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Résumé détaillé de

Britannicus
Britannicus a été écrit par Jean Racine. C’est en 1669 que cette œuvre majeure a
été montée la première fois. Cette pièce appartient au genre de la tragédie. Elle suit
la structure classique : elle est composée de cinq actes écrits en vers.

Acte I
L’acte I débute avec Agrippine, la mère de Néron qui exige que son fils, le nouvel
empereur daigne la recevoir. Néron a fait montre de vertu et de sagesse depuis qu’il
est au pouvoir. Pourtant, sa nature profonde commence à transparaître. Agrippine
a appris que Néron séquestre la jeune et jolie Junie. Cette dernière est l’unique
héritière d’Auguste. Elle est aussi la bonne amie de Britannicus, fils de l’empereur
Claudius, et donc demi-frère de Néron. Néron n’est pas l’empereur légitime. Il est le
fils de Domitius, premier époux d’Agrippine. Par amour pour elle, Claudius avait
consenti à adopter Néron. Agrippine fit assassiner le pauvre Claudius et plaça son
fils aîné sur le trône. Pendant les trois premières années de règne, Agrippine
exerçait une autorité sans faille sur Néron. Ce dernier lui obéissait aveuglément.
En enlevant Junie sans en référer à sa mère, Néron s’est émancipé de l’autorité
maternelle.
Un des conseillers de Néron, Burrhus refuse de laisser Agrippine pénétrer dans les
appartements de l’empereur. Agrippine veut connaître les motivations qui ont
poussées Néron à ravir Junie. Arrive Britannicus, affolé. Il recherche Junie
désespérément. Agrippine, échaudée par sa soudaine disgrâce propose à
Britannicus une alliance pour renverser Néron. Ce sera le meilleur moyen d’exercer
sa vengeance.
Britannicus ne donne pas sa confiance sans garantie. Il ouvre son cœur à Narcisse
son ami et gouvernant.

Acte II
Dans l’acte II, on découvre un Néron plein de morgue et sûr de sa toute
puissance. Il condamne Pallas à l’exil. Ce dernier est un ancien esclave qui avait
été affranchi par Claudius. C’est aussi le bras droit d’Agrippine. Cette dernière ne
décolère pas lorsqu’elle apprend la nouvelle lubie de son fils. On découvre que le
gouvernant Narcisse joue double jeu. Il est en fait tout dévoué à Néron et espionne
Britannicus pour le comte de l’empereur. Néron confie à Narcisse qu’il s’est laissé
émouvoir par la détresse de la belle Junie. En la voyant si démunie, il lui est venu le
sentiment irrépressible de la protéger. Cette envie s’est mue en désir. Néron ne sait
que faire de toutes ces émotions. Narcisse écoute attentivement et suggère à
l’empereur de s’affranchir définitivement du giron maternel.
Son tout premier acte d’indépendance pourrait être de répudier son épouse légitime,
Octavie avec laquelle il ne peut pas concevoir d’enfant, et d’épouser Junie en
secondes noces. Néron suit à la lettre les conseils de Narcisse. Il commence par
courtiser Junie et lui offrir son amour. Cette dernière est toute dévouée à Britannicus.
Elle refuse les avances de l’empereur. Néron est hors de lui. Il affirme qu’il n’hésitera
pas à faire tuer son demi-frère si Junie ne met pas un terme à cette liaison. Junie n’a
pas d’autres choix que de céder aux exigences de Néron. Britannicus a le cœur
brisé. Néron comprend qu’il a beau être empereur, ses menaces et ses manigances
ne lui gagneront jamais les faveurs de Junie. Ivre de jalousie, il est prêt à laisser
libre court à la violence des sentiments qui l’habite.

Acte III
Dans l’acte III, Burrhus apprend à Néron que l’exil de Pallas est bien effectif. Il
conseille au jeune empereur de se libérer une fois pour toute du joug de sa mère. Il
insiste aussi pour que Néron cesse de convoiter Junie. Les efforts de Sénèque, le
gouverneur de Néron sont vains. La nature despotique du jeune homme est sur le
point de prendre le dessus.
Agrippine est mise au courant des excès de son fils. Sentant son déclin arriver, la
mère de Néron affirme qu’elle va renverser son fils ingrat et mettre le cadet sur le
trône. Burrhus essaie de l’en dissuader.
Agrippine ouvre son cœur à sa suivante, Albine. La mère est jalouse des attentions
que Néron déploie pour séduire Junie. Octavie, stérile et effacée ne représentait pas
de menaces pour la mère. Avec Junie, ce n’est pas la même donne. Néron est
subjugué par la jeune femme et ne voit que par elle. Agrippine ne peut le supporter.
Britannicus apprend à Agrippine qu’il a obtenu le soutien du sénat. Il converse
aussi avec Narcisse et lui dit qu’il ne croit pas à la trahison de Julie. En bon traître
dévoué, Narcisse s’empresse de prévenir Néron. Junie se pensant en sécurité révèle
à Britannicus les pressions que Néron a exercées sur elle. Arrive Néron, fou de rage.
Il a entendu les confessions de Junie. Britannicus s’insurge. Les deux hommes se
disputent violemment, Junie essaie de les séparer en menaçant de se faire vestale.
Néron n’a que faire des jérémiades des uns et des autres. Il fait arrêter son demi-
frère, enfermer Junie et surveiller Agrippine.

Acte IV
Dans l’acte IV, Burrhus conseille à Agrippine de faire montre d’humilité si elle veut
conserver sa place auprès de l’empereur. Fière, Agrippine n’en fait rien et pointe du
doigt l’ingratitude de son fils. Ce dernier n’a que faire des remontrances
maternelles. Fin stratège, il feint la soumission pour mieux arriver à ses fins.
Burrhus qui comprend les véritables intentions de Néron tente de l’en dissuader.
L’empereur ne se laisse pas démonter. Il fait venir son demi-frère. Narcisse voyant
que Néron peut encore se laisser attendrir, lui expose les effets désastreux que sa
clémence éventuelle aurait aux yeux du peuple. S’il veut le pouvoir absolu, il ne doit
pas avoir peur de commettre le crime absolu. Il décide donc d’empoisonner
Britannicus.

Acte V
L’acte V débute avec Britannicus qui pense que Néron est revenu à la raison et va
l’épargner. Le jeune homme tente de calmer Junie qui elle ne croit pas à ce
retournement de situation. Britannicus, en toute innocence se rend donc au
festin de la réconciliation, d’autant plus qu’Agrippine lui affirme avoir retrouvé
l’influence qu’elle a toujours eu sur son fils. Ses belles paroles lui donnent
tort. Burrhus ne tarde pas à lui annoncer que Britannicus est mort.
Submergée par le chagrin, Junie se réfugie chez les vestales. Narcisse tente de la
retenir et se fait lyncher par les Romains. Agrippine lance des imprécations contre
son assassin de fils. Néron récuse le crime. Agrippine ne sent plus en sécurité et est
effaré lorsqu’elle comprend la vraie nature de son fils. Néron se rend compte que ses
sentiments pour Junie surpassent le simple désir. Dépassé par l’ampleur de ses
crimes et couvert de honte, il veut mettre fin à ses jours. Burrhus soupire :
«Plût aux dieux que ce fût le dernier de ses crim

Analyse de Britannicus
‘’Britannicus’’, sombre tragédie de Racine, tranche par sa gravité par rapport à la
précédente , ‘’Andromaque’’, qui se caractérise par sa légèreté, ses héros
sympathiques et son dénouement heureux. « Britannicus » est une tragédie politique
romaine. Une tragédie du pouvoir, qui décrit la naissance du « monstre » .
Racine voulut-il surprendre ? Peut-être, irrité par la critique, voulait-il oublier la
galanterie au profit de la description de la violence violence d’un homme tyrannique
et concupiscent.

Mais après avoir séduit la cour, les gens du monde et les femmes avec ‘’Alexandre’’
et ‘’Andromaque’’, Racine désirait en réalité rallier les intellectuels et les fidèles
de Corneille, qui avaient souligné dans ces oeuvres la galanterie excessive, la
falsification historique ainsi que le sujet superficiel. Corneille avait trouvé
« Andromaque » fade et insignifiant. Piqué au vif, Racine choisit donc de changer
son « fusil d’épaule » en composant sur un tout autre registre.

A ce moment, Racine est âgé de trente ans, Corneille de soixante. Corneille se


trouve être le maître incontesté de la tragédie et Racine, que l’on n’imaginait capable
d’écrire que des oeuvres à caractère amoureux, va écrire Britannicus, tragédie
politique romaine et affronter, sinon battre Corneille sur son terrain de
prédilection.

Racine écrivit, dans la seconde préface de Britannicus: « Voici une tragédie que je
puis dire que j’ai le plus travaillée. » Selon Corneille, l’action tragique comportait
plusieurs volets et secondaires : conflits de pouvoir, vengeance et amour se
déroulent parallèlement et simultanément sur plusieurs niveaux. Racine a donc dû
composer une intrigue plus complexe. C’est pourquoi il porte son choix sur un sujet
historique et politique, on ne peut plus sérieux, directement inspiré de Tacite.
Britannicus met en scène des rivalités passionnelles, celles de frères ennemis,
opposant droit du sang et droit de la loi. Il s’agit également d’une grande question
politique sur la lutte pour le pouvoir. Qui sera maître de l’empire : Néron, Agrippine ou
même Britannicus ?
Point de légèreté, une violence brutale, et deux tempéraments forts, caractères
inspirés de Néron et d’Agrippine également avides de pouvoir.

Dans Britannicus, Racine ne compose pas pour autant une tragédie cornélienne.
Il va au contraire se démarquer tout à fait du style de son aîné. Ce qu’il choisit de
mettre en avant en situant l’action à Rome, c’est bien moins l’héroïsme que la
monstruosité.
Dans ’Cinna’’, Corneille, avait décrit la transformation d’un tyran (Auguste) en
héros préférant la grandeur de la clémence au cycle de la vengeance. ‘’Britannicus’’
est tout le contraire : d’abord un empereur juste, Néron se transforme peu à peu en
tyran monstrueux et fait empoisonner son rival, pourtant héritier légitime du pouvoir.
Racine nous dépeint, avec ‘’Britannicus’’, des êtres torturés par les passions qui
s’entredéchirent par soif de puissance. C’est tout l’opposé des héros de Corneille.
Néron abuse de son pouvoir jusque dans l’intimité puisqu’il impose son amour à
Junie, en faisant une victime impuissante et condamnée à souffrir en silence. Il
éprouve une jouissance perverse à assister à la souffrance les autres.
En même temps, si Néron se conduit en maître absolu qui régne sur la vie des
autres, il trouve peut-être ainsi un dérivatif à sa propre souffrance : la tyrannie de son
amour à laquelle il est esclave.

L’inversion des caractères chez Racine, par rapport à ceux de Corneille, trouve
certainement aussi son origine dans la dimension historique. Lorsque parut Cinna,
en 1642, la tendance était de croire en l’être humain et à sa capacité héroïque de
maîtriser ses passions, renonçant ainsi à la violence et à la vengeance.
En 1669, en revanche, il en allait tout autrement. Et pour cause : la monarchie
absolue de Louis XIV, imposait au public une vision exempte de grands idéaux et
d’actes héroïques pour favoriser davantage l’expression et l’analyse des sentiments.