Mesdames et Messieurs les procureurs généraux et procureurs de la République, chers collègues

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Depuis quelques jours, s’appuyant sur la parution d’un livre intitulé «Bienvenue place Beauvau», plusieurs articles de
presse, propos et commentaires mettent en doute le respect de la loi par la direction des affaires criminelles et des
grâces que j’ai l’honneur de diriger. Au-delà de ma personne, c’est l’éthique de toute une profession qui est mise en
cause, et je tiens, à cet égard, à réaffirmer auprès de vous que ces allégations mensongères ne sauraient mettre à mal
la relation de confiance et de responsabilité qui nous lie.

En décrivant la DACG comme une "officine à la solde des intérêts des plus hautes autorités », ces propos calomnieux
ont atteint toutes celles et tous ceux qui la composent : magistrats à l’éthique et à la déontologie exemplaires, tout autant
que fonctionnaires attentifs au secret des informations dont ils pourraient avoir à connaître dans l’exercice de leurs
missions.

Permettez-moi de réaffirmer avec force, s’il en était besoin, que moi-même et tous les magistrats de la DACG
respectons scrupuleusement la loi du 25 juillet 2013 prohibant les instructions dans les dossiers individuels et je mets au
défi quiconque de rapporter une intervention de ma part, qu’elle soit écrite, orale, directe ou indirecte, depuis ma prise de
fonction en septembre 2014. D’ailleurs, je relève que les auteurs du livre sont dans l’incapacité d’étayer leurs allégations
autrement que par deux propos très généraux et très imprécis, le premier extrait d’un journal du syndicat de la
magistrature du 15 novembre 2010, l’autre émanant d’un magistrat anonyme lors d’un entretien tenu le 30 octobre
2014, soit à peine quelques semaines après mon arrivée à la DACG.

Comment imaginer que des procureurs généraux, des magistrats du parquet en charge d’enquêtes, des juges
d’instruction, des juges du fond et du droit de la première instance, des cours d’appel et de la chambre criminelle de la
cour de cassation, appliqueraient des instructions occultes, de nature à détourner ou entraver le cours de la justice ? Le
dire et même le penser est une insupportable insulte au professionnalisme de l’institution judiciaire dans son ensemble
et une atteinte à la probité de toute la magistrature.

La loi de 2013 constitue une rupture claire et nette dans les rapports entre le pouvoir exécutif et la justice. Elle
s’accompagne par ailleurs d’un strict encadrement de la remontée d’informations ; dès mon arrivée, je vous ai indiqué
qu’elle ne devait provenir que des parquets généraux, n’être accompagnée d’aucun procès-verbal et ne porter que sur
des actes réalisés. La remontée d’informations que vous assurez auprès la DACG n’a qu’une seule finalité : permettre
au garde des Sceaux de remplir les missions que la loi lui confère.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : de plus de 50.000 affaires suivies en 2012, nous avons drastiquement réduit ces
affaires signalées à moins de 8.000 en 2017, qui concernent pour la plupart des affaires liées au terrorisme et à la
criminalité organisée, dont on ne saurait concevoir qu’elles ne fassent l’objet d’aucune information au garde des Sceaux.

Conformément à la loi, la DACG rend compte au seul ministre de la Justice des informations qu’elle détient par
l’intermédiaire de son cabinet, soit à la demande de ce dernier soit de sa propre initiative. Je ne saurais concevoir qu’un
membre de la DACG, en violation de son serment de magistrat, puisse communiquer des éléments tirés d’une
procédure judiciaire à une autorité ou un service, ou encore à une personne extérieurs au ministère de la Justice.

Enfin, me concernant personnellement, je tiens à dénoncer avec force les intolérables insinuations dont je suis l’objet
depuis plusieurs jours.

Mais au-delà des atteintes à ma personne, il m’est parfaitement insupportable que la richesse des missions de la DACG
soit réduite au suivi de quelques affaires, sans égard pour l’intense travail fourni en matière d’élaboration de la norme
pénale, en termes de négociation et d’entraide pénale internationales, d’animation des politiques pénales avec vous, sur
des sujets autrement plus sérieux et qui ont des incidences dans la vie de nos concitoyens.

Je suis fier du bilan accompli par la DACG et du travail réalisé avec et grâce à vous. Plus que jamais, mon engagement
reste total pour l’indépendance du ministère public dans la conduite et l’exercice de l’action publique, au moment où la
probité de l’institution judiciaire est si violemment attaquée.

Robert GELLI
Directeur des affaires criminelles et des grâces
Ministère de la Justice

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