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Partie 2 : les activités Chapitre 2: les limites de la coordination par

économiques le marché

Notions essentielles : concentration


(horizontale, verticale, conglomérale),
Fiche 1 – Les stratégies de concentration : La croissance interne/externe ,monopole /
concurrence imparfaite oligopole , monopsone/oligopsone

A - CONSTAT

Si l’on prend l’industrie en France au début des année 2000, on constate que :
• 40% du marché est détenu par des entreprises disposant de situation de monopole ou de duopole ,
• 40 % par des entreprises en situation d’oligopole ,
• les situations de concurrence ne représentant que 20 % du marché .

B – DEFINITION

1 – les différentes formes de concentration

Deux définitions complémentaires peuvent être proposées :

1. La concentration est une situation dans laquelle un petit nombre d'unités


économiques contrôle un domaine d'activité ou une part importante de
l'ensemble de l'économie.

2. Le terme concentration est aussi utilisé dans un sens plus dynamique pour
désigner le processus par lequel, à un moment donné, la taille de
certaines entreprises augmente ainsi que leur place relative dans leur
secteur d'activité ou dans l'ensemble de l'économie.

Trois formes de concentration peuvent être distinguées :

1. la concentration horizontale, dans laquelle interviennent des entreprises


ayant la même activité (par exemple, le regroupement de Renault et
Nissan dans l'automobile) ;

2. la concentration verticale, dans laquelle sont réunies des activités


complémentaires le long d'une filière d'activité (par exemple, un éditeur
qui achète une librairie ou une imprimerie) ;

3. la concentration conglomérale, dans laquelle sont regroupées des


activités sans relation forte et directe entre elles (les conglomérats
japonais traditionnels qui combinent activité de production diversifiée,
banques et maisons de commerce).

Concent ration hor iz ont ale • faire des économies d’échelle


Des entreprises d’un même secteur : • accroître le pouvoir de marché
• réduire les coûts en
restructurant
Renault et Nissan, Mercedes Benz et
• mettre en commun des
Chrysler
compétences (synergie)

Concent ration ver tica le maîtriser les approvisionnements
Des entreprises intégrées vers l’amont ou et/ou les débouchés
l’aval : les sociétés pétrolières - du puit à réduire les coûts liés aux
la pompe intermédiaires
contrôler des centre de profit
Concent ration cong lomér ale
diversifier les risques (ne pas
Des entreprises sans liens apparents :
mettre tous les œufs dans le même
General electric = centrales électriques et
panier)
chaine de télévision
spéculer
2 – Les buts de la concentration

Dans tous les cas, les entreprises cherchent la cr oi ssance de la tai ll e de


l’en tr ep ri se parce qu’elle permet :
• d’atteindre la taille critique permettant de demeurer durablement sur un
marché : dans les activités très capitalistique, il faut dépasser un certain
seuil de production pour être rentable en raison du coût élevé des
équipements (l’industrie lourde par exemple obéit à ce principe et est très
concentrée).

• d’atteindre ou de se rapprocher d’une position de leader

• de disposer d’importants moyens financiers (ressources propres et


financement de marché) et d’un accès plus facile et moins coûteux au
crédit (« on ne prête qu’aux riches »)
• de bénéficier des économies d’échelle

• d’assumer les coûts de recherche, de publicité, de formation des salariés


qui sont des investissements immatériels souvent lourds financièrement

• d’acquérir un pouvoir de marché dans les relations avec les clients et les
fournisseurs, voire avec les pouvoirs publics locaux ou nationaux (réseau
de relations, chantage à l’emploi...).

3 – Les modalités de la concentration

Traditionnellement, on distingue deux modes de croissance de l'entreprise, la


croissance interne et la croissance externe :

1. La cr ois sance in ter ne de l'entreprise est une modalité de


développement qui prend la forme d'une création d'actifs sans intervention
d'autres acteurs : l'entreprise finance elle-même sa croissance par
l'autofinancement. Ce type de croissance présente certains avantages,
notamment pour ce qui est du contrôle des rythmes de développement par
les propriétaires, d'adaptation de l'organisation sur des marchés où elle
possède encore un potentiel de croissance ; en ce qui concerne les droits
de propriété, la croissance interne assure la permanence du contrôle aux
propriétaires. Cette stratégie, toutefois, présente quelques difficultés,
notamment en cas de brusque accélération de la concurrence à la suite de
l'apparition d'un nouveau procédé de production par exemple, ou bien d'une
innovation de produit. Lorsque se produisent des ruptures technologiques,
ce type de croissance peut se révéler trop lent pour permettre une
adaptation rapide au nouvel environnement concurrentiel. La cr ois sance
int er ne passe par la FBCF (l’investissement) : l’entreprise grandit parce
qu’elle accumule du capital en permanence, en achetant de nouveaux
équipements, des nouvelles installations. Cette croissance repose sur
l’accumulation de capital technique financée par des ressources propres,
autofinancement, ou par un financement externe, crédits bancaires ou
émission de titres financiers.
En fait la croissance interne passe aussi par des inves ti sse ment s
im ma tér ie ls , en particulier la recherche de produits nouveaux, la politique
commerciale (marketing, publicité) à côté et en plus de la FBCF.

2. La cr ois sance ext er ne , à l'opposé, implique plusieurs entreprises et


résulte en un transfert d'actifs existants d'un acteur vers un autre : elle se
traduit par une acquisition/cession de droits de propriété. Sur le plan
juridique, la croissance externe peut prendre la forme à fusion,
d'absorption, de fusion-scission, d'apport partiel d'actifs. La croissance
externe présente de nombreux avantages. Elle permet une adaptation
rapide aux changements du marché, la réalisation d'économies sur les
coûts d'apprentissage, la réduction du coût d’entrée sur un marché.

Une politique de croissance externe peut passer par l’acquisition ou la fusion :

• L’acquis it ion est une prise de participation qui peut conduire à la


disparition complète d’une entreprise "rachetée" par une autre ou
simplement à une prise de contrôle plus ou moins déterminante (une
entreprise peut prendre une participation dans une autre pour être
représentée dans le conseil d’administration et infléchir les décisions). Les
modalités diffèrent suivant que l’entreprise cible est ou non cotée en
bourse. Dans le cas de sociétés cotées, l’opération peut être de type amical
ou inamical.
Le rachat de tout ou partie des actions cotées correspond à des
procédures réglementées
o la cession de blocs de contrôle - ou blocs structurants
o le ramassage en bourse
o les offres publiques d’achat ou d’échange

• Les fus ions .


Les fusions peuvent être rencontrées sous différentes formes, la fusion-
absorption, l’apport partiel d’actif et enfin l’apport de titres. Le point commun
entre ces différentes opérations correspond au transfert irréversible d’actifs qui a
lieu entre les partenaires et à la rémunération en titres et non pas en numéraire
des actionnaires de la cible ou partenaire.

o Lors d’une fusi on- absor pt ion , le rapprochement des sociétés


concernées aboutit soit à la création d’une nouvelle société dont les
actionnaires sont ceux des deux groupes disparus, soit à la
disparition de l’absorbée dont les actionnaires sont rémunérés en
titre de l’absorbante.

o Pour un apport d’actif, la société cible n’apporte qu’une partie de ses


actifs (immeubles, équipements, brevets, marque...) à l’acquéreur
contre une rémunération en titres de ce dernier.

o Dans le cas de l’apport de titres, les actionnaires de la société cible


échangent leurs actions contre des titres de l’acquéreur, les deux
sociétés subsistant dans une relation filiale à l’issue de l’opération.

Rema rque :
En dehors de la croissance interne ou externe l’entreprise peut améliorer sa
position dans la concurrence en réalisant des alliances stratégiques (on dit aussi
"partenariats stratégiques).

• Les alliances stratégiques sont des associations entre plusieurs


entreprises indépendantes qui choisissent de mener à bien un projet ou une
activité spécifique en coordonnant les compétences, moyens et ressources
nécessaires.

• Contrairement aux fusions et aux acquisitions, la notion d’alliance repose


sur le maintien de l’indépendance de chacune des firmes-partenaires,
malgré la conclusion d’un accord les liant les unes aux autres. Les
entreprises partenaires s’associent pour poursuivre des objectifs communs,
mais elles gardent leur autonomie stratégique et les intérêts qui leur sont
propres.

• Dans la pratique, de nombreuses alliances se nouent sur la base d’un


contrat ou d’un ensemble de contrats liant entre elles les entreprises
partenaires, sans que soit créée d’entité juridique spécifique. Mais
l’alliance peut avoir une personnalité morale distincte de celle des
entreprises partenaires, lorsque celles-ci créent une filiale commune (joint
venture). Souvent, cette entité juridique distincte ne remplit qu’une partie
de l’objet de la coopération (par exemple, la commercialisation de produits
fabriqués en commun), les autres aspects de la coopération étant réalisés
sous forme de contrats entre les entreprises partenaires.

• Les alliances présentent des avantages évidents par rapport aux fusions et
acquisitions puisqu’elles sont réversibles (un contrat peut être dénoncé) et
donc beaucoup plus flexibles. Elles constituent souvent une étape (un test)
dans un processus de développement ou de désengagement. Elles
présentent cependant un inconvénient en raison du caractère
potentiellement conflictuel des intérêts et des objectifs dont elles sont le
vecteur. En effet, les entreprises partenaires restant indépendantes, elles
gardent des intérêts et des objectifs qui leur sont propres.

4 – les différentes formes de concurrence imparfaite

Qu'est-ce que la concurrence imparfaite ?


• Peu de marchés réels respectent les règles de la concurrence
parfaite. Toute violation d'une des cinq règles : atomicité,
homogénéité des produits, libre entrée, transparence du marché,
mobilité des facteurs, implique des degrés d'imperfection. Il y a
concurrence imparfaite si une de ces cinq règles n'est pas vérifiée.

Les différentes formes de concurrence imparfaite : l’imperfection est


principalement liée au nombre d’intervenants limitée sur le marché :

• L’oligopole est la structure de marché la plus fréquente : la


production est assurée par un petit nombre de firmes qui exercent
donc une influence sur le marché soit en s’entendant, soit en jouant
sur les prix ou les quantités. Quand le nombre d’entreprises se limite
à 2 on parle alors de duopole

• Le monopole est le cas ou un seul producteur offre un bien sur le


marché.

• Dans le cas ou un nombre restreint de demandeurs intervient sur le


marché on parle d’oligopsone , quand un seul demandeur intervient
on parle de monopsone

Remarque : le tableau ci dessous donne les différents types de marché


caractéristiques de la concurrence imparfaite.

Un grand nombre
Un seul vendeur Quelques vendeurs
de vendeurs
monopsone
monopole bilatéral Monopsone
contrarié
Un seul acheteur

monopole contrarié oligopole bilatéral Oligopsone


Quelques
acheteurs
Remarque : En dehors de l’innovation, et de la concentration une entreprise dispose de nombreuses méthodes
pour protéger sa part de marché.

Les plus utilisées sont, les bar ri èr es st ratégique s, la di f fé renci ation des
pr odui ts et l’en tent e commer cia le . :

• Les ba r rièr es st ratégique s sont généralement des barrières interdisant


(décourageant) l’entrée d’u nouveau concurrent. Ces barrières sont des
coûts fixes très élevés, par exemple des dépenses de publicité, qui ne
peuvent être supportés que si la production est elle même importante (le
coût fixe moyen devient moins grand quand la quantité produite
augmente).

• La di f fé renci ation des pr odu it s est une stratégie visant à créer une
variété de produits à partir d’un même produit en ciblant des clientèle
spécifiques. La différence peut être dans la présentation (couleur,
emballage, marque, quantité de produit), la localisation (lieu de vente, type
de magasin), la cible (clientèle de luxe ou populaire), le service (après-
vente, délais). Dans tous les cas cela revient à segmenter le marché en
autant de marchés qu’il y a de produits différenciés.

• Les enten tes com mer ciale s sont illégales et instables, mais
paradoxalement elles elles existent toujours. Une entente commerciale
c’est un accord passé entre deux ou plusieurs firmes pour se partager un
marché ou établir en commun une politique de prix. Une entente
commerciale c’est une coll us ion d’intérêts souvent désignée par
l’expression ca r te l qui est en réalité un cas particulier, celui d’un accord
officiel et explicite (cas de l’OPEP).

C - LES EXPLICATIONS (14 p233)


Comme l’indique J.Bouvier : « ce qu’il est important de noter , c’est que :
• le mouvement de concentration n’est pas le produit d’une déviation , d’une erreur du
capitalisme ( comme le pensent les théoriciens libéraux qui font du modèle de cpp un
maître étalon ) ,
• mais celui d’un processus naturel inévitable , donc nécessaire . Il existe , en effet ,
en permanence des facteurs de la concentration qui tiennent aux conditions mêmes du
développement des forces productives et de la libre entreprise » . Nous allons donc
recenser successivement les différents déterminants qui permettent d’expliquer pourquoi
l’on observe structurellement un mouvement de concentration .

1 - la libre concurrence

• Comme l’indique J.Bouvier : « la libre concurrence , la libre entreprise , elle-même ,


aboutissent normalement , dans leur développement , à leur contraire qui est le monopole
ou l’oligopole .
• La libre concurrence , en effet , entraîne la lutte des prix entre firmes pour un maintien sur
un marché , donc l’avilissement des prix , donc la baisse du profit .
• A un certain degré , la baisse du profit ne peut plus être supportée par les entreprises en
lutte concurrentielle . » Dès lors , les entreprises vont s’entendre pour faire cesser la guerre
des prix , ce qui va générer la création de cartels et un mouvement de concentration .

2 - le progres technique
• A l’époque d’A.Smith, il pouvait être concevable qu ‘un individu se lance sur le marché avec
des moyens très réduits car l’outillage était alors peu développé .
• Mais , tout au long du XIX° siècle , on a assisté à une croissance accélérée des industries
capitalistiques nécessitant un outillage de plus en plus complexe et de plus en plus cher .
• Dans le même temps , les frais de recherche et de développement qui permettent aux
entreprises innovantes d’occuper une position dominante sur le marché n’ont pas cessé
d’augmenter .
• Dès lors , pour arriver à financer l’augmentation des coûts , les entreprises se sont
concentrées et ont cherché à bénéficier d’économies d’échelle , c’est-à-dire à diminuer leur coût
unitaire de production par la fabrication de produits en grande série .

3 - les crises economiques

Depuis l’origine , le capitalisme connaît , de manière récurrente , des crises cycliques .Celles-ci vont
briser les entreprises les plus fragiles , généralement les plus petites , qui disposent de moins de
ressources pour passer un cap difficile . On assiste donc à chaque crise économique à un
mouvement de concentration sur le marché .

4 - l’ouverture douaniere et la mondialisation de l’economie

Dès les années 1860-1880 , quand fut opérée la première vague de libre-échange , on observa un
mouvement de concentration . Aujourd’hui , avec l’ouverture accélérée des économies , il ne se
passe pas une semaine sans que la presse économique annonce de nouveaux mouvements de
concentration . En effet , pour rester compétitif sur le marché mondial , une entreprise doit
atteindre la taille critique , c’est-à-dire la taille minimale requise sur le marché pour survivre .

CONCLUSION :

• Selon les théoriciens du marché de cpp , toute remise en cause de la concurrence


débouche sur une situation qui est sous-optimale . Il est donc alors nécessaire
d’adopter des mesures assurant un retour au modèle de référence seul capable d’assurer
une situation optimale .
• Mais cette vision est fortement critiquable , selon J.Schumpeter, qui écrit dès les
années 40 : « Nous sommes obligés de reconnaître que l’entreprise géante est finalement
devenue le moteur le plus puissant de progrès économique et , en particulier , de
l’expansion à long terme de la production ( ... ) . A cet égard , la concurrence parfaite est
non seulement irréalisable , mais encore inférieure et elle n’a aucun titre à être présentée
comme un modèle idéal d’efficience . On commet donc une erreur quand on fonde la
théorie de la réglementation des industries par l’Etat sur le principe d’après lequel on
devrait forcer les grandes entreprises à fonctionner comme fonctionnerait la branche
correspondante sous le régime de la cpp . »