelle, à
des seules fins d'enrichissement personnel, entre les mois de juillet 2002 et de
mars 2004, à hauteur de 21 000 euros, caractérise l'infraction de recel de
détournements de fonds publics.
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Michel CAMUX sera déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés.

VIII- SUR LA DEMANDE DE SUPPLÉMENT D'INFORMATION
Par conclusions régulièrement déposées et soutenues à l'audience avant tout
débat au fond, les conseils de Claude GUÉANT sollicitent de voir, sur le
fondement des dispositions de l'article 463 du code de procédure pénale,
ordonner un supplément d'information qui sera confié à un des membres du
tribunal.
Analyse du tribunal
Si les actes qui seraient, selon la défense, nécessaires à la manifestation de la
vérité ne sont pas précisément décrits, la demande est fondée sur la prétendue
nécessité de vérifier l'existence d'une pratique antérieure qui viendrait légitimer
l'emploi des FES à des fins indemnitaires, justifié par le «flou juridique»
entourant le régime applicable au FES.
Concernant le point de droit, à savoir le prétendu flou juridique, il convient de
constater qu'il ressort de la compétence du tribunal qui dispose de tous les
éléments juridiques pour en apprécier les contours.
Concernant l'existence d'une pratique antérieure et coutumière, le tribunal
constate que les éléments du dossier (cf supra III) ont permis d'appréhender le
contexte des faits, en distinguant :

l'emploi des FES comme complément de rémunération au profit des
membres du cabinet du ministre de l'intérieur avant la réforme des
indemnités de sujétions particulières entrée en vigueur au 1er janvier
2002
l'emploi des FES à titre indemnitaire qui semble perdurer au moins
jusqu'en 2013 au sein de la police nationale.

Les vérifications demandées, concernant ces éléments de contexte, ne sont
donc pas utiles à la manifestation de la vérité.
La demande de supplément d'information sera par conséquent rejetée.
A l'issue des débats, le tribunal qui tient de l'article 463 du code de procédure
pénale la possibilité d'ordonner d'office un supplément d'information, s'autorise
à relever néanmoins que certains points auraient pu utilement faire l'objet
d'investigations supplémentaires. Il s'agit notamment :

de l'analyse de l'évolution de la dotation annuelle des ISP allouée au
ministère de l'intérieur à partir de 2003, avec la répartition en volume et
effectifs membres du cabinet/ personnel de soutien, à partir les
documents budgétaires «jaunes» (non versés à la procédure) ; en
l'absence de cette répartition, toute comparaison avec l'ISP de l'année
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2002 (qui ne concernait que les membres du cabinet) semble en effet
peu pertinente

de l'analyse du montant et de la répartition des ISP versées au cabinet
du ministre de l'intérieur au titre de l'année 2003 et du 1er trimestre
2004 (seule l'année 2002 a été analysée par les enquêteurs qui ont
réalisé un tableau pour chacun des deux cabinets qui se sont succédés);
compte tenu de l'augmentation des effectifs du cabinet en 2003, il
semble que la dotation budgétaire allouée pour l'ISP ait pu sembler
encore beaucoup plus «étriquée» en 2003

de la question de Brice HORTEFEUX, nommé au JO du 8 avril 2002
conseiller du ministre, qui aurait cumulé les fonctions de député
européen et conseiller spécial du Ministre de l'intérieur, mais ne
figurant pas sur le tableau des ISP 2002 des enquêteurs (alors que des
conseillers n'ayant pas perçu d'ISP figurent sur ce tableau), n'aurait pas
perçu d'ISP, sans qu'aucune explication n'ait pu être apportée sur ce
point au cours des débats

d'une éventuelle
RUDOLPH.

confrontation

entre

messieurs

GUÉANT

et

Ce dernier a en effet adressé, à la suite de son audition, le message électronique
suivant à l'enquêteur :
«(…) Connaissant l'exceptionnelle intelligence manœuvrière de C. Guéant, je
ne puis imaginer qu'il se soit lancé dans une telle opération sans motifs. Celui
que j'ai évoqué hier, à savoir qu'il a pu garder par-devant lui tout l'argent
remis par Michel GAUDIN, peut en être un.
Un autre motif m'a effleuré : mettre en cause certains, que l'on sait innocents,
pour conduire la Justice vers une impasse, en exonérant ceux qui, peut-être,
ont pu être les vrais bénéficiaires des fonds.
A côté de la hiérarchie «officielle» du cabinet existait une hiérarchie occulte,
la garde rapprochée du Dir Cab et du Ministre, les vrais piliers «politiques»
du temple : les proches, parfois la «cour». Là apparaissent des noms de
membres du Ministère de l'intérieur (Solly, Camux, Hortefeux...), mais aussi de
la société civile (Lefèvre, Louvrier....) ou d'autres ministères (Dati...), tous
promis à un brillant avenir.
Mon interrogation est : voulait-on ainsi, éventuellement, protéger les uns – les
politiques – en exposant les autres – les techniques-?
Je soumets ces réflexions à votre sagacité,
Si je suis confronté avec C. Guéant, je mettrai cette hypothèse sur la table,
pour voir...».
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Si elles relèvent d'une certaine curiosité intellectuelle, ces investigations
auraient pu être de nature à lever un doute, qui subsiste à l'issue des débats, sur
le montant des sommes prélevées chaque mois par Claude GUÉANT sur les
frais d'enquête et de surveillance de la police nationale, dont rien ne permet en
l'état d'infirmer ni de confirmer qu'il serait, comme se sont accordés à le dire
Claude GUÉANT et Michel GAUDIN, de 10 000 euros par mois.
Le tribunal considère que, compte tenu des contours de sa saisine, ces
investigations ne sont cependant pas indispensables à la manifestation de la
vérité dans la présente affaire.
Il n'y a dès lors pas lieu d'ordonner de supplément d'information.

IX - SUR LES PEINES :
9.1 - Claude GUÉANT
Le parquet national financier a requis à l'encontre de Claude GUÉANT une
peine de 30 mois d'emprisonnement avec sursis, assortie d'une amende 75 000
euros d'amende et d'une interdiction des droits civils, civiques et de famille
d'une durée de cinq ans.
*****
Le dossier et les débats ont établi que Claude GUÉANT a été l’initiateur du
délit de détournement de fonds publics.
Nommé en 1993 directeur de cabinet adjoint du ministre de l'intérieur, Charles
PASQUA, puis Directeur général de la police nationale (DGPN) à partir de
1994, Claude GUEANT a participé ou tout du moins suivi la mise en place,
puis le fonctionnement, de la procédure exorbitante du droit commun instaurée
par le décret du 5 novembre 1993 autorisant le versement en liquide de frais
d'enquête et de surveillance (FES), sans aucun plafond, sans aucun justificatif,
sans identification durable de leurs bénéficiaires et sans que ceux-ci soient
tenus de rendre compte de l'usage de ces fonds. Entre 1994 et 1998, en qualité
de Directeur général de la police nationale, Claude GUEANT a ainsi
notamment remis chaque mois au directeur de cabinet du ministre de l'intérieur
une enveloppe de sommes prélevées sur ces frais d'enquête et de surveillance et
destinées au versement de primes aux membres du cabinet, dont il savait
qu'elles venaient compléter les primes en espèces provenant des fonds spéciaux
de Matignon.
Il ne pouvait ignorer que la réforme dite «JOSPIN» des primes de cabinet était
intervenue au 1er janvier 2002, date d'entrée en vigueur du décret 2001-1148
du 5 décembre 2001 ayant mis en place les indemnités de sujétions
particulières (ISP), ces sommes figurant désormais sur les bulletins de salaires
et étant soumises aux cotisation sociales.
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A son arrivée comme directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, Nicolas
SARKOZY, en mai 2002, il constate que l'enveloppe budgétaire allouée pour
le paiement des primes de cabinet des membres du cabinet (434 K€ charges
sociales comprises), votée par le Parlement, représente pour l'année 2002 une
enveloppe mensuelle d'environ 26 500 euros d'ISP brute (sur 13 mois) à
répartir entre les seize membres de son cabinet.
Claude GUEANT fait dès lors le choix, dès la constitution du cabinet, non pas
de reconduire, dans le respect de cette enveloppe budgétaire, les trois taux
d'ISP institués à compter du 1er janvier 2002 dans le cabinet précédent (de 1
219 à 1 524 euros) pour les vingt et un membres qui le composaient, mais de
mettre en place des ISP très largement supérieures pour les seize membres de
ce nouveau cabinet (l'ISP du directeur de cabinet est supérieure de 31% à celle
de son prédécesseur, celle du chef de cabinet de 45%), dont la répartition paraît
assez singulière. Ainsi, une jeune conseillère technique se voyait attribuer par
exemple en 2002 une ISP moyenne mensuelle supérieure de 75%, à celle
attribuée à Claude GUÉANT, Daniel CANEPA et Michel CAMUX,
respectivement directeur de cabinet, directeur de cabinet-adjoint et chef de
cabinet, cette ISP moyenne de 3 839 € par mois représentant encore près de 2,5
fois l'ISP du directeur de cabinet du ministre de l'intérieur précédent, Daniel
Vaillant. En outre, Brice HORTEFEUX, nommé au journal officiel du 8 mai
2002, conseiller spécial du ministre, ne se voyait attribuer aucune ISP en 2002.
Interrogé à l'audience sur le point de savoir si, en ce qui concerne la répartition
de ces ISP, il avait agi sur instruction du ministre, en accord avec ce dernier ou
à son insu, Claude GUÉANT a déclaré que le ministre de l'intérieur ne
connaissait pas le détail de la répartition de l'ISP mais «était au courant de ce
problème» et qu'il avait indiqué à Nicolas SARKOZY qu'il «trouverait une
solution» (page 67 de la note d'audience).
C'est dans ce contexte qu'il s'est autorisé, en guise de solution, à puiser chaque
mois une somme de 10 000 euros en espèces dans les frais d'enquête et de
surveillance de la police pour conforter cette dotation d'ISP jugée insuffisante
et rétablir une certaine hiérarchie dans la répartition des primes entre les
différents membres du cabinet dont il assurait la direction. Il déclare avoir
conservé 5 000 euros par mois et remis à ses directeurs de cabinet successifs,
Daniel CANEPA puis Gérard MOISSELIN 3 000 euros par mois et à son chef
de cabinet, Michel CAMUX 2 000 euros par mois.
La somme de 10 000 euros a été sollicitée auprès de Michel GAUDIN, DGPN
et à ce titre gestionnaire des frais d'enquête et de surveillance, dès l'arrivée de
ce dernier en juillet 2002. L'évaluation de cette somme de 10 000 euros résulte
des seules déclarations de Claude GUÉANT et de Michel GAUDIN, aucun
élément du dossier ne permettant de confirmer ni d'infirmer ce montant.
Il convient de relever que Michel GAUDIN, comme Daniel CANEPA et
Michel CAMUX avait une parfaite connaissance du régime des FES, pour
avoir occupé des fonctions au ministère de l'intérieur à l'époque de la mise en
place du régime dérogatoire de paiement des FES, soit en 1993 et 1994.
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Michel GAUDIN était en effet Directeur du personnel et de la formation de la
police à la DGPN à partir de 1993, Daniel CANEPA était à la même époque
Directeur de la sécurité civile et Michel CAMUX était chef du bureau du
cabinet de Charles PASQUA, ministre de l'intérieur, en 1993 et 1994 tandis
que Claude GUÉANT était directeur de cabinet-adjoint du ministre, Charles
PASQUA, puis DGPN à partir d'octobre 1994.
Claude GUÉANT a ainsi fait le choix de restaurer à partir de juillet 2002, dès
l'arrivée de Michel GAUDIN comme DGPN, des pratiques anciennes et
opaques qu'il avait mises en place en 1993/1994 au cabinet de Charles
PASQUA et utilisées jusqu'en 1998, auxquelles la réforme JOSPIN intervenue
quelques mois plus tôt avait manifestement pour objet de mettre fin, dans un
souci évident de moralisation et de transparence de la vie publique, à la suite
du scandale de la révélation des primes en espèces versées aux membres de
l'ensemble des cabinets ministériels sur les fonds spéciaux de Matignon.
Haut fonctionnaire de l'État, directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, il a,
dans une volonté assumée d'enrichissement de lui-même et de ses plus proches
collaborateurs, volontairement transgressé les lois de la République et
détourné des fonds publics, évalués à 210 000 euros. Ces faits commis au
sommet de la hiérarchie du cabinet ministériel, par un éminent représentant du
pouvoir exécutif dont les fonctions exigent une probité irréprochable, portent
une atteinte d'une extrême gravité à l'ordre public dont le ministère de
l'intérieur a précisément pour mission de faire assurer le respect. Ils constituent
en outre une atteinte aux valeurs de la démocratie républicaine et à la
transparence de la vie publique, participant de la défiance que les citoyens
peuvent nourrir à l'égard de la politique, des institutions et de ceux qui les
gouvernent.
Sur les peines principales
La question de la peine, et du sens de cette peine, dans le cadre d'une décision
de justice rendue au nom du peuple français prend une portée singulière en
matière de détournement de fonds publics commis par un des plus hauts
personnages de l'État, directeur du cabinet du ministre de l'intérieur à l'époque
des faits et ayant par la suite exercé d'éminentes fonctions politiques,
notamment celle de ministre de l'intérieur.
Cette question doit être examinée au regard des textes applicables, dans un
souci d'égalité devant la loi pénale.
L'article 432-15 du code pénal dans sa version en vigueur à l'époque des faits
prévoit pour les faits de détournement de fonds publics, à titre de peine
principale, une peine de 10 ans d'emprisonnement et une amende de 150 000
euros.

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Eu égard à la gravité exceptionnelle de l'atteinte portée à l'ordre public par les
agissements de Claude GUÉANT, la question d'une éventuelle peine
d'emprisonnement ferme ne semble pouvoir être éludée.
Il résulte des dispositions de l'article 132-24 du code pénal que, en matière
correctionnelle, en dehors des condamnations en récidive légale prononcées en
application de l'article 132-19-1 du dit code, une peine d'emprisonnement sans
sursis ne peut être prononcée qu'en dernier recours si la gravité de l'infraction
et la personnalité de son auteur rendent cette peine nécessaire et si toute autre
sanction est manifestement inadéquate. Dans ce cas, la peine d'emprisonnement
doit, si la personnalité et la situation du condamné le permettent, et sauf
impossibilité matérielle, faire l'objet d'une des mesures d'aménagement prévues
au articles 132-25 à 132-28 du code pénal.
En l'espèce, Claude GUÉANT, âgé de 70 ans, n'ayant jamais été condamné, est
devenu avocat. Les faits, révélés en 2013, ont pris fin il y a plus de onze ans et
le tribunal considère que, malgré l'exceptionnelle gravité de l'infraction, une
peine d'emprisonnement ferme n'est pas nécessaire, n'étant pas au surplus de
nature à réparer le trouble causé par l'infraction.
Dans ces conditions, le recours à une peine d’emprisonnement avec sursis dont
le quantum sera fixé à 2 ans d'emprisonnement, assorti d'une amende de 75 000
euros apparaît tout à la fois adapté à la personnalité du prévenu ainsi qu’à la
nature et la gravité des faits qu'il a commis.
Sur les peines complémentaires
Il n'est pas apparu au fil du dossier et des audiences que Claude GUÉANT, s'il
a toujours répondu avec courtoisie aux questions du tribunal, ait cherché à
assumer une quelconque part de responsabilité et à rétablir une certaine
transparence concernant les pratiques opaques qui lui sont reprochées.
A la fin des débats le tribunal lui posait la question suivante :
«Vous avez expliqué de façon constante que vous considériez comme
parfaitement légitime et légale la pratique qui vous est reprochée, consistant à
prélever des sommes en espèces sur les FES à titre de complément d'une
rémunération que vous estimiez insuffisante. Le tribunal appréciera la
question de droit qui lui est soumise. Doit-on comprendre que si vous vous
trouviez aujourd'hui dans la même situation, dans la mesure où le décret de
1926 n'est ni abrogé ni modifié, vous agiriez exactement de la même façon?»
Claude GUÉANT répondait : «Ce que j'ai décidé n'a rien d'irrégulier. Je ne le
referais pas, compte tenu des ennuis judiciaires» (Page 68 de note d'audience).
Le tribunal en déduit que, plus de onze ans après les faits, ne regrettant que les
ennuis judiciaires personnels qui en ont résulté, il considère encore cette
pratique comme régulière et justifiée. Cette argumentation constitue
effectivement, comme c'est son droit le plus strict, le socle de sa défense. Elle
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relève néanmoins d'une certaine indécence de la part d'un des plus hauts
personnages de l'État qui, au mépris des lois votées, qu'il s'agisse de la réforme
JOSPIN ou de la loi de finances fixant les crédits alloués pour les ISP, s'est
accordé de façon discrétionnaire le double privilège de puiser sur des fonds
publics des compléments de rémunération en espèces augmentant ses revenus
mensuels de 10 000 à 15 000 euros, et de ne pas les déclarer à l'administration
fiscale.
Sa formation, son expérience de la haute fonction publique et ses qualités
intellectuelles notoires ne permettent pas d' imaginer qu'il n'avait pas compris
le texte ni l'esprit de la réforme dite «JOSPIN» du 5 décembre 2001 ou qu'il ait
pu considérer que cette dernière ne s'appliquait pas aux frais d'enquête et de
surveillance de la police, ou pas à sa personne.
Dans le contexte de l'émoi suscité par les déclarations de Jacques CHIRAC
concernant ses billets d'avion payés en espèces provenant des fonds spéciaux
de Matignon, le rapport du Premier président de la Cour des comptes, François
LOGEROT, relevait de façon particulièrement claire en octobre 2001 :
«les polémiques récentes ont montré que l'exigence de transparence * à
l'égard de l'utilisation des moyens financiers mis à la disposition des pouvoirs
publics se faisait de plus en plus pressante. C'est plus particulièrement le cas
en ce qui concerne les rémunérations payées sur les deniers publics, comme
l'indiquent notamment les réactions et commentaires auxquels ont donné lieu
les rapports que la Cour des comptes a consacrés en janvier 2000 et avril
2001 à la fonction publique d'État et dans lesquels étaient dénoncées la
complexité et la l'opacité caractérisant la gestion des traitements et
rémunérations accessoires des fonctionnaires et des autres agents publics.(...)
Dès octobre 1999, le Gouvernement avait d'ailleurs rappelé l'obligation
s'assoir les primes et indemnités de toute nature sur des bases législatives ou
réglementaires et lancé une opération de remise en ordre juridique, qui a déjà
donné lieu à la publication des textes intéressants plusieurs corps de la
fonction publique.
De ce point de vue, la distribution de rémunérations complémentaires non
déclarées à l'administration fiscale et ne supportant pas les prélèvements
sociaux, du fait qu'elles sont versées en espèces provenant des comptes de
fonds spéciaux, n'apparaît plus seulement comme un privilège anachronique,
mais toléré; elle constitue une irrégularité choquante dès lors qu'il s'agit de
compléments de rémunérations versés à des agents publics, sur fonds publics
en dehors de toutes règles et de tous contrôles.
A la nécessité d'une meilleure transparence s'ajoute l'intérêt qui s'attache à
combattre la suspicion* persistante quant à l'utilisation possible des fonds
spéciaux pour financer directement ou indirectement des activités de nature
politique. (…). Les lois successives qui, de 1988 à 1995, ont établi la
surveillance du patrimoine des élus et l'encadrement du financement des partis
politiques et des campagnes électorales, y compris sur le budget de l'État,
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prohibent désormais toute utilisation à ces fins des fond spéciaux. (…)»
* souligné par l'auteur du rapport
Il apparaît dès lors justifié, eu égard à ce mépris assumé de la loi et à cette
résistance déterminée à la modernisation de la gestion publique, de prononcer à
l'encontre de Claude GUÉANT, à titre de peine complémentaire, une
interdiction temporaire d'exercer une fonction publique pendant la durée
maximum de cinq ans prévue par les articles 131-27 et 432-17 du code pénal
en vigueur à l'époque des faits .

9.2- Michel GAUDIN
Le parquet national financier a requis à l'encontre de Michel GAUDIN une
peine de 10 mois d'emprisonnement avec sursis.
Michel GAUDIN, qui ne s'est pas enrichi personnellement, a accepté en
connaissance de cause de remettre chaque mois une somme qu'il évalue à 10
000 euros en espèces à son supérieur hiérarchique, Claude GUÉANT, dont il
ne pouvait ignorer qu'il n'était pas fonctionnaire de police mais directeur de
cabinet du ministre, n'étant, selon le tribunal, à ce titre chargé d'aucune mission
de police. En ne posant pas de question à Claude GUÉANT, ayant parfaitement
conscience de l'objet des fonds remis, il a agi par fidélité, proximité amicale,
professionnelle ou politique. Il a néanmoins aussi agi au mépris,
manifestement, de ses propres valeurs puisqu'il n'est pas contesté qu'il a, dans
ses fonctions successives au sein du ministère de l'intérieur, œuvré pour une
plus saine gestion des deniers publics et l'amélioration des conditions et des
moyens d'exercice de l'action des forces de police. Il a notamment mis fin, au
sein de son cabinet de la DGPN, à l'utilisation des FES à titre indemnitaire,
justifiant que si le coffre de la DGPN contenait 1,4 million à son arrivée en
juillet 2002, il a laissé à son successeur plus de 5,4 millions d'euros à l'occasion
de son départ en 2007.
Les faits dont il a été reconnu coupable apparaissent ainsi comme un acte
détachable de l'ensemble de sa carrière, qui ne remet pas en cause les qualités
et l'engagement de Michel GAUDIN au service de l'État, dont le tribunal n'est
pas juge mais dont plusieurs hauts responsables de la hiérarchie policière sont
venus témoigner avec conviction à la barre du tribunal.
Marcel de FILIQUIER, contrôleur général honoraire de la police nationale,
après avoir rappelé les réformes initiées par Michel GAUDIN (réforme des
corps et carrières, création de la prime de résultats exceptionnels en 2004,
remise à plat et réforme des vacations funéraires et d'assistance à huissier ,
sources de tension et d'iniquité entre les commissaires de police) exposait dans
une attestation écrite des propos qui résument les témoignages :

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«Michel GAUDIN est, à juste titre, très respecté et apprécié de tous ceux qui
ont travaillé avec lui (..) mais aussi pour son sens profond de l'État, sa très
grande droiture, et son honnêteté intellectuelle et morale. Au delà, son image
demeure très forte pour toute la police nationale.
Par l'intensité et la qualité de son action, ainsi que par le sens de l'intérêt
général et de l'honneur qu'il porte en lui et dont il ne s'est jamais départi, il est
probablement celui qui a le plus marqué cette institution».
Christophe MIRMAND, préfet de Corse, exposait «M.GAUDIN représente à
mes yeux l'incarnation du grand serviteur de l'État, préoccupé de l'intérêt
général, et animé d'un sens du service public peu commun. Il demeure pour
moi un modèle d'exigence et de rigueur».
Michel ROUZEAU, en fonction au cabinet du DGPN entre 2001 et 2004
écrivait que Michel GAUDIN souhaitait mettre fin à la pratique des versements
de rémunérations accessoires en numéraire, prélevées sur les FES, à des agents
affectés dans les services de police. Il a eu connaissance d'une diminution de
certains versements, que le préfet GAUDIN considérait comme illégaux et
auxquels il voulait mettre fin.
Erard CORBIN DE MANGOUX, préfet, conseiller maître en service
extraordinaire à la Cour des comptes, sous-directeur de l'administration
générale et des finances de la police nationale de septembre 1999 à septembre
2004 sous l'autorité de Michel GAUDIN de 2002 à 2004, attestait :
«Je puis attester de son absolue loyauté, de son sens élevé de l'État et du
service public, de son engagement, de sa puissance de travail, et de sa force de
conviction. Il a été pour moi, et je pense pouvoir le dire pour de très nombreux
collègues administrateurs civils ou sous-préfets, un exemple.
Il a par ailleurs toujours été d'une rigueur totale dans la gestion des fonds de
la police nationale.
Il a toujours fait valoir une vision des fonctionnaires de police républicains,
exemplaires dans leur comportement parce que détenteurs de la force
publique, au service de nos concitoyens et garants de l'exécution des lois».
Aucune condamnation ne figure sur le casier judiciaire de Michel GAUDIN
qui a exprimé à l'audience le déshonneur que constituait pour lui le fait de
comparaître devant ce tribunal.
L’ancienneté des faits, l’absence d’enrichissement personnel de Michel
GAUDIN, ainsi que les conditions dans lesquelles il a exercé d'éminentes
responsabilités au service de l'État pendant les années ayant immédiatement
suivi la période de prévention, sont autant d’éléments qui doivent être pris en
considération pour déterminer la sanction qu’il convient d’appliquer à son
encontre.

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Ces éléments ne sauraient occulter le fait que, par son action délibérée, en
ayant accepté au cours de ces vingt et un mois de remettre à Claude GUÉANT
une enveloppe contenant au moins 10 000 euros en espèces, prélevés sur les
frais d'enquête et de surveillance de la police, Michel GAUDIN a manqué à
l’obligation de probité qui pèse sur les personnes publiques chargées de la
gestion des fonds ou des biens qui leurs sont confiés, cela au mépris de l’intérêt
général des services de police et des exigences de la transparence de la vie
publique.
Dans ces conditions, le recours à une peine d’emprisonnement avec sursis dont
le quantum sera fixé à dix mois apparaît tout à la fois adapté à la personnalité
du prévenu ainsi qu’à la nature et la gravité des faits qu'il a commis.

9.3- Daniel CANEPA
Le parquet national financier a requis à l'encontre de Daniel CANEPA une
peine de 210 jours-amende à 100 euros.
Dans ses conclusions écrites, le conseil de Daniel CANEPA sollicite une
dispense de peine assortie d'une absence d'inscription au bulletin n°2 de son
casier judiciaire.
Au soutien de cette demande, il fait valoir que le reclassement de l'intéressé est
acquis et qu'il a versé une somme de 21 395 euros à l'administration fiscale
dans le cadre d'un redressement afférent aux sommes visées à la prévention.
Daniel CANEPA assume avoir sollicité un complément de rémunération,
considérant, sans réellement en justifier dans la mesure où son traitement de
préfet a été maintenu, avoir subi une perte de pouvoir d'achat en arrivant au
cabinet du ministre de l'intérieur en mai 2002. Il a à ce titre accepté ces
enveloppes remises chaque mois en espèces, en toute discrétion, dans le
bureau de Claude GUÉANT. Il a ainsi perçu une somme de 3 000 euros
pendant quatorze mois (42 000 euros), la prévention n' ayant retenu qu'une
somme de 21 000 à 28 000 euros ; l'intéressé avait au cours de l'enquête
contesté les déclarations de Claude GUÉANT sur les sommes versées, avant de
reconnaître finalement à l'audience avoir bien reçu 3 000 euros par mois. Ayant
commencé sa carrière comme inspecteur des impôts, il n'a pas déclaré ces
sommes à l'administration fiscale et a déploré à l'audience, de façon assez
décomplexée, avoir dû régler 22 000 euros au titre d'un redressement fiscal.
Daniel CANEPA, âgé de 67 ans, n'a jamais été condamné.
Le tribunal considère que, en l'absence de reconnaissance des faits et de
remboursement de la victime, en l'espèce l'État français, les conditions de la
dispense de peine ne peuvent en aucun cas être considérées comme acquises.

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Dans ces conditions, le recours à une peine d’emprisonnement avec sursis dont
le quantum sera fixé à 8 mois d'emprisonnement, assorti d'une amende de 30
000 euros apparaît tout à la fois adapté à la personnalité du prévenu ainsi qu’à
la nature et la gravité des faits qu'il a commis.
Le tribunal considère en outre qu'il n'y a pas lieu en l'état, eu égard à la nature
des faits et à la situation professionnelle de Daniel CANEPA, de faire droit à la
demande de non inscription au bulletin numéro 2 de son casier judiciaire.

9.4 Gérard MOISSELIN
Le parquet national financier a requis à l'encontre de Gérard MOISSELIN une
peine de 180 jours-amende à 100 euros.
Par conclusions écrites, le conseil de Gérard MOISSELIN sollicite une
dispense de peine assortie d'une absence d'inscription au bulletin n°2 de son
casier judiciaire.
Au soutien de cette demande, il fait valoir que Gérard MOISSELIN travaille
désormais en qualité de conseiller du président d'AIRBUS et a réglé le 13 juin
2015 une somme de 12 385 euros dans le cadre d'un redressement fiscal
afférent aux sommes visées à la prévention.
Gérard MOISSELIN a reconnu avoir accepté ces compléments de
rémunération en espèces qui lui ont été remis à partir du mois de septembre
2003, lorsqu'il a succédé à Daniel CANEPA dans ses fonctions de directeur de
cabinet adjoint. Il a admis que «ce n'était pas glorieux» mais qu'il n'avait pas
osé ou pas souhaité, dans le contexte des pratiques anciennes de la police en
matière de circulation d'espèces, refuser les enveloppes remises par Claude
GUÉANT. Il a ainsi perçu une 3 000 euros pendant six mois, soit au total 18
000 euros.
Gérard MOISSELIN, âgé de 63 ans, ancien préfet entré au service d'AIRBUS
en 2013, n'a jamais été condamné.
Le tribunal considère que, en l'absence de remboursement de la victime, en
l'espèce l'État français, les conditions de la dispense de peine ne peuvent en
aucun cas être considérées comme acquises.
Dans ces conditions, eu égard notamment à l'ancienneté des faits et au profit
retiré de l'infraction, le recours à une peine d’emprisonnement avec sursis dont
le quantum sera fixé à 6 mois d'emprisonnement, assorti d'une amende de 20
000 euros apparaît tout à la fois adapté à la personnalité du prévenu ainsi qu’à
la nature et la gravité des faits qu'il a commis.

Page 108 / 118

Le tribunal considère en outre qu'il convient de faire droit, eu égard à
l'ancienneté des faits, à la part de responsabilité qu'il en a assumée, ainsi qu'à la
situation de Gérard MOISSELIN qui justifie occuper désormais le poste de
conseiller du Président d'Airbus, à la demande de non inscription de cette
condamnation au bulletin numéro 2 de son casier judiciaire.

9.5- Michel CAMUX
Le parquet national financier a requis à l'encontre de Michel CAMUX une
peine de 420 jours-amende à 100 euros.
Par conclusions écrites, le conseil de Michel CAMUX sollicite une dispense de
peine assortie d'une absence d'inscription au bulletin n°2 de son casier
judiciaire.
Michel CAMUX, chef de cabinet, ayant normalement un rôle actif dans la
gestion des membres du cabinet ministériel, a également accepté de son
supérieur hiérarchique ces compléments de rémunération en espèces, invoquant
n'avoir pas été en situation de demander à Claude GUÉANT de justifier de
l'origine des sommes remises. Il a ainsi perçu une 2 000 euros pendant 21 mois,
soit au total 42 000 euros.
Aucune condamnation ne figure sur le casier judiciaire de Michel CAMUX,
âgé de 66 ans.
Le tribunal considère que, en l'absence de reconnaissance des faits et de
remboursement de la victime, en l'espèce l'État français, les conditions de la
dispense de peine ne peuvent en aucun cas être considérées comme acquises.
Dans ces conditions, eu égard notamment à l'ancienneté des faits et au profit
retiré de l'infraction, le recours à une peine d’emprisonnement avec sursis dont
le quantum sera fixé à 8 mois d'emprisonnement, assorti d'une amende de 40
000 euros apparaît tout à la fois adapté à la personnalité du prévenu ainsi qu’à
la nature et la gravité des faits qu'il a commis.
Le tribunal considère en outre qu'il n'y a pas lieu en l'état, eu égard à la nature
des faits et à la situation de Michel CAMUX, de faire droit à la demande de
non inscription de cette condamnation au bulletin numéro 2 de son casier
judiciaire.

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B) SUR L'ACTION CIVILE :
I- Les demandes de Monsieur Jacques BIDALOU, du Comité de soutien
au Préfet BONNET et à la Manifestation de la vérité, de l'association SOS
Victimes des Notaires et du comité de soutien à Guy GRALL, présentées
par Jacques BIDALOU
Par conclusions écrites déposées à l'audience du 28 septembre 2015 puis du 7
octobre 2015 par Jacques BIDALOU, il est demandé au tribunal de voir
déclarer recevables les constitutions de partie civile de Monsieur Jacques
BIDALOU, du Comité de soutien au Préfet BONNET et à la Manifestation de
la vérité, de l'association SOS Victimes des Notaires et du comité de soutien à
Guy GRALL et de «faire droit à leurs demandes de condamnation solidaire
des prévenus à leur payer la somme de 1 euro chacun (2 euros pour le prévenu
GUÉANT) pour réparation morale».
Au soutien de cette demande, il est exposé notamment :
«Attendu que l'association se constitue partie civile contre les prévenus,
Claude GUÉANT, Michel GAUDIN, Daniel CANEPA, Michel CAMUX,
Gérard MOISSELIN, en tant que les détournements de fonds publics qui leur
sont reprochés dans l'exercice de leurs fonctions publiques sont
intrinsèquement liés aux abus de pouvoir qui autorisent les prétendues élites
dirigeantes du pays à saccager la vie des agents publics qui s'en tiennent à
remplir leurs fonctions pour l'intérêt général et non l'intérêt personnel.
«Attendu qu'il est constant que le préfet BONNET a été abusivement condamné
par une justice totalement instrumentalisée aux ordres d'un pouvoir politique
désaxé qui n'a pas hésité à faire murer le 3 septembre 1999 à l'aube la
brasserie le Picadilly d'Aubervilliers, siège social du COMITÉ DE SOUTIEN
AU PRÉFET BONNET ET À LA MANIFESTATION DE LA VÉRITÉ sans que
nul ne s'émeuve dans la République aux mains de corrompus d'un tel coup de
force abominable».
****
En application des articles 2 et 3 du Code de procédure pénale, l'action civile
est ouverte à tous ceux qui ont personnellement et directement souffert du
dommage découlant de faits pénalement répréhensibles.
Ces dispositions concernent aussi bien les personnes physiques que les
personnes morales.
En l'espèce, les parties civiles, qui évoquent des faits antérieurs à la période de
prévention, n'allèguent ni a fortiori ne démontrent avoir subi personnellement
un préjudice qui découlerait directement des faits de détournements de fonds
publics, de complicité et de recel de ces délits, commis par les cinq prévenus
entre le mois de juillet 2002 et le mois de mars 2004.
Page 110 / 118

Elles seront par conséquent déclarées irrecevables en leur constitution.
II- Les demandes de l'Agent Judiciaire de l'État
Par conclusions régulièrement déposées et soutenues à l'audience, l'Agent
Judiciaire de L'État sollicite par l'intermédiaire de son avocat de voir :
-recevoir l’Agent Judiciaire de l'État en sa constitution de partie civile.
-condamner solidairement Messieurs Claude GUÉANT, Michel GAUDIN,
Michel CAMUX, Daniel CANEPA, Gérard MOISSELIN, à proportion de leur
participation à la réalisation du préjudice, au paiement à l’Agent Judiciaire de
l'État, à titre de dommages et intérêts, de la somme de 210 000 € avec intérêts
de droits à compter de la décision définitive à intervenir.
-condamner chacun d’entre eux à payer à l’Agent Judiciaire de l'État la somme
de 3 000 € en application de l’article 475-1 du Code de procédure pénale.
L’Agent Judiciaire de l'État dispose, aux termes de l’article 38 de la loi n°55366 du 3 avril 1955, d’un monopole légal de représentation devant les
tribunaux de l’ordre judiciaire pour demander réparation de tout dommage subi
par l'État, qu’il soit matériel ou moral.
En application des articles 2 et 3 du Code de procédure Pénale, l'action civile
est ouverte à tous ceux qui ont personnellement et directement souffert du
dommage découlant de faits pénalement répréhensibles.
Ces dispositions concernent aussi bien les personnes physiques que les
personnes morales, notamment de droit public et donc l'État
L’Agent Judiciaire de l'État (AJE) sera donc déclaré recevable et bien fondé à
solliciter la condamnation solidaire, à titre de dommages et intérêts, du montant
total des sommes détournées, soit la somme 210 000 €, de messieurs Claude
GUÉANT, Michel GAUDIN, Michel CAMUX, Daniel CANEPA et Gérard
MOISSELIN, sur le fondement des articles 480-1 du CPP et 432-15 du CP.
En effet, conformément à la jurisprudence de la chambre criminelle de la Cour
de cassation (Cass. Crim. 19 novembre 2003 n°03-80591), le receleur, même
s’il n’a reçu qu’une partie des objets provenant du délit, peut être solidairement
responsable avec l’auteur principal de la totalité des dommages et intérêts,
causés par leurs fautes communes, nonobstant la participation précise de
chacun des auteurs des délits de détournements et de recel.
L’Agent Judiciaire de l'État, constitué partie civile, ayant exposé dans la présente
procédure des frais qu’il serait particulièrement inéquitable de laisser à sa charge,
chacun des prévenus sera en outre condamné à lui verser une somme de 3 000 €

sur le fondement de l’article 475-1 du Code de procédure pénale.
Page 111 / 118

PAR CES MOTIFS

Le tribunal, statuant publiquement, en premier ressort, en matière correctionnelle et
contradictoirement à l’égard de Monsieur Claude GUEANT, Monsieur Michel
GAUDIN, Monsieur Daniel CANEPA, Monsieur Michel CAMUX, Monsieur
Gérard MOISSELIN, prévenus ;

l'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT, le COMITE DE SOUTIEN AU PREFET
BONNET ET A LA MANIFESTATION DE LA VERITE, SOS Victimes de
Notaires, le Comité de Soutien à Guy GRALL et Monsieur Jacques BIDALOU,
parties civiles.
SUR L'EXCEPTION DE NULLITÉ :

REJETTE l'exception de nullité soulevée par la défense de M. Claude
GUEANT.
*
SUR L'ACTION PUBLIQUE :
CONSTATE que l'action publique n'est pas éteinte

Déclare Monsieur Michel GAUDIN COUPABLE des faits qui lui sont reprochés
de :
SOUSTRACTION, DETOURNEMENT OU DESTRUCTION DE BIENS D'UN
DEPOT PUBLIC PAR LE DEPOSITAIRE OU UN DE SES SUBORDONNES
faits commis à Paris entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit.
Condamne Monsieur Michel GAUDIN à un emprisonnement délictuel de DIX
MOIS.
Vu l'article 132-31 al.1 du code pénal ;
Dit qu'il sera SURSIS TOTALEMENT à l'exécution de cette peine, dans les
conditions prévues par ces articles ;
Et aussitôt, la présidente, suite à cette condamnation assortie du sursis simple, a donné
l'avertissement, prévu à l'article 132-29 du code pénal, au condamné en l’avisant que
si il commet une nouvelle infraction, il pourra faire l'objet d'une condamnation qui
sera susceptible d'entraîner l'exécution de la première peine sans confusion avec la
seconde et qu'il encourra les peines de la récidive dans les termes des articles 132-9 et
132-10 du code pénal.
*****
Page 112 / 118

Déclare Monsieur Claude GUEANT COUPABLE des faits qui lui sont reprochés
de :
COMPLICITE DE SOUSTRACTION, DETOURNEMENT OU DESTRUCTION
DE BIENS D'UN DEPOT PUBLIC PAR LE DEPOSITAIRE OU UN DE SES
SUBORDONNES
faits commis à Paris, entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit.
RECEL DE BIEN PROVENANT D'UN DELIT PUNI D'UNE PEINE
N'EXCEDANT PAS 5 ANS D'EMPRISONNEMENT
faits commis à Paris, entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit.

Condamne Monsieur Claude GUEANT à un emprisonnement délictuel de DEUX
ANS.
Vu l'article 132-31 al.1 du code pénal ;
Dit qu'il sera SURSIS TOTALEMENT à l'exécution de cette peine, dans les
conditions prévues par ces articles ;
Et aussitôt, la présidente, suite à cette condamnation assortie du sursis simple, a donné
l'avertissement, prévu à l'article 132-29 du code pénal, au condamné en l’avisant que
si il commet une nouvelle infraction, il pourra faire l'objet d'une condamnation qui
sera susceptible d'entraîner l'exécution de la première peine sans confusion avec la
seconde et qu'il encourra les peines de la récidive dans les termes des articles 132-9 et
132-10 du code pénal.
Condamne Monsieur Claude GUEANT au paiement d'une amende de
SOIXANTE-QUINZE MILLE EUROS (75 000 euros).
à titre de peine complémentaire :
Prononce à l'encontre de Monsieur Claude GUEANT l'interdiction d'exercer une
fonction publique pour une durée de CINQ ANS.
A l’issue de l’audience, la présidente avise Monsieur Claude GUEANT que s'il
s’acquitte du montant de cette amende dans un délai d’un mois à compter de la date à
laquelle cette décision a été prononcée, ce montant sera minoré de 20% sans que cette
diminution puisse excéder 1 500 euros.
Le paiement de l'amende ne fait pas obstacle à l’exercice des voies de recours.
Dans le cas d’une voie de recours contre les dispositions pénales, il appartient à
l’intéressé de demander la restitution des sommes versées.
*****
Page 113 / 118

Déclare Michel CAMUX COUPABLE des faits qui lui sont reprochés de :
RECEL DE BIEN PROVENANT D'UN DELIT PUNI D'UNE PEINE
N'EXCEDANT PAS 5 ANS D'EMPRISONNEMENT
faits commis à Paris, entre le 1er juillet 2002 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit.
Condamne Monsieur Michel CAMUX à un emprisonnement délictuel de HUIT
MOIS.
Vu l'article 132-31 al.1 du code pénal ;
Dit qu'il sera SURSIS TOTALEMENT à l'exécution de cette peine, dans les
conditions prévues par ces articles ;
Et aussitôt, la présidente, suite à cette condamnation assortie du sursis simple, a donné
l'avertissement, prévu à l'article 132-29 du code pénal, au condamné en l’avisant que
si il commet une nouvelle infraction, il pourra faire l'objet d'une condamnation qui
sera susceptible d'entraîner l'exécution de la première peine sans confusion avec la
seconde et qu'il encourra les peines de la récidive dans les termes des articles 132-9 et
132-10 du code pénal.
Condamne Monsieur Michel CAMUX au paiement d'une amende de
QUARANTE MILLE EUROS (40 000 euros).
A l’issue de l’audience, la présidente avise Monsieur Michel CAMUX que s'il
s’acquitte du montant de cette amende dans un délai d’un mois à compter de la date à
laquelle cette décision a été prononcée, ce montant sera minoré de 20% sans que cette
diminution puisse excéder 1 500 euros.
Le paiement de l’amende ne fait pas obstacle à l’exercice des voies de recours.
Dans le cas d’une voie de recours contre les dispositions pénales, il appartient à
l’intéressé de demander la restitution des sommes versées.
REJETTE la demande de non-inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire.
*****

Page 114 / 118

Déclare Monsieur Daniel CANEPA COUPABLE des faits qui lui sont reprochés
de :
 RECEL DE BIEN PROVENANT D'UN DELIT PUNI D'UNE PEINE
N'EXCEDANT PAS 5 ANS D'EMPRISONNEMENT (pour un montant de 28 000
euros)
faits commis à Paris entre le 1er juillet et le 31 août 2003, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit.
Condamne Monsieur Daniel CANEPA à un emprisonnement délictuel de HUIT
MOIS.
Vu l'article 132-31 al.1 du code pénal ;
Dit qu'il sera SURSIS TOTALEMENT à l'exécution de cette peine, dans les
conditions prévues par ces articles ;
Et aussitôt, la présidente, suite à cette condamnation assortie du sursis simple, a donné
l'avertissement, prévu à l'article 132-29 du code pénal, au condamné en l’avisant que
si il commet une nouvelle infraction, il pourra faire l'objet d'une condamnation qui
sera susceptible d'entraîner l'exécution de la première peine sans confusion avec la
seconde et qu'il encourra les peines de la récidive dans les termes des articles 132-9 et
132-10 du code pénal.
Condamne Monsieur Daniel CANEPA au paiement d'une amende de TRENTE
MILLE EUROS (30 000 euros).
A l’issue de l’audience, la présidente avise Monsieur Daniel CANEPA que s'il
s’acquitte du montant de cette amende dans un délai d’un mois à compter de la date à
laquelle cette décision a été prononcée, ce montant sera minoré de 20% sans que cette
diminution puisse excéder 1 500 euros.
Le paiement de l’amende ne fait pas obstacle à l’exercice des voies de recours.
Dans le cas d’une voie de recours contre les dispositions pénales, il appartient à
l’intéressé de demander la restitution des sommes versées.
REJETTE la demande de non-inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire.
*****

Page 115 / 118

Déclare Monsieur Gérard MOISSELIN COUPABLE des faits qui lui sont
reprochés de :
RECEL DE BIEN PROVENANT D'UN DELIT PUNI D'UNE PEINE
N'EXCEDANT PAS 5 ANS D'EMPRISONNEMENT
faits commis à Paris entre octobre 2003 et le 30 mars 2004, en tout cas sur le
territoire national et depuis temps non prescrit.
Condamne Monsieur Gérard MOISSELIN à un emprisonnement délictuel de
SIX MOIS.
Vu l'article 132-31 al.1 du code pénal ;
Dit qu'il sera SURSIS TOTALEMENT à l'exécution de cette peine, dans les
conditions prévues par ces articles.
Et aussitôt, la présidente, suite à cette condamnation assortie du sursis simple, a donné
l'avertissement, prévu à l'article 132-29 du code pénal, au condamné en l’avisant que
si il commet une nouvelle infraction, il pourra faire l'objet d'une condamnation qui
sera susceptible d'entraîner l'exécution de la première peine sans confusion avec la
seconde et qu'il encourra les peines de la récidive dans les termes des articles 132-9 et
132-10 du code pénal.
Condamne Monsieur Gérard MOISSELIN au paiement d'une amende de
VINGT MILLE EUROS (20 000 euros).
DIT qu'il ne sera pas fait mention de la présente décision au bulletin N°2 du
casier judiciaire.
A l’issue de l’audience, la présidente avise MOISSELIN Gérard, Pierre que s'il
s’acquitte du montant de cette amende dans un délai d’un mois à compter de la date à
laquelle cette décision a été prononcée, ce montant sera minoré de 20% sans que cette
diminution puisse excéder 1 500 euros.
Le paiement de l'amende ne fait pas obstacle à l’exercice des voies de recours.
Dans le cas d’une voie de recours contre les dispositions pénales, il appartient à
l’intéressé de demander la restitution des sommes versées.

DIT n'y avoir lieu à ordonner de supplément d'information.

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En application de l'article 1018 A du code général des impôts, la présente décision est
assujettie à un droit fixe de procédure de 127 euros dont sont redevables chacun :
- CANEPA Daniel ;
Le condamné est informé qu’en cas de paiement de l’amende et du droit fixe de
procédure dans le délai d’un mois à compter de la date où il a eu connaissance du
jugement, il bénéficie d'une diminution de 20% sur la totalité de la somme à payer.
- GUEANT Claude ;
Le condamné est informé qu’en cas de paiement de l’amende et du droit fixe de
procédure dans le délai d’un mois à compter de la date où il a eu connaissance du
jugement, il bénéficie d'une diminution de 20% sur la totalité de la somme à payer.
- CAMUX Michel ;
Le condamné est informé qu’en cas de paiement de l’amende et du droit fixe de
procédure dans le délai d’un mois à compter de la date où il a eu connaissance du
jugement, il bénéficie d'une diminution de 20% sur la totalité de la somme à payer.
- GAUDIN Michel ;
Le condamné est informé qu’en cas de paiement du droit fixe de procédure dans le délai
d’un mois à compter de la date où il a eu connaissance du jugement, il bénéficie d'une
diminution de 20% de la somme à payer.
- MOISSELIN Gérard ;
Le condamné est informé qu’en cas de paiement de l’amende et du droit fixe de
procédure dans le délai d’un mois à compter de la date où il a eu connaissance du
jugement, il bénéficie d'une diminution de 20% sur la totalité de la somme à payer.

*****

SUR L'ACTION CIVILE :
DECLARE IRRECEVABLE la constitution de partie civile du COMITE DE
SOUTIEN AU PREFET BONNET ET A LA MANIFESTATION DE LA VERITE.
DECLARE IRRECEVABLE la constitution de partie civile de l'Association SOS
Victimes de Notaires.
DECLARE IRRECEVABLE la constitution de partie civile du Comité de Soutien à
Guy GRALL.
DECLARE IRRECEVABLE la constitution de partie civile de Monsieur Jacques
BIDALOU.
***

Page 117 / 118

DECLARE RECEVABLE la constitution de partie civile de L'AGENT
JUDICIAIRE DE L'ETAT ;
CONDAMNE SOLIDAIREMENT Monsieur Claude GUEANT, Monsieur Michel
GAUDIN, Monsieur Michel CAMUX, Monsieur Daniel CANEPA et Monsieur
Gérard MOISSELIN à payer à L'AGENT JUDICIAIRE DE L'ETAT, partie
civile, la somme de DEUX CENT DIX MILLE EUROS (210 000 euros) au titre
de dommages-intérêts, à proportion de la participation de chacun ;
En outre, CONDAMNE Monsieur Claude GUEANT, Monsieur Michel
GAUDIN, Monsieur Michel CAMUX, Monsieur Daniel CANEPA et Monsieur
Gérard MOISSELIN à payer CHACUN à L'AGENT JUDICIAIRE DE
L'ETAT, partie civile, la somme de 3 000 euros au titre de l’article 475-1 du code
de procédure pénale.

Aux audiences des 28 septembre 2015 à 13h30, 1er octobre 2015 à09h et 14h15, 2
octobre 2015 à 09h00 et 14h00, 7 octobre à 09h et 14h, le tribunal était composé de :
Président :
Assesseurs :

Madame DE PERTHUIS Bénédicte, vice-président,
Madame BRUERE Catherine, vice-président,
Monsieur GERBAULT Patrick, juge,

Assistés de Madame LAVAUD Sandrine, greffière,
en présence de Madame DELAUNAY-WEISS Lovisa-Ulrika, procureur de la
République financier adjoint au Parquet National Financier et de Monsieur AMAR
Patrice, premier vice-procureur financier au Parquet National Financier.
Fait, jugé et délibéré par :
Président :
Assesseurs :

Madame DE PERTHUIS Bénédicte, vice-président,
Madame BRUERE Catherine, vice-président,
Monsieur GERBAULT Patrick, juge,

et prononcé à l'audience du 13 novembre 2015, à 13h30, par Madame Bénédicte DE
PERTHUIS, vice-président, en présence de Madame Catherine BRUERE, viceprésident, de Monsieur Patrick GERBAULT, juge, et de Madame Lovisa-Ulrika
DELAUNAY-WEISS, procureur de la République financier adjoint au Parquet
National Financier et de Monsieur Patrice AMAR, premier vice-procureur financier au
Parquet National Financier, et assistés de Mlle Sandrine LAVAUD, greffier.
et le présent jugement ayant été signé par la présidente et la greffière.
LA GREFFIERE

LA PRÉSIDENTE
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