Vous êtes sur la page 1sur 9

CHAPITRE 10

Comportement Élastique
d'un Matériau Composite Orthotrope

10.1 LOI DE HOOKE POUR


UN COMPOSITE ORTHOTROPE

10.1.1 Composite orthotrope


Les stratifiés sont constitués de couches de matériaux composites unidirec-
tionnels ou de composites à base de tissus. Généralement, les tissus (Chapitre 2)
sont constitués de fils unidirectionnels croisés à 90 ° : les uns dans le sens chaîne,
les autres dans le sens trame. Ces couches possèdent trois plans de symétrie
orthogonaux deux à deux, et se comportent d'un point de vue élastique comme un
matériau orthotrope. Les directions principales (1, 2) seront prises respectivement
suivant la direction chaîne et la direction trame ; ces directions seront également
notées L et T (figure 10.1). La direction 3 orthogonale au plan de la couche sera
également notée T'.

3, T ′

2, T
sens trame

1, L
sens chaîne

FIGURE 10.1. Couche de matériau composite orthotrope.


10.1 Loi de Hooke pour un composite unidirectionnel 183

10.1.2 Matrices de rigidité et de souplesse


Le comportement élastique d'un matériau composite orthotrope est décrit en
introduisant soit les constantes de rigidité Cij, soit les constantes de souplesse Sij.
Compte tenu des résultats établis au Chapitre 7 (relation 7.14), la loi de Hooke
s'écrit suivant l'une des formes matricielles :
⎡ σ 1 ⎤ ⎡ C11 C12 C13 0 0 0 ⎤ ⎡ ε1 ⎤
⎢σ ⎥ ⎢C 0 0 0 ⎥⎥ ⎢⎢ε 2 ⎥⎥
⎢ 2 ⎥ ⎢ 12 C22 C23
⎢σ 3 ⎥ ⎢C13 C23 C33 0 0 0 ⎥ ⎢ε 3 ⎥
⎢ ⎥=⎢ ⎥⎢ ⎥, (10.1)
⎢σ 4 ⎥ ⎢ 0 0 0 C44 0 0 ⎥ ⎢ε 4 ⎥
⎢σ 5 ⎥ ⎢ 0 0 0 0 C55 0 ⎥ ⎢ε 5 ⎥
⎢ ⎥ ⎢ ⎥⎢ ⎥
⎢⎣σ 6 ⎥⎦ ⎢⎣ 0 0 0 0 0 C66 ⎥⎦ ⎢⎣ε 6 ⎥⎦
ou
⎡ ε1 ⎤ ⎡ S11 S12 S13 0 0 0 ⎤ ⎡σ1 ⎤
⎢ε ⎥ ⎢ S S22 S23 0 0 0 ⎥⎥ ⎢⎢σ 2 ⎥⎥
⎢ 2 ⎥ ⎢ 12
⎢ε 3 ⎥ ⎢ S13 S23 S33 0 0 0 ⎥ ⎢σ 3 ⎥
⎢ ⎥=⎢ ⎥⎢ ⎥ . (10.2)
⎢ε 4 ⎥ ⎢ 0 0 0 S44 0 0 ⎥ ⎢σ 4 ⎥
⎢ε 5 ⎥ ⎢ 0 0 0 0 S55 0 ⎥ ⎢σ 5 ⎥
⎢ ⎥ ⎢ ⎥⎢ ⎥
⎢⎣ε 6 ⎥⎦ ⎢⎣ 0 0 0 0 0 S66 ⎥⎦ ⎢⎣σ 6 ⎥⎦
Le comportement élastique d'un matériau composite orthotrope est donc carac-
térisé par 9 coefficients indépendants :
C11, C12, C13, C22, C23, C33, C44, C55, C66,
ou
S11, S12, S13, S22, S23, S33, S44, S55, S66.
Les matrices de rigidité et de souplesse étant inverses l'une de l'autre, nous
avons :
2
S 22 S33 − S 23 S13 S23 − S12 S33
C11 = , C12 = ,
∆S ∆S
2
S33 S11 − S13 S12 S23 − S13 S22
C22 = , C13 = ,
∆S ∆S (10.3)
2
S11S 22 − S12 S12 S13 − S23 S11
C33 = , C23 = ,
∆S ∆S
1 1 1
C44 = , C55 = , C66 = ,
S44 S55 S66
avec
2 2 2
∆S = S11S 22 S33 − S11S23 − S22 S13 − S33 S12 + 2 S12 S23 S13 .
184 Chapitre 10 Comportement élastique d'un composite orthotrope

Les relations inverses donnant les coefficients de souplesse en fonction des coef-
ficients de rigidité sont obtenues en intervertissant les rôles de Cij et Sij.
Le composite unidirectionnel est un cas particulier de matériau orthotrope dit
orthotrope de révolution, pour lequel :
C13 = C12 , C44 = 1
2 ( C22 − C23 ) ,
(10.4)
C33 = C22 , C55 = C66 ,
et
S13 = S12 , S44 = 2 ( S22 − S23 ) ,
(10.5)
S33 = S22 , S55 = S66 .

10.2 MODULES DE L'INGÉNIEUR


Les modules usuels de l'ingénieur (module d'Young, coefficients de Poisson,
modules de cisaillement) s'expriment simplement en fonction des coefficients de
souplesse.

10.2.1 Traction dans le sens chaîne


Dans un essai de traction suivant le sens chaîne, toutes les contraintes sont
nulles, excepté la contrainte σ1 :
σ 1 ≠ 0,
(10.6)
σi = 0 si i = 2, 3, . . . , 6.
En fonction des constantes de souplesse, les équations d'élasticité s'écrivent :
ε1 = S11σ 1,
ε 2 = S12σ 1 ,
(10.7)
ε 3 = S13σ 1,
ε 4 = ε 5 = ε 6 = 0.
Soit :
1 S12 S13
σ1 = ε1 , ε2 = ε1, ε3 = ε1. (10.8)
S11 S11 S11
Nous en déduisons le module d'Young et les coefficients de Poisson, mesurés
dans un essai de traction suivant le sens chaîne :
1
Ech = EL = E1 = ,
S11
(10.9)
S S
ν LT = ν12 = − 12 , ν LT ′ = ν13 = − 13 .
S11 S11
10.2 Modules de l'ingénieur 185

10.2.2 Traction dans le sens trame

Dans un essai de traction suivant le sens trame, seule la contrainte σ2 n'est pas
nulle :
σ 2 ≠ 0,
(10.10)
σi = 0 si i ≠ 2.

Les équations d'élasticité s'écrivent :


ε1 = S12σ 2 ,
ε 2 = S22σ 2 ,
(10.11)
ε 3 = S23σ 2 ,
ε 4 = ε 5 = ε 6 = 0.
Soit :
1 S12 S23
σ2 = ε2 , ε1 = ε2, ε3 = ε2. (10.12)
S22 S22 S22

D'où le module d'Young et les coefficients de Poisson, mesurés dans un essai de


traction suivant le sens trame :

1
Etr = ET = E2 = ,
S 22
(10.13)
S S
ν TL = ν 21 = − 12 , ν TT ′ = ν 23 = − 23 .
S 22 S22

10.2.3 Traction transversale


Nous appellerons traction transversale une traction effectuée dans une direction
normale au plan de la couche :
σ 3 ≠ 0,
(10.14)
σi = 0 si i ≠ 3.

Nous obtenons aisément le module d'Young transversal et les coefficients de


Poisson correspondants :
1
ET ′ = E3 = ,
S33
(10.15)
S S
ν T ′L = ν 31 = − 13 , ν T ′T = ν 32 = − 23 .
S33 S33
186 Chapitre 10 Comportement élastique d'un composite orthotrope

10.2.4 Relation entre modules d'Young et coefficients


de Poisson
La comparaison des diverses relations établies (10.9), (10.13) et (10.15)
permet d'écrire :
EL ET EL ET ET ET ′
= , = , = , (10.16)
ν LT ν TL ν LT ′ ν T ′L ν TT ′ ν T ′T

relations qui s'écrivent sous la forme condensée :

Ei Ej
= , i, j = 1, 2, 3 ou L, T , T ′. (10.17)
ν ij ν ji

10.2.5 Essais de cisaillement


Un essai de cisaillement dans le plan de la couche correspond à un état des
contraintes tel que :
σ 6 ≠ 0,
(10.18)
σi = 0 si i ≠ 6.
Soit :
ε1 = ε 2 = ε 3 = ε 4 = ε 5 = 0,
(10.19)
σ 6 = C66ε 6 .

Nous en déduisons le module de cisaillement dans le plan de la couche :

1
G12 = GLT = C66 = . (10.20)
S66

De même, nous trouvons les modules de cisaillement dans des essais trans-
versaux :
— suivant le sens chaîne :

1
G13 = GLT ′ = C55 = , (10.21)
S55

— suivant le sens trame :

1
G23 = GTT ′ = C44 = . (10.22)
S44
10.3 Constantes de rigidité et de souplesse en fonction des modules de l'ingénieur 187

10.2.6 Conclusion
La relation d'élasticité (10.2) s'écrit, en introduisant les modules de l'ingénieur,
sous la forme :
⎡ 1 ν ν ⎤
⎢ E − 12 − 13 0 0 0 ⎥
E1 E1
⎢ 1 ⎥
⎢ ν12 1 ν 23 ⎥
⎢ − − 0 0 0 ⎥
⎡ ε1 ⎤ E1 E2 E2 ⎡σ1 ⎤
⎢ε ⎥ ⎢ ⎥⎢ ⎥
⎢ 2 ⎥ ⎢ − ν13 − ν 23 1 ⎥ ⎢σ 2 ⎥
0 0 0
⎢ε 3 ⎥ ⎢ E1 E2 E3 ⎥ ⎢σ ⎥
⎢ ⎥=⎢ ⎥⎢ 3⎥ . (10.23)
⎢ε 4 ⎥ ⎢ 0 0 0
1
0 0 ⎥
⎥ ⎢σ 4 ⎥
⎢ε 5 ⎥ ⎢ ⎢ ⎥
⎥ ⎢σ 5 ⎥
G23
⎢ ⎥ ⎢
⎢⎣ε 6 ⎥⎦ ⎢ 0 0 0 0
1 ⎥ σ
0 ⎥ ⎢⎣ 6 ⎥⎦
⎢ G13
⎢ ⎥
⎢ 1 ⎥
⎢⎢ 0 0 0 0 0
G12 ⎥⎦⎥

Le comportement élastique d'un matériau composite orthotrope peut être décrit
par les 9 modules indépendants :
― 3 modules d'Young : E1 , E2 , E3 ou EL , ET , ET ′ ,
― 3 coefficients de Poisson : ν12 , ν13 , ν 23 ou ν LT , ν LT ′ , ν TT ′ , (10.24)
― 3 modules de cisaillements : G12 , G13 , G23 ou GLT , GLT ′ , GTT ′ .
Les 3 autres coefficients de Poisson sont déterminés à l'aide de la relation (10.17).

10.3 CONSTANTES DE RIGIDITÉ ET DE SOUPLESSE


EN FONCTION DES MODULES DE L'INGÉNIEUR

10.3.1 Constantes de souplesse


Les expressions des constantes de souplesse s'obtiennent sans difficulté à partir
des expressions établies au paragraphe précédent, soit :

1 ν12 ν13
S11 = , S12 = − , S13 = − ,
E1 E1 E1
1 ν 23 1
S 22 = , S23 = − , S33 = , (10.25)
E2 E2 E3
1 1 1
S 44 = , S55 = , S66 = .
G23 G13 G12
188 Chapitre 10 Comportement élastique d'un composite orthotrope

10.3.2 Constantes de rigidité


Les expressions des constantes de rigidité en fonction des modules de l'ingé-
nieur s'obtiennent à partir des relations (10.3) et (10.25), soit :

1 −ν 23ν 32 ν 21 +ν 31ν 23 ν 12 +ν 32ν13


C11 = , C12 = = ,
E2 E3∆ E2 E3∆ E1E3∆
ν 31 +ν 21ν 32 ν +ν ν 1 −ν13ν 31
C13 = = 13 12 23 , C22 = ,
E2 E3∆ E1E2 ∆ E1E3∆
ν +ν ν ν +ν ν 1 −ν 12ν 21
C13 = 32 12 31 = 23 21 13 , C33 = , (10.26)
E1E3∆ E1E2 ∆ E1E2 ∆
C44 = G23 , C55 = G13 , C66 = G12 ,
avec
1 −ν12ν 21 − ν 23ν 32 −ν 31ν13 − 2ν 21ν 32ν13
∆= .
E1E2 E3

10.3.3 Restriction sur les coefficients d'élasticité


Si une seule contrainte suivant un axe principal est appliquée au matériau, la
déformation suivant cette direction est de même signe que la contrainte. Il en
résulte que :
S11 , S 22 , S33 , S44 , S55 , S66 > 0, (10.27)

ou en terme de modules d'ingénieur :


E1 , E2 , E3 , G23 , G13 , G12 > 0. (10.28)

De même, si l'on impose au matériau une seule déformation suivant un axe


principal, la contrainte qui en résulte dans cette direction a le même signe que la
déformation imposée. Il en résulte que :
C11 , C22 , C33 , C44 , C55 , C66 > 0, (10.29)
et compte tenu de (10.26) :
1 − ν 23ν 32 > 0, 1 − ν13ν 31 > 0, 1 − ν12ν 21 > 0, (10.30)
et
1 − ν12ν 21 − ν 23ν 32 − ν 31ν13 − 2ν 21ν 32ν13 > 0, (10.31)

puisque la matrice S est définie positivement (déterminant positif), le travail


thermodynamique étant positif. Cette même propriété associée aux relations
Exercices 189

(10.26) implique également :

S23 < S22 S33 ,


S13 < S11S33 , (10.32)
S12 < S11S 22 .

En utilisant les relations de symétrie (10.17), les conditions (10.30) peuvent égale-
ment s'écrire :

E2 E1
ν 21 < , ν12 < ,
E1 E2
E3 E2
ν 32 < , ν 23 < , (10.33)
E2 E3
E1 E3
ν13 < , ν 31 < .
E3 E1

De même en reportant les relations de symétrie dans la condition (10.31), nous


obtenons :
2 E1 2 E2 2 E3
2ν 21ν 32ν13 < 1 −ν 21 −ν 32 −ν13 < 1. (10.34)
E2 E3 E1

Les deux dernières conditions peuvent être regroupées pour obtenir :


2
⎛ 2 E2 ⎞ ⎛ 2 E3 ⎞ ⎛ E1 E ⎞
⎜1 − ν 32 ⎟ ⎜1 − ν13 ⎟ − ⎜⎜ν 21 + ν 32ν13 2 ⎟⎟ > 0 . (10.35)
⎝ E3 ⎠ ⎝ E1 ⎠ ⎝ E2 E1 ⎠

Enfin, la condition précédente peut être réarrangée de manière à obtenir des


bornes sur le coefficient de Poisson ν21 :

⎡ E ⎛
12 12
E2 ⎤
2 E2 ⎞ ⎛ 2 E3 ⎞
− ⎢ν 32ν13 2 + ⎜1 −ν 32 ⎟ ⎜ 1 − ν 13 ⎟ ⎥
⎢⎣ E1 ⎝ E3 ⎠ ⎝ E1 ⎠ E1 ⎥

< ν 21 < (10.36)
⎡ E2 ⎛
12 12
E2 ⎤
2 E2 ⎞ ⎛ 2 E3 ⎞
− ν 32ν13
⎢ − ⎜1 −ν 32 ⎟ ⎜1 −ν13 ⎟ ⎥.
⎢⎣ E1 ⎝ E3 ⎠ ⎝ E1 ⎠ E1 ⎥

EXERCICES

10.1 Calculer les constantes de rigidité et de souplesse d'un composite orthotrope


de caractéristiques :
190 Chapitre 10 Comportement élastique d'un composite orthotrope

EL = 30 GPa, ET = 20 GPa, ET ′ = 10 GPa,


ν LT = 0,14, ν LT ′ = 0,30, ν TT ′ = 0,32,
GLT = 4 GPa, GLT ′ = 3,5 GPa, GTT ′ = 2,5 GPa.

10.2 Calculer les constantes de rigidité et de souplesse d'un composite orthotrope


de caractéristiques :
EL = ET = 25 GPa, ET ′ = 10 GPa,
ν LT = 0,12, ν LT ′ = 0,30, ν TT ′ = 0,32,
GLT = 4, 2 GPa, GLT ′ = GTT ′ = 3,5 GPa.