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COMMENT SE POSE LE PROBLÈME DE DIEU

(Suite

et

fin1.)

Il

Après

conclu

d'ordinaire

blème

divers

avoir

examiné

à leur insuffisance,

en pleine

au moins

pour

les présente, notre

on

propre

il nous

compte.

moments

de

la dialectique

franchise

les preuves

classiques

et

quant

aux

faut aborder

formes

sous lesquelles

directement

le pro-

Un

à

un

vont

reparaître

alors

les

traditionnelle,

transposés

sans

doute,

mais

finalement

réintégrés.

De cette

d'action

à esquisser

somme

coup

trop

tenir

dans

cherche

dialectique

à la

fois

nouvelle

et ancienne,

je

dialectique

forcément

c'est

en

autant

et plus

de discours,

de

la

vaste

article.

qu'à

me bornerai

la solution

que

sommaire.

un schème

bornes

Car

vie

pour

Et

le problème

spirituelle

que

ce problème,

montrer

comment

de Dieu,

problème

en

le problème

complexe

les

beau-

puisse

je

intégral

et

trop

d'un

d'ailleurs,

il se pose.

moins

ici à le résoudre

ÉTAT PRÉSENT DE LA QUESTION.

notre

fermé

enquête

des

sur l'existence

voies.

L'heure

est

de Dieu?

venue

en sommes-nous

au

Jusqu'ici

de réunir

nous

avons

en faisceau

juste

de

surtout

nos

criti-

ensemble

d'en

cela

de

sont

les

fragmentaires,

ouvrira

de présenter

l'orientation,

aux

les

le

leur

en raccourci,

général.

positive.

point

de

qu'elles

personne

sur

contre

Qui

de

ques

marquer

même

la tendance,

une

sans

le mouvement

de solution

classiques

Et

vue

issue

efforts

preuves

moins

même

un

Considérons

efficacité.

d'abord

A

au

leur

actuellement

philosophes

décroître

vent

tout

effet;

en jour;

faut-il

fait

reconnaître

elles

voilà

ne convainquent

leur

parmi

d'aujourd'hui;

plus

action

brutal,

la

foule

semble

lequel

ne peu-

nos

contempo-

de jour

les

rien

éloquentes

protestations.

1. Voir

la Revue de mars

1907, pp. 129-170.

E.

LE

ROY.

COMMENT

SE

POSE

LE

PROBLEME

DE

DIEU.

471

rains

se trouverait

que

c'est

au contraire,

fondé

à dire,

telles

après

raisons

apportent

est

un

liée

sincère

examen

en

de

con-

science,

d'un,

mesure

ceux-là

de

qu'il

faveur,

croit

Dieu?

réalité

A plus

dans

la

Bref,

n'en

et

le

éloi-

pour

ces raisons

que

gêne

à leur

et obstacle,

acceptation.

qui

en

ils pensent

parce

« Les

la foi

seulement

besoin,

s'ils

les accueillent

qu'ils

c'est

plutôt

pas

preuves

avec

ont d'avance

ont

encore,

thèmes

situation,

mot

pas

et autrement

conclu;

à

les acceuillent,

n'est

surtout

comme

destinées

bases

de

foi

personnelle.

spéciale

à notre

temps.

que

de Dieu métaphysiques

autrui,

Pareille

de prédication

d'ailleurs,

On connaît

sont

si

de Pascal

gnées

frappent

rait

heure

du raisonnement

peu;

et quand

l'instant

ils craignent

que pendant

après

L'expérience

la

la vraie

religieuse

métaphysique

savante

connaissance

des

hommes,

et

si impliquées,

qu'elles

cela

servirait

voient

s'être

cette

dans

à quelques-uns,

cette démonstration,

cela

de

ne

mais

servi-

une

juste.

de

dans

la reli-

qu'ils

en

Dieu,

de

est décisive

trompés.

» Rien

plus

sur

le peu d'importance

Elle

nous

vivante

réelle

question.

montre,

de

de

la substance

gion,

s'est

tout

autre

artificiellement

chose

que

complue

cette

idéologie

de

la pure

spéculation

la

divinité

théorique.

à laquelle

Ce n'est

à

un

de

la

besoin

Dieu.

abstraite

les

pas

l'idée

dans

d'explication

que

répond

regardons-les

principalement

avant

Voyons

mieux

choses;

tout

classi-

une

vive

Ni

le

lumière

d'une

guère

observation

à aucune

ni l'historien

concrète.

Les preuves

ques ne correspondent

vécue.

réalité

religieuse

effectivement

assigner

psychologue

ne sauraient

argumentation

source

de

plus

la croyance.

ou

moins

Ils n'y

habile

découvrent

ou profonde même

pas

comme

véritable

une vérification

d'après

dialectique

le développement

point

A vrai

de

réelle.

la

coup

ayant

joué

eu quelque

rôle

influence

Dieu.

Historiquement

très restreint,

n'a

qu'en

qu'un

de

la

pour

que

tardif,

en

et toujours

dans

n'est

foi

Psychologiquement ni se résout

ne

sont

ce

ainsi

dire.

On

fait,

plutôt

chacun,

des philosophes

se pose

le problème.

les arguments dirait

une

pas générateurs

des symboles.

ou

qui

foi.

ce sont

qui

des véhicules,

cherche

à se

Ils

rêve

expriment

foi préexistante

penser

de

Tout

tion

se transmettre

cela,

d'un

du

reste,

système;

ne prouvent

Dieu.

ou

encore

ils

le font

et par

suite

qui

dans

se

défend

le langage

ils éprouvent

contre

des

d'un système,

ce système

objections.

en

fonc-

plutôt

qu'ils

Celui

donc

qui envisage

dans

les conditions

concrètes

le problème

et réelles

de

Dieu

de son

sous

origine

son

jour,

et de sa signi-

vrai

472

REVUE

DE

MÉTAPHYSIQUE

ET

DE

MORALE.

fi cation,

non

de

c'est-à-dire

pure

spéculation

comme

un problème

intellectuelle,

de vie

celui-là

morale

et religieuse,

ne

saurait

attacher

une importance

viennent

Car

des théories

tout

de

fondamentale

aux analyses

des philosophes. est aucunement

de survivre

Comme

exactement

admettre

Qu'elles

troublé.

ruine

en

 

à

lui

paraître

caduques,

il

n'en

il se

sent

en présence

d'un

t'ait

capable

 

explicatives

 

tentées

à son

sujet.

cas

ne

seraient

jamais

de

nature

tous,

il

les estime

accessoires,

ne pouvant

à la

ces théories

que

a être

comprises

la foi en

Dieu

foule

soit

le monopole

des simples

intellectuelle,

ni qu'à

à se satisfaire

cet

égard

de démonstra-

la

tions

une

illusoires

preuve

d'une

demeure

ou défectueuses.

répondant

à une

tous,

accessible

élite

condamnée

Une

véritable

à tous

ce qui

revient

à dire

vraie

preuve

de Dieu,

j'entends

réalité

religieuse,

doit

être

valable

pour

légitime

dans

sa pleine

force

et

dans

sa

portée

qu'elle

ne

doit

point

appar-

tenir

à l'ordre

de

la spéculation

savante.

Aussi

la

tâche

du cher-

cheur

est-elle

ici

non

pas

de

combiner

quelque

argument

 

nou-

la

un

veau

plus

ou

genèse

progressif

selon

moins

de

supérieur

aux

anciens,

mais

de ressaisir

la

croyance

et

d'en

juger

le développement

Cette

exigence

les critères

du croyant

N'est-ce

qui conviennent

aux

actes

de

vie.

 

est d'ailleurs

conforme

aux

constata-

tions

du critique.

en

effet

de vouloir

être

démonstra-

 

tions

dites

 

pas

tout

nuit

aux preuves

ordinaires

et les

proprement

voue

à l'échec?

que

EUes présentent

qui

plus

l'idée

de

Dieu

comme

répon-

dant

à un

besoin

d'explication

 

théorique.

Dés

lors

elles

se heurtent

fatalement

à l'objection

de prétendre

éclairer

un mystère

par

autre

bizarre

mystère

d'affirmer

Il

qui

ne

plus

n'a

obscur

comme

sur

clef

elle

donc

de

proprement

telles

encore.

de

J'ajoute

qu'il

ni

ici

Or

voûte

en

nécessaire

cas

conception

utilité.

aucune

s'agir

voies

influence

tout

pourrait

non

par

métaphysique,

tion

scientifique.

obtenue

appartiendrait

serait

au

moins

de

pour

la science

une

elle

aucune

que d'explication

une

telle

à cette

explica-

forme

de

métaphysique

décidément

inextricables

on

d'intuition

la perçoit.

démonstration,

trouve,

probablement

mais

discursive

vieillie

et

par

que

la critique

conséquent

bergsonnienne

donnerait

prise

nous montre

aux difficultés

que l'on

Elle

Si

au

à titre

sait.

n'est

donc

moins

de

On

ne démontre

une

réalité

conceptuelle,

Dieu

par

de réalité

plus

pas

point

objet

d'analyse

on

entend

chercher

n'est-ce

pas

hypothèse

à

titre

vécue.

simple

explicative

concrète:

voie

qu'on

mais

de

le

ou moins

conjecturée

origine,

centre

ou sommet,

en

un

mot

E.

je

qu'on

on

on

elles,

LE

ROY.

d'unité

formelle.

veux

aime

entre

se

qui

que

perd

dire

et

SE

POSE LE PROBLÈME DE DIEU.

est

qui

ce

n'est

pour

soutient

pas

nous

et

le

vrai

nécessité

qui

avec

une

choisir

personne.

entre

et

l'on

ne

est valable,

du Tout?

car,

473

principe

atteint,

Dieu

lequel

part,

diverses

prouver

entre

Et

alors

Dieu

qu'un

de v i e ,

de vie,

avec

le

le Dieu

qu'on

qui

prie,

comme

console,

en relation

dans

d'elles

 

Et, d'autre

mille

théories

réussit

pour

pas

décider

à

en pareille

qu'il

non

opère

pas

et univo-

l'embarras

de

à l'imagination,

seulement

pas pouvoir

celle

que

n'a

de

Or

cause

s'offrent

l'une

ne faudrait-il

condition

juger

Singulière

du raisonnement

que

de

pour

nos

pur

autant

concepts

proprement

affaire!

sur

même

Le raisonnement

d'être

valeur

aucun

des concepts

ceux

rigoureux.

ou de

ne s'applique

quement

mode

à Dieu.

relatif

et

parce

limité,

que

parce

tout

que

concept

l'idée

n'exprime

de

cause

de

comme

l'être

les

qu'un

autres

n'a

de signification

nette

qu'à

l'intérieur

de l'expérience,

parce

qu'enfin

Dieu demeure

essentiellement

incomparable,

étant

au-dessus

 

de

tout

genre,

incommensurable

 

avec

toute

créature,

transcendant

à tout

dénominateur

commun

dont

l'accolade

 

le réunirait

à ce

qui

n'est

pas

lui.

En

un mot,

Dieu

n'est

Dieu,

c'est-à-dire

premier

prin-

cipe

rieur

et suprême

et supérieur

source,

qu'à

la condition

d'être

pensé

comme

anté-

à toutes

les déterminations

 

discursives,

ineffable

par conséquent

et inconceptuel

si bien

que

n'est

ici possible

aucune

définition

initiale

avec la précision

requise

pour

le

jeu

du raisonnement

1.

En

Dieu

vain

une

cela

base

dirait-on

que

nos concepts

ont cependant

quitte

par

rapport

valeur

veut

point.

analogique.

dire

Je l'accorde,

Mais

déficiente;

analogie

Fondé

à préciser

plus

tard

est toujours

d'avouer

déficience

infinie

ne

constituer

une

sufti-

un raisonnement

ne

ce que

que l'analogie

se mesure

sante

au juste.

force

nous

et une

est infiniment

Alors

cette

ne saurait

sur

au raisonnement.

elle,

peut

ment

de vérification

jamais

être

que

provisoire

et conjectural

en

soi

de recherche,

qui n'implique

réclame

pas

un contrôle

ses

et qui

extrinsèque

simple

propres

dont

raisonne-

critères

le prin-

cipe

ne

se trouve

que

dans

l'expérience.

Il y a plus.

philosophes,

tions

blir

vagues.

en quelque

Considérez

celles

du

N'ont-elles

sorte

que

la

moins

pas

Dieu

plupart

des

se

ce commun

qui

ne

n'a

point

preuves

réduisent

caractère

construites

pas

à des

de vouloir

par

les

éléva-

éta-

le droit

logique

de n'exister

1. J'ai développé

ce

Bloud,

1907, pp. 135-154.

point

dans

un livre

récent

Dogme et critique,

Paris,

à

474

REVUE

DE MÉTAPHYSIQUE

ET

DE MORALE.

 

pas?

Elles

posent

donc

une

manière

de

fatum

idéal,

d'abstraite

nécessité

inconditionnelle,

comme

antérieure

s'il

et supérieure

à

lui,

ne

un postulat

jusqu'à

 

comme

gros d'athéisme,

s'imposant

car

même

Dieu

à lui.

cesse

Or

d'être

c'est

Dieu

là réellement

domine

la nécessité

logique,

l'expliquant

au

lieu

d'être

expliqué

par

elle,

puisqu'il

est

conçu

par

hypothèse

comme

la'raison

d'être

suprême.

Affirmer

Dieu,

c'est

notamment

affirmer

à la source

première

de

tout,

et même

des

plus

hautes

nécessités

rationnelles,

une

Liberté

concrète,

un Absolu

qui transcende

formes

et catégories.

En consé-

quence,

déduire

Dieu

équivaut

à le

nier.

Prétendre

le trouver

ainsi'

revient

à vouloir

l'atteindre

par

une

méthode

athée.

Je

sais

bien,

il est

vrai,

la réponse

qu'on

peut

faire.

La déduction

dont

il s'agit

en

l'espèce

est

d'un

genre

très

particulier

analyse

 

réflexive

plutôt

que déduction

syllogistique.

Assurément,

dira-t-on,

toute

nécessité

dérive

de

Dieu.

Mais

ce

qui

est premier

en

soi

peut

n'être

pas premier

 

pour

nous;

et réciproquement

ce qui

est premier

 

pour

nous

peut

ne

l'être

point

en

soi.

Tels

certains

axiomes.

Onto-

logiquement

ils supposent

Dieu.

Toutefois

 

nous

les

voyons

en

lumière

immédiate,

tandis

que

nous

ne voyons

pas

Dieu.

Aussi

pou-

vons-nous

par

leur

analyse,

gràce

à une

régression

en profondeur,

découvrir

Celui

qu'ils

exigent

et postulent.

Voilà

daient

qui

sans

la simple

doute

évidence

Contradiction,

scurs

Assurément

au

mystères,

une

fond

causalité,

dès

qu'on

ces principes

exigence

irait

bien,

qu'on

primat

leur

de

s'efforce

si

les

prête.

l'acte,

d'atteindre

véhiculent

de

absolue.

Toutefois

principes

invoqués

possé-

Mais,

hélas

que sais-je?

il s'en

autant

faut.

d'ob-

leurs

ultimes

racines.

la nécessité,

enveloppent

ils

ne

se précisent

que

dans

leurs

applications,

 

au

contact

 

d'hypothèses

Comment

transitoires?

et conditionné,

déterminées,

et

alors

ils

se

mélangent

de contingence.

faire

un

départ

entre

leur

âme profonde

et

leurs

corps

Toute

une

Chaque

formule

n'en

traduit

jamais

certaines

quelque

qu'un

aspect

relatif

adapta-

tion

à

de

 

circonstances

 

particulières.

 

formule

exprime

chose

comme

un

écho

de l'exigence

fondamentale

au

sein

de

tel

ou

tel

milieu

spécifié,

la fonction

particulier,

la

forme

que

cette

exigence

revêt

quand

elle

y pénètre,

qu'elle

remplit

alors.

Qu'on

indique

précisément

 

un

cas

un concours

de conditions

définies

aussitôt

 

s'impose

avec évidence

l'énoncé

du principe.

d'autres

en avons

Mais

ce principe

 

ne

saurait

 

être

tel

quel

transporté

en

condi-

tions

ni appliqué

 

à d'autres

cas, l'énoncé

 

que

nous

n'expri-

E.

LE

ROY.

COMMENT

SE

POSE

LE

PROBLÈME

DE

DIEU.

475

mant

qu'une

détermination

contingente

de l'exigence

absolue

 

qui

est

son

âme.

Cherchons-nous

d'ailleurs

une

formule

de

portée

uni-

verselle

? Voici

que

le principe

se dissout

dans

un vague

indétermi-

nable.

Nous sentons

bien

encore

qu'il

subsiste

toujours

en dernière

analyse

je ne

sais

quoi

de nécessaire,

une

exigence

résiduelle

 

qui

domine

tous

les

cas

particuliers

et qui

se manifeste

en chacun.

Mais

d'appréhender

cette

exigence

à l'état

pur

et

de

dire

quelle

nécessité

précise

est

en jeu,

nous

en sommes

incapables

1.

On

voit

ainsi

comment

il est

chimérique

de prétendre

atteindre

Dieu

par

le moyen

d'un

principe

quelconque

supposé

aperçu

intuiti-

vement

et que

l'on

soumettrait

ensuite

à l'analyse

ou

que

l'on

appli-

querait

à la totalité

des

choses.

Que

font

en somme

ceux

q