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Cours 8

La synonymie
Définition
Dans le langage courant, on appelle synonymie la relation qui se réalise entre des mots
de formes différentes, mais de sens identique ou semblable et de même statut
morphosyntaxique.
Les dictionnaires donnent une interprétation lexicographique traditionnelle. Ils
présentent des listes de mots qu’on pourrait, dans certains contextes, substituer les uns les
autres. L’idée mise en œuvre est que les synonymes sont des lexies interchangeables et
conçoivent en général la synonymie comme l’équivalence des lectures du dictionnaire.
Cette conception lexicographique prend le modèle dans la réalité langagière concrète,
repose sur une expérience parlée qui consiste à échanger un vocable contre un autre, au
moyen d’une expression qui pose leur équivalence sémantique. On aura des formules du
type : cela signifie, c’est(la même chose que), ou, c’est-à-dire, autrement dit, etc.
En tant que relation sémantique la synonymie diffère de la relation logique
d’équivalence, à laquelle est assimilée parfois. L’équivalence logique, définie par les
propriétés de réflexibilité, symétrie, transitivité est un procédé de calcul dont la validité est
garantie à l’intérieur d’un système symbolique fixe, indépendant des conditions
d’applications et de ses utilisateurs, et qui règle la substitution des valeurs équivalentes dans
ce système.
La synonymie est tributaire de deux systèmes de relations sémantiques à la fois
distincts (inclusion) et corrélés (implicites). Elle n’est pas un procédé de calcul mais un
processus de sémiotisation, fondé sur le choix de plusieurs signes dénominatifs, équivalents
au niveau des relations lexico-référentielles, mais différents au niveau des relations
énonciatives qu’ils signifient.
Dans une conception structuraliste, lexico-sémantique, la synonymie est une relation
de sens , paradigmatique, qui se manifeste syntagmatiquement. La synonymie est à la fois un
reflet sémantique des catégories logiques d’inclusion et d’implication.
L’inclusion est le phénomène qui postule que le faisceau de traits X inclut
logiquement le faisceau de traits Y si tous les désignateurs de X se retrouvent dans Y (ex.
fruit inclut logiquement pomme).

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L’implication postule que l’assertion X implique l’assertion Y si la vérité de X
garantit la vérité de Y. Une proposition implique logiquement un autre si de la vérité de celle-
là nous pouvons inférer la vérité de celle-ci, et cela est autorisé seulement en vertu de la
structure logique de ces deux propositions. Ainsi, note Quine, la proposition Tout Genevois
est calviniste implique logiquement Tout Genevois est calviniste et non pas catholique.
On appellera synonymie la relation reliant deux ou plusieurs significations de lexèmes
quelconques lorsqu’un même sémème définit leurs emplois. Si A et B sont deux signes, m et n
deux sémèmes qui définissent respectivement leur sens Am et Bn, il y aura synonymie quand
m et n sont identiques et appartiennent à l’intersection de ces deux signes linguistiques :

A B
m,n
Du point de vue d’une logique inférentielle, A est un synonyme de B si
1) l’inférence dans laquelle A remplace B est valide et
2) l’inférence dans laquelle B remplace A est valide
Ex : nom :
Les pompiers ont fait acte de bravoure en…|- Les pompiers ont fait acte de courage
en…
Les pompiers ont fait acte de courage en…|- Les pompiers ont fait acte de bravoure
en…
Ils ont eu une médaille pour leur bravoure / courage
Ex : verbe :
Ils ont dissimulé la vérité au public |- Ils ont caché la vérité au public
Ils ont caché la vérité au public |- Ils ont dissimulé la vérité au public
Ils se sont dissimulés/cachés derrière le comptoir

Dans une perspective linguistique, A est un synonyme de B si A et B sont mutuellement


substituables dans un grand nombre de contextes, sans changement de sens.

Ces définitions rejoignent bien l’intuition : les termes synonymiques se trouvent à être
mutuellement substituables. En termes logiques, ils ont le même sens puisqu’ils donnent lieu
aux mêmes inférences. Ce sont nécessairement des termes de même catégorie syntaxique. La
ressemblance avec la définition de l’hyperonyme ou de l’hyponyme n’a rien d’un hasard. Il

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arrive souvent que dans les dicos de synonymes, même stricts, qu’on donne, par exemple, un
hyperonyme comme synonyme lorsqu’il n’y a aucun vrai synonyme disponible. Par exemple,
le Dico des synonymes de Genouvrier donne embarcation comme synonyme de canot. Or,
dans Robert CD, embarcation est l’hyperonyme de canot, kayak, esquif…

Il reste la question du nombre de contextes dans lesquelles les synonymes sont


substituables.

On parlera de synonymie par ex. entre les significations des lexèmes sommet et cime
dans des exemples comme :
1. les sommets d’un arbre ≡ la cime d’un arbre
2. l’air pur des sommets≡ l’air pur des cimes
3. les sommets neigeux de la montagne≡ les cimes neigeuses de la montagne
Mais dans d’autres cas il n’y aura plus de synonymie :
Les sommets de l’échelle sociale
Une conférence au sommet où cime est exclu.
Etre au sommet de pouvoir, de la gloire, des honneurs

Apparemment, la synonymie extrême (totale) n’existe pas : il n’existe pas deux termes
qui seraient substituables dans tous les contextes. Il y a toujours soit des différences de niveau
de langue (ou de discipline ex : langage juridique), des différences d’intensité, sinon des
expressions figées (ex : prendre la poudre d’escampette) ou figurées qui distingueront les
synonymes. Par exemple, Robert donne comme définition de vélo un renvoi au synonyme
bicyclette (bicycle étant considéré comme un anglicisme):

vélo Bicyclette.

bicyclette Appareil de locomotion formé d'un cadre portant à l'avant une roue
directrice commandée par un guidon et, à l'arrière, une roue motrice entraînée par un
système de pédalier.

Il est vrai que un grand nombre de contexte, les deux sont interchangeables mais pas dans les
contextes suivants:

1) Devant 200,000 spectateurs, Indurain a été couronné roi du vélo (?? de la bicyclette).

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Du point de vue logique, les inférences tiennent toujours. Si on accepte que :
Indurain a été couronné roi du vélo

on doit accepter que :

Indurain a été couronné roi de la bicyclette et vice-versa ;

sauf qu’on ne dirait pas qu’il est roi de la bicyclette, à moins de vouloir se moquer de lui. De
même, bicyclette de montagne sonne étrange. Une recherche sur Google donne 160 cas de
bicyclette de montagne, la majorité au Canada et probablement que plusieurs ont été traduites
automatiquement de l’anglais [effet pervers de la traduction automatique], contre 11,000 cas
de vélo de montagne.

Pour terminer, le correcteur de Word, en mode sévère, vous proposera de substituer le vélo,
trop populaire, pour la bicyclette.

La synonymie est la relation d’équivalence sémantique entre deux ou plusieurs unités


lexicales dont la forme diffère. Les synonymes ont un même signifié et des signifiants
différents et s’opposent, en ce sens, aux homonymes définis par un même signifiant et des
signifiés différents. La synonymie lexicale se manifeste entre mots et/ou syntagmes de même
catégorie grammaticale : pédicure/podologue, policier/agent de police. Lorsque la synonymie
porte sur des unités supérieures (phrases, énoncés), l’on parle de paraphrase.

La synonymie n’est pas, à proprement parler, une identité de sens. Lorsque la forme est
différente, les locuteurs s’attendent à une différence de sens : les exemples qui viennent
d’être proposés tels pédicure et podologue peuvent être perçus comme non synonymes.
L’identité de sens (ou synonymie absolue) est un leurre. Tout au plus pourrait-on signaler
quelques rares cas de synonymes absolus dans les lexiques spécialisés (par exemple en
lexicographie entrée et adresse, bien que ces deux termes n’aient pas la même fréquence).
C’est la raison pour laquelle on utilise le terme de parasynonymie qui souligne le caractère
approximatif de la synonymie. (On dit aussi quasi-synonymie.)

Il en résulte que, sur le plan méthodologique, une étude des synonymes doit être
d’abord contextuelle (prise en considération du discours). La méthode de l’analyse
distributionnelle est ici primordiale. Elle consiste à préciser les environnements possibles de
chaque mot, du point de vue syntaxique et sémantique. A partir d’une étude des phrases où

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l’unité apparaît, elle dégage les propriétés distributionnelles qui appartiennent en propre à
cette unité en spécifiant les constructions syntaxiques (sous-catégorisation syntaxique) et en
indiquant la nature sémantique des environnements (traits de sous-catégorisation sémantique
des substantifs dits aussi traits sémantiques de sélection tels que humain, non humain,
concret, abstrait, etc.). En voici une brève illustration :
Grave et sérieux commutent notamment lorsqu’ils sont utilisés avec un nom abstrait :
la situation, la question, l’affaire, le problème est grave/est sérieux(se) : leur signification est
voisine qui a une très grande importance et peut avoir des conséquences fâcheuses : mais
grave comprend, en outre, le sème imminence du préjudice [preuve?]. En revanche, lorsqu’ils
s’appliquent à un nom concret [ou à un être humain], la commutation est impossible : Le son
du cor est grave.
Le critère de base de la synonymie est leur caractère interchangeable,
réciproquement substituable dans les mêmes contextes.
Selon Lyons deux ou plusieurs unités sont synonymes si les phrases qu’on obtient en
substituant l’une à l’autre ont le même sens. Ex . fleuve et rivière sont interchangeables (donc
synonymes) dans les syntagmes comme le cours d’un fleuve /d’une rivière ; la source d’un
fleuve/ d’une rivière, etc. Dans d’autres contextes ils ne le sont pas : le fleuve d’êtres
humains, un roman fleuve mais pas la rivière d’êtres ; de même une rivière de diamants
*fleuve.
La synonymie est dépendante du contexte syntagmatique à un degré qui ne l’est
aucune autre relation sémantique. La synonymie permet qu’une même information puisse être
communiquée dans une langue soit de façon syntagmatique, soit de façon paradigmatique. On
peut dire soit : je conduis la voiture soit je suis au volant (de la voiture). Dans l’un des cas, la
situation est décrite à l’aide du choix paradigmatique du verbe conduire, dans l’autre à l’aide
de la modification syntagmatique du verbe plus général être.

Typologie de la synonymie. Le rapport synonymie - polysémie


D’après le rapport synonymie-polysémie, la synonymie peut être totale ou partielle.
En français la synonymie totale est un cas très rare, sinon inexistant. La synonymie
parfaite caractérise seulement les mots monosémiques. C’est le cas des mots techniques ou
appartenant au langage spécialisé. Ex. semi-voyelle ≡ semi-consonne, e muet ≡ caduc ≡
instable ≡ neutre.
Au niveau du système lexical la synonymie et généralement partielle. Elle est liée à
une acception d’un vocable, le plus souvent polysémique.

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La synonymie se complique du fait de l’existence des unités polysémiques. Les lexies
polysémiques auront autant de synonymes qu’elles comportent de paraphrases. Elle contribue
à distinguer les différents sens d’un mot. Si on attribue, par exemple, au mot vache le sens de
« personne de caractère dur, et sans pitié », alors le synonyme de ce vocable sera chameau
ou rosse, vu qu’ils appartiennent au même niveau du langage. Cette synonymie n’existe pas
pour vache au sens de « femelle reproductrice de l’espèce bovine ». C’est pareil pour un
verbe tel châtier qui, lorsqu’il prend le sens de « corriger par une punition » il est synonyme
de punir (ex. châtie un coupable, qui aime bien châtie bien, etc.) tandis que lorsque sa
paraphrase est perfectionner un objet, une chose concrète ou abstraite, il est synonyme de
polir, ciseler.
En prenant en considération le critère syntagmatique on a établi une catégorie très
riche de synonymes appelée syntactico-phraséologique.
Ex. craindre et avoir peur,
vu la présence d’un sémème commun les deux lexies seront synonymes dans les contextes
suivants où ils sont interchangeables :
je crains de +INF. ≡ j’ai peur de +INF. ;
je crains que+ SUBJ. ≡ j’ai peur que+SUBJ.
Ils ne seront pourtant pas interchangeables dans les contextes : n’avoir rien à....
Dans ce contexte ce n’est que la lexie craindre qu’on emploie : je n’ai rien à craindre.
La synonymie des lexies ciels/cieux disparaît lorsque ciels apparaît dans les
environnements lexicaux : ciels de tableaux, ciels de lit, ciels de carrière – donc pas cieux.
En revanche dans les syntagmes suivants ce n’est que cieux qu’on emploie : le
royaume des cieux, son âme est allée aux cieux.
D’après les possibilités de substitution on peut parler d’une synonymie parfaite et
d’une synonymie approximative.
La synonymie parfaite renferme des unités substituables dans tous leurs contextes
syntagmatiques.
La synonymie approximative renferme les unités affectées de la relation de
synonymie dans quelques-unes de leurs valeurs d’emplois. Les synonymes approximatifs
sont des unités qui ont le même noyau sémique mais qui diffèrent par un ou plusieurs sèmes
contextuels, complémentaires. Ces sèmes complémentaires relèvent soit du sens connotatif
soit du niveau stylistique de la langue.
Ainsi fébrilement peut remplacer fiévreusement, dont il est synonymes uniquement
quand cet adverbe de manière a pour synonyme ardemment, pour antonyme calmement, etc.

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et qu’il dénomme un même référent. On parle de synonymie lorsque le cadre lexical où se
réalise l’échange n’est pas modifié.
La synonymie est un phénomène componentiel- donc il y a une synonymie
componentielle (un type central). Elle sera, par conséquent, caractérisée par l’équivalence de
sens de deux ou plusieurs lexies basées sur des noyaux sémiques communs ou une forme
componentielle équivalente. Ce type de synonymie renferme les synonymes stylistiques (lg.
Litt., fam, pop, arg .) et ceux syntactico-phraséologiques, fonctionnels (discursifs, évocateurs,
métaphoriques), expressifs (affectifs, dénigrants, etc.) et les synonymes sémantiques.
Une lexie comme mauvaise humeur sera substituable à divers niveaux du langage
avec la rogne(lgg. fam), la colère (lgg. std.). Argent aura pour syn. Stylistique fric,
pognon(arg.),blé, braise, flouse, galette, grisbi, jonc, oseille, pépètes, pèze, picaillon, rond,
sou, thune, trèfle (fam. ou pop.)
Le signifié du verbe manger connaît une centaine de parasynonymes qui se
distinguent entre eux par des sèmes complémentaires témoignant de la nature de la matière
qu’on mange, de la modalité de l’action verbale, de son intensité, du niveau affectif (neutre,
pittoresque, péjoratif)
Ex . la matière : croquer des pralines, gober un oeuf cru, mâcher du pain ;
La modalité : mangeotter ( -- un peu, sans appétit et entrain) ; chipoter (--par petits
morceaux, du bout des dents, sans plaisir) ; avaler (-- rapidement)
Selon le niveau stylistique : bouffer, croûter, morfiler, se gaver, se taper la cloche,
etc.
Les parasynonymes constituent le champ onomasiologique de manger.
Les parasynonymes peuvent être distingués par des différences de distribution. Vélo et
bicyclette ne sont pas employés dans les mêmes locutions. Ils peuvent aussi résulter de la
mise en correspondance de deux registres de langue ; on trouve ainsi dans le Lexis :

PUTAIN : Pop. Prostituée;

TROQUET: Pop. Café;

BAGNOLE: Pop. Voiture.

Mais les différences entre niveaux de langue ne constituent qu’un cas de figure parmi
d’autres. La mise en relation de tels synonymes se fait entre des formes marquées, ici les
marques sont d’usage, et des formes non marquées : voiture n’est pas marqué alors que
bagnole est spécifié comme populaire. Les formes non marquées correspondent à la norme du

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dictionnaire. On n’imagine pas, sauf jeu, une description qui procéderait de la façon suivante,
en utilisant une marque «Bourg. » pour bourgeois

PROSTITUÉE: Bourg. Putain.

Ce contre-exemple montre qu’il existe un niveau de description qui correspond, non


seulement à une langue fonctionnelle, mais à une norme sociale. On considère comme
synonymes les équivalents appartenant à un autre système socioculturel : niveaux de langue,
régionalismes, usages scientifiques, techniques, etc. En fait, c’est toujours dans une relation
d’inégalité que peuvent s’établir des correspondances synonymiques, nous le verrons plus
précisément en abordant les causes de la synonymie lexicale.
Selon l’actualisation dans tel ou tel domaine d’analyse on parlera de synonymie
logique, syntaxique, sémantique, et discursive.
Au niveau des occurrences discursives, la synonymie doit à la fois respecter un réseau
lexical et une identité référentielle, puisque le vocable voit sa signification spécifiée par ce
double ancrage relationnel. Une équivalence lexicale ne suffit pas à rendre deux mots
synonymes. Ainsi madame et maman peuvent servir à appeler la même personne sans pour
autant avoir le même sens, car leur contenu est différent. Par contre mère et maman entre
dans les mêmes réseaux de relations lexicales et référentielles, où, ils sont interchangeables,
ce qui est suffisant pour assurer leur synonymie. Leur forme différente dénote des modes
d’évaluations ou de présentation distincts, qui relève du point de vue choisi par l’énonciateur
en fonction de ses rapports avec son interlocuteur, dans une situation discursive donnée. La
possibilité d’attribuer plusieurs noms à un objet est un moyen de signifier, par la médiation
des dénominations distinctes, des coupes qualitatives, projetables sur des configurations
lexicales et référentielles qu’elles modulent sans les défaire.

On a affaire à des différences pragmatiques des synonymes qui renvoient à différents


aspects de la variation lexicale. Dans le dictionnaire ils apparaissent sous la forme des
marques d’usage (Vx, Fam., Litt., etc.).

C’est pourquoi la synonymie peut être rapprochée des phénomènes de connotation,


mettant en jeu des significations interpersonnelles de nature :

- diachroniques : bru/belle-fille, épatant/super;

- géographiques (dites aussi diatopiques) : termes régionaux : septante/soixante-dix,


wassingue (nord de la France) ou panosse (dans le Midi) / serpillière

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- socioculturelle, liées aux registres de langue (dites diastratiques) : familier ou
populaire/standard (futal/pantalon, tronche/tête) ; littéraire/standard (croisée/fènêtre); argot
(verlan)/langue commune (meuf/femme, keuf flic):

- socioprofessionnelle liées à l’opposition langues de spécialité/langue commune,


termes techniques : rhinite/rhume. préposé/facteur, [sourd/mal entendant]

- individuelle - leur âge et leur conduite verbale : termes enfantins, registres de


communication familiers, populaires, poli, etc.

- connotations : qu’il s’agisse de péjoration (nègre pour un être humain par rapport à
noir ou black) ou au contraire d’euphémismes : longue maladie (pour cancer), demandeur
d’emploi (pour chômeur), réingénierie, rationalisation pour licenciements, ingénieur
sanitaire pour vidangeur.
La synonymie est ainsi plutôt un phénomène de langage, de communication que de
langue.

La synonymie logique recouvre le phénomène de paraphrase et celui de synonymie


syntaxique. Il n’est pas obligatoire qu’un lexème soit synonymes uniquement d’un autre
lexème. Il peut être équivalent aussi d’une paraphrase, comme par exemple : aveugle= celui
qui ne voit pas ; parloir= l’endroit où l’on parle. Les unités lexicales de chacun des
ensembles paraphrastiques mentionnés sont interchangeables dans le même environnement
syntagmatique. Voilà par ex. des syn. logiques sous tendus par des paraphrases syntaxiques :
Le roi est supplié d’abolir les privilèges≡ l’abolition des privilèges est réclamé du roi.
La synonymie syntaxique est illustrée par des énoncés synonymes. Ce sont des
énoncés qui ont une même structure profonde, leur réalisation superficielle étant pour la
plupart différente. On a des énoncés synonymes fournis par :
-un groupe nominal et sa pronominalisation : je vois cette pomme≡ je la vois ; Un cas
spécial de pronominalisation est fourni par la réflexivisation : Pierre1 dit à Pierre2 que≡
Pierre se dit que.
-une construction dont le groupe verbal est formé d’un verbe copule du type être,
sembler et d’un adjectif prédicatif et la construction symétrique sans copule : Pierre paraît
être malade≡ Pierre paraît malade.
-une nomination et la phrase prédicative qui la sous-tend : l’entrée de Pierre en
classe≡ le fait que Pierre entre en classe. ; la reprise du travail≡ on reprend le travail

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-une proposition complétive et le dérivé nominal correspondant : Pierre pense que
Jean partira≡ Pierre pense au départ de Jean ;
-un infinitif et son dérivé nominal : il parle de démissionner≡ il parle de sa
démission ; cesser les hostilités ≡ la cessation des hostilités ;
-un circonstant groupe syntaxique et une proposition circonstancielle du même type :
il est venu avant mon départ≡ il est venu avant que je sois parti ;
-une construction passive et l’adjectif correspondant formé avec le suffixe able : le
plat peut être mangé≡ le plat est mangeable.
.

Exercice : Les couples suivants sont-ils synonymes, preuve (contexte discriminant), sinon
quelle est leur relation ? a) enfouir/enterrer b) discours/allocution c) cerveau/matière grise e)
alliance/coalition/pacte d) courage/bravoure e) ample/large f) chagrin/peine g) escroc/filou h)
agent de la paix/policier/agent de police

Exercice : Produisez une phrase distinguant grave [sens -physique] et sérieux.

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