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INSTITUT

SUPERIEUR

DE

COMMERCE

ET D’ADMINISTRATION DES ENTREPRISES

CASABLANCA

CYCLE SUPERIEUR DE GESTION

LES PME AU MAROC :

ETAT DES LIEUX ET CONDITIONS D’EMERGENCE

MEMOIRE PRESENTE POUR L’OBTENTION DU DIPLOME DU CYCLE SUPERIEUR DE GESTION PAR EL HAMZAOUI ABDELHAKIM

JURY

PRESIDENT :

LE 5 MAI 2006

MUSTAPHA EL BAZE :Professeur à l’ISCAE

SUFFRAGANTS :

LATIFA ECHIHABI :Directeur général de l’Agence Nationale pour la

Promotion de la PME

JAMAL EDDINE TEBBAA :Professeur à l’université HassanII

MOSTAFA

MELSA : Professeur à l’ISCAE

HAMMAD KASSAL :Président de la fédération des PME /PMI

REMERCIEMENTS

Nos plus vifs remerciements s’adressent à Monsieur le professeur RACHID LAMRABET,

directeur général de l’ISCAE qui a permis à ce travail de voir le jour . Qu’il me soit permis

à cette occasion de lui exprimer

toute

mon

admiration

pour

ses

qualités humaines

et professionnelles et lui exprimer toute ma gratitude

A Monsieur le professeur Mustapha ELBAZE ,nous exprimons toute notre gratitude et nos

plus remerciements .Ses conseils et ses remarques tant sur la forme que sur le fond nous ont

été d’une très grande utilité et nous ont guidé pour l’élaboration des différentes phases de

ce travail.

Nos remerciements vont également à :

- Messieurs les membres du jury pouravoir accepter de juger ce travail

- Messieurs BAKOUYA ,chef de service ) l’OMPIC et OUBAHA, chef de division à la

CNSS

- Tous ceux qui ont aidé à la réalisation de notr enquête , notamment le personnel des

délégations de la CNSS et les chefs d’entreprises

OBSERVATIONS

Par ce travail , nous avons l’ambition de faire une étude globale de la PME couvrant une

période s’étendant des années 1970 jusqu’à 2004 . Il s’articule en trois partie :

_ une première partie où nous avons essayé de ressortir les caractéristiques managériales et

d’organisation de la PME et essayé d’analyser son environnement en mettant l’accent sur les

difficultés

et

les obstacles qui

entravent

la création

et le développement de

ce genre

d’entreprises . Et ceci après avoir défini et évalué le rôle économique et sociale de cette unité

spécifique

_ la deuxième partie a consisté en la présentation des structures d’intervention et d’appui et

l’ évaluation de

leurs actions et surtout

promotion des PME .

l’étude critique des différents programmes pour la

_ La troisième partie de notre travail est consacrée aux études statistiques . Ainsi nous avons

effectué un bilan démographique des entreprises avec une analyse des créations et des défail-

lances

en

fonction

des

secteurs

d’activité, des

régions d’implantation

et

des

formes

juridiques . On a aussi essayé de montrer l’impact de l’âge de l’entreprise, du profil et de l’âge

du dirigeant, de son expérience, du mode de gestion, de la stratégie adoptée et de la technologie

utilisée

sur le

économique .

devenir de

la

PME, pour terminer par un essai sur l’évolution du tissu

Sur la base de cette exploration , nous avons proposé quelques pistes de réflexion et des actions

qui à notre avis devraient permettre à la PME de connaître un meilleur devenir.

Notre volonté d’être complet sur le thème de la PME nous a poussé à traiter l’ensemble de ces

trois parties sans trop les développer mais en allant vers l’essentiel avec le souci de ne pas

perdre de l’intérêt du sujet ou de sa cohérence . Car ces trois parties prises individuellement

auraient pu largement constitué des thèmes de recherche pour le cycle supérieur de gestion .

S

O

M M

A

I

R

E

INTRODUCTION

7

PROBLEMATIQUE

10

METHODOLOGIE

13

A : Enquête qualitative

13

B : Enquête quantitative

15

PREMIERE PARTIE :PRESENTATION DE LA PME MAROCAINE

17

CHAPITRE

I : - PROFIL DU CREATEUR D’ENTREPRISES ET OBSTACLES A LA CREATION D’ENTREPRISE

18

A : DEFINITION DE LA PME

19

B : PLACE DE LA PME DANS LES ECONOMIES OCCIDENTALES ET DANS L’ECONOMIE MAROCAINE

24

C : PROFIL GENERAL DU CREATEUR D’ENTREPRISES

33

D :OBSTACLES A LA CREATION D’ENTREPRISES

43

CHAPITRE II :

- CARACTERISTIQUES ENVIRONNEMENT ET DIFFICULTES DE LA PME

52

A : CARACTERISTIQUES DE LA PME

53

B : ENVIRONNEMENT DE LA PME

72

C :

DIFFICULTES DE LA PME

101

CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

114

DEUXIEME PARTIE LA PROMOTION DES PME

118

CHAPITRE I : -LES INSTITUTIONS D’AIDE DE LA PME

119

A

:LES ORGANISMES PUBLICS

121

2

B : LES ORGANISMES RELEVANT DE LA COOPERATION INTERNATIONALE

132

C :LES ASSOCIATIONS DE PROMOTEURS

138

D :LES ORGANISMES BANCAIRES ET FINANCIERS

142

E :AUTRES ASSOCIATIONS D’APPUI DE LA PME

159

CHAPITRE II :LES PRINCIPALES AIDES DE LA PME

162

A

:LES DIFFERENTS CODES D’INVESTISSEMENT

163

D

:LA CHARTE DES INVESTISSEMENTS

172

E

:LA CHARTE DE LA PME

178

F

:LA MISE A NIVEAU DES ENTREPRISES

194

G

:LE FINANCEMENT DES PME

211

CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE

232

TROISIEME PARTIE :BILAN DEMOGRAPHIQUE GENERAL DES ENTREPRISES

236

INTRODUCTION

237

STATISTIQUE DE BASE

245

CHAPITRE I : BILAN STATISTIQUE DES CREATIONS D’ENTREPRISES

247

A : EVOLUTION CHRONOLOGIQUE DES IMMATRICULATIONS D’ENTREPRISES

248

B :LA REPARTITION DES IMMATRICULATIONS D’ENTREPRISES PAR FORME JURIDIQUE

250

C)LA DISTRIBUTION DES IMMATRICULATIONS PAR SECTEUR D’ACTIVITE

254

D)LA REPERTITION DES IMMATRICULATIONS PAR REGION

264

3

CHAPITRE II : LES DEFAILLANCES D’ENTREPRISES AU MAROC

270

A : EVOLUTION CHRONOLOGIQUE DES DEFAILLANCES D’ENTREPRISES

271

B :REPARTITION DES DEFAILLANCES SELON LA FORME JURIDIQUE

275

C :REPARTITION DES DEFAILLANCES PAR SECTEUR

277

D :REPARTITION DES DEFAILLANCES PAR REGIONS

301

E :DEFAILLANCES EN FONCTION DE L’AGE , LA TAILLE DE L’AGE DU PROFIL DU DIRIGEANT ET DES CARACTERISTIQUES DE GESTION

325

F : EVOLUTION DU TISSU ECONOMIQUE

346

CONCLUSION DE LA TROISIEME PARTIE

360

CONCLUSION GENERAL ET RECOMMANDATIONS

362

BIBLIOGRAPHIE

375

ANNEXES

382

4

LISTE DES ABREVIATIONS

AFD

:Agence Française du Développement

AMITH

:Association Marocaine de l’Industrie du Textile et de l’Habillement

ANMA

:Association Marocaine de sociétés

ANPME

:Agence Nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise

APDN

:Agence pour le Développement du Nord

AT

:Admission Temporaire

AZIT

:Zone Industrielle de Tanger

BCP

:Banque Centrale populaire

BEI

:Banque Européenne d’Investissement

BFR

:Besoins en Fonds de Roulement

BIRD

:Banque Internationale de Reconstruction et de Développement

BM

:Banque Mondiale

BMCE

:Banque Marocaine du Commerce Extérieur

BNDE

:Banque Nationale du Développement Economique

BPR

:Banque Populaire Régionale

BTP

:Batiments et Travaux Publics

CCG

:Caisse Centrale de Garantie

CCI

:Chambe de Commerce et d’Industrie

CDI

:Contrat à Durée Indéterminée

CDD

:Contrat à Durée Déterminée

CEM

:Centre d’Entreprise du Maroc

CEPME

:Crédit d’Equipement des Petites et Moyenne Entreprises (France)

CGEM

:Confédération Général des Entreprises du Maroc

CNC

:Conseil National de Crédit (de France)

CNCA

:Caisse Nationale du Crédit Agricole

CNJA

:Conseil National de la Jeunesse et de l’Avenir

CNME

:Caisse Nationale des Marchés de l’Etat

CNSS

:Caisse Nationale de Sécurité Sociale

CMM

:Caisse Marocaine des Marchés

CRI

:Centres Régionaux d’Investissement

EME

:Euro Maroc Entreprise

ESITH

:Ecole Supérieure des Ingénieurs du Textile et de l’Habillement

FAJEM

:Fédération des Jeunes Entrepreneurs du Maroc

FNAMC

:Fédértion National du Micro-Crédit

FODEP

:Fonds de Dépollution Industrielle

FODETECH

:Fonds pour le Développement Technologique

FOGAM

:Fonds de Garantie de Mise à Niveau

FOMAN

:Fonds de Mise à Niveau (destiné aux petites et moyennes entreprises)

FORTEX

:Fonds de Restructuration du Textile

FP :

:Fonds Propres

FR

:Fonds de Roulement

5

GIAC

:Groupement Interprofessionnel d’Aide au Conseil

GPBM

:Groupement Professionnel des Banques du Maroc

IGR

:Impôt Général sur le Revenu

INSEE

:Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

IMME :

:Industries Mécaniques Métallurgiques et Electriques

IST

:Institut Supérieur de la Magistrature

IT

:Importations Temporaires

MADI

:Maghreb Développement Investissement

MOBE

:Matériel , Outillage et Biens d’Equipement

NAED

:North Africa Entreprise Developpement

ODI

:Office de développement Industriel

OFPPT

:Office de la Formation Professionnelle et la Promotion du Travail

OMC

:Organisation Mondiale du Commerce

OMPIC

:Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale

ONA

:Omnium Nord Africain

ONEP

:Office Nationale de l’Eau Potable

ONE

:Office Nationale de l’ Electricité

PIB

:Produit Intérieur Brut

PME

:Petite et Moyenne Entreprise

PMI

:Petite et Moyenne Industrie

PNB

:Produit National Brut

PNUD

:Programme des Nations Unis pour le Développement

PSA

:Prélèvement de Solidarité Nationale

RCC

:Registre Central du Commerce

RENOVOTEL

:Fonds destiné à la Rénovation des Hôtels

SA

:Société Anonyme

SARL

:Société à Responsabilité Limitée

SBA

:Small of Business Adminstration(USA)

SFI

:Société Financière Internationale

SGMB

:Société Générale Marocaine des Banques

SIDI

:Société d’Investissement et de développement International

SMAEX

:Société Marocaine d’Assurance pour les Exportations

SNC

:Société en Nom Collectif

TVA

:Taxe sur la Valeur Ajoutée

UE

:Union Européenne

ZLE

:Zone de Libre Echange

6

INTRODUCTION

A l’avènement de l’indépendance , le Maroc ne disposait que de petits promoteurs qui s’

activaient dans les secteurs traditionnels comme le petit commerce et l’artisanat.

A cette période on ne s’est guère préoccupé de prospecter et d’encourager les créateurs d’

entreprises modernes.

En effet , l’Etat prenait en charge pratiquement tout : son économie, son agriculture, son

commerce extérieur , son industrie, son tourisme,…C’est ainsi qu’on a crée des entreprises à

capitaux publics qui ont d’ailleurs constitué des « écoles »d’apprentissage pour les différents

ingénieurs , techniciens et gestionnaires marocains qui étaient peu nombreux et qu’on arrivait

bon gré malgré à former au fur et à mesure de la progression de l’instruction .

Cette orientation pourrait s’expliquer par les contraintes de l’analphabétisme dont le taux

s’élevait à plus de 90 % et probablement par des considérations idéologiques.

Cependant ceci n’a pas empêché l’éclosion d’une première vague d’entrepreneurs privés

presque par génération spontanée. Ceux-ci étaient au début des commerçants, peu instruits

qui , grâce à leur ardeur au travail et leur grande proportion à l’épargne, ont pu bâtir leur

entreprise et ont pu élargir leur activité vers l’industrie, en choisissant des créneaux porteurs

très probablement grâce

à leur grande connaissance du marché intérieur . Ces nouveaux

entrepreneurs industriels ont pu prospérer très vite, il est vrai grâce à un marché protégé, mais

qui

n’empêchait guère la

concurrence

interne. C’est ainsi que la culture d’entreprise a

commencé à se développer au Maroc en même temps qu’on commençait à accumuler un

savoir-faire dans

ce

domaine . Par

la

suite ,

le succès retentissant de ces entrepreneurs

pionniers a fait des émules parmi les nouvelles générations qui parfois fois avaient un niveau

universitaire. Ils étaient généralement issus des professions libérales et ne demandaient qu’à

investir leur épargne qui était assez considérable . Ainsi sont apparus des entrepreneurs à

temps partiel. Cependant leurs créneaux de prédilection étaient différents de leurs aînés.

7

C’est ainsi qu’ils se sont

promotion immobilière, etc.

intéressés à l’industrie pharmaceutique , à l’agriculture , à la

Cet intérêt

pour la création

d’entreprise

a

été

également

ressenti chez des anciens

fonctionnaires et des anciens salariés des entreprises publiques .

Ceux-ci forts de leur formation initiale et de leurs expérience ont concrétisé des projets qui ,

souvent ont été plus sophistiqués.

A partir de 1970 , les pouvoirs publics ont commencé à s’intéresser à la P .M.I. à travers un

certain nombre de mesures dans le cadre du code des investissements industriels notamment

par la concession de certains avantages d’ordre fiscal.

Des mesures financières ont été également prises tels que les lignes de crédits spécifiques

comme la procédure simplifiée accélérée (PSA)

mise en place pendant les années 1970 ; la

ligne pilote P.M.I. à partir de 1977, le programme d’assistance intégrée de la P.M.I. (PAI)

qui n’a été quant à lui introduit qu’en septembre 1979.

D’autres encouragements spécifiques à la création de la P.M.E. /P.M.I. verront le jour mais

beaucoup plus tard à partir de 1987 , en partie sous la pression de vagues de plus en plus

importantes de chômeurs , en particulier des chômeurs diplômés. On espérait à travers cette

mesure pallier au déficit d’embauche de la part de l’Etat qui était jusqu’en 1983, le plus grand

employeur au Maroc puisqu’il arrivait jusqu’à la fin des années 70 à trouver du travail à

pratiquement tous les diplômés de l’enseignement , demandeurs d’emploi dans le secteur

public. A titre d’exemple en1980, l’Etat a créé plus de 40 000 nouveaux emplois, alors qu’à

partir de 1983, il n’en créait en moyenne qu’environ 12 000 par an.

En effet au début des années 80,le Maroc a été sujet à des déséquilibres financiers importants

et à une situation économique peu enviable, avec un déficit budgétaire de 14 % du P.I.B. en

1981, un déficit extérieur courant de 12 % du P.I.B. , une dette extérieure de 70 % du P.I.B. et

son service d’environ 11 % des exportations des biens et services . En même temps les

8

réserves de change étaient

publics

n’avaient

d’autres

pratiquement épuisées . Face à une telle situation, les pouvoirs

alternatives

que

d’appliquer

deux programmes d’ajustement

structurel successifs appuyés par le fonds monétaire international (FMI). La mise en œuvre

de ces ajustements structurels a donné un coup de fouet au chômage qui est passé de 10,7 % à

la veille de l’application du PAS à plus de 16 % en moyenne à partir de 1995.

Cet ajustement a été accompagné par un certain nombre de mesures en particulier à partir de

1986, dont des mesures touchant au secteur financier , au code des investissements sans

oublier un programme de privatisation de plusieurs entreprises publiques.

Les autorités publiques ont également entrepris la libération du système de commerce et de

change.

L’objectif de toutes ces mesures est de développer le secteur privé, d’encourager la création

d’emplois et d’asseoir l’activité économique sur des bases saines et réussir l’intégration du

Maroc dans le circuit commercial international.

D’autres mesures socio-économiques spécifiques ont été mises en œuvre en direction des

différents diplômés de l’enseignement

la création de leur propre entreprise.

pour les inciter à se prendre en charge à travers

L’Etat, en fait, n’ayant plus les moyens de jouer le rôle d’investisseur ubiquitaire, a réduit

ses activités à des domaines stratégiques ou de portée sociale et a opté pour une économie

libérale où la création d’entreprises privées sera primordiale pour la création de richesses,

pour la lutte contre le chômage, pour le développement technologique … etc .

9

PROBLEMATIQUE

Depuis

les

années

70 ,

la petite entreprise

a connu un regain d’intérêt dans les pays

industrialisés . Ce phénomène a été amorcé en Italie et s’est généralisé par la suite entre 1970

et 1975.

C’est ainsi qu’en Belgique le nombre de petites entreprises augmentaient de 5,7 % de1977 à

1985 alors qu’il diminuait dans les autres classes d’entreprises .En Italie, le nombre de petites

entreprises a augmenté d’un tiers de 1971 à 1981.

Cette inversion de tendance en faveur de la petite entreprise aux dépens de la grande s’exp-

lique par la croissance du secteur tertiaire où peu de capital est nécessaire pour créer une en –

treprise et surtout par le fait que l’entreprise de petite taille a des conditions d’efficacité qui

lui sont propres dont la souplesse, la flexibilité et l’adaptation.

La dynamique de la petite entreprise s’est vérifiée d’abord en nombre de créations d’emplois

générées et en terme de valeur ajoutée réalisée .C’est ainsi qu’en France, les effectifs et

le nombre des établissements

manufacturiers entre 10 et 55 employés

augmentaient

de

respectivement

5.4

%

et

26.7 %

entre 1972 et

1984 ,

alors que la valeur ajoutée des

entreprises manufacturières entre 20 et 99 employés augmentaient au rythme de 4.3 % en

moyenne par an contre 3.7% pour les entreprises de 100 à 499 employés et 4 % pour celles de

plus de 500 employés .

Au Maroc, la place de la petite et moyenne entreprise (PME) dans le tissu économique est

considérable .

Cette place peut être approchée à travers, par exemple, les chiffres de la petite et moyenne

entreprise industrielle ( PMI) :

*92% des entreprises industrielles sont des PMI

et réalisent 48% de la production

industrielle, 39 %

de

la

valeur

ajoutée

industrielle, 35 % des exportations

industrielles

(données de la direction de la statistique de l’année 1998) ;

10

*80% des entreprises industrielles crées en 1994 sont des PMI .

*De 1980 à 1992, sur 3097 entreprises crées, 2907 sont des PMI au moment de leur

création, soit environ 94%.

Conscients de cette importance et aussi du rôle considérable que pourrait jouer la PME

dans

La lutte contre le chômage, dans le renouvellement du tissu économique et la participation

dans l’apparition d’une classe moyenne, les décideurs politiques prennent de plus en plus de

mesures en faveur de cette PME.

Pour notre part, nous souhaitons à travers cette étude porter un éclairage sur l’état des

lieux de la PME

marocaine . Notre ambition sera d’évaluer l’ampleur des créations des

entreprises, d’analyser les différentes étapes de vie de la PME , de la création proprement

dite, au démarrage et à la phase de maturation; tout en mettant en évidence les différents

problèmes rencontrés dont les étapes ultimes sont les défaillances . Ces défaillances dont on

essaiera de ressortir l’importance et d’analyser les causes.

Les problèmes peuvent être rencontrés à toutes les étapes de l’entreprise, mais les plus

cruciaux sont rencontrés au

moment de la création proprement dite et

démarrage, phase de fragilité par excellence.

au

moment du

Ils sont évidemment liés, mais ils peuvent être plus ou moins importants en fonction de

plusieurs facteurs qui dépendent des dirigeants, du secteur économique choisi, de la région

de l’environnement, des partenaires, de l’administration …etc .

Une partie de ces problèmes peuvent être spécifiques à

la PME ; ainsi la gestion des

ressources financières peuvent poser des difficultés particulières, compte tenu de la nature du

capital nécessairement limité . Et un retard de paiement , par exemple, ou un départ de client

important peut être fatal à ce genre d’entreprises . Par conséquent il est capital d’explorer

autant que faire se peut les différentes facette de la gestion de la PME .

Aussi bien la gestion commerciale que la gestion financière ou la gestion des ressources

11

humaines sont des éléments déterminants pour la compétitivité de l’entreprise et donc pour

sa survie.D’ou l’importance du profil de l’entrepreneur qui doit avoir non seulement un talent

particulier mais aussi disposer d’une certaine maîtrise technique et de capacités acquises qui

s’acquièrent grâce à une stratégie de formation et une politique éducative adaptée .

Il est donc important de faire une étude du profil général du jeune créateur d’entreprise, d’

analyser la gestion appliquée aux PME et définir les caractéristiques de leur environnement ,

d’explorer le rôle des institutions d’aide et de soutien à l’entreprise en particulier de la PME

tels que, les organismes publics, les organismes patronaux, les différentes associations, les

différentes chambres professionnelles, sans oublier le plus important , en l’occurrence les

banques .

Il est également important de voir si toutes les mesures préconisées ont été spécifiques à la

PME et si elles ont atteint les objectifs visés :

_faire de la PME l’acteur majeur de la croissance économique ;

_une source majeure de la création d’emplois ;

_un facteur de cohésion sociale ( intégration

économique) ;

des femmes, des démunis dans le circuit

_un moyen d’ atténuer les disparités socio-économiques entre les différentes régions ;

_un facteur de renouvellement du tissu économique .

Enfin à partir d’un diagnostic de situation de la PME et d’un diagnostic étiologique , nous

allons proposer des propostions susceptibles d’améliorer le sort de la PME au Maroc .

12

METHODOLOGIE

Pour la réalisation de ce travail nous avons procédé par étapes :

Dans un premier temps, nous avons cerné le sujet en définissant sa problématique, ensuite

nous nous sommes attelés à identifier les différentes sources d’informations nécessaires à

notre travail, puis nous avons rassemblé les différentes données statistiques disponibles ainsi

que les documents ayant un rapport avec notre sujet . Une recherche bibliographique a été

également effectuée.

Pour déterminer les différents aspects de notre étude, nous nous sommes appuyés sur des

analyses statistiques et sur des enquêtes comme instruments d’investigations .

Ces investigations ont été d’ordre qualificatif d’une part et quantitatif d’autre part .

A-Etudes qualitatives

L’enquête qualitative a été éfectuée auprès de différents

représentants d’organismes ayant

un rapport avec l’entreprise. C’est ainsi qu’on a approché des départements ministériels, des

organismes publics , des organismes patronaux, des institutions financières, des organismes

spécialisés dans le micro-crédit, des collectives locales,…

Ces investigations ont

eu

pour but de cerner les différentes facettes de la création d’

entreprises explorant l’arsenal juridique et réglementaire, les différentes mesures d’initiations

et d’appui à cette création , mais également les différents problèmes l’entravant du point de

vue des différents responsables.

Nous avons également pris leur point de vue concernant les solutions préconisés.

Parmi les différents organismes approchés, on peut citer :

1. Administrations, conseils, offices :

A. Le ministère délégué auprès du premier ministre chargé des affaires générales du

gouvernement ;

B. Le ministère du commerce, de l’industrie ;

13

C.

Le ministère des finances

D. L’Office pour le Développement Industriel (avant son démantèlement);

E.Le Centre Régional d’Investissement de Casablanca ;

F.La Caisse Nationale de Sécurité Sociale

G.L’Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale ;

H.L’Agence nationale pour la Promotion de la PME ;

I. Le Conseil National de la Jeunesse et de l’Avenir (avant son démantèlement);

J. L’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail ;

K .La Division Economique relevant de la préfecture de Hay Mohammedi Ain Sebaa

2. Organismes bancaires :

A. Groupement Professionnel des Banques du Maroc ;

B. Banque Centrale Populaire ;

C. La BNDE (avant sa cession à d’autres organismes financiers);

D. WAFA Bank et Ittijari Wafa Bank ;

3.Associations et organismes professionnels d’assistances :

A. Fondation des banques populaires pour l’encouragement à la création d’entreprises

B.La chambres de commerce et de l’industrie de Casablanca

C .Différentes associations de promoteurs

D. Des organismes de micro- crédit,

14

B- Etudes quantitatives

Le premier volet de ces études a été basé sur les différentes séries statistiques concernant les

créations et les défaillances des entreprises , disponibles au niveau de la caisse nationale de

sécurité sociale et au niveau du registre central du commerce, qui sont des sources officielles

d’informations, ou au niveau des fichiers des patentes .

Nous avons également fait appel aux données de la direction de la statistique et celles du

ministère du commerce et de l’industrie .

Le deuxième volet de ces études a consisté en une enquête ayant pour but de déterminer les

caractéristiques des promoteurs, de leurs entreprises, des difficultés qu’elles ont pu rencontrer

Cette enquête a été menée auprès d’un échantillon principal de 100 promoteurs de projets .

Lequel a été choisi, par commodité pour notre travail , parmi les entreprises affiliées à la

C.N.S.S. en 2003 (1)

Ce choix a été fait au hasard en utilisant la méthode des quotas concernant la répartition

géographique des nouvelles créations des entreprises.

Leurs ventilations par région économique

ont été faites en tenant compte seulement et

exclusivement des proportions des créations d’entreprises dans chacune des régions .

(1) Voir annexe3 pages 396-403

15

Ainsi notre échantillon se répartit comme suite :

REGION

Nombre d’entreprises

(1)

Le grand Casa blanca

38

Rabat / Salé / Zémour/ Zaer

10

Tanger /Tétouan

12

Doukala/ Abda

2

Chaouia /Ouardigha

2

Fès/ Boulmane

4

Meknes /Tafilalt

4

Souss /Massa /Daraa

6

L’ Oriental

4

Le Sahara

4

(3régions)(1)

Tadla/ Azilal

1

Taza /Al Hoceima/Taounate

1

Gharb / Chrarda / Béni Hssan

3

Marrakech /Tensift /Al Haouz

9

(1) voir annexe 1 :découpages en régions administratives, page 383-387 (2)Laayoune /Boujdour /Sakia Al Hamra ; Guelmim/Smara et Oued Ed – Dahab/Lagouira

Nous avons aussi confectionné un échantillon de réserve pour pallier à certains problèmes

non

maîtrisables

comme le changement d’adresse, la fausse adresse, le

refus de notre

interlocuteur de répondre,… Donc à chacune de ces défections, nous avons

puisé dans

l’échantillon de réserve tout en respectant les mêmes proportions de l’échantillon principal.

Nous avons ainsi pu recueillir par le biais d’un entretien direct une partie des informations

recherchées (les responsables de ces entreprises refusaient de donner toutes les informations

demandées notamment financières ) .

16

PREMIERE PARTIE

PRESENTATION DE LA PME MAROCAINE

CHAPITRE

I

: _ROLES DE LA PME ,PROFIL GENERAL DU

CREATEUR D’ENTREPRISE ET OBSTACLES

A LA CREATION D’ENTREPEISES

CHAPITRE II

:_ CARACTERISTIQUES

, ENVIRONNEMENT

DIFFICULTES DE LA PME

17

ET

CHAPITRE

I : - PROFIL DU CREATEUR D’ENTREPRISES ET

OBSTACLES A LA CREATION D’ENTREPRISE

A : DEFINITION DE LA PME

B : PLACES DE LA PME

C : PROFIL GENERAL DU CREATEUR D’ENTREPRISES

D :OBSTACLES A LA CREATION D’ENTREPRISES

18

A : DEFINITION DE LA PME

Une définition

claire de la

PME

marocaine s’imposant à tout le

monde

est indis-

pensable pour cerner cette entité spécifique et en étudier les caractéristiques .

Une politique crédible de développement de la PME ne peut se concevoir sans ce préalable .

Or, le concept de la PME est un concept relativement flou à cause de la grande hétérogénéité

qui le caractérise .

Des classifications basées sur des critères

quantitatifs comme le nombre des salariés,

le chiffre d’affaires ou le montant des actifs ont été proposées . Ces classifications, bien

qu’adoptées par plusieurs pays, peuvent avoir des limites .En effet, elles ne permettent pas de

différencier les entreprises très capitalisées et celles utilisant surtout de la main d’œuvre .

Pour lever cette difficulté, on a été amené à ajouter au nombre de salariés et le chiffre

d’affaires ou le montant des actifs; une différenciation par secteur de fabrication ou secteur

commercial . Certains chercheurs ont même proposé des critères qualitatifs basés sur une ap-

proche managériale et organisationnelle .

En outre, la définition de la PME ne peut pas être universelle .Elle est parfois diverse même

au sein du même ensemble régional ; comme le montre le tableau suivant :

19

La PME par pays selon le nombre d’employés et la taille moyenne des des établissements manufacturiers

 

La PME selon le

Taille moyenne des établissements par employés en 1981

nombre

d'employés

 

Petite

Moyenne

 

Entreprise

Entreprise

Belgique

1_50

51_200

33

Danemark

1_50

51_200

 

Etats-Unis

1_250

251_500

51

France

1_49

50_500

103

Japon

1_49

50_500

7

Norvège

1_20

21_100

 

République fédéral d'Allemagne

1_49

50_499

159

Royaume-Uni

1_50

51_200

60

Suède

1_49

50_199

84

Source : Glader M. Research

“Structure change and small and medium-sized business” , dans :Julien P A, Joyal A et Chicha J, La PME dans un monde en mutation , actes du colloque du 3-5 octobre 1984 , Montréal , Les

Presse de l’Université du Québec , 1986 , p 127

on small enterprises , Umea University , 1981 . -Van heesch T.

En effet les définitions de la PME ne peuvent être significative :

qu’

au secteur de l‘entreprise en question ;

qu’aux

économies dans lesquelles elle évolue ;

qu’au

marché dans lequel elle débouche ;

que

pour la période dans laquelle elle est utilisée ;

Au Maroc, malgré que tout le monde en parle et malgré que la PME soit devenue familière

à tous, une définition acceptable faisant l’unanimité est restée très difficile à trouver à cause

de l’hétérogénéité du tissu PME et du trop peu de recherches qui lui ont été consacrées .

Cependant, pas moins de cinq définitions ont été proposées, mais celle qui a été la plus

admise et la plus utilisée est celle qu’adoptait le code des investissements de 1983 qui défini-

20

ssait la P M I comme « l’ entreprise dont les investissements à la création ou à l’ extension ne

dépasse pas cinq millions de dirhams et dont la valeur en biens d’équipement par emploi

stable créé ne dépasse pas 70 000 dirhams » .

Auparavant, la formule de financement des PME , instaurée en 1972 sous l’appelation de

Procédure Simplifié Accélérée retenait comme conditions d’octroi de crédit un total actif

après investissement de 2millions de dirhams révisé à 5 et un chiffre d’affaire de 3 millions de

dirhams augmenté à 7.5 . D’autres critères variés comme le montant de plafond actualisé

d’actif net , le coût par emploi , le taux de rendement interne ou même la localisation géo-

graphique,

etc, ont

internationales .

été

fixés

pour

l’éligibilité

des

PME

à

des

prêts d’institutions

En 1987, Bank Al Maghrib a relevé le plafond du total bilan à 15 millions de dirhams et le

programme d’investissement à 7 millions de dirhams pour qualifier la PME éligible à son

concours financier.

Le ministère de l’industrie du commerce, quant à lui, considère comme PMI l’entreprise

industrielle qui emploie moins de 200 salariés .

La fédération des PME /PMI de la CGEM , a également

proposé une définition utilisant

plusieurs critères quantitatifs. Ainsi toute PME / PMI doit employer un effectif stable de

5 à 200 personnes, totaliser un actif net inférieur à 15 millions de dirhams pour un chiffre

d’affaires ne dépassant pas les 50 millions de dirhams. Autre critère clé : le capital ne doit pas

être détenu au delà de 15 % par un groupe . L’ objectif étant d’écarter les filiales des grands

groupes qui bénéficient des synergies des maisons mères .

En 1999, une définition basée sur des critères quantitatifs et qualitatifs a été proposée

par le groupe de réflexion initié par le gouvernement et chargé de définir une stratégie pour

le développement de la PME :

_les critères quantitatifs utilisés sont l’effectif ,le chiffre d’affaires et le total bilan :

21

 

Inférieur à

Inférieur à

Inférieur à

Effectif

25 personnes

100 personnes

200 personnes

 

Inférieur à

Inférieur à

Inférieur à

5 MDH

25MDH

50 MDH

Chiffre

D'affaire

 

Inférieur à

Inférieur à

Inférieur à

5 MDH

15 MDH

30 MDH

Total

Bilan

Ces critères pourraient être affinés par branche et par secteur d’activité.

_les critères qualitatifs : ils sont au nombre de trois :

*un chef d’entreprise (ou une association d’entrepreneurs ) à la fois propriétaire et

gestionnaire ;

*une entreprise indépendante( par rapport à un groupe ou un holding ) ;

*une entreprise n’ayant pas une position dominante dans son marché .

Cette proposition a servi de base pour l’élaboration d’une définition légale, adoptée à l’oc-

casion de la promulgation de la charte de la PME le 29 juillet 2002 .

Cette dernière s’appuie comme la proposition qui l’inspire sur l’indépendance de la PME

tant pour la détention du capital que pour la gestion et l’absence de position dominante dans

son secteur d’activité.

Ainsi une PME est une entreprise gérée et / ou administrée directement par les personnes

physiques qui en sont les propriétaires, copropriétaires ou actionnaires , dont le capital n’est

pas détenu directement ou indirectement à plus de 25 % par une entreprise ou conjointement

par plusieurs entreprises ne correspondant pas à la définition de la PME et qui répond aux

conditions suivantes :

_pour les entreprises

déjà en activité, avoir un effectif ne dépassant pas 200 personnes,

avoir réalisé au cours des deux derniers exercices,soit un chiffre d’affaires hors taxes inférieur

22

ou égal à 75 millions de dirhams , soit un total bilan annuel n’excédant pas cinquante mil-

lions dirhams .

_ pour les entreprises nouvellement créées ( entreprises de moins de 2ans d’existence ),

engager un programme d’investissement initial n’excédant pas 25 millions de dirhams et

respecter un ratio d’investissement par emploi inférieur à 250 000 dirhams .

Toutefois le capital d’une PME peut être détenu à plus de 25 % par des organismes qui peu-

vent être créées dans le but de financer ces PME . Ces organismes peuvent être :

des fonds collectifs d’investissement ;

_

_des sociétés d’investissement en capital ;

_des organismes de capital- risque ;

_des organismes financiers dûment habilités à faire appel à l’épargne publique en vue d’ef-

fectuer des placements financiers ;

Cette dernière disposition n’est possible qu’à condition que ces organismes n’exercent à

titre individuel ou conjointement aucun contrôle sur l’entreprise .

Lorsqu’il s’agit d’une PME qui détient directement ou indirectement plus de 25 % du

capital ou des droits de vote dans une ou plusieurs entreprises, il est fait addition des effectifs

permanents et des chiffres d’affaires annuels hors taxe ou des totaux des bilans annuels de la

dite PME et des autres entreprises précitées, sans

critères ne dépasse les seuils fixés sus-cités .

toutefois que le total de chacun

des

Cette définition vise l’uniformité

du concept

PME

et sert

de

base pour définir les

entreprises éligibles au traitement spécifique prévu dans le cadre de la politique de promotion

de la PME

23

B : PLACE DE LA PME DANS LES ECONOMIES OCCIDENTALES

ET DANS L’ECONOMIE MAROCAINE

Pour pouvoir apprécier à juste valeur le rôle économique et social de la PME, il nous a

semblé

important

de

la

comparer à la

PME étrangère en termes de proportions dans

l’ensemble des entreprises, de contribution à la croissance

économique, à la création de

l’emploi et comme facteur d’adaptation structurelle de l’économie aux différentes mutations

technologiques et d’habitudes de consommation . Nous avons choisi les PME occidentales

comme références pour les raisons suivantes :

_elles sont

toutes dominées numériquement

proportions qu’au Maroc ;

par les

PME , presque

dans les mêmes

_les données concernant ces économies sont disponibles ;

_elles sont souvent prises pour des exemples de performance ;

1) PLACE DE LA PME DANS LES ECONOMIES OCCIDENTALES

Tant par le nombre que par le rôle économique et social, la PME a une place de premier

plan aussi bien aux Etats-Unis que dans les autres pays occidentaux .

Aux Etats-Unis, la place de la PME dans l’économie est importante. Les PME emploient

53 % de la population active du secteur privé, réalisent 47% des ventes de l’ensemble du pays

et contribuent à la formation de la moitié de son produit intérieur brut (PIB).

24

Une situation similaire est retrouvée dans les autres pays occidentaux , comme le montre le

tableau suivant :

Pays

Nombre de PME dans le total des entreprises

Proportion d’emplois dans Les PME

Contribution des PME au PIB en pourcentage

Allemagne

99.7

65.7

34.9

Belgique

99.7

72

Non communiqué

Canada

99.8

66(industrie seulement)

57.2 (1993)

Danemark

98.8

77.8

56.7

Espagne

99.5

63.7

64.3

Etats –

99.7

53.7

48.

Unis

Finlande

99.5

52.6

Non communiqué

France

99.9

69.

61.8 de la VA

Italie

99.7

49(industrie seulement)

40.5

Japon

99.5

73.8(industrie seulement)

57 de la VA

Royaume

99.9

67.2

30.3

uni

source :Office de Coopération et Développement Economique (OCDE) , mise à jour en mars 1997

a ): Une participations majeure à la croissance et à la créations d’emplois.

La

proportion d’emplois dans la PME

et la participation des PME au PIB montrent

clairement l’importance de leur contribution au dynamisme des économies occidentales. Le

cas des Etats-Unies d’Amériques est particulièrement édifiant. De 1993 à 1997, l’économie

Américaine a créé plus de 11 millions d’emplois, dont 8.5 millions de 1993 à fin 1995; et ce

sont principalement les petites entreprises qui ont le plus créé d’emplois récents .

Les grandes entreprises ont, par contre, conduit de difficiles restructurations . On estime à

3 millions le nombre d’emplois perdus

cours des années 1980.

par les 500 plus grandes entreprises américaines au

Ce nombre serait de 2 millions supplémentaires dans les années 90 qui sont pourtant des

années de longue expansion .

25

Le dynamisme du marché du travail américain est surtout le fait des petites entreprises. La

SBA (1) estime que 90 % des nouveaux emplois sont créés par des petites entreprises. Elle

montre aussi que le niveau des emplois secrétés par la PME américaine n’est pas inférieur à

celui proposé par la grande .

Cette propriété de lutte contre le sous emploi de la PME est également retrouvée dans les

pays occidentaux; la proportion d’emplois dans les PME varie dans ces pays entre 50 % et 78

% de l’ensemble des emplois créés toutes entreprises confondues .

En outre, la participation des PME occidentales à la croissance économique est décisive;

puisqu’ elles contribuent à la formation du PIB dans une proportion comprise entre 30 % et

64 %. En France, elle est de 61.8 % et elle est respectivement de 64.3 % et de 56.7 % pour

l’Espagne et Le Danemark, par exemple .

Aux Etats-Unis d’Amérique, cette contribution est également importante et atteint 48 %

du PIB . La performance de la PME américaine est d’autant plus remarquable que le PIB est

en croissance continue depuis 1992. Cette croissance se situe entre + 2 % en 1992 et +3.5 %

en 1994, comme l’indique le tableau suivant :

Evolution du taux de croissance aux USA

1992

1993

1994

1995

1996

1997

+ 2.7

+2.2

+3.5

+ 2.0

+2.3

+2.3

(1) SBA: Small of business administration , organisme officiel , chargé de la promotion de la petite entreprise aux Etats –Unis d’Amérique

26

b) une participation à la mutation structurelle de l économie

La structure des économies occidentales s’est modifiée de façon notable avec l’évolution

des

technologies, des goûts des consommateurs , des canaux de distribution . Ainsi

des

mutations massives des populations actives des autres secteurs vers les secteurs du commerce

et des services se sont produites avec une accélération de ce phénomène pendant les dernières

années. De 1950 à 1994 par exemple, aux Etats-Unis la proportion de la population active des

services est passée de 12 % à 27 % . Pendant les dix dernières années, le nombre d’employés

de ce secteur a augmenté de 62% .

Cette mutation s’est surtout illustrée dans le secteur des nouvelles technologies en grande

partie grâce aux PME qui y ont joué un rôle de première importance .

2) PLACE DES PME DANS L’ECONOMIE MAROCAINE

a) Domination numerique des PME dans le tissu economique

Toutes les sources d’informations statistiques confirment la prépondérance de la PME dans

le tissu productif national .

En examinant le fichier des patentes, le nombre des entreprises patentées est de 392300 en

1988; 99.6 % de ces entreprises sont des unités de moins de 50 salariés. Au sein de ces PME

63 % relèvent de l’informel .

En 1995, le nombre d’entreprises est estimé à 527500, soit une progression de 135200 dont

la très grande majorité serait constituée de PME .

Selon les données fiscales, rapportées par la direction de la statistique, il y a en 1995, 42600

entreprises dont 92 % sont des PME; les PME étant définies comme des unités réalisant un

chiffre d’affaires annuel inférieur à 10 millions de dirhams .

Le ministère de l’industrie et du commerce évalue le nombre des PMI ( petite et moyenne

27

industries) à 6100 sur un total de 6600 unités industrielles, soit 92.4 % ( chiffres de 1998).

Rappelons que la PMI est l’entreprise qui emploie moins de 200 salariés, selon le ministère

de l’industrie.

Ainsi, le tissu économique marocain est constitué à plus de 92 % par des petites et moyennes

entreprises .

b)La participation de la PME marocaine à la croissance économique et à la création d’emplois

De 1980 à 1994, les PMI ont créé 94489 emplois, soit 54.1% de l’ensembles des emplois

générés dans les branches industrielles .

Le Centre Marocain de Conjoncture note que la production des PMI a été plus soutenue que

celle de l’ensemble des entreprises industrielles sur cette période. Elle a en effet progressé de

+12.7 % pour la PMI et 11.3 % pour l’ensemble de la production industrielle.

Malgré ces progrès, la contribution à l’économie des PMI, qui représentent 92 % du parc

industriel, reste inférieure à celle des grandes entreprises, lesquelles ne représentent que

8 %. En effet, selon les données du ministère de l’industrie de 1998, les emplois dans les

PMI ne représentent qu’un effectif de 48 % et une masse salariale de 46 % dans l’ensemble

de l’industrie. De même, la PMI ne participe qu’à hauteur de 48 % du chiffre d’affaires et de

39 % de la valeur ajoutée industrielle. 35 % seulement des exportations industrielles relèvent

des PMI.

Par ailleurs et selon les derniers chiffres donnés par la CNSS ( 2003 ), le nombre des

emplois dans les PME, tous secteurs confondues, représentent environ 55 % . Cependant

toutes les sources s’accordent à dire que les PME ne contribuent au PIB qu’à hauteur de 10 %.

Ce constat est d’autant plus inquiétant que les PME de pays émergents comme la Turquie

Ou l’Afrique du sud par exemple, contribuent dans des proportions plus importantes aux PIB

(60 % pour l’Afrique du sud).

28

c) la participation de la PME à la mutation structurelle de l’économie

Le Maroc est caractérisé par la domination numérique de la micro-entreprise (0 à 9 salariés).

Selon les données de la direction de la statistique, les micro -entreprises constituent 97 %

de la totalité des entreprises ( chiffres des entreprises patentées, estimés en 1995 à partir du re-

censement de 1988).

Cette proportion varie, en fait de 61.7 % pour le secteur énergie et mines à 99.3 % pour le

secteur du commerce et de la réparation .

Il faut noter aussi que les micro- entreprises commerciales et du secteur de la réparation

constituent plus de 51 % de la totalité des entreprises marocaines tous secteurs et toutes tailles

confondues et que 63 % des PME de moins de 50 salaries relèvent du secteur informel .

Par conséquent, le tissu économique marocain pourrait être considéré à juste titre comme un

tissu de PME et même de micro- entreprises dont une partie non négligeable relève du secteur

informel .

Ce tissu est particulièrement dominé par la micro-entreprise commerciale et par la micro-

entreprise s’activant dans les services .

Si on ne considère que le secteur formel, sur les 39200 PME recensées par la direction de la

statistique en 1998, environs 72 % relèvent du secteur tertiaire, 27 % du secteur secondaire et

1 % du secteur primaire .

Le dernier rapport de la CNSS publié, concernant son bilan d’activité, confirme la situation

dominante en 2003, du secteur du commerce et du secteur des services dans le tissu productif

marocain, comme le montre la répartition suivante :

_67 % pour le secteur tertiaire ;

_ 32 % pour le secteur secondaire ;

_ 1 % pour le secteur primaire

29

Répartition des établissements patentés par secteur et par taille (y compris les entreprises relevant du secteur informel)

Secteur d’

Nombre

pourcentage d’établissements par taille (chiffre de 1988 )

nombre

d’unités

d’établissements

activité

estimé en1995

 

en 1988

0à9

10 à 49

50 et plus

Agriculture

         

Sylviculture

4389

84.7

13.7

1.6

4708

Pêche

Industrie extractive . Electricité Eau et gaz

1700

61.7

31.2

7.1

998

Industrie

         

Manufacturière

88511

94.1

4.3

1.6

60288

Constructions

         

Et TP

21572

84.4

13.6

2.0

13201

Commerce et

         

Réparation

270888

99.3

O.6

O.1

219696

Hôtels et

         

Restaurants

30306

97.5

2.2

O.3

20933

Transports et Communications

         

30568

98.1

1.5

0.4

24025

Activités

         

Financières

2722

84.0

13.2

2.8

1879

Autres

         

Services

76636

98.6

1.3

O.1

46545

Total

527 292

97.4

2.2

0.4

392 263

Source :Direction de la statistique .Ministère de la Population.

En conclusion : on peut déduire de l’ensemble de ses statistiques les données suivantes :

_ le tissu économique est dominé par la petite entreprise ou même la très petite entreprise

s’activant dans le commerce de proximité et le secteur des services aux ménages et des

emplois de proximité ;

_ les services aux industries restent négligeables ;

_ l’importance de l’économie souterraine qui domine numériquement dans la tranche des

entreprises de moins de 50 salariés ;

_ les entreprises de plus de 50 employés dans les services sont plus nombreuses dans les

activités financières que dans les autres activités de services .

30

e) Répartition géographique de la PME marocaine (statistiques des entreprises patentées de 1995)

Le Maroc est caractérisé par de grandes disparités de développement qui se traduisent entre

autres par une répartition géographique inégale de son parc national d’entreprises. La région

du Centre en concentre à elle seule, plus de 33 % et la région du Nord-Ouest 22.6 %. Ainsi

ces deux région réunies s’accaparent plus de la moitié du tissu productif national. Les autres

régions(1) qui sont au nombre de cinq se partagent moins de 45 % des entreprises du pays .

Le nombre d’entreprises pour 1000 habitants calculé pour chaque région est plus édifiant

pour montrer l’importance de ces inégalités interrégionales .

Le nombre d’entreprises pour 1000 habitants

est de 25 pour la région du Centre et 20.31

Pour la région du Nord-Ouest. Dans l’ensemble des cinq

autres régions qui sont le Sud,

le Tensift, Le Centre Nord, L’Oriental et Le Centre Sud, il n’y a que 16.73 entreprises pour

1000 habitants . La moyenne pour l’ensemble du territoire national est de 19.57 .

Nombre d’entreprises par 1000 habitants en fonction des différentes régions économiques( découpage d’avant 1997 )

Régions

populations en milliers d’habitants

Nombre

Entreprises

économiques

d’entreprises en

Par 1000

1000

 

milliers

habitants

Centre

7143

175

24.25

Nord-Ouest

5859

119

20.31

Les autres régions Ensemble

13927

233

16.73

Total

26929

527

19.57

Tableau confectionné à partir de la population estimée en 1995 en se basant sur le recensement de 1994 avec un taux de croissance de 2.06 % et du nombre des entreprises estimé en 1995 à partir du recensement de 1989 effectué par le ministère du commerce et de l’industrie, des entreprises patentées

(1) voir annexe1, pages 383-387

31

En conclusion : le Maroc se caractérise par :

un

tissu productif peu développé

des écarts importants de développement économiques interrégionale .

une grande concentration humaine et économique dans 2 régions, celle du Centre et du

Nord- Ouest;

La

primauté de la région du Centre sur le plan économique, qui constitue à juste titre le

poumon économique du Maroc: avec plus du quart de la population, cette région contient plus

du tiers de la totalité des entreprises marocaines; ceci est d’autant plus vrai que les entités

les plus solides et qui secrètent le plus de richesse sont concentrées dans le grand Casablanca

et sa région .

La PME

joue un rôle sociale indéniable au Maroc. Elle permet de lutter contre le chô-

mage et d’atténuer l’effet négatif de l’exode rural . Mais les emplois qu’elle crée, restent

d’un niveau technique et de rémunération inférieurs par rapport aux grandes entreprises .

La PME est en outre à la base de la tertiairisation de l’économie du Maroc. Le poids

important du tertiaire, cependant, ne doit pas cacher qu’il s’agit pour une part importante

d’activités de faible valeur ajoutée ou d’activité de subsistance et non d’activités dites quater-

naires qui caractérisent l’essor de ce secteur dans les pays développés .

La

PME ne constitue pas encore le vecteur par lequel s’initie le développement

des

Activités à grande valeur ajoutée et à fort potentiel d’expansion et n’assume pas encore

son rôle comme vecteur essentiel de l’équilibre régional et de la croissance économique . La

domination numérique de la PME contraste avec sa part dans le PIB.

.

32

C: PROFIL GENERAL DES CREATEURS D’ENTREPRISES

Il ne suffit pas de créer une entreprise, mais il

faut savoir la

pérenniser

et

la faire

prospérer. Chaque investisseur doit mettre toutes les chances de son coté avant de se lancer

dans cette œuvre très sensible.

Par conséquent il doit, au préalable, voir si les conditions qui favorisent ses chances sont

rassemblées :

*S’assurer de la faisabilité du projet en trouvant l’idée de création, qui doit être une réponse

à une attente non satisfaite ou à un problème constaté et qui doit être susceptible de passer

du stade de l’idée au stade de projet réalisé;

*Savoir dégager les grands axes en déterminant les objectifs, les moyens et les ressources

humaines pour y parvenir;

*Se préparer au nouveau métier du chef d’entreprise :

µ En mesurant l’impact de ce changement sur sa vie personnelle et familiale ;

µ En évaluant les dépenses nécessaires au lancement de son entreprise(déplacements,

formalités, recherche d’informations, contacts, … etc.)

µ En estimant le capital nécessaire et le meilleur montage possible en comparant les

ressources et les conditions de financement les plus adaptées à ses besoins ;

µ En anticipant sur les besoins financiers au cours de démarrage de son activité ;

µ En faisant sa propre évaluation, on doit considérer ses forces, ses faiblesses et les

qualités dont on est doté; le savoir- faire, le professionnalisme, l’esprit d’initiative, la capacité

de gérer les hommes, d’investir, de fixer les objectifs, de négocier…

Il va sans dire que toutes ces qualités ne peuvent être guère de l’apanage d’une seule

personne, mais elles sont plus ou moins nécessaires en fonction des projets.

33

Le promoteur doit évaluer le degré d’adéquation entre sa formation et les exigences de sa

nouvelle fonction et éventuellement envisager un complément nécessaire dans ce domaine .

En fait, ce qu’il faut, c’est la cohérence entre le créateur et le projet qu’ il porte.

La création d’entreprise est donc une œuvre de longue haleine,très complexe,très astreignante

et surtout très sélective; d’où l’importance du profil du promoteur pour la réussite de tel ou

tel projet .

Ce profil que nous essaierons de dégager à travers le résultat de l’enquête que nous avons

effectuée auprès d’un échantillon de jeunes créateurs de100 PME choisies à partir des fichiers

de la CNSS au hasard, selon la méthode des quotas pour leur répartition géographique prenant

en compte l’ampleur de la création d’entreprises dans chaque région .

Toutes ces entreprises ont été crées et affiliées à la CNSS en 2003 .

1) REPARTITION DES PROMOTEURS PAR SEXE

Alors que la population marocaine se compose de 50.3% de femmes, seuls 7 % des créateurs

d’entreprises sont des femmes .

Il existe par conséquent, un grand décalage entre la proportion des femmes dans la population

générale et dans la population des promoteurs .

Ce décalage n’est pas propre au Maroc et aux pays à développement socio-économique simi-

laire, mais il existe aussi dans les pays développés, il est vrai dans des proportions moins

importantes. A titre d’exemple en France, seulement un chef d’entreprise(2) sur quatre est une

femme. Cependant, une étude a démontré que « bénéficiant des mêmes atouts que leurs col-

lègues hommes,les femmes créent sans complexe et réussissent dans les mêmes proportions ».

(2) d’après A Netowski et P Meslard ,article paru dans la revue « objectifs PME », juillet 1997 .

34

Dans notre pays, ce décalage peut trouver sa cause principale dans des considérations socio-

culturelles .

Dans les sociétés arabo- musulmanes, et bien que l’Islam n’a jamais interdit à la femme d’

entreprendre, il faut reconnaître que le rôle de la femme se conçoit, prioritairement et peut-

être plus qu’ailleurs, dans son foyer familial. Ainsi parmi la population active, la femme ne

représente que 21%.( données du recensement de 1994) .

Une deuxième explication de ce décalage se trouve certainement dans le taux trop élevé de

l’analphabétisme et du chômage frappant les femmes; un niveau minimum d’instruction et

une expérience

professionnelle sont à notre sens déterminants

pas vers le monde de l’entreprenariat .

pour pouvoir franchir le

Cependant, nous pensons que cet écart va se combler progressivement grâce à l’accès de

plus en plus important de la fille à l’enseignement et à l’instruction d’une part et grâce à

l’évolution de notre société où le travail de la femme devient de plus en plus acceptable d’

autre part.

Par ailleurs, la prise de conscience de plus en plus forte des capacités de la femme, de son

dynamisme par elle-même et par le reste de la société, facilitera son accession aux postes de

responsabilité et à la création d’entreprises .

Un constat dans ce sens a été fait lors d’un séminaire organisé par la chambre allemande de

commerce et d’industrie et la fondation Konrad Adenauer en juillet 2004 sous le thème

de l’intégration de la femme dans l’économie marocaine. On y a, en effet, constaté que le

nombre des femmes chefs d’entreprises, y compris les micro-entreprises ne cessait d’aug-

menter et qu’il serait d’environ 5000 .

Il serait édifiant de comparer le taux des marocaines entrepreneuses à celui des femmes

d’un pays maghrébin comme la Tunisie ou des dispositions en faveur des femmes ont été

prises bien avant le Maroc .

35

2) REPARTITION DES PROMOTEURS PAR AGE

L’entrepreneur de notre série ont des âges s’étendant de 26 à 59 ans et se répartissent

en fonction de leurs âges comme suite :

tranches d’âge

.

30 ans et moins

31 à 40 ans

41 à 50 ans

supérieur à 50 ans

pourcentage

16

43

29

12

La moyenne d’âge de nos entrepreneurs à la création de leur entreprise est de 39 ans tous

sexes confondus. Mais si on ne considère que les femmes, les âges s’étendent entre 32 et 49

ans, avec néanmoins une moyenne de 39 ans .

la tranche d’âge la plus entreprenante est la tranche des 31-40 ans quelque soit le sexe .

A l’inverse les plus de 50 ans sont les moins séduits par la création d’entreprises

Les 31- 50 ans constituent 72% des créateurs des entreprises .

En effet, cette tranche correspond à l’âge de

la maturité, âge où on a accumulé assez

d’expériences pour avoir une plus grande confiance en soi et ou peut être l’ambition est

plus grande et ou le désir de changer son statut de salarié pour le statut fort prestigieux

de patron est plus important.

Cependant

plus on

avance dans l’âge, surtout

après

la cinquantaine, plus ce désir s’

estompe. A partir de ce seuil, la

sécurité de l’emploi et

la

carrière à assurer prend le

pas sur l’aventure incertaine de l’entreprenariat.

Alors que

quand

on est

très jeune, à 21,

22,

23

et

même, à 25 ans,

on est

sujet

à

des doutes et on n’ est pas encore fixé sur la direction à donner à sa vie. Pour beaucoup

c’est encore l’âge des études, pour d’autres le statut de salariés est plus

recherché. En

effet, dans notre échantillon, l’entrepreneur le plus jeune a 26 ans. A cet âge aussi, le manque

d’ expérience et de confiance en soi est plus patent qu’à l’âge de la maturité .

36

3)FORMATION ET EXPERIENCE PROFESSIONNELLE

La formation et l’expérience du créateur d’entreprise est un paramètre fondamental qui pré-

détermine le domaine de ses investissements et par conséquent son importance économique

et sociale .

Au niveau de notre échantillon, les niveaux de formation se répartissent comme suite :

14% des créateurs d’entreprise ont un niveau supérieur ou égal au baccalauréat ; 44% ont un

niveau d’instruction secondaire; 42 % un niveau d’instruction fondamental .

En revanche, tous les promoteurs ont une expérience professionnelle avant d’entreprendre .

Ils sont 95 % à l’avoir dans le domaine où ils entreprennent . Cette expérience est en général

longue. Elle est de plus de 15 ans pour 33 % de notre échantillon, de 10 à 15 ans pour 30%, de

5 à 9 ans pour 26 % et de moins de 5 ans pour l1% .

Ainsi la création d’entreprise est une affaire surtout de gens peu ou moyennement instruits

mais dotés d’une expérience professionnelle longue .

Par conséquent, la majorité des entreprises créées au Maroc ne peuvent être que de faible

valeur ajoutée, telles que des commerces, des ateliers de

réparation, d’artisanat, ou des

entreprises de construction ; des nettoyage, de gardiennage ….

Les entreprises utilisant

les technologies modernes ne peuvent être que rarissimes car elles sont

peu accessibles

à la majorité

de nos promoteurs , ce qui pose le problème de la réticence des diplômés de

l’enseignement supérieur pour entreprendre . Ceux là même

qui sont capables d’assimiler

les nouvelles technologies et à partir de là constituer le moteur principal du développement et

du renouvellement du tissu économique.

Cette réticence est liée à une mentalité qui a sévi et qui continue de sévir au Maroc et qui

ferait préférer un travail dans l’administration publique à tout autre statut, en particulier au

statut incertain et risqué d’entrepreneur.

37

Elle peut aussi s’expliquer par l’absence de la sensibilisation des étudiants à l’esprit d’entre-

prise et le peu de programme se reportant au monde de l’entreprise pendant leur cursus

scolaire.

Mais une enquête menée par un cabinet conseil (1) , à la demande de l’AFEM ( association

des femmes chefs d’entreprises ) et consistant à recenser ces dirigeantes , à dégager leurs

profils et rapporter leurs difficultés ainsi que leurs aspirations de managers, semble atténuer

ce constat. Ainsi sur les 579 femmes chefs d’entreprises recensées, 34 % sont à l’origine de la

création de leur firme.Leur niveau d’instruction est élevé, 60% ont une formation universitaire

, 28% ont un diplôme supérieur de gestion et 5% un diplôme d’ingénieur. La majorité d’entre

elles ont été salariées avant de diriger ou de monter une entreprise; seuls 15% de ces femmes

s’y sont lancées directement après leurs études. L’enquête montre aussi que 40% d’entre elles

travaillent avec leurs conjoints dans leurs entreprises .

Les résultats

de

cette enquête montrent

qu’ à priori, les femmes de cette échantillon

( toutes à la tête d’entreprises bien structurées ) sont en général très bien formées et qu’elles

le font pour une part importante avec l’aide et l’appui de leurs familles .

Par conséquent, un milieu familiale

éduqué et d’un certain niveau d’aisance

favorise

l’accès des femmes pour la création et la direction d’entreprises pourvu que celles-ci

soient

d’un bon niveau de formation et de préparation pour ce genre d’activité .

De même dans cette catégorie, une plus grande confiance en soi et un goût du risque et la

capacité de l’assumer expliqueraient la proportion plus importante que dans notre échantillon

des femmes sans expérience qui se lancent directement dans l’entreprenariat

(1) Il s’agit de LMS : cabinet conseil casablancais

38

3)MOTIVATIONS POUR LA CREATION D’ENTREPRISES

La personnalité du créateur est un facteur déterminant pour l’aboutissement d’un projet et

pour sa pérennité. Pour oser franchir le pas d’une situation stable sûre et même si elle est plus

ou moins confortable, à une situation

qui peut être incertaine où on risque son argent et où

l’investissement en temps ne se compte pas, il faut avoir de fortes motivations. Ces motiva-

tions sont nombreuses et peuvent être différentes d’un entrepreneur à un autre. Elles peuvent

être d’ordre financier et économique, d’ordre familial, ou être en rapport avec la recherche

d’un épanouissement personnel. On a par conséquent essayer de trouver ce qui le plus motive

pour la créationd’entreprises en explorant les paramètres suivant :

le

gain de l’argent ;

la

recherche de l’indépendance ;

l’existence

d’une opportunité ;

la

disponibilité des moyens financiers ;

le

soutien familial.

le

goût du risque …etc.

Il est bien entendu que chaque individu peut avoir une ou plusieurs motivations imbriquées

et plus ou moins fortes les unes que les autres .

a)Le gain de l’argent

Le gain d’argent a été cité dans 76 % des cas. Il a motivé toutes les tranches d’âge, quel

que soit le niveau de formation, mais de façon inégale. La catégorie la plus intéressée par

l’argent est celle ayant un niveau supérieur d’études. Dans cette catégorie, 86 % l’affirment.

Ils sont 77 % parmi les promoteurs ayant un niveau d’instruction secondaire à être motivés

par l’argent, 71 pour la catégorie d’un niveau d’instruction faible .

39

b)La recherche de l’indépendance

71 % des créateurs d’entreprise recherchent l’indépendance par le montage de leur propre

affaire .

c)l’existence d’une opportunité

26 % ont indiqué avoir été motivés par la présentation d’une opportunité .

d)La disponibilité des moyens financiers .

39 % de notre échantillon ont été encouragés pour entreprendre par la disponibilité des

moyens financiers . On uilise ses économies et on fait appel à la solidarité familiale qui joue

à fond non seulement grâce à des proches parents mais aussi parfois grâce à des parents

éloigné; probablement

parce qu’on pense qu’avec sa famille, le risque de désaccord ou de

malversation est minime .

e)Le goût du risque ;

Si une majorité de nos entrepreneurs s’élevant à 85% sont conscients d’avoir pris un risque

en créant leur propre entreprise, seul une minorité, 3%, affirment aimer prendre des risques.

4) VERS UN PROFIL TYPE DE CREATEUR D’ENTREPRISE

Malgré la diversité des buts et des aptitudes des créateurs d’entreprise, on peut essayer de

cerner les contours de l’entrepreneur marocain type .

Il

serait

plutôt un homme qu’une femme, son

âge se situerait autour de 39 ans, d’un

niveau d’instruction fondamental ou secondaire, se lançant par nécessité ou par goût dans

une activité proche du métier où il a accumulé une expérience significative, grâce en partie

à des économies personnelles et / ou des aides familiales. Il recherche le gain immédiat

40

d’argent mais n’aime pas prendre de risque .

Parmi nos entrepreneurs, la majorité privilégie l’endettement

forme de financement

familial avant toute autre

Elle se sent également très responsabilisée à cause de la nature des fonds investis(fonds

familiaux) ; son premier souci est la pérennisation de son affaire et son développement

progressif .

Elle cherche d’emblée des profits susceptibles d’assurer un revenu pouvant être à même de

couvrir ses besoins et ceux des siens.

Dans cette catégorie, les collaborateurs sont

choisis, prioritairement, dans le cercle de

la famille et des proches et le domaine d’activité reste traditionnel : commerce de proximité,

entrprises de construction et de travaux divers, ateliers de réparation, cafés … etc.

A côté de cette catégorie, il existe aussi un groupe moins important en nombre d’ entrepre-

neurs

mieux

formés

ayant

une expérience

professionnelle

plus

conséquente dans un

domaine

plus moderne; connaissant mieux que quiconque leur environnement .

Ce sont en général des personnes qui n’ont pas hésité à abandonner une situation souvent

confortable et peut êtrer stable pour la création de leur entreprise.

Ils franchissent le pas pour avoir le statut fort prestigieux

de patron, pour gagner

le

maximum d’argent et s’affranchir de toute hiérarchie .

41

°°°°°°°

En conclusion ; les profils à fort potentiel restent peu présents parmi nos créateurs d’entre-

prises . la PME pour assurer son rôle de moteur de croissance, et de facteur d’adaptation aux

mutations technologiques, à l’instar de ses homologues occidentales, a besoin de dirigeants

sensibilisés à l’importance de l’innovation et capables d’investir des activités à forte valeur

ajoutée notamment

l’industrie manufacturière et

les

activités

basées sur l’usage

de

la

matière grise, notamment, l’ingénierie et les services aux entreprises et surtout les nouvelles

technologies de l’information et les bio-industries .

Les femmes doivent être encouragées sur la voix de l’entreprenariat car l’expérience du

micro-crédit a montré qu’elles réussissent mieux que les hommes et qu’elles recèlent, si l’on

croit et compare les résultats scolaires, certainement autant sinon plus de potentialités que

les hommes . Ces potentialités ne devraient pas être gâchées pour de simples considérations

liées aux traditions et à des considérations culturelles archaiques .

42

D : LES OBSTACLES A LA CREATION D’ENTREPRISES

Malgré les dispositions prises par les pouvoirs publics qui tentent de créer un environnement

favorable à l’ émergence et à la multiplication des entreprises pourvoyeuses de richesses et

d’emplois, on est frappé par la persistance des entraves à la création d’entreprises .

Parmi ces contraintes, on peut en citer les principales qui sont d’ordre administratif, d’ordre

foncier et financier

1)LES CONTRAINTES ADMINISTRATIVES

Conscients des répercussions négatives des dysfonctionnements administratifs, l’Etat, depuis

1989 avec l’appui d’organismes internationaux ont entrepris des études qui ont débouché

sur plusieurs recommandations plus ou moins suivies d’effet, visant une meilleure organisa-

tion de l’appareil administratif et la simplification des procédures

Une

étude

(1 )

commandée

par

le gouvernement

en

collaboration

avec

l’USAID

et effectuée en 1998, conclut que le système administratif est trop bureaucratique, opaque

avec une multitude d’intervenants avec souvent des conflits de compétence. Elle révèle que

pour l’immatriculation d’une entreprise, il faut pas moins de 9 étapes et les pièces admini-

stratives font intervenir 5 services administratifs différents. Les démarches sont souvent inu-

tilement multipliées parfois auprès du même service et les mêmes documents sont exigés

plusieurs fois et font souvent double emploi.

Le promoteur en particulier de la PME devait par conséquent s’accommoder de cet univers

Kafkaïen qui le pénalisait, soit au mieux en allongeant anormalement le temps de réalisation

de son projet soit au pire en poussant à l’annulation de ce dernier .

(1) Etude réalisée par le cabinet PRICE WATER HOUSE COOPERS ; novembre 1998 dont les résultats sont rapportés par le journal « l’Economiste » du 20/ 10/ 1998 page 18 .

43

Ces dysfonctionnements s’expliqueraient par ce qui suit :

_une multiplicité des services administratifs caractérisés par un manque de cohérence et de

coordination avec des conflits de compétence ;

_une interprétation restrictive des textes qui sont nombreux et susceptibles de se prêter à ce

genre d’interprétation ;

_du laxisme et une faible implication pour l’aboutissement des dossiers ;

_des changements fréquents des procédures ;

_ des changements pratiquement annuels concernant la fiscalité et qui peuvent affecter

les plans de l’investisseur ;

_un manque d’informations claires et fiables, ce qui est particuliérement gênant pour les

PME dont les moyens ne permettent pas le recours aux services des spécialistes privés .

La persistance des problèmes administratifs a fini par

produire une volonté

politique

sans précédent manifestée par la plus haute autorité de l’Etat . Celle-ci s’est traduite par un

certain nombre de mesures parmi lesquelles la création des centres régionaux d’investis-

sement en 2002 et la valorisation du rôle de promoteur des investissements, élevé au rang de

priorité pour les walis des wilayas et les gouverneurs des préfectures et des provinces.

en effet, 64 % de notre échantillon trouvent en 2003, les démarches administratives pour

la création d’entreprises assez faciles et rapides. En outre, l’accueil réservé aux promoteurs

est jugé bon

dans

48 % des cas et même excellent dans 27 % des cas .

Par ailleurs, le dernier rapport de la banque mondiale rendu public en septembre 2004, con-

firme que cette prise en main des choses a donné ses fruits .

En effet, ce rapport classe le Maroc deuxième parmi les pays qui ont réussi à réduire les

procédures pour la création des entreprises .Le nombre de ces procédures n’est plus que 4

au Maroc contre 5 en Tunisie et il faut 11jours au Maroc pour créer son entreprise contre

44

14 en Tunisie et 50 en Algérie, indique le rapport.

En Tunisie, par exemple, les guichets uniques ont été créés en 1990 pour faciliter les démar-

ches administratives de tout investisseur .

Depuis et forts de la réussite de l’expérience tunisienne, les investisseurs n’ont de cesse de

demander l’instauration de guichet et dossier uniques; mais nous sommes persuadés que

cette solution adoptée n’aurait rien changé sans une volonté réelle manifestée par les plus

hautes autorités et sans l’implication réelle et responsables des autorités régionales .

Le problème est plus un problème de mentalité, de responsabilisation et de motivation qu’

un problème technique .

En outre, certains

progrès restent à réaliser notamment

marocaines à l’étranger.

au niveau des représentations

En effet, il faut savoir que certains consulats marocains ne délivrent que des visas à entrée

unique, ce qui cause une perte

acceptables par les promoteurs

inutile en temps et des coûts supplémentaires difficilement

étrangers. De même l’obligation d’un visa de sortie et de

retour pour les résidents étrangers au Maroc notamment pour des ressortissants de certains

pays arabes y compris les investisseurs est vécue comme une contrainte d’autant plus qu’elle

est jugée superflue .

45

2)LES CONTRAINES LIES AUX LOCAUX ET AUX SITES DES ENTREPRISES

Le local d’une entreprise doit être choisi en f