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EDUARD MEYER

HISTOIRE

DE L’ANTIQUrrÉ
TOME II

L 'É G Y P IE JUSQU’A L ’ÉPOQUE DES HYKSOS

TRADUIT PAR

ALEXAND R E M O R E T
C O N SE R V A T E U R D U M U SEE « C i ^ lE T

i > i « p r T n U A i» JO iN T A i. 'É c o i . E i> i:s i i a i t e s - î ;t u u ;s

PARIS -
LIBRAIRIE PAUL GEUTHNER
13, RUE JACOB, V I“

1914
D É D IÉ A A D O L F E R M A N

en lémoignage d ’une vieille am itié.


TABLE DES M ATIÈRES

P a g e s.
P h k f a c e ......................................................................... v il
T r A N SC IU FTIO .N ................................................................................................................. X III
A|5Iu ':V!ATIONS................................................................................................................. XXIII

LES PLUS ANCIENNES CIVILISATIONS HISTORIQUES

L\\[\E PHK M IER


l ’kg y pti : j c s q u ’a la f in dk l ' é p o q u e d e s iiy k so s

Sources pour l ’histoire de l’É g y p te ........................................................ *1


Le décliîfTrcment des hiéroglyphes, | | H 8-IU1, p. 1 .— Monu-».
ments et écrivnîns, 1.50-158, p. C. — Chronologic, 5^.^ 1.59 à
K)3, p. 27.
1. Commencements de la civilisation et de 1 histoire de l'Égypte. . 30
Les Égyptiens et leurs voisins. Les races du nord de l’Afri-
(juc. KU-1C7, J». 30. — La plus ancienne civilis.nlion dans la
valTée du Nil, DiSàl 7.5, p. 57. — Les N oincs,étals indépendanls
et les dieux des nomc<, S.i 170-181, p. 74. — La religion égyp-
licnne, Il 182-1111, p. 87.
IL Les États primitifs de l'Égypte. Les royaumes des adorateurs
d'H o ru s...................................................................................................... iüi>
La Irodition, g 192, p. loi),— Le royaume le jdus ancien de
Ba.ssc-Kgyple, l.e développement de la religion. Le calendrier,
55 193 197, p. I l l , — Les adorateurs d’IIorus et les deux royau­
mes, Il 198 à 2ui, p. 118. — La formalion île l’écriture, | | 202-203,
p. 127. — Le plus ancien développement du culte des morts,
55 204, 20.5, p. 132.
111. L'Égypte sous les T h i o i t e s ............................................................. 13&
Les prédécesseurs do Mènes, 55 200-208. p. 130.— Le roi Menes
cl la !'• dynastie. |5 2ik)-2I2. p. 142. — II- dynastie, | | 213 à 215,
p. 1.52. — La civilisation de l’époque lliiiiilc. L’art, 216-218,
p. 1.58— L’Kl.nt. Loyauté et administration, | | 219-224, p. 163. —
La civilisation maléi-ielle. Liltératui'o et science, | | 225-226,
p. 171. — Rapports dos L'ivpliens avec leurs voisins, gg 227-229,
p. 177.
ZS9 T A B L E D ES M A TIER ES

P ages.
I V . L’Ancien E m p ire .................................................................................. . \Si
La III- dynastie, %%230-231, p. ISl. — La IV* dynastic, | | 232 à
23.5, p. lyo. — Les tombeaux de l'Ancien Empire, | | 236-240,
|). l‘J8. — État et Administration sous l’Ancien Empire, §§ 2U-
213, p. 207. — V* dynastie et le culte du soleil, | | 249-252, p. 222.
— Relations extérieures de l’Ancien Empire, 253-254, p. 231.
— La civilisation de l’Ancien Empire. L’art, 253-260, p. 234.
V . La fin de l'Ancien Empire et lepoque de t r a n s i t i o n ..................... •il7
Le développement de la féodalité et la VI* dynastie, §§ 261-26.J,
I». 217, — Relations extérieures. La Nubie. Combats en Syrie,
265-21)6, p. 2.37.— VIII* dynastie. Dissolution de l'unité du
royaume, !§ 267-268, p. 2.)9. — Évolution de la civilisation
pendant l'époque de transition. Les commencements du mono­
théisme solaire, §| 260-272, p. 266. — Les Ilérakléopolilains,
1% 273-274, p. 274.
V I. Le Moyen Empire............................................................................. •27!)
L’avèncmcnl de Tlièbes cl la XI* dynastie, 275 é 279, p. 279.
— Amenemhet I*' et la XII* dynastie, §§ 230à 231, p. 203. — Orga­
nisation et histoire intéi’icure du royaume, SI 282 h 2.37, p. 298.
— Guerres et relations extérieures. Nubie. Syrie. Grèce,
51 287a à 291, j). 310. — Constructions. Le Fayoum, |§ 292-293,
p. 320. — Art cl littérature. Prophéties, 294-297, p. 324.
V IL Décadence du Moyen Empire et domination étrangère . . . 332
La XIII* dynastie, §1 298-302,p. 332.— Le royaume des Ilyksos,
I l 3U3-308, p. 346. — Lcs vassaux dc.s Ilyksos. La XVII* dy­
nastie, Il 309-310, p. 3.>9.

• T o u r s , im p rim e rie E . A rrault c l C *.


PR E F A C E

La prem ière partie de mou H istoire de V Antiquité, dont


j ’ai donné une nouvelle édition rem aniée, au com m encem ent
lie l’année 1909, retrace le d éveloppem ent de tous les peu­
ples connus dans l’histoire et des civilisations p ropres au
g ro u p e des peuples m éditerranéens, j u s q u ’au seizième
siècle avant Jésus-C hrist. A partir de cette époque, les rap ­
ports entre les pays divers s’accroissent et se multiplient
tellem ent qu’une étude d ’ensem ble s ’impose au lieu de
l’étude séparée de ces peuples distincts, qui ju s q u ’ici avaient
suivi leur développement particulier, non sans exercer to u ­
tefois l ’un su r l’autre une influence réciproque. Cette façon
d ’ordonner notre su jet offre un p rem ier avantage : les nom-
lireux problèmes qui se rattachent aux origines historiques
de chaque peuple, en particulier les questions connexes, rela­
tives à l’ethnographie et à la civilisation, sont abordés dans
le présent volume et n ’encom breront plus la suite de cette
Histoire. Cette division du su jet nous p erm et encore d ’em ­
brasser ces civilisations diverses sous u n point de vue d ’en­
semble : à savoir, comm ent se sont accomplis les p ro g rèsd e
l’humanité et comment s’est développée la vie historique,
question su r laquelle je reviens au d ern ier chapitre, pour
V III PnÉFA CE

ressei'i’c r le lieu entre cette partie et la précédente, où j ’ai


examiné en théorie les "Çi-andes <[iiestions générales.
Dans la préface du p rem ier volume, j ’ai déjà m ontré
quelles nom breuses recherches de détail exigeait ma tâche.
Sans les nombreux matériaux (jiu^ m’ont livrés les biblio­
thèques et les collections précieuses des musées royaux (de
Berlin), je n’aurais pu m è n e r a bien cet ouvrage. Pour l’aide
tjui m ’a été prêtée dans la seconde édition, pour les m u l­
tiples suggestions que j ’ai reçues dans la correction des
deux prem iers volumes, je dois des rem erciem ents spéciaux
à MM. 11. R anke, A. U ncnad, et surto u t à L. M esseu-
sciiMiDT, si p rém atu rém ent enlevé, on 1911, à une carrière
pleine do prom esses e t à une activité scientifique en p ro g rès
continu. Dans les chapitres qui concernent la civilisation
égéo-crétoise, j ’ai été aidé do la même manière par
MM. 1'. N oack et R. Z aiin ; dans ceux qui traitent des Indo-
germ ains et des Aryens par mon cher collègue \V. Schulze.
Avec G. Steindorfk, j ’ai discuté on détail les problèmes de
la transcription des noms égyptiens et, on outre, je lui dois
beaucoup do remarcjiies précieuses dont j ’ai tiré parti dans
le p rem ier livre. Mais, cette fois encore, je dois u n e g r a ­
titude particulière à llEiNnicii Scii.EKEn avec qui j ’ai examiné,
sous toutes leurs faces, les problèmes généraux qui sont
abordés dans les deux prem iers livres; il a mis constam­
ment à mon service son érudition abondante et sûre, qui
s’étend à tous les domaines de l’antiipiité orientale.

Ce qui précède est em prunté à la préface de ma seconde


édition (4 novembre 1908).

S u r ces entrefaites, l’édition a été épuisée, malgré un fort


tirage, plus tôt q u ’on n ’avait prévu. Ces dernières années
ne m ’ont pas perm is d ’achever, comme je l’avais esp éré, la
refonte de mon o uv rage; j ’ai été appelé en Amérique p e n ­
dant l’hiver 1909-1910, à titre de professeur d ’échange ; puis,
à mon retour, mes fonctions de doyen ont absorbé mon acti­
vité à tel point q u ’il m ’a fallu, après ce surm enage, p rendre
un tem ps de repos. Ce n ’est que l’auloinnc d ern ier que j ’ai
pu m e rem ettre à ma b esogne. J’ai commencé par rem a­
nier à nouveau le p résent volume, et, désormais, je l ’e s ­
père, rien ne m ’empêchera de poursuivre la tâche en tre­
prise.
Dans cette nouvelle édition, j ’ai essayé de rassem bler et
d ’utiliser to us les docum ents nouveaux qui en tre temps
étaient venus au jo ur, et, pour le reste, de soum ettre à uu
nouvel c.\amen, de vérifier encore une fois toutes les q u es­
tions im portantes. Force m ’a donc été d ’introduire de nom ­
breux changem ents et des développements nouveaux ; aussi
le p re m ie r livre (su r l’Egypte) contient-il 24 pages, le se­
cond livre (sur Dabylone et les Sémites) 51, e t le troisième
livre (peuples de l’O rient et du Nord) 10 pages, de plus
que dans l’édition précédente. Néanmoins, il a été |)0ssible
de conserver su r tous les sujets im portants la division an­
cienne des chapitres et l ’o rdre des paragraphes, en dépla­
çant légèrem ent les phrases du texte ou en intercalant des
paragraphesadd itio n nels (1).
E n Egypte, les docum ents d ’une réelle nouveauté n ’ont
pas surgi en très grand n o m b re dans les quatre dernières
années ; exception faite pour la Nubie et ses anciennes n é ­
cropoles que nous connaissons a u jo u rd ’hui plus exactement
(§ 165a), il n ’}' a g u ère à m entio n n er que les décrets de
Koptos p o u r avoir augmenté notablem ent notre savoir

(1) Je fais remarquer que les ! ; 287 a e t 426 a existaient déjà dans la pré-
cédente édition.
(§ 268 n); à ce pi'opos, j ’cxpi ime mon vif rej^ret de n ’avoh-
pu utiliser à tem ps les mémoires de G a r d in e r P S I iA , 84,
258 Si/ . ) , de A. M oret {Journ. osio/ii/ut!, juillet-août 1912) et
de S et iie {Göll. Gel. A n z ., 1912, 705 si/.), ([ui, à ])lusieurs
reprises, confirment mes p ro p res idées. Kn revanche, les
docum ents nouveaux sont très nombreux pour la liabylonio;
je citerai surtout la liste nouvelle dos rois, dressée par
SciiEiL (§ 329n) et toutes les découvertes que publient non
seu lem ent S c iie il , mais aussi, avec un /.èle infatigable,
TiiUREAU-DANGlNdans chaque num éro de \aH evue d 'A ssy rio -
iogie. En outre, K ug ler est arrivé à fixer une date astro n o ­
mique (§ 328) qui é ta b lit,su r une base nouvelle, la chrono­
logie des temps anciens jus([u’au d ébu t de l’époque îles
Kosséens. 11 a donc fallu ici rem anier complètem ent les troi­
sièm e et quatrième parties de ce livre, et une g ran d e part de
la cinquième; même, j ’ai dû, au cours de l’im pression, tran s­
former encore une fois le chapitre concernant le royaume
d ’Akkad en prenant pour base nouvelle des documents
com m uniqués par P oerel (§ 397 n). En outre, j ’ai cru néces­
saire de m ’arrêter plus lo nguem ent q u e je n ’avais fait aup a­
ravant su r riiistoiro de l’Elam, quels q u ’en soient encore
les lacunes et le décousu.
Nos renseignem ents su r l’Assyrie ancienne continuent à
m anquer de suite et de cohésion s u r tous les points im|>or-
tants et ju s q u ’au milieu du deuxième millénaire; chaque trou-
vaillenouvelle nousplace devant une énigm enouvelle, n o tam ­
m ent cette date q u ’on a retrouvée p o ur les tablettes d ’argile
provenant de la colonie assyrienne en Cappadoce (§ 435) fl).

(1) J'ai mallieureuscmeiil oublié de signaler la tablette cappadocienne


publiée par S ayce dans les Babyloniaca (éd. VinoLLEAUD), IV, 1911, 6ü; clic
nous montre un sceau du Sarrou(kin) (avec délerminatif du dieu), palesi
de Asir, du fils de I(kounoum), patesi de Asir, sur lequel est gravé, comme
le texte l’explique, le dieu de la lune assis, avec un prôtré (?) et un oranl(ce
Aussi comprendra-t-on <|ue dans celle nouvelle édition,
je me sois tenu dans une réserve plus grande que dans l’édi­
tion p récéd en te: essayer do dresser, avec des noies sans
lien, un tableau d ’ensem ble eût clé une en trep rise |>réma-
Uirée. l i e n va de même pour toute l ’histoire de laMésopolamie
et pays avoisinants, dans la prem ière moitié du deuxième
millénaire ; mais nous devons nous attendre à ce c[u’un
a v en ir prochain nous appoiie ici des documents tout à fait
nouveaux'. En revanche, notre satisfaction est d ’autant plus
g r a n d e à c o n s la le r que l'Iiisloiro de la Babylonie au troisième
millénaire se raccorde toujours plus étroitem ent et gagne
en intensité de vie; il nous est perm is d ’envisager avec cer­
titude l’accroissement continu de trouvailles qui complé­
teront les lacunes encore existantes.
\ vrai dire, j ’avais compté in sérer à celte place d ’im por­
tants su pplém ents tirés des fouilles entrep rises à W ark a
par la Deutsche O rientgeseU schaft, au cours des mois d e r ­
n iers; mais cet espoir ne s’est pas réalisé. Le directeur des
fouilles, agissant en opposition formelle avec les intentions
do ceux qui l’envoyèrent en mission, s ’est entêté, avec une
obstination à peine concevable, à exhumer des édifices de
J ’époque des Séleucides et des Parlhes, ce qui lui a fait
négliger tout le reste. Après celte négligence, il faut s ’at­
tend re sû rem en t à ce que les fouilles clandestines rep ren ­
nent de plus belle ; elles nous ont rapporté ces derniers temps
beaucoup de précieux documents de W a r k a ; elles m ettront
encore au jo u r bien d ’autres monum ents de l’époque de l’e m ­
pire de Sum er et d’Akkad et des dynasties antérieu res de
ü u ra c k , que le fouilleur allemand aura dédaigné de'chercher.
Dans le troisième livre, les chapitres su r la C rète ont eu

sceau est donc dans le style des cylindres de t’empire de Sumer et d’Akkad).
A reporter au S 463 n.
Ijcsoin d ’être remaniés de fond en comble, car, fourvoyé par
la fâcheuse teiminologie d'EvANs, j ’avais, dans ma précé­
dente édition, donné une interprétation tout à fait faussedu
^Minoéen moyen III. Ici, j ’ai eu recours à p lu sieu rs reprises
à liuGol’m.Nz, mais je lui dois su rto u t de la gratitude pour
m ’avoir fourni une série de sug g estio n s et de rem arques
précieuses su r les m onum ents d es Cliétites.
J ’ai cto heureux d ’avoir l ’aide d ’IluBERT S chm idt qui a
revu le chapitre concernant les comm encements de la civi­
lisation en E urope et le chapitre de la fin, et je sais g ré à
E. VON L u sc h a n des corrections q u ’il m ’a proposées poul­
ie § GOO. Quant aux chapitres qui ont trait aux Indo-Germains
et Aryens, il y a eu peu de chose à y ajouter, sauf l’in te r­
prétation correcte de Varouna donnée par L ü d e r s (§ 586).

Berlin-Lichterfelde, le 12 juin 1913,


E duard M e y e r .
TRANSCRIPTION

Rendre les sons d’une langue étran g ère par les lettres de
notre alphabet courant, et de telle sorte que le lecteur les
com prenne et q u ’il puisse se figurer approximativement la
prononciation correcte du mot étran g er, c’est une tâche que
la science regard e comme insoluble. Toute langue étrangère,
en effet, possède do nombreux sons qui nous m anquent ;
or nous-m êm es nous im aginons par une illusion bi/.arreque
nous écrivons comme nous parlons, tandis q u ’en réalité
nous écrivons avec un alphabet étranger, qui est p u rem en t
conventionnel, qui s ’est adapté tant bien que mal à notre
langue, mais qui n ’en peut re n d re certains sons q u ’imparfai-
temcnt, ou même pas du tout, l ’ar exemple, nos sons alle­
mands ch et sch, nous ne pouvons les rep résen ter que par
une combinaison arbitraire de plu sieurs lettres, et, chose
p articulièrem ent néfaste, nous n ’avons point de signe en
allemand pour l's sonore (s doux) si familier à notre langue, et
nous l’exprimon =, comme l ’s sourd, par le mêm e s. De mêm e,
nous m anquons de signes pouf re n d re des sons qui sont
courants dans les mots é tran g ers : tels que le son du j
français et de l ’anglais ch, tandis q u ’en revanche nous pos­
sédons plusieurs signes pour d ’au tres sons : f et v , k ot q ;
c = tantôt Is, tantôt = k \ à ce défaut s ’ajoute une in te rp ré ­
tation des voyelles et diphtongues qui est tantôt insuffisante,
tantôt à reb ou rs. Le résultat est celui-ci : quelle que soit
T R A N S C n ir T lO N

notre transcription, le lecteur, s’il ne connaît pas la langue


étrangère, prononcera toujours de travers ; aussi toute tr a n s ­
cription fjue nous employons scra-t-ellc insuffisante et se
prêtera, non sans raison ,à lacriti([ue.
A vrai dire, c’est une cliose assez indifférente en soi que
d'écrire ou prononcer un mot étran g er de telle ou telle façon,
pourvu q u ’il ne |)uisse y avoir aucun doute su r la personne
ou la localité dont il s’agit. Mais pour la recherche scienti­
fique, et dans un livre co nim ecclui-ci,ily a nécessitéahsolue
à employer une transcription aussi é.xacle q ue possible, car
c’est par là seulem ent <|u’on connaîtra avec certitude le non\
étran ger, sa signification, etc., c’est ainsi (|u’on préviendra
les erreu rs et les confusions et q u ’on se placera su r un
terrain [>ropre à étendre le champ des combinaisons. Il est
clair ({u’à la base du p résen t travail, il devrait y avoir un
alphabet de transcription unique et que celui-ci devrait se
fonder su r la vocalisation des langues sém itiques et de l’égyp­
tien, à la(|uello la vocalisation des langues indogerm aniques
aurait à s’adapter. A cause de cette raison, la transcription
en usage parmi les sanscritistes, si prati(|ue soit-elle pour
reu d re les tc.vtcs indiens, était pour nous inutilisable;,
d’ailleurs, d ’une façon générale, elle serait inappropriée à un
ouvrage qui ne s’adresse pas aux seuls spécialistes, car elle
se base su r la prononciation anglaise des lettres, et elle
donne aux signes c, c h ,j , y une valeur à laquelle nul lecteur
allemand ne saurait s ’accoutumer, s’il n ’a pas appris le
sanscrit.
Toutefois, aucune transcription ne peut éviter certains
écarts entre elle et la valeur allemande des lettres. L’eniidoi
de la lettre c par exemple s ’est partout généralisé pour
rep résenter le son de la sifflante sonore (notre s initial et
intcrvocaliqne) comme en français et en anglais, tandis
que la lettre s désigne toujours la sifllante « dure » et sourde.
E n outre, les sons em phatiques, dans lesquels la consonne
est émise avec force, sont re|)résentés par un point q u ’on
T H A N S C R IP T IÜ N

place SOUS cette consonne ^î ,); ce n ’est que pour le


k que nous disposons d ’un signe renforcé correspondant,
le q. Notre son do sch, je le note par s ( = s des sanscri-
tistos; la p a latales des Aryens, p resqu e toujours rendue
par f , je la transcris par s), tandis que p o ur la spirante vd-
laire nous pouvons, sans hésiter, g a rd e r notre ch familier.
Quant à l’explosive glottale, Valeph sémitique, qui est to u ­
jou rs, mais très faiblement, prononcé eu allemand, quoi­
q u ’il ne soit pas m arqué dans l’écriture — lacune qui est
souvent très regrettable dans les c o m p o s és—'-on la transcrit
le plus souvent par l’esp rit d o u x ’; p o ur le b u t que nous
avons en vue, on peut l’omettre dans le comm encement des
mots, tandis q u ’à l’intérieur dos mots, et aussi p o ur plus
de clarté, nous le représenton s par un tiret ■ — . Ce môme
son renforcé, le 'ain sémitico-égyption, est rep résenté p ar',
l’our la s|)irantc palatale, le j français, j ’ai adopté la tr a n s ­
cription i ; par conséquent, pour ce son combiné avec une
explosive (le j anglais) j ’ai adopté d z, et souvent aussi d j
(l’écritui’O populaire en est g én éralem en t dsch) ; la tén u e
correspondante est rendue p ar is ; quant à v et w, il faut les
p rononcer comme on an g lais; v a le son du w allemand, et
II’ celui de ou consonne.
Certes, cette transcription ne p eut s ’appliquer à tout sans,
exception, car il y a beaucoup de nom s qui ont conquis d ro it
de cité chez nous, sous des formes toutes spéciales ; il serait
par exemple de bien mauvais goût de vouloir écrire Sa’ûl,.
Dawîd, Slômô; quant à ces formes m on strueu ses qu'ont
créées les Masorètes, Tiglatpileser, Sanherib, Assarhaddon,,
Neboukadnezar, Ninivc, etc., nous ne pouvons son g er à les-
abolir, puisqu’elles ont été adoptées par L u th er (et dans,
une m esure plus large encore p a r l e s réform ateurs anglais),
et encore qu’il nous soit pénible de ne pouvoir em ployerles
si belles transcriptions grecques, telles que ysva/yiptêoç et
NaÇouxoSpicopo;. En revanche, quand il s’agit de noms rares et
peu connus, il n ’y a plus de raison pour ne pas les transcrire,
T R A N S C R IP T IO N

correctem ent. C’est le procédé que j ’ai appliqué largem ent


aux n om s bibliques, et, comme j e l ’avais déjà fait dans ma
prem ière édition et dans m es au tres ouvrages, p artout où
dans les Septante les formes correctes no u s sont conservées,
j ’ai employé celles-là au lieu des formes masoréliques. En
effet, p o u rp r e sq u e tous les nom s étrangers qui ne lui étaient
pas très familiers et p o u r un nom bre considérable de noms
indigènes, la vocalisation masorétiijue de nos bibles en
h ébreu forge des m onstres épouvantables, car les au teu rs
de celte vocalisation avaient p erd u tout so uv en ir de
la tradition. A pparem m ent, ils ont, de façon tout arbitraire,
équipé les consonnes des nom s propres avec des voyelles,
de sorte que c’est p u r h asard lo rsque, une fois ou autre, ils
ont à peu près renco ntré la forme correcte. Si on so livrait à
une étude des transcriptions dans les Septante (et aussi dans
.Josèphe, Philon, etc.), cette étude donnerait, non seulem ent
au point de vue historique, mais encore au point de vue
linguistique, les résultats les plus in téress an ts; il est
étran ge qu’un su jets! exceptionnellement fécond n ’ait encore
tenté aucun travailleur.
Vis-à-vis des nom s grecs, nous som m es dans la même
situ alionq ue pour les noms hébraïques, depuis que par un
idéal de classicisme, d ’ailleurs très peu pratique, on a aban­
donné la vieille habitude do rem placer les noms g recs par
leu rs équivalents latins. On a créé ainsi une confusion à
laquelle il n ’y a point de rem ède, car, conserver e n tièrem en t
et intégralem ent les formes grec(|u es,il faut y ren o n cer une
fois pour to u te s; en outre, toute transcription, meme la
plus correcte, n ’aboutit en som m e q u ’à une prononciation
qui est aussi éloignée, plus éloignée même, de la vraie que
la transcription latine. La limite où le savant doit s’arrêter
en pareil cas dépend uniquem ent de son tact ; elle sera donc
parfois incertaine et nous exposera p ar conséquent à des
objections justifiées, mais inévitables.
A ces difficultés d ’o rd re général v iennent s’ajoulcr les
T R A N S C R IP T IO N

problèmes extr êm em ent complexes que présente la tr a n s ­


cription de l ’égyptien. Je ne décrirai pas ici tout au long
les étapes douloureuses de la transcription des hiéroglyphes ;
je rem arquerai seulement que la théorie d ém ontrée par
B r u g sc h , dés 1857, a savoir que l’alphabet égyptien était à
l’origine, comme l’alphabet sém itique, pure écriture de
consonnes, a dû se frayer lentem ent son ch em in ; elle a été
adoptée par une partie au moins des égyptologues alle­
mands, d’abord en théorie, puis dans la pratique, mais
ils sont encore nombreux ceux qui continuent à se cabrer
opiniâtrement contre l’évidence des faits (cf.§149n). Néan­
moins cette question ne touche encore q u ’à une partie du
problème ; car il s ’agit, en outre, de savoir comm ent on
prononcera ce squelette de consonnes en y intercalant des
voyelles; or, quelles sont les voyelles correctes, nous ne le
savons que dans un petit nom bre de cas.
•l’ai discuté lon guem ent ces problèmes avec A d . E r m a n ,
11. Scii.TîFiiR et su rto u t avec G . S t e in d o r f f ; nous nous sommes
trouvés d ’accord su r les principes,m ais dés q u ’on aborde l’ap­
plication pratique à tel ou tel cas particulier, les questions
deviennent si complexes, le point de vue où il faut se placer
si varié e ts i différent, que bien souvent une règle uniform e
n ’est plus possible à appliquer. Moi-môme, je l’ai constaté
notamment en d ressan t m on index, j e n ’ai pu être rig o u reu ­
sem ent conséquent avec mes p rin cip es; en réalité et, pour
arriver du moins à une graphie uniform e (encore resterait-
il à savoir si elle serait la plus correcte), il faudrait avoir
déjà la totalité des mots chacun à le u r place et parcourables
d ’un coup d’ceil.
Ees principes fondamentaux que nous avons à considérer
sont les suivants :
En général, j ’ai transcrit les consonnes comme les tr a n s ­
crivent E r m a n , ses élèves, et VAegyplische Z eilsch rifl;\.o u -
lefois il a bien fallu employer ici, au lieu des signes spéciaux
a l’égyptologie, les signes d ’un usage général que nous
T B A N S C m P T lO N

avons énumérés plus haut. C’est pourquoi j ’écris pour © ch


{et non pas /() (1) et j ’ai introduit pour s = s (/) la tran scrip ­
tion z; p o u r " * ^ (rf) la transcription z {2'. En réalité, la soûle
différence c’est que je rends c s s | ) a r / et non par d, car la
dentale médiane a été dès les o rigines inconnue à l’égyp­
tien, et la prononciation do ce signe semble vraiment' se
rapprocher du sémitique 13, alors même que dans certains
cas il apparaisse équivalent au d sém itique i .
La plus grande difficulté est de rendre | j . Pour nous le
sigle d ’i d’EnMAN est n atu rellem en t inutilisable. Dans
beaucoup de cas, il s ’agit sû rem en t d ’un j et c’est pourquoi
je l’ai rendu ainsi. Toutefois, je n ’ai pu me résoudre à le
transcrire partout p a r y , p u is q u ’il est certain que dans beau­
coup d ’exemples tels que Atoumou, Amon, Apôpi, Atôli,
Anubis, ebôt (le mois , amenlit (l’ouest), etc., et déjà dans
les temps anciens, il n ’avait pas la valeur du j , mais celle
d’un aleph. Aussi n ’ai-jo employé le j que là où il est p ro ­
bable ou certain que ce son était ])rononcé (par exemple,
dans jo 'h , lune, jolroii, jo 'e r =z'\vs~[ « Nil « etc.; c’est p o u r­
quoi j ’écris aussi je b , « cœ ur a, ja r o u ,jc r z c l, elc.j ; dans les
autres cas, j ’ai traité /| comme un aleph, c’est-à-dire je l ’ai
laissé non accompagne de signe (ou à l’occasion, je l'ai accom­
pagné d ’un ’ coiiimo le véritable a l e p h ^ ^ , et j ’ai intercalé
comme voyelle a ou e. C ’est ainsi (|uc j ’écris par exemple le
nom du réform ateur égyptien Echenaton (3) (correctement r
’Ech-n-’aton), et non pas Jechenjeton (Jechouenjeten), et, do
même, Akeouhor, etc. au lieu de Jekoouhor, Asosi au lieu,
do Jessej, etc.

(1) Quant au.x signes h, et s, je ne les ai différenciés de © /i [ch) et


de —H— s, avec lesquels ils se sont confondus de bonne heure, que dans les
cas peu nombreux où la qualité spéciale du son a une importance.
(2) Non pas s, comme dans la première édition.
(3) Dans la première édition, Chenenaten ; j ’ai omis le ou [w] sur le désir
de SjEiNnonrF, quoique, à l’origine, il existât du moins dons la première
partie du composé.
T H A N S C R IP T IO N

2“ Là OÙ nous possédons des transcriptions grecques, soit


dans des inscriptions, soit dans Manéthon, etc., celles-ci
ont été conservées. C’est pourquoi j ’écris Ramsès, Thoüt-
mosis, Achlhoes, Anicnopliis, Menes, Glieops, etc., et de
même, T houth, Anuhis, Tefénot ; dans ma prem ière édition,
au contraire, j ’avais donné p ou r ces noms la transcription
usuelle de leurs signes hiéroglyphiques, qui a le défaut
d ’être incertaine dans sa vocalisation. Dans le détail, il est
naturellement difficile de fixer la limite q u ’il ne faudrait'
pas franchir; aussi ai-je conservé p ou r Ounas, Pepi, etc.,
la forme traditionnelle, au lieu des formes de Manéthon :
Onnos, et Phios ou Phiops.
3" Dans tous les autres cas, il faut que nous complétions
par des voyelles le squelette hiéroglyphique des consonnes,
voyelles fournies soit par le copte, soit p ar l’analogie; par­
fois les transcriptions de l ’assyrien ou de l’h éb reu nous d o n ­
nent un point d ’appui, [)ar exemple pour le nom de Sosenq
(le Sesonchis de Manéthon s ’explique probablem ent p ar la
métathèse des voyelles dans la prononciation de la basse
époque). Là où ne s ’oITre aucun secours, la vocalisation
reste arbitraire, et l’on en vient inévitablement au procédé
commode de farcir de voyelles e l’in térieur d u mot. S u r ce
sujet, nous nous trouvons n atu rellem en t en présence d ’opi­
nions fort divergentes. S t e in d o r f f est le protagoniste de la
méthode qui consiste à intercaler des e dans le squelette des
consonnes, et c'est ainsi q u ’il appelle le pays de l’encens
Pewenei. A nton avis.au contraire, lo rsqu ’une forme de nom,
si arbitraire q u ’elle soit, est déjà passée dans l ’usage, et
devenue populaire, nous ne devrions pas la rem placer par
une forme nouvelle, to ut aussi arbitraire (à moins que le
maintien de cette forme traditionnelle ne devienne une
source d ’autres erreurs). Ainsi, par exemple, il est extrê­
m em ent probable que le pays de l’encens ne s ’appelait ni
Pount, ni Pewenet, ni Pouanit comme Maspero l ’écrit; c’est
pourquoi je m ’en suis tenu au Pount traditionnel. Autre-
TRANSCniPTIO N

ment, nous nous exposons au d an g er d ’avoir à o pérer, d ’ici


quelques années, d ’autres bouleversem ents, soit q u ’on
vienne à découvrir la prononciation correcte, soit que s u r ­
gisse une théorie différente su r les principes q u ’il faut ap ­
pliquer ; et je tiens que ces changem ents, aussi longtemps
q u ’on ne peut les considérer comme définitifs, causent plus
do trouble et de confusion que le m aintien d ’une forme sans
doute très problématique, mais qui n e saurait être r e m ­
placée que par une forme, à la vérité plus systématique,
mais à peine plus correcte. J u s q u ’à ce que nous ayons acquis
en quelque sorte une base de certitude, ce sont les considé­
rations pratiques q u ’il faut envisager avant tout. C’est p o u r­
quoi j ’écris Pount, Ti, Ai, etc.; par contre, j ’ai rem p lacé,p ai’
exemple, le Uouzenou (Uouthenou) traditionnel p arR ezenou,
car ici, le ou de la prem ière syllabe pourrait induire le lec­
te u r en e rr e u r et lui d on ner l’illusion q u ’il existe quelque
raison pou r cela dans l ’écriture égyptienne.
Il va de soi que, vu l’état actuel de la question, un certain
arbitraire se glissera toujours dans les détails.
La transcription des noms cunéiform es nous offre infini­
m ent moins de difficultés. Un seul fait nous cause quelque
em barras (1) ; c’est que les A ssyriologues ren d en t m ainte­
n an t d ’une façon générale les sons de s d ’après la p ro n o n ­
ciation de Babylone (qui est conforme avec l’étymologie
sémitique) alors que l’s et l’s assyriens ont modifié leu r p r o ­
nonciation (cf. § 395). Je transcris par conséquent les noms
assyriens (et aussi les noms d ’au tres peuples transm is par
les Assyriens) d ’après la prononciation, non d ’après l ’écri­
ture, et j ’écris en babylonien samas et soum, mais en assy­
rien samas et soum ; de même j ’écris A sso u r, etc. En outre.

(1) Le Bignc qu'on écril avec À '+ A a sûrement le son de >ai, quoique
les assyriologues le rendent dans la plupart des cas par >â. — Pour le mot
« Als » dans les noms propres, je garde la forme traditionnelle qui dérive
des transcriptions IBNSsnSjn, lEJtSN, p tiS a sn O , NaSonataMpoî, S»p5»-
vxndcXo;, c’est'à-dire que je traduis par pal ou bal, bien qu'à l’origine cl
notamment à la fin des mots, on le prononçât aplou (a6/ou) et apil [abll).
TB*NSCnIPT10N

il faut rem arqu o r que dans le babylonien sémitique l’/n <Ju


milieu des mots s ’est tran sfo rm é comm e ou sait en w, et
déjà à l’époque ancienne; aux transcriptions étymologiques
sam as, ameloii, etc., correspond p ar con séquent la p ro n o n ­
ciation saw as, awclou.
Quant à la transcription de l ’aryen, il en a été question
plus haut, p. X I V , sq.
ABRÉVIATIONS

\ n in ia ( ...............................— Afififiai o f the British School at Athens.


Ann. dll serr ....................... = Annates dii Service des antiquités de VE-
qypie.
.......................................= Ancien Empire.
7..................................... = Zeitschrift f ü r aeijypfische Sprache und
Altertumskiinde.
B. 11.............................. = Bulletin de Correspondance Hellénique.
llBKASTtih Anc. Her. . . J. H. B reasted, Ancienl Records o f Egypt
(§ 158).
’Kç. àoy................................. ’Eçr,aêpi; àpya’.oXoYixf,.
E o r s c h ...............................=; E d. Meyer , Forschungen zu r alten Ge-
schichte^ 2 vol., 1892-1899.
J ..............................................= : Journal.
J. Aÿ........................................= Journal asiatique.
J. llell. Stiul ...........................= Journal o f Hellenic Studies.
J. R. Soc. . . . . — Journal o f the Royal Asiatic Society.
Israeliten ............................. = : E d. Meyer , Die Israeliten und ihre Anr/i-
barstäinme, 1900.
A'.A.7’.;ScnRADERA’.A.T^. = E d. S chräder, Die Eeilinschriften und das
alte Teslameiit, 2'' Édit. 1883.
= Les doux p arties de l’ouvrage com pose
p a r WiNCKLER e t Z immer.v : Die Keil-
^VI^■CKLER A'. A. T. . J inschrifien and das Alte Testaiuenty 1903;
et Zimmern . . . . ; le titre porte p a r erre u r q u ’il s’ag it de
la 3® édition de l’ceuvrc do S chra­
der .
L. /i.....................................= L epsius , Denkmäler ans Aegypien, Nubien
und Aethiopien, en C A bteilungen.
^1- A. I ................................ ...... Mitteilungen des archäologischen Instituts,
athenische Abteilung.
M. li. O. G..........................=: Mitteilungen der Deuischen Orientgesell­
schaft.
A B R i:V IA TIO N S

M. E ....................................... = Moyen Em pire.


E ........................................= Xoiivel Empire.
E. S. />. \ .............................. = {Proceedings o f the Society o f liibUcal Ar­
cheology.
I. { { .= V. li ....................... = IVvwLiNSON, Cuneiform Inscriptions o f U>s-
lern Asia, 5 vol.
Itec ....................................... = {{ectieil de Travaux relatifs à ln philologie
et à l'archéologie égyptiennes et assy­
riennes.
H. T . ......................................= l*ii;TRiE, lioyal Tombs (§ 206 n).
Tr ............................................= Transactions; Tr. S. li. A . = Transactions
o f the Society o f Diblical Archeology.
7 vol.
Z .............................................= Zeitschrift.
Z. -U'ü.....................................-■= Zeitschrift f u r Assyriologie und verwandte
Gebiete.
Z. D. M. G..........................= Zeitschrift der Deutschen Morgenlnndischen
Gesellsclutfl.

Voir en outre le tableau de la littératu re : pour l’Égypte, §§ 154 n,


158, 169 n. ; po u r la Babylonic, 314 n., 318 n., 322 n., 383 n .; pour la
Crète et la m er Kgée, § 504 n.
J'ai cité les tablettes d ’A m arna soit d'après W inckler (Keilinschrift-
liche Bibliothelc, berausgegcben von E. S chradeh, vol. V, 1896), soit
d ’après Knudtzo.n (Die El-Ainarnalnfcln, parues par livraisons depuis
1907).
L E S PLUS ANCIENNES CIVILISATIONS HISTORIQUES

L ÉGYPTE JDSQU'A LA FIN DE L'ÉPOQÜE DES HYKSOS

SOURCES POUR L H IST O IR E DE L EGYPTE

Le (iécliilJ'remeiit des hiéroglyphes.

l'iS. A paiTir du ti'lomplie du chiistiaiiisme, vers la fin


du troisième siècle après J.-C., riiilelligenco de récritu re
« sucrée » de l’ilgypto se perd, et on ne comprend plus les
liiéi-oglyplies, ni sous leur forme monumentale, ni sous la
forme parallèle, l’écriture cursive dite « hiératique » ; mémo
l’écriture « démotique », dérivée de celle-ci dès le prem ier
millénaire, mais plus abrégée encore et utilisée |>our les
ali'aires, les lettres et les récits populaires, cesse d ’être en
usage après le triomphe de la religion nouvelle. Les chré­
tiens la rem placent désormais par les divers dialectes où
s’est divisée la langue populaire de l’époque impériale — et
<[u’on désigne sous le nom de copte; ils l’écrivent avec un
alphabet dérivé du grec et produisent une littérature assez
considérable, pres((ue exclusivem ent religieuse. Après le
dix-septième siècle, le copte est à son tour complètement
supplanté par l’arabe ; <à peine s’il parvient à subsister péni­
blement comme langue d’église, entendue tout juste par
(pielques prèlres. Cependant, la mémoire des grandioses
II. 1
SOUIIC.KS L'OUll 1. IIIS T O IIIE D li L KC VI'TI;

moiiumeuts de la valléi' du Nil s ’était toujours conservée;


d’autre part, les p ieires, couvertes d ’hiéroglyplies, rap p o r­
tées çà et là eu Kiirope, les relations de voyages et les re­
productions, d’ailleurs iiilidèles, des inoiiuiiieuts indigènes,
avaient (vrovoqué à plusieiiis reprises, depuis le dix-
sepliènic siècle, des essais de déeliiirienienl, qui furent
infructueux. Ou ahord.iit alors toutes les créations do l’an­
tique O rient avec des idées pi-éconeues et fantaisistes ; on
y cliercliait l'oracle d ’une anti(|iie et mystérieuse sagesse,
([ue des symboles profonds voilaient aux yeux profanes;
aussi coiisidérait-oii cette écriture liguice égyptienne, si
dissemblable ou appaiavncc de toutes les autres écritures,
comme un mystère, et invo(piait-on comme preuve les té­
moignages lies écrivains grecs, qui leposaient eux-mèmes
sur les badinages de l'écriture de, la basse époipie égyp­
tienne, et su r des interprétations à moitié fausses. t)n n’eut
une base solide pour les recbcrches q u ’après l’ouverture de
la vallée du Nil par l’expédition de Napoléon, grâce au grand
recueil de monum ents pai ii sons le nom de D escriplion de
l ’E yijpte, et ensuite tqtrès la découverte, à Uosette, d ’une
pierre portant un décret rendu par les p rêtres à l'tolémée V
et gravé dans la langue et l’écriture bicroglyphi<|ue, dém o­
tique et grec(|ue. .Après les essais tàtonnnnis et infructueux
de plu sieurs érudits, un l’i-ançais de génie, François Gbam-
pollion, réussit, eu 1822, à lire correctem ent les noms
propres grecs écrits eu hiéroglyphes (ce qui lui donna la
clef des autres) ; en meme temps, par une intuition du génie
(|ui, certes, se fondait su r une préparation méthodi(|ue et
une connaissance approfondie des matériaux, il su t péné­
tr e r le sens de tous les papyrus et inscriptions qui lui
étaient alors accessibles, au moins dans leui-à points essen­
tiels. L'histoire des sciences n'offre g uère d'exemple d'un
travail comparahie ; lorstpi au retour d'nnc expédition scien­
tifique en Egypte, il fut enlevé, en 1832, par nue mort [vré-
maturée, il avait une vision claire et correcte non seule-
L E D É C H IF F K E M E N T D ES H IÉ R O G L Y P H E S — § 149

ment îles trails [iriiicipaiix de la lnn<^ue, mais aussi de


rhisloire de l’ancienne ligypte.

CiiAMPOLi.io.N n'a pu piihlicr de sou vivant q u ’iuic parlic fi’a g -


iiHMilaire de ses travaux ; le iv s le u’a é té pu blic qu e la n liv ein en l c l
encore iiicom p lèlcin cn t, après sa m ort. H erm ine H ahtleben vien t
d écrire sur lui une excell(*nte l)lographie {('hninitollhni, Sein Leben nn<(
sein W'eric, i v«)l., lüOO) qui nous l’a il connaître le cham p énorm e de ses
iiivesligatiou s et suivre les étap es laborieuses de son iléchilTrcuient.
Très in sirn etif pour nou s est le con traste entre certaines de scs th éo ­
ries sur récritu re, d ’ailleurs fausses mais dont il n'est jam ais arrivé
à se «iéhicher, e t sa vision étonn ante îles réalités, cette divination
rapide qui fut chez lui le résultat d ’une longu e série de travaux anté­
rieurs. — Les inscription s et docum en ts recu eillis pend ant son
voyage [Monianenfs <le nUtjyple et /le la A^ahic, 4 vol. 1835 sq.) o n t été
publiés on m êm e tem ps par son disciple^ e t com pagnon «le voyage,
I Italien R o.s i;l m m {Monnnienli deiri^iU lo e della X nhla , 3 parties, 1832).
Citons e n c o re : CnAMi»oi.uo.\ : f^dlres érriles d'I-Jijyjde el île Aulne, c l
Aoliees deseriidives, do n t la publication, conm icncée par son frère,
CiiAMPot.MON-FicKAc, a été continuée par K. i>i: Holuk et G. M aspeiio
(184-Î-1H79).

iVJ. L’iigyplologio, ainsi fondée par C hampollion, a été


consolidée, enrichie et élevée au rang d’une science, par
les travaux de la génération suivante. Hiciiard L epsius (de­
puis 18R.5) et Kmmanuel de Mougé (à partir de 1848) non
seulem ent étendirent considérablement son domaine par
leurs recherches de détail, mais .surtout, en fondant une
méthode rigoureuse, ils éliminèrent la fantaisie et le dilet­
tantisme, qui menaçaient de s ’em p arer de la jeune science
comme d’une nouvelle proie. L epsius établit les bases des
recherches ultérieures par ses excellentes publications
de textes, par son exploration systématique* de l’Egypte
et de la Nulne, où il conduisit une expédition prussienne
lie 1842 à 1845, et enfin par la publication d ’un énorm e
recueil de matériaux, classés par ordi'c chronologique
{Denkmäler^ 1849 sq., en 0 parties in-folio). Ce recueil
considérable s ’augmenta dans les années suivantes grâce
SO U IIC ES P O U n L H IS T O IR E D E L E G Y PT E

aux fouilles iioiiibieuses exécutées par A. Maiiiiîtte. D’auUe


(lai’t, UE ItoUGÉ, CuARAS et G oodwin s’essayaient avec une
bi-illanle perspicacilé à nous ouvi lr la couiprébeiisioii <les
papyrus hiératiques etile la littérature poéti<|ue et juridique
ipii y est conservée. 11. linuGscii fqui réussit dès I8'i‘j à
lire le déiuotique', les surpassa tous eu génie et en activité
variée et fructueuse ; il m ériterait il'ètie placé à côté de
CiiA.MPOLLiON pour sa puissance énorm e de travail et ses dons
brillants de synthèse, s'il n ’avait associé à ces (|ualités une
fantaisie aventureuse, qui domina sa vie privée et inlluença
ses ti'avaux scientiii<[ues. En IStili, la découverte tl’une n o u­
velle stèle bilingue, un déci et des p rêtres de Canope, sous
Ptolémée 111 Evergèle (2ii8av. .I.-C.) fut faite à l'anis par Li;i>-
sius; elle mit fin aux controverses sur la façon de lire l’écri­
ture, en confirmant absoluiiient le système do lecture piéco-
nisé par Cuiampoi.lio.n. A [lartii' de ce mom ent, a commencé le
développement scientifiipie de l’égyiitologie. Ce (|ui importait
le plus c’était, à |)ré.sent, de fixer rigoui euscmeni les bases de
la gram m aire, de d isting uer les périodes [lar lesquelles était
passé le langage au cours de son dévelop|)cmen(, d ’établir
p a r l a philologie l’intei’prétation détaillée des tex tes: tel fut
le but des travaux d ’AuoLF E r.man, à partir de 1878. Comme
coni[)lément à ses recherches, d’im portants matériaux ont
été réunis en vue de la rédaction d ’un grand Dictionnaire,i|ni
est près d ’être achevé. (jr,1ce à cette même méthode histo­
rique appliquée au domaine de la civilisation, Iîr .man, dans
son Aegijpten iind iiegijplisclies Lehen im A llerlu m , a pu
d is c e rn e r'le s traits caractéi istiques des trois époques prin­
cipales. Une école nombi'cusc do jeu n es savants continue
les travaux d ’Erman : G. S teinuoufe, K. S etiie, 11. .Scuaefbm,
L. B orcharut, \V. S fiegelrero, J. H. B rea.sted. lin meme
temps, on a persévéré de façon méthodique à i^xhumer les
tréso rs iné|)uisables que cache le sol de TEgypte ; nous si­
gnalerons les fouilles de Kl. P etrie et de Ed. Naville poui'
la société de 1’ « E gypt Exploration Fund », les travaux de
L E D E C H IF F R E M E N T D ES H IE R O G L Y P H E S - U9

G riffith et ies grandes entreprises dii igées par G. Maspero.


Depuis 18G7, G. Maspero a élargi nos connaissances par
scs études su r la civilisation et la littérature, le dévelojipe-
m<*iit politique et religieux de riig y [)te :il a m o n tré dans
les fonctions di; directeur des aiiticjuités égyptiennes un
zèle intelligent et des vues larg es; il a publié l’œuvre pos-
tliume de Mariette su r les Mastabas; le prem ier, il a publié
et traduit les textes des Pyram ides; aussi son nom restera-
t-il lié aux principales découvertes de ces d ern ières années.

P our rtiisto ire de rK gy|)lologic à sa prem ière |)ériodo, coiisnller


l’étude d ’ensem ble «le G. Khkus: liirhnrU Lepsiua, t'in Lebenslnhf, d885.
Le m érite de Iluurrscif a été la sè reté de son iiiluitlou et rélenducî d<;
son savoir considérable ; il s’esi toujours elTorré etc travailler avec une
métliodc rigoureuse, m ais sans y réussir toujours. L’étran g eté <|u’il y
avait dans son caractère et ([iii ressort de sa vie, a aussi influencé
ses travaux; c’est pourquoi il fut si an tipatlûquc à L ki' sius, d ’un tem ­
péram ent tout dilTércnt. Cette inim itié cul une conséquence funeste.
L orsque Liatiscii publia, en 18.î 7, un livre qui aurait du ouvrir les
voies aux rcrh erch es : Gpofjroijhhvhr Inschriflen, où il avait jiarfaite-
m ent fixé dans ses traits essentiels la valeur phonétique des carac­
tères hiéroglypliiipics, u niquem ent com posés de consonnes, Lcrsius
s’éleva avec force contre cette théorie (dans son h'onigsbuch, d8.^8).
Lrrsius a retard é ainsi de plus d ’un q u a rt de siècle une pénétration
plus efficace d an s la gram m aire e l la connaissance plus exacte de la
langue. Même, en 1874, lorscpTil dut reconnaître que l’écriture hié-
rogIyphi(iue distingue bien plus de sons que le copte ou que le sys­
tème de transcription proposé p a r Ciivmpoi.lion, il appliqua lui-môme
une transcription fertile en erreu rs, com portant des signes dépour­
vus desen s : à,ü . t ’, etc., et qui est encore assez souvent utilisée. L’entre*
prise de L kpsils ag rev é d ’une nouvelle difficulté rétablissem ent d'une
transcription rationnelle, com préhensible à tous, et que nécessitaient
déjà les lacunes de l’alphabet hiéroglyphique, en- particulier les
variantes b izarres de l’époque des P tolém ées, ainsi que Tabscnce de
notation des voyelles. Sous l’influenciî de cette vieille tradition égyplo-
logiqiie, et par m anque d ’une discipline linguistique, plusieurs savants,
su rto u t en France et en A ngleterre, s’en licm icnt encore aux tran ­
scrip tio n s les plus bizarres.
SO U K C ES I'oun E H I S T O in E I)E E EG Y PT E

Moniimenis ‘el E crivains.

150. A pai tir (le(i(')0 av. J.-C.,lorH(|ue,soiis l’siumnélicnic


et ses successeurs, île itoiiibi'eux (irocs u rrrivèreut on
Eg\'|)te, d ’abord comiiie mcrconaii'es, ensuite comme m ar­
chands, la vallée du Nil et son anti(|ue civilisation éveillèrent
en eux iiti vif intérêt. Celui-ci s'accrut encore, loi'squ’mi
cours du VI" siècle av. .I.-C., l’espi il scientifique faisant son
apparition, dos voyageurs avides de s ’instruire voulurent aug ­
m enter leur savoir en parcouraut le monde. Cette civilisation
totalenieiit diirércuto de toutes les autres, isolée et formant
par elle-même nu to ut complet, se niaiiitenait, eroyait-oii
alors, en cette stabilité parfaite depuis dos uiillieis d 'an ­
nées ; elle présentait le contraste le plus iuai'(|ué avec l’ef-
fervescence et la diversité de la eidture grect|ue ; aussi
fit-elle su r les tirées une impression puissante, et uiarqua-
t-ello forteineut son iidliieiice sur leur philosojdiie rationa­
liste et leur tliéosopbio mystique. Ils sollicitèrent des infor­
mations, non seuleiueiit su r les iiioniimeuts, l’bistoiie, la
religion, la sage pliilosopliie des habitants ilii Nil, mais
aussi su r leurs projires o rig in es; leur esprit de criti<|ue ra­
tionaliste, qui eoinmonyail à s ’éveiller, leu r luoiitrait dans
la tradition des points contradictoires et des faits iiiadiuis-
sibles q u ’ils tâchaient de concilier; ils i liercliaienl des lu­
m ières su r l’origine de leui s dieux et de leurs cultes, sur la
g u e rre de Troie, su r lo, l ’rotée, Iléléiie, etc., et les Egyp­
tiens, qui s'enteiidaieiil à s’eutoui-ei- d ’une aiiréide de niys-
térieiise sagesse e t à l'cculei' bien loin au didà des réali­
tés l’âge de leurs ti’aditions, n ’étaient g uère embari’assés
pour fournir aux étran g ers des réponses capables de leur
plaire. De là, des anecdotes et récits où se fait jo u r l’inter­
prétation toute gi-ecque des évéïieiueuts éli-aiigers : pai'
^tO^■UMENTS ET ÉnitIVAl.VS — ^ 1Î50

exemple la légende des coiistriiclciiis des l’yraiiiides, celle


de Hliodopis, de la Dodécai-cliio, <les casles, et aussi les
contes d ’origine réellem ent cgyptieiiiie, mais rem aniés á la
manière grecque, r|iii se rattacheiil à des ligures historiques
'Moeris, Sesostris, lihanij)siiiit . (gluant aux malentendirs
p u is et simples, ils ne iiianqucut |)oint. Les in terprètes de
pi-ofessiou qui servaient île guides aux étrangers, ont orné et
embelli la tradition. Ainsi naq u irent heanconp de fables, du
g enre île celles qui a u jo u n riin i encore concernent l’Orient
et hantent les voyageurs ordinaires et les Euro)iéens mal
informés ou incom pélenis. C’est sur de tels matériaux et de
telles intuitions personnelles i|ue se fonde la courte esquisse
du pays, de ses institutions et traditions, q n ’llékatée de
■\lilet nous a tracée vers 520 ; maintes notices nous eu ont
cousei vées, en particulier dans la description écrite par
Hérodote, vei's 'ilîo, Ci's ceiivres ne donnaient des ren seig ne­
ments sûrs que pour la ilei’niére périoile de l’histoire égyp­
tienne ; X \ \ ' I ' dynastie), dont les Grecs établis dans le pays
avaient conservé une tradition autlienlique. Même les lé­
gendes de l’époque élhio|)ienne i XXV' dynastie), ne laissent
pas que d ’avoir une valeur h isto riq u e; en revanche, tout ce
qui précède ne peut pas môme s e r v ira tracer à g ran d s traits
ni] tahlean d ’histoire. La chronologie des jn incipales époques
elles-mêmes, y est intervertie de la pire façon ; les construc-
te u r s ilo s pyramides sont jilacés après le Nouvel Empire, im ­
m édiatem ent avant les rois éthiopiens; chiffres et dates des
règnes sont absolument à rejeter. Les choses ne s’améliorent
|>as chez les su ccesseurs d ’Hérodote ju s q u ’à Ephore, ni
ilans la littérature très considérable des époques plolé-
maïqiie et romaine. Tons ces écrivains, qui se croyaient
si supérieurs aux naïfs chro niqueurs de l’ancien temps,
n ’ont j'éussi en som me q n ’.à li-ansjiospr dans un style histo­
riqu e pins moderne les anciens récits, tout en continuant
à les déligurer ; ainsi a fait Hékatée d ’Abdère (300 av.
■l.-G.’, qui avait une forte tendance à idéaliser tout ce
SOURCES P OUR L H I S T O I R E DE L E i n i T E

(ju’il louche ; il fut la source i>i inci|)ale tlo J)iodore dans


son h ‘‘ livre, (jui traite de l’IC^ypte.Ces auteurs ne nous foiir-
iiissentde données im portantes que là seulemeiil où il s’agit
de choses vues: coutumes, religion, mythologie; encore
sont-elles im prégnées de spéculations grecijues et d'in-
iluerices gréco-égyptiennes qui s ’élaboraient à Alexandrie.
Au contraire sont pour nous de g rand e valeur les descriptions
du pays que nous ont laissées des voyageurs intelligents,
doués d’observation perspicace, et d ’intuitions p erson ­
nelles. Ici se placent au p rem ier ran g d ’abord les observa­
tions d ’Hérodote si souvent attaqué, par les anciens et les
modernes, et bien à tort, car il se tire de l’épreuve à son
avantage chaque fois q u ’il nous rapporte sa p ropre expé­
rience ; puis l’excellente description de Strabon, qui visita
l’Kgypte en l’an 2.“) av.

P our rensein!)Ie, cf. (jUTSciiMtu, De renim netjyfil. striphtrihns tjruecis,


dans P/n'/o/oi/Hs, X, o'22. = Kleiite Sehriflcit, ] ; en outre, le tableau
.synoptiijiie des écrivains grecs, d'ap rès W ikdrmann, de;/. Geschichle. S ur
Hékalée et H érodote, <*onsuller Hermes AA// et mes l'orschiunien,
1 ,183 sq., 102 sq. S ur H ékatcc d'Abilère, voir Sciiwauz, lihehi. Mns., 4ü,
et J acoio, ap. P acio-AVissowa, V il, 2751. S ur les rédactions posté­
rieures des légendes égyptiennes et ce qu'elles iloiveiil à Apion, voir
W ellman N, ///rmèd, 31,221 sq. D’après Diodore, 1,00, les at èvtaîi
Î6'..aî; 6'5Xot; selon le tém oignage même des prêtres, raconlalenl que
Orphée, Musée, .Melampe, Dédale, Hom ère, Lycurgue, etc., étaient
venus en Égypte. Les G recs nous livrent sur certains m onum ents
ircxeellentes rem arques histori((ues fondées sur la traduction des
inscriptions (ainsi le paragraplie sur les obélisques dans Pline, 36,
64 sq., et celui d'Ilerniapion, dans Ammien Marcellin. 17,4 ; mie indi­
cation su r Hainses dans Tacites Ann., 11, GO; la description pai* Dio­
dore du tom beau d’O sym andyas, c’est-à-d ire du Hauiessoum (1,
47), etc. ; ajoutons encore les nom s de C harbryes et de M encherinos
(c. G4,1 et c. 64,6) ; de môme la liste des rois tliébnins par Eratosllièno).
Les Grecs p o u rtan t n ’ont jam ais essayé de gro u p er ces données
é|)arses eu uii tableau d’iiistoire.

151. Dans le but de discréditer tous ces récits, un prêtre


JIO.NUMKNTS E T E C n iV A lN S ■ • S l">'

cjçypticii, -Manéllioii de Sehennylos, (|iii vivait sous le règne


de l’toléiuée II l’hiladelplie, eiitrepiit, vers 280 av.
d’écrire une histoire de son pays {AiyuTtT’.axi 0-o;j.v7-a«Ta^ l'oi'-
niant trois livres {-6w.) en s'appuyant su r les traditions in­
digènes. Pourtant, cette <ruvre histori<|ue est passée ina­
perçue des Grecs, tandis (ju’au contraire d ’autres écrits d<‘
jManéthon su r la religion égyptienne exercèrent sur la litté­
rature postérieure une influence dont les traces sont souvent
visibles. En revanche, elle fut accueillie |>ar les .Iiiifs avec
il’autant plus d ’intérêt q u ’ils cherchaient, dans ces tradi­
tions authentiques do la vieille Egypte des témoignages
su r l’origine et l’ancienneté de leur p eu p le; et s’il ne leur
plaisait guère <(ue Manéthon les fit ilescendre do lépreux,
du moins se glorifiaient-ils d ’identifier leu rs ancèfres avec
les llyksos et do retro u ver leur Exode dans l’expulsion de
ces derniers. GrAce a c e s circonstances, maints fragments,
soit de Maiiéthon lui-m ême, soit d ’un abrégé (Epitomé, une
liste de rois, accom pagnée parfois do brèves rem arquesi,
<|u’on tii-a de bonne h eure de son muvro, p én étrèren t dans la
littérature apologétique des .luifs. Défigurés en maints en­
droits, amplifiés d ’éléments étrangers, ils subsistent encore
rlans le plaidoyer pour les Juifs <|ue Jo.sèphe écrivit contre
Apion. Plus tard, les chronographes chrétiens se sont cllor-
cés d ’accorder les chronologies des peuples orientaux avec
la Bible : ainsi nous ont-ils conservé l’épitouié de Mané-
thon. La rédaction en est passal)le chez le fondateur de la
Chronographie chrétienne, Jules l’Africain (dont la chro­
nique s’étend ju s q u ’à l’an 217aprèsJ.-C .) ; elle esl, pour l ’e n ­
semble, bien inférieure dans la chronique d ’ivusèbe (qui va
jus(|u’en 327 ap. J.-G.). Plus tard encore, on a fabriqué sous
le nom de Manéthon des résumés de même g en re adaptés à
une chronologie (jiilxm livre de Sotkis) et le
chronographe Panodore s’eu est servi (vers 400 ap. J. G.);
comme le Syncelle a cru que le livre de Sothis était du
Manéthon authentique, beaucoup de savants, ju s q u ’assez
SOURCES PO U R L H IS T O IR E D E L E G Y PT E

tard dans le X IX ' siècle, se sont laissé induire en la même


erreii r.
Des autres écrivains qui o n t conservé la tradition égyp­
tienne, nous ne connaissons que Ptolém ée de M endès dont
nous avons g a n lé une notice su r la destruction d ’Aouaris par
Ainoiis; quelques d onnées éparses, (|ui n e sont pas em |)run-
tées à Manéthoii, nous o nt été tr an sm ises par les Excerpta
conservés par Jo sèp he et les chronographes. Pour lAatos-
tliène et sa liste de rois, voir plus lias 101 n.
•Sur .Manéthon, voir aussi i\V. Orro, / ^ ’/V.s//'r mu t i/ii lii'flrii.
Àniyiilen. Il, 216, 2tit sq. La poléniiqiio dp .Maiiétlioii cnnlre llérodole
C il siirualée dans Josèjdie, m n lr r zl/j/oii, I, 14, 73 pi fr. R6 p-’lvm.
iiimjii. s. V. XEovto/.(iiio;). l-'épilomé de rAlricaiii esl conservé par le
Syiieellc, jusqiiïi la XVI' dyiiaslie, dans ce qii’oii appelle les K./tpi/jIii
ISiilKiri (publié par SeiioENH, dans son édilion d’Kilsidic et l'aies, ap.
Chnm'mt minurii /), oi'i les désignations pour les dynaslies XII à XVII
((■'i‘sl-à-diiT Xlll à XVIII), proviennenl d uiio antre sonree Ivoir Ü30!)
n.). I.'épilonié d'KnséliP esl conservé dans la tradnc.lion arménienne
el dans Le Syncello. Knsébe a conservé rorii'clcnienl quelques noms
(I, 3 Oubieutlics ; 11, 2 Keeliûos; XII, 4 Lamares) el peut-êlrc çà el là
une date; en outre, la liste des dynastie« nvani Menés cl rKIbiopien
Amineris an coinnienccniont de In .X.XVI' dynaslie(dc inèine, la noliee
sur Taliraqa a. ,\br. 1106. et peut-être les dates des X.XIII' l't XXIV"'
dynaslies ijui dilTèrent tle celles de l'Africain) ; pour le rcsic, sa lisie
n’esi qn'nne reproduction aggravée d'erreurs de celle de l'AI'rieain.
■l’ai montré dans ma C’/iroao/oÿ/efl), 71, cf. A'nWitr. 31,6 —trad. p. 103)
que Josèplie n’a pas lire scs Kxcerpla dircclemenl de .Manétbon, cl
qu’il les a souvent altérés cl combinés avec des éléments étrangers ;
c’est ainsi que le l"'roi delà XVIIl'dynastie qui n expulsé les Ilyksos,
esl appelé par lui Tiipujoi; nu lieu de "Ap'uoi;. Des remaniements pos­
térieurs de .Manéllion nous ont été conservés dans co qui lesle de la
littéraliire aniisémilc en Égypte el à laquelle apparliennent, outre
Apion, des fragmenis de Lysimaqne el de Cliérémon, dans Jostpbo,
Coiilrn A/mvii., 1, 32, 34, el dont Tacite a subi rinflncncc, llisl. V. 3. —
Ptolémée de .Mondes, tiré d'Apion Aniyiil. 1. 1 ; Tntian, mtr.

(I| Dans les citations relatives à VAegyplische Chronologie de Ed. Mever,


les prem iers chillres renvoient à l’édition originale allem ande ; la rubrique
Iro'l. renvoie à la traduction française de A. .Morel, parue dans les Annales
itu Musée iiaimeC llihliolheijae tnilttdes^ I. , \ \ l \ ’, 2, 1912. (Note dn Irait.)
MON UME NTS E T K C nj V A lN S — §152

38 ot ses em priinleurs. — i'e (jiii reste de Ja liltérn tu rc nationale se


(rouve dans les notices déjs'i citées de Josèphe et de Bai'harus, et aussi
«Iûiiscellcd’EusM )e(Praep.<*e.,lX,27,3)(raprcslepliiloséiniteArlapanos,
concernant le roi *Clicne))hres. (V'oir § 301, n . ) — L’intluence des
écrits théologiques de Maiiélhon est reconnaissable en m aints en­
droits de la littératu re grecque. De même que Ptolém ée D'' se servit de
lui pou r étab lir le culte de Sérapis (Plutarque, />c Av., 28), il devint
pour les g én ératio n s suivantes le représentant de la doctrine égyp­
tienne; cela explique q u ’on ail com posé sous son nom le poème a stro ­
logique bi(ui connu, les àjroTD.e'jaaTtxa (pli, en réalité, s<* fonde su r des
doctrines babyloniennes et non point égyptiennes, et que dans riiidc,
JAvaiia M anillha,c.-â.-d.« le ( i r c c .M aiiélhon » passe pour une antorilé
astrologique. Une inlluence du môme genr<‘ a étii exercée par Hérose.
S 8i!U. necneii des fragm ents de Manétiion (iiisuffisnul, e t d ’ailleurs in­
com plet pour les écrits religieux) dans M üu.ru, / ’. //. G., U, .Ml sq. (nn
fragm ent su r Docclioris e tra g n e a ii dans les itrororh. Alexomlrin., 2l :
X {(■), 135). Parm i le nom bre considérable d ’études su r .Manéthou,
dont beaucoup so n t fantaisistes et n’ont aueiinc valeur scientifiqiK*,
signalons celles d ’une valeur duj*able: Rokî^m i, Maurlho inul die llnuds-
Icvuiu'vhtde, 1845 (siî trouve égnlenum t dans la /.c ih rh r’i p f . (iesrhirhls-
irh.'U’iisrhnff, 11,-44 av(iC Snpj)lément) ; U m;kh, Chronohn/ie dm Mniieflut^
18Ü7. S ur les travaux de L k i ' s i l s , voir § 158 ; pour la lisle des rois,
ma Cltronoloyie et irntf. — Sui* la clironographic chrétienne e t la
Irailition q u ’elle co ntient, voir (outre plusieurs éludes de Gulsclimid
dans ses A7. Sch rîfh n ) su rto u t G i:l/ i-;h, Sc.Hiis J iiHuî> A frim niis imd
tlie hyzaidin. Chroiuxir., 2 vol., 1880-18'^5. J ’ai essayé d ’analy.ser cette
li-adition en détail dans ma ChvonoUtjic. — Le livre de Solhis utilise
Kusèbe {Chronoloyie, p., 82, 2, 3 ; 84; Irnd. p. 147, 424); les nom s dos
rois .soiU^présenlés arb itrairem en t soit d’après Manélhon, soit d'après
une au tre liste égyptienne de rois (C/uvuiobH/ic, p. 82, 2 ; In id ., p. 117,1).

152. Manétiion a réparti les ro isd ’É gy p teenX X X dynastie


depuis Menés j u s q u ’à la dernière conquête de l’Egypte par
le roi perse Arta.\er.\es 111 (343 av. J.-C.), mais l’épitomé
ajoute une dynastie, la XXXI", dejiuis les dernier.s'rois perses
jiisipi’à Alexandre. La valeur de ces listes fut mise en pleine
lumière dès que C iiami-ou .ion eu t lu les noms de rois sur
les m onu m ents antérieurs à l’époque ptolémaïque. l’ar
contre, les ren seign em en ts grecs su r l’épo(|ue avant Psam-
m éliquc se révélèrent sans valeur, tandis que Manétiion sc
SOUHCKS POUIl L IIISTOIKE DE L EGYPTE

foiidiiit léellemeiit sue uiie tradition authentique. Scs dy­


nasties formaient le cadre dans lequel se classaient chacun
à leur rang les rois signalés su r les inonumcuts. Cn.YMroi.uoN
fit ce classement depuis la .W i l l " dynastie et L ei*sius poul­
ies dynasties antérieures eu rem onlaut j u s q u ’à la (|uatrièine
-les trois pieinièrcs ont été révélées par les fouilles ré­
centes); et c’est peut-être le ehef-d’u-uvre de L kpsius que
la classification de ses m onum ents dans un o rd re chrono­
logique [)i-(^sque entièrem ent e.xact. Manéthon, ayant ainsi
jirouvé qu'il était un guide indispensahle, on s ’est trop fié
par la suite à sou autorité : on a cru à l’infaillihilité non se u ­
le m ent de sa liste de rois, mais aussi des noiuhres d ’années
qu'il leur attribue, et là où la tradition ne concordait pas
avec les dates q u ’on trouvait, on corrigeait la tradition, pour
ne pas faire mentir -Manéthon. A cela s ’ajoutait l’illusion
que ses dynasties ne. se suivaient pas l’une après l’autre,
mais devaient eu [ilusieiirs cas avoir régné parallèlement ;
de cette m anière, on croyait pouvoir réduire à un total rai­
sonnable le no m bre d ’années certainement très excessif
obtenu en arlditionnant les n om bres partiels des dynasties.
Ces théories ont dominé les travaux de L kpsius ; elles l’ont
conduit à rem an ier les ehiU'res avec un parfait arbitraire, et
sans tenir compte-équilablement des données que lui four­
nis saient les monnm euts mêmes q u ’il publiait. On a com­
plètement renoncé aujo u rd ’hui dans la science à cette façon
d ’en user avec Manéthon. II est notoire que non seulement
ses données ont été altérées par la tradition, mais encore
q u ’elles contenaient, dés l’origine, beaucoup d ’err e u rs , par­
ticulièrem ent dans les chillres, qui sont souvent inadmissi­
bles, et aussi dans les noms et la suite des rois, àlême son
récit historique — comme le prouvent les fragments con­
servés par Josèphe — n ’a jamais été une histoire anthen-
tiipie de ri-igypte, et ne se présentait point sous la forme
d ’une chroni(|ue <|ui serait exacte dans ses principaux traits,
telle ([u’était, au moins pour les te m ps récents, l’histoire
MONUMENTS ET Ét'niVAINS --- S 1Ö3

(lu Itérose; au coiitraiic, il intei'cale dans une liste; de rois,


qui déjà diffère iiotableinent des données antérieures, un
grand noiiibic de traditions populaires, comparables, par
leur style vague et euipliatiqiie, aux légendes du luènie
g enre (|ue nous a conservées la littérature indigène {>1 157).
.Vussi Manétlion fouriiit-il la preuve (|ue l’bisloire est un
genre qui ne s'est pas reolleiuent développé chez les é g y p ­
tiens. é n dépit de tous ces défauts, ses indications ne sont
pas à dédaigner, surtou t lorsque les monum ents ne nous
disent rien ou peu de chose ; mais il faut toujours s’en
servir avec une cxiri'une pi udence.
Il app araît niainteiiaiil p a r les Iravaux de II. Il (im.iaicx I3S ii.'/
que CavMrm.i.iox, avant sa m ort, avait parfailem ent reconnu la place
réelle des rois de la XII® dynastie: m ais il ne put puldier ses décou­
vertes e t c'est à l.ia'siLs qu'il faut altrib u e r l’iionueur d'avoir ouvert
h'.ii voies, {ifhcr ilie Dymistie, .ibh. Herl. Mi., t8a2). — On fait
un excès de confiance à .Manéthon là où inaii([ueut les docum ents
au th en tiq u es; cela se rem ari]ue à plusieurs reprises, même dans
.Sktuk, tbiU'rsiirluuKjen :tir Ge^clùrltlc

153. Uieii que la liste des dynasties présentée par .Manéthon


soit critiquable en p lusieurs points, elle est tellement entrée
dans nos habitudes que nous l’employons comme cadre
dans toutes nos histoires. Les \ X \ M dynasties (|ui s’étendent
de Menes à la conquête d'Egypte par Cambyse (.525 av..l.-C.)
se rép artissent en plu sieurs groupes. Nous y distinguons
trois époques principales : I’A nc ie n E mpire (les construc-
te u i s des Pyramides de Memphis), IV’ et V” dynasties; le
M o y e .n E mi 'I r e , de la XI'' à XllI" dynasties (thébaines); le N o u ­
v el E mpire (thébaiu), de la X V llI ' à la XX" dynasties. Ajou­

tons une ([uatrième époq ue, celle de la R e s t .xur .xtion s o u s la


XXVP dynastie (Psamrnétique et ses successeurs). Entre ces
sommets de l’histoire égyptienne s'espacent des siècles de
décadence pendant lesipiels l’état est dém em bré ou passe
sous diverses dominations étrangères. Avant l’Ancien Empire
se placent les commencements de i.’e .m pire pii.xRAONiguE, avec
S O IIIIC ES POUK L II IS T O lllE l)E I. E G Y P T E

los I™ et Ih' dynasties tliinftes, Moues et ses successeiifs,


dont les monuiiicnts nous ont été révélés dans les deux d er­
nières décades. Cette période nu lu.us a n c i e n dé v el o i ' p e -
jiENT DK i.’K gvi 'te (|ui onibrassc plus d ’un millénaire, est
souvent désignée par le te n u e erroné et trom peur do « p ré­
historique ou prédynasli(|ue »; grâce aux fouilles et aux
'analogies (|u’ou peut tirer des te m ps postérieurs à Moues,
nous pouvons nous former une idée vivante do cette épo([ue ;
môme nous pouvons la subdiviser en plusieurs périodes:
les deux royaumes des adorateurs d ’Ilorus, qui précèdent
l’einpire pharaonique de Menes, et, tout au début, un
royaume très ancien en llasse-Kgypte, sont d evenus de tan­
gibles et g rand es réalités historiipies. L'Iiistoirede l’Hgypte
se répartit donc en les périodes suivantes (pour les dates,
voir ^ ldi!) :
1. Les origines.
2. Le plus ancien royaume de ISasso-Lgypte (vers 'i2'i0 av.
•I.-C.) et les deux royaumes des adorateurs d ’Horus.
3. l.es Thinitos, I™et 11» dynasties, de 331.o à 2395 av. J.-C.
é. L’Ancien Kmpire, III" à V» dynasties, 289.5 à 2559 av.
J.-C.
5. La (in do l’.Ancien limpire et la p ériodode transition :
fl) VI” à VIII» dynasties, les d ern iers Memphites,
2540 à 2360 av. J.-C.
/>) IX" à X" dynasties, les llérakléopolitains, de 23(it)
à 2100 av. J.-C.
6. Le Moyen Empire, XI" et XII" ilynasties, de 2160 à 1785
av. J.-C.
7. D émembrement et domination étrangère :
«) .XIII" dynastie, les ilerniers Thebains du Moyen
E mpire, 1785 à environ lOSOav. J.-C. '
0) L’époque des Ilyksos, XIV" à .XVII" dynasties,
d’environ 1680 à 1.580 av. J.-C.
8. Le Nouvel Empire, XVIII» à .XX" dynasties, 1580 à 1100
av. J.-C.
M O N U M E N TS E T ÉCHIV AINS — J; 13i

'J. fj’lTgypto SOUS les meiceiiaires Ijibyeiis, sous les L’thio-


piens et les Assyriens, XXI“ à X X \ '“ dynasties, 1100 à GO.'Î
av. J.-G.
10. La Restauration, XXVI" dynastie, GG3à 525 av. J.-G.
11. L’époque perse, XXVII" à .XX.XI" dynasties, 525 à Gif',
av. J.-C.
12. La domination macédonienne (l’tolémées) .'(31 à 30 av.
J.-G.

154. Los ti'ois gr.mdes [lérlodes de floraison nous on


laissé des monum ents en quantité, et même ceux de l’époque
thinite sont assez nombieux ; nous avons conservé des
tombes avec leurs accessoires, et des débris de mobilier
(pii rem ontent à des âges encore plus reculés. Les inscrip­
tions liiéroglypbiques se rencontrent pour la prem ière fois
au temps des dern ières générations qui ont précédé .\Ienes;
sous les Tbinites, l’écriture (monumentale et cursive) est
déjà d’un usage général pour l’administration de la cour et
de l’Ktat. De nombreux tcxles littéraires qui nous ont été con­
servés dans des monum ents postérieurs (par e.xemple, les
textes des Pyramides, des légendes comme celle de la d es­
truction du g en re liumain, des écrits su r la médecine) re ­
montent à cette épocpie, peut-être même au delà de Menes.
Des actes officiels contemporains (pièces de comptabilité
de la maison du roi) nous ont été conservés à partir de la
V" dynastie. Des décrets royaux, etc., sous forme d ’inscrip­
tions, sont encore plus anciens. Ponr le reste, il nous faut
clierclier nos renseignem ents dans les brèves indications qui
se t r o u \e n t su r les ustensiles, amphores à vin, su r le matériel
de tout genre, les bijoux, les stèles funéraires,' etc., ainsi
que su r les tables-annales des plus anciens tem ps ij; 223).
. \ |iartir de la lin de la III" dynastie, les tombes ricbcs
s ’ornent davantage d ’inscriptions et de co m tes notices; on
y énum ère les fonctions et titres des défunts; on ajoute les
formules relatives aux offrandes et à la vie future ; nous
soüH C K îi i‘o r R I. in sT o im -: d i -: i . i :î ; v i *t k

y loiicoiitroiis aussi parfois des hiogi-apliies a ss a /d c la illé c s;


des allusions aux lioimem’S confdi-es pai' le roi, à (|iii le do-
liiiit doil rcipiipeiiieiil de sa loiiide; des dis^)Osilioiis lesta-
riieiitaircs pour fonder Icculle fuiiéi airc, d e . Los moiuiincnts
<lu .Moyeu cl suiiou t du Xouvel làn p ire présenleul une plus
oraiide variélé, car maiiitenanl s’ajoulenl aux toiuhoaux d<‘
formidables leinples de pierre, oii les inseriplioiis royales
nous conservent en certains cas des renseignem ents liisto-
ri(|ues ; an contraii'c, <les temples de rAiicicn et du .\toyen
l'inipire, (piel(|ucs-nns scnleinent nous sont parvenus, et
ilaris un état foi't délabré. Signalons encore les inscriptions
dédicatoires des m onum ents, les montions gravées sur des
parois de rochers au passage des expéditions, les biogra­
phies dans les to m b es; à loutes ces inscriptions s ’ajoutent,
en nombre (pii va toujours croissant, les documents, lettres,
textes liltéiaires écrits su r papyrus, et nu'ine parfois sur
cuir ou su r des tessons de poteries. C est du hasard ipic
dépend, à vrai dire, la cpianlité de matériaux (|ue nous lègue
une épo(|ue et la plus grande pai'lic des papyrus ipie nous
possédons, et cpii nous viennent du Nouvel lOmpire, appar­
tiennent à la fin de la X l X 'e t de la .X.X''dynastie. C nesourcc
d ’un tout autre o id re et de la plus haute valeur, a été rév é­
lée en 1,S87 par la correspoiidancc de la cour d ’ICgyptc avec
les rois et vassaux d'A sie; elle est écrite en cnnéiformos sur
des tablettes <pii jiroviennent des archives d'Kchenalon ,à
Tell-el-Amarna (apii's lM)Oav. .).-C.V l’ar contre, très rares
sont les sources pour les te m ps de décadence e n lic l'.An-
cien et le Moyen, comme e n ti e le Moyen et le Nouvel E m ­
pire, c’est-à-dire de la fin de la Vf“ ju s q u ’à la fin de la XI", et
de la fin de la .XI11" Jusipi’à la fin de la .W ll" dynastie. C’est
seulem ent au cours des 25 dernici es années (|ue nous avons
trouvé des monum ents et inscriptions ap partenant à la pre-
mii'rc de ces époques. Si pour la XIII" dynastie, nombre de
m onum ents, en pai liculier de statues roy'ales. sont connus
depuis longlenqis, en revanche il ne nous lesle prescpie
■MONUMENTS E T ÉC R IV A IN S — S '

rien du tem ps des Hyksos. Beaucoup plus importants sont


les monum ents et inscriptions ap partenant aux temps pos­
térieurs, do la XXI'' h la XXV" dynasties, en dépit de la déca­
dence et de la domination étrang ère ; sous la X X V I' dynastie,
leu r nom bre augmente encore notablement, mais ils n ’offrent
pourtant à riiisloire (|u’un maigre butin, en raison de la
forme spéciale q u ’a revêtue la civilisation en ce teinps-là.
Ainsi, d'une part, la tradition liistoriqiic, telle que la p ré ­
sentent les m on u m en ts et les papyrus, offre une série de
lacunes et se révèle au g ré du hasard ; d ’autre part, tout
essai d'une histoire d’I-lgyplo se h eurte à une grave diffi­
culté: c’est que les monum ents ne se sont guère conservés
que dans la H aute-Egypte; le sol fluide du Delta ne nous en a
gardé que fort peu Iqui, presque tous, sont localisés à Tanis
et à Buhastis), Quant aux constructions de Memphis, qui fut
de beaucoup la plus importante des cités égyptiennes, les
matériaux en ont été presque entièrem ent employés à cons­
tru ire le C aire; rien ne subsiste ])his que la nécropole
immense, et vraiment inépuisable, (|ui, comme celle de
T h èb es,iious fournit de façon in interrom pue des trouvailles
im portantes, T andis que, pour les Grecs, le Delta et Mem­
phis étaient au p rem ier plan, pour nous c’est toujours du
point de vue de la Haute-Egypte que nous embrassons l'en­
semble de l’histoire et de la culture égyptienne ; en vain nous
efforçons-nous de nous d égag er de ce cadre, nous n ’y ré u s­
sirons jam ais complètement, puisque, p o ur la Basse-Egypte,
les docum ents authentiqnes nous m anquent presque totale­
m ent et q u ’ils nous manqueront toujours. Les informations
provenant de peuples étran g ers l’en particulier des m o n u ­
m ents éthiopiens, puis des Israélites, des A ssyriens et
ensuite des Grecs!, ne se rencontrent que dans les derniers
tem p s de l’Egypte, après la fin du Nouvel Empire.

Itésum é (les principales publications île nioiiiim ents : les grands


ouvrages d'ehsenible de Ciiami'oi.i.ion, Hosem.im , I.Ersiis, voir § 148 et
SO U R C E S P O U R I .’h is t o ir e DE l ’É G Y PTE

sq. A utres ouvrages an<*iens : Lkpsils, Ausumhl dvr tru liliiisiPit IJrUnn-
tleii, •1842. P kissk d A vks>ks, Moninn/'iils é<jyplieitSy 1847, cl Uisloire de Vnr!
éijYpHen, Atlas, 1878; les recueils d'inscriptions de Vouve, Bcuton,
W ilkinson p a r exemple, ne jieuvenl ôlre qu’à peine m entionnés. Kn
outre Biiu<;sch, liecneil de mon. éijypf. 1862 sq. ^(lont les parties l et It
conipreiinenl un choix do textes historiques.) Puis, les pul)Iicalions
de MAiiiKTTK e t de DCmiciikn; le Thesniirna insrr. neijypl. (G vol., 1883 etsq .)
par Buuc.sch (textes co n cern an t rastronom ic, le calendrier, la géogra­
phie, la religion et riiisto irc et acrcoinpagnés de com m entaires) ;
PiKiiL, Inscr. ItiêroijL, 3 séries, 1886 sq.; eniin les séries de publications
de la société <‘ Kgypt Exploration l'uiul »; les M émoires d e là Mis­
sion archéologique rrançaise au Caire, continués par les Mémoires de
l'in stitu t français d'archéologie orientale au Caire ; les volum es du
Catalogue général des A ntiquités égjqiticnnes du musée du Caire, ainsi
que les Revues : /eiUrhrifl fiir aetj. Sprnrhe ; lieetteil de Irnvnu.r ; Procee-
dinijs o f (he Sociely o f liihl. Arrii. ; et, depuis IDOÜ, les Annales du Sendee
des \nli(iiii(ès de VEijyple. Un grand recueil d ’inscriptions historiques,
ürknnden des aeyyp!. Allerimns, a été en trep ris sous la direction de Stein-
ilorlT; elles se p résen ten t sous form e de textes collationnés à nou­
veau, coupés par p hrases v'I accom pagnés de rem anjucs exj)licalives;
ont paru jusqu'ici : IJrIcnnden des Allen lie'irhs ; Urlkiinilen der aelil:ehiilen^
DynnsUe; Uiero(jl. irkunden der ijrieeliiselt-romiselien /.eil, (|iii ont été
publiées jiar Sethe ; Urkniiden der dlleren AelhiopienUonitje, publiées par
Schaefer. Bans h'sAreh.eoloiiirnl report <lc l’Egypt Kxplor. Fund, paraît
chaque année un excellent com ple rendu p a rG iu rn rn des découvertes
et travaux scienlitiques accom plis dans l’année. V oir encore : Ansiralil
ronTe.rien (trad, p ar 11. RA.\Ki;)et \hh//d«m/ca par (1iu;.ssm\ nn, .W/onc/du/.
Texte and Hitder :iim \llcn Testament, 11)0!).

155. A ujourd’liui, gi'Ace aux fouilles toujours accrues e


surtout gritee à la compréhension toujours plus exacte des
textes, il nous est possible de dessiner, du moins dans ses
grandes lignes, l’histoire de certaines périodes de l’Kgypte,
(|uek|uefois même avec ([uelques trails de détail. .Mais,
même lorsque nous disposons de documents considéraides,
notre tâche se réduit à la description des institutions
établies ; leur développement historique nous échappe ;
c'est à nous, en général, de deviner comm ent elles sc sont
formées, comme elles o nt disparu. La seconde difliciilté.
MONUMENTS ET ÉCRIVAINS — § 1 3 6 19

c’est que les indications fournies par les m onum ents sont
toujours partiales, et souvent peu dignes de foi. 11 ne s’agit
jamais que de comm émorer des événem ents glorieux, de
placer, pour la postérité, le roi, ou le possesseur du to m b eau ,
dans la plus (laiteuse lu m ière; tout le reste est so m m aire­
ment indiqué et tout ce i|ui est désavantageux est ab so lu ­
m ent passé sous silence. Les rois du Nouvel Em pire, en
particulier ceux des X I X 'e t XX® dynasties, se sont contentés
souvent de rep rod uire des te.xtes anciens (par exemple les
énumérations des peuples vaincus) ; mêm e, ils ont usurpé
les m onum ents de rois an térieu rs et fait g rav er leurs p ro ­
pres noms en surcharge. De plus, les inscriptions des temples
et des tom bes sont rédigées dans ce style égyptien com­
passé qui, dédaignant d’e n tre r dans les petits détails m es­
quins de la réalité quotidienne, en évite soigneusem ent le
langage et se m eut par conséquent toujours dans les lieux
communs de la rhétorique et de la poésie. (Comparés aux
Annales des Babyloniens, Assyriens et Ethiopiens, qui
restent si sobres dans leurs parties historiques, aucun de ces
textes égyptiens ne nous fournit un récit cohérent et p u r e ­
ment histoi'ique ; mais on cherche toujours à m ettre en
lumière certains épisodes et à les magnifier. Il n ’y a d ’ex ­
ception qu'avec les Annales de T houtm osis III, certaines
biographies trouvées dans des tom bes d ’officiers ou de fonc­
tionnaires, ainsi que maintes inscriptions rup estres laissées
par de grands p ersonnages officiels. Une grande circon­
spection s'impose donc dans l’emploi de ces documents,
lo rsqu’il s ’agit de d égag er la vérité des faits ; toutefois il
ne faut pas tom b er dans l'excès contraire, comme l ’ont fait
quelques savants m odernes, tels que W . M. M ü l i . e r qui, dans
sa méfiance à l’égard des données fournies par les m onu­
ments, a dépassé le but.
156. l'o u r com pléter les données fournies par les m o n u ­
ments, il serait indispensable de posséder un récit suivi de
l’hisloire d’Egypte ; mais nous ne l’avons point et il n ’en a
SO U R C E S P O U R L H IS T O IR E D E L E G Y PT E

jamais existé, lin revaiiclie, des notices historiques s’é te n ­


daient jusque diins l’époque précédant Moues. A cette
catégorie appartiennent ces tableaux gravés sur palettes à
fard ipii sont les prem iers stades de l’écriture (ü 200), en­
suite les tables-annales d ’ivoire et d'ébène de plus en plus
nom breuses à [lartir de Moues ; on y consigne les noms de
rois et les événem ents im portants de l’année. Ün connaissait
les noms et la suite des rois ju s q u e bien avant Meiies,..mais
il nous estim possible de déterm iner à p a r t i r d e que] moment
la liste en est fidèle. Ces nialériaux ont servi de fort-bonne
h eu re <à la compilation d ’annales officielles; la p ierre de
Palerme (v. Sj 200; nous a conservé un fragm ent d ’une chro ­
nique île ce g en re provenant de la deuxième moitié de la
V'- dynastie (sous le règ n e de Neweserro') et i|ui était gravée
sur une grande pierre, probablement dans un temjile (peut-
être celui d ’Héliopolis). Les indications q u ’on y trouve sont
conformes au caractère du royaume pharaoiiiipic, et concer­
nent principalement les fêtes des rois et des dieux, les con­
structions de temples et donations faites à ces derniers, etc, ;
mais les mentions ne m anquent pas non ]dus s u r l’ad­
ministration, les g u erres et les expéditions maritimes.
Toute la période à partir de Menés est ici consignée, année
par a n n é e ; elle était précédée d’une liste des rois apparte­
nant aux dynasties antérieures, sans divisions |)nr années,
et, au-dessus do cette liste, on avait très probablement gravé,
comme cela se rencontre dans toutes les traditions posté­
rieures, un résumé de l’iiistoiro légendaire,com m ençant au
règne des dieux su r la terre, à partir de lié' ou de Ptah. On
a continué à rédiger de pareilles annales {gnwl nt zrijw ,
(I annales des ancêtres ») pendant des milliers d ’années à la
cour dn roi; elles se trouvent assez, souvent mentionnées
dans les inscriptions royales ; elles rem ontaient ju s q u ’aux
te m ps des « adorateurs d ’IIoriis i> (V. par e.xeniple, LD, III,
5a,15==SETiiE, Urkitnden (1er X V I I I ‘ Dynastie, p.8G), ou » au
te m ps de flè' », (LD II, 118 d = G olenisciiekk , Ilam m am al,
M O N U M E N TS E T É C R IV A IN S ---- 156

<S 1 . 6 ; L I ) , III, l ‘J3,27). S u r les expédilions militaires ele


ïh o u tin o s is III, (les annales étaient rédigées par u n d e s e s
scrib es; il en existe encore un court abrégé gravé sur
un m ur du temple de Karnak (cf. Iîkeastbu, A ncient R ecords,
11, 391 Sf|,), et dès la V« dynastie, dans le temple de Sahourê'
■voir 253), nous voyons q u’on a représenté la déesse de
l’histoire enregistrant les faits d ’armes du roi. C’est encore
à ces annales roy'ales q u ’est puisé le tableau résumé du
règ ne de Ramses III, q u ’on a mis dans sa tombe avec la
liste détaillée de ses fondations en l’honneur des dieux ; ce
rouleau de papyrus (le grand papyrus Harris) conservé jus-
(|u’à nous, devait servir au roi de pièce de légitimation pour
en trer dans le monde des dieux. De même, les affaires de
chaque jour, les décisions administratives eljudiciaires du roi,
furent rédigées régulièrem ent et conservées dans les archives
d'état, 'l'ous les bureaux, cours de justice, tem ples, possé­
daient aussi leurs archives que l’on pouvait consulter afin de
connaître laju risp ru d en ceo u les précédents historiques;nous
avons encore des liasses de ces actes provenant du Moyen
et du Nouvel ICnqiire. N aturellement, on enregistrait aussi
les règlements, les instructions administratives, etc. ; ainsi
la tombe de Re.chmerè', sous le règne de Thoiitiiiosis III,
nous a conservé l’instruction donnée au vizir. Pourtant tous
ces documents, si nombreux soient-ils, ne furent jamais
coordonnés en vue d ’écrire une histoire ; dans la pratique, il
suffisait de consulter ces annales continues des pharaons
pour s ’orienter soit en chronologie, soit dans la connais­
sance des faits passés. Il semble bien que les tem ples aient
eu aussi leurs annales propres ; les inscriptions des tem ples
de basse époque nous ont conservé les récits de l e u r fonda­
tion, ([ii’on faisait rem onter jiistpi’à la plus haute antiq u ité—
'([lie cette origine soit vraie ou non, c’e st u n e au tre q u e s­
tion): Pas davantage ne saA^ons-nous si ces annales des
règnes ont été tenues au courant pendant les périodes de
décadence ou d ’anarchie ; si nous les possédions en leur
S O U B C E S PO U H L H IS T O IR E D E L E G Y PT E

entier, nous discernerions certainem ent beaucoup de dilfc-


rences dans l’art de les rédig er aux diverses époques. Il
suffisait, pour les besoins ordinaires dos bureaux, d'avoir un
bref résumé, une simple liste des rois portant l’indication
exacte de la d urée de chaque règne, ce <|ui était indispen- ,
sable pour se reconnaître dans les dates consignées dans
les sources. Une de ces listes nous est parvenue, fragmen­
taire, il est vrai, et avec des lacunes, par l’interniédiaire
d’un bureau administratif, vers la fin de la XIX ” dynastie. Elle
commence au règ n e des Dieux et énum ère à partir de
Menes les noms et chilîres de règne de tous les rois, classés
par dynasties : c’est le papyrus royal de T u rin (S 102), qui fut
rédigé dans la Basse-Egypte, au dos d’un m anuscrit de
comptabilité, où le scribe calcule les revenus de l’oasis sous
le rè g n e d e lia m s e sll. Sans doute quelques e rre u rs ont jm
se glisser dans cette liste, mais elle parait tout à fait exacte
dans l’ensemble, autant q u ’il nous est possible de la contrôler,
et elle peu t par consécpient servir de modèle p o ur dessiner
le squelette de l’histoire égyptienne. Toutes les autres listes
de rois qui nous sont parvenues sont probablement d ’o ri­
gine analogue, même celle de Maiiélhon, où la tradition des
noms et des chiffres est en maints endroits fort altérée.

H érodote nous racoiilc (II, 100; cf. I-tS) que les p réires (peiit-êlre
ceux de Memphis'?; lui o n t lu dans un livre les nom s de 330 rois, cf.
D iodore, I, i4 , 4 ; 40, 7). La rem arq ue suivante sur les rois éthiopiens
e t les reines existant parm i eux (dont m ention est faite par Dio­
dore un peu différem m ent, I, 44, 2 sq.), rappelle la notice du même
g en re que sem ble avoir rep ro d u ite le papyrus de T urin, col. 2,8 su r
les rois p récédant Menes {Chronologie, p. 120, trad. p. 16,3).

157. 11 y a contraste m arqué entre ces documents officiel


et la littérature populaire des Egyptiens. Elle s'est complu à
co n te rd e s histoires au sujet des anciens rois, et nous a légué
maints de ces récits : l’histoire de Cheops et des com m en­
cements de la V" dynastie, qui provient du Moyen Em pire ;
M ONU M ENTS E T ÉC RIV A IN S — 157

l’Iiistoire d ’un roi Hyksos, Apophis, et d ’un prince thébain,


Scqenjenrê' ; l’Iiistoirede la conquête d e ja lla par un officier
de Thoutm osis III ; l’Iiistoire 'en démotique) de Petoubastis.
A ppartiennent à cette inéine litlérature populaire les récits
de Manétbon su r l’invasion <les Hyksos, su r Osarsepb et les
lépreux, qui pourraient être écrits avec les mêm es termes
dans un papyrus ; et de même caractère sont ces brèves no­
tices qui accompagnent les noms des très anciens rois dans
l’Epitomé déjà cité. A travers ces récits, on démêle encore
les faits historiques, mais transformés en légendes, associés
avec des thèm es populaires, des contes merveilleux, qui les
entraînent dans le domaine du mythe. Les histoires d'Héro­
dote su r le tréso r de Khampsinit, sur la reine Nitokris, sur
les conquêtes de Scsostris, et d ’autres de ce g enre, relèvent
également des fables populaires. côté de celles-ci, nous
avons des textes poétiques inspirés par des événem ents
réels ou des circonstances historiques ; citons dans la littéra­
ture classique du Moyen Empire; les aventures de Sinouhet, et
dans la littérature populaire; les aventures du marin et du roi-
serpent. Lorsque ces récits glorifient un dieu, il arrive q u ’on
les grave s u r p ie rr e ; ainsi la prétendue stèle d e B e n tre s sous
Bamses II, ou cette inscription des tem ps ptolémaïques sur
la grande disette et les fondations du roi Zoser, en l’hon­
n e u r de Ghnoum d ’Eléphantine (§ 230) ; enfin un papyrus
nous a conservé en grec l’histoire du rêve de Nektanebos.
H y a, enfin, un g en re spécial de littérature, appartenant à
toutes les époques égyptiennes ; ce sont les prophéties, écrites
en hiératique, démotique ou grec, qui contiennent beaucoup
d ’allusions à des événem ents historiques (§ 297). Cette litté­
rature a pour nous une très grande valeur, d ’.abord parce
q u ’elle nous présente su r le vif la pensée des Égyptiens, leur
façon de saisir les événem ents, et aussi parce que, sous un as­
pect fabuleux, elle décèle des faits historiques que la critique
peut et doit utiliser comme sources. En même tem ps, elle
nous prouve q u ’à part les annales officielles, l’Egypte, non
24 BOÜKCES l'O U H I. IIIB TOIIII': U E L E G ÏU T E

plus que l’iiide, ii’a coniui la vérilable h isto ire: toute trad i­
tion s ’orientait aussitôt dans le domaine du merveilleux et
servait aux récréations de l’esprit, eoinnie les sujets tirés
des légendes divines ou de la fable. Les Egyptiens n'ont
pas eu d’autre ambition bistoriiiue ; en revanche, ils c h e r ­
chaient devant les élrang ers à faire valoir le plus possible
l'antiquité et la véracité de leurs sources historiques. Ceci
nous explique que les Grecs, malgré le vif intérêt que
pendant des siècles ils léiuoigiiérenl à l’Egypte, n ’arrivèrent
jamais à saisir son histoire sous sou aspect réel, ni même
dans ses contours les plus vagues. En elT'ct, une œuvre
comme celle de .Manéthon ne pouvait leu r oll'rir aucun
enseigneineul his torique; quant aux légendes égyptiennes,
elles servaient seulem ent à illustrer la pensée et les m œ urs
de ce inorveilleux pays, ou ne faisaient que satisfaire la cu rio ­
sité, sans qu’il fût nécessaire d’y déeouvrir un enchaînement
des faits.

La plupai’t des tégeiides citées [dus haut o nt été recueiliies par


M dans les Contes itopiihdres de Vl-Ujyide nneiennef
a speu o , édit.,
P o u r la stèle de n eutres, voir liioux : .\efiyi>. Xeitselii'iJ't, 21, 1883.
L’histoire de T lioutm osis IV e t du sphinx offre un caixactérc Ideu
rom anesque (E uman, lierl. Ak., 428 s q .; cf. 1003) mais d ’après
SeiEGKLBEitn {Orienl. Lit. /.eit.. V it, 190Î, 288 sq., 343), elle serait peut-
être un m onum ent au tlientique du roi, restau ré par Sethos l'-’'’. —
P o u r P etoubastis, v. Siui':(a:i.ai'atu, l>er .Satieiikreis des Ktinii/s Petiibiistis.
4910. — S u r te rêve de Nektaneiios, voir W ii.ckka, dans tes Mélantjes
Nicole, 1906. — Les légendes su r Cainbysc (fragm ents d ’une rédaction
copte, ap. : SenvErKU, lier, lîerl. Ak. 1899, 727) et le rom an gréco-
égyptien d ’Ale.xandre, ressem blent à tous ces récits e t sont d ’ins­
piration analogue.

158. Les p rem iers travaux su r l’histoire d ’Egypte qui


lu ren t faits après la découverte des hiéroglyphes (par
C h a m p o ll i o n - F ige ac , le frère du g ran d savant ; par Ho s e l -
LiNi, par B u n s e n qui écrivit un livre fantaisiste Æ gyplens
Slelliinr/ in der W ellgeschichle), n ’oU'rent plus q u’un intérêt
M ONU M ENTS E T E C R IV A IN S - 158

(le bibliogT;i|)liio. L e r s i u s a jeté les prem ières liases d’une


histoire par sa classilicalioii des monum ents et plusieurs
monographies sur la XIb' dynastie (d bh. fieri. A k ., 1852 ; su r
la X X ll“ dynastie, d 6A./yeW. A k . 1856; Kônigsbnch der allen
A e y y p ler, 1858, cf. § 161 nd. A côté de lui, il faut citer avant
tout E. UE H o ug é , Recherches sur les munumenls qu'on peut
nllribuer a ux six prem ières dynasties de Manélhon, Mémoires
de l’Acad. des Inscr. 25, 1806. Je renvoie au ÿ 146 pour le
développement u ltérieur de l’égyptologie et l’accroisseiuent
des publications. B rugs cii , dans son H istoire d 'E g yp te. 1877,
et le sup |dém en t paru en 1878, a d o n n é une traduction des
inscriptions les plus importantes, où son esprit génial a sou­
vent deviné juste. A. W ieoem .a n n , dans Æ gyptische Ge-
schichte, 1884 (supplément 1888) nous a donné un riche rép er­
toire de toutes les inscriptions contenant des noms do rois.
P e t r ie , dans d H istory o f E g yp t, 3 vol. 1894-1905, a fourni
un répertoire analogue pour les moiuiments. Entre temps,
G. M a s p e r o , dans son H istoire ancienne des peuples de
ÏO rie n l (1™ éti., 187.5) (!( 147), a dressé pour la prem ière fois
un tableau vivant du dévelo|)peinent de l’Egypte, fondé su r sa
connaissance étendue des m onum ents, et plus tard élargie et
complétée par d ’autres travaux ; sa grande H istoire ancienne
des peuples de l'O rient classique (3 vol. 1895 sq. ’ présente
un résumé de ses investigations,!; 147. Les travaux d ’A. E r-
MAN ont puissam m ent stim ulé cette marche on avant,
surtout son livre Æ gyplen und aegyplisches Leben im A ller-
lum, 2 vol., 1885 sq., où pour la prem ière fois l'histoire de
l’administration et de la civilisation égyptiennes a été tracée
en fermes contours. J ’ai cherché moi-même à atteindre ce
résultat dans mou ouvrage : Geschichte des allen Æ gyplens
d 885-87’), paru dans la collection Oncken, où j ’ai pu dépasser
les conclusions de la prem ière édition du piéseiit volume
(1884). Depuis lors,chaque année a vu paraître de nom breuses
publications su r les diverses fouilles entreprises, ou les
inscriptions (mentionnons ici surtout P e:tri e (d G riefitii et
SOURCES POU» L HISTOIRE DE L EGYPTE

leurs rapports annuels dont nous avons parlé 154 n.;, ainsi
<|uo dos articles de revues. Parmi les travaux plus étendus,
citons le très suggestif livre de VV. M. M üli.iîr, A sien und
E uropa nach allaeyijpt. Denkmälern, 1893, ipii aurait besoin
actuellement de subir une révision et un i cniaiiienient et les
Untersuchungen zur Geschichte und A ltertum skunde /E g y p ­
tens, 189() S(j., de S etue ; mais surto u t ceux de liuEASTEn ;
A ncient Decords o f E g yp t, o vol., 1900, élaliorés au cours do
longues années de préparation et <|ui nous donnent la tra­
duction et le comm entaire de toutes les inscriptions histori­
ques. L’ouvrage a été complété par son H istory o f E g y p t,
parue en 1905.

Ajoutons il celte bililiograpliie : Wii.kiNso.x, Mnimcrs and riisiom.s


o f llte niicicnl Enypllniis, 1837 sq ; 2° tHiiliüii par Bim;n 1873, 3 vol. :
Rawm.nso^, History o f Ancient Et/ypt est sans valeur cl History oj
y vol. iTcn a guère davantage. — i.e Kônigsbuch de L kpsr .s,
excellent pour son tcmj)s et qui est un recueil de tous les nom s de
rois ap[)araissant sui- les inoruim cnts, est en voie d’etre com plété par
G.actiuhh : te l.irre des rois d'Eijyide, Méni. des meinl)res de l’inslilul
français d ’arch. XVII, XVIII, très docum enté, mais m alheureusem ent
sans une claire vue d'cnscinhlc. Un livre indispensable et riche en
intuitio n s hriilanles e t com binaisons hardies est le IHetionnniretféotjra-
pliiqne de Bulcsch, i878 sq. (c’est un rem aniem ent de ses Geoijrnpliisrhen
Inschriflen, 1857 sq.). Un ouvrage inachevé de l)ü\iiciii:> Geschiehte
Aefiyptens, 1878 (coll. Oncken), contient un résum é de la géographie
d ’Égypte q u ’il ne faut em ployer q u ’avec prudence ; do Bklcscii, citons
encore Die Aetjyptolotjie qui nous donne une vue d'ensem ble d’après
les recherches exposées dans son Thesnnnts. — H. ScuMiinKii dans
Kulinr nnd Denken der alien Aeijypter (K nlw ickeluiigsgeschichte der
Menschheit, 1907), a en trep ris de nous p résen ter dans son ensem ble le
développem ent de l’Égypte et de sa culture ; c’est une œ uvre pleine
de réflexion et de imWâte, m ais qui s’égare trop souvent dans les
spéculations théori(|ues ; on ne d o it p a r conséquent la consulter
q u ’avec prudence.
C H K ü N O L O ü lE • g 159

Chronoloijie.

159. Dans 1<^ calcul de temps (!( I3C s(|. i, les Kgj ptiens ont
abandonné de très bonne h eure (jj 195 s(|.; le mois lunaire
et l’année intercalaire qui en d érivait; ils ont cherché à
créer une année solaire nouvelle, indépendante du cours
de la lune, et composée de trois saisons (l’inondation, le
te m ps des semailles ou hiver, le tem ps des récoltes), chacune
com prenant 4 mois de 30 jo urs ; il y avait, en pins, 5 jours
complémentaires (épai/omènes). Un réalité, c’est une année
vague ; elle est en retard tous les 4 ans d ’un jou r par rapport
à l ’année julienne de 365 jo urs 1 4, et d ’environ 3 4 d ’heure
par rapport à la véritable année solaire (grégorienne). Mal­
gré cela, Jes E gyptiens s ’en sont tenus à l’année de 365
jo urs ; c’est A uguste qui le premier, après un essai infruc­
tueux de Ptolémée 111 Evergéte en l’an 238 av. J.-C. (décret
de Canope), a introduit en Egypte l’année julienne (année
alexandrine, commeneant le 29 août 25 av. J.-C.). Naturellè-
ment, les Egyptiens se rendaient parfaitement compte du
déplacement de leur année par ra|)port au soleil et à la
position des saisons. Pour eux, le com m encem ent de la véri­
table année solaire (le « comm encement de l’année ») se
distinguait du prem ier de l’an <le l’année civile et coïncidait
avec le lever de Sothis, la planète S iriu s; celle-ci entre
sous le parallèle de Memphis le 19 ju illet ju lien (qui corres­
pond, en l’an 4241 av. J.-C., au 15 juin grégorien, vers le
solstice il’été). Au 5" et au 4“ millénaire, ce l.ever coïncida
avec le comm encement de la crue du Nil ; c’est pourquoi
Sothis lut considérée comme annonçant l’inondation. Par
suite de son mouvem ent indépendant et de la précession
des équinoxes, le lever <le .Sirius, pendant des milliers d ’an­
nées, a marché d ’accord avec l’année julienne, de sorte que
SOU RCES POUR L H IS T O IR E DE L E G Y PT E

c’est celle-ci, et non la véritalile année solaire, nui fut re g a r­


dée coiuiiie raiinée normale.
G eiies, ou rem arqua au cours des siècles, le relard de
récli[)tique, des solstices et des équinoxes et celui du
couiiiieiiceineut de l’inondation par rapport à l’année de
S iriu s; mais on n ’eu tirait aucune conséquence ; ou se con­
tenta, à partir de la XXV l” dynastie, de déplacer la fête « de
la naissance du dieu solaire », Mesou-Iiè' (qui se rattachait
dans l’année normale au solstice d ’été), et de la reculer du
prem ier mois de l’année vague an d ern ier mois de l’année
précédente. Au cours d ’une période Solliiaque, c’est-à-dire
au cours de 1461 années civiles ( = 1460 années de Sirius), le
jo u r de l’aii et les mois du cale ndrier civil parcourent par
conséquent le cercle complet des saison s; cette période
term inée, le jo u r de l’an civil tombe de nouveau, pendant
4 ans, au jo ur du lever de Sirius, le 10 juillet julien. Lors-
(|ti’on créa le cale ndrier égyptien, sou jo u r de l’an (plus tard
appelé le 1“' Tliout) tomba naturellem ent le 10 juillet, et
parmi les années oii cette coïncidence a pu se produire ;
4241 0 — 4238 7 ; 2781,0 — 2778 7 : 1321,0 — 1318 7 av.
J.-G. et 140 1 — 143 4 ap. J.-G., — c’est la prem ière seule,
l’aunée 4241 0 av. .I.-C., qui peut être celle on l’on a intro­
duit le calendrier, puisque celui-ci était déjà en usage depuis
longtemps 'sous l’Ancien limpire.

P our une étiute d'enseiiililo, v. mon \eij. Cltrotiuluijii: com plétée par
les m atériaux récem m ent ap p o rtés par G aiidi.xeh, i X là, 11107, 136 sq.
e t cf. mes \tichlvmje :nr Ai'tj. C.hronolwjic, Abli. Bert. Ak., 1907. Ces sup­
plém ents ont été fondus dans le corfis du livre dans ta traduction
fraii(;aise par A. Moukt, f'.hrunuhnjie Éijyiilieime (Annales du m usée
(luim et, liihiiotlièque d’études, t. -X.XIV, 2). A la base des travaux sur
le calend rier so n t les ouvrages de Hio-r; Hnr /’mirn'e vttijiir tleti Eiiyiitiens,
Mém. île l’.Acad. des Hc. ,X III, 183.6, et ceux de l.io'sii.s, f.7ovmoït»/ic thy
Aeijypler, 1849, coulim ié [mr son lùiiitijshudt. (ioinm e CicvMrot.i.ioN, ils
prenaien t par erre u r la saison suniou p o u r celle de l'inondation, et eu
déduisirent des conclusions fausses su r l’époque d ’introduction du
calendrier. La vraie traduction fut établie par Biilusiui en 18."t6. Les
C H R O N O L O G IE — § 150

m ois (égyptiens oui reçu j)lus tard des notris ap p arten an t â des fOtes,
ci (jue nous em ployons sous leur form e grecque et copie. Leur suc­
cession n’a été fixée définilivem ejit qu’à une époque tardive (aupara­
vant, les fêtes étaient toutes célél)iées un mois plus tfil e t portaient
en partie d 'au tres nom s); on les a classées dans l’o rd re siiivanl :
Saison de rin o n d alio n {erhrl): ThouL Paoplii, Athyr, Choiak. Saisoh
des sem ailles ou hiver (pro/W) : Tyhi. Mccliir, Pham cnolh, P hapnoutlii.
Saison des récoltes ou élé {hm on): Paclion, Payni, Epiphi, MesorI ;
il faut ajo u ter les 5 épn<jomènes. Ces données égyptiennes sont com ­
plétées )>ar le décret de Caiiope e t par les écrivains grecs (H érodote,
11, 4, qui s’y connaît si mal en astronom ie et chronologie, q u ’il phend
ran n éc de 365 jo u rs po u r une année fixe ; Geminos, hiuj. In phnrnon.
c. 8, p. 10(), éd. M vmtils ; Censorin, 18, 10). Les astronom es grecs
(Plolém ée par ex’.) calculent tou jours d’après l'année vague égyp­
tienne, de so rte que leur position p ar rapi)ort à l'année julienne reste
constante. Les essais tou jo u rs renouvelés de prouver l’existence d’une
année égyptienne fixe (le plus ingénieux est celui de Ihusucii dans
son Tliesntirn.^ e t ailleurs) sont tous ins<mtenables, de même que l'hy­
pothèse d ’une interruption dans le. cours régulier de l’année vague.
T outes les indications qui concernenl le lever de S irius et la période
sothiaque so n t calculées p a r cycles, c’est-à-d ire selon l'équation : 1461
années civiles = 1460 années de Sirius, sans pivoccupation des diiTé-
rences en tre localités (qui s’élèvent, pour un degré de latitude, à un
jo u r environ) cl sans ten ir com pte du lent déplacem ent, par siiile
duquel le h*ver de Sirius à Memphis, dans le prem ier siècle av. J-C.
n'eut Heu réellem ent que le 20 ju illet julien. C’est à to rt qu’Orroi.zKU
et M uii.kh, et d ’autres, ont pris ces dates em piriques pour bases de
leurs calculs. Les obscurités et les surprises que nous oiTrent encore si
souvent les textes égyptiens proviennent principalem ent de ce fait que
leurs données sont théoriques e ts c fondent su r l’année norm ale, com­
m ençant an jo u rd u Icverdc Sirius, par exem ple: les tableaux horaires
des culm itm tions d ’étoiles, dans les tom beaux de ILlmses Vl et »le
Ramsès IX ; le plafond du Hamesseum ; le calendrier d ’offrandes de
Hamses II et de Ramses 111 à M édinet-Habou, et encore les représen­
tations des saisons dans rAiicien E m pire): nu m om eut où ces docu­
m ents furent to u r h to u r rédigés, l’année civile com m ençait en réa­
lité dans une saison toute différente. (M^iilku a encore m éconnu ceci
 . Z. 48, 89). Quant aux épagom énes, il n’en est tenu aucun com pte
dans CCS données purem ent théoi-iqueset schém atiques, et ils n ’appa­
raissen t ni dans les tables ho raires théboincs, ni dans le calendrier du
papyrus Ebers (de même, les Rabyloniens et les Grecs o nt touionrs
SO U R CES P O U R l ’h i s t o i r e DE l 'É ü YPTE

omployii dans leurs ralriils le mois de 30 jo u rs, quoique leurs mois


lunaires fussent alternativem ent de ‘Jil et 30 jo u rs ; leu r année lliéo-
rique était de 360 jo u rs, q uoiqu'ils n’aient jam ais eu dans la pra­
tique une année de 360 jo u rs). — G iszki., dans son llniulhw-h der mnih.
iiiid lerli. Clu'oiKdotjif, 1, -1006 (rf. i) tt6 n.), n'arrive pas à résoudre
loutes les difriciiltés que présente la chronologie égyptienne. L kii-
«ASN II aupt (W/o, V l l l ,‘2'2H) a avancé une aflirniation bizarre, à savoir
que le jo u r du lever liéliaque ne peu tse déterm iner rigoureusem ent par
la sim ple observation (G is /.ki., p. 26, 182); o r les astronom es grecs
donnent souvent des d ates exactes de levers d ’étoiles ; ainsi est dé­
m entie cette aflirm ation, qui d'ailieurs ne s'applique pas â un clim at
com m e relui de l'Kgyide et <à une étoile aussi brillante que .Sirius; de
plus, on connaissait parfaitem ent à quelle place de l’horizon elle devait
se lever.

ICO. Pour l’administration de l’Ktat, ce n ’est pas l'année


civile du cale ndrier <|ui est adoptée comme unité, c’est l’année
do règne du roi, commençant au jo u r de l'intronisation; le
début de cette année change par conséquent avec chaque
règne. A l ’origine, ces années royales, comme à Habjlone,
reçoivent une désignation oflicielle, em p ru n tée à des noms
de fêtes, édifices, recensem ents en vue d ’impôt (S 223). Puis,
[leii à peu, on désigne les années de règ n e par leu r cliilire,
et, à partir de la fin de l’Ancien Empire, ce comput su p ­
plante complètement les anciens dans les dates officielles.
Cette méthode a un inconvénient : le p rem ier jo u r de l’année
de règne est variable et, lo rsqu ’il s ’agit d ’évaluer une longue
période, il faut connaître et additionner exactement non
seulem ent le nom bre tles années, mais aussi celui des mois
et des jo u r s ; dans les tenqis troublés, ou dans le cas de
co-régence, cela cause des e rr e u rs qui sont presque inévi­
tables. De bonne h eure les E gyptiens ont cherché à concilier
ces systèmes ; l'année civile, dans laquelle un roi montait
sur le trône, devenait la prem ière année de son règne (ou
lui attribuait par conséquent l'excédent de mois et de jo u rs
vécus par son prédécesseur) et, au jo u r de l'an de l’année
suivante, commençait sa deuxième année de règne. Cette
C H R O N O L O G IE •^101

métiiode de calcul, nous la trouvons déjà en v ig u eur dès


la II" dynastie ; elle réaj)paraît sous la XIl ’ et la XXVI" ; on
l’emploie encore pour com pter les années des em pereurs
romains. Mais, à toutes les autres époques, autant que nous
en pouvons ju g er, on calcule pai’ vraies années de règne. Il
n ’arrive q u ’une seule fois, dans une inscription de Tanis,
sous Ramses II, q u ’une autre ère soit mentionnée : elle se
rattache à l’introduction par les Hyksos du culte de Setli à
'i'anis 305) ; encore est-ce une ère de temple, qui ne paraît
pas avoir eu grande signification, meme si !e passage des
Nombresi (12, 22) s’y ra|>porte, coiiiine il semble.

S u rle sd én o m in alio n sd ’an n écsau xlem psanciens, S ktiik, îieUr. zn riil-


lealen Gesch. (U nters. zur (îescli. Acg. Ill); nmChronoloyie, p. 185 sq.,
Irad., p. 268 sq. Une preuve que dans l'esp rit des ég y p tien s l'année
de règne com m ençait l.héoriqucm cnl au prem ier jo u r de l'an, le
1®’’ T houl, même lorsque dans la réalité ravèuem eiit au IrAnc avait
lien un au tre jo u r, nous est donnée par I’iiiscriptioii bien connue <lc
H etsepsout, publiée p ar II, 68) Hkkastrd : Zi/vo/v/ii,
11,232 sq. ; Xfn hlri'ujt' Chronol<Mjie,91\, 1 ; Irad. p. 809 n. 1). H s'agit là il'iiiie
fiction analogue à celle des calendriers <le l'année civile, qui com ­
mencent au jo u r de l’an de Sirius. 159 11.). D’ailleurs, Amasis, sous
la XXVI" <Iyiiastic. [lire. 21,3 sq. 1. 1, K) calcule d’après les vraies
années de règne et non d 'ap rès les années civiles ; il ne me sem ble pas
im possible que dans bien des cas on a it em ployé à la fois Tun et
l’autre com pul d’années, de même q u ’on se servait soit de la coudée
ordinaire soit de la coudée royale; d ’ap rès lecarn clèrc du docum ent,
on savait de quelle année il élait q uestion. Dans les tem ps féodau.v,
à la lin de l’.Vncien et au com m encem ent du .Moyeu Em pire, on date,
dans les nom es, d ’ap rès les années du iiom arquc, v. ^279. P our l'èro de
Tanis à p artir de l’an 400, v. Chrouoloijie^ 6C .sq., irad.. p. O.*).

161. P our établir la chronologie égyptienne el ram oner à


notre ère moderne les dates des règnes, il nous faudrait
posséder la liste complète et authentique des rois égyptiens
avec la durée de leurs règnes. Quand on s ’est servi pour
la dresser des fragments de Manéthon, on s’appuyait sur de
fausses hypotlioses 152) ; Manéthon peut citer çà et là une
SO U R CES P O U R l .’ lM ST O IR E R E l 'É G Y P T E

date coi'i ecte ])iir e.xi'm |)lc poup 1Samses I el 11 mais la |ilM|ini t
soul alisolument ei’i'ouéos, par exemple |>oiirla IV'' ot la V''
dynasties) ; même dans les périodes d ’apogée comme la \ l l " el
la XVIIl'' dynaslics, la tradition y csl très pi écaire, les noms
el la suite des rois sont souvent fort altéi és. Les chilfres
sont souvent tout à fait iuacceplaljles : ainsi, pour le total
des 17 rois des dynasties l"' et II'', il compte 5l>5 ans ; pour
l’intervalle entre l ’Ancien el le Mojen Hmpire, c n lie la VI11''
ot la \1 '' dynasties, 783 a n s ; enire le Moyeu el le Nouvel
Kmpiie de la XIII''à la XVII'' dyii., l’Afi icaiii dans son Mpi-
lonié nous donne même 1;VJ0 ans. Il esl doue iiiipossildo
do se sorvii' de Manélhon pour reronstiliier une elii'onologie
égy])tieilh.e, et. même poiii' les d erniers lem ps de l’Iiistoii'e
égyptien lie, à partir de la XXI'' dynastie, il ne fanl le eonsnlter
(|u’aver la plus grande rireonspectiou. Un eoinpreiid i|ue
les égyplologiies aient élé loiigleiu|)s réd n ilsà se lésigiiei'el
(|u’ils aient reiionri' à fi.ser avec précision aucune date,
osant toul au plus compter vaguement par générations. Ils
s ’appuyaient en cela su r les listes de rois fournies par les
m on um ents, ipii sont les listes des rois défunts auxi|iiels le
phaiaon régnant on un pai'ticniier apporte des offrandes. Le
classement adopté par tontes ces listes esl plus ou moins
c o rre c t; les sonvei'ains illi'gilimes on iusignifiants sont
omis (par exemple, tous les lléi'aldi'opolilains et tons les
Ilyksos) et il s ’y trouve lieanconp d ’arbitraire. Donc, si p ré­
cieuses (|ue soient ri's listes pour reconstituer la succession
des rois, elles n ’en sont |ias moins insuffisantes pour
établir la chromdogie. Im portantes pour l’Iiistoiro sont les
trois listes suivantes ;
1. La liste de Sethos I'''' à Abydos (découverte en 1804),
coiuplèlenient conservée avec 70 noms. La liste de lîainses II,
connno bien auparavant, mais fort mutilée, n ’en est <|u’nne
copie (elle se trouve à Londres).
2. La liste provenant du tombeau de Z.elej (Tounroi) à
Saqqara, sous llamses II (découverte en 1800) com|)renait
C H R O N O L O G IE ■ •§

58 noms, 47 son! oonsorvés. Là où elle difl’è rc de la


lisle d ’Abydos, elle eoiicortb' très souv(*iit avec le papyrus
(le T u r in ; Ions deux nous donneiil la liadilion de la basse
j'^gyple, tiiiidis que la lisU‘ (Lx-Vbydos et celle de Karnak
eonserveiil celle de la baute Egypte.
d. La lisU“ de Thontuiosis III, à Karnak (aujourd’hui à la
Ibbliolliêque Nationale de I»aris), très iniililée, et d ’un clas-
senu'iit très arbitraire, coinjuenail 01 noms, appartenant
sm to n t à la X lll'd v n a stie .

Ceux qui o n t tiré l(i incilleiii* parti des dates de Manétlion sont
Bokckii et U\ci;u (§ 151 n.) mais les dates de M anéthon, ainsi restau­
rées, ne so n t pas liistoriques, encore que Bokckii adm ettait lui-méme
(juc les nom bres de M anéthon sont gouvernés p ar une loi chronolo­
gique (la i)ériode sothiaque), ce qu'on ne peut dém ontrer. L kpsus ,
dans son Koniijsbuchy a essayé en 1858, d ’iTablir la vraie clironologie
à raidit de M anéthon, m ais sa (U'nnonstration pèclic par trois erreu rs
fondam entales : Ij la durée des ^10 dynasties, fixée à 3.5,m ans, som m e
em pruntée au Livre de SoUùs (Sync., p. 98), il l’altrib u e à to rt au Moné-
thon au th en tiq u e; — 2) il m et à pari un certain nom bre de dynasties
sous le nom de dynasties secondaires, distinction q ui n ’apparaît ni
dans Manéthon, ni su r les m onum ents (je ne conteste pas, bien en­
tendu, que dans |)lusieurs cas les dynasties aient em piété l’une su r
l’autre e t que pour les dynasties VIII à XI, XIII à XVII, XXII à
XXVI, des rois de m aisons difftirentes aient parfois régné sim ullaiié-
mciiL, bien que la trad itio n leu r donne des règnes successifs ; mais
Lia'su.s a mis à p art comme secondaires, les dynasties : VI, IX à XI,
XIII, XV, XVI, X .W , XXVII) ; — 3) il modifie arbilrairem cnt les dates
données p ar la tradition, e l n ’arrivc ainsi à rétablir ni les dates niané-
ihoiiiennes, ni les dates h istoriques. Les autres systèm es proposés
m éritent à jicine une m ention. Les protagonistes de la Skepsis sont
lh(t(is<:u et .MAsnau». .fai essayé dans la prem ière édition de cet ouvrage
d ’arriv er à des dates iniiiima pour les principales périodes, e t j'a i
m ontré que ces résu ltats peuvent être dépassés, dans ma ('.hromlotjie
\hli. lîcrl. Mi., 1904, et XacUlrâijc, 1907. P our les listes des rois : n® I,
voir : .A, / , II, 1864 ; Maiuktti:, Abydos, I, 53 ; n" ‘•2 : Rev. arch, nouvelle
série X ; Mauietih, jWc^/î . diu., 58; toutes deux reproduites dans nia
Chroiioloyic ; n® 3 : L kpsii s, Austvahl, et Al>h. lierl. Ak., 185:2 (sur la XII®
dynastie); S ktiik, Urk. dvr nehl:chn(en Dynamic, 608 S ( |. (cf. § 298 n.).
L’est d’une lisle analogue que j>rovient jirobablenicnt la liste des
S O U liC E S P O U R L m S T O lR E DE L EG Y PTE

38 rois thébains, avec tradu(*liou des nom s, conservée sous le iiotn


(rK ratosH icne; elle a servi de soiirc(5 au pseudo-ApoIlodore <|ui y a
ajouté 53 autres no m s; L<* Synceilc l’a prise ensuite à A pollodoie et
nous l’a transm ise. Klle î i o u s donne au coinnienceiuent (du u“ l au
II" 2'2) un clioix qui n’est pas sans valeur des rois <les fi prem ières
dynaslies ; ensuite vient une très étrauijm liste de noms, jionr la plupart-
im possibles à in terp réter (u" 23 à n" 38). Cf. (.hroitohniie, p. ÜO sq., Irotl.
p. 13!) sq.

U>2. l^(\s moiiumciits ne |H*riiiett(‘iit (révuluer la durée d(‘s


périodes, avec (|u«dqu(‘ i'igiK‘ur, que pour les points culm i­
nants de l’hisloin* (‘gyplioniu* (Dynasties IV*' à VI« — X ü ‘%
W i l l « et XIX^). l'ii moyt-n contrôlo préciGiix nous est
fourni parties gcnéalogius qui apparaissent souvent dans les
inscriptions et nous permet tout d évaluer par gcnéralious
une longue période de temps. Mais noos avons pu faire un
grand pas de plus, gnice au papyrus royal de Tili'in (ü lOG).
Si nous le possédions (ui mititu’, nous poui'riuns, malgré
((uelquos légères ('rreiirs, fixer avec certitude l’ensemble-
d ’une longue période s’étendant de .Mènes à Itamses II.
Tout mutilé «pi’il est (son état de détérioration est tel que
la plupart des savants ont hésité à s ’en servir par crainte
et scrupules exagérés), ses fragments nous livrent encore
lieancoup d(^ dates préeienses. De la II» à la Yl" dynastie
(d’après le système de Manéthon), les cbitlres sont pour la
plupart conseivés, ainsi que p o u r la .Xll» ; mais d e l à Xlll»
à la .XV H», les Iragmelits très nombreux nous offrent un
grand secours. En outre, le jjapyrus nous a conserve (piatre
totaux d ’années (je laisserai de côté les mois et los jo urs en
exeédent) ;
1" l’our les lois des dynasties VI ii Vlll de Manéthon un
total d(! J.S1 ans.
2» Pour les rois de l .\ncien E m pire, dt* Mmies à la fin des
.Memphites (VMIP <lynastie), un total de i).'),") ans.
> P our les G rois de la 11» dynastie : KiO ans.
4“ Pour la XII» dvnastii- : 2E! ans.
C IIR O M O LO G IE — § 162

Il ji(‘ mniKjiKi ilonr (|UO la meiilion des Hérakléopolitairis^


(IX'“ et dynasties), pour les(juelles le papyrus compte
18 rois. Si lions évaluons cette période à 200 ans, en cliiffres
ronds, nous obtenons (Mitre Menes et la fin do la Xll*-’ d y ­
nastie une soninn^ rond(‘ de 1528 ans, qui peut être consi­
dérée conime réelliMiient liistori(|ne, avec un jeu possible
de cent ans, en plus ou en moins. Ces dates du [lapyi'us
sont complétées et confirmées, du moins pour les temps les
plus anciens, par la pierre de P aïenne, qui nous a coiisin vé
un fragment de clirorii([ue (|!l 200). En ce (|ui concerne le
Nouvel bnnpire à pai ti rd o la XVIII® dynastie, les monuments
et le synchronisme compai é de Habylone nous perm ettent
de fixer des dates précises. P ar contre, nous niaii([uons ib'
données positives pour l ’intervalle entre le Mov(MI (‘t le
Nouvel Empire {de la X IIP à la X \ 'I P dyn.,' y compris la
domination des Hyksos) on les documents sont peu nom ­
breux. Tout ce (jue nous [louvons avancer avec certitude*,
c\*st ({lie cette péi iode a été beaucoup |>lus courte (jiie ne
[irétend Manétlion 161). Dans la prem ière édition de cet
ouvrage j ’avais évalué cette période à 400 a n s ; en réalité,
nous le savons niaintenanl di iC3), <*lle ne comporli* g uère
plus de 200 ans.

K(‘S fragm ents du jiapyrus de T urin o nt été découverts {lar C iivm-


roi.uoN en 18ii, e.xcellemmeiit rassem blés en fragm ents plus gros
parSiOFPvuTii en 1826, publiés de m ain de m aître par L k p s i i s ) Aiistruhl
fier iiùrhih/stni l.'rkuiulcii) et édités de nouveau avec le verso, par \Vu.-
k i\so \: Htcrolic l*apynis al Tarin, 18,j 1. Une révision sur Toriginal S(?rait
à désirer. I/écriliire du {)apyrus est de la Hassc-figy|)te : v. IMcjn'r,
A, Z, -i7, ICI. Ont proposé un ineHleur classem ent e t apporté des
cx|>licalions do détail : H incks (TraiiKncf. Sur. o f U lenilnro, 2“ série, III,
18*30; L\ utii, Manriho and drr Tnrinrr /Vipyras, 186o, (|ui, à côté de
choses excellentes, renferm e beaucoup d ’arb itraire e t d ’erreu rs, m alheu­
reusem ent rep ro d u ites p ar U\(; ku dans sa CUrimoloijie des Manetho) ; de
Roer.K(.Six i>rein. dyn.) ; j'ai traité ce sujet en détail dans ma Chronol. et
iYnr/dr.,405 sq., fr m i, p. 117 sq.). .l’ai rep ris autrefois une hypothèse
avani'éc p a r Hiacscn : le total d ’années donné par le papyrus p o u r la
SOUHCES P OU R L H IS TO IR E DE L E OY PT E

dynastie résMltcrait de l'addition des ctiilTèes atli'ilniés a u \ règnes


séparés ; on n 'au rait pas tenu com pte des co-règiies lies années leur
corresp o n d an t seraient donc com ptées doubles); cette liypollièsc ne
s’est pas vériliée |V. g 2S1 n.). l’o n r les généalogies des particuliers,
V. su rto u t l .n i u L E i N , hirUintitnin' tirs ntnns hii'rtfiilyithitjtirs.

103. Pour arriver à ctalilir des dates alisolnes, nous nous


servons aussi de plusieurs dates sotliiaipies ; elles indi<|nent
([u’eii telle année Sirius s ’est levé à tel jo u r du l aleinlripr
civil; en se basant su r la période sotliiaque (!j l.")*.l|, on peut
donc les calculer, avec un jeu possible de 4 ans. Pour la basse
é])0(|ue, nous connaissons ; le lever <le Sirius au ]'■' Payai,
en l ’an neut de Ptoléinée 111 Kveigéte (décret île Canope)
: le ly ju ille t23 8av. J . e t une donnée de Censorin (21,10)
(pi’uiie nouvelle période sotliiaipie a conimencé en l’an-
née13y ap. J.-C. (plus exacteuient, (|u’une jiériode sothiaipii'
a pris fin, v. ChronoL, p. 13, tra d ., p. 15). be mathématicien
Théon [ChronoL, p. 20, Irad., p. 37), d ésigne la période so-
tbia<|ue i|ui précéda la péi iode,coininpiiçant le 19 juillet 1321
av. J.-C ., sous le nom de ère o àxo Mevosoew? », ce ipii est pridja-
bleiuent le nom d'un roi égyptien. M alheureusem ent, nous
ne pouvons pas identifier ce nom, et voilà nue donnée inuti­
lisable pour la chionologie (peut-être faut-il y reconnaitro
Menpehtirè' Hamses b''j. Voici en revanche des documents
(|ui établissent des dates certaines :
1“ t,c calendrier du pa[)Vrus médical, dit pap. liiiKHs ; en
l’an neuf du roi Amenophis P'' (X VllP dyii.), le lever de
Sothis tomba IcOKpiphi, c’est-à-dire en tre 1550/49 et 1547/li
avant J.-C. Il s ’ensuit (|ue nous pouvons fixer l’expulsion
des Hyksos et le commeucement du Nouvel Empire entre
1580 et 1575 avant J.-C.
2" Une liste d’offrandes, provenant d'Klépliantine et ilu
rég n e de T houtm osis 111 (L. D., 111, 43''; S etue, Urkimden der
achtzehnien D ynastie, p.827) qui fixe la fêle du lev erd e Sirius
au 28 Epiphi. Par conséquent les années 1474/3-1471/0 appar­
tien n ent à ce pharaon. D’autres indications dans les annales
C H R O N O L O G IE ■§ 163

(lu roi, se rapportant à la nouvelle lune i^c’est-à-dire à la pre-


niié're apparition du croissant et non à la nouvelle lune des
astronomes , nous permelleiit de placer avec vraiseniblaiice
le régne d eT hou tm osis III entre les années l.ôület 1447. Ces
résultats sont pleinement confirmés par les synclironismes
entre l’Iiistoire égyptienne et l’histoire assyro-bahylonienne
pour la période décrite par les tablettes d ’EI-.4marna, et
([ui comprend les régnes d ’.Amenophis III et d'Anienophis IV
(§326); la mort d ’Anienophis III tombe, d ’après ces docu­
ments, en 1380 av. .I.-C. D’autres données égyptiennes nous
p erm ettent d ’établir que Itamses II a régné env. de 1310 à
1244, lîamses III env. de 1200à 1160. On peutdoncconsidérei'
comme certaine la i hr iiologie de l’apogée duNonvel Empire,
avec un jeu jmssible d ’une décade en plus ou en moins. Il ré ­
sulte de tout ceci (|ue nous pouvons tixei- l’avéïiement au
trône de Soseii(| b'' (^XXll'' dyu.) à 040 av. J.-C., eu concor­
dance avec la bible (|ui nous le montre contemporain de
llehabeam. D’ailleurs, Manétbon lui-même, si embrouillées
(|ue soient ses dates dans le détail, nous donne pour le com ­
mencement de la XXV" dynastie 930 ou 020 av. .I.-C. selon
les chill'res de l’Africain.
3" Pour la XII" dyn., nous savons c|ue la fête du lever
de Sirius eut lieu le 10 Pharmouthi e u l ’an sept de Sesostris
' ItoRCH.^noT, A . Z -, 37, OOsij.). L’année en ((uestion était donc
l’une des années 1882/1-1879/8 av. .I.-C , et la dynastie, dont
nous connaissons quelques dates avec certitude, a duré de
2000/1077 à 1788 5 av. J.-C. Ceci nous est confirmé par une
date agricole tirée de la tombe du nomanpie Thoutnacht à
Berse (v. G r i if it i i , El-lierxheh, II, pl. 8 et p. 22 ; cf. Nach-
trùi^K ChronoL, p. 18 sq., f/Y/d., p. 76 sq.). Ce prince vivait aux
enviions de 1040, et la récolte du lin, (|iii a eu lieu au début
du mois d’avril grégorien, comm enta le 23 Choiak, c’est-à-
dire le 15 avril julien (le 20 mars grégorien) de l’an 1040.
L ’intervalle entre le Moyen et le Nouvel E m pire, entre les
dvnaslies XIII et XVII, se réduit par conséquent à un total
SOURCK S P O U R l ' h is t o ir b UE l ' éc . y p t k

de 200 ans, cliiffres ronds, ce qui s'accorde complètement


avec ce ((uî reste des monum ents contoinpoi*nins.
Q uant à la période avant la Xll'' dynastie, elle ne nous a
pas fourni jusqu'ici une seule date positive Si nous iitlli*
sons les dates du papyrus de T u rin (i^ 102), et si nous
fixons à 200 ans la d urée de la dynastie liérakléopolîtaine,
nous arrivons à placer l’avènement de Mènes à 2'U5 av.
J.-C. ICn d ’autres termes, nous pouvons dire avec certitude
((lie iStenes a régm'î entre O'iOO et 0200' av. J.-G. C’est sur
cette basecpie j ’ai établi au % mon tableau des dynasties
avec leurs dates.

Plusieurs savant sont supposé q u ’il faut l'aire rem onter la X IP dynastie
à la période sotluacjue précédente, soit de H4ri0à32t8; celte liypotlièsc
est complètoimuit insoutenaI)le ; elle exige eidre le Moyen et le Nouvel
lim pire l’existence d'un intervalle de IfiTO ans, .plus considérable
encore »pic celui q u ’indique Mauétboii ; or cctle période ii’a laissé
prestjue aucun m onum ent, ni a()poi té aucun changem eui (piolconqiie
dans le dom aine de la civilisation, <Ic lu langue on de l’a rl. P kthu. a
j)ropüsé à plu sieu rs reprises p o u r Moues ; ii.aiG av, J.-C. ; pour la
Xll® dyn astie: à 3Î06 ; pour le com iiienccm ent de la XVIII* dynas-
lie ; 1587; il a cherché depuis à jiistiiler scs hypothèses dans Hialoriral
sintVu's (fîritish School of Archaeology in CgypI, Sludies, vol. II, 19H).
Les dates quo je propose p o u r les an ciennes dynaslios so n t ploincinent
confirm ées j)ar plusieurs in scriptions (pu concernent les travaux
dans les carrières, m ines,elc. (v. ChronoL, p. ITS, /nn/.,'p. 25i); S ktiik est
arrivé de son côté à des résu ltats presque en tous p(»infs sem blables
dans ses iieilriUje ziir allcsirn Gfishirhie, t03 sq. Ces inscriptions ne per-
niettent pas de déduire aucune dale positive, m ais elles peuvent servir
à étayer les résu ltats p.c(piis an moyen d'an tres (Irocédés plus sôrs.
P our l’époque cu ire les dynasties* Xlll® et XVII", v. ChrunoL, p. 00,
Nnchir., Irnd., p. 79. Poui’ les (laies (les dynasties ju'ises sé|)arém enl,
consuller rexcellent lablemi de ]îitKvsTi-;n, Anrind licronh, 1, 58 sq.
C O M M EN C EM EN TS DE LA C IV IL ISA TIO N
E T DE l ’ h i s t o i r e DE l ’ÉGYPTE

Les lùjypUcns cl leurs voisins. Les races


thi N o rd de l'A friq u e.

lO'i. L’inimcnso désert, composé tantôt de sol rocheux et


aride, tantôt de masses de sables mouvants, qui s’étend au
nord du continent africain, ne laisse place q u ’au nord-ouest
à nue région sillonnée de montagnes et de torren ts et apte
au dévelo])pement d ’une civilisation avancée; ce sont les
pays appelés aujo u rd ’hui Maroc, Algérie, Tunisie. Plus à
l’Est, dans les Syrtes, le d ésert de sable s’avance ju s q u ’au
bord de la Méditerranée. A l’est de la grande Syrte,
s’abaissant par gradins vers le delta du Nil et vers le Sa­
hara, les hauts plateaux de liarka et de Marmarika étalent
leurs surfaces rocheuses, où l’herbe a pu croître, grâce à
une couche suffisante de sédiments, et où abonde le g ib ie r;
des races nomades de chasseurs peuvent donc y vivre; par
contre, la vie sédentaire n ’a pu s ’établir que su r le flanc dé
ces plateaux, dans la région de Cyrène et de Barka. Au mi­
lieu du désert, il y a de nom breuses dépressions, dont quel-
«jues-unes au-dessous du niveau de la m e r ; nous les appe­
lons encore, d ’un vieux mot égyptien, des « oasis ». Les
sources qui jaillissent de la nappe d ’eau souterraine ont
CO M M EN C EM EN TS D E LA C IV IL IS A T IO N

créé ici une végétation luxuriante ; les hommes ont |)u y


y élever le palm ier et cultiver la terre, tout en faisant de
c e so a s isd e s lieux d'étapes pour les caravanes <|ui trafiiiueiit
à travers le désert. Mais ils ont à lutter constamm ent contre
le sable envahisseur ; l’eau qui so rassemble dans des petits
lacs et des mares se charge d’une proportion de sel toujours
accrue, en sorte que la surface des terres cultivables
s ’amoindrit, lentem ent mais continuellement. C ’est encore
u n e oasis, mais plus vaste, que nous p résen te la longue et
étroite vallée du Nil ; déversoir des g ran d s lacs de l’Afrique
centrale, puis augmenté des masses d'eaux issues des mon­
tagnes neigeuses de l’Abyssinio, le fleuve s’est frayé un
passage à travers le plateau doserti(|ue. S u r un long jiar-
cours, il n’est bordé que d’une bande étroite de terre
cultivable : c’est lorsqu’il traverse le plateau gréseux de la
Nubie; alors il décrit de g ran des courbes, se creuse un lit
profond et rencontre des bancs de granit, q u ’il force en de
nom breux rapides, appelés Cataractes. Autrefois, ces cata­
ractes avaient un volume d ’eau plus grand et leur chute
était plus im pétueuse q u’aujourd’hui ; le niveau du (leiiveétait
beaucoup plus élevé à cet end roit; il était s u p é r ie u r d e S mè­
tres, à la deuxième cataracte, vers le te m ps du Moyen Kiii-
pire, d’après des inscriptions ru p estres ([ui indiquent la h au ­
teur de l’inondation (§ 293). Aussi, sous la Vb’ dynastie, trou­
vait-on encore, en Nubie, dns forêts et des bois de construc­
tion. Mais dans l’antiquité même, la terre cultivable qui ne
comporte aujourd'hui, de Khartoum à la p rem ière cataracte,
su r un parcours de 215 milles, q u ’une surface de 50 milles
carrés, n ’a pas dû être beaucoup plus considérable q u ’à
présent. Ce n ’est q u ’au-dessous de la prem ière cataracte de
Syène (Assouan), après <[ue le Nil a coupé la chaîne g réseu se de
Silsilis, que le pays commence A changer d ’aspect. Le fleuve
étale en aval un lit plus large à travers le calcaire te n d r e ;
semé d’iles, divisé en bras et en canaux, il arrose un pays de
culture, <|ui m esure en moyenne 1 mille et demi à 2 milles et
LES É G Y P T IE N S E T L E U R S V O IS IN S — | IG4

demi de largeur, su r ICO milles de long. Au-dessous du (]aire,


le désert recule encore des deux côtés, et laisse à la culture
un delta ir rigué par les innom brables bras et canaux où se
divise le fleuve. Ce pays,à la fois le plus petit et un des plus
peuplés de la terre (il n ’a q u ’une superficie de 530 milles car­
rés su r une longueur de 120 milles) c’est « la te r re noire »
K ânid, appelée Egypte par les Grecs et tout sim plem ent « le
pays » i / o «=?çï=») par ses habitants; là vivent les hommes [ro-
mez, plus tai*d rônic) par opposition au pays « rouge » tcsret)
des « montagnes désertiques » {rhnset, à la fois monta­
gne, désert et pays étranger) qui bordent chaque rive du
fleuve ; là n ’habitent (|ue de misérables barbares qui at­
tendent de la pluie et des puits parcimonieux du d ésert
les (juelques gouttes d’eau nécessaires à leur existence,
(c L'Egypte », déclare avec raison l’oracle cité par Hérodote
(II, J8), « est le pays que le Nil arrose, et les Egyptiens sont
tous les habitants du pays au-dessous d ’Éléphantine, qui
boivent l’eau du Nil ».

Le m ot oasis (oi-jtç, H érodote, U l, 'IQ, m ais ordinairem ent aCJaa-.î) est


en égyptien o u a h , en copte onnhe, en arabe oiuih (S ktiik, A. U , 48).
— S ur les oasis et leurs habitants, v o ir: Houii.ks, Drei Monnle in der
lib. Wiisfe, •iST.'l ; D umicukn, Die Ottsen der lih. Wiifife, 1877 ; Hrlosch,
lîeise nnch der gr. Ooxe el K/mr</Wi, 1878 ; S teindohff, D«rr/i die lih.
Wiinfr zar Amonsonse, 1904 ap. Der. sachs. Ges. pliil. Cl., 1904. — Le nom
Al'Yurto; (chez Hom ère il signifie prim itivem ent le fleuve, m ais déjà
ilans la Télém acliie, il désigne aussi le pays) a une origine obscure;
dans les tablettes d'Am arna, ;>3, 37, éd. W inck.lku ou 84, éd. IvNtDTzox,
le nom sacré de Memphis Ha(t)tka-ptah ap p araît sous la form e Chi-
kuptach (letlre du prince de Hyblos) ; ceci donnerait un regain de
vraisem blance à l’hypothèse autrefois ém ise par Bkügscu, que le nom
At'Y'jnTOî viendrait de là. Obscure aussi est l’origine du m ot NiîXo; qui
apparaît p o u r la jirem ière fois cliez Hésio«lc, Theog., 3.38. En égyptien,
le Nil s'appelle Ha'pi on sim plem ent: jo tn n i, plus tard jo ’er
llciivc; cil liébrcii eu copte eioor (prononcez Joor); en assyrien
J n n iu — égyptien jo{t)r'û « le grand fleuve ». Les Sém ites apjiel-
Icnt le pays M usr, m isr ; en hébreu avec le locatif Q ilïC , d ’origine
égalem ent inconnue. Ou trouvera une excellente description géogra-
42 C O M M EN C EM EN TS DE I,* C IV IL IS A T IO N

phique de rÉ g y jilc inodonie, accoinpagiiée des m eilleures cartes, dans


le guide R aedcker Ariiy/ilrit, p ar S t k i m i o u f f .

155. Si l’intérieur de rA frique est luihité par dos races


n ègres, en revanche tout le litloral du nord appartient à des
familles de la race caucasienne étroitem ent apparentées
entre elles, et ([ue nous désignons sous le nom de llainites,
ein p ru n téau tableau des races de la G enèse. Le d ésert et la
région du nord-ouest sont occupés par les tribus libyo-niau-
resques (y compris les Guanches des îles Ganaries), i|ue les
Egyptiens rassemblent sous la dénomination Zem hon. A ces
peuples appartiennent les habitants de Zebenoii ou Maniia-
rika, les Libyens (en égyptien //6on, pron.: Liban <qui habitent
le plateau de HarUa, et dont les Grecs de Cyrène ont étendu
le nom à toutes les triliiis apparentées et à tout le continent;
plus loin vers l’ouest, dans la région de Syrte, les Alasaouasa,
iMaxyens des Grecs), l'hisiiite, nous trouvons les Egyptiens,
et au sud-est de l’Egypte, jusque vers le pays des Somalis,
de nom breuses tribus nomades et g uerrières, jiarmi les­
quelles il faut m entionner su rto u t les Ma/oi ;plus tard Ma-
toi), habitants du plateau gréseii.x de Nulrie et qui sont les
ancêtres des modernes Bischarin ou Hedja liouYie.tca,
des inscriptions d’Axoum). A eux se rattaclient plus loin les
habitants de Pount, le pays de l’encens, qui s'étendait proba­
blem ent su r la côte des Somalis; ils sont toujours re p r é ­
sentés comme très ressemblants aux ligvptiens, de couleur
ocre foncé comme ceux-ci, avec une chevelure ou perruque
luxuriante et une courte b arb e a u menton,celle que portaient
les E gyptiens depuis la prem ière dynastie. 11 faut les con­
sidérer comme les ancêtres ou les plus proclies parents de
ces races hamites (Somalis, Gallas, Masai, etc.) que l ’on
trouve aujourd ’hui installées aux a b o rd s d u haut plateau abys­
sin et plus loin encore, au sud de ce d e rn ie r; souvent mé­
langés avec la race noire, ils ont parfois réagi à leu r to u r sur
le type nègre. Enfin, appartiennent encore aux Hamites les
L E S É G Y PTIEN S E T L E U R S V O ISIN S — ^ I f to

lountiou OU ’Aountiou ((ju’on lisait autrefois Anou). A la basse


époque, ce nom désigne de misérables troglodytes dans la
région appelée désert arabique, h Test de ri'>gyptc ; aux
te m ps anlérieui’S, ils appaia issent comme un peuple guer-
ri(*r, contre lesquels les b'gyptiens e u n m t souvent à corn*
liattie. Il semblt' donc (jiie ce nom désignût à la fois les
habitants du d ésert à l’est (‘t les peuplades apparentées du
sud d e l ’Kgyple, en Hasse-Nubie.

Depuis la précédente édition de cel ouvrage, les problèm es ethno­


graphiques, au lien de g ag n er en clarté par raccroissem ent des docu­
m ents, SC so n t p lutôt comjdicjués. Dans le tem ple de S ahoure'(D ou­
a i \ hdt, <Ifs KönUia Sahnre, \o \. I, p. 1^) et dans celui de
N ew eserre' (Bokciuiu»t, Gnihdenkmnl des h'üiiuis Xeu'eserre, p. 58) nous
voyons un grilTon (liou ailé avec tôle d'oiscmi) rep ré sen tan t le roi qui,
dans uiu^ altitu d e typique, renverse les ennem is de TEgyplc ; or, u se s
pieds, gisent non seulem ent dos Sém ites et îles Libyens, mais aussi
des personnages qui présen ten t de g randes affinités avec le type égyp­
tien (ils portent aussi des bracelets caractéristiques en p ierre rubanée) :
nous croyons q u ’il s’ag it d ’hab itan ts de PonnI, car sous le XouvclKm -
[ure, ces d ern iers so n t d écrits ou rep résen lés sons des tra its à peu
près identiques. La même coupe des cheveux c td e la barbe se retrouve
chez le serviteur, appelé du nom de iXehesi (cf. § 165 n.), qui accoip-
pagne un fils de Cheops Harzesi (L I), II 25); ce serait nii serviteur
am ené du pays de Pount, d ’après l’interprétation d ’EiiMw et de \V.
M. MfiLLKii (Aetjyjdeh et Asien und Europa, 109, 670). B orchardt adopte
la môme interp rétatio n pour les personnages apx pieds du griffon ;
mais elle no s’im pose pas avec une certitude absolue. Ces personnages
pourraient, com m e nie le suggère le D«^ Môller, être lout aussi bien
des lountiou ou Troglodytes. La légende du grilTon de Sahoure' p o rte :
Le dieu « T hout, seig n eu r des lountiou » et le dieu « Soptou, seigneur
des pays étran gers, qui renverse les Senziou » (v. 227 n.). Dans une
autre rep résen tatio n (B ohcu^hdt, p. 11), nous voyons plusieurs dieux
am ener des jirisonniers; parm i eux, Sèth d ’Ombos avec4in Libyen e t un
«le ces p réten d u s h abitants de Poupt, e t le « seigneur des pays étran ­
gers », Soptou, avec deux S ém ites; la légende explique q u ’on am ène
au roi « tous les Senziou avec leurs denrées » et « tous les pays étran ­
gers de l'ouest cl de l’est, avec tous les lountiou cl tous les Menziou
(v. .^227) qui h abitent dans tout pays étran g er ». Il est vrai que ce
texte n’est pas en relation précise avec les trois peuples, qui appn-
COM M ENCEM ENTS D E I.A C IV IL IS A T IO N

raissent su r le bas-relief, d ’au tan t inoius <|ue les Libyens ne sont pas
nom m és; — il faut rem an (u er <|uc dans la liste des peuples des Neul
Arcs (Sj 2-27) les baliilants do l'ouni ne sont pas m entionnés; p ourtant
leurs rap p o rts avec les Kgyptiens nous sont attesté s par les docu­
m ents depuis la V' dynastie, et rem ontent certainem ent encore plus
h a u t; en revanche, la liste cite les lountiou, les Menziou et les Zol.ie-
nou. Or com m e on s’atten d à trouver la Nubie du nord dons cette liste,
il est vraisem blable qu'à elle s'applique le nom des lountiou ; celte dé­
signation est confirm ée p ar le nom d e là forteresse O uronarti (§ 287 n.).
— Je suis, p resque su r tous ces points, en désaccord avec N avii.m-.,
/,(7.s Alton, up. /fcc. de Ir., 32.

1(10n. IjU seule (uuiinuinicatioii en tre le littoral du nord et


riiité rie n r do l’Afri(|iie est fournie par la vallée iinhienne
du Nil, un teri'itoire fort étroit mais encore p io p re à la
civilisation : le pays est appelé par les Kpryptiens Kenset ou
Toseti (ancienne lectu re: AVien/i. l’Iiis haut, vers les vastes
territo ires du Soudan, au delà do re in b ou ch ure de l’Atbara,
et déjà sous le régime des pluies tropicales, nous tr o u ­
vons installées les races nègres. Celles-ci se sont avancées
à travers la Nubie ju s (|u ’à la frontière de l’Egypte et
même au delà, et, depuis les temps de l’Ancien E mpire,
ont pénétré en Egypte en nom bre toujours croissant,
soit comme ca[)tifs devenus esclaves, soit comme s(u viteiirs,
soldats, g endarm es (!j§ 254, 274); aussi ont-elles fortement
altéré le type égyptien. La partie méridionale de l’Egypte,
cette étroite vallée (|ui ressem ble déjà à la vallée nubienne,
entre la barrière roebeiise de Silsilis et la prem ière eataraele,
est la région où, dans ranti(|iiité eomiiu; de nos jou rs, a pré>-
dominé une population négioïdc : le noniar(|ue Pepinaclit
(l’Eléi)bautine (sous l’epi II, § 2C5) est rep résenté dans son
toiubeau avec le ly|u; nègre et la |)eau d ’un bn in foncé. Ce
torritoii e. (|ui géograpbi(|Uenient a le caractère d e la N u b ie ,
fut ee.i'lainement un pays frontière, anne.vé et e.idonisé par
les E gyptiens ; aussi porte-t-il le même nom To-seli que la
Nubie |)ropre. .Au contraire, à l’époque la plus ancienne, le
type n èg re ne se rencontrerait |)as, si l’on accepte les ré-
L E S ÉO Y l’T IE N S E T L E U R S V O ISIN S ---- § 16”) rt

sultats dos i-eoliei'clios iirilliL()|)ülof;i((iios dans les nombreux


lomboaiix de liasse-Nubie : les eadavri's exbiimcs |)réseii-
leiit les mêmes parlienlarilés physli]lies (|iii' ceux de l’Egyiite
|)riiiiitive : sous l’Aiieieii l'ùupire seuleiueiil et à partir
de la llb' dviiastie eiiviroii, comiiieiice le mélange de sang
n ègre, (|ui ira toujours et très vile en augiueiitaiit. Ces
tom besde Basse-Nubie sont semblables à celles i|u’oii trouve
en Egvple à la même épo(|ue, sauf (|ue la civilisation,
comme il est naturel, y apparaît moins dovelo|)|iée q u ’en
E gypte; il semble doue bien (lu’à rorigiiie, ce soit une
population bomogéiie, de lv|)e plivsi(|ue et de civilisation
analogues, (|iii liabitàt l’Egy|)le et la Bass(>-Nubie, jus((u’à la
hauteur de la 2*’ cataracte environ ; mais ceux (|ui résidaient
en Nubie s ’ap|)elaienl |)eiit-ctre les loiintioii, et les nègres du
Sud n ’ont coniniencé à se mêler à eux que depuis le début
du troisiènu' millénaire. (h ‘ fait expliquerait |)our([iioi les
textes des l’yram ides nous parlent si souvent du pays de
Nubie [Kensef) et de son dieu Tetvven, tandis que les
N ègres n ’apparaissent ni dans ces texti's, ni dans la liste
des Neuf peuples de l ’Arc ijj 227), ni dans d ’antres ropré-
seiitalions plus anciennes. Ce n ’est pas à dir-e(|iie les ra])-
ports avec le peuple n ègre aient jamais fait défaut; même
au tem ps dit « préliistori(|iie », ou peut troiiverdes exemples
isolés de mélange de races; mais à cette époque les n ègres
résidaient beaucoup plus loin dans le Sud, et n ’étaient point
connus encore comme des voisins ennemis. Depuis le com-
meiicemeiit du 11* millénaire ju s q u ’à nos jo u rs la vallée n u ­
bienne du Nil est devenue, |)artout où elle se prête à la
civilisation, le séjour des N ègres, tandis que les trib u s
hamites ou Bedjas menaieiil une vie nomade sur le plateau
désertique et attaquaient, pour les piller ou pour les sou­
mettre, les laboureurs du pays cultivé. Aussi, à partir de ce
mom ent les Egyptiens les combattent-ils sans cesse. Ils
appellent les n ègres o Neliesiou » et les rep résen ten t avec
leur type caractéristique et leur peau noire (cf. L. D. Ill,
COJI.MENCEMENTS DB LA CIVILISATIO.N

117); COS I'epi'csoiilalinns, iiomhi’ciisos sous lo Nnnvol


Kmpiro, Muhiloiit (riiuluul [iliis (I’uttoalion (|ii’(‘llos ii’appa-
raissoiil iiiilloMii'iit tiaus les tem ps aiih'rieiirs, pal’ exemple
(Ians le poncif (|iii nous monti’e le lion ail(' on f^eiffon, sym ­
bole (III loi (!j UI5 II.), jelaiil à l e n o ses eiineiiiis ; c’est (|iie
ces poncifs fnceiit inventi’s dans iiii temps oii les Nègres
ii’(Haieiit (Kis encore ('ii g u e rr e avec les ég y p tien s. Ils se
(liviseiil en de iiomliri'iises petites tribus, par exemple les
Oiiaoiiat, les Jerzet ; depuis le .Moyen Etn|iire, ou nous (larle
surtout des Ixousiiites ( / i a ’-oiis, fvù's\ dont le nom fut plus
tard appli(|U(' à la Nubie tout en tière; les G recs leur ont
ensuite donné le nom (l’I'Uliiiipiens, eiiiprunté à la iiiytlio-
logie. Ils sont les ancêtres des Niibades des temps posté­
rieurs, les Nubiens et llerbérin s d ’aiijourd'liui, (|tii ont
conservé leur langue dans la vallée du Nil, de Napata à la
frontière d ’Egypte et dans le Ixordofan ; mais ils se sont telle­
ment mélangés avec les Sibnites et les llaniites, ([ii’ils ont
perdu en partie le type noir |iur. Dans l’aiiti(|uité, ils s ’éten ­
daient j u s q u ’à Aloa su r le Nil bleu, en amont de Kliartoiim.
En Nubie, ils sont devenus des lab o u reu rs; ils liabiteiit de
misérables villages su r les h au teu rs de la berge, et vivent
de culture, d ’élevage, ainsi (|iie de m étiers primitifs, tel (|ne
le tressag e de corbeilles et de nattes, q u ’ils fout avec beau­
coup de goClt. l ’eiulaiil longtemps, néanmoins, ils ont gardi’
un tempéram eiit g u e rr o y e u r; aussi les Egy|)tieiis de l’An­
cien et du .Moveii Em pire recriitaieiit-il cIk’z eux, d eforce ou
d e g r é , des soldats, tels (|iie les liedja ou Ma/.oi. Ee maître
étrang er étail suivi docileiiieiit, faute de pouvoir lui ri'sister ;
il avait ainsi à sa disposition une colonie d ’esclaves. D’ail­
leurs, leur pays, tout pauvre ([ii’il est, a de tout temps attiré
les envaliisseiirs : l’ivoire et les peaux de ses fauves (lions
et léüpards^, étaimit un article très r('clierc]iéj iioii moins (|ne
l’ébène ((ii’oii ini|iorlait du sud, et l’or (|ue l’on trouve dans
les iiiontagnes orientales du ]ilateau gi i’seux.
l’onr les ori"iiies de riiistoire cl de la civilisation de la liasse-.Nubie
L E S É G Y P T IE N S E T L E U R S V O IS IN S — 105 (I

consultez les nom breux docum ents qu'oïïrcThenrvIiueolatiivrtl Survey o f


VhÎhVi , R eport for 1Î)07-I9U8 (Cairo 1910); le vol. I de IWrch. Hrjxjrt de
R i-:ism :k ; le vol. II du /iepuri on ihe human remains par Ki. i.iott S mith
e t W . JoNKs. D 'après ces rap p o rts, la Basse-Nubie dans les tem ps
prim itifs, est, au point de vue cu ltu re e t anthropologie, com plètem ent
analogue à l’Kgypte ; mais tandis que celle-ci continue à progresser,
la civilisation nubienne sous rA ncien et Moyen Hnipire reste stalion-
n a ire (â signaler seulem ent un p rogrès isolé dans l’ai t de décorer les
poteries) et en môme tem ps rin filtration de l’élém ent nègre est tou­
jo u rs plus forte. On trouvera un résum é d an s; Roi-an:», n ie Gesrfiivhie
.\nlnens nnU des Sminn, Klio, XII, — Clliot S mith nous lîit (lot*, c. 11 .^4)
que pour les races prédynastiques, les cadavres exhum és à Nnga ed
Dér en p articu lier (en face de Cirgeh) so n t dans une proportion de
2 p. 100 absolum ent négroïdes, m ais qu’en dehors de cette proportion
on ne p eu t p ro u v er de m élange de sang nègre qui, au co n traire, se
rencontre très fréquem m ent à p artir dè la IID dynastie. — La dénom i­
nation nehesiou s’applique peut-être à l’origine à l’ensem ble des peu­
ples du Sud, ca r on l'em ploie aussi p o u r désigner les hab itan ts de
F ount (î^ 105 II e t aussi W . M. MCu .ek \sien a. Enrojtay p. H2>; néan­
moins il est certain que dans les textes de l’Ancien Em pire, le m ot a
déjà la signiiication de « nègre». — L kcsils dons sa \n ln sch e Graminniile,
1880,nous guide à travers les races de Nubie, m ais avec des hypothèses
aventureuses su r l’ethnographie de l’Afrique ; ses équations Pouna
(correctem ent Pounti) et Poeni ; Kefa (correct. Kefli) et Ivr.çiù;, etc.,
ne SC p rê te n t même pas à une discussion. Lkpsils n ’adm ettait pas
que les Kouscliites, qui fondèrent après le huitièm e siècle le grand
royaume, éthiopien de X apata et de Méroé, fussent des Nubiens ; il les
tenait po u r des Bcdja et croyait que les inscriptions « raéroïtiques »
en hiéroglyphes, en cursive ou en lettresg recq u es doivent s’in terp réter
à Taidc de la langue bedja. Mais, depuis 19üG, on a trouvé des m anu­
scrits on langue nubienne, co ntenant des textes chrétiens écrits en
caractères grecs (H. S cuaefku et K. S chmiht, Herl. Mc., 1900, 774; 1907,
00-2 sq.) et H. SciivcrKiia m ontré que les inscriptions de Nubie et
d ’Aloa, qui so n t rédigées en caractères grecs e t en dialecte indigène,
apjiarliennenl à la langue nubienne ; il est donc prcsijue certain que
le nubien a été la langue des Kouschites et du royaum e éthiopien et
le fait est confirm é p ar les inscriptions hiéroglyphiques des prem iers
rois éthiopiens où apparaissent de nom breux m ots nubiens. D’ailleurs,
le type nègre se rencontre, toujours plus accentué, dans les m onu­
m ents du royaum e éthiopien, à p a rtird e Toliraqa. Griffith , qui à com-
pieucé av«‘c sqccès le décbilVrenienl <h‘s inscriptions m éroïtiques (en
COM M ENCEM ENTS DE LA C IV IL IS A T IO N

hiéroglyphes e t en une cursive spéciale), nous fixera avec certihide


s u r cette (jucstioii des langues. P o ur les trib u s Hedja (Mazol, Matoi,
dénom ination ancienne d'où est dérivé Hedja d’après riiypolhèse de
Scii\Ki-'rii), el‘. l’oiivrago de celui-ci : Die nrihiuiAfirhe h'oiihjsinsi-liriJ'l
lu-rlincr Mnsenins, p. 38, 41 sq. 13(). — Le nom Kous est écrit à l'origine
K's, et môme parfois K’s (§ 287 n.) plus tard Ks, dans les lablelles
d’Am arna 97,9; 137,13 Kasi, hébreu w*2, habyl. K ûsou; assyrienK ùsi.
Ce m ot a été in tro d u it à to rt par S i:tui; dans une inscription de la
VI* dynastie {Urii. fit's !{., liü n" 29) ; l’inscription donne plutôt Khn
(Hyblos) (v. S ktuk, A. 4o, 10^. Le tableau des races, dans la trad i­
tion jehovisU*, de la (îenèse, 10,8, faitde Kons le père de .\em rod et le
tran sp o rte de Lybie à Habylon«-- (sans doule à cause des Kosséens,
comme il est dit dans la Oen. 2 13); de plus, le code des p rêtres altri-
hue à Kus la patern ité de beaucoup d’autres trib u s arabes (en con­
tradiction avec la Hr/i. 10, 28 : 29; 23,3); aussi ce nom des Kouschites
a-t-il été p en d an t longlenijis I écueil néfaste de tous les anciens ethno­
graphes ; il exerçai! su r les d ilettan tes nne attractio n Irrésistible;
au jo u rd ’lnii, o u e s t devenu j>lus raisonnable. — I.es populations sém i­
tiques (Ge'ez) du liant plateau de l’Abyssinie, du royaum e d’Aksoum,
qui n’apparaissent nulle p art avant l’époque chrétienne e t n’o n t pas
été connues des Égyptiens, o n t usurpé plus lard , com m e on sait, le
nom d’Ê thiopicns ; c’esi une dénom ination qu’il faut se garder d’em­
ployer avec ce sens dans l’histoire ancienne.

160. l,.es i*aees <lu nord <l(‘ l'Afri(|iie, ou llainirK[iies, son


proches paien tes des Sémites, ainsi (|ii’(‘ii léiiioignc leur
langu(‘. On incline tlonc à jieiiser (jin* dans les tem ps anciens
ils ém ig rèrent en Afi i(|ue, soit (Ui une, soit en plusieui s
expéditions, comnie le devaient faire les Arabes, dt“s millé­
naires plus lard ; rhypolhèsc* coiilraiie, (|iio les Sémites
soient originair(‘s d ’AfiÎipie, [laraîl pou vraisemblable.
Au point de vue historique, seul im porte le fait suivant :
rim m e n se zone désertique, (|ul s’étend de l’Océan Atlan­
tique au golfe Persique, parsemée çâ et là de territoires
prôpres à la civilisation, est liabité par des peuples proches
parents, qui se divisent en un rameau africain, les Hamites,
et en un ram eau asiati()ue, les Séiniles. D ’après K b m a n , il
faudrait a ttrib u er à rinlluence d ’une autre race (celle des
Nègres) l ’altération profonde et contimie que la langue
L E S E G Y P T IE N S ET L E U R S V O ISIN S • ■^ ir>(\

ôgvpfltM iJie — u ü Jiip arû e a u x i a n g u o s s é i ii i h c j u e s — iiio ritro


d a n s sa \o o a lis a lio u e t s e s f o r i i i ( ‘s g r a iu m a lie a le s , et (|u i e s t
d é jà visibU* d a n s b ‘s n io n iim e iits le s p lu s a n c i e n s : c ’e s t là
une b y p o tb è s e i n g é n i e u s e , (jud^RMAN a dévelo])))é<> av(*c
s a g a c il( ‘ ; m a is (d ie e s t à p e in e d é f e n d a b le . M ê m e si <dle
d (‘vail se v é r if ie i’. (d ie m jiis r e p o r t e r a i t à d(‘s (*‘V('*m‘im ‘n ts
([ni s<; j)ei‘d (‘n t d a n s d e s l<‘m j)s si l o i n t a i n s (jih ‘ n o u s n ’e n
aV(Mis a ite n iu ' n o tio n b isto ri(|m * . L o rs (|n e , p o u r la pnmiif^iM'
fo is , o n a m is an joui* le s p lu s aii(d ('iis m o n iiim m ts d<' la
r o y a u té ég y |> li(“n m ‘,e t cm ix d u te m p s d it « jn ‘éhistori(jii<> » ,o n
a ('*inis aiissilcM r iiy p o lli( ‘s{‘ (jm* le s E g y p li( ‘n sa v a i< ‘iil im m ig iv
d a n s 1(‘ p a v s jx 'ii a v a n t M e n e s , t'I ({ik ' la f o n d a tio n d(' la m o-
n a r ( b i ( ‘ p b a r a o n i( |ii( ‘ s ig n if ia it b ‘ I rio m p ln ' d(>s (‘o iK jm 'ra n ls
asiali(|iM ‘s la ra c (‘ d y iia s liijm ' » sni* u n [xm pb* afi ic a in
p i n s a ii c i ( ‘nnem <'Ji( é ta b li : m a is c e lte b y [)o lh è s (‘ lu* la^posaît
(jiie s n i 'd ( ‘s i m p r e s s io n s lro m |)e n s < ‘s. Ia*s E g y p tie n s é ta ie n t
(M ablis d a n s la v a llé e d n X il a n m o in s nn milii<M' d ’a n n é e s
av a n t .M enes (c(‘ (jui n 'e x e liit p a s l ’a i r i v é e d ’nn a n t r e flot
(m v aliiss< 'iir, ni m é n u ' la p é n é t r a t i o n [>ar mu* a n ln * faniilb*
d e l ace lil)V(*iine) ; l e u r c u l t u r e <*st a n io c lilo n e ; e l b ' a g r a n d i
s u r c(‘ so l (*l n ’a p o in t é té im p o r té e d e rétrangcM *; b*s pia*-
Jiiièr(‘S é t a j x 's d(* s o n (lé v (d o p [)e in e n l n o u s a p jja ra iss c m l p ré -
c is é n ie n t d a n s c e s m o u u m e jils « ])i'(diislori(|U (‘s et pi-édy-
n a s liiju e s » (§ IGt)). I ls se j)ré s (“u te n t d a n s l ’b is to ii'e c o n iriu '
u n peiipk* (l’n m ' unili* a b s (d u (‘, d o n t le lyp*‘> d ’a p n î s U;s
m o n u m e n ts , o f f ic un c o n t r a s t e fra p [)a n t a v e c c e lu i d e s
p e u p le s v o is in s . L e s Ji(*gr(*s ( b i N u b i i “ à la ])can n o i r e , d ’u in '
p a i i , e t, d'au tia* p a r t, le s S é m ite s (b* la p i‘e s ( |u ’jle du S in a ï
et d(‘ la P a b 's tiix * , av e c b*nr [)eaii j a u n e , e x h ib e n t d a n s le s
p lu s ajic ic m n e s r c p ré s e n ta li< m s c e s ])ai-lictrlarit‘é s |)liysi([U(*s
([ii'ils o n t c o n s e r v é e s ju s ( j u ’à n o s j o u j s ; an c o n t r a i r e , le s
E g y p ti e n s e t b ‘s lia l)ila n ts d u [)ays d o P o iiu t o u i, d a n s le s
p<dnlnr(*s, la p e a u d 'u ii i o u g ( ‘ fo n c é ( ja u n e (d a ir c h e z le s
f e m m e s , (pii v iv e n t siii t o u t à r i n t é r i e i i r d e s m a is o n s ) ; ils
iiioiilriM it d e s t r a i ts f o r te m e n t mod(d('*s, au x p o in in e tle s s a il-
C O M M EN C EM EN TS D E LA C IV IL IS A T IO N

laiilcs, mais sans aucun rapporl avec le facies nègri* ; les


liüinmes Bedja, pai* contre, sont liiims (les feniines plus
jaunAtres) el se ia[)proclienl clavanla«^e du lyp(‘. n ègre ; les
Libyens ont la peau claire avec les yeux bleus el les che­
veux blonds, lyp<‘ tpii se renconlre assez frcqueinnienl clicz
les Maures — peul-èlre y a-l-il chez ces Jùbyons un mélange
trim éléinenl haini'séinili<{ue avec une po[>ulalion priinilive
venue (l’Luropt' (ou (riisjiagne ?). Ihi loul cas, et's coulrasles
pro uvent ([ue les llainiles foriiiaimit une rac<‘ proioiulémenL
différenciée des aulrcs ol thiiil rélablisseim m l en Afri([ut*
rcmonle. |>ar consé(|uent à des temps Ires auciiuis.

La ])areiilc des langues égyptienne et séinilitpie a déjà élé recounuo


par Biu;s(icii, etc. ; E kman l’a déinonlréc, eu s’appuyaiil su r les
plus anciennes form es veil)ales et de nom breuses ressem blances
dans le vocabulaire 1res ancien ; voir ses disserlalioiis dans /.j>mc; 16,
!):2 sq. ; Die l'le.rion ries :ryyi>lischen \ erhiuns dans/^rr. Herl. \/«., iüOO. —
Scii \f;K-Scii vckKMii a<;, Aegyplol. Sliulien, a signalé en tre l’égyptien
et le nubien des concordances de lexique, qui no prouvent pas grand’-
chose. — R. II aktman, / . / . DUinolorjic, 1, m ontre que les Egyj)tiens d 'au ­
jo u rd ’hui so n t un jicuple africain a u th e n tiq u e ; Wtuc.now (Die Mumien
(1er aerj. /\oaii;e, lier. Berl. A/»., 188, etc.) prouve que le type égyptien
est totalem en t diiTérent tie celui du nègre, vue qui sem ble confirmée
par toutes les rech erch es faites de])uis. — N aturellem ent, les Egyp­
tiens se reg ard aien t com m e un peu[de autochtone et ont lait naître
tous leurs dieux d an s la vallée du Nil. L’opinion de D iodore, lit, 3,
que ces dieux vien n en t d'E thiopie, s’explique parce q u ’on croyait que
la vallée inférieure du Nil ne s’élait form ée j>ar alluvions qu'à une
époque historique récente (H érodote II, 4) et ensuite parce que dans
les royaum es éthiopiens de Napala et de Méroé, à la basse é])oque,
le sacerdoce p rit un caractère beaucoup plus im portant q u ’en Égypte.
— Les im aginations de Ilom m el {Geog. und Gesch. des allen Orients,
2* éd., 1904) su r l’o rigine babylonienne des Égyptiens, de leu r langue
de le u r cu ltu re et de leu r religion, ne sa u raien t sc p rêter à une dis­
cussion sérieuse. — Sous le Nouvel E m pire, nous voyons souvent des
rep résen tatio n s des q u atre ra c e s : Égyptiens, Libyens, Sém ites et
N ègres, en p articu lie r dans la tomb«* de Selhos I, L. U , II, 126.

167. Si ces races ilifrèn^nl par h* ly|)(‘ physique, eu


LES E G Y P T iE N S E T L E U R S V O ISIN S • ■ï: ItiT

Tcvaiiclio olios so rossoiiiblout pai' les mœurs, lo oosluiiio ol


les arm es, el leur civilisaliuii |irimilivo |)roseiilo dos aiialo-
<{ios fra|)|)aiilos. La simililiido est toile enlro les Libyens et
les E gyptiens (pi’oii pont inolinor à erüirc ipio les ancêtres
de ees derniers, im dn moins ré lé m e n t arrivé au pouvoir en
Egypte, fut à ro r ig in e un peuple libyen à peine distinct de
ses voisins de Touest et du désert, et <|ui pénétra dans la
vallée du Nil. D’autre part, certaines coutumes égyptiennes
ne se rencontren t |>as seulem ent cliez les autres Haniiles et
cliey. les Sémites, mais aussi chez les n ègres de Nubie. Par
exemple, le matriarcat et le mariage aux liens relâchés se
rencontrent fréi|nemnient chez les peuples libyens, les T ro ­
glodytes (1 les Kouschiles ; de même chez les Egyptiens, la
femme jouit d ’une sitnalion libre el iiossède un droit person­
nel do propriété (voir§ 10 n. ) ; les enfants inenlionnenl
d ’ordinaire après leur nom la filiation maternelle, et, jus-
<|u’au (|ualrième siècle, nous voyons su b sister à côté du
mariage patriarcal, une forme, de mariage dans laquelle
c'est la femme qui se choisit un époux, et jieul le répudier,
moyennant [layemciil d ’une indemnité. C’est pour celle
raison (|ue le mariage entre frères et sœ urs est passé à
l’état <lc coutume. En Egypte, à l ’époque jirimitive, les
hommes sont absolument uns, ou jettent su r leurs é[)aules,
comme les nègres, une [leau d ’animal (qui s’est conservée
[)lus tard dans le costume des (irelres). Les Libyens, an
contraire, portent, comme les Sémites, une longue robe
en laine, de couleurs b ig arrées; nous la rencontrons aussi,
parfois, chez les Égyptiens de la monarchie primitive. A
leur )uiberté, les jeunes adultes consacrent le m em bre viril
|iar la circoncision (cf. § 8), el à jiartir de ce moment
ils déridicnt leur sexi^ aux regards profanes au moyen
d ’une poche de cuir, suspendue jiar une corde autour
des reins. Celle coutume de l’Égypte ancienne — qui
subsiste encore dans les tribus nègres du Soudan occidental
— a été conservée par les Libyens ju s q u ’à une époque tar-
COM M EN C EM EN TS DE LA C IV IL IS A T IO N

ilivo. Voi's la fin do l'cpo(|iU‘ « |)réliislori(|m' », la poclio où


SC cache le phallus csl icinplaccc jicn à jic'ii par un jiagnc,
(|iic nous voyons poi’lé aussi par- les N n h ien s; ce pagne
csl fait, à ro rig in c, de h iindillcs de Toseanx (d’où déi ivo
pins tai'd le pagne cannelé (|ne poi-le le l•(d); il devient
ensnile une soi le de lahlier de lin hianc. Les femmes, an
eontraii'e, s ’enveloppent, (h>|niis r é |) 0(|iie la jdns reenlée,
dans lin étroit foni'i'ean de lin, (|iii nionle leurs formes.
Les l/ihyens ont riiahilnde de s<‘ taloner ; en Egypte, cette
praliipie est resté isolée et ne se renconti'e (|n’anx temps
préhistori<|nes, et seulem ent snr les figurines de feiniiies
(esclaves) (|iie l’on dé]iose dans les loniheanx an[)rès du
défiinl ; on revanche, homnies et femmes ont pour hahitiide
d ’orn er leur eorjis de chaines, hraeelels,anneaux et diverses
aninlettes et de l’enduire avec des conlenrs, de l'hnile et des
corjis gras. 1.es yeux su rtou t sont entourés de fard, (|iii les
fait ressortir avec pins de force i>l d ’éclat; on enduit de
noir les sourcils et les paupières et l ’on trace une louche
vei-le an-dessons des yeux. Les femmes portent les cheveux
longs et hrillainmenl lustrés ])ar un corps g ras ; les
hommes les portent assez co niis i“l frisés an fer chaud, mais
senlenient jnsip i’à la 1'“ dynastie, car alors a[i]iarait l’nsage
de se raser la tète et de |)orler une perrii(|iie. Les Lihyens
redressent nue mèche an-dessiis du front et rassem blent
gén éralem ent leurs longs cheveux mi nue natte, |)lns lard
remplacée pai- nue tresse honclée. Celle-ci fnl sans doute
égalem ent en usage chez les Egy]iliens priniilifs, car elle est
devenue plus lard la coiffure des jeunes garçons. Les Hé-
doiiins sémites ont la même façon il’a rran g er h'iirchevelnre
et ils la relii'iinent an moyen d ’un eordoii jiassé autour de la
tèlo. l.es Egy|)li('iis, les Lihyens et les nomades sémites ont
lonjonrs les lèvres rasées — ceiiendanl, sons rAiieioii
Empire, on reneontre parfois la nionslaehe; — sn r les jones
et le menton, la barbe est généralenieni taillée courte et en
pointe — les Sémites sédentaires la ])ortenl an contraire
L E S É G Y P T IE N S E T L Ë U R S V O ISIN S — § 107

lo n ^ u o cl ()M(lnl<k*, (*U p in s lai'tl, ils ont arissi la m o n s la o lie .


— Mais à p a i i i r de la I*^^* dyiiaslii*, les K jç \|)lio iis se i*a-
senl co iiip lèteu K M il, s a u f im (‘ bai ld e lie an m e iilo ii 216},
ijuc nous trouvons ('*^al(‘inenl elle/, les habitants do Pount,
av(‘c iim* IiiNiir ia iite eli(‘velui*e boiieIé(‘. Sur la lèle, les g ner-
[•i(‘rségy|)liens, libyiuis cl Kouseliil(‘s (nubiens; piaillent d(*s
phiines d'auti-uehe ^ (elu‘/, les Somalis, on a droit à une
pluni(‘ par* eniu'ini liié) ; plus lard, (;es [iliin ie s (raulruelu*
devieniumt la man[U(‘ earaelóríslí(|ii(^ d(‘s Liliyims. taudis
({il'(dies sont abandoniuM^s [>ar h's I0g\ {liions d(‘[)u is h‘ Moymi
J'hn[)ii'(\ L es am ies {>i'inei|>ales d(‘ lous e e s peuples soiil :
une arni(‘ d<‘ j(‘t en bois reeouib(* {le lioomerang ^ ^}, signe
(‘inpbn é dans I’t'eritun* p o u rd é s ig n e r les peuples (drangei s,
(‘t s{)éeialeni(*nl b‘s S(3iniles Wnion) ; el l’are, avec flèelu's
de ios(‘aii nuMii(‘s d ’un silex à l’aièle Irancliante, cl plus
rarenu'iil d'iiiK' {niinli*. Oulr(‘ (*<'t are, sini{)leinenl fait d'une
branelie souj)l(\ ({ik‘ l'on voit {>lus tai'd aux mains des
iK'gi-es, l(*s Lgy{)li(‘ns manieiil déjà, dans les plus anciennes
re{)ivseMla!ions, un aie pins [leifeclionné | (pizetj dont la
fabrication exigeait beaiicou]) de travail, et le nianienient
beaneou[) de vigneui- et d ’adri'sse ex(*re(*e. C ’est avec le
signe de C(‘t arc ({iie les Kgypliens d(*signent, dans la jilns
auei(‘iin(‘ listi* des peii()les, l'ensemble des peuples à (uix
eoniuis. Deux flèclu's ({ni se ei'oisimt <‘t un bouclier ({)lns
tard le signe forment le symbole de la grande dé<‘ss(*
g a e n a é re Xeit, d(* Sais à l’oiu'st du d(dta, ap[)(d(*e « eidle ({iii
ouvre les ebemins » {oiipl-oaaoul). A l'origine, le boueli(‘r
(dail long (*t (droit, avec deux courbes conv(“X(‘s el uiu* {»artie
nm lrante, eoinme le lioin lier myei'mien, el sans donl(‘, eon-
sislail-il aussi en une p(‘an de iiœuf lendne sur un i*adre (mi
bois. Le bouclier ein{)loye dans la haute l-gypli‘, an eon-
lrair(‘, avait la forni(‘ d'un reclangle arrondi |)ar le haut ;
aeeonqiagiKï de la luassne, il sert à éei-ire le mot « coin-
r>4 C OM M ENCEM ENTS D E LA C IV IL IS A T IO N

halt 1*0 », par oxi'inpU* dans l(' nom d ’Hoiais do Memos M). Cedlo
inassiic'do gnorre', av(‘e^ urn* loui'ilo lot(‘ d<* pien re <|iii fracasse*
le (T.luo d('s emnemis, I'lit ranm^ priiici[)alo d(*s soldais (jui
rondère*nl la monarediie* pharaniiie|ii(*, «*1, em inciiK' l<*nips,
I’nrme* royalo pai'oxe*(*Iloiicc, ratiriim t du diou ele la gm*m*
d(i la llaiilo-KjjfvpU*, ele* « ce*liii (|ui oiivie* leîs clioniilis »,
Otipouaoiil etc Sionl, le* elie*ii-l()iip. Pour s ’assim iler sa force*,
nous venous de*s gue*rri(*rs e'*^yplions — grave's su r um* Ire^s
ancioiiiuî palolto à fai*el — allaclmr eles poaiix ele* loup à le*ur
pagno, avant ele partir pour la chasse*. De* me>nio, le* re>i porte
teKijours une* e|ue*uo eraniniid ; olio careecterise*. aussi le*s clie*fs
lihyems elans le* temple* fiineu*aire* de* Sahourè', e*t Pliai*ae)u
ne)us apparaît te>ujoui*s, se>il su r les me)nnme*nls, soil elans
les surnom s epii lui soul eloiine'*s, comme* << un laiii eau puis­
sant » em un « lie)ii eleml le*s griffes je*lle‘nl à te'rre le*s e'lim*-
mis » (c’esl poiire(ue)i le* roi a pour symbole le* sphinx el le*
griffon aile'*, e|ui emt le* e*orps d ’un lion). Outre* la massue*,
e>ii fait louje^urs usage d ’une* lance* à hauleui* el’lionime, elont
la pointe* est on pie*ri*e* n\\ eu os (plus lai*el e*n me'*(al) : iseile'*-
nient, appaiait aussi une* liae*he* ele gu(*i*i'(* à tranchant de*
cuivre*.

S ur le mariaeic égyptien, un co n trat ele* m ariage publie* [lar Sm;<aa,-


KKKG (P ap y ru s Lilîbcy, Srhrijlrn drr aùss. Gcs. in Slraahiinj l, a
apporte; eles e;claircissements. Ses e\\plicnlions sont confirm ées par
Diodore* I, 27, vo|ic»0îif,<5ai "O-lti z a fi tÔ xoivèv È'Oo; Te»v à».O^^ü)rt»v
yaasîv àÔsXsx;... xat Tzxpà To't; y.opis-jetv "f,*/ TavSpo?, sv xf,;
'potxô; o'jyycxziî “oao[Xf)XoYO'jv;ojv t»>v Y*i-*-'rjvTo»v aravia jzé'.Oxp/ri'JSÏv
— Cf. aeissi po u r I’ayp*?^» Y*;-'-'*? • SriKea-a.iuau:, ap. IU‘nicil, 28, 30. —
S ur la représentation des pceiples eHrangers dans les tem ples leme*-
raires de IWncien Em pire, v. § 163 ii. i.a représentation la plus an­
cienne d’un Sém ite fait p risonnier (il porte le pagne, tandis que les
Sém ites sédentaires po rten t en général la robe longue), dans P kihik,
Royal Toinlm 1, pl. 12 et 37 (lin de la P “ dynastie) ; ef. ma dissertation :
Suinercr iiml Seniilrn [Ahh. Hcrl. \lc., 1UÛ6, p. 20 sq.). On ti*ouv(* de

(1) Il est étrange que dans les représentations les plus anciennes de com­
bats, les Egyptiens ne portent jamais le bouclier.
L E S E G Y P T IE N S ET L E U R S V O ISIN S — ^ M‘»T

sem blables {‘cp résen tatio n s su r les reliefs du Sinaî. Dans la loinbc de
beniliassan (L.D. II \S'S, 7\e \\ uki\ h\ , lîenUmsson, I, pl. ilS, 31) les Scmiles
ont au co n traire une chevelure noire coupée à la nui{ae (comme chez
(^iiammourapi) et form ant un chignon en b o u rrelet ; cf. Hérodote,
III, 8 ; Chocrilos, ap. Jos. r. Ap. I, 173; .lerein, '25,23 = i),25 19, 32.
Des c.oiitumes sem blables se ren co n tren t souvent cliez les peuples
sém itiques ; en ^ ad ra m u l et chez les .\byssins du N ord, c’est encore
au jourd ’hui une obligation religieuse <le se raser la m oustache (com­
m unie. de 1‘^ L^TTM\^^). La tresse earaclérise les Bédouins du Sinaî
{Menziou Sntel) v : Pyr. Teli 352. .Yc/V'/'/.-ml' 174 ; de même, la longue
tresse po rtée prés de ro rcille |)ar les Libyens et la tresse bouclée
des jeu n es Égyptiens. — S ur les Libyens, v. : Bouchauut, Grah-
tirnknuil des Xeuserre', p. Grubiicnkmal des Sahure* 1, p. IL
(Dans mon o u v rag e: Aetjypten zur Zeil der Pyramidenbauer, p. 37, les
chefs lybiens p o rten t au fro n t une uraeiis au lieu d’une houppe de
cheveux, p ar su ite d’une e rre u r d’in terp rétatio n des photographies.)
Les hom m es am enant le trib u t et his prisonniers, du tem ps de
Mènes dans P ktuik, lioyal .lombs I, pl. 1 qui po rten t une robe lon­
gue et big arrée, avec tresse de cheveux et barbe en poinic, sont
des Libyens, car ces p o rtraits concordent avec ceux de la tom be de
Sethos I®*^ ; Libyen aussi, p a r conséquent le prisonnier h la tresse
(ivoire in crusté dans un m euble) retrouvé à Ilierakonpolis, pl. II, avec
une poche enferm ant le phallus. De m ême, dans N ew eserre’ et le
Libyen de bronze du N.-K, publié par B knkdite (ilio/tum. et mêm. de
VAcdd. des Inscr. IX, 1903); de m ême, les figures à tresses su r la m as­
sue-sceptre d ’Hiei*akonpolis pl. 26 .\ ; cf. les Zchenou de N arm er,
{ibid.y pl. 15,7). -- P o u r les nègres de Nubie, v. su rto u t L D I I I 117, oii
le chef est o riginaire de Me’a m = Ib rim . — L’histoire du costum e égyp­
tien a été exposée co rrectem en t p our la prem ière fois par E h m a > ,
Aegypten, 1888; ses suppositions su r le costum e prim itif, tirées du
costum e de l’époque postérieure et de la paru re royale, o nt été large­
m ent confirm ées et com plétées p ar les trouvailles faites depuis, en
particulier p a r les p alettes à fard et les figurines de Negade publiées
par N w ii .m:, lier. XXII. pl. 46 (Capaht, Débuts de VArt en Égypte, p. 44)
et aussi par les p eintures de la tom be très ancienne de Hierakonpolis,
(\)\. 75). La poche à phallus en cu ir est très visible dans Hierakonpolis,
pl. 7, 8, 10 et 11 et Dec. XXII, pl. 6, et dans la figurine d ’ivoire (avec
m anteau) d ’époque un peu plus ré c e n te : A yuton and Loat,P redy-
iiostic Cemetery o f el Mnhasna, pl. XL (D’après N aville, cette poche est
appelée qernef, dans l’inscription de M erneptah concernant la guerre
avec les peuples de la m er ; m ais celte, hypothèse est insoutenable.
CO.MMliNCK.MKNTS DK L \ C IV IL IS A T IO N

cc mot si^nifiaiil snrcm ent It* |)i'épuce). Ln poclu* est<riisa^e régulier


chez les [^ibyous, coniine I’n m ontré jiislenuMit Li scii\ n, î »/o/»îis, 71).
!!)0l, 107 sq., ct p arlin ilièrein cn l chez les Mobas, dans le nord du
'l'o^ro. N«ms la voyons plus lard portée encore p ar le dion Nil, qui est
li};uré su r le tronc il<‘ N ew eserré' (HoncuMmi, (irnhih’iiluni'iItTf PI. 1«,
p. 80), et aussi [»ar le dieu <lc la terre <ieb, an N'. K. La ceinture à
laquelle elle est attach ée s’appelle m :h, et c’est à p a rtir du m om ent
où il prcm l le ni:h que l’adu lte com uieucc sa cuiTièrc d'houiiiic (Ins­
cription d’Oiina, 1. •2, et Ku\i \ n, '20,2 i. La p rised e la ceinture coïn­
cide donc avec la circoncision, qui avait lien dans la quatorzièm e
année (et (ju’on |>ratiqunit aussi pour les filles); voir G unm;l et
W km)i,am>, clans \rrliii' fu r l*opYnisfor.<rlinnti, 11, 13 sip ; ils réfutcul
l’hypothèse de P i ; i t z i ;> s t i ; i \ [Xirci rrliiibni.f (jr^i-liirhlUrh. h'rmini, 11)01)
d ’après laquelle cette operation se borm iilaux ])rélros,[A nue. époipie
plus récente, les i^nnjons sub issent celte opération de très bonne
lieure, vers 2 et 3 a n s ; Arrhir fü r Ibipyntafurscliuiiti, W 435.] Déjà su r
la palette à fard (lî (' II, XVI, pi. I, Stkimmuuk, \ci/y/tbVfcu, p. 121).
CAi‘Ain', p. 23i sq.), *[ui nous inoulrc un taureau iHMiversant deux
guerriers uns, ceux-ci sont circoncis. P.e n’est point p a r pudeur (pic
l’on cache le phallus, car Tari antique m oiilre nellenient les parties
génitales coiiime les au tre s p arties du c o rp s.— Sur le développoinciit
du pagne et du tablier, v. Human, \c/yyp/ea, 282 sip : la form e prim itive
nous eu est donnée par les g u erriers de la palette à far<l du l„ouvre
(v(»ir jiliis l)as( et celle ch’ lli<;ralvonpolis, pl. tO. Sous la I'® et la
IL* dyiiaslit*, le roi [lorle souvent une robe (de méiiie l’Iionime coudiii-
siiiit nu prisouiiiei-, su r l;i pill ette à fard : (Aexnr, p. 232) el lors de la
fêle Set, il porte une tiiui(pie loiite spéciale. Le labuiüge ne se ren­
contre que su r b‘S figurines de leiniiies d(* u. lUilhis, pL oD,
plus tard , à IVlal d ’exeeption, |uir exem ple chez, une cliaiileiise
d’Amou, Hiuun . \ c//., 21)8, 3Uî, el su r la iiiomie d’une prclrosse d’I.la-
Ih ù raii ('.aire, du Moyen Kinpii'e (commuiiicpié par le D' (î. Moi.i.ku).
La coupe prim itive de la barbe e id e la elieveliiro s’est conservée chez,
les paysans ('non jia s: lialûtants des m arais; souvent« figurés
sous r.Vncieu Kmpire com m e l>ergers ou oiseleurs, H u m a n , p . (iO, .‘183 ;
ou oiilrc, comme l’a recoiiini 11. SciivKi l u, chez le d ie u Soplou dans le
temple solaire de XewseiTi'*'el chez les iliciix Nil (h’: Tnois, sons le
.Moyim Ihiipin* (lb:uuor (>t (hiirii:/., /’ \rl <l(iiis /'o/i/ô/m’/c, I, (521). S ur les
g u erriers égyptiens à répm pie la plus au cieiin c—(\V..M.Mni.i.i.u, Isù /i
II. /iiicop/i, p . 2, e t !* i ;t u i k , Wcdiim, p . 21), ont mal iid erp rété ces signes
liiéroglyphiiiues par « m ercenaires libyens»), — voir su rto u t : la palette
de schiste du Louvre (eu partie à Londres) chez S tkinimuu c, .\<'f/yp-
LA l»LUS A N C IE N N E CIVI LIS ATI ON — ^ 11)8

/mm, i'26, et pins com plètem ent chez C \ i '\ ut , pl. l, p. ; L ko lk , P.


S. li. L, XXII, pl. ”
2 {Vun tics g u erriers porte, o utre l’arc, une Imclie
j'i tieiix Irancliants ou p lu tô t im m arteau de pierre) ; plus lard, voir
encore le cylindre de HierakonpoHs, pl. 15, et plusieurs m onum ents
de la dynastie. (Pour l’arc, voir aussi le vase du « scorpion », 5^207),
///Vm/,rm/>o//.s, pl. 10. — L’étm le des diverses variétés de l’arc antique
a été trailéc à foml p ar v. I jjsciun ap. l'eairhrij'l fiir . Iiniii(lnrj\ p. 189
sq.(surto u t p. lîH n.). Le signe ^ pour T o 'S eti (Nubie) peut difficile­
m ent passer po u r un arc {M. Büiicnuun), l'n tableau de Heni-Hasson
nous m ontre 1res clairem ent com m ent ou tend l’arc : M ontkt , Hull. </e
l’iinil fr. (hirché. nritud, IX, 1911, pl. 111. — P our la forme |)rim ilive fin
signe de Ncit ^ef. Ni.;NMn:iun. P. S. H. \., *28, 08 sq. dont je iracceple
pas toutes les ronelusitm s, cf. 199) voir : Stèle de .Mcritneit, P k t ui i :,
l { o y n l 7Vi/nèx, i, front, e t tablellc de Menés, cf. II, 10— P o u r Ou-

poriaonl (dans Diodorc I, 18 .MazsooSv) voir mon article A. Z., 41,97 sq.
(et aussi pour les re|u*ésentations à l’époque rom aine, v. P issin«;, f/c«'.,
XXVll,ti49, sq .i. — S u r le g raissage de la clicveliire: S c i u m u n h h t i i ,
\ n i i t i l e m l u .bVri'., VIII, 184 S ( |.

L a ifliis ancienne civUisalion dans la vallée du N il.

108. Dans \o déscrl el su r le plaleau lil)y((iK*, lus lorri-


toircs propres à noiirrir, ([iioiipie parciiiioiiioiisi'iiKMit,
nioiiiiiio et le liëtail ii’étaieul pas dans raiili(|nilé aussi
liniilé's ([u’anjoiii'd’lini : non seuloineiit les Libyens vi(*n-
nenl, par bandes noinbreuses, faii(‘ d(‘s incursions répétées
su r h* sol cultivé de l’Kgypt(‘, ou se louent connue meree-
nairi's aux ICgyptiens, mais nous appi'enons micore ([ik‘
Salionrè*, niarclianl i onli*(‘ eux, rapporte un riebe butin de
brebis et <le clièvr<*s, ainsi (|U(‘ de iiombreux troupeaux
d ’Oiies (‘I de bœufs 203), qui, a n jo u n n iu i, m* pourraient
plus vivre en ees lieux. Néanmoins, les doniaiiu's cnlti-
vabb's (pii pouvaient exisl<‘r alors, in* suffisaient pas an
dév(dop[H‘meiil d ’un iUat et (rnii(‘ cl\ilisalion avancés. Kn
Nnl)i<\ de même, la partie enllivable est Iropélroile et trop
COMMKN’C EM K N TS Dl-: I.A C IV IL IS A T IO N

isolée pom* donix*!* iiaissanri* à iiix* i*ívílisalíoii forloiiKMil


conslituée. (i’ínléi ii*ur d(‘ rA friq u c, an coiilraiie, pourrait
fort l)ieii offrii* l(*s conditions d ’lin d('*vclopp(Mm*nl liisto-
ri([ii(*, mais les N c^rcs s(‘ soul montrés iuca[)al)l(*s <rnlilisci*
les possibilities (|ii<‘ U‘iir accoi'dait la iiatiii'i*. Pas davanta<(c,
l(*s tribus maiii'cs(jiicsii’ont-(dlessii c n 'c r, par b'lirs propii‘s
inoy<*]is, liiKM'ivilisation diirabb*. C’(*st done imi(]U(‘ni(enl à
la vallée inbb ii'iire du Nil ((lu* le coiitim*iil africain (*st I'cdi*-
vable (I’avoii* joué son role dans Pllistoire. Cei U's, à l’état
do iiatui‘0, Ic [>ays no il(*vait giien* possé(l(“rd'allraclion pour
des tribus do nomades et île cliasscnrs. Il était i'ou|>é [>ai*
do iiombriMix bras du fli‘uvo i‘t, au temps di* l ’inondation,
transfoi'iiié en un grand lac, dos mois dui'aiit. Les marais et
les fourrés de roseaux abritaient b*s éciianlillons les moins
rassurants d(* ros|>èc(* aniinab* : crocotliles, bippopotamos,
si'rpents — mémo dos éléphants, qui étaient communs dans
le pays, ainsi ([lie les girafes, au temps d(*s [iliis anciens
monnm<‘iils — et enfin dos autruclios, des lions, d(‘s pan­
th ères qui, du dés(u*t, v e n aie n ts’abronvoran fl<‘nvo. Hionpliis
favorabb's à un établissement sédentaire étaient les hauteurs
bordant h*s deux rivi‘s; à cotte époque, l’herbe et les arbres
y ponssaiontou maint en droit, formant des refuges giboyeux ;
ce n ’est q n ’à l’ép(H|ue historique q u ’elles devinrent inhabi­
tables, soit par déboiseiiient devenu p<ui àp«*u complet, soit
par renvaiiissenumt (‘t la fixation des sables jiisqm* dans la
vallée du fleuve. D(*scendaiit de c(*s plal(‘aux, les ancêtres
des Egyptiens s ’avanc(*rcnt dans la longue vallée et péii<*-
trè re n t dans les niaiécag(‘s du delta. L'iie fois là, la nature
iiièine (lu terrain les obligea à déplo\(*r une activité.éiier-
gi(|ue, à en d ig u er et rég ulariser les bras du fleuve, à con­
vertir les marais et les fo uriés en terrain cultivahh*, à bâtir
des villages plus élevés (|iie le niveau du fleuve, pour les
m ettre à l’abri d(* rin on dation , et reliés entre eux par des
digues ( Î 5=î «clu'inin », ower/, une digue bordé(*de cha([nec(>lé
par un fossé où croissent des buissons et des arbres) —
F.A P L U S A N C rE N N E C IV IL IS A T IO N • §160

ladu 's iiii|)ossil)lps à iiipiipi']iui'III! colon isolé, mi par iiiiu


li ilni (Joiil lus lions do solidarilo seraient relâchés, et qui
exigeaient au contraire une forle organisation civile. Los
lOgyptiens devinrent donc un peuple ile cullivateurs sous
un fort gouvernem en t nionarclii((ue ; alors seulem ent s ’o u ­
v riren t poiM- eux les sources du liien-èire d ’oii put jailliru n e
civilisation plus avancée et qui a fait de la vallée infé­
rieure du Nil un des pays les plus fortunés de la terre.

11 est ho rs de doute q u ’cii Afrique, coiiinie dans le T urkestan,


le ilésert est allé s’élarg issan t; p a r conséquent le chiffre de la popu­
lation des Libyens, p ar exem ple, a dim inué depuis l’antiquité. Dans
la vallée meme du Nil, la lu tte se poursuit sans relâche entre le dé­
se rt e t la cu ltu re ; la même lu tte encore, en Babylonie e t en Syrie.
S ur les confins du désert, la végétation, ilans les tem ps anciens, a
tlû être certainem ent beaucoup plus luxuriante qu’au jo n rd ’hui (voir
les scènes de chasse dans les tom beaux avec les nom breux animaux
représentés) ; Kiiman a a ttiré mon attention su r ce point, t/em pla-
cem ent des plus anciennes cités, comme Abydos, .Memphis, etc., est
aujourd 'h u i eu plein désert. \ une époque encore plus reculée, aux
tem ps paléolithiques, le plateau d ésertiq u e lui-méme a été habité en
plusieurs en droits p ar des hom m es qui nous ont laissé des débris de
silex en énorm es q u antités, mais cette époque reste bien an delà du
dom aine de to u te h isto ire (voir l’arg um entation probante de Scnwcix-
ruuTii, / . J'i'ir Elhnolot/ir, 35, 1903, 708 s((. ; 36, 1904, 766 sq. [.Wi/iolrs
lia service, VI, 9 sq.] e t v. Li scuax, il)., 36, 317 sq.). — P our le signe
hiéroglyphique du « chem in », voir l'Enur., .Mediini, p. 30.

UiU. Le roi NIeiios, qui fut iiliis tard considéré par les
Égyplious coiiiiiie le |)iomicr roi dans la longue série des
[iliaraoiis, a régné dans la vallée <lii Nil vers 3300 av. .I.-C.
Niais, l)eaucou|) de siècles avant lui, les Kgy|)tiens avaient
dépassé les [ireniières étapes de la civilisati.oii liumaiiie ;
depuis un inilléiiairo déjà, en 4241 av. J.-C., ou avait intro­
duit dans la liasse-Egypte un cale ndrier, qui n ’a janiais été
changé par la suite. Les Egyptiens forinaient donc un peuple
civilisé à une épo([iieoù partout ailleurs sur le globe, même
en Babylonie, la nuit de l’inconnu recouvre la vie de peuples
C O M M EN C EM EN TS UE LA C IV IL IS A T IO N

>|iii il’oill |)iis lie livilisiilioii, et iiailiiiil p u s d ’i i i s l o i r e .


L o n g l o i i i p s o n a (•licrclii'' e n v ain î le s n i i i n n n i e n l s ilati’ss iln
l e n i |) s (le M è n e s n i è n i e , iin île s e s sn e e e ss e iiT S j n s i | u ’a n eoni-
n i e n e e n i e i i t lie la II !'■ i l \ n a s l ie ; m a i s île p u i s le s v i n g t i l e r n l è r e s
a n n é e s , o n a iTon vé e n l l a n l e - K g y p l e île n o n i l u e u s e s ii é e m -
p o l e s e t lie s r e s t e s île c i t é s , ip ii l• en lln llen t à u n e é p o r p i e
a II té-rie lire à M enés, s ’é c l i e l o i i n e n t sur une durée plus
l o n g u e e e r l a i n e n i e n t i p i ’iin m i l l é n a i r e e t n o u s o d r e n t a i n s i
u n e v i v a n t e i m a g e d e la c i v i l i s a t i o n d e s p r e m i e r s Ages d a n s
son aspect e x t é r i e u r . Le D e l t a n e p o u r r a g u è r e f o u r n i r
d e p a r e i l l e s t r o u v a i l l e s , c a r les a n c i e n n e s l i a b i t a t i o i is d e s
l i o iiiin e s o n t l'-lé e i i v a l i i e s e t d é s a g r é g é e s p a r l’e a u ; n i a i s la
r e l i g i o n , la l é g e n d e e t la t r a d i t i o n liistorii|UC li o n s l i v r e n t ,
s u r l e g r a n d r ô l e i p i ’a j o u é la B a s s e - K g y p i e d a n s le d é v e l o p -
p e u i e n l d e la c i v i l i s a t i o n | i r i u i i l i v e , d e s t é m o i g n a g e s ipii n ’e n
s o n t q u e p l u s p r o b a n t s . D’a i l l e u r s , l e s r é v é l a t i o n s d e s m o ­
n u m e n t s q u i a p p a r t i e n n e n t à la « p r é l i i s t o i r e » o n t g r a n d
b e s o i n d ’ê t r e c o m p l é t é s — e n ce ([ui c o n c e r n e la n i a r e b e
i n t e r n e d e c e d é v e l o p p e m e n t — p a r la c o n n a i s s a n c e d e l’é t a t
de elioscs ultérie u r. Ces d eux so u rces de nos reiiseig n e-
n i e n l s s ’a c c o r d e n t e n g é n é r a l d ’iiiie fa ç o n p a r f a i t e ; l e s fa i t s
ta n g ib le s , q u e le s fouilles récen tes niellent d e v a n t' nos
y e u x , n e f o u t b^ p i n s s o u v e n t q u e c o n f i r u i e r l ’e x a c t i t u d e d e s
d é d u c t i o n s q u e l ’o n a v a i t t i r é e s a n p a r a v a i i t . N a t n r e l l e n i e n l ,
il ii’e s t p a s t o u j o u r s p o s s i b b - d e n i o i i l r e r le s cli a i i i o n s i n t e r ­
m é d i a i r e s , c a r l e s t r o u v a i l l e s (pi o n a f a i t e s s o n t n i n e t i e s s u r
ce q u i c o n s t i t u e le d é v e l o p p e m e n t p o l i l i ip i e e t r e l i g i e u x ;
par induction liislo ri(|u e, o n p e u t b ien d é f in ir le c o u r a n t
g é n é r a l d ’i i n - d é v e l o p p e m e n t , m a i s n o n le s f o r m e s p a r t i c u -
l i è r e s i p i i d é p e n d e n t di-s c i r c o n s t a n c e s e t d u m o m e n t , e t i|ui
c o n s t i t u e n t la s i i b s l a n c e m ê m e d e l ’I i is l o i re v é c u e . A i n s i ,
p a r e x e m p le , n o u s ne p o u v o n s d c l e r m i n e r ipielle fo rm e de
civilisation, parm i les pins anciennes, concorde avec le
i i i o m e n l oii naissent li-s deux royaum es des adorateurs
d ’I l o r u s , ui c o m n i e n l se f o r m è r e n t le s p r e m i e r s r u d i m e n t s
L\ P L U S A X C IË N N K C IV IL IS A T IO N • . 16 9

il'Klat, ciicoro ])liis ancions, ou lus preiiiièros orgaiiisatious


provinciaies. J)c' incim*, su r los p ro b lè m e si*tluK>gra[)hi(jues,
cl(‘s (b)cumenls non accomfiagiiés d ’iiisci'iplions ne peiiveiil.
p i‘CS(|U(’ jamais foiii nii* uiu* réponse siiri*. Aussi lu* peiit-oii
pas (‘xelnre l’Iiypotlièse ((u’à I é[>04 iie d ’où pioviennent nos
(loeumeiits les plus reculés, la vallée du Nil élait occupée*
pai* une auli'o race* oX (|ii<* U*s difféi(*nces b*s plus anci(‘unes
dans l(* slvli* et le g enre des poteries s ’expliquent parce qm*
la race aussi a ehang«'*. Mais ceci seul esl certain ; (ruiu* part,
la race* des ]]gypli(‘iis s’esl établie de fort bonne In*ure élans
la vallcM* élu Nil e*t y a franchi lesélape^sd’un long (lév(*lo[)p(>-
mont fcf. ^ !(){)' — l’insloirc des commencements de la re li­
gion égyptienne en est la im*illeure preuve — ; d ’autre pari,
les moiiUJU(“nts qui ap partiennent aux derniers temps de la
période « préhistorique « ont un caractère aulhentiejuc-
meiit égyptien ; les dessins tracés su r le*s poteries et autres
documents de ce genre, représen ten t les pi'ornièrcs étapes
de Tart égy^itieii [lostérieur et de Técriture liiéroglyjihiijue,
dont on a si longtemps cherché les origines. S’agit-il de*
fixer une estimation chronologique, elle ne saurait se faire
non plus a v e c certitude: tout ce q u ’oii peut dire sans liési
latioii c'est que la couche la plus ancienne des Irouvaillos
remonte pour le moins très avant dans le cinquième millé­
naire av. J.-G.

Voir une reconstitution de la jiréliistoire dans mon llisloirc d'Iùjypfc


et dans XegyplPii d ’KuMvN, et, su rto u t pour la religion, Masi»i;i5o ,
I'XikIi’S de niythol. W d'iurhèol. ètjypi., II. — Les trouvailles pour la
jiériode p réliistoriquc et les tro is prem ières dynasties com m encèrent
en 1894. L eur caractère était si étrange que 1*kt»ok cru t qu’il s’agissait
des pro d u ctio n s d ’une « new race », qui é tait p o u r lui une^ race de
Libyens, ayant pénétré en Égypte entre l’Ancien et le Moyen Empire.
(Test S tkinuoufk qui Ic prem ier a coiTCctemeiil interprélé plusieurs
lies m onum ents les plus im portants de celle période {Einc neiie Ar/
d erA t’ijypl. h'iinsl,' d a n s les Aei/ypHncn, Ecstsrfirîfl f'iir Ehers, 1896) tandis
que de M o im p r é s e n ta it une riche, m ais peu exacte, collection des
docum ents (liecU. sur les Origines fie l'Egyple : l’Age de la pierre et des
COM M ENCEM ENTS D E LA C IV IL IS A T IO N

m étaux, !89G; II, eth n o g rap h ie p réhistorique, 1897 ; ci*, lu critique de Von
Hissixr, dans V.\nUiroi>olo(/i(‘, IX, 1898). Dk Mou«;\n présoniait aussi celle
hypothèse, qui fut très vile abam lonnée, que les m onum ents préhisto­
riques étaien t ruuivre <l’une poiuilatiou prim ordiale, tandis que la
form ation de TKlat et les m onum ents historiques étaient celle (rim e
race « ro ii(|nérante », la « race d ynastique ». La découverte des tom bes
royales à Abydos 20iîi a depuis 1897 Icviî tons les doutes. — S ur les
dociiinenls ijui nous resten t de la période avant Menes (tableau d ’en-
seiTiblc p a r Ih'hitls tir l'arl rn Htiyple, 190») voir : P i;tiui;
e t QiiitKi.i,, Ntujada antl /'dh/.s-, 189G (encore eiitièrenieiil sous l'in-
lUieiice de la théorie de la « new race ») ; P etiui;, liio.sjntlis /nirvo ('lion),
191)0; Mxciviai et M vck, ICI .\nini finit Ahyihit, 190:1; A vuton and Lovr,
l*i'edyniislir. Crmrlery o f rl Mnliiiaiio (près dW bydos), 1911 ; d ’au tres
fouilh.'S ont été publiées p ar Qrima.i,, ElUnh, 1898; (>i iiua,i., liie rn h n i-
im th , 1900, s(j. ; pKiitiK, .lOrd.w, 1, 190‘2 ; II, 1903, III, 1901; <;ausi.\x(;,
\loliii.<nn mut lirl hk-ithif, 1903. Les cim etières des prem ières dynas­
ties à Xaijn-ril-hrr (en face do lÜrj^e, près d'Abydos) vol. 1, par
lîiasM K, 1908, et vol. Il, p ar Mack, 1909. S ur la lïassc-X ubie, v. Ar-
rltenl. Survey, ^ IGon. Ajoutez tro is statu es de .Minou à Coptos (fouilles
de pETiui; e t Iloc vin u, KojUoa, 189G, non reproduites p a r pruderie, mais
publiées p o rC ap art, 1. e., 217 s(|.). II existe une très riche collection de
ces ti'oiivaillesau Musée de Ilcrlin ; il faut y ajo u ter les fouilles de la
Ueutschcii O ricntgesellscliart (<L Môi.i.KÈt, M ill., 30, 19ÜG) à Aboiisir el
.Mcleq. à l’est de l’en trée de Fayonm , et provenant d ’une période peu
avant Mènes. — Les jialcltes de schiste ont été réunies par L k(;(;k,
P S /i A, 27,1900,123 sq. et p ar Cvi'Aur, 1. r. ; de même, I^K^Kl)lTK a publié :
Une nouvelle palelle rn srhisir. Mon. e t Mém. de l’Acad. des Inscr.,
X, 1904. ~ On trouvera dans P ktuii:, üiospolis jm rra , 22 sq., un tableau
systém atique des trouvailles classées selon leu r iléveioppeinciil artis­
tique c l accom pagnées d’une chronologie relative de (» sequence
dates » (de 30 à 80). P ktuii: évalue à 2.000 ans la période de préh is­
toire « néolithique » s’éten d an t Ju squ'à .Mènes, tandis que Macivku,
E l Anirnli, 30 sq., cro it pouvoir lui assigner seulem ent une durée de
300 à 1.000 ans, à cause de rcx îg u ïlé relative des nécropoles situées
près d ’A bydos ; R kisxku, iXfuja-ed-Urr, i, I2G sq., p artage cet avis.
C epend an t,c’est là une eslim alion qui est peu t-être trop faible pour
la durée de ce long développem ent. D’ailleurs, il est à n o ter qu'il
s’ag it souvent de tom bes anciennes, déjà léutilisées une seconde fois
dès la période dite p réh isto riq u e (G. MOi.lku). P ktiue, Uios/iolis pnrvn,
28 sq., adm et un changem ent de race e n tre les couches de ces tro u ­
vailles.
LA P L U S A N C IK N N E C IV IL IS A T IO N — § 170

170. Les plus anciennes habitations, dont il nous reste des


débris, sont placées vers l’endroit où le Nil se rap|irocbe le
plus de l’est et d ’où les routes du d ésert viennent aboutir à
la Mer Koiige ; ce sont les sites de Nepjàde et de Hallàs, sur
la rive occidentale du lleuve, en face do Qiis (Apollinopolis
parva) et de Ivoptos ; plus en aval, le site de Hôu iDiospolis
parva), et la région d ’Abydos où, su r la lisière du désert
coniine su r la rive orientale, on continue à exhiinier de noin-
brcusi's agglom érations serrées l’une contre l'autre, et enfin
la région de .Memphis. Les habitations sont |)Oiir la plupart
des liutles en jones ou en jialmes tressées, dont on a consolidé
les m urs avec de la terre battue, pour les recouvrir ensuite de
nattes et do peaux. .\ l’usage des famillesaisées, on construi­
sait des maisons plus solides avec des briques rectangu­
laires, fabri<iuées avec le limon du Nil et séchées an soleil ;
on renforçait les m urs au moj'eii de poutres de bois.
Les rondins qui soutenaieut le plafond étaient parfois
étayés par des piliers rie bois, au milieu de la pièce où l’on
habitait. Très probablement, les villages se retranchaient
toujours derrière un m u r de terre. Tout à coté s ’étendaient
les cim etières; on y trouve les cadavres enfouis dans des
fosses circulaires ou rectangulaires, accroupis dans la posi­
tion qu'on prend |>our do rm ir; souvent ils sont cousus dans
une jieau d ’animal, un linceul de cuir ou de toile, on bien
cachés dans un g ran d vase d ’argile. On enterrait fréquem ­
m ent plusieu rs cadavres dans la même tombe, et après q u ’ils
étaient tombés en poussière, on recueillait soigneusement
les os et on les disposait en bon ordre, imutunie encore
prali(|uée en maint endroit de l’Afrique. Il arrive souvent
que, grâce au sable sec du désert, ces cadavres se soient
conservés intacts pendant des millénaires. De bonne heure,
les gens aisés se firent creuser, dans le sol d’argile ou de
cailloux, une fosse rectangulaire recouverte d ’un toit formé
de fibres tressées ou de poutres. S u r les vases déposés à
côté des cadavres, il y a des peintures qui nous montrent les
COM.VIENCEMEiNTS DE LA CIVILIS ATIO N

grandes bari|iies su r lesi|uelles li^ cadavre passait le Nil


pour être conduit à son toinlieaii : au-dessus de ces l)ar<|iies,
des pleiiri’iises élèvent leurs mains. A coté du inori, on
trouve des vases jileins d ’alinieiUs et des boîtes d'o ng u en ts
eu albiUre ; il tient dans sa main une bourse de cuir el il est
niiiiii égaleinenl de la palelte en schiste sur laquelle on broie
le faril (S 107). On trouve aussi des vivres, des reproduc­
tions d ’nsten sib ’s de ménage, couteaux, aiguilles, liar|)üiis
|)onr a ttraper le poisson, jeu d ’écliccs et antres accessoires ;
parfois aussi à côté du mort il y a d e s |ie tils modèles de mai­
sons et de petites bar<|ucs d'argile, des poupées de pierre
on d’argile, figurant des s c n i t e n r s et snrto n l des fem mes:
celles-ci en général n ’ont pas de pieds, sans doute pour les
em pêcher de se sauver. Au nninieutdo la mort, l’Ame vivante
sous la forme d ’un oiseau {hui abandonne le corps, mais
l ’énergie spirituelle de ce corps, son moi, continue à subsis­
ter à l’état de fantôme dans la région des esprits et reste en
relation avec le cadavre (cf. ^ .08 sq.) : cette croyance était,
déjà à cette époque, réalisée et vivante'. Non moins ancienne
est la croyance que l’homme est accompagné par une image
de lui-même, image spirituelle pleine de force magique, l’es­
prit Ka\_i , qui g ran d it et vit avec lui, qui le jirotège, et
lui confère — avec la n o u r r i t u r e — ce qui constitue la force
vitale p ersonnelle; après la mort, il continue de |mnrvoir
à son existence, et réside |iar conséquent près du tomhcau.
Les funérailles s'accompagnaient aussi certainem ent de
formules magiques, qui permettaient, au mort de jouir des
dons q n ’on lui offrait et de s ’éveiller à u n e noiivelh: vie
artificielle, lui et les figurines déposées à son côté. Certes,
c’était là une existence d ’un g enre plutôt s p ectral; et c’est
pourquoi l’on pouvait se contenter de g ro ssières imitations
des vraies barques et d e poupées d ’argile. 11 est certain
<|ii’à l’origine, 011 immolait s u r la tombe du riche ses ser­
viteurs et ses femmes ; mais aucune trace positive de celte
êoutuine ne se retrouve plus en Égypte.
LA P L U S ANCIL.NNK CIVILISAIIO.N — 170

S u r les Jiabitatioiis cgyplicnnes : M asi' kko , Arclicoloyie égyptienne,


|>. '2. Hestesd'un ancien villag cà A la w n ije p rè s d’A byilos : G ahstam ;, Ma-
htisna and Bel Khnilnf, 15sq. (on voit encore dans les Im ites des fours et
juiires ustensiles;. Ancien modèle de ville : P k t k ik , biospoliépnrra, pl. 0,
bmibe 83 ; flu 'u cr, Déhiita de l'md éy., lUo. L ’usage de b rûler les cada­
vres, doiil i>K .Mom;\> avait c m trouver un exemple dans la tombe de
-Menés à .Vogade ne s’est jam ais vérifié. — P ctiuf. a cru aussi trouver
à -N'egdde et à OallAs des traces d'an lh iop oph ag ic, mais il a fait
eiTcinr (M \c im ;h and M a c k , K/ Ainrah, p. 7;. S u r l’usage de découper
le cadavre en rnssem bianl les os dans un ordre systématique (usage
«pi'on retrouve à Babylone), dans les lombes anciennes réutilisées par
une autre génération v., outre Naqadn n, Bnltas, les notes de El.
\inrah, p. 7, sq. Une survivance de cette pratique se retrouve,
seinble-t-il, dans la légende du déineinbrcincnt d’Osiris et dans les
formules coiTCspondantes du Livre des Morls. P k t r ii -, a soutenu,
Bovnl Toinhs, /, If, «pie dans la tombe du ro i Qa-sen de la P ° dyiiaslic,
les .serviteurs enterrés avec le roi ont été sacrifiés sur sa tombe, mais
«•ette hypotlièse est sans fondement. — Des figures de pleureuses se
trouvent par exemple sur le vase publie par C a c a k t , 118. C ’est <»
L k P a «;k R fn o lk , et surtout à M aspkuo , que nous devons l’iiypo-
thèse aujoiird'bui dom inante que le Ka, est un « double » de l ’hoinine,
son sosie, et q u’il réside dans les statues placées dans les tombeaux.
(!ette hypothèse a été combattue par S t k im »oi«f f , d ./ .,4 8 , 152 sq.,
peut-être avec raison, car le Ka, lorsqu’il est figuré, n'a pas le même
aspect que les statues; pour S t e in d o u f f , le Ka est p lu lé t un esprit
[U‘otecteur qui naît en même temps que l’homme (ou le dieu) et qui
lui survit (cf. SriEGELBEiiG, À. Z ., 126 où Ka est rendu par le grec
(XYaOo; Ôatjiwv. De SCS bras levés (d ’où le signe |_J) il protège l’homme
cl lui pr<'dc sa force. M ais S t e in d o u f f a tort lorsqu 'il conteste Timpor-
lance du Ka dans le culte des morts. E lle se vérifie justem ent dans les
temps anciens par le nom sous lequel on désigne constamment le
prêtre des morts : /im-Aïi « serviteur du K a » ; par la chapelle ‘lu
tombeau appelée « maison du Ka » ; par ré|)ithète donnée au mort
apjielé Avi jacUou, <
« Ka glorieux » sur les stèles funéraires de l ’époipie
Ih iiiilc (pKTiui:, /?oya/ Tanibs, I, pl. 32). Plu s taril ce lle importance
s'atlcslo encore dans lu formule des offrandes par laquelle les inels
sont transm is au Ka du défunt. M v.s cero a récemment soutenu sa pre­
mière hypothèse, en ri'qiouse à S t ein d o u ff , ap. Meinnon. V I, fasc. 23,
1U12. V«)N B iss in «; [Versiieh eincr netien E rkldrùny îles Ktti, Ber. Miineh.
Aluni., i9 M ), a raison de rattacher le K a au m ot Kaou, mets. K hmvn
cx[)lique, À. Z.y ^3, li,2 que le Ka est en elTet « la force vitale qui est
COMMKNC.lCMliNTS D i: LA C IV IL IS A T IO N

conférée à rhomnic ;'i si\ iinissance et lui est eonliniiée |iur la nour­
riture ii; grôce aux rites funéraires et à la formule de l’oITrande, le
Ka apporte an mort sa iionrritnrc par une voie niagiipic, lui assurant
ainsi la continuation de son existence. .Mais il ne faut pas clierclier de
la logique dans les conceptions de ce genre.

171. La civilisation qui s ’liftro à nous dans ces tombes, ne s


distingue guère, dans les plus anciens gisem ents, des mani-
lestations analogues chez les au tres peu pies qui comm encent
à se dég ag er de l'état do barbarie primitive. Les matières
((ui servent à fabriquer outils, arm es, ustensiles, sont le
bois, la pierre, l’os .— très souvent aussi on rencontre
l'ivoire — et leu rs re[)roductious sont faites en argile. Ou a
donc raison d ’appliiiuer à cette civilisation l’épitliètc » dge
de iiierrc » — nom ((u’on donne aussi à la civilisation
U troyeiiiie » — en ilépit du fait qu'on ren co n tre parfois,
même dans les plus anciens toinbeanx, des outils en cuivre
e td e s o b j e t s de parure eu or. ('.’est que. pendant une longue
période, et même sous les p rem ières dynasties, le métal
reste au second ran g ; excejitiou faite de quelques haches de
g uerre eu cuivre 107) on n’assiste à aucune tentative de
rem placer par du cuivre les arm es et les in stru m en ts de
pierre et d ’os. Bien au contraire, à partir de la couche médiane
des g isem ents, qui corresp on d à une sorte d'apogée de la
culture « préhistorique », la tcchniipie de la pierre atteint à
un degré de [lerfection (pi’auciin autre jieuple à l'dge de
p ierre ii’a jamais égalé. C’est un des traits caractéristiques
et originaux de cotte vieille culture égyptienne. Les couteaux
de silex sont taillés avec la plus extrême délicatesse, d ’une
épaisseur uniforme, d ’iiii poli linement aiguisé, avec uu
tranchant découpé en dents de scies, et, de luêiui’ travail
sont les pointes de lances, les llèclies, les h a rp o n s ; quant
aux haches en rognons de silex et aux tètes de massues,
elles sont polies à plat. Mais la production la plus é to n ­
nante, ce sont les vases do (lierre. Ou arrive, avec la p ierre la
plus dure, à lui donner une ron d eu r uniforme, à la polir;
LA P t.U S A N C IE N N E C IV IL IS A T IO N — | 171

puis, au moyen do sable et d ’outils en p i e n e , q u ’on fait po-


nétver à l’intérieuv par une étroite ouverture, on parvient, au
prix d ’un labeur infini, à u ser d ’une façon égale et à amincir
la paroi tout autour. A coté de grandes cruches et de mi­
g nonnes coupes et écuelles en albiUre traushicide, on en
fa i td ’aiitres en granit, en schiste, en p ierres de nature et do
couleurs variées, bes poignées, les anses pour suspendre,
les becs d’écoulement, sont exécutés à la perfection. Souvent
ces vases imitent des formes d ’animaux — par exemple,
l’un rep résente un chameau accroupi, comme en avaient les
Bédouins qui visitaient l’E g y p t e ; — parfois ils reproduisent
on pierre les corbeilles de jonc tressé ; on trouve également
des anim aux sculptés en pierre ou en ivoire, aux formes
correctes, étudiées soigneusem ent [lar nu œil observateur.
Uu bien la partie plate d ’un peigne recevra comme décora­
tion un oiseau, et la palette do schiste, sur laquelle on hroie
le fard, re[irodiiira la forme d ’un animal. Mais vers la fin de
cette péMode les formes disparaissent sans que la technique
excellente change sous les p rem ières dynasties. La fantai­
sie a rtistiq u es e donne libre cours dans la fabrication d ’o b ­
jets précieux, tels que cassettes à bijoux en ivoire ou en
ébène, chaises et lits de repos montés su r des pieds d ’an i­
maux en ivoire ciselé, palettes à fard richement ornées de
scènes historiques (§200 sq.), têtes de massues pour scep­
tres royaux, enrichies de scènes analogues; enfin, cidliers
pour hom m es et pour fem mes, travaillés en o r et en pierres
précieuses telles que améthyste, lazulile, turquoise, que
l’on retirait très probablement des mines du Siuai, déjà
exploiléos par les Egyptiens 212). Parfois même, on s ’est
enhardi à des œuvres plus am bitieuses ; témoin, les trois
colossales statues en calcaire de Minou de Koplos(§§ 169 n.,
180) idoles géantes aux bras gro ssièrem en t ébauchés et au
phallus puissant; su r leu r dos sont gravés le signe symbo­
lique du dieu et une troupe de bœufs et d ’éléphants gravis­
sant une montagne.
C OM M ENCEM ENTS D E LA C IV ILISA TIO N

172. L’iiidiislrio <!<■ l’arfçile no présenlo pas iin développe


ment moins riche, mais ici les formes sont pins indécises.
Les plus anciens vases d ’argile piésen ten t nue tecliniipie
primitive assez spéciale : une fois le pot façonné avec la
main et poli avec une p ie n e, on le plonge, l’oiiverlni e en
avant, dans un tas de charbons brûlants ; cette partie par
conséquent se carbonise et devient noire, tandis <|no la moitié
inférieure, non léchée ])ar les flammes, tourne an ronge vif.
Pins tard, on expose les vases à un feu homogène; les meil­
leu rs exem jdaiies sont décorés d<^ rayures ronges, brunes,
on noires. Peu à peu s ’introduit ensuite l’usage du to n r à
potier, grâce auquel on peut d on n er aux vases une rondeur
égale. Pour les formes, c’est au début, toute la variété et le
d ésordre de l’imagination primitive 96): vases bizarre­
ment accouplés, ou reproduisant des silhouettes ani­
males, etc. ; puis, peu à peu, un certain nom bre de formes
simples deviennent p rép o nd éran tes. A un mom ent, les
parois extérieures se décorent — comme on a ciselé l’os
et le bois — do dessins, gravés, ou rehaussés de noir et
blanc, dont le modèle est donné par le décor dos ou­
vrages de vannerie ou la trame des tissus : lignes simples,
triangles, spirales, enro u lem en ts en zig-zag, déroulem ents
de ru b a n s et mailles de filets, et parfois, au milieu d(^
tout cela, des branches de palm iers et de g ro ssières re p r é ­
sentations de q uadrupèdes. Q uelques-uns de cos vases r e s ­
sem blent à ceux qui étaient en usage, à la même époque, sur
les bords de la m er E gée et q ue nous ont révélés des fouilles
abondantes dans les couches les plus anciennes, « néolithi-
<(ues », de la Crète .509). Les échantillons en sont as.sez
rares ; ce sont de petits vases, oii des lignes tracées en
blanc, su r un fond noir, forment des damiers (black incised
pottery, X agada and B alias, pi. 30; E l A m ra h , p. /i3 ; C a-
I'AKT, p. 104) ; nous pouvons peut-être y ajouter les éciielles
à fond rouge, les cou])es ornem entées de plantes ou de lignes
traeées en blanc {Xagada and B allas, pl. 28, 29; E l A m rah,
LA P L U S A N C IE N N E C IV IL IS A T IO N ---- § 172

pl. 15; C apaht , p. 103). Mais il est encore douteux q u ’on


puisse les oxpli([uer par une importation de lu Crete, quoi-
(|u’il soit [>resqiie certain (pie la navigation sur mer ait été
pratiquée clés ces tem ps trè s anciens. — V ers le milieu de
la période « préhistorique », celte décoration g éom étrique
fait place su r les vases à des dessins, qui em p ru n te n t leurs
motifs soit au régne végétal et animal (rosaces, branches de
palmiers, buissons, troupes d ’oiseaux aquatiques, croco­
diles,hippopotam es, éléphants, girafes, antilopes, autruches)
soit à l’activité liumaine; c’est su rto u t le moiivemenl des
bateaux su r le Nil qui est le thème traité de la façon la plus
vivante. Cette nouvelle mode n ’a pas eu non plus une longue
d u ré e ; vers la fin de cette période, ce sont les vases sim­
ples non décorés, à l’imitation des cruches de pierre. Dans
1(‘ mémo tem ps, un tombeau à Hierakonpolis (pl. 75 sq.)
nous offre pour la prem ière fois des peintures m u rales;
celles-ci rep rod uisen t en grand les scènes qui n ’étaient figu­
rées ju s q u ’ici cjue sur les parois des vases d ’argile.

S ur les tessons (ie poterie néolithique trouvés cm Crète et qui sont


identiques à ceux de l’Égypte, v. p ar exemple Mackknzik, J. Ilell Stud.,
23 (1903), p. 137 et tabl. IV. — Je considère comme un échec com plet
les tentatives toujours renouvelées de P etrik de ram ener les signes
linéaires, q u ’on trouve su r les tessons de poterie égyptienne de tous
les tem ps (période p réhistorique, P®, XII® e t XVIIl® dynasties) à une
sorte d ’alp h ab et prim itif, pour établir un ra p p o rt entre celui-ci et
ré c ritu re Cretoise et p o u r m o n trer que beaucoup de ces signes se sont
conservés dans l’alp h ab et u ltérie u r usité en Carie, en Espagne et en
Libye. {Katuin, Gurob and Ilawara, pl. 27 ; lUahuii, pl. 16 ; Naqadu,
p. 44; Royal Tombs, l, p. 31 sq ., etc. ; voir aussi C a f a u t , |). 141 sq., et
au contraire, W kill, Rev. Arch., 1903, I, 213 cf. sq.). II s’agit là bien
p lu tô t de m arques de fabrique ; cf. D a u e s s y , Ann. du senvicc, VI, 103 ;
voir .lüNAEU, Grabuiujen at f f dent F riedhof iu Turah (Deutsch. W ien.
Ak., 35,1912, p. 44 s q .).— C’est à M. Buuchaudt que je dois l’e.xpUcation
concernant les poteries exposées an feu pour les ren d re rouges au bord
inférieur e t noires au bord supérieur. Cf. aussi v. B issing, Prachisfo-
riche Töpfe aas Indien und ans Aeijyjden, Ber. Müncli Ak., 1911, 7 ; voir
spécialem ent p. 10 sq., le très instructif article de Jagor sur la ma-
com m encem ents de la c iv il is a t io n

ilière d ont on fabrique ces pots dans l’Inde. — Celte poterie primitive,
de inOnie que la form e de la tom be prim itive, se rencontre parm i le
bas peuple en Hante-Kgypte ju sq u e sous le Moyen Kmpire, et on Nubie
(avec des vnrii'lés localesqui se développent depuis rA ncicn Empire}
pai'lout ju sq u e sous le Nouvel Em pire ; on la retrouve aussi dans les
nom breuses lom bes que les Aniflais dési^^ient sous le nom do « pan-
graves »; v o irie s m atériaux rassem blés par Wmoxt.i., o/
Lower .\nl>ki, 1907, et R kism;u, Arrheol. Surrey lOS n.) ; en outre, v.
G xustaxî; et scs fouilles à Kostam nc et aussi Ann. ilu serv., V lll, 132
sq. NVi:ir.vu. atlrib u c ces lom bes, sans aucune raison sérieuse, aux
m ercenaires nubiens qui élaienl nom breux en E gypte; sans doute
celle m atière et celte form e de tom be étaient-ils aussi en usage chez
eux, comme chez les pauvres parm i les Egyptiens. De même, les d es­
sins de girafes, éléphants, hom m es et barques, etc., qu'on trouve su r
les j)arois de. j-ochers en Nubie et qui .sont de style archaïque (\Vm-
(;vi.>,, pl. 33, 1 ; 37, 38, 30, 27, 67, 75) n’appartiennent q u ’en partie à la
période préh isto riq u e : la p lu p art de ces dessins ainsi <pie les ins­
criptions qui les accom pagnent, provienn<*nl de. la V® dynastie et dn
.>Ioyen Em pire, même j)arfois <lu Nouvel Em pire, p ar exem ple les
chevaux, pi. 37, 9.

173. A travers ce (lével()))p(*niciil artistique, nous pouvon


suivi ‘0 une leiidance particulière (|iii est resté«* durable et
])ropre i\ ta culture (igyplieniie : pour l’hoiiime du commun,
on ne fabrique plus que des articles à l»oii iiiarclié, d ’uii art
médiocre et pauvre, et si la iiiaiu-d’ceiivre et le goût artis­
tique vont en se perfectionnant, c’e s l a u bénéfice des grands
seigneurs et surtout du roi, de ses f«.‘mmes et de sa moisoii.
Alors le sens artistique, servi pai- une tecÎmi([ue aocoiii-
plie, ci ee un style plein d ’émotion «*t de finesse et un lan ­
gage bien défini pour l’expression esthétique. C ’est pour-
«luoi, à tont(*s les époques, nous trouvons «*ii Kgypte col«*
à côte des formes qui, au |)rcmi«*r coup «l’œil, S(*mble-
raient apjiaitenir à des tem ps absolum ent différents. Ce
n ’est que peu à peu «(ue les produclions réservées à l’élite
«il, en meme leinj)s, Ic s id é c s q u ’elles rep résen ten t, pénètrent
dans la niasse et deviennent le bien commun de tout le
peuple, tandis que des formes nouvelles sont adoptées à ce
P L U S AN CIE NNE CIVILIS ATIO N — Ü 174

luonieiit-là pai’ les liaules classes. Puis, à m esure que la


culture progresse, l’esp rit conservateur qui est in h éren t à
toute culture, se développe de plus en plus ; on garde avec
ténacité les formes une fois acquises et les idées qui les ont
produites. L’incohérence des formes et du style décoratif
pendant la période qui précède Menes et ses prem iers s u c ­
cesseurs, prouve les tâtonnements d ’une civilisation en voie
de d evenir; mais ensuite les formes se fi.xent ; il naît un
sens du style qui se précise et ne laisse plus place à l’hésita­
tion ; désormais on ne fera plus que modifier les résultats
acquis, sans ch an g er les principes adoptés une (ois pour
toutes pour l’avenir. De mêm e, la perfection du style à l’âge
de pierre, et la lenteur avec laquelle l’emploi du cuivre et la
technique du métal out gagné du terrain, sont des particu­
larités nettem ent é g y p tie n n e s . Souvent celte té n a c ité ,
comme une arm ure magique, a jirolégé la culture égyp­
tienne, l’a empêchée à plusieurs reprises de retom ber dans
la barbarie ; mais nous lui devons aussi la lo urdeur et l’uni-
forinité et cette prépondérance de l’élém ent traditionnel,
qui dominent l’art égyptien. Ce n ’cst q u ’en s ’adaptant aux
formes établies que les idées nouvelles pourront faire
leur cliemin, transform er lentem ent les conceptions an­
ciennes et o uvrir au progrès de nouvelles voies.

174. Kn dehors de l ’asjiect extérieur d e là vie, nous ap p re


nons par les fouilles le développement de l’industrie.
Mais la masse du peuple vivait des travaux agricoles, du
labourage, de l’élevage. Outre les immenses troupeaux
de chèvres et de brebis, (pie possède également le nomade
— ils étaient beaucoup jilus noiiibreiix qu'à |)ié.sent et pou­
vaient [laîtrc dans des régions aujourd’hui recouvertes par
le d ésert — les Egyptiens élevaient des oies et antres
oiseaux aquatiques, des ânes qui servaient de monture et
de bêtes de somme (le cheval étant encore inconnu); mais
le principal élevage était celui du bieuf, le facteur par ex-
COMMENCEMENTS D E I A CIVILISATION

cellence de la civilisation et qui a (ait des Kgyptiens an


peuple de jiaysans. li’agi-iciiltiue se présente déjà à nous
sous la forme q u ’elle a revêtue dans la vallée du Nil et
q u ’elle y a gardée, dans ses traits essentiels, ju s q u ’au dix-
neuvième siècle après J.-('i. On travaille le sol avec la pioche
ou bien une charrue ru dim entaire, qui est plutôt un hoyau
de bois sans roues, avec un timon tiré par deux bœufs, et
que le laboureur dirige par les poignées. On cultive le fro­
ment, en particulier l’espèce ajipelée trilicum amyleiim,
l’orge, l’épeaiitie, le d ou rah; c’est tout de suite après l’inon­
dation que l’on jette la semonce dans le sol ram olli; on l ’y
enfonce, en la taisant piétiner par des béliers ou des porcs;
le grain est battu dans l’aire sous les pieds des bœufs et
ensuite conservé dans des g ren iers coni([iies, construits en
argile, ou bien dans de g ran d s vases en terre. On brasse
l’orge pour en faire de la bière, on fait aussi du v in ; on
cultive encore le dattier et maints légum es. De bonne
heure, on a su cultiver et travailler le lin pour en faire de la
toile et tre sse r des cordes et des nattes avec les tiges de
papyrus. On se livre avec ard eu r à la pêche, on sait
attraper les oiseaux, faire la chasse au gibier, fort abon­
dant sur la lisière du désert, et aux fauves, dont on utilise
la peau pou r des couverliires et des vêtements.

S ur l'ag ricu ltu re, cl’. K u m a n , Acijypten, 366 sq. et II. S c u a i t -k u , Altaeij.
PJlüge, Joche ii. andre iandirirÎHchaftliche Geräte, Annals o f the' British
School at Athens, X, 190t (tom beaux des p rêtres dans le tem ple funé­
raire de .Neiiserre, p. 165 sq, ; ihid., ji. 132 sq., S c i o v e i m t im i, parle
des jilanlos qui nous sont parvenues). P our la bière el le Trilicum
amyleum, v. g âOÜ n.

175. Il est à peu près hors de doute que, dès les tem ps les
plus reculés, les Égyptiens étaient en majorité des paysans
qui n ’étaient ni libres, ni p ropriétaires du sol. La plupart
étaient des domestiques au service des g ran d s seigneurs et
en particulier des chefs (les rois), et c’était pour leurs mai-
I.A P L U S A N C IE N N K C IV IL IS A T IO N ---- S 173

très qu'ils cultivaient les champs et faisaient paître les tro u ­


peaux. L’industrie même était souvent aux mains des
serfs, quoiqu’il y ait toujours eu dans les villes une popula­
tion libre exerçant les divers métiers et le commerce. — Un
trafic anim é relie les localités séparées ; il se pratique le
long des digues (§ 168), où l ’on se sert d’un traîneau poul­
ie transp ort des m atières lourdes, telles que briques et
pierres, mais su rto u t s u r le fleuve et les innom brables bras
et canaux qui en dérivent. Le modèle de barque le plus
ancien, que l’on trouve rep rod u it eu ai gile parmi les acces­
soires des tombeaux (§ 170), consiste mi tiges de papyrus
liées entre elles et se manœuvre à l’aide de ram es ou de
perches ; on retrouve le même type de nos jou rs en Abys­
sinie, aux bords du lac Tsana. De bonne h eure, on su t cons­
tru ire également des bateaux plus grands, en bois, à fond
complètement plat et à poupe relevée verticalement, q u ’on
tirait à terre et lançait à l’eau avec facilité. Ces barques
sont luaiiœuvrées à l’aide de rames nom breuses et courtes
et de deux rames plus longues qui servent de gouvernail;
au centre, s ’élèvent doux hautes cabines, l’uno pour les
passagers, l’autre pour les marchandises. Elles sont su r­
montées d ’une longue perclie, qui peut servir aussi de mât
à voile et qui porte une enseigne héraldique ; nous y d istin­
guons tantôt un éléphant ou un laucon, le plus souvent un
morceau de bois taillé d ’une série d ’encoches, analogues à
nos marques de maisons, ou aux m arques de propriétaii e
en usage chez les Bédouins; cet insigne est consolidé au
moyen de bandes qui pendent comme des banderoles. Les
peiiitiii-es sur vases et celles de la tom be d ’Hierakonpolis
(§ 172) reproduisent souvent des barques de ce g en re; elles
servent au ])roprictaire du sol pour li'ausporter au marché
les produits de ses champs et de l’industrie locale, et ce
sont ses domestiques qui forment l’équipage. Le trafic par
eau s ’étendait très probableiiiciil au delà de la m er Médi-
tci-rauéo (cfü 172). et il se pratiipia de tout temps avec la
74 C O M M EN C EM EN TS D E LA C IV IL IS A T IO N

basse Nubie, où les fouilles dans les tombeaux nous ont


révélé une civilisation analogue,(|uoif|ue moins développée.
On exploitait les mines de cuivre et de turq uo ise de la
péninsule du Siiiaï (§ 171), et le comm erce avec les pays do
Syrie so faisait par l’interm édiaire des caravane.s de llé-
douins.

liarques et pavillons : Nnqnda am i liaUus, \y\. ÜG-Ql ; IHoipulU parvit,


pl. A. Hiertilconpoli.-i, \)\. Itt sq. et ailleu rs; C xpvht, p. 109, IIG, ÜOt.
liarques à voiles: (iralTilis de Sali er liip-OI, uk Moituxv, t/eWi., I, IGt.

Les y ornes, étals iiulépeiiflanls,el les D ieu x des Nomes.

176. ba prem ière manifestation bistorique du peuple égy


tien, la ])liis durable aussi, c’est-à-dire la mise en eiilliirede
la vallée du Nil, est antérieure aux plus ancie nnes tr a d i­
tions de l ’histoire ; elle fut l ’œuvre de ces g énérations dont
nous avons appris l’existence p a rle u rs tombeaux. C’est àcette
époque que s ’ébauchent les fo ndem ents de l’état égyptien.
Nous avons déjà montré combien la vallée du Nil était iin-
p ro p r e à la colonisation isolée età la vie par tribu s séparées,
mais posait au contraire des p roblèm es qui ont suscité
de nouvelles formes d ’organisation sociale. C’est jiourquoi
nous ne trouvons en Kgypte aucune trace d e e e s gro upem ents
liumains que nous rencontrons partout ailleurs nu début des
sociétés et qui sont restés en usage chez les autres peuples
hamitiqiies : nous n’y voyons ni tribu s {Sinui/iie), ni môme des
noms de tribus — d ’ailleurs les Egyptiens n ’ont môme pas
un nom pour d ésign er l’ensem ble de leu r peuple (§ 164'
— nous ne trouvons ni alliances de familles (1), ni vengeance
du sang(2), ni culte de clan (31. La vieille organisation ma­

il) GeschlechUverbünde.
(2) Pdülrache.
CL Gesrhlcehlstintle.
L E S N O M E S , É TA TS IN D É P E N D A N T S , E T L E U R S D IEU X — § 176

Iri.TTcale (§ 167) continue, il est vrai, à subsister dans l’usage


très fréquent du mariage entre frère et sœ ur, et aussi
dans l ’usage d ’indiquer la filiation du côté de la m ère; la
femme mariée occupe eu tant que « maîtresse d ’une mai­
son Il une situation très indépendante et, au point de vue
ju ridique, son droit de propriété est égal à celui de son
époux ; niais le mariage (exception faite pour le souverain)
est toujoui's monogam e et la m ajeure partie de la fortune,
du moins aux tem ps historiques, appartient, dans les grandes
familles, aux hom m es; ceux-ci la transm ettent à leurs fils,
qui hériten t on même tem ps de leur position sociale. Si an ­
tique que soit la civilisation égyptienne et si primitive que
nous la sentions parfois, su rtou t dans le domaine de la r e ­
ligion, elle est déjà loin de ses origines, niêiiie lorsiiu’elle
a encore son aspect le plus ancien ; comme les civilisations de
Chine, de Bahylone et même du Mexique, nous l’apercevons
à un stade qui a dépassé de beaucoup les toutes prem ieres
formes des g ro u pem ents humains. L’Iigypte nous offre
d ’une part un état puissant, fortement ordonné et fondé sur
la religion ; d’autre part, ni gro upem ents ni clans, mais des
individus divisés en classes par leur profession et le u r posi­
tion sociale. Ces classes elles-mêmes ne ressem blent pas à
des corporations indépendantes ayant des privilèges spé­
ciaux, et les familles non plus n ’ont pas ce caractère, quoi­
q u ’on les voie conserver pendant des siècles leurs richesses
et leur rang. Les noms de famille m anquent totalem ent, les
ancêtres ne sont jamais nommés dans les inscriptions (sauf
pour les familles féodales depuis la fin de l’Ancien E m pire);
même le nom du père ii’est cité que rarement. La profession
est, en général, héréditaire, et, vu le caractère (jtable de la
société, il s’ofTre peu d ’occasions d ’en c h a n g e r; mais l’homme
qui, par son p ropre mérite, par chance, ou par la faveur du
souverain, arrive à s’élever au-dessus de la condition où il est
né, celui-là peut gravir ju s q u ’aux plus hautes fonctions de
l’échelle sociale. L’unique division que connaisse l’état égyp-
C OM M ENCEM ENTS D E 1.A C IV IL IS A T IO N

tien est purem ent teiritoi iale; ce n ’est pas le peuple qui est
divisé par groupes, c ’est le pays qui est sectionné en dis­
tricts (nomes) : par la naissance, l’Kgyptieii se rattache à
i< sa ville )),à son nome d ’origine, et par là aussi à la région
d ’influence du dieu de son pays.

On ne saurait assez in sister et m ettre les gens en garde contre le


danger q u ’il y a à tran sp o rter en Égypte les conceptions so rte s grou­
pem ents, clans, etc. (facteurs constam m ent mis en avant par exem ple
par R kitzkxsteix, Zwei rrligioiixiir^ichichl. Fnujen (§ 167 n.) ; on confond
le fait de ta profession liéréditaire avec le groupem ent par familles.
Celui-ci, dans l’Égypte la plus ancienne, y est aussi inconnu qu'il
l’est chez les Juifs de la basse époque, où cependant le sacerdoce a
continué d ’être une profession héréditaire. Én ligypte, la noblesse
héréditaire que nous voyons aux tem ps féodaux n'est pas une in stitu ­
tion prim itive, m ais elle est so rtie vers la lin de l’Ancien E m pire, de
la classe des fonctionnaires que créa la m onarchie alisolne. (Cf. ’J bî
et !j 213 n.)

177. \ l’époque historique, les nomes (égyptien (i.syi, gre


vopôî) ne sont point des organismes politiques indépendants,
mais des districts administratifs. En réalité, ils ont une si­
gnification beaucoup plus large : ce sont des unités locales;
chacune s ’est séparée des unités voisines par la religion, les
meeurs, un développement historique particulier, et a con­
servé ce caractère d ’une façon accusée et durable. Elles se
sont gardées vivantes à travers toutes les transforinatioiis
de l’histoire égyptienne, et chaque fois que le pouvoir cen­
tral de l'état s’affaiblit, le royaume retombe à sa division par
districts. Chaque nome a son dieu [larticiilier ()iii réside
dans la capitale, et les g ro upeiuents autour des sanctuaires
ont formé les villes; le nom du nome s’écrit avec d’antiques
signes symboliques dont la signification est en partie reli­
gieuse, et, supporté par des enseignes, il sert d ’arm oiries
au nome. Celui-ci se subdivise à son to u r en sections; par
exenijile, s’il s’étend sur les doux rives du fleuve, il comprend
une partie orientale et une partie occidentale; ou bien, il y
LES N O M E S , ÉTA TS IN D É P E N D A N T S , E T L E U R S DIEUX — ^ 177 77

a une |)ai’lie sud ot uiic |)iii ü e nord, i|ui soûl sé|)aiùes ]>ar
un canal. Ces subdivisions, à leur tour, possèdent leurs éten ­
dards, autour desquels se rassenibleiit — comme nous le
voyons dans les scènes gravées sur les anciennes paleUes
et les monum ents royaux — les liomnies qui |)arlent pour la
guerre, qui vont chasser le lion ou les bêles fauves, ou qui
se rendent à la fête du dieu (alors a|)pai aisseiil aussi les en­
seignes de certains dieux, en |)arliculier du dieu g u errier
Üupouaout, § 107). Les conceptions religieuses fondamentales
sont les memes dans toute l’Egypte, mais les divinités (1) et
leurs emblèmes, leui s noms et leui s attributs, les animaux
sacrés, les l'êtes et les interdictions alimentaires, varient
avec chaque iioiue; il y a autant de religions q u’il y a de
nomes ot de villes dans le nome ; ces religions cnti eliennenl
souvent des ra|)ports d’amitié (àcaiise defèlesq iii sont com ­
munes et des visites réciproques q u ’échangent les dieux),
mais parfois aussi elles se trouvent en état <rhostililé aiguë ;
même à l’époque de la domination romaine, il y avait île
véritables gu erres de religion en tre nomes voisins. Ces
nomes d’Egypte étaient en relation si étroite avec la religion
populaire que la chute de celle-ci a entraîné la chute de
ceux-là; fit la victoire du christianisme redisparail la divi­
sion du pays eu nomes. Le dieu iirinoipal du nome s’annexe
souvent plusieurs dieux [larèdres, on particulier, une femme
et un e n fa n t; souvent il absorbe aussi d’autres sanctuaires
et divinités situés dans les villes moins importantes de la
région. Ainsi les nomes ont été les cellules primitives d ’où
sont sortis les états plus grands ; ils correspondent au.x cités
de l’ancienne Babylonie, qui formaientà elles seules des étals
distincts, et aux agglomérations des tribus, chez-les peuples
qui sont encore au début de la civilis,Ttion. 11 faut ad ­
m ettre riiypolhèse, que dans des tem ps très anciens |ilu-

(1) Dans te cas oi’i le miimc dieu est adoré en plusieurs nomes, le peuple
de cliaque nome reconnaît en lui un dieu spécial « Seigneur de sa ville et
.e son nome » ; la même chose se pusse pour les saint.s catliolîques.
C O M M EN C EM EN TS D E LA C IV IL IS A T IO N

sieurs tribus proclies pimuites pénétrèrent dans la vallée


du Nil et s'installèrent dans les diverses régions du pays,
soit sous la protection de leurs divinités ancestrales, soit
on adoptant les nouvelles divinités do. leu r lieu (rélectioii.
Mais il fallut en outre rinterv e n lion d ’autres facteurs h is­
toriques : gu erres et migrations, con<iuôlos et dissolution
d ’étals plus im portants, pour donner naissance aux nomes
parliciili(‘rs.

t ’.cliii qui a fonde la g éographie de l’Égypte est Ih u e su i, (ieojjni-


lihisrhe InsrliriJÎni ofhtr<i. henknuVn’, vol., 1857, rem aniées dans son
IHclionnaire géograjthiquc de t'anr. Égyph% l87î)(voir encore J. de Hocoé,
Her. nrrhéot., 2 sér.,X l sq., et, su r les m onnaies des nom es à l’époque
rom aine, Hev. numisnmli<pie, XIV ; DilMicnr.N, Cieographisrhe hr^chrifietiy
2 vol. e t Vllisioire iVÉtjyple de la collection de O nokkn). Vue d’en­
sem ble ap. Iluür.scii, Oie \cijyploUujit\ 410 sq. Le guide llaedeker
pour l’Kgypte, parSiKiNoom r, co n tient aussi de précieuses indications.
A p artir de T houlm osis III, les inscriptions «les tem ples nous ont
conservé en g ran d nom bre des listes de nom es, auxquelles il faut
a jo u te r les indications fournies ailleurs par d 'an tres inscriptions, ainsi
que par S lrabon et Ptolém ée. (Avant T hontm osis III, quelques nom s
de la liste des nom es so n t conservés dans le sanctuaire de Uc' de
N ew eserré' cl nous voyons q u atre dieux personnifiant (pialre nom es
dans les bas-reliefs du tem ple fu n éraire de ^Mykcrinos). Au cours des
tem ps les divisions parliculièrescics nom es se sont modifiées. T ous ceux
de la Haute-Kgyple so n t au jo iin l’hui rceoiiniis (certains détails, par
exemple, où était situé le douzièm e nom e, celui du m ont-serpent, llié-
rakonpoU s,prèsde lie r cl-Gebra\vi, o nt été ll.xés après Brugsch) ; pour
les nomes du D elta, beaucou[> de détails resten t m alheureusem ent en­
core problém atiques. Une carte h istorique de l’Égypte dressée avec
précision nous fait encore co m plèleiiienldefaut ; celle q u'a donnée
Buecscudans son Histoire n 'est plus suffisante ; on trouvera les caries de
ijuelqiies nom es dans D ümichk.v, et dans M K^puno,
les plus instructives so n t encore les cartes de Uvi-a»KKKH. SrsiNuoiiKr
vient d ’au g m en ter considérablem ent nos inforniatious en publiant : üic
.'ffjyptisrhe ütiiir iind ihre politische EniwichcUnuj, Abli. s<tchs. (ies. phil.
Cl., 27,1909, 863 sq. Il rem arq u e avec raison que les signes desnonies
lie so n t pas des arm oiries, ce qui était mon avis, mais leurs noms
mêmes écrits ; ils étaient souvent dérivés du nom local prim itif comme
plus lard les nom s grecs des nom es (toutefois, je conserve la déno-
L E S N O M ES, ÉTATS lN D É I‘ E N n A N T S , E T L E U R S D IEU X — § 178

ininalioii traditionnelle des nom es d 'ap rès leurs em blèm es, parce
qu’elle est pratiq u e pour l usage courant). C’est à to rt cependaiil que
SteindorlT reg ard e les nom es com m e étan t exclusivem ent des districts
adm inistratifs ; eu d ép it des changem ents qu’ils ont subis, ils ont
gardé, ceux du m oins qui étaient les plus iinporlants, une cxisltMice
indépendante, qui se concentre a u to u r de leur dieu et de leu r capi­
tale. C’est pourquoi je n’ai rien changé dans le développem ent dos
paragraphes qui vont suivre. — S u r la rivalité des nom es e t des cultes,
voir : H kuoi), 11, 69,71 ;1) iod. , 1, 89. Pi.uT.,/)f/*•., 71 : g uerres religieuses
à l'époque rom aine, ap. P i.lt., Ue Is., 82 ; cf. Aci.i \ n, llist. an., XI, 27) ;
.I l v k n a i ,, Soi. 15 (cf. § 181 n.). — Les enseignes que nous voyons su r
les jialcttes po rtées p a r les g u erriers p arlan t p o u r la chasse, celles qui
sont gravées su r la p alette du taureau, e t sur la palette et le sceptre
de Narm er, etc., so n t n ellem en t des enseignes de nom es, tout^uu
moins en partie ; il en est de même s u r lu palette représentant la
destruction de quelques villes 201); les enseignes de l’est e t do
l’ouest, qui ap paraissent aussi h cette occasion, répondent bien à la
division en nom es qui nous est fournie p a r T hoiithotcp (Berse); voir
282. Plusieurs nom es de la IV* dynastie sont m entionnés ap. S e t iii :,
Urk. d. il., p. 17 (L D., 11. 15 a) ; d ’au tres sont cités dans la tom be do
iMeten et aillcu rs\v . ^ 243 n.) e t enfin <lans le décret de Xeferkeouhor
267 n.).

178. il est certaiuem eiil iuipossiblo (rad m ettre <jue le


nomes cités ordinairement dans les listes, 22 pour la Haule-
Kgypte et 20 pour la Basse-Egypte, aient formé autrefois au­
tant d’états auto n o m es; j>lusieurs, au contraire, furent créés
uniq uem ent pour des besoins aduiiiiistratifs. C'est ainsi
par exemple, que le nome du Sycomore, en llautc-Égypte, fut
divisé eu deux parties : une antérieure, une postérieui-e
( 1 3 = Siout, 14 = Keusae) ; de mêm e, le nome du Palm ier
comprend deux régions (^20= llerakléopolis, 21 =N ilo p o lis),
et il en est souvent ainsi dans le Delta. Pour établir avec
clarté ce q u ’étaient les limites anciennes des nomes et les
chevauchements q u ’ils ont subis, il faudrait tout d ’abord
[)ioccder à des investigations sérieuses s u r les commence­
ments de la religion égyj)tienne, sur le lieu d'origine des
dieux principaux et su r leur diffusion; les documents se p ré ­
sen ten t en abondance su r ce süjet, excepté pour le Delta où
C O .\l> tE N C t;M E M S D E LA C IV ILISA TIO N

la jicniiric îles reiiseigiiemeiils se fait (louloiiTeusemoiit


sentii'. Kn r é l i i l actuel dos reclierches, nous devons nous
contenter de Inèves indications. .\ l'onest du Delta, dans les
nomes 'i et on adoi'e partont lagi’an ded éesse g u erriêie Xeit
de Sais It l 7 d o n t le culte s'est l'■tendn à tonte I'ligypte dès le
temps de la preinièredynastie. l’iiis au nord, dans le n o n ie d u
Harpon, ipii englobe le lac Honrlous et sa population de pê-
eb enrs,et dont la capitale est Itoute Tep), réside le serpent ve-
nitnenx, r u n e n s ttuazil Uontoj lU8b Vers l'est, nous a rr i­
vons à Te let (.Mendes,, i[iii est le domaine d ’n n dieu bouc, et ,an
sud de cette région, se (ilace Telon ; linsiris’i, le lieu d d i iginc
du grand dieu de la végétation Osiris, premier-né dn dieu de
la terre G êb ; il habite dans les profondeurs dn sol et eu fait
jaillir les plantes, et les aibres, par lesquels son âme se ma­
nifeste à la lum ière. .Son fétiche est ici, comme dans les cultes
analogues de IbAsie-inineure un tronc d’arh ie hrancliu,
comme un màt où les théologiens voient l’épine dorsale
du dieu ; chaque année le fétiche est érigé en grande pompe,
car c’est le garant de la stahililé éternelle de l’univers.
Dorsqne les flots de Tiiioiidalioii recouvrent le pays, c ’est
([uo le dieu se noie; mais ses fem mes, Isis et Nephlhys, sa u ­
vent son cadavre, qui s’éveille à une vie nouvelle par l’eUet
lie la magie et parce ipie son père, le dieu de la terre, en a
ordonné ain s i; désormais, il stimulera du fond de sa tombe
la croissance et la fertilité des plantes. C.es péripéties sont
reproduites dans les céréiiioiiies du culte, aux fêtes d’Osiris,
eu parliculier lors de la procession funèbre qui commémori;
sou tré[ias. D’après le mythe osiricii, on raconte q u ’Osiris
régna autrefois su r la terre et y répandit .ses hienfaits ; mais
il fut assassiné par son frère, le méchant Sélh (Setccli! et,
depuis lors sa demeure <“st la tombe ; toutefois, ce ilieu mort
(I dont le cieiir ne bat plus », |ieut être rauiiné par la magie
cl doué de puissance génératrice. 11 a engendré avec la déesse
du ciel Isis un fils, llorus ; pour le dérober aux persécutions
de son oncle, la m è r e s’est enfuie avec l’enfant dans les ma-
L E S N O M E S , Ê tA T S IN b E P E l^ D A N T S , È T L É U n ë D IE U X — § 1 7 8 81

l’écages qui sont à I’od rsl dli délia, veH Houtü. Parvenu à
l'iïgi' (l’iiomme. Homs voiigen son- pei-e el reconquii son
royaume, grâce à la protection d(‘ son g ran d -p ère Gèl», qui
l’insiiUia son liéiilier. Gel Horns a sa jiatrio dans plusieurs
localités du delta. A Houto, on adore surtout l’Horns enfant
Harpocrate''; au sud de la fourchedu Nil, à Sochem (Letopo-
Iis), il est)>lut6t conniisous sa foriucadultc, « Morns Paîné »
Harouoris , frère d ’Osiris el <l<*Sèlh. A lafronlière orientale,
dans le district de Pliakousa (aujoUnl’hui Safl-el-Henne,
20'* nome, Arabie = (îoseii,â l’elitrée de Wâdi Tniiiilât), oh a
identifié à la basse épotpie le dieu-faiicon de la localité, Soploti.
le seigneur des peuples étrangers do Test, avec lloi'us.

Notre coiinaissaiioe de l.t religion égyptienne e t de son Iiistoiie a


fait de notables p ro g rès grâce à Maspkuo, ÉUules dr mylb. et iVarchéôt.
é'/y*» ill el plus lard, les reclierclies nolivclles onl tou­
jo u rs coniînné que les dieux principaux des systèm es postérieurs étaient
pour la plu p art originaires du d ella ;eela csl vrai su rto u t pour Osiris et
son cycle. On ti'ouvera d an s le Î,e.rieon der grierhi^irhen und rdmis-
rhen MyHi'oIofjin de Hosciikh des articles délaillés et îiislrnclifs de
Rqkdei» su r les rlleux, à i)ürtir de la lettre S, et, en phriicniier, sur
Sel, Schow et Sobk. .Ii nki;u d an s son niéinoire Der \n^:inj der llallmr-
Tefnul nus yufdeii, W>/i. Zi/'/*/ t/i, 1911, a tiré des textes plolénialipies el
rassem blé les légendes se rap p o rlanl à rexpé<lilion pour ram ener la
grande déesse, qui est identitiée â l’onl du soleil ;.SKTHKa fait la critique
des textes analogues dans : Zur nllneg. Sage rom Souuennuge, dns in der
Fremde war, Unlers.:urGesch. tey.,V , 1912. — Hibliograpliie Continuée au
g 182 n.). .Sur le caractère d ’Osiris, voir 11. Scn\i;n;n, A. 41, 107
aussi, i)arexeinpl<‘, le texte publié p a r Krmaii d ./ .,3 8 , 30sq .); on sait
que le m ythe d'O siris, sous sa form e développée', nous csl connu sur­
tout p ar Plutarque,/>e !stde. —T rès in slru rtiv c est l’édition critique, par
d ’un texte théologi<|u<* su r Plali (g 272) Fin Uènfanal mem-
fdiHiscber Théologie, paru ap. lier, Berl. Ak. 1911, iM6 sq., qui cdntieiii
la version la plus anciene «lu m ythe d’OsirÎS e t raconté qu’O slris périt
dans l’eau. De là se form a plus tard la légende que le Cercueil OU le
cadavre d ’Osiris se p erd iren t on m er et furent rejetés à BybJos (§ 357).
Osiris, à l’origine, n’est pas d avantage un dieu solaire qu’un Dieu du
Nil, m ais il est, com m e le Plulon grec, un dieu qui préside h la ger-
m inalion m ystérieuse de la terre et d o n t les fo n d io n s se rapprochent
II. 6
CO M M EN C EM EN TS D E LA C IV IL IS A T IO N

(le celles de son père Gêb. A l’oiigine, il ii'a lien à voir non pins
avec (1 l’Occident » ; il n ’est devenu le « souverain de l’Occidciit » que
lo rsqu’on l’a com paré, vers la fin de la IV“ dynastie, avec le dieu chien
(llionti am ention d’Abydos ; voir mon étude dans A. /.,4 l,i9 0 î,9 7 sq-
.Mentionnons aussi F ha/.kh ip ii,d an s \flttnU Atli< fhiris, 9“ édition 1907,
s'occupe su rto u t de la form e la pins récente du culte d ’Osiris et en
donne une in terp retatio n tout à fait ju ste.

179. Ileancoup d ’autres divinités qui jo u e n t uii rùle dans


la religion égyptienne ont eu leu r herceau dans le delta.
Ainsi : le dion ibis l'hout iX/ionli, plus tard Thonli, grec
Hernies ; il y a den.x Herinopolis, r u n e au nord-ouest,
l’autre au nord-est du deltai ; noua rencontrerons encore ce
dieu dans la Haute-ligypte ; tel encore le dieu crocodile
Sobek (Sûclios), ipii est adore notainuient dans les marécages
de l’ouest et qui, à cause de cela, est appelé par les plus
anciens théologiens, lils de Xeit (Oiinris, 1, l>27). Très répan­
dus sont les dieux lions ; apparennuent il dut y avoir aux
tem ps anciens beaucoup de lions dans les ju n g les du delta ;
citons Sow (Sosis) qui commande an royaume de l’air, et sou
épouse Tefêuet, probablement originaire de Leontopolis ;
puis, la sanguinaiie .Secliinet, (|ui est adoret; dans la région
de Memphis et aussi ailleurs. C’est, au contraire, une déesse
bienfaisante que la déesse-chatte Hastet à Hubaslis au sud-
ouest (leBusiris) dont les fêles sont de joyeuses orgies. On
adore égaleinentdans le delta des vaches et des tan Lcaux (|ui
sem blent avoir ébi souvent les enibh'Miies des nomes. Mais
c’est Atonuiou. le dieu local de la ville d'Onoii, Heliopolis à
l’entrée du delta et à la lisière du d ésert oriental (pii sembh^
avoir conquis jiliis d ’importance (|iie tous les antrcis. Nous
ne savons rieii su r son caractère à l’origine, car les priUres
ro n tassiin ilé de très bonne h eure an dieu du soleil lié', le
souverain du monde.

ISO. En am ont du delta, dans la région i|ui devint plustai-d


Memphis, nous trouvons installés côl(> à côte plusieurs
I.E S N O M E S , ÉTATS IN n É P E N D A N T S , ET L E U R S D IE U X ---- §180

(lieux loe.iulx : Sokai', <( celui de ToiK'nt », l'tuh, ;uix(|uels


il finit iijoiiler le Ixeiif Apis ; leiii- iinpoi tiiiice ne s'iieCTUt que
li)TS(iue Meinpliis devint la capitale tlii royannie (^'210}. Kn
remontant le fleuve, nous trouvons sur la rive droite le
sanetuaire d’nno vache (l’Apliioditopolis inférieure, aujour­
d ’hui Atfih, 22” nome , (|u’on identifia a\e c la déesse du ciel
llatluir, et à l’ouest, dans le nome du palmier (20,21),
le sanctuaire d ’Heracleopolis (Henensou, plus lard Ahn.'is)
qui appartient au dieu bélier Hersef (celui qui est su r son
laeiA. Dans l ’oasis du Fayoum, qui fut de bonne heure oecupée
pai' les Egyptiens, et qui avait pour capitale Setet, (Kroko-
dilopolis), on adorele dieu crocodile Sobek (§179) qui possède
également un autre grand sanctuaire à Ombos, au-dessous
de la prem ière cataracte, lin amont du Fayoum, s’étend uiuî
grande région (pii va d e là vallée au pied des collines o rien ­
tales voisines du fleuve ; elle embrassait les nomes de Scpa
'18, Hippouon), de Ixynopolis (17) et du mont Serpent (12 IJio-
rakoupolis) ; c’est là que régnait le dien-chien Annbii,.
Entre les deux derniers nomes s ’intercalaient, à p artir de la
rive gauche, le nome de la chèvre (10, cajiitale Hebenou) et
celui du dieu ibis, Thout (15 Chmounou, auj. E sm ouuein,
Herinopolis’i que nous avons déjà connu dans le delta.
Dans le nome du mont Serpent, ou adore également
une déesse-lionne appelée Metit. Eu face de ce nome, se
placent les deux nomes du .Sycomore avec la grande ville
de Siout (Id, auj. Sioiit, Lyco|)olis). C'est ici la patrie du
dieu-loup que nous a^’ons déjà rencontré (§ 107) sous la forme
du dieu-guerrier Oupouaout, (( celui qui ouvre les chemins » ;
il est aussi adoré plus loin en amont, à Abydos, dans le
nome d cT hin iso u This(8). Lai>roximitédc ces dieux parents,
chien et loup, indique nettem ent l’nnité primitive de cette
région. L ’un et l’autre dieu ne protègent pas seulem ent les
vivants avec lesquels ils vivent en rapport étroit (cf. les g u e r­
riers ceints de peaux de loup, § 107), mais aussi les morts :
Uupouaout ouvre les chemins dans le monde des esprits
C OM M ENCEM ENTS DE LA C IV IL IS A T IO N

et A iluhis accoi-tio ilc lionne s fu n é ra ille s el u n e exisleiicô


llcni-ense d a n s le royauin c de l ’o c cidcnl. N ous i-econnaissoiis
là claiTonieiit la c o n ce p tio n p r im itiv e , ( |u ’api-ès la m o rt, l’es-
p r i t d e r iio in m e va r e jo i n d r e les d ie u x ipii o n t clé ses p r o ­
te c t e u r s s u r te r r e et ipi’il r e v ê t lui-incnie la form e a n im a le
so n s laqné llé les dieux se ré v é le n l aux lioinnies et vivent au
m ilieu d ’eux. C ’est uiie uiiilé du m e m e o e n r e <pie c o n n u t
la ré gion e in b r d s s a n t le t)“ iio m e, celui d é (dliéiiiiliis (PaiiH-
lis ,a u j. Aciim im ' en face iliiiid ln ellb 'riiin is . e l l e hom eéliiitigll
de K optos ( 5 1 . D ans ces d e u x n o m e s , iiit .adoré .Mihim, un dieu
p u is s a n t de la force, g é n é r a lr i c b et d e la fertilité. Son fétiche
lel p a r su i t e le b las o n p ro v in cial du n o m e <le Clieinmis'l
e s t un m orceau d e bois incisé d ’u n e e n c o c b e , sa rê-si-
d e n c e e s l d a n s u n e p i e r r e prilntue, f lam p ice de d e u x c y p rès.
I )e très ancien lies iluages do pierre à Ixoptosiious le repré-
: entent ('S109, fTlt cdiiiliib une idole Colossale avec une télé
bai buo,el un jdiallus t|ii’il éi iée dans l'acted ’aiito-fécoiidrttion ;
les la'présenlations p ostérieures le montrent braudissiihl en
outre un fléau de la main diaiile et coilfé de deiix graiides
plumes. KvidemmenI, il fut à l’origine, ciunnic l’riiiph e lle s
Hermès, un de ces pieux <|u’on éi ige dails le voisinage des
cbamps. Il a poui-proche parent uti autre dieu illiyplmlliqub,
.\iuoii lie'i'iièbes i'4''nome , t|u ’on adore aussi sous la forme
d ’un bélier. Sur la rive gau ehe du Nil, en Ire Koptos et A by dos,
s ’étend le domaine d e là grande d éesse vache Halhôr ilbTeii-
tyrà (Dohdera, iiome 11, 7, cf ^ ISI ) que l ’on regai'ile comme la
déesse du ciel, et, eii amont de l'hèbes, à NeCliab Kilelthva
auj. Kl Kab, nome 3 dem eure une déesse-vautour, deinèiiib
nom que sa ville lüSi, Dans la région froiiliè.re, de libniie
heure colonisée (nome 1 ,S 1(>,5 n.) on adore, outre le cioebdilo
Sobek d’tim bos, déjà meiilionné, le dihii-béliei- ChnOtiinou
Chnoubisi à Klépliantine et les déesséS Satet l't 'Alibuipit
dans les des des calaiaiclos.

fticrm:, üitlcrs., V, 142 s q .,à itio n tré q u e v ro iseilililalilen icu t KnI.ionr


LUS N O M ES, ÉTA TS IN D É P E N D A N T S , ET I.E U R S D IEU X ---- § 181 85

Dnoiiris), qui iqipurait plus Ini'd coiiiiue lu ilicu principal Ou qpunî de


Thiiiis, n'est pus à rorigiiie un tlicu lucid : c'est plutôt nu produit
im porté de In tliéologie (peut-être « celui ipii alla chercher la loin­
taine », c'est-à-(iirc la déesse de ru a i du soleil) et <iui est iiientique
an dieu de ratm o sp h érc So«’, Ji 17!)).

181. l’armj les sanctuaires ilo ces dieux, sont disséniiné


par toute la Uaute-Kgypte ceux de, Sèlli et llorns, qui ont pris
une signification universelle Ici, en llaute-Kgyple,
ces deux dieux n’ont rien à voir à l’origine, avec Osiris et
Isis, mais ils forment un couple de frères ennemis, Sètli
étant le dieu des té nèbres et de la destruction et Horns,
le dieu de la lumière ijui se manifeste parmi les cons­
tellations et vole an ciel sous la forme du faucon dont
les yeux so)it le soleil et la lune. 11 fait éternellem ent la
g uerre à Sêtli, sans que ses continuelles victoires arrivent
jamais à su pprim er l’adversaire. Quand la lune s ’obscurcit, au
« jou r de la détresse », Sêtii arrache l’œil d ’Horus, et celui-ci
les testicules à son adversaire (cf. Plut. île Is-, ; mais
ensuite llorns inflige à Sétli de sanglantes défaites, et
riiqut le dieu-ibis d ’Ilermopolis, qui apparajt ici coipnie le
dieu de la lune, guérit les b lessures et réconcilip les enne-
tuis. -Mors chacun d ’eux s’en va rogner datis son royaunie,
soit q u ’ils se partagent le gonveriiemeiit de l’Iigyple, so itq u e
l’Kgypte échoie à llorps et le désert (le pays rouge) à Sètl).
A ces inythps, dont l’jiistoire sacrée oll're plusieurs variaptes,
se rattachent des traits issus de cpltes locaux (de mèu|e y
trouve-t-on des reflets des mythes dq delta et surto u t des
allusions à llorns de Bouto, qui semble avpir été un fqi|-
cou dès l’origine). Dans ces épisodes, le caractère u n iv er­
sel du mythe s ’oll'ace com p|èlem ci|t d errière les faits parti-
cnlier.s se rapportant aiix puissances divines localisées en
Ici on Ipl lieu. Un fait s'impose avec évidence : c'est que
de très bonne h eure, Sèth a été un dps principaux dieux
adorés daqs la vallée supérieure du j^’il. Sa capitale pst s ur­
tout Opibos, pu face de Koptps, ju ste au milieu entre les
COMMKNCEMKNTS l)E LA C IV IL IS A T IO N

aiitic|ues nécropoles de Negédo el de Itnilas, par conséquent


en plein centre de la jiliis ancienne civilisation égyptienne:
c'est ici qu’il porte le llti o de « Seigneur du pays du sud ».
On l'adore sous la forme d ’un animal faulastiipie plus lard
stylisé ; à l’origine, l’aniinal est en marche, avec une
flèche en guise de <|iieue;. ^VnînEMAN.^ a peut-être raison
(le voir dans cet animal fantastique une reproduction de
l’Okapi, (|iie nous avons découvert dans la région supé­
rieure du Congo, et qui a peut-être existé eu Egypte aux
tem ps anciens. Xons le trouvons en outre dans le iiome de
Seshotep (11" nome), an sud de Sioul, et tout à fait vers le
nord dans le nome de l'O.wiynqiie (l'J'‘ nome'i, où l’animal
sacré qui est adoré est un poisson « an museau pointu »,Ea
capitale d ’Horus est Edfou dans le 12“ n ome, où le faucon est
devenu un dieu solaire et dont le symbole est le disque du
soleil, muni de deux ailes puissantes et d ’uraeus qui retom ­
bent de chaque côté (ç 191), Cha<|ue jo u r il renaît à l’hori/.on
et s ’en gend re à nouveau lui-mème dans le sein de sa sœ ur-
épouse, la vache de Dendera, transformée en déesse du ciel;
celle-ci,par su ite,reço itle nom de l.Iathôr ; « maison d ’Horus »,
Mais la diffusion du culte d ’ilorus est encore plus large.
Non seulement nous le trouvons dans la ville <|ui sera plus
tard la ville royale de Nechen (HieraUoiipolis, cl’, Sj 198) on
face d ’El-lvab, mais aussi dans le iio m ed eK op tos (5» nome)
qui a pour arm oiries deux faucons, et, eu outre, dans le
nome de la montagne du serp en t (12» nome) et dans le
nome de la chèvre (16" nome). 11 faut admettre ici l’intei--
vention des événements politiques. Horus doit sa diffusion
en Haute-Egypte aux conquêtes d e s a d o r a te u rs d ’Horus (|199);
le culte de ce dieu de la liasse-Egypte (de lloiito ?) fut pro
b ab lem ent iin|)orté à celte époque, paice que Horus était le
dieu royal (|u’on identifia ensuite avec le dieu local d ’Edfou.
Des événem ents du même g en re, appartenant .à une époque
encore plus reculée, mais que nous ne saisissons pas exac­
tement, expliqueraient la diffusion du culte de Sèth dans
LA »Kt.lGlON EGYPTIKNNE - • §

l;i riaut(‘-Égv|)tc. Ia‘ caraclcr<‘ de ces dieux a été forlemeiit


altéré par 1(‘ fait (jue les adoi*ateurs d ’IIorus se divisèrent
eji deux rovauines, el c’est alors (|ue les mythes p rirent la
forme que nous huir comiaissoiis plus tard. Peut-être aussi
Pîi!vers(‘ est-il possible : le culte de Séth aurait été importé
dans le delta, où il n ’était connu auparavant que p ar son
rôle dans le mythe d ’Osiris, mais oii il no jouissait d ’aucun
cultiî propre. Ce sont là des ([ucslions que des recherches
approfondies pourraient seules résoudre.

11 est uig en l po u r riiisto irc de la religion égyptiem ie qu’oii nous


présente une analyse critique des inytiies et du culte d’H orus e t de
Séth. M adisserlalion de jeu n esse su r Sel-Typlion (1875) a nalurelleineiit
vieilli et a été dépassée su r [dusieurs points. <Cf. encore § 109.) Con­
sulter dans le Lo.ncon de R oscher Tarlicle de Boeder su r Sel, où des
inatériftux nom breux sont ordonnés avec beaucoup de clarté. —
Loukt dans llorus^lc-foucon, Hall, de Vinsi. fr . d'archéologie nu Cuire,
111, 1903, a dém ontré que Taiiimal d'H orus n’est pas l’épervier, mais le
faucon. — l.e culte de Sétli à T anis, e t à Avaris n’a été fondé qu’au
tem ps des Hyksos. Le sanctuaire d’Ombos du dieù Sétii (qu’autrefois
on identifiait p a r e rre u r avec l’Ombos de Sobek) a été trouvé en 1890
p a r P ethie, Naqada nnd Ballas; c'est depuis cette découverte que la
quinzièm e satire de .luvénal nous est devenue intelligible.

L a religion égyptienne.

182. A la base de la religion populaire de l’Égypte, nou


retrouvons ces divinités locales dont nous venons de voir
les principales. Leur trait caractéristiijue, c’est d'avoir une ré­
gion d’inlliience bien localisée el déterminée, où elles sont
prépondérantes ; ces dieux sont reconnus « seigneurs » de
tel sanctuaire, de telle ville, de tel nome ; par conséquent, ce
n ’est pas une tribu seulement, comme chez les peuples primi­
tifs, tpii relève de leur pouvoir, mais tous les habitants nés
COM M KNCliM EN TS liK LA C IV IL IS A T IO N

SU T leur domaine, ((ui gTamlissoril el siilisistcnl sous leu r


proteclion. A côté du dieu pTi|ici|inl, ou trouve partout un
grand nombre d'autres divinités, dont rim p o rtan cc est va­
riable et qui partagent son culte à titre d'épouse, de fils on
de fille, on reçoivent un culte indépendant comme pnjs-
sances locales. Ainsi, pour ne citer que des divinités qui
p rirent une certaine im()ortance, nous tr o u v on s: à .\bydos,
une dépssc-grenouille, l.Ieqt; à Hipponon, un héron (iieno//),
l ’hénix) ; à Thèbes, auprès d’Ainon, une déesse-yaulour la
» grande More » (Moût oiiert), et, on outre, les dieux Clionsoii
(la lune) et Menton (§ 275), ainsi q u ’une déesse — bippo-
potame Tèpe; ailleurs, nue déesse-scorpion Salqet et ainsi de
suite. L'existence et rinflnence de ces dieux sont liniitées à
leur sanctuaire et aux formes de leur culte; à cida se borne
leur cafactèrc. Ils ont pour fonction principale de ponyoir
accorder (oti aussi rcfuseï) à leurs adorateurs les cbosos
nécessaires à la vie de la coniinunauté, des particuliers, el
surto ut du souverain : « vio. saute, d urée, force, victoire et
prospérité, n .Vu fond, ils sont tous de mêm e nature et ne
se dis tinguent entre eux que (lar leurs sanctuaires, par les
objets <|ui les symbolisent, par le protocole avec lequel on
les approche, par les fêtes oii on les célèbre et par leurs
noms particuliers. Ces derniers sont souvent des créations
secondaires, dérivées de leurs attributs, el l’Egypte nous
olire aussi des exciuplos de dieux (|iii ne sont pas arrivés à
acquérir un nom véritablement personnel (cf. 51) ; on dit
par exemple « celui de Tonent » (près de Memphis) ; « le bouc
de 'fetet (Mendes) ; « celle de Neclnib » lElKab), une déesse-
Viiutoiir; Il celui qui est s u r soji lac » (Heisef d ’HeralvIeo-
polis) ; O celui <|iiiest sons son olivier » ,o u le dieu des morts
« le prem ier parmi ceux de l’occident », Chonti .Vinenliou
(un dieu-chien très (iroebe pari'iil d'Anubis) et enfin « l e
g rand (lieu (dans l'occident) » ; ces doux derniers ont ôté plus
tard identifiés à Osiris. Le nom « Ofiponaout », celui qui
ouvre les cheinins, n ’est pas un véritable nom propre car un
LA R E L IG IO N E G Y P T I E N N E — § |8 3

de ces dieux-loups a porte le iioiri propre de Set, <{ui a de


l>onnc heure disparu).

I.es temps ne so n t plus, lieurciisem cnl, où Tou voûtait voir duns tu


religion égyptienne un systèm e de tliéotogie et de pliilosopliie. ej
chercher ses origines à travers les form ules lliéologiques de la
l)asse époque. On p artait de celles-ci, éparses e t sans lien, pour
écliafauder un systèm e selon la m anière des lhéoso[dies grecs (par
exemple celle de P lutarque dans le De Iside) e t des néo-platoniciens,
ou bien l'on dissertait a ta su ite de Max ^Ici.lek su r un << hénothéisine
prinn'tif » (par exem ple L e P agi; RE^()L•F, Lectures on the orù/inc niul
(lerclopinenl n f (he ^^iiyption relûjitni, et Bac(iscn, Retigion and .Mytho­
logie der alten \egyp(er, 1884, et beaucoup d 'au tres au teu rs. (Voir, par
contre, roxcellente esquisse de P ietsc.iimvnn, Der \egypliiichp l'elischis-
mns nnd Dôtteiylniihe, / . f . Ethnologie^ 1878, 15.3 sq.) L)c même, on a
renoncé à la manie de faire venir de l'étran g er les conceptions e t les
divinités égyptiennes, e t de les confondre pêle-mêle avec les cultes
sém itiques ; Les conjectures fantaisistes de W ipckler et d'au tres sur
(( une pliilüsoj)ldc babylonienne (on orientale ») so n t un reto u r à
celte idée. Dans mon Histoire d’Égypte,i'm exposé en détail m es opinions
s u r ce sujet, e t ce so n t ces idées générales contenues dans la pre­
m ière moitié du volume L § 45 sq. que je place ici à la base de mon
développem ent. Nous som m es redevables à Maspero (fUndes de My-
Ihot. et d’archéol. ég., 2 vol., 1893), de solutions précieuses (178 n.).
E iimax, dans .\egypleii * et l>ie aegypUschc Religion, édition, 19Q9,
nous présente avec clarté les faits concrets concernant la religion égyp­
tienne aux diverses époques e t leur rélc dans la vie populaire. On
trouvera un choix de textes religieux, traduction de G uapow, ap. EI)^^.
I.EiiMANN, TeTibneh :ur lieligionsgescliichle, lOPi. Suite de la bibliogra-
phie au ïj 178 n. Cf. aussi l’article de Roedkk, Dus negyptische Pantheun
ap. .Arçli. f . fleligionsw iss.,\Y, 1912.

183. Les dieux sont dos êtres détem iinés, i(ui sont iirrivé
à une tornie fixe et durable eu sc dégageant des formes
innoinbraltles du monde .les lisprits ; ceiix-çi jouent im
grand rôle, en Egypte comme ailleurs iji 19ÜJ et ressor­
tissent à la magie, ()iii eut, à tontes les époques, une grande
intluenpe su r la conception de la religion. Parmi les nom ­
breuses ap|)areiices sensibles sous lesquelles se manifeston|;
CO.MMENCJEMKNTS DE LA C IV ILISA TIO N

ces os|)i'ils divins, il faut signiilei' en [ll•cllliè^e lijiiie, les


aiiiniiiiiN. Ce sont, d’n ne part, des aniinaiiN düiiiesli(|iies,
(|iii vivent en conipiignie de riioiiiiiie et lui rendenl de
constants services : an prem ier rang le bœuf et la vaclic, el
aussi le bouc el le bélier (chez ces animaux, e’est seulement
le mille (|ue les dieux sem blent élire comme domicile}, ]iai -
fois encore les oies; mais aussi bien des fauves redoutables,
tels r|ue. lion, crocodile, bi|)popotame, serpent venimeux,
scorpion, i|u’on cherche à se concilier par des sacrilices et
à exploiter à cause de leur force et leu r puissance. En outre,
on adore des loups et des chiens ipii sont étroitement asso­
ciés avec l’élevage du bétail, l’un comme ennemi, raiitrc
comme défeiisenr ; des chats, et d’autres animaux inoU'en-
sifs par eiix inènies, mais en qui réside, p o u rq u elq ueraiso n,
certaine force magique et myslérieiise, comm e beaucoup
do singes, de poissons el d ’oiseaux, l’ibis, le héron,
le faucon, le vautour et même la grenouille. Le culte
des arbres n ’est [las rare non p in s : c’est ainsi que le syco­
more est le domicile de Meit et d e H a t h ô r ; le cyprès celui
de Minou (§ 180}), et nous connaissons déjà le dieu qui réside
dans l’olivier (§182). Lequel parmi ces êtres deviendra, dans
un domaine donné, le siège d’une divinité et sera adoré
comme tel, cela dépendra des circonstances qui, en ebaque
lieu, ont déterminé le développement particulier de la reli­
gion. Le trait commun à tous, c’est que leu r espèce tout
entière est considérée comme sacrée et remplie de l’esprit
divin, mais que l ’on choisit un individu comme type, pour le
transpo rter dans un sanctuaire où il est soigné et entretenu
comme l’incarnation véritable de la divinité. De même
q u ’après la mort du roi, on en sacre un autre à sa place,
dépositaire de cette puissance divine qui vit dans la royauté,
de même, après la mort de l’auimal sacré, l’esprit divin se
transporte dans un autre anim al,que l’o n re c o n n a ità certains
signes, et qu’on introduit alors dans le sanctuaire. Ju s q u ’à
quel point a-t-on tiré les extrêmes conséquences du fait (|ue
L \ R E L IG IO N É G Y P T IE N N E — §

r<‘spèce oiilièrc élail sacrée, cela dépendit des besoins et


des nécessités inéluctables do la vie, et la religion, ici comme
ailleurs, a dû se résoudre à un compromis. Dans nom bre de cas,
du moins «à la basse é‘[)oque, tuer un exemplaire de l’espèce
était un sacrilège puni deniort. P areillcrègleestfacileasuivro
([uandon ne’mange pas la chair de ces animaux, comme cela a
lieu pour le chat e lle chien ; (*n revanche, on a toujours abattu
des moutons, des chèvres et des bceufs, mais on ne tue pas
les vaches,(jui donnent le lait; cetexpédient se retrouve aussi
dans l’Inde. Dans lesn o m cs (|ui atloraienl le crocodile, on n ’a
jamais, du moins a la basse époque, tué de crocodiles, mais
ils étaient pourchassés avec a rd eu r dans les autres nomes, et
on ne s’est jamais fait scrupule de cliasseï* le lion.

S ur Icstliéo ries (lui expli«|ücnl. le culte des anim aux par lu croyance
ipic les âm es des an cêtres contin u ent à vivre dans les anim aux |T o-
témisme} voir.^ 34 s q .,62. J e reniarciue aussi «pie les anim aux don! la
cliair est défendue sont précisém ent ceux qui ne sont |»ns sacrés,
{»ar exemple le porc en Kgypte et chez les S ém ites; ils sont im purs
et inspirent l’h o rreu r, non parce q u ’ils sont divins, com m e le prétend
la théorie totém ique, m ais parce qu’au contraire ils ne sont nulle­
m ent divins. — Les hom m es vivants cherchaient, par le moyen du
déguisem ent c l à l’aide de procédés m agiques, à p ren d re l’aspect de
l’anim al sacré ; la queue d'anim al que p orte le roi, et la peau de
lonj) d o n t s’aiTnblaienl les gneiTÎcrs aux tcmj)s très anciens 167)
sont une survivance de cet usage, qui aura été à l’origine encore plus
répandu en Égypfc(cf. par ex, les ay/.xoi, etc.); c’est ainsi q u eles esprits
des m orts peuvent avoir adopté, entre autres aspects, celui de l’anim al
sacré. Mais ce n’est pas là l’origine du culte des anim aux, comme le
prétend le totém ism e ; c'est, tout au rebours, une conséquence du
culte îles anim aux déjà existant. — La m ythologie égyi»licnne ne pré­
sente pas, (|iic je sache, des exem ples où les hom m es sont engendrés
parlesdieux. — L ccullc des anim aux eu Ilgyptc n’a excité tan t de sur-
l»rise que parce q u ’il s'csl m aiuteiui. sans cliangem ents, ju sq u 'à un
stade très avancé de la religion, p renant ainsi l’apparence d’un Mys­
tère. On suit que dans la d ernière période de l’histoire égyptienne, à
p a rtir de la restauration de la XXVI« dynastie, le ciillc des anim aux,
comme tous les au tres usages religieux, fut rem is en lionncur ol fut
jiraliqué avec bcaucoiq» plus de sci'upule (ju’anparavniit.
CpM M ENCEM IÍ^■TS » p LA C IV IL lS iT IQ N

18'(. Mi|is li| (jivinile i|e se lie jamais à iiik; seule îles
fpl'mcs lip la naliiie (ij olii. (^oipnie riiomiiic, elle possède
imp amp sous foiiiie d ’oiseaii c’csl ii-dire uu ole-
lltPnl vivant i|iii, potii' un loinlis, a piis domicile dans un
co rp s ; elle a aussi un esprit (ka U 170; ipii Ini confère,
vie pt force, et sc tient d errière elle, disposant des ressoni ces
de la magie ; mais, à la diHerence de riioniine, la divinité
poi|t, à tout moment, et, à sou g ré , abandonner son corps et
se transférer dans nu autre (§ ô4) car (die-mènie n’est pas
soumise à la mort ^exception faite pour les dieux comme
Üsiris). La divinité est présente pai lout oii elle fait sentir
son a|iproche et son pouvoir : elle réside donc en niènie
temps dans les objets les plus variés, dans les animaux et
aussi par exemple dans des piei res et des pieux eu bois,
comme Minou à Koptos et Osiris à lîusiris (§ 178); selon le
langage religieux d c r i l g y p t e , chai|ue dieu possède par con­
séquent un grand nombre d ’ « esprits » {ka) u et d ’Aines (bai) »
qui se piouveiit on liberté, même lorsque lui-nième réside
dans son fétiche principal. Aussi est-il possible, par des
moyens m agiques, de le charn ieret le capte r dans tel ou tel
objet tangible, et finalement de l6 réduire par la foi ce. C’est
pourquoi ou trouve dans tout sanctuaire égyptien, outre
l’animal sacré, un objpt mystérieux que l'on conserve euferiné
dans une châsse Ipresi|ue toujours c’est une figurine do pierre
ou d ’argile); elle passe pour être le véritable siège de la
divinité, la demeure oii celle-ci a été enfermée par magie
dans les temps anciens, lors de la consécration du temple.
H existe ep outre de nom breuses reproductions de sa forme
animale et de la forpie sous laquelle on se représente son
esprit : un corps iriiomme, surm onte d ’une tète d ’animal.
Ces images des dieux sont traitées comme les souverains,
habillées, ointes, ornées de iiombrenses am u lettes; aux
grandes fêtes, elles « apparaissent » (en particulier la châsse
voilée du dieu) devant le peuple, placées dans une barque
ipii sert à leurs navigations, et ipii est portée siii- les épaules
I.A n E U G lO N É G Y P T IE N N E — § 183

(le leurs serviteurs, les priMrès. A ces traits se sollliialii-


rellemeiit ajoutés d ’autres détails, à m esure tjué ii’ëst dé-
velo|)pée la religion ; mais nous pouvons cOlisillérer ctiililiil'
liés iiiiciennes ces enseignes des dieilx ipie iiods ll-Odvdiis
il côlé des enseignes d(is iiomés : elles pdHeril I’iiilajtli de
l’anilltal silbré bli tout aillli* eiliblènie divin, l't jiicegdëilt le
peuple dans les processions et à la jçiierlé.
i,es Ltgyittiuiis allarlia ieat aiio liaiilr inipoi-laiirc à ce fait i|iie les
dieux possédaieiil idusicurs htas et plusieurs htii'ÿ ; ceci nous esl eon-
lin n é p a r les lexies des Pyram ides et par l(is iiomiu'cux nom s de roiS
et Me parlicullcrs q u ’on form e avec /.« cl Imi. — Les h u tem s grecs oui
connu l'im porlaiicc des cuseigaes divines (I)iod., I, 89 ; />e Is., 72 ; et.
H érodolc, II, 65, el Polyaen, VII, 4) ; ils ont elierclié parfois dans ees
enseignes l’origine du cullc des anim aux.

1H5. Le pouvoir des dieux se maiiifesle dans la vie par


tous les faits extérieurs (|ui échappent à la voloiilé de
r h o u u u e ; ils agissent alors eu chefs el on rois, selon leu r
h um eur et leur capi ice; toutefois, ils sont assujettis auxioi's
de la nalure, à sou cours régulier, au cycle de ses phéno­
mènes. Les dieux égyptiens, eux aussi, particijieiil d ’une
double nalure (Sjlj 139, 7 5 1 : ils apparaissent comme dés
volontés libres et éternelles, et, d ’autre pari, coniine des
puissances naturelles, asservies aii retour perpétuel des
mêm es ])hénomènes ; ils sont donc passifs autiint iju’actifs.
L eur vie se déroule dans le cycle des lois naturelles ; la
fécondation de la terre par le (leuve, la lloi'aisou, la maturité
et la mort des planlbs et des sem ences, la vie sexuelle el la
fécondation des auiinaiix et îles h o m m es; ou bien; commé
c’est le cas pour Horns et pour Sêtb, l’alternance de la lii-
mière et des té nèbres, les vicissiliides des asti-e.s lumineux,
et enfin surtout la lutte entre les forces créatrices et bienfai­
santes et les forces néfastes et destructrices. L eur vie se
passe donc dans une sérié ininterrompue de luttes et de
transformations, qui se reproduisent régulièrement, année
par année. Les hommes s’intéressent très vivement au sort
C OM M ENCEM RN TS DF. I.A C IV IL IS A T IO N

changeant de ces dieux siii' qui i'e|>ose lem- exisleiice, li'iir


prospérité, et ils dieicli(;nl à Iciii- vciiii- eu aide, aidant (|u’il
est en leur pouvoir. Voilà les idées su r lesquelles repose le
cycle des fêtes, (|ue nous oll're la religion de cliaiine nome,
et des cérém onies fixées par la tradition. Une croyance très
répandue est que tel ou tel dieu nait à un certain jo u r de
l’année (ou aussi ajirès des périodes de deux ou plusieui s
années) ; ces fêtes de la naissance d ’Anubis, de Oupouaout, do
Minou, etc., jouent un grand rôle su r les monum ents des
prem ières dynasties. On ci-oit encoie (|u’â tel autre jo u r il
vainc, ou abat ses ennem is et parvient à la royauté pour
« apparaître rayonnant » (cliri' j, en toute, sa splendeur, devant
le peuple, porté su r la barcpie divine 'c’est ainsi que sous
les prem ières dynasties ou se représentait Sokar, mais
aussi tous les autres dieux). Pour Osiris de liiisiris, qui di'-
iiieure, depuis sa mort, dans les profondeurs de la terre,
mais <pii continue à y vivre pai’ la force magique de
l’esprit ipii habite les morts, c’est l’épisodi' de la mort
(|ui est passé au prem ier plan, parce que c’e.st celle-ci
(|ui a recréé son pouvoir. .Viix fêtes des dieux, les habitants
du même nome défilent en procession sidennelle, sous
la conduite de leiii' chef, ou l'oi, et, de ceux qui savent les
rites, les « serviteurs du dieu » (!| 189), afin de saluer cetle
apparition du dieu et de lui rendre hommage ; aux luttes
des dii'iix. ils combattent pour lui avec des arm es et des
gourdins, ils se lamentent su r sa défaite et sa m o rt: ils rem ­
plissent 1’ « œil d ’Horns » par des oITraiides (ij 181) ; ils saluent
la réapparition on la naissance du dieu, ils intronisent son
fétiche ou relèvent le pilier d ’Osiris (!( 1781, ils h' conduisent
quand il se marie, vers la déesse voisine, ou lui amènent
une femme dans le temple.

Notre |irinci|ialc source irin fo rn ialions pour les fûtes des dieux
sont les noiiitn’cuses attusions contenues dans les inscriptions des
tem ples et les calendriers des fêtes, et, en outre, les descriptions
très vivantes d ’Hérodote 11, 8'J sq. l*our la fête funèbre d’Osiris, v.
LA R E L IG IO N É G Y P T IE N N E — ^ 186

H. Scii.vKEn, tJic Myalerien dfs OdrU iii Abydo^iUiilers, zur Oench, A e tj..\\\
m i).

18G. Malgré ces traiisforinatioiis fatales et ces vicissitudes


régulières, les dieux sont cependaiil des puissances éter­
nelles, toujours vivantes et agissantes, soit <|u'elles siiccoiii-
beiit ou iiieiireiit à nouveau, ou bien soit ((u’elli-s renais­
sent. Il n ’est pasd c nioinentoii l’on puisse se passer de bnir
protection: coiistaniinenl ils restent auprès de letii’s adora­
teurs, en pleine possession de leur pouvoir, et l’on peut à
tout instant invoquer leur aide et leur faveur. La croxance
religieuse n’est pas troublée jiar l’antinomie q u ’il y a entre
cesdeux conceptions, car la foi est toujours liée aux besoins
du mom ent qui l’ont fait naître. Ce désaccord pourtant con­
duit à ce résultat : les événements, auxquels se rattachent
les fêtes, sont bien provoqués [>ar le spectacle présent offert
par la n ature; toutefois iisso n t rapportés, p a r l ’iinagination,
a Un temps très reculé, où l<x dieu, entrant en scène pour la
])remion‘ fois, acquit ou manifesta le caractère q u ’il a tou­
jou rs conservé. Les circonstances présentes se transformè­
rent ainsi en fêles commémoratives des grands exploits on
des souffrances, (pi’accomplit ou que subit le dieu pour le.
bien de rh nm an ité, et dont dépend l’ordre de l’univers. Les
rites de ces fêtes, <|ui s ’accompagnent de tant d ’instrum ents,
attributs divins et symboles divers, d em andent aussi une
explication : ces pratiques, nées de l’inspiiation du nio-
ineiit, souvent à la suite d ’iucideiils bizarres, le rituel les
conserve aveuglément, mêm es après q u ’elles sont devenues
parfaitement incompréhensibles ; elles jireiinent par cela
même un caractère mystérieux, d ’autant plus efficace. D’où
la nécessité des récits île la mytbologie, qui prétend expli-
(|uer ces usages et en même teiujis la ligure et le caractère
du dieu, par des livénemeiits qui se seraient passés dans
les tem ps très anciens; elle les transniet aux fidèles comme
des seci-ets divins, auxquels on s’initie par une consécration
C < J \lM tN C E ili-:N ls llE I.A C iv ll.iS A T IO M

l ituclle ell i)ai treMll(-r oil i>bsl'r\ f\iit les règles <lo la |>ilr(>lè
rituelle dans l’as|»ecl j)li_\ sitiiie, dans les aliments prescrits,
dans la vie sexuelle}, ct aussi pai'la cnnsécralion <|(io conl'èro
111 l■I^cllllcisiOlI §107 . I'.es récits, ces iiiforilialimis loncliant
It'S dieux, leur nature, leurs tli'Stinces, leilrS liomS niJstOl ieux,
p rê le n tà <jni les ccumaitiine force inagi<|iie, oaron pent ainsi
mettre les dieux en son pouvoir et les forcer à servir des buis
inagi<pies. Les mythes se p rêten t à Un développement pins
approfondi du caractère de cliai|ne dieu, (pii esl déjà lond(‘
su r sa forme extérieure, son aniniill S,acre et ses fêtes parti­
culières. Tout dieu jouit aup rès dit cercle de ses fidèles
d ’nnc influence tiniversolle ; néanmoins, il existe des dd-
lUnines déterminés oii son action sé fait sen tir plus vivement
et <|ui liii appài-lierinent en |)iopro ; c'est par là (|ue la reli-
gioii particulière à tel nome continue à se différencier de la
religion dit nome voisin. Ainsi, Minou (ou Ainoh) est s p é ­
cialement le .dieu de la jirociéatioU et de la fébondité ; la
vaclu' Hatl.itjr et la cluàtte Itastet sont les dééssbs de la Vie
amoureuse : t fUpoUaoutct Neit sont'des divinités de la gtlërre ;
le chien Anubis est iiti dieu préposé aux tiimbeanx et aux
Innérailles ; Tbout se manifeste ilatls la liilie; Horns, dahs le
soleil ; Hathôr dans la vOnte céleste, etc. E nsuite, il y a des
divinités (jni H'entl'éni en action i]Ue dans des sitllatiotts
déterininées ; tels so n t: la déessë des moissons Heneiioulel,
on lés déesses qui aident aux naissances, ou le cliien Choiiti
Ameiiliou t§182) qui règne su r les morts. Ainsi s ’esquiSsc'nt
les prem iers traits d ’une tllécdogie : à côté des diéilx locall.x.
Seigneurs des només, il y a d ’a u tles divinités tpii penveiit
partout e n tre r en action, à ties ocbasiohs délermitiées ; ellés
sont tantôt subordonnées aux premières, — alors se fUrme
tm cycle bonlplet, se composant le plus souvent de neuf dieilx,
(à Hernlopolis de huit), ayant à lëUr tête le dieu dU nome,
— tantôt elle se x e rc e n tu n e action indépendante. Voilà ce t|ui
a rendu possible aux divinités locales tic s’étendre bien
loin au delude leiirdoniaiileprlliiilif.de p én étrer dans d ’an très
LA R E L IG IO N E G Y P T IE N N E ■S I«'

iioines, gi'àcp parfois à des événements politiques, et de


fonder des succursales de leur culte, auxquelles à l’origine
elles fuient complètem ent étrangères
187. Une circonstance qui a stim ulé ce développement,
c’est que les Egyptiens, eux aussi, reconnaissaient, à côté des
puissances locales,les grandes forces qui agissent de façon
régulière dans toute la n atu ie et qui em brassent l ’univers
(cf. § .71). A leur tête se place le dieu du soleil, lié' ; ensuite
le dieu de la luue lo'h (à T hèbes Chonsou, le !■ voyageur »)
et les étoiles, parmi lesquelles beaucoup se signalent de
façon signiticativc : Sirius (Soptet), ü ri o n (Sa’hou), l’étoile
du matin. Un autre groupe est formé par le ciel et la terre,
celle-ci étant to ujou rs du sexe mâle, tandis q u e le ciel est
une femme, Nout ; au contraire l’eau primitive Nounou,
dont est sortie Nout la déesse de la voûte céleste, est du
sexe masculin. Nout est fécondée par son frère le dieu de la
terre, Gêb, « le plus haut fonctionnaire {rpa'ti) des dieux n
(cf. § 222 n.) ; mais désormais, Gêb gît à ses pieds, géant
enchaîné, car leu r em b rassem en t a été rompu par le
père (le Nout, le dieu de l'air Sow (§ 179) ; c’est lui qui, se
plaçant entre eux, a dressé la voûte céleste q u ’il soutient
de ses bras. La même conception se présente dans la légende
du dieu de la végétation, Osiris, et de son épouse, la déesse
du ciel, Isis (§ 178), qui sont les entants de Gêb et de N out;
ils en gen d ren t à leu r tour, le dieu du soleil, Ilorus, qu'on
appelle souvent « Horus de l’Horizon », fior echouli. D’autres
mythes montrent la réunion du ciel avec le dieu du soleil.
D’abord, c’est le ciel qui enfante le soleil : « du sein de
Nout, dit un texte des Pyramides, sort Rô' en marche ; elle
enfante Rê' chaque j o u r ». Mais ensuite le di'eu solaire
s’élève, dans sa gloire ; il féconde la déesse du ciel, s ’e n ­
g en d ran t ainsi lui-même dans le sein de sa propre mère.
Souvent, on le conçoit aussi comme un scarabée ^ [Ché-
perer)\ celui-ci, d ’après la croyance égyptienne, engendre
ses petits, sans l’intervention d’un autre sexe, dans la
11. 7
COMMENCtCMENTS D E LA C IV IL IS A T IO N

lioiile de fumier q u ’il pousse devant lui; de iiièiiie, le dieu


roule son œuf, le soleil, dev'aiit lui, à travers le giron <le la
déesse du ciel. La même idée se fait jo u r égaleiiieiit dans
les noms que portent les déesses célestes ; Mathôr, » la
maison d ’Horus >i ; Isis, o le siège » (du dieu du soleil ;
peut-être aussi Xelithet l’épouse de Sêtli i^Neplitliys', la
« souveraine de la ville ». Voici ce q u ’on raconte de Hè' ;
fils de l’océaiL céleste. Nounou, il est d ’aliord apparu à
lleraicloopolis, ou llerm opolis, sur un tertre de limon (|iii
s ’éleva de l’eau primitive; il livra de grands comlials à ses
e n n em is,eu particulier a u s e r p e n t géant, 'Apo]>i ; il détruisit
à Herakleopolis les homm es rchelles, à l’aide de la déesse-
lionne Seclimet, puis reforma une nouvelle humanité. La
légende, raconte encore que son o*il, devenu par la suite une
déesse indépendante, douée de pouvoirs m ag iq u es,et q u ’on
identifie pins tard avec IJathôr, 'refênet, etc., — s’cii est
allé au loin et ipie Itè' doit aller le ch erch er et 1<‘ ra­
mener. Enfin, lié régna de longues années sur la terre
jiisipi’à ce <|iie, devenu vieux, il commanda à son fils Sow
tie d resser dans les airs la grande vache céleste ; alors il se
retira su r son dos, et ainsi, tous les jou rs, il parcourt l’es­
pace dans une harque on su r un traîneau. La cosmologie
d ’Ilermopolis, que nous ne l'om prenons pas encore très
bien, a fourni une autre lé g e n d e ': le monde aurait été créé
|iar huit puissances primitives ayant la forme de cynocé­
phales, et que la théologie inter[irote deux à deux, mâle et
femelle, comme des forces cosmi(|ues abstraites (eau pi inii-
tive, éternité, ténèbres, puissance, etc.). D’elles a tiré sou nom
la villa de Chinouuou (aujourd’hui E sm ounein'',c’est-à-dire
« la ville des Huit ». .\ leur tète se place le patron du nome,
l’ibis ï h o n t , le dieu de la lune, qui a créé la mesure du
te m ps et par conséquent toute m esure et tout ordre, qui a
inventé aussi la langue et l’écriture, le dessin et la pein­
ture, qui a créé le droit et ipii l’applique (aussi est-il,
dans ce système, le vizir de lié' et l’époux do Maat, la
LA R E L ir.IO N É G Y P T IE N N E ---- S

(lÉessc dp la justiceV U existe un autre dieu de la nature qui


est lla'pi, le Nil, un homme vigoureux et barbu, aux ma-r
melles puissantes; d ’après une au tie conception, les dieux,
en particulier Hé' et Isis, font su rg ir l’eau du Nil de sa
source cachée dans les lourbillons de la première cata­
racte, et la conduisent pour su sciter la ci ue eu sa saison.
Les dieux ont sinon créé le monde, puisque la matière a
toujours existé et n 'est pas œuvre divine, du moins l'ont
façonné, ont réglé le cycle des saisons et le cours des
étoiles, la vie de la végétation et des sexes ; ils ont fait de
l’Egypte le centre de la terre, car elle fut elle-même le
théAtre de leurs hauts faits, et ils l’ont entourée du désert,
habité par les peuples barbares, et de la m er qui ceint tout
runivers. ces rég en ts du monde, les grands dieu.x an­
cêtres de la famille divine, se rattachent la foule des dieux
du culte et les légendes auxquels ceux-ci ont donné nais­
sance. La lum ière venant de l’est, c’est à l’orienl <|ii’on place
le « pays des dieu.x », leni' véritable patrie et domicile,
tandis que l’occident, le royaume des ténèbres, est celui
d’Osiris et des esprits des morts. Ces idées so croisent
sans cesse avec cette autre que la vallée du Nil elle-même
reste toujours le théAtre île la vie des dieux et le loyer
de leur influence.
La légeucle de Ré' et de ses enfants nous est racontée su rto u t ilans
le livre dW popliis, que nous a conservé un papyrus de l'année 311
(RencK. lùicsiniilrx nf Ériypl. ffirriifir papyri, 1910, trad u it par Î ibapow ,
15182 n. e t R ankf., § 154). — La p lu p art des nécropoles dans la Haiile-
Kgypte sont situées précisém ent à l’ouesl, an bord du désert libvque,
mais ceci n ’au ra jo u é q u ’un rôle insigniliaut dans la form ation de la
croyance à un royaum e d ’Occident. Le fait se rait dû- plutôt à des
causes locales, su rto u t à la nécessité d’épargner le terrain cullivable
et de ne pas s’en serv ir po u r des cim etières. Môme en H aute-Égypte,
il y a un g rand nom bre de nécropoles très im portantes qui sont
situées dans les m ontagnes de l’est, et cependant les m orts ep terré s
là appartien n en t au royaum e d’Occident.

188. Les gran ds dieux de la nature, si fortement q u ’ils agis-


COM M ENCEM ENTS D E LA C IV IL IS A T IO N

sent su r l’homme, n ’ont juis été, en Égypte pas plus ([u’ailleurs


(cf. 51), l’objet d ’un culte développé, p récisém ent parce que
leur action est d ’un caractère absolum ent universel et régulier.
Ne font exception que les phénom ènes qui sem blent mettre en
p é r i l l ’ordre de l’univers,com m e les éclipses(ijlSlj.ouceux-là
dont le reto u r est régulier, mais entraiiio la traiisforinatioii
et la souIVrance du dieu, qui a par conséquent besoin q u ’on
lui vienne en aide par des fêtes et des offrandes; il en est
ainsi pendant les phases de la lune et, pour cette raison, elles
se prêtent très bien aux operations m agiques. D’ailleurs, il
y a aussi des dieux locaux qui, dès l’origine, participent au
caractère des forces universelles; tels sont Osiris, le dieu
de la terre et de la végétation, qui réside dans le sanctuaire
sacré de Bnsiris, ou bien le dieu de la Haute-Kgypte,Minou.
A utrem ent,ils ne peuvent devenir l'objet d ’un culte q u ’en se
transform ant en dieux locaux. Chez les Grecs et chez d’autres
peuples indo-germaniques, ce culte a été jiossible, eu p arti­
culier pou r le dieu du ciel, parce q u ’on en a fait le pèi’e des
tribus ou des groupem ents consanguins(l), ipii reste en rap­
port direct et im médiat avec ses descendants ; certains lieux
déterminés, en particulier la cime des hautes inoiitagnes, pas­
sent pour être sa résidence. Chez les Egyptiens, l’évolution
s’estfaite le plus souvent à rebours ; c’est un dieu local q u ’on
a élevé dans la sphère des puissances universelles et iden­
tifié avec elles (on rencontre pins d’un cas analogue chez
les Sémites, par e.xemple Jahxve d’Israël, Mardouk de lia-
bel, etc.). Dès l’origine, comme nous l’avons rem arijué, les
dieux locaux ont une tendance innée à se transform er en
forces cosmiques, car,aux y en x d e leursfidèles.leurdoniaine
d ’action est illimité et le cycle de leu rs fêtes, avec les
légendes, qui s’y associent, se rattaclie au cycle naturel
des saisons ; aussi les deux cercles d ’idées se chevauchent
constam m ent. C ’est apparem m ent p ar ce procédé que l ’ibis

(1) S l ü m m e e t B l u h o e r h i i n d e .
LA R E L IG IO N É G Y P T IE N N E — § 189

ï h o u t de H erm opolis est devenu de bonne h eu re un dieu


de la lune et une puissance cosiniiiiie 187) ; il en fut de
même pour Neit de Sais et pour la vache I.lathôr de Den-
dera, toutes deux déesses des arbres, résidant dans le syco­
more, et (|ui devinrent des déesses du ciel (cf. ij 1Ü9). Pour
d ’autres dieux, surtout dans le cas d ’Horus et de Sétii, on
ne peut définir avec certitude jusiju’à quel point ils furent
à l’origine dans les cultes divers, soit des dieux-animaux
locaux, soit des forces cosmiques, ni si leurs noms, em ­
pruntés à la mythologie cosmique, n ’ont pas été peut-être
reportés su r des dieux locaux, qui à l’origine n’avaient pas
reçu de nom. 11 y a un autre procédé i|ui fut décisif pour le
développement ultérieur de la religion égyptienne, et
qu'adoptèrent les p rêtres de Héliopolis (On) (cf. § 193): ils
déclarèrent que leu r dieu local Atoumou était une manifes­
tation du dieu du soleil lîè' ; ils l’adorèrent sous le nom
d ’Atoum-Ké' et repo rtèren t sur lui toutes les légendes
relatives à lié'.

La croyance à un souverain de l'univers Uô' rem onte à la plus haute


a n tiq u ité ; preuve en so n t les textes des P yram ides et beaucoup de
nom s anciens {dans les nom s de rois, Rô' ap p araît sous la 11® dy­
nastie, avec le nom de .N'eferkerê'l) ; néanm oins il n’a jam ais eu
de culte nulle p art (sauf sous sa form e locale d ’.\toum -rô'), avant
il'èlre élevé au i-ang de dieu de l'em pire, sous la V® dynastie. Pas
davanlage n’o n t reçu de culte Nounou, Nout, le dieu du Nil lia'p i
ni même le dieu de la lune, sauf dans les fêtes lunaires (et sauf pour
les cultes locaux de T h o u t e t de Chonsou à T hèbes) ; je ne peux
avancer aucune preuve non plus pour le dieu de la terre Gêb. De
même Isis, si puissante q u ’elle a it toujours été, depuis les tem ps
anciens, dans le mythe et d an s la m agie, n’a acquis que très tardive­
m ent une im portance d an s le culte ; q u a n t à sa sœ ur, Nephthys,
elle n’a po u r ainsi dire jam ais eu de culte. Les recherches su r l’his­
toire de la religion ont fort in justem ent négligé ces points, qui ont
grand besoin d’être étudiés spécialem ent e t à fond.

189. Le culte a créé entre l’homme et les dieux une asso


ciation indissoluble, <|ui comporte pour les deux parties des
c o m m e n c e m e n t s d e l a c iv il is a t io n

obligations égales, parce (|ue l’existence de toutes deux en


dépend. Kn écliange de la iiioteclion (|u’ello accorde, la
divinité reçoit de ses fidèles tout ce ipii lui est nécessaire,
pain, viande, lait, bière, vin, vêtements et parures, fleurs
et encens, ou, comme on dit [>lus lard dans les formules de
l’offrande : « toutes les choses bonnes et p u res <|ui viennent
su r la table d’offrandes et dont le <lieu vit u ; il faut y ajouter
les cérém onies des fêles, re n tre lie n du sanctuaire et une
large part de tout ce que les dieux font g ag n er aux fidèles. 11
est bien entendu (|u’on doit o bserv er avec ponctualité le
cérémonial dont la divinité demande à être entourée, tout
conilne le souverain terrestre. Il existe beaucoup de choses
« que le dieu a en h o rr e u r », avant lout la chair de certains
an im aux; pour approcher le dieu, il faut être pur, surtout
n ’avoir su r soi aucune souillure ni inipurelé provenant des
relations sexuelles (la circoncision appartient à ce g en re de
prescriptions). Ce que le dieu réclame, l ’hom m e initié le
reconnaît aux signes q u ’il manifeste. La connaissance de ce
rituel, qui va toujours s’amplifiant, ce sont les o serv iteurs
du dieu » (les prêtres) qui la po ssèden t: la comm unauté les
a installés pou r g a rd e r la maison du dieu, n o u rrir el habiller
l’image du dieu et les animaux sacrés, guider les fêtes et les
processions; ils possèdent aussi l’art île deviner la volonté
du dieu, et de lui arracher par des oracles des instructions
pour l’avenir, ainsi <|ue des ju g e m e n ts sur des questions ou
des faits en litige. A côté de ces « serviteurs du dieu » (nom
que les Grecs ont traduit par « prophètes ») et de leurs
aides, il y a une classe n om breuse de « purs » qui se séparent
de la masse du peu|)le, et sont appelés ainsi d ’après des
rites de purification par l’eau,com nie le m ontre l’écriture de
leur nom uii'èh. Ils se divisent en q uatre groupes
[phijtai) (|ui se relayent, au cours de l'année, pour inen d re
part aux fonctions sacerdotales et aussi p ar con séqu en t aux
revenus du temple. Nous trouvons déjà celte classification
sous l’Ancien E mpire, et elle rem onte probablement à des
I,A B E L ia iO N É G Y P T IE N N E — § 190

tomps beaucoup plus anciens. Il est vraisemblable q u ’à l’o ri­


gine lout habilanl du nome avait accès auprès de la divinité
et participait aux offrandes et aux autres biens des dieux;
pu is ce droit s’est restrein t aux seuls habitants de la localité, et
finalement à une classe privilégiée et béréd ilaire,tan d is que
la masse du |)euple ressortissante au dieu était obligée de
recourir à rinlerinédiaire des prêtres. Il est possible aussi
que ceux qui n ’claieiil pas nés dans la classe sacerdotale,
pussent neanmoins y e n tr e r à de certaines conditions(peut-
ètro par une investiture do la part du roi); de cette façon,
cette classe n ’a pu devenir une caste tout à fait fermée,
comme chez les Hindoux, les P erses et les Israélites.

I.es q u atre yi/ijàd de ce sacerduce laïque ne nuus étaient connues


ju sq u ’ici que p ar le décret de Canope, I. 24 sq. ; elles sc sont re tro u ­
vées les m êm es dans les arcliives du Moyen Em pire étudiées par
HonciiAïuir A . 89 sq. ; cf. 40, 113; 41, 34; c'est lui qui le prem ier
a jeté q u elq u e clurlé su r leur caractère et leu r organisation. Pour
l’Ancien Em pire, v. p ar exem ple S e t u e , Urk. des .1. /(., p. 38. Cf. en­
core le d écret de Pepi, À . A ., 42, p. 10 1. 21 e t 24 (§ 244 n.). P our les
élém ents étran g ers qui se so n t in troduits [ilus tard dans ces pliylai
de p rêtres, cf. W . O rm , Ikdesler iwd Tempel in ticUenist. Aeyypten,
1, 222 sq.

190. On cherche p a rto u s le s n io y e n s às'assu rerlab ien v eil


lance de la divinité, à la « satisfaire » ishelep). Lorsque son
courroux pesait lourdem ent sur le peuple, ou lorsqu’on
voulait g agner son appui pour des en trep rises difficiles,
on lui a, dans les tem ps primitifs, immolé des hommes. A
l’origine, ces sacrifices ont dû avoir lieu également à l’occa­
sion des luttes entre les dieux et des fêles funèbres ; plus
tard, nous voyons que ceux qui jouent là le rôle des enn e­
mis du dieu étaient presque assommés à coups de gourdins
(Hérodote, II, 63) et que les autres participants, hommes et
femmes, se frappaient j u s q u ’au sang (Hérodote, II, 61, 132;
cf. I 487) ; la même chose se passa probablement à l’origine,
pour les hommes dans le culte funéraire privé. L’usage de
<:OMMfc:^'(:liME^TS I»K la C lV ll.lS A T lO N

inarquei' les animaux du sacrifice par un sceau rep résen lan l


un homme lié au poteau de torture, et (|ui a le couteau sur
la gorge, est un rappel des anciens sacrifices humains. De
même nous trouvons su r les parois des temples, ju s q u ’à la
plus basse époque, des representations stéréotypes, oii le roi
assomme les prisonniers enchainés q u ’on lui amène; le sphinx
royal ou le griffon jette à terre ses ennem is et les déchire, ou
encore, un peu plus tard, dans un tableau p u re m e n t symbo­
lique, le roi saisit par la cltevelure tout un groupe d ’e n n e ­
mis et les frappe de sa massue ou de son glaive re co u rb é;
tout ceci d é m o n t re q u ’ici, comme chez les Sémites, on avait
coutume d ’im m oler en l’h on n eu r de la divinité les e n n e ­
mis faits prisonniers. Les m onum ents les plus anciens nous
offrent plusieurs tableaux de ces m assacres et m o n trent
les cadavres des prisonniers amoncelés (§§ 201,208). Quant
aux figurines q u ’on déjiose auprès du défunt, elles sont là
évidem m ent pour remplacer les fem mes et les serviteurs
q u ’on im molait autrefois à côté du cadavre (§ 170). D'autre
part, nous savons que lorsque le dieu ne se laissait pas
fléchir, lorsque un vent brûlant, la maladie ou d ’autres
fléaux ne voulaient pas cesser, on s’en est pris, ju s q u ’à la
plus basse époque, à son animal sacré ; « on le conduisait
en silence et secrètem ent dans l’obscurité, on cherchait
d ’abord à l’efl’rayer par des menaces et si cela ne réu ssis­
sait pas, on le punissait en le dévouant et en le tuan t» (Plut.
de I s . y 73). On fait in tervenir aussi la magie, qui, de tous
tem ps, a joué un grand rôle en Égypte, tant la magie offi-
. cielle, qui complétait le culte, que les opérations illégales et
défendues. La magie s ’attache, non seu lem en t aux fan­
tômes in nom brables qui habitent le monde des esprits,
mais aussi aux divinités locales et surto u t aux g ran d s dieux,
car c’est su rto u t grâce à le u r art magique que ceux-ci sont
arriv és à la puissance et à la victoire s u r leu rs ennem is ; ils
s’accompagnent de nom breux serviteurs qui, soit par leu r
nature, soit par leu r nom, parfois aussi par leur extérieur —
LA liL L lG IO .N É G Y P T IE N N E — ^ lO l

combinaison tci rifiaiile des aaîiiiuux les plus divers — (cf.


^200) ne se diHérenoieiit en rien des fantômes horribles. Con­
naître leurs qualités propres, leurs noms, leur mythe, telle est
ra r in e principale de la m ag ie; p ar elle ou peut les con­
traindre à vous servir et produire pour son compte p er­
sonnel les mêmes eiîels q u ’ils obtinrent autrefois par les
memes moyens.

iJ'après .Manétlion, cit«'par Dt’ h ., 73, des liom m cs typhoiiiciis


i'iireiit briMés autrefois à F2ileitliya (IlI Kab), au cœ ur de Tété e t lem*s
cendres fu ren t dispcrsét's au vent (cf. Diod., I, 88); d ’après ce même
auteur, cité p a r P orphyre, Üe Ahst.,\\, o3, c'est Amosis (eu rniido70) qui
rem plaça le prem ier p a r des ii^'uriiics de cire les lioiniiies qu'oii sacri-
liait à Heliopolis en rh o n iieu r d 'IIcra (mais quelle est celte divinité ?).
Chaque jo u r on lui sacriliait tro is pei*sonnes et on reconnaissait les
victimes à certaines m arq u es su r leurs corps. Cette date n'a pas un
caractère historique ; du m oins, ne pouvons-iious signaler dans la
suite d ’au lressacrificeshum ainsen figyptctils sesontconservésenG rèce
très tard cl de là ont p asséà Home, et nous ne parlons pas des Phéniciens
ni des au tres peuples (cf. H érod., 11, 45). Eu revaaclie, on a pu connaître
des sacrifices rituels d ’ennem is, comme à Rome, dans les triom phes;
cf. Ju.NKEu, À. Z., 48,70 (il cite Procope, Pers. 1,19, 38, d'après lequel on a
sacrifié dcshom nies au soleil, à Philae, ju sq u ’à l’époque de Ju stin ien ;
or P rocope dit expressém ent que cette coutum e ne se p ratiquait que
chez les Bleinniycs). Les tem ps anciens, peut-être encore après
Menés, ont certainem ent connu les sacriliccs hum ains (cf. S ktiii:, Hci-
Iràtje znr (illesten Gesch., 17Î sq.). Cf. aussi Seleukos èvoU nap' .\tYJn
TÎoi; ’avOpujTioOuoia; 5ir,Yêttat [Athen., IV, 172 d). Kastor cité par P lut., De
Is., 31, décrit le sceau q u ’on im p rim ait su r les anim aux du sacrifice et
qu e nous connaissons p ar les m onum ents. Com parez avec Plutarque,
De fs., 71, la m enace des dieux d an s un papyrus de basse époque, .Ir-
cldv fu r Papyrusforschung,Y, 441 et P orphyre, ad Aneb.,^1. D’après la
pyram ide d’0«/ms, 508 sq „ Teti, 312 s q .,le défunt fait son repas des
hom m es et des dieux ; il les capture et les fait cuirci afin de m anger
« leurs forces m agiques et leu rs âm es ». N’y a-t-il pas là une rém inis­
cence de l'an th ro p o p h ag ie qui exista aux tem ps très anciens (comme
en .\rcad ie au Lykaioiij e t un elTet m agique du repas sacrificiel?

191. l)’une façon générale, la religion primitive des Egyp


tiens a un caractère som bre. La plu p art des dieux sont des
IO(i C 0M M E N C E 5IE N T S D E LA C IV IL IS A T IO N

êtres iiiéchaiits, et loujours inspiraiil riii(|uiétude ; ii côté


lies aiiiiiiaiix (loiiiestu[iies, connue le Ineiif e t le liclior, ceux
q u ’on adore le plus ilévotenieiit sont jirécisénienl les ]dus
sauvages et les plus inalfaisants. Dans les prières des morts
comme dans les formules magiques (|ui servent pour la
vie courante, le iiiondo terrestre, coninio le monde des
es|irits, est peuplé de puissances malignes. Celte crovance
pénètre toutes les légendes des dieux ; elles sont im pré­
gnées d e 's a n g et d ’actes de violences. I.e m aître de la terre
R è ' . a l u i aussi, fait d étruire les lioninies autrefois fl IS7 ,
par la déesse lionne Secliinet (dans la version conservée de
ce mythe, on explique q u ’elle est « l’oeil de Hè' » et on
l’identifie avec Halhôr ») ; mêm e, il ne put m ettre un frein
à sa rage destructive q u’en préparant avec le sang de riionime
un breuvage qui l’enivra. Rê' porte au front, comme le roi, un
serp ent venimeux, l’u raeus redoutable (|ui crache le feu.
Tous ces traits nous rappellent les mythes et les cultes
mexicains et d ’autres analogues, et nous m o n trent q u ’en
Égypte aussi, au conimencemciit de la civilisation, les p ro ­
grès de la religion ont eu pour [iremier résultat d ’en accu­
se r les côtés som bres (cf. § 67 sq. . Nous n ’en som mes (|ue
plus surpris de voir à (|uelle h auteur de civilisation les
ligyptiens sont arrivés lorsqu’ils se p résoulent à nous, en
plein développement, sous r.Aiicien Emjiire. D’ailleurs, ces
faits tém oignent eu faveur d’une longue et intense période
de culture, qu’ils auraient traversée auparavant, et aussi
en faveur d’une influence bienfaisante ; celle que l’élevage
du bétail, la culture des champs et le développement
commercial qui en résulte, ont exercée su r l’ordre et la ju s­
tice dans l’état. Les rites farouches d ’autrefois furent partout
abandonnés et s’ell'acèrent au point de devenir des actes
symboliques. Déjà, à l’époque « préhistorique », les antiques
sacrifices humains qui accompagnaient le culte des morts
lie se survivent plus que par ces poupées que Ton dépose
dans les tombes, elaussi pur celte coutume, que les courtisans
LA R L L IG IO N E G Y P T 1 E » E • §19)

(les rois Thiiiiles sont e n te n ds avec eux dans la même tombe,


et ceux des rois Memphites, tout autour de la tomlie royulo
Les sacrifices égyptiens se souviennent si peu que les dieux
autrefois avaient soif de sang, qu ’apros l’immolation des ani­
maux devant le temple, les mets du sacrifice (viandes, bois­
sons, gâteaux, fleurs, etc., et su rto u t l’encens) ne font que
passer su r la table d ’offrandes devant la divinité ; ce sont
les prêtres, les « p urs » qui les mangent. A vrai dire, on
continue à raconter les vieux mythes (car les Egyptiens
ne parviennent jamais à re je te r une tradition;, et ils servent
de prétexte, après comme avant, à mainte opération de
magie légale on illégale ; mais, par-dessus ces mythes, se
forme une conception purifiée de la divinité et, dans les ra p ­
ports entre les hommes, régne une morale policée, une justice
et un ordre bien établis. Cela aussi est un don des dieux, et,
quoique n ’étant pas eux-mêmes des êtres moraux, ils sont
his protecteurs de l'ordre moral et ils punissent ceux qui
ülTensent cet ordre comme ceux qui transgressent les com­
mandem ents de pureté physique. Cette règle éternelle, cette
justice su r quoi repose toute civilisation, toute association
pacifique des hommes, on l’incarne, de fort bonne heure
dans la figure d’une déesse de la « justice » [Ma al, grec :
Thémis, que l'on rend parfois par i< vérité », mais en se
trompant complètem ent sur le sens du mot) — la lille <ln
maître du monde lîê' et l’éponse de Thout, l'initiateur de
toute civilisation.
Du moins, nous pouvons reconnaître dans hoirs traits
essentiels les circonstances extérieures qui ont présidé à
ce iléveloppement progressif de la civilisation égyptienne.

Les sacrilices p ar le feu no se rencontrent en Kgypto q n ’à ta basse


époque (Ilérud., Il, tîl) sq., cf. En\i \.\, Aeijy/il. liclàjion, A'.) sq..ti00 ;J uxkeh,
.I.Z ., 48, 6'J sq,), et so n t p ar contre étranijers à toute la période clas­
sique, excepté d an s les cas ii où l’on sacrifie à un dieu lointain devant
q u i o n ne peu t pas déposer des m ets n, Hionx, lc;/.v/»f. Del., h8 sq .
I.orsquc les tenijiles du Nouvel Ifiupire nous niuntrent qu'on offre au
COM M ENCEM ENTS DE LA C IV IL IS A T IO N

dieu un vase co n ten an t des charbons e t des m orceaux de viande (spé­


cialem ent des canards et d ’où s’échappent des llammes (E hman, p. 59;
J kolu;«, Rer., 1, 66), il n<* s’agit nullenioiit ici de sacrifices p a r le
feu, ce que la form e des vases suffirait à p rouver; cela signifie seule­
m ent qu'on fait rô tir la viande (c’est aussi l’opinion d’Erman). (If.
K am., Rec., 31, 49 sq., qui souligne avec raison que dans le temple du
soleil de N ew eserré' l’au tel ne m ontre aucune trace de feu et n ’est
pas du tout constru it p o u r des sacrifices par le feu ; on peut dire la
même chose (fe to u s les au tres autels.
II

LES ÉT A T S P R IM IT IF S DE L ÉGYPTE
LES ROYAUMES DES ADORATEURS d ’ h ORUS

Ln Iradilinn.

192. D’après la tradiliou égyptienne, l ’état égyptien a été


créé par les dieux, de même que l univers et ses lois. Ils
ont régné su r l ’Égypte dans les commencements, en p lu ­
sieurs dynasties, qui se sont succédées dans l ’ordre établi par
l'arbre généalogique des dieux (§ 193). Les dieux, toutefois,
n’ont pas été im m édiatem ent suivis par les dynasties p h a­
raoniques qui comm encent avec Menes ; avant ce roi, il y
a eu plusieu rs dynasties humaines d ’autres rois. Q u ’on
ne voie pas ici par h asard une fiction inventée seu lem en t
après coup ; cette tradition rem onte à la plus haute antiquité.
Le papyrus royal de T u rin (§ 162), dont nous n ’avons que des
fragments, fait, semble-t-il, snccéder aux dieux une dynastie
qui régna plus de mille ans, puis 20 rois em brassant 1.110
ans, puis encore 10 rois, dont on a perdu le nom bre d ’années
de règ ne, et d ’autres dont on n ’a conservé, pour le nombre
d ’années, que le chill're 330 ; ensuite viennent 10 rois, em ­
brassant plus de mille ans, puis 19 rois de Memphis ne
comptant que pour 11 ans, 4 mois, 22 jo urs, et 19 rois du
pays du Nord avec plus de 2.100 ans ; en d ern ier lieu, la dy-
L E S ETATS E H IM IT IF S D E L EGYDTE

iiasüe dos « adoi'atoiiTS d ’Uoriis » qui réf^iia plus do 13.420


ans. Chez Manûthon, nous voyons q u ’à la Iroisioine dynastio
dos dionx, ou plutôt des demi-dieux, sncoède, d’abord un c e r­
tain noinbro do souverains cinbrassaut 1.817 ans, puis 30
rois do Memphis avec 1.790 ans, 10 rois de 'l'Iiinis comp-
lés pour 350 ans, enlin les « Mânes » qui eoi'rospondont aux
adorateurs d ’Ilorus (le grecvÉxuEç -f,aiOso; part d’un contre-sens) ;
ceux-ci auraient régné 5.813 ans. Sauf (pielqnes diMéi ences
de détail, le schéma généial, eomitio on voit, est le mêm e.
Il est particulièrem ent signilicatif (|iio dans les doux listes,
les adorateui's d ’Ilorus (m entionnés aussi, assez fréquem ­
ment, par les monum ents égyptiens eomiiK' étant les p rédé­
cesseurs de Mènes et les rois des temps anciens) soient
précédés de |)lnsienrs antres dynasties de rois hu m ain s;
parmi ceux-ci on remai-<pie, à la fin, les rois de .Memphis et
du pays du Nord. Nous n'avons conservé (pie neuf noms de
cos rois de la l!asse-Kgy pte (i-econnaissables à le u r couronne
rouge); ils sont m entionnés dans le fragm ent d e là 1 ^-ligne de
la chroni([uede la pierre de Palermo (li 200), (jui énumérait un
à un tous les rois avant Menus. I.’ancion E m pire a donc pos­
sédé su r cette période des ren seig n em en ts beaucoup plus
complets que ceux (pie nous trouvons au papyrus de T urin
et dans Manéthon. Les chill'res fournis par ceux-ci sont
n e ttem en t contraires à Thisloire, car ils attrib u en t à la plu­
part de ces hommes primitifs une exislonce de heaiicoiip
plus de cent an s; (piant à la tradition fournie |)ar la pierre
de P aïenn e il a pu s ’y glisser aussi, dans la succession des
dynasties, quelques changem ents arb itraires, liés à cer­
taines croyatices mythi(|ucs. Du moins, le tableau général
que nous tirons de ces ren seign em en ts s u r la plus ancienne
histoire d’iigypte, est-il parfaitement d ’accord avec les faits
que nous a p p ren n en t d ’autres tém oignages, et les noms
dos rois de Basse-Égypte conservés parla pierre de P aïen n e
ne sem blent n ullem ent inventés de toute pièce. É videm ­
ment. l’Ancien E m piio a connu noir souleinont une tradi-
L E ROYAUME L E P L U S ANC IEN D E LA B A S S E -É U Y P T E ---- § 193 111

lion, imiis encore les m onum ents et les faits historiques


d ’nne époque de beancoup antérieure à Menus, su r laquelle
nous-mêmes avons beaucoup appi'is par les fouilles. G ^ t
su r ces matériaux, qui s ’accompagnent de légendes et do
conceptions mythiques,((lie se fonde la tradition des origines.

P ou r les données du papyrus de T urin et celles de M anéthou, con­


servées seulenient p a r Eusèbe dans la C/iroa., 1 ,134, v. nia Clirunoioijie.
HS sq., 203 s. et li'ad. ]). 104, 201. — S ktiii:, Beilr. :nr iVIesien Gpsch.
\eiiyj)lnis {Unlevmchnmjen zar Gesch. Aeg.,\]], 1903) a p o rté la lum ière
su r ces « ado rateu rs d ’Horns, Semsott IJôr ii. I,es textes funéraires eu
jiarlenl souventepinm e de m orts bienheureux, c’est-à-d ire contm e les
esprits des rois iléfunts, qui rég n èrent aux origines, niais dont le carac­
tère bisloriqiie est to u t à fait relégué à l'arrière-plan ; d ’où la trad u c­
tion vî’xue; î];jLtOLot donnée par Manétboii. Les nom s conservés su r la pierre
de P aïen n e peuvent diflicilem ont se tran scrire (à peu près : .Ska. Tjou,
Zes. Ouaz'auz, etc.) ; les années des règnes ne so n t pas indiquées.

Le royaume le plus ancien de B asae-Egyple.


Le développement de la reliyion. L e calendrier.

1U3. Quelles étaient les limites exactes de la souveraineté


des anciens rois de Basse-Mgypte? Aucune hypothèse ne pont
l’établir à l’heure actuelle ; mais il est très probable que
d ’autres l oyaumes ont existé eu même temps dans la vallée
du Nil. La prédominance de la Basse-Egypte, aux commen­
cements de l’histoire égyptienne, est n ettem en t reconnais­
sable par la religion. C’est ici le lieu d ’origine do la |)lupart
des cultes qui ont jiris un caractère universel et se sont
étendus à toute l ’Kgypto; c’est ici q u ’on a fondé hr théologie,
ordonné le système des dieux et de l’histoire sacrée, su r la
base de conceqilions originaires de la ville d ’On (fléliojiolis)
et do Busiris, à l ’entrée et au centre du delta. Nous avons
déjà vu q u ’à Héliopolis, ou identilia le dieu local Atoumou
avec le roi d e sd ie u x ,R ê ' (Sj 188). Bê' fut engendré par l’océan
L E S ETATS P R IM IT IF S D E L EG Y PT E

pi'iniilif Nounou ; son filsesi le dieu d e l ’a ir S o w q u i a d iessé


on l ’ail- la vache céleste, en la soutenant de ses bras. A ce
cycle de dieii.v se rattache celui de B u siris; Osiris est le fils
du dieu de la terre G êb et de la déesse du ciel Nout, qui d e ­
viennent les enfants de Sow et de Teféiiet, et Osiris a pour
frère Sêth et pour sœ urs Isis, i.ièrc du jeu n e Horus qui v en ­
gea son père, et Nephthys. Nounou n ’est pas compté ici et
Atoumou, n ’ayaiit j)oint d ’épouse, e n g e n d re ses descendants
par aulo-géncratioii ; aussi Horus, le fils d ’isis, ne fait-il [)lus,
dans ce système, partie des g rand s dieux primitifs. Ainsi
se forme uii cycle de neuf dieux, à la tête duquel est Atou­
mou (lUV); c’est la « grande neuvaine d ’On » que toute
l’Égypte adopte et qui l'eprésente le cycle des g ran d s dieux
cosm iques; plus tai*d les grandes capitales de l ’empire
essayeront d ’y introduire de force leurs pro[)res dieux : IMal.i
à Memphis, Ainon à Tlièhes.

T andis <|iic KiiM.w, At'ffyjtlen, S'i, s., qin* j ’ai suivi (inns mon nîsioirc
d'Kgypte, tient les villes e t les culles de Hassc Êgyi)te p o u r plus rérc n ls
que ceux do la Ilaulc-Kgypte, Maspeuo |§ 178 n.) a dém ontré que h*
culte d’Osiris est au conlrairo issu do Unsiris, et il a analysé on détail
la signification ot l’im portance de ITilnnéado d ’Héliopolis. Voici com­
m ent elle SC com pose, d ’aj)iès la pyram . de iMerenrô', 205 = .XcCerkeiv’
665, e t d ’autres so u rces: Atoum ou, Sow', Tefénet, Géb, Nout, Osiris.
Isis, Séth, Nephthys. Si on a pu relier e t ooncilicr «les élém ents à
l’origino disscm l)lables, c'est parce que Nounou, le père du dieu du
soleil, e t Nout, la m ère d’Osiris, no sont que des variantes do la même
idée fondam entale et que p a r con séquent Nout est aussi la m ère do
Ufi'(§ 487), de même q n 'lsis est aussi la déesse du ciel. De plus, la terre
ot le ciel so n t les enfants du dieu de l'air, parce que colni-ci, dans la
légende où il dresse d an s les airs la vache céleste, était déjà le fils do
H ê'; la p rogression natu relle pour le m ythe do Gêb et de Nout eût
été, au co n traire, que Sow, qui vient rom pre leur réunion prim itive,
fût leu r fils. Un fait qui est aussi très caractéristique, c'est que Ho­
rus n’ap p artien t pas à l’Ennéade, de même qu’il ne prend pas place
au p rès d’Atoum ou-Rô' com m e dieu du soleil; il est clair que lui au.ssi
est un in tru s adm is plus tard . (Pour tes autres détails, cf. m ninlenani
S f.thk, à . Z., 44,26,1.)
I,E IlOYAUME I.F, P L U S A N C IE N 1)E LA H A S S E -É C Y P T E ---- S 1 U 5 lE I

Parm i les suncluaires de la Haiile-Kgypte, il ii’y en


eut que deux aux te m ps anciens qui jn ire n t une iin|iorlance
générale, et tous deux ap partiennent à ce secteur nord qui
forme environ un tiers de la longue vallée du Xil, et qui
était évidem ment en relation étroite avec la liasse-Egypte :
c’étaient Henensou (Ahnàs, Ilerakieopolis), en amont du
l'ayoum,ot]>lus haut encore, dans le nome du Lièvre, Climoti-
nou (Esm ounein, Hermopolis). Dans ces deux villes, ond isait
ipie lié' y avait surgi de l’océan primitif 187) ; c'était près
du te m ple d ’Hcrakleopolis q u ’Horus avait vaincu Sêlli et ses
compagnons (ef. § Itt’J;. Sêtli e s t le dieu du nome du Sceptre
qui confine au sud avec celui d ’Oxyrynche. La cosmogonie.
d ’Hermopolis et son dieu Thoiit sont complètement in d é­
pendants de celle d ’llélio|)olis, comme nous l’avons déjà vu
187) ; cette doctrine a toujours gardé un caractère local;
mais pour tout le reste les deux systèmes de conceptions se
sont souvent pénétrés. C ’est ainsi que llerniojiolis adopte le
mythe de Sow élevant le firmament, tandis que Thout, par
l’intermédiaire duquel s’étalilit l’ordre, s’introduit partout
dans les légendes qui racontent les combats des dieux. Il est
le vizir de Ré'; il réconcilie les frères lloriis et Sêth, guérit
leurs blessures jiar la salive de sa bouche, il [larlage la terre
et assigne à chacun son royaume; il se fait l’avocat d'Horus
fils d’Üsiris, et d ’Osiris lui-même contre Séth lors du procès
pour l’héritage de Gèh, qui est débattu devant le tribunal de
la grande Ennéade d ’Héliopolis, et il aide la jiarole d ’Horus,
« à établir son bon droit » (siiia'a c/irouf) ;.après quoi Horus
devient roi, mais c’est Thout qui lui succède siii le trône, et,
après lui, son éjiouse Ma'at.

P.l.ô. La plus im portante conquête de la civilisation dont


ou soit redevable à l’ancien royaume de Basse-Egypte, et qui,
en outre, confirme et fixe chronologiquement les résultats
historiques acquis ju s q u ’ici, c’est le calendrier. Il est hors
de doute qu’à l’origine, les Egyptiens ont calculé le tem ps
L E S ETA T S E B IM IT IF S I>E L EG Y E T E

puT lunaisuns, alternativem ent de 2‘J et de 30 jours ; cet


usage a laissé des traces dans les cérémonies des fêtes de
la lutie et dans le nom « mois » [ebot) qui marque la subdi­
vision de l’année. Mais, pour un peuple d ’agriculteurs, le
cours du soleil et raltern an ce régulière des saisons sont
bien plus im portants à observer ; la lune a beau fasciner
l’im agination, exciter la superstition par ses aspects chan­
geants, elle n'exerce aucune influence su r la vie pratique.
Toulefdis, il n ’est pas possible, en partant du mois lunaire,
d ’arriver à établir une année solaire fixe et, |)ar conséquent,
d ’assigner une date par le cale ndrier aux travaux agricoles;
on n ’arrive qu ’à obtenir une année mobile, avec tantôt douze,
tantôt treize mois (de 354 à 384 jours) et q u’il faut sans cesse
com pléter par des jo u rs intercalaires. Les Égyptiens ont
probablement essayé d’abord cette m éthode; mais celle-ci
entraîne tant de confusions et d ’ir régularités presque inévi­
tables q u ’un tel cale ndrier finit par ne repondre ni aux posi­
tions de la lune ni à celles du soleil 137). Aussi les E g y p ­
tiens furent-ils amenés à une initiative hardie ; ils renon­
cèrent, pou r établir leu r cale ndrier, à tenir aucun compte de
la lune et adoptèrent l’année p u rem en t solaire; on devrait
peut-être dire jjlus correctem ent : une année rurale qui
serait d ’une d u rée invariable. Us avaient un point de repère
fixe dans l’inondation du Nil, qui est le grand régulateur de
la vie égyptienne et dont dépend le cours do tous les tra-
vau.x des champs. Pur l’inondation, l’année est divisée en
trois saisons d ’égale lo ng u eu r; le tem ps do la crue, echel, de
lami-juin à la mi-octobre du cale ndrier grégorien (c’est-à-dire,
d ’après la position actuelle de nos mois par rapport au
soleil) ; les sem ailles ou hiver, p ro jet, de la mi-octobre au
com m encem ent de février; la moisson ou été, somou, de la
mi-février à juin. Le début de la crue du Nil, après que le
fleuve a atteint en mai son niveau le plus bas, a, pendant
neuf mille ans, coïncidé avec la prem ière apparition de Sirius
égj'ptien Soptel, Sothis), au crépuscule du m alin; c’est ce
L E ROYAUME L E P L U S A N C IE N D E LA B A S S E -É G Y P T E ---- § 196 115

q u’oii appelle le p rem ier lever <le Sirius, qui, pendant tout
le cours de l ’histoire nationale d ’Egypte, ju s q u ’assez lard
dans le prem ier millénaire avant Jésus-C hrist, eut lieu, sous la
latitude de Memphis et de lléliopolis, le l'J ju illet (julien),
et, par conséquent, au quarante-troisième siècle avant Jésus-
Christ, le 15 ju in (grégorien). Ce jo u r fut donc considéré
comme le p rem ier de la saison de l’inondation et avec lui
commen<;a le nouveau calendrier. A partir de ce moment, ou
attribue à chacune des trois saisons quatre mois égaux de
50 jours, abandonnant ainsi toute idée de rapport entre le
mois et la lune. Or l’année solaire com prend environ 365
jours, et on avait du le lem arq u cr depuis lo ngtem ps: on
intercala donc régulièrement, entre chaque année de douze
mois et la suivante, cinq jours supplém entaires [épagomènes)
qui restent officiellement en dehors des mois et par consé­
quent en dehors de l’année (§ 159).

196. L’année do 365 jo u rs ainsi obtenue n ’est pas iden-


ti(|ue avec la véritable année solaire. Au contraire, au bout de
quatre ans, le p rem ier lever de Sirius tombait déjà en retard,
au deuxième jo u r de l’année, et, à p artir de ce moment,
continua tous les quatre ans à re ta rd e r d ’un jour. Néan­
moins, 011 ne modifia plus le calendrier; on ne voulait pas
s’exposer une fois encore à l’em brouiller par de nouvelles
intercalations. D'ailleurs, ce déplacement s’effectue d ’une
façon si lente et si régulière que l’inconvénient qui en résulte
est à peine perceptible dans la vie de l’individu et dans
celle d ’une génération. Au cours des siècles, cependant, le
début do l’année et les « saisons » des cale ndriers se dépla­
cèrent, par rapport au lever de Sirius, à l’inondation du Nil
et à la véritable position des saisons, le long de toute l’année
solaire ; de même, les saisons du calendrier ^.rrivèrent à se
détacher complètem ent de leur base naturelle et ne furent
plus, comme les mois, que des subdivisions arbitraires de
l’année calendérique. Ce n ’est qu’au bout de 1.461 années
116 L E S É T A T S l>R ISrlTII-S D E L ’É G Y PT E

civiles que la fête de Siriiis, la fête sacrée du prem ier de l’an,


coïncida do nouveau, pondant quatre années, avec le prem ier
de l’an de l’année civiles ; c’est ainsi <pie s(^ forma l'équation
l / i t i l années vagues civiles de d(î5 jo urs = 1.460 années de
Sirius, ou juliennes de 3().'> jo urs 1/4. A vrai dire, l’année
solaire véritable, (grégorienne) ne s’accorde pas c.vactement
avec ces chiffres; (die est, comme on sait,u n peu plus courte.
Mais, soit par la précession des équinox(îS, soit par le m o u­
vement propre de Sirius, le lever de celui-ci a égalem ent subi
pendant ce tem ps, cl par rap p o rt à l’année solaire absolue, le
inèiiie déplacement que l’année julien n e; c’est pour cela que
pendant des milliers d ’années, le lever de Sirius e.st tombé
à la même date juliimne, à Memphis, le 1!) juillet (1), et
(]u’Ü a continué à avancer dans ra n n é e solaiia^ absolue (2).
Ceci explique com m ent les E gyptiens p u ren t croire q u’ils
avaient trouvé l'année solaire absolue avec cette année de
Sirius de 305 jo urs 1/4; mais celle-ci n’existait toutefois
((u’en théorie et non dans la pratique, t(t ne se réalisait que
tous les quatre ans, gréee au déplacement de la fête « du
p rem ier de l ’an » ou fête de Sirius.

167. 11 saute auxyeux <|u’on n ’a pu introduire le calendrier


égyptien que dans une année où le p rem ier de l’an civil
(appelé plus tard le jiremier Thout) est lombé le jo u r du
lever de Sirius, le l'J ju illet julien. Ce cas se (iroduisit dans
les années : 4241/0 à 4238/7; 2781/0 .42778/7 ; 1321/0 .4 1318/7
avant Jésus-C h rist et 140./1 à 143/4 après Jésus-Christ, ü r ,
sous la IV^dynastic, qui arriva au trô n e vers 2840 avant Jésus-
C hrist, nous constatons d(qà que le calendrier égyptien et
les 5 épagoinènes qui le caractérisent sont en trés dans
l’usage c ourant; dans les tombeaux, les formules d ’offrandes

(1| Depuis le 1" millénaire avant Jésus-Christ, rannée de Sirius devient peu
é peu plus longue que l’ann<‘e julienne ; te lever de Sirius se déplace donc
vers le 20 juillet et continue à avancer.
(2) En l’an 4241, le 1!) juillet julien correspond au Lï juin grégorien; en 27S1,
au 26 juin ; en 1321, au 6 juillet grégorien.
L E S A D O K A TEU B S o ’ilO B U S E T L E S DEU X ROYAUMES -- § 197

citeiil régulicTeinont les deux fêtes du nouvi'l au, celle de


l’année civile et de l’année de Siriiis. Les textes des Pyra­
mides m entionnent éj^alement celte année, ainsi que le
mythe qui rattache les épagomenes à la naissance des dieux;
prouve certaine <pie ran n ée île Sirins remonte bien jilus
haut que la bellecpoque de l’Ancien Empire. Par conséquent,
e l l e n ’a pu être in tro d n ite q u ’en l’an 4241 avant Jésus-C hrist ;
et ceci est confirmé par le fait q u’à ce moment les saisons
du cale ndrier s’accoi’daient parraitement, dans l’année n o r ­
male, avec les saisons naturelles, et que le lever de Sirins,
le 19 juillet ju lien, coïncida véritablement avec le début de
l’inondation (15 juin gri'gcrien). Nous devons tenir compte
aussi du fait que le jo u r du lever de Sirins sc déplace en
moyenne d’un jo u r par d egré de latitude; il n’a |ui tombei'
le 19 ju illet julien i|ue sous le 30" degré de latitude; il en
résulte que le calom iriera été créé dans le sud du royaume
de Basse-Egypte, dans la légion do Memphis et de Hélio­
polis. D’ailleurs, il se l attache étroitem ent par les mythes
aux divinités du cycle osirien ; Sirius. dont le prem ier lever
amène l’inondation, passe jiour être l’étoile d'Isis, la grande
déesse de la nature qui, en versant une larme tombée dans
le fleuve, détermine l’inondation ; le jo u r de l’an est en même
temps le jou r de naissance de lié', le soleil; il coïncidait
presque avec le sidstice d ’été. On explique l’origine des
5 épagouiènes ou disant que Nout, enceinte des leuvres de
son fière Gèb, avait été m audite par lié' et ne pouvait plus
enfanter en aucun mois, ni en aucune année; alors, rhoiit,
qui l'oimait, joua au li'ictrac, avec la lune et lui gagna un
soixante-dixiéme de tout le temps où elle brillait ; il en forma
cini| jo urs q u ’il ajouta aux 3(!0 jou rs de l’année ; c’est pon­
dant ces jours-là que Nout mit au monde to ur à to ur ses
ciii(| enfants, Osiris et ses frères et sœ urs, auxquels on est
obligé d’ajouter, jioiir conserver ce nom bre indispensable
de cinq, Horus « l’aîné », qui est probablement originaire
de Letopolis (c’est-à-dire qui est le frèi'e de Sêth et non le
LES ÉTA TS P IÎIM IT IF S DE l ’ÉG Y PTE

fils d ’isis, 178). C p récit très ancien (que Plutarque nous


a transm is, De /s ., 12, et dont II est <|uestioii déjà dans la
Pyramide de Neferkeré', I. 751) n’est |>as un mythe inventé
par l ’imagination populaire ni sorti des croyances reli­
gieuses ; c ’est une fiction destinée! à e.\pll(|uer an peuple
l’aspect bizarre de l’année, à lui faire accepter la réforme
hardie p^r laquelle on introduisait cinq jo u r s su p plém en ­
taires l'estant en’dehors des mois et de l’année, et à donner
à cetlo nouveauté une consécration religieuse. On a fait de
ces cinq jo urs (surtout du p rem ier et iln dernier) des jours
de fêtes solennelles. C’est ainsi q u ’ils ont pu s’introduire
dans l’usage et s’y maintenir. Le calendrier nous confirme
donc tant la tradition d 'u n ancien empire de Hasse-l'igypte,
(|ue les hypothèses q u ’on peut tirer de la religion pour
les appliquer à celui-ci, et donne en même te m ps une date
fixe comme point de départ.
Le 10 juillet (julien = 15 ju in grégorien^ de l’année 4241
avant Jésus-Christ, jo u r où le cale ndrier de 365 jo u rs fut
introduit eu Basse-Egypte, est la plus ancienne date certaine
de l’histoire du monde; c’e stan ssi,p o u r nue longue période
de tem ps, la seule qui soit certaine.

Les rirloraleiirs d'Horiis el les deux roijnnmes.

198. La dernière dynastie avant Ménès est appelée par la


tradition celle des « adorateurs d ’ilorus ». On désigne sous
ce nom les souverains des deux royaumes dont la réunion
sous un seul roi constitua l’empire pharaonique. 11 nous
e st facile dès cette époque de saisir la physionomie de ces
deux royaumes, celui du « Sud {res), ou « pays du Sud »
{to sem a') et le « pays du Nord » {lo mehï), car, après la
réunion des deux étals, leurs institutions respectives se sont
LES A n O B A T E U n S d ’h ORUS et les deux royaum es — s 119

mninleniies encore pendant des siècles dans la pratique,


et n ’ont jamais cessé d ’exister en théorie. Ils offrent dans
leur configuration une similitude Irès frappante. L eur fro n ­
tière passait par Dahshoiir (Akautliosi à la frontière sud du
nome de Memphis, environ à cin(| lieues en amont du delta.
Les deux capitales, au co ntraire,so n t voisines des frontières
extérieures de chaque empire ; chacune d ’elles est coupée
par le fleuve en deux villes, dont l une adore la déesse
protectrice du royaume, l’autre le dieu Horus. La capitale
du Sud était dans le troisièm e nome, là où la vallée su p é ­
rieure du Nil se rétrécit, et >in |)eu en aval d ’Edfou, sanc­
tuaire principal d'IIorns en Haute-Égypte: c’est Nechab
(Elkab), dont le grand m ur d ’enceinte, bâti en b riques crues,
rem onte peut-être ju s q u ’à cette époque. Sur la rive orien­
tale était la résidence de la déesse-vautour, Nechbet
^grec; Eileithya) ; en face, à l'ouest, sur une colline de sable,
soutenue par un m u r elliptique (d’où le signe <~r~i ou © qui
désigne la ville) s’élevait Nechen (Hierakonpolis), la ville
d ’Horus, adoré ici sous la forme d ’un faucon accroupi
Quant aux rois du Nord, ils résidaient au nord-ouest du
delta, dans le pays marécageux situé au sud du lac de Bur-
lus ; leur capitale était Tep (Bouto), le siège de la déesse-ser­
pent ^ Ouazit(aux tem ps antérieurs voisine
Pe, ville d ’Horus. L’importance ancienne de ces deux capi­
tales du Nord et du Sud se survit dans ce fait que le « comte
de Nechen et p rêtre de Nechbet », le « ju g e de Nechen »,
ainsi que le « seigneur de Pe », sont au nom bre des plus
hauts fonctionnaires de l’Ancien Empire (§ 222), Le Sud a
])Our blason une plante liliacée | , ^ ; son -roi porte le
titre de soutcni[^) et il a comme couronne un haut casque
blanc (peut-être de cuir) Les arm es du Nord sont le pa­
pyrus ^ J ; le souverain, biti porte une calotte rouge
et plate, redressée à l’arrière, et munie d ’un bizarre fil m é­
tallique ^ . On peut faire rem onter à cette époque une
120 LKS KTATS I’ M IM ITIKS l)K L KCYPTK

»grande de l’apiiandl a<lmniislralif de l’empire pha-


raoni(|ue, avec sa cour, ses f(»iic(ioniiaires, ses magasins
cl trésoreries, et aussi les noml>reux attrihuls du roi, la
lioiiloltc, le lléaii, les différents sci‘ptres, ses litres prolo-
colaires, etc.

P our les Sem sou l.lor, v. ^ l!l*2 ii. S n in; a m ontré (pîe sous la forme
(le inAnes bienheureux où ils co n tin u en t à s<‘ survivre, ou les invo<jne
fiicorc^ à llicrakonpulis et à Houto. S ur la fonne d(‘ l’IIorus de Iliera-
koiipolis, V. //ûTok, pl. 41, Ai, 46, 47. I.cs (extes des Pyram id(îs font
constam m ent allusion aux villes royales Xeclien e t Pe cl a leur im por-
lance dans les deux royaum es. — Dans la pyram ide de Pepi, un l(.*xl(,‘
(1. 684) m entionne les n bitioii de Po » (rois de la Bnsse-Kgypte) ; cC.
S kthe,/Î.Z., 38, 64. — Su J- les nom s des deux royaum es, v. Sirnii:, A.Z., 44.
I-e royaum e du Sud s’ai)pelle jiliis lard, avec l’article, jKiloris; assyj-,
paturisi, IndH’cu □”)"£ ; le Jiom du p a y sd u N o rd , avec l’article, inilomrh,
sem ble conlenu dans les G'nnE;, au tableau des peuples de la Genèse,
10,13, s'î m oins q u ’il nefaillc ch erch er ]dulôl daiiscc m ol, avec Sm;in;j,-
iiEhG, Oriental 1906, n" 3, le sens de <( ceux du della »
(ég. nathoa; assyr. nnlhn, lléro d ., U, 165, vaOw). Les propositions de
Sethe concernant la prononcialion du litre du roi tui Hanle-Kgyple,
.ï. y.., 49,15 sq., pour lequel il préconise la leelurc nj-sivl, me paraissent
très prol)lémati«pies.

IDP. i]e parallélisme (|ui se i>oui‘sull entre les d(‘ii\ (‘tais


('•veille l’idée ([uo c’est une l ace d('*lermince qui a cijnquis la
vallée- tout entière du Nil cl a fondé les deux états, et celte
race doit avoir adoré liorus couiiik* patron, ce ({ue coniirme
le nom donné à cf's souverains par la tradition. Kn fait, ce
culte d’Ilorusost la caracl('*i isti(|ue propre des deux royamiies ;
c’est j)ar eux q u ’llorns est [>assé au ran g d é p lu s ancien dieu
national de ri]gy[>to. Il a conservé la m(une i?iiporlance
sons les riiiniles et on lui dédiait, tous les deux uns, une
grande fêle, célébrée par !<• roi. Dans la llanle-Kgypte, nous
l’avons d(‘jà vu 181 . il ressort claii'emeiit (|u’il n 'est sou­
vent qu'un inirus (^t ([u’il y a peiil-(Hre supplanté un patron
plus ancien, Sétii (^peut-être après I)atailles livrées près de
Herakleopolis cl d ’Oxyrynclios, cf. ^ pent-('‘ti’e aussi le
L E S ADOH.VIEIIEIS u ’ilO llU K ET LES DEUX R O ÏA U M E S ---- ÿ 121

(lieu local (l’E dfoini’est-il devenu I’Hotus scolaire, du disque


ail(-, (|ue depuis l’iiistallation des adorateurs d ’Horus. 11
est donc possible ((ue les royaiiines des adorateurs d ’Horus
soient issus du delta occidental. Dans les doubles capitales,
ce sont les cit('-s d ’IIoriis (pii sont (•videmnient les villes oii
r('side le roi et oii il est co uro nn ('; elles ont une origine
politi(pie, elles sont des sanctuaires du dieu royal, fondées
à côt(‘ de la capitale du nome, bi'aiicoiip plus anciennes et
plus importantes. Dans le royaume du Sud, sur le(|uel nous
snniuies un peu mieux informés par les m onum ents de
l’époque, le souverain est un dieu va'ritable sous forme
Immaine, une incarnation d'ilo ru s, et, comme tel, il porte
un nom particulier, piaicédé du faucon Horus, dresse sur le
plan du palais royal, qui sert de cadiv' aux hiéroglyphes
du nom du roi. 11 ii’cn allait pas autrem ent sans doute dans
le. royaume du Nord. Sur son bandeau royal ou sur la pièce
d ’(Hoffe qui retient sa cbevelnre, le roi porte, comme le dieu
du soleil, une agrafe en forme du serp en t uraeus (!j 191 ;
sur les couronnes, Turaeiis n’apparaît (|ue beaucoup plus
tard); c’est ce nnime serpent que nous voyons suspendu au
disipio solaire ailé, (pii représente Horus d ’Edfou. De façon
générale, llorus est le dieu type de cette époque, et le faucon
sert p a rc o u s é q n e n tà d ésign er dans l’écriture, n o nseu lem en t
le roi, mais tout autre dieu [noiiler) en général. Toutefois,
cet llorus n ’est pas le fils d ’isis et d ’Osiris, mais le grand
(lion de la lumière, (pii lutte éternellement avec Scth sans
arri\ cr jamais à le réduire. Ainsi la plénitude de la puissance
su r la terre n ’est réalisée (pie par ces deux dieux réunis,
d e tte réunion s ’opère dans la personne du roi ([ui, de sou
palais, dirige les destinées des peuples, et répand su r eux les
faveurs ou les châtiments, la bénédiction ou la ruine. 11
si('‘ge donc dans son palais comme l ’incarnation de « llorus-
,Sèth », désignation qui s ’est conservée dans un titre très
ancien de la re in e ; (( celle qui voit l'Horus-Sèth ». Cette divi­
nité (In roi, dont les prem iers traits se sont esquissés proba-
L E S ETA T S P R IM IT IF S D E L E G Y PT E

blem ent à une époque beaucoup plus ancienne, jone un rôle


capital clans la civilisation qui se forme à cette époque, ba
pensée de l’Etat, concentrée dans une volonté unique, d e ­
vient toute-piiissante et trouve dans cette divinité du roi une
expression tangible ; cette personnalité, dont d ép en d en t la
vie et la prospérité de tous les autres hommes, n ’est pas
liumaine comme ceux-ci, mais, au contraire, elle est d ’essence
surhuiïiaine et douée de force magique comme les dieux. Il
y a a in dieu de l’em pire, éternel, dont l’esprit est venu rési­
d er dans le roi, comme il réside ailleurs dans son animal
sacré ou son fétiche ; quand l’animal meurt, cet esprit se
tran spo rte dans un autre ; de même, après la m ort du sou­
verain, il passe dans le successeur de celui-ci, qu'il a lui-
même engendré et que les déesses ont nourri de leu r lait. A
côté d ’Horns et do Sêth, les cultes qui se sont les plus
répandus sont ceux de Neil et de H ath ô r,la prem ière prove­
nant du Noi'd-Uuest, l’autre du Sud. C ’est pourquoi ces
deux déesses, de caractère si dilTérenl à l’origine, ont été
assimilées l’une à l’autre : tontes deux sont devenues les
« maîtresses du sycomore », et, sous l’Ancien Empire, les
femmes dis tinguées le u r ren d en t un culte commun, « dans
tous leurs sanctuaires ».

I/lIo ru s, qui flésij^no le nom du roi, so si l’origino sur un


m orceau de bois recourbé en form e de croissant ; il perche ainsi dans
le « Scorpion », I l i e r a k o n p o U a ^ ^ X , 19, c l aussi dans les enseignes rep ré­
sentées su r le sceptre de ce roi, pl. 26 c, 5 ; de même pl. 84 (cf.
l’article de X e w d e r k v , PSBA, 34, 205 sq.), mais je ne puis tenir pour
ju ste son opinion d ’après laquelle l’épervier dans le titre du roi serait
SI l’origine le signe d ’une trib u (totem), puis le signe du nom e, cl dési­
gnerait le roi comme étan t le « chef » du district d ’H orus (opinion sou­
tenue aussi p ar L o u e t , V l i g y p l e a u i e m p s d i i i o l é m i s m e , 1000). N e w i i e u u v
veut expliquer de la même façon le signe de Ncit dans Neilholop
'é 209 n. — Sous les rois N arm er cl AMencs, ce m orceau de bois est placé
su r la p o rle du palais, mais, chez leurs successeurs, le croissant est
rem placé p a r une ligne d ro ite .— S u r l’uraeus dans la p aru re royale des
tem ps anciens, v. Sciia^KKu, 41,02 sq. — S u r le roi considéré comme
LES ADO RATEURS d 'h O R U S E T L E S DEUX ROYAUMES ---- § 200 123

(( Horiis-SClh » (cf. Pyr. d'Ounns. I. 214 cl 68 sq.) v. ma Chronologie,


p. 133, Irnd., p. 182; Sôth est em ployé com m e titre pour P erjebseo ; le
double nom des doux dieux n 'ap p arait que pour Cha'sechem oui de la
I I' dynastie (§§ 213, 215); p arto u t ailleurs le titre du roi est seulem ent
llorus. C’est une opinion très rép an due que dans ce titre l'un et l’autre
dieu rep résen ten t l'un e t l'au tre royaum e {qu’il y a par conséquent eu
opposition, un royaum e d’H orus et un royaum e de SiMli|; cette opinion
est erronée. Il est vrai q u ’elle s’est form ée déjà chez les Egyptiens de
la basse époque ; mais ce qui prouve q u ’elle n’avait qu’une im portance
secondaire, c’est q u ’ils assignaient ta n té t le Sud à llorus, tan tô t le
Nord à Sôlh, ou in v ersem en t.— S ur l’expansion du culte d’IjatljOr, cf.
aussi la p alette de N'armer, Iliernlmnpotis, pl. 29 e t Boyal Tombs, I., 11,
13 zz 27,71 ; il existe à Berlin une pièce d'ornem ent dans le même genre.

200. Le royaume du Sud nous a laissé plu sieurs m o n u ­


ments datant de sa d ern ière époque et qui ne servent pas
seulem ent à illustrer l ’état de civilisation de ce temps, mais
iloiv entètre considérés comme des monum ents historiques,
au sens précis du mot. Ce sont pour la plupart des palettes
il fard, en scliiste, ayant appartenu de toute évidence aux rois
eux-mêmes, et richement décoi'ées do représentations figu­
rées. Ces monum ents m on trent d ’idiord maintes ressem-
hlances extérieures avec les plus anciens monum ents de Ba-
bylono, par e.\emple,la manière de ren d re les scènes de com­
bats, ledessin desanimaux, etc. Cette ressem blances’explique
parcelle de la culture, par la gaucherie in hérente aux p r e ­
m iers efforts pour rep ro du ire des scènes vivantes ; il en est
d ’ailleurs de môme pour les nom breuses analogies entre
l ’écrilure hiéroglyphique d ’Egyjite et celle de Babylone.
Mais entre ces m onum ents il y a d ’autres [loints de contact :
parmi les animanx apparaissent des monsires hybrides et
fantastiques, griffons ailés, lions allongeant des cous de,
serpent, etc. ; or, ces animaux, et d ’autres encore, s ’opposent
pour la plupart Tun à l ’autre avec symétrie fpar ex. ce sont
des chiens q u ’on place aux deux bords de la palette), ou bien
on les fait s’enlacer l’un à l’a u tr e ; or ces formes passent, à
bon droit, pour caractériser Babylone. On a donc admis sur
I.ES ETA TS P R IM IT IF S D E L EGY PTF,

ce point lino indiieiicc de lîabylone suFTEgyplc etsoii|>çonné


que ce sont des co nquéianls asiatiques qui pcnéti'èFeut
dans la vallée du Nil, a|)poi-tant avec eux les idées et les
formes d’art de len rp atric. Mais, s ’il est nu sujet qui se prête
le moins à parler d ’origine étrangère, c’est bien celui des
adorateurs d ’ilorus, de leu r culte, de le u r Etal ; il n ’y a pas
de dieu qui soit plus authontiquoineut égyptien ([u’Horus,
(|Uoiqu'il n ’ait p énétré ((u’asse/, tard dans plusieurs parlies
de l’Egypte. En revanche, 11 est hors de doute qu’il ait existé
des relations de culture entre l’Egypte et la liabylonie
depuis l’origine do la civilisation. 11 ne faut pas écarter
non plus l’introduction d’élém ents étran g ers, par exemple
de mercenaires, aux tem ps les plus anciens comme plus
ta r d ; rh islo ire de la Habylouie montre à quelle antiquité
rem ontent parfois ces mélanges de peuples. Toutefois, on
ne peut relever en E gypte aucune trace d ’un pareil mélange,
et si l’on e.xamine d ’un peu plus près les monuments, ils ne
conlirm ent point riiypothèse d ’une im portation étrangère.
En effet, l'ordonnance symétrique des ligures (que l’on
retrouve d’ailleurs en Egypte à toutes les épo(|iies)s’explique
plus simplement par l’obligation où était l’artiste de décorer
une palette ovale qui comportait, en sou milieu, une d ép res­
sion circulaire ; on l’emploie pour le fard, ce <|ui est typi­
quem ent égyptien et en usage dans la vallée du Nil depuis la
p lush auteantiquité. Quant aux m onstres fantastiques,la my­
thologie en use couram m ent et il est tout naturel q u ’on s ’en
serve pour dépeindre le monde surnaturel. Mais lorsque ces
monuments reproduisent des plantes et dos animaux réels,
ceux-ci sont tout à fait égyptiens et représentés depuis long­
temps par l’art égyptien ; le style mêm e, en dépit de quelques
analogies extérieures, a un caractère tout autre que dans
l’art babylonien. Ajoutons, comme arg u m en t tout à fait déci­
sif, que la culture babylonienne est beaucoup moins ancienne
que celle d ’Égypte, de sorte que, s ’il fallait admettre une
iniluence de Tune sni l’autre, on devrait au contraire la faire
LES A D O RA TEU R S d ’h O R U S E T LES DEU X ROYAUMES ---- JÎ 2 0 0 125

venir d ’Egypte. Reste à savoir si la c u ltu re d e la Habylonie


dans scs comm encements, fut dépendante de l’Egypte ; la
réponse ne sera possible ({ue loi'scpje l’on aura loul d ’abord
délerminé les formes les plus anciennes de l’écriture lialiy-
lonienne, et cela avec une précision suflisante j)Our établir
une coui|>araison <les signes miiiiiticuso cl approfondie
(C f. § 2 2 'J ) .

l.esp alcU csd ü schiste d o n t il est question ^cf. § IGt) ii.) sont, ap. IJiera-
konpoîis pl. 28 = Lvksck, P.s7i l, 22, pl. 3 ; Cvi>\in , p. 224 S(|., la palette
des girafes, bm.ia:, pl. 7 ; le recto de la palette de \ a r m c r (| 208),.
planche jinbliéc p ar B éakditi’., Mtfiiuin. de IWr. tics inscr., X, et en
o u tre d 'au tres petits objets, dans pl. 8 ; le m anche de couteau
aj). de Moikjvn, Hccherches, II, pl. 5 ; P eiuik , Diospolis, 20, 20 ; Capaut,
pj). (>8, 90. S ur la p alette des soldats aussi (S 167), il y a deux taureaux,
dont les parties an térieu res se com binent en une ii{jurc fantastique
<jue l’on retrouve su r un m orceau d ’ivoire du Moyen Kinpire e t sous
form e de hiéroglyplic (Xamm .k, liec.^ 22, 109). Quel(pies-uns des cylin­
dres les plus anciens p o rten t de ces m onstres h>bridos(Xi;wui;uav, Sm -
rubs, p. 49 ; s u r ce point encore, Kvaas, J. Hcll. Sincl., 17, 1897, adm et
rinnuen ce Imbylonienne) e lo n les voilsouvent su r les sceaux en forme
de boulons à p artir de la VP d yuaslic (5^ 291) ; com m e ces figures de
fantaisie sc prêtaient très bien en clTct á faire des m arques de pro­
priété, on les a toujours g ardées d ans l’a rt de Crète, d ’Asie Mineure
et de Rabylonc. En Égypte au co ntraire, on les a vile abandonnées,
sauf le grillon cl le sphinx. S u r le grilïon ailé de l’Égypte, qui a un
corps de lion, une tète d ’oiseau e t des ailes, et qui dilTère absolum ent
(lu grition-lion de Hubyloiie (d o n t la tète est d'un lion et la partie pos­
térieure d ’un oiseau) et du grifîoii-serpeiit, v. l ’iuxz, a rt. Oryps dans
P\tL\-W isso\vA, VII ; après l’époque de Mènes, on ne trouve plus que
très rare m e n t des figures fantastiques de ce genre, jiar exemple isolé­
m ent à Bemliassan ; nous c.xceptons naturellem ent les textes m agiques
et funéraires. — Les assim ilations qu’on a tentées autrefois en tre les
hiéroglyphes de l’Égypte et ceux de Babylone, en tre les pyram ides et
les tours des tem ples à Babylone (et nous passons sous silence les
essais de llom m cl po u r identifier les m ythes et les dieux) nous m on­
tren t avec quelle prudence on d oit poser la question des dépendances
historiques. 11 se rait aussi aventureux, par exem ple,de com parer l’élé­
phant rep résen té à Jlierakonpolis, pl. 6, 6 = pl. 16, franchissant les
cim es des m ontagnes, e t à Koptos gravé au revers des statues de Min
126 LES E TA TS P R IM IT IF S D E L E G Y PT E

(§ 171), avec les ligures analogues que nous connaissons en Asie


Mineure ; en tre celle-ci et les prem ières il n’y a iialurclienieiit aucun
lien. Cf. aussi §1102 u. — Il y a m atière à un rapprochem ent sîir ilaiis
le fait (dém ontré p ar llitoz.M, Vba' dns Hier ini nllen Hnbyionien niai
Aetjypien, {\ii:eiijer der Wiett. .1/*. P/u’/., CL IÎH8, De/..) que les liai »yIonien s
com m e les ég y p tien s connaissaient depuis très longtem ps la bière, et
la préparaien t de la môme façon avec la drèclie de m alt m orcelée et
mise à ferm enter rians t'eau ; llro zn y indique aussi une sorte tic bière
dont le nom sém itique est /dqoa, ce qui concorde avec l’égyptien lu// ;
il m ontre de même que l’égyptien bulrl « épeautre n est identique
avec' le babylonien bonloullou ; mais sa conclusion, d ’après laquelle
ce seraien t les É gyptiens qui o n t em prunté auv au tres (il p rétend
que hîqon dérive de lidtjoii, « m élanger a) n’est nullem ent prouvée.

20J. Aux scènes de la vie réelle, gravées sur les palettes


à fard, s ’ajoute la représentation, (|iie j ’ai déjà plusieurs fois
mentionnée, des g u e rr ie rs partant p o ur la chasse (§107). Nous
faisons un pas en avant avec une autre palette do schiste,
décorée, su r un côté, de deux girafes, et sur l’autre, d ’un
champ de bataille. Des cadavres de g u e rr ie rs nus, dont la
plupart portent des chaiiies, gisent à terre ; l’un est dévoré
par un lion, l’autre est la proie de vautours et de corbeaux ;
au-dessus, apparait un Egyptien à rolie longue (c’est
jirobablement le roi, la tète a disparu, (jui conduit un pri
sonnier nu et enchaîné, auquel on a attaché une pierre au
cou. Plus haut encore, nous voyons des enseignes portant
le faucon llorus et l’ibis, et ces e n seign es allongent des
bras et des mains pour saisir les p risonniers nus. Cette
tablette, évidemment, est déjà un monum ent commémoratif
de certaine grande victoire. Nous som mes également en
pleine histoire avec le fragm ent d ’une a u tre p ierre dont le
revers m ontre des tro up es d ’animaux au pâturage ; bœufs,
ânes, béliers, parm i lesquels s’élèvent des arb res ; s ur l’autre
face, on voit sept m urs d ’enceinte couronnés de cré­
neaux ; ils renferm ent, outre des niasses carrées qui sont
des maisons, les arm es héraldiques de certaines villes ; un
hibou, une plante, deux homm es qui luttent, deux bras qui
LA FO R M A TIO N D E l ’É C H IT U B E — I5 202

se lèveiil (le signe syllabique Aa), ete. ; et voici que des ani­
maux liéi'aldiques, munis de hoyaux, sont occupés à démo-
Ht ces iiiui-s ; de ceux-ci, on a conservé le faucon, le lion,
le scorpion, deux faucons su r des enseignes. C ’est là une
description pu rem en t symbolique d’une g u erre, où un
certain nom bre de nomes alliés — on distingue à ses deux
faucons celui de Koptus — ont compiis et détruit sept loca­
lités. Une troisième palette à fard exhibe su r ses deux faces
un taureau, symbole du roi victorieux, (|ui perce à coups de
corne un ennem i renversé à terre ; cet adversaire est dis­
tinctement un Kgyptien portant le costume décrit plus haut
(§107). .Vu-dessous, on voit d ’un coté deux m u rs d ’enceinte,
avec le nom de la ville ; de l’autre côté, cinq enseignes
munies de mains (deux loups, ibis, faucon, et le symbole de
Minou de l’anopolis) em poignent une corde au bout de
laquelle un ennemi e s ta n ie n é ; le reste du morceau manque.
Telles sont les plus anciennes sources de l’histoire d ’Egypte ;
il s ’en ajoute d ’autres qui portent déjà des noms de rois et
de véritables signes d 'écriture (§207); elles nous ont con­
servé les noms de quel([ues rois qui furent les derniers sou­
verains du Sud.

Los palettes de schiste d o n t il vient d’être question sont ; 1. Ltiaa;,


/'X/i.t., 22, pl 7 ; C vi'AitT, pp. 230-233 . 2. S t r im îo iik f dans les ÆfjypUaco,
p. 123 = DK Mokc\>, HecUi'f., II, pl. 3 = /*N’/i.t., 22, pl. il = C ai' a u t , VArl
ctjyp iien , p. 228 s. ; 3. S i e i .a d o u f f , p. 12G = liC ll , XVi, pl. t = d e M o iio a a ,
II, pl. 2 = P S n . i . , 22, pl. i = C a f a u t , j i . 234sq.

L a form ation de l'écriture.

202. Les d erniers m onum ents que nous avons examinés


témoignent d’un p rogrès ; au lieu d'employer dans un but
purement décoratif des figures et des scènes em pruntées à la
vie, comme su r les peintures des vases préhistoriques (§ 172),
LES E TA TS P R IM IT IE S IlE L E G Y P T E

OU il essayé d ’exp rim er des symboles par ces im ages, de


fixer par elles tout le développement d ’une action et d ’on
faire saisir le sens an spectateur. Ce sont ces d erniers essais
(|ui préparent l’écriture égpytienne, et celle-ci a été inventée
sous le règne des adorateurs d ’Ilorus, puisi|ue, à l’époque de
Mènes, nous la trouvons déjà pleinement développée.
L’écriture est en g erm e dans ces im ages très anciennes,
dans ces dessins symboliques au trait où nous avons déjà
reconnu des reproductions de bateaux, des blasons de nomes
et de localités, puis encore des amulettes, etc. ; quant à ces
combinaisons de lignes varices que l’on trouve à toutes les
époques su r les tessons des polci ics iSj 172 n.j, ce sont aussi
probablement des m arques de propriété. \'e r s la fin de
l’époque préhistorique, on eiu|)loic, comme sceaux, des
cylindres ; ils sont ornés de figures anim ales et bumaincs
(parmi lesi|uelles parfois dos monstres fantastiques), de
branches et de traits ; on les imprime, en faisant rouler le
cylindre su r l’argile molle qui sert de bouchon aux cruches
de vin, d’huile, etc. On utilise aussi comme signes symbo-
li(|ues les attributs, sceptres et couronnes des dieux et des
rois, et les représentation s figurées de la divinité en g é n é ­
ral. Dans tous ces cas, en elFct, l’objet figuré se rt en meme
tem ps à personnifier une idée, et c’est dans le symbole (|uc
réside sa signification. Cela devient très clair lorsque
l’un met entre les m ains du dieu ou du roi l ’Iiiéroglyphe
do la vie ou d’autres signes pris comme amulettes. Voilà
les idées (|ui ont conduit aux re|iréscntations (|ue nous
avons vues su r les palettes de schiste ; elles prétendent
moins reproduire un événem ent que provoquer par leurs
im ages une traduction en paroles ; au trem en t, elles n ’a u ­
raient pas de sens. Elles ressem b lent aux débuts île l’écri­
tu re chez les Indiens. Ce g enre de représentations sym­
boliques, qui ne sont pas les im ages d ’évcnem enls réels,
mais qui cherchent à exprim er une pensée, s ’est maintenu en
E gypte à toutes les époques ; il y en a des exemples nom-.
L\ ForniATioN DE i.’ÉcRi n lu-: — ^ 202

b r c u x : a in s i la s c è n e o ù P h a r a o n f r a p p e d e so n g la iv e le s
r e p r é s e n t a n t s d e p e u p le s é t r a n g e r s , j e t é s à t e r r e , o u c e lle de
la r é u n i o n d e s d e u x p a y s , e tc . L e s s i g n e s s y lla b iq u e s q u e
c o m p o r te l ’é c r i t u r e d év < ;lo p p ée o n t é g a l e m e n t la m ê m e o r i­
g in e . O n l e p r é s e n t e u n m o l u n e id é e ) j)ar l ’im a g e d ’u n
o b je t o u d ’u n e a c tio n q u i d é s ig n e c e m o t o u c e lte id é e ; p a r
e x e m p le , « a lle r » s ’e x p r im e p a r d e s ja m b e s e n m ouve­
m e n ts A , u n e a c tio n v io le n te , l ’id é e d o fo rc e , e tc ., p a r un
h o m m e q u i fra p p e ^ ; le fa u c o n d ’H o r u s d é s i g n e H o r u s , m a is
a u s s i « d ie u » o u « ro i » 1 9 9 '. K n s u ile , o n e m p lo ie le s im a g e s
p o u r d é s i g n e r d ’a u t r e s m o ts q u i c o n t i e n n e n t le s m e m e s s o n s ,
p a r e x e m p l e l ’o ie .sc/ s ’e m p lo ie a u s s i j)o u r le m o l .se « fils » ;
l’(eil i r l s ’e m p lo ie a u s s i p o u r //• « f a i r e » ; le p a n i e r pour
/leù, « s e i g n e u r » ; la m a is o n p e r p o u r /)/* /, « s o r t i r d e h o r s ».
L e s h ié r o g l y p h e s d e vill<*s, q u i so n t su r le s p a le tte s de
s c h i s t e , c o n t i e n n e n t s o u s u n e fo rm e h é r a l d i q u e , le s c o m m e n ­
c e m e n t s do l ’é c r i t u r e d e s s y lla b e s e t d e s m o ts ; c e lle -c i e s t
au ssi en g e rm e d an s r é c r itu r e d es n o m s d e r o is le s p in s
a n c ie n s .

On croyait autrefois qin* ce cylin<lre, percé d ’un li on el attaché à un


lien, qui servait à im p rim eries sceaux, était caractéristique de la Bahy-
lonie, m ais il app araît m aintenant q u ’il rem onte en Lgyple à un temps
|)OUi* le moins aussi ancien. I.es sceaux en form e il<‘ scarabées n’eii-
tren l en usage que peu à jieii sous le Moyeu Kmpirc. S u r ce sujet on
général, cf. le grand recueil systém atique de : Smrabs, d906.
Li* m ot égyplien qui veut dire sceau, c///« ),aété, il est vrai, eu usage,
cliez les .Sémites occidentaux, mais com m e il différé com plètem ent
du mol babylonien kounoukhou, il n’y a aucune raison'de croire à un
em prun t de la part des Égyptiens. Les sceaux les plus anciens, ornés
de, représen tatio n s figurées {v. p ar ex. P stiuk, lioynl Tomès, II, 13, 94 sq.,
11,101 sq.) font place peu à peu, sous les prem iers rois, à des sceaux
gravés de signes «l’écriture. — H eprésentation de la fabrication d’un
cylindre, q u ’on perce d ’un trou, sous la V® dynastie, dans N ewbiuuiy,
2T,2S0. 1! est plus aisé m aintenant de se rendre com pte de la
manière d o n ts’csl form ée ré c ritu re égyptienne e td e la com binaison de
lieux principes opposés, grâce d ’une part aux textes des Pyram ides, qui
nous p résen ten t la form e la plus ancienne d ’une écriture à peu près
l.liS KTATS I'lll.M l'm -'S 1)K L L ilY l'l'K

liiiivm cnt pliotK'lique, gi’iice il’aiiti’C pari aux mcmnim'iils les pins
anciens, <pii donn en t la'jirem ière |■orllle de réeritin-e syllaho-sym bo­
lique, oii la valeur plionétiipie, n’esl que sons-enlcitdnc. An leinps de
Mene.s, le sysb'-nie d'écritn re est déjà otmiplel.

203. Kii suivant cetto voie, les Ixgyptii'iis anraloiit pn


arriver à une écritiin! cnmpusée uiii(|uem('nl de sig m s-
mots, dans le geni'e de l’oerilure chinoise ; on réalité, le
|)iiigrcs n’est pas grand de|uiis les im ages dessinées sur
les |)aleltes <le schiste jus([ii'à C (‘S représentations, su r les
tabliis-anuales de Alenes et de ses successeurs (§ 200), où les
mots I l e sont encore écrits (|u’en partie et où presque tout
est indiqué |iar signes symboliques. Cette m anière d ’expri­
m er par signes l’idée principale, senlement, et non jroiiit le
son complet dos mois d ’iiiie phrase, continue d ’être em­
ployée, luêléoà de véritables signes d ’écriture, dans une écri
lure hiéroglyphiipie abri’gée, tidle que cidle employée, par
exemple, dans la chronique de, la p ierre de Palermo, dans les
courtes légendes ih's tableaux des ti'inples et des loinbeaiix,
dans les litres protoeidaires, les form nlesdes oll'raiides, etc,;
elle s ’e s t ’niaiiitenue en usage jiis<(u’à la plus basse époque,
ÎSéaiimoins ce n ’est pas ainsi ({ue s’est développée l’écri­
ture priqirc' des ég yp tiens ; bien plutôt elle se fonde sur
une' des (ilus g ran des découverles, une des plus riches en
conséquences ijii’il ail élé donné .à l’homm e de réaliser. Us
ont recoiinn que tout langage humain est constitué par la
combinaison il’un petit nom bre de sons et qu'il suffisait par
eonséquent d’atlribiier à chaque sou, un signe déterm iné,
pour pouvoir écrire chaque mot et chaque phrase, A vrai
dire, ils n’ont chinsi de signes, 24 en tout, que p ou r figurer
senlem ent le s((iielette des mots, les consonnes, qui, en
égy|)tien coiniiie en sémiti([ue, sont les su pp o rts essentiels
de la signification du mot. Les signes-images employés pour
cela sont tantôt des mots, (|ui ne renferm ent q u ’une con­
sonne, tantôt d es figures assez arb itra irem en t choisies ; et il
LA F O R M A TIO N D E L E C R IT U R E g 2o:{

faut ([lie le lecteur ajoute, d’après le contexte, les voyelles


qui m anquent et qui servent su rto u t à exprim er les nuances
p;rammaticules (:l). Avec ces signes on peut donc écrire tous
les mots. Toutefois, on n’a jamais employé l’écritu re alpha-
béti([ue [)ure. Pour beaucoup de mots et syllabes, on use,
soit en même temps, soit exclusivem ent, d ’autres signes
représentant des combinaisons phonétiques plus complexes,
et, en outre, on ajoute à la fin des mots, pour re n d re leur
sens plus précis, des signes destinés à l’œil (déterminatifs),
qui re p ré se n te n t soit l’im age de l ’objet lui-même, soit indi­
quent tout au moins à quelle catégorie d ’idées ces mots ap­
partiennent. Ces idéogramm es qui, dans l’écriture abrégée,
peuvent s ’employer à la place des signes phonétiques, sont
issus de l’écriture symbolique dont nous avons déjà parlé,
de même i|iie la plupart des signes syllabiques, l ’eu à peu,
ils ont pénétré en nombre toujours plu s grand même dans
l’écriture employée pour les livres, jiarce q u ’ils facilitaient
beaucoup la compréhension du sens. Les signes-images ont
continué d ’être employés su r les matières dures, bois, ivoire,
[lierre, sceaux, et ils sont exécutés souvent avec un art mi­
nutieux. Au contraire, pour les besoins de la vie courante,
pour écrire su r cuir, su r argile et su rto u t sur papyrus (et
aussi p o ur les inscriptions au trait, ou peintes sur pote­
ries, etc.), s ’est développé une cursive, dans laquelle les
signes-im ages sont indiqués par des traits abrégés : c’est
l'écriture que nous appelons hiérati<(ue.

Une écriture cursive tracée à l’encre, existe déjà sur les tessons de
poteries. R o y a l T o m b s 1. tO ; B e l K h a l l a f , pl. 28. On peut citer dans ce
genre les tessons de Ka (§ 211), R o y a l T o m b s , 11, 13, A b i/d o s , I, 1-3.

(1) Au temps le plus ancien et dans l’écrilure abrégée, les consonnes ser­
vant à exprimer les nuances grammaticales, les prépositions, etc., sont sou­
vent omises ; souvent aussi le siiuelette consonantique du mot est lui-même
abrégé.
L E S ETA TS P R IM IT IF S D E L E G Y P T E

Le plus ancien développement du cnlle des morts.

204. Le, culte des morts lui aussi, sous la forme typiqu
où il s’est maintenu pendant une période de civilisation
égyptienne qui a d uré 35 siècles, est en g erm e dès l’époque
des adorateurs d ’Horus. Nous avons étudié plus haut (§ 170),
les formes ancie nnes de la sépulture. L ’ensevelissem ent
s’associait déjà à des croyances précises : on pensait que les
esprits continuaient à vivre dans l ’au-delà, dans le royaume
du « p rem ier de ceux qui vivent à l ’occident », c est-à-dire
de Chonti-amentioii, le dicu-cliien, et on parlait des beaux
champs Jarou où les défunts continuent leur vie lerrestro,
cultivent des champs dont la fertilité est centuplée, navi­
g uent su r les canaux, se p rom ènent su r des chemins om­
breux. En même tem ps, l’àme [Oui) et l’es|)rit [ka) restent
actifs au près de la tom be: ils désii’ent re to u rn er dans le
corps du défunt, reprend re possession des m em bres et des
os disjoints; ils voudraient m anger, boire, se réjouir et s’en
aller rôder su r la terre, avec toute la liberté de l’esp rit qui
p eut « revêtir toutes les formes q u ’il lui plaît ». Des for­
m ules magiques devaient aussi accom pagner la mise en
terre. T outes ces croyances se révèlent avec une force e n ­
core plus g ran de lo rsqu ’il s ’agit d’un souverain, su rto u t à
partir du mom ent où nous nous trouvons en présence d ’États
développés comme ceux des adorateurs d’Fforus. Puisque le
roi est, de son vivant, un dieu su r terre, le dieu île la lumière
Horus, il ne peut pas [lartager après la m ort le sort des
autres moi-tels ; au contraire, il va rejoindre dans le ciel lu­
mineux les dieux auquel il est pareil; pu isq u’ils l'ont en g e n ­
dré et p rotégé, comment l ’abandonneraient-ils dans l'avenir.^
Les portes du ciel lui sont ouvertes et, dans le firmament
nocturne, il apparaît comme une étoile parm i d ’autres
L E P L U S ANC IEN D É V E L O P P E M E N T D U C U L T E D E S M ORTS ---- § 2 0 3 133

étoiles; m êm e, il est parmi les astres « im périssables », les


constellations circumpolaires qui ne descendent jam ais sous
l’horizon (§ 22(j); ou bien, il entre dans la barque solaire de
Rè', et il vogue tout le lo ng du jo u r su r l’océan du ciel.
Certes, dans ce sombre royaume de la mort et des ténèbres,
bien des dangers le menacent de la part des malins, des fan­
tômes et des dieux jaloux; aussi faut-il songer à le p o u r­
voir de formules magiques de toutes sortes, d ’amulettes, de
charm es et de rites (jui lui confèrent un pouvoii' sur tous
les dieux. Ces formules sti ra|>portent toujours aux mytlies
des dieux, et se complaisent pour le reste à des descriptions
toujours renouvelées du monde des esprits et de ses mys­
tères.

205. A ces idées se mêle une autre iniluence, celle q u ’exer


déjà la légende d ’Osiris, sous la forme q u ’elle vient d ’ac­
q u érir (§ 19.'!, sq.). Le dieu m ort de Busiris avait été
transformé depuis longtemps en un roi puissant qui avait
régné dans l’antiquité, et tout le monde connaissait ses aven­
tures merveilleuses, q u ’ou mettait en scène à ses jou rs de
fêle, ainsi que le [)onvoir bienfaisant et mystérieux q u ’il
exerçait du fond de sa tombe. Si Osiris a succombé à la per­
fidie de Sêth et a di'i descendre dans le royaume de la
mort, il eu ira de môme de son successeur, le roi terrestre.
Mais Osiris a un fils, que, d ’après une version de cette légende,
il engendra d ’Isis, dans son tombeau même, après sa m ort ;
cet Horus a vaincu les ennem is de son père, fait triom pher
la cause d ’Osiris avec l’aide de ï h o u t , a rassemblé les lam ­
beaux du cadavre dém em bré et leur a rendu la vie par la m a­
gie. Aussi, Osiris règne-t-il désormais, justifié et trio m ­
phant, non seulem ent dans le royaume des esprits (c’est pour
cela q u ’on l ’a confondu plus tard avecChonti-amentiou), mais
aussi su r terre, où il déploie une activité nouvelle, quoi­
q u ’il ait les apparences d ’une momie et d ’un dieu mort.
Chaque année, à Busiris, on érige à nouveau le pilier qui
L E S ÉTA T S P M IM IT IF S D E l ’É G Y P T E

symbolise la colonne vei-tébrale du dieu cl (jni est poiiTle


monde un f;a<çe de duroo et d ’o rd ie éten iel. Les choses se
passeront de mémo pour le roi défunt, à condition (|ue l’on
connaisse les formules et les rites employés autrefois pour
Osiris et q u ’on les applique à son su cces seu r; alors le roi
triom phera de tous les ennemis et de tous les danfçers et
m ènera p o ur l’éte rnité, dans le inonde des esprits, une exis­
tence b ien h eu reu se. C'e,st pourquoi on s’adresse au roi d é ­
fu nt en disant « cet Osiris », et, dans les formules magiques,
ou l’introduit comme l'Osiris véritable, par fraude pour
ainsi dire, parm i les dieux. Ces conceptions se mêlent
avec celles que nous avons déjà exposées sur l’admission
du roi défunt dans le inonde des astres; par la suite celles-ci
ont été com plètem ent im pi'égnées des cro iances relatives à
Osiris. C’est d ’elles encore (|ue sont issus les textes ma­
giques et le rituel q u ’on récitait su r le cadavre du loi dé­
fu n t; ils nous ont été conservés dans les pyram ides d ’Ou-
n a s e t de plusieurs autres rois de la V I' dynastie et nous les
appelons u textes des Pyram ides ». Plus tard, ils lu ren t r é ­
cités aussi pour le commun des mortels, et complétés pour
eux jiar des formules appropriées. Ce pas fut-il franchi dés
l’époque des adorateurs d ’Horus ? Cela est très douteux,
mais ce qu ’il y a de sûr, c’est que les prem ières formules de
ces textes to ut au m oins rem ontent à un te m ps bien anté­
rieu r à Alcnes. Il est à rem arq u er <|ue ce sont les croyances
et les cultes de la liasse-Egypte qui p rédom inent dans les
m ythes et figures de dieux do n t il est question dans ces
textes ; ceux-ci corrigent donc dans une certaine m esure le
caractère incomplet de nos sources, qui se réd u isen t |)resque
toujours aux seuls documents de la Haute-Kgypte.

Les textes des P yram ides ont été découverts depuis 1880, ])uhtiés et
trad u its p ar Mvsi' f.uo, Her., Ill sq. = Lea iiiacripliona îles Pi/ramiclea
lie Sak-knra, 1894; depuis, dos parties détacliécs ont été étudiées par
lieaiicoup, ou particulier p a r ' Eiiman et Setiie; celui-ci eu a publié
réreinuien t une nouvelle édition critique tPjirnmiilenle.rle). Ces textes
L E P L U S A N C IE N D E V E L O P P E M E N T DU C U L T E DES M ORTS — ^ 2 0 5 1S5

oui fait la lnmii'‘re siirla lonjino |)éi‘lo<lc (jui j)ri'.[»are le culte des m orts
on l-lgy|)(e, et ils ont m ontré qiio leur point do «léparl n ’est iiullcmeni
la doctrine osirieiine, mais que eollo-ei, an contraire, iTcsl (pi’iine des
formes diverses dti culte, qui a élonfié peu à p(ni foutes les anli’cs, et
même d ’an tres idées plus anciennes. I^neparliodc ces textes rem onte
à des tem ps Irês reculés, jusq u 'au x adorateurs d'IIorns m n),
tandis que d ’au tres sont beaucoup plus rccenis cl redisiés seulement
sous les M emphites, (cf. Krmax. t.Z .,*29,3D).Nous pouvons sans hésiter
a tlrih n e rà l'ép o q u ed es adorateurs d'H orns les conceptions fomlanien-
lales. Plusieurs textes, jpioique inscrits dans les tonilies royales, iic peu­
vent s'a[q)liqner à un roi, p ar excmi)le le texte su r le déim it justifié,
Human, 75, (cf. « il n’a {)as ontra^o* le l’oi )i,et aussi la m ention
qui est faite du dieu do « la ville », patrie du m ori). Au contraire, nue
grande p a rt des cha|)itrcs fut com|»osée cxclusivcmcnl poiii- le roi. Üc
même le souci d 'équiper le cadavre avec des aniulettes, etc., ne jicut
SC rap p o rter à l’oi-igino q u ’au roi (H. Scii.i-uiat, i . / . , 43,00)..le reconnais
que l’opinion de conlre laquelle j ’ai résist<* [icudant long­
tem ps, e*st absolum ent ju ste , saviu'r: ces textes et les idées qu’ils con­
tiennent ont pour o b jet à r<u-igine le i-oi seul, (ui im rliculier son iden­
tification avec le bienheureux roi Osiris, et aussi sa réapparition sous
form e d ’étoile ; c ’est seulomeiit plus taial (juc e<*s privilèges furent
appliqués aux grands favorisés p ar le souverain, puis à tout lo reste
du peuple. — P o u r savoir <oinm ent les textes osiriens s<î sont mêlés
avec d ’au tres, au.xqiicls l'idée osirienne était cinuplctem ciit é tran ­
gère à l’origine, cf. pai* exemple lOoian , />n* S p riic /if von dev liim m e h -
(/("dlin, dans les .l{gtfpliacn, p. 10 sq.
III

L EG Y PTE SOUS LES T H IN IT E S

Les prédécesseurs de Menes.

20U. Le roi Meties, oiiginaiie de Tliinis en Haute-Kgyj)to


et fomlateiir de la premièi-o dynastie, est regai'ilé par tonte
la tradition comme le prem ier souverain d’Égypte (luionvn'
la série continue des pliaraons. Gomme il fallait trouver
une raison j)our ex pliq u er une entrée dans l’Iiistoire aussi
marquante, on supposa que c’était lui (|ui avait « réuni les
deux royaumes », et p ou r la prem ière fois associe su r sa
tête la couronne rouge et la couronne blanche. P résen tés
sous cette forme, les faits ne sont probablement pas exacts,
car un certain roi Narmer, qui porte déjà les deux co u ­
ronnes, fut probablem ent nn prédécesseur de Menes ; mais
il se peut que l’évolution commencée sous ce lèg n e ait été
menée pai' Menes à bonne lin. La réunion fut Pieuvre du Sud ;
c’est pourquoi, dans le protocole, le royaume du Sud est
toujours nom m é avant celui du Nord. Des doutes su r la
réalité histori<|UC de .Menes et de ses successeurs immédiats,
furent souvent exprimés autrefois ; rien ne les justifiait,
pas mêm e le fait, q u ’en dépit des recherches, on ne décou­
vrit, pendant longtemps, aucun vestige dos p rem ières dynas­
ties el que les plus anciens monum ents, alors connus, ne
L E S P R É D É C E S S E U R S D E M EN ES — ^ 206

reiiioataieiit pas, sauf la pyramide à degi’és du roi Zoser, au


delà de Snofrou et de la IV" dynastie. Les choses ont changé
depuis 1890 ; dès lors, on a ramené à jo u r de nombreux
restes des premières dynasties et du roi Menes lui-mème.
Entre autres, on a trouvé beaucoup de petites tablettes
<rébène ou d iv o i re portant mention des événements
advenus en certaines années {cï.^ 100), fêtes, g u erres, cons­
tructions, et qui servaient, en même, t(‘inps, à désigner
raiinée. Une chronique su r pierre, de la V" dynastie, dont
nous avons déjà parlé au § 192, et dont un fragment (‘st con­
servé à P aïen ne, donnait à partir de Menes, une liste com­
plète de ces notices annuelles, et, si la p ierre eut été con­
servée intacte, nous aurions (“h elle un résumé continu de
l’histoire des prem ières dynasties. Là donc, nous som mes sur
un terrain solide, quelles que soient encore les lacunes de
notre savoir, nous voyons se dessiner devant n o u s,en traits
palpables et historiques, l’antique silhouette de l’cm|)ire
égyptien.

La découverte des m onum ents dos deux prem ières dynasties com ­
mence avec les fouilles d’AMKi.i>KAi; <lans la plus ancienne nécropole
(Uinm el Gaab) située dans le d ésert, en arrière d ’Abydos (d895 sq.) ;
c’est là que plus la rd on venait a d o rer le tom beau d ’Osiris dans
le tom beau du roi Client (§211). Les fouilles (I’A mélinkai oui élé
mal conduites, et publiées de façon tout à fait insuffisante (Le iombam
f/’OiiiriV, 1891) ; Les nouvelles Jonilles d'Abydos, I, II 1899,1902). (”est
P ktuik qui, en recom m ençant les fouilles, nous a fait connaître ces
m atériaux, du moins ceux qui n’avaient pas été d étru its en tre tem ps.
{Royal Tombs, I, II, 1900 s.; supplém ents dans Abydos I-lll, 1902 sq.). Les
fouilles d ’Abydos o n t été com plétées par la découverte de la tom be
de M enesà Negade, p ar de Moiu;an [Revherches sur les origines, III, 1897 ;
com pte rendu p ar Hokciiaudt el D ôiu' feldt, À. Z., 116, 87, sq, ; cf. G ahs-
TA.Nt;, .i. Z., 42, 61 sq.), et les fouilles de Q eiheli, à ///cr«Aro/ipo/is(publiées
en 1909 sq). 11 existe une au tre nécropole de celle époque à Nag*a cd
Del* p rès de Girge § 169 n ., e t une a u tre à T oura, au sud du Caire
(près des g ran d es carrières de pierre) ; v. Ju^kEK, Orabnngen aus dem
Friedhof in Turah, Denksch. Wien, Ak. phil. Cl. 56, 1912. Les prem iers
nom s de rois o nt été trouvés parSETiiE (.i.Z .,35), L. Boucuakdt (lier.
L K G Y PTE S O U S L E S T IIIN IT E S

/!«•;. 105-1), MASPKiio.etc. ; In lisle com plète donnée par P e t iu e ,


liu y a l T o m b s, a é l é révisée par S e t i i e , / fe///’. z u r iille s te n O cs. \e ijp , { U iile rs,
IV ),1903; cf. aussi ma L7iro/io/oyà',P29sq., Ovid. p. 177 sip — La Chronique
d c P a le rm e a été publiée par N . v vii. i . e , /iee.,2 t,‘2'), et en uric élude foii-
ilam cntalc, jiar II. S e ih e k e h , Ein B ruchstück altaeg. A nnalen, Abb.
I b 'r l. A b , 1902 ; p o u r la reconstituliou, cf. S k t iie , lir il r . z ii r o U e sfen O e s r b ,
111/ H ille r s ., Ill) et ma C h r o n o ! ., 181 sq., Ovid., p. 202 sq.T raduction par
B h e a s t e i ), A n e . I le c ., I. 89 sq. On en a trouvé nil nouveau fraginent,
mais il n ’est pas encore publié.

207. Le plus ancien inoiiuinent égyptien qui porte un nom


(le roi est une de ces grandes têtes de massue en calcaire
(pommeaux de sce])tres royaux) q u ’on a trouves dans la ville
royale d’Hierakonpolis en llaute-Hgypte. Klle nous montre
l’image d ’un roi, précédé de deux hiéroglyphes, une rosette
et un scorpion; le scorpion, surm o n té d ’un Iloriis (dans sa
forme la plus ancienne (§ 199 n.) s’est retrouvé sur un vase
de calcaire et plu sieurs autres vases. Nous avons doncad’a ire
,à un souverain de la Haute-Egypte dont le nom s ’écrit avec
l’image du scorpion. Sur le sceptre, le roi célèbre la fête de
« piocher le sol », trait caractéristique pour le souverain
d ’un peuple de laboureurs et qui relève peut-être d ’une
cérémonie de fondation : dans ses o rnem enls royaux, coifl’é
de la couronne blanche en fonne de casque, ceinturé du
pagne et de la longue queue de lion, le roi se tient au bord
d ’un canal, la pioche en main, tandis q u ’un serviteur lui tend
une corbeille. Des hom m es travaillent dans une île, su r le
lleuve qui porte un navire; dans l’île se d resse un jialmier. Les
enseignes défilent devant le roi, d e rriè re lui se tiennent deux
serviteurs qui l’éventent avec de grands éventails de palmes..
Non loin de là, dans les roseaux de papyrus, on rem arque
les litières oii sont les enfants royaux. A la partie supérieure
du pommeau, on avait rep résen té une longue série d ’ensei­
gnes de nomes (ne sont conservés que Sêth, rép étéd eux fois.
Minou, une montagne (cst-ce le Xll" nome?), un loup, un
Horus, par conséquent presque tous les nomes situés au
LES PBÉDÉCESSEUnS DE MENES — § 208

centre du royaume du Sud/ et, au bas de ces enseignes,


(lottent, suspendus à des cordes, soit des vanneaux morts,
soit des arcs |j- Les prem iers symbolisent les hommes
égyptiens (rcr/iil, les « sujets »), les seconds, les peuples
étrangers. Cette scène parait donc co m m ém orer une vic­
toire remportée par le roi, à la tête d ’un certain nom bre de
nomes du centre de la Haute-Egypte, sui' d ’autres Egyptiens
et sur des peuples étran gers. Sur le vase do calcaire, on voit
aussi, outre le Scorj)ion plusieurs fois répété et surmonté
d ’un llorus, l’arc et le v a n n e a u e n t r e deux oies. Le nom
du roi est écrit à l ’encre, su r un tesson de cruche d ’argile
trouvé dans un tombeau de la nécropole de T ourah, en face
de Afeiuphis, ce qui indique que sa souveraineté s ’étendait
en tous cas ju s q u ’au delta.

M onum ents du u scorpion i>: IliernlumiiuUs, pl. ‘tU. c. (Capaiit, p. 242 s.)
19, 1 = 20, 1 (Cai' aht, p. 99| ; 31, associé avec le signe de ka ; en outee,
une petite plaq u ette d’ivoire trouvée dans les tom bes royales d’Aliy-
ilos: lioyal Tombs, II, 3, 19. T essons d e T o u ra : Je sk ra (§ 206 n.), p. 8
sq. : l ’ant-i! lire les signes à la suite du nom d 'ilo ru s: « roi de la Haide-
Kgypte P il ?, et P désigne-t-il le nom personnel du roi iC e la n’est
pas du to u t sûr. C’est Marpcuo qui a in terp rété la scène principale du
sceptre comme se rap p o rtan t à la fête Chehs-to. La rosette, accom -
(lagnée d'iui au tre signe, sert de titre au porteu r de .sandales de
N arnicr, Hierak., pl. 26 h. 27. A utres vases et poteries décorés de
sim rpions, et scorpions en pierre (pii sem blent représenter, non pas
le roi, m ais l’anim al sacré, dans : //im ite.,pl. 12, 2 ; 17, 1 ; 18, lli ; 19,
13 = 20, 10 ; 21,4 = 22, 4; 32, 4.

208. Ces m onum ents du Scorpjon sont étroitement lié


avec ceux d ’un autre roi ; son nom, qui .s’inscrit presque to u ­
jo u r s d a n sla p o rte d ii palais royal, su r laquelle perche Horus,
est figuré par deux signes qui se lisent à peu p rès N a'r-m er,
Nous possédons de lui une g ran d e palette à fard et une
masse d ’arm es provenant de Hierakonpolis. La prem ière se
rattache directem ent aux palettes plus anciennes et, au ])oint
do vue tochniipio, rep résen te l’apogée et la fin de, cotte pro-
L E G Y P T E SO U S L E S T IllN IT E S

duction artistique. .Aux deux b o rd s su p é ric iirs.e lle e std é c o ré u


de têtes de vaches, syjiibt)les d ’Hathôr (§ l'J9 ii.), en tre les­
quelles s’inscrit le nom du roi; su r la face antérieure, au
centre, nous voyons deux animaux fantastiques amenés à la
corde par des É gyptiens, et do n t les cous s ’allongent et
s’enlacent autour de la petite cavité à fard. Sur la face p o s­
térieure, le roi, coillo de la couronne de llaute-Égypte,
s ’avance d’une puissante allure, suivi de son po rteu r de san-
4 ales, silhouette plus petite, l.e roi a saisi par la chevelure
un ennemi tombé à terre, cl l’assomme de sa massue, et cet
ennemi est désigné par les signes du har|)on et du lac qui
indiquent un rep résen tan t du V i l “ nome de Basse-Égypte,
où était située la ville de Bouto, au sud-ouest du lac de
Bourlous. .Au-dessus, il}' a une scène dontle sens symbolique
est poussé encore plus loin : le faucon ll o ru s tient une
corde q u ’il passe à travei's la lèvre sup érieu re d ’une tète
qui surgit <lu sol; cette tète signifie, comme en tém oignent
les chiffres, inscrits à côté, li.OOO ennemis. .\u bas de la pa­
lette gisent deux hom m es assommés et nus, et, à côté d’eux
se trouvent les noms de leurs lieux d ’origine. Itevenons à la
face antérieure : au bas, on voit le taureau royal fouler aux
pieds un ennem i el, en même temps, défoncer, avec ses
cornes, le m u r d ’une fo rteresse. En haut, on célèbre son
triom ph e; le roi porte ici la couronne de la Basse-Égypte
q u ’il a gagnée à la g u e rre ; à ses eôtés se tiennent son vizir
et sou porteur de sandales, et on porte devant lui quatre
enseignes dont deux sont le faucon Horus, une autre le
loup, une autre un fétiche en forme d ’o u tr e ; en avant de ees
enseignes, s’alignent des rangées de cadavres, dont la tète,
détachée du tronc, a été [ilacée e n tre les ja m bes. .Au-des­
sus, un faucon d étruit à coups de bec les harpons su sp en­
dus à une b arq ue du Nil, tandis q u ’un autre s ’attaque à un
panneau de p o rte: ce sont les emblèmes des nomes vaincus.
Des scènes de la même g u erre sont gravées s u r la masse
d’arm es; celle-ci, du reste, le cède au sceptre du Scorpion
L E S P R É D É C E S S E U H S D E M E N E S ---- S 208

pour la g ra n d e u r et le soin de l’exécution. Ici encore, Nar-


mer, poi’te la couronne de Basse-Egypte. Il trône sous un dais
placé sur une haute estrade; au-dessus de lui plane Nechbet,
la déesse-vautour de Haute-Egypte; il est entouré par toute
sa cour, et son fils est dans une litière ; quatre enseignes se
dressent devant lui. On nous dénom bre encore le b u tin;
400.000 bœufs, 1.422.000 chèvres, 120.000 prisonniers ; on
sent la joie naïve qui inspirait aux Egyptiens primitifs de
telles exagérations. Ces monum ents nous perinettenl do
suivre avec assez de clarté les événements historiques : Nar-
mer est un roi de H aute-Egypte qui a conquis le delta occi­
dental, abattu ses forteresses et gagné la couronne rouge —
le pommeau du sceptre représente sans doute la scène du
couronnem ent — et sa victoire a été suivie d ’une répression
sanglante. Les Libyens, voisins des habitants de Basse-
Egypte, les ont aidés dans le combat; en elîet un petit cy­
lindre d ’ivoire nous montre le nom du roi surm onté du
faucon Horus et du vautour de N echbet; ce nom, d ’après les
principes de l’ancienne écriture idéographique, allonge des
bras et frappe avec un bâton su r des files de prisonniers nus
qui portent les cheveux à la mode libyenne, et que l’inscrip­
tion désigne sous le nom de « Zehenou», c’est-à-dire Libyens
de iNfarmarica 165). Il existe d’autres cylindres où l’on
voit les É gyptiens em poigner par les cheveux des prison­
niers nus pour leu r défoncer le crân e; ils se rapportent sans
doute à cette même guerre. En autre fait à reten ir de ces
scènes, c’est que les anciens Egyptiens comme les Baby lo­
niens, retiraient toujours les vêtements à leurs prisonniers
et aux hom m es tués. Outre les reliques d ’Hierakonpolis, on
trouve des tessons au nom de N ariner i parm i eux un
fragment d’une table-annale (|ui mentionne le nom de la
forteresse royale) ça et là à Abydos, dans les tombes royales
les plus anciennes, et à Negade, dans le tombeau de Mènes ;
ceci prouve que Narnier est chronologiquem ent très proche
de Menes.
L Er.Y PTE SOUS LKS T H IM TES

iN'armer so ratlachc(U recleniciil au scorpion e( il csl {ilusoticioii quo


I’Horns *Aliai e t les successeurs de celui-ci; le cnractère do ses inoiiu-
mcMits nous le prouve de façon in d u bilable; ma is l’Iiypothèsc avancée en
même tem ps parSETiiKet p ar (I vhstanc, savoir : qu eX apm erscraii le nom
d ’HoriisdeM eiieset<priI au rait p o u r successeur ’Al.iai est pcut-ê(re juste.
— M onum ents de X arm er: flierakonpofia, p l.t5 (§ 16T n., cf. pl. 11). —
2<) b, (m assue, (A w ar, p. 239 s.) — 29 (palette à fard, (Ivr-var, j». 2;-H) s ;
V. HIssrío-BIu:c^MA^^, Dcnlunalar ae<jYptischer Sliulj>furcn, pl. 2) daits
Ahydos, lioynl Tonib^, 1, 4, 2; 112,3, i {=z 10, 1), G; 32, 359. A mki.i >kau,
Jouillra, 1, p. 42. Il me sem ble à peine douteux que * ^ ' zl su r
le sceptre e t la p alette à fard soit ranciem ie écriture pour
zntii( vizir », et cela, en d ép it du costum e qui diffère un peu de celui
<|iie le vizir p o rte plus lard . — Sy.Tm:{(Jnlersuctinngen) q uaym suW i dans
ma ('.hronulogie (’<jypliennc, a fait d e X arm er le successeur de Menés
parce qu'il règne déjà su r les deux royaum es. A cette opinion opposons
ces fails : le principal m onum ent de Xarm er est une palette à fard et
celle-ci u'est plus en usage à l’époque suivante ; les m onum ents de
X arm er .se lient étro item en t à ceux dn Scorpion les tessons parsem és
à Abydüs et à Ncgade tém oignent (ju’il est plus ancien que les rois
<pii y so n t en terrés. — Il y a u n troisièm e j)üinmeau descep lre à Hiera-
konpolis, pl. 26 a, inalheureLisemenl très m u tilé; il offrait probable­
m ent des scènes an alo g u es; le roi assis su r un Irène, sous iin
dais, p o rta n t la couronne <le H asse-lÎgyple et entouré de Libyens
<pii lui ap p o rten t des présents, ou exécutent des d a rse s. Le rtom du
l’oi a disparu, et, com m e il ne porb^ l>as de barbe, il d o it être plus
récen t que X arm er e t que Mènes. Il y a enfin une a u tre tête de
m assue an British Museum, décorée de se ip en is eidacés parm i
lesquels volent des oiseaux, v. Hudok, ffisi,, I, 75. — S ktiii-: a im m trc
[Ueilràye zur allrrslen Oesek., 30 sq.) que P i:tiuiî en p laçan t d ’antres
rois (Zoser, Sm a, Ho) avant l’époque de Meiies, s’est appuyé s u r des
hypothèses erro n é es; su r le roi Ka, v. § 211 n.

L e roi Menés et la prem ière dynaslie.

209. Les entreprises commencées par Narmer, son succes


seur im médiat, qui est probablem ent Menes (voir cepen­
dant § 208 n.), a pu les achever et peut-être a-t-il o péré la
L E B O l M EN ES E T LA l'B E M lÈ R E D Y N A ST IE — S 20!t

TiMinion (léfiiiitivt! des deux royaumes » eu iiii seul étal;


cette raison amena plus tard les Egyptiens à taire com m encer
avec lui une époque nouvelle. D’après Manéthon, Mènes et sa
dynastie étaient originaires de T hinis (This), la capitale du
V III"nom ede la Haute-Egypte. La villeelle-mèm e était située
dans les terres cultivées et n ’a pas encore été retro u v ée;
d'autant plus connue est la nécropole du nome, au bord du
désert, Abydos(Abotou) et son sanctuaire de Chonti-amentiou.
(J est ici que les autres rois de la dynastie sont ensevelis
avec leur cour. Les tombes d ’Abydos sont classées su r le
terrain par séries qui se font suite, et leur architecture té ­
moigne aussi d ’un progrès. En avant, on trouve une file de
tombes très simples, qui appartenaient peut-être à une g é ­
nération plus ancienne de dynastes locaux, ancêtres de la
maison royale, ('.’est parm i celles-ci q u ’on aim erait à c h e r­
cher la tombe de Mènes, d ’autant plus q u ’on a trouvé ici, en
assez grand nombre, des tablettes portant l’indication d ’évé­
nements qui se passèrent dans les années de son règne, des
cruches dont le houchon [lorte son sceau, etc. Ur il existe à
Negade, localité préhistorique connue, un tombeau bien
plus vaste et jilus beau (| 217); d ’après son style, on serait
tenté de le rang er dans une époque beaucoup plus récente
que les tombes d ’Abydos ; po u rtan t ou y a trouvé aussi des
objets nombreux, entre autres une table-annales, au nom de
Menes, et d’autres, au nom de Neithotep, probablement
son épouse. 11 est bien invraisemblable de supposer que
la reine est enterrée ici, et le souverain, son époux, enterré
à Abydos, dans une dos tombes tout à fait simples ; à
moins q u ’il n ’ait eu deux tombeaux (comme ce fut l e c a s p arla
suite, p ou r d’autres pharaons), celui d ’Abydos contient p ro ­
bablem ent les restes d ’un de ses parents ou familiers. Mais
([uelle raison lui a fait choisir pour son tombeau le site com
plètement isolé de Negade ? cela d em eure un point encore
obscur. D’après une coutume qui fut constante chez les an ­
ciens pharaons, nous devrions chercher sa résidence dans
t K G Y l'T E SO U S I.liS T IIIN IT K S

le voisinage de la tombe ; est-ce que sous son règne — mais


rien ne nous confirme cette h y p o tlièse— le véritable siège
du gouvernem ent était situé dans le nome de Koptos fpcul-
ctre dans la ville d ’Horus, Qùs, Apollinopolis parva, en face
de Negade), et cette capitale fut transférée, seulem ent sous
ses successeurs, dans la ville des ancêtres?

^Sur la toinbi' de \eg a(lc’,v..^;j 200 ii. e t 217.Neilliotep y est désignée


à plusieurs rep rises comme étan t une reine. (Dr. M o h i ; . \ n , / i r c l f . , 11, Iti")
et de même aussi à Abydos (lioynl Tomhs, II, 2, II, 12 ; peut-ôire en
outre dans .Abydos 1, 4, 6). N k w i î k u i o , /éS/î.-t, 34, 29>*, croit qu'il s'agit
d'une princesse de .Sais, et q u ’elle a pour titre le signe de Neit, <pii
co rre sp o n d rait à l’Ilo ru s ilii roi de la llaule-K gypte ; cl'. 5 19'J n.) —
Bi;, TtoXts Alyj"iou 7:7r,(jfov ’At'jooj'o Bivitr,;* ’A7.iÇ*v3j;o; .MvyTiTia/.fôv
npoity» (Mention de M(mes), Stepli. liyz ; vyaô; 0iv*Ar,; P lol., IV, 5, 66.
Svir les luouum ents aussi, c'est to ujours le nom de T hinis (Kgypt. :
7Âni) qui désigne le nom e et le prince du nom e ; mois la ville des
m orts, Abydos, est tellem ent passée au prem ier plan à cause de son
im portance religieuse e t de ses nom breux m onum ents, que nous
som m es to u jo u rs enclins à lui altrib u e r nu rôle politique, qu'elle u'a
jam ais eu. I.a désignation de Mènes com m e Tliinite clie/, E rastotbène
est aussi une interpolation tirée <le Manétbon

210 . be règne de Menés et la fondation du royauiiie un


tom bent vers 3315 av. J.-C., en tout cas entre dlOO et 3200.
Comme tous ses successeurs, .Mènes porte le double titre de
xonteni et ii/i/, scig n cn rd esco u ro n n es de Neoldud et ileOua-
zit. et, comme N arm er l’avait fait avantlui, un nom particuliei-
qui désigne en lui l ’incarnation d ’Horus (Sj 190j : c'est « .Alia'i
le g u e rr ie r », nom c[ui s ’encadre dans la porte du palais,
su rm ontée de l’épcrvier, et qui gén éralem en t est enq)loyé
seul su r les sceaux et dans les tables-annales. Celles-ci
m entionnent, autant que nous pouvons en saisir le sens,
« la prise de possession (on la réception) du Sud et du
Nord » —■11 s’agit, pi’obablement, n io iu sd ’u n év én em en th is-
torique que d’une cérémonie (|u'on renouvelait à des inter­
valles ilclerminés ; — elles mentionnent égalem ent une
« victoire s u r les Nubiens (Seti) ». D’autres plaquettes en
I.i; HOI M K M iS KT I.A I'llK M IK H K D Y N A ST IE ----^ 2 1 0

ivoil'o nous iiioiitn'iit Hes files do |)l•isollllil'l•s, clout los uns


soul ceTtainoniiuil dc‘s lÀgypticiis, cl les iiiilrus dos Libyens;
puis Aoici dc's Egyptiens cl Lybicns apporlnnt lo tribut, ils
s'apjirocbenl courbant la tcle, et lon an tà la main le rameau
des suppliants ; les Libyens ont la cbcvelure Iresscie, la
barbe courte, et s ’eiiveloppenl dans un grand manteau de
laine bigai'rée 1G7 . Menés a doue I'l'gue, non seulement
su r l’Egypte tout enlici'e, mais eiicoro au delà de ses fron­
tières du sud et du nord-ouest. D'autres tablettes mention­
nent la construction d'un temple de Neil la grande déesse
de Hasse-Egy|)te d ’après laquelle se nomme l’épouse de
.\Ienes), puis on cite les fêtes des dieux, les barques dos
dieux, les baicpies ilu Nil, les domaines et la forteresse
royale qu ’il a conslriiile ; la plujiai t de ces détails nous
restent encore incompréhensibles. D'après la tradition d’Hé­
rodote, c’est Menes qui a rendu la région de Memphis habi­
table, en construisant, au-dessous du Kayouin, la grande
digue qui protège encore les teri'cscultivées contre l’inon­
dation du bras occidental du Nil (bahr Jiisuf), et il biUit la
ville de .Memphiset son temple de l ’tali. vrai dire, le nom
de .Memphis est d ’origine beaucoup plus tardive ; mais la
vieille enceinte fortifiée, afipelée le « m u r blanc », au sud
de laquelle s’appuyait le temple d ’un dieu local, Ptab, et qui
a donné son nom au nome, peut avoir été réellem ent fondée
par .Moues, car nous lisons jilns tard dans une inscription :
le « Ptab do if e n e s », à côté du Ptah de Hamses II. Dès
l’époqiie de Meiies et ses successeurs, et malgré les tombes et
forteresses royales d ’Abydos, celle forteresse, située près du
temple de Ptab, dans le nome le plus méridional du royaume
du nord, à la frontière des deux pays, aura été la vraie capitale
de l’em pire. On s ’expliqiieainsi le rôle im portant que jouent
sous les T hiniles, ilans les fêles officielles, la procession de
la barque de Sokar, le dieu de Sakkara près de .Memphis,
et la considération dont a joui île bonne h eure le taureau
Apis (Ha|)i) adoré à Memphis , l’uidté de l’empire et l ’auto-
II. 10
l ’k î î Y P T E sous les T H IN IT E S

rilé su r le delta u ’auraient pu ù la longue se maintenir, si le


roi avait régné à (juelque distance, au fond de la Haute-
Kgypte. Il est donc logi({ue (jue nous rencontrions dans la
région de Memphis de nombreuses tombes détruites, a p p ar­
tenant aux dynasties thinites, et des vestiges du culte de
leurs rois défunts. Une règle semble s’établir : puisque le roi
réunit deux couronnes, devient par là un double roi et un
double dieu, il faut (ju’il se couslriiise deux tombeaux, l’un
eu Basse-Ugypte, près île Memphis, l’autre dans sa patrie de
Haute-Egypte, à Abydos, du moins sous b^s successeurs de
Mènes.

T ahles-aim alüsde Mènes (cfSKTHK, lSeitr.,Üi sq.) provenant de Negade,


lioiuniAunr, lier, iîerl. 1897, 1054 = dk Mougaa, lieeU., II, 167, elle
est m aintenant conqdétée et publiée tout entière, et accom pagnée
d'un d uplicata, p a r O a u s t a m î , A. 4‘2,ÜI sq.; c'est la seule où paraisse le
nom personnel de Menés, Mn « salle du seigneur des deux couronnes
Men i> ; (in terp rétatio n coinhattue à tort ])ar .Xavîi.i.k, i. 47, 65 s.)
provenant d ’Abydos d an s; lioyal Tomba, II, pi 5. 5a { = 10. 11) (les deux
grand es tables so n t identiques, la dernière ligne donne le même texte
que celle de Negade et ce même texte est em ployé pour üusaphais,/ioyfd
Tomhsj 1 ,15, iQilfufiliailn, II, 7a, 1 = Abydos, 1, H, 7) ol 18. Une labletle
en ivoire, dans /f. T., H, H, 5 eonlient les mêmes données que II, 3,2,4, 6.
A utres inoaum enls : H. T., 1, 1, I ; 11. 3, 1, 11 ; .ibydus, II, 4 = o. 1 »d
dans le tom beau (le N e g a d e .—■ Ensidje nous dit d ’après Manétiion
Mrjvr,;... uncvdptov araaîgtxv svooÇoi txpiO/; ; le renseigneinoiil
qui suit, conservé aussi p ar TAfricain, à savoir que Menés périt par
un hippopolaine, est une variante de Diodore, I, 89, qui raconte com ­
m ent il échappa à la inorl dans le lac Mœris et fut m iraculeusem ent
sauvé par un crocodile. — C onslruclion de Memphis : Hérod., II, ;
Jos(‘phe, Arc/i., VIII, 6, 2, 155 (d’ap rès M anéthon, c'est le fils de Menés.
Albothis, ({ui a u ra it béti le palais ro y al; d ’ap rès Diod., 1,50, Memphis
fut bAti par Onclioreus (c’est le nom que Bocchoris rci^oit à son coii-
ronm unenl) — S ur le « PlaI.i üc Mènes », v. Kkma.n, A ./ .,30,43, en outre,
SuriiE, iieitr. :nr oUeslen OesrJi., 121 sq. dont les spéculaliojis sont par­
fois très hardies et qui explique que h* « m ur blanc » é ta it une cita­
delle élevée par les rois du Sud pour m aîtriser le pays du N ord. Le
dieu b tah , les docum ents ont été rassem blés par Stolk, Plah (Diss.,
Leipzig, lOU) s’etTacecom plèleincnt aux lem ps aiuMcns d errièn ' Sokar,
LE R O I M E N E S E T LA P B E M IÉ H E D Y N A STIE — § 2H U7

nvec lequel on l'a plus lard identifié. A p a rtir de rA ncicn Kinpire, il


devient le dieu principal et officiel du pays (§ 247 cf. 272) ; à cause des
m onum ents e t des œ uvres d ’a rt de l’époque inem phite, il est devenu
le dieu îles artistes (d’où le nom <iue lui ont donné les Grecs : Hepliais-
tos). l’a u te u r du m onde, et le dém iurge prim itif. Mais, à l’origine, il
fut un dieu local fort insignifiant. Nous ne connaissons jias un seul
mythe qui raconte son h istoire. 11 a un aspect très particulier : la tête
chauve comme un p rêtre, moinil’o rinc, un gland i>cnd d errière sa
nuque; il ne possède donc aucun a ttrib u t caractéristique. 11 ne revêt
Jam ais une forme anim ale, et si on l’associe avec Apis, c’est là égale­
m ent une identification tardive. (Serait-il copié su r le modèle d ’O siris,
avec qui on l’a certainem ent identifié de bonne heure ’? et est-ce à
cause de cette relatio n q u ’on appelle Memphis u la m aison de l’esprit
(Avi) de P tah « ?)

211. A en croire les listes de rois établies plus tard , le


successeur de Mènes fut son fils Atôti 1'"’, auquel les listes
égyptiennes (ainsi q u ’Eratostliène) font succéder doux autres
rois du même nom, tandis que Manéthon appelle ces deux
rois Kenkenes et Ouenephes. 11 est impossible que ces
noms soient identiques avec Atôti 11 et Atôti 111; il semble
plus probable que l’unité de l’empire s’est de nouveau dis­
soute pour un te m ps et q ue les listes diffèrent dans le clioix
des rois estim és légitimes. 11 est encore actuellement plus
difficile d ’identifier sû re m e n t ces rois avec ceux que nous
font connaître les monuments. A Abydos, la prem ière tombe
qui soit réellem ent une tombe royale est celle d ’un souve­
rain dont le nom d’Horus se prononce à peu prés C h ent; il
s’agit probablement du prem ier ou du deuxième Atôti. Son
règne a lait époque dans l’iiistoire de la civilisation égyp­
tienne ; c’est alors que les costumes, le dessin des figures (et
des hiéroglyphes) reçoivent cette forme arrêtée q u ’ils ont
gardée ju s q u ’à la fin de la vie nationale (ij 216). Son succes­
seur, sans doute Atôti 11 ou 111, écrit son nom d ’Horus avec
le signe du serpent, qui se prononce à jieu près Zet. Les
tables-annales et les sceaux de ces deux rois nous font con­
naître les noms des forteresses royales, et <le plusieurs
l ’k ü Y P T E so u s les T H IM T E S

fonctionnaires, nous pai'lenl des fêles, etc. On a trouvé |)rès


de Mempliis un second toiu!)eaii de / e t (]iii ressem ble à
celui de Negade ; il est entouré, comme les lombes royales
d ’Abydos, (rune (juantité de petites cham bres funéraires
a()partenaiil aux familiers de sa c o u r; ce double tombeau
prouve ([ue / e t a régné sui* toute l’Egy|>le. l ’o urtant nous
ne possédons des lamseignemenls certains (|n’avec son suc­
cesseu r Ousaphais.

Avec rœ iivro fondam entale é(* P ktiui;, IIoyuI Toiiiha, il est nécessaire
de com parer sans cesse les iU’ihi'ujf de Si.nu:. Kn fin de com plc, 1*i:thii:
a peut-être raison d’idenlificr avec AWMi l*’*’ e t AlAti 11 les signes 'At
e t 'Atj ((ne Ton lrouv(‘ |)arfois placés h la snilc du nom d ’ilo ru s Client
(car le signe qui se rt à écrire le nom est ii"^ ” ou |» o i n l ^ ^ / c r
com m e on le lisait autrefois) el du nom d’Horus Zet; Atùli est(*crit
dans la liste d ’Abyéos Ttj e l Atnti II est écrit dans cette même liste 'Atj.
(O iiantà Al("*li 111, la liste d ’Abydos l’écrit ’Ata). D’au tre pari, W kiu -,
lier., 29, 3o a rendu vraisem blable l’hypotlièse que le roi Kn (/i. T., 11,
13; \hyJos, 1, 1-3; cf. .Sktiik, Unir., 32 s.), dont le nom apparaît su r
lU' nom breux tessons, est identique avec l’Ilorns Client. Ceci concorde
avec le fait que clie/. Ka la ligne tracée sons l’ilo rn s est une ligne droite
dans la g ran d e m ajorité des cas, taudis que c’esl un croissant pour
le Scorpion, Nai'iner et Menes (<if. § 199 n.). S ur le culte d’AUMi à
l’époque perse, Kuman, \ ./ .,3 8 , 22. D’après Maiiétlion, il aurait bûti le
palais de Mempliis et com posé des ouvrages d'anatom ie, et c’esl
Ouiiephes ipii au rait bûti les jiyram ides de Koclmnic (Sakkarn), ce qui
est sûrem ent inexact. M onum ents de (^henl : H. 7’., Il, 1, o s* ; 12, 3;
sq. ; 20-29; Mtydoa, 1, I, II, 1. Son tom beau a été pris plus
tard pour celui d'Osiris. — S u r le roi Zcl (roi-scrjienl) U. T., I, 4,4 s. ;
10, 8-11 ; II, 1-2; 18 s.; 31-34; II, T, 1-4 ; l(î, 12.V130. Sa m agnifique stèle
funéraire qui est au Louvre a été publiée de façon cxcellcnlc par
B î : n k i ) i t k , la S I H p dite du /•oi-.serpea/, fondation Piol, XII, 1903. Sstin;
a prétendu, p. 29, (ju’iiii môme fonctionnaire a été en activité sous le
règne de Client, de Zet e t même d'O nsapbais [II. 7'., II, IG, 121 sq. ; I,
19, 10; 20, 12-19; 11, 17, 132), mais cela n’est pas ex act,ca r nous avons
ici afTaire a un titre , non à un nom de personne. Un tom beau de Zet
(ou du moins de son époque) si Nezlet Balraii, à 2 kilom ètres et demi
au sud de Gizeh : D i h k s s a , Aniiidca de sendre, VI, 99 sq . ; publié par
P i ’.TiiiK, Gizt’Il and der / 0 / c , 1908.
LB HOI m e >m ; s et la i >i ! e m i i '; h e d y n a s t ie — S 212

212. Lc Toi Ousapliais, doiil le nom d 'llo iu s csl Ten, appa-


i-mT sui- tontes les listes an ciii(|uièine lano. Abydos nous a
eoiisei vé de Ini l)eaneoii|> de vestiges, outre sa tombe (ini se
distingu(( |)ar un pavement de g ran it et dont les dim ensions
sont bien plus vastes que celles de ses |)i éd(5eesseurs et de
ses suc((esseurs immédiats. Parmi les antres m onum ents,
signalons une table-annales, où le roi est représenté coilTé
du casque de g uerre et brandissant sa massue su r un A sia­
tique, dans un pays de montagnes. Au-devant d(( lui s’érige
l’enseigne du loup de O uponaout; à côté, s(( trouve une
lég en d e : « la prem ière fois de battre les peuples de l’Kst ».
La scène se joue probablement dans la péninsule du Sinaï,
on nous trouvons, aux siècles suivants, tant de bas-reliefs
rupostres gravés de scènes analogues, liien longtemps sans
doute avant Ousaphais, les Egy|)tiens avaient occupé les
mines de cuivr(( du W adi-Magbara (ü 171) (pii fournissaient
aussi en abondance de la p ierre verte (nialacbite, égyptien,
mafkat); aussi appelait-on le pays « escaliers (terrasse) de
malachite », chctioa m afkal. Un « écrasement des lountiou »,
des Troglodytes (§ 16it) signalé dans la chronique de la pierre
de P aïenn e, a lieu sous un autre roi, peut-être sous le succes­
seu r de Ousapliais, Miebis. Ce .Miebis(nom d ’Horus 'An/.-jeb)
parait être monté su r le trône gr.àcc à l’influence de sa mère,
Meritneit, (jui occupe à côté d ’Ousaphais un grand tombeau
avec une stèle funéraire, comme en ont les rois. Le souverain
suivant (dont le nom d ’ilorus est Smerchet) et dont le nom
propre correspond probablement an Semempses de Mané-
Ibon, a détruit les noms de Miebis et de Jleritneit su r les
vases de pierre, et les cruelles de A'in. G’e.st de lui que pro­
vient le iinnnier tableau commémoratif d ’une victoire, que
nous voyons au Siiiai ; le roi est reproduit en triple exem­
plaire, et, tandis q u ’il assomme un Asiatique, le « comte
général » est debout devant lui, vêtu du costume égyptien
ordinaire et tenant à la main un grand arc de g uerre. Le
souverain suivant. Sen (Senmon ? Horiis Qa')a, lui aussi, plu-
L 1:GYI»TE sous les T lU iN lT E S

sieurs fois fait mutiler le m»m do son prédécesseur. Le nom


Son n ’apparaît su r aucune liste royalo, et nous rencontrons
à sa placo un roi Qohhou dont nous ne possédons aucun
m o n u m en t; Manéthon l’a encore passé sous silence, et U
fait du roi suivant, Heounonter-Oubienlhis, le dt‘rniei’ roi de
la dynastie. De celui-ci, non plus, noiis n ’avons aucun
m o n u m e n t; pas plus que Qebhou il ne paraît avoir eu de
lodiheau à Abydos. Dans leu r ensemble, tous ees rois, à
partir de >ienes, ont régné su r l’Egypte environ 200 ans
(environ de 3.300 à 3.100).

O u s a p h n is :/?. 7., I, ; 10, 1l-l-t ; H , 8-U ; li-17; 12,


2 i s q . ; H . 7; 17-20; /\Î).vî/ os, I, 1 1 ,8 ; 3 . Z., 85, 3 ; AMÎ:Li>KAr, iVoftr.
fouilles, pl. 42. Tableau de Victoire : A mkmnkau, 1, pl. 33; SpiE(;ELnKiu;,
À. Z., 35, 8. Cf.WKiLi,, Sithinx, V lll, 181. Je ne vois pas de raisons qui
ju sfifîen tlcs scru p u les de W kiu ., lier., 29, 2G sq ., qui n’accepte pas la
lecture des signes com m e d o n n an tlc nom personnel du roi (signes
d o n t est dérivée la grapliic récente du nom , sous une form e défigurée).
P o u r le reste, W em.i. a ap p o rté de nouvelles preuves, spécialem ent
p. 51 sq., à l’appui du classem ent des rois proposé p a r P e t h ir et S kth k ,
On a signalé de difTérenIs cétés que M eritneit n’était pas un roi,
com m e le supposait P i -t iu k , mais l’épouse du roi Ousaphais. — Sur
Miebis : B. T., I, 5, 9,11, 12; G; H ; 43 ; 26 s. ; 34; II, 4G, 7 ; 47, 31 ; 48,102.
A m é l in k a u , 11,21, 4. S e t iu ; suppose que Miel)is est le roi au long règne,
q ui est signalé à la ligne 3 de la pierre de P alerm o .— Sem em pses : /i. T.,
1, 7; H , 18; 12, 1 ; 17, 26; 28 s ; 36; II, 8,5; 55. Ahydos, I, 5, 2-4, 1), î).—
T ableau de victoire au W adi M aghara : W kiu ., Rev. arch., 4 sér.. Il,
1903, 230; W kiu ,, Rec.des inscr. rgyf). du Sinaï, p.97. — P etiuk, Rcsenr^
ches in Sinai, Abb., 45-47. — H om s Q a' Sen : R. T., I, 8 s; II, 12; 12, 2,
5, 12 (— 17, 30); 29; 30; 36; H. 8; 12, 5, 6. — Abydos, I, 11. 11. W kiu ,
soutien t h ÎQux {Mon. et hist, des IR e! flR dynasties, p. 35, 2), que les
p rêtres du culte de ce roi venaient dans les mastabas ; ces p rêtres sont
des p rêtres du dieu Ilor-(ia', d o n t il est question assez souvent à celte
époque, e t dont le nom s’écrit avec un pieu placé devant le signe
d’Horus. (L. 1)., II, 27, 2 q ., 48, 89 c. — M a iu e t t k , Mastabas, 1>, 19 et 37.)
— La fête Set a été célébrée p ar Ousaphais, R. T., I, 11, 5 = 14, 42;
Sem em pses, I, 7, 5-8; Sen, 1, 8,6-8, et p a r le roi m entionné à la
ligne 3 de la pierre de Palerm e, c'est-à-dire peut-être Miebis. Cette fêle
était un jubilé Iroiilenairc, mais i! ne faudrait point, croire q u ’on ne
USTE DES UOIS DE LA P B E M IÈ R E D Y N A ST IE — 2 1 :^ 151

USTK DKS UOIS Di; LA PREMIÈRE DYNASTIE


(Cf. Chronologie, p. 124, Irnd. p. 170)

f f = /'ajjgriis de Turin ; S = Table de Sakhnra : A =


Table d ’A b g d o s; pour Mnnélhon j e n’indigue que les dates
de l'A frica in ; E r — E ralosthène.qui n ’a retenu dans sa liste
que .5 rois de la / " dgnaslie.)

M ONUM ENTS L I S T E S IlO V A L E S E G Y P T I E N N E S M A N É ;T H O N

1'’®Dynastie.
8 Thinites.
Scorpion
Narmcr.
A N N ÉES
Honis 'Alia, roi Menés. Menés T. A. . . . I Mr^vr,; ( = Er) 02
j Atoti I. T. A. . . - 2 'AOoiQi; (= Er) tu

— Ghent (roi Ka ? . \ ' ' ” ’-'««Or,; Il ( = En


Alôti III. T. A. . . » .................................
— ......................... I ................................. 3 KevxeVr,; .'il
I .........................................4 OOevE^r,;
— Ten, roi Ousaphais. Ousaphai.s T.A. . .â OudusoÎ!; 20
— Anz-jeb, roi Miebis. Miebi.s T. S. A. . . 0 .MtsSi; ( = Ei i 20
(âge "0 ans)
— isemerchet, roi Se- Semempses(?) 1’. A. 7 i^£u.Ejr'],r;ç (= Krj IS
iiietnpses. (âge 72 ansi
Qebhou T. S. A. . » ................................

i
(âge 03 ans)

lieounouter T. S. . S OùîIîêvO!;
(âge '.13 ans) écrit chez l’Africain
li!-r,V£/r(ç
Total.................... 2S3
Total correct. . . . 263
152 l-KS KTATS l'n iM IT lK S l>E L K iiV P T K

la réléb râ t lé^MiliÎ.'rcmcnl «luo ilaiis la Irciitiêinc auiiôe «lu rè g n e ;


pour la chronologie, on ne jieul donc s'en servir q u ’avec j)rndence;
ci. N a c lilr ih ie z ti r n n iJ '.l ir o i io l . 321. Nous voyons parexojnpie
(jue Thouliuosis IV a IVl«^ nu m oins par «leux fois la lete Sel, «l'apres les
inscrij)tions du lem ple «rAmada (l)m;vsn:u, T h r i r n ip le s o f L o w e r
Xubia, A llie r , .f. nf S e in il. ÎM inj. X X I I I , IDIH), 31), cl pourlnnl d'aju’és
rexam en aiialom ique «le son cadavre, il avail au maximum 25 ans
lorsqu’il est niorl {Ann. <hi s e r r . IV, 113 sq.>. — La pierre de P aïenne
altrib u a il à la prem ièie «Jynasliè (lignes 2, .3) une d u rée d'environ 210
ans, V. C lin n io l. 107, si(., t n n l . p. 2H3 sq. CL la liste des rois ci-dessus.

l)eii X ièm e dij n as lie.

2J3. Au lieu (le I5<*uiiiuuilei* (Oubii^ntliis^, b* (K‘riii«‘r i*)i «lo


la dynastie, la labl<; royale d’Abydos iiomiiK* iiii l oi (|u’oiit
omis les aulics listes égyplioiiiies : lbizaou,ct celui-ci ap[ia-
rail chez Manétiinii, sons le innu de Boellios, coiiiiiie foii-
dalcuir de la 11° dyiiaslie, (|ui <‘sl égaleineiit ibiiiile. Il est
probable (ju’il y mit alors des c(Hii[)critions pour le Irôiu^
qt de nombianix j>rétciulants, et c’est poiii*(juoi Ldle liste
adopU“ le dernier sonvei'ciiii de l’ancienne famille royale, telle
anli'C l(îpr«‘mier de la nouvelle, tandis (jne Mainiliion adopte
les deux, Jiiais saule, eu revaiiclie, le nom de Qebbnii. la;
jioino de Bazaoii se Irouve n.eijtioiiné, à côté d(* rois de la
IV'" el (b; la V*' dynasPn*, su r une tablette d esci ibe de Gizeli,
au ïiord de Mem phis; c’est là (jue se trouvait peut-être son
tombeau. Pour ses successcuirs, les listes égypti<‘nnes sont
(‘Il gros d'accord avec Manéllion; en revanebe il a été abso­
lum ent impossible de découvrir ju s q u ’ici le moindre l•apJ)ol•t
entre ces noms et les noms de rois donnés par les inoini-
im*nls de celle* époque, mouunients, il est vrai, rar«;s (‘t
isolés; seul le troisième roi, Binotbris, est cité paitout.
Comme m on um ents, lions ne possédons de lui que quel­
ques fragments de poterie provenant de la tombe d ’un de
ses succ(;sseuis à Abydos. Par coiitre, la clironi((ue de la
D EU X IEM E D Y N A STIE - 5 213

pieiTD ilo P aïenn e nous a consci vé un fiagnii'iil iiii|)Ortanl


lies annales (le son TCgne ; il n’y est iiiiestion, néannioins,
(|iie (le levi’cs (l’iiiipôts, de fiiles, etc., eoninie. sons les deux
règnes ((ni suivent. Il semble donc ((ue sons ces rois l’ordre
ait régné à iionveaii et (|iic les années se succédèrent, l’niie
pareille à l’autre, suivant l’ordre établi jioiir radiiiinistration
et le culte. On a relevé aux environs de Mem|iliis les vestiges
des tombeaux de üinotliris et de ses deux prédécesseurs,
mais aucun de leurs tombeaux ne s ’est retrouvé à Abydos,
non [dus (|ue pour un certain roi Poreiima'at ([irénem
•Secbemjeb), dont le nom revient assez souvent, comme
em|)reinte de sceau, su r les bouchons de cruches à vin,
trouvées dans un vieux fort d ’Abydos et dans le tombeau
du successeur de ce roi. Ce successeur, Perjebsen, ne prend
jamais le. titre « Horus o et n ’a pas non (iliis de « nom
d ’Horus » ; son nom, inscrit dans la (lorte du (lalais, est
surm onté, non jias du faucon Horus, mais de l’animal de
Sètb, et, su r le sceau d ’un de ses foiictioniiaires, nous lisons :
((lie « iSoubti (le Séth de Ümbos) a transmis les deux pays
à son fils, le roi de la Haute et de la Uasse-Egyple, Perjeb-
seii ». Serait-ce là le signe d ’une réaction contre les rois
Horus i’ Le centre de gravité de l ’empire étant maintenant
à -Mempliis. (irotestait-on contre ce dé|ilacement, en s’ii[)-
|)U}'ant su r le dieu de la llaute-Egy[ite Sèlli, et en rappelant
(|ue le roi était son incarnation ? Perjebsen recommence à se
faire b.àtir un tombeau à Abydos, construction très sim[)le
com[)osée d'une chambre en briques, en bordure des tom­
beaux de la P ' dynastie ; nous avons conservé ses deux stèles
funéraires portant chacune l'inscription : « Sètb Perjebsen ».
11 a rég né néanmoins su r tonte l’E g jp te , car non seulement
il |)orte le titre souleni biti et « seig n eu r des deux cou­
ronnes », mais nous trouvons son culte encore célébré à
Sakkara près de Memphis, sous la IV' dynastie, et associé
avec celui du roi Sethenes (Senti), le cinquième roi des listes,
qui est vraisemblablem ent son successeur.
L KGYI'TE SOUS LES TH IN U ES

n. lea Mounmenh el Vhisloire des el. Ill’’ dyinislies, 1908, n étu ­


dié les m onum ents do. cette époque en détail e t avec soin, mais aussi
avec parti p ris (il laisse, p ar exem ple, com plètonient de cété dans son
exposé historique, les rois Uazaoii, Senti, Nebka et llouni) ; par suite
il n’a pas réussi à é tab lir sa thèse que les listes inonuincutales e t celle
de M anéthon étaient san s v a le u r; nos m atériaux offrent beaucoup
trop de lacunes po u r se p rêter en aucune façon à des déductions de
ce genre. Les trois noms d’H o nis : i.lolepsccheinoui, N ebré' et Noute-
ren (c'est-à-dire Binolhris) so n t inscrits su r l'épaule d'une slatuc ar-
chaTque agenouillée, celle d'un h au t fonctionnaire (au Caire, (jukiixüt,
le Musée èfjypUen, I, pl. 12, 13; J. i »k Monovx, Ftech., II, pl. IV, 293;
[). 231; Bonr.iHMDT, Slnliien von Königen und Privnlleufeny Cata­
logue général du musée du Caire, n” 1). Ces nom s aj)paraissent dans
le même o rd re su r des fragm ents de vases, au tom beau de Perjebsen
ù Abydos H. ÍT., II, 8, 8, 13. Les deux prem iers nom s figurent aussi
su r une coupe en silex dans le tem ple de M ykerinos : Rokciiahdt, A7/o,
IX, 488. Bouchons de cruches à vin, au nom des deux prem iers (et
provenant aussi de leurs tom bes détruites) dans un tom beau i)rès de
la pyram ide d'O unas : Maspkho, du serv., III. 182 sq .; W f.ii.i.. /. c.
p. lo4 sq. ; mêmes sceaux p o u r N outeren à Gizeh ; P ktiuf., Gizeh nnd
der Rifehy pl. V ; W eili., !. <\, p. 438 sq. On ne peut pas savoir si l'IIorus
llotcpscchem oui est identique avec le roi Bazaou. T ablette de Gizcli
avec le nom de Bazaou : R kisnkh, Á . ■tS, 113.P'iouteren(cilé aussi sur
la pierre de P aïen n e, ligne 4) d oit être certainem ent = B inothris (Be-
noulerou) le Iroisièm e roi de la liste. W fim . a m ontré(/trc., XXIX, .3
sq.) que n t o r u s Sechem jeb n'est pas identique avec le roi Perjebsen,
m ais est son prédécesseur. Horus Sechem jeb, avec le nom propre
P e re n m a 'a t; R. T., II, 21, 164 à 172. Abydos, III, pl. 9,3. Sceaux dans
P kthie,//is/. P, 24 = W kill, p. 7. — Sêlh P erjebsen : R. T., II, 21,173-177,
22,178-190; 31. G austam:, Ret Khallaf, X, 8 ; avec les titres royaux du
protocole (sansnom d'H orus), R. T., I, 4, 7, 29, 87 sq. ; II, 22,190. W kh.i. a
expliqué, p. 117,la légende du sceau,déjà citée. P erjebsen avec Senti
( = Sethenes) dans la tom be de Seri à S akkara : Mauiettf, Mastabas,
92 sq. L kpsws , Auswahl, 9. F ragm ent d ’une coupe de diorite à son nom,
dans le tem ple de C hephren: HOi.schkr, Grabdenkmal des Chephren,
p. 106. Senti app araît égalem ent dans le papyrus méd. Huuî;scii,
lier, des Inscrip., pl. 99 (après Ousapbais) e t su r le bronze de Berlin,
n" 8433 de basse époque.

214. S’il n^y a pas à Hierakonpolis de monum ents prove­


nant des successeurs de Narincr, pendant tonte la d urée de
DKUXIKMK DY.NASTIK ■ ■S 211

la T' dynastie et la premiéi-e moitié de la 11‘, nous en tr o u ­


vons, en revanche, plusieursd'iiii roi qui a pour nom d’Horus
r.ha'sechem . Ce so n t; deux statuettes assises, eu schiste et
en calcaire, rep résen tan t le roi vêtu d ’un long manteau royal
avec la couronne du Sud, puis des vases de p ierre et des
fragments de stèles. l’exception d ’une stèle qui se rap ­
porte à une victoire su r les Xubiens, elles sont toutes desti­
nées à comm émorer dans la x'ieille ville royale les victoires
rem portées sur les rebelles du pays du Nord. Des monceaux
de cadavres nus gisent au pied de son tr ô n e ; d ’après une
inscription s u r une des statues, il y au rait; 47:209; sur
l ’autre 48.205; l’exagération est la mêm e que pour Narmer
(§208\ Sur les vases, ou voit la déesse-vautour d ’El kab réu ­
nissant pour lui les plantes symboliques des deux pays avec
une légende « Année de la victoire sur les rebelles du Nord ».
,\insi, ces monum ents confirment que l’unité de re m p ire
s’était rom pue pour un tem ps, et que Cha'sechem a recon­
quis le royaume du Nord ; mais alors de nouvelles révoltes
e u ren t lieu. Ce fait contribuerait à expliquer les d iv er­
gences entre les noms de rois s u r les listes et su r les
m onum ents. Le nom p rop re de Cha'sechem nous étant in ­
connu, nous ne pouvons l’identifier avec aucun roi donné par
les listes; à en j u g e r par la forme de son nom d’IIoriis et
le style des m onum ents, il appartiendrait à la fin de la II”
dynastie. J u s q u ’ici m dle autre trace do lui ne s ’est trouvée
ailleurs en Egypte.
M onum ents: IliernkouptiUs, pi. 3fi-4t ; 48; sur cette stète, tes enne­
mis sont représentés, comme ctiez N arm er, au moyeu du signe du
pays d ’où su rg it une tête, e t le signe slj indique qu’ils sont des .Nu­
biens; mais on ne sau rait affirm er si ce sont des nègres o:i desH am ites
(v. g tG.’i U.). CvrotT, p. 238 et d 'au tres, attritjueut à to rt ces statues à
Clia'sechem oui. l.a d éesse-vautour est représentée sur les vasq,s, tenant
un anneau à sceller qui enferm e les lettres fis”; est-ce ta le nom pro­
pre du ro i? Cela est douteux. P o ur le reste, le nom d ’H orus C ha'se­
chem ne peut ê tre séparé des nom s de même type ; IJotepsechem oui,
Sechem jcb.C ha'sechem oui, c’est-à-dire des autres rois tie la H” dynastie.
!/lîG Y I» T E SOL'S IM S T IM M T K S

215. \ a ‘ papyrus d(* 'Pui'iii nous a coiisorvc l(‘s cliinVcs des


aiincos d<^ règm* el dc vie des ([iiaire derniers rois de la dy-
naslie; à l’eu cioire, aucun d ’eux ne serait ai rivé à un âge
l)i(‘ü avaiici*. Pas un inoniimonl de ces rois ne lionscsl [>ar-
venii ; pai’coiili e, nous coiiiiaissons un cei-laiii llorus Clia'se-
cliemom dont U* nom [lersonuol ne peut (»iicore sc‘ lii •(^ avec
cl' i Iî UuI o. I^a |)ic'ne de Palermc mcntiomic, [sai'ini les noms
(l’aiinéos, raiiiiée de sa naissance, (|id se place sous un des
denuei-s i-ois de la dynastie; il s ’agissait donc d ’nn liéritice
légitime J n tii'me. C’est le seul pliai'aon (jui i)orte tonjoues le
donlile titre « Horns et Sêth » ; il réunit donc en sa personne
la (uussance de Sètii-Perjehsen i,!j 21.'il el colle des adorateurs
d ’IIorus. Il a nn antre point de commun aviic Perjebsen :
c’est qne, avec ce dernier, il est le seal roi de Cidte dynastie
(|ui se soit fait constrniro nn tombeau à Abydos; situé par
delà les tombes royales pins anciennes,ce tombeau ollre, pour
la première fois, une elianibre funéraire bâtie en pierre et en ­
tourée de cellules de brique, qui appartiennent au.\ fonction­
naires de sa cour. Le roi se construisit également une forte­
resse à Abydos, et on a tro n v éà HieraUonpolis des fragments
im portants d ’un montant d<! |)orte en granit, <[ui porte son
nom, ainsi q u ’une liste (illisible) de peuples vaincus. Son
é[)ousc Nema'atbapi est la m ère du roi Zoser; c’est avec ce
roi ([ue le papyrus de T u rin, faisant pour la prem ière fois
une cou|)ure, commence une dynastie nouvelle, (|ui c o n e s-
pond à la IIP dynastie mempbite de Manéthon. Comment
expliquer que ce |)apyrns, de même ([ue la table d ’Abydos,
donne comme d e rn ie r roi de l’ancienne lignée un roi Nebka
(avec une durée île l ègne de PJ ans et sans indication d ’àge)
Cela reste tout à fait obscur. Manéthon ne nomme pas Neblia,
mais à sa place, met en tête de la troisième dynastie, comme
prejnier roi et prédécesseur di^ Zoser, un roi Neeheropbes.
Ce dern ier correspondrait-il à Cba'sechenioui et Nebka se­
rait-il le d e rn ie r r eprésentant d ’une lignée plus ancienne? 11
serait facile de faire des hypothèses à to it el à travers, mais
LISTE DES ROIS DE LA DEUXIEME DYNASTIE
(Cf. § 212, n.)

.MONUMENTS I.ISTES nOVAI.ES ÉGYPTIENNES MANÉTHON

II" Dynastie, 9 Thinilcs


IlonislIote|)seche-
molli . . . . Pa/aoii A., mail- 1 15o7]0o; 38
(|ue T. S.
Ilorus Nolirè' . Kekaoii '1'. S. A. 2 39
(âge non indi-
qué).
— Noiileren . Renoiitcren T. S. 3 BivwOc'.; 47
A.(95aiiscrAgei
lioriis Sccliemjol),
roi P e ro n m a 'a l. O u/uas r. S. A. TÀd; 17
(70 ans d ’âgo'i.
.Sètli Perjebsen .
Roi Senti. . . Senti T. S. A. âge 5 —eOsvT,; 41
perdu .
1 (> Xaiprji 17
N e ferk eré’ L T .S . 7 2.0
(i\go 70 ans).
N t‘fe r ko s Ok a r T . S . 8 48
I (règne 8 (1., 3 111.
I lO j . â g e 2 0 a n s .

Clia'secheiii.^,. „
jlloiizern I . S. le-
1 gnc IJ ans, 8 ni.
âge 34 ans.
Zazai T. S. A.
règne 27 ans, 9 .\ îv 'i'V 30
2 111. 1 j. ; âge
\ 40 ans. I
Nobka T. règne I

S
19 ans; âge illi­
sible. Total.
III" Dynastie, 9 Mcn'iphites
302

............................ 1 Xs/£CO)V?jC (itïar.) 28


— N eterch ct
roi Zoser. . . Zoscr T. S. A. 2 To'îopio; >0
19 ans, début
d ’une nouvelle
dviiastie.
158 L KGY PTE SO U S LES T llIN IT E S

les (locumotils actuels ne perm ettent d ’arriv er à aucune so lu ­


tion assurée. Une seule chose semble claire, c'est q u ’il v
eut alois autour du troue iiiariites compétitions et tjiie-
relies. Zoseï* a peut-être, le premier, lestau ré l’unité d(‘
l’empire et rompu en même temps, d'une manièi'e définitive,
av(‘C l('s ancieniK's ti’aditioiis des IMiinites vers 21)00 av.
J.'-C;.

M onum ents de Clin'secheinoui (sou nom i)crsonnel s'écrit à |)cu près


HX eteriuu {'i) wonet'-liotep » ce qui à la rig u eu r, pouri'ait être icienliné
avec Ni/^Êpa>sr;;); li., T. Il, i), sq. ; IlierufioitpoUs, pl. 2, ; 51i, 8; .Wo'-
dos, III, 9-8; l'orteresse royale de Sliounet cz-Zebîb : P ktiui:, .\hydos,
II, I». X em a'alhapi s'appelle sous ce r o i : « m ère des enfants
royaux m. H. T., II, 2i, 240 ; sous Zoser, « m ère du roi •>, (ivusi-wc, />v/.
hftallaf, 10, 7 ; elle jou il d ’un culte funéraire près de M cmpliis; s u r les
biens de ce culte, Snol'rou attrib u a une ren te à Melen, L. l>., Il, G.
D’autres sceaux «le Cha'secliem oui, de. X em a'alhapi e t de Zoscu-, |n*ove-
nanl du m onum ent d ’Abydos, ont été publiés par N kuukuh^, Aitniih of
Arefunud. tind Anlhroi>ol. Uvrrpool, 11, pl. 22-2'). Le roi Ncbka qui nous
est connu par les m onum ents est lu'oboblenient le roi de la Ill*dynas-
lie (§ 231;. La p ierre de P aïen n e attribm* aux lignes 4-;> = It* dynastie
(y com pris p eu t-être le com m encem ent d e là Ht* dynastie), environ
240 a n s; le papyrus de T urin atlribuc' aux 18 prem iers rois jusqu'à
Zoser (exclus;, environ 420 ans (= e n v iro n de 3.345 à 2.89.5 nv. au
lieu lie 565 ans donnés p ar Manélhoii. P our la liste des rois, voir le
tableau.

L a ciüilisation de Pépofjiie thin îic. L 'a r l.

216. Les iiiaisüiis royales de Thiiiis oui siégé su r le Irène


d ’Uorus pendaiil plus de 4O0 ans (environ <le 2300 à 2900).
Si nous lie [)ouvoiis saisir tie leur histoire que des» mo-
iiieiits isolés (en particulier, la deuxième dynastie nous reste
encore très obscure), du moins la culture et l’état de la
monarchie prcnueiit pour nous nu relief asst‘z sensible.
Les inonninenls nous ont révélé celte chose snrprenaiile
que e’esl eu grande partie sous les prem iers rois de cette
LA C IV ILISA TIO N ' D E l ’É P O Q U E T II IN I T E . l ’a R T ---- S

pTomièl'o (lyiiiislic ihiiiite que les formes esseiiliellcs de la


civilisation et de la monarchie égyptiennes, ont revêtu
l’aspccl que nous leur connaissons plus tard et qui est
l'csté immuable à travers les transformations de l’h is­
toire. Nous avons déjà vu i[ue sous le roi Ghent (§ 211)
le costume archaïque et ce stylo ancien qui, à prem ière vue,
nous semble à peine égyptien, font place à des formes
nouvelles qui s ’im posèrent désormais. Ce ehangeinent est
très perceptible dans un bracelet q u’on a trouvé su r le
cadavre de l’épouse du roi Client ; il y a là des ligures
d ’Horus en turquoise (faites avant l ’introduction du nou­
veau style et q u’on ne pouvait roiuplacer à cause de la
matière), où l’on a représenté d ’après l’ancien style un
faucon accroupi ; d ’autres Horus en or, montrent, an con­
traire, un faucon d ressé et stylisé. De même nous voyons
toutes les ligures s’amincir et des règles s'élablii- pour
le dessin des contours : il faut, par e.vemple, que la tête
et les ja m bes soient de profil tandis <|uo le buste et les
yeux sont de face ; iino figure dessinée correctem ent doit
regarder à droite ; un bras ou une ja m be q u ’oii tend en
avant doit s ’op|ioser an bras ou à la jam be du spectateur, etc.
Onsaphais, su r sa tablette d’ivoire, annonce déjà tout à
fait, malgré son caractère archaïque indiscutable, les efli-
gies royales que nous verrons par la suite. On abandonne
aussi l’ancieiiue mode de p orter les cheveu.x et la b arb e; on
se rase la tête complètement. Le roi et les personnes dis­
tinguées poi'tent désormais une perruque (on a trouvé dans
le tombeau de Client des mèches de cheveux jiostiches) et
une barbe pointue au menton, ypii parait également être
postiche) (§ 1C7) ; par contre, les paysans ont gardé long­
temps encore I’aiicieii costume. Quant à cette variété des
formes, constatée dans les vases de p ierre et d ’argile
archaïques, elle disparait et fait place à un petit nombre de
modèles simples ; les palettes à fard sont aussi abandonnées,
quoique l'on continue à se farder les yeux.
liK) I- E G Y PTK bO U S L E S T H I M T E S

P arures Irouvécs dans la lom bc de Client : H. T . yII, I. Mcîclie de che­


veux : \hydos, I, i (en o u tre li’an tres, par exemple îX lîerlin i. Poi'irail de
Client s u r un sceau ; /î. T., Il, t'I, tOS, d'U usapliais,//. (0, P-î, U el
s u r la taldetti* de victoire 212. — 11 y a eu, connue il e s tn a lu n d , un
dévelopjiem ent u ltérie u r d an s tous les dom aines, mais, d’une faeou
générale, il a p p araît (|ue nous avons fait autrefois beaueoup trop de
théories e t d ’hypothéscs su r ce su jet ; nonibre de choses, cpie l’on
çroyail, il y a peu d ’années, p rovenir de l’époipie la plus ré<*enfe, s'avé­
r a i t au jo u rd ’hui com m e tout à fait anciennes.

217. Les rèj^les adoptées ii’entraiiiciil niicuiie raideur dans


l’art ; au conti'aire les inorcmuix ijui i't‘steiil d<* celte vieilli*
époque sont pleins do m ouvem ent et de vie ; ils disent la joie
q u ’éprouvait l’artiste à liavaille.r à créer, 'l'andis que les
anciennes forini's se siiivivmit encore dans la masse du
peuple, et que les objets que l’on trouve dans les tombi’s
oi-dinaii es g ardent longtemps encore le caraclôre des objets
« préliistoricjues », â la cour, il y a un progrès coiitiiiii. Il
s ’étend d’abord du mi aux g rand s qui l’entourent, puis va
pénétrant lentejiient dans b ‘s couches inférie ures 17d .
Ainsi s’expliijuent les briiscpies à-coups (pii dans les fouilles
sem blent iiilermmpri* la conliimité parfailemeiit discernable
du prog rès : un roi puissant introduit une iiouvoanlé; ses
successeurs maiKpicnt de inovens pour la m ainleuir, ou
s ’eii désintéi'ess(*nl ; plus tard survient un autre roi qui
jepreiul le vieux modèle, ju sipi’à ce que le goût lui soit
épuisé. Les tombeaux illustrent clairem ent celle évoliilioii
Sous les prem ières dynasties, la presque Inlalilé des lOgyp-
tiens se faiti'ncore ciitoi'rei' dans des fosses de terre, à l’an­
cienne et simple mode ; on liien on les caclie sous le cou­
vercle de grands vases d ’argile ; dans les tom bes pins riches
on m ure le puits avec des briques crues. Quant aux fonction­
naires de la cour, leurs corps sont rangés dans des cel­
lules murées, autour de leur maître i[ui possède déjà une
vaste chambre funéraire. Dès le début s ’érige à nos yeux la
tom b e imposante do Menés à Negade : c’est une construe-
LA C IV IL IS A T IO N D E l ’É P O Q U E T H I N IT E . l 'a BT ---- § 2 1 7

lion isolée, dont les cham bres sont en to u rées d ’un m u r de


briques massif, qui, à l’extérieur, se décore de saillants et
de l'entrants coiiiiiie la porte du palais du roi. ü ’autro part,
les tombes d ’Abydos montrent des formes beaucou]i plus
simples ; elles ne sont d ’abord que des grandes chambres
funéraires, m u rées dans la terre et creusées de niches : le
pavement est en bois, la toiture faite de grosses poutres,
su r lesquelles on a élevé, avec le sable du désert, un tertre
funéraire. Chez OusaphaTs, nous trouvons pour la prem ière
fois un pavement de granit et, pour descendre à la chambre
funéraire, un escalier; celui-ci s ’est conservé chez ses suc­
cesseurs de la I™dynastie qui, cependant, n ’em p loientplus la
pierre pendant des siècles. Puis, P erjebsen a d e nouveau une
tombe très simple. P ar contre, Chasechemoui mar(|ue un pro­
grès essentiel ; il s ’est fait biUir une chambre funéraire en
pierre, entourée de couloirs, avec des niches eu briques pour
les gens de sa cour. A cette innovation correspondent les
portes de pierre à Hierakonpolis (§ 215) ; lachi onique de Pa­
ïen n e signale aussi à cette époque la construction d ’un m onu­
m ent en pierre (lignes 5-2). Mais c’est seuleinoiit à p artir du
règ n e de Zoser que commence une nouvelle époque; alors
ou réunit le tom beau en b riques de Menes, qui est une con­
struction isolée, avec la chambre souterraine d ’Abydos au
moyen d’un gran d escalier ; cette architecture devient, sous
la IIP dynastie, le type q u ’adoptent p o ur leurs tombes les
riches particuliers, tandis que le roi se fait érig er m ainte­
nant un tombeau de pierre, massif comme une tour, d ’où se
dégagera la forme de la pyramide (§ 230). — Nous pouvons
suivre, à travers ce développement des tombeaux, les p ro ­
g rès de l’architecture. A l ’époque ancienne dominent encore
complètem ent les matériaux tels que la brique e t le bois, et
notre admiration s’ém eut à la vue de ces puissantes solives
de bois, peut-être déjà im portées de Syrie, qui, soutenues
par des piliers, s’étendaient au-dessus des g ran d esch am b res
funéraires et portaient le poids du sable entassé par dessus.
162 l ’Ég y p t e s o u s l e s t h in it e s

Sous la ni" dynastie, on comimMice à employer la voiUc


pour les escaliers et les couloirs. L’arcliitectiire de pierre
ijui, dans notre imaginalion, paraît inséparable d(*s iuonM>
menls égyptiens, ne s’est dcvelo})pée (|ue très lentement et
même avec timidité. Ce q u ihata son p ro g rès, c’est la rareté
du bois et le peu d(‘ solidité que présente l’argile en général ;
elle exige m» edbrl beaucoup plus considérable en hommes
«‘t en trava'il, cl témoigne par consé({n(*nl du progrès crois­
sant de rorganisation adminislrativo.

Sur XegiVle, v. : Boncii.uuiT niul DiinrFKU», .30,87 sq. ; sur


iVbydos : lM:TniE, /ioijul Toinhs \ sur la 111" dynastie, fîAnsTANG, Mn-
hasua and lied e t su rto u t (îAnsTANr., Tombs of the third dij-
naslij. P o u r les tom beaux de la classe m oyenne et des classes i)auvres,
il faut cil(M- au jouririuii. et avant tout, les nécropoles d(‘ T oura (§'207 n.)
et de Naga <*d-r>cr (§ ICO n.); {nous ne possédons encore que des brèves
notices su r l(!s foiiMb^s de U eisner «Inns le cim etière (teG izelg. Nous
constato n s ici encon*. su r tous les points, la scission caracléristiqiu*
qui se pro d u it avec les com m eucem ents de la 1"' dynastie : les pa­
lettes à fnnl d isparaissent, les poteries d ’argile dégéncrcut, taudis
que le travail su r pierre atteint son apogée et que la variété de
form es »les aueJens vas(îs fait place à un petit nom bre do modèles
sim ples. Au lieu des fosses de sable ('I des petites tom bes en briques,
on com iueuee à co n stru ire d(îs tom bes plus grandes, entourées de
cham bres pour les olTramlcs, et, avec la 111“ dynastie environ, ap-
l>araisscnt les cham bres vofitécs e t les lom bes en form e de puits
auquel on accède p ar un escalier. En Hasse-Nubie, au contraire,
l’ancienne civilisation s’est conservée slal)le (§ 163 n.), de sorte qii<‘
cetle région se sépare' lentem ent de l’E gypb', et reste en arrière pour
In civilisation.

218. Dans les toml)cs île l’ancien style et dans les cim e­
tières dn coniinun, on ne trouve aucune inscription. A la
cour, au contraire, on a pris l’babitndc, depuis Menes, de
<( faire revivre bî nom du défunt », et de r i n s c ri rc sui’ une
lai)lette de pierre, aiin que le défunt soit assuré de conti­
nuer son exislenceimlividuelle an delà de la mort. Cet usage
s’applique d ’abortl an roi, (|ui désigne en môme temps p o u r
LA C IV IL IS A T IO N D E l ’É P O Q U E T II IN I T E . l'a RT — § 218

lu service de son esp rit (Ayi) lin grand nom bre de serviteurs
elinrgés de lui rendre un ciille régulier et lui appoi ter des
oUVondes. Mais il veut aussi dans l’au-delà jou ir île son e n ­
tourage, et c’est pourquoi les personnes de sa cour sont e n ­
terrées pl'ès de lui et bénéficient en iiicme tem ps do la
survivance de leurs noms. A leurs funérailles, il est donc
p ro b a b le q u ’on exécute désormais les rites réservés d’abord
au roi, et ipie les textes magiques inséparables de ces rites
(ij 205) sont lus à leu r intention par un « récitant » [chriheh)
spécialem ent chaigé de ce soin. Les stèles funéraires des
rois sont travaillées avec art, celles du roi Zet en p arti­
culier (comme celles de la i-eine Merilneit) offrent d ’adnii-
lables exemplaires de la tecbnique ancienne des tailleurs
de pierre et dn dessin di's hiéroglyphes; mais, pour les
fonctionnaires et les feuimes du harem , on n ’exécute que
lie petites tablettes de calcaire fort gro ssières, où les hiéro­
glyphes sont mal dessinés, tracés à la hâte, souvent même à
peine lisibles; la différence des situations sem an ifeslo do n c
do façon caractéristique dans l'au-delà comme s u r terre. Le
portrait en petit, quand on on fait un, n ’est pas moins som-
niairem ent dessiné ; ce n ’est que pour les nains et les chiens,
car on les admet eux aussi à l’iininorlalité, qu'on soigne la
ressemblance d e s silhouettes. La façon très différente dont
on exécute les inscriptions et les dessins sur les vases de
pierre, les cylindres pour les sceaux, les plaquettes d ’ivoire
et d'ébène, prouve (|ue l'art et l’artiste étaient encore chose
rare et précieuse, dont on n ’usait pas à la légère. Nous avons
de petites figures, ciselées en ivoire, qui tém oignent d ’un don
très vif pour l ’observation de la nature, et qui nous rappel­
lent les productions de l’art paléolithique, à l’époque magda-
léenne (<( 597). Ainsi, une petite statuette royale re p r é ­
sente un roi vieilli avec un réalisme et une fidélité que ne
déparent point quelques fautes, comme par exemple
l’oreille beaucoup trop grande, e t q u e nous ne retrouverons
pas plus tard, (|uaiid on sculptera ce dieu qui a pris l’effigie
L EGYPTE SOUS LES TlllNlTES

(111 Toi. l)e UKimu Style sont ties figiiiTiies d ivoÎTC lepré-
seiitant des femmes avec un enfant suc le liras. Ajoutons à
CCS preuves d'au tres productions des arts mineurs, ciselures
magnifiques des m eubles et des cassettes à bijoii.x en ivoire,
bijou.x de femmes trouvés d a n sle tombeau de Client (^216',
outils de pierre, vases en p ierre d u re et en albfdre, d ’une
technique merveilleuse, ü n commence déjà à façonner aussi
des vases et des figurines en terre colorée et vernissée
(faïence). Cependant, les figures humaines q u ’on essave de
tailler en pierre restent pendant longtemps em preintes de
g aucherie; ou ne se servait encore <|ue d ’outils en pierre et
du sahle pour les exécuter. Peu à peu on se risque à donner
aux figurines des dim ensions plus grandes. Dès la 11“ dynas­
tie, les statuettes de C ha'sechem, en calcaire et eu schiste
(tj 214) m on tren t que l ’on a comm encé à vaincre ces diffi­
cultés ; il y a çertes de la raid eu r dans la pose de ces figures
assises, et les fautes n ’y m an q u en t pas, mais l’artiste a
réussi le rendu du visage juvénile, em preint de gravité, et
en a lait un portrait bien individuel. Plus maladroits encore
sont les prem iers essais d ’employer la p ierre d u re p o ur les
statues : citons, par exemple, la statuette en g ran it noir d’un
fonctionnaire agenouillé,qui porte s u r l’épaule les noms des
trois prem iers rois de la 11“ dv nastie (Sj 213 n.).

S tèles fuiiéraires de n ain s: lioi/nl Tombs, I, 33, 3(i, 37 ; II, ‘28, 58


^C a p a h t , p. 247). A bydos, I, 4, J1. S tatuette de r o i: A bydos, II, 2, 13,
C a p a r t , p. 154 (la rep ro d u ctio n est loin d'être s'atisfaisante et p rête à
des ju g em en ts erronés à cause d'effets de lum ière factices, comme
le prouve la vue de l’original qui est au Britisli Muséum.) Cf. les a u ­
tres figurines d ’ivoire, prov en an t du tem ple le plus ancien, dans A b y­
dos, II, e t d an s v o n B i s s i .m i , les Débuts de ta statnnire en Kyypte,
fteu. archéol., 1910, pp. 253 e t 259. Voir dans P e t r i e , Migrations, J . o/'
Me anthrop. Inslilule, XX.W I, 1906, pl. XIX, une tête de roi, probable­
m ent de cette époque, e t d o n t l'a rt rude et vigoureux est saisissant.
S tatue prim itive, en calcaire, d’un fonctionnaire agenouillé, et qui
porte encore la barbe : Ilierakonpotis, pl. I ; 2, 1 ( C a p a r t , p. 249) ; puis
encore 57 : o u tre les figures exécutées en granit, que nous avons
l ’é t a t . --- R OYAU TÉ E T A D M IN IS TR A TIO N --- § 219 166

citées, celles de Meten (début de la IV'” dynastie) e t d ’autres trah is­


sent la même m aladresse.

L’Etnl. — lioyaiilé et administration.

219. La royauté est le cœ ur de la vie de l’Egypte. L


titres protocolaires, le double nom du roi, celui d ’ « Ho-
rus » et celui de « roi des deux pays », le costume royal et
le cérémonial de la cour sont déjà complètement dévelop­
pés chez les Thinites, et prolongent sans doute, en les
élargissant, les formes en usage dans le royaume de Haute-
Egypte. Le roi, incarnation d ’Horus et de Sêth (§ 199) est
allaité par Sechmet, déesse à tête de lionne, et il est lui-
mêm e un lion (sphinx ou griffon) qui renverse les peuples
d ’un coup de ses griffes ; sous une forme humaine, c’est un
dieu vivant, qui agit de pair avec les dieux. Comme ceux-
ci, il est le maître de la vie et de la mort, et il dispose de
ses sujets avec une liberté sans limites q u ’exprime bien une
des formules magiques de la pyramide d ’Ounas ; il s’agit de
rendre au souverain défunt l’usage de tous ses organes, et
T on dit : « q u ’il prend les femmes où il veut, les enlevant à
leurs époux, lorsque son cœur s'ém eut de d ésir » (1. 629).
Ainsi faisait le roi de son vivant, à peine retenu en réa­
lité par les barrières que certain es obligations persistantes,
surtout envers les grands, opposaient à son plaisir. On s’ap­
proche de lui en trem blant, avec l’effroi mystérieux q u ’ins­
pire une image divine ; on baise la poussière à ses pieds, —
et seuls q u elq u es élu s.q u i se vantent en su ite,d an s les inscrip­
tions funéraires de l’Ancien E m pire, de cette faveur insigne,
sont dis pensés de baiser la poussière et em brassent ses
g e n o u x ; — on lui apporte des présents, on cherche à se con­
cilier sa bienveillance, on l ’appelle toujours « le dieu » et on
évite de p roférer son nom véritable; de bonne heure on a
rem placé ce nom par la périphrase : o la grande maison »
'p a ra , Pharao).
É G Y P T E SOUS I.E S T IIIN IT E S

Le roi allaité p ar Sechinel, le roi dans la ctm ipagnie des dieux, le


lion royal, elc., nous sont représentés dans les reliefs île .N'ewoscrré'
(V‘ dynastie), mais ces idées ont une origine bcancoup plus ancienne.
.\insi, par exem ple, les tables-annab's de la l'''"'’dynastie nous donnent
déjà, sous forme abrégée, une représentation do la fête Set, et les
lableanx du Sinaï com m ém oratifs de victoires nous m ontrent le roi
écrasant les peuples étran g ers.

220. Si le roi est un dieu, il est à sou tou r lié, comme les
dieux, par le cérémonial (|ui règle ses ra()ports avec les
sujets, et la consécration divine qui s’incarne en lui. Sa
lâche est de pourvoir à la gloire et à la puissance de l’Ktat,
à la sécurité et à la prospérité des habitants, et de maintenir
l’ordre et la justice institués par .Ma'at. Si l’Hlat est fait pour
lui. il est fait pour l’Ktat. Certes, l’Hgypte, elle aussi, a
connu des oublis périodiques do la tradition, et elle a eu
recours à des expédients comme ru s u rp a lio n et la rébellion,
(cf. § 28), mais cette divinité mêm e, qui assure au roi une
consécration suprême, constitue le frein solide de la royauté.
Si le souverain se dérobait à l’observance ponctuelle des
règlem ents établis, il ne serait itlus un dieu ; les dieux ne
voudraient plus le reconnaître, ni les homm es lui obéir.
Ainsi le roi. dans son apparence extérieure comme dans
toutes ses actions, est lié à un rituel immuable. Dès sou
avènetuent au trône, il accomplit la « réunion des deux
pays >1, figurée par un enlacement des plantes symboliques
des deux régions, et la « course autour de la muraille ». A
des années déterm inées, il « apparaît » comme les dieux,
dans une procession, soit en roi du sud, soit en roi du nord,
soit avec les deux couronnes. U célèbre avec une pompe
pai'ticulicre la fêle Sel, un ju b ilé trentenaire, mais (pii ne
[ireiid pas forcément comme point de départ rav ènem en t au
trône ; aussi tombe-t-il souvent avant la trentièm e année du
règne (cf. § 212 n.) ; après cette fête, le roi commençait pour
ainsi dire un second règne. U semble donc résulter do cotte
fête très ancienne q u’à l ’origine la royauté n ’était donnée
L É T A T . ---- HOYAUTE E T A U M IA IS T R A T IO N ■ S 220

i|iio poiiruii temps tlélcTmiiié, coutume qui se retrouve aussi


chez d ’autres peuples. Les sources g recq ues nous app ren ­
nent que cotte limitation existait aussi |)Our le taureau Apis,
([lie les prêtres devaient tuer lorsqu’il dépassait la vingt-
cinquième année après son intronisation. Lors de la fêle Set,
on dresse une hante estrade à laquelle conduisent deux esca­
liers; deux troncs, su rm ontés de dais, .sont placés sur l’e s ­
trade ; le roi siège su r l’un avec la couronne blanche, sur
l’autre, avec la couronne rouge, tenant à la main la houlette
des pasteurs et le fléau, et vêtu d ’un maillot particulier. Les
p rêtres conduisent la cérémoni(^, eu présence de la cour,
des enseignes des dieux, et des enfants royaux portés dans
des litières. 11 y a un grand nombre d ’autres fêtes, les grandes
fêtes des dieux, que le roi est tenu de célébrer. Au prem ier
rang se place toujours la fête du dieu royal tlorus, « l ’adora-
fion d ’Horus ». Sous les Tbiiiites, elle a lieu régulièrem ent
tous les deux ans ; cependant, il y a un roi de la L« dynastie,
|)eut-èlre Miel)is (pierre de P aïenne, 1. sous loipiel, chose
étrange, elle n'a jamais été célébrée (cf. aussi §213, à pro­
pos de Perjebsen). Ensuite viennent les fêtes des dieux
principaux des deux pays, qui, de plus eu plus, deviennent
dieux de toute l’Égypte ; en conséquence, on leur bâtit parfois
de nouveaux sanctuaires; mais ceux-ci, comme le palais
royal, ne sont que des édifices légers en clayonnage, ou se
mêlent le bois et les briques crues. On cite les fêles de Neit
à Sais, de Sokar à .Memphis, l’anniversaire de naissance de
Minou, d’A n u b is.d e Oupaout et des dieux-loups de la même
famille, de la déesse-chatte (.^) Maftet et d ’autres divinités
en partie in connues; puis encore la « course circulaire
du taureau Apis », « le tiré de l’hippopotame », la fête Zet,
d'autres encore. Beaucoup de ces fêtes se renouvellent sous
le mémo règne. Nous avons déjà parlé d ’autres cérémonies,
comme l’ancienne fête agraire du labourage des champs, la
fête de « piocher le sol » (§ 207), et « l’érection du pilier
d ’Osiris » (§178). Le roi fait souvent des visites aux princi-
I. K fiY PT E SOUS L E S T llIN IT E S

paux sanctuaires du pays ; la chronique de la p ierre de P a­


ïen n e m entionne à diverses rep rises sa présence dans
diverses villes, sans doute à l’occasion des g ran d es fêtes.

S ur ces fêles qui sc so n t <:<mservécs, avec des Lransfoniiations


variées, jusqu'à la plus basse époque et sont reproduit(!s dans les
tem ples, et su r le rôle du ro i à celte occasion, voir Moukt, Du eimu:-
lire religieux de la royauté pharaouiquey 1902 ; K^a:s, Der (ipferlnuz des
aeg. Königs, 1912. Bien entendu, ni les Ptolém ées ni les Césai’s (et peut-
être même bien des P haraons des époques antérieures’i n'o n t en l'idée
de céléb rer ces rite s en personne. L’explication que nous venons de
donner des p ratiq u es de la fête Set a été aussi exposée par P ktuik,
Researches in Sincü, 1900, p. 181 sq., mais il cro it à lo rl tiu'il s'a i'il là
d ’une fêle cyclique.

221. Chaque roi se construit une nouvelle capitale-rési


dence, une ville entourée d ’un m u r à créneaux, où est son
palais. Le nom de cette ville et ceux de ses fonctionnaires
sont très souvent mentionnés su r les tables-annales et su r les
vases. On délimite l’emplacement, on se prépare à la con­
struction, etc., p ar des cérémonies particulières. C’était une
règle, semble-t-il, de ne commencer la construction d'une
nouvelle résidence que dans la quatrièm e année du règne,
et d'en édifier une autre égalem ent dans la quatrièm e année
apres la fêle Set; c’est pourquoi mention nous est faite, pour
les rois qui c u ren t un long règne, de « deux maisons », c’est-
à-dire deux résidences ou palais. S u r la stèle funéraire deZ et
(§ 211 n.) est gravée une porte qui représente clairem ent la
forme du palais; il a deux portes placées l’une à côté de
l’autre, et encadrées de poutres de cèdre ; elles co rresp o n­
dent aux deux royaumes que gouverne le roi. Sous les p re­
mières dynasties, la plupart de ces résidences étaient p ro ­
bablem ent situées dans le nome tbinite, p rès d ’Abydos, mais
il y en avait sû rem en t d ’autres dans la région de Memphis
(cf. §210). Peut-être l’existence simultanée de deux tombes
po ur le même roi (§ 210)est-elle liée à cette double résidence,
puisque la tombe royale est toujours à côté de la ville royale.
ROYAUTÉ ET AOMINISTHATION --- § 222

La coutume pour chaque Toi d ’avoÎT sa « ville » propre s’est


conservée ju s q u ’à la fin de l’Ancien Em pire et n ’a pas encore
tout à fait disparu sous le Moyen E m pire ; ces nouvelles
constructions n ’entrainaient pas grands frais, puisque mai­
sons, palais, murailles d'enceinte étaient construits en maté­
riaux légers, briqu es crues et clayonnages. Des domaines
du roi, nous ne connaissons que les vignobles, d’où viennent
les cruches de vin q u ’on dépose dans sa to m b e; mais il pos­
sédait aussi, à n ’en pas douter, de grandes te r re s d o nt les
produit.s nourrissaient sa coui'; ses nombreux fonctionnaires
et serv iteurs.

L.t résidence du roi est représentée tantôt comme une forteresse,


tantôt comme une maison, et to u jo u rs désignée d'un nom qui a nn
caraefère éphém ère (cependant la « maison Q ethotep » apparait aussi
bien sous Client II. T., Il, 1-2, à, que sous Miebis I, G, 8); cette résidence
nous est connue po u r la pliq iart des rois dont nous savons quelque
chose : N'armer, /i. T., Il, 2, 4 ; Menés, II, 11, t ; Chent II, 5, 2 ; 12, 3 ;
/ e t , I, 18,4 ; Miebis, I, G, 8 (m entions d ’une antre résidence, peut-être
encore dans Abydos I, 5,1 ); Qa'.Sen, I, 8,11 s q .; 9,1, sq., 11,8,7 ; Hotep-
sechem oui, 11,8, 8 1 0 ; Zoser, Bel Klinllnf, 8,2. D 'antres renseignem ents,
encore d an s la pierre de P aïen n e, recto, 2, T, .8 , G-8, 4, 2, 11, G, 4. —
S ur la double porte, v. B ukasted, -lac. Records. I, 148 n. Plusieurs de
ces vieilles résidences nous so n t conservées dans les « forts « exhumés
p a r P etiiie, Ih j’dos.Ill. — S ur les vignobles des différents rois, v.W eii.i.,
lice. .X.XIX, 2G s. et .Mon. des tf" et U!" dynasUes. •

222. Nous n ’avons que peu de renseig n em en ts sur l’adm


nistration de l’Egypte à cette époque ; notre source princi­
pale, ce sont les sceaux des fonctionnaires qui ont laissé leurs
em preintes su r les bouchons des cruches d ’argile, contenant
du vin ou des vivres, dans les tom bes royales. Nous lisons
déjà sur ces empreintes les mêm es titres dont nous retro u ­
verons une multitude d ’exemples à la belle époque de l ’an­
cien empire inemphite ; ils fournissent la preuve que déjà
la monarchie de Menes n’était pas une oligarchie de famille
nobles, mais un état composé do fonctionnaires. Les fonc-
l ’Ég y p t e s o u s l e s t i i i n i t e s

tionnaires ont beau poui' la plupart être issus des g ran d es


familles et leurs charges être transmissibles de père en fils
(ce qui se voit encore souvent par la suite), il n ’eu est pas
moins vrai que le facteur décisif dans la vie <le l’Kgy|)tien,
ce n ’est pus son origine, c’est la faveur que lui tém oigne le
roj, c’est-à-dire son rang dans la hiérarchie de la cour. Une
preuve caractéristique, c'est que sur ces sceaux d ’offices le
nom du fonctionnaire n ’est jam ais indiqué, mais seulem ent
le nom de sa fonction et celui du roi. A ces fonctionnaires
appartient d ’ahord la grande classe des semer que nous pou­
vons rend re à peu près par « cham bellans», titre qui s ’asso­
cie souvent avec celui de « conseiller privé » [hi-i sesla ;
ensuite viennent les « connus du roi », ceux qui « sont p ro ­
ches de son creur)», ceux qui « louent chaque jo u r le ilieu
(c’est-à-dire le roi) », etc. Le plus haut titre de la h iérar­
chie semble avoir été lieti'o, « le grand comm andant en
chef » ; c’est celui que porte par exemple le « chef d ’armée »
de Semempses (§ 212) ; d ’après la signification que prend ce
titre à partir de la VU dynastie, la meilleure façon de tra­
duire serait « comte ». Parmi les fonctionnaires de l’adm i­
nistration, nous trouvons notam m ent les chefs de l’admi­
nistration du nome Çanez, «hailli »,§ 242) quicorrcsponde.nt
à peu ]irès aux préfets d ’un d é p a rte m e n t; ensuite les direc­
teu rs des « maisons du roi », c’est-à-dire des magasins et
b ureaux,les« scribes royaux » ,etc. Sous l’empire mem pbite,
l’administration est encore dualiste, à cause des doux
royaumes, qui, dans l’administration comme dans les titres
royaux, ne tro u ven t leu r unité que dans la personne du
roi ; cet état de choses rem onte à Mènes, et c’est à cette
époque que s’organ isentd éja les deux tréso reries (K225), les
doubles magasins et arsenaux, etc. A la tète de ces adm i­
nistrations séparées des deux royaumes se placent jiroba-
blem ent les deux hauts fonctionnaires que l’on appelle,
d’après les anciennes villes royales, « celui de Nechen » et
«celui de Po ». Il n’est pas rare que ces deux fonctions soient
R OYAU TÉ E T A D M IN IS TR A TIO N — ^ 228

confiées à un meme personnage, car cette survivance de la


vieille tradition dualiste recule en fait devant les progrès
(le l’unité monarchitjue. Le grand chef de radm in istratio n
cenlralis(*e, \o. vizir izati], se tient dès les te m ps les plus
anciens, aux côtés du roi, et, su r les m oiu im cn lsde Narmer,
nous le voyons rep résen té à côté du porteiii* de sandales
(§ 208 n.). Après lui viennent deux chanceliers, i|ui portent
le sceau royal et ad m inistrent le tréso r, le <i chancelier du
Dieu » ,c’est-à-dire du roid<‘ Haute-Lgypte, et le u chancelier
du liiti >?, c’est-à-dire du souverain du Nord.

Nos iJiatcrIaux actuels m* perm ettent pas d ’es(|uisser, inéim; <;n ses
tra its généraux, rh isto irc d e ra d in iiiistra tio n sous Icsprem ièrcsdynas-
ties. C’est p a r p u r hasard que telle ou telle fonction se rencontre
sous nos yeux, et il est hors de doute q u ’il faut attrib u e r à l’époque
thiiiite bcaiK'oup plus que nous ne pouvons dém ontrer. Les textes
des P yram ides font constam m ent allusion à la dualité de la m onar­
chie. — Sous Sechem jeb, on trouve, TombSt H, 2t, lli4, le f i l r c ^ g
(W m u-, /icc. X \ L \, 20), qui correspond évidem m ent au titre employé
plus tan t : se rencontre sous O usaphaïs, Itoynl
Toinhs, 1, t i , 1 1, e t réuni avec cri Pe, sons /o s e r, licl Kliallnf, 24, 7. Le
mémo personnage s'appelle aussi lie'fVo, rherheh elsemer, le titre he'iVo est
déjà {lorté par le général de Seinem pses. P ar c o n tre je ne relève avant
la IV® dynastie aucune trace du titre rp'li, quoique son origine doive
être très ancienne, car c’est le titre courant donné au dieu Géb. Ce
qu’il signifie, nous l’ignorons. Une seule chose est certaine, c’est qu’à
l'origine, ni he'U'o, ni rji'U n ’avaient pas le m oindre rap p o rt ni avec
l’adm inistration du nom e, ai av ecla noblesse (les égyptologues les plus
savants ont com m is su r ce point une erre u r qui sem ble irréductible).
Ce» deux titres sont au contj*aire de» titres de cour, très élevés, et
lorsqu’on appelle (leb » rp'/t des dieux », cela veut dire que lorsque le
roi des dieux tient sa cour, (îéb est placé au prem ier rang. La stèle
funéraire de Sabef, sous le règne de Sen, H. T., 1, 30, 3(î, 48, contient
(le nom breux litres de la 1'®dynastie. S ktiik a réuni le» titres connus
sous la llP d y iiastie, ap. Gaustanc, Tombs of llie third T^gypLdynasty^ p.(>3.

228. Un droit civil bien établi, accompagné d ’une procé


dure régulière, la fixation [>ar écrit des principales ordon-
l ’ é g v i -t e s o u s l e s t h in it e s

nances et des arrêts re n d u s par l ’administration et la ju r i­


diction, telles sont les m arques d ’un état civilisé : cette
organisation et celte juridictioti existent sous l’empire
ihinite. A vrai dire, rien n ’est jtarvenu j u s q u ’à nous de ces
règles du dro it civil et du d ro itp é n a lq u e la tradition faisait
rem onter j u s q u ’aux dieux, mais il est hors de doute que dès
cette époque, ces règlements étaient codifiés dans des livres
de lois. Dans chaque ville siège un tribunal raro f, composé
des plus hauts fonctionnaires : c’est lui qui dans le mythe
osirien connaît du procès intenté contre Sèth à propos de
l’héritage de Gèb, et qui prononce l’arrêt; c’est lui aussi qui
dirige l’administration du district. Sous les Thinites, ont
existé aussi certainem ent ces g rand s tribunaux de l'.\ncien
E m p ire d o n t les ju g es étaient en mêm e te m ps les p rêtres de
la déesse de la justice, Ma'at. T o u tes les q u estions adm inis­
tratives se traitaient par écrit ; preuve en est le reg istre tenu
année par année de la hauteur q u ’atteignait l’inondation
m esurée au nilomètre, installé en des tem ps très anciens
dans l’ile de Roda, au-dessous de Memphis : la p ierre do
Palerme nous a conservé ces cotes annuelles. On comptait
les années par années royales, et celles-ci recevaient un nom
officiel d ’a|)rès certains événements, tels que la fête de l’avè­
n em en t au trône, celle du culte d ’Horus, de la naissance
d ’Anuhis, de la fête Set, etc., soit d'après la construction
d ’édifices, parfois d’après les g u e rre s (§ 160). Sous la
1™dynastie, on a compté les années à partir du jo u r de l’avè­
nem ent au tr ô n e ; sous la 11»au contraire, on a fait com m en­
cer à la nouvelle année civile une nouvelle année royale,
procédé très pratique, mais qui n ’a pas été maintenu sous
les rois suivants. De ces reg istres officiels sont sorties ces
annales de la monarchie dont la pierre de P aïenn e est un
extrait. Dans les sanctuaires im portants, il est probable
q u ’on a tenu aussi des annales de ce genre.

Dans les actes de procédure du ,\ouvel Kmpire ( E iim a n , \n jy p lfn ,\.


l'état . ---- R O Y A U TÉ E T AD.M I.M STRATION -- § 224 173

204) se iTOuve la formule : *< Ces gran des peines de m ort dont les dieux
disent ; appliipic-les Alui. » — D’après la liste des législateurs égyptiens
donnée p ar Diodorc, 1, 94, le prem ier législateur linm ain venant après
les dieux et les héro.s, c'est .Mvrjr,j, c’est-ft-dire évidem m ent .Menés,
qui ntlribue l’inventiou «le ses lois à Hermtès (T hout).— S u r les nilo-
m èlres, cf. I îouc .u a h u t , \UinCiiScruiidXUstandsiniirkni,\h\i. lierlA k., 1900,
ScTut:, lîeitrage zur alleslen Geschichle, 103 sq. ; s u r les désignations
d 'an n é es e t leur développem ent, v. S e t u k , Ueitrage (§ 100).

224. A partir de la 11“ dynastie, nous rem arquons que


chaque deuxième année de règ ne, on procède à des « recen ­
sem ents » ; souvent on spécifie «[u'il s’agit de « recensement
de l’or et des champs », par dos « scribes royaux » qui vont
de maison en maison, évidem ment pour évaluer le montant
des fortunes, en vne d ’établir l’assiette de l ’impôt. Donc,
sous cette dynastie, on n ’a pas connu seu lem en t l’im pôt fon­
cier, mais aussi un impôt su r la fortune co nsistan ten la pos­
session du métal noble, car, sans doute, on entend aussi par
« or », toute espèce d ’objets précieux. Ce recensem ent,
renouvelé à de courts intervalles, tém oigne d ’unetechni«|ue
très développée dans l’organisation de l’impôt, et, en outre,
du souci qu’on avait d 'adapter l’impôt, de la façon la plus
ju ste, aux oscillations de la p ro p riété; il démontre aussi,
q u ’à cette époque, une g ran de partie du sol était propriété
libre aux mains de la population ; aussi est-il probable que la
plupart des g rand es tombes particulières, qui n ’ont pas d ’in­
scriptions, auront appartenu à ces propriétaires fonciers. Les
pauvres gens, ouvriers et habitants de cabanes, étaient p ro ­
bablem ent des serfs, au service du roi, des sanctuaires ou
des g ra n d s ; mais il est h ors de doute q u ’il y a eu aussi,
dans les villes, des artisans et des commerçants libres, dont
la fortune est précisém ent soumise à l’im pôt p a rl e recense­
m ent de r « pr ». Un fait qui nous frappe, c’est que sous la
IV° et la V” dynasties, la formule ancienne fait place à une
nouvelle: « le recensem ent des bœufs et du bétail »; c’est
plutôt l ’inverse que nous aurions attendu, mais ceci s'ex-
174 L EGYPTE s o u s LES T lllN lT E S

p litju e s i , SUP c e s e n t r e f a it e s , l a pre.sr|U e t o t a l i t é d e la p r o ­


p r i é t é f o iic ic re e s t p a s s é e a u x m a in s d u r o i, d e s d ie u x e i d e
(|u c l((n e s g r a n d s p r i v il é g i é s J i 2 d 4 '. D ’a i l l e u r s , il va d e so i
q u e e e s im |> ûts n e f u r e n t ja m a is le s s e u l s e x i s ta n ts ; d è s co s
te m p s a n c i e n s , c o m m e p lu s t a r d , o n a p a y é d ’a u t r e s r e d e ­
v a n c e s , p a r e x e m p le s u r le tr a f ic d e s m a r c h é s , s u r l ’i n d u s ­
tr ie , s u r le s p u its e t le s a r h r e s , o u l e s im p ô ts p a r t è t e d ’h a ­
b i t a n t s , e t c . ; m a is n o u s n e p o s s é d o n s a u c u n docum ent
é c r i t q u i c o n f ir m e c e s p r o b a b i l it é s .

Les recensem ents nous so n t connus aussi sous la \ '“ dynastie, par
les dates inscrites su r la pieri’e de halerm c. v. S e t i i i :, ticft/'üyc, 7 a sq. La
pierre de l’alerm e énum ère ces recensem enis à la suite l’un de l’autre
sous chaque régne ; ils servent ù d ater ran n ée, tous les deux ans,
sous Binotliris, ligne t. et, sous le prem ier régne, à p a rtir de la ligne ü;
mais ils ne so n t pas m entionnés sons son successsenr, nous ne savons
pourquoi. Le fail q u ’ils ne (lésigneni plus l’annéii ne prouve en rien
<pi'ils n’aient pas en lien.

/-n rivilisalion maléviellc. iJllérriliirc et science.

22."). Nous avons déjà constaté le progrès matériel de la


civilisation th in ite d a n s le dévelopjiement de l’art, la p re ­
mière apparition d ’un édifice en pierre, le raffinement du
costumo et des rnomrs. La techni(|ue des vases de pierre
atteint maintenant son apogée, mais, pour cette même rai­
son, les produits à bon marché, les vases d ’argile, se sim-
Itlifient, se dépouillent d ’o rn em en ts, et leu r technique d é g é ­
n ère. l’eu à peu, à côté de ces matières connues, le métal
commence à prendre rang. Le cuivre, rarem ent en usage
ju s q u ’ici, prend plus d’extension (surtout depuis q u ’oii ex­
ploite les mines du Sinaï) ; à côté des arm es et des vases
fabriqués en pierre comme autrefois, en voici d ’autres en
cuivre A la belle époque de l ’ancien E mpire, ce métal est
d’un emploi généralisé. L’or, que l’on retire principalement
C IV IL IS A T IO N M A T E IU E L L E . L IT T E R A T U H E , S C IE N C E — i
i » o À 2o 175

des mines du plateau gréseux nubien, est très répandu,


comme nous l’apprend la perception de l’impôt, dans les
mains des particuliers, sous forme de parures, et c’est la
matière la |)lus précieuse que l’on connaisse. A côté de l’or,
l’article de luxe le plus demandé c ’est la série des pierres
précieuses ; par contre, l’argeu t est encore très rare, et
quant au fer (cf. Sj258 n.), il ne semble pas encore être connu.
Le commerce est p u rem ent un trafic d ’échaiigi^s ; au mar*
clié, on apprécie les marchandises en les comparant l’une
à l’autre et on fait le troc ; de môme, se payent en nature
les redevances que les fonctionnaires de l’administration et
de la cour ont charge de recueillir, et Imirs salaires qui
consistent surto u t en vivres « de la tabh' du roi », et aussi
en vêlem ents, parures, bétail, esclaves ou terres. Déjà
cependant, on commence à évaluei’ la forluiie d ’après un
certain poids d(i métal noble ; l’im pôt pndové sur l’or en
est la pi‘(*uve. Déjà aussi, p o ur les trafics courants, on a dû
calculer les marchandises d ’après leur poids en or ou en
cuivi-e; sous l’ancien Em|)ir(», ou fond le métal {|ans ce but,
on en fait des anneaux d ’or que l’on pèse ensuite au moyen
de pierres assez grossièrem ent taillées |>our servir de poids,
lesquels valent d, 4, 0, 50 « anneaux ». L’imité jiour un
« anneau » sem blé avoir été un poids d ’environ 15grammes.

C èlent progrès dans Tadoplion du cuivre, nous est rendu sensible


)>Hr les iouilles de T oura (§ 2 0 ü n.) ; v. J unwku , p. sq. S ur le trafie
par échanges au m arché, v. par ex., K u m v n , A e y y p ie n ^ iWW s<|. S ur les
poids p o u r poser les t'uineaux d 'o r,v . .Sc i i a k f c u , 43, 70s.; G u i k u t i i ,
/ \ x / î \ , l i , 412 sq. ; la, 303 s. ; Wr.u:vu., iU. 23, 3?8sq. ; Iîonoii \m iT , (àrab-
ih 'tila n a l d e s \ e j > r e r h e r è \ p. 79. D'après i>i: Mo u g v n , on m élange déjà
l'étain avec le cuivre dès l’Ancien Empire ; d'on vient Télain, rions
l’ignorons com plètem ent. I.es signes qui servent à écKrc « arg en t »
so n t gravés an-dessus d ’iine b arq u e, sur une coupe d<i pierre de
l’époque thinilc : A h y d o s , II, 12, 27 g. — S k t i i e , B e ilr . z u r a lte s te u G e s r h .,
120 s., rem arque avec raison que si les m aisons du trésor sont appe­
lées « m aisons blanches » {li. T,, I, 22, 35 s., et souvent ailleurs) cela ne
signifie pas « m aisons de l’arg en t », car ce nom fait allusion à la coi>-
L E G Y PT E SO U S L E S T H IN IT E S

leur nationale du Sud, en opposition à la « m aison rouge » du


royaum e du Nord (/f. T., II, 191, 192, 19G, 21, 20G ; Bel Khallaf, 9,6).
S ur les m ines d ’o ren Nubie, v. S(:u\\■^n^^■UKTU, Ann. tin aen'., IV, 268 sq.
On a trouvé à N'aga-ed-Der (§169 n.) de beaux objets en o r de l'époque
ttdnitc.

Parm i les conquêtes techniques des te m ps les plus


anciens, il faut citer aussi les sciences pratiques. Nous
avons déjà vu à quelle époque ancienne rem onte la fixation du
calendrier; il faut rep o rter au même te m ps l’art de s ’orien­
ter en observant le firmament, les noms donnés aux con­
stellations im portantes, la distinction des étoiles fixes en
celles « qui ne s ’cii vo ntp as » (les étoiles circumpolaires) et
celles« qui ne restent pas », et la désignation des planètes, etc.
Toutefois, ces connaissances ii’ont pas reçu le déveluppe-
meiit qu’elles ont pris par exemple à Babyloiie. Sans
doute, dans les textes des Pyramides, les étoiles jouent
un rôle im portant : c’est en elles que réapparaissent les
esprits des rois défunts au cours de leu rs p érég rin a­
tions (§204) ; mais leur rôle est nul dans la religion et le
culte, et leur signilication peu im portante dans la concep­
tion égyptienne de l'univers. Le culte p roprem ent dit des
astres, l’astrologie et l’astronomie sont des choses qui r e s ­
tèren t complètem ent étrangères aux Egyptiens. Us réali­
sèren t des progrès bien plus considérables dans les arts du
calcul et de l’arpentage, qui étaient enseignés dans les
écoles de scribes au.x futurs fonctionnaires; de bonne h eure,
on composa s u r ces matières des livres d ’école d ’un carac­
tère pratique, qui contenaient les élém ents des mathéma­
tiques appliquées. Mais c’est surtout dans la médecine que
les Égyptiens accomplirent de rem arquables prog rès dès les
te m ps anciens. La profession médicale s’est développée très
tôt, dans les tem ples, et il y eu t une littérature médicale
abondante, qui conservait par écrit des observations pratiques
su r ie traitem ent des maladies in ternes et externes, sur les
rem èdes et les opérations. C ertes, on a aussi recours à des
H A I 'P O I I T S DKS K G Y P T IE N S AVEC L E U I tS V O IS IN S S 227 •177

moyens niaoi(jues, à des ineanlalions ciiii nous causent sou­


vent une extrême sui-|)i'ise, mais ce (|ui remporte, ce sont
les leçons d'un einpirisnie sain et do l’observation directe.
Dans l’anatomie, les médecins égyptiens ont ('u dos con­
naissances assez étendues. Les documents médicaux ([ue
nous avons conservés font i-emonter l’origine de certaines
lecettes, et même de chapitres étendus, aux rois les plus
anciens, üusaphaïs, Senti, Cheops, et la tradition recueillie
par iSIanéllion cite encore à ce sujet les noms de Alùli I"' et de
Zoser. On trouve ce caractère archaïque, ])Our le fond comme
pour la langue, dans de nombreux documents ; un en peut
donner comme preuve la haute situation qu’avaient acquise
à la cour les médecins sous l’Ancien Enqiire. On fait remon­
ter aux mêmes rois très anciens nombre de textes magiques
qui font pai tiedu Livre des morts, et, à la basse époque, on
leur attribue aussi les plans des temples ; il est hors de
doute que ce fut aussi en ce lemps-là (|ue l’on consigna par
écrit la plupart des textes des Pyramides que nous avons
conservés, et aussi un grand nombre de légendes, d’hymnes
et de rituels. Pourtant, une cliose manque à cette littéra­
ture, comme à toute la culture sclentidque des Egyptiens,
c’est le goût de la théorie. Le sens pratique les domine ex­
clusivement ; il ne leur vient jamais à l’esprit do rechercher
un |)roblème pour lui-même, et quand, pai- hasard, ils
s’élèvent jusqu’à la sphère de la spéculation, ccllerci se meut
toujours dans le domaine du mysticisme et de la théologie.

R a p p o r t s (les E g y p t i e n s a v e c l e u r s v o i s i n s .

227. Le royaume d’Egypte unifié n’embrassqil pas seule­


ment la vallée égyptienne du Nil, mais débordait aussi de
tous côtés. Au nord-ouest, les Libyens de Marmarica { ^ e l j e ^
n o n ) avaient été vaincus ; les oasis voisines de l’Egypte
II. 12
L E G Y PT E SOUS LES T IIIN IT E S

reconnaissaient dès cette é|)oque la suzeraineté du Pharaon,


car leur bien-être dépendait essentiellem ent de leu r trafic
avec la vallée du Nil ; entre autres marchandises, on tirait
de Libye une huile parfumée que l’on jirisait fort. A l’est,
les Egyptiens, après avoir soumis les Troglodytes (§ 212), les
avaient placés sous le gou vern em en t d ’un « adm inistrateur
des m ontagnes du d ésert » {Abijdos, 111, ü, 8) ; de même ils
s'assujettiren t les Sémites nomades [Menziou) établis près
dos mines du Sinaï. La route très ancienne qui conduit de
la vallée du Nil en Syrie à travers le désert du Sinaï, était
appelée « les chemins d'H orus », parce q u ’Horus avait p o u r­
suivi Sèth ju s q u ’en Asie, et iniligé une défaite aux habi­
tants du désert ; cette route passe sur « le pont du pays » .à
Kl-Qantara, entre les lacs MenzSleh et Ballâch. Ici s’élevait
la forteresse de Zarou (à l’époque rom aine Sile), qui était la
capitale du quatorzièm e nome de Basse-Egypte, la « pointe
de l’o rie n t» . Il y avait, plus à l’écart, une seconde roule d ’ac­
cès en Egypte ; elle partait plus au sud du lac Tim sâh, et
conduisait à travers l’oasis de W â d i Tùmilât (colonisée bien
plus tard seulement) v ersG osen (Saft el Henne) et Bubastis.
Cette route, elle aussi, était aux te m ps anciens protégée
par une forteresse, que l’on appelle plus tard le « m u r du
prince pour rep o u sser les Asiatiques [Setiou) » ou bien
« pour ne pas laisser re n tre r les Sémites {'Amou) en E gypte».
— (.luant à la Nubie, nous avons déjà m entionné plusieurs
e.xpéditions qui eu ren t p ou r résultat d ’incorporer à l’empire
tout au moins la région de la cataracte. Ici s’élevait dans
uiu! petite Üe, au-dessous des rapides du fleuve, la «ville de
l’ivoire », Jêb (Eléphantine), la ville frontière de l’Égypte
proi)roment dite, siège de l ’administration du nome le plus
méi iilional (§ 165 n.), et, en même tem ps, entrepôt pour le
trafic d’échanges avec la vallée nubienne. De tous ces peu­
ples, qui sont soumis ou censés soumis aux rois d’Égypte,
on a fait dans les tem ps très reculés une liste de N e u f |)eu-
ples, caractérisés par le port de l’arc de g u erre (§167) et à la
R A P P O R T S D ES É G Y P T IE N S AVEC L E U R S V O IS IN S — § 227 179

tête desquels se placen tles sujets Égyptiens eux-m êm es, le


royaume du sud et le royaume du nord.

Cette liste des « Neuf peuples de Tare » a été étudiée par B kui ; s c i i ,
Die nltaegyp. Vôlkertafel, Abh. des Berl. O rientalistenkongresse, lli,
75 sq., d'ap rès les in terp rétatio n s des temps postérieurs d o n t m aintesne
m éritent aucune conllance ; puis, par W . M. M c l l e u , Asien und Enropa,
p. U sq., qui cherche à retro u v er leur signification prim ilivo, et
avance, à cette occasion, des hypotlièses par tro p hardies. Cette liste,
qui n’ap p araît pas avant le Nouvel Empire, est extrêm em ent ancienne ;
son contenu même rin d iq u e, ainsi que les nom breuses allusions
tpi’y font les textes des Pyram ides. — On n’a pas encore identifié
les P ettiou-Sou ni les Satiou(enN ubie?l ; les sept autres peuples sont:
le pays du Sud, le pays du Nord, les lountiou (Troglodytes) de Nubie,
les Menziou de S etet (c’est-à-dire d’Asie), les Zehenou, les habitants
des oasis {Secheiioa am ?) et les I^anebou (§ 228). Les N ègreset les habi­
tants de F o u n t ne paraissent pas dans cette liste fcf. §§165 n. et 465 n.)
Setet désigne l’Asie comme dans les tem ps postérieurs ; preuve en
est, m algré l’opinion contraire de W . M. M c l l k k e t de N. w i l l i :, la
légende inscrite su r une figurine en ivoire trouvée tlans le tom beau
de Sen, /î. T. 1,12 = 17 (§ 167 n.), qui représente un A siatique dont les
traits sont absolum ent sém itiques. Les habitants de la péninsule du
Sinaï s’appellent sous Cheops LD, II, 2 c « T roglodytes (lountiou) » ;
sous Sahourô', LD, II, 39 sq., N ew oserrê', LD, II, 152 a, et Pépi 1, LD,
II, 116 a, « les Menziou de tous les pays étran g ers » ; de Siiofrou, LD,
II, 2 a, cl d ’Asosi, S k t i i k , iJrk. des A. /?., p, 56, on dit se u lem en t:
« celui qui vainc tous les peuples étran g ers ». S ur le texte qui accom ­
pagne les prisonniers, au tem ple funéraire de Sahourê*, nous lisons à
la suite du nom de peuple Menziou, l’au tre nom Senziou, déterm iné
p a rle s mêm es signes ; il en est de môme dans l’inscription du griffon
où Soptou assom m e les p riso n n iers; ceux-ci viennent par conséquent
de l'O rient, v. § 165 n. ; y a-t-il là deux peuples différents, ou s’agit-il
d ’une variante dans ré c ritu re ? Ou bien les Senziou appartiendraient-
ils aux pays civilisés de Syrie, du côté de la Palestine ? — K ü th m a x n
{Die Osigrenze Aegyptens ; Diss. Berlin, 1911) a fait la lumière* com plète
su r ces p roblèm es relatifs à l’O rient. C ontrairem ent à l’opinion très
répandue, qui repose su r de fâcheuses m éprises, que, dans l’antiquité,
la Mer Rouge s'éten d ait ju sq u 'au lac Tim sâh (voir ce tracé dans les
cartes de S i e c u n et dans le Bihelatlas de G ü t u k , 1911), K ü t i ima nn a dé­
m ontré que la confîgu ration de l’isthm e dans l’antiquité était, sauf quel­
ques m odilicaiions apportées p a r le canal de Suez, exactem ent la même
L EGYPTL: sous LKS T IIIN IT E S

q u ’aujourd'liui ; de plus le nom e du Hai-ptm ori(‘ntal(nom c 8), celui de


Pilhom -Sukkotli, est d ’origine plus réccnle ; la WAdi TùmilAt n'a été
eolonisée (ju’apivs le Moyen lànpiri' ; eniin, Zarou est silne près d’Kl-
Oantara (ruines de Ahoii iSèfe) el s’ideulilie avec rem placem ent d(5
la gnrnlsüu rom aine Silo. C’est près de Zaroii (jue sont les »< chem ins
d’JIonis )), V. E iim \ À ./., Vi, 7'2 s., mais E iiman situe Zarou j)fès(rism a'i-
llje de inèm oquv Di micukn et Smi.Vi i;u, hUn, IV, cela est coniredit
par Ki'TiiMANN. — La pyram ide de T cti, îi74 sq., donneles nom s de cinq
m ers (cl*. Ka\u>, :Î9, ik) Kemouf'r : les lacs am ers (en parliciilicr le
lac de TimsAli); Onnipnèr, la m er Rouge ; Se/toiifh', l’ocèan (Indien ?) ;
Teben psr flnucboii, « le cercle qui entoure les llaneboii »,1a M éditer­
ranée, el Senosch, « le C rand Océan », c'est-à-dire, sans doute, cet
océan universel (|ui, d’après les conceptions égyptiennes, entoure la
tei’i’e (et. à ce sujet H. Sciivria» dans Kh'o, IV, p. 1ü2, dont riiypollièse
se trouve en p artie jiisLitiée par l’iu lerp ié ta tio n donnée par E uman du
conte du NaulVagé, A. Z., 43). Le nom Kemotièr est délcrininé par un
m ur de forteresse ; il faut croire (pie celle fortilication, qu’on reneoii-
Irait à la sortie du W adi TùiuihU, au bord du lac de TimsAh (près
d ’tsiiia'îlije) était très ancienne; elle (‘st m cnliom iée d ’ailleurs à m aintes
reprises (Sinonhcl ; Papyrus de CoLKMcsiirrr à P élersbourg, d . l i ,
110; Itec., lo, 80, §280 n.).

228. Aux racus citées par la liste J e s peiiplesappartiennent


les lianebou (prononciation incertaine) peuple ilii nord,
habitant les îles de la Méditi'rranée. On est tenté d é p e n s e r
tout d ’abord à la Crète, dont nous avons déjà vu les rapports
extrèniemont anciens avec l ’iigyptc (§ 172), peut-être aussi
à Chypre, etc. E ntre ces régions et l’Egypte, il a toujours
existé un comm erce par m er qui, déjà sous les Thinites, a
p o ur point de d épart le delta, mais, inversement, nombre
d ’habitants de ces côtes lointaines venaient aussi vers
l’Egypte soit comme pirates, soit en m archands pacifiques ;
ces dern iers rendaient homm age au Pharaon en lui appor­
tant des présents. Les tombeaux de Client, Ousapliais cl
Semempses à Abydos contiennent beaucoup de débris de
vases d ’argile qui n ’ont point un caractère égyptien ; ils sont
tantôt d’un rouge b run , tantôt d ’un b ru n tirant su r le jaune
mat, et décorés de lignes rouges et de triangles remplis d ’un
RAPPORTS DES ÉGYPTIENS AVEC LEURS VOISINS --- S 229

semis (le |ioiiils. II est |U'ol>alile (|u’ils venaient des centres


de culture de la m e r ligée et que ce sont les Ilanehou qui
les importiirent eu Kgypte.

A la basse (‘poiine, on désigne les Ioniens iiirecs) sons le nom de


IJanebon ; la preuve ipi’ils liabilaient la M édilerranée est dans U‘ nom
même que poide celle-ci en égyplien (,^ 227 n.)- Sur la iioterie égéenne,
V. I’ etiiik , I t . r . , II, o4 et p. Ibydos, 1,8 et p. li; pour les vases noirs
Vtytios, pl. 12, 21)7 sq., 42, 20 sip ; cf. pp.28 et 88. Les vases de pierre
égyptiens que l'on trouve encore assez souvent dans l'ile de Cr(;le et
(|ui dalen t parfois de r.Vncien Kmpirc, ne proviennent pas, comme le
croyait Kvans, des anciennes couebes ndnoénnes, mais de couebes
beaucoup pins récentes (aux environs de lliÜO); elles ne ]ienvent donc
servir de tém oignage en faveur de rap]iorts très anciens ; cf. I ' immkn ,
/.fit nnd I)iitifr ttfr ln‘flisfh-myhfn. Kiilliir, p. .'>8 sq.

229. La liste des Neuf peuples est loin d ’em b rasser toute
les régions qui sont connues à l’époque thinile. Si d(;jà le
roi Snofrou envoyait des vaisseaux en Sy l ie p o ur j' chercher
les po utres de cèdre néce.ssaires à ses constructions (§232j,
>1 est probable que ses prédécesseurs en avaient fait .au­
tant ; le port où on em barquait le ccnlre était celle ville de
liyblos, au pied du Liban, déjà familière aux Kgypliens
depuis des tem ps anciens (§357). Les résines et l’encens,
dont on avait besoin pour le service des dieux et le culte des •
morts, faisaient l’objet d ’un commerce régulier d ’échanges,
mais il est probable qu'on ne s’en est pas tenu à ces produits.
Ce n ’est pas par onï-dire seulem ent que les Lgypliens con­
naissaient le pays d ’origine de ces aromates, l ’ount, sur la
cô tedes Somalis (§ 105), le lointain « pays des dieux » § 187),
leurs vaisseaux y firent certainem ent ([uelques visites. 11
est vrai cpie nous en entendons parler pour la prenrièref ois
sous la V“ dynastie ; mais c’est par hasard, car nous voyons
déjà un homme de l ’ou nt parmi les serv iteurs d’un seigneur
de la quatrièm e dynastie (LD, II, 23, § 107 n.). L’Lgypte,
])ays des dieux et de la civilisation, se croyait située au
centre du monde, q u ’elle imaginait entouré d ’un océan, où
L E G Y PT E C H E Z L E S T H IN IT E S

le Nil lui-même, au dire de quelques ligyptiens, prenait


source. En face des autres p euples etrang ers, l’homm e
d ’Égypte se considère comme le seul être civilisé; sans
doute, les autres lui pouvaient ap p o rter tels et tels prod u its
qui ne croissent pas dans la vallée du Nil ; mais combien
inférieure était leu r race do B arbares! fiux-mèiues, ces
étrangers, on ont conscience ; dès l’époque thinite, les no­
mades des pays du désert, les n èg res de Nubie, les pirates
de 1a mer, et mêm e les tribu s de Syrie et les habitants de ses
cités, auront regardé l’em pire d ’Égypte avec des yeux pleins
d ’admiration, tout en préférant ne pas éch an g er leu r liberté
contre la domination du Pharaon.
Au delà de ces régions s ’étendait la Babylonie, et, vers
l’époque thinite, commença de s’y développer une civilisa­
tion arrivée à peu près au d egré où en était l’Egypte au
te m ps des deux royaum es d es adorateurs d’Horus. 11 est
hors de doute que les rapports de la monarchie pharaonique
s’étendaient ju s q u e-là, car de tous temps. É gyptiens et
Babyloniens ont dû se rencontrer su r les marchés de Syrie
et dans les tentes des chefs Bédouins. Comme H u o z .n y l’a
m ontré, on a fait de la bière, en Egypte comme on Baby­
lonie, depuis les tem ps les plus anciens, avec le malt p ro ­
venant de l ’orge germ ée, que l’on brise en morceaux pour
les faire ferm enter dans l’eau ; le mot hql, qui en égyptien
signifie bière, s’emploie égalem ent pour désign er une autre
espèce de bière q u ’on fait à Babylone, hiqoii. De même, on
trouve dans les deux langues un mot identique pour dési­
g n er 1’ « am ido nn ier », le g en re de froment trè s répandu
dans le pays ; égyptien bolel ; babyl. bouloullou. Avec les pro­
grès de la science on découvrira certainem ent beaucoup
d ’autres rapports entre les deux pays, et on p ourra égale­
m ent d éterm iner, dans chaque cas particulier, lequel des
deux pays a donné ou em p ru n té à l ’autre (cf. § 200). La
priorité est du côté des Egyptiens : cela resso rt dès à pré­
sent de la chronologie : cela n ’empêche pas q u ’ils aient
B A P P O B T S DES É G Y P T IE N S AVFX L E U R S V O ISIN S — §229 183

p u f a ire b e a u c o u p d ’e m p r u n t s à l ’é t r a n g e r , a u x te m p s a n ­
c ie n s c o m m e a u x te m p s p lu s r é c e n t s ; m a is d i r e q u e to u te
la c u l t u r e é g y p t i e n n e v ie n n e d e B a b y lo n e , c ’e s t là u n e c h i ­
m ère cré é e p a r q u e lq u e s c e rv e a u x f a n t a i s i s te s d e n o tre
te m p s . A u c o n t r a i r e , s ’il e s t u n p o i n t s u r le q u e l o n p u is s e
s e p r o n o n c e r c a t é g o r i q u e m e n t , e t q u i s o i t b ie n é t a b li h i s t o ­
r i q u e m e n t , c ’e s t q u ’à to u s l e u r s m o m e n ts d é c is if s , c e s d e u x
c iv ilis a tio n s s e s o n t d é v e lo p p é e s e n u n e p a r f a ite in d é p e n ­
d a n c e l’u n e d e l ’a u t r e .

S u r Byl)los (qu’on retro u v e aussi m aintenant dans Thisloire de


S inouhet : fiAuntMcu, Her. Berl. Ak,. 1907, 148 et liec.^ 32, 24 s, cf. § 289)
cf. E uman, a . Z., 42,409, qui souligne avec raison que la traduction tout
à fait archaïque du nom indigène Goubal p a r ftpry prouve l’origine
très ancienne de ces rap p o rts (ils so n t m entionnés aussi, com m e on
sait, dans le papyrus Ebers). S k t i i k , À.Z.,ATi, 7, in terp rète aussi le vieux
m ot kbnt (sous le Nouvel E m pire, kpnt) « l>ateau de m er» dans le sens
de « b a te a u de Byblos » et il adm et com m e la forme la plus ancienne
du m ot égyptien le m o l Koubl : sénùt. Goh6/; com m e preuve il
cite des cercueils de la XII* d y n astie ; « H albôr (m aîtresse de Kbn
(Byblos) qui tien t le gouvernail de ces navires(les barques d esm orts);
cf. aussi §§ 258, 265. S iirla bière et l'am idonnier (4 v. l’étude très sug­
gestive de H h o z .n y , Uberdas Bierim alten Babylonien nnd Aegypten, PiX\zc\-
ger W ien. Ak. phil. Cl., Dez, 1910 ; nous avons déjà parlé de cet
ouvrage p a r an ticipation (au § 200 n.).

(1) D’après A. de Candolle Emmer = amidonnier. Donc au 2 20i> n. (p. 126)


corrigez la traduction « èpeautre » on « amidonnier. *•
IV

L ANCIEN EM PI RE

La Iroisième dynastic.

230. La troisième dynastie qui arrive nu trône avec le


le roi Zozer (§ 215) est désignée par Manéthon sous le nom
de mernphite ; par conséquent, le centre de gravité de l’em ­
pire est définitivement transféré à la fronlière sud du Delta.
En corrélation avec ce fait, nous voyons disparaître des
annales de l’empire la fête de l’adoration d ’Horiis, que les
Thinites avaient héritée de leurs prédécesseurs. Nous cons­
tatons aussi, dans d ’autres domaines, le progrès (|ui s’est
accompli sous les Thinites et qui nous saute aux yeux sous
Zoser ; nous approchons de l’apogée de la vieille civilisa­
tion égyptienne. 11 est certain que Zoser a régné sur la tota­
lité de riig y p te. 11 existe de lui un bas-relief, com m ém ora­
tif d’une victoire, près des mines du Sinaï, et une tradition,
(pii vient de la basse époque, mais contient un fond de
vérité, raconte ceci : le Nil n ’ayant pas inondé les terres
pendant sept ans, il y eut en Egyjite une grande famine ;
alors Zoser, pour re n tre r dans les faveurs du Nil, qui
s’échappe des cataractes, fit présent an dieu Chnouinou
d ’i;lé|)hantine du « pays des douze lieues » (Dodécaschène),
qui s ’étend su r les deux rives du Nil, en amont de la pre-
LA ÏR O IS IK M E DYN ASTIE — S 2H 0

inière cataracte. I æ dieu |ii'opriétaire de ce domaine était libre


de l’impôt su r les champs, et avait le droit au contraire de
|)rélever la dîme su r la chasse et la pèche, s u r les produits
des carrières et toutes les importations de la Nubie. D’après
cette tradition, Zoser aurait incorporé à son empire le pays
frontière de Nubie jus(|u'à llierasykaminos. Nous pouvons
supposer qu'il existe quebjue relation entre ces événem ents,
les expéditions ])récédentos de (iha'sec)iem (§214), celles
q u ’e n trep rendron t plus tard Suol'rou (§ 222) et ses succes­
seurs, et le fait <[ue les Nègres commencent à pénétrer dans
la Basse-Nubie (§ Itibn). Le nom de ^ o s e r , celui de sa mère
§ 216) et des fonctionnaires de sa cour sont inscrits sur un
grand nom bre <le bouchons, fermant des cruches d'argile,
q u ’on a trouvés dans un grand tombeau au-dessous d ’Aby-
dos (près de Bet-(ihallàf) ; cette construction marque un
progrès considérable su r les tombeaux de la IL' dynastie
(cf § 217). Le cadavre a été enfoui profondément dans le
sol rocheux où on a ménagé une chambre funéraire ; sur
cette chambre on a élevé un grand édifice massif, en briques,
dont les côtés ont une inclinaison oblique (c’est la forme
primitive du mastaba de l’époque postérieure) ; on a creusé
en outre plusieurs puits par lesquels, le cadavre une lois
déposé dans sa tombe, on faisait descendre <le grands blocs
de pierre, afin d ’o b stru e r l’escalier souterrain, qui donnait
accès à la chambre funéraire. Il semble que ce tombeau ait
été construit |)Our le roi lui-m ême ; mais il se fit édifier un
autre tombeau d ’un g enre tout différent, su r le plateau
désertique de Sakkara, près du sanctuaire de Sokar de Mem­
phis. D’après son aspect extérieur, il se compose de six
mastabas pareils à celui que nous venons de décrire, mais
superposés et en retrait l’iin sur l’autre ,à m esure qti’il
gagne vers le haut ; seulement, au lieu d ’étre bâti en briques,
il est en blocs de calcaire. A l ’intérieur, on trouve une
chambre funéraire creusée sous la terre ; le nom du roi d é ­
core une porte recouverte de briques en faïence, de couleurs
186 L A N C IE N E M P IR E

variées. C'est là ce que nous appelons la pyramide à degrés


qui annonce les véritables pyramides construites plus tard.
Zoser inaugure donc brillam m ent une époque nouvelle.
Sans doute, nous avons vu [)récédemment des essais isolés
d ’édifices en pierres (§ 217) ; pourtant ce n ’est pas à tort
que les Egyptiens ont allrihué plus tard l’invention des édi­
fices en pieiTe à Zoser et à son architecte, qui était en
même te m ps le p rêtre de son culle*funéraire, Imholep, qui
fut adoré avec ferveur, aux dern iers siècles de Thistoire
égyptienne, comme un thaumaturge doué de g ran d s pou­
voirs magiques : il passait aussi p o ur avoir été fils de Ptah
et l’auteur d ’ouvrages su r la médecine et la magie. Il y a
dans le delta une forteresse (jiii porte le nom de « Porte
d ’Im hotep» ; sans doute elle est aussi son œuvre.

P our ren sein b le de la IP et la lll® dynasties, voir le livre de W k i i . i ,


déjà m en tio n n éau §"213 n. — M onum eiitsde Z ozcr(dont le n o m d ’Horus
est Netcrchel) : bas-relief du W'adi Majîliara, Bf:^KmT^:,/îer. XVI, 104;
étude plus com plète dans W k i i .l , liar. arch., 4®série II, 235 = = W i : u . l ,
Rec. des iiisc. du Sinaï, p. 100, e t W k i l i ,, //* et ///® dyiu, p. 128 s. ; Sceaux
ap. l[ierakonponlis., 70,3 ; ostraka d ’Abydos, R. T., 1, 4, 3 ; d 'au tres em ­
preintes de sceaux, § 215 n. Tom beau de Het-Khallàf : G a r s t a n c ., Ma-
hasna and Bet Khallnf, 4903 (dans le voisinage sc trouvent encore plu­
sieurs tom beaux plus p etits ap p arten an t aux fonctionnaires de cette
époque). Pyram ide à d eg rés : L. D., 11,2; Aegyptische Inschriflen des Berli-
nerMuséums,!Ji;eA\ B u l <î s c h etS T K i N D O U F F , A.Z.,28, 110; B o u c i i a u u t , A.Z.,
30, 83, 87 sq. ; les doutes q u ’on pouvait avoir su r l’ancienneté de l’in­
scription so n t désorm ais sans fondem ent. Z oser ap p araît avec le nom
de Zoser-noub, form é évidem m ent avec le suffixe Rê* noub (Jéquier
conteste ceci à tort, Bec., 30, 45), qui s’ajoute à son nom d ’H orus, dans
une inscription, su r un bloc de pierre de S akkara, citée p a r G a u t u i k r ,
Bull, de Vinst. français du Caire, V, 41 S. ; ap rès, viennent les nom s-de
Teti (sans doute Zoser II) et d ’O userkaf (V'^* dynastie). L’adjonction
Rô'noub (Rô* d ’o r, ou bien « Rô' et Noiibti-Sôth » ?) sem ble bien être
un proto ty p e du titre Hornoub qui apparaît p o u r la prem ière fois avec
Cha'ba, et régulièrem ent à p artir de Snofrou. i^e titre, qui est trad u it
dans l’inscription de Rosette p ar ’avTiraXwv ùn^pTepo;, est d ’ordinaire
expliqué :« H orus qui est victorieux de N oubti-Sôlh » ; est-ce exact ?
cela est très douteux : cf. M o r i ;t , Royauté pharaonique, p. 23 sq. et ap.
LA T R O IS IÈ M E D Y N A ST IE — §231

Sphinx, XI, 30. Sur le don de la Dodékascliène, d’après I’inscription


ptolém aique de Sehel, v. S ktui:, l>odckaschoeno$ (Beitr. zur Gesch.
Aegyptens II); il a retiré, dans À/, i l , 58 sq., son explication précé­
dente du « pays des douze lieues » (contestée p ar L oret dans Sphinx
Vil ; et W ilcken. Archiv fa r Papyrnsforschung, II, 1"6 s.) ; cf. aussi
ScuAKFER, À. Z . , i l , 147, au su je t de Takom pso, e t S c h ü h v h t , A. Z., 47»
154 sq. S u r Im hotep (grec l;xo-jOr,î) v. S k t h k , iinhotep (Beilr. 11) qui re ­
trouve avec 1‘aison ce n o m dans M anéthon. — Foiicvm et W ei ll {Sphinx,
V lll, 186) ont raison d 'ad o p ter po u r s(^bi n Irnholpp, dans rin scrip lio n
d ’Ounas, le sens : « P orte de Im hotep »; m ais la porte ne rappelle pas
le nom du roi éphém ère de ce nom (§ -ISo n.), c’est celui d ’un particu­
lier, donc probablem ent l’architecte du roi Zoser.
S tatue de /o s e r p a rS e so stris II : Argyptischc Inschriften des Derl.Mus.
(111) 144. S ur son culte aux tem ps po stérieurs : E r m a n , À. Z., 38,115 sq.
Dans M anéthon, Z o sers’ap p o lleT o so rthos; dans l’Africain, le nom est
écrit p a r erre u r TôoopOpo; ; dans Kiisèbe, S osorthos. Au ju g em en t des
anthropologues, un ty [ ) 0 de crâne nouveau devient dom inant dans les
tom beaux de Gizeli et de T oiira et d ’une façon générale dans ceux de
la 111® dynastie ; il diffère du type ancien et m ontre un développe­
m ent plus m arqué : D e i u u ap. J unker , Fr/ct//io/ in Tiirnh § 206 n.,
cf. p. 86 sq. On p o u rrait donc penser que l’Égypte a été envahie à
cette époque p ar des co n q u éran ts étran g ers ; nous savons trop peu
de choses su r cette époque po u r repousser absolum ent cette hypo­
thèse, m ais il est im possible que toute la population indigène ait dis­
paru après l’arrivée des co n q u éran ts ; après comme avant, elle forme
nécessairem ent l’élém ent le plus nom breux dans ces cim etières des
fam illes pauvres. L’ap p arition du nouveau type de crAne doit donc
pouvoir s expliquer au trem ent.

2 M . Le roi Zoser a régné 19 a n s ; son successeur fut


Zoser II, avec le surnom d ’Atoti (Teti) IV, et il régna G ans,
mais nous Dépossédons de lui aucun monum ent. Après lui,
toutes les listes royales égyptiennes m entionnent encore
deux rois à qui elles d onnent des noms très dissemblables ;
Manéthon au contraire énum ère après Zoser 7 rois (Eratos-
thène, G) qui po rtent des noms encore tout différents. Il
sem blerait donc que Tunité de l ’empire se soit de nouveau
dissoute. L’un de*ces rois e stN e b k a II (Nebkerê*), dont le
culte funéraire est mentionné dans un ancien tombeau près
L A N C I E N EMP I RE

tie Memphis (à Al)Oiisir); peut-être est-il idenliijue avec


I’llorus Sriiiacht, dont l«‘ nom apparait d a n s u n toml>eau |u*ès
de liet ChallAf, et su r un bas-relief de victoire au Sinaï,
associé avec celui de / o s e r . En tout cas, h ‘ d ern ier souve­
rain de cette dynastie fut Houni, ([ui, d ’après le papyrus d»^
T urin, aurait régné *24 ans. C’est à lui sans doute (jue nous
devons attrib uer la plus nuM'idionale des deux grandes
pyramides de pierre de D absourfau sud d(* Memphis), dont
les pans eu retrait se sup erp osen t à des angles diliérenls,
formant ainsi la transition entre la pyramide à degrés et la
vraie pyramide. l*our les dim ensions et la bailleur, il y a peu
de pyram ides qui la surpassent.
Au total, les 4 rois de la III® dynastie u ’o n tr é g n é , d’après
le papyrus de 'l'urin, que 55 ans (environ de 28U5 à 2840
avant J.- G .); sur la p ierre de P a ïe n n e , du moins sur le
fragm ent que nous en avons conservé, leurs noms ne se
retrouvent pas, mais riiitervalle qui le u r serait réservé peut
sem bler moindre que cette évaluation, et eu tout cas, pas
plus grand. Par conséquent, le chilVre de 18(3 ans altril)ué
par Manéthon à Zoser et à ses 7 successeurs, est quatre
fois trop fort.

Culte fnuérairo de Zoser II, Af Ali IV (cf. 230 n.) à lejio q n e perse
K r m a .n , .X ., 38,117. L’ordre ilans lequel sc suivent Zoser, .\cbka, Sno-
froii est établi par le papyrus W estcar (§ 24D) ; le papyrus Prisse dit
aussi ijue Houni fu tle prédécesseur im m édiat de Snofrou. — Nebka :
U )., 3!) a. b. ; \njypl. Insrhriften des lirrl Mus. I, p. 30. Village ayant reçu
son nom : H o u c i i a r i î t <irahd<’ukmnl di'S Nr-user-ré, p. 7b. — llo ru s Sa-
iiaclil: G a u s t a m : , /.V/ KhuHuf, pl. 18 s, où le nom propre, dans le frag­
m ent 19, 7, p eu t-être com [)létépar iNebkn; pKTini;, Hcîi. la Abh, 48,
49; W k i i . l ,//® et dynasties, 136 si{.,433 sq., qui préfère rideiititicravee
iXeferka.— Ce nom de roi N eferk aest lu, par Ho u c u a i i ü t (/. c. 79,1),Ka-
lior ;mais X eter-ka serait {)eiit-éli‘c plus exact. H apparaît gravé supci'iî-
ciellem cnt, sur des blocs de pierre <runc grande pyram ide qui s’élève
su r le {ilateau d ésertique de Za\vijet-el-A ijan ; celle-ci u*a jam ais été
achevée et ne porte pas de nom (elle est située nu sud de Gizeli, <ler-
rière une au tre pyram ido l'uinéc, égalem ent sans nom , v. M^sruao et
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190 L ANCIE N E M P IR E

B a k s a .n t i , Ann. dn se n \, VII, 257sq. ; W kill, l.c., 483 s(|.; ce uoin de Xe-


terk aserait, dans ce cas, identique avecX eferkerô' 11, le dern ier roi d e là
dynastie su r la liste d ’Ahydos; toutefois rien n’cst certain eu ces ma­
tières. — II faut rallaclier ici l’H orus Clia'ha, dont le nom se lit s u r un
sceau de llierakonpolis, pl. 70, 1, su r une coupe du Musée de Herlin, sur
u n sc e a u d e Pclrie{\Vm .L, /7®et///®dyn., p. 92) e t su r nue coupe eu pierre
dans le tem ple funéraire de Sahourê*,auprès de coiipesde Snofrou (lîon-
ciiAnnT, dea Su luire,], U4). P ar contre, X efersahor (dc/y.
Clironol., p. 15i)est identique avec Pepi 1 262). Le nom de I.louni se
trouve, avec son écritu re la plus ancienne de « roi (soiileni) H » à Klé-
pliantine (Houcu viurr, A., X., 46, 13) ; sa « m aison " est m entionnée dans
le nom e de Letopolis LU., IL 3 (S ktiik, i/rk, des Allen lieiehs, p. 2). au
tom beau de Meteii (où le nom >c lisait autrefois Souhten ou roi H elen;)
sou culte funéraire est luentioniié aussi su r la pieri‘c de P aïenne,
verso, L 5. — A utres tom beaux de celte époque à l’ouest d ’Abydos, ap.
(îAnsTAMi, Tombs o f lhe third dyn., 1904 ; ils ne conlicnueiit pas d’iii*
scri[)lions, mais tém oignent de l’évolution continue vers les m astabas
<le la IV® dynastie. Les « tom beaux à escalfer» que nous voyons à
E lkab et ailleurs rem o n ten t parfois à cette période. — Les deux pyra­
mides en pierre de D ahsour so n t certaiiienicnl plus anciennes que
celles de Cheops; celle qui est au nord a p p artien t à S n o lro u ; donc la
})yramide à pans en re tra it ne peut guère être attribuée à un au tre roi
que Houni (cf. P ctjuk, Pyramids and Temples o f Gi:eh,\y. 56s.; A season
in Egypt, p. 26 sq. ; Hoi\ ciiauüt, A. Z., 32, 94). — H uiiiesd’une pyram ide à
degrés près de Sila dans le Fayoum (derrière Mcidouni) : PoiuaiAiuH',
Ann. dnserv., I, 211 sq. P o u r la liste des rois, voir le tab leau ,p . 189.

/F® dynastie.

232. Le successeur de Ilouni, Snofrou, correspond, dan


Manéthon, à Soris, prem ier roi de la IV® dynastie, o rig i­
naire pareillement deMcmpliis. Avec lui commence l’époque
que nous appelons l’Ancien Em pire : désormais, dans les
nécropoles du nom de Memphis, les tom bes des g ran d s
s’o rneront de tableaux et d ’inscriptions, et la vie égyptienne,
la civilisation du pays deviendrout sensibles à nos yeux.
Cependant, nous n ’apprenons encore que peu de détails su r
riiisto ireiu térieu re et extérieure de l ’Egypte sous ces difié-
IV” DYNASTIE — § 232

rents règnes, et c’est une exception quand nos sources signa­


lent, par hasard, un événem ent historique bien précis. La
pierre de P aïen n e nous a conservé les annales de trois années
du règne de Snofrou: elles relatent une expédition contre la
Nubie et au cours de laquelle « le pays n èg re (lo nehesi)
fut haché (c’est-à-dire les champs saccagés), et des p riso n ­
niers em m enés, au n o m bre de 7.000 hommes et fem mes et
20.000 bœufs et moutons ■> — en fait de chifl'res, Snofrou
ne se m ontre pas moins hâbleur que ses prédécesseurs
(§§208,214). La même année, qn signale l ’arrivée de 40 navires
chargés de bois de cèdre, qui ne peut provenir que du
Liban (§229). I,e cèdre s’emploie (concurremm ent avec le
bois de Meri, dont nous ignorons l’essence propre e l l e lieu
d ’origine) pou r construire les g rand s navires et les portes
du palais royal, sans doute aussi pour les plafonnages et les
lambris. P en dant ces trois ans, les annales nous parlent à
plusieurs reprises des constructions édifiées p ar le roi.
Près des mines du Sinaï, une stèle commémorative célèbre
une victoire su r les Bédouins. Enfin, le. roi a élevé des for­
teresses en Egypte môme, probablement dans le voisinage
de la grande « place d ’arm es » {ckri'aha), sur la rive droite
du Nil au-dessous de Memphis, emplacement du Caire
moderne, que les Grecs appelaient Babylone.

Les docum ents connus an térieu rem ent su r r.tn cien Em pire (dynas­
ties IV-VI) o n t été étudiés p ar E. i>k B ougé dans son ouvrage fonda­
m ental : Heclierches sur ies inoiiumenis drs six ftremieres dynasties, Jtém .
de l’Ac. d esin sc., 23, 2“ p artie, 186ti. Depuis lors, les m atériaux se sont
considérablem ent accrus, notam m ent grâce à Mauikttk, Les mastabas
de Vaucien empire, édité p ar Masckuo en 1883. Une nouvelle et brillante
édition des te.xtes les plus im p o rtan ts a été donnée par Sethe, Urkim-
deii des aiten lleiches, 1903. Snofiou a é té le prédécesseur (probablem ent
même le père) de Cheops ; cela est-élabli par les m onum ents, en p ar­
ticulier p ar l'inscription du tom beau de .Meritatefes (de Bougé, Pr. dyn.
36,; Inscr. hiérogi., 6-2) qui passe du harem de Snofrou dans celui de
Clieoiis e t qui vivait encore sous Chephren. Snofrou inaugure l’ère des
m onum ents e t des inscriptions ; son nom e t son cidte sont m entionnés
10:{ L ANCIEN E M P IR E

à plusieurs reprises sous les rois qui suiveul, taudis q u ’ou fait i\ peine
m ention de son prédécesseur l.louni r e'e.sl lu preuve (jiravcc lui eoni-
nieuce vérilubleinent la nouvelle dynastie. Donc, il no jieut eorres-
[loiidre iju'au Soris de Mauctlion et non point à Seplioiiris (Dynastie
IH, 8), comme le croyait L k i ' s i l .s . (It y a un graffito à Elkah, Sx’kCK,
21, 108; 26, 93; Guia;\, ih. 2;i, lti>, (pii porte à C(M6du nom de
Cheops I?) un nom in co n n u ; Sayee rin le rp rè te comme étant Saroii et
croit y recininaître le nom d eS o ris,ce qu’on adiueltrn tlifficilenient.)Les
incticatious de la pierre de P aïenne su r les cèdres ont été reconnues par
IlnuAsTcn, A iir . l i r e ., I, HQ. M onum ent de W adi M aghara: iJJ., 11, 2; à
ré[)oque p ostérieure, le roi est adoré ici eomiiic dieu à côté de Mathôr
et d 'iloru s S oplou : /-/>., II, 137 g, 1-iÎ p <p ; <’f. ap. Sphin.r VIII,
183 sq. ; /èr. des hisr. du Siitnï, p. 131, H \ , 147, 210. Sceau de SuotVou
ap. Ilicra h -o iip o lis, pl. 70. 2 ; tOydox, II, 16 ; à R(‘(|a<)na : G u »s t \ m ; . Ttnuhs
u f the Utird dynoafy, pl. 23. — f/inscrÎpl ion d'Ouna, 1. 21, inentiiinne un
uouurldi.' n i o r u s N ehm a'al » (cest-à-<lire Siiofrou), avec la « INnde
d ’Im hotep »(§ 230) et « Tîle du nord »; c’est le lieu de concentration
de ra rin é e p o u r les cam pagnes contre l’Asie. L’histoire de S inouhel
inentioim c une « île de S nofrou» p rès de Mahylonc. cf. Wiai.i., N'/dii/i.r,
VIH, 185 sq.

233. En dehors de ce qui précède, nous ne connaisson


de Snofrou que ses inoiuimcnls funéraires, cl dans leur
voisinage, ceux de ses courtisans et descendants. Comme la
p lup art de ses p rédécesseurs, Snofrou a eu deux loni-
l) ean x :ce sont deux pyramides, portant le nom de Cha'
S n o fro u, « Snofrou l)rille ». I.’utio, située à Medonm,
dans le nome le plus septentrional de la llaute-Egvptc,
affecte encore la forme cl’unc pyramide à d egrés, d es­
tinée, semble-t-il, à être revêtue d ’un parem ent incliné
obliquement. L ’autre, située à Dabsour, au nord de la
pyramide aux pans en retrait (§ 231L nous fournit le pre­
m ier exemple de la pyramide parfaite. C.cs édifices colos­
saux s’élèvent su r le plateau désertique, au pied duquel
étaient construites les villes royales, où le roi résidait
avec sa cour et qui recevaient leur nom des pyramides;
on a trouvé su r le m u r de la ville de la pyramide nord, près de
Dabsour, un décret du roi Pejii 1 renouvelant les privi-
IV IIYNASTIE --- ;;

It'gcs accordés aux iiabitaiits dos doux villes. Dès le com­


mencement de sou règne, le roi fixait l’emplacement et le
nom de ses lomlieaux et ceux des résidences iw a le s qui
s'y rattarhaient. Des p i c n e s qui serv iren t à construire les
deux pyramides venaient des carrières de lîojou (Troja,
auj. ’l’oura) dans les collines du Mokatlam. près de
Memphis. On a supposé (|uc Siiofrou et ses successeurs
employaient jioiir ces carrières et pour les pyramides un
n om in e limité de tailleurs de pierre exercés, ncciipos
pendant toute l’année, qui étaient au service du temple de
Ptah à Memphis et sous les o rdres du g rand-prêtre; pendant
le tem ps de l'inondation, tous travaux cessant dans les
champs, on convoquait en service de corvée les paysans de
ri-igyptc entière, et ils chargeaient les pierres, les tran s­
portaient s u r le (leuve, les am enaient par des ram pes g ig an­
tesques ju s q u ’au niveau du plateau désertique. Des dim en­
sions des édifices s'accroissaient d ’ordinaire avec la duree
du règne, et le noyau primitif allait s’augm entant par des
couches de maçonnerie qui formaient des revêtements suc­
cessifs. Aux jiyramides se relient des temples extérieurs
pour le culte funéraire du roi. Des proportions do ces édi­
fices sont si colossales que sous Snofrou, par exemple, ils
ont dù absorber eu g ran de partie la main-d'œuvre de
l'Kgypte tout entière, pendant un i-ègnc(|ui dura 2 '* ans ice
chiU're est donné par le papyrus de l'iirin).

Dyraïuide cl tom beaux de Medoum (notom inent du prince rta'hotcp


el de sou épouse Nofret) a|).: M.o i i k t t k , Mo/i . div., t6-20 ; P e t r i k , Mediim,
1892 ; il'après la |)lanche 29,0, c’est ici que .serait située une localité
Tel.-Snofrou. m eidionnée aussi nu papyr. W estcar. Dahsour Sp.: M.is-
l'Kiio, Mèni. de hi mission nu Caire, 1, fasc. 2; D e .Mo r g a n , Fouilles à Dali-
flwur, 2 vol.; H a r s a n t i , Aun. du sere.,lit, 198 sq. Le tom beau de Meten
à tb o u sir date aussi de l'époque de .Snofrou, LD., 11,3 sq. Décret de
IVpi l " ; lioR iaiA R nT , À.Z.,i-2A sq. — Da théorie de Lepsius sur l'accrois­
sem ent des pyram ides p a r couches successives a été com battue par
.Ma s r i ; r o , P e r r o t et C u i r i e z , et par P e t r i e , The /lymmids and temples
Il IS
194 L A N C IE N E M l'IIIE

of Gizeh. mais elle a été reconnue comme ju ste eu sou ensem ble par
Ii(inr.innuT,,i.Z.,3ü,31, 3S; v. on o u tre ses publications su r les tem ples
funéraires des rois do la V" dynastie (g 249) e t son ouvrage : Oie Pyra-
niUk’ii, iliri; PnUtcliifruj luid EultvicUehiiuj, 1911. Il existe aussi des pyra­
m ides qui so n t inoclievées (ceri va eoidre l'opinion de I.Krsics) <d il
arrive souvent ipie les parties plus réccnb's sont exécutées avec beau­
coup moins de soin que les p arlies anciennes. Cf. aussi v. llissi\(;,0/«-
dar.'î lierirht ithfi- itii' Pyromideu, 1901.

234. Le successeur de Snofrou, Clieops, a laissé lui auss


un m onum ent dans la péninsule du Sinaï. Une petite sta­
tuette d’ivoire, trouvée à Abydos, rend d ’une façon vivante
les traits énergicpics de ce souverain. .Vu contraire de Sno­
frou, il a reculé sa résidence à environ 10 kilomètres au nord
dcMempliis fà Gizeh, en face du Gaire) et il y a construit
une pyramide, <|uiestlo plus formidable édifice qui soit sur
terre. On y discerne n ettem ent le|)ro g rès (|ui s’est accompli
dans le développem ent de la jiyramide et qui exiilique les
trois chambres funérair<‘s q u’elle contient. La chambre supé­
rieure renferm e le cercueil du souverain; elle est revêtue
de granit, et plafonnée de dalles de g ran it énorm es. En
avant de la pyramide, nous voyons, comme toujours, le
tem ple fu néraire, aujo u rd ’hui en ru in es, et trois petites
pyramides construites pour la famille du souverain. Toute­
fois, Cheops et ses successeurs ont renoncé à l’antique cou­
tume de se faire bétir deu.\ tombeaux. C.heoj)s régna 23ans.
Son successeur, Telefrè', a reculé sa résidence encore plus
au nord, vers Abou RoAs ; la pyramide q u’il y a commencée
ne lut jamais achevée. Il ne régna d ’ailleurs que S ans. Quel
lien y avait-il en tre lui et Cheops, nous ne le savons pas;
en revanche, son successeur Chephren (Cha'oufrô') était
fils de Cheops. Chephren est revenu s ’installer à Gizeh et
y a construit la seconde pyramide : son fils Mykerinos (Men-
keourê') a construit la troisième pyramide, beaucoup plus
petite. Les proportions de la pyramide de Cheops n ’ont été
rei>rises par aucun de ses successeurs, mais Telefrè' a
IV” D Y N A ST IE — ^

Pinployé pour le rcvêtomont ex térieu r île sa pyraiiiiile le


granit, <[ui est plus coûteux et plus difficile à travailler;
Cheplircn a employé le g ran it pour les deux assises infé­
rieu res, et Mykerinos pour le revêtement des côtés à mi-
hauteur. Nous connaissions déjà, p a r des fouilles an té­
rieures, le portique de granit bâti par (lhc|>hren dans sa
résidence royale d elà plaine; il est soutenu par de gig an tes­
ques piliers monolithes, et un couloir couvert le relie avec
le temple funéraire p rop rem ent dit, bâti par-devant la pyra­
mide. Ün avait trouvé dans cé portique neuf statues du roi
plus ou moins complètes, et sculptées soit dans le diorite
clair ou sombre, soit dans le schiste vert. A ujourd’hui, on
a déblayé tout l’ensem ble du portique : il est construit uni­
quem ent en granit, mais le pavement est en dalles d ’albâtre ;
les fouilles ont ram ené au jo u r beaucoup d ’au tres fragments
de statues. Non loin de ce portique s’avance en éperon
un énorm e rocher: les Egyptiens y ont taillé une figure
gigantesque, le fameu.x .Sphinx, qui représente le roi Che-
phren lui-m ême dans toute sa gloire. Enfin, l’on vient
d ’exhum er le temple funéraire de Mykerinos avec le p o r­
tique qui s’y rattache, et on y a trouvé de superbes morceaux
de sculpture ; l’édifice était fort loin d ’être terminé lorsque
survint la mort du roi. Son su ccesseu r fit achever le monu­
ment à la hâte, su r des proportions réduites, et en briques
crues.

I.e nom coniplet de Cheops est Chiioiuii-clia'oufou (dans Manéthou


iloCçiç, c’est-à-dire Soufou avec le passage régulier du cft à l’s). P our
le W adi .M aghara:/.0., 11,2 c.iSlaluetted'.\bj'dos:PE TiuK ,dàjdüs, II, 13,
13 ; CiiMiiT, p.261 ; à Iluhastis (de même pour C heplircn): Navii.i.k,
liiihnsUs, pl. 8,32, En oiilrc, les nom s de Cheops e t de ses successeurs
SC renco n tren t [larfois su r des sceaux, etc., notam m ent à .Abydos. Il y
a une localité dans la .Moyenne-Égypte qui s'appelle ; .Me'nat-Cliouron,
« nourrice de Cticops »; cctie dernière y possédait peut-être un do­
m aine. — I.a pyram ide de Telefre à Abou P oas a été fouillée par
CiiAssiNAT (cf. G autiiikh, lliiU. de VInsUtut fraïu^ais du Caire, IV, 256 sq.).
L A N C IE N E M P IR E

Tète de T clcfrè' : v o .n H l.ssl^ (;-R K l:c K M v K ^ , D e n h n . n e ( i . S k u l p f i i r e n , pl. 10.


Son nom se trouve su r une p alette de schislc à Zaouict-el-Aryan :
\ n n . d i i s e r u . , VII, 261.Son culte funéraire et les localités dont il a fait

don, son t m entionnés à plusieurs reprises dans des inscriptions de


l’ancien em pire. P o u r les nom s de Chephren et de Mykerinos, Dio-
dore, 1, 64, donne de bonnes variantes : et Msy/^pivo; — Che­
phren, fils de Cheops : papyr. W k s t c a r . — Sceau de .Mykerinos : A n n .
( l u s e r t ' . , III, 134; N e w ijk . u u y , S c a r a b S y pl. V. Les dates pour Chephren

et M ykerinos ne so n t pas conservées dans le papyrus de T urin ;


absurdes so n t les chiffres de M anéthon: C heops,63 ans; C hephren,66 ;
cf. les indications analogues dans lléro d ., Il, 127 sq. et Diod., 1,63 s.T
S ur les pyram ides de Gizeh : V y s k , P y r a m i d s o f G i z e h , 3 vol., 1840, com­
plété par les recherches de P crhin(î su r les au tres pyram ides; Penm :,
P y r a m i d s a n d ((’ i n p l e s o f G i z e h , 1883; |lniic:iiAiti>T, À.Z., 30,35, 36,cf. § 233 n,,

H o n c ii v n n T a reconnu que le m onum ent appelé autrefois tem ple du


Sphinx est le po rtiq u e de Chephren. Les résultats des louilles dans le
tem ple funéraire de Chephren o n t été excellem m ent publiés par Hoi.s-
r.üF-n, G r a b d e n k m a l d e s K ö n i g s C h e p h r e n (publications de la l*"® cam ­
pagne de E. v. SiKouN,) I, 1912. R fisxkk a déblayé le tem ple de Mykeri­
nos, mais nous n ’en possédons de com pte rendu que p a r nouciiAJuvr,
K U o , IX, 483 sq,,X 1,124 s. Les neuf prem ières statues de Chephren, ap.

IloncuAnoT, S l a l u e n v o n K ö n i g e n . . . (catalogue du Caire) n®* 9-IT ; une


au tre plus petite en albAtre, n® 11. A côté dos grandes pyram ides,
il y en a de petites po u r les femmes. Tom beau d’une reine, peut-
être la m ère de Chephren, au sud du Sphinx : D \ ju ;s s ^ , Ana. d u s e r v . , IX,
41 sq. Les d cgradatiojis à l’in térieu r dus pyram ides sont Tiouvre de
voleurs des tem ps anciens qui dévalisaient les tonibeaux (tel n’est pas
l’avis de P ktuii;, (juc j ’ai suivi dans ma G e s r h i r h i e . \ e g y p l e n s ) . Les
légendes grecques su r ie c a ra d è re de Cheops et de Chephren oppres­
seurs de l’Égypte, su r la pitié de M y k erin o s,etc.,so n td es fables inven­
tées par les guides (pii coiuluisaient les é tra n g e rs; elles o nt pénétré
aussi dans l’Épitom é tiré de .Manélliou ; l’Africain raconte en outre
(|u’il s'est procuré « le livre sacré » d<î Cheops. — Uoucuxuut vient de
re tire r les doutes <|u’il avait exprim és sur la date ancienne des statues
de C hephren et du Sphinx (A ./.,36,1sq.;LVr. /.Vr/.A/r, 1897,752 sip); quant
à M ykerinos, son sarcophage de pierre, dont la décoration rep ro d u it
le plan du palais, est d ’une ancienneté certaine ; par contre, l'inscrip­
tion su r son cercueil en bois ne rem onte (pi’à la XXVI® dynastie
(S ktiic et Bour.nAiurr, \. / . , 30, 94 s<p). S ur rancionneté du Sphinx, cf.
aussi D aukssv, H u l l , d e l ' i n s t . è g y i d i e n , 111,35 s. S u r les légendes posté­
rieures, cf. § 157 n .; le sphinx passe pour être l’im age du dieu du
IV “ D Y N A ST IE - §235 197

soleil, Hai m acliis; en fait, il en est ainsi dans une inscription, au nom
dcC heops, ré d ig ic s o u s la XXVI“ dynastie environ, qui m entionne la
fille de Clieops et la pyram ide q u ’elle lit bâtir. ( M u u k t t i :, U oa.dia.,53;
Daukssy, tire. 30, 1.)

235. A Mykerinos succèdent encore quatre rois de la d y


nastie, mais seul, le troisième, Sepseskaf, est reconnu comme
roi légitime par ses contemporains et par la postérité. Les
trois autres ne sont nomm és su r aucun m o nu m en t de leur
époque; il faut donc admettre que leurs monum ents et to m ­
beaux ont été d étru its de façon systématique et ils sont
passés sous silence dans les biographies contem poraines,
que nous rencontrons dans les tombeaux ; la chronique de
la pierre de l’alerme a tenu compte de leurs années de
règne, mais n ’a consigné ni leurs actes, ni leurs fondations
et a laissé ici un espace vide. Nous devinons que le royaume
vient de traverser encore une fois une crise grave qui n ’a
pris fin q u ’avec l’avènem ent d ’une nouvelle dynastie, deux
ans après la mort de Sepseskaf. N aturellement, il n’est pas
possible pour nous de combler cet intervalle, l i s e p eut que
Sepseskaf soit un fils de Mykerinos et q u ’il ait été l’héritier
légitime du tr ô n e ; si la d urée de son règne sur l’Egypte
e n tiè re n ’a g u ère surpassé quatre ans, il a pu être reconnu,
beaucoup plus tôt, comme le souverain d ’une partie du pays.
Peut-être est-ce à lui que nous devons attribu er une pyra­
mide, située au sud de la rampe de C hephren, mais qui n ’a
jamais reçu qu ’un commencement d ’exécution; en tout cas
nous savons par la chronique de la pierre de Palerme que,
dès la prem ière année de son règne, il avait fixé l’empla­
cement de sa |iyramide. A la différence de ce qui se passe
pour ses puissants prédécesseurs qui vont de Snofrou à
Mykerinos, son nom et son culte sont à peine mentionnés
par la suite. — Au total, la IV" dynastie est restée sur le
trône environ 160 ans, de 2840 à 2680 avant Jésus-C hrist.

Les trois rois illégitim es ont été citéspar.M anélhon. et ils existaient,
198 L A N C IE N E M P IR E

aussi SUP la table de Sakkapa mi, m allieupeusem ent leups nom s m it été
détpuits. Epatobthéue a coiisepvé deux nom s 'P chîmoi; et Biùpr,;. La piei'Pe
de l’alepme, qui nous a consepvé la ppemit'Pe année du pègne de Sepses
kaf, l'oupnitnne anipc [ipenve que son pégne a été de coupte diipée et
q u ’il ap p artien t à latin de la dynaslie.coniinedans Manétlion(il£ 6 sp/£pr,5).
ilf. \eg . i,7iroao/oi/iV, liO sf(., 1911 (trad. p. lU'Jj. Sceau de .Sepseskaf dans
\hydos, 1, Sa ; e t au Musée de ISei lin. On a supposé q u e le Tham plilis
de M anétiion était identiijue à un ceitain poi Im hotep m entionné au
W adi l.lammiinnlt, LD., Il, HS li. ; mais un fait écapte to u t de suite
cetle liypollièsc, c'est i|u c ces cappières n'ont pas été exploitées avant
la lin de la V* dynaslie. — ,Sup Xefepsahoi', que j ’avais voulu tout
d ’alioi'd insépor à celte place, v, S ÜfiS n.

Les tom beaux de l’A ncien Em pire.

2iiG. Los pyram ides do Mem phis ne sont pas seulement


le symbole extérieur de l’Ancien li m p i n g elles en expriment
le caractère le plus intime, L'Iilat tout entier se concentre
dans la personne du « dieu grand » — c’est ainsi <|u’on appelle
le pharaon su r les bas-reliefs de victoire du ,Sina’i, sous
l’Ancien E m pire, tandis que plus tard on dira constam­
ment K le dieu bon » (Sj 252l — et la ISche suprêm e de l’Iltal
se réduit à ceci : assurer au souverain, apr ès sa mort, la con­
tinuation de sa puissance pour l’éteniité, La religion, avec
son fatras magique, en monti-e le chemin ; le pr ogrès de la
civilisation p erm et la réalisation par des moyens techni­
q u e s et m atériels d é p l u s en plus perfectionnés. Tout de
suite ajirès son avènem ent au ti'ône, le nouveau dieu choisit
le site or'i il établira sa résidence terrestre comme sa rési­
dence éternelle, et il lui donne nu nom ; jiendant toute la
d u rée de son règne, le royaume en tier travaille à l’édifice
g igan tesque; |>ar des donations im portantes, le roi pourvoit
à son enti’etien, et ses serviteurs les plus dévoués, scs cour­
tisans les plus élevés en dignités, assument le service jo u r­
nalier des oH'randes et la récitalion des formules magiques
LISTE DES liOlS DE LA [V' DYNASTIE

Dans le cas où les noms ont été ilélrnils sur le papyrus de


Turin et la lubie de Sakhara, mais où nous pouvons les
rétablir avec eerliliide, j ’ai ajoulé les lettres T et S entre
parenthèses.)

MANETHON
L IS T E S E G Y P T IE N N E S IV D Y N A S T IE , 8 M E M P H IT E S

Snofroii (T) S. A 24 ans. . 1. ÏMf IÇ 20 ans


Cheops (T) S. A. . 23 ans. . . 63 ))

Tetefrê- (T) S. A. . 8 ans. .


C hephren ('!’) S. A. X ans. . 3. ÜQÙtp.; 66 »

M ykerinosiT. S.) A. X ans. . . 4. M e v y g cr.i 63 »


X (T. S.) . X ans. . 5. 'PaTOt<ïT,ç 25 »

X (T. S.) . 18(28). . . . 0. I ’> 7 .£ :iç 22 »


Sepseskaf (T. S.) A . 4 ans . 7. —eêecyipr,; 7 ))

X (T. S.). . 2 ans. . . . 8. 0 »

Total . . . 277 ans

1L’addition des chiffres partiels «loiiiie 284 ans.)


200 L A N C IE N E M F 'in E

dans le leinpie funéraire; ils assiii-enl ainsi à son esprit une


vie éternelle.

Je signale encore une fois que le culte des m orts eu li.gypte ne con­
siste pas du tout dans l’adoration d ’un dieu dont on espère la protec­
tion et le secours, ou do n t on cherctic ù apaiser le courroux (comme
le prétend la théorie qui fait venir la religion du culte des ancêtres; ;
bien au co n traire, il s’agit to u jo u rs de ranim er, par des m oyens arti-
liciels, un e sp ritq u i est en soi-nifinie inqm issaid, que l’on veut rendre
pareil aux dieux,m ais qui, après tout, u’en est pas un. Ce n ’est qu’à p ar­
tir du .\ouvel Em pire i|ue quelques rois défunts, peu nom breux (tel
qu’Aiuenophis l ^ jc t c e rtain sau tres hom m es (tels Im hotep e t le « sa g e »
.\m enophis) se sont parfois mués en dieux secondaires. — J ’ai présenté
une esquisse de r.Vncien Empire et de sa civilisation dans mou mé­
m oire Aeyyptcii zur Zeit der Pyramhlenbaiwr, 1908.

237. Comme déjà sous les Thiiiites, de même chez le


Mempliltes, les épouses et enfants du souverain, ses c o u r­
tisans et les plus hauts fonctionnaires de son royaum e sont
admis à ce privilège de l’immortalité. Le roi le u r donne un
emplacement pour leur tombeau, soit auprès de sa propre
pyramide, soit près de la pyramide d ’un de ses prédéces­
seurs, dont ils assurent le culte; il donne l ’ordre au grand-
prêtre de Ptah(§233) de leu r livrer dans ce b u t des stèles de
pierre; il lui prescrit quelles offrandes il faudra présenter
au défunt « à tous les jo urs de fête de l’année et chaque
j o u r », sons le nom d’ « oH'randes du roi », par l’entremise
d’Anubis, le seigneur des tombeaux, par celle du dieu-
chien de l’occident et d ’Osiris; le roi accorde aussi à ces
privilégiés les amulettes, qui à l’origine étaient réservées à lui
seul. Les riches, à leur to ur, s’occupent de construire et
d ’équiper leurs propres lombeaux; tout comme le roi, iis se
choisissent des« serviteurs de /la » ,e t établissent avec l’a u ­
torisation du roi, pour le service des offrandes funéraires,
des fondations à perpétuité qui com prennent des terres el
des gens. Si le vivant a négligé ces précautions ou n ’a pu
achever sa tâche, c’est au fils q u ’il incombe, par piété liliale.
LES TOMBEAUX DE l ’ANCIEN EMPIRE --- g 2 3 8

(le s ’occuper du défunt. T o ut autour des pyram ides s’éten­


dent ainsi des nécropoles où tombeaux après tombeaux
s ’alignent en rues régulières. Sous la 111“ dynastie, la pyra­
mide royale avait la forme d ’un tertre gigantesque en pierre
(g 230); c’est cette forme primitive de la tombe royale (|u’a-
doptcnt maintenant les gens de la cour. Le cadavre est e n ­
foui dans un puits recouvert d ’un amas de terre amoncelée;
le tertre de forme oblongue, avec des côtés obliques, est
ceint d’un revêtement de p ie rre s; les Arabes lui ont donné
le nom de maslaha « banc ». Sur le côté est de ce tertre,
on introduit dans la maçonnerie une grande stèle de pierre
qui a la forme d ’une porte de maison fermée (c’est ce qu’on
appelle I.t fausse-porte) ; elle donne accès dans le monde
des E sprits; par-devant celte porte s ’étendait à l’origine une
cour e n to u r é e d ’un m u r d e briques, ou bien s’élevait une cha­
pelle pour le service funéraire. Bientôt chapelle et porte sont
reportées dans l’intérieur même du mastaba et, peu à peu,
cette chambre primitive a donné naissance à un système de
chambres de plus en plus nombreuses.

(;’csl >t\KiETTE (lui a le prem ier em ployé le term e de mnsliiha, pour


désigner une grande construction, près de Sakkara, dont la destina­
tion reste encore énigm atique, et qui s’appelle Maslabal el-h'ir'noun,
(1 banc du P haraon ». Les spéculations fantaisistes de K u a u s s , ZO.t/C,
(il), 281 sq., s’écroulent donc devant cette e.xplication. — I I ö l s c i i e k ,
GrabdenkmaldcK Cltephreii,p. 15, fait rem arquer que te p o rtiq u e d an s la
vallée, qui se relie au tem ple funéraire des rois, est issu de la forme
du m astaba.

238. De génération en génération, on équipe la tomb


avec un luxe toujours croissant. C e q u ’on désire Icml d’abord
c’est protéger le cadavre contre la corruption ou la destruc­
tion par violence, et lui assurer, grâce au culte des morts,
une n o u rriture abondante pendant toute l’éternité. On
embaume doue le cadavre pour le conserver, on le cache au
fond d’un sarcophage en bois ou en pierre, qui a la forme
L ANCIEN EMPIRE

d’une maison, el ou l’enfouit dans un puits inaccessible,


o b stru é de pierres énorm es, lin outre, on enferme dans le
tombeau la statue du défunt, en bois, en calcaire ou eu
schiste (celle du roi est souvent en pierre dure). S ’il s ’agit
d ’un mastaba, on place cette statue dans nue chambre spé­
ciale (arabe = serdah), com m uniquant avec la chambre funé­
raire par une ouverture étroite, où passe la fumée des sacri­
fices. S’il s’agit d ’uni' pyramide, la statue se place dans le
temple funéraire; l’esprit du di'fiint pourra à son g ré venir
résider dans cette statue; mais, bientôt, on trouve (|u’nne
seule statue ne suffit pas et q u ’on procédera plus sû rem ent
en en faisant fabriquer un grand n o m b re; c'est ce qui ex-
|)lique la m ultitude des statues d an sle temple de Chephren.
P o ur les offrandes, on place devant le m ort des trépieds,
des vases, des tables munies de cavités pour recevoir les
o n guents et les liquides. Les tem ples royaux ont comme
annexes de gran ds magasins. Le portrait du défunt est
souvent reproduit s u r la fausse [lorte du mastaba, tantôt
sculpté en ronde bosse, tantôt gravé à la façon d ’un bas-
relief; on ajoute son nom et son titre, ainsi que les formules
des offrandes; parfois, on nous donne encore d'autres
détails su r la carrière du défunt, les charges q u ’il a rem ­
plies, le tombeau q u ’il s ’est fait construire et les fondations
q u ’il a faites pour sou culte. Mais cela ne suffit pas en ­
c o re : celui qui habitera cette tombe désire vivre un jo u r
dans .sa « maison d ’éternité » comme il vivait dans sa
maison terrestre, entouré de sa famille, de nombreux se r­
viteurs et de tout le confort possible; il veut contem pler,
dans sa vie future, ses serfs travaillant aux champs, paissant
ses troupeaux, chassant les oiseaux ou pêchant le poisson;
il veut les voir exerçant leurs métiers, construisant des
barques, naviguant su r le Nil; il veut v o irie s paysannes de
ses domaines apporter à leur seig n eu r les redevances dont
on fera offrande au mort, et ses valels abalire sous ses yeux
des chèvres et des biciifs; li'ii-nicine entend, comme autre-
LES TOMBEAUX DE L ANCIEN EMPIRE ■ • § 239

fois, s ’asseoir pour ses repas aux côtés de sou épouse, servi
par ses enfants, et se distraire en chassant dans le d ésert ou
dans les m arécages du iVil. Les m u rs des cliamhres funé­
raires se décorent donc, de plus en plus, de taldeaux qui
m ettent sous nos yeux la vie et les faits et gestes des gens
distingués et de leurs serviteurs. Aussi ces tombeaux sont-
ils pour nous une source abondante de renseignem ents ;
ils nous font connaître dans tous ses détails la vie à cette
époque. Cette décoration funéraire u ’arrive à son plein
développement que sous les d ern iers rois de la 1V‘' et su r­
tout sous ceux de la V" dynastie; néanmoins la tombe de
Melen, sous Snofrou, nous en fournit déjà les formes essen­
tielles qui se m ultiplient et s’enrichissent dans le tombeau
àjteinepliis ré c c n td e Ra'botep, à Medoitm, et dans plu sieurs
tombeaux de Cizeb, datant du rogne do Cbeops et de Cbe-
pbren.
239. Toutefois l’intention q u ’on poursuit en décorant le
tombes cache mal un désaccord qui gouverne toute la vie
morale de l’Egypte. Nulle part ailleurs sur la terre, on n ’a
déployé tant d'énergie et d ’opiniâtre persévérance pour
essayer de rend re possible l’im possible, pour faire de notre
brève vie humaine et de ses plaisirs une existence prolongée
ju s q u ’à l’éternité. Que cela fût réalisable, les Egyptiens do
l’Ancien Empii'e o nt dû en être im pertu rb ab lem en t con­
vaincus, sans quoi comment, génération après génération,
aurait-on orietité toutes les ressources de l’Etat et du pro
g ic s vers ce b u t? Pourtant, d errière celte conviction, nous
découvrons le sentim ent, que toute cette splendeur de vie
future n’est q u ’apparence, que tous ces formidables moyens
par lesquels on la garantit ne parviennent, en mettant les
choses au mieux, q u ’à créer une ombre, un fantôme d ’exis­
tence, et qu ’en réalité notre sphère humaine reste ce q u ’elle
est. Tous les procédés magiques ne font pas que le cadavre
redevienne vivant, recommence à sc mouvoir et puisse
pieu dre de la u o u iritu ic. Donc on pourra se contenter
204 L ANCIEN EMPIRE

d ’avoir une statue à la place du cadavre, ou un simple portrait


s u r les m urs du to m b eau ; au lieu d ’offrandes réelles et de
serviteurs du culte, on aura des Images peintes sur les murs,
ou bien on déposera près d u mort des figurines, qui r e p r é ­
senteront, par exemple, des femmes occupées à m oudre ou
à cuire les repas; il suffira même, eu principe, de réciter
les formules de l’offrande et de les inscrire su r les m on­
tants de la porte du tombeau. C ependant on n ’arrive pas
encore, il s’en faut mêm e de beaucoup, à tirer les consé­
quences extrêmes de celte façon de voir; on ne nie pas
positivement la réalité des actes du m ort; les formules, le
m onde illusoire peint su r les m urs, sont une manière de
d o n n e ra u m ort ce qui lui m a n q u e ,d e lui garantir une com­
pensation éventuelle. En même tem ps, on atteint un autre
but : on assure une survie non seulem ent au défunt, mais
encore lises serviteurs peints et sculptés dans sa tombe, s u r ­
tout si on inscrit leurs noms. En réalité, l’idée de vie future
(|iii anime et guide l’Egyptien cultivé dilTère totalem ent des
croyances bizarres quid on iinentd aiis les formules magiques
du culte funéraire et que les Chriheb (§ 218) continuent à
développer avec zèle. Certes, il se réjouit en faisant bâtir
son toiiibean de voir reproduit son domaine, et il espère
bien qu ’un jour il le verra, par les yeux de sa statue ou de
son image gravée su r le mur, et q u ’il le contem plera avec
un sentim ent de joie; mais, par ailleurs, quand il prie les
dieux des morts, ce q u’il leur demande, c’est d ’arriv er à
<1 une longue et belle vieillesse en état de dévotion vis-à-vis
de tous les dieux » (ou « vis-à-visdu dieu grand >>) e ti l implore
encore « un beau lieu de sépulture, dans la nécropole de
l’occident »; cela veut dire q u ’il parle de sou tombeau
comme peut le taire un homm e vivant et non du [lointde vue
d ’uii mort. U sait que dans l’au-delà il aura à ren d re compte
de ses actions devant « le dieu g ran d , le seign eu r du trib u ­
nal » et que c’est uniquem ent par une vie laite de piété et de
justice (|u’il peut se jiromettre une survie heureuse. Alors
L E S TO M B EA U X DE l ’a N C IE N E M P IR E — S 240

son espoir sera de « se p ro m en er en paix dans les beaux


sentiers du royaume de l'occident, où se p rom ènent les
hommes pieux devant le dieu grand », et de contem pler les
dieux dans leur gloire. Ces formules, que nous voyons répé­
tées constamment depuis la fin de la IV' dynastie, prouvent
bien que, meme en Egypte, en dépit du fatras îles supersti­
tions qui environnent les morts, ce sont des vues saines
et limitées par une sage appréciation des conditions t e r ­
restres, qui prévalent dans la niasse des homm es cullivés.
Les représentations su r les m urs des tombeaux jirennent
alors le sens de tableaux de la vie réelle; elles servent à
fixer la mém oire d u d is p aru et à rappeler les événements qui
ont rempli son existence.
240. Mais — et c’est là un trait important pour l'histoire
politique et l'étude de la civilisation — le culte des morts, à
la belle époque de l’Ancien Empire, n ’a pris cette forme que
dans l'entourage du Pharaon, dans sa ville royale et à sa
cour. Pyramides et mastabas sont en relation étroite : on ne
les trouve que dans la nécropole immense qui, su r une lon­
g u eu r de plus de quatre lieues, d ’Abou-lîoàs à Dahsour,
occupe le rebord du plateau ilésertique, à l’ouest de Mem­
phis, comme au sud de cette région, vers Medoum etla pyra­
mide de .Snol'roii. Les hauts fonctionnaires eux-mèmes, ceux
qui administraient les nomes et y possédaient de grands
domaines, adoptent pour d ern ier lieu de repos le, voisinage
de la cour ; si la forme de tombeau q u ’ils choisissent est un
mastaba, décoié de sculptures et d ’inscriptions, nous
som mes sû rs que ce mastaba sera installé près de la pyra­
mide du roi régnant ou d ’un de ses prédécesseurs. T oute­
fois, dans le reste du pays, l ’ancienne forme de -sépulture
prévaut encore : ce son t, pour les classes moyennes et pour
les |iauvr<-s, des lombes sans apparence où le cadavre est
enseveli dans une position accroupie; parfois nous rencon­
trons isolément, pour des |)crsonnages riches et distingués,
la tombe à l'scalier de la 111“ dynastie, .mais sans aucune
L ANCIEN E M P IR E

sculpturo ('t sans inscriptions. L<‘s (|iiel<|iics exceptions


q u’on p(*iit rencontnir confirment la lè^Ie : {lartout ailleurs
en Kgypt(‘, oil so présente par hasard un mastaba de la
IV** ou de la prernièn^ moitié de la V*’ dynastie, il sera som ­
mairem ent décoré, le plus souvent sans reliefs ni inscrip­
tions, raremmit pourvu de statues, souvent môme inachevé.
Tout cela montre avec quelle len teu r les innovations de la
cour ont pénétré dans le reste du pays; d’ailleurs quand la
bonne \olonlé ne manquait pas, c’étaient les moyens d ’exé­
cution qui étaient insuffisants, f^et état <I<* choses ne sc
modifiera q u ’av(*c la fin de la V" ilynastie; le changem ent est
eu rapport étroit avec la transformation des conditions poli-
ti([U(*s et sociales qui s ’opérera à ce moment. La concentra­
tion des tombeaux au to u r (h^ Memphis exprime île la façon
la plus tangible, le caractère politiijue de TAncien Kmpire ;
clu'z les morts comme dans la vie réelle, nous constatons la
centralisation complète d ’un état, composé de fonctionnaires,
autour d ’un pharaon omnipotent.

On a trouvé des m astabas «le la IV” et V" dynasties, on assez grand


nom bre, à K! Kab (éd. ( J l i h k i . l , 1898), m ais presque tous sans inscii]>-
tion. Les pins anciens inastal)as, au deh o rs de la nécropole de Mem-
l)hls, sont sans doute ceux, p o u r la plu p art inachevés, q u ’on a tro u ­
vés à Teneh (au nord de .Minje, I ' u x s k u , Ann. tlu aerv., III, IÎMV2, 07 sq.,
1 2 2 sq.); c’est dans I’nii d ’eux, du début de la V® dynastie, qu’on a dé­

couvert un acte im portant «le fondation qui se rapporte au culte d'Ma-


th o r e t des m orts (M a s p k h o , </>., 181 sq. ; S k t h e , Urk. den Allen Heirha,
28 sq.). î.es m astabas de Desase, Dcr cl (icbràw i, Dendera, les hyi»o-
gées de Schech Saïd et Zaw ijet cl .Meitin, etc., no rem ontent guère
au-delà d u milieu de la V® dynastie. II est à supposer q u ’on en décou­
vrira encore d ’autres, et p eu t-être même un tom beau de la IV® dy­
nastie ; néanm oins les nonvolles découvertes ne changeront rien au
fait que, sous la IV'® dynastie, le m astaba pleinem ent développé .se
ren co n tre dans un seul en d ro it : p rès de la résidence de la cour. — La
pyram ide d’LI-Koula, près de Kl Kab, qui ap p artien t à rAncien Kmpire
présente encore une énigm e (I î a d k m i u , 4® éd., fr.. 1914, 880), Dans la né­
cropole d ’Abydos, les lom bes qui daten t de cette époque o nt con­
servé les form es anciennes.
KTAT HT A D M IN IS T R A T IO N SO U S L ’a N U IEN E M P IR E ---- i; 2 4 1

E lu l el (idminislrtilion kuus l'Ancien E m pire.

241. Sous les rois de I'Ancicn Umpire, l’Egypte reslu


encore un royaume douille, unifié sous le sceptre d ’un sou­
verain ; nous voyous su b sislerco m m cau p arav an tlesd o u b lo s
bureaux, les doubles magasins, les doubles litres des fonc­
tionnaires. En réalité, cependant, ce dualisme n ’esi plus
ipi’une fiction; toute l’administration est centralisée el com­
porte des règlem ents u niform es; les mêm es fonctionnaires
sont envoyés tantôt dans le Sud, tantôt dans le Mord. Depuis
la III” dynastie, le centre de gravité de l’empire est exclusi­
vement dans la région du o Mur Blanc », i|u’on appellera
plus lard Memphis. Là, en plein pays de culture, autour du
temple de Ptah, une ville populeuse s'est développée, mais
les rois n’y d em eurent pas ; ils ont installé leurs résidences
ambulantes au pied du plateau désertique, au-dessous de
leurs pyramides. Nous connaissons déjà les attributs du
roi, le caractère de son pouvoir, et aussi les traits princi­
paux de l’organisation du royaume, la hiérarchie des titres
de cour, toutes choses que nous voyons à p résent arrivées
à leur point de perfection. La volonté du roi est toute-puis­
sante, et, dans toute affaire d’importance, on doit recourir à
sa décision; celle-ci est alors publiée dans un édit écrit,
scellé en sa présence, puis expédié aux fonctionnaires. Son
prem ier agent est le « vizir et ju g e de la grande porte » p ar­
fois désigné aussi sous le nom du « d irecteu r de tout le
pavs, du Sud et du Nord », ou encore de « conseiller privé
du ciel (c’est-à-dire du roi), qui contemple le secret du
ciel ». Les pharaons de la IV' dynastie sem blent, d ’une
fayon régulière, avoir investi de cette fonction un prince de
leur maison ; sous la V” dynastie, elle est restée pendant
quelque te m ps le privilège héréditaire d’une famille; puis,
son titulaire a varié très fréquemm ent. En général, ce titre
est réuni à un autre, celui de « chancelier (garde du sceau)
L A N C II-N E M P IR E

du roi de Jîasse-î‘lgypte », à(jui ressorfissait radniinistra-


tioii des finances et la rédaction des décrets. Il y avait
encore deux « chanceliers du dieu » (c’est-à-dire du roi do
la Haute-Kgypte, cf. ^^222); ils sem blent avoir été ce que
nous appellerions les intendniils généraux de ra rn iée ; aussi
portent-ils souvent le titre de « chef des soldats » et
« directeur des magasins d ’arm es » ; ils dirigeaient eu même
temps la construction des édifices, l’exploitation des car­
rières, etc. Une charge distincte est celle de « <lirecleiir des
travaux», sorte de ministre des Travaux publics: il iidminislre
les bâtiments et semble être comptable des dépenses. — Le
maintien de l’ordre dans le pays est assuré par des soldats et
des g end arm es (5^2.54), le crulés parmi les n èg res de Nubie;
les contingents de g u erre sont levés parmi les paysans des
nomes et ceux (|ui appartiennent aux domaines des temples.

(Vest (jui. dans son Actjyitini, a posé les baHos »h* nos coii-
miissaiicos su r rorgaiiisation de TKtat ; j'ai développé certains détails
dans ma G o sc h irU tr \e ijy p ( n n t. et il faut ajoubu* les contributions de
.Masi’ kuo ( L u n tr r h '‘r f u d m iu is lr a liv u d e d e u x fn n rlio iiiifiir e S y ap.
L liid e s é</.v/>/.. Il, ‘2 .h u n u u d u a iu liijiie 1890, cl plusieurs autres travaux) et
celle de S r t iu : , dans son étude su r le vizii-, 28,1890. Oepuis,on
n’a guère fait de travail syslém aliquc s u r ce su je t, cl p o u rtan t il y
aurait de beaux résu ltats à atten d re d'une élm ic m éthodique de ces
m atériaux (jui so n t nom breux mais aussi d'iiii m aniem ent délicat.
M aints litres restero n t to u jo u rs obscurs. J ’ajoute tout de suile ici la
rem arqu e que M-\nii;rn: a attrib u é une dale erronée à la plupart d<*s
m astabas de S a k k a ra ; beaucoup de ceux qu'il ullribuc à la IV® dynas­
tie ap p artien n en t à la V®, et le pins grand nom bre date de la seconde
m oitié de la V® d ynastie, époque on les rois élablissnieiil leurs pyra­
m ides à S ak k ara. Nos connaissances ont été beaucoup accrues p a r ta
découverte d ’édits royaux de la V®, Vl® et Vil® dynasties ; d 'abonl le
décret de PepI I®*" siirla ville de.Siiofrouà D ahsour : ap.Itoncu \ hdt,
2, l s q . ; puis tro is décrets d’Abydos : ap. P k t iu i ;, Ahydos, li, 18(Xcfer-
rcrk e rc', aussi ap. W kim ., p. 07 sq ), M (Tcti), iO (Pepi 11), traduits par
(iriffith : puis encore sept d écrets de Koptos (cf. A .-J. H k i n a o i i , itup-
purls sur Ifü foiiilles de Cop/os ; 4910); l'un est de Pepi P'", trois autres
de Pepi U, tro is au tres <!(î la VlII® dynastie ; ils ont été étudiés en dé­
tail par W cii.i. : les Dérrels royaux de IWnrien Empire, 4îH2. Un décret
A D M IN ISTR A TIO N SOUS u ’a N C IEN EM P IR E — ^ 2 4 2

iiiiitili^ (io .\eferfri'’ O p Ui' esl la lecture proposée par Ci. Mfu,i.Eii) ap.
I'msuii, ISi-rsheli, II, .'i7. I'elils fragm ents do d érre ls su r les villes des
pyram ides de .Mykeriiios e t de Saliourè' : lîouciiuorr, Grabdenkinal des S.
t, too. Cf. aussi les décrets piiMiés p ar .Sr.Tiii:. ih-k. des V. tt., p. 25, 92
(Telinc), GO, 02, etc. Ces décrets contieiineiiC souvent des listes de
fonctionnaires ; de même, l inscriptioa d'Oima. Sur le rapport qui
e.viste en tre les lieux tréso riers du dieu » (dont dépendent les tail­
leurs de pierre) e t le « directeu r des travaux n et son bureau de
sc rib es,rf. Sen i.riai, t. /,., 40, 70 sq.

242. Les ronctioiiiiaires eomiiiencoiit It'iir carrière soit


la cour du roi, où ils sont élevés pendant leur jeu n esse avec
les enfants royaux, soit dans les écoles de scribes, qui
dépendent des tem ples; aussi portent-ils tons le titre de
scribes. Ensuite, ils en tren t dans une des nom breuses « mai­
so n s» , c'est-à-dire bureaux de radm inistration (par exemple
la <1 maison des vivres », la « maison des armes », etc., ou
les no m breuses « maisons de l’agriculture », cf.ü244). C’est
le point de départ, d'oii ils sont promus, p ar la faveur du
l’Iiaraoii, à des situations plus hautes, soit dans l’admiriis-
tratiou centrale, soit dans radm inistration provinciale. Les
biographies que nous avons conservées tém oignent souvent
d’un changem ent rapide dans la situation ; il existait certai­
nem ent unehiérarcliie bien défi nie non seule ment dans chaque
catégorie de fonctions, mais encore entre les administra­
tio n s; il y avait même des nomes dont les charges jouis­
saient d ’une considération |ilus grande que celles des autres.
Toute l’administration se fait par écrit, toute afl'aire s’expose
suivant un formulaire défini, se transm et par voie h ié ra r­
chique à l’autorité supérieure et rem onte ju s q u ’au Pharaon.
Les baillis ^noniarques) des nomes portent presque toujours
comme sous les Thinites, le titre 'ane:, mais souvent aussi,
celui de sesem-lo, « guide du pays », avec l’adjonction
H directeur des messages » (mero oapoul). On fait une
distinction administrative entre la ville qui est entourée
d’un m u r rectangulaire Q (désignée sous le nom de
L A N C IE N E M P IR E

kai'ol, « grande forteresse ») et le plat pays, mais cep en ­


dant leur administration reste dans les mêm es mains;
c’est le même personnage qui est par exemple « liégeut
\luja) de la grande forteresse de Bouto et bailli Çanez)
des habitants de Bouto n, a rég ent de la grande forte­
resse des deux Chiens et bailli du nome de Mendès »,
« rég en t de la grande forteresse de Berma (?) et bailli du
nome de Sais », ou encore « régent de la grande forteresse
de la ville de la Vache, nomaripie de la montagne du désert
'semil) et « grand-niaitre de chasse ». Cela m ontre que les
villes des nomes, au point de vue du droit administratif,
occupaient une situation autre que le reste du pays, les
localités innom brables de la campagne, villages ouverts ou
entourés d’une enceinte, que l’on désigne toujours sous
le nom de noiit (employé plus tard dans l’acception de
« ville ») et où habitent les paysans. Le noniarque préside
à l’administration, aux im pôts et en outre à la justice ; aussi
porte-t-il constamm ent le titre de « ju g e » et de « prêtre
de Ma'at ». 11 a sous lui de nombreux « ju g es des champs »
et « scribes des champs», <|ui ont à percevoir les corvées et
les redevances en nature des paysans, et qui fout la police
du pays, P o u rle s serfs, il est probable <|ueles fonctionnaires
rend en t la justice selon leu r bon plaisir; mais dans les
villes siège un tribunal [zazal^ - ‘.13), qui, dès les temps les
plus anciens, jouissait d ’une haute considération; il connaît
par exemple des achats et ventes de maisons. Dans le tribunal
siègent, pour dire le droit à côté du collège des fonction­
naires, les citoyens les plus estim és ; les procès entre é g y p ­
tiens libres (et aussi, ceux qui ne sont liés que par une
obligation déterminée, par exeni|)le, le culte funéraire)
se déroulent « devant les propriétaires fonciers [serait) »,
ou » dans la salle des propriétaires fonciers », Il e.xistait
aussi une juridiction d’appel rég ulière; le tribunal le i>lus
élevé était « la cour des six grandes maisons », siégeant dans
la capitale, e t i p i i s e composait des dix « g rand sdii sud » —
ETA T E T A D M IN IS T R A T IO N S O U S L A N C IE N E M P IR E - §243

(sous le Moyen Em pire, ces dix font place à un ju ry de trente


fonctionnaires) — sous la présidence du « v izir» . Celui-ci est
assisté par le « ju g e deNeclieii (Hierakonpolis) » à qui incom­
bait le soin de faire l’eniiuète et de réd ig er le procès-verbal.

Procès devant les seron : S ktuk, Urk. d. .\. li., p. 13,1, 16, s., et à ce
sujet A. M o u k t , liée., sq. ; cf. en outre les deux grands décrets de
Pepi II et rin scrip lio n de l.lenqou, S ktiik, l. c., p. 77, 8 , cf. § 268. Il est
évident que ser correspond à l’hébreu et désigne le pro ­
priétaire foncier libre (y com pris le chondonse = ferm ier, § 244). La
X position » sociale ou le « ran g » que chacun occupe dans la société
et que chacun désire « lég u er à ses enfants » s'appelle 'août, qu’on
rend souvent p a r « fonction », ce qui est un contresens. Inscription
surP ach at d ’une maison, d a ta n td e PAncien Em pire, e tq u i est « scellée
devant le de la ville de la pyram ide de Cheops », ap. S k tu k ,
lîrr. Sticfis.Ges. i/hil. ht., 63, 1911, heft 6 .

243. La situation de fonctionnaire, coninie toute autr


profession, se transm et en général du père au fils; ceci n ’a
rien que de normal. Dans les représentations des tombeaux,
nous constatons souvent que les fils d ’un haut fonction­
naire occupent aussi des fonctions publiques, mais moins
élevées, et il arrive fréquem m ent q u ’aprés la mort d’un ser­
viteur dévoué. Pharaon transmette la charge au fils du
défunt. C’est ce qui rend le contraste encore plus sensible
entre l’organisation nouvelle qui se forme dans l’Etat depuis
la fin de la V' dynastie, et l’Ancien Empire : celui-ci, dans sa
forme primitive, ne connaissait ni caste fermée, ni aristo­
cratie, ni fonctions privilégiées, ni ayants-droit su r les fonc­
tions de l’Etat. Certes, la société égyptienne prétend être
une société fondée su r le droit, mais le droit s’incarne dans
le dieu qui la g o uv erne; si celui-ci veut bien adVnettre«
quand il les trouve équitables, les us et coutumes, sur les­
quels se fondent les privilèges des diverses classes et des
diverses localités, il n’existe en principe aucun droit indi­
viduel, en dehors de celui de la couronne. Le roi, quand il
distribue des postes à ses fonctionnaires, n’est lié en droit
212 L A N C IE N E M P IR E

par aucune obligation. Aussi l’Ancien Kmpire ne connaît-il


(l’au tre genre de titres ipie ceux des courtisans et des fonc­
tionnaires. Il n ’y a point d’inscription fumiraire de la IV"
ou de la V' dynastie (exception faite dos récits pureinent
biographitpies) (|ui fasse mciitioii des anctUrcs, ou seu le­
ment du père d’un fonctionnaire, à moins (pi’il ne soit de
sang royal. Les princes royaux fo rm ent un contingent assez
important dans la hiérarchie des fonctionnaires, et, sous
une monarchie absolue, ils pi’en n eu t naturellem ent une
place à part. Pas davantage les fonctionnaires ne nous
apprenuent-ils rien su r le nome (pii les a vus naître et où ils
])0sscdent peut-i‘‘tre de grands d o m ain es; (juand nous le
d(^vinons, c’est gr.àce à (|uel(piesacerdoce locaUpi’ils exercent
en iinîine temps, ou parce (pie tels et tels villages, qui leur
appartiennent, s'appellent de leurs noms. Les fonctionnaires
des nomes sont envoyés d'un nome à l’autre, et Meten par
exemple, (|ui vivait sons Snofrou, lut successivement no-
inarquo et rég en t de ville dans 10 nomes du Delta et dans le
nord de la llaute-Kgypte. t)n ne prend donc pas égard à l'en­
droit où ils ont des domaines, et cela est en opposition la pins
rnppante avec ce qui se jiasse sous la VI" dynastie et sous
le Moyen Empire, .\ussi, à peu d ’exceptions près, les fonc­
tionnaires ])assent-ils sous silence, dans leurs tombeaux, les
nomes (pi’ils ont a dm inistrés et se contentent-ils d ’un titre
général : « ju g e et nomaixpie Çane:) ». C’est ce cpii expliipie
q u ’ils se fassent tons en terrer dans les nécropoles des rési­
dences royales, et non pas su r le sol (|ui leu r appartient et
où ils ont lenrchAteau. L’Ancien Em pire est donc ém inem ­
m en t une monarchie absolue, d ’une centralisation complète,
telle que peu d’autres Etats l’ont co n n u e ; elle est gouvernée
par un coiqis de fonctionnaires qui relèvent uniquem ent de
la couronne, et dont la seule raison d ’être est d’exercer une
charge puhli([ue, apprise sous la direction de l’Etat.

I.a sn n rre la pins iiiipni'lnnlc qui nous l■(‘|ls(■iu:lK' su r la rarrifrc'cirs


liTAT E T A D M IN IS T R A T IO N SOUS i / a N C IEN E M P IR E — 213

(oncUonnaircs de I’Ancicn Kin|>ircest la biograjihic de Meten, />/)., 1Ï.


3 sq., cf. M .\ s i »i : h o , H liiilea i’v/v/d., II (,/. o s io litiiic , 1 8 9 0 ) ; lluKASTia), .\ n r .
r e r o n h , 1, 170 sq. ; Moukt, H er. 20, 57 s(|. ; nous lirons les au lres rensei-
giienienls des titres ijiie cum ulent les fonctionnaires tlans les diverses
inscriptions. Un ronctionnnire du nom e d'A phroditopolis (22“ nonie<le
Haule-Kgyptc) e t de M em phis: .\e y . h is r lir iflo n t ie s t t r r i. M n s., I, p. 31,
n® 13303. Sur les nom s des nom es dans l’Ancien lim pirc (nom breuses
citations à propos des dom aines, dans les lom beaux de Echouhotep
et de Sabou, et aussi à Tehnc (Ann. du srrv., 111, 75) ; pour le « Fa-
yoiim m éridional » {Se n V ), v. ( j h i f f i t i i ap. D vn i f s , M aslnhns o f P k ih h o le p
a n il M tfie llio le ]), II, p. 25 sq., cf. § 177 n. I.os titre s r p 'li et h e 'fi’o , qui
plus tard servent à d ésigner les jirinccs h éréditaires des nom es, ne
sont sous l’Ancien Em pire que des titres de cour très élevés et qui
ap|iaraissen t dans un fort p e tit nom bre d eeas. notam m ent appliqués
à des princes (cl. § 222 n.). Ce n ’est que vers la fin de la dynastie
que le vizir porte ces litre s rég u lièrem en t; e t avec lui d’au tres,
comme le g ran d -p rètre de Memphis e t plusieurs grands seigneurs.

244. Les revenus du Pharaon consistent soit dans les pro


duits de scs ilomaines, soit dans l(*s redevances eu nature et
les corvées de ses sujets. Il semble (fue, comme auparavant,
on ait fait un « recensem ent » (§ 224) tous les deii.v a n s ;
souvent celui-ci sert à désigner l’année; on dit «< Tannée
apres le prem ier ou le deuxième recen sem ent »,etc. Mais ce
recensement est m aintenant limilé au bétail. La propriété
foncière iTcst donc pins matière imposable, soit qu elle
appartienne au Pharaon liu-m éme,soit que le sol soit devenu
propriété libre entre les mains des propriéta ires fonciers ou
des dieux. Tandis (jue la masse des p ay san s‘étaient des serfs
attacliés à la glèbe, il y avait, à coté d ’eux, cela n e fait
aucun doute, des propriétaires fonciers libres (sero«, §242)
dont le nombre et les possessions ont été en s’accroissant par
les fondations faites par le |)liaraon en faveur de ses fonction­
naires (5;; 245). Néanmoins, la pins grande partie du pays
était, à n ’en pas douter, iloinaîne royal {se). Ces domaines
du roi étaient affermés ; les fermiers sont appelés souvent
dans les textes « chontiou-se du Pharaon », et sont placés
sous le contrôle d ’un haut fonctionnaire. Ils ont à leur ser-
L A N C IE N E M P IR E

vice des serfs disséminés dans d ’innoinbraliles poütes loca­


lités où ils cultivent les champs, et les scribes du pharaon
arrivent pour percevoir une redevance en blé, lin, etc., qui
est calculée (« comptée ») chaque année d ’après la récolte.
Les serfs-paysans doivent en outre une redevance en bétail
(celui-ci appartient soit à eu.\-mêmes, soit au fermier) ; et il
y a aussi un impôt établi s u r les puits des champs et les
arbres, comme il y en a certainement un autre sur le travail
des artisans dans les villes des nomes. En outre, sous l’An­
cien Enqiire, comme à toutes les époques postérieures, on a
sû rem en t prélevé des taxes su r les m archés et par tête d’ha­
bitant, etc. Les représentations dans les tombeaux ne nous
ap prennent presque rien su r l’activité ouvrière dans les
villes, et ce n ’est qu’à jiartir du Moyen Em pire que nous
avons des docum ents su r les recensem ents faits dans les
domiciles particuliers, avec mention du ran g social des indi­
vidus ; si nous ne possédons pas de docum ents analogues
de l’Ancien Empire, c’est la faute du hasard. Enfin les
paysans étaient soumis, outre les redevances, aux services
de corvée ; ils devaient des « heures » pour les grandes
constructions ou autres travaux entrepris par le roi; les fer­
miers étaient encore tenus de fournir des vivres et des soins
aux m essagers du roi, aux gend arm es recrutés parmi les
Nubiens (§254) et de les transp orter par xoie d ’eau ou de
terre. Les femmes et enfants du roi, et les grands seigneurs
ont même le droit de faire venir les paysans d ’autres loca­
lités pour cultiver leurs champs et, au besoin, de les réquisi­
tionner de force, en employant la « presse ». Toutes ces
« h eu res » et « impositions » « qui sont comptées dans la
maison royale » dépendent, dans chaque nome, de quatre
« maisons » (bureaux) que nous pouvons classer ainsi ; le
bureau des scribes (qui prescrit et perçoit les corvées et
impositions) ; le bureau de l’agriculture (qui s’occupe d u tra-
vail rural et de l’élevage du bétail) ; le bureau du sceau (qui
expédie les affaires judiciaires), et le bureau des archives.
É T A T E T A D M IN ISTH A TIO N SOUS L ANC IEN Ë M P IK E — S 2 4 i 215

Au-dessus de ces bureaux, il y a, dans la capitale, une adm i­


nistration centrale, dont dépendent les magasins. Par privi­
lège royal, on peut être exempté des obligations dont nous
venons de parler. Depuis les tem ps anciens, les villes des
nomes sem blent jo u ir d’un certain nom bre de privilèges, et
ce régime spécial ressort îles titres q u ’y portent les fonc­
tionnaires (S 242) ; de.s faveui .s analogues furent par la suite
accordées aux habitants des villes des pyramides, pour les
dédom m ager des charges, telles que fournir d'oitrandes la
tombe du roi, et en tretenir son. culte funéraire. Knfin, ces
privilèges furent étendus à des temples et à leurs prêtres.
Heste à savoir si, jilus tard, ces privilèges ont été toujours
reconnus ou tolérés par les rois successeurs, ou si, par em­
piétement, ils ne sont pas tombés à l’oubli, entraînant
avec eux toutes ces obligations qui avaient été imposées
Il p our l’éternité ». Le roi jouit de bien d ’autres prérogatives :
ainsi, quand nous voyons subsister côte à côte la coudée
ordinaire qui m esure 450 millim ètres et la « coudée royale »
qui est plus g rand e d’un sixième et m esure 525 millimètres,
nous devons penser q u ’il y avait une m esure spéciale em ­
ployée au bénéfice du roi, la plus grande.

.Nos connaissances su r les questions 'traitées ici o nt été beaucoup


augm entées p a r la découverte de l'éd it de Pepi I"' sur les deux villes des
pyram ides de S n o fro u ,d o n t Iîo k c iia k d t , A. / . , 42. t sq., a donné une
excellente édition ; à cet édit, il faut en a jo u te r d’autres, §241 n. Les
r h m iio ù & e so n t des ferm iers, cela est évident e t a été prouvé p a r M o h e t
qui a reconnu,Bec., 29,62sq., que se, dans l’inscription de Meten (A. 1S,
14;C. 4,5 ap . S e t iic ) désigne le dom aine de la couronne, peuplé par les
serfs du roi. W kili., D éc re ts r o y a u x , p. 44, 1, n 'est pas de cet avis, mais
j’estim e q u ’il a to rt. Cf. G i u f u t h , .I.Z .,45,129s.,d’aprèslequefle verbe
« ebontise », sous le .Moyen E m pire, signilie « to live at one’s case »,
» to enjoy oneself », c’est-à-d ire vivre en genlilhom m e. Borner dans le
décret de Pepi d oit se trad u ire to u t sim plem ent par « Égyptien » par
opposition aux o N e h è s io u h o te p », gendarm es Nubiens. Ce décret nous
apprend en même tem ps que les É gyptiens dom iciliés en ces endroits
prenaient p art au culte et recevaient une p a rt des offrandes. Liste
I. ANCIKN F.M PIIli:

(i’un gfrand noml>re d e c o rv é es ilaiis ies d é c re ts li et (t d e I^epi II. a p .


\ V e i i . i ., p . 29. — S u r l a c o u d é e é g y p tie n n e p rim itiv e , V. I . e k s i u s , .t W i .
Ilrrl. \k, ISfi.“); cf. a u ss i (iE u m r r i, I'SUA,, .\IV , 403 ,s<|.

24f). Bien (|ii’ou emploie le cuivre et l’or pour évaluer la


valeur des objets (Sj 22.ô), le commerce ne se fait que par
échanges eu nature, et par conséquent les salaires des fonc­
tionnaires se payent aussi «m nature. S’ils so n tà la cour, ils
« vivent de la table du roi » ; à la campagne, des produits en
nature qui leur sont attribués; le nombre de ceux-ci dépend
de leur grade, et il faut (pie su r ces produits ils e n tretien ­
nent leur maison et leurs serviteurs. Naturellement, les allo­
cations ne suffisent pas aux besoins des hauts fonctionnaires
et favoris, des princes et des femmes préférées du harem ;
et 11 n ’y a qu'un seul moyen de les récom penser ou de les
dédomm ager, c’est de leur d on n er des terres avec des
colons l'et, le cas échéant de leur faire aussi présent d ’un
tombeau'}. C’est là un usage (pii s’est pratiqué sous les Pha­
raon de l’Ancien Empire aussi la r g e m e n t qu'au moyen âge
dans les royaumes romans et germ aniques. 11 semble q u ’en
Egypte la terre soit, ou bien abandonnée par le suzerain
pour devenir la propriété indépendante et libre du bénéfi­
ciaire ; ou bien donnée en fermage héréditaire, auquel cas
elle conserve sa (|ualité de domaine de la couronne. Ees
deux catégories de propriété sont léguées par le possesseur
à ses descendants, le plus souvent après un inventaire q u’il
a dressé à la façon d ’un testam ent {aml-per)\ les femmes
aussi peuvent posséder des terres en pleine propriété et en
disposer librem ent (Inscription de Meten, E 14 sip). Toutes
dispositions prises de cotte sorte reçoivent force de loi par
un décret royal, c’est-à-dire q u ’elles sont en reg istrées dans
un bureau royal, et transformées ainsi en acte d ’administra­
tion officielle. Le fonds en terres comprend toujours le bétail
et les valets, dont on d ressé inventaire. Aleten, qui vivait
.sous le règne de .Snofrou, sc vante d ’avoir construit une
KTAT K r A O M IN ISTIIA TIO N SOUS l ' a N C IE N EMIMHK — ji *245

grande A'illa entourée d ’un étang, de vignobles et jardins


plantés d’arbres, dans les domaines ([u’il avait acquis par
heritage, achat, ou par la faveur du Pharaon. 11 fait entendre
aussi qu ’il a converti en champs cultivés des terrains de pâ­
turage, par exemple, ceux q u ’il a hérités de sou père, etq u 'il
a fondé <le nom breux villages de paysans inouï), ([ui portent
son nom. A douze do ces villages, il im pose des redevances
pour son culte funéraire. I ons les tombeaux nous m ontrent
d ’ailleurs régulièrem ent sur les m u rs des paysans et paysan­
nes en longues (Mes représentant les localités soumises
à une obligation de ce genre : le propriétaire, autorisé
par le roi, a établi <[ue tels villages seront tenus pour to.ut
l’avenir à livrer certaines fournitures à sa « maison d ’éter­
nité », c’est-à-dire à sa tombe ; un grand nombre de serfs, et
souvent même ses descendants jusque dans les générations
les plus lointaines, sont constitués pour être les serviteurs
deson ka («lim-lîa ») ; en récom pense de quoi ils recevront
su r la fondation funéraire des allocations déterminées. 11
arrive fré<|uemment que les villages |)ortent le nom du roi
(|ui en a fait donation à son fonctionnaire. A l’origine, ils
sont disséminés à travers tous les nomes d'Egypte ; tel est
le cas pour Meten ; mais, par d egrés, la propriété foncière
semble s’agglom érer en un domaine cohérent par suite d ’h é -,
litage, achat ou échanges, l.es terres concédées par le roi '
semblent être exemptées de l'impôt ou du moins d ’un
grand nombre de charges; mais dans celles-là mêm es qui
ont gardé le caractère de domaine royal, il arrive, q u ’au cours
des générations, les redevances à payer au fisc tom bent en
désuétude. C’est ainsi que les fonctionnaires de l’Ancien
Empire se sont transformés en grands propriéta ires fonciers
et (|ue leurs descendants, occupant désormais une situation
personnelle et non plus liée exclusivem ent à la faveur du
Pharaon, exigent d ’être traités avec égards. Dés la fin de la
IV” dynastie, nous trouvons déjà un nombre respectable de
grands seigneurs, enterrés à Gizeh ou Sakkara, i|ui possé-
218 L A N C IE N E M P IR E

d aientde grands domaines, el jouissaient d ’une grande con ­


sidération auprès du roi, sans avoir rempli aucune fonction
dans l’État l,eurs titres ne corresp o n den t h aucun service
déterminé ; ils se disent par exemple : « ami intime du Pha­
raon, conseiller privé et fonctionnaire du palais»; en même
temps, ils ont un sacerdoce auprès de la pyramide du roi.
Us occupent un grade dans la hiérarchie de la cour et reçoi­
vent de la cour de grands revenus, de même (|ue , dans les
monarchies absolues des temps m odernes, certains grands
seig neurs reçoivent des pensions, bien q u ’ils n ’aient à s’ac­
q u itter que d’un service de cour. Inversement, le domaine
de la couronne qui primitivement embrassait la plus grande
partie de l’Egypte i peut-être l’Égypte tout entière, à l'excep­
tion des domaines des temples) va toujours s’amoindrissant;
c’est la raison principale qui nous explique pourquoi après
Ilouni, Snofrou, Cheops et C hephren, aucune tombe royale
n'a pu atteindre les anciennes dim ensions. L’évolution se
poursuit régulièrem ent, vers un nouvel état de. choses, et
nous allons en voir tout de suite les conséquences déci­
sives.

lîouciiAiu>T a examiné dans /Eijyptiacu les fragm enls d'nn livre de


com ptes ayant trait à l’adm inistration agricole, à la cour d’Asosi; . \ a -
vii.T.E a en sa possession des com ptes analogues, d a ta n t de Nefcrer-
kerè*. Cf. po u r le .Moyen Empire,'Iîoin.n\RUT, À. Z.,28, G”i sq. ;37,8i)sq. i-tO.
lIS sq . Les pro p riétés foncières de Echouthotcp.'qiii était vizir d ’Asosi
et fils du célèbre P lahhotep, sont situées dans les trois nom es les plus
au nord de la H aute-Égypte et dans cinq nom es du Delta ( G i i i f f i t i i ,
ap. Mastabas of Plahhotep and Akhethotep //, p. 25 sq.); une des te r ­
res provient déjà de 'TelefnV, d ’au tres terres, des prem iers rois de
la V' dynastie, mais le plus g ran d nom bre, de beaucoup, provient
d’Asosi. — lie n est de même p o u r S a b o u , M a i u k t t k , ,1/nsl.,.S 8 3 ; d k 1î o c c . k ,
laser, hier. 93. Dans les énum érai ions du bétail, nous rem arquons 1rs exa­
g ératio n s usuelles, to u jo u rs énorm es.

246. S ur ces g ran ds domaines des seig neu rs, comme su


le domaine royal, nous trouvons que l’activité agricole i'qiii
É T A T E T A U M IM S T R A T IO N SOUS l ’a N C IE N E M P IR E — S 247

embrasse aussi la construction des barques pour la naviga­


tion su r le Nil et le transp o rt des marchandises) s'accom­
pagne d ’une industrie laborieuse, qui a dû faire une forte
concurrence aux artisans des villes. Dans le tombeau du
grand propriétaire foncier Ti (milieu de la V dynastie) à
Sakkara, nous voyons su r les murs des tableaux re p ré se n ­
tant des m enuisiers, corroyeurs, tailleurs de pierres, ou­
vriers façonnant des vases de pierre ; dans d ’autres tombeaux,
iio\is voyons des fondeurs de cuivre, des hommes qui fabri­
quent des cylindres àsceaux,etc., et on nous p e in t.c n outi’c,
des scènes du marché, des achats et ventes de marcbau-
(lises; on nous montre des sculpteurs modelant les statues
du propriétaire de la tombe, et les reliefs sur les murs. Ces
artistes étaient certainem ent des hommes libres q u ’on fai­
sait travailler moyennant salaire. Pour ces diverses branches
du travail les grands domaines ont leurs bureaux privés, avec
un grand nom bre de surveillants et de scribes. A la cour du
pharaon, toute cette administration est encore bien plus
vaste et compliquée. Ici, les directeurs des divers services
sont eux-m êmes des seig neu rs d ’im portance; par exemple,
nous avons le directeu r des p réparateurs d ’onguents, ou des
travailleurs su r cuir, le perrinpiier en chef, le directeur du
chant et le maître de chapelle; en outre, les médecins p e r ­
sonnels du roi, etc., même le nain de cour, tous reçoivent
des honneurs du roi et parfois des dons en terres et la con­
cession d'un mastaba.
247. Ces fonctionnaires de l’Ancien Em pire com prenne
encore les prêtres attachés par carrière aux grands tem ples
et qui se dis tinguent de la foule des « Purs » (S 189) qui
]irennent part au culte. Les rois de l’Ancien Empire ont con­
struit un grand nombre de teiii|)les dont malheureusement
presque rien ne nous est parvenu ; le domaine des temples
n ’a cessé depuis lors de s’accroitre par des fondations en’
terres et colons, et par des riches présents (par exemple, on
attribue au temple des rations d ’offrandes déterminées, qui
L A N C IE N EMIMIIE

sont ensuite partagées selon leur rang aux ayanis-ilroit .


(je liien des temples est exempté des corvées et redevances ;
en revanclie, le g rand -prêtre est tenu de lever des troupes
en temps de gu erre et de maiclier à leur tète, tout comme
les « nomar(|nes et cliefs des villes ». 11 était donc d ’un
extrême intérêt pour l’Iitat de tenir en main le bien des
temples. Aussi trouvons-nous toujours, du moins sous la
IV" dynastie, des princes royaux institués gran d s-p rêtres
des sanctuaires les plus riches et les pins im portants ; celui
d’Atoum-lUVà Héliopolis, de Thoiit à llermopolis, de «Pttdi,
au sud de son m u r ». c’est-à-dire à .Memphis. Dans la p lu ­
part dos cas, ce titre se combine avec une haute fonction
officielle, comme celle de vizir et de chancelier; sauf cette
exception, les fonctions ])uhli<|ueset les fonctions de prêtres
sont très ueltemciit séparées sous l’Ancien Einpii e (si nous
voyons [larfois q ueh |u es s eig neu rs présidt'r à un culte local
sans importance, et leurs femmes porter rég u lièrem en t le
ti tr e d e prêtresses d’Ilalhôr e t d e Neit,cela est un fait négli­
geable par rapport à rc usem ble). Nous constatons même que
les titres de cour i|u’on donne aux fonctionnaires d ’Ktat ne
sont pas donnés aux p r ê t r e s .— Parmi les trois grands dieux
dont nous venons de parler, Ptah doit son importance unique­
m ent à deux circonstances: il est le dieu de la capitale, et il
comprend dans ses domaines les carrières de pierre de l'i’oja
pnontagne du Mokattam près du Caire); de même celles de
Syène ont été ilonnées en p résen t p ar Zoser à Chnouinou
d’Iiléphantinc (^230) ; colles de W adi Hamniam:U dans le d é­
sert, su rla route de Koptos à la m e r lloiige, que l’on exploite
depuis la lin de la V" dynastie, appartiennent à Minou de
Koptos. Pour les pyramides et les mastabas, toutes les
pierres sont donc fournies jiar le grand-prètro de Ptah ; elles
sont extraites et taillées par les ouvriers attachés à sou
temple. 11 se forme ainsi dans le temple de Ptah, à Mem|)his,
une école d ’art qui est la plus im portante de l’Kgypte, le
centre où les arts plastiques ont reçu tout leur développe-
É TA T E T A D M IM ST H A T IO N SOUS l ' a N C IE N E M P IR E — ÿ 248 221

nient, et dont rin d u en ce est restée directrice dans la suite


des temps. Aussi Ptal.i passe-t-il pour ètie le dieu des arts
(grec; Hepliaestosi — plus tard les théologiens ont fait de lui
le dieu i|iii a créé et façonné le inonde Si 272 — et son
grand-jirètre porte un titre ipii est significatif: « le grand
directeur des artisans de la pierre n.
248. Malgré son caractère absolu, le gouvenieinent d
pharaon et de ses fonctionnaires est ein[ireinl d ’une liien-
veillaiicc patriarcale. Certes, lorsipie les n maires de
villages comparaissent pour ren d re les comptes » dans le
bureau des scribes du seigneur, l’e-xplication ne se passe
jamais sans coups de bâton, coutume cpii se continue de notfe
tem ps lorsqu’il s’agit de percevoir l’impôt ; de même, dans
les audiences du tribiiiiiil, on a recours régulièrem ent à ce
moyeu, qui réussit toujours. Néanmoins, un sentiu ieiitd’hii-
maiiité im prègne, sous l’Aiicien Empire, toute la vie de la
société ; une aspiration domine tous les es|irits, c’est de
jouir agréablem ent de, l ’existence ; il s ’ensuit que chacun
cherche à traiter les auti'cs, selon leu r position, avec justice,
et il les aimer, à les récompenser, plutôt q u ’à les châtier.
Souligner âprein en tla puissance sans bornes du l’haraon, et
le contentem ent déréglé de tous ses caprices |!(2I9), c’est le
fait d ’uii passé déjà ancien, (|ui ne se survit plus que dans
les textes magiques. A la vérité, on ne peut approcher du roi
ipie commeoii approche d ’un dieu, mais lesdieiix eux-mêmes
sont devenus cléments, et les inscriptions des tombeaux ne
sc ia sse n t pas de rcpétercom hicii le roi est rempli de mansué­
tude envers scs serviteurs, comme il les loue, les aime, les
comble de dons. A p artir du milieu de la IV" dynastie, les in ­
scriptions funéraires deviennent plus lo(|uaces; le défunt
se vante qu’il n ’a jamais fait de mal à personne, q u ’il n ’a
dérobé à autrui ni ses biens ni ses gens, q u ’il n ’a pas abusé
de son autorité et q u’il a toujours agi avec ju stice; l’amour
conjugal, la piété filiale sont des sentim ents souvent expri­
més. .Si cette apologie de soi-iiiême a peu de valeur quand
L A N C IE N E M P IR E

nous voulons apprécier les individus, elle montre du moins


ce que l’opinion attendait d ’un fonctionnaire ou d ’un proprié­
taire, et quelle conduite celui-ci devait ten ir pour mériter
une vieillesse heureuse, de bonnes funérailles, une épreuve
favorable au jo u r du ju g em en t (|j2iit)) et une vie bien heu­
reuse dans l’au-delà. P ou r le reste, si l’on voulait faire son
chemin dans la vie et réussir, il fallait observer avec soin
les préceptes du savoir-faire, et se comporter dans scs fonc­
tions avec tact et délicatesse, ainsi que dans les rapports
avec les su périeu rs et les égau.v : nous avons des recueilsde
maximes dans ce genre qui furent rédigées vers le comm en­
cement du Moyen Em pire (papyrus P u is s e ) , mais on les met
dans la bouche lies vieux vi/irs de la 1V° et de la V" dynas­
ties (Kageiiini, Ptal.ihotep) que la tradition rep résente comme
les « sages » de l’antiquité.

Ail V° di/nasiie cl le ciillc du soleil.

24‘J. La IV'*' dynastie est gouvernée par une seule idée,


celle du Pharaon. La civilisation de cette époijne tourne ses
regards uniq uem ent vers les jouissances matérielles de cette
vie terrestre qu ’ello cherche à p ro lo n g er pendant toute
l’éternité; c’est mal la jug er que de vouloir trouver dans
son culte des morts des idées transcendantes, ou même des
aspirations à une existence meilleure et plus haute.
Mais en Egypte, comme ailleurs, la théorie n ’a pas été
d ’accord avec la réalité des faits. Le Pharaon n’est pas un
dieu sur terre, c’est un homme, qui partage toutes les fai­
blesses de l’humanité. Sans doute Snofrou et Cheops furent-
ils dos personnalités énergiques, à la volonté tenace, mais
les défaillances de leurs successeurs d u ren t paraître d ’a u ­
tant plus sensibles que leu r pouvoir était illimité. En théorie,
les intérêts des sujets se dissolvent et ilisparaissent devant
la volonté du pharaon; en réalité, nous ne cessons pas de
L\ V" D Y N A STIE E T L E C U L T E DU S O L E IL S 24'J

les discerner, et leur poids devient plus lourd à m esure que


le fonctionnarisme se développe dans l’Élat et que le fonc­
tionnaire se dégage de sa condition subordonnée pour ac­
qu érir une existence indépendante. Nous avons vu déjà q u ’à
la On de la IV' dynastie s ’élèvent des troubles graves et des
rivalités dynastiques (§ 235); les causes qui ainenèrcnt cette
décadence, nous pouvons peut-être les deviner, mais non
pas les dém ontrer, parce q u’à la lumière de nos documents
insuffisants, nous ne voyons q u ’un cêté des événements.
Après le règne éphémère de Thamphthis, le successeur de
Sepseskaf, c’est une nouvelle génération qui arrive sur le
trône, la V“ dynastie; d ’après .Manéthon. elle est originaire
d ’É léphantine; une légende, (|ue nous a conservée le papy­
rus V V e s t c a i i , la tait so rtir au contaire de Sachbou, dans le
nome de Letopolis (au-dessous de Memphis). Hile conimence
par trois souverains : Ouserkal ^qui régna 7 ans), Sahourê'
(12 ans) et Kakai (qui régna au moins 10 ans). La légende
citée plus haut, dont la rédaction date de la fin du Moyen
Kiupirc, raconte que c’étaient trois frères juineau.x, i|ue le
dieu Piê' avait eng end rés de la femme de son p rêtre OusernV
à Sachbou ; et qui devaient monter l’un après l’autre su r le
trône. Mais ceci n ’est q u ’une table; peut-être, en réalité,
n ’étaient-ils pas même frères. 11 est probable q u ’ils ont
renversé en comniun la vieille dynastie et se sont assuré
réciproquem ent la succession au trône. C’est Kakai qui serait
donc le vrai père de la dynastie nouvelle ; aussi le papyrus
de T urin, dilférant ici de Manéthon, place-t-il la coupure de
la dynastie à Kakai. Celui-ci est, en même temps, le prem ier
des pharaons qui, (mtre son nom d ’Horus, a pris à son cou­
ronnem ent un autre nom royal : N efererkerê'. A près lui se
placent deux règnes courts, puis le long règ n e de Newe-
s errê' lui. Ce d e rn ie r resta 30 ans s u r le trône, de sorte
que, après une longue interruption, la fête Set put enfin
être célébrée de nouveau. Son successeur est Menkeouhor
qui règne 8 ans; après, viennent encore deu.x longs règnes :
224 L ANC IEN EMÎ*IIU-:

celui de Tetkcrô' Asosi 28 ails') et celui d ’Ounas (30a ns'. La


d urée totale de la dynastie comporte assez exactement
I 40 ans, environ do 2080 à 25'i0 avant Jésus-Christ.

Ilu m v n : Ui<> Miirrhen ih's Wt-slair (Millcil. ans (Icnorioiit. Samml.


(les Uorl.Mus., V, 1890 ; tra d u it ('gaiem ent ap. : \iis dcn Pupyrus dev Ao-
nUj\. Muai’t'ii); M a s i -k h o , Co«/r.s pop(tlfiurs,‘'2{ s ( j. — Di/ci'ets royaux:
n. — Los prem iers ro iso n i co n struit leurs pyram ides près d’Abou-
sir, et trois de ces pyram ides,avec leu r tem ple fuiu'rairo (*l li*ur p o rti­
que, o n t été déblayées, sons la direction do B o i i c m a u u t , par la Deutsche
Orienlgesellschal'l, et publiées par ItoiuaiAimT : Grahdt'iihuud dea Aonô/.s-
Xr user-rè', 1907; Grahdnili. K. \ i ‘fen’rkrn’\ 1909;C i r a / « L desk. Sithurè',
vol. I, 1910. ; II, 1919. Le ioin|)Io de S ahoiirê' a été term iné encore sous
son règne ; N clerorkeré',au co n traire, léajni achever ses constructions
e ts o n succosssiir les a finies tan t bien cpic mal, en briijucs, L<“s villes
des pyram ides et les tn n p lo s solaires étaien t situés en général un pou
au nord d«‘ la pyram ide; jilus tard les derniers rois de la dynastie ont
construit leurs pyram ides plus an sud, vers Sakkara. ( \ . Mujkh dans
V lll, 69sq.. prétend (pie su r la pierre de Ihilerino on a o.ssnyé de
g ratter à dessein l(‘s annales de S ahoiiré' et de Xeft'rerkcn'* ; cela (‘sl
im possible à ad m etlre; l’usure d(î la pierre est un fait accidentel, résul­
tan t pcul-i'lrc de ce q u ’on l’employa com m e seuil de porte, ou aiitn*
chosi* sem blable.) La fête Sel fut célébrée égalem ent par Asosi ( S f.t i i i ;,
Urk. des t . / i . i l ne s’en su it pas <pfil ait vraiiiieiil régné 90 ans.
P our la suite des rois, v. le//. Glinutol., US s«p {/nul. p, 202) Une c(u*ti-
tude absolue m anipie p o u r le i ’' et t)*' rois. J ’ai voulu rapproeber le roi
Akeouhorde C ba'neferré', m ais Houc.iivhdt, i . / . , i 2 . 9 , vient de l'ideii-
lifier avec M enkeoubor, cor b*s pyram ides de tous «leux po rten t b*
ni(*Mne nom. Le nom royal Asi, qui se présente nbsolm iietit isolé
(S e n U K K , P r ie s le n jr iih e r , p. 11; B o u c u a u d t . .V /'//.srm '', p, 72), e s lp e ill-
êtr(‘ le nom personnel de O userkaf ou de Saboim“''. S ur ini sceau d(‘ la
lin de celte d ynastie ( Berlin, n“ 20981), on trouve le nom Ouser-nettn*.
— Les chiffres de règnes nous ont été presque tous conservés par le
papyrus de T urin, niais de tous les nom s des rois il ii’eii subsiste (jue
trois.

25U. Eu a[)pareiice, la nouvelle dynastie continue les tra ­


ditions de ses prédécesseurs, cclèlnc le culte funéraire des
anciens rois et, à leur exemple, liûtit des pyramides. Mais
une évolution d ’autant plus significative s’accomplit dans le
LISTE DLS MOIS DE LA V DYNASTIE

LISTES EGYPTIENNES MANETIION


ET .MONUMENTS v” DYNASTIE, 8 (sir) ROIS Il’ÉLÉPIIANTINE

1. Ousei'kaf S. A.. . 7 ans . . . . I. Ou'Tesyssr.ç 28 ans


2. Sahou rè'. 12 ans . . . . *2. l.i »
,L N efererkerô'Kakai
X (plus de 10 ans). 3. X s ^ e p /e p r.; 20 >'
h. Nefeifrè'.V.Sepses-
kerc' S. . . . 7 ans...................... ,^l. Xtoor.c 17 »
X (environ 4 ans). 5 . X epr,; 20 «
plus de 80 ans 0. "Pa6ot>py,ç 44 »
7. ^fenkeouhor S.
(Akeoul.ior) . SS aannss ...................... 7 . ^Í£vy£p1'; 0 »
S. Tetkerô' Asosi I
28 ans . . . . S . Tavyfipy,; 44 »
.80 ans . . . . i). ”0770? .88 »

l'otal, environ 140 ans Total . . 248 ans

(liCs chiffres partiels donnent 218 ans.^


L A N C IE N E M P IR E

domaine religieux. Nous avons vu que le dieu du soleil, Hê'


qui gouverne le inonde, n'a j u s q u ’ici joui d’aucun culte en
Hgypte, sauf quand on l’assiiuile au dieu Aloumou d'Ilélio-
polis. Or ri'lgypteesl devenue luainlcnanl une grande nation
civilisée, qui se croit le centre de l’univers et au reg ard de
qui les auti'cs peuples u ’out aucune iiuportauce. La seule
t!iche de Hê', gouvcruetir du inonde, est donc de s’occuper
de l’ligypte et de son pharaon; comme autrefois lloriis, qui
commence à pâlir devant lui, Hè' devient le dieu de l’em ­
pire, dieu national élevé au-dessus des divinités locales,
comme le roi s’élève au-dessus des fonctionnaires dans les
nomes, l ’n d(>voir nouveau s ’impose au l'oi et ,à son peuple :
être reconnaissant à Hè' et le lui tém oigner par des temples,
et des sacrilices. Oiiscrkaf donne l ’exemple, et ses succes­
seu rs le suivent. Lnsnite, Kakai fait une autre innovation
dont nous avons déjà pailé; il ajoute à sou nom royal un
nom N efererkerc', choisi de façon q u e ce nom attribue au
roi, parmi les qualités de Hè', celle de la « beauté du
Ka de Hè' ». C’est ce nom qui est employé presque excliisi-
veineut dans scs inscriptions; tous ses successeurs agissent
de même, pres(|ue sans excejition. Dès la IV" dynastie, mais
dans des cas tout à fait isidés, on appelle le pharaon « fils de
Hê'i>; celte di'sigualion devient plus fréquente sous la V" et
la VI” dynasties; mais c’est seulem ent sous le Moyen Km-
pire, depuis la dynastie héracléopolitaine et la XI"dynastie,
q u’elle a pénétré jiar d eg rés dans le protocole royal. A vrai
dire, lors(|ue N eweserrè' dédie son temple à Hè', l’inscrip­
tion ne spécilie pas que le dieu soleil est son père, comme
les pharaons, plus tard, ne manqueraient pas de. le dire;
mais puisque tout |iharaon, dès q u ’il arrive su r le trône, e n ­
trep rend aussitôt de construire un nouveau sanctuaire an
soleil, c’est qu ’il se considère bien comme lié à Hè' par des
rapports tout personnels. La religion est envisagé-e, sous la
nouvelle dynastie, à un ])oint de vue tout dilFérent île celui
d’autrefois : veiller su r elle est m aintenant le devoir su-
LA V® D Y N A ST IE ET L E C U L T E DU S O L E IL — 23 0 227

|)i*ome (lu roi. Un decret de Nefererkerci', conservé à Aby-


dos, et qui s’appliijue à tout le royaume, in terd it de lever
nucuiie corvée su r les p rêtres ou les serfs dos temples, et
de les oriacher aux domaines où ils sont attachés. Le récit
du papyrus ^VESTCAl{ a beau être une légende; s ’il fait naître
les trois prem iers rois de la V" dynastie d e l à femme d'un
prêtre de U é \ si Rê' lui-mcinc les a engendrés « afin q u ’ils
exercent la royauté s u r l’Égypte, coiislruisent des leinples
aux dieux, alimentent leurs autels, rendent prospère la table
d’ofiVandos où boivent les dieux *et leu r fassent de riches
fondations ( 1 ) », cette légende contient un fond de vérité
parfaitement liistorique. Peut-être même devons-nous ac­
cepter comme véridique une autre donnée du papyrus, c’est
q u ’Ouserkaf fut, avant do devenir roi, grand-prêtre à Hé-
liopolis. Lu fait, c’est ilaiis cette ville que le nouveau culte
s’est formé, c’est d ’elle q u ’il aura pris son essor, comme du
foyer de la vie religieuse en l^g}q>tc.

La (iéslgnatioîi u fils de Itê' » se trouve dtîjà s u r un sceau de Myko-


rinos (X iiw m aïU Y , Sennibs, j)l. V , 3) et môme auparavant su r quelques
statues (le Cliepliren, n c(*)lé des inenlions : « le grand dieu >►et « le bon
Korus» (noiu'.uMU)T, Kalaluf/, n®* 13, 47); sous la V® dynastie, nous la
i*(‘ncontrons à W adi Mngliara, appll(]uêc à XeweseiTê' e t à T elken'',
11,452 a, 39 d, mais nulle p art celte désignation ne constitue un
titre distinct, elle s’ajo u te an contraii-c après le nom du couronnem ent
ou le nom d ’H o n is; enfin, elle est appliquc'^c à O iinnsdans son temple
fuiKTaire, A nn . fin arrv . , H, 25, et à Pepi P ^ A/>., Il, 115e. PonrTeM ,
celte appcllal ion « fils de Hé' » se trouve incluse dans le cartouche royal
[mais non pas aux textes de sa pyramide.]; elle apparaît dans h u arlo n ch e
une fois | ) O u r Pej)i l " (S ktui:, Urk. fies t./L ,p . 97) et pourP epi 11 (ibitl.,
lli) , (*tde ini'ine encore sous la XI® dynastie. Le premi(*r cas, excej)-
lioii faite du cartouclie royal, où elle précède le nom du roi est*celui
d'A clitocs. — C’est S k tim ; <pii a r e c o n n u , / i . 27, 1889, 141 sq., que les

(1) Ce sont là les phrases stéréotypées qui, à répo(|uc suivante, définissciU


les devoirs de tout Pharaon reconnu légitime. Notons aussi que le papyrus
dit des trois enfants qu'ils portent la coiffure royale bariolée, et qu'ils nais­
sent .avec des membres dorés : c’est dire qu’on se les représente tels que
les statues rovales.
L A N C IE N E M P IR E

temples solaires appartenahMil à la V® dynastie; H en a <lressé une


liste qui a été confirmée par les dates retrouvées sur la pierre de Pa­
lermo. Voici celte liste avec les noms des temples :
1" Ouserkaf : Sop-ré‘.
2®Sahoiiré* : Socl»et-i*é'.
3®Nefererkerô'-Kakai ; Ast-jeb-rê'.
4® Neferfrê’ ou Cha'neferô': Hotep-rè'.
'L’un décos deux rois au court règne n’a construit aucun sanctuaire.
Puisque Ti remplissait une fonction dans un sanctuaire Hotep-rê‘ (De
T\ol'(; i-:, VI Pr. dyit., 9.*>), c'est (|iril était plus ancien que .Veweserré'.)
5®.Neweserrè' Ini: Sespou-jeh-rè'.
6®Menkeouhor : Echoul-rè'.
Asosi et Ounas n’ont pas construit de sanctuaire du soleil.Quoiqu’il
soit toujours imprudent de tirer,un argunK^nlimi a sHenfio, le seul fait
que le culte de Uè' ne se manifeste jamais avant la V® dynastie (pas
môme dans les textes des pyramides) doit suffire pour démontrer que
ce culte n’existait pas auparavant. C’est en partant de cette idée qu’on
appréciera à sa valeur le papyrus W k s t c \ u . — En exhumant le temple
solaire de Neweserrè* (qu’on aiTpelait jadis la pyramide de Riga on
d’Abou-Gourab, au nord d’Abousir), V on Bissix(;,RoHcu\in»r et S c u a i :-
FKK nous ont fait connaître le plan et le caractère «le ces édifices;
V. les comptes rendus détaillés ap. A . / . , 37, 38, 39 ; Mill, tier Deiilschni
Orientges, n® 10, et H o u c u x h d t , lielifUiylinn des \eit}oserre\ Rd. i, 190I>.
Restes du temple solaire d'Ousorkaf, ap. B o u c i h u h t , GrnUdonU. des
Snliure', I, 149 s. Cf. la description donnée par Pi'aiiclii du sanctuaire
du soleil situé sur le rebord du plateau désertique, à Héliopolis, (‘t
celle du temple voisin, avec obélisque et barques sola ires du matin et du
soir (ligne 102 sq.). Dans les inscriptions, la construction en forme de
dé qui sert de déterminatif au nom du temple, est tantôt surmontée
d’un obélisque, tantôt ne l'est pas, quoiqu'il s'agisse toujours du
même sanctuaire ; ces variantes semblent n’avoir aucune importance.
Les noms de Sochetrê* et de Hotoprè* dans le tombeau de Ti ( D k R o lo i';,
VI pr. dyn., 94 sq.) sont en outre déterminés par le signe de la ville : la
ville royale était donc située au pied du temple solaire, comme nous
en avons la preuve pour Neweserrô*.

251. Comme les pyramides, les temples de lié* de la V®


dynastie s’élèvent su r le bord du plateau désertique occi­
dental, derrière les villes royales dans la région de Mem­
phis. La disposition de l’ensemble rappelle le plan adopté
L \ V ' DYN ASTIE E T L E C U L T E DU S O L E IL -- §251 329

pour le temple funéraire. De la résidence royale part une


rampe, terminée à ses deux extrémités par des portiques, et
qui nous conduit au tem ple p ro prem en t dit, construit sur
une grande éminence, dont le sol aplani est soutenu par des
terrassem ents et des remblais. Dans une grande cour s’élève,
su r un socle en forme de dé, un puissant obélisque d ’e n v i­
ron 60 mètres de hauteur, en blocs de calcaire superposés;
par-devant, se dresse un grand autel d ’albâtre, isolé; s u r les
côtés, l’oinplacement de la cour qui servait d ’abattoir et les
magasins du temple. Ce sanctuaire est d ’un type qui diffère
de tous les autres; il ne renferme aucune statue divine, il
n ’a par conséquent ni naos, ni temple. Car le dieu q u ’on y
adore n ’a point sa résidence su r te r re ; n ’ayant élu d o­
micile ni dans un animal ni dans une statue, il resplendit
au ciel, tous les jo urs, de toute sa gloire. L’obélisque, qui a
probablement pour origine une pierre levée, n’e s t q u ’un sym­
bole ancien de ce culte solaire. Du sanctuaire dépendent
les deux barques solaires su r lesquelles le dieu navigue au
ciel; on a déblayé près de l’édifice le soubassem ent en
maçonnerie de l’une d ’elles. La ranqie qui part de la ville
est un chemin couvert aboutissant au sommet du socle cubi­
que. C’est là que le Pharaon, débouchant de l’obscurité à la
lumière du jour, salue dès l’aube le dieu qui se lève à l’orient,
tandis que devant lui on apporte l’offrande sur l’autel. Dans
le sanctuaire de Newoserrê', les m u rs du couloir et une
chambre annexe sont décorés de reliefs d ’une finesse extra­
ordinaire; ils représentent soit les cérém onies de la fon­
dation du temple et de la fête Set — à l’occasion do laquelle
l’ancien sanctuaire, construit en briques semble-t-il, a été
réédilié — soit l’activité créatrice du dieu Soleil su r la terre,
soit la vie de la végétation et du inonde animal au cours des
trois saisons. Ce sanctuaire du soleil est ilonc la réalisation
architecturale d’une grande conception religieuse; sans
doute celle-ci emprunte-t-elle pour s ’exprimer des élém ents
anciens ; les portiques et le couloir couvert sont les mêmes
I, A N C IE N E M P IR E

que ceux <|iii nienaieiil aux lempies fun éiaires des p3’ia-
mldes; les talilcaux des saisons se rapprochent élroileiiieiit
de scènes analofçues su r les nuirs des inaslabas; — elle n ’en
est pas moins une conception géniale, et, p ar la maîtrise de
l'exécution, cet édifice ne trouve g n ère son pareil parmi les
édifices religieux de tons les temps.
252. Si l’on s'en tient ,à t’as|>ect extérieur, ce culte de lié',
introduit par la V" dynastie, ne fait q u’ajouter un dieu nou­
veau aux dieux anciens. Le culte de ceux-ci n ’est pas célé­
bré avec moins de /èlc de la part des rois, qui no font pas
moins de fondations en oITrandes et en terres jiour eux que
pour le dieu du nouveau sanctuaire ; on adorei'a en outre,
dans le sanctuaire de Itê', un sosie qui s ’est plus tard
confondu avec lui, le dieu do la lu m ière « lloriis de
l’ilori/.on » et la déesse du ciel, IJatl.iôr. C’est par là d ’ail­
leurs que ce culte se d istingue essentiellem ent d ’un autre
culte solaire, celui c|u’Ecbenaton fondera plus lard. Néan­
moins, il faut bien reconnaître dans la forme même du culte
de lié' quelque chose qui le différencie profondém ent du
culte des autres dieux. Avec lui, un élém ent surnalnrel, une
conception su p érieure de la divinité se font jo u r dans la vio
des Lgvptiens et, en même tem ps, cette idée de royauté
divine <|ui s’élait imjiosée sous la 1\^'’ dynastie d ’une façon
e.xclusivo, trouve un contrepoids. Si le devoir du Pharaon,
dès son avènement, est de se construire un tombeau g ig an ­
tesque, une au tre obligation, non moins im périeuse, non
moins onéreuse, s'impose en même te m p s ; c’est de consa­
c re r au culte du dieu Soleil un nouveau sanctuaire. L’effet
de cette idée nouvelle se constate quand des les deux d e r­
n iers rois de la dynastie on a renoncé à construire pour
Itô' de nouveaux temples. Depuis lors le culte de lié' pâlit,
semble-t-il, devant l’adoration des dieux locaux, bien plus
profondément enracinés dans la conscience populaire ; en
réalité, ceux-ci mêmes subissent rin fln en ce et la domina-
de fîè', comme les avait subies autrefois le cu lte de
R E L A T IO N S E X T É R IE U R E S D E L A N C IE N E M P IR E — S 253 231

l’Alouiiiou de llélio|)olis. l’our les ihéologleiis et les gens


cultivés, les divinités locales ne g ard ent quelque prestige
qu’en tant que manifestations do lîè' ; quant aux déesses, elles
deviennent des déesses du ciel, des mères du soleil (§ 272).
L’iilée (le royauté a partagé le iiu'me sort : si le Pharaon est
regardé comme le fils du souverain de ruiiivers 25Ui,
d ’nn côté son prestige s ’en trouve accru, mais, d’un autre
côté, sa personnalité sc trouve suhordonnée à une idée reli­
gieuse encore plus élevée. L’attitude du roi envers son père
lié' n’est plus celle qui dérive do droits égaux, celle q u ’oc­
cupait autrefois parmi les dieux l'Ilorus vivant qui était sur
le trône; le pharaon se déclare au contraire le fils obéissant
de lie', qui exécute sa volonté. C’est pourquoi, par la suite,
on ne dit plus de lui q u ’il est un « dieu grand » comme sous
l’Ancien limpirc (§ 23Gj ; on ne l’appelle plus que le « dieu
hou ».

Helalions exlérieures de l'Ancien Umpire.

2õ.'i. D’une façon générale, il semble (|ue les trois siècles


de l’Ancien Empire aient été une |iériode de paix. Certes,
il fallut combattre à l’occasion contre les Barbares qui e n ­
touraient l’Egyqite ; aussi dans les temples funéraires, les
sanctuaires de Rê' de la V” dj’iiastie, voit-on des tableaux
stéréotypés, où le roi apparaît sous la ligure d'un sphin.x
te nant sous ses griffes des Asiati<|ues, des Libyens, des
habitants de Pount. Près des mines du VVadi Maghara, dans
le Sinaï,dcs bas-reliefs ru pestres nous décrivent des combats
avec le peuple sémitique de ces contrées, les JlenziDu. Un
autre grand bas-relief dans le temple funéraire de Sahourê'
nous renseigne su r une expédition q u ’il fallut encore une
fois e n tre p re n d re contre les Libyens; un g ran d nombre de
chefs, avec leurs femmes et leurs enfants, furent amenés
captifs en Égypte. La déesse do l’histoire « consigne par
L ANCIEN E J II 'III E

(’’d i t le iioiiiliie (les |)i'isoimicis vivants qui furent rameiuis


(le tous les pays du d ésert » ; dans le déiionibrcinent du b u ­
tin, bœufs, ânes, béliers et brebis, l'exagoration coutumière
aux Egyptiens a fortement grossi les chiffres. Dès le règne
de Siiofrou, les Egyptiens avaient des relations ju s q u ’en
Asie, et, bien auparavant sans doute, ils avaient connu la
Palestine et la côte du Liban 22U-232) et (’’tabli leur s u ­
prém atie su r ces régions. Dans un tombeau de la V“ dynas­
tie, à Desèse, en amont du Eayoum, .Vnti, qui était gouver­
neur du nome de Herakleopolis, nous raconte des combats
en Syrie ; un tableau, dont il ne reste que des débris, nous
m ontre la prise d'une ville qui s ’appelle Neti’a. Les ennemis
ont le type sémitique, ils jiorteut toute la barbe, leur longue
chevelure est nouée, et ils sont vêtus d ’une longue robe ;
comme arm es, ils manient l’arc et la massue. Les Egyptiens
qui combattent devant la ville couvrent les ennem is de
llèches, ou bien les empoignant par la chevelure, leur
coupent la tète avec des haches de g u erre (à lame métallique
courte et semi-arrondie). Ensuite, ils font brèche, avec de
longs épieux pointus, dans le rem part en briques d ’argile,
fortifié par des bastions; puis, ils appliquent des échelles
pour donner l’assaut ; des femmes et des enfants soignent les
blessés et prêtent l'oreille au bruit des Egy'ptiens perçant la
muraille ; le chef, assis su r son trône, s ’arrache les che­
veux en apprenant (|ue les Egyptiens font irruption dans la
ville; plusieurs g u e rrie rs brisent leu r arc en signe de d é­
sespoir. Plus bas, on emm ène les prisonniers, notam ment
les femmes et les enfants pris [icndant le pillage. Pour com ­
pléter ces tableaux, nous avons aujourd'hui les grands bas-
reliefs du temple funéraire de Saljourè'; ils nous font as­
s is te r a l’em barquem ent, dans des navires propres à naviguer
su r m er, d’un corps de troupes qui se rend en Asie, sans
doute su r la côte phénicienne ou celle du Liban. Nous
revoyons ces vaisseaux rem ontant le Nil, lors du retour vic-
toricu.x au pays; leurs équipages saluent le roi en poussant
R E L A T IO N S E X T É R IE U R E S O E l ' a .NCIEN E M P IR E — ^ 254

(les cris de joie el contraignent les chefs scimites, dont le n a ­


vire est rem pli, à se joindre à leurs acclamations. Q uelques
fragments de tableaux nous montrent aussi des ours, rendus
avec un rcialisme parfait; ils ne peuvent provenir que de
contrées asiatiques. Ils sont attachés, peut-être pour être
mis en cage ; à côté d ’eux nous voyons de grandes cruches
d ’argile, d ’aspect étranger. En prcsoiici! de pareils tém oi­
gnages, il n ’y a plus lieu de douter que, dès l’Ancien Em­
pire, la Palestine et la côte de Phénicie ne fussent comme
plus tard dans une sorte de dépendance vis-à-vis de l’Egypte.
Les g u e rre s que nous avons constatées ici se continueront
sous la Vb' dynastie (§ 20ü).
Les pharaons dont le nom est cité à Wadi Magliara sont .Sahourê',
.Xeweserré', Menkeouhor, l'clkerê', Asosi, Pepi P ' et Pepi 11 ; L ü . ,
II, 3!), 11«, 132 a ; S e t iie , Urk. des A . II., 32, 53 sq., 91, 412 ; W e i l i ., lier,
des iiise.du Siiiaiy p , 103 sq. 'tombeau de .Vnti : P e t u ik , O c s /ia s /ie lt, pl.4;
vos IiissiA<;,ltec.,32,46sq.—Guerres de Sahourê' :-Vi/L derO.Orienhjesctt.
n"«! ; liniicu.M tnT Grabdenkmal der Kônkjs Sahure', lîd. II, 1913. — S e t iik ,
A . Z . , 45, 140 el ailleurs) traduit « Phénicien >i le mol /•'/i./ioa parfois
employé dans les textes égyptiens pour désigner les pays barbares
vaincus; mais il est-difficile de lui donner raison: iltoivtxE; et
l'nchoa n’ont d’élément commun entre eux que la présence de l’/i ; du
reste, il est probable que «hoivtxEç est d’origine grecque, l'nrhuu est
une épithète ([ui signifie à peu près ce assujetti, enchaîné ii (c’est l'in­
terprétation adoptée par W.-.M. M c l i .e ii , Asieii imd Hnroiia, 208 s., et
.Ma si ' kuo ; cf. aussi H ai . l , /ire., 34, 35 sq.).

254. Au sud, la Nubie a été partiellem ent soumise, dès


Cha'sechem (§ 214) et Zoser (§ 230), ju s q u ’à la frontière sud
de la üodékaschène, près de Maharraqa ,(Hierasykaminos).
A partir de Snofrou (§ 232), les Egyptiens cherchent à a rr ê ­
ter la pénétration des Nègres, qui sont devenus la popula­
tion prédominante en Basse-Nubie. C’est ce qui explicjue
pourquoi le dieu local des Nubiens, 'fetAven, apparaît si
fréquem m ent dans les textes des pyramides. Il fallut sans
doute e n tre p re n d re des razzias à intervalles rapprochés ;
nous voyons à Eléphantine un m onum ent d ’Ouiias, commé-
L ANCI EN E M I ' i n E

niorant une victoire. Ensuite, sous la VI“ dynastie, la domi-


nation égy|)tienne s’étendra jus(|u’à la deiLvièitie cataracte
iSj 2(i.ô'. l.es ti ibns soninisos, non seulem ent suivent rarin ée
pendant la guei re, mais encore fournissent an roi, quand il
vent en enrôler, soldats et gendarines en gi'and nombre
icf. Îî 274) ; on ap|)clle cenv-ci des « n èg res pacilics », et ils
s’en vont jo u er au maître jtarmi les paysans égyptiens, dans
les villages qui ne sont pas |)rotégés pai <pielqne privilège
particulier. S ur la m er Ronge, le trafic avec Ponnt- jt 229) se
continue, mais il semble avoir le caractère d ’une entreprise
royale, réservée au seul |)haraon. Dans la d ern ière année
la tieizièmc du règne do Sal.iourè', on amène en Egy|)le les
piodnits du |)ays de iMafkat (mines du Sinaï, S; 212) et de
P o n n t; ce sont fÀ.000 arbres à m yrrhe et autres bois d ’essence
rare, ainsi que de l’o r ; dans le tem ple fun éraiie, nous
voyons les dieu.x qui ainonent des prisonniers de Libye et
d ’Asie à Sal.iourè', et aussi un grand nombre d ’habitants de
Ponnt. Dans un document de Popi II 200), nous lisons que
sous Asosi « le chancelier du dieu » 241'' ramena de
Ponnt en Egypte un nain itancfjj tiu’on employait pour exé­
cuter des danses i-eligieuses.
■Sur les .Nègres, v. notanniicnt le décret de Pepi I““, § *24t ii., puis l'in­
scription d'Oiiiia, I. I.A sq.,el SiiTui;, lies t.tf.,p , 110 ; voir plus bas
Ounas à Éléphantiue : S k'im i ;, /. r . , 60 ( P e t io i :, S r it s u n , f-i, .012).
Sahouré': pierre de Païenne, verso, I. 4; .tsosi ; inscri|ition de l.lri-
clionf (§ 265) d, ligne 7 sq. Foiictioniiaircs de .Sid.iourC et d’.Asosi en
Nubie: NVe iu a i .i ., A n liq tà lii'so f pl. 56, 1-3 = î>8, 28-30.

L a civilisation de l'Ancien E m pire. L 'A r l.

25.0. La V“ dynastie rep résen le l’apogée véritable de l’An­


cien Empire. Les bas-reliefs des lombeaux, les sculjitures
dans les tem|)les nous inspirent une admiration, toujours
em preinte d ’une nouvelle surp rise, à la vue de cette civili-
l - \ C IV IL IS A T IO N DE l ’a N C IE N E M P IIIE . I.’ a IIT ---- Jç 25fi 236

sation prodigiouse, <|iii déjà fleurit dans la vallée du Nil


vers le milieu du troisième millénaire avant Jésus-Christ,
et que les époques suivantes ont eu peine à dépasser sur
quehiues points. Dans toutes ses manifestations, elle respire
la sécurité d’uiio vie agréahie et confortable, et c'est ce sen­
timent i|ui fait naître l’adoralion du soleil et gouverne son
culte. Des principes essentiels de la vie artistique icomme
de la vie politique) sont déjà constitués à la fin de la Ilh' et
et au eomuienceinent de la IV'' dynastie ; mais les formes
particulières q u ’ils revêtent de génération en génération,
tém oignent d'u n progrès croissant dans la réalisation et le
sentim ent du style, et finissent par trouver leur e.xpression
coiiqilèle, allant siiuveiit ju s q u ’au raffinement, dans les pro­
ductions do la V" dynastie.

S ur le dévcloii|ieiiient de l’a rt égyplieii, cr., outre les ouvrages d’Kii-


M.AN, de I’kuhot et Ciiii'ii:/., et de nom breuses études de AtAsiuaio, un
bonrésunié de II. .SciiNKimai (I5 158 n.), p. 58 sq., et aussi : It. K a i . t /.s (:i i ,
iHt; hiltlfiidi' hunsl lutdthis Jeiist'ilü, 1905. .\oiubreiix m onum ents, nolain-
iiieiit statues, rep ro d u its de façon excellente, ati. v, I î i s s i m i - I I u uc km a .n a,
Dndiiii art/. Shilphirrn. P o u r les statu es du Caire, voir le l'.ntnto^ur de
IlomaiAluiT, l'ui o u tre, SriKuia.iuau:, Gesrit. d ir aey. Kiwsf, 1903.

256. Kn architecture, la IV“ dynastie est encore dominé


par la recherche de l’elTet colossal, obtenu par les dim en­
sions énorm es ; elle a atteint son idéal dans les Pyramides
de Gi/.eh, création la plus d ém esurée, q u ’aucun peuple, d e­
puis, ait jamais pu concevoir ou réaliser au même degré.
Les formes les plus simples s’accompagnent ici d ’une m inu­
tieuse habileté technique dans le ti'avail, l’assem blage des
blocs de pierre. La même sobriété de la forme régné dans
les temples et les ])ortiipies monumentaux. Mais par la
g ran d eu r des dim ensions, par les masses colossales des
piliers et des architraves monolithes, par le contraste de
couleur entre le granit sombre et soigneusem ent poli et les
|)aveiiients d ’albâtre clair, cette simplicité atteint à une [mis-
L ANCIEN' E M P IR E

sance q u ’augmente encore l’absence de décoration dans les


diverses parties de l’édifice. La p ierre ne comporte ni orne­
m ent, ni moulure, ni tableau ou relief su r les murs, déco­
ration qui se développe déjà pourtant dans les mastabas de
l’ép o q u e; par contre, on voit appliquées aux murs des sta­
tues du roi, du travail le plus soigné, et, dans le temple de
Mykerinos, une série de hauts-reliefs rep résen tan t le roi
en tre la grande déesse Hathor et d 'autres divinités qui p e r ­
sonnifient les nomes de l’Égypte. Le contraste est des plus
fraiipants entre ces édifices et les portiques et tem ples funé­
raires de la V“ dynastie, dont le plan fondamental est pour­
tant analogue. Ici, chaque partie de l’édifice reçoit son d é­
veloppement architectural ; la corniche s'orne d ’une gorge
qui fait une vigoureuse saillie ; les piliers sont encore
des monolithes de granit, mais ils s’élancent comme
des plantes, tiges de papyrus, de palm iers, de lotus nouées
en faisceau et à corolles ouvertes; ils se transform ent ainsi
en colonnes ; d ’ailleurs, on emploie aussi des colonnes en
bois. Ij’eau de pluie coule du toit du temple entre les grin’e s
de lions accroupis. Les m urs des salles et des couloirs sont
décorés de reliefs peints. De môme, la structu re massive des
mastabas primitifs se morcèle en une série de cham bres et
de salles, dont les murs, décorés de tableaux, reflètent tous
les aspects bigarrés et divers de la vie terrestre. Vers la fin
de la V“ dynastie, les hypogées comm encent à p rédom iner
dans la Moyenne-Ég\ [)te, et les cham bres des mastabas avec
leur décoration sont maintenant taillées dans le roc.

S ur 1er formes de colonnes en Éqypte, cf. Boneii.iitirr, h i f (tctiyitUsclie


l^fUtiizcimaule, 18ÜT i en o u tre Wii.ckii.N, , V . / . , 39, ti(i; Honcii,\uin',.i./ . , 4 0 ,
3(isq.; et P ü c u s t k i .n , / i ù * iunUrlwZiiailCf 4 9 0 7 . Sur révolution des édiiiees
lunéruires, v. Lcesius, Hinilmu, Text I, -2-25 s q .;à Gizeli, on trouve déjà îles
hypogées sous la IV® dynastie. Nous pouvons nous faire une idée
approxim ative de l'architecture profane, notam m ent des palais du roi
co n stru its en bois et en b riques de lim on, p a r les sarcophages et les
décorations des fausses poi-lcs dans les tom beaux (ef. PiaiaoT et (iiii-
LA C IV IL IS A T IO N DE l ’a NC IEN E M P IR E . L A R T - § 257 237

iMKZ, II. flrl'arl, I ; Khm.w , \riiy/ilt>ii, 244 sq,). Depuis le début du .Moyen
Kinpire, nous possédons, en o u tre, de nom breux modèles de m aisons
qu’on dépose dans ta tom tie. P our les tem ples oi’dinaires, qui ne sont
pas non plus eo nstruits en pierre, les signes hiéroglyphiques que
nous rencontrons à l'occasion (par ex. Mariette, .Wnst. V 2, tem ple de
Sêth de rO xyrynque) ne con stitu en t qu'une reproduction très iiisut'-
fisante.

257. Ce q u ’on cleiuande à l'ai t de la statuaire, c'est d


fournir des portraits du roi et de ses grands, q u ’on placera
dans leurs tombeaux, afin que l'âme ou esprit du défunt
])uisse y établir sa dem eure, en rem placem ent du corps oii
la vie est abolie. 11 faudra que l’attitude soit em preinte de
solennité et de dignité et que le portrait reproduise avec fidé­
lité les traits du visage : toutes les statues égyptiennes
présentent ce caractère. Dans les commencements, au
temps de .Snofrou, les o'uvres tém oignent encore assez sou­
vent de la gaucherie qui avait caractérisé l’époque an té­
rie u re ; on ne s’est pas encore rendu tout à fait maître de la
matière, surtout quand il s ’agit de pierres dures ;^le granit par
exenqile, etc.) ; ainsi,dans la statue de Meten,les traits du vi­
sage montrent, malgré la fidélité de la ressemblance,une exé­
cution lourde; le tronc et les m em bres sont tout à fait mal
venus et, par endroits, à peinoébaucliés gro ssièrem ent. Mais,
moins d’une génération plus tard, à côté de ces statues nous
en voyons d ’autres exécutées en calcaire,matière plus facile
à travailler ; malgré le caractère conventionnel de la pose,
elles s’anim ent déjà d ’une vie ardente, jiar exemple celles
de Raliotop et de son épouse, Nofrot, à Medourn. Dans les
arts mineurs, citons la statuette d ’ivoire do Clieops (§ 234)
dont les traits énergiques et très vivants sont rendus p ar un
ciseau incisif; cette œuvre égale les m eilleures productions
de l’époque thinite. En outre, la statuaire s’essaye p ou r la
prem ière fois à des œuvres de g ran d es dim ensions, en l ’hon­
n e u r du roi, et y témoigne d ’un p ro g rès remarquable. Les
grands artistes qui travaillent pour la cour sont arrivés à se
L ANCIEN E M P IR E

leiidrc inaîtres des matières mêmes lcs])lus d u re s ; ils n'ont


pas cependant d ’anti os iiistrnmenls de travail que la pieri'O,
le sable et le cuivre durci. .Ainsi, le maître (|iii a taille dans
le diorite la statue assise de Cliephrcu, pins g ran d e que
nature, avec le faucon lloriis étendant ses ailes d errière sa
nu(|ue pour le protéger, a su réaliser, malgré la raideur
conventiounelle de l’attitude, une (euvro de jirem ier o r d r e ;
les autres statues de ce roi ne sont pas, on certains détails,
d’une exécution moins parfaite. Les dernières fouilles nous
ont livré la partie antérieure d ’une tète de roi, en diorite,
qui est un portrait merveilleusem ent vivant du souverain
vieilli. Les pommettes en forte saillie, le nez épais, la bouche
large, et su rtou t l’expression des yeux, suscitent l’iniprossion
d ’un esprit aux idées étroites, mais biciiveillaiit, qui devait
bien être celui d ’un dieu su r terre. De même valeur artis-
ti(|ue sont deux tètes de .Mykerinos, m aintenant à lîostoii,
dont l'nne représente le roi en la fleur de sa jeunesse, l’autre
à un âge avancé. Il faut mentionner aussi les gro upes en
haut-relief où sont représentées les divinités des nomes
(ji 2.')b), dont on a imaginé les figures, indéniablement, à la
ressemblance du roi. l’eu à peu, les artistes font pour les
gran ds seigneurs ce (ju’ils ont fait pour le roi, et leur in spi­
ration est d ’autant plus libre (|ii’ils n’em ploient pas pour eux
la pierre dure, mais le calcaire et le bois, et que ces statues
ne sont jamais de g ran d eu r naturelle. Un réalisme [ilus grand
y vient anim er la pose ; à côté des figures assises, tradition­
nelles, nous en tiouvons d ’autres en m arch e; dans ce mouve­
ment, la jambe gauche sc p o rte e n avant, entraînant avec elle
la déviation de l’épaule gauche ; voyez encore tel fonction­
naire du roi, qui se fait rep résenter en sa fonction de scribe,
accroupi et les jam bes repliées sous lui, avec un rouleau do
papyrus déployé su r les genoux. Les chcfs-d’ccuvre de cet
art p la s tiq u e ,— qui s’accom pagnent iiatiircllement de pro­
ductions d ’une moiudi-e valcni-— se trouvent dans les mas­
tabas de la V" dynastie; c'est là ipie les Egyptiens sc ré-
LA C IV IL IS A T IO N DE l ' a N C IEN E M D IR E . l ’a B T ---- 2o7 2311

vêlent à nous dans l’évocation spontanée et naturelle de


leur vie,avec des ligures telles ipie celles du Scliôcli-el-Beled,
du scribe accroupi du Louvre, d'un autre scribe au Caire, et
de tant d’autres chefs-d’uiuvre. A cette liste ajoutons un
autre clief-d’iruvre de la technique primitive du métal au
temps de la VI’’ dynastie: ce sont les statues de l’epi b'' et
sou fils, trouvées à Hierakonpolis (pl. 50-50) et qui sont
faites avec des plaques de cuivres repoussées et rivées ;
l’impression de vie q u’elles éveillent est encore reiiaussée
par les yeux incrustés en pierre blanclic, avec pupilles
noires, qui projettent l’éclat de leu r regard su r le specta­
teur. En général, le corps est rendu correctem ent, même
dans la transition difficile du buste, au tronc inférieur. Cer­
taines fautes de détail s’expliquent par les particularités du
style égyptien ; par exemple, dans les figures deliout, la
jainlie qui se porte en avant est toujours trop grande.Noire
estliéti<|uc SC elioqiie encore davantage devant les groupes
très fréquents d’epoux, où la l'einmo se tient, dans une atti­
tude raide, ilebout ou assise, à côté ilu mari, et, néan­
moins, l’enlace d ’mi bras qui va rejoindre l’épaule la plus
éloignée et dont, par conséquent, le mouvement est forcé
et la longueur ex ag érée; l’art ég 3 ptien n'a jamais pris s é ­
rieusement à tùche de résoudre les difficultés de ce genre,
mais s’est accommodé de ces lacunes dans la statuaire et
aussi dans le relief,ou plutôt n ’en a eu aucun sentiment.Nous
sommes en plein réalisme, au contraire, avec la statue d ’un
nain de la cour, avec certaines figures de serviteurs et
d’ouvriers, de femmes occupées à m oudre ou à cuire au loilr,
qu ’on déposait dans la tombe du défunt.

C ost une qiieslion très controversée de -savoir si l’Ancien Empire a


coiinn les outils en 1er. Il est d é ji fait m ention du ferfégypt. hi} dans
les textes des pyram ides, et des fragm ents de fer ( c f , O i. s iia l SKN, Z .f .
ElhnoL, 1U07, 369 sq.), ont, été retrouves, par exemple par Visi;, dans la
nia<joiinerie de la g ran d e pyram ide ou par P ktiuk à Abydos, avec des
vases de bronze de la V P <lynaslie (v. H m.l, ap. Mon, 111,1903; Ki%r. and
L A N C IE N E M P IR E

U\i.L,f-J(/ypt and Weshrn Ania ïn fhelù jhtof recent rfïsi’0 irn > s, 1 1 2 sq.;billes
de 1er oxyti(^ prov en an t des tem ps anciens,ap. W .\ t .\ M 'n ir .n T , Reu.nrch.,
sér. XIX, 191-2,2Ô7. Pointe do javelot en fer de la XII* dynastie, A W adi
Halfa, ap. M a c iv e k and W o o i . k ï , Buhnn, 1911, p. 211 et pl. 8 8 ) ; m ais le
1er que l'on a trouvé n ’est que du ferdou.x qui est répandu en Afrique,
com m e v. I . u s c i i a .s l'a signait-. Des onlils en fer, propres à travailler
la pierre du re, les ilgyptiens de l'Ancien et du .Moyen K m pireit’en ont
pas possédé. Kn revanrlie, ils s'en lendaient à d u rcir le cuivre et à
tailler la pierre avec des o utils en cuivre, com m e nous le voyons dans
les représentai ions ligurées. Quand il s'agissait d ’un lra \a il plus soi­
gné. on se servait de sable et de pierres à aiguiser.

258. .Si l’art plastique, depuis le comm encement de l


IV* dynastie, a réalisé, dans un minim um de temps, des
progrès tellement prodigieu.x q u ’il nous cause, .à chaque
nouvelle trouvaille, une nouvelle surprise, la décoration des
tombeaux, qui coin inence sous Snofrou, et se généra lise à tons
les fonctionnaires de distinction, impose à l’art des tüches
nouvelles. Toutes les règles générales de rornemontatioii
des m urs, tant dans le choix des scènes représentées que
dans la manière de traiter les figures, sont déjà fixées;
en pratique, elles ue font tpie développer les principes qui
se sont imposés dès l’époipu- du second roi de la II* dynas­
tie 21 (1). Maintenanl, comme avant, ce qu'on cherche en
dessinant le coi-ps humain, c'est d ’en rendre les diflérenles
parties le plus clairem ent possible, en exprimant la valeur
complète de tout leur volume; ces parties se coordonnent
ensuite, tant bien <|ue mal, pour composer l’ensem ble de la
figure. Il en est résulté une foule de formules tradition­
nelles q u ’on a codifiées dans un canon des proportions,
tenu pour inviolable, que tout élève devait a p p ren d re et
qui servait de schéma à toute composition. On se sert de la
mêm e méthode pour ren d re le dessin compliqué d’autres
objets, tels que la table d ’oU’randcs garnie de mets et de
feuilles de palm ier déposés à sa surface, pour représenter le
mobilier funér.aire et les coll’rets destinés au m ort (plus tard
on s’en sert même pour les édifices). En mêm e temps, on
LA C IV IL IS A T IO N DE l ’ a N C IEN E M l 'i n E . l ’a HT ---- 258

commence à cheichei' un syslèine (|ui puisse assu rer plus


(runité aux proportions en luloplailt le profil de trois ipiarts ;
|)Oiir ro]>résenter, par exemple, dos oiseaux volants, on
traitera d’une manière dill'éi'cute l’insci'tiou des ailes ; dans
le coi'[)S humain, le nomhril esl lignré non sur le tracé du
profil, mais à (|uelqiie distance du coutoiii-. Néanmoins ou
ne cherche pas à rendre la perspective ; le sens de l’espace,
les eiïcts de profondeur mampieiit, et les l'igypticus n ’en
ont pas conscience; bien au contraire, la perspective serait
en contradiction avec leur but et fausserait la vérité dos
objets (ju’ils tiennent à rep résen ter sous leur as()OCt réel,
(’.’est pourquoi ils dessinent leurs ligures toutes sur le
même plan, au risque de mêler leurs co n to u rs; c’est ainsi
(|u’ils repi'ésentent su r un niênic plan les deux pieds d’ün
homme, on le moissonneur et les blés, les valets et les ènes
qu’ils chargent, ou les g re n ie rs dans lcs(iuels ils jetten t les
gerbes, et ju sipi’anx' têtes pressées des troupeaux de
bu’ufs, d’èiies et d’oies, dont les contours antérieurs et
parallèles se trouvent représentés de face dans un mouve­
m ent obliipie. S’il s ’agit do plu sieurs groupes et <|u’il soit
impossible de les rapporter su r le même plan, par exemple
des chasseurs tenant en laisse des chiens couplés ou des
lions enfermés dans deux cages, alors ou les dessine
tout sim plem ent r u n au-dessus de l’autre, chacun dans
un plan in dépend an t; toutes les scènes à figures nom­
breuses se jilacerout ainsi en registres superposés. Du
moins, dans le détail, le rendu est-il d ’une observation scru ­
puleuse, surtou t s’il s’agit d’anim aux; mais cani|)er correc­
tem en t une silhouette huiuaiiie eu lui im primant le mouve­
m ent de la vie, c’est un effort auquel les Kgyjrticns n ’ont
jamais réussi. Kvidemment, les artistes n ’oilt jamais tra­
vaillé d’après le modèle vivant, mais ont eux-mêmes imaginé
la'|)Ose, en toute ingénuité. .Aussi lorsq u ’ils sont obligés de
dessiner un homme de |)rofil, la difficulté est-elle pour eux
in su rm on tab le: ils n ’osent s’écarter de la formule-type, le
11. 16
LAN CIICN U M PIR E

le corps humain aux épaules syiiiélri<|ues, et quami, tout <le


mêm e, ils l’essayent, c’est au prix des dislocations les plus
bizarres. Par exemple, pour m o n trer un ouvriei’ ou un
paysan de profil, ils rabattent les deux côtés du torse l'un
su r l ’autre, de sorte que les deux bras s ’em m ancheront au
uiêine point; ou bien, l’épaule la plus éloignée se détachera
du reste du corps sans souci d ’articulation, tandis que dans
une figure voisine, elle sera dessinée plus correctement, hes
Egyptiens ne sont jamais arrivés à maîtriser ces difficultés;
pourtant ce qui donne un grand charme à toutes leurs p ro ­
ductions, c’est q u ’ils aim ent à p én étrer et <à ren d re tous les
détails (le la vie. Ici encore, le progrès a été considérable,
depuis les débuts de l’art sous Snofrou et Cheops (et en p a r­
ticulier dans les mastabas de Medoum et de Gi/.eh) jusq u’à son
a po gée,que nous co nstato nsau mastaba de Ti et su rto u t dans
celui de Ptahhotepà Sakkara, eta u s si dans les loinbeaux a na­
logues et les reliefs des saisons du temple solaire de Newe-
serrê'. Ce prog rès s’explique, une fois do plus, p ar l’encou­
ragem ent venu d ’en h au t ; en effet, on a adopté dans les
édifices royaux, au com m encem ent de la V" dynastie, la
décoration murale par tableaux en reliefs. Au <lébut, la fac­
ture de ces tableaux est caractérisée par la raideur, le style
schém atique, où le sentim ent do la vie réelle fait presque
complètement défaut; au contraire, dans les reliefs de la
V“ dynastie, nous suivons, avec un intérêt charm é, les mille
spectacles divers d ’une vio abondante et laborieuse que
l’artiste dépeint avec h u m o u r et avec bonheur, soit dans les
scènes d ’animaux, soit dans celles où il nous présente le
peuple des valets, des paysans et des matelots. Enfin, avec le
tableau g u e r r ie r de Désâse (§ 253) et les reliefs deS ah o urè',
un th èm e tout nouveau vient rom pre le cycle des tableaux
de la vie paisible. Toutefois, dès que le sujet à reproduire
est un personnage de distinction, le seigneur de la
tombe, son épouse, et, en particulier, le l ’haraon, l’éti­
quette exige le retour à une dignité solennelle qui res-
LA C IV IL IS A T IO N D E L ANC IEN E M P IR E . l ’a R T — S 258

pecte rigoureusem ent les conventions établies; et la rai­


d e u r de ces figures s’augmente encore du fait q u ’il faut
les exécuter en très grandes dimensions, car elles doivent
dépasser d ’environ six fois toutes les figures environ-
ronnantes. Par là, elles deviennent évidem ment la note
dominante dans la composition et l ’impression d ’ensemble :
en elles se concentre l’unité idéale qui donne un lien à
toutes ces scènes juxtaposées ou superposées sur les murs,
car leur spectateur, c’est le seig neu r de la tombe, dressé
au-devant d ’elles de toute sa stature g ig an tesqu e; c’est pour
lui qu ’elles sont là, et de m êm e, dans les bas-reliefs du
temple solaire, ce sont les divinités des saisons, aux p ro ­
portions surhum aines, qui font défiler les au tres figures.
Ces décorations murales sont pour la plupart des reliefs;
mais en leur appliquant ce nom de reliefs, nous trans-
[lortons dans ces tableaux une conception qui leur est
complètement étrangère. Elles n'ont rien de commun
avec les vrais reliefs, comme ceux du temple de Myke-
rinos, où les figures se détachent du fond et donnent
l’im pression de la vie réelle ; au contraire, on se défend de
produire aucun ell’et de profondeur. Les anciennes palettes
de schiste, notam m ent celle du taureau royal (^ 201), nous
montraient encore des figures traitées avec un relief asse/i
prononcé et un modelé vigoureux, style que la sculpture
babylonienne a conservé et q u ’il a encore développé. En
Égypte au contraire, il fait déjà place, sur la palette de Nar-
mer, à un relief plat qui s’est maintenu par la suite ; l’effet
q u ’on veut [iroduire est p urem en t celui d ’uii dessin. Bien
entendu, tous ces reliefs sans e.xception étaient polychromes.
Tantôt les scènes sont traitées, comme dans la peinture à
fresque (dont l’emploi est assez restrein t à cette époque)
avec des couleurs plates, sans dégradation de nuances, car la
peinture égyptienne, non plus que la peinture grecque pri­
mitive, ju s q u ’à l’apparition du « peintre d ’om bres » Apollo-
dore, n’a connu les ombres ; tantôt on rehausse TelTet des
244 l ’a n c i e n em pire

couleurs en cernant les contours d’un trait qiii les fait


apparaître en relief ou en creux, oUen m odelantles musclas,
ou, par exemple, les plumes d ’uu oiseau, d ’une façon assez
plasti(|ue pour que l’ombre et la lumière viennent jo u e r dans
le tableau; mais ces recherches n ’ont qii’üne importance
accessoire : ces truvres restent avant tout des tableaux.
Aussi l’ëilet est-il plus grand encore là où le relief est laissé
tout à fait plat, les muscles modelés par louches très légères,
comme c’est le cas dans les figures des peuples vaincus par
le lion royal, su r les sculptures qui décoroiil le couloir de la
pyramide de Neweserré.

Sur les règles observées dans le relief et la peinture, v.les liistoires


de l’art et su rto u t Imiman , Ici/yp/r/i, .%40sq.C’est à i l . S c ii ake k (p iejcd o is
d ’avoir pu m’in itier plus profondém ent au caractère é l a n développe-
uientde l’art égyptien; il publiera prochainem ent les résultats de ses
investigations très p én étran tes ; en atten d an t, il a li'ailé une question
capitale dans son article : Sclteinlnld uder \\ irklirhkeHsl>if(I^A.7..,iS,
434 sq. Pour des essais très curieux dans le dessin de pi’ofil, sous la
V® dynastie, cf. M a d s e n , A . / . , 42,65 s. S ur le canon des proportions, voir
l’étude l'ondam eiilale de L k p s iu s , DciikniUler, Text, I, 233 s(j. ; ensuile
CuüAit,/tcc. 27, 137 sq. C’est à la lin de rAiicicn Empire qu'ap p araît le
relief dans le creux, caractérisliijue de l’art égyptien, grâce auquel
la peinture triom phe ciTectivenieut du relief. Dans la décoration m u ­
rale des édifices royaux, il y a une grande diiîérence p o u r le rendu
entre les scènes stéréotypes, lelles qu’elles ont été déjà form ulées,
dans leurs traits essentiels, p ar la P® dynastie (fêle Sel, fondation de
tem ples, prisonniers am enés p a r les dieux, etc.) et la coiiceplion artis­
tique du m onde propre à la V® dynastie, réalisée dans les reliefs des
saisons. Ces dern iers sont en relation très étroite avec les représenta­
tions <[ue nous trouvons dans le tom beau de IHahhotep.

259. A ces protliiclioiis, il faut ajouter celles des arts


m ineurs, déjà très développés sous les 'J’hiniles, et concer­
nant la parure, le moliilier. Nous com prendrons facilement
que dans ce domaine les artistes eu ssen t une pleine et
orgueilleuse conscience de leur v aleur; ils recevaient
sû re m e n t de grandes récom penses des rois et des seigneurs
L \ C IV IL IS A T IO N D E l ’a N C IE N E M P IR E . l ’a B T — § 2 ‘)fl

(|ui les prenaient à leur service. Aussi n ’est-il pas rare de


voir l’artiste se nom m er, du moins dans les reliefs des tom ­
beaux, et introduire son nom avec son portrait dans la scène
(|u'il représente. C'est le cas de Ne'ancli])tal.i, l’auteur du
tombeau do l’talil.iotep (ij 257}, qui a ajouté sa propre efligie
à la fin d ’une scène tirée de la vie des paysans et des
pêcheurs; il s’exhibe lui-même, son travail fini, assis confor­
tablement dans une barque, faisant h on n eu r au repas q u ’on
a dressé devant lui, en récomiiense de son travail, et buvant
largement, ,à même une grande cruche que soulève pour
lui un jeu n e garçon. Un autre artiste, auteur du tombeau de
Mererouka, à Sakkara, s’est portraicturé peignant devant son
chevalet les tableaux des saisons, mais son nom est nialhen-
reusem ent détruit. D’autres artistes firent de même. Ceci
est le p rem ier cas où nous voyons s ’éveiller dans l’individu
la conscience de sa faculté créatrice ; l’art plastique, et plus
tard l’architecture, sont restés en Kgypto les seuls domaines
—• autant que nos connaissances nous perm ettent d'en jug er,
puisque dans la littérature aucun nom d ’auteur réel n ’est m en­
tionné — où l’artiste déclare son nom avec l ’orgueil d avoir
créé une œuvre que d ’autres n ’étaieut pas capables de pro­
duire. Toutefois cet art ne s’est développé que dans la seule
ville de Memphis, résidence de la cour et de Ptah, devenu
p a r l a suite le dieu des artistes (§247'. A partir du milieu
de la V" dynastie, nous voyons, dans d ’autres parties de
l’IOgypte, apparaître des tombeaux pourvus de décorations
artistiques, mais ce sont évidem ment des artistes venus de
Sfemphis qui les ont exécutés. L’art n ’a donc jamais pu
p rendre racine en province, et nous l’y voyous disparaître
dès que la monarchie tombe eu décadence. D’ailleurs', l’art
en Égypte est toujours resté dans une complète dépendance
des événem ents politiques. C’est uniquem ent grâce à la p ro ­
tection d ’une cour, qui était riche et leu r proposait des tra­
vaux importants, que des artistes de distinction ont pu se
former.
246 L A N C IE N E M P IR E

C'est E iim a s , 31. 97. s q ..3 8 ,107,qui .T s u l'cconn.'iilrc avec poi'spi-


cacité su r lus inoiiiiiiionis les artistes nomimis tiansle texte. On trouve
égalem ent le nom du p eintre et eoliii de l'ard iilecte, p a r exi'inple dans
le tom beau d ’un Tils de Cticpliren, S k t i i k , ü rk . des A. II. tO (/./>., II, 12 c.);
aiicontraire, l'artiste n’est pas encore m entionné dans ce tom beau de
IbVhotep ( S e t i i r , t.c. 7 = .Ma i u e t t i :, Mon. d iv.. 17; P e t i i i k , .l/edu/a, 3i)oi’i
l'on vante le caractère im périssable des tableaux représentés.

260. Avec les progrès de la civilisation, les conquêtes de


sciences technii|ues ont dli d ép asser de lieaiicoiip les
résultats acquis sous les Thinites (§ 226). Il fallait con­
naître les mathématiques élém entaires pour transporter
des blocs énorm es de p ierre, pour m e s u re r les champs,
pour établir le compte des revenus et des dépenses; il fal­
lait des connaissances astronom iques pour d éterm in er les
proportions et l’orientation d’un plan d ’édifice, en o b ser­
vant les règles prescrites par le rituel. En médecine, le tr é ­
sor des connaissances empiriques a dù s’accroître en raison
d e là considération dont jouissaient les médecins à la cour. Il
existait en outre une littérature traditionnelle qui servait
d ’in strum ent à chaque niétierpoiir s’exprim er et se raconter;
citons par exemple la « Sagesse « des magiciens, répei toire
qui se transmettait, alors comme dans la suite, de bouche
en bouche parmi le peuple, et que l’on consultait souvent
dans la vie pratique. Mais ce qui nous est parvenu de cette
littérature est aussi fragm entaire que ce qui nous reste des
livres de lois, des rituels religieux, des chants et d e la
musique de cette époque ; le seul fragment que nous ayons
est d’un traité théologique (§272). Il y avait aussi un recueil
de règles de civilité et de morale que les époques posté­
rieures ont attribuées à des vizirs vivant sous l’Ancien
E m pire; nous en avons déjà parlé au § 248.
LA FIN DE l ’a n c i e n EMPIRE ET l ’ÉPOQUE

DE TR A N SITIO N

L e développement de la féodalité el la VI° dynastie.

261. Vers le milieu de la V” dynastie l’accroissement de l


propriété foncière dans les grandes familles de fonction­
naires commence à o p érer une transformation notable
dans la société (§245). Le roi continue à faire des dons de
te rre s; ils sont particulièrement nombreu.xsous Asosi. Dans
l’administration des nomes, au lieu des changem ents frè-
(|uenls de postes en usage sous la IV" dynastie, on constate
l’hérédité des fonctions. Les nom arques de la Moyenne
ICgypte commencent à se faire creuser des hypogées dans le
voisinage de le u r ville et à les faire décorer dans le style
des mastabas, autorisés sansdoute par le roi qui contribuetou-
jo urs au.\ frais d e là sépulture et aux offrandes funéraires. Au
co u rsd e leurs inscriptions, ils placent maintenant, avant tous
leurs titres, le nom de leu r nome : « Dans le nome du Lièvre
(ou :d ans le nome de la Chèvre) fonctionnaire royal, gouver­
neur de la ville, exécuteur des messages (royaux), adminis-
trateu rd u nome », etc.; leur fils aîné porte, déjà du vivant de
son père, une partiedes litres qui sont attachés aux fonctions
paternelles. Cette puissante aristocratie locale qui vient de
24S F IN n i î L A N C IE N KMIMUE. E P O g U E D E T R A N S IT IO N

de se former trouve son contrepoids dans une nouvelle ins­


titution royale : le roi a créé un poste de « d irecteu r du
Sud » eliargé de rep résen ter le pouvoir central, 'l’oiis ces
indices annoncent q u ’une transformation de l’Etat se pré
pare. Le fait que les deux d ern iers rois de la dynastie,
Asosi et Ounas, n 'ont construit, malgré leur lo ng règne,
aucun temple au Soleil, est (uicorc un autre signe d ’iin état
de choses nouveau.

|j*s lom liraux de In V® dynastie, décorés de scènes <*l d'inscriptions


sont à ma co nnaissance: h Desase :Î53, "20'^ nonic, du P alm ier supé­
rieur, H érakléopolis) : à Zaoiiijet-el-M eilin (tomhenii 2, U>, II,
103-109 probablem ent a n térieu r à la VI® <lynastie, 10« mune, de la
Chèvre, Hebciiou) ; à Sclicch Saïd (D\vu:s, Itof'li Tombs o f Sheik Saul,
tom beau 24 e l 2 3 = LD., H 2, 13*’ nom e, du Idèvre, Herm opolis ; dans ce
mémç nom e, les lomboniix plus anciens de Herse, Ciui riTii and Xmv-
urunY. El-Bersheh, II, p. 57 et Oi,a|»paPlieiiiicntà la mémo époque). Le
tom beaux de Tchne (17® nom e, (^.ynopolile) dont le p ro p riétaire porte
des litres sem blables è ceux dn nom arqnc de Schech-Saïd, date du
début de la V® dynastie. .\ii contraire, le groupe des lomlicaux an nord
do Her el Gebrawi (l'i® nom e, ’ M ont-Scri)cnt ; D.vviks, Hurk Tomhs oj
Deir rl (}ehrnini II) ap p arlien n en t seiilem enl à la lin de la VI® et peut-
être meme à la Vlll® d ynastie 2 0 S) ; cette opinion est contraire ji

celle lie Davies, p. .39, qui esl suivi p ar Sirrm;, t ’rk. îles \. H. 70 e t p a r
Hiu;asti:i>, Ane. lier, l, 280; le titre que p o rten t Ions leurs p ro p rié ­
taires : hri :n:n'o n Ton-hofl, serait un titre encore insolite au com m eii-
cem ciit do la VI® dynastje. S u r le coiiscntenienl délivré jiar le roi
pour la sépulture et sa contrihiilion royale (c'csl lui qui fait livrer le
cercueil, riu iilc, les vétonicnts, etc., par les « m aisons blanches »)
V. rinscrip lio n de Za'oii, Deir el Gehrnivi II, 13 ; S etiik, Urk. 143 ; l’in­
scription d ’Ouna, 1. 3. nous «lit la même chose pour la région de
Memphis.

262. La V® dynastie jireml fin avec Ounas, vers 2530 avan


•iésus-Clirisl. Nous ignorons si la nouvelle famille de sou ­
verains — qui, d ’après .Manéthoq, esl aussi originaire de
Memphis — est arrivée au tronc par droit de succession ou
par usurpatiou. L iî fondateur de colle dynastie est Teti (tlont
la prononciation est prohahlemeiit Atoli; cdiez Mauéthon,
LE DEVEf.OlM'EMENT DK LA FKOnALITK • . 262

Olliocs) (jui paraît avoir ou un long règne. Il a un succes­


s e u r épliémère, Ouserkerè*, qui est suivi par Pepi dont
le nom de couron n em ent est Merire*. Le papyrus de 'Purin
lui attribue ans de règne; en réalité, il semble q u ’il ait
régné plus longtemps, et, en tout cas, il acéléb ré la fêle Set-
Sou fils aîné, Morenrô' pr 'McHhesouphis P*'') est mort dans |a
T)*- année de sou règne et il eut pour successeur son frère
Neferkerè' III Pepi II, ijui régna d ’abord sous la tutelle de
sa mère. D’après Manéthon, monté su r le trône à G ans, il
aurait vécu 100 ans; d ’ailleurs le papyrus de T u rin lui attri­
bue aussi 04 ans. Si c’était \a une vérité historique, nous
aurions avec lui le [)lus long règ n e i|ue connaisse l’histoire
du monde (cnv. de 248.“>à2d90 av. J.-C. li a célébré au moins
par deux fois la fête Set. Son nom apparaît très souvent sur
les monum ents de l’époque ; juais après lui, ils sont pour
ainsi dire absolument muets.
P our la liste des rois, voir § "ito n. Ju sq u ’ici, O userkerè' n'était
connu que jiar la tablette d ’Abydos, mais il était m entionné aussi nu
papyrus de T urin, quoique sans cbiflros d ’années de règne ; on a ré ­
cem m ent trouvé son nom su r un sceau à A bonsir. U se p o u rrait q u ’il
soit identique avec ce roi AU, pour la pyram ide duquel on va clier-
cber des p ierres à MammamsU dans la prem ière année de son règne,
/,/)., II, lit) s. ; S ktuk, IJrU. (Ica /?. S ur le roi Im hotep, i h . HT» h. ;
V. ^ ‘JSo n. Au lieu de son nom de couronnem ent Merirê’, Pepi I ^ a porté,
au début de son règne, celui de N efersalior qui est encore conservé en
plusieurs en droits de sa pyram ide ( S e t u f , Pyraniidentextc, I, p. XII);
c'est sous ce nom q u ’il ap p araît su r une plaquette d'albâtre ( P k t i u k ,
//^s^, I, 10(5) et su r un papyrus de Sakkara (Pop. de nouinq, n® 8 , vol. I,
pl. 80), de même que d an s des inscriptions rupestres, à TomOs, en
Nubie (§ 2(5.‘>) ; comme les nom s d ’Hoj-us élaient les mômes, MAu .kk
A. Z., 4t, 129, avait déjà conclu à l’idenlilé de ees rois. Nous ne savons
com m ent expliquer ce changem ent de nom. — I.p décret de Pepi P** à
Jïp h so u r, À. Z., 42,1 sq.(i 5 244 n.) est daté d o sa 21^ année et une inscrip­
tion dans les carrières de llatn o u b . si ta lecture de la date est correcte,
se rait de la 2'5® année de son règne (S ktur, Urk. des A.R., 93). — S tatue
de bronze de Pepi P'": ^ 251. Inscription de Tan is, ap. de Rm c.é, Inscr., T5.
— Tôle de la momie de Merenrô', (ra s p e d jeune, ap.M isri;no, Guide dit
Musée, do (^ntre, 2® éd. 1912, p. 202.
F IN DK L ANC IEN E M P IR E , E P O Q U E D E T R A N S IT IO N

263. La nouvelle dynastie n ’a pas bi isé avec les traditions


de ses prédécesseurs; elle a continué do célébrer leur
culte funéraire et a renouvelé leurs privilèges. Dès son avè­
nement, le roi s ’occupe do construire sa pyramide et envoie
chercher les pierres dans les carrières de calcaire de Troja
près de Memphis, dans les carrières d ’albâtre de Hatnoub,
situées dans le d ésert du 15" nome, dans les carrières de
g ranit de Syène et de Nubie, enfin dans des carrières
exploitées seulem ent depuis Asosi à W ad i ilamnianiât
(Rohanou), à l’est de Koplos (§ 247), et ijui fournissent une
p ierre noire très estimée. C’est taiitèt le « chancelier du
dieu », ou « l’architecte en chef », tantôt i|uelque favori, le
directeur du sud, ou i|ueb|u e nomarque, qui est chargé par
le roi d’aller rassem bler les matériaux de sa dem eure éter­
nelle. Le roi fait don de tombeaux aux fonctionnaires de la
cour, il accorde des concessions d ’ollrandes funéraires à ses
noiiiarques. Des restes de temples construits par Pepi I“" nous
ont été conservésà Tanis, Uubastis, Abydos, Dcndera et Kop-
tos. Quand le besoin s ’en fait sentir. Pharaon intervient par
des édits dans l ’administration, la justice et l’organisa­
tion du culte. .Mais c’est à bon droit que le papyrus de
T urin fait, pour la prem ière fois, dans la liste des rois une
grande coupure après le règne d ’Ounas, et q u ’il compte
le total (perdu pour nous) des années écoulées depuis
Menes; en effet, l’évolution qui commençait à s’accomplir
sous la V" dynastie arrive à son ternie avec la dynastie n o u­
velle. Dans les grandes nécropoles, auprès des pyramides,
on n 'enterre plus guère que des grands-prêtres et des fonc­
tionnaires de Memphis, ainsi que les plus hauts fonction­
naires de la cour et de l’I-itat résidant auprès du roi ; encore
faut-il q u ’ils n ’aient pas suivi la coutume, qui devient en
vogue, de se faire construire un tombeau à Abydos. Lu elTet,
la croyance qu ’Osiris est identique avec le dieu des morts
de la ville royale des Thinites et q u ’il est en terré à Abydos
(S 178 n.) a déjà pénétré dans toutes les classes ; et on
LE D É V E L O P P E M E N T D E LA F É O D A L IT É — § 263

croyait avoir retrouvé réellem ent le tombeau d ’Osiris


dans celui de l’antique roi Client, successeur de Mènes
(Sj 211). Le moyen le plus siir de s’assu rer une existence
heureuse après la mort, c’est d ’ôtre enterré dans le voisi­
nage d ’Osiris, ou du moins de se recom m ander au souverain
du royaume de l’Occident par une stèle commémorative ou
un cénotaphe déposés à Aby'dos. D’autre part, les nomarques
de la Haute-E gypte— n on sn e savons malheureusement rien
su r ce qui se passe dans le Delta — font creu ser leur tombe,
leur hypogée, dans les falaises rocheuses voisines de « le u r
ville » ; ces hypogées se voient dans tous les nomes, ju s q u ’à
Eléphantine. Les titres anciens : r/nez et sesem/o sont devenus
désuets, mais on les emploie encore à l’occasion, ainsi que
d ’autres titres maintenant vides de sens, par respect pour
la tradition antique. Ij C véritable titre qui s’attache à la fonc­
tion de nomarque est maintenant « g ouverneur de la ville »
(hqa hnl, § 242); à côté de ce titre commence à apparaître
une autre désignation : « celui qui est à la tête du nome »
[hri zaza1,et, à partir de Pepi 11, par l’addition de l’épithète
« grand », on crée le titre oflîciel : hri zaza'o, qui signifie à
peu près « le grand Chef». En outre, les nomarques portent
constamment, à côté d’anciens titres de cour, celui de « chan­
celier »; c’est donc q u ’ils sont dépositaires pour leur nome
du sceau royal; depuis M erenrê' I"', u n autre titre, conféré
par le roi, vient s ’ajouter aux précédents : celui de « comte »
/leli'o), et enfin nous rencontrons aussi celui d e « prince »,
rpa'li, 222 n. 243 n.). De plus, la coutume se généralise
de donner l’investiture au fils aîné, après la mort ou même
du vivant de son père; par là se forment des noniarchies
héréditaires, et l’ancien état de fonctionnaires, tel q u ’il
existait sous l’Ancien Empire, se transforme en un état féo­
dal. Certes, les princes des nomes se vantent encore de
leur loyauté envers le souverain et de la faveur qu’il leur
tém oigne; souvent ils exercent encore un sacerdoce eu rela­
tion avec la pyramide royale, et lorsqu’ils viennent à passer
F IN DE L A N C IE N E M P IR E . E P O Q U E D E T R A N S IT IO N

par la capitale, ils ne luaiKjueiit pas do s’acqiiilter envers


le roi adoré des oiTraiides habituelles; mais le fait im poi-
tant pour eux, c’est d ’avoir « gouverné leur ville avec justice,
de n ’avoir pas o|>primé leurs sujets, d ’avoii* augmenté la
prospérité du nome » ; ils se confient à la protection de leur
dieu local, a dieu de la ville », dont ils sont très souvent les
grand s-prêtres, et ils se glorifient de leur noble origine, ce
qui est en opposition totale avec l’état d ’esprit qui régnait
sous l’Ancien F^mpiro.

In scrip tio n sd an s les carrières : /./)., Il, I \V>, HU ; S ktiik, Urk. (les \ . IL,
î)| e t t l 2 ; cf. l’inscription (rO una. S ur l’ex'pédition de Pepi à llam -
inainAt, v. Sen kkki», À ./.., n. Dos tom beaux de la VP dynastie
nous o n t été conservés à Dcisaie, Z aoiiictel Mcitin, Scliocli Saïd, I)er
ol O ebrawi (sons Pepi II, les noniarqnos du nom e enterrés ici
fimnienl aussi en leur pouvoir le S'* nom e Uiinite, m ais seulem ent
p o u r un temps), v. 2IJ1 n. ; en o u tre, à Q osoir cl 'A m arna, en fac(* de
^)As, H" nom e : Aim. iln xcrc., I, 13; tll, 2.‘‘»0sq. ; îiOcbcl Selin, au sud
d ’A bontig, 11° (?) nom e : U h , Ti’.cl., lî, !o!l ; à KauaimU (Atliribis,
10'* (?)nom ej ; LU., II, 113 s. ; à (Junnniis (Panopolis, 7" nome), M muktti;,
Won. dfi'c/N, 21 b ; H Osar es Soljad(C henoboskion, 7*'nom e): L D ., II,
113 g. 114 ; a D cndera(b'‘ nome) : Pin iui;, Dpnilrrrh , 1900; à U orm on-
this-T hèbes (4'^ nom e, 27rù : .\i:\vm:mn, \nn. du son-., IV, 07 sq. ; à
É léphan tin e (!'"■ nom e) : De Mono w , CahiL di'n nioinnn., 1.143 sq. ; Hot-
nu^T, /{ec., 40 ; Bunr.r, DS It \ ., X, 4sq . ; S ktiik, î >A*. dc.^' \. !i., 120 .sq. Cf
encore les inscriptions d'E) Kab, LIl M, 117 et les m astabas près du
m astaba el F ar'o n n à Sakkara : Mém. de In mission au Caire, 1, fasc, 2,
191 sq., et S ktiie, Urk., 131. A utres tom beaux à S akkara, ap. ijumn.i.,
Exeav. al Sakkara, 1, 1007. Il faut y ajo u ter les m astabas de la V P dy­
nastie dans M vuiRTTE el les tom beaux d ’Abydos. (Résum é ap. .Makiettk,
Catalogne d'Ahydos.) — l l e s t significalif que presque tous les tom beaux
au sud du nom e du Lièvre de ilerniopoljs (13” nom e; appartiennent
l’époque de Pepi | le t de ses successeurs qui ne sont pas nom m és; |a con-
tiimc ad o p tée p ar les nom arques de se faire creu se r el «lécorcr avec
luxe un hypogée s’est donc éten d u e peu à peu de M emphis à tout le
sud. — La nom enclatureofficiclle des tilresn o u s p erm ctd e reconnaître
très nettem en t la transform ation progressive des iiomes en princi­
pautés : hri za:n'o est un titre que nous trouvons dans le nom e du
U èvro, LD., II, 113 a et S rtmr, i/rfr.. p. 93 s, I. 8 , sons le règne de Pepi 1" ;
L E D É V E L O P PE M E N T D E LA F É O D A L IT É — ^ 204 253

à Kaiianult, LO., 11,113s. ot à T>cr elOebrawi, dans tons les tombeaux;


ensuite à Tbèbes, jusiiu’à ce qu’enfin il devienne, sons la XII® dynas­
tie, le titre régulier du nomarque. Oéjà sous Merenré’, le jirince dn
nome Abi, à Der el r.cbrawi, 1, 23(Setiik, I, 42) ; porte le titre de h e H o
mais le fils de ce prince Za'mi (qui ne porte pas ce litre hcfC o dans le
tombeau de Abi, I, pl. 3. 5, In') ne l’a reçu qu’après la mort, par faveur
de Pepi II, sur la prière de son ills qui s'appelle Za'oii comme lui :
II, 23, 20 sq. (Sktiie, 147). Ce titre se trouve encore à /nouiet el Mci-
tin, L/)., Il, 1000, à Uendera, Tbèbes, h^léphanline ; en même temps on
emploie le titre de r/>'/i à Qùs et à Qasr Sai jad, L D . , II, 114 s. Nous voyons
mentionnés, 1. 17 de l’inscription d’Ouna : » les chefs et régents de
ville [ I j r i o n : _ n z fi l i q n o i i h a t ) du Sud et dU Nord » à côté des «comtes »
{ h e ti' o ), « chanceliers » el « amis uniques», qui appartiennent visible­
ment à l’administration royale. Le nomarque du nome du Lièvre,
Tboutholep (milieu <le In Xll® dynastie), désigne ses prédécesseurs
ainsi : « les comtes (//eiro) des temps anciens et les '««rr dans cette
ville ». {L D ., II, 131, 10 — E l Bc ru h e h , H, pl. la); le dernier litre
s’applique aux anciens nomarques, le premier aux noniarqucs plus
récents. Les décrets <le Pepi II (cf. § 241 n.) ont prouvé (ju'il existait
encore sous son règne un collège des « dix grands du Sud » (§ 242),
contrairement à l’opinion que j’ai émise dans la précédente édition.
— Pour mi « gouverneur de la ville de la pyramide dé Cbephren et
directeur dos classes de prêtres »('vers la VllI® dyn.), cf. IIOlscukh,
G r a b d e n k m a l de s C h e p h r e n , 113.

204. Ajoutons que le roi confère sans cesse de nouvelles


im munités aux tem ples et aux domaines tjui en relèvent.
Déjà nous avons vu Nefererkerè* (§ 250) dispenser les serfs
appartenant aux temples du service des corvées. Pepi II
accorde au temple de Min ou de Koptos l’exemption complète
de tous g enres de travaux, énum érés en détail, concernant
« un service quelcomjuc de la maison royale » ; il interdit à
l’adm inistrateur du sud et aux autres fonctionnaires d ’ein-
piétor su r les droits du temple : « ils sont exemptés a cause
de Minou de Koplos ». Le privilège que Pepi P'’ accorda aüx
habitants de la ville de la pyramide de Snofrou, à Dalisur
est du même genre ; des im munités pareilles ont été don*
nées peu à peu à tous les tem ples importants. La puissance
effective de la monarchie el surto u t ses revenus Vont donc
Fl.N D E L AN’C IE N E M P IR E , E P O Q U E D E T R A N S IT IO N

en décroissant. Certes, toutes les ancie nnes fonctions de la


cour ont encore des titulaires, avec le vizir en Icte, et le roi
peut encore faire valoir son autorité en tous lieux. 11 n ’en
est pas moins significatif que le vizir rem plisse désormais
régulièrem ent une fonction (|ui était encore distincte sous
la V" dynastie, celle de « directeu r de la ville de la pyra­
mide » ; c’est dire q u’il devient une sorte de préfet de police
de la résidence royale; au contraire il ne porte plus q u ’excep-
tionnelloment le titre do chajicelier. Evidem ment, son
rôle s’est limité g rad u ellem en t à la région de Memphis et à
la présidence du tribunal d’empire des « six maisons ».
Depuis l’epi 1«', la résidence des rois, fixée d'une manière p e r­
manente à Sakkaia, s’est confondue avec la ville de l’tah, le
i< miirblanc »; aussi celle-ci a-t-elle [iris p arla suitele nom de
la pyramide de Pepi pT : Mennofre, la « belle sépulture »,
devenu en grec Memphis. Dans la Haute-Egypte, la seule
partie du royaume s u r laquelle n o us ayons des ren seig n e­
ments précis, le véritable représen tan t du pouvoir central
c’est « le directeur du Sud 261 n.) auquel sont su bo rdo n ­
nés tous les nomes », dejuiis Eléphantine (b'' nome) j u s ­
q u ’au nome septentrional d ’Aphroditopolis (22« nome); il a
sous son com m andem ent spécial la « jiorte du Sud », forte­
resse frontière à Eléphantine. 11 a p o ur mission de contrôler
les nornarques, de vcnier à ce que les impôts du Pharaon
soient perçus, les corvées levées sans fraude. Ainsi, sous le
règne de .Merenrè' 1, le « comte et directeur du Sud, Ouna »
se glorifie d ’avoir par deux fois « compté toutes les choses
qui doivent être comptées pour la cour dans ce Sud et toutes
les heures qui lui reviennent (pour les corvées) » ; cela veut
dire q u ’il a par deux lois entrepris un recensem en t (§ 244),
tâche d’autant plus nécessaire que les revenus du pharaon
avaient dim inué à la suite des générosités faites aux grands
seigneurs. C’est sans doute ce qui explique que le recense­
m ent a lieu désormais tous les ans. Ouna est sorti d ’une
famille de fonctionnaires royaux; il a occupé les postes infé-
L E D É V E L O P P E M E N T DE LA F É O D A L IT É — ^ 2Gi 255

rieurs do ju g e et d ’intendant avant de s’élever à sa haute


situation, l^irfoissa charge est confiée aussi à des noinarques;
ce sont par exemple, sous Pepi II, le iiomarque Zaouti, de
(>henohoskioa (7'^noine) e l l e « comte et grand clief du nome
.Mont-Serpent 1^12 «), Abi ». F réq u em m en t d ’ailleurs, le roi
confère celte dignité à des princes de nomes (|ui jouissent de
son estime, mais alors c’est un titre p urem en t honorifique;
C(“ fait dénote, une fois encore, que le pouvoir central recule
de plus en plus devant rem[»iétement d(‘s puissances
locales.

Les sources principales pour raiiminislralion sous la VP dynastie sont


les décrets royaux, ^ n. et l’inscription de Ouiia (Ku\i.v>, ,i. 188*2;
Serni:, t/rA. 91 sq.). I.c « comte, (fircclcur du Sud,direcleurde la porte
des pays étrangers du Sud » Zaouti ( I M . , Ill, lU fj. h . L , ci'. T r x t . , II,
170 sq.) s’appelle egalement « conseiller intime de la porte dn pays
étranger », il est aussi « grand chef du nome ». Pour le recensement,
cf. S k t ii k , l l e i f r . : u r ü l l e s l e n G e s c h . , 87, mais il altribuc une signiiîcation
exagérée à une pliraso (jui est stéréotypée et complélcinent dépourvue
<le valeur pour rhisloire : « jamais ou ne fit chose semblable dans ce
Sud auparavant ». Connue Omia et Abi, d’autres ont rempli une car­
rière administrative; ce sont Pepiiiacbt (.M m u k t t i -;, C a l a i . d ' A b y d o s , .j 3 1 ) ;
il était en même temps vizir comme le prince du nome du .Mont Ser­
pent ; Ijemre'-.Asi, I h ’r c l G e b r a i v i , 11, 19, et d’autres (cvn. d ' A b y d o s , ^ 3 1 )
ont été efiéctivenient « tlirecteurs du Sud ». Au contraire, pour les
noruar(|ues cités »lans LD., U, 110 h, 1)3 a, et ceux de Dendera cl
d’Élépbantinc, cette désignation apparaît nettement comme un litre,
sans fonction elTccUve. Notons, coinme Fnnan l'a reconnu, querépithèle
mu a j o u t é e à ces titres «le fonctionnaires et à d’autres, ne doit pas
être traduite par «« véritable ».en opposition avec «les titres purement
lionoriflques ; mais elle exprime et souligne au contraire qu’ils ont
exercé leur charge ««justement ». — Sur un lonctionnaire du trésor
qui*< calcule et fait le compte des impôts du Sud, du pays du Nord et
de tous les pays barbares », et qui vivait à une époque un peu posté­
rieure, v. A e t j . I n s c h r . d e s D e r l . M u s . , p. 120, n" 7779 b. — La première
mention du nom de la ville de Memphis semble être ap.Pétrie, D e n d e -
r e h , pl. 27 dans le titre l i q a M e n n o f r é ' , où il est, comme toujours, déter­

miné par la pyramide.


1 D E L A N C IE N E M P IIIE . E l'O O U E D E T R A N S IT IO N

lielulions exlêfieuves. A nhie. Combats en S y rie .

2(35. A l’e.xtérieur, la puissance de la inonarchie est res­


tée inébranlée. Sous le règne de Pcpi I ' ’', il se produit encore
une escarmouche avec les Menziou du côté des mines du
Sinaï, Les expéditions maritim es, à liyblos et à Pouiit, se m ­
blent être devenues tout à fait rré(|u entes; c’est pres<|ue
toujours un « chancelier du dieu » qui les dirige ; un fonc­
tionnaire nous rapporte qu’il « a fait onze fois le voyage
de Pount avec le chancelier du dieu Choui, et celui de
Byblos AVfcen, § 22Ü n.) avec le chancelier du dieu '/.c/.\,
et qu ’il est rentré h eu reu s em en t dans sa patrie ». Sous
Pepi 11, il arrive qu'un fonctionnaire, chargé d ’équiper un
navire pour une expédition à Pount, m eu rt ainsi que son
équipage, sous les coups des ennemis asiati(|ues, les v Amoti
des Heriousa' » 20(i) ; par conséquent, le point do d é­
part de ces expéditions ne pouvait être que dans la région
de l’isthme do Suez. Kn Nubie, Pepi bT a étendu la domina­
tion égyptienne environ ju s q u ’à la deuxième cataracte. Les
inscriptions gravées su r rocher dans la région de Toinns,
vers l’endroit où le Nil décrit une grande courbe (en amont
de Ivorosko et d ”Amàda) nous parlent d ’une expédition en­
voyée par le roi, qui porte encore ici le nom de Nefersabor,
« atin d’ouvrir les pays de Ouaouat » et s|iécialement la ré­
gion de Jerzet qui en fait partie. Le peuple appelé Mazoi
(Bedja, S 2(3.5) est m aintenant soumis. Ces tribus fournis­
saient ju stem ent à l’Lgyple des hommes très aptes aux em­
plois de l’armce et de la police (cf. S ‘-^54) ; ainsi, dans les
g u e rre s de Pejii P' en Asie, on lève des troupes parmi eux,
comme parmi les Libyens 2()(>). Lorsque M erenrè', ilans
la prem ière et la cinquième année de son règne, vient à
Kléphantine, il reçoit les hom m ages des chefs des .Mazoi,
Jerzet et Ouaouat ; ceux-ci livrent encore du bois pour les
b arq ues qui dev ro nt tran spo rter les blocs de granit de sa
h elations extkbieuues — § 26")

pyramide, el Ouiia, en sa qualité de d irecteu r d u Sud, fait


détacher ces pierres des carrières de Syène. Bien d ’autres
renseignem ents encore nous sont donnés par les inscriptions
dans les tombeaux des princes de la « pointe du Sud » de
l’Kgypte i Tepris), à Eléphantine. Comme ils servent d ’in­
termédiaires poui- les relations avec les pays n ègres et que
ce sont eux qui dirigent les expéditions, ils se donnent le
titre de « directeur de tous les pays barbares de la pointe
ilu Sud, qui apportent à leu r maître les produits de tous
les pays barbares ». Sous le règne de M erenrê', Herchouf
d ’Eléphantine est parti trois fois en expédition dans le sud,
ju s q u e dans le lointain pays d ’Amam qui, déjà sous Pepi P'',
était tenu de fournir des g u erriers ; la prem ière fois, Her-
cbouf accompagnait son père Ari ; les deux autres fois, il
était seul. Son absence durait de sept à huit mois et il re n ­
trait avec un riche butin des produits de ces pays ; les chefs
n èg res dont il avait traversé les territoires avaient rendu
hommage au ))haraon. L o rsq u ’au cours de son troisième
voyage, il ai riva an pays d ’.Vmam, le chef venait de partir en
expédition contre le pays des Libyens (Zeme/i, u à
l’angle occidental du ciel » ; il le poursuivit el obtint de lui
de l’encens, de Tivoireet autres produits rares. D’après ces
données, nous devons chercher .Amani dans la région de la
deuxième cataracte, tandis que les Libyens en question se
placeraient dans quelque oasis de l’ouest, peut-être à Selime.
Dans la seconde année du règ n e de Pepi II, Herchouf ramena
d ’.Vmani un nain danseur lou bien un singe anthropoïde
lencg ? cf. § 2,ô4) qui fit la joie du jeune roi. D’antres inscrip­
tions à Elé])hantine, <|ui datent de Pepi II, nous rapportent
les combats qu ’il fallait sans cesse renouveler dans ces ré­
gions ; ainsi, Pepinacht fut envoyé par deux fois dans les
pays nègres de Onaouat et de Jerzet q u ’il dévasta et dont
il ramena des prisonniers et des troupeaux en g ran d nom­
bre ; le chef d ’une autre expédition, Mechou, trouva la
m ort à Onaouat, et il fallut que son fils Sabni allât, avec une
11. 17
F IN D E L A N C IE N EM IM RK. E P O g U E D E T B A N S IT IO N

escorte J e soldats, délivier le cadavre de son père, (pi'il


ramena dans sa j)atrie.

lixpétlUioiis des cliaiiccliers à Bybloset à Pouiil, ap. : S e t i j e , Urk. di’s


t. /?., n** 29; lecture rectifiée par S ivi u k , Ã.Z.,-45,10.— Inscriptions
(l’Élépliimtine(Cf.§ 269 ii.): S k tmk , V r k . , p. 120 sq.,et S c i i i .vi'Au k l l i ,
fUlla reale -le. üet Lineeî, 1892, sér.4 a. vol. X, et lùiMv>. 1./., 30,78 s<p. 31,
65; Z/),lfG.,40. 574sq. Les autres textes, ap, S k t i u ;, p. 110 s,134,t. ltts(|..
140 sq.; B ue v s i e u , l;ic. lin -., 1,323 sq. Bu outre, il y a un grand nojubrc
de noms gravés sur les rocliei’s de Tomâs: W e i u a l i ,, AiiI. of Lower \iibia,
pi. 36 el 58, avec les inscriptions de Nefersahor.M a s p e u o , lier., 1.5, 103,
et H. ScHAKEtt, onl signalé, avec raison, qu’il est impossible, malgré
l'opinion d ’EuMAN, d’admelti'c que la région d’inlluence égyptienne se
soit étendue, sous l’.Vncien Empire, plus loin que sous le .Moyen et le
.Nouvel Empire.

266. Sous F’epi I", il fallut e n treprend re en Asie une g uerr


assez importante et su r laquelle nous som mes assez bien in ­
formés, car c’est le d irecteu r du Sud, Ouna, qui nous en
parle dans son tombeau. 11 classe ces ennem is parmi les
Amou, c’est-à-dire les Sémites d ’Asie (.Si 167), et les d é ­
signe sous le nom de lleriousa', « ceux qui habitent les
sables » ; il s’agit bien de trib u s sém itiques, habitantes du
désert, mais qui, depuis un certain tem p s, ont envahi le
pays civilisé de Palestine et, de là, cherchent h p én étrer en
Égypte. 11 semble donc qu'en Syrie se produisent de grands
mouvements de peuples analogues à celui des B édouins (|ui,
au quatorzième et treizième siècle, envahiront la Syrie, et au
nombre desquels seron t les Hébreux. Nous pouvons suppo­
ser que les campagnes des É gyptiens sont en relation avec
ce mouvement en avant des Amorites en Syrie. Pepi 1'"' e n ­
voie contre eux tous lès contingents de l’Égypte, y compris
ceux des nègres de Jerzet, Jain, Maza, Ouaouat, Kaou et
les Libyens xlu pays d e s /.e m h o u , sous le comm andement
« des comtes, des chanceliers, des amis intimes du palais,
des nomarques du Sud et du Nord, des g ran d s-p rêtres des
pays du Sud et du Nord » ; la direction de la campagne fut
H U IT IÈ M E D Y N A ST IE — § 267 269

conliéc à Ouna. Celte a n n é e se rassembla dans le sud du


Delta, dans les forteresses d ’irnhotep e td e Snpfrou (§§ 230),
2:52, n.) ; au cours de cinq campagnes, le pays des Heriousa'
fut pillé, « les cham ps furent défoncés, les citadelles d é m o ­
lies, les figuiers et les ceps de vignes coupés au ras du sol,
les métairies incendiées, des dizaines de milliers d ’homm es
mis à mort, de nombreux prisonniers ram enés en Egypte ».
Il s’agit donc là d ’une g u e rr e qui exigea plusieurs années
et qui n ’était nulleinent dirigée contre des bandes de Bé­
douins, mais co n tr ô le pays civilisé et cultivé de l'alestine.
Einalement Ouna e n tr e p rit une expédition par m er, afin de
su rp re n d re l’ennem i par d e rriè re ; il aborda p rès du « nez
de gazelle » — pro bab lem ent le Carmel — marcha « à travers
le pays montagneux au nord du pays des H eriousa' » et
leur infligea une ru de défaite. Ces campagnes eurent-elles
pour résultat la soumission ell'ective de la Palestine ? Nous
ne le savons pas. En tout cas, de nouveaux com bats furent
nécessaires par la suite, et nous avons déjà vu 265) que
ces Heriousa', sous le règ n e de Pepi II, o n t su rp ris et
anéanti une expédition qui se rendait à Pount. Aussi Pepi-
nacht d’Éléphantine est-il envoyé contre eux pour les châ­
tier, et ram en er en Égypte le corps du capitaine égyptien
qui avaitété tué.

Notre source sur ce sujet est rhiscription d’Ouiia (§ 264). Je signale


que NV.-M. M C i. i. k u , Etjyplulotjivnl Hesearvhes, I, pp. 5-H, attribue à la
V“ dynastie deux fragments qui sont au Caire et oà sont gravés des
figures représentant les peuples étrangers. Or le premier fragment
appartient au Nouvel Empire, le second à la basse éqoque.

Huitième dynastie, dissolution de t'unilé du royaume.

267. L’Ancien Empire a achevé de vivre p endant les troi


générations q u ’embrasse le règne de Pepi II. Les noms de
ses successeurs n ’apparaissent dans les inscriptions que très
FIN DE l ’a n c ie n EMPIRE, ÉPOQUE DE TRANSITION

Taiement; et .s’il csl ho is de doute ([u'apiès l’epi 11 des lois


oui coiisliTiit leuTS lomlieaux dans la nécropolo de Memphis,
s ’il est possible do leur atliih u c r certuiiies de ces ]iyra-
iiiides riiiiiées de Sakkara, ((ii’on n ’a pas encore ideiitiliées,
du moins n’a-t-on pu jus<|u’ici retro u v er aucune trace de
ces souverains, l’o u r en d resser une lisle, nous som m esdonc
réduits à coiisuller exclusivem ent la tradition postérieure.
Selon .Manéllion. après Pepi II Xeferkorè' 111, se place
un règne d ’une année, celui de Merenrè' Il Metliesou-
phis 11. Knsnile Manéllion clôt la dynastie avec une
reine Xitokris ; il la fait suivre d ’une VII® dynastie de
70 INIeuiphites, <|ui ré g n èren t 70 jo urs. En adnieltanl (|u’il
y ait ici un fond de vérité historique, on ne saurait y voir
q u ’un interrègne pendant le(|uel, et ju sipi’à l’installation
d ’un nouveau souverain, les plus hauts fonctionnaires île
l’Etal exercèrent le pouvoir, chacun pendant un jo u r ; en
tout cas, il faut rayer la Vil® de la liste des dynasties. La
VIH' dynastie parait em b rasser chez Manéthon (la tradition
est incertaine pour les chilTres)18 Memphites, et nue durée de
146 ans. Le nom de Nitokris (Neil-aqert) parait aussi dans
le p ap y ru s d e T urin, mais doit se p lacerp eut être un peu plus
tard ; à en jTiger ici par l’état très fraginenlaire du papyrus,
on aurait, après M erenrè’ 11, encore huit rois, d o n tles quatre
d erniers ne rég nèren t au total que 7 ans et (|iiclques mois ;
ils co rrespo ndraient à la VIII'' dynastie de Manéthon, qui
com prend un bien plus grand nom bre de souverains. Le
jiapyrus attribue aux rois de la VI' et d e là VIII" dynasties
un total de 181 années de règne [onv. de 2.540 à 2.360 av.
J.-C.). La table de Sakkara saule de Pepi II, sans transition,
à la XI" dynastie; la table d ’Abydos, au contraire, nomme
après M erenrè' 11 encore 17 rois qui nous sont presque
to us inconnus et dont les noms rappellent n ettem en t ceux
de leurs devanciers ; ainsi, cinq rois portent le prénom de
Pepi II, Neferkerê'; il y a en outre un 're tk e ré ' 11 et un Nefer-
erk erè' II, et beaucoup d ’autres noms semblables. Ces rois
H U IT IE M E D Y N A ST IE - S 207

ont donc été les héritiers légitimes de la \ ’l" dynastie ; mais


comm ent leur longue liste peut-elle s’accorder avec les huit
rois du papyrus de Turin, c’est là un prohlème qui reste
encore tout à fait obscur i^cf. § 208 n.;. Après ces liuit rois
se place la plus grande division qui existe dans le papyrus,
et la somme des années écoulées depuis Menés, au total.
9.Õ5 ans ; l’Ancien Kinpire est fini, et l’époque que nous
appelons le .Moyen Empire va commencer.

Poiii* la liste dos rois, cf. nion Aey. Clironoloyio, j). id'à, 171 sq. (Irnd.,
p. *219 sq.) et les rectifications dans les supplém ents ( \6/i. Berl. Ak.
1907, p. 21 sq., trnd., p. 224 sq.)- Le papyrus de T urin no nous a con*
servé po u r la VI* dynastie que des chUTros e t do la VIII* que les
chiiTres des q u atre dern iers règnes. Il faut rattach er là peut-être le
fragm ent 4S, qui porto lo nom de X itokris e t do trois autres rois.
L’Epitom é de Manéthon om et les noms des rois de la VII* à la XI® dy­
nastie ; E ratosthène nom m e 5 rois <te la VI* dynastie, dont Xitokris.
qui clôt la dynastie. Cette X itokris est-olle la même que colle de la
légende rapportée p ar H érodote, II, 100. cela est douteux. (Voir plus
loin la liste des rois).
L 'autre liste, fournie p ar la table d’Abydos, com prend : 40, X elerkeré' ;
41, Monkere* ; 42, X oferkerê' IV; 43, Xeferkeré* V X ebi;44 Telkorô* II,
Sem a : 45 AXoferkerô' VI Chenlou ; 46, M erenhor ; 47, Sneferka I (peut-
être identique avec le S n eferk erê'd e la table do Karnak, n* 30) ; 48, Xe-
k e rô '; 49,XeffTkortV VII T ercrou ; 50, X eferkehor ; .51, X eferkeré' VIII
P episenob; 52, Sneferka II '.Vnou ; 53,... k e o u ré '; 54, X eferkeourè'; 55,
Xefi'rkeouhor ; 5 6 ,X efererk e rè'II.— M onum entsde l’H orus l'm ztaoui
roi Ouazkeré' (cf. § 268 n.) et de l’H onis B eounouter roi X eferkeouhor
( = n® 55 de la table d ’Abydos) à K optos,np. W e i l l , i>écre/:iroya«cc. — Le
n® 49. X eferkeré' T ererou, se trouve peut-être dans le texte de basse
époque publié p ar E hma>', À. Z., 32,127. E kguain)(A/î/i . du serv., IV, 220.
cf. V, 144) cro it reconnaître le nom d ’un roi X eterkeré' ( = n®40)Hotep,
à S a lto rR ig â l, dans un nom (tonné p a r P e t i u e , A season inEgyf)t, 430.
Il faut ajo u ter ici un roi Sechem keré' qui paraît dans un fragm ent de
com pte datan t de celle épo(jue à Éléplianline {/hVral. jiap. des Mus. in
lierlin, fasc. 9, pl. 5), et peut-être aussi les roisA ti et Im hotep à Ham-
m am ât (§ 262 n.); au contraire, le roi M encheperou à El Kab ( S t e u n ,
Z.y 13, 72, pl. II) porte un nom qui n’est probablem ent pas de cette
époque. Les scarabées attrib u és p ar P e t i u e , 116. à cette époque
sont d’origine plus récente, cLNEWHEimv, Scarohs, 66 sq.
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IIU lT Ilb lE DYNASTIE — § 2fi8

268. Si les monuments sont presque muets sur les rois de


ce temps, ce n ’est pas faute d ’inscriptions; nous possé­
dons au contraire un assez grand nombre de tombeaux
appartenant ,à cette époque de transition, notam ment à Mem­
phis, dans le nome du Mont-Serpent fl2“) et .à Tentyra
Dendera) ville de Hatliôr. dans le 6“ nome. Mais les inscrip­
tions des tombeaux ne font plus g uère allusion au souverain
régn an t que dans des phrases vagues telles que : « l’homme
pieux vis-à-vis de son maître » (pius erga regem'i, ou bien
« celui qui est aimé du roi »; cela signifie que les autorités
locales, les intérêts locaux, sont passés peu à peu au p re ­
m ier rang, tandis que la ro 3’auté perdait sa puissance. Com­
ment s ’est oi'ganisé le pouvoir des princes de nomes, nous le
voyons clairement par l’inscription funéraire du nomarque
du Mont-Serpent, Henqou. Il a gouverné son nome d ’abord
avec son frère Il e m r ê ',p u i s tout seul (C. Maintenant, voici
en quels te rm es il s'adresse à « tous les habitants du nome
du Mont-Serpent, et à tous les grands chefs des a u tresn o m e s,
qui viennent à passer devant ce tombeau » : « j ’étais un
homme pieux, aimé de vos pères, loué par vos mères, je
donnais la sépulture à vos vieillards, je prenais soin de vos
orphelins... je protégeais votre vieillesse dans la Cour des
]iropriétaires fonciers (§242i. Je n ’ai jamais fait mon esclave
d ’aucune fille de l’un de vous... j'ai donné du pain à tout
affamé dans le nome du Mont-Serpent, j ’ai habillé tout
homme nu dans mon nome ». Ce sont là formules usuelles
dans les inscriptions des princes de nomes, bien q u’elles ne
revêtent pas toujours une forme aussi typique. V iennent
ensuite quelques traits plus précis: « j ’ai peuplé les pâtu­
rages du nome avec des bœufs, les b erg eries avec des
chèvres, et mêm e, j'ai rassasié les loups de la montagne et
les vautours du ciel avec les charognes des chèvres ». « J ’ai

(1) « J'ai apparu pour gouverner le nome du Munl-Serpent en même temps


que mon frère. •>Sous Pepi II encore, il se serait exprimé ainsi : « Alors la
Majesté du Rni m’a placé comme nomarque... »
2IU F IN D E I.’a NCIF.N E M P IR E , É P O Q U E D E TR A N S IT IO N

peuplé les bourgades l uiuées de ce iiome avec le bétail et


les habitants d’autres nomes » — est-ce à la suite d'uiie
g u erre, ou en favorisant l’im m igration dans son nome. Une
le dit pas — « en sorte que ceux qui, auparavant, étaient
des serfs, se sont élevés au rang de propriétaires fonciers
[seroii) ». « J ’ai fait installer dans le nome des abris pour les
bœufs, des filets pour les p écheurs et les oiseleurs, et, dans
chaque localité habitée, j'ai fondé une « m aiso n de Henqou »
pourvue en hommes (serfs,, en b œ u fs et en chèvres. » Les
anciens ferm iers du domaine pharaonique se sont transfoi’-
m é s e n propriéta ires héréditaires, à l’exemple d elà noblesse
des nomes, devenue elle aussi héréditaire, et le mot ebon-
tise ne se rencontre plus, après la \ dynastie, avec son
ancienne signification do « fermier », q u ’à l’état tout à fait
sporadique 284 n.) ; ces propriétaires du sol, passés sous le
gouvernem ent paternel du prince du nome, le soutiennent
de leurs conseils et de le u r a id e effective. Un princei[ui a su
se créer une situation si indépendante, n’a plus besoin de
s'inquiéter de sa Majesté Pharaonique, qui réside si
loin, à Memphis.

Inscriptions de cette époque à .Memphis (Sakkara) notnniinent au


Musée de Berlin [Aegy/jt. Inschr. dea Kgl. Mus,, lit) sq.), à D endcra, ap.
P e t r i e , Dendereh. Il faut y ajo u ter probablem ent plusieurs de.s plus
anciens tom beaux de Berse (ap. F r.vser, El liersheU, H, p. 57) et au.ssi
les tom beaux les plus récents de Desase. L’inscription de H enqou. ap.
D a v i e s , Der el Gehrawi, II, 2 i s, trad u ite i>ar f î u i F F i T i i , a été éditée
d’une façon e.xcellente p ar Sethe, Urk. des .t. II., 76 sq., mais il lui a ttri­
bue, comme B iiE A ST R n, I. ISO, une date trop ancienne ()î-61 n.).

268 a. En apparence, l’unité du royaume se maintient


en core; le roi envoie ses décrets à tous les fonctionnaires,
à tous les tem ples du royaume, il lève des redevances, des
impôts et des corvées, il envoie des fonctionnaires en to u r­
nées d ’inspection, à l’exemple de ses ancêtres do n t le culte
est d ’ailleurs maintenu avec ferveur. On a trouvé lécem-
HUITIÈME DYNASTIE --- § 268 a .

mont à Ko|)tos U'ois édits de rois qui appartiennent à cetle


époque (îj 267 ii.;. Deux d ’entre eux ont été p rom ulgués par
le roi Ouazkerê' ; l’un renouvelle les privilèges d ’une fon­
dation de Pepi 11, à Ixoptos ; l’autre, adressée au vizir pour
tous les habitants de ce pays en leur totalité », menace, des
plus sévères punitions toute personne qui ose faire quel-
ipie dommage aux « statues, autels, chapelles funéraires,
inscriptions, monum ents », et ces punitions sont ; confisca­
tion de l’héritage paternel, perte de la sépulture parmi les
morts glorieux, rejet de la société des vivants ; jiar la même
occasion, le roi émet de nouvelles prescriptions pour que
tout le personnel qui relève des tem ples soit protégé contre
des violences illégales. Voilà qui nous donne quel<|uesaper-
çus su r cette désorganisation où s’écroulent les forces si
bien assises de l’Ancien Empire. Le troisième décret est
du roi Xeferkeouhor; il loue un fonctionnaire qui vient
d’inspecter, avec le Directeur du Sud, une fondation du roi
à Ixoptos. Ce fonctionnaire est un « scribe des champs » (ou
plutôt des cultivateurs) pour cinq nomes de la Haute-Egj'pte,
qui m aintenant sont réunis dans une seule division adm i­
nistrative, du .5' au 9" ; on voit par là combien les domaines
du roi ont fondu. .Si Neferkeouhor est cité correctem ent à
sa place su r la table d ’Abydos, où sou nom vient l’avant-
d ern ier d'une liste de 17 rois, cela prouve que tous ces
souverains ont encore régné su r la Haute-Egypte tout
entière, et que c’est après eux seulem ent que leu rs succes­
seurs, les llérakléopolitains, ont conquis le |>ouvoir; mais
comm ent accorder ces données avec celles du papyrus de
T u r i n N o u s ne le savons |ias. Un fait seulem ent ressort
avec certitude : à mesure que s’accroît la puissance des
jirinces de nomes, et, eu même temps, les domaines de main­
morte avec tous les privilèges que le roi y attache, l’auto­
rité royale s ’all'aiblit et les nomes se ren d ent toujours plus
indépendants. I/É g y p te a fini réellem ent par se d ésag ré­
g e r en autant de |)rincipautés indépendantes que l'Empire
FIN DE L A N C IE N E M P I R E , EP O Q U E D E T R AN S IT IO N

Carolingien au neuvième siècle de notre ère, ou que l’empire


d’Allem agne après la chule des Stauffen.

Le P haraon d u d è c re t de|K o|)los n'a rien à voir avec un souverain


dont le nom a élé trouvé en lîasse-Nubie (§ 277 n.) e t qui doit poid-
êlre se lire Ouazkeré'.

Kvoluliun de la civilisation pendant l'époque de transilion.


Les commencemenlsdu monothéisme solaire.

ÜÜ'J. La décadence du pouvoir ceniral a eu [)Our consé-


<|uenco une régression notable dans les signes oxléi ieurs
do la civilisation. L’architecture, la décoration des to m ­
beaux s’appauvrit de génération en génération. Ün técbe bien
encore de reproduire les scènes d ’autrefois, mais bientôt on
ne peut plus les copier faute do ressources ou de talent, et
l’éq uipem ent des tombeaux devient de plus en plus indigent
et médiocre. On ne possède plus les ressources que l’.\n-
cien Em pire avait à sa disposition ; aussi les artistes dis))arais-
sent, et il ue reste (|Uoles artisans. Néanmoins cette époque
de décadence a une grande importance pour l ’histoire ulté­
rieure de r E g j pte. Le développement de la noblesse des
nomes a eu pour contre-partie celui de la classe moyenne
qui se fortifie et arrive au jo u r. Nous avons déjà vu com­
bien les princes de nomes font valoir leur sollicitude
envers leurs administrés ; en effet, sans le soutien q u ’ils
trouvaient dans leurs subordonnés ils n 'auraient pu se
maintenir. Si les tombeaux se font plus simples, les
principes essentiels du culte des morts et les croyances,
qui jusque-là étaient réservées à l’élite, deviennent mainte­
nant le bien comm un de tout le peuple. Dans les tombeaux
des uom arques, on retrouve encore le style ancien, la distri­
bution intérieure en ])lusieuis chambres, dont les m urs
reproduisent les riches domaines du seig neu r de la tombe.
ÉVOLU TION DF. LA CIVILISATION ---- § 269 267

iniiis les autres p ersonnes se contentent d ’un petittom beau,


qui a la forme d ’une pyramide de b riques: la fausse-porte se
transforme en une stèle funéraire sur laquelle on grave les
prières des morts et le nom du défunt qui est représenté,
entouré de sa famille, et prenant p art au repas funéraire. On
dépose en outre, à côté du défunt, des rep roductions en a r ­
gile de sa maison et de ses greniers à blé, ainsi que des figu­
rines d ’argile représentant ses serviteurs p o rta n td e s sacs ou
pétrissant des briques avec du limon, des domestiques et
des servantes qui brassent la bière, broient le blé, cuisent le
pain et préparent les rep as; on lui donne aussi des barques
pour naviguer su r le Nil, etc., ou bien on fait peindre ces
scènes su r le cercueil de bois: toutes représentations qui
sont pour nous . d ’une valeur inestimable, parce q u ’elles
nous font pénétrer dans l’existence jo urnalière des classes
laborieuses. Enfin, en guise d ’offrande, on se contentera
de mets imités en p ierre, puisque tout de même le défunt ne
peut y goûter, et on y ajoutera une formule souhaitant que
le défunt trouve comme « offrande royale » aliments, vête­
ments et parures en abondance et à foison, par l’in term é­
diaire d’Osiris, d ’Anubis, et des « dieux de sa ville ». Déjà,
depuis la fin de la V“ dynastie, c’est devenu une formule
usuelle que d ’inviter les passants à réciter ce souhait : « aussi
vrai que vous aimez la vie et haïssez la mort, que vous
désirez que les dieux de votre ville vous aim ent et vous
récom pensent, et que vous désirez lé guer votre rang à vos
enfants ». Cette prière s’inscrit aussi fréquemm ent dans
d ’au tres saints lieux, par exemple sur des rochers à Assouan
et El Kab ; quant aux gens d ’une situation plus aisée, ils
o rdonnent i[ue leur cadavre soit transporté à Abydos, ou
bien ils s'y font élever une stèle commémorative « près de
l’escalier du dieu grand ».
J ’ai cnm lensé dans co cliapitre tout le développem ent de l'époque de
transition en tre la VIIK et laXI» dyn astie,quoique dans la réalité cette
évolution se soit etTectuée avec-lenteur. Mais déjfi les form es nouvelles
F IN nE l ’a n c ie n e m p ir e , épo q u e OE T R A N S IT IO N

font tour ap|>ni‘ilinii dans les toiiihcanx des parlicnliers sous la XI* dy­
nastie (exemiilaÎTCS du .Musée de lierlin, ap. S t e i m 'O io r, C, m h J 'n m h ' des
MilUeint Itfirtu’s; puis GuisTvxr., liiirini a i s l o i n a o f . ani\ Hfjyitl,', S ciiafkh ,
l'rii'alijraher mis item Ti-iniu'l i/cs Wiecsi-m") cl aussi dans les lom bes
royales, très sim ples, de Oral.i aboul negga à Thébes. De même le cha­
pitre 17 du Ui're lies Moiis nous offre déjà sous ta .XII* dynastie uu
double com m en taire; il est ilonc beaucoup p lu s, ancien que cette
dynastie; d ’ailleurs, tout le fond du Lirve des Morls a[iparlient bien
à l'époque prétliébaine (au trem en t le rùle d ’.Ainon u'y serait pas ou­
blié) et, quelques nom breuses q u ’aient été les interpolai ions posté­
rieures, se trouve fdre très ancien.

270. La conception de la vie future n ’est pas moins ré a


liste q u ’auparavant. Le défunt en tre dans le royaume d ’Osi-
ris, dieu qui s’est transformé complètem ent en un souverain
de rO ccid ent ; il cultive les champs de .laroii, ou bien il
rame daiisla barque solaire en compagnie de l i é ' ; eto n même
temps il continue, sons une forme magique, à résider sur
te r re ; on croit, aussi fortem ent q u ’avant, q u ’il est indispen­
sable de recevoir une bonne sépulture, de graver et do.
réciter les formules magiques, d ’équiper le cadavre avec
les amulettes prescrites. Néanmoins, l’élém ent spirituel que
renferme le culte des morts se fait jo u r avec une force
beaucoup plus grande que dans les sobres formules funé-
ra ir e s d e l’Ancien Em pire 239). Ce q u ’on e sp èreav an t tout,
c’est une vie heureuse dans l’au-delà, dont la représentation
détaillée est toujours iilentique à elle-même. Ün espère con­
tem pler les dieux eux-m êmes dans leur sp len d eu r; mais la
condition nécessaire pour arriv er à cette vie h eu reu se est
d ’avoir mené su r terre une vie coiiforine à la justice et à la
morale. Désormais, on p ren d l’habitude d’ajouter au nom
du mort la fo rm u le: « celui dont la parole est j u s te » . Elle
ne fut tout d ’abord q u ’une réminiscenee du procès d ’Osiris
ou d’Horus, que plaida Thot devant les g ran d s dieux de
l’Ennéade et qu ’il gagna su r Sêth, mais elle rappelait aussi
aux Ég 3’ptieiis le ju g e m e n t que le défunt sera obligé de
subir à son tour dans la grandi' salle de l’Occident 239),
EVO LUTION O E LA C IV IL IS A T IO N ■ - S 271

lorsque sou cœur, placé dans la balance afin de témoigner


pour O U contre lui, décidera de sa destinée future. Le défunt
devra affirmer q u ’il ne s’est ren du coupable d ’aucune faute,
d ’aucun péché, confession i[ui sera plus tard incorporée au
Livre des .Morts (cliap. 12.5 et [iréseutée en une liste sclié-
iiiatiqiie de 'i2 péchés.
271. .\ ces conceptions élevées ne répondent plus suffi
sammciiL les formules magiques des vieux tem ps (|ue le
Chriheb continue de réciter su r la tombe, et q u’on grave,
depuis le roi Ûunas, su r les m urs des chambres funéraires
dans les pyramides. Certes, elles redeviendront en vogue
sous le Nouvel E m pire, mais, pour l’iristant, elles se laissent
complètemeni supplanter par les textes nouveaux q u ’on
inscrit su r les murs des tombeaux, sur les cercueils, et ipii
ont contriliué à former ce vaste recueil, intitulé : « Livre
de sortir au jou r », que nous appelons u Livre des Morts »
Sans doute, l’Egyiitieii, malgré les nouvelles croyances,
n ’arrive-t-il pas à se détacher de la magie; la t e r re u r s ’em ­
pare d elui à l’id é e d e s m o n s tre s e t des sp ectresq u i menacent
le repos de l’esprit, qui pourraient le tourm enter, l'anéantir
et lui faire souffrir une mort nouvelle, épouvantable; le
seul moyen de bannir toute crainte c’est que le mort soit
« instruit» des dangers, q u ’il connaisse ces êtres maléfiques,
leurs noms, et les incantations qui les rendent inoffensifs.
Ici s’ouvre à l’imagination une carrière sans lim ites; dés
qu’elle a créé une superstition, elle forge aussitôt comme
remède, la formule magique salvatrice; de ces 42 ju ges, qui
connaissent chacun d'un des jiéchés mortels, elle a tait des
monstres. Or, pour rédu ire les monstres, les livres magiques
en seignent un procédé essentiel, qui sert à tous les besoins
de la vie te r re s tre : il consiste à s’identifier à un dieu q u el­
conque (surtout les grands dieux de la lumière), qui s ’est
trouvé autrefois dans le même d an g er et qui a terrassé le
démon ennem i en prononçant une formule magique. En
outre, les cultes et les mythes locaux ont aussi leurs exi-
F IN DR l ’a n c i e n E M P IR E , É P O Q U E D E T R A N S IT IO N

gences, car le défunt ne place pas seulem ent son espoir dans
le dieu du soleil et les dieux de l’Occident, mais il se confie
aussi à son dieu local et mêm e à tout être dont il a constaté,
à un mom ent donné, le pouvoir miraculeux. De toutes ces
idées qui se mêlent et se croisent, naît un fatras de formules
embrouillées qui, to u te n la issan tsu rg ir certaines pensées au
sens profond, ne sont pas moins déconcertantes en leurbi/.ai--
rerii^ que les vieilles formules des pyramides. Malgré q u ’on
nous parle constamm ent de l’âme humaine, identifiée au dieu
solaire Atoumou-Uê',et à tous les autres dieux, il n’en résulta
pas vraiment de spéculation théosophique su r l’identité
de l’âme et de la divinité ; cette assimilation n ’e s t et ne reste
q u ’un procédé magique. Le même phénomène sc renouvelle
dans toute l’histoire spirituelle de l’Egypte : les idées nou­
velles, qui de temps à autre percent la couche des traditions,
n ’ont pas la force de vaincre les formules ou les idées
reçues et de les faire rejeter complètem ent ; au contraire,
elles se placent, souvent sans nulle liaison, à le u r côté ; aussi
arrive-t-il assez fréquem m ent que les forces tenaces de la
tradition les recouvrent de leur végétation persistante et
finalement les étouffent.
272. Pourtant, c’est p ar l’iulluence de ces formules qu
s’est opérée dans la religion égyptienne une transformation
continue et profonde. Les spéculations d ’Héliopolis sur
l’unité de la puissance divine, manifestée dans la force
créatrice du soleil, et (|ui avaient trouvé leu r prem ière
expression religieuse dans le culte solaire de la V ' dynastie,
deviennent à ce moment les croyances de to u t le peuple
(!j252). 11 n’y a eh vérité q u ’un dieu unique, le Soleil, issu
de l’eau primitive Nounou ; mais le dieu qui vit en lui,
p eu t s ’appeler Atoumou, Ré' ou Cheperi, le u créateur »,
ou de tout autre nom. 11 s ’est créé lui-m ême, il s ’est en g e n ­
dré et enfanté et il renouvelle chaque jo u r au ciel ce p h é­
nomène mystérieux : toujours à nouveau, le soleil-enfant
naît à l’horizon, puis grand it ju s q u ’à devenir un mâle vigou-
ÉV O LU TIO N D E LA C IV IL IS A T IO N — jî ^ 7 2

i-eux qui s ’engt'iidre lui-mèiae dans le sein de sa iiièi-e, la


gl ande vache, déesse du ciel. G’csl lui, le Soleil, qui crée el
éveille toute vie, qui donne au monde sa forme el qui le
régit. Tel est le monothéisme solaire de la théologie égyp­
tienne. Tous les autres dieux q u ’on adore dans le reste de
l ’Egypte sont réd uits à n ’être plus que de simples noms,
ou des com parses et des serviteurs d e l ’ « Unique ». Ces
théories, développées à Héliopolis, où le culte solaire a
g ardé par conséquent sa forme la plus pure, se sont répan­
dues su r toute l’Egypte; enveloppées de mystère, elles for­
maient le tréso r de sagesse des p rêtres qui initient à elles
les classes cidtivées,les « Instruits », etn o u s le s rencontrons à
chaque pas, exprimées dans le Livre des Morts. Dans la pra­
tique, il faut bien le dire, on opposait à ces théories mono­
théistes d'iniiornbrahles divinités locales, et celles-ci revendi-
([uaient leurs droits d ’autant plus àprem ent q u ’elles avaient
regagné en im portance depuis l'émancipation des nomes el
leur indé])endance politique du pouvoir central. P o u rto u s les
besoins de la vie terrestre, elles étaient les seules cajjables
de venir en aide, et le sacerdoce avait le plus g ran d intérêt
matériel à soutenir leu r prestige, tout en maintenant les
théories q u ’il était chargé d ’enseigner. A cette théologie en
partie double, il n’y avait q u ’une issue, où le clergé d’Ilélio-
polis s ’était engagé depuis bien des siècles : c’était d'identi­
fier les divinités locales avec les grands dieux. Ces assimila­
tions s’o|)èrent p en dan t toute l ’époque de transition : lié' el
Iforus trouvent le u r u n il é dans un dieu hiéracocéjihale, llê -
Horechouti, « llè'-l’Horiis dans l’horizon » ; le dieu crocodile
Sobek, Chnoumou d ’Eléphantine, le nouveau dieu Amon de
T h èb es,et m êm eparfolsS èth, deviennent des formes de Rè' ;
on identifie .Minou de Koptos et de Panopolis avec Horus, et
on déclare que toutes les g ran d es déesses sont déesses du
ciel et mères du soleil. Thout, d ’ilerm opolis, se subordonne
comme dieu de la lune à Rê', dont il est le vizir. Un domaine
séparé est réservé au dieu des morts, Osiris, dont le sanc-
KIN DE L A N C IE N E M K IK E. E K ü y U E D E T liA N S lT lD N

tu aiie le plus sacré est iiiaiiilenaiit Al)}dos: il a pour su'ur


et épouse Isis « la grande uiagicieiine » (|ui joue un rôle
iniportaiit dans la magie et dans le culte des morts, mais
qui ne connaît guère encore de culte indé|)endaiit. Le s e u l '
dieu <|ui reste absolum ent eu dehors de cette sphère d ’at­
traction, c’est l’t a h — et cela est signilicatit ; étant le dieu de
la capitale du ro}aume 247' sa position n ’a point besoin
de se fortilier par une assimilation à Hô' ; bien plutôt, c’est
lui q u ’on lait l’aulcur et le créateur du monde et à <|ui on
subordonne lié' Alouinou) dans le système de .Memphis.
Nous possédons, dans une rédaction postérieure, les frag­
ments d ’un traité théologique, qui remonte à la belle épo(|ue
de l’Ancien Empire, et qui nous commente un e.\[)Osétrès
ancien du mythe d ’Osiris. Dans ce livre, c’est l ’tah de Mem­
phis <|ui est présenté comme le dieu primitif, identique à
l’Eau originelle. Nounou. 11 a d ’abord e n g e n d ré le dieu
.\tonniou, l’ancêtre de tous les dieii.v <|ui suiven t,et il a tran s­
mis à Atoumou toutes les ([ualités (pi’il possédait: puis il
s ’est dillérencié en huit formes, et c’est sous la forme de
PtaliTotoneuti, identiipie avec le u dieu do Toiieut » q u ’on
adorait à Memphis (ü 180), (|u"il a réuni les tieux royaumes
en prenant la figure d’Horus, etc. Ensuite, le fragment nous
expose d’autres spéculations philosophico-théologiqiies.
Tous les o rganes conduisent au cœ ur; c’est dans le cœur ((ue
naissent les pensées, que la langue peut convertir en paroles.
Ainsi l’tah est-il appelé « le cieur et la langue de la neu-
vaino des dieux », car c’est lui (|ui a produit le cœ ur et la langue
d ’.\touin et c’est de la bouche que sont issus Sow et 'l'efé-
net ; car, selon une légende ancienne, Atoumou a craché sa
semence et aainsi en gen dré sesenfants par auto-fécondation ;
mais l’tah, par la langue d’Atoumou, qui ii’est ipie son hypos-
tase, a prononcé le verbe créateur qui a fait su r g ir toute la
création, les dieux et les villes, les nomes avec leurs temples
et leurs offrandes, et toutee qui existe de bon et de mauvais.
On voit combien anciennes sont ces spéculations de la
E V O L U T IO N P E LA C IV IL IS A T IO N — 273

« sagesse égyplienne », mais nous constatons une fois de


plus comment tout eiTorl cIc' pensée indépendante se laisse
entraver par les données bizarres des anciens mythes. On
ne peut pins accepter ceux-ci p urem ent et sim plem ent dans
leur sens littéral ; il faut les revêtir, du manteau d ’u ncg rav e
philosophie, (jui cherclie à concevoir le Monde comme unité
spirituelle : mais, d ’autre pa rt, on ne peut se décider à secouer
la tradition ; et il en résulte une mystique, tissue de contra*
dictions, où la trame de l’idée nouvelle tantôt se perd, tantôt
s’enchaîne à des croyances contradictoires. Il reste toutefois
que ces spéculations ont renforcé le sentim ent religieux et
le développement du culte : les divinités locales exigèrent
beaucoup plus d 'égards à partir du mom ent où, élevées au
rang de puissances universelles, elles rep résen tèren t aux
yeux des fidèles les formes variées du grand dieu unique.
Or, dès qu'une idée descend dans le domaine de la pratique,
il se produit à ce contact une réaction : le bénéfice de to ut
ce dévelopj)enient religieux n'est pas allé au dieu solaire —*
on considère comme tout à fait superflu de lui élever de
nouveaux sanctuaires, à l’exemple de la V® dynastie — mais
il est allé à ces divinités locales dont le regain de vitalité
a annulé l’idée monothéiste.

Le trailé Ihéologique su r Ptal.i fut coj)i0 su r pierre, par l’ordre de


Sabakos, d ’ap rès un texte ancien et m utilé ; du m oins, avons-nous
conservé en partie cette reproduction. La prem ière élude fondam en­
tale en a été faite par B r ea s i kd , The philosophy ofa Memphite ijriest, A. Z.,
39, 39 sq., puis p ar M a s p k u o , N/u* la foute-paissoiice de la parole, Rec.,
2 4 ,168 sq. ; elle vient de faire un grand pas de plus avec E r m a n , Ein
iJeitkmal memphitischer Théologie ap. Ber. Berl. Ak., 4911, 916 sq., dont je
suis la dém o n stratio n ; dans l'édition précédente, j ’avais attribué au
Moyen Em pire la rédaction de l’ouvrage, mais Ernian a prouvé que le
texte, qui a servi de modèle au copiste, est beaucoup plus ancien),
l'rnian attire mon attention su r ce passage d ’Horapollon, I, 21 :
y.ap^ta tô r,Yr,ijLOvt/.(iv tou af*)|Aato; et yXoiaoa ToO etvai ; c’est lü doctrine
môme de notre texte. — Cette assim ilation que nous venons de cons-
Inter en tre PlaI.i et Atoum ou n’a pas laissé de trace dans le langage du
11. 18
274 F IN D E I. A N C IE N E M P IR E , E l'O y U E D E T R A N S IT IO N

culte, de meme ((ue l*tah e t Kô‘ so n t restés séparés sans se confondre


En revanche, P tah s'est confondu de bonne heure avec les autres
dieux locaux de la région de .Memphis, S okar et <( celui de T onent n,
et on l’a idcntiiié égalem ent à Osiris, dans la synthèse très fréquente
Ptali-Sokar-O siris ; il a p eu t-être existé un lien très ancien entre
Ptah et Osiris (§ 210, n. i.

Les H érakléopolilains.

273. Après la V III'd y n a s tie suivent, chez Mauéthoii, deu.x


maisons royales com prenant chacune 19 rois, la IX” et la .X”
dynasties, toutes deux originaires d ’Hérakléopolis (Henen-
sou, auj. ;\hnâs) au sud de l ’entrée du Fayoum. Le fondateur
de ces dynasties, Achthoes, fut, d ’après Manéthon, « plus
méchant <juc tous ses prédécesseurs et lit beaucoup de mal
aux habitants de toute l’E gypte; plus tard il tomba en d é­
mence et fut tué par un crocodile n. L ’Epitomé n ’a pas
én um éré les noms de ses successeurs. Les tables royales
que nous a conservées le culte des morts, omettent ces
deux dynasties comme illégitimes la table de Sakkara omet
égalem ent la VIII”). Le papyrus de T u rin , <|ui meutionue
quel(|ues rois seulement de la VTll' dynastie fait suivre la
g ran de coupure dynastique (ij 2ü7> d'une série de 18 rois,
qui correspondent aux Hérakléopolitains et <|ui étaient peut-
être divisés en deux dynasties; parmi les (|iielques noms
qu’il nous a conservés, nous trouvons au troisième, ou an
quatrièm e rang, un Achthoes (écrit ( ’h ti; [)von. : ,\chtôi) qui
est apparem m ent le deuxième roi de ce nom. Il y a au moins
3 rois Achtoi ; ils nous ont laissé un petit nom bre de monu­
ments insignifiants; leur nom est, à cette é|) 0<|ue, un des
noms propres les plus répandus. Nous pouvons supposer
que Achtoi I“” fut quelque puissant prince de nome qui fit la
g u e rre aux Memphites pour s'em parer de la couronne
royale; sa domination s’étendait ju s q u ’à la prem ière cata­
racte où nous apparaît son nom: mais il est possible que les
LES HÉ R AK L ÉO PO LI TA IN S — § 273

rois de la VIII“ dynastie sc soient luaîntem isquel(|ue lejnps


dans une partie du pays, à côté de la dynastie nouvelle. La
résidence de ces nouveaux souverains était à Hérakléopolis,
mais du moins Tun des derniers rois, Merikerê*, régna aussi
sur Memphis et s ’}' fit peut-être bMir une pyramide. Ce que
Manéthon nous rapporte de la cruauté crAclitlioes, peut-on
l’in terpréter en ce sens que ce roi aurait essayé d ’opprim er
avec violence la noblesse féodale ? Parmi les quelques dé-
J)ris de noms conservés su r le papyrus, il en est de forme
insolite; pourtant le nom de N eferkerê', qui arrive avant
Aclitoi H, prouve tout au moins cjue ces rois o n t cherché à
se relier à leurs prédécesseurs de la Y b dynastie.

P ans .Manéthon, seules les données «le rA fricain on tq u elq n e valeur ;


IX“ dynastie : ty (Barb., *20 ; Knsèbe, i) H érakléopolilnins, i09 ans
(Barb., e t Kus., 100 ans) ;
X® dynastie ; 19 (Barl>. 7 ; Eus. 19) H érakléopolitains, 185 ans (Bnrli.
ÎOÎ; Eus. 185).
Nous avons appris quelquechose de pins exact su r ces dynasties par
les inscriptions des noinarques de Sioiit (ils se suivent dans cet
o rd re : Tombeau 5, Achloi 1®‘‘ ; t. 3, Tefjeb ; t. 4, Acliloi II sous le roi
Merikerê') ; G kiffitii, Insc. ofSiut and ber Rifeli, 1889, a donné de ces
inscriptions une publication excellenic (elle était incom plète chez
Mahikttk, Mon. div., 08. 09); cf. encore M asphuo, Mon. div.., texte, p. 21
e t DK R oügk, Insc. hier., -288-293, e t§ 2 7 4 n . — M onum ents de M erijebrê'
\ch to i I " : Masi' kuo, P S B .\., 13, 429 ; P ktuik, History, I, 114 s .; A hmkd
K emal, Ann. du serv. X, 185 m ention de O uahkerè'A chtoi II (?) s u r le
sarcophage d’un p articu lier à Berse ; ce p arlicu lie ra fait recopier pure­
m ent e t sim plem ent une inscription em pruntée à une tom be royale :
L \c.\v, Rec., 2i, 90 sq. Nous trouvons le nom d ‘nn troisièm e Achtoi :
Nebkeou, su r un poids en jaspe, ap. P f t i u k , //y/wox and Israélite cities,
j)1.32 a = 33, i ; c’est pro b ab lem en t le même roi que le roi Nebkeourê*
du Papyrus du paysan (Berlin), qui résidait à H érakléopolis. Vase d'un
Achtoi : Daukssv, Ann. tliiserv., XI, 47. C'est Maspkuo qui le prem ier a
reconnu le nom Achtoi su r le p apyrus de T urin ; ce nom apparaît
aussi dans un papyrus de P etersb o urg encore inédit ; il y semble
associé à une g u erre contre les Asiatiques (‘Am ou); Golemscheff, À., X.
14, 109. Le roi M erikeré' est m entionné dans le tom beau n** 4 de Siout
et s u r une palette de scribe : P k t u i k , IHst., 1, 115; il est probablem ent
FIN DE l ’a NF.IEN E M P I R E , ÉPOOEE D E TR A N S IT I O N

iilentique avec le M erkcrè’ iiientionmS s u r le cercueil «lu chm icolier


A pa'aiichou (-Iri/, lnsrii. îles llcrl. l/i/.s'., p. Ikil s ip iq iii fut priMre (Je sn
pyram ide et de celle de T cli, com m e Vmmpcmliet à S akkarn lf)t mi;i.i.,
Excni’utionx n! Siil.h-iim, I, pl. dd ; (7/, pl. Jë, un au tre jirc'tre de la p y ra­
m ide de Merkcrè'). — ï,cs sc ara b ées classés p a r l* i:T a ii:, ///.s7., I, i Klsq,,
n ’a p p a rtie n n e n t p as à celte ép o q u e ; Cliian est un roi Ilyksos.

274. A l ’ép oq u e d es Ilérakléopolitaiiis ap jiartiem ien


lus tom beaux de.s n o m arq u es et g ra n d s -p ré tru s de -Sioiit
li!'' nome). Le p re m ie r de ces n o m a rq u e s, .\clitoi, raconte
(|u ’il fut élevé à la c o u r royale de llérakioiqiolis et q u ’il a p ­
prit à n a g e r avec les enfants royaux, taudis (|uc sa m ère
go u vern ait le n o m e à sa place. Devenu n o m a r q u e , il creusa
un canal, ap p ro v isio n n a Siout en blé, accru t la |)io sp érité
de ses su je ts et les r e v e n u s d es tem p les. 11 g ard a sa fidélité
au roi et l’acco m pagn a d a n s ses voyages s u r le N il. .Ainsi,
« Siout fut satisfaite sous mon g o u v e rn e m e n t, Ilé rak léo p o -
lis loua Dieu p ou r moi ic’est-à-dire me r e m e r c i a ’, le Sud et
lu l>ays d u N o r d disaient ; voilà renso ig iiem eiit d ’ilo ru s (c’est-
à-dire d u r o i \ I) Le pouvoir du roi s ’étend à tou te l’É g y pte,
mais il est c e p en d an t qu estio n d e g u e r r e s ; Aclitoi n o us
parle de s e s vaisseaux cl de ses soldats et se vante de savoir
lendi-e l’arc et m an ier l'épée recoiii béi’. Son su e c e s se u r'J’ef-
je b ne fut pas moins én crg iip ie d a n s son ad m in istratio n :
« celui qui s ’un dorm ail la nu it s u r la g r a n d e ro u le me louait,
car il était com m e un b om m e dans sa m aison et la crainte
(|u ’in spiraicn t m es soldats le p ro tég eait. » Mais déjà do son
vivant, les nom es d u su d s ’étaient s é p a r é s dos Hérakléopo-
litains, cl des com b ats très longs, avec alternatives d e vic­
to ires et de défaites, e u r e n t lieu co n tre les d y n astes ijui
s ’étaient élevés à Tbobes 276i. A ussi les soldats jouent-
ils c h c / Tefjob un g ia n d rô le; son fila Achtoi 11, qui vivait
sous le r è g n e de M erik erè', les a fait p e in d r e s u r le m u r de
sa to m b e ; un a u tr e n o m a r q u e M csehti, a voulu ég a le m e n t
e m m e n e r ses tr o u p e s fictives d a n s l’a u tr e m onde. Il a fait
re p r é s e n te r un e com p ag n ie d ’in fan terie de lig n e, eu files de
LES H K R A K I. E O P O U T A IN S • §274 277

10 Iiommos siii- 1 de fi’ont; leurs arm es sont une lance à


hauteur d ’homme, avec pointe de cuivre, et un bouclier de
bois pointu par le haut, élargi par le bas, et recouvert d'une
peau d ’anim al; c’est là lout leur équi|)ement avec le pagne
habituel des H gjpliens et la grande perrmiue. Ils re p r é se n ­
tent le contingent du nome. .A côté d’eux, marche un corps
d’a rc h e r s d e petite taille ; ce sont des n èg res (et des Libyens ?)
(|ii’on recrutait dejiuis l’Ancien Em pire pour former des
troupes perm anentes de guei rc et de police ilj 254) ; chacun
tient à la main un arc simple avec quatre flèches luiinies
d’une pointe de silex ; comme vêlement, ils n ’ont q u ’un ])agnc
autour des reins. Ces scènes militaires, si différentes des
scènes traditionnelles représentées dans les tombeaux, mar-
(|uent clairement dans quel état d ’insécurité est tombé le
royaume. Il est probable que c’est à partir du moment où les
souverains thébains sont arrivés à quelque puissance, c’est-
à-dire vers 2160 avant .lésus-Christ, que le papyrus de T u rin
commence à les reg ard er comme les pharaons légitimes;
c’est pourquoi il passe sous silence les noms des d ern iers
llérakléopolitains, Merijterê' et ses dern iers prédécesseurs
et successeurs ; de là une explication de la discordance
dans le nombrq des rois, donné par le papyrus 16) et
Manéthon (38). C ’est un calcul en sens inverse q u ’on trouve
ensuite dans Manéthon où l’Épitomé attribue à la XI” dynas­
tie 16 rois thébains avec un total de 43 ans seulement, ta n ­
dis que le papyrus ne cite que 6 rois pour une d urée de
160 ans. Combien do tem ps ont régne les 18 Ilcraldéopoli-
tains reconnus par le papyrus, nous ne le savons pas; mais
11 semble q u ’on ne se trom pera guère en évaluant leur
époque, et par conséquent l’intervalle entre l’Ancien e t le
Moyen Empire, à une durée approximative de 200 ans, de
2360 à 2160 avant .lésus-Christ (cf. § 162).

Les inscriptions de .Siout, actuellem ent très mal conservées (§ 273),


ont été étudiées p ar M\si*Ki«o, Hisl. «/<<•., I, sq .; (îuirFrni, lUihyl. nud
FIN DK L a n c i e n EMIMAE, KPOQUE DE TRANSITION

Orient record, III ; H u f a s i k d , .\ne. Iter, I, H9i sq. Au lonil>eaii tie Tcfjob,
le récit des com bats avec le Snd ii'a jam ais été achevé ; en o utre, <iii
Ta fait rocoiivi'ir, pour des raisons i)olitii(ues, avec du stuc (tombé
m aintenant en partiel cl ou a rem placé rancien texte par un autre,
sans intérêt. R eproductions des soldats : G n iau tr, /.<• Musée éijyidien,
I, [)1. .S3-3(i ; RommvuDT. Slnliien x'on Konhieii and Prii'atleiden (ap.
logue du Caire), 11°=* 'la~i, 258; M xsi'KIu*, Guide du Musée du Caire,
2® éd., 1912, 316 sq. — Les reliefs du leniple funéraire de Meii-
touhotep (Xavu.lk a n d H v u . , The \ I dyn. Temide at heir el linhnri, I),
m o ntren t (pl. 14 h.) des g u erriers égyptiens arm és de la hache de
gu erre et d ’un bouclier de cuir tendu su r un cadre de bois, qui s’ar­
rondit p ar le h au t; à la pl. 14 f., 15 c. d .,c e s reliefs nous m o ntrent des
arch ers p o rtan t un arc sim p le; su r la pl. 15 d., ils o nt derrière la tête
une plum e fixée à un diadèm e. La plupart <les g u erriers égyptiens ont
des lanières entrecroisées su r la p o itrin e; on les rem arque aussi chez
le prince royal .Mentouhotep, qui porte un m e et une hache de guerre
passée dans sa cein tu re, pl. 12 b. Les arch ers jo u e n t évidem m ent
le rôle le plus im p o rtan t dans le com bat ( cf. pl. 14 d et 15 c; ; Ten-
nem i est ensuite assom m é avec la hache de g u erre (cf. 15 gh>. Ces
rep résen tatio n s évoquent vivem ent le souvenir des reliefs guerriers
de S argon 393,404 ; Snmerier und Seniilen, 9). P our les soldats rcqjré-
sentés dans les tom beaux de Benihassan (X kwhkuhv, lieuihassun, 1, pl.
14-10, 47 ; II, pl. 5, 15) la lance n’a q u ’une im portance secondaire ; la
plupart so n t arm és d’uii arc, d ’une hache de guerre ou d ’un javelot.
Le tom beau de 'Ahanacht, vizir e t noniarque du nom e du Lièvre,
app artien t aussi p robablem ent à l’époque hénikléopolitainc: G iu rrn n ,
Cl Liersheli, 11,1.5, et [>., 8 sq .; ihid., les g raffiltid e llalnoub,!!® 2,1 3 a,
13 b, so n t de même date ; et aussi les plus anciens tom beaux de Beni­
hassan. — P o u r le calcul l'intervalle entre la VI® et la Xll® dynasties,
il est im p o rtan t de voir les nom arqries du Lièvre, A’ha et Thou-
tnacht, fils de T eti, qui vivaient sous la XI® dynastie el peut-être en­
core sous les H érakléopoUlains, re sta u re r les tom bes délabrées de
leurs an cêtres .d e la VI® dynastie : Scheck-Snïd, pl. 29; J . k i ' s i u s , üc/i-
kinàler, Text., U, 123; L. h ,, 11, 112 e, 123 b, c. Cf. G iun rni, Cl-Bersheh,
11, p. 10, 57, 0 5 . D 'autres indices pour la chronologie se trouvent dans
les graffitli des carrières d 'alb àtre de Ijalnoub.
VI

LE MOYEN EM PIR E

//ai'ènem enl de Thèhes et la X I ’ dynastie.

275. Au sud dos nomes de Koptos et de Dendera, s ’éten


le 4”nome, celui du Sceptre, Ouest, dont la capitale e st « On
du Sud » (Hernionthis), résidence d ’un dieu-faucon, Mou­
tou. Sous l’Ancien Empire, ce nome n'a jo u é aucun rôle ;
c’est vers la fin de la VI” dynastie que nous entendons pour
la prem ière fois |)arler d ’un prince de nome, Ahi (§ 263 ii.),
qui a fait construire son tombeau en aval, là où les falaises
rocheuses de l’ouest se rapprochent de nouveau du fleuve
(Asasif). Eu face, su r la rive orientale, il y avait à Opel
(aujourd’hui Lou.xor) le sanctuaire d ’Amen, un dieu proche
parent de Minou, le dieu voisin de Koptos ; comme celui-ci,
c’est un dieu de la génération, ithyphallique et adoré sous
forme humaine ou celle d ’un bélier. Plus tard la capitale du
nome du Sceptre fut transférée à Üpet. De ces com­
mencements obscurs est sortie la ville gigantesque'que les
Grecs, [)our une raison inconnue, o n t appelée Thèhes. A
l ’époque des llérakléopolilains, ce nome était la possession
d ’une famille où alternent les noms Antef (dont la pronon­
ciation véritable est inconnue) et Mentouhotep ; ces dynas-
tes acquirent peu à peu une grande puissance et finirent
2 80 I E MOYEN EM P IR E

par secouer la suzeraiiielé des pharaons d ’Hérakléopolis. La


table de Thoutmosis 111 à Karnak, i[ui nous présente une
liste de rois, choisis avec assez d ’arbitraire, nomme les pre­
miers de ces souverains thobains à la suite des rids de la
VI" dynastie et avant ceux de la \11". A leu r tête se place un
« prince {rpa'ti) Antef ■>, évidem ment un prince de nome,
qui s'est déjà ren d u indépendant en fait, to ut en reconnais­
sant officiellement un suzerain. Il est probablement iden­
tique avec le personnage dont le tombeau nous a été con­
servé au nord de la nécropole thébaine (à Drah Abou’l
Negga), et qui s’appelle « prince et comte, nomarque ilu
nome thébain, qui rem plit le cnuir du roi, d irecteu r de la
Porte du Sud » — sa puissance s ’étendait donc déjà ju s q u ’à .
Eléphantine (§264) — «la grande colon ne, i[ui no u rrit ses deux
pays, le grand-prêtre Antef ». Après lui suivent sur la table
de Karnak, un Mentouholep et doux Antef, accompagnés tous
trois de leur nom d ’Horus (inalheureusement détruit), ce qui
les distingue de tous les autres rois énu m érés sur la table.
Cette particularité s ’accorde avec le fait que s u r les rares
monuments qui nous restent d ’eux, les p rem iers souverains
de la XI* dynastie p ortent effectivement le titre de rois, mais
n’ont pas un nom de couronnem ent: or celui-ci est on usage
depuis la V" dynastie et les llérakléopolilains avaient suivi la
tradition. Au lieu du nom de couronnem ent, ces rois thé-
bains ont ajouté à leu r nom personnel l’épithète « fils de
Rè‘ », et c’est avant cette désignation (|ue se place le nom
d ’Horus, dans toutes les inscriptions de leurs fonction­
naires et celles des te m ps postérieurs. Ainsi, ils avaient
beau prétendre q u ’ils étaient les vrais Pharaons, le fait qu'ils
n ’étaient reconnus que par une partie du pays trouve son
expression dans leur titulaluro.

H erm onthis ap p artien d ra plus tard au 3* nom e, de L utopolis; mais


à l’origine il faisait partied u nom e th éb ain ; preuve en est l’inscription
funéraire de Ahi [Ann.dtt serv., lV ;9 7 )ctle g ran d prestige dont jo u issait
auprès des rois théhains le dieu Monton (Monzon) considéré comme
l ’avknkmrn ’t ni; t h k b e s i ;t la W d y n a s t ie — ^ 27li

(liiHi d e là g u erre, .doni le nom sert à forincM* beaucoup de noms pro ­


pices. — S ur la form ation de Tbôbos qui a englobé plusieurs Jocalilcs,
cf. MvsrKuo, \iéni. tie Ut miasitm nn Oiùv*, I, 181 sq. Nous avons une
idée pins claire de la XT dynastie depuis que STi;iM)onKF,.\.X., 33. 77 sq.
a prouvé q u ’un g ran d nom bre de rois (|u’on lui alirib u n ii autrefois,
apparliennont aux XIII*’et XVII'' dynasties (§309). N éanm oins,elle re n ­
ferm e encore pour nous beaucoup d ’obscurités. B u k a s t k u a fait uii
essai de restitution que j ’avais adopté dans mon dcr;. C/im/io/., 156 sq..
{frn d .fr.\). "i'il sq.) mais qui a été réfuté com m e insoutenable par
.Sltue, i. y.., i!2, 131 sq. (cf. aussi ("«a l t u i k u , lîiilL <le Vinsl. frtinr. d'urrli.
tirienf. fjff Cttire, V, 23 sq .): cependant le systèm e de Seth<* n’est pas
diwanlage adm issible, et N wii.u:, The M dynasty Tenijde al heir et
linhnri, I, 1007, p. 3 s(|., n’a pas non plus résolu les difliim ltés; cl*.
\nrhlrage znr \etj, Chronolvf)ie ap. Abh. lîerl. \knd. 1907 itrtul. p. 227
sq.) et les rem arques de Nw ili .k, A. 46, 72 sq .; les opinions expri­
mées p a r V. H i ss ing . Rec., 33, 38, o n t été p o u r la p lu p art réfutées par
Galtuieu qui a fait de ces docum ents une étude très judicieuse et sug­
gestive : \o iiv, remarques sur la .M^dyn, ap. Bull de Titisl./r. d'arehèol.,W.
S ur quelques points,jem esépni-e de lui ; de nouvelles trouvailles seules
p o urron t nous fixer avec cerfilude. — Stèle du r'puH A nlef: Mauiettk,
Vo/i. iliv.f 50 b ; I.\NGi-: und S c h a f k u , Grabsteine des M . R., 2 i0u9 : statue
de g ran it du •• prince A nlef le G rand, fils d e J k w j) ’ sous Sesostris I®*" :
L e guai n , Rec. 22, (H (L’Antef, com te à lierm onthis. ap L ange , A. Z., 3L
25sq. ; cf. S t r i n d o i i F f , A.Z., 33,81 iplus récem m ent D a i i e s s y , A/m.d» s e n \
IX, 150) n ’a rien à voir avec les souverains de la XI® dynastie). D’après
la révision par S kthc de la table de K arnak, IJrk. derX VIiR p. 608,
les nom s des prem iers souverains thébains seraient :
1®Rp'li (beti'o) A ntef
2" H orus lep-'a Men [louhotep] I®'*.
3® H orus ha... .Vntef II.
3“ H orus... Aiilcf III.
Le dern ier p o u rrait p eu t-être être identique à l'H orus O uah'onch; je
préfère cependant d ésigner ce d ern ier comme Anlef IV.

276. La suite de ces souverain» et l’histoire de leur dynas


tie nous présentent beaucoup de problèmes que seules de
iioirvelles fouilles et découvertes pourront résoudre. L'Kpi-
tomé de Manéthon, comme nous l’avons déjà vu (§ 274)
compte 16 rois avec une durée de 43 ans seulement, mais il
ne cite pas leurs n o m s ; d ’autre part, le papyrus de T urin
a82 L E M OYEN E M P IR E

éiiumorail 0 lois >doiil les deux d ern iers seuls son t con ser­
v é s ', et leur attribuait une d u rée de tdO ans = 2100 à 2000
avant .lésus-Clirisl. Or les inscri|>tions nous font connaître
un plus grand nom bre de noms de rois, de sorte que le
papyrus de Turin n ’a pas cité tous les souverains tliébains
de cette épO(|ue; mais pour le moment il est impossible
de rétablir la liste du papyrus. Les rares documents de
cette époque nous révélent la g ran d eu r croissante de la
puissance thébaine et même nous possédons — fait unique
dans l’histoire égyptienne — des tém oignages des deux
camps adversaires. N'oici ce que nous dit une stèle datant de
la cinquantièm e année du lègrie d ’un roi llorus üual.i'oncli
.Vntof I \ ’, surnom m é « l’ancien » : le roi « a établi la frontière
nord de son royaume dans le 10" nome (Aphroditopolis
du Sud), il,a débar<iué dans la vallée sacrée, conquis tout le
nome thinite (le 8", avec Abydos), il a ouvert les forteresses
du 10" nome et en a fait la porte nord de son royaume ».
Son chancelier Zezi nous a laissé une inscription plus an­
cienne, d ’après laquelle la puissance du roi ne s’é te n ­
dait que ju s q u ’au nome thinite (1). Il se vante d ’avoir
gagné la confiance de son maître, en le délivrant de la crainte
de voir les chefs du d ésert oriental faire défection et lui refu­
ser le tr ib u t— nous reconnaissons à ce signe quelle était alors
la faiblesse de la monarchie. Enfin, la stèle d ’un officier d ’une
certaine épouse royale Nefroukait dit que celle-ci avait hérité
de .sa mère, la « comtesse des habitants d ’Éléphantine j u s ­
q u ’au 10" nome » ; elle paraît donc avoir été l’héritière lég i­
time de la principauté qui s ’était formée dans cette région,
et elle fut probablement l’épouse d ’un des prem iers rois thé-
bains, peut-être précisém ent d ’Antef IV. Dans l’autre camp,
le nomarque du 13“ nome, Tefjeb de Siout (§ 274), qui était
sous la suzeraineté des Ilérakléopolitains, nous raconte que

(1) Très significative est Tallusion « à toutes les bonnes clioses rappor­
tées à mon seigneur ilu Sud et du Nord ii; on voit clairement combien ces
plirascs stéréotypées ont peu de valeur liistori<iue.
l ’a VLNEMENT d e TIlÈDtES ET I.A XI*’ DYNASTIE — ij 270 2SS

(I les nomes du sud s'élaieiil ligués, d ’Hléphaiitine ju s q u ’à


Gaou |)eut-èti e dans le 10" nome) »; il raconte une bataille
prés de la « forteresse du port de la province du Sud » ^ce
sont sans doute ces mêm es fortifications du 10*' nome q u ’An-
tef IV a conquises et dont il avait fait la « porte du nord » de
son royaume); avec les troupes tle Siout, il vainquit l’en­
nemi : « il fut précipité à l’eau, ses vaisseaux fûrent rejetés
su r la rive, ses soldats étaient comme des ânes... » Il nous
dit ensuite q u ’il a protégé la province du sud au moyeu de
forteresses. Cette inscription du tombeau de Tefjeb n ’a
jamais été terminée, mais au contraire a été recouverte avec
du stuc ; c’est une preuve <|ue, bientôt après, un changem ent
s'est produit, et que les souverains du Sud se sont avancés
pour un tem ps ju s q u ’à Siout. Ces combats nous sont
aussi racontés par Zari, fonctionnaire d ’Antef IV, dans son
inscription funéraire; il nous dit q u ’il a « guerroyé avec la
maison de Achtoi dans la région de T hinis » et q u ’il a en­
suite reçu de son maître un vaisseau pour « protéger tout
le pays du Sud, d ’EIéphantine ju s q u ’à Aphroditopolis ». —
Le fils de Tefjeb, Achtoi 11 de Siout, combat de nouveau
du côté des llérakléopolitains; mais à |)résent il s’agit du
il " nome qui est m enacé; c’est à Sashotep, dans le voisi­
nage im médiat de Siout, au sud, que .Vclitoi combat l’en­
nemi, tandis <|ue la capitale et les conseillers du roi Meri-
kerè' sont en proie à l'angoisse; mais sa flotte rem porte la
victoire su r le Nil, et il peut ram en er le roi triom phant dans
Hérakléo[)olis.

O uah'onch Autel' tV’ : M a i u e t t e , Muit. d(i'.,49; d e U u l ü k , tii^irr., llil;


publication plus complète, ap. iind S c u a e e u , Graàüiet/ie des .T/./i.,
90519; la stèle où il est i-e|)r6senté avec scs q u atre chiens libyens est
aussi m eutionuèe dans le papyrus A d d o t t . A Kléphantine ; P e t i i m ;,
i'easaa, 310. D'après la stèle de Leydc, publiée p a r d e R o u g é , / ( eu.
archéol. t" ' série, VI, .560, l'arrière grand-père d'.tntefaqer, — qui m ourut
dans la 3 3 'année de Sésostris I" , en 1948 av. J.-C., par conséquent
en tre 2090-9080 au plus tôt, — fut appelé à un poste dans le nom e tin-
284 Î-K M OYEN E M P IR E

niU* p a r AnteC IV. Cette d ate doit coïncider avec les dernières années
de \n tel’ IV. A w i l i .k , '^ü, 7‘2, suppose que « père du père de mon
père •>signifie seulem ent« ancclrc •' au sens vague, m ais cctic inlcr-
prétation est difficile à adm ettre. — Stèle d eZ ezi: P iki» iind Hukastu»,
\ n m ’ ,/. o f s r n iifir Itiinjiiaffirs, XXI, I0t)o, 159 sq. — X crroukait : I’ k t i u i :,
b e n d e r e h pl. 15. L\Nt;i: i \ u S c i u e k k u , 205-13, .Stèle de Zari : Pr.Tuii:,
Çurnoli, 1909, pl. III (le / dans le nom de .\chtoi n été omis par inadver­
tance). Il y a aussi des allusions aux g u erres de cetlc époque dans les
groffilli des nom artjues de nom e du Lièvre, T houtnacht (I5 ‘27-1 n.) et
de son pelil-fils Kai, à Hatnoub, n" 1, 7, 8 ; cf. GuimTU, FA lU^rsIieh, II,
•17 sq. — IVaprès l inscription de Zezi, le successeur de Ouali'oncli \n-
feflV fut son fils, H orus X echt-neb-teb-nofer Aniof V, (jui parait aussi
dansMAimiTTK, Cnlnl. d'A/)ydos,544 ( L ange iind S c ux k kh , 20.702) ; celui-ci
eut pour successeur, d après une stèle du British Museum com m uniquée
par N a v u . l e , T e m p le o f b e i r r i H a h a r i, I, p. 1, T llorus S'onchjebtaoui
M enlouhotcp H, qui ap p araît aussi dans une stèle de sa troisièm e
année de règne, étudiée p ar S e t i i e , A . / . , 42. 132 et G a l t i h e u , ih///. de
l 'i n u t . f r . , V, 39. — Il ne p araît pas possible de d éterm in er si c’est à ce
M enlouholep IL ou à son successeur qu’ap p artien t l'hypogée de HAb
el Hosûn, sous la pyram ide du tem ple de Üèr cl Bahri (§ 277) où on a
trouvé la sta tu e du roi en costum e de la fête Set et coilTé de la cou­
ronne do B asse-Égypte, e t un étui de bois gravé au nom du « fils de
B(V M entoiihotep » (G a u t e r , A n n . d u s e r v ., 11,20; X \sn,P S R 4., XXIII,
292 ; M a s p k u i ), L e M uaée àrjypticn, II, pl- 9,10 et p. 25 sq. ; X a v i i . h : a éta­
bli la vraie lecture du n o m grave su r l’étui, où il sem blait qu'ondevait
lire le nom de couronnem ent Xebhepot, A. Z.. 46, 81 ; la même statue
ap. M a s p e u o , G u id e d u M u s. d u F o ir e , 2“ éd., 1912, p. 97.

277. Le long règne d ’Antef IV doit être placé vers 2100 avan
Jésus-Christ. Il eut pour successeurs son fils Antef V et sou
petit-fils Xlenlouhotep II (§ 276 n.) dont le règ n e à tous
deux paraît avoir été bref. Ensuite, nous nous h eu rto n s,en
dépit de documents assez nombreux, à des difficultés très
grandes pour reco nstru ire la suite de la dynastie ; il est
impossible pour rin s la n t do ré ta b lir avec corlituHe. Dans
une vallée rocheuse de la nécropole sitiié(i an nord de
Thèbes, à Dèr el Bahri, nous voyons un grand lemple funé­
raire de la XI® dynastie, construit par un roi Menlouholep
dont le nom d(‘ couronnem ent, cproii lisait autrefois Xcb-
^.’A V f;^E M E N T D E T H È B E S E T LA XT" D Y N A ST IE ---- § 277

clii'ourè' doit, |)lus vraiscmhlablciiii'iil, ciTo lu Nebheptré'.


Il a un nom d ’Iforus (|iii veut d ire: « celui qui Tétinil les
deux pays », et, eu elîet, tous les aulrcs inoniimeiits qui
nous restent encore de lui prouvent (|u’il a régné sur toute
ri'lgyple. Son règne a duré nu moins 'di ans ; daiisle papy­
rus de Turin, il est ravaut-dernicr roi de la dynastie. Sa
niéinoire est toujours restée vivace, et les listes royales
d ’Abydos et de Sakkara, omettant tous les autres souverains
de la Xb' dynastie, n’ont iiKUitionné que lui seul et son suc­
cesseur. C’est lui sans do ute qui fut le véritable restaurateur
de Tunilé de l’Empire, le nouveau fondateur de la monar-
eliie pharaoni(|ue ; ce rôle s ’accorde avec les dimensions
gigantesques <le son tombeau, qui forment un contraste
significatif avec les tombes ])récairos de ses prédécesseurs.
Or, ce temple funéraire renferme dans une grande salle
hvpostyle, six chapelles dédiées aux femmes d ’un roi, et
construites sans symétrie au-dessus des tombes souterraines
qui leu r correspondent ; dans ces chapelles, le roi porte un
nom de couronnem ent qui so lit encore N ebhepetrè', quoique
écrit partout avec des signes différents. Sur d ’autres m onu­
ments, on trouve son nom d ’Horus ; « M aître divin de la
couronne blanche do la Haute-Egypte. » En outre, son
])rotocole royal n ’a pas encore cette forme rigoureuse
et arrêtée qu'il acquerra plus tard ; Técritui e en est in cer­
taine et variable; le nom de couronnem ent n ’est pas ceint
du cartouche; d ’autre part, Tepithète « fils de Hc' »
s’ajoute souvent au nom |)ersonncl, comme chez les rois
de la VI" dynastie, et tous deux fout corps avec le nom
de couronnement. Il est impossible que ce roi ait été le
successeur du roi puissant « qui a réuni les deux pays ».
Il est |)cut-étre son prédécesseur idont le tombeau aurait
été utilisé et agrandi par le su cces seu r)— mais dans ce cas
comment expliquer (|ue les noms de couronnem ent soient
de prononciation identique malgré les dill'érences d'écriture?
— ou bien, il se confond avec lui ; alors il faut admettre que
LE MOYEN EM PIR E

ce roi, après avoir réussi à soum ettre toute l ’iigypte et, do


« n iaitrcd ela couronne blanclie », devenu « celui qui a réuni
les deux pays », aurait |iris un autre nom d'Horus et modifié
l'écriture do son nom de couronnement. Cette hypothèse nie
paraît être de beaucoup la plus vraisemblable; mais il est
prudent, provisoirement, de d istin g uer encore deux [lerson-
nages, Mentouhotep 111 et 1\'. Montouhotep 111 nous est
figuré s u r fe s fragments d ’un relief provenant du temple do
Gobelôn, au sud do Hermonthis : nous le voyons jetant à
terre un Egyptien (sans légende), un Nubien (Seli), un Asia­
tique [Sezeli} et un Libyen \Zehenou) \ dans l’inscription qui
accoinjiagno cette scène, il se vante d ’avoir « maitriso les
chefs des deux pays, d ’avoii' conquis le .Sud et le pays du
Nord, les peuples étrang ers et les deux rives du Nil, les
Neuf peuples de l’arc et les Deux Egyptes ». L’ile de Konosso,
près des cataractes, conserve un relief rup estre qui nous le
montre foulant sous ses sandales les tribus barbares i figurées
par 15 arcs) que les divinités locales renversent devant lui.
Il a donc combattu ses ennem is en lig ip te, qui étaient
probablement les derniers Hérakléopolitains, ses voisins
de Libye et d ’Asie, ])eut-ètre alliés des Hérakléopolitains,
et les N ubiens de la vallée dn Nil. 11 sem ble <|ue le pays
de Nubie ait formé à cette époque une principauté in dé­
pendante sous des dynasles égyjitiens, qui s’arrogeaient tous
les titres du protocole royal égyptien, et dont nous rencon­
trons les noms, gravés su r des pans de rochers, en de nom­
breux endroits de Hasse-Nubie. féiin de ces ilynastes porte
le nom d’Antef ; faut-il voir eu eu.x une ligne collatérale de
la XI“ dynastie, qui disputa le trône à Mentouhotep III ? Nous
l’ecevons la même im pression du règne de Mentouhotep IV
(jireuve nouvelle pour son identité avec Mentouhotep III).
Un de ses guerriers, Zehmaou, nous raconte, dans une ins­
cription q u ’il a fait graver en Nubie, q u ’il prit part à une
expédition sous Mentouhotep IV, quand celui-ci rem onta le
fleuve ju s q u ’au pays de Geben ?i. Ensuite, il descendit le
l ’a v è n e m e n t de THÈnES ET LA X I ' DYNASTIE — § 277

fleuve et traversa tout le pays d ’iigypte. quand le roi voulut


chiUier les Sémites i'Amou) du pays de Zati. Ceux-ci
vaincus, il revient en rem ontant le fleuve; les lignes sui­
vantes sont mutilées ; il y est question de nouveaux com­
bats en Ouaouat et autres pays nubiens. Ces g u erres,
notamment l’expédition contre les Amou et les Menziou
de la péninsule du Sinaï, étaient 're p r é s e n té e s dans les
reliefs du tem ple funéraire dont il ne reste plus que q u el­
ques fragm ents ; à son reto u r avec un riche butin, le roi
est reçu par « les comtes du pays qui s’inclinent ». En
Nubie aussi, la rébellion est écrasée ; un bas-relief rii-
pestre de Satt er rigâl, au-dessous de Silsilis, nous montre
le roi, accompagné de sa m ère et de son chancelier,recevant
les hommages d ’un personnage de taille beaucoup plus p e­
tite : « le fils de Rè' Antef » ; cet Antof est coiffé d ’une con-
fich qui s'orne do l’uraeus, mais il ne [lorto pas de couronne ;
c'est probablement un de ces princes de Nubie dont nous
venons de parler. — Le temple funéraire de Mentouho-
tep IV, à Dêr el Bahri, n ’a plus que ses fondations ; c’était
une construction grandiose, s’étageant en terrasses dom i­
nées par la pyramide du roi ; celle-ci s’entourait d ’une
grande salle hypostyle, ceinte de portiques à colonnes. Les
murs étaient décorés il’excellents reliefs, figurant les
guerres et les chasses du roi, et qui nous rappellent les
temples funéraires de la V” dynastie ; le plan architectu­
ral, où la pyramide, se relie au te m ple funéraire, est aussi
une rém iniscence des vieux modèles ; mais l’artiste les a
dépassés de beaucoup par l’unité intime des parties compo­
santes, qui s ’articulent entre elles selon les ondulations du
terrain. Mentouhotep avait encoi'e bâti à Abydos u n ‘sanc­
tuaire dédié à O siris; ainsi, l’art a ressuscité en même
temps que s ’est restaurée l’unité de la monarchie, et nous
voyons sous son règne un s c u lp te u r,M e rtise n ,q u i se vante,
dans son inscription funéraire, d ’avoir pratiqué tous les
secrets de la scu Iptu re et de la peinture, mais de n’y avoir
2Ü8 l-B MOYEN EM P IR E

initié personne,sauf son fils aîné. — A ce Meiiloiiholep IV a


succédé peut-être un roi do mémo nom iM entouhotep V'
qui porte le nom de couronnem ent Nobtaouiré', « maître
dos deux pa}'S do Hé' » ; il sem ble avoir ré^né peu d’années.
J^e f>apynis do Turin donne à N(d)hepetro' '^Mentouhoiep IV
pour successeur immédiat S'oncbkeré' Mentouhotep VI :
du moins est-il hors do doute que celui-ci fut le d ern ier
roi do la on/,ième dynastie (enx. de 2010 à 2000 av. J.-C. .

Sur lü lemplo funéraire v. .X a v i l i . k and 11 vu., . \ h ' i l y n . o f D e ir

i*/ B a f i n n , I, iü07. 11, lOtO. Do nouvelles reclierelics s u r la j^eiièse de


la construction (le cet édifice seraient fort désirables (cf. Hor.ciivnnT.
dans son esquisse: /uV T i ^ I r n l e n i p e Î t i e r P y r n m u l c n , ap. / . / . G e s v h . i l t ‘ r
A r r h U e k l u r , III, p. 8l sq.). C’est ce tem ple qui nous u révélé le nom de

.\e b licp clré\ et Xaville a reconnu que dans l’inscriplion <le Kouosso,
/.O.,Il, 150b, il faut lire de méineiXebl.iepetré* au lieu de X ebliolep.ce
que confirme la pliotogra))tue de rinscrijitioii. En outre, ce nom se
rencontre su r nn fragm ent de 'l’hèbes, D vhkssv. \ n n . i l t i s e r v . , V lll,
'HZ. A Konospo, LD., 150 c, et à HarninamiH, L/J., 11,150 d, il s’ajipelle
seulem ent Fils de Hé' M entouhotep » , avec xc f i e ' , à l’intérieur d ’nn
cartouche (d(* même ap. Xvviu.i: and Ilvi.i., p l .l ’i a ) F ragm ents de Ce-
beleii : Dvm-.ss^, Iter., XÎV, 26, XVI, 42 ; F baseu, P SIi\., 15, 401 n" 15 ;
V. liissiNü-IhacKM v>.\, D r i i k n i . o e i j y p l . .SAn/p/ii/v/i,pl,33 a d s’ap|M*lh*
dans le carlouclie « Fils de H albor «le Deiidera M entouhotep »> et le
nom d’ilo riis prouve q u ’il s’agit du même ro i: ses épouses royales
étaient aussi p rétresses d eH alliô r ; cf. égalem ent Dci/-. c/ li. 11,6 d, oii
la déesse a p p a ra itd n n s nu relief qui a p p artien t sdrem ent à Meidouho-
tep IV). J ’avais dit autrefois que dans la scène des ennem is assom m és
par le roi, celui qui vient en tête é tait un h ab itan t de H oinit; j’ab an ­
donne au jo u rd ’hui cette in terp rétation ; Brcastkd déclare avec raison
que c’est un É g y p tien .—.X ebhepetré'(telle est sûrem ent In prononcln-
lion du nom dans le pap. A r h o t t ) M entouhotep IV, ap. : stèle funé­
raire de Mérou datée d e là 46® année du règne, ù T u rin : (,'aC f/cncr.
n u t i q . e g y p . , 1, p. 117. Inscription deZ ehm am i : RoiajEu, D e b t M l b i n J i a b

Ka/atisc/ic, 270 sq ., (m algré les indications très claires du texte, il est


étrange que R okd ku ne veuille pas adm ettre qu e les 'Aniou sont dos
A siatiques). Restes des scènes de g u erre dans le tem p le: .Xa m l l k ,
D e i r e l Ü . , I, pl. 14. 15; II, pl. 0 o ; fra',,Mnenl du texte (|ul s’y rap­

porte p. 5 (il n’est pas quest ion de Ro/.e non a la pl. 1.5 f.) .\ A ssouan : LD.,
I1.149b;à Abydos: pETKiK,.lhy(/oi*, 11,24; û F lép h an tin e: G altuiek (§275
L A V E N E M E N T DE T H E B E S E T LA \ f D Y N A S T IE - ^277

n . ) |). 2 7 : à Dcmliid, en Hasse-.Xiibie, W euîa ll, Ant. of. Lower Xnbin,


pi. 1 9 ,8 ; l>a«-i*elief rupestre à S alt en*ig«*\l : P etimk, Season, 10,489;
debout près du relief, on voit le chancelier Achtoi, aussi aj). P e t r i k »
Season, 218 (au 11, avec m ention d'une expédition navale à Ouam iat;
cf. H u e a s t e u , Ane. lier., l, 2tG), 478; un au tre foiiclionnairo, iè.,243.
Tem ple funéraire de l.lat-asoul, i\\i. Calai. tl'Abytlos. CtOo = î .amu: und
S c i i a f e u Grnhsteinc des \l. U. , 2Ü088 ; fniit . Abbott. Culte ultérieur de
M entouholep IV, ap. Heir, et H., 1, 57. sq. ; ce fuLsurloul Sosostris III
qui s’occupa de sou cu lte; dans les listes de rois rédigées plus fard :
/./).,III, 2 a. d. lf>3 : autel de Clol-bey ; lîm csr.u, lier, lîerf. Ab, 18.58,09;
les tables d'Abydos et de Sakkara ne ineutiounciil,parm i les rois de la
XI« dynastie que lui et S 'onchkeré' (la table de Karnak ne le cite
tpi’apri's la X lP dy n astie) — M ertisen : Louvre, (' U, — X ebtaouirè'
M entouholep V : LD., U, 149 c.-/j. (Goi.KMsciu;Fr, ffamiuamàt, cL
E uman, Aegypten, 627 s., 668 s., À. Z., 29, 60. Sou nom est gravé aussi
su r une pierre de Der-cl-li. (iiienlionné I, p. 8). 11 a célébré la fêle
.Sol dausla deuxièm eannée do son règne ; donc, quoiquela statue m en­
tionnée au § 370 n., nous m ontre M entouhotep p o rtan t le costum e de
la fête Set, il ne s’ensuit pas q u ’il ait régné 30 ans. — S‘onchkcrè* Men­
touhotep VI ; G audineh, PSBA., 20, 75, Ann. du sm*., V, 28 ;à HammamAt i
LD., II, 150 a. ( = Goi.kmscheff, Hammamât, 15 sq.) dans sa huitièm e
an n ée; à Abydos : P etuif , Abydos, II, 25; à Nebese à l’est de T anis:
pRTuiK, Tanis, II, 42; à S ali er RigAl : P etiue, Season, 359; à Elephan­
tine: Clédat, Dec. 3 1 , 64; chapelle de Q ourna: P ktkie, Qurnah, pl. 7,1
et p. 5. — Dynastes n u biens: Ilo ru s S nefer-taoui-f roi Qakaré', fils
de Rè', roi .\n (qu’il faut lire certainem ent Antef) dans dix m entions,
ap. W eigall, A n t.o f Lower-Xnbin,])\.M,o'i, 54, 63, 65 et RoEDKiqüeOod bis
Knlubsche, 456, 438, 465; cl H orus g erg taoui-f avec un nom de cou­
ronnem ent illisible : Wrinvi.i., pl. 32,1 ; 49, 1 = 50,1, ‘ 1 (la deuxième
aussi dans hwKAsrv.o, Annual of Semil.Lang. XXl l l , 57; cf. - Î . 44, 115).
C aütiiikh a certainem ent raison en ad m ettan t que ces souverains ne
so n tp a sd e s rois égyptiens, mais des dynastes locaux. Parm i eux, il faut
citer encore « l’Horus d ’o r Chnoumré*, roi de la H aute et de la Rasse-
l:)gypte Ouaz (?) k erê', fils de Rô‘ S gersenti (sans le cartouche) » dont le
fils a vaincu les ennem is de son père : R oeoeh, Dehod bis Katabsche {Les
temples immergés de la Xnbie), 1911, § 307 f. e t pl. 81 = W e i g a l i ., Ant. of.
Lower-Nubia, pi. 19,2) ; ce roi ne doit pas être identifié au roi Ouazkerè'
de la VIH« dynastie (§268 n.).