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LA PISCTCTTT.TTTPÏÏ:

Dans certains pays d'Extrême-Orient et dans certaines parties


d'Afrique, la pisciculture est une précieuse source supplé-
mentaire de protéines animales dans le régime alimentaire
des habitants.

par A.H. KROON*

Les pêches "à terre" sont intéressantes de deux différents points


de vue: le premier est celui des méthodes de capture du poisson, le second
celui des méthodes d'élevage du poisson, ou pisciculture,,

La pisciculture est pratiquée depuis des siècles dans les pays


asiatiques tropicaux, et en particulier dans ceux où se cultive le riz irri-
gué. On ne s'y est pas beaucoup intéressé dans le monde occidental, où les
pêches en sont encore plus ou moins au stade de la capture. Les conditions
naturelles sont moins favorables à la pisciculture en Europe que sous les
climats plus chauds, en particulier si ces pays de climat plus chaud ont éga-
lement de fortes précipitations.

Le développement des pays encore sous-développés a conduit à étu-


dier les ressources dont ils disposent et les possibilités de les exploiter.
C'est ainsi que l'attention a été attirée sur la pisciculture.

On sait généralement que l'introduction d'espèces nouvelles -


plantes et animaux domestiques - a eu d'excellents résultats économiques
dans la plus grande partie du monde. On sait peut-être moins que des ré-
sultats aussi remarquables ont été obtenus grâce à l'introduction de pois-
sons d'espèces nouvelles. One des réussites les plus récentes a été l'in-
troduction d'espèces de Tilapia en Indonésie, au Siam et au Tanganyika.

L'introduction du Tilapia en Indonésie, peu avant la dernière


guerre mondiale, tient un peu du conte de fées. En 1937, un Indonésien,
Hadji Mudjair, qui habitait le village de Papungan, près de Blitar, à l'em-
bouchure de la rivière Kletak, alla à la pêche et attrapa quelques jeunes
poissons remarquables qu'il ne connaissait pas. Il les rapporta chez lui
et les éleva dans son étang. Ces poissons étant absolument inconnus en

M. A.H.
KROON est le Directeur de la Section Développement Economique
de la Commission du Pacifique Sud.
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Indonésie, les gens du village les baptisèrent "les poissons de Mudjair"


(ikan Mudjair)»

Cette espèce attira bientôt l'attention du service des pêches»


Un spécimen fut envoyé en Europe où il fut identifié comme Tilapia zilli
Gervais» Peu après la guerre, cependant, quelques doutes s'élevèrent quant
à l'exactitude de cette identification et le poisson a depuis été identifié,
correctement cette fois-ci, comme Tilapia mossambica PeterSo *

Ce poisson est connu dans le monde entier comme un poisson d'a-


quarium tropical f aussi est-il tout a fait possible que des spécimens aient
été introduits en Indonésie a ce titre» Ils peuvent avoir été jetés ensuite,
car cette espèce de Tilapia ne convient pas, en fait, aux aquariums, dont
ils remuent le sable et rendent l'eau trouble»

Ce Tilapia a une croissance remarquablement rapide» En deux mois


environ il atteint 7 à 8 cm» de long» Il se reproduit toute l'année et il
n'est donc pas nécessaire d'introduire du frai après chaque récolte. Un fait
remarquable est qu'il peut vivre non seulement en eau douce, mais aussi en
eau saumâtre ou salée»

L'Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'Agricul-


ture et le Ministère de l'Agriculture du Thailand ont introduit le Tilapia
dans ce pays et ont conclu, après une période d'expérimentation, que les con-
ditions locales lui convenaient parfaitement» On trouve dans le New-York Times
du 21 juillet 1953 des précisions intéressantes sur son introduction ultérieu-
re, sur une grande échelle» Nous reproduisons ici ces précisions s

Une campagne fut lancée pour faire connaître le Tilapia» Le


Bureau de Sécurité Mutuelle diffusa dans tout le pays des brochu-
res énumérant les soins a donner a ces poissons, dont l'auteur était
l'océanographe biologiste de la F.AcO» ,, le Dr» Ling Shao-wen, Des
causeries radiodiffusées et l'envoi de spécimens de poissons dans les
provinces où ils furent montrés aux habitants complétèrent cette cam-
pagne » » » Le résultat est que des milliers de propriétaires thaïs ont
maintenant des stocks de poissons, qui ajoutent, presque sans frais,
une protéine précieuse à l'alimentation de la population locale»

Le Tilapia ne demande pas beaucoup de soins» Il vit bien dans


l'eau saumâtre comme dans l'eau douce et est parfaitement a son aise
dans des fossés, des marais, des bassins, des canaux et même dans
l'eau peu profonde des champs de riz „»» En l'espace d'un an,
ils arrivent à peser une livre et ils peuvent être mangés

Le lieu d'origine de Tilapia Mossambica Peters, est l'Afrique, en


particulier la partie Est de ce continent»
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Ces Tilapia (photographies dans le laboratoire de recherches


sur l'exploitation des pêches de la Division des Pêches et
du Gibier de Hawai) ont été importés de Singapour lorsqu'ils
measuraient quelques centimètres.

séchés, fumés ou en saumure aussi bien que frais.

Le Bureau de Sécurité Mutuelle s'est particulièrement


attaché à répandre la pisciculture dans le Nord-Est du Thaïlande
la partie la plus pauvre du pays; il est envisagé de creuser à
cet effet des centaines de bassins qui pourront être garnis en
Tilapia.

La revue bien connue "Coroaa" donne, dans son numéro d'avril 1953
des renseignements intéressants sur l'introduction du Tilapia au Tanganyika,,
Dans ce pays, la plupart des tribus ont une ration de protéine insuffisante
et l'augmentation de la production de poisson semble donc être le meilleur
moyen de remédier à cette carence. "Corona" donne les indications suivan-
tes sur la pisciculture au Tanganyika:

La méthode fondamentale d'élevage du poisson consiste à


construire des étangs peu profonds dans lesquels on dépose du frai
de poisson, que l'on élève dans les meilleures conditions possi-
bles. Des étangs distincts sont prévus pour les différents stades
de croissance, la division classique étant l'étang à frai, l'âlevi-
nier et l'étang d'élevage. Il est indispensable de surveiller
constamment le niveau d'eau afin de le maintenir la profondeur i i
optimum (75 cm» environ) pendant la période de croissance. Il
est également très utile de pouvoir assécher les étangs à vo-
lonté, afin de sécher le sol et de le labourer en vue de dé-
truire les parasites et les poissons prédateurs et de maintenir |
sa fertilité.....

Après neuf mois de croissance, les poissons peuvent


peser une moyenne de 340 grammes, ce qui, avec une densité pou-
vant s'élever à 3.000 par acre* de surface d'eau, donne une pro-
duction de plus d'une tonne à l'acre. Ce résultat soutient
favorablement la comparaison avec la quantité de viande qui peut
être produite sur un acre de pâturage, soit 136 Kg. dans les
meilleures conditions. Les possibilités qu'offre l'élevage du
poisson en vue de fournir des protéines animales au travailleur
africain sont donc considérables, mais les emplacements favora- " | l
blés sont évidemment très peu nombreux: on a en effet, évalué
à 18.174.000 litres par an la quantité d'eau nécessaire par acre
de pisciculture.... '' ,

Les poissons qui semblent promettre les meilleurs résultats


pour la production massive au Tanganyika sont les diverses espèces
du genre Tilapia; ces poissons sont savoureux, reproduisent bien , ,
et supportent le transport..o»

Les poissons résultant des essais effectués à Korogwe ont j


été vendus aux plantations de sisal pour l'alimentation de la main- i ,
d'oeuvre. Beaucoup d'ouvriers n'avaient jamais vu de poisson frais ' I
avant et ont consommé le Tilapia avec beaucoup de plaisir....
i

On a tenté de combiner la pisciculture et la riziculture, '


sur le même terrain. Cela se fait au Bengale et, d'une façon , ,'
générale, en Extrême-Orient, et permet dcutiliser le terrain de la i
façon la plus productive. On pense que poisson et riz se profitent |
mutuellement, car le poisson mange les algues gluantes qui poussent
sur les tiges du riz, trouvant ainsi sa nourriture, et il fume en
même temps le terrain où pousse le riz..».

Des étangs d'élevage ont été construits par une exploitation


de sisal dans la région de Korogwe en vue de fournir du poisson frais
au personnel et à la main-d'oeuvre.
i

L'article se termine par cette conclusion:


i
On voit donc que le développement d'une ressource ali- i
mentaire offrant des possibilités considérables et du genre le I

* un acre = 0,40 hectare.


le plus nécessaire aux africains du Tanganyika (protéine
animale) progresse.

Tilapia mossambica a été introduit à Hawaï en décembre 1951 où


il semble pouvoir être une source d'appâts vivants pour les pêcheries loca-
les de thon. Il conserve dans ce pays ses avantages de maturation précoce
(en quatre mois environ), de reproduction rapide et de ressource alimentaire
importante. Le rapport du Conseil des Commissaires pour l'Agriculture et
la Foresterie du Territoire de Hawaï portant sur la période du 1er juillet
1950 au 30 juin 1952, d'où nous avons tiré ces informations, déclare égale-
ment que:

Ces poissons offrent peut-être le moyen de débarrasser


les canaux d'irigation de certaines plantations de canne a sucre
des algues et autres plantes aquatiques, qui les encombrent.

Au Congo Belge (Afrique Centrale) Tilapia macrochin et Tilapia


melanopleura ont été élevés en étang avec d'excellents résultats» La pro-
duction annuelle est d'environ 2„000 kg. par hectare et ces poissons sont
très appréciés des consommateurs. On a constaté que Tilapia consomme non
seulement les feuilles de manioc et autres feuilles tendres, mais aussi les
feuilles de bananier et de paspalum.

De l'avis général, le Tilapia, bien que bon à manger, n'est pas


un poisson de première qualité comme le Chanos. Cependant, les propriétés
du Tilapia sont évidemment assez importantes pour expliquer l'intérêt qu'on
lui porte dans divers pays tropicaux. Les remarquables résultats obtenus
grâce à l'introduction de certaines espèces de Tilapia dans ces pays ne doit
cependant pas donner l'impression que nous préconisons ici l'introduction
inconsidérée de Tilapia ou d'autres espèces. Il faut se rappeler que, de
toutes façons, ces introductions doivent être effectuées par les Services
des Pêches, et non par des amateurs non-spécialisés. Pour citer M. W.H.
Schuster, un expert hollandais en matière de pêches:

Sans une certaine somme de recherches limnologiques


(étude scientifique de la vie en eau douce) il est impossible
de développer la pêche intérieure»