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Université de Carthage

Université de Carthage Institut des Hautes Etudes Commerciales Année Universitaire 2013/2014 Pr Hafedh Ben Abdennebi

Institut des Hautes Etudes Commerciales Année Universitaire 2013/2014 Pr Hafedh Ben Abdennebi

Domaine : Economie et Gestion

Mention : Gestion

Parcours : Licence Fondamentale de Gestion

Niveau LFG2 S2

Cours : Microéconomie II

Chapitre 3 : Marchés dOligopole

L’oligopole est devenu, dans les économies capitalistes modernes, la structure de marché la plus fréquente. La caractéristique de l’oligopole réside dans l’existence d’un petit nombre d’offreurs sur le marché d’un produit homogène donné.

Cette définition comporte une ambiguïté quant à la délimitation du nombre de firmes, dans une branche, pour qu’on puisse parler d’oligopole. Par conséquent, un marché est qualifié d’oligopolistique quand le nombre des entreprises qui s’y trouvent est si faible que chacune doit prendre en considération les réactions de ses concurrentes pour formuler sa propre politique de prix.

Ainsi, la maximisation du profit de chaque oligopoleur dépend non seulement de sa propre politique, mais dépend également de la politique de ses concurrents. Il adopte alors un comportement stratégique, c’est à dire il agit en tenant compte des décisions de ses concurrents ou en prévoyant la manière dont ils vont se comporter à la suite de ses propres actions.

L’interdépendance conjecturale des firmes apparaît ainsi la caractéristique essentielle d’un marché d’oligopole. Dans ces conditions, l’entreprise a le choix entre deux stratégies :

soit être leader donc dominante, soit être satellite donc dominée sur le marché.

L’existence d’une situation oligopolistique s’explique par la présence de barrières à l’entrée de nouvelles entreprises dans le marché. Ces barrières sont de natures diverses, notamment :

Ces barrières sont de natures diverses, notamment : Pr Hafedh Ben Abdennebi – IHEC – Université
Ces barrières sont de natures diverses, notamment : Pr Hafedh Ben Abdennebi – IHEC – Université

- l’interdiction d’entrée réglementaire ou institutionnelle dans les activités organisées sous le contrôle des pouvoirs publics.

- la présence d’économies d’échelles : une taille minimale efficiente de l’entreprise

définit le seuil de production qu’il est nécessaire d’atteindre pour obtenir des coûts moyens similaires à ceux des concurrents.

- la différenciation des produits : une gamme étendue des produits doit être offerte aux consommateurs pour pouvoir entrer dans le marché.

Enfin, le cas où coexistent sur le marché deux offreurs uniquement est qualifié de duopole. Cette situation permet d’analyser le comportement du leader et celui du satellite. Toutefois, les résultats obtenus dans ce cadre théorique peuvent être généralisés aux cas des marchés oligopolistiques qui comportent un plus grand nombre d’offreurs.

Lanalyse microéconomique des marchés de duopole a distingué les solutions théoriques selon que la rivalité entre les entreprises est en termes de leadership en quantité (décisions doffre) ou bien en termes de leadership en quantité (décisions de tarification).

I Duopole et leadership en quantité

En situation de duopole, les deux entreprises produisent respectivement Y 1 et Y 2 et ont des structures de coût représentées par : CT 1 = CT 1 ( Y 1 ) et CT 2 = CT 2 ( Y 2 ).

La demande du marché est telle que : p = p ( Y 1 , Y 2 ). Ainsi, la politique des prix dépend conjointement des conditions de production des deux duopoleurs.

Les profits respectifs des entreprises 1 et 2 s’écrivent :

1 ( Y 1 , Y 2 ) = p ( Y 1 , Y 2 ).Y 1 - CT 1 ( Y 1 )

et

2 ( Y 1 , Y 2 ) = p ( Y 1 , Y 2 ).Y 2 - CT 2 ( Y 2 ).

Le problème majeur des deux duopoleurs est leur ignorance de la réaction de leur vis à vis quand ils modifient leur propre stratégie. Pour lever cette indétermination, les économistes néoclassiques ont imaginé un certain nombre de solutions théoriques.

Remarque : à titre illustratif, pour la suite de l’analyse, on considère le cas où les coûts sont exprimés par :

CT j ( Y j ) = c j .Y j 2 ; j = 1, 2, avec c j : paramètre positif.

La demande totale des consommateurs est telle que :

p ( Y ) = a - b.Y ;

Ainsi, on obtient :

avec a > 0, b > 0 et Y = Y 1 + Y 2 .

1 ( Y 1 , Y 2 ) = [ a - b.( Y 1 , Y 2 ) ].Y 1 - c 1 .Y 1 2

2 ( Y 1 , Y 2 ) = [ a - b.( Y 1 , Y 2 ) ].Y 2 - c 2 .Y 2 2

 

1 ( Y 1 , Y 2 ) = a.Y 1 - ( b + c 1 ).Y 1 2 - b.Y 1 .Y 2 .

1 ( Y 1 , Y 2 ) = a.Y 2 - ( b + c 2 ).Y 2 2 - b.Y 1 .Y 2 .

2 - ( b + c 2 ).Y 2 2 - b.Y 1 .Y 2 .
2 - ( b + c 2 ).Y 2 2 - b.Y 1 .Y 2 .

1 - Equilibre de COURNOT : duopole symétrique de double satellisme

COURNOT suppose que chaque entreprise considère la production de sa rivale comme une donnée. Elle anticipe donc un comportement passif de la part de sa concurrente quant à la quantité qu’elle décide elle même de produire.

On suppose que le duopoleur 1 considère la production Y 2 comme une donnée et qu’il détermine Y 1 tel que son profit 1 soit en son maximum. On a donc :

Maximiser Y1 1 ( Y 1 , Y 2 )

 1 / Y 1 = 0

a - 2.( b + c 1 ).Y 1 - b.Y 2 = 0 Y 1 = a b Y

.

2

2

.(

b

c 1

)

( 1 ).

De même, le duopole 2 réagit à une décision Y 1 de son concurrent, en choisissant de réaliser un niveau de production Y 2 qui maximise son profit P 2 . On a donc :

Maximiser Y2 2 ( Y 1 , Y 2 )  2 / Y 2 = 0

a - 2.( b + c 2 ).Y 2 - b.Y 1 = 0 Y 2 = a b Y

.

1

2

.(

b

c 2

)

( 2 ).

Dans le cas où le premier duopole croit au comportement passif du deuxième duopole, l’équation ( 1 ) indique le choix optimal du premier duopole pour chaque niveau donné de la stratégie du deuxième duopole. Par définition, l’équation ( 1 ) est appelée la fonction de réaction du premier duopole. De façon analogue, l’équation ( 2 ) est dite fonction de réaction du second duopole.

L’équilibre de COURNOT correspond à l’intersection des deux fonctions de réaction.

Y 2

a / b

a / 2.(b+c 2 )

Y 2 *

de réaction. Y 2 a / b a / 2.(b+c 2 ) Y 2 * C
C 0 Y 1 * a / 2.(b+c 1 ) a / b
C
0 Y 1 *
a / 2.(b+c 1 )
a / b

Y 1

2 ) Y 2 * C 0 Y 1 * a / 2.(b+c 1 ) a
2 ) Y 2 * C 0 Y 1 * a / 2.(b+c 1 ) a

Analytiquement, les coordonnées du point C ( Y 1 * , Y 2 * ) sont déterminées à partir du système suivant :

Y

Y

1

*

2

*

a b . Y

2

.(

2 b

c

1

a b . Y

)

1

.(

2 b

c

2

)

p

*

p Y

(

1

*,

Y

2

*)

 

 

1

*

2

*

(

Y

1

1

(

Y

2

*,

1

*,

Y

2

*)

Y

2

*)

.

L’équilibre de COURNOT illustre ainsi la situation où les deux duopoles choisissent simultanément leur niveau de production, compte tenu de la décision anticipée de leur concurrent, et en imposant que ces anticipations coïncident avec les décisions effectivement prises.

L’intérêt de cette solution théorique c’est qu’elle montre comment une situation stable peut apparaître dans un marché de duopole. Toutefois, le comportement attribué à l’entreprise duopolistique est critiquable puisqu’elle n’envisage pas que sa concurrente puisse modifier son comportement, lorsqu’elle modifie sa propre décision. Elle considère au contraire la production de la concurrente comme une donnée et ainsi elles se retrouvent toutes les deux en position parfaitement symétrique sur le marché.

En prenant en considération cette limite, STACKELBERG a imaginé le cas des marchés oligopolistiques caractérisés par des situations asymétriques, où une entreprise domine le marché et est en mesure de tenir compte des réactions de ses concurrentes, au moment de sa prise de décision de production.

2 - Equilibre de STACKELBERG : duopole asymétrique de simple maîtrise

Ce modèle considère que l’un des duopoles, on supposera le premier, choisit son niveau de production en anticipant que son concurrent va prendre sa décision selon sa fonction de réaction. Le deuxième duopole réagit donc comme dans le modèle de COURNOT en considérant la production du premier duopole comme une donnée. Celui-ci est donc considéré comme leader , maître ou dominant sur le marché.

Cette situation se conjugue, d’une part par le fait que le premier duopole choisit son niveau de production avant le deuxième, et d’autre part que cette décision est irréversible puisque ce dernier sait qu’il ne peut pas amener le premier duopole à modifier sa production et il la considère donc comme une donnée. Ce qui attribue la position d’entreprise dominante, c’est donc la capacité à s’engager sur une décision non susceptible d’être remise en cause.

Analytiquement, l’entreprise dominante détermine donc Y 1 tel que son profit 1 est maximum et en tenant compte de la réaction de sa concurrente.

En reprenant les données de l’application du paragraphe précédent et en considérant que le premier duopole est dominant alors que le second est satellite, l’équilibre de STACKELBERG est défini par le système suivant :

de STACKELBERG est défini par le système suivant : Pr Hafedh Ben Abdennebi – IHEC –
de STACKELBERG est défini par le système suivant : Pr Hafedh Ben Abdennebi – IHEC –

  

Y

2

1

a Y

.

1

a

b

(

b Y

.

1

2 .(

b

c

2

)

c Y

)

1

1

2

Maximiser 1 ( Y 1 )

On déduit Y 2 *, p*, 1 * et 2 *.

b Y Y

.

1

.

2

( Y ).

1 1

1

 1 / Y 1 = 0

Y 1 *.

Remarque : l’équilibre de STACKELBERG du cas opposé, c’est à dire où le deuxième duopole est dominant et le premier est satellite est résolu par le système suivant :

Y

a b . Y

2

2 .(

.

b c

2

)

b

1

(

1

2

  a Y

c Y

)

2

Maximiser 2 ( Y 2 )

2

2

On déduit Y 1 *, p*, 1 * et 2 *.

b Y Y

.

1

.

2

2 2

Y

(

2

).

 2 / Y 2 = 0

Y 2 *.

L’illustration graphique de l’équilibre de STACKELBERG est réalisée en recourant au concept de courbe d’isoprofit.

Dans les conditions définies au début du paragraphe, la courbe d’isoprofit du premier duopole est exprimée par :

a.Y 1 - ( b + c 1 ).Y 1 2 - b.Y 1 .Y 2 = h ; où h est un paramètre qui représente 1 .

Y

2

b . Y h b a

1

b

c

1

b

. Y

1

.

A chaque valeur de h correspond donc une courbe d’isoprofit. Le maximum de cette courbe est situé sur la droite qui représente la fonction de réaction de la première entreprise, puisque celle-ci définit la valeur de Y 1 qui maximise 1 pour une valeur donnée de Y 2 .

qui maximise  1 pour une valeur donnée de Y 2 . Pr Hafedh Ben Abdennebi
qui maximise  1 pour une valeur donnée de Y 2 . Pr Hafedh Ben Abdennebi

Y 2

Y 2 Fonction de réaction de l’entreprise 1 Courbes d’isoprofit de l’entreprise 1 Sens C croissant
Fonction de réaction de l’entreprise 1 Courbes d’isoprofit de l’entreprise 1 Sens C croissant de
Fonction de réaction
de l’entreprise 1
Courbes d’isoprofit
de l’entreprise 1
Sens
C
croissant de
 1
S
0
Fonction de réaction
de l’entreprise 2
Y 1

L’équilibre de STACKELBERG correspond au point de tangence S entre une courbe d’isoprofit du duopole dominant et la courbe de réaction du duopole satellite.

Le fondement théorique de cette solution c’est que le duopole dominant en déterminant la courbe de réaction de son concurrent, choisit la combinaison ( Y 1 , Y 2 ) sur cette courbe qui lui procure un profit 1 , le plus élevé possible.

La comparaison des équilibres de STACKELBERG et de COURNOT montre que la position dominante du premier duopole lui procure un avantage par rapport à la situation parfaitement symétrique de l’équilibre de COURNOT.

Graphiquement, au point S, le premier duopole a augmenté sa production et le deuxième duopole a, au contraire, réduit la sienne par comparaison avec le point C. Cette situation permet donc au duopole dominant de réaliser un profit П 1 plus élevé puisque la courbe d’isoprofit passant par S est plus basse que celle passant par C.

L’équilibre de STACKELBERG est stable tant que la position des deux duopoles sur le marché n’est pas inversée. Toutefois, la principale critique adressée à ce modèle est liée à l’ambiguïté associée à l’identité de l’entreprise dominante. En effet, dans certains cas, les duopoles peuvent se comporter tous les deux comme des entreprises dominantes. Cette situation a été analysée par BOWLEY.

3 - Equilibre de BOWLEY : duopole instable de double maîtrise

Ce modèle correspond à la situation où chaque duopole détermine sa production en se considérant comme l’entreprise dominante sur le marché.

considérant comme l’entreprise dominante sur le marché. Pr Hafedh Ben Abdennebi – IHEC – Université de
considérant comme l’entreprise dominante sur le marché. Pr Hafedh Ben Abdennebi – IHEC – Université de

Y 2

Y 2 *

Fonction de réaction de l’entreprise 1 S’ B C Fonction de réaction S de l’entreprise
Fonction de réaction
de l’entreprise 1
S’
B
C
Fonction de réaction
S
de l’entreprise 2
0
Y 1 *
Y 1

Le premier duopole choisit de produire Y 1 *, correspondant au point S. De son côté, le deuxième duopole se comporte à la STACKELBERG, il produit Y 2 *, correspondant au point S’, qui est déterminé par la tangence d’une courbe d’isoprofit de la deuxième entreprise et de la courbe de la fonction de réaction de la première entreprise.

Cette combinaison (Y 1 *, Y 2 *) conduisant au point B, correspond à une situation de conflit entre les deux duopoles quant à la domination du marché, surtout que chacune d’entre elle n’accepte pas d’adopter une attitude de satellite.

Au point B, les deux entreprises choisissent de réaliser un volume de production globale qui dépasse les capacités d’absorption du marché, d’où le déclenchement d’une guerre des prix entre les concurrents.

Le modèle de BOWLEY aboutit à un équilibre instable dont l’issue est soit la faillite de l’une des entreprises, soit l’entente ou la coopération entre les duopoles.

Analytiquement, l’équilibre de BOWLEY est déterminé sous l’hypothèse que chacune des entreprises croît disposer de son côté de toutes les informations concernant sa concurrente, véhiculée par sa fonction de réaction. Chacune maximise son profit sous l’hypothèse de maîtrise simple, on a donc :

  

Y

2

1

a Y

.

1

a

b

(

b Y

.

1

2 .(

b

c

2

)

c Y

)

1

1

2

Maximiser 1 ( Y 1 )

b Y Y

.

1

.

2

1

 1 / Y 1 = 0

( Y ).

1

1

Y 1 *.

1 /  Y 1 = 0   ( Y ). 1 1  Y
1 /  Y 1 = 0   ( Y ). 1 1  Y

et :

Y

1

 

2

a b . Y

2

b c

2 .(

a Y

.

2

)

b

1

(

c Y

)

2

2

2

b Y Y

.

1

.

2

2

Maximiser 2 ( Y 2 )

 2 / Y 2 = 0

On déduit : p* = p ( Y 1 * , Y 2 * )

1 * et 2 *.

(

Y

2

2

).

Y 2 *

4 - Equilibre coopératif : duopole coordonné

Dans le cas où les entreprises décident de s’entendre et de fixer conjointement leurs productions respectives, elles passent un contrat ( Y 1 , Y 2 ) définissant le quota de production de chacune d’elles, le prix s’établissant au niveau p ( Y 1 + Y 2 ). Il y a alors entente ou collusion entre les deux entreprises et on dit qu’elles forment un cartel .

L’objectif du cartel est de maximiser la somme des profits des deux entreprises et dans ce cas le duopole se comporte comme un monopole à deux établissements.

La détermination analytique de l’équilibre coopératif est comme suit :

Maximiser Y1, Y2 ( Y 1 , Y 2 )

Y

1

Y

2

0

0

Maximiser Y1, Y2 [ ( Y 1 , Y 2 ) + ( Y 1 , Y 2 ) ]

1

Y

1

1

Y

2

2

Y

1

2

Y

2

0

0

Exemple : ( Y 1 , Y 2 ) = a.Y 1 + a.Y 2 - 2.b.Y 1 .Y 2 - ( b + c 1 ).Y 1 2 - ( b + c 2 ).Y 2 2 .

Y

1

Y

2

 

a

 

a

( Y 1 * , Y 2 * )

2.

b Y

.

2

2.

b Y

.

1

2.(

2.(

b

b

c Y

).

1

1

).

c Y

2

2

0

0

p* et * = 1 * + 2 *.

II Duopole et leadership en prix

* +  2 *. II – Duopole et leadership en prix Pr Hafedh Ben Abdennebi
* +  2 *. II – Duopole et leadership en prix Pr Hafedh Ben Abdennebi