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Foi et Raison

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admin3372
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Selon le Coran, la Foi et la Raison sont le propre de


l'Homme. Sous cet aspect, par Foi le Coran n'entend
pas la foi religieuse, mais la Foi ontologique ,
connaissance innée constituant notre Conscience de
Dieu . [1] Par Raison , le Coran n'entend pas la
science, mais notre Conscience au Monde . [2] En tant
que constitutives de l'Être, ces deux dimensions sont
essentielles et nécessairement compatibles. Les
tensions que nous percevons entre ces deux champs
complémentaires agissent donc à un autre niveau,
celui de leur transposition et acquisition correspondant
à notre foi personnelle et à notrepensée rationnelle, le
conflit entre nos certitudes et incertitudes. Certitude de
la foi et incertitude de la raison versus certitudes de la
raison et incertitudes de nos croyances.

Transposé au plan de notre réalité, la foi est reconnaître ce que l’on sait être :
l’acceptation,  la raison est connaître ce que l’on ne sait pas : l’acquisition. Ainsi, deux
plans de vérité s’affrontent : la Vérité de la foi et la vérité de la raison, l’une est absolue,
l’autre est relative. Comment donc en la foi savoir raison garder et en la raison savoir foi
garder ? Pragmatiquement, en ce qui nous concerne, l’Islamité réalise la recherche du
dépassement de l’isthme qui a priori sépare, mais aussi unit foi et raison vers une
confluence harmonisant l’une et l’autre. Pour un musulman, l’Islamité représente une
alchimie concrète entre croire et penser, foi et raison. Mais, à dire vrai, tous les croyants
sont dans la même situation vis-à-vis de leurs religions respectives et de leur statut
d’êtres humains libres et autonomes. Ce ne sont donc point les définitions de la foi et de
la raison qui ici nous intéressent, mais le rapport entre les deux. Comment et en quelle
mesure être pensant et croyant, croyant et pensant ? Quelle cohabitation possible entre
l’indéniable cogito ergum sum : « Je pense donc je suis » et l’invérifiable credo ergum
sum : « Je crois donc je suis »  ?

Le Coran l’affirme et la raison le confirme, nous sommes hommes de Foi et de Raison.


Aussi, l’athéisme le plus assumé n’est-il qu’un système de croyances puisque l’objet de
sa réflexion : Dieu, échappe par essence à la préhension intellectuelle, à la
compréhension. De même, le déisme des croyants, acte de foi premier, est-il a priori
médié, voire dicté, par les croyances religieuses. Ce faisant, de cette convergence
impensée entre croire et penser résulte un état de schizophrénie qui touche tant le
croyant que le non-croyant. En Islam, comme en toutes religions, le conflit entre raison et
foi s’est donc soldé par la victoire du non-pensé : croire sans comment : « bi-lâ kayfa »
et sans comprendre : « bi-lâ ma‘na ».[3] Comment donc guérir de cette psychose

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dissociative intégrée à notre patrimoine exégético-génétique ? Si de par cette  pathologie
la raison est à l’évidence perdante, une foi qui  ne peut se comprendre est tout autant
une défaite pour l’Être de foi et de raison, toutes deux en lui irrémédiablement
coexistantes.

Or, le Coran offre une solution à ce dilemme en proposant un abord rationnel


multidimensionnel et l’essentiel de nos recherches coraniques porte sur sa mise en
évidence. Tout d’abord, le texte coranique délivre une explication rationnelle de la Foi en
tant qu’ontologique à l’Homme.[4] Ensuite, pan par pan, le Coran déconstruit tous les
systèmes de croyances, qu’elles soient d’ordre religieux : mythes, légendes, règles,
dogmes, etc.,  ou d’ordre intellectuel : doutes, supputations, certitudes, dogmatisme, etc.
De la sorte, il apparaît que les croyances du croyant comme celles du rationaliste
relèvent de certitudes. Si la longue histoire du fait religieux a imposé l’idée que la foi
repose sur la certitude et la raison sur l’incertitude, il ressort du propos coranique que la
foi doit être éprouvée à l’aune de la raison et la raison approuvée au regard de la foi. Non
pas que la foi ait à être validée par la raison, mais qu’elle se doit d’étudier par la raison la
signifiance et les significations de ses croyances. Non pas que la raison ait à se
soumettre à la foi, mais qu’elle ne doit pas s’y opposer. En réalité, une foi sans raison et
une raison sans foi sont toutes deux malades de leur réduction,  une foi aveugle ne vaut
pas plus qu’une raison sourde !

C’est lorsque foi et raison ne sont que certitudes qu’elles s’opposent, car seule la raison
repose sur l’incertitude, le doute méthodologique, ce qui n’est en rien incompatible avec
la certitude de la foi dont il est tout aussi erroné d’affirmer qu’elle ait à connaître le doute
pour être pensée. Ainsi, si l’on n’y prête pas attention, du fait même que foi et raison
cohabitent en un même être, la certitude de la foi minorera le doute intellectuel. Il en est
de même, mais en miroir, quand la non-foi d’un non-croyant et sa raison interagissent,
alors sa certitude intellectuelle majorera l’incertitude quant à sa foi. En conséquence, le
pire ennemi de la raison de l’Homme est de dire : « Je crois que  » au détriment de sa
pensée, estimant que penser le dispense de croire. Le pire ennemi de la foi de l’Homme
est de dire : « Je pense que » estimant que croire le dispense de penser. Loin de clarifier
les domaines du croire/credo et du penser/cogito, de tels positionnements génèrent en
réalité des états limites de confusion entre foi et raison. Du reste, en de nombreuses
langues « je crois » et « je pense » sont anormalement synonymes. Pour autant, la raison
ne peut foncièrement s’exercer quant aux articles de la foi puisqu’ils relèvent de
l’Inapparent-Imperceptible/al-ghayb non accessible aux instruments de la raison.
Inversement, la foi est incompétente pour juger les éléments fournis par la raison puisque
le principe de certitude s’oppose à celui d’incertitude. Il y aurait donc là comme une
contradiction irréductible entre rationnel/raison et irrationnel/foi et il en découlerait que
l’on ne puisse pas croire rationnellement ou penser irrationnellement. Il y aurait donc là
comme un hiatus entre Connaissance/Certitude de la foi et Science/Incertitude de la
raison. Or, si l’expérience technique prouve que l’on peut penser irrationnellement,
l’expérience mystique indique que l’on peut croire rationnellement lorsque l’Imperceptible
est dévoilé.

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Face à ces apories, une première conclusion s’impose : il nous faut penser ce que l’on
croit et ne jamais croire ce qu’il faut penser, et cette position est coranique. Par « penser
ce que l’on croit », il ne s’agit pas de la sincérité du croyant, mais d’exercer notre raison
sur nos systèmes de croyances, productions dont la religion est un incontestable creuset,
c’est le combat contre notre dogmatisme. Par « ne pas croire ce que l’on doit penser »,
l’on entend l’effort contre le conformisme intellectuel et la lutte contre le suivisme
dogmatique. Se profilent alors les limites de l’isthme entre foi et raison. Un isthme  est
potentiellement séparation et union, il nous faut donc travailler à ce qui unit plus qu’à ce
qui sépare, en cet espace créer du lien interne, tisser du sens. Le Coran illustre
abondamment cette situation en des versets que l’on qualifie à tort de théologie
naturelle[5] : « En vérité, en la création des Cieux et de la Terre, en l’alternance des
nuits et des jours, en les vaisseaux voguant sur les flots chargés de ce qui profite
aux hommes, en  ce que Dieu fait descendre du ciel comme eau et dont Il revivifie
la terre morte et sur laquelle Il répand toutes bêtes, en la variation des vents et des
nuages contraints entre ciel et terre ; en tout cela, certes, des Signes pour ceux qui
réfléchissent. »[6] Les « Signes » sont bien ici présentés en tant que signifiants 
indirects de l’existence du divin Créateur, mais tels qu’ils sont évoqués ces Signes de
Dieu  interpellent la raison : « des Signes pour ceux qui réfléchissent ». Cependant,
d’autres versets de même nature, interpellent la foi :  « Ne voient-ils point les oiseaux
assujettis au vide du ciel et que nul ne les soutient si ce n’est Dieu ; en cela il y a
des Signes pour ceux qui croient. »[7] Cette exemplification coranique indique un
champ commun entre foi et raison, une réflexion aux limbes dessinant une passerelle
entre ces deux domaines. Ceci concerne à l’évidence le croyant qui est ainsi invité à
réaliser une approche rationnelle, non pas de sa foi, mais de ce en quoi il croit. Il ne doit
donc pas se limiter à percevoir les « Signes de Dieu » comme autant de confirmation de
sa foi, mais s’efforcer à y appliquer sa rationalité. Ainsi, la « création des cieux et de la
Terre » ne peut-elle être considérée comme un pur acte surréaliste ni réduit à un
phénomène physique aléatoirement soumis à lui-même. La raison doit explorer ce qu’elle
peut en mesurer et comprendre et la foi admettre que l’intervention divine se situe à un
niveau et des modalités qui ne sont pas ceux que nos croyances enseignent. Notre
raison constate que les oiseaux sont « assujettis au vide du ciel », mais seule notre foi
accepte que  « que nul ne les soutient si ce n’est Dieu  ». Néanmoins, notre raison  ne
peut pas conclure avec certitude que la capacité à voler des oiseaux serait indépendante
d’une volonté déterminante de Dieu, pas plus que notre foi ne saurait intelligemment
supposer que Dieu maintient réellement chaque oiseau en vol.

À partir de ces exemples, ces Signes, la raison et la foi constatent des faits similaires,
mais  divergent quant à l’interprétation qu’ils en font.  Ce n’est donc pas les signes qui
sont directement en jeu, mais bien notre capacité à interpréter le monde, notre
herméneutique, notre être au Monde. Les sens et le cœur ne sont point des entités pures
que tout opposerait, mais deux modes d’interprétation qui ont été historiquement
séparés. En Occident, cette séparation est née d’un conflit entre rationalité naissante et
religiosité asphyxiante alors qu’en Orient elle résulte d’une victoire du religieux sur le
rationnel. Dans le premier cas, penser la foi revient à en triompher et, pour le second,
croire est vaincre la raison. À l’heure actuelle, le croyant, entre ces deux mondes, entre

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marteau de l’un et enclume de l’autre, n’aurait d’autre solution pour y échapper que de
« croire sans penser et penser sans croire ». Or, en indiquant que l’opposition entre foi et
raison découle uniquement d’un conflit d’interprétation, le Coran propose une voie
médiane. Un terrain commun d’entente entre foi et raison où l’on peut croire et penser,
c’est-à-dire examiner à l’aune de la raison ce que la foi dicte et envisager à la lumière de
la foi ce que la raison affirme. En cela, il ne s’agit pas de rejeter l’interprétation fournie par
la raison au nom de la foi ou, inversement, l’interprétation donnée par la foi au nom de la
raison, d’accepter ou d’éliminer l’une au détriment de l’autre, mais de rechercher une
compréhension qui rendent compatibles les affirmations de l’une et de l’autre.

Bien évidemment, cette recherche personnelle ne relève pas du concordisme. Cet état
chimérique qui se veut mi-foi mi-raison n’est en réalité ni foi ni raison puisqu’il vise à
interpréter les données coraniques afin d’y découvrir rétroactivement des énoncés
scientifiques. Le Coran n’est pas un manuel de sciences et les connaissances
scientifiques actuelles ne forment pas catéchisme. Le Coran et la foi traitent du pourquoi :
la question du sens. La Science et la raison s’intéressent au comment : la question des
sens. Vouloir prouver la foi par la science est donc une quête de sens qui n’a aucun
sens ! Une forme moderne de sécularisation extrême dont  les adeptes sont les
fossoyeurs du Coran. En voulant sauver le Coran au nom de la science, ils creusent sa
tombe puisque par définition les données scientifiques évoluent et, qu’à terme, leurs
surinterprétations du Coran l’auront rendu incompatible avec les nouvelles
connaissances nécessairement différentes. Au final, leur foi et leur raison seront
enterrées au même cimetière et en la même fosse ! Croire au Coran est l’acte de foi par
essence, la foi en la Révélation, et cela n’a nul besoin d’être prouvé par la Science.
Comprendre la Science est l’acte intellectuel par essence, et ses énoncés n’ont nul
besoin d’être prouvés par le Coran. Nos croyances n’ont pas à être une explication
physique du monde et nos connaissances une métaphysique du monde. Rendons au
Coran sa métaphysique et laissons à la Science sa physique. Le mariage forcé entre ces
deux pôles de réflexion  n’est en rien une union de la foi et de la raison, mais deux
cadavres dans le même lit ! Confondre science de la foi et foi en la science est un
dépassement de sens mortel, car chacune de ces croyances  envahit ainsi le territoire de
l’autre, et ce, au détriment de ses propres vérités.

Il n’y a pas selon le Coran d’antinomie entre Foi et Raison, mais uniquement entre ce à
quoi nous croyons et ce que nous pensons. Aussi, le Coran a-t-il pour objectif non pas
d’expliquer rationnellement la foi, mais de permettre une interprétation rationnelle de nos
croyances. Il ne vise pas à déconstruire la connaissance scientifique de notre monde,
domaine de la science, mais les mythes et superstitions de notre être au monde,
domaine qu’il juge improprement attribué à la foi. De ce point de vue, il ne s’agit pas
d’opposer Connaissance et Science, mais vérités à erreurs, la Vérité révélée à l’Homme
et la vérité acquise par les hommes devant concourir à une voie commune ouvrant à la
réalisation d’un être de foi et de raison. En ce cas, l’Erreur résulte toujours d’une
interprétation erronée de la part de la foi comme de la raison ; erreur de la foi lorsqu’elle
interprète le monde et erreur de la raison lorsqu’elle interprète la foi. L’équilibre entre ces
deux systèmes d’interprétation suppose de bien discerner leur champ d’application

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respectif et, ainsi, ce qui relève pour chacun d’entre eux de l’interprétation et du vrai, de
l’incertitude et de la certitude. Les croyances, et non la foi, peuvent et doivent être
examinées par la raison afin d’établir de manière critique quelles certitudes oblitèrent la
raison du croyant et quelles certitudes de la raison entravent la foi.

Ce projet coranique exige donc que nous ayons une compréhension rationnelle de ce à
quoi nous croyons et que nous menions une critique raisonnée de ce que la raison nous
instruit. Nous le répétons, cela ne signifie absolument pas qu’il faille juger la science au
nom de la foi ni juger la foi au nom de la raison, mais cela indique que nous devons
exercer notre raison critique quant au champ de nos croyances religieuses tout comme
mener par la raison l’autocritique du champ de nos pensées. Nous sommes effectivement
des êtres hybrides construits conjointement sur ces deux modèles : le religieux et le
sociétal, car le non-religieux n’existe qu’en tant qu’anti-modèle du religieux. Pas plus que
nul n’est neutre en socialisation, nul n’est donc neutre en religion. Cette double
construction qui nous caractérise explique que religion et pouvoir ont toujours coexisté,
non pas en tant qu’entités en opposition, mais en participation. Historiquement, religion et
pouvoir apparaissent conjointement et toute religion ne s’est imposée que dès lors qu’elle
s’est associée avec un pouvoir. Pouvoir céleste et pouvoir terrestre ne sont que deux
aspects d’une même volonté, celle de quelques-uns à vouloir dominer la foule des autres.
Ces deux pouvoirs ont le même objectif : contrôler les hommes en leur dictant ce qu’ils
doivent croire et penser. Comme le rappelle le Coran en tant que symbole de cette union,
pas un puissant qui s’étant revendiqué d’ascendance divine n’ait pas été adoubé par une
religion. Aussi, combattre le pouvoir religieux au nom du pouvoir politique ne peut-il que
libérer de puissantes forces destructives. Cette guerre n’aboutit qu’à la victoire d’une de
ces deux idéologies au détriment de l’autre puisque, logiquement, la coparticipation de
ces deux pouvoirs les équilibrait malgré tout. Cette lutte, ne peut donc que mener à la
dictature du religieux ou à la dictature du politique et, quel que soit le camp vainqueur,
c’est l’Homme qui en sort perdant. Pour autant, la solution n’est pas de maintenir ou de
revenir à cet antique statu quo entre pouvoir spirituel et pouvoir matériel, mais bien
d’exercer notre raison critique à l’égard du religieux comme à l’encontre du politique.
Mener par l’exercice de notre raison une analyse critique du quoi et comment croire et
une analyse critique du quoi et comment penser, ce qui nous ramène à notre sujet
central.

En effet, pouvoirs politiques et religieux tendent à prendre le contrôle des masses en


imposant une explication du Monde et de l’être au Monde, lesquels ont en commun d’être
des systèmes d’interprétation et non l’analyse des faits réels. Le Coran appelle tous les
hommes à se libérer des carcans et des tyrans, le croyant devant user de sa raison pour
déconstruire les interprétations propres aux religions et tout être se défaire par elle des
interprétations soutenues par les pouvoirs. Que l’on soit croyant ou non, peu importe,
puisque le combat personnel est au fond identique : lutter contre l’erreur au service de la
vérité, c’est-à-dire rechercher et défendre le réel contre l’interprétation. Il n’y a pas de
voie plus juste et performative que celle consistant à  exercer la force de la raison afin de
faire tomber les murailles de l’interprétation. Aucune avancée n’est possible sans l’arme
de la raison, un combat pacifique non pas contre l’autre mais contre soi, contre nos

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tendances à préférer l’interprétation, plus aisée, à la recherche du vrai, du réel, démarche
plus coûteuse. Pour le croyant, cela représente la quête du Réel et du Vrai, tous deux
représentés dans le Coran par un seul et même attribut divin : al–ḥaqq.

Or, si l’on peut penser sa foi, croire ne relève pas du pensé, ce n’est donc pas la foi qui
peut gouverner ces deux domaines, mais la raison, l’Homme en sa plénitude est d’abord
raison puis foi. Ainsi, le croyant ne doit-il pas mener un combat contre sa foi, mais contre
ses croyances, il ne doit pas non plus se laisser aveugler par les lumières de sa raison.
Ce n’est que si sa foi est purifiée des croyances qu’elle peut participer à l’œuvre de la
raison par le biais de l’éthique et de la morale, ce bel agir tout de morale et d’éthique
appliquées dont le Coran inlassablement rappelle la capitale importance. C’est donc à la
lumière de cette foi vécue constructivement que le croyant peut investir et maîtriser le
champ du rationnel à la recherche de l’harmonie entre croire et penser. Non pas à l’Islam
des Lumières, autre système d’interprétations,  mais à la Lumière du Coran. Dieu n’a pas
besoin de nous, Il est la raison pure, Il n’a pas besoin que nous rationalisions Sa
Révélation, car elle est en soi rationnelle, éclairée comme éclairante. Il n y a donc pas à
prophétiser un Islam des Lumières, comme si la Révélation attendait que l’homme
l’éclairât de ses lumières ! Le Coran se dit lampe lumineuse/sirâj munîr, il ne nécessite
pas la raison humaine pour briller. C’est à la raison humaine de chercher la Lumière du
Coran et, si l’Exégèse a jusqu’à présent produit une multitude d’interprétations diverses
comme divergentes c’est qu’elle n’a pas recherché la Lumière du Coran, mais qu’elle
s’est évertuée à y projeter nos propres lumières. C’est ainsi que l’on demeure aveugle,
en nos ténèbres, sans retour. L’ensemble des exégèses canonisées par la caste des
Gardiens du Temple constitue de facto une connaissance et la Connaissance est fondée
sur la certitude alors que la Science repose sur le principe d’incertitude, il n’y a donc pas
de sciences islamiques.

Rien ne doit combattre la raison que la raison et opposer à la raison la certitude de sa foi
est un non-sens, ce n’est pas là un acte de foi. Le Coran appelle le croyant à penser
alors que les religions l’appellent au suivisme. Aussi, la raison ne doit-elle pas combattre
la foi, mais s’employer à déconstruire la Religion. Cela ne signifie pas qu’il faille la
détruire, mais qu’il s’avère nécessaire de la rationaliser, en expurger le légendaire,
l’archaïque, l’historique, le politique et la ritualisation du croire afin de reconstruire du
sens à la foi, prioriser la verticalité par rapport à l’horizontalité. Pour ce faire, comprendre
le Coran tel qu’en lui-même est la condition sine qua non, l’acquisition d’un message
antérieur au religieux, un critère de jugement auquel se conformer. Par cette voie
coranique l’on ne peut envisager une réforme des religions, Islam y compris, puisque le
Coran à l’évidence n’est pas une religion et n’en possède pas le contenu. Par contre,
l’éminente éthique coranique permet à tout un chacun de réformer de manière critique et
étayée son rapport à l’Islam, son Islamité. L’on perçoit là que l’avenir n’est pas à l’Islam,
mais au dépassement de l’Islam, l’avenir n’est pas au religieux, mais à la foi. La foi
survivra au temps, elle est intrinsèque à l’Homme et les religions ne sont qu’un système
d’explication du monde et des règles d’être au monde. Or, les musulmans peuvent être
les premiers à dépasser ce cadre vers une foi pure, la foi en Dieu au travers de la
Révélation. En relisant le Coran à la lumière de la raison, ils peuvent être les éclaireurs

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de cette nouvelle ère. Ils peuvent ainsi régler leur islamité à l’aune de la Lumière du
Coran et non à l’ombre de leur religion. La foi lorsqu’elle est ainsi ramenée à sa
quintessence ne combat plus la foi de l’autre ni la non-foi, elle est dépassement. Seules
les religions se livrent bataille, comme tous pouvoirs, et elles seules ont pour ennemi la
raison. Un croyant aujourd’hui doit être un sceptique puissant, caustique, un douteur vrai.
Ne rien accepter que la raison n’ait éprouvé puis approuvé après une enquête minutieuse
et prolongée.

L’Ère de la foi est une promesse, quand tous les croyants dépasseront leur religion nous
connaîtront l’Âge d’or de la foi. De fait, le dialogue interreligieux tel que prôné
actuellement n’est qu’un discours d’interface, voire de surface, car les religions sont
sœurs ennemies, les hommes ne peuvent donc pas être frères en religion, mais frères de
foi. Le véritable dialogue sera celui d’hommes de foi, d’hommes de Dieu, au-delà des
religions, mais cela suppose une foi purifiée par la raison des scories des croyances :
l’Âge d’or de la raison. En cela, ils traduiront le dialogue intérieur, en chaque être, entre
foi et raison : l’échange pur entre une foi éclairée par la raison et une raison guidée par
l’éthique de la foi.

Dr al Ajamî

[1] Cf. Foi et non-foi, îmân et kufr selon le Coran et en Islam ; S7.V172.

[2]  Cf. 3– Adam et Elle/Ève, Iblîs et le Shaytân : raison et conscience selon le Coran
et en Islam.

[3]  Voir à ce sujet notre article Peut-on « croire sans comment ni signification » ? au lien
suivant : https://iqbal.hypotheses.org/1996 

[4]  Voir :  Foi et non-foi, îmân et kufr selon le Coran et en Islam ; S7.V172.

[5]  Sur le rejet de la théologie naturelle par le Coran, voir note 8 en Foi et non-foi, îmân
et kufr selon le Coran et en Islam.

[6] S2.V164 :

‫ِإَّن ِفي َخ ْلِق الَّس َم اَو اِت َو اَأْلْر ِض َو اْخ ِتاَل ِف الَّلْيِل َو الَّنَه اِر َو اْلُفْلِك اَّلِتي َتْج ِر ي ِفي اْلَبْح ِر ِبَم ا َيْنَفُع الَّناَس َوَم ا َأْنَز َل اُهَّلل ِم َن الَّس َم اِء ِم ْن‬
‫َق‬ ‫َآَل‬ ‫َأْل‬ ‫ْل‬ ‫َم اٍء َفَأْح َيا ِه اَأْلْر َض َبْع َد َمْو ِتَه ا َوَبَّث ِفيَه ا ِم ْن ُك ِّل‬
‫َد اَّبٍة َو َتْص ِر يِف الِّر َياِح َو الَّس َح اِب ا ُمَس َّخ ِر َبْيَن الَّس َم اِء َو ا ْر ِض َياٍت ِل ْو ٍم‬ ‫ِب‬
‫َيْع ِقُلوَن‬

[7]  S16.V79 : «  ‫» َأَلْم َيَر ْو ا ِإَلى الَّط ْيِر ُمَس َّخ َر اٍت ِفي َج ِّو الَّس َم اِء َم ا ُيْم ِس ُك ُهَّن ِإاَّل اُهَّلل ِإَّن ِفي َذ ِلَك َآَلَياٍت ِلَقْو ٍم ُيْؤ ِم ُنوَن‬

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