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Préparation à l’examen d’entrée

du CRFPA 2016-2017

GALOP D’ESSAI N°1 - 16 mai 2017


DROIT CIVIL

Corrigé proposé par


Julien DUBARRY
Maître de conférences, Université Paris 2
Et
Guillaume DROUOT
Maître de conférences, Université Paris 2

Éléments de correction
Cas n° 1: (10 points)

1) Le cautionnement de Jean-Paul (6 points)

Conclu avant le mariage. Donc pas d’incidence du mariage, pas de perturbation liée au droit des régimes
matrimoniaux.

• La disproportion (3 points)

Article L. 341-4 devenu L. 332-1 et L. 343-4 du code de la consommation (qui disent tous les deux la
même chose) : « Un créancier professionnel (le cas ici) ne peut se prévaloir d’un contrat de
cautionnement conclu par une personne physique (le cas ici) dont l’engagement était, lors de sa
conclusion, manifestement disproportionné à ses biens et revenus, à moins que le patrimoine de cette
caution, au moment où celle-ci est appelée, ne lui permette de faire face à son obligation. »
En l’espèce : texte s’applique (ok pour les personnes, ok pour l’application de la loi dans le temps : entrée
en vigueur le 7 août 2003).
Disproportion au moment de la conclusion ? Cautionnement à hauteur du prêt, donc 400 000.
Patrimoine de 500 000. Mais avec un bien insaisissable d’une valeur de 300 000. Pb : que faire de ce bien
? Le prendre en compte ou non ? Si pris en compte, pas de disproportion. Si à écarter : disproportion.
Si on réfléchit : pourquoi le prendre en compte si créancier ne peut de toute façon pas le saisir ?
Mais inversement, pourquoi ne pas le prendre en compte alors que ce bien est dans le patrimoine ?
Caution peut toujours le vendre spontanément pour payer ses dettes (il n’est pas indisponible). De plus, le

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prendre en compte permet de valider le cautionnement mais pas de le saisir : donc protection de
l’insaisissabilité demeure.
JP : il faut le prendre en compte (Com. 18 janvier 2017).
Donc cautionnement valable.
(Sinon : il faut regarder si retour à meilleure fortune. Pas le cas ici a priori. Incidence du mariage pour le
créancier : cf. 1410 et 1411. Ne profite que de la confusion des meubles, sinon n’a droit qu’aux biens
personnels, pas de droit sur les biens communs).

• Le devoir de mise en garde (2 points)

Peut se cumuler avec exigence posée par le code de la consommation. Pas certain mais JP l’admet (dont
l’arrêt du 18 janvier 2017).
Il faut : créancier professionnel (Com. 13 nov. 2007) et caution non avertie et risque de surendettement.
En l’espèce : caution est le dirigeant. Mais pas suffisant pour la JP pour affirmer que la caution est avertie
! Com. 22 mars 2016. Donc pas forcément de devoir de mise en garde.
De toute façon, pas de risque de surendettement au moment de la conclusion du cautionnement : donc pas
de devoir de mise en garde.

• L’incidence de la fusion-absorption de la société débitrice (1 point)

Ici : changement de débiteur.


Aucune incidence : pas de cautionnement de dettes futures ici. Cautionnement pour un prêt. Relève
uniquement de l’obligation de règlement qui ne disparaît jamais par changement de parties.

2) Le changement de régime matrimonial (2 points)

Article 1397 code civil. (0,5 point)

Il faut deux ans d’application du régime dont on veut changer. Le cas ici (mariage en 2014).
Intérêt de la famille : juste le couple, pas de pb.
Pas d’enfant mineur : donc se fera uniquement devant notaire.

Attention à la fraude ! (1,5 point)

Créanciers sont informés du changement. Peuvent former opposition et alors on passera par une
homologation judiciaire.
Si créancier ne pas opposition : « Les créanciers non opposants, s'il a été fait fraude à leurs droits,
peuvent attaquer le changement de régime matrimonial dans les conditions de l’article 1341-2 ».
En l’espèce : ressemble à une fraude car volonté de soustraire les biens aux créanciers de Jean-Paul 1.

1
Exemples de fraude exclue :
Puisque la bonne foi se présume, la simple possibilité de fraude ne suffit pas à faire échec au changement de régime matrimonial.
Ex : Civ. 1re, 4 janv. 1977, le passage de la communauté à la séparation de bien, même s’il aggrave la situation des créanciers (changement

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Nota bene :
- pas d’intention frauduleuse cependant de Jean-Paul car veut protéger Karl. Dépendra du juge.
- pas de fraude à l’égard de la banque car de toute façon n’a le droit qu’aux biens propres de Jean-Paul
qui ne feront par définition pas l’objet d’un partage.

3) La sûreté réelle pour autrui consentie par Karl (2 points)

Art. 1422. (1 point)


« Les époux ne peuvent, l'un sans l'autre, disposer entre vifs, à titre gratuit, des biens de la communauté.
Ils ne peuvent non plus, l'un sans l'autre, affecter l'un de ces biens à la garantie de la dette d'un tiers. »

Sanction : art. 1427. (1 point)


« Si l'un des époux a outrepassé ses pouvoirs sur les biens communs, l'autre, à moins qu'il n'ait ratifié
l'acte, peut en demander l'annulation.
L'action en nullité est ouverte au conjoint pendant deux années à partir du jour où il a eu connaissance de
l'acte, sans pouvoir jamais être intentée plus de deux ans après la dissolution de la communauté. »

Ici : studio est un bien commun (acquêt).


Sûreté réelle pour autrui de 1422 donc cogestion.
Sanction peut jouer : communauté pas dissoute et Jean-Paul a appris récemment l’existence de cette
hypothèque pour la mère de Karl.

Nota bene : exception de jeu pourrait jouer si jeu non encadré par la loi. Art. 1965 c. civ.

après la mise en redressement judiciaire d’un époux), ne révèle pas à lui seul la fraude.
Civ. 1re, 2 avril 1996, n° 94-15.298 : « le changement de régime matrimonial n'est pas en lui-même révélateur d'une fraude et qu'il incombe
au créancier de rapporter la preuve qu'il a été porté atteinte à ses droits »
Exemples de fraude retenue :
Bien souvent la fraude se révèle au moment du partage lorsque les biens les plus chers sont placés dans un lot en particulier, celui de l’époux qui
n’est pas poursuivi par les créanciers.

Civ. 1re, 17 févr. 1987, 85-11.114 : arrêt un peu croustillant. Epouse a tenté de tuer quelqu’un. Condamnée à réparer le préjudice. Pour éviter
de payer l’indemnisation : changement de régime matrimonial. Fraude retenue.
« la cour d'appel relève que le partage de la communauté a été réalisé avec hâte et en mettant dans le lot du mari les seuls biens ayant une valeur
réelle ; qu'elle en a déduit l'existence d'un concert frauduleux entre les époux C...-P... pour faire échec aux droits du créancier de la femme ; que
sa décision est ainsi légalement justifiée ;
Attendu, ensuite, que le fait de composer le lot du mari des seuls biens ayant une valeur et faciles à saisir, amoindrissait les droits du créancier de
la femme »

Civ. 1re, 16 déc. 1992, n° 91-10.586 : cas où un époux se porte caution solidaire de la société dont il est le gérant. Affaires
de la société vont mal. Pour protéger la communauté : changement de régime matrimonial. Fraude retenue ici. « que l'arrêt
énonce ensuite qu'en plaçant dans son lot, en contrevaleur de l'immeuble attribué à l'épouse, des parts de la SARL SECMA qui se trouvait en état
de cessation de paiements, M. Y... avait eu connaissance de l'appauvrissement de son patrimoine dans lequel entraient, à la place de ses droits sur
un immeuble, des actions dépourvues de valeur réelle ; qu'ayant constaté l'existence de cette fraude, la cour d'appel n'était tenue de procéder à
aucune autre recherche ni de répondre à l'argument, au demeurant sans portée, rappelé par la troisième branche ; d'où il suit que le moyen ne peut
être accueilli »

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Éléments de corrigé cas n° 2 (10 points) :

1°) M. Milon peut-il exiger à la société ERDF de cesser l’exploitation du transformateur et de le


retirer ? (3,5 points)

Deux points doivent être abordés, qui sont en lien de dépendance. Celui de la qualification du droit et de
sa durée.

Sur la qualification, l’acte mentionne l’exploitation du transformateur au titre des « servitudes et


charges ». Cependant, on sait que le juge ne doit pas s’en tenir à la dénomination donnée par les parties
mais doit restituer aux faits leur exacte qualification. Il s’ensuit que la dénomination de « servitude ou
charge » n’est pas déterminante. Elle peut par contre inciter à envisager la qualification sous l’angle de la
servitude car, dans la plupart des cas, la désignation donnée – surtout dans un acte notarié – correspond à
l’opération économique voulue. (0,5 point)

Une servitude est une charge imposée à un fonds pour le service d’un autre fonds, et implique donc
l’existence d’un fonds servant mais aussi d’un fonds dominant. En l’espèce, on ne retrouve pas cette
dualité de fonds, puisqu’il n’y a qu’un fonds servant et pas de fonds dominant. Pendant longtemps, la
Cour de cassation a admis que dans certaines hypothèses, comme la présente, une servitude sans fonds
dominant puisse être reconnue (p. ex. Civ. 3ème 23 mai 2007, n°06-12731). Et il s’ensuivait que la
servitude était, comme accessoire à la propriété, de même durée que celle-ci, c’est à dire perpétuelle. (1
point)

Cette qualification faisait néanmoins difficulté car il y avait un certain artifice à voir dans le réseau
électrique un fonds dominant (Civ. 3ème 13 juin 2012, n°10-21788). Par un arrêt récent, la troisième
chambre civile de la Cour de cassation a abandonné la qualification de servitude pour retenir celle de
droit de jouissance spéciale (Civ. 3ème 28 janvier 2015, n°14-10013), lequel avait été consacré dans la
désormais célèbre affaire Maison de Poésie. Le droit de jouissance spéciale étant conçu comme un droit
réel sui generis sur la chose d’autrui, la Cour de cassation a décidé dans l’arrêt du 28 janvier 2015, « qu’à
défaut de limitation dans le temps, le droit de jouissance spéciale ne pouvait être perpétuel » et qu’il
s’éteignait 30 années après sa constitution en vertu de l’application supplétive de l’article 617 du code
civil. (1 point)

En l’espèce, la seule indication donnée dans l’acte constitutif du droit de jouissance et celle de la date de
sa constitution, à savoir le 13 janvier 1987. Faute d’indication quant à la durée du droit, il faut admettre
que ce droit s’est éteint le 13 janvier 2017 et que M. Milon peut invoquer son extinction. (1 pt)

Partant, M. Milon pourra demander la cessation de l’exploitation du transformateur et son retrait.

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2°) M. Milon peut-il demander une réduction du prix et une indemnité de jouissance à raison de
l’inconstructibilité avérée d’une partie du terrain ? (3,5 points)

La règle specialia generalibus derogant invite à examiner d’abord les règles relatives à l’inexécution du
contrat spécial envisagé avant de recourir, le cas échéant, aux possibilités offertes par les articles 1217 et
suivants du code civil.

On sait que le vice d’une chose qui en empêche l’usage normal est en principe considéré comme un vice
caché. En présence d’un tel vice caché, les articles 1641 et 1644 tel qu’interprétés par la jurisprudence
ouvrent à l’acquéreur insatisfait une option entre action rédhibitoire, estimatoire ou indemnitaire, étant
précisé que l’article 1645 dispose que « si le vendeur connaissait les vices de la chose, il est tenu, outre
la restitution du prix qu'il en a reçu, de tous les dommages et intérêts envers l'acheteur », et l’article
1646 que « si le vendeur ignorait les vices de la chose, il ne sera tenu qu'à la restitution du prix, et à
rembourser à l'acquéreur les frais occasionnés par la vente ». Il s’ensuit qu’en présence d’un vice caché,
la possibilité d’obtenir des dommages et intérêts à raison des conséquences néfastes du vice sera
conditionnée par la mauvaise foi du vendeur. (1 point)

La présence d’une canalisation souterraine constitutive d’une servitude non révélée lors de la vente doit-
elle être considérée comme un vice caché ?

Malgré qu’elle rende l’usage normal de la chose impossible, la jurisprudence ne l’a pas pensé et a vu
dans l’article 1638 du code civil un texte spécialement applicable à cette hypothèse (Civ. 3ème 27 février
2013, n°11-28783). Aux termes de l’article 1638 « si l'héritage vendu se trouve grevé, sans qu'il en ait
été fait de déclaration, de servitudes non apparentes, et qu'elles soient de telle importance qu'il y ait lieu
de présumer que l'acquéreur n'aurait pas acheté s'il en avait été instruit, il peut demander la résiliation
du contrat, si mieux il n'aime se contenter d'une indemnité ». Bien qu’elle se trouve édictée au titre de la
garantie d’éviction cette règle est vue par une partie de la doctrine comme une application spécifique de
la garantie des vices cachés. La grande différence avec la garantie des vices cachés est que, dans le cadre
de l’article 1638, l’octroi de dommages-intérêts n’est pas subordonné à la mauvaise foi de l’acquéreur.
L’indemnité pourra donc à la fois servir de réduction du prix mais aussi de compensation des
conséquences indésirables de la présence de la servitude non apparente. (1 point).

Encore faut-il que les conditions du texte soient réunies. Ici pas de difficulté particulière, étant entendu
que l’évaluation de la décision de l’acheteur d’acheter ou non doit se faire au moment de la vente. A cet
instant, sa priorité était de construire une piscine, de sorte qu’il y a bien lieu de présumer que s’il avait eu
connaissance, il n’aurait pas acquis le terrain. (1 point)

M. Milon pourra donc demander, par le biais de l’indemnité, une réduction du prix à raison de l’existence
de la servitude et une compensation du préjudice lié à l’impossibilité de construire la piscine. (0,5 point)

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3°) M. Milon face à la mère de la venderesse (3 points)

L’article 1599 dispose que la vente de la chose d’utrui est nulle. Cependant, cette nullité est édictée dans
le seul intérêt de l’acheteur afin d’éviter l’action en revendication du verus dominus qui le dépossèderait
du bien sans qu’il recouvre pour autant la somme versée à titre de prix au vendeur non propriétaire.

A supposer donc que les affirmations de Mme Frangin mère soient exactes, M. Milon serait
effectivement exposé à une revendication de la mère de la venderesse. Pour l’éviter et récupérer le prix
de vente, on pourrait conseiller à M. Milon d’agir à titre préventif en nullité, l’exercice de cette action lui
appartenant (nullité relative, droit de critique appartenant au seul acheteur). Une autre action est possible,
spécifique également au droit de la vente, à savoir la garantie d’éviction. (1 point)

Mais on sait aussi que M. Milon est désormais persuadé d’avoir fait une bonne affaire et qu’il ne souhaite
pas, dans la mesure du possible, faire annuler la vente.

Il faut donc se demander s’il n’y a pas un moyen pour lui de consolider sa position pour résister, sur le
fond à l’action en revendication à laquelle il est exposé.

La théorie de l’apparence offre ainsi un fondement pour consolider une situation juridique boîteuse. Si
une personne peut légitimement penser avoir acquis d’une autre la propriété d’un bien, alors l’apparence
peut conduire à reconnaître cette personne propriétaire alors même que son auteur ne l’était pas. Il faut
pour cela caractériser une erreur commune, c’est à dire l’existence de circonstances qui auraient pu
laisser penser au plus grand nombre que l’auteur du transfert était bien le propriétaire en titre. (1 point)

En l’espèce, les mentions du registre de la publicité foncière au titre des origines de propriétés devraient
suffire à y pourvoir. En effet, l’identité de nom et de prénom de la mère et de la fille rendait impossible, à
la lecture des actes, de savoir qui des deux était réellement propriétaire et il ne peut être exigé de
personnes étrangères à leur famille de se renseigner sur l’existence d’un risque de confusion avec des
proches. Dès lors l’existence d’une erreur commune semble caractérisée, qui permettrait à M. Milon de
soutenir que Mlle Frangin était propriétaire apparente et qu’il doit désormais être considéré comme
propriétaire. (1 point)

Il pourrait ainsi faire échec à la revendication de Mme Frangin mère.

***

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