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Mise en forme mai 2014 : il peut subsister des fautes de frappe…(26 pages)

Collaborer ou résister ?

INTRODUCTION : la thématique de l’engagement Peut-on poser la question ainsi ? L’immense majorité des Français ne résiste pas, ne collabore pas non plus. Elle survit, subit passivement la situation. De ce fait, l’engagement dans la résistance comme dans la collaboration procède de choix complexes, souvent individuels avant 1941 et souvent aussi épidermiques (on l’a vu dans le cas de ceux qui ne supportent pas la défaite, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche), plus collectifs après 1941 en raison de l’engagement du PC clandestin dans la résistance et du refus du STO en 1943 par une grande partie des jeunes Français. On connaît aussi la phrase de Sartre dans Situations (en 48) qui résume au fond assez bien la période vue par des intellectuels parisiens peu suspects d’être pro-nazi mais dont la résistance fut hésitante ou du moins modeste "Nous n'avons jamais été aussi libre que sous l'occupation" Certes… Très bonne mise au point sur « Sartre sous l’occupation » dans L’Histoire No 248 (article de Ingrid Galster) lire aussi Les Intellectuels et l’Occupation 1940-1945. Collaborer, partir, résister (Albrecht Betz, Stefan Martens dir.). Editions Autrement, 2004. Le poste de khâgne à Condorcet, que Sartre occupe de 1941 à 1944 est celui d’un philosophe juif révoqué. Quant au Castor, elle accepta un poste à Radio Vichy car elle avait été exclue de l’EN par Bonnard pour détournement de mineures). Mais il n’y a pas que les intellectuels et certaines hésitations sinon errances individuelles sont de toute façon logiques, d’abord en raison du très jeune âge des résistants comme de certains miliciens, ce qu’on a tendance à oublier – de 16 à 20 ans. Cela empêche-t-il de faire des choix ? Non, au contraire même ceux-ci apparaissent souvent solides, mais le « choix » du milicien Lacombe Lucien dans le film éponyme de Louis Malle (1975, sur un scénario de Patrick Modiano) est un exemple démonstratif d’une réalité presque absurde. Lucien Lacombe devient ainsi en juin 44 un auxiliaire de la Gestapo sur un coup de tête, suite à un refus du maquis de l’accepter. Louis Malle ne cherche pas vraiment à expliquer un engagement peu rationnel en juin 44, mais à le contextualiser de façon sociale, psychologique, en laissant une grande place au hasard et montrant aussi à partir de ce personnage assez falot la terrible banalité du Mal (on pense aux bourreaux volontaires de Hitler stigmatisés par Daniel Godhdhagen), un Mal qui n’a rien ici d’un principe moral mais issu d’un rapport de force, a priori favorable au bourreau, mais qui peut à tout moment s’inverser (il tombe ainsi amoureux d’une jeune juive, contradiction qu’il ne perçoit qu’à peine). Lacombe Lucien est-il une étude de cas improbable ? Jean-Pierre Melville, grand résistant et réalisateur, raconte qu’ unjour, il avait pris le train pour aller de Bordeaux à Paris - ce devait être en 1943 - avec un ami, qui était également dans la Résistance ; à cette époque les trains étaient d'une lenteur désespérante, ils s'arrêtaient partout. Dans leur compartiment, il y avait un jeune homme. La conversation s'était engagée et il leur avait dit qu'il tenait absolument à se conduire en patriote et qu'il allait s'engager dans les Waffen SS. Il irait combattre les communistes sur le front russe. Il débordait d'enthousiasme : « C'est pour mon pays que je vais faire ça. » Avant l'arrivée à Paris, ils avaient réussi à le retourner complètement ; il était entré dans la Résistance et était devenu un héros. Ils avaient su le convaincre qu'il allait commettre une terrible erreur : « Si vous êtes un patriote, il ne faut pas pactiser avec les Allemands. » Mais il s’agit là certes d’un cas individuel, dont on ne peut vérifier l’authenticité, mais qui montre que les Français ont pu se laisser abuser par le sens que Vichy a pu donner en 1940-44 au mot « patriotisme ». Pétain n’était-il pas le plus grand des patriotes ? Collectivement, il ne faut pas pour autant en conclure que les Français ont tous été « floués » par Vichy, c’est-à-dire par un régime de forfaiture et que cela expliquerait un engagement résistant souvent peureux ou tardif ainsi que des engagement collaborateurs regrettables de la part de « vrais » patriotes.

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C’est un peu au fond ce que pense de Gaulle dans ses Mémoires de guerre, pour qui selon lui Vichy « a séparé les hommes faits pour servir la patrie » et donc il ne veut pas accabler ceux qui se sont laissé entraîner par patriotisme aigu, même s’il se résout à des sanctions sévères. On pense notamment au cas Joseph Darnand, un ancien héros de 14-18, l’artisan de la victoire selon Poincaré, qui va en 1940 prendre le chemin de l’utracollaboration. D’abord dans la Légion des Combattants, fondateur du SOL, puis le chef abhorré de la Milice (en 1943), qui finit au printemps 1945 dans la division SS Charlemagne, se battant dans le Berlin en ruine contre l’armée rouge. Il est logiquement exécuté le 10/10/45 mais c’est presque un crève-cœur pour de Gaulle. En conclusion, l’enjeu historiographique est donc aussi de savoir faire la biographie des traîtres et des collaborateurs, comme des résistants, afin de comprendre les véritables ressorts de l’engagement dans un camp ou dans l’autre, tout comme les ressorts des passages de la collaboration vers la résistance ou des trahisons de cette même résistance

1. Le joug allemand et les politiques de collaboration

-A/ éléments de la pression allemande

de collaboration -A/ éléments de la pression allemande * Le découpage du territoire Les clauses de

* Le découpage du territoire Les clauses de l'armistice sont très dures et divisent la France en plusieurs zones. [Le sud, à l'exception de la côte atlantique, formait la zone libre où siégeait le gouvernement du maréchal Pétain qui s'établit à Vichy. Le nord était occupé et séparé du sud par une ligne de démarcation surveillée par les forces allemandes. L'Alsace et la Moselle sont annexées au Reich. Les départements situés au nord de la Somme et de l'Aisne furent déclarés zone interdite; à l'intérieur de celle-ci le Nord et le Pas-de-Calais se trouvèrent rattachés aux autorités d'occupation de Bruxelles. Les Allemands s'intéressaient tout particulièrement aux ressources minières et industrielles de cette région; c'était la raison pour laquelle les ouvriers recevaient des rations alimentaires supérieures à la moyenne, mais étaient davantage

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surveillés. La zone réservée comprenait les Ardennes, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse et les Vosges, départements dans lesquels les occupants exerçaient une forte emprise économique;

là, par une organisation nommée Ostland, ils donnaient à des Allemands des terres dont les Français étaient expulsés. Les réfugiés qui avaient quitté ces régions lors de l'exode de 1940 ne furent autorisés à revenir qu'en 1943. Sur la zone interdite et la zone réservée pesait la menace implicite d'une annexion ultérieure. D'ailleurs, en privé, Hitler évoquait l'idée d'incorporer à l'Allemagne un vaste secteur allant de la Flandre à la Bourgogne. ] Jusqu’en 1942, la ligne de démarcation joue le rôle d'un garrot entre la zone libre et la zone occupée. Les Allemands la contrôlent étroitement et limitent les déplacements des marchandises et des personnes. Or beaucoup de familles sont situées de part et d'autre de la ligne; le sud ayant besoin des denrées alimentaires et des produits énergétiques venant du nord se trouvait menacé de rupture d'approvisionnements. Dans la zone occupée, les Français étaient directement soumis aux lourds moyens de pression dont disposaient les Allemands:

multiplication des interdictions et des formalités, notamment pour les déplacements nocturnes, réquisitions, recensement des moyens de transport, des postes de radio, des œuvres d'art

* L’armature d’occupation

Pour imposer sa volonté, l'Allemagne a mis en place une armature d'occupation aux mailles très serrées: des troupes de sécurité comprenant 100000 hommes en 1941 et 200000 en 1943, des forces militaires d'opération dont les effectifs s'élevaient à 400000 hommes en 1942-1943 et près d'un million en 1944, plus de nombreux services de propagande, de surveillance et de répression, ceux-là confiés aux SS L'ambassade d'Allemagne à Paris, cœur du dispositif et dirigé par le lettré et francophile Otto Abetz., mène une politique de division, d'affaiblissement et de vassalisation volontaire des Français. Des services de Berlin, étatiques ou dépendant du Parti nazi, auxquels s'ajoutaient quelque 1200 entreprises privées sont également présents et parfois en rivalité les uns par rapport aux autres. Ainsi, pour beaucoup de Français de la zone occupée, la présence des Allemands, soldats, policiers, fonctionnaires civils, campés à Paris ou dans les localités de province, est devenue une réalité quotidienne. Celle-ci s'impose dans tout le pays après le 11 novembre 1942, date de l'occupation de la zone sud en réplique au débarquement allié en Amérique du Nord. Le Sud-Est est pour sa part soumis jusqu'en septembre 1943 à l'occupation des Italiens. Idées reçues sur la bonhomie italienne. Ceux-ci exercèrent une répression sévère, intervinrent dans l'administration, surtout en Corse, mais ils accordèrent leur protection aux juifs, y compris contre les autorités de Vichy, cela pour ne pas paraître totalement inféodés aux Allemands et ne pas se couper de l'opinion anglo-saxonne.

* La question des prisonniers

Depuis la défaite, 1600000 Français étaient prisonniers des Allemands. Si les officiers enfermés dans des oflags ne pouvaient être soumis à des tâches forcées, ce n'était pas le cas des sous-officiers et des simples soldats qui dépendaient de stalags et étaient répartis en kommandos de travail au service de l'économie allemande. Ceux qui étaient placés dans de petites fermes, chez des artisans et commerçants connaissaient de meilleures conditions de vie que les hommes affectés à de grosses. équipes agricoles, minières, industrielles, dirigées par des régisseurs ou contremaîtres exigeants. Pour les Allemands, les prisonniers constituaient une main-d'œuvre et un moyen de pression pour s'assurer de la docilité de Vichy dans la politique de collaboration.

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Les exigences allemandes en matière de main-d'œuvre ne se limitent pas aux prisonniers de

guerre. De 1940 à 1942, les autorités d'occupation ont recruté sans peine les travailleurs dont ils avaient besoin en raison du chômage, des salaires élevés qui étaient offerts, de la volonté de rupture manifeste de certains Français à l'égard d'une vie antérieure médiocre. Au milieu de 1942, près de 70000 hommes et femmes secondent ainsi les Allemands comme secrétaires,

interprètes, chauffeurs, infirmières, serveuses

A la fin de 1941, environ 260.000 Français,

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majoritairement volontaires, travaillent comme ouvriers pour l'armée d'occupation. En 1944 le chiffre passa à 500.000, mais il comprend alors majoritairement des requis d'autorité. Les Allemands acheminent aussi de la main-d'œuvre en Allemagne: plus de 200.000 Français (beaucoup d’ouvriers) partent de leur plein gré, attirés par de bons salaires ou simplement mutés par leur entreprise (ainsi dans l’industrie aéronautique). Ces ouvriers ne s’en vanteront pas après 1945 et diront qu’ils sont partis sous la contrainte (ce qui est parfois exact), ou pas avant 1942. Bref, en mai 1942, les Allemands exigent du gouvernement de Vichy 250.000 travailleurs de plus : Laval arrache d’abord le principe de la Relève permettant de faire revenir un prisonnier de guerre pour trois volontaires. Mais seuls 49 000 travailleurs acceptèrent cette formule. Aussi les lois du 4 septembre 1942 et du 16 février 1943 créèrent-elles le Service du travail obligatoire (STO), s'appliquant aux hommes de 18 à 50 ans et aux femmes célibataires de 21 à 35 ans ; en vertu des ces textes, quelque 650000 de ceux-ci sont acheminés d'autorité dans le Reich. * La précarité de la vie quotidienne L'occupation rend les approvisionnements très précaires. Dès l'été 1940 le ravitaillement fait défaut en raison de la désorganisation due à la défaite, du manque de moyens de transports, de l'arrêt brutal des importations, des réquisitions imposées par le vainqueur et de sa mainmise sur les départements agricoles les plus productifs, de l'accumulation de réserves par une population anxieuse. Le marché noir s'installa aussitôt et les prix montent au point d'être multipliés par quatre ou cinq entre 1940 et 1944. Le rationnement est institué par l'intermédiaire de comités associant producteurs, commerçants, fonctionnaires, ces derniers au nombre de 22000 en 1944. Les achats, à condition que le produit soit disponible, se font au moyen de tickets, et cela dès juin 1940 Mais les pénuries, portant sur les aliments, les combustibles, la plupart des objets manufacturés, imposent de très longues files d'attente devant les magasins (toute la journée, on peut faire la queue). La ration calorique moyenne baisse de 3000 calories quotidiennes par jour avant la guerre à 1500 en 1942 (2x moins qu’un Allemand) puis remonte à 2200 en 1945 grâce aux aides américaines (attention, les régimes étaient alors hypercaloriques, beaucoup de graisses, de beurre, d’alcool). La consommation de pain qui était de 430 grammes par jour et par personne en 1938 fut rationnée à 350 en septembre 1940, puis à 275 en janvier 1942. Les Français doivent souvent recourir au « système D » : semelles taillées dans des pièces de bois

ou de vieux pneus, teintures imitant les bas sur les jambes des femmes

GB). Toutefois, il n’y a pas eu de véritable surmortalité due à la pénurie et même le fait de consommer moins de tabac, d’alcool et de matière grasse a fait baisser la mortalité cardiaque ou hépatique. en revanche les carences vit animiques , notamment des enfants , ont été sévères : VIT A-C-D-E . Après la guerre, politique nutritionnelle pour revitaliser les enfants, et cela jusqu’en 1954 (verre de lait de Mendès), mais pendant la guerre, la propagande de Vichy montre volontiers aux actualités des « distributions de bonbons » vitaminés aux enfants par le Secour National (images 19/10)

(système utility en

B./ de la collaboration au collaborationnisme a/Les choix de collaboration La collaboration est au départ un choix politique du gouvernement français, après l'entrevue Pétain-Hitler à Montoire, les 22 et 24 octobre 1940. Cette ligne, appliquée dès lors par tous les dirigeants de Vichy, vise trois objectifs: desserrer l'étau de l'occupation, conserver à la France une place dans la future Europe que construirait l'Allemagne victorieuse, consolider le régime en luttant plus efficacement contre les opposants. Ce choix entraîne la France à effectuer avec son partenaire des échanges en matière économique, militaire, policière, et à consentir des concessions sans contrepartie réelle. Certaines phases de rapprochement, notamment militaires et policiers ont été assez loin (usage épisodique de bases aériennes ou maritimes, transmission de renseignements, aides techniques et logistiques) mais elles ont toutes connu la même limite : aucun des protagonistes ne souhaitait voir la France entraînée dans la guerre. La collaboration militaire d'État s'est donc cantonnée à une aide logistique, à

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des engagements marginaux et n'a jamais été jusqu'à la cobelligérance, même après la dissolution de l’« Armée de l’armistice » - une armée d’opérette - en novembre 42. Mais elle

a bénéficié (cf. Paxton , L’armée de Vichy, 1940-44) de l’adhésion majoritaire des officiers au

régime de Vichy et à cette armée nouvelle qu’il a appelé de ses vœux. Et les Français ? Au début, un nombre non négligeable de Français ne rejettent pas formellement la collaboration et la « politique de Montoire ». La lecture des lettres par la censure - 300000

plis sont ouverts dans la zone libre chaque semaine - montre que l’approbation obéissent à des motivations très diverses:

* choix de raison pour ceux qui croient à une victoire inéluctable de l'Allemagne ou qui

pensent (après 1941) qu’elle ne peut pas perdre *morne résignation de ceux qui espèrent seulement obtenir du vainqueur quelques améliorations concrètes; *pour beaucoup, la collaboration n'est qu'une sorte de marchandage destiné à protéger les Français, voire un double jeu joué par Pétain, afin de les protéger des Allemands, mais aussi des Anglais depuis Mers-El kébir le 3 juillet 40. *Mais les attitudes sont variables suivant les régions et évoluent avec le temps. Dans la zone interdite, la dureté de l'occupation engendre un refus immédiat et massif de la collaboration. Dans la zone occupée, la présence allemande, ressentie quotidiennement, entraîne aussi très vite un rejet majoritaire des occupants. Dans la zone libre, les quelques illusions du début disparaissent rapidement sous l'effet de facteurs qui s'ajoutèrent les uns aux autres: répression par les nazis, Relève, STO, rafles des juifs, occupation de la zone Sud, exactions des organisations pro-allemandes. Exemple de la collaboration économique : elle est complexe à analyser [*L’enjeu est d’importance. Philippe Burrin montre (La France à l’heure allemande) que l’Allemagne absorbe en 42 1/3 du revenu national de 38 puis 50% en 43, réquisitionnant presque toutes les matières premières (ciment) et les productions mécaniques (aéronautique) Ainsi, dans l'ensemble, les chefs d'entreprise acceptent de travailler avec les Allemands comme le gouvernement le leur demandent. En 1944, quelques 14 000 entreprises fournissent les Allemands, emploient 1.500.000 salariés et en font travailler 660.000 autres dans la sous-traitance. Mais il est souvent difficile de distinguer entre une collaboration forcée imposée par l'État dans le cadre de sa politique ou par les nazis qui détiennent de nombreux approvisionnements, ont sur place de puissantes filiales qui font des commandes (ainsi IG Farben, impliqué dans la gestion de dizaines de sociétés) ou pratiquent la menace. Plusieurs types de collaboration peuvent se développer et parfois cohabiter :

-une collaboration nécessaire pour la survie des entreprises et de l'emploi -une collaboration volontaire pour faire des profits -une collaboration militante par affinité idéologique, -une collaboration apparente d'entreprises jouant double jeu et entretenant parfois des liens avec la Résistance. Certaines firmes comme Renault, Berliet, Boussac, L’Oréal, Dubonnet collaborent activement alors que d'autres comme Peugeot et Michelin ne le font qu'en apparence, tandis que Péchiney est en relation avec des résistants dans la région savoyarde. Quant aux entreprises publiques, comme la SNCF, elle transporte sans beaucoup d’état d’âme, des voyageurs, des soldats allemands et aussi des convois vers le Struthof ou vers d’autres camps de la mort. Certains Français, à la recherche d'avantages de tous ordres font de la collaboration . Il en va ainsi d'une nuée d'hommes d'affaires, d'intermédiaires et de démarcheurs de tout genre qui offrent leurs services aux nombreux bureaux d'achat ouverts par les services du Reich. Certains profitent de l’aryanisation des biens juifs. Plus de 10000 affairistes professionnels, , commerçants en difficultés, escrocs divers reçoivent la gestion des 40000 propriétés israélites spoliées. En 1944, on s pense que 500 000 Français travaillent pour l’organisation Todt (OT,

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Fritz Todt), qui construit entre autres les camps de concentration, les abris, le mur de l’Atlantique etc ou directement pour la Werhmacht (travaux de maintenance etc) Quelques uns sont de puissants agents troubles, brassant d'innombrables contrats, bâtissent des fortunes considérables, tel le riche ferrailleur Joseph Joanovici qui amassa quelque 4 milliards de F ou Michel Szkolnikoff, vivant dans un luxe étonnant, plaçant ses milliards à Paris, sur la Côte d'Azur et à Monaco, si utile aux Allemands, souvent corrompus par ses soins, que ceux-ci le protégeaient malgré ses origines juives. Mais c’est de la collaboration presque de droit commun , pas du collaborationnisme.

b/Le « collaborationnisme » et ses visages Avec le ralliement politique et idéologique à la puissance occupante, il existe un ralliement affiché et militant, on touche alors non pas à la collaboration mais au « collaborationnisme », véritable idéologie pro-nazie

- combien sont-ils ?

Le total de ceux qui, à un moment ou un autre, appartient à un parti ou groupement pro-

allemand, y compris la Milice, représente environ 250 000 personnes, autour desquelles gravitent une couronne de sympathisants lisant par conviction les journaux de la collaboration, assistant aux réunions, dénonçant les ennemis de l'ordre nouveau, mais n'adhérant pas formellement, par prudence ou négligence. Il s'agit d'un engagement essentiellement masculin (à 85 %), et urbain, très parisien.

- qui sont-ils ?

Le gros des adhérents appartiennent aux catégories moyennes et supérieures: patrons*, cadres,

fonctionnaires, médecins. Plus rares sont les paysans et les ouvriers. L'apogée du recrutement se situe en 1942, mais l'instabilité apparaît importante : près de la moitié des inscrits de 1942 ont disparu un an plus tard. En règle générale, les adhérents du début sont des hommes mûrs et instruits qui se retirent les premiers (en 42-43); ils sont relayés par des individus plus jeunes, souvent en rupture avec leur milieu d'origine, acceptant d’avantage de militer et même d'entrer dans une formation policière militaire sous l'uniforme allemand. Pourtant certains milieux s'engagent plus ou moins, et parfois de manière durable, aux côtés des Allemands.

- les milieux économiques (industrie et commerce)

La plupart des chefs collaborationnistes sont donc campés à Paris, près de leurs inspirateurs allemands. C’est là que se tient le plus souvent Laval après son renvoi par Pétain le 13 décembre 1940. Dans ce monde hétérogène du collaborationnisme parisien se côtoient des hommes très divers, des idéalistes croyant à l'ordre nouveau, des illuminés, des opportunistes, des politiciens expérimentés, des agitateurs ayant toujours évolué dans des groupuscules, des aigris estimant que la République défunte n'avait pas fait appel à leurs compétences.

- les cercles intellectuels

On remarque une forte proportion de professions intellectuelles, ainsi des journalistes (Jean Luchaire, un ami proche d’Otto Abetz, issu de la gauche ultrapacifiste, il a à partir de 1942 la haute main sur la presse de la zone nord, à la tête de la Corporation nationale de la presse française – exécuté en 1946), des écrivains, comme L-F Céline, Robert Brasillach (fusillé le 6 février 1945), Pierre Drieu La Rochelle (suicide le 15 mars 45), Abel Bonnard (un poète homosexuel entré en 1936 au PPF (en mal de virilité ?), qui devient ministre de l’éducation en avril 1942 – remarquez c’est lui qui crée l’agrégation de géographie et…une chaire d’histoire du judaïsme au collège de France – il mourra dans l’Espagne de Franco en 1968) Ces intellectuels se retrouvent avec certains notables dans le groupe Collaboration, présidé par l'écrivain Alphonse de Châteaubriant, prix Goncourt 1911, admirateur d’Hitler depuis 1935 (La gerbe des forces, 1937), directeur du journal La Gerbe en 1940, c’est lui qui signe le 3 juillet 44 la « déclaration des collabos » réclamant le combat aux côtés de l’Allemagne. Chateaubriant mourra tranquillement dans le Tyrol autrichien en 1951…Collaboration, qui revendique des centaines de milliers d'adhérents, mais ne doit pas dépasser les 10000, et il

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agit surtout par le biais culturel, avec des conférences et des rencontres d'artistes français et allemands

- Peut-on distinguer un collaborationnisme de droite et de gauche ? Pour ceux qui ont un passé politique de militant, les deux tiers viennent de l'extrême droite, 22 % de la gauche, 8 % de la droite modérée. +La formation la plus importante est le Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot, fondé en 1936, essoufflé en 1939 et ranimé par l'occupation, période où il compte 30000 ou 40000 adhérents. Or Doriot est un ancien communiste, exclu en 1934 pour avoir prôné l’union des gauches ! Des communistes, en rupture avec leur parti depuis le pacte germano-soviétique suivent le même chemin, tel Marcel Gitton (tué par un militant communiste en sept 41) et Jean-Marie Clamamus, et se rapprochent de Doriot. Le No 2 du PPF est Albert Beugras, et sa fille Marie Chaix publiera bien plus tard un émouvant roman autobiographique, Les lauriers du Lac de Constance, un des plus forts romans sur cette période qui a marqué les fils et filles (très jeunes alors, Marie Chaix est née en 1942) des collaborateurs. +Marcel Déat : Déat est un philosophe normalien (élève d’Alain à H-IV), rationaliste et anticlérical, exclu de la SFIO en 1933, devenu pacifiste et anticommuniste… collaborationnisme qui s’affiche de gauche : vantent le caractère anticapitaliste et populaire du nazisme, croit que l'Allemagne organisait une Europe pacifiée, juste, anticléricale, communautaire. C'était cet idéal que défend le Rassemblement National Populaire (RNP) lancé en 1941 par Déat avec 20.000 adhérents au max. Le RNP, grand rival du PPF de Doriot, veut promouvoir un socialisme moderne, national, autoritaire, social, antisémite et laïque. A noter que des socialistes, comme Paul Faure et Charles Spinasse. se rallient aussi au collaborationnisme par anticommunisme ou pacifisme. -Alors existe-t-il un véritable « collaborationnisme » qui n’est pas issu des « déçus de la gauche » sinon de l’extrême gauche communiste ? = deux mouvements paramilitaires sont collaborationnistes

Parti franciste de Marcel Bucard compense la faiblesse de ses adhérents, moins de 10000, par la violence de son discours collaborationniste et de ses actions dans la traque des résistants.

Le Service d'ordre légionnaire (SOL) est issu de la Légion des combattants et fut officialisé en janvier 1942. Le SOL, fort de 15000 à 20000 hommes, commandés par Joseph Darnand (lui vrai militant d’extrême-droite avant guerre), doit surveiller l'opinion et réprimer les menées hostiles au régime. En janvier 1943, le SOL est transformé en Milice, avec Pierre Laval pour chef suprême et Darnand comme secrétaire général. Programme politique : 21 points de la Milice. (on y lit Pour la pureté française contre la lèpre juive) Cette force supplétive, dont les cadres viennent essentiellement de l'extrême droite d'avant-guerre, comprenait 30.000 hommes recrutés surtout chez les marginaux urbains. La Milice épaule Laval contre ses rivaux et surtout elle répand la terreur par ses exactions, ses tortures, l'exécution sommaire de résistants et d'hommes politiques de la IIIe République de droite comme de gauche (on pense à Georges Mandel le 28 juin 1944, à Jean Zay le 21 juin 1944). - Certains corps militaires sont collaborationnistes :

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Certains Français combattent sous l'uniforme allemand, ainsi ceux de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) créée en août 1941 sur un idée de Doriot et qui occupe les locaux…de l’Aeroflot ! Le premier contingent de la LVF est incorporé le 27 août à Versailles en présence de Laval et de Déat, qui sont gravement blessés par Paul Collette, un ouvrier dont on ne sait s’il a agi par patriotisme ou sur l’initiative d’Eugène Deloncle, le No 2 du RNP. Quoiqu’il en soit, condamné à mort, Collette est grâcié par Pétain et il sera élevé en 1985 par Mitterrand au grade de chevalier de la Légion d’Honneur)

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La LVF, qui a rassemblé un peu plus de 5000 hommes est incorporée dans la Wehrmacht (elle combat avec l’uniforme allemand et non français – pourquoi ? parce que la France n’est pas en guerre contre l’URSS, à la différence des Italiens, Roumains, Hongrois), elle prête serment à Hitler fin 43 puis est versée dans la division Waffen SS Charlemagne en août 44. = les mouvement autonomistes et régionalistes autorisés sont collaborationnistes Le collaborationnisme éveille en effet l'espoir de nombreux autonomistes. En Flandre, l'abbé Gantois, suivi par quelques centaines de nostalgiques d'une société patriarcale soustraite au joug de la France latine, réclame la constitution d'un État rattaché au Reich. Certains indépendantistes bretons militants du Parti national breton (comme François Debeauvais), militent pour une Europe allemande, mais ne bénéficient que d'un soutien discret des Allemands, soucieux de ménager la susceptibilité de Vichy. En fait, le Parti national breton – qui veut mettre en place une Celtie nazie - comprend moins de 3000 militants et touche au plus 10000 lecteurs par sa presse et par l’Institut Celtique de Bretagne. L’Allemand Werner Best, un policier de le Gestapo, un ancien membre de la société allde d’études celtiques. fait le lien : il est à Paris le chef de l’adm de guerre de la France occupée.

L’EUROPE VA SE RECONSTRUIRE) La dernière phase de la Guerre commence avec l’écrasement de la Russie soviétique. Elle marquera pour les Celtes, au coté des autres peuples nordiques, le début d’une nouvelle ère de leur histoire. (1941)

- En Alsace-Lorraine, la situation est différente puisque les provinces sont annexées. :

c’est donc une germanisation culturelle et une nazification politique qui touche ces régions. Toutefois, l'enrôlement forcé de 160000 hommes, les « Malgré nous », dans la Wehrmacht se fait avec l'accord des autonomistes, qui étaient eux favorables dès 1940 à un Anschluss. Le Parti nazi compte dans la région 12000 adhérents en 1942 et 25000 adhérents en 1944, ce qui n’est pas énorme. Il y a en Alsace deux camps, l’un à Schirmeck et l’autre au Struthof (véritable camp de concentration ouvert en mai 41, où périront de nombreux résistants français). A noter qu’il y a eu aussi une résistance active en Alsace- Lorraine, en dépit des risques énormes : réseau , « Mario » en Lorraine… , « la main noire » en Alsace avec Marcel Weinum, qui entraîne avec lui un réseau de jeunes résistants entre 15 et 18 ans. Weinum est arrêté et exécuté à Stuttgart en 1942 à 18 ans.

C/ Spécificités d’une collaboration culturelle a/ les paradoxes d’un « renouveau culturel » sous Vichy (J-P Rioux) Lire en priorité La vie culturelle sous Vichy, Complexe, travaux historiques divers qui posent de nombreuses questions et Patrick Buisson (Les infortunes de la vertu) Pourquoi les Français ont-ils fait preuve d'un tel appétit de sports, de presse, de livres, de théâtre, de peinture, de cinéma ou de radio aux pires heures des " années noires " ? Que signifie cette vitalité de la création et de la consommation culturelle (200 millions de spectateurs dans les cinémas sous l’occupation, des vedettes bien payées comme Raimu ou Danielle Darieux, des films à succès comme Le Corbeau de Clouzot ou les Visiteurs du Soir de Carné) tandis que la propagande du Maréchal tente de conquérir les esprits et traquer l’esprit de jouissance? La culture, en solitaire ou partagée, fut-elle alors vécue comme un refuge, une prise de conscience ou même, déjà, une résistance ? Autant de questions dont la réponse n’est pas simple… b/ cultures de l’occupation et cultures de la collaboration -Dans la zone occupée, les Allemands s'attachent à contrôler et à financer la radio et la presse écrite qui se font les propagandistes zélés de la collaboration. Sur les quelque 350 périodiques qui parurent durant la période se détachaient les Nouveaux Temps dirigé par l'influent Jean Luchaire, le Petit Parisien, contrôlé par le PPF et tirant un million d'exemplaires en 1940, l'Œuvre de Déat, la Gerbe de Châteaubriant, des feuilles s'adressant aux travailleurs comme la France au Travail et L’Atelier, à la bourgeoisie d'affaires, telle la Vie Industrielle, aux acharnés de l'antisémitisme avec Au Pilori et Je Suis Partout de Brasillach. Paris-Soir avait conservé un tirage de 1150000 en 1940. En zone sud, les grands journaux repliés, le Temps, le

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Figaro, l’Action Française défendent la collaboration d'État et plus encore la Révolution nationale. -Dans le domaine des relations culturelles, les rapprochements, plus ou moins marqués, ont pris des formes diverses. Plus de 100.000 Français s'inscrivent à des cours de langue allemande organisés par des administrations, des chambres de commerce, des établissements privés: ainsi l'école Berlitz, entre 1939 et 1941, vit ses élèves d'allemand passer de 939 à 7920, tandis que les anglicistes déclinent de 2470 à 625 ! L'Institut allemand enregistre pour sa part 30000 inscriptions et doit créer des succursales en province. Les concerts de l’Institut sont destinés à présenter la culture allemande sous son jour le plus séduisant grâce à la venue de grands artistes à Paris. Ce fut devant des salles combles que se produisirent Herbert von Karajan, Eugen Jochum, Elizabeth Schwarzkopf. Les conférences de l'Institut allemand qui visent pourtant un public intellectuel relativement étroit, attirent pourtant quelque 50000 personnes tout au long de l'occupation. Des expositions, discrètement financées et contrôlées par l'ambassade d'Allemagne, sont proposées au grand public et totalisèrent, jusqu'à la fin de 1942, plus de 3 millions de visiteurs. La première, en octobre 1940, consacrée à la franc-maçonnerie, attire 900000 personnes à Paris et 114000 en province. Suivent des expositions moins courues sur « La France européenne », « La Vie nouvelle », « Le Juif et la France », « Le Bolchevisme contre l'Europe ». Les maisons d'édition, presque toutes installées à Paris et « épurées », en zone occupée, dépendent particulièrement des Allemands. Ceux-ci, en effet, contrôlent la distribution du papier et censurent les livres qui leur déplaisent: dès août 1940, l'interdiction porte sur 143 titres et en 1943 sur 934 recouvrant 706 auteurs. Plus de 2 millions d'ouvrages, saisis chez les libraires, ont été détruits. [Les occupants s'ingénient aussi à mettre la main, directement ou par des hommes de paille, sur les maisons importantes (tous les éditeurs juifs sont aryanisés)]. Aussi les éditeurs acceptent-ils de se soumettre à la censure et de ne pas publier de livres contrariant les Allemands. Certains, comme Grasset, lancent des collections favorables aux Allemands. Là encore la collaboration peut amener des profits: en 1942, Denoël fait sortir (le manuscrit est refusé par Gallimard et Grasset) un essai pro-allemand et fasciste, Les Décombres, de Lucien Rebatet, célèbre critique cinéma et musical avant-guerre, plume de Je Suis Partout. Pamphlet d’une violence inouïe contre les Juifs, les démocrates, les anglo- américains,les gaullistes mais aussi les « mous de Vichy. Les 20000 exemplaires ayant été vendus en moins de trois semaines, l'éditeur obtint aussitôt le papier pour procéder à un second tirage de 65000 exemplaires. A noter que Rebatet est condamné à mort en 1945 et gracié en 1947, il deviendra après la guerre un journaliste de droite influent (Valeurs actuelles, Le Spectacle du Monde), mais sous son pseudo de François Vinneuil!). Certains écrivains collabos vont si loin qu’il sont même censurés par les Allemands. En 1944, un article de Drieu dans Rivarol qui dénonce la collusion entre les gaullistes et les anglo- américains (censuré car pour les Allemands il annonce trop la défaite) -Le monde intellectuel, sans être collaborationniste est partagé. Des universitaires se plient de manière neutre aux règles de la collaboration pour la survie de l'institution ou du laboratoire dont ils sont responsables. Même si l'écrivain de gauche Jean Guéhenno fustige ses confrères qui acceptent de publier (Guéhenno est alors professeur de khâgne dans cette même classe en 1941 et 1943 puis se rallie à la résistance sous le pseudonyme de Cévennes), beaucoup estiment que la sortie de leurs livres ou de leurs pièces ne crée pas une connivence avec l'occupant, et même qu’elles sont en soi des actes de résistance (ainsi Les Mouches de Sartre monté en 43 par Ch Dullin au théâtre aryanisé de la Cité (ex-Sarah Bernarhdt), puis Huis clos en mai 44 aux Vieux Colombier. D'autres se compromettent davantage en acceptant les invitations allemandes: en décembre 1941, autour de Goering, en visite officielle à Paris, et des grands noms de la collaboration, se pressent des artistes célèbres comme Arletty, Edwige Feuillère, Sacha Guitry, le violoniste Jacques Thibaud. Quelques-uns se rendent même en Allemagne, notamment sur l’invitation d’Arno Brecker et, parfois, au retour, dirent leur admiration pour ce qu'ils avaient vu : Arthur Honegger, Paul Belmondo (oui, le père cde Bébèl), Derain, Kees van Dongen, Viviane

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Romance (Vénus aveugle d’Abel Gance, 1941) et bien d'autres effectuent de tels déplacements. Dans la zone occupée, les Allemands s'attachent à contrôler et à financer la radio et la presse écrite qui se font les propagandistes zélés de la collaboration. Sur les quelque 350 périodiques qui parurent durant la période se détachaient les Nouveaux Temps dirigé par l'influent Jean Luchaire, le Petit Parisien, contrôlé par le PPF et tirant un million d'exemplaires en 1940, l'Œuvre de Déat, la Gerbe de Châteaubriant, des feuilles s'adressant aux travailleurs comme la France au Travail et L’Atelier, à la bourgeoisie d'affaires, telle la Vie Industrielle, aux acharnés de l'antisémitisme avec Au Pilori et Je Suis Partout de Brasillach. Paris-Soir avait conservé un tirage de 1150000 en 1940. En zone sud, les grands journaux repliés, le Temps, le Figaro, l’Action Française défendent la collaboration d'État et plus encore la Révolution nationale.

3.

.Les résistances à l’occupation : diversité des engagements

1/ Origines de la résistance intérieure et virage communiste Les motivations de l'entrée en Résistance se caractérisent par une extrême variété et ne peut être généralisée : c’est parfois un fort sentiment patriotique avivé par le traumatisme de la défaite et de l'occupation, une ancienne méfiance pour l'Allemagne, une bonne connaissance de la nature réelle du nazisme, les exigences de la conscience, une volonté de défense des droits de l'homme, parfois le goût de l'aventure et, chez certains jeunes, le désir de s'émanciper de la tutelle familiale sont des éléments d’explication. mais la conjoncture joue aussi un grand rôle dans le passage à l'acte Deux tournants historiques :

- De Gaulle en juin 1940 Gaulle parle de Londres, c’est donc d’emblée une « résistance extérieure » il ne parle pas d’Alger par exemple et il n’aurait pas pu de toute façon. Face aux partisans de l’armistice et en dépit des assurances anglaises, de Gaulle est isolé. En effet, aucune autorité, aucun chef militaire de haut rang, aucun personnage politique de premier plan ne prend la tête de la rébellion contre l’armistice et personne ne songe à gagner Londres ou Alger en juin 1940. Seul Mandel – qui est un énergique ministre de l’Intérieur en mai 40, traquant le défaitisme et arrêtant les extrémistes pro-nazis, arrêté puis relâché par Pétain le 17 juin aurait pu partir avec de Gaulle, mais il choisit d’aller au Maroc le 20 juin, où il est arrêté pour « trahison » et emprisonné (il sera assassiné par la Milice en juillet 1944) après avoir été déporté à Buchenwald… De Gaulle est accueilli à Londres par le gouvernement anglais, et c’est donc sur les ondes de la BBC que de Gaulle lance ses appels, du 18 au 22 juin (seul l’appel du 22 a été enregistré) à la Résistance. - Les premiers réseaux et le tournant du 22 juin 41 Il existe dès 1940 des manifestations spontanées d’hostilité (manif étudiante le 11 novembre 1940 devant la statue de Clemenceau aux Champs-Elysées) , mais le premier véritable réseau de résistance est celui du Musée de l’Homme à Paris, dès la fin de l’année 40, réseau avec un journal clandestin Résistance d’Agnès Humbert et Claude Aveline. Infiltré par les Allemands, le réseau tombe en janvier et février 41 et leurs membres sont jugés en janvier 452 (10 condamnés à mort et 7 exécutés). D’autres réseaux se forment en 1940 : CDDL (dès novembre 1940), l’OCM (décembre 1940) en zone Nord, le MLN en zone sud à Lyon (Henry Frenay) fin 1940 également. Le tournant historique se situe toutefois le 22 juin 1941, avec l’invasion de l’URSS. Le PCF clandestin met fin à une période plus qu’ ambiguë (cf. J-M Berlière, Frank Liaigre, Le sang des communistes, Fayard, 2004, livre qui détaille cette période noire) et rentre de plain-pied dans la résistance armée. C’est un virage à 180 degrés pour un parti dont le journal L’Humanité (clandestine) demande en juin 40 aux autorités allemandes l’autorisation de reparution et titre encore le 13 juillet 1940 sur « La fraternité franco-allemande », suivant sans état d’âme la ligne pro-allemande du Komintern et de Moscou. Positions quasi surréalistes, qui montrent que le parti (ou ce qu’il en reste après la désertion de la plupart des

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militants) s’est coupé des réalités en suivant aveuglément Staline : il espérait en effet l’arrivée au pouvoir de Thorez, pas celui de Pétain ! Le virage communiste est si brutal qu’il n’est pas dans un premier temps accompagné d’une véritable stratégie, d’autant que le chef du parti (Maurice Thorez) a fui à Moscou en 1940. Certains militants ont de toute façon pris les devants avant juin 1941 et cela sans consigne d’appareil : ainsi, ainsi le journaliste Pierre Daix, Charles Tillon à Bordeaux (Tillon deviendra le chef des FTP) et George Guingoin, un instituteur qui prend le maquis en Limousin dès 1940/41, et dont il va être jusqu’à la Libération le chef incontesté de ce maquis. Presque spontanément aussi durant l’été 41, de jeunes militants communistes commettent des attentats contre des militaires allemands, des véhicules allemands ou des lieux occupés par les Allemands, particulièrement à Nantes et à Paris, un sursaut certes courageux mais en fait peu efficace (ainsi Pierre George alias le colonel fabien contre le lieutenant Moser le 21/8/41). Parallèlement, le PC se restructure clandestinement, à partir de l’organisation Front National. Le termes « Front National » sonne bizarrement, même en 1941 (dans les années 30, le Front National regroupe les Ligues en 1934 et le FNOP est pro-nazi mais vrai titre : Front national de lutte pour la liberté et l'indépendance de la France . [Un groupe d’exécutants dit « de Valmy », coordonné par le No 1 du PC clandestin, Jacques Duclos se charge d’épurer les résistants communistes jugés peu fiables, entre juillet 41 et fin 42. Le groupe commet aussi des attentats ciblés contre des Allemands ou des collabos, notamment à Paris. Outre des bavures, l’action de Valmy est très improductive car elle renforce l’appareil répressif policier, aussi bien allemande que français contre la résistance communiste (affaires criminelles à élucider, permettent de remonter les filières). Le 22 octobre 1941, 48 otages (essentiellement de jeunes communistes, dont 27 à Chateaubriant près de Nantes, où il y avait un camp d’internement) sont exécutés par les Allemands à titre de représailles de l’exécution d’un gradé allemand, le commandant Hotz. Beaucoup ont entre 19 et 21 ans et Guy Moquet en a 17…, (il est lycéen à Carnot et le fils du député Prosper Môquet) et sont choisis en fonction de leur appartenance politique et syndicale.

2/ Evaluation et sociologie des forces de la résistance

évaluer le nombre de résistants, faire la sociologie de la résistance, analyser les motivations, les opinions politiques et les idéologies, les formes de lutte, autant de questions complexes pour l’historien de la résistance, surtout intérieure.

nombre

sociologie

motivations

formes de lutte

opinions politiques et idéologies : « cultures de la résistance » a/ le nombre Très délicate se révèle l'évaluation du nombre des résistants. Quelques chiffres :

Après la guerre, 220000 cartes de « combattant volontaire de la Résistance» ont été attribuées. Quelques unes ont peut-être imméritées, il ne nous appartient pas d’en juger. En revanche, d'authentiques résistants ont négligé de demander leur carte, par modestie ou discrétion. En définitive, on estime que la lutte clandestine a pu réunir 30000 personnes jusqu'en novembre 1942, jusqu’à 40 000 en 1943 et près de 400.000 durant l'été 1944 (au moment de l’insurrection générale, il ya beaucoup de résistants de la dernière heure), soit en réalité jamais plus de 2 % de la population adulte. Les lecteurs de la presse résistante, supposés sympathisants de la cause, avoisinent les deux millions mais le chiffre est une évaluation. Au total, 20 000 français ont été exécutés pour faits de résistance et il y a eu 200 000 déportés, et parmi eux de très nombreux résistants. Quant aux FFL, bataillons armés de la résistance extérieure, elles sont 7000 en 1940 puis 55 000 en 1943, au moment de leur dissolution. Fin 1943, le CEF (corps expéditionnaire français, sous le contrôle du CFLN) intègre les FFL et tous les soldats combattants venus d’Afrique du Nord, d’AOF, des évadés des camps de prisonniers, des volontaires etc) ce

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qui fait environ 700 000 hommes. Les pertes sont très lourdes sur tous les fronts et notamment en Italie (au moins 11 000 victimes pour la seule Armée d’Afrique) et ce sont 120 000 hommes (essentiellement des troupes coloniales) qui débarquent en Provence le 15 août 44.

b/ sociologie Dans les rangs de la Résistance la part des hommes est prépondérante: 91 % dans les Alpes-

Maritimes, 87 % en Ille-et-Vilaine. La composition par âge montre une forte proportion de jeunes sinon de très jeunes : en Ille-et-Vilaine, les 13-29 ans groupent près de la moitié des effectifs. Les maquis comme les résistants sont très jeunes en général et il y a un certain nombre des lycéens condamnés à mort et exécutés pour faits e résistance (cf. Henri Fertet, lycéen de 16 ans exécuté à Besançon le 26 septembre 1943), les 5 martyrs du lycée Buffon, qui ont organisé dans leur établissement une manifestation anti-allemande, arrêtés courant

1942 et qui sont fusillés le 8 février 43ou

bien les 3 lycéens du lycée de Saint-Brieuc,

exécutés à au Mont Valérien le 21 févriers 1944 (le même jour que les membre du groupe Manoukian) En réalité, la résistance lycéenne, peu étudiée de façon globale, est loin d’être négligeable. Sans aller toujours jusqu’à la constitution de réseaux, elle peut se manifester par de gros chahuts (contre des professeurs qui soutiennent Vichy ou on tdes propos ambigus) ou par de l’absentéisme (très fréquent). Cela peut aussi se manifester par la présence voyante à certaines occasions symboliques (le 14 juillet, le 11 novembre, le 18 juin) ou aux obsèques par ex. d’aviateurs anglais abattus en 1941 et 1942. (ainsi au lycée de Saint-Brieuc). Il n’est pas rare de voir les Allemands arrêter des lycéens dans leur établissement, surtout après 1943.

Les femmes dans la Résistance intérieure L'engagement des femmes L'entrée des femmes dans la Résistance, qui ne concerne qu'une faible partie de la population française, s'est faite au gré des circonstances et de l' existence de réseaux antérieurs au conflit, essentiellement des associations de jeunesse, politiques, religieuses ou laïques (la responsable de l'Union des jeunes filles de France, Danielle Casanova, morte à Auschwitz en mai 1943) ou par l'appartenance à un parti (la communiste Marie-Claude Vaillant- Couturier). Nombreuses sont celles qui ont entamé leur action par une aide à l'origine conjoncturelle et ponctuelle: cacher un poursuivi, un résistant, un Anglais parachuté, fournir de la nourriture à des maquisards. Cet engagement a tout autant été l'expression d'une volonté familiale (Geneviève De Gaulle, Laure Moulin, Lucie Aubrac, Danielle Gouze [future Mme Mitterrand], Lise Lelièvre) que celle d'une décision personnelle (Célia Bertin). Leur entrée en Résistance fait accéder bon nombre de femmes, souvent jeunes, à une autonomie de décision, de pensée et d'action inconcevable avant guerre. Cette liberté prise pour défendre la Liberté se fait fréquemment au prix de mensonges auprès des leurs, conduit à des ruptures familiales, soit par désaccord idéologique soit par souci de protection. Les résistantes transgressent les lois en vigueur, mais aussi les codes du genre auxquels elles étaient, pour la plupart, soumises et que la Révolution nationale entend consolider. La lutte contre l'occupant malmène donc les rôles sexués, mais il s'agit là d'un grignotage, non d'une démolition.

La Résistance dépendante du genre

Dans la répartition des tâches, la Résistance assigne aux femmes des missions qui se situent dans le prolongement de la tradition. La logistique leur revient (alimentation, soins,

fournitures matérielles, faux papiers, dactylographie des documents et

) ; agents de

liaison et « boîtes aux lettres ,convoyeuses, passeuses, elles assurent la diffusion des nouvelles, des journaux qu'elles fabriquent plus qu'elles ne rédigent. Leur féminité, leur maternité deviennent des armes face aux occupants, qui se méfient peu des femmes et mettent du temps à se les représenter en « terroristes }}. Indispensables, dangereuses, leurs

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participations se situent plus encore dans l'ombre que celles des hommes, responsables des coups d'éclat et dirigeants des réseaux de la Résistance lorsqu'elle s'organise. Pourtant, elles sont très nombreuses et les réseaux, tel celui du musée de l'Homme (six femmes sur dix-neuf membres arrêtés en 1941, trois sont condamnées à mort), n'auraient pu fonctionner sans leur présence.

Cette répartition exprime le refus de voir les femmes manier les armes, même si certaines, rares, le firent (Anne-Marie Bauer, de Libération-Sud, Madeleine Rivaud, Marguerite Morizot, décédée à Ravensbrück); exceptionnelle est la position de chef de maquis de sept départements de Georgette Gérard, en 1943. Multiples sont les témoignages de celles qui racontent l'ironie avec laquelle les femmes spécialistes des explosifs sont accueillies telle la jeune chimiste Jeanne Bohec, instructrice de sabo- tage. Les maquis FfP écartent les femmes de l'action à la fin de 1943, et les unités des Forces françaises de l'intérieur (FFI) refusent leur présence à la Libération, dont les combats semblent interdire l' égalité des sexes. Une même lecture peut être donnée de l'absence des femmes à des postes de direction: seule Marie- Madeleine Fourcade dirige le réseau Alliance; quelques-unes confondent ou partagent la direction: Bertie Albrecht (décédée en 1943 lors de sa seconde incarcération à Fresnes) organise avec Henri Frenay le journal et le mouve- ment Combat, qui s'appuie sur des résistantes de l'Ecole de surintendantes et sa directrice, Jeanne Sivadon. Madeleine Braun cofonde l'organisation communiste Front national pour la zone Sud, Lucie Aubrac est conviée aux prises de décision de la Libération, Simone Michel-Lévy (pendue pour sabotage) anime un réseau de Résistance aux PTT. Édith Thomas, archiviste, historienne et romancière, participe à la fondation du Comité national des écrivains et, comme Elsa Triolet, publie aux éditions clandestines de Minuit, qui voient dans l'écriture un possible acte de Résistance. Autre spécificité de la Résistance féminine: l'obligation de devoir composer avec les tâches d'épouse et, surtout, de mère. Faut-il voir là l'explication du désir de vie qui semble davantage motiver les résistantes, bien plus qu'un engagement politique et un projet de future société, auxquels se réfèrent des hommes? Privé et public se superposent confusément chez ces combattantes de l'ombre, qui défendent une patrie qui ne les a pas reconnues citoyennes à part entière. L'inscription géographique des femmes dans la cité explique aussi le rôle spécifique des services d'assistance, une vocation « naturelle» des femmes, organisés par la Résistance à partir de 1941.

Les femmes de Londres

Une pareille méfiance à l'égard du « sexe faible » préside à l'organisation des Françaises qui ont rejoint Londres. Elle est renforcée par l'opinion de De Gaulle, sceptique sur l'efficacité de la résistance intérieure de civils; il privilégie, en militaire, la résistance armée, une « affaire d'hommes ». Les femmes volontaires sont d'abord intégrées dans les Auxiliary Territorial Services (ATS), puis, sur ce modèle, est créé, par décision conjointe de l'état-major des Forces françaises et du ministère britannique de la Guerre, un « Corps féminin » (7 novembre 1940), mais ces cent volontaires, avec à leur tête la championne de tennis Simone Mathieu, sont employées comme secrétaires ou conductrices. En 1941, l'armée de l'Air et la Marine font appel à des femmes comme infirmières et assistantes sociales, pour participer aux campagnes du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Italie. L'effectif du Corps féminin est porté à 500 le 16 décembre 1941; l'unité s'ap- pelle désormais le Corps des volontaires françaises et est reconnue comme élément militaire de l'armée. Londres parachute 53 femmes pour opérer en France, Il y laissent leur vie et 21 sont déportées. En 1943, les Françaises volontaires gagnent l'Algérie. Le Il janvier 1944, des unités militaires d'auxiliaires féminines sont créées dans les trois armes (Arme féminine de l'armée de terre -AFAT, Sections féminines de la flotte - SFF, Forces féminines de l'air - FFA), soit 15000 Françaises.

L'oubli des combattantes

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Une action peu honorée Quelques chiffres parlent du peu de reconnaissance exprimée après guerre aux résistantes: six femmes (Bertie Albrecht, Maria Hackin, Simone Michel- Lévy, Marcelle Henry, toutes quatre à titre posthume, Émilienne Moreau, Laure Diébold) deviennent « compagnons de la Libération », pour s'être, comme les 1 024 hommes pareillement récompensés en 1946, « signalées d'une manière exceptionnelle dans l'œuvre de libération de la France et de son empire ».

Des effets limités sur le genre Seule de toutes les organisations de résistantes à poursuivre une action après guerre, l'UFF tient son premier congrès en juin 1945. Porté par la présence des communistes, il donne la présidence, essentiellement honorifique, à la scientifique Eugénie Cotton, compagne de route du Parti communiste. Le secrétariat, réel décideur, est marqué par les personnalités de Jeannette Vermeersch, compagne de Maurice Thorez, secrétaire général du PC, de Claudine Chomat, épouse du dirigeant communiste Laurent Casanova, veuf de Danielle Casanova. En 1945, deux de ses membres, la scientifique Pauline Ramart et Mathilde Péri, la veuve du résistant Gabriel Péri, sont déléguées à l'Assemblée consultative. La force des liens avec le PC fait disparaître l'espoir d'une réelle pluralité: l'action de l'UFF, malgré sa volonté de promouvoir les citoyennes et de recruter largement, est conforme à celle du Parti

- Les étrangers, Italiens, Espagnols, juifs d'Europe de l'Est et de diverses autres nationalités

forment d'importantes minorités de résistants, souvent structurés dans la MOI communiste ; en Provence, ils constituent même le quart des maquisards. La majorité des « combattants de l'ombre » ne sont pas en fait des héros sortant de l’ordinaire mais des citoyens ordinaires et bien insérés dans la société; ils possèdent un emploi et une

famille, ce qui ne les empêche pas de mener une double vie.

charge alors de traquer sans relâche les « terroristes » communistes, cible tout particulièrement les étrangers de la MOI (Main d’œuvre immigrée), menée notamment par l’Arménien Missak Manouchian (lequel est fusillé par les Nazis le 21 fév 44 avec tout un groupe de 22 FTP, la plupart espagnols, roumain, italiens, hongrois, polonais, arméniens)…

La police française, qui se

l’Affiche Rouge

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps Vingt et trois étrangers, et nos frères pourtant Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir Vingt et trois qui criaient "LA FRANCE !" en s'abattant

(Aragon)]

-Les ouvriers et les couches moyennes fournissent le plus gros des résistants (même s’ils sont sous représentés parmi les cadres résistants, mais toutes les catégories sont en fait présentes :

on trouve aussi bien des aristocrates, que grands bourgeois, des patrons (on pense à Marcel Lebon, patron de la CGE et résistant dès 1941 dans Défense de la France), membres des professions libérales, des militaires, des étudiants et lycéens, des ecclésiastiques.

- A propos des intellectuels, certaines professions intellectuelles semblent avoir été plus

résistantes que d’autres, ainsi les juristes ont donné de nbrx résistants, en métropole comme à Londres (ainsi René Cassin, qui a beaucoup fait pour construire l’unité intellectuelle de la Résistance). J-F Muracciole a aussi montré dans sa thèse (La résistance, l’éducation et la culture, 1940-44) que les intellectuels ont été très actifs en créant des revues culturelles de la Résistance, comme Les Cahiers de la Libération, L’Université Libre, en militant activement dans le Comité National des Ecrivains, fondé par un professeur d’allemand , Jacques Decour(fusillé en mai 42), et qui rassemble ensuite Paulhan, Aragon, Mauriac, Guéhenno, Eluard, Queneau et même Sartre et dont la publication est bien connue sous le nom des Lettres Françaises.

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Jean Bruller, alias Vercors, et Pierre de Lescure fondent les Éditions de Minuit qui publent notamment deux grands romans de la résistance ? Le Silence de la mer de Vercors et le

Cahier noir où François Mauriac. -Dans le monde catholique paraissent Les Cahiers du Témoignage Chrétien, fondés par un jésuite, le père Chaillet (qui a par ailleurs sauvé de la déportation des dizaines d’enfants juifs), avec l'aide de ses confrères, les pères Fessard et de Lubac, qui se placent sous la maxime « France, prends garde de perdre ton âme » et incarnent une résistance spirituelle antinazie. Mais certains intellectuels sont très actifs aussi dans les maquis (on pense bien sûr à René Char – le capitaine Alexandre ou à Jean Bruller – Vercors-, à l’écrivain Jean Prévost, qui meurt lui en maquisard dans le Vercors ) ainsi que dans l’engagement militaire (Malraux, l’ancien des BI, qui est à la tête fin 1944 de la Brigade Alsace-Lorraine au sein des FFL) Certains le payent de leur vie : Jean Prévost, mais aussi Desnos, membre d’un réseau et de l’équipe des éditions de Minuit, est arrêté le 22 février 44 par la gestapo et déporté à Buchenwald (il meurt le 8 juin 45 après la libération des camps). Quant à Max Jacob, il est lui arrêté en 1944 comme Juif et meurt à Drancy le 5 mars 44.

- Il y a aussi une résistance intellectuelle américaine, celle du « Collège de France à New-

York », où des dizaines d’intellectuels sont exilés (Paul Morand, Jules Romain, Roger Caillois, Bernanos, Saint-Ex, Etiemble, Levi-strauss, Maurois, Breton, Alexis Léger) et qui gardent pour certains un contact étroit avec la France Libre comme Jacques Maritain, utilisant notamment l’arme radiophonique (Voice of America), certaisn aussi travaillent pour l’OSS (Office of Strategic Service, l’ancêtre de la CIA), souvent des antigaullistes et aussi anticommunistes tel Paul VIGNAUX , un philosophe, (élément-clé selon Loyer de l’OSS pour le renseignement sur la France de Vichy comme de Londres) et aussi sur le financement US des réseaux. Action aussi de Boris Souvarine, un intellectuel socialiste anticonformiste d’origine russe, devenu anticommuniste après avoir été communiste et exclu du parti dans les années 20, et qui fut accueilli aux USA par la gauche juive antistalinienne. Souvarine est convaincu (les Américains aussi) qu’il existe une collusion entre gaullistes et communistes. Mais de toute évidence, cette France intellectuelle exilée aux USA va faire beaucoup après guerre pour défendre l’Amérique, alors que naît la guerre froide et diverses formes d’anti- américanisme, notamment…le gaullisme et le communisme !

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c/ Formes de lutte -Les Réseaux : ont des missions précises de renseignements, de sabotage, d’évasion. Il sont par définition très souples, mais rarement autonomes. Certains sont sous le patronage britannique, puis américain, tandis que BCRA (Bureau central de renseignement et d’action) dépend de la France Libre. En 1944, on compte 266 réseaux pour 100,000 agents de liaison ou de renseignement. Rappel : danger de ce type de clandestinité, quel que soit le type de réseau : 8230 agents sont morts en service commandé, parfois pour une opération mineure. -Mouvements politiques et de propagande Les mouvements ajoutaient aux tâches militaires l'action politique et la propagande. En zone Nord se forment notamment -Libération-Nord qui regroupe des socialistes et des syndicalistes, autour de Christian PINEAU -l'Organisation civile et militaire (OMC) regroupant des hauts fonctionnaires, des cadres de l'industrie, des intellectuels (Alfred TOUNY)

- Ceux de la Libération (CDLL) Ripoche

-Ceux de la Résistance. (CDLR) Lecompte-Boinet -Défense de la France créé par Philippe Viannay et Robert Salmon, deux agrégatifs de philo à la Sorbonne, plutôt proche avant-guerre de l’AF, dont le journal éponyme est diffusé dès 1941 en zone nord et sud (à Lyon par des professeurs et des étudiants) et qui tire en 1944 à 400 000 ex. (il sera un des fondateuurs du CFJ puis de l’OBS). Bien connu car thèse très importante

d’Olivier Wieviorka sur Défense de la France, Une certaine idée de la Résisitance, seuil.

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En zone Sud,

- Le capitaine Henri Frenay fonde le Mouvement de Libération nationale qui, uni aux

démocrates-chrétiens, donne naissance à Combat en novembre 1941. Ce mouvement diffuse le journal du même nom et, par sa branche Armée secrète, organise des attentats.

- Libération Sud est organisé dans l'été 1941 par E. d'Astier de La Vigerie avec Lucie et

Raymond Aubrac, aidé de ds socialistes et des syndicalistes. Toujours en zone Sud se formèrent bien d'autres mouvements comme :

-Franc-Tireur de Jean-Pierre Lévy, mais aussi l’historien Marc Bloch

- Libérer et Fédérer de l'Italien (nov 41)Silvio Trentin, un professeur de droit exilé du

fascisme, très acttif dans le SW Quant au Parti communiste, il lance le Front National dans les deux zones (Pierre Villon, figure centrale) et répartit ses combattants dans les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) Jean Moulin a quant à lui un rôle majeur en 1942/43 dans l’unification des mouvements. L’ancien préfet a gagné Londres en oct 41 et il est envoyé par de Gaulle en mission en janvier 42, où il prend les pseudos de « Rex » puis « Max ». A ce titre, il fonde les MUR (Mouvements Unis de la résistance) en janv 43 et préside en mai 1943 le premier Conseil de la Résistance (qui devient le CNR) où se retrouvent les mouvements, les partis et syndicats reconstitués, tous reconnaissant l'autorité du chef de la France libre : le CNR fédère alors 8 mouvements de résistance et 6 tendances politiques et syndicales, allant de la droite républiacaine aux communistes) [Moulin est arrêté par Barbie le 21 juin et meurt le 8 juillet sans avoir parlé – il avait déjà connu la torture dès juin 1940 !!!). Enorme perte, qui fait perdre beaucoup de temps à la résistance. Dans le droit fil du travail de J.Moulin sont créées en fév 44 les FFI, placées depuis Londres sous l’autorité de Koenig, puis incorporés par de Gaulle le 25 août dans l’armée régulière.

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- Le Maquis Le phénomène maquisard, existe en fait depuis 1940, mais il prend une ampleur inattendue en 1943 quand affluent les réfractaires du STO. Certes, ces derniers ne prennent pas tous le chemin des maquis qui comptent 30000 à 40000 combattants à la fin de 1943, quand les réfractaires sont plus de 250000. Les maquis clandestins s'installent dans les régions reculées du Limousin, de l'Ain, des Glières, du Vercors, du Mont- Mouchet en Auvergne, des landes de Lanvaux (Saint-Marcel) dans le Morbihan, (voir le beau Musée de la résistance bretonne) et sont parfois de petite taille (100 à 150 hommes dans les maquis tenus par les FTP ou de grande taille (plusieurs milliers d’hommes). Ceux qui dépendent de « l'Armée secrète » (structure militaire de plusieurs organisations Combat, Libération-Sud et FTP, qui donnera les FFI) ou de l'Organisation de résistance de l'armée (ORA, crée en janvier 43 par des généraux d’active proche de Giraud) observent une stricte discipline militaire (ainsi dans le Vercors), certains sont encadrés par le Service national des maquis (émanation des MUR) ; les autres réservent le devoir d’obéissance au combat et entretenaient le reste du temps des relations fondées sur la camaraderie (cf. le maquis de l’Ain dirigé par Henri Romans-Petit). Les maquis éprouvent beaucoup de difficultés pour se procurer du ravitaillement et des armes, qui sont surtout parachutées au début de 1944 (fin 43, seuls 10 000 maquisards sont armés !) et pas toujours dans les maquis communistes. Les grands maquis sont impitoyablement détruits par la Wehrmacht avec l’aide de la Milice : les Glières en mars 44, mont Mouchet en juin 44, Vercors en Juillet 44. J-Louis Crémieux Brilhac parle dans son article sur les Glières de « Bir-Hakeim » de la Résistance ou de Bérézina des grandes concentrations maquisardes, « grand drame français » en tout état de cause.

A
A

Les populations proches des maquis, obligées de livrer de la nourriture à ceux-ci et exposées de ce fait à la répression des occupants, ne voient pas toujours d'un bon œil ces voisins dangereux et des villages sont souvent divisés entre pro-maquis et anti-maquis (ainsi dans la région d’Annecy et de Faverges, encore marquée par ce drame)

17

De fait, il naît entre 1941 et 1944 une véritable communauté résistante, au-delà des clivages politiques./ Solidarité indéfectible des survivants des réseaux, des acteurs des mouvements, des compagnons de la Libération etc. C’est la naissance de ce que O.Wieviorka appelle la « génération de la résistance »

3/ La France libre, le gaullisme et la Libération e/Idées de la Résistance et esprit de la Résistance A/ les idées de la Résistance La Résistance se diversifie par l'origine politique de ses membres, de l’extrême-droite à

l’extrême-gauche. On ne peut donc pas dire que la résistance est à gauche sous prétexte que Vichy est à droite.

A gauche, en dehors des communistes, dont l’appareil clandestin s’engage en 1941 (Frachon,

Duclos), les socialistes sont présents, tel Pierre Brossolette, et les radicaux, avec Jean Moulin,

la

droite classique derrière Joseph Laniel, les démocrates-chrétiens autour de Georges Bidault

et

de François de Menthon, sont aussi présents, de même que l'extrême droite, en réalité très

bien représentée : Pierre de Bénouville, Emmanuel d'Astier de La Vigerie, Honoré d'Estienne d'Orves viennent de l'Action Française, G.Loustaunau-Lacau (le chef du réseau Alliance) fut un Cagoulard, François de la Rocque fut on s’en souvient le fondateur des Croix de de feu et du PSF En fait, l'importance des étiquettes s'estompe souvent car, au hasard des rencontres et des opérations, des gens d'opinion différente coopérient avec le succès pour principal objectif : ainsi Combat était dirigé par Henri Frénay, catholique de droite, et Bertie Albrecht, protestante de gauche. L'originalité intellectuelle de la Résistance consiste à entamer très tôt une réflexion sur la reconstruction de la France libérée (voir Muracciole), aussi bien à Londres que dans le CNR.

(voir Muracciole), aussi bien à Londres que dans le CNR. Dès décembre 1941, de Gaulle installe

Dès décembre 1941, de Gaulle installe des commissions étudiant les questions

institutionnelles, les nationalisations, la planification, l'épuration. La Résistance en fai tautant dans sa presse. Avec la marche à l'unité des deux résistances, intérieure et extérieure, fut créé un Comité des experts en juillet 1942, puis le Comité général d'études en février 1943. Les analyses qui sont menées cherchent les causes de la défaite, incriminaient la faillite des élites, politiques, économiques, militaires, intellectuelles. Aussi le salut viendrait-il d'un sursaut idéologique et moral faisant émerger un homme nouveau, issu de l’esprit et de la solidarité résistante. La mise en cause du patronat par le CGE aboutit à une pensée à dominante anticapitaliste et à

la volonté de donner un rôle économique plus important à l'État. Le programme du Conseil

national de la Résistance propose une synthèse en mars 1944 : rétablissement des libertés et d'une « démocratie sociale» impliquant notamment nationalisation, planification, sécurité sociale, droit au travail et aux loisirs, réglementation de l'embauche, réforme de l'éducation. L'idée et le mot de révolution étaient fréquemment employés pour qualifier ces grands changements. Cependant, sur la portée réelle de ceux-ci existaient de nombreuses et graves divergences qui annonçaient des débats houleux pour l'après-guerre.

PROGRAMME DU CNR

essentiel

B/ L’action de de Gaulle De Gaulle, presque un inconnu en juin 1940, dit « parler au nom de la France », alors qu’il ne dispose d’aucun mandat électif. C’est un incroyable pari politique, qui fonde à lui seul toute la légitimité ultérieure du général, alors qu’il n’est guère suivi d’effets concrets en 1940 :

l’armistice est signé le 22, aucun homme politique important ne vient à Londres, les ralliements dont rarissimes (Félix Ebouée, le gouverneur du Tchad) et les hommes des FFL ne sont que 7000 en 1940. Heureusement pour lui, le juriste René Cassin (= connu car auteur en 1948 de la déclaration des Droits de l’Homme de l’ONU, fondateur de l’UNESCO, prix nobel de la Paix en 1968=)

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parvient à convaincre Churchill de reconnaître en août chef des Français Libres, mais sa situation demeure précaire au moins jusqu’en 1943.

Toute l’action à Londres puis à Alger du général entre 1940 et 1943 est en réalité autant politique que militaire, à savoir rassembler les résistances et les faire reconnaître par les Alliés, et tenter de constituer une armée, qui soit un instrument de reconnaissance politique par ces mêmes Alliés. Sur le premier point, une grande partie du travail est accomplie on l’a dit entre 1941 et 43 par Jean Moulin homme de confiance du général, en tant que délégué de la France Libre et parachevé le 27 mai 43 par le Conseil National Résistance en juin 44 par la création des FFI, par ordonnance du CFLN . Sur le second point, les FFL puis les FNFL et les FAFL, formées en 1940 ont de la peine à s’imposer, même comme force d’appoint, même si les ralliement de certaines colonies permet de l’étoffer et si certaines unités (ainsi la Force L de Leclerc ont la confiance des Alliés. D’abord sous cdt britanniques, ces forces sont engagées sur tous les théâtres d’opération – en Afrique orientale et au Levant en 41, à Bir-Hakeim et El Alemein en 1942. Elles fusionnent en août 43 avec l’Armée d’Afrique de Giraud (constituée après le débarquement en Afrique du Nord des Alliés) et sont désormais sous cdt direct des Alliés. On y trouve 64% d’indigènes (venant des colonies, les « indigènes » du film éponyme que l’on retrouve dans les campagnes d’Italie, de Corse, de Provence puis des Vosges , ces combattants coloniaux n’ayant pas été , c’est le moins que l’on puisse dire, récompensés de leur action par la République), 16% d’étrangers (des légionnaires)et 20% de Français (« armée de prolos et d’aristos » : 50% d’origine ouvrière, mais aussi une surreprésentation d’étudiants issus de la bonne bourgeoisie et bacheliers et diplômés. Avec les Anglo-saxons, les relations sont très difficiles jusqu’à la Libération, particulièrement entre mai et septembre 1944. Mais dès 1942, les relations se tendent avec Churchill, qui refuse de considérer De Gaulle comme la France tout entière. C’est très orageux. De Gaulle n’est ainsi pas prévenu par Roosevelt du débarquement en Afrique du Nord (nov 42) et comme on le sait il ne participe à aucune des conférences interalliées (Téhéran 1943). En juin 43, il co-préside avec Giraud le CFLN, créé en juin 43. Or Giraud est appuyé par Jean Monnet, envoyé spécial de Roosevelt, et De Gaulle fait tout pour le mettre Giraud à l’écart (il devint le seul pdt du CFLN en oct 43). Début juin 44, à la veille du débarquement en Normandie, la situation politique de Gaulle est critique. Roosevelt continue d’y voir une homme dangereux, déloyal et ambitieux (on ne lui pardonne pas d’avoir écarté Girault) et considère que seul le maréchal Pétain peut apparaître comme un réconciliateur. De toute façon, il est prévu après le débarquement (mais Londres a été prévenu dès l’été 43) d’administrer provisoirement la France sous l’égide de l’AMGOT (l’Allied Military Gov of the Occupated Territories ou Gouvernement militaire allié des territoires occupés) avec une monnaie émise par les Américains, dont des spécimens circulent déjà) et de laisser le CFLN (devenu GPRF le 3 juin) sur le carreau. Ce n’est que le 4 juin 1944 que Churchill puis Eisenhower dévoilent au général, furieux, les plans du D-Day. L’entretien est orageux car c’est Eisenhower qui apparaît comme le futur organisateur de la France libérée. De Gaulle intervient le 6 juin à la BBC, mais il n’a pas du tout les mains libres. De Gaulle va alors faire le forcing – lui seul en a l’étoffe – pour que la Libération ne soit pas une nouvelle occupation, fût-elle amicale. Tout bascule entre juin et août 1944 en raison de son obstination. Le 14 juin, il est en Normandie et notamment dans Bayeux libéré (force symbolique : Bayeux 1946), où l’accueil est triomphal et où il parle de la « bataille de la France ». De fait, toute la résistance FFI participe activement au combat, ce que les Alliés ne peuvent ignorer. Des régions entières sont libérées par la résistance, ainsi le Limousin et l’avancée en Normandie est facilités par le travail des FFI.

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En juillet, De gaulle il rencontre Roosevelt à Washington, qui reconnaît le GPRF. A la mi- août, au début de l’insurrection parisienne de la Résistance, il réclame aux alliés l’envoi de la 2 ème DB du gal Leclerc sur Paris, arguant du fait que sinon les résistants risquent d’être écrasés et que les communistes risquent de prendre le pouvoir. Cela lui est accordé le 23, d’abord parce que la 2 ème DB a combattu avec les Alliés, ensuite parce que la 1 ère armée française débarque en Provence le 15 août et libère tout le sud de la France, mais surtout parce que les communistes FFI (du colonel Rol Tanguy) tiennent la résistance parisienne. Le 24 août, Le Populaire de Léon Blum titre encore sur

PARIS INSURGE TRAQUE L’ENNEMI

Le 25 août , le 2 ème DB est à Paris, de Gaulle arrive à 17h00 gare Montparnasse. Accueil

triomphal

Visite du général à la préfecture de police (c’est lui qui a fait exécuter Pucheu en mars 44) Discours à l’hôtel de Ville, bain de foule le 26 août et descente triomphale des Champs:

source de légitimité politique et début de la légende.

LE PARISIEN LIBERE DU 25 AOUT

et début de la légende. LE PARISIEN LIBERE DU 25 AOUT Le 3 avril 1945, première

Le 3 avril 1945, première grande parade militaire de la Libération devant l’hôtel de Ville –

[Le 4 mai 45, la division Leclerc atteint l’Allemagne et la France est ainsi présente à la signature de la capitulation allemande le 8 mai

JOURNAL

Le 15 août, Pétain est condamné par la Cour de justice de la République et dans la capitale retour dans la presse des pubs, du cinéma, des spectacles, du sport… Le transfert à Paris le 9 sept du GPRF présidé par de Gaulle consacre la victoire totale du chef de la résistance (il rencontre d’ailleurs Staline en septembre, car il ne veut plus être mis à l’écart). De Gaulle est le rassembleur et il se donne comme tâches prioritaires de redonner à la France son rang international, d’instaurer un ordre républicain dans la France libérée. Tâche immense en raison de la désorganisation partielle de l’Etat, qu’il mène à bien en déléguant les pouvoirs aux commissaires de la république, en remettant en place l’administration (souvent avant toute épuration, quitte à garder des fonctionnaires de Vichy), en faisant des voyages triomphaux en France et en imposant au PCF la dissolution de ses milices (28 oct 44) qui faisaient courir selon lui un risque à la République (c’est donnant-donnant, Thorez peut alors revenir en France et entre au gv provisoire). Car la République, tout provisoire fût-elle, n’a pas disparu, dit de Gaulle : importance de la continuité de l’Etat républicain. De même, de Gaulle applique par ordonnances en 1945 le programme d’action du CNR (le Conseil national de la résistance, qui comprend des hommes politiques, des syndicalistes), publié le 15 mars 1944 et dont on réévalue aujourd’hui l’importance (

- épuration judiciaire de la collaboration

- préparation de nouvelles élections (municipales dès avril 1945)

- plan de sécurité sociale pour tous et nationalisation de l’énergie et des transports aériens Logiquement, de Gaulle aurait dû rester le chef de l’exécutif après 1945, mais il va développer des idées politiques en contradiction avec la nouvelle constitution. Toutefois, c’est lui qui impose l’idée d’un référendum destiné à donner au peuple français la parole sur la nouvelle constitution. Sa démission de chef du gouvernement, le 20 janvier 1946, prend un peu tout le monde de cours, y compris une Assemblée constituante, certes peu docile (la gauche PCF/SFIO/Rad a obtenu 58,6% des voix), mais comment lui reprocher à l’heure de la démocratie retrouvée ? On ne sait s’il attendait qu’on le rappelât ou s’il considérait que de toute façon, la réforme de l’Etat n’aurait pas lieu avec cette Assemblée. Dans ses Mémoires, il commente à sa façon – gaullienne – cette démission « historique » (il n’y aura que deux dans sa vie politique, l’autre en 1969) :

« Cependant, tandis que le personnel du régime se livrait à l'euphorie des habitudes retrouvées, au contraire la masse française se repliait dans la tristesse. Avec de Gaulle s'éloignaient ce souffle venu des sommets, cet espoir de réussite, cette ambition de la France qui soutenaient l'âme nationale. Chacun, quelle que fût sa tendance, avait,

L’HUMANITE

Staline vainqueur de la guerre !

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au fond, le sentiment que le général emportait avec lui quelque chose de primordial, de permanent, de nécessaire qu'il incarnait de par l'Histoire et que le régime des partis ne pouvait pas représenter. »

Dans ce texte, on retrouve les axes fondamentaux du gaullisme: condamnation du régime des partis, appréhension historique de la France. Le gaullisme est bien né

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LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

Le CNR se réunit pour la première fois le 27 mai 1943, clandestinement, dans un appartement parisien, sous la présidence de Jean Moulin, représentant en France occupée du Général de Gaulle. Lui ont succédé Georges Bidault, démocrate-chrétien, puis, à la Libération, le 15 septembre 1944, Louis Saillant, CGT.

Le CNR regroupait :

o

huit mouvements de RÉSISTANCE intérieure : "Combat", "Libération zone Nord", "Libération (Sud)", "Francs-tireurs partisans (FTP)", "Front national" (rien à voir avec le Front national actuel), "Organisation civile et militaire" (OCM), "Ceux de la Résistance" (CDLR), "Ceux de la Libération" (CDLL),

o

les deux grandes confédérations syndicales de l'époque : CGT (réunifiée) et CFTC,

o

six représentants des principaux partis politiques reconnaissant la France Libre

LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la RÉSISTANCE n'a pas d'autre raison d'être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n'est, en effet, qu'en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l'image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Aussi les représentants des organisations de la RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. ,

délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s'unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d'action immédiate contre l'oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

I - PLAN D'ACTION IMMÉDIATE

Les représentants des organisations de RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l'oppresseur hitlérien poursuit avec l'aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute

21

production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d'un million de prisonniers, par la déportation d'ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l'emprisonnement de 300.000 Français et par l'exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l'armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d'abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l'avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l'envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l'espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l'Europe, a placés dans leur volonté d'abattre l'Allemagne nazie, par le déclenchement d'opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l'épreuve décisive.

Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu'il mette tout en oeuvre afin d'obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la RÉSISTANCE ne veulent pas et d'ailleurs ne peuvent pas se contenter d'une attitude passive dans l'attente d'une aide extérieure, mais qu'ils veulent faire la guerre, qu'ils veulent et qu'ils doivent développer leur RÉSISTANCE armée contre l'envahisseur et contre l'oppresseur.

Ils constatent, en outre, que la RÉSISTANCE Française doit ou se battre ou disparaître; qu'après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l'offensive des Français contre l'ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l'ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l'union des patrons et des ouvriers, l'échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l'appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l'armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu'il doit poursuivre et accroître cette lutte.

En conséquence, les représentants des organisations de RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Déclarent que c'est seulement par l'organisation, l'intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l'union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l'a dit le Général De Gaulle, de l'insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l'autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d'assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.

Ils ont l'espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l'état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l'aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l'ennemi commun, ainsi que l'a démontré l'exemple glorieux des patriotes corses.

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Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l'armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

***

Pour mobiliser les ressources immenses d'énergie du peuple français, pour les diriger vers l'action salvatrice dans l'union de toutes les volontés, le C.N.R décide :

D'inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d'entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n'existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l'autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d'action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.

Le but des ces comités sera, à l'échelon communal, local et d'entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l'ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l'assistance active à l'égard des patriotes sous l'impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d'entraîner les Français qu'ils auront su grouper à l'action armée pour la Libération.

Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d'oppression et d'exploitation imposées par l'ennemi, de l'extérieur et de l'intérieur.

Ces comités devront :

1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l'ennemi et augmentant le potentiel humain de la RÉSISTANCE ; 2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de DARNAND ainsi que les mouchards et les traîtres ; 3) Développer l'esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ; 4) Développer, d'une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés; d'autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d'obtenir l'augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l'ennemi, de façon à rendreà la population un minimum de vital en matière d'alimentation, de chauffage et d'habillement ;

6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers,des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d'installations industrielles pour le compte de l'ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l'ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

23

8) Défendre à l'intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements

excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde

de Vichy et de l'Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.

Tout en luttant de cette façon et grâce à l'appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d'entreprises devront en outre:

a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l'Intérieur par l'accroissement

des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

b) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I,

organisées milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l'encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l'ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l'établissement effectif de l'autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l'autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit de l'état major national des Forces Françaises de l'Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l'ennemi en

harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d'armes et de munitions afin d'en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2) Faire distribuer les dépôts d'armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus

aptes à se battre utilement dès à présent et dans l'avenir immédiat ;

3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes

à l'échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d'efficacité ;

4) Coordonner l'action militaire avec l'action de RÉSISTANCE de la masse de la nation en

proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d'appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d'empêcher les réquisitions de vivres et d'installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l'occupant

provisoire.

***

Ainsi, par l'application des décisions du présent programme d'action commune, se fera, dans l'action, l'union étroite de tous les patriotes, sans distinction d'opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l'insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

Ainsi, par l'effort et les sacrifices de tous, sera avancée l'heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d'immenses richesses pourront être préservées.

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Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d'entreprendre au lendemain de la libération la plus grande oeuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

II - MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la Libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques, groupés au sein du C.N.R. proclament qu'ils sont décidés à rester unis après la Libération :

1 ) Afin d'établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle

pour défendre l'indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa

puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2 ) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l'éviction dans le domaine de l'administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l'ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3 ) Afin d'exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir,

l'établissement d'un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d'occupation, ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l'armistice par les gouvernements de l'Axe et par leurs ressortissants dans les entreprises

françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4 ) Afin d'assurer :

l'établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;

la pleine liberté de pensée, de conscience et d'expression ;

la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères ;

la liberté d'association, de réunion et de manifestation ;

l'inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

le respect de la personne humaine ;

l'égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

o

l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ;

o

une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des États fascistes ;

o

l'intensification de la production nationale selon les lignes d'un plan arrêté par l'État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

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o

le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques ;

o

le développement et le soutien des coopératives de production, d'achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

o

le droit d'accès, dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions de direction et d'administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l'économie.

b) Sur le plan social :

o

le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail ;

o

un rajustement important des salaires et la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine ;

o

la garantie du pouvoir d'achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;

o

la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l'organisation de la vie économique et sociale ;

o

un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'État ;

o

la sécurité de l'emploi, la réglementation des conditions d'embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d'atelier ;

o

l'élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l'expérience de l'Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu'aux salariés de l'industrie, par un système d'assurance contre les calamités agricoles, par l'établissement d'un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d'accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d'un plan d'équipement rural ;

o

une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

o

le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et

coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction et

d'accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non

de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l'efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l'action gouvernementale.

26

L'union des représentants de la RÉSISTANCE pour l'action dans le présent et dans l'avenir, dans l'intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourraient freiner leur action et ne servir que l'ennemi.

En avant donc, dans l'union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président, le général De Gaulle !

En avant pour le combat, en avant pour la victoire, afin que VIVE LA FRANCE !

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE