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Roquefort, B. de - Champollion-Figeac, J.-J Dictionnaire étymologique de la langue française, précédé d'une

Roquefort, B. de - Champollion-Figeac, J.-J

Roquefort, B. de - Champollion-Figeac, J.-J Dictionnaire étymologique de la langue française, précédé d'une

Dictionnaire étymologique de la langue française, précédé d'une dissertation sur l'étymologie, A-K. 1829.

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DICTIONNAIRE

ETYMOLOGIQUE

DE LA

LANGUE FRANCOISE.

TOME PREMIER.

A-K

Paris,

3tnprimm*

RiiH d'erkorth,

s°

i,

De

rKÉs

©mwrcljant

ni

L'ABBAYE.

DICTIONNAIRE

tt

4

ÉTYMOLOGIQUEETYMOLOGIQUE t

i

DE

LA

LANGUE

OU LES MOTS

FRANÇOISE,

SONT CLASSÉS PAR FAMILLES;

CONTENANT

i.fcs mots t>to lHctionnatre

de l'académie

françotsk,

AVECLES PR|SC1I>AOX TEBMtS I>'»BTS, DE SCIEftCNET DE UÉTIF.nS

PARB. DE ROQUEFORT,

Des Académies royales de Goettingue des Antiquaires de France et de Normandie

Lyon, de Grenoble, de Dijon, de Toulouse, de Vauctuse

auteur du GLOSSAIREde là Langue

roii.vhe; de TÉtat

de Caen

de tt

de celles de

etc., etc.;

d**s i.rs

du Nord

Poésie priuçoïse

xne et xiii" siècles

ouvrage couronné par l' Institut en 1 8 1 3.

PRÉCÉHK

D'une Bisscrttttt0n sur t't&tptolcrcjte,

Par J. J. CHAMPOLLION-FIGEAC, Couserralcur des Chartres et Diplômes de la Bibliothèque dn Uoi.

DECOURCHANT,

TOME

oa

PREMIER

PARIS,

IMPRIMEUR-ÉDITEUR,

hue

d'erfurth,

n°

i,

Près de V Église de l'Abbaye Saint-Gertnain-des-Pre's.

1829

If. B. Les Exemplaires non revêtus des signatures ci-après, seront réputés contrefaits et saisis par M. DEcouRcHANT.

Signeture de l'F.iliteur.

r

SigDatnre de l'Auteur.

NOMS

DES

AUTEURS

ET DES OUVRAGESCONSULTÉS.

Académie des Inscriptions. Baïf. Barbazan. Benneton. Hérault (l'abbé). Boiste. Borel. Bourdelot. Bouvelles.

Brosses ( le prés. de). ). Rudée. Butet de la S.irtlie. Cange (du). Capuron. Caseneuve. Chambray (de). Court de Gébelin, Covarruvias.

Crusca

Estienne

Fauchet.

Félibien

(Dictionnaire de la). (les).).

Ferrari.

Festus.

Gardin-Dumesnil.

Gastelier.

Gattel

Gautruche

Guichard. Hcrbelot (<V). Huet.

Isidore.

Jeannet.

Jauffret.

(Dict. de).

(le P.)

Jault.

Le Duclinl. Lefèvrc de Villebrune. Martial. Ménage. Ménestrier (le P.) Millin. Monnoye (de la). Morin. Moysant de Brieux. Nicot. Nodier (Cli.) Noël. Olivier. Pasquier. Périon. Perrault. Pezron Picard. Pithou. Pline.

Scaliger. Saumaisc. Sciences médicales (Dict. des). Sy lvins.

(

1 e P

Thomassin (le P.)

Trippault (Léon). Trdvoax

Tuet.

Universal Etymological. Vaines

Varron.

Vergy.

Vitruvn.

(Dict. de).

(dom de).

Vocabulaire général. Vossius.

Labbe(lcr)

f,ancelot.

Volney.

Wachtcr.

La relier.

Wailly.

T.ebel.

ABREVIATIONS.

Abyss. Af. AU. Am. Ane. franc. Ane. gr. Anc.sax. Anc. tcut. Angl. Angl. sax. Ar. Att. Bas br. Bass. lat. Bel. Brés. Celt. Chald. Chin. Cop. Dan. Dor. Ecoss. Égypt. Eol.

Es

Esr.'Ëtfi.

Étr.

FI.

Fr.

Gall.

Gaid

Germ.

Got.

Gr.r.

Gr. anc.

Gr. mod.

Abyssinien.

Africain.

Allemand.

Américain.

Ancien françbis. Ancien

grec. Ancien saxon. Ancien teuton. Anglois. Anglo-saxon. Arabe. Attique. Bas-Breton. Basse latinité. Belge. Brésilien. Celtique. Chaldéen.

° Chinois. Copte. Danois. Dorien. Ecossois. Egyptien. Eolien. Espagnol. Ethiopien. Etrusque. Flamand. Franc. Gallois, Gaulois. Germain. Gothique. Grec. Grec ancien. Grec moderne.

Ind. I Ion. 1n~1. Irl. Isl. It. Héhr. Holl. liong. Lang. Lat.t. Lat. barb. Lang. rom. Nap. Or.r. Os. Pcrs. Per. Phén. Pol. Port. Pun. Run. Russ. Sab. Sam. Sans Sav. Sax. Seand. Siam. Slav. Suéd. Tart. Teut.t

T.

Zcl.

Indien. Ionien. Irlandois. Islandois. Italien. Hébreu. Hollaiidois. Hongrois. Languedocien. Latin. Latin barbare.

Langue romane Napolitain. Oriental Osque. Persan Péruvien. Phénicien. Polonois. Portugais Punique. Runique Russe. Sabin. Samnite. Sanskrit. Savoyard. Saxon. Scandinave. Siamois. Slavon. Suédois. Tartare. Teuton. Turk. Zélandois.

DISCOURS

PRÉLIMINAIRE.

JE venois de terminer le Glossaire de la langue romane, lorsque je conçus l'idée du Dictionnaire éty-

mologique de la langue frahçoise. Dès ma première jeunesse, l'histoire littéraire, civile et militaire de la France, la connoissance des monuments de la litté-

rature et des arts, furent l'objet de mes occupations et de mes travaux. L'Italie possédoit le dictionnaire de la Crusca, les origines de Sa langue par Ferrari et par notre savant Ménage; l'Espagne, le dictionnaire de Covarruvias; l'Allemagne, celui de Wachter; l'Angleterre, YEty- mologicon universale (i). Et pourquoi la France, si célèbre dans tous les genres de supériorités, n'aurok-elle pas son Diction-

naire général

tions ses voisines

d'Etymologies, lorsque les autres na-

présentent

celui de leur

langue?

La plupart des ouvrages publiés en France jusqu'à

-ce jour peuvent à peine servir de renseignements,

parce que plusieurs sont

de

système dont les auteurs n'ont pas su se garantir, et

qui leur a

pas dire plus.

dans uri

rédigés

esprit

fait débiter bien des absurdités, pour ne

(ij Or uidvcrsal Cambrige, 1811.

Etymological Dktionarj, on a ncw plan, in-y

b

X

DISCOURS Les premiers écrivains qui, dans le xvie siècle, vou-

lurent parcourir le domaine étymologique, durent naturellement s'égarer. Allant sans guide, dénués de

méthode, n'ayant point de plan, point d'objet de comparaison, ils marchoient au hasard, sans prévoir quel seroit le .but de leur course. En examinant les

ouvrages de Budée, de Baïf, de Bouvelles, des Es- tiennes, de Nicot, de Périon, de Borel, de Sylvius, de Picard, de Tripault, de Guichard, du Père Labbe, de Pezroh, de Cazeneuve, de Moysant de Brieux, de Ménage, et de tant d'autres, tels que Leduchàt et

Bernard de La Monnoye, du président de Brosses, de Court de Gébelin, etc., on voit des auteurs qui, à côté de. quelques heureuses découvertes, présentent les erreurs les plus graves. A la connoissance intime de leurs productions, il

falloit joindre la lecture des étymologistes de tous

tous les pays; il falloit, après les avoir

consultés, les conférer ensemble, afin de parvenir au

but proposé. Les progrès

les âges, de

faits, à l'époque actuelle, dans l'étude

comparative des langues eh général, ont répandu de nouvelles lumières sur la théorie de chacune d'elles

en particulier, et la langue françoisè y a gagné comme

s'est perfec- quelque sûreté

dans l'examen de la connoissance intime de notre idiome national. Le Glossaire de la langue romane

et ce Dictionnaire étymologique, sont une consé- quence de ces progrès et des nouvelles conquêtes

toutes les autres. L'art grammatical tionné, et on a pu s'avancer avec

PRELIMINAIRE.

XI

laites dans la science et la métaphysique du langage* On aura sans doute observé que toutes les langues en général sont plus douces et plus harmonieuses

dans leur enfance que lorsqu'elles sont parvenues à l'âge viril. De même que l'on voit l'enfant tperdre peu à peu cette rondeur de formes qui distingue le

premier âge, pour prendre de jour en jour un ca- ractère plus prononcé; ainsi les langues voisinés de leur naissance, chargées d'une surabondance d'ex-. pressions pittoresques, harmonieuses* imitatives; ac- quièrent) en se perfectionnant, plus de force d'éner- gie et de précision, aux dépens de la naïveté et dé

la g-râce. Les voyelles diminuent, elles deviennent muettes et moins sonores. Celles qu'on appelle pures >

A et U (ou«), se perdent; les diphthongues et Ie3 E muets prennent leur place. Le besoin crée les langues, le temps les forme, le talent les perfectionne, le génie les fixe. Les ouvrages de nos grands écrivains des xvite et xvme siècles ont

fixé pour long-temps la langue frariçoise. Il n'y a point de langue qui n'ait puisé quelques mots dans une autre langue. A mesure qu'un peu-

ple acquiert des lumières, ou qu'il s'occupe de nou- veaux objets, le besoin de les exprimer lui fait créer

des mots jusqu'alors inconnus chez lui, ou bien les lui fait emprunter à ceux de ses voisins qui les pos- sèdent

C'est ainsi que pendant les croisades et par leurs relations commerciales avec l'Orient,- les François prirent àes Arabes un assez grand nombre de mots-

b.

XII

DISCOURS

de même que des Italiens,. pour le commerce et la

•marine; puis ensuite des Allemands /pour les termes de guerre. Mais si la langue françoise, lorsqu'elle s'est for- mée, fut, comme toutes les langues naissantes, re-^ marquable par une naïveté d'expressions qui se con- tente de peindre simplement'et fortement les objets; par la propriété du terme, bientôt les arts et les sciences lui fournirent une nombreuse série de mots figurés qui y introduisirent l'abondance avant que le luxe et la mollesse lui eussent donné des formes élégantes. C'est de cette abondance que sont venus

les composés et les figurés qui ont si souvent exercé la patience des étymologistes et de ceux qui ont écrit sur lés langues. Peut-être auroient-ils éu moins de peine s'ils avoient consulté les écrits de nos anciens auteurs, car ce n'est que chez eux qu'on peut bien découvrir l'origine de certains mots. Par exemple, de si/nul se sont formés les mots assemblage*, assem-

blée, assembler, ensemble; de computwn on a fait à-compte, compter, décompter, escompter et recompter; de mamis, main, sont venus les composés -manche,,

manteau, mander, commander, demander, menacer, mendier, mener, manufacture, démancher, emmancher, manier, manifester, manœuvrer, etc. > Si l'on pouvoit ramener ainsi tous les mots de

notre langue à leur première origine, n'offriroit-on pas à la fois et le moyen de les mieux comprendre et celui de donner à de nouvelles créations de mots

toute- la régularité qu'exige une langue bien faite?

J

PRÉLIMINAIRE.

'<.

XIII

C'est le but qtae je me suis proposé dans mon tra-

'''•

vail (i) Platon enseignoït que la connoissance des. mots; conduisoità celle des choses; et peut-on parvenir à

la parfaite connoissance des mots sans leur étymo- logie L'art étymologique, dit' Falconnet, est celui de débrouiller ce qui déguise les mots, de les dé- pouiller de ce qui, pour ainsi dire, leur est étranger,

et par ce moyen les amener à la simplicité qu'ils ont tous dans l'origine. La nature nous porte dès l'enfance à exprimer par

dés .onomatopées, c'est-à-dire par des paroles imita- tr.ices; les bruits qui nous frappent et les cris des

animaux qui nous entourent.

\)

Pour faire passer' une sensatibn dans l'esprit des

autres, on a dâ, représenter l'objet qui la produisoit par son bruit et sa figuré. Ainsi, aboyer, miauler, hennir, roucouler, hurler, grogner, frèmtn, coasser, croasser, beugler, ne sont point des mots fâits au hasard. Tous les autres ont

eu primitivement- aussi leur raison; sans doute que cette raison seroit très-sensible pour. nous, si l'on

pouvoit remonter à leur origine; Dans toutes les langues il n'existe qu'un certain nombre de mots radicaux', dont l'explication en-

traîne celle de tous les

autres Ainsi, connoissant

(i) Je n'ai rien négligépour

le

malgré monzèle, et

remplir;

crains d'avoircommisdes erreurs; je prierai

·

mes recherches,je

les amis de la science-de vouloirbienfaire parvenir leurs obser-

vationsà l'Éditeur.

XIV

DISCOURS

l'étymologie de concile, on aura celles de concilier, inconciliable, réconcilier, irréconciliable; ou de côté, ,pn aura celles de cote, coteau, côtelette, côtoyer, ac- coster, écoter, etc. Plus des deux tiers des mots que renferme notre

vocabulaire sont des mots composés, dont l'explica- tion est trèsrsimple dès qu'on sait la valeur des pri- mitifs qui les forment. En joignant aux mots com- posés la nombreuse classe des mots figurés, on verra

s'aplanir davantage toutes les difficultés de l'art étymologique, et on sera pleinement convaincu que tous les mots ont une raison. «. Il n'y a pas un terme intellectuel dans toutes les langues, dit Court de Gébelin, qui n'ait commencé

par avoir une signification physique. » Rien de plus subtil que l'esprit; c'est une va- peur qùe l'on ne peut saisir, qui rie tombe pas sous les sens on le compara donc à ce souffle qui forme

la respiration; de là son nom » Ce qui, dans nous, fut envisagé comme la chose

qui nous anime fut appelé anima, souffle, respira- tion, mot que nous avons altéré dans le mot âme (i). » Cette âme considère ses idées, elle les pèse pour

les comparer, pour en tirer des résultats ce que les Latins &\i]pe\oient pensarë de là le mot pensata, pen- sée chose pesée, réfléchie, considérée. » Ce qui nous porte au bien avec force fut ap- pelé vertu, en latin virtus, de vires, forces (2).

Mécanismedu

Langage lova.II, p. »5i.

(1)

(2) Voy. le motVmiL.

PRELIMINAIRE.,

XV

» Le penchant au mal, ce penchant contre lequel il falloit s'armer, qu'on 'devoit éviter, s'appela vice, en latin vitium; mot à mot, ce qu il faut éviter.

» Ainsi se formèrent tous les mots figurés; ils fu- rent aussi abondants que les mots physiques; car

tout mot physique peut être pris dans un sens ab- strait, et tous le furent., C'est ainsi, par exemple, que les parties du corps humain donnèrent naissance à

un nombre infini de figurés.

» Les promontoires ou les terres avancées dans les eaux furent des caps, c'est-à-dire des têtes.

» Les défilés furent

des-cols; et les montagnes eu-

rent des télés, des pieds et nu front.

» Les pays eurent un cœur et des extrémités.

« La

terre eut des veines, des entrailles, un sein;

elle fut nue ou habillée; sa robe fut magnifique, sa dépouille riche. » Qui entend bien les mots comprend bien les choses, disoit Varron, que Cicéron regardoit comme le plus savant des Romains. Et s'il est difficile de retenir les termes qu'on n'entend pas; comment

pouvoir y parvenir sans le secours de l'étymologie? J'ai toujours été surpris que, dans le mode d'édu- cation suivi en France, on n'ait jamais songé à ex- pliquer aux élèves les noms barbares employés dans la grammaire; ne seroit-il pas utile de leur donner

quelques notions d'étymologie, pour leur apprendre la: définition succincte des termes dont ils doivent

faire un emploi fréquent? Pour parvenir à' des résultats certains, j'ai suivi la

XVI

DISCOURS

méthode employée par mon confrère feu Butet de

la Sarthe, avec lequel je'devois faire le Glossaire gé- néral de la langue françoise que des événements ont fait ajourner. Pour parvenir plus sûrement au but proposée Je formai les familles des mots en françois,

en latin et en grec, pour mieux connoître leur des- cendance et je procédai de la manière suivante

AÎNÉ.

Antè-natus.

Antè-nati.

Antenet.

Anténé.

Autné.

Ansné.

Ainsné.

Aisne.

Aîné.

ANTÈ-NATUS

Dimanche.; – Dras dominica. Dies-dominica. Diei-dominicae. Diidominicœ. Didominicae.

Didominicq.

Didomenicque.

Didominique.

Didminique.r

Dimincque.

Diminque.

Diminche.

Dimanche.

w

En vieux françois on a dit:

Dietnainc

Die-

Dicmancc

inange Diurne nce Diemànche

Diemenge, Dimane Dimenche (i).

Réclisse.

Glycyrrhiza.

– Glycyrkhiza.

Dimence,

Liquitia. Liquoritia. Liquorice. Rigalice. Régolice. Régalice. Régal isse. Réglisse. SERMENT. Sacramentum, Sacramentum. Sacramant.

Sacrement.1

Sarment.

(-Serment.

Il en est de même des mots

de craticula

gril,

magister

maître,

de

merci, de misericor-

dui; imbécile, de baculas

etc.

(i)

On

formation

voit que pour la

des mots la connoissance du vieux

françois est indispensable.

Chaque peuple procède à la fabrique de son pro-

pre langage avec un

particulier. L'observation montre de quelle manière

chaque peuple

d'une nation voisiné; elle fait connoître l'aptitude

a coutume d!altérer les mots, qu'il tire

certain mécanisme qui lui est

PRELIMINAIRE.

XVII

que la nature a donnée à l'homme, selon la diver- sité des climats où elle l'a fait naître, à se servir facilement de tels du tels organes de la parole. C'est de là que dépendent les accents qui caractérisent une

nation. Chaque peuple a son alphabet qui lui est particulier, qui n'est pas celui d'un autre, et dans

lequel plusieurs lettres sont impossibles à prononcer pour tout autre.

L'air, le climat, la nourriture, le genre dé vie, produisent des variétés dans la structure de l'orga- nisation Dans l'émigration des mots d'un langage à un au- tre, à mesure qu'ils s'avancent vers le nord, l'habi- tant les charge .de sifflement labial et nasal; au con- traire, à mesure qu'ils s'avancent vers le midi, il les. recule au fond du canal vocal, en les chargeant d'as-

pirations gutturales.

Sans être toujours délicate sur le choix, l'imagi- nation a imposé des noms aux choses .spirituelles, invisibles, en un mot aux êtres qui peuvent le moins tomber sous les sens extérieurs. Un riche citoyen d'Athènes, nommé Acadèmus,

avoit un jardin magnifique, orné de portiques et de belles statues; après sa mort, ce. jardin fut converti en un gymnase,- où s'assembloient les gens de let-

de

là ses disciples prirent le nom d 'académiciens et son école celui & académie.

Qu'on A^euille, dit le président de Brosses, pein- dre une inquiétude qu'on a dans l'âme, et, provenùe

tres. Le divin Platon

la

y enseigna

philosophie;

XVIU

DISCOURS

d'une petite cause en apparence, mais par laquelle on sent néanmoins à. tout moment sa conscience

gênée et blessée, on dit scrupule; c'est-à-dire qu'on va chercher l'image d'une petite pierre qui, étant en- trée dans le soulier, met en peine et blesse le pied

en marchant, pour la'comparer à l'effet d'un em- barras inquiétant qu'on a sur la conscience. Car c'est là ce que signifie à la lettre le mot scrupulus. Il ne veut dire autre chose dans son origine, qu'un petit éclat de pierre, ou un gravier, détaché; d'un bloc en le creusant et l'escavant avec force.

Le latin stipula, paille, chaume, tuyau du blé, forma le verbe stipuler, demander,, exiger,, faire pro- mettre en contractant; en latin stipzilari, rompre la. paille en signe de convention, d'engagement, parce. que les contractants rompoient une paille lorsqu'ils, concluoient un traité.

Le grec toa, galerie, portique, forma le mot stoï- cien; et le mot stoïcisme signifia d'abord promenade dans une galerie, sous un portique. Pour éviter l'ennui des répétitions, pour mieux faire connoitre la filiation et la descendance des mots,, je les ai classés par familles. J'ai exécuté cette partie de mon travail, non pas dans le .système du prési- dent de Brosses, qui a si bien réussi à égarer Court de Gébelin, mais en suivant l'ordre naturel des lan-

gues anciennes. Par suite de mon plan, j'ai été forcé de donner un grand nombre de nouvelles .défini- tions pour appuyer mon sentiment et mieux faire

sentir la justesse de l'étymologie. Le système des ra-

i

PRÉLIMINAIRE.

XIX

cines Organiques ou clef primordiale, et des racines absolues, pèchera toujours par ses fondements. De ce que le caractère Ac désigne tout ce qui est pointu,

épineux, perçant, aigu, pénétrant; de ce que la pa- latale roulante R'sert à nommer la classe des choses

rapides, rudes;, ruineuses, rompues, qui ont des ru- gosités de ce que la première lettre de l'alphabet se trouve presque dans tous les mots qui peignent les scènes de la campagne, comme dans charrue, vache,

cheval, âne, vallée, montagne, arbre, pâturage, laitage, bétail, etc.; et enfin de, ce que le caractère po, Pu, désigné toutes les choses élevées et quelquefois les

choses profondes, il n'en faut pas conclure

que

toutes les lettres de l'alphabet ont les mêmes pro-

priétés. Le système que Gébelin a emprunté à l'au-,

teur du traité de la formation mécanique "des langues

mais par trop conjec-

tural, en un mot, comme la plupart des systèmes.

Je n'ai adopté mes étymologies qu'après avoir con- sulté les auteurs qui ont traité de cette science dans

le cas 'de dissidence, j'ai rapporté fidèlement leurs

est spirituel et séduisant,

raisons

souvent j'ai pris sur moi de proposer la

mienne et de trancher la difficulté. J'ai cherché dans mes définitions à être clair, bref, substantiel. L'article linot, dans'le dictionnaire de Ménage, tient une grandé colonne d'in-folio; cette longueur

m'a engagé à être' plus concis et plus laconique. En adoptant une infinité de mots tirés des langues étrangères, tant anciennes que modernes, et même

xx

DISCOURS

en naturalisant ces mots, les François en ont réglé

la signification de la manière la.plus arbitraire; tels sont les mots bouquin hère, lande, rapière ,rossê et autres tirés de l'allemand. Cela s'établit, l'usage l'au- torise et personne ne réclame ou ne s'inscrit en faux

contre.

J'ai cherché à puiser la lumière partout où -j'ai pensé la trouver; j'ai extrait des mémoires, de l'aca- démie des Inscriptions les notes de Lefebvre. de ,Villebrune sur Athénée, de Larcher sur Hérodote/ de Perrault sur Vitruve. les. ouvrages anciens et modernes, les dictionnaires d'arts et de sciences pu-

bliés, depuis quelques années; indépendamment dés secours que m'offroient le Glossaire de la langue ro- mane et son supplément, le Trépied étymologique, le Dictionnaire des onomatopées par M. Nodier, ceux,

de Jauffret, de Gattel, de Boisté, de Noël, de Wail- 'i, ly, etc., j'ai recueilli une foule de renseignements cu-

rieux dans un'grand nombre d'ouvrages historiques. J'ai ajouté quelques noms d'hommes et de lieux;

les premiers furent des sobriquets mot inventé en France; et il ne faut, pour en trouver la cause, que consulter le penchant naturel qu'a tout homme à se moquer de ses semblables. Le sobriquet fut donc tiré de la force, de la dignité, des fonctions, des qualités personnelles, de la profession, de l'habitation, des défauts corporels. J'ai suivi l'orthographe du. Dictionnaire de l'Aca- démie françoise (i).

(1) Philipon-la-Madelcinc, r&.s Homonymes françois,

Prcf.

p. i.4-

Préliminaire.

i

Xxi

Qu'un particulier se fasse créateur d'un mot, il le peut. Le placànent^de ce terme en détermine le sens, et son succès dépend de l'heureux emploi que l'auteur en fait.

Quant à l'orthographe, elle ne saufoit varier au gré des écrivains sans quoi il faudroit qu'un lecteur

changeât de méthode à mesure, qu'il.change de vo- lume. La lecture devenue un travail cesseroit d'être un plaisir, et l'intérieur d'une bibliothèque ne seroit plus qu'une" suite de travestissements pénibles à ceux *qui viendraient là consulter.

Il faut donc qu'un corps littéraire, éloigné, par son organisation, de la mobilité et du caprice des particuliers* veille sur le double dépôt de la gram-

maire 4et die l'orthographe; car rien n'est plus propre à décréditër une langue, que l'instabilité et l'altéra- tion dans ces deux parties de son mécanisme. Ces raisons in'ont fait préférer l'orthographe de l'Académie à celle de quelques auteurs qui en ont interverti les éléments, quoiqu'ils l'aient fait quel^-

quefois. avec avantage. Mais, en suivant leur système, nos bons écrivains des,xvne et xvme siècles deviendroient bientôt illisi- blés ou ils auroient besoin d'être réimprimés.

Laissons à notre orthographe quelques défauts, poup ne pas la livrer à beaucoup d'abus. A force de çhan^ef, on dénaturé. Si nous cessons d'orthogra- phier commeBoileau, Bossuet, Lafontaine, Molière, Racine, Fénelori, nous cesserons bientôt d'étudier

ces ^grands modèles!

XXlt

bISCOURS

PRÉLIMINAIRE.

J'avouerai cependant que l'orthographe de l'Aca- démie s'éloigne un peu de la leur; mais, ou ce n'est

pas sur des points essentiels, ou les changements adoptés par elle sont si naturels, que, loin de fati- guer la vue, ils la reposent. L'accent circonflexe a remplacé quelques lettres oiseuses qui, dans beaucoup de mots, sùivoient les

voyelles d'une prononciation longue et ouverte. Ainsi hoste, paste,feste, bldsme, teste, etc., s'écrivent hôte, pâté, fête, blâme tête, etc. La manie de changer est

parvenue à un tel point, que des littérateurs, d'ail- leurs estimables, écrivent bienfét, bienfeteur, outra- gent à la fois le bon sens, l'orthographe et l'étymo-

logie. Je passerai sous silence quelques jurés peseurs de diphthongues qui, joignant aux grâces de la syntaxe tout l'esprit du rudiment, ne proposent rien moins

que de changer tout le systèmed'orthographe adopté. Je ne finirai point cet avertissement sans payer mon juste tribut de reconnoissance à mes amis

MM. Champollion-Figeac, Lallement fils et Miger, qui, en éclairant mes études, ont bien voulu revoir mes épreuves, et m'honorer de leurs observations

particulières. Le morceau sur l'art des étymolbgies que le pre- mier a bien voulu.me donner pour cet ouvrage, ne peut manquer d'intéresser les lecteurs.

DISSERTATION

SDg

LÉTYMOLOG

PAR M. CHAMPOLLIOK-riGEAC.

e e

Platon, Varron, Cicéron et Quintilien ont défini la science

élyiaologies elle donne la vraie connoissance de l'expres-

des

sion

et les éléments de leur com-

position. On juge déjà par là quelle est l'importance de cette

puisqu'une langue bien faite (et l'intelligence ne peut

des mots

leur

d'après

origine

sîcience,

se passer de son

posent

suppose tous les mots qui la com-

dans leur'acception. On

esprits

de

l'antiquité

secours)

bien connus et bien définis

voit, eÉ

même temps, que les meilleurs

ont reconnu

généralisé les applications, proclamé les que nous examinerons bientôt.

Et d'abord, l'étude des étymologies mérite-t-elle le nom

quelques esprits superficiels, question seroit oiseuse en elle-même nous serons ici moins timorés, et nous donnerons le nom de science à. une étude

qjjjj a ses principes reconnus, et des règles certaines qu'on ne

sans compromettre son jugement; qui est féconde

l'utilité de la science; l'ont-ils pleinement ap-

préciée ? en ont-ils principes? C'est ce

de science? Au dire de

cette

jioïe pas

en déductions

rationnelles; qui a pour objet une connoissance

souvent nécessaire; qui porte l'analyse dans

les plus communes et les plus déliées de

plus puissans agens

recherches de la philosophie dans l'histoire de l'homme et

toujours utile et

une des opérations

l'entendement humain

des

3ë§ sociétés

est enfin un des

qui

civiles, par l'étude

pensèrent

des

comparative

langues.

Les anciens ne

à rien de tout cela;

les'peuples

lettrés de 1.'Occident ne songèrent pas trop à leurs origines;

.

XXIV

DISSERTATION

ils se disoient tous sortis de la terre qu'ils habitoient, et quand

la fortune les éleva par des

de se demander d'où ils venoient, et d'où venoient aussi les

conquêtes; l'orgueil les empêcha

peuples nouveaux dont ils faisoient leurs esclaves. Aussi leurs

meilleurs écrivains, tout en faisant des

prirent jamais l'intérêt historique ou littéraire de

étymologique; Platon en a mis un assez grand nombre dans son Cratyle, mais on ne sait s'il veut amuser ou bien instruire

son lecteur. Varron, avec ses étymologies latines, travailla

ne com- la science

ctycnologies,

très-sérieusement, et c'estun,malheur de plus pour sa réputa-

tion; on a rarement abusé d'un esprit cultivé, et de la

caprices de l'imagination. La science enregistre donc, histori-

regrettera éter-

plus complètement des ressources faculté d'asservir le jugement aux

quement ce qu'ont fait les anciens; mais elle

nellement qu'ils n'aient pu faire ni mieux ni davantage.

Il est digne de remarque, que

même

qu'elle a plus

cette science ne soit fondée

de difficultés à vaincre, etmoins'

de

l'état des peuples civilisés du globe, il y a quatre, mille ans; l'histoire écrite d'après des traditions recueillies bien* long-

temps après, et l'autorité des monuments, ne nous apprennent

qu'alors

chances de pouvoir devenir complète. Qu'on se représente

que peu de faits sur les dispersions simultanées de ces peuples

et sur leurs migrations, poussés par la guerre

Cependant

oii

la faim.

par

ses religions; l'Inde

l'Orient avoit alors ses lois et

enfantoit ses lointaines colonies, méditoit déjà

mystères de son culte religieux et de sa singulière

gie; elle avoit sa langue,

lectes encore subsistans; et l'Egypte, sa contemporaine, veii^e

les

profonds

psycholo^

source commune de nombreux dia-

des déserts de la Libye jusqu'aux

ses impérissables monuments, qui témoignent pour elle, dans

ces mêmes temps, de toutes les pratiques sociales, et ces pra-

embouchures du Nil, élevoit

L'Assyrie

tiques n'étoient pas celles de l'Inde.

continent asiatique

et on ignore

et le reste du

avoient aussi leurs idiomes et leurs lois,

encore comment ils avoiént institué leur civilisa-

des hordes"

tion. La barbarie s'agitoit aussi en inême temps;

nombreuses, venues on ne sait d'où, des déserts de la Scythic peut-être, faisoient la guerre à cette civilisation, sans rien

SUR l'ÉXYHOLOGIE.

XXV

apprendre de l'état social; et sans rien oublier des sauvages

coutumes*d' une ignorance

farouche. La Grèce vint bientôt

après à la lumière;

et dés poètes;

ties d'une

elle eut des rois et des lois; des prêtres

elle fut visitée et instruite par des colonies sor-

grecs le chemin de l'Orient; et le génie d'Ho-

école civile déjà expérimentée, par des navigateurs

accoutumés au joug des institutions sociales ils enseignèrent

aux philosophes

mère fit le

rèste. La vieille Italie avoit aussi connu l'Orient

par ces navigateurs et profité de ses enseignemens; l'antique

Gaule n'y étoit pas

elle avoit

ignorée; vers les plus anciennes époques,

porté la terreur jusque dans les temples encore rus-

Grèce.

primitive

que de confusion, et nue de mélanges de

s'étoit

et d'idées Si donc un bon

esprit

de la

tiques

Mais alors déjà,

de langues

peuples,

montré dans ce temps-là, qui, cherchant à connoître le mieux

possible

les causes et les conséquences de tant de perturba-

eût fidèlement enregistré le_s unes et les autres, com-

tions;

bien de lumières n'auroit-il

gnes de toute l'estime des hommes instruits Car l'histoire

des peuples langues et

pas répandues sur des sujets di-^

n'a

de guide plus certain que l'histoire des

pas

des opinions successivement dominantes dans les

Mais il

n'y a que des regrets

à ex-

globe.

de ce période, actuellement primitif, des so-

diverses régions du

primer

ciétés

elle l'Egypte, l'Inde et le reste de l'Asie; elle ne le fit pas, et

nous ne pouvons plus

des peuples qui la précédèrent nous sont mais il, nous faut'remplir les lacunes par

à l'égard

humaines; La Grèce pouvoit étudier pQurnous et pour

le faire comme elle les faits généraux

Les efforts soutenus de la critique moderne

L'histoirê^écri te est impuissante; la science éty-

nous prêter, mais ce secours est un trait de lu-

relatifs aux langues

connus en.partie, des divinations.

ont enfin rattaché avec certitude les origines grecques et la- tines à la langue sacrée de l'Inde qui expliquera ce grand

phénomène?

met ce fait hors dé tout doute; c'est le seul secours

mologique

qu'elle puisse

mière qui

nous fait pénétrer dans les obscurités de la primitive

antiquité.•

La

Grèce, vaniteuse jusqu'à la superstition, nous laissa ainsi

I.

c

XXVI

DISSERTATION

le soin de sa propre généalogie, et Rome estimoit

science de l'épée

bourg étrusque, ne pensant qu'à

elle s'éleva au

rang

capitale

la

pour ne pas mépriser toutes les autres de

de

trop

du monde;

conquérir la terre par la force, elle délaissa

aux esclaves le domaine de

l'intelligence; et

qui, avant que

dédaigneusement

cependant

elle dominoit dans cette vieille Italie

Rome fût puissante, avoit connu l'Orient, créé des institutions

aux localités,

appropriées

fortifiés

proclamé

cultivé

par un culte public,

des

préceptes religieux les arts et généralisé l'u-

sage de l'alphabet, que ses monuments nous ont conservé avec

sa langue nationale. Rome méprisa son propre berceau, et ne

nous a rien enseigné sur cette

plus fécondes, de celle de Virgile et de Cicéron. C'est encore

la critique jnoderne qui est appelée à faire, s'il se peut, la généalogie de Rome.

de con-

fusion des langues et de mélanges des peuples la