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Anthologie de l'amour asiatique / Adolphe Thalasso Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Anthologie de l'amour asiatique / Adolphe Thalasso

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Thalasso, Adolphe (1858-1919). Anthologie de l'amour asiatique / Adolphe Thalasso. 1906. 1/ Les contenus accessibles

Thalasso, Adolphe (1858-1919). Anthologie de l'amour asiatique / Adolphe Thalasso. 1906.

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ADOLPHE THALASSO

AFGHANISTAN. ALTAÏ. ANATOLIE.

ANNAM. ARABIE. -» ABMKMB. BEi.OCCIIISTAX.-~ BIRMANIE.

CAMBODGE. ~- CHINE. CIRCASSIE.~ CORÉE.

DAGHESTAN. -

GÉORGIE,— 1UXDOUSTAN. JAPON, KAFIRISTAX,

KAMCKS. --; KIIURU^TANi r- MJIOHISS. ^MASDCÏIOVnrE, MONCOt|E. NÊTAl!!,. - l'ERSB.

81AM.

SYRIE. TATÂRE8. TIllBET ET TUHKE8TAX.

PÀ!RIS

SOCIÉTÉ DY MEWGYRE DEfFliffiNCiB

XXVI,

AVE

DE COND8,

UCUVII

XXVI

IL A ÉTÉ Tll\ê CET OUVRAGE l

Vingt-cinq exemplaires sur papier Impérial du Japon,

numérotés de t à $5

et Trente exemplaires sur papier de Hollande

numérote'*de su à 55.

JUSTIFICATION PU TIRAGE

Toui droits do traduction et do reproduction rciervés pour (oui payi.

ADOLPHE THALASSO

AFGHANISTAN. ALTAÏ. ANATOLIE,

ANXAM. ARABIE. ARMÉNIE. BÊLOl'CHISTAN. BIRMANIE.

CAMBODGE, CHINE. CIRCASSIE, CORÉE.

DAGHESTAN.

GÉORGIE.

IIIXDÛCSTAN.

JAPON. KAFIRtSTAN.

KA7ACKS,

KHURMSTAN. KIROHISS,

MANRCHOCRIE, MONGOMB. NÉI'ACL. PERSE.

SIAM.

SYRIE. TATARES, THIRET RT Tt'RKESTAN.

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SOCIÉTÉ DV MERCVRE DE FRANCE

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LA REVUE ORIENTALE. Publication d'art et de littérature.

Années parues i885 et 188G.

En préparation :

PE RECOUE A ROSTANP. Essai sur lo théâtre contemporain.

LES CAUCHEMARS PE KRAPr, roman.

LA PEINTURE ET LA SCULPTURE ORIENTALES. LE THÉÂTRE ASIATIQUE.

AUX AMANTS DE L'AMOUR

CES CHANTS D'AMOUR ASIATIQUES

AD, TH.

1,'amour est la plus belle irradiation

d'Allah sur la terre,

Car

ses

très

moments

voluptueux,

quoi-

courts, renferment,

chacun,

toute que l'éternité.

RAKCRAN KIIAYII

J'aurais voulu pouvoir me cacher

dans mes

vers,

Pour baiser

tes lèvres, toutes les

fois que lu les chantes.

OCMAIU.

INTRODUCTION

I

C'est la première fois, à ma connaissance, qu'un recueil est présente aux publies français et, je

puis ajouter, européen renfermant non seule-

ment des spécimens littéraires de tous les peuples

de l'Asie, mais aussi une étude sur la poésie ero- tique de chacun de ces peuples.

que

Ce n'est, certes,

parvenu

sans quelque difficulté

pas

je suis

à cueillir toutes ces fleurs dont

je

forme aujourd'hui une gerbe aux parfums ignorés*

Vingt-deux années de patientes recherches ont

été vouées à l'étude de celte poésie. Ces recherches datent de la publication de la

Revue Orientale*

que t885, à Conslantinoplc. J'avaisdésiré, en des pages

j'ai fondée et dirigée

en

10

ANTHOLOGIE PE L AMOUR ASIATIQUE

inédites, donner un des peuples d'Orient.

aperçu de la poésie erotique

A

cet effet, les traducteurs attachés à

mon organe se mirentà l'oeuvre et j'eus, bientôt, en ma posses-

sion, en traductionslilldralcs, des échantillons variés

de la poésie erotique orientale. Ma Revue publia quelques-unes de ces traductions avec le texte en regard. Des éludes furent consacrées aux poètes

lurcs qui onl noms Riza I3ey, Salih Eifcndi et Dje-

mal Eflcndi,aux poètes grecs qui s'appellent Atha-

nasc Chrislopoulo, Zoeros

Pacha, un hellène

au service de la Turquie, et Théodore Mosco- poulo. Les uns cl les autres avaient traité des cho-

ses de l'amour. Mais au bout de la première année, le nombrede mes abonnés me mit clans la situation de l'artiste invitant l'unique spectateur qui l'écou-

tait à « venir prendre un bock ». Je pris le bock*

Ce bock fut un gros bouillon.

C'est ainsi qu'au lendemain de la disparition de ma Revue je me trouvai à la tète d'une quantité

considérable de traductions orientales

je

que

pen-

sais bien mettre à profit un jour ou l'aulre, quoi-

la langue française dans laquelle elles étaient

que

faites se livrât à des Sainl-Barthélemy effroyables

contre toutes les règles syntaxiques et grammati-

cales.

Ce fut l'origine de « l'Anthologie de l'Amour

Asiatique ».

INTROOUCTION

Mais, à ces documents de la première heure,

d'autres documents vinrent

incessamment s'ajou-

ter, grâce à l'intérêt que

Excellence Mavrogeny

portait à mes travaux Son

Pacha, médecin particulier

de S. M. I. le Sultan, à l'obligeance inlassablement

fouillcuse

des Orientalistes

turcs, Mehmed

I3ey

Schahtahtcnsky et Ahmed 13ey Sclim,et des Orien-

talistes arméniens, Manassc Efîendi et Djanik Ef- fendi, grâce, enfin, à l'amitié, qui ne s'est jamais démentie, de MM. Basile Corpi, John Lhvellyn,

J. V. Adjémian, 0. Tokat, Charles d'Agostino et

Archag Tchobanian. Je les remercie tous

le

pour

concours qu'ils ont bien voulu prêter à mon oeuvre. Mais celui qui m'initia aux beautés de la poésie

asiatique fut le poète

afghan Haltcliàn Kayil, à

qui je tiens à témoigner hautement, ici, ma grati- tude plénière. Je fis sa connaissance en 1888,

pen-

à Cons-

dant les vacances

d'été que

j'allai

passer

tantinople. Il arrivait de fioukhara et voyageait en

Europe, recueillant, des documents

ouvrage

Il avait plusieurs fois

Suez, des monts Himalaya

un grand

pour

qu'il méditait sur les religions comparées.

l'Asie, de Tokio à

à l'Ile de Ceylan, et

parcouru

posseda.it à fond les langues et les littératures des

pays hindoustanis et musulmans. Sans une chute de cheval

que Stamboul,j'aurais,peut-être, toujoursignoré l'exis-

je fis, de nuit, à

tence de ces littératures*

12

ANTHOLOGIE PE L AMOUR ASIATIQUE

Le médecin de la Foncière où j'étais assuré

constata une luxation de l'épaule gauche, ordonna

des

compresses glacées et

absolu. Pen-

un repos

repos

dant les deux

semaines de ce

forcé, Rahchân s'éverluant vai-

Kayil me vint voir tous les jours,

nement à endormir mon mal

par

doues dans lesquelles je n'avais

des

passes hin-

confiance

qu'une

1res limitée, mais réussissant à me distraire

récit de ses voyages

ces Ul.s'mircs

le

par

et l'aperçu de ses connaissan-

auxquels je prenais le plus vifintérêt.

i>!!itérêt s'accrut avec ma guerison. Puis le poète

partit

France. Celte initiation, commencée à Stamboul, devait

se poursuivre, douze ans plus tard, à Paris, dans

Athènes

moi-même rentrai

cl

pour

en

les premiers temps de

l'Exposition de

Rahchân Kayil était venu visiter.

1900, que

Une

correspondance suivie avec des amis de

Turquie, de Perse et du Caucase, auxquels je m'a-

dressai pour la documentation de mon « Théâtre

turc » (1) et

de mon « Théâtre Persan » (2), conti-

nuèrent et continuent encore cette initiation.

(1) Le Théâtre Tare,

10

Adolphe Thalasso.

Un

volume grand

de

numérotés et

par

in*4*, orné de

55

aquarelles

originales de M. Lucien Zaccheo et

à cent

exemplaires,

< Revue

gravures. Tirage

de grand luxe

paraphés

Geisfcr, (a) Le

l'auteur. Editions d'Art delà

Théâtrale ». L.

grand

et de

imprimeuf,Paris, par 1884.

Théâtre

Persan,

par

Adolphe Tbatasso. Un volume

in-4«, orné de a aquarelles originales de M. Henri Rudaux

gravures. Tirage de

paraphés

par

grand luxe à

l'auteur. Editions d'Art de la

87

et

cent

L. Geisler, imprimeur. Paris, i885.

exemplaires, numérotés

« Revue

Théâtrale ».

INTRODUCTION

l3

Lorsque parurent successivement au « Mercure de France » « l'Anthologie de l'Amour Arabe » et

« l'Anthologie de l'Amour Turc», l'idée me vint de faire respirer, à mon tour, le parfum des fleurs si patiemment cultivées, si amoureusement cueillies. Malgré, cependant, mes éludes, elles huit longs

mois employés à glaner dans les notes accumulées

depuis plus de vingt ans, je suis loin de pouvoir '

affirmer qu'il n'existe

pas dans celle anthologie des

erreurs,

peut-être. Si erreur

lacunes, des oublis, des

il

a, c'est

y

erreur. Ce livre,

d'érudition qu'un j'ose l'espérer,

que j'ai été de bonne foi, induit en

d'ailleurs, est moins

ouvrage

un ouvrage

littéraire. Mes lecteurs,

voudront bien user d'indul-

pas encore élé tenté des horizons nou-

veaux aux Orientalistes, auxquels,en simple amant

de la Beauté cl de la Poistc, je me suis borné,

un essai qui n'avait

gence pour

et qui

ouvre, larges et grands,

de façon très sommaire, à en signaler l'existence.

II

Trois sont les grandes sources d'inspiration qui alimentent les Chants d'amour de tous les peuples

de l'Asie :

L'inspiration hébraïque, L'inspiration chinoise,

l/|

ANTHOLOGIE PE L*AMOUR ASIATIQUE

L'inspiration sanscrite.

Après avoir fondé la religion des Hébreux, l'es-, prit poétique de l'Ecriture Sainte,— qui renferme, le plus beau poème d'amour, le plus

en ses

pages,

beau drame de passion qu'un génie ait conçu et chanté, s'infiltra de la terre de Chanaan, où il avait pris naissance, dans les tribus de la Pales-

tine

sur lesquelles David et Salomon

devaient

régner,

le territoire de la Reine de Saba,

gagna

celui des Syriens, s'élcndil aux empires de Cré-

sus et de Nabuchodonosor et, traversant l'Armé-

nie, au nord, eut des affluents jusque dans le Cau-

case, tandis

arabes, il atteignait la Mecqued'une part, et, d'autre

dans le midi, à travers les déserts

que

part,se répandait dans le

des Pharaons.

pays

L'Esprit Saint inspirera toutes les formes de la

civilisation

tion, son architecture, sa philosophie, sa poésie

inspiratrice de notre civilisa-

grecque,

lyrique et sa tragédie. Comme l'a si justement fait observer Georges Polli dans sa très substantielle

élude Gêniographie (i) « l'archilcclc du Temple,

le

des Proverbes, le lyrique de YEcclé~

penseur

siaste,

le dramaturge du Cantique des Cantiques,

l'étonnant roi lettré Salomon, fils du génial roi-

poèlc David des Psaumes, apparaît comme un inat- tendu précurseur à la fois de Mnésîclès, de Platon, de Pindare et de Sophocle ».

(1) Ci. le Mercure de France, du i5 décembre 190$.

INTRODUCTION -

.

l5

De Moïse aux Apôtres, loulc l'Asie Occidentale

subit l'influence, imprécise et

d'abord, de

vague,

cet esprit poétique; une influence

qui s'assimile

lentement aux besoins religieux de chaque peuple.

Pour adorer leurs idoles, les païens copieront les rites des Hébreux, l'Hedjaz soutiendra qu'Abraham

lui-même

fit élever la Caabah,

et

les

Afghans

transformcronl en lieu de pèlerinage le pic élevé

du Mont Soléïman (i), affirmant

s'arrêta l'arche de Noé. Pas plus

Grand et ses

Rome cl leurs princes et

sur ce pic

que Alexandre le

Macédoniens

les Césars de

en Asie

que

gouverneurs

ne se soustrairont à celte influence

qui, quelques

siècles plus tard, se

fera

licitement sentir

avec

les premiers poèmc3 syriaques, les premiers chants

sacrés de l'Arménieelles merveilleusesMoaltakahs

arabes.

La poésie du « Cantiquedes Cantiques» inspirera

leurs chefs-d'oeuvre d'amour aux poètes anlé-isla-

miques de l'Ycmcn, comme la poésie religieuse de

la Bible inspirera à Mahomet les lois et la morale du

ces lois et celle morale, issues

Coran. Et tandis

que

de l'Ecriture Sainte et se tournant contre elle,

gagnent tous les

limitrophes, s'étendent en

pays

Syrie, en Asie-Mineure, dans le Kurdislan,cn Méso-

potamie, au pays des Kirghiss, en Perse, et jus-

(i) Ce pic

Trône de Salomon. se,

nomme

Taklel-a-SoUtman, ce qui veut dire : le

-

lO

ANTHOLOGIE PE L'AMOUR ASIATIQUE

qu'au Daghestan et la Circassie, ces admirables chants erotiques insufflent l'épopée nationale d'An- tar,dont des fragments,rapportés en France parles chevaliers de Philippe-Auguste, serrent de base au

Cycledit de la Croisade et posent sur les lèvres des

premiers troubadours leurs chansons de gestes et

leurs romans de chevalerie.

Presque aussi ancienne

l'hébraïque, l'inspi-

que

ration chinoise

dans

toute l'Asie Orientale le Judaïsme impo-

que

exerça un pouvoir analogue à celui

sait à l'Occident. L'influence des King ou livres sa- crés et de la poésie erotique des Chi-Klug ne tarda

à pénétrer dans tous les

environnants.

pas

Elle conquit les Mongols et les Tatares ; inspira

pays

aux uns leurs héroïque de

des

Livres du

Salut

leur poème

et

Gussur Khan, aux autres l'Océan

Tchikilu

Paraboles cl les épopées de Goh

et à'Ouchandar Khan, étendit sa domination

en Mandchourie et au Thibcl qui fit de Lhassa la

ville sainte,

par

aujourd'hui les

excellence, où s'enseignent encore

doctrines Bouddhiques, mit sous

son joug l'Annam et le Tonkin, le Cambodge et

l'Empire de Siam qui, tous, reflètent sa littérature,

dicta des lois à la Corée religieuse et prit sous sa

tutelle le Japon poétique dont les vers, un peu

INTRODUCTION

.

,

fj

quintesscnciés, peut-être, mais toujours frais, colo- rés, délicats, se sont maintenus, immuablement, les mêmes depuis leur origine jusqu'à nos jours, aussi

de forme

de pensée et de beaucoup supé-

purs

que

rieurs, présentement, à ceux obscurs et décadents,

enchevêtrés de rimes et de jcuxdc mots,de la Chine actuelle.

Comme un chêne tilanique dont le front touche

les cicux,l'inspiration sanscrite ombra de son feuil- lage monstre tous les peuples de l'Asie Centrale.

Eclosc sous les Védas, elle s'était développée avec

les doctrines brahamaniques et avait,à la venue de Bouddha, atteint son plein épanouissement. Et celte

poésie mystique des livres sacrés, celle poésie épi-

que du Mahabharâtâ et du liamaijânû

si

amoureuse par

rendue

les poétiques amours de Sita

et de Sakounlala, étendaient maintenant partout les pieds noueux et puissants de l'arbre gigantes-

que.

la

La Perse voyait

sa Zend Avesta, dont

pousser

sève contient toute

la littérature iranienne, la

Birmanie son Ilamdsat, dont les rameaux servent

encore de greffes à son théâtre et à sa poésie. L'Af-

ghanistan cl le Turkcstan cueillaient, à l'ombre des branches géantes,les premières fleurs de leurs

chants d'amour et de leur mysticisme religieux»

l8

ANTHOLOGIE DE l/AMOUR ASIATIQUE

Boukhara,

imitant

Bénarès,

devenait

le

centre

intellectuel des lettres asiatiques. Kaboul, à l'instar

d'Ispahan, voulait avoir ses Souphis, et Khélat se réglait sur Ispahan et sur Kaboul.

Et dccesinflucncesjsurlesquelles.plustard, pesa

la pression des doctrines islamiques

que presque

une poésie

tous ces peuples cmbrasscrent,surgirenl

religieuse, extatique et grisante, voluptueusement

étrange, et une poésie d'amour, sionnée, étrangement voluptueuse.

mystique cl pas-

L'arbre sanscrit est mort depuis vingl-deux siè-

les Brah-

que manes chargés d'interpréter les textes sacrés, mais le parfum qui s'est dégagé de sa religion et de sa

poésie Hotte toujours sur l'HindouslanJaBirmanie,

l'Afghanistan cl surtout le plateau central de l'Asie.

cles cl il n'intéresse plusaujourd'hui

III

Je n'ai

par

la

voulu rendrefastidieuse celle introduc-

le développementdes caraclôrcs dislinctifs

pas

lion

poésie erotique revêt chez

que

les différents

que peuples de l'Asie. J'ai pensé

le lecteur s'inté-

resserait davantage à ces chants

du coeur si je les

faisais précéder de quelques lignes sur la façon spéciale dont chaque pays comprend l'amour. Ces

INTRODUCTION

If)

lignes, placées ainsi, en tête de chacun d'eux, aide- raient à la compréhension immédiate des poèmes qui ne sont, en somme, que l'expression poétique

de cet amour.

Il est, dans ce recueil, tels

comme la Chine,

pays,

le Japon, l'Hindouslan, la Perse cl l'Afghanistan,

dont l'Anthologie erotique méritait un volume spé-

cial. Je ne parle pas de l'Arabie, qui,sous les aus-

pices du «

Mercure

de France », a déjà présenté,

en une gerbe superbe, les fleurs de sa poésie amou-

reuse, cueillies, avec quelle religion,

ne parle

pas

M. Fer- Saroil. Je

par

dinand de Marlino et Abdel Khalck Bcy

non plus de l'Arménie, dont mon très

érudil amiArchag Tchobanian nous a offert, en mai

dernier, le bouquet erotique tout odorant de poésie.

Mais, à côté de ces littératures, connues de lous,

dans leurs grandes lignes, et

poétique variée, riche, luxuriante qui

possédant une flore

s'accroît,

chaque jour, de nouvelles trouvailles, il est, dans

celte Anthologie,des littératures absolument incon-

nues dont

personne, jusqu'à ce jour,ne s'était avisé

non seulement n'avaient

pas

de s'occuper, et qui

fait encore l'objet d'une élude, mais d'une simple

mention,

et les Allemands, si avides,

plus chez nous que

chez les Anglais

pas

pourtant, d'orienta-

lisme.

Je veux parler des littératures poétiques des

Kafirs,

des Kirghiss, des

Kazacks, des Turcmè-

20

ANTHOLOGIE PE L'AMOUR ASIATIQUE

nés,du Daghestan, du Turkcstan, du Bélouchislan, du Khurdistan, du Népaul cl de la Birmanie.

Ce n'est

sans quelque fierté

prenant

pas

que,

ma lectricepar la main, je la conduis

parterres et des massifs inconnus où poussent des

fleurs bizarres, étranges, jamais vues, jamais res-

leur forme qui fait mieux res-

pirées. Etranges

à travers des

par

sortir la beauté

adorablcmcnt monstrueuse des

orchidées afghanes, les contours merveilleux des lotus hindous, la ligne élancée et svellc des lis d'Anatolic; étranges parleurs couleurs qui mettent

plus en lumière la joie

des grenades arabes,

leur

par

l'encens

rouge

les teintes attendries des roses d'Ispahau, les splen-

deurs mauves des iris japonais ; étranges

parfum doux, pénétrant, capiteux comme

des jacinthes circassiennes, le poivre des oeillets

d'Arménie elle bouquet déprimant quis'cxhalc des tubéreuses de la Chine.

A respirer toutes ces fleurs, épanouies chacune

d'un sentiment du coeur, on constate une fois de

plus, et non sans une joie égoïste,

l'amour qui

que

nous torture ou qui fait notre bonheur est le même

là-bas, chez des peuples en

chez nous, les peuples civilisés. On

partie sauvages, que

dirait,

en par-

les coeurs humains

courant ces pièces de vers, que

sont, tous, solidaires les uns

desreligions, disparités des langues,écarls des usa-

ges, tout s'effondre, tout disparaît, tout s'anéantit,

des autres. Différences

INTRODUCTION

devant la grande loi de la Nature qui se renouvelle

l'immuable amour : l'amour qui,

sans cesse

malgré les souffrances, les angoisses et les tour- ments qu'il inflige, fait se tendre, inéluctablement,

les bras vers les bras, les lèvres vers les lèvres :

l'amour qui 'étouffe dans ses cris de volupté

les

par

sanglots douloureux dont les enfantements emplis-

sent le monde cl

sir et de joie, l'impénétrable secret qui régit l'u-

nivers. Ce ne sont

desArabes, des Persans, des Hin-

sous des dehors de plai-

masque,

pas

dous, des Khurdes, des Bcloulchis, des Kafirs qui

ont écrit ces chants d'amour : ce sont des coeurs humains, des coeurs tout à fait semblables aux nôtres, des coeurs qui, là-bas, très loin, en Asie, ont nos désirs et nos larmes, cl jouissent et saignent

les mêmes ioics et le même sang que nos coeurs.

Toute la

des sentiments qui chante en

gamme

notre poésie

la poésie asiatique : premiers aveux,

amoureuse se retrouve entière dans

mignotisc

des caresses,

jaloux,

des enlacements, tourments

infidélités de la chair, trahisons de l'âme,

fougue

adieux sans retour. Il n'est

pas

terie, jusqu'à l'esprit même qui

jusqu'à la galan-

n'y trouvent, par-

fois, accès.

El toute celle vie du coeur esl magnifiée en des

vers colorés, étincelauts, qui revoient la pensée de

prismes multicolores et la fonl reluire comme des

3»3

ANTHOLOGIE PE L AMOUR ASIATIQUE

facettes de diamants, en des vers où les figures les

plus osées s'accouplent aux plus étonnantes allian- ces de mois, où de bizarres jeux d'écritures et de

rythmes trahissent la tête ardente cl la sensibilité des Orientaux qui ne savent Vien exprimer simple-

ment parce choses les

qu'ils ne peuvent

même aux

pas

penser

plus abstraites sans

les revêtir d'images

et de couleurs.

Celui qui a voyagé sous les cicux de l'Asie, où la

nature entière baigne dans du soleil el des splen-

deurs de tons inconnus de nos rose géante des aubes auatoliotes bronzé sous la caresse des

rayons plé les flammes des midis hindous léchant de leurs

levants, contem-

qui a vu

la

yeux,

s'épanouir en or

langues de feu les lianes et les fleurs des jungles,

arrêté ses regards sur les interminablescrépuscules

thibétains métamorphosant tour à tour le zénith

en une voûte de velours émeraude, en un parterre

d'iris violets, en un monstre brasier incandescent,

cîlui-là trouvera très simple

que, pour joie et sa peine d'aimer, le rapsode de

chanter sa

l'Asie em-

prunte les éclats fulgurants de sa terre cl les magi-

ques apothéoses de son ciel.

IV

Les deux tiers des Chants d'Amour de celle Anthologie sont inédits.

INTRODUCTION

«3

Une de mes deux grandes préoccupations a été

d'écartersoigneusement,systématiquement!de mon travail, tous les vers, dont l'inspiration banale, basée sur la rhétorique amoureuse, les conven-

tions et les lieux communs poétiques qui foison-

nent dans les littératures orientales, rend la lec-

ture fatigante» fastidieuse, intolérable tion répétée du u déjà connu » qu'elle

par la sensa-

évoque, et

i'insincérité des cris de l'âme qui sonnent faux

par

dans l'âme du lecteur. Ma seconde préoccupation a été leur rédaction. La traduction de ces poèmes erotiques et la mise au point des poésies amoureuses dont je possédais une traduction littérale ou littéraire ont été soumi- ses à un nouveau mode de travail.

la

traduction littéraire qui peuvent rendre « le carac-

Ce n'est

plus la traduction littérale

pas

que

tère » et « la physionomie » d'un texte.

Au détriment de « la beauté de l'âme », le tra-

s'attache au « corps », à l'exécu-

reflétés par les mots, les expres-

ducteur littéral

tion, à la forme, sions, les images.

Au détriment de la « la beauté physique

le tra-

»,

ducteur littéraire s'attache à « lame », au

la conception

fond,à

reflétés par les pensées, les sensa-

tions, les sentiments.

Aussi, le proverbe italien qui dit : traduttore,

tradilore (le traducteur est un traître) peut-il s'ap*

9\

AXTIIOLOaiB PE

L'AWOLR

ASIATIQUE

pliquer indifféremment, et avec raison, à l'un ou à l'autre de ces deux traducteurs, Pour qu'une traduction, à mon avis, ne soit

pas

une trahison, il faut

non seulement elle s'at-

ainsi dire, signe parti-

pour

que

tache au mol saillant

qui forme,

un trait caractéristique, ou plutôt

un culier de la physionomie, il faut non seulement qu'elle puisse dégager l'essence psychique de la