Pierre M I C H E L

LA VIOLENCE D'UN ANARCHISTE NON-VIOLENT : LE CAS OCTAVE MIRBEAU
Pamphlétaire, romancier, intellectuel engagé, Octave Mirbeau passe pour un écrivain « féroce » et violent, voire ultra-violent, selon Lawrence Schehr1. Mais ce uali!icati! accusatoire est problémati ue, car il ne permet pas "e !aire le "épart entre la violence sociale, ui constitue un th#me littéraire et ui est "énoncée par un écrivain "$inspiration libertaire, et la violence "u pamphlétaire et "u criti ue engagé "ans "es combats politi ues ou esthéti ues ui re ui#rent le ma%imum "$e!!icacité. &t surtout il ne permet pas "e "istinguer la !in et les mo'ens, comme si la violence "u polémiste et la cruauté "u conteur étaient ( mettre sur le compte "e la personnalité "e l$écrivain, sans tenir compte "e ses ob)ecti!s, littéraires, éthi ues ou politi ues. *$est ( ces nécessaires "istinguo ue )e vou"rais procé"er au)our"$hui. La violence sociale O!!iciellement rallié ( l$anarchisme en 1+,-, mais libertaire "e c.ur et "$esprit "epuis sa )eunesse, Mirbeau n$a cessé "e "énoncer la violence e%ercée par les institutions sur les in"ivi"us, et au premier che! par l$/tat, « assassin et voleur », u$il vou"rait ré"uire ( son « minimum de malfaisance0 » 1 « L'État pèse sur l'individu d'un poids chaque jour plus écrasant, plus intolérable. De l'homme qu'il énerve et qu'il abrutit, il ne fait qu'un paquet de chair à impôts. a seule mission est de vivre de lui, comme un pou vit de la b!te sur laquelle il a posé ses su"oirs. L'État prend à l'homme son ar#ent, misérablement #a#né dans ce ba#ne $ le travail % il lui filoute sa liberté à toute minute entravée par les lois % dès sa naissance, il tue ses facultés individuelles, administrativement, ou il les fausse, ce qui revient au m!me2. » &n théorie, la !onction "e l$/tat est "$assurer l3égalité la pai% sociale, gr4ce au r#gne "es lois. Mais, pour Mirbeau,
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Lawrence Schehr, « Mirbeau’s Ultraviolence », Substance, n° 86, vol. 27, 1 $nterview %’&ctave Mirbeau !ar 'n%r( )icar%, Le Gaulois, 2* +(vrier 18 ,.

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loin "$5tre neutre, "e servir "3arbitre entre les classes et "e ré"uire les inégalités sociales, l3/tat n3est en réalité u3un instrument "3oppression, au service "e la classe "ominante, ui e%erce une violence permanente sur le prolétariat et le sous-prolétariat 6. 7uant au% lois, elles résultent "3un rapport "e !orce entre les classes et ne !ont )amais u3entériner le 8"roit9 "u plus !ort 1 « Les lois sont toujours faites par les riches contre les pauvres », elles « ne protè#ent que les heureu&: » ; « inhumaines et tortionnaires », elles étou!!ent, « de leur poids écrasant », « la vie des faibles et des petits< ». La violence la plus évi"ente e%ercée par l$/tat est celle "e son bras armé. *$est en e!!et au sein "e l$armée ue les )eunes gens sont initiés ( « toutes les violences criminelles » "ont « l'éducation militaire » !ait l$apologie, et c$est l( ue l$on « fabrique des assassins » 1 « (n arrache brusquement un jeune homme à la vie tranquille des champs, à l)atelier, à la famille, à son r!ve qui commence, et, sans préparation, on le jette, tout d)un coup, dans un milieu déjà pourri, que la discipline a servilisé, bestialisé. =...> ous le préte&te fallacieu& de lui apprendre à servir son pa*s, on ne lui apprend que le crime et qu'il n'est beau que de voler, piller, tuer... détruire quelque chose ou quelqu'un, n'importe quoi, n'importe qui... pourvu qu'il détruise au nom de la +atrie ,-Le mépris de la pitié, l)effro*able haine de la vie, la monomanie du meurtre, et ce qui en dérive, le culte des #rands bri#ands laurés, de ces dé#o.tantes brutes que sont les héros militaires, telles sont les le"ons qui, désormais, vont l)envelopper, le conquérir, le corrompre, l)enliser, tout entier, dans la boue san#lante?. » *et apprentissage "u meurtre trouve son aboutissement logi ue "ans les guerres, "ont les civils innocents sont les principales victimes, comme Mirbeau l$a illustré "ans le chapitre @@ "u /alvaire, ui !it hurler les « patriotes ». Au% guerres entre puissances impérialistes s$a)outent les guerres civiles, oB l$armée peut allégrement massacrer les cito'ens u$elle est supposée "é!en"re Cvoir le "énouement "es 0auvais ber#ersD, et les guerres coloniales, ui, au nom "u « progr#s », "e la « civilisation » et "$une « religion "$amour », trans!orment "es continents entiers en "e

&ctave Mirbeau, )r(+ace . La Société mourante et l'anarchie, %e /ean 0rave, 18 - 1Combats politiques %e Mirbeau, S(2uier, 1 ", !. 12 3. , 4oir )ierre Michel, « &ctave Mirbeau et la 5uestion sociale », in /ac5ues )etit 1(%.3, Intégration et exclusion sociale, 'nthro!os, 1 , !!. 17#28. * &ctave Mirbeau, « 6(!o!ulation », Le Journal, 2* nove7bre 1 "". 6 &ctave Mirbeau, « Le 8o7estea% », La France, 6 ao9t 188*. 7 &ctave Mirbeau, )r(+ace . Un an de caserne, %e Louis La7ar5ue 1alias :u2;ne Mont+ort3, 1 "1.

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terri!iants )ar"in "es supplices et "ont l$histoire, selon Mirbeau, « sera la honte à jamais ineffa"able de notre temps+ ». @l stigmatise une "eu%i#me violence étati ue 1 l$appareil répressi! nommé 8Eustice9, sans "oute par antiphrase. @l est entre les mains "$in"ivi"us ue Mirbeau uali!ie "e « monstres morau& », parce u$ils sont "épourvus "e pitié et "$humanité, courbent le "os "evant les puissants et écrasent les pauvres "e leur pouvoir arbitraire, ( la !aveur "e ces lois ini ues u$ils ont pour mission "$appli uer impito'ablement. Autre cible "e choi% 1 la violence e%ercée par la sainte trinité "e la !amille, "e l$école et "e l$/glise F Le massacre "es innocents commence au sein "e la !amille, oB c$est avant tout l$autorité paternelle ue Mirbeau met en cause. Ainsi, si le narrateur "e Dans le ciel entrepren" "e ré"iger ses souvenirs, c$est a!in "e « rendre plus sensible une des plus prodi#ieuses t*rannies, une des plus ravalantes oppressions de la vie, dont je n'ai pas été seul à souffrir, hélas , 1 c'est2à2dire l'autorité paternelle. /ar tout le monde en souffre. =...> 3out !tre, à peu près bien constitué na4t avec des facultés dominantes, des forces individuelles, qui correspondent e&actement à un besoin ou à un a#rément de la vie. 5u lieu de veiller à leur développement, dans un sens normal, la famille a bien vite fait de les déprimer et de les anéantir. 6lle ne produit que des déclassés, des révoltés, des déséquilibrés, des malheureu&, en les rejetant, avec un merveilleu& instinct, hors de leur moi % en leur imposant, de par son autorité lé#ale, des #o.ts, des fonctions, des actions qui ne sont pas les leurs, et qui deviennent non plus une joie, ce qu'ils devraient !tre, mais un intolérable supplice,. » F *omme si leur uni ue ob)ecti! était "e tuer l$homme "ans l$en!ant, les pro!esseurs, ui prennent le relais "es parents, s$emploient ( susciter cheG leurs él#ves l$ennui et le "égoHt, a!in "$5tre bien sHrs ue rien ne subsistera "e leurs potentialités intellectuelles ni "e leur personnalité. Les programmes scolaires accor"ent la priorité ( une langue morte, le latin, et ( une littérature "u passé, ue rien ne vient revitaliser, "$oB un tr#s vi! sentiment "$inutilité, ue ressent, par e%emple, le )eune Sébastien Ioch. 7uant ( l$histoire, elle se ré"uit ( une morne et abrutissante propagan"e 1 « (n le #or#eait de dates enfuies, de noms morts, de lé#endes #rossières, dont la monotone horreur l'écrasait. » @l en résulte le plus souvent une « in"igestion », ui participe e!!icacement "e la
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&ctave Mirbeau, « <olonisons », Le Journal, 1- nove7bre 18 2. &ctave Mirbeau, ans le ciel, cha!itre 4$$$.

crétinisation programmée. Je surcroKt, l$école se rév#le compressive pour la vie a!!ective et se%uelle "e l$en!ant et "e l$a"olescent, "$oB un inassouvissement pré)u"iciable ( l$épanouissement "e l$a"ulte 1 « 7ers l)8#e de quator9e ans, l)homme s)éveille dans l)enfant. :l lui faudrait le #rand air, la culbute dans les champs, en plein soleil. /ela créerait un ;déversoir< à ce trop2plein de vie qui se manifeste en lui. =...> 5u lieu de cela , les r!ves se développent en liberté entre quatre murs noircis d)encre pendant que le professeur lit =énophon d)une voi& somnolente à ses auditeurs somnolents % ils se donnent carrière à l)étude, en récréation, au dortoir nu et maussade 1-. » *$est précisément en mettant ( pro!it les « r!ves » imprécis et généreu% "u )eune Sébastien et en l$énervant par un « continuel fracas d)ima#es enfiévrées » ue l$in!4me p#re "e Lern parvient ( sé"uire l$a"olescent can"i"e et ignorant, )ustement 4gé "e uatorGe ans. Pour Mirbeau, l$école telle u$elle !onctionne ( l$épo ue constitue un viol "e l$esprit "e l$en!ant. F L$/glise catholi ue compl#te le travail "e la !amille et "e l$école, ui sera ensuite parachevé par l$armée. Pour Mirbeau, la religion n$est pas seulement un opium "u peuple "ont les "ominants ont besoin 1 elle est aussi une institution ui e%erce une violence éhontée sur les malléables esprits u$elle pétrit 11 et u$elle "é!orme ( )amais en ' "éversant le poison "e la culpabilité 1 « :l e&iste, dans certains pa*s, des fabriques de monstres. (n prend, à sa naissance, un enfant normalement conformé, et on le soumet à des ré#imes variés et savants de torture et de déformation pour atrophier ses membres et, en quelque sorte, déshumaniser son corps. =...> Les jésuites, en #énéral tous les pr!tres, font pour l)esprit de l)enfant ce que ces impresarii de cirques la>ques et de pèlerina#es reli#ieu& font pour son corps. Les maisons d)éducation reli#ieuse, ce sont des maisons o? se pratiquent ces crimes de lèse2humanité. » M uoi il convien"rait "$a)outer le viol "es corps perpétré par "es pré"ateurs ensoutanés, tels ue le p#re "e Lern. Aussi Mirbeau s$oppose-t-il vigoureusement ( la liberté "e l$enseignement ui permettrait au% « pourrisseurs d)8mes » "e continuer ( empoisonner impunément les esprits 1 « 6st2ce que, sous préte&te de liberté, on permet au& #ens de jeter du poison dans les sources10 @ » &n!in, il voit "ans le capitalisme in"ustriel et !inancier une monstrueuse violence e%ercée sur la ma)orité "e la population par
« L’=%ucation senti7entale », L!"#énement, 12 avril 188*. $l s’a2it %’une %es Chroniques du iable, si2n(es %’un %iablotin au> !ie%s +ourchus. 11 4oir « )(trisseurs %’?7es », Le Journal, 16 +(vrier 1 "1. 12 &ctave Mirbeau, @(!onse . une en5uAte sur l’(%ucation reli2ieuse, La $e#ue blanche, 1er Buin 1 "2.
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une poignée "e patrons "e "roit "ivin, tel Nargan" "es 0auvais ber#ers, ou "e c'ni ues a!!airistes et pré"ateurs, tels u$@si"ore Lechat "ans Les affaires sont les affaires. L3un "es traits ma)eurs "e la perversité "u s'st#me vient "e ce u3il repose sur l3écrasement "e la masse "es !aibles, ré"uits ( l3esclavage par une minorité "e !orts, ui )ouissent "3une totale impunité, lors m5me u$ils s#ment partout la mis#re, l$e%clusion et la "ésolation. Ainsi Mirbeau !ait-il avouer ( un « véritable homme d'État », partisan "u "arwinisme social 1 « Les pauvres sont les réfractaires du devoir social % ce sont les révoltés qui n'ont pas voulu se soumettre à la loi #énérale du travail, à la loi scientifique qui veut que tout homme travaille et s'enrichisse de son travail. =...> Dans une Aépublique éclairée, attentive et pro#ressiste, comme est la nôtre, il ne faut plus de pauvres. B bas les pauvres , =...> Cous enfermerons les pauvres dans ce dilemme $ ou ils deviendront riches, ou ils dispara4tront , Dans les deu& cas, c'est la fin de la misère, c'est la solution de la question sociale 12. » Solution !inale, oB l3absur"e le "ispute au monstrueu%... Un idéal de non-violence Si Mirbeau "énonce ainsi la violence sociale sous toutes ses !ormes, c$est parce u$il a pour i"éal une société harmonieuse, )uste et égalitaire, oB r#gneraient entre tous les cito'ens "es relations paci!iées et "$oB la violence serait e%clue. Jans une chroni ue "e 1++2, c$est-(-"ire bien avant son ralliement o!!iciel ( l$anarchisme, et alors u$il travaille encore pour le compte "$Arthur Me'er, le patron "u Daulois monarchiste, il imagine "é)( une société ui se passerait avantageusement "e toutes les institutions oppressives u$il e%#cre 1 bre!, l$anarchie i"éale, "u moins sur le papier 16. @l r5ve en e!!et u$il est "evenu roi "$une Kle isolée, oB ses su)ets vivraient « en pai& », « dans une douce i#norance de tout » 1 point "e ministres, ni "$a"ministration, ni "e parlement, ni "e tribunau%, ni "e Oourse, ni "e ca!és-concerts, ni "e courses "e chevau%, ni "$aca"émies, ni "e brelo ues "écoratives, bre! la pai% et la sérénité garanties ( tous... )us u$au )our oB, l$ennui "u monar ue l$incitant ( s$entourer "$une cour et "e tout ce ui s$en suit, ce !ut vite la !in. Ji% ans plus tar", Mirbeau voit "ans « l)anarchie la reconqu!te de l)individu » et « la liberté du développement de l)individu, dans un sens normal et harmonique » 1 « (n peut la définir d)un mot $ l)utilisation spontanée
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&ctave Mirbeau, « =lo5uence %’(t( », Le Gaulois, 26 Buin 18 6. &ctave Mirbeau, « @oCau7e . ven%re », Le Gaulois, 2 avril 188-.

de toutes les éner#ies humaines, criminellement #aspillées par l)État1:. » Pour ceu% ui caressent cet i"éal "e !raternité et "e )ustice, la uestion se pose "e savoir comment passer "$une société inégalitaire, oppressive et violente, ( une communauté paci!i ue "$hommes libres et égau%. 7uels mo'ens mettre en .uvre P &st-il concevable ue les nantis se retirent "$eu%-m5mes, sans combattre, et laissent poliment leur place au soleil au% sans-voi%, au% sans-le-sou et au% sans-toit P /vi"emment non. J#s lors, sau! ( capituler avant m5me "e commencer la lutte, !orce est "$envisager "e mettre en .uvre les mo'ens "e les ' contrain"re 1 chassée par la porte, la violence a alors toutes chances "e se réintro"uire par la !en5tre. M celle "es oppresseurs pourrait bien s$a)outer, en retour, celle "es opprimés en révolte. Jans l$espoir "e !aire s$e!!on"rer l$é"i!ice étati ue, certains anarchistes, on le sait, ont eu recours ( ce u$ils ont appelé « la propa#ande par le fait », en s$imaginant naQvement ue uel ues attentats, bien ciblés "e pré!érence Cmais ce n$est pas le cas "e celui perpétré par /mile Nenr'D, contribueraient ( ouvrir les 'eu% "es larges masses et ( les mettre en branle, )us u$( la victoire !inale et ( la !in "e toute e%ploitation "e l$homme par l$homme. Ron seulement cette stratégie a échoué, mais elle a entraKné immé"iatement un sacré retour "e b4ton 1 les lois libertici"es "e 1+,2-1+,6, aussitSt uali!iées "e « scélérates » et ue Mirbeau n$a évi"emment pas man ué "e stigmatiser. @l éprouve alors un tel "égoHt "es politiciens sans scrupules, "es pré"ateurs en tous genres et "e cette pseu"o-Iépubli ue ui trahit sa mission, u$il souhaite son renversement. &n 1++2 il en appelait au choléra vengeur pour "ébarrasser le pa's "es « jo*eu& escarpes » opportunistes ui, ( l$en croire, avaient !ait main basse sur la Trance1<. M "é!aut, neu! ans plus tar", il aimerait bien ue tout puisse sauter, comme il l$avoue au compagnon Pissarro 1 « 5h , que tout saute , Eue tout croule , L)heure o? nous sommes est trop hideuse1? , » Mais ( uel pri%, ce gran" chambar"ement )ouissi! P Jans un "ialogue "e 1+,-, il !aisait "ire ( un anarchiste !icti! soupUonné "e vouloir tout "étruire a!in "e pouvoir tout reconstruire sur "e nouvelles bases1+ 1 « Fe ne veu& rien détruire, parce que rien ne se détruit et que tout se transforme. 6t puis, dans le renouvellement de la vie, dans le mouvement infini de l)impénétrable
&ctave Mirbeau, )r(+ace . La Société mourante et l'anarchie, 18 -. &ctave Mirbeau, « &%e au chol(ra », Les Grimaces, 22 Buillet 188-. 17 &ctave Mirbeau, lettre . <a7ille )issarro %u 1er avril 18 2 1Correspondance générale, L’D2e %’8o77e, 2""*, to7e $$, !. *7-3. 18 &ctave Mirbeau, « /ean Eartas », L'"cho de %aris, 1, Buillet 18 ".
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matière, qu)importe la mort de deu&, de cinq, de di& millions d)hommes @... Ga ne compte pas... » Oigre V On croirait enten"re Stepan, "ans Les Fustes "e *amus, et cette "ésinvolture c'ni ue, "igne "$un bureaucrate stalinien, !ait !roi" "ans le "os. @l se pourrait bien, néanmoins, u$( travers son personnage "e !iction Mirbeau tra"uise une tentation bien présente cheG lui, "ans cette interminable pério"e "e crise et "e nihilisme u$il traverse. Mais le vi! malaise éprouvé par le narrateur rév#le u$il ne c#"e pas pour autant ( la tentation "e la "estruction aveugle et ue, sensible ( l$évi"ente contra"iction entre la !in et les mo'ens, il ne l$e%prime publi uement ue pour mieu% l$e%orciser par le verbe. Jeu% ans plus tar", au len"emain "u premier proc#s "e Iavachol, le 0< avril 1+,0, Mirbeau lui consacre, "ans L)6ndehors, un article ue Eean Maitron a )ugé « absolutoire » 1 parce u$il s$' ré)ouit ue « sa t!te =ait> échappé au couperet », malgré « les clameurs de la mort abo*ante » ; et parce u$il accor"e ( Iavachol "e larges circonstances atténuantes 1 « La société aurait tort de se plaindre. 6lle seule a en#endré Aavachol. 6lle a semé la misère $ elle récolte la haine. /)est juste HI. » Je la part "$un paci!iste, on est en "roit "e s$étonner "$une semblable mansuétu"e pour un homme ui, certes, au cours "e ses proc#s, s$est réclamé "e l$anarchie et a évo ué la mis#re "e sa !amille en guise "e )usti!ication, mais ui n$en a pas moins commis au moins un assassinat "e "roit commun. Mirbeau se serait-il "onc rallié ( la « propa#ande par le fait » P @l n$en est rien. On sait ue, lors "e l$attentat sanglant commis par /mile Nenr' au ca!é Werminus le 10 !évrier 1+,6, il verra en ce )eune i"éaliste "évo'é « un ennemi mortel de l)anarchie » et, cherchant « à qui le crime profite », se "eman"era, ( mots couverts, et au ris ue "e se couper "$une partie "e la mouvance libertaire, s$il n$aurait pas été manipulé par "es agents provocateurs0-. &n !ait, "#s sa chroni ue sur Iavachol, il a pris clairement ses "istances avec les attentats terroristes. J$abor", il ' réa!!irme "$entrée "e )eu u$il a « horreur du san# versé, des ruines de la mort », ue « toute vie =lui> est sacrée » et u$il atten" au contraire "e l$anarchie « l)amour la beauté, la pai& entre les hommes ». &nsuite, il pren" bien soin "e préciser ue la seule « bombe » ui !era crouler « le vieu& monde sous le poids de ses propres crimes » sera « d)autant plus terrible qu)elle ne contiendra ni poudre, ni d*namite », mais « de l):dée et de la +itié $ ces deu& forces contre lesquelles on ne peut rien. » M la « propa#ande par le fait » il oppose "onc
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&ctave Mirbeau, « @avachol », L!&ndehors, 1er 7ai 18 1. &ctave Mirbeau, « )our /ean 0rave », Le Journal, +(vrier 18 ,.

clairement la propagan"e par le verbe, la seule susceptible "e !aire germer « l):dée et la +itié ». &t c$est naturellement "ans cette voie u$il s$est engagé en tant ue )ournaliste, romancier et "ramaturge, en mettant en .uvre une pé"agogie "e choc, "ans l$espoir "e secouer l$inertie "e ses aveugles contemporains et "e les !orcer ( ouvrir les 'eu% sur "es horreurs mé"uséennes u$ils ont peur "e regar"er en !ace, parce ue cela bousculerait leurs bonnes consciences et perturberait leurs "igestions. Mais il est luci"e sur les hommes, et par consé uent pessimiste, et il ne se !ait pour autant aucune illusion sur la gran"e ma)orité "e ses lecteurs 1 seuls ceu% u$il appelle "es « 8mes na>ves » sont susceptibles "e l$enten"re, parce u$ils ont conservé uel ues traces "u génie potentiel "e l$en!ant et u$ils n$ont pas été compl#tement laminés par ce u$il appelle « l)orthopédie de l)esprit » programmée par la société. Seco e! la "o!ce d#ine!$ie Ieste ( voir comment le verbe "$un anarchiste non-violent a pu susciter "es accusations "e violence et "e !érocité. Le pro)et éthico-littéraire "e Mirbeau repose sur le constat ue la masse "es "ominés n$est pas seulement e%ploitée économi uement et opprimée politi uement, mais u$elle est aussi aliénée i"éologi uement. /tant "onné la crétinisation mise en .uvre par la sainte trinité u$il crible "e ses !l#ches, il ne !aut pas s$étonner si, ( l$en croire, la ma)orité "es a"ultes, au lieu "$5tre constituée "e cito'ens luci"es et acti!s, comporte une masse "e « croupissantes larves » impropres ( toute révolte et tout )uste bonnes, plus stupi"es encore ue "es moutons, ( "époser un bulletin "ans une urne pour choisir « le boucher qui les tuera et le bour#eois qui les man#era 01 », ou ( se !aire trouer la peau sur un champ "e bataille. M5me la !emme "e chambre *élestine, "$or"inaire si luci"e, s$av#re incapable "e "onner un contenu et "es ob)ecti!s ( son in"ignation spontanée et "e lui !i%er "es perspectives émancipatrices pour les esclaves mo"ernes ue sont les "omesti ues. La seule émancipation u$elle envisage est in"ivi"uelle et bien "écevante 1 c$est "e "evenir maKtresse ( son tour, "e pren"re sa revanche sur ses humiliations passées et "e pouvoir houspiller ses bonnes, ( "é!aut "e ses anciennes patronnes. Si m5me elle n$o!!re aucun e%emple ( suivre, a fortiori tous les autres "omesti ues, ui se laissent corrompre par "es maKtres ue, pourtant, ils "étestent et méprisent in petto. Mirbeau ne se !ait "onc
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&ctave Mirbeau, « La 0r;ve %es (lecteurs », Le Figaro, 28 nove7bre 1888.

aucune illusion sur les capacités "e révolte "es « misérables » et "es « souffrants de ce mon"e », au% uels, selon Xola00, il a « donné son cJur ». Ainsi, Les 0auvais ber#ers C1+,?D, s$ach#ve "ans un bain "e sang ui ne laisse aucunement espérer les germinations !utures évo uées par Xola "ans les "erni#res lignes "e Derminal. Jans ces con"itions, on pourrait se "eman"er ( uoi bon écrire, s$il n$' a rien ( atten"re "es hommes et si la « loi du meurtre », ui régit les 5tres vivants et sur la uelle reposent les sociétés humaines, est irré!ragable. Mais il n$est pas nécessaire "$espérer pour entrepren"re 1 bien u$il voie "ans le silence l$attitu"e la plus "igne 02, Mirbeau ne peut s$emp5cher "e crier son in"ignation et "$en appeler ( la conscience, sinon "e tous ses lecteurs, "u moins "es « 8mes na>ves » au% uelles il s$a"resse en priorité. Pour obliger son lectorat réti! ( réagir, pour secouer la !orce "$inertie ui inter"it ( tant "$e%ploités "e se révolter, pour t4cher "$éveiller cheG certains l$étincelle "e la conscience criti ue, il s$emploie ( les cho uer roi"ement en leur présentant les hommes et les institutions sous un )our nouveau, ( travers sa propre perception, !ort "érangeante, puis u$elle est contraire au% con"itionnements sociau% et ( tous les pré)ugés généreusement incul ués au bon peuple. *$est cette pé"agogie "e choc ui a !ortement contribué ( "onner "e lui une image "e !érocité. Wout "$abor", il re!use "$é"ulcorer la réalité telle u$il la perUoit et nous "onne "e la con"ition humaine, "e l$homme et "e la société une image "es plus "ésespérantes Y mais le "ésespoir, cheG lui, est la con"ition "e la luci"ité et, partant, "e l$e!!icacité "e l$action 06. Ju coup, toute son .uvre apparaKt comme cruelle, parce ue la cruauté, sous toutes ses !ormes, en est le th#me uni!icateur 1 cruauté "es hommes, spontanément portés vers la violence et le meurtre ; cruauté "e la !emme, ui opprime et écrase l3homme ; cruauté "e la nature, ui con"amne les 5tres vivants ( s$entre"évorer ; cruauté, surtout, "e la société, ui repose sur le meurtre et s3é"i!ie sur l3écrasement "u plus gran" nombre, voué ( une e%istence larvaire. M la cruauté ui est "ans les choses, ui l$obs#"e et ( la uelle il semble se complaire, comme s$il ' trouvait un e%utoire thérapeuti ue, il convien"rait "3a)outer la cruauté "e l$écrivain, ui se venge, au
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Lettre %e Fola . Mirbeau %u - ao9t 1 "" 1 Correspondance %’=7ile Fola, <G@S, 1

*, to7e H,

!. 16 3. 6e 7A7e (crit#il en 1 1", 5ue, +ace . une Iuvre %’art, il +au%rait !ouvoir l’a%7irer en silence. Mais il aBoute 5u’il est un « irréparable ba#ard » et 5u’il ne !eut s’e7!Acher %e crier son a%7iration 1)r(+ace au catalo2ue %e l’e>!osition J(li> 4allotton, Banvier 1 1"3. 2, 4oir notre essai Lucidité, désespoir et écriture , Soci(t( &ctave Mirbeau K )resses %e l’Universit( %’'n2ers, 2""1.
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mo'en "es %o$s, "es %a & ue nous in!ligent la vie et la société et ui suscitent sa permanente in"ignation 0:. Jans Le Fournal d)une femme de chambre, bien avant Sartre, Mirbeau s3emploie ( susciter cheG nous une véritable nausée e%istentielle, seule susceptible "e nous inciter ( nous poser "es uestions sur notre mo"e "e vie et sur la société. Je l( ( nous remettre en cause, il ' a encore un pas important ( !ranchir, et il est "outeu% ue beaucoup "e lecteurs en aient le courage... &nsuite, Mirbeau ne nous propose aucune voie "e recours 1 c$est en vain ue "es criti ues atten"aient u$il apport4t, "ans Les 0auvais ber#ers, une solution ( la !ameuse « uestion sociale ». 7uant au Fardin des supplices, monstruosité littéraire, on serait !ort en peine "$en tirer "es leUons prati ues, tant l$ambiguQté lui est consubstantielle. @ntellectuel engagé, Mirbeau n$a ni le c'nisme "es politiciens en campagne, ui promettent monts et merveilles, ni la "angereuse présomption "es scientistes, imbus "e leur monopole "u savoir, et ui ne sont ( ses 'eu% ue "es charlatans 1 mo"este, il connaKt ses limites et ses contra"ictions, et il n$a, "ans les lumi#res "e la raison u$une con!iance "es plus limitées 0<. *e n$est pas ( l$écrivain "$apporter sur un plateau "es solutions toutes !aites u$il n$' aurait plus u$( appli uer b5tement 1 sa mission est celle "$un in uiéteur, ui pose "es uestions sans préten"re apporter "es réponses. *ertes, "ans sa vie, pour remporter les batailles au% uelles il a participé, il est tou)ours parvenu, par souci "$e!!icacité, ( passer les compromis in"ispensables, par e%emple ( tisser avec certains politiciens 8moins pires9 ue "$autres "es alliances con)oncturelles, notamment pen"ant l$a!!aire Jre'!us 0?. Mais, "ans son .uvre littéraire, on chercherait en vain "es personnages ui puissent servir "e mo"#le 1 *élestine "éUoit l$attente "e lecteurs en u5te "e héros positi!s ; Zermaine Lechat, "ans Les affaires sont les affaires C1,-2D, a beau 5tre un e%emple "e !emme libérée ui proclame ses "roits avec un "emi-si#cle "$avance sur les m.urs, elle !ait preuve "$une intransigeance "issuasive et "$un ent5tement ui lui prépare "es len"emains ui vont "échanter ; uant ( l$abbé Eules, m5me s$il lui arrive "$5tre le porte-parole "$i"ées ch#res ( son créateur, il commet trop "e vilenies et se rév#le bien trop incohérent pour o!!rir la
« Je n!ai pas pris mon parti de la méchanceté et de la laideur des hommes' J!enrage de les #oir persister dans leurs erreurs monstrueuses, de se complaire ( leurs cruautés ra))inées''' &t *e le dis », con+ie#t#il . Louis GaLLi 1Comoedia, 2* +(vrier 1 1"3. 26 4oir notre article « &ctave Mirbeau et la raison », Cahiers +cta#e ,irbeau, n° ,, 1 7, !!. ,# -1. 27 <e +ut le cas aussi +ace au %an2er boulan2iste M +ace . %e nouveau> !r(%ateurs encore !leins %’a!!(tits, 2loutons il a +inale7ent !r(+(r( les !r(%ateurs en !lace, !arce 5ue %(B. rassasi(s.
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moin"re perspective. @l n$est pas )us u$( Mirbeau lui-m5me, uan" il se met en sc#ne "ans le ca"re "$auto!ictions avant la lettre, "ans La KLM26M et Din#o0+, ui ne soit !ort en peine "e servir "e mo"#le, tant il s$évertue ( "onner "e lui-m5me une image contra"ictoire et "ém'sti!icatrice 1 "e !ait, il est trop allergi ue ( toute autorité pour préten"re en e%ercer une ( son tour. Présenter "es mo"#les positi!s u$il n$' aurait plus u$( imiter, ce serait entretenir la passivité "u lectorat, lui !aire croire ue tout peut !inir par s$arranger, et u$il n$est "onc pas aberrant "$accor"er sa con!iance au% "étenteurs "$une autorité uelcon ue, « au& +r!tres, au& oldats, au& Fu#es, au& Nommes qui éduquent, diri#ent, #ouvernent les hommes » et au% uels il "é"ie ironi uement Le Fardin des supplices. Iésultat "e ce re!us "$assumer une posture "$autorité 1 le lecteur mo'en est "éstabilisé et mal ( l$aise Y surtout celui "u Fardin des supplices Y et son attente est "élibérément !rustrée. @l ne sait plus ue penser ni comment apprécier les récits et les personnages hors normes ui lui sont proposés. Peut-on pour autant parler "e violence e%ercée sur les lecteurs P Ee ne le pense pas, mais on peut "u moins compren"re ue certains en soient perturbés et re)ettent avec horreur "es ob)ets littéraires si mal i"enti!iés. &n!in, il importe ( Mirbeau "e "étruire l$aura "e respectabilité ui prot#ge les "ominants et leur permet "e perpétuer leur oppression. Pour lui, cette respectabilité n$est en aucune !aUon )usti!iée 1 loin "$5tre liée au% mérites "es in"ivi"us, ( la vali"ité éthi ue "es valeurs proclamées et au% services ren"us au% larges masses par les institutions )ugées respectables, elle ne repose en réalité ue sur "es « #rimaces0, » ui bernent le bon peuple. *ette respectabilité est "onc "angereuse, puis u$elle contribue ( emp5cher la conscientisation "es classes e%ploitées et ( sauvegar"er un or"re social in)uste et oppressi!, ui "evrait au contraire susciter "es révoltes. Mirbeau a "onc entrepris "e casser cette image respectable, a!in "e révéler les 5tres et les choses )ugés respectables "ans toute leur absur"ité ou leur monstruosité. La caricature, la "érision, l$ironie !éroce, l$humour noir, les procé"és !arces ues, la perception "u mon"e ( travers le trou "e la serrure, comme "ans Le Fournal d)une femme de chambre, et l$interview imaginaire, ui permet "e ré"uire ses cibles ( leur « minimum de malfaisance » en révélant les puissants tels u$ils sont, et non tels u$on a été habitué ( les voir
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4oir )ierre Michel, « Mirbeau et l’auto+iction », Cahiers +cta#e ,irbeau, n° 8, 2""1, !!. 121#

1-,. @a!!elons 5ue Mirbeau ai7e . e7!loCer ce ter7e %ans son acce!tion !ascalienne et 5u’il a !r(cis(7ent intitul( Les Grimaces un !a7!hlet heb%o7a%aire 5u’il a %iri2( !en%ant si> 7ois, en 188-.
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Cou, plutSt, ( ne pas les voirD sont autant "e mo'ens mis en .uvre pour révéler l$envers "u "écor, pour !aire apparaKtre l$incompétence, l$h'pocrisie ou le grotes ue "es in"ivi"us, la !ausseté "es valeurs incul uées ( l$école et "ans la presse, et la nocivité "es institutions bourgeoises. *e !aisant, le polémiste a e%ercé une mani#re "e violence et a utilisé sa plume et sa notoriété Y ( "é!aut "$autorité Y pour "émolir "es réputations et couvrir "e ri"icule "es gens ui n$étaient peut-5tre pas tous aussi "angereu% ni aussi méprisables u$il l$a préten"u, et "es institutions ui, m5me !ort impar!aites, n$étaient peut-5tre pas toutes aussi meurtri#res u$il l$a!!irme. Oien sHr, on est en "roit "e contester les prises "e position ra"icales "e ce contempteur "e l$or"re ; on peut souligner "$un .il criti ue les sinuosités "e son itinéraire politi ue 2- ; on peut mettre en lumi#re la rhétori ue ui lui "icte certaines violences verbales, telles ue la !ameuse « O"e au choléra » ; on peut aussi lui reprocher "$avoir été in)uste avec nombre "e ceu%, politiciens, écrivains ou artistes, u$il a contribué ( "émonétiser. Mais on "oit "u moins reconnaKtre ue, apr#s son gran" tournant "e 1++6-1++:, il est resté !i"#le au% m5mes valeurs ; ue, "epuis lors, la violence "u polémiste a tou)ours été mise au service "u Oeau et "u Euste tels u$il les conUoit ; et u$il n$a )amais hésité ( reconnaKtre ses torts, cha ue !ois u$il a eu conscience "e s$5tre trompé, ou "$avoir !rappé trop !ort, ce ui n$est pas si !ré uent 1 ainsi a-t-il !ait plusieurs mea culpa, non seulement pour l$o"ieu% antisémitisme "e ses Drimaces "e 1++2, mais aussi pour avoir "énigré "es hommes u$il a !ini par )uger "ignes "$estime, comme Jau"et, Oruneti#re et Ieinach, ou u$il s$est mis ( encenser sans la moin"re réserve, comme Xola, stigmatisé nagu#re comme un vulgaire « parvenu », mais "evenu !igure christi ue par la gr4ce "e l$A!!aire21. F F F

Ainsi Mirbeau s$est-il tou)ours emplo'é ( "onner "e tout ce u$un vain peuple rév#re aveuglément une image "évastatrice, ui
Mirbeau a ven%u sa !lu7e . la r(action !en%ant une %ouLaine %’ann(es, avant %e se rallier . l’anarchis7e. 21 @a!!elons 5ue c’est Mirbeau 5ui a !aC( %e sa !oche l’a7en%e %e Fola !our J!accuse, soit 7 ***, 2* +rancs, so77e (nor7e. Sur ses voltes#+aces, voir nota77ent nos articles « Les N)alino%iesO %P&ctave Mirbeau Q R !ro!os %e Mirbeau et %e 6au%et », Cahiers -aturalistes, n° 62, 1 88, !!. 116#126, et « Mirbeau et Fola M entre 7(!ris et v(n(ration », Cahiers naturalistes, n° 6,, 1 ", !!. ,7#77.
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nous oblige ( regar"er en !ace une réalité "érangeante. *ar ne pas "éranger é uivau"rait, pour lui, ( 5tre complice "$un or"re social ui le révulse. Sa violence verbale est tout ( la !ois pé"agogi ue et thérapeuti ue 1 il se "é!oule au mo'en "es mots et s$en sert comme "$un révélateur "es turpitu"es sociales au% uelles on est tellement accoutumé u$on n$en a m5me plus conscience. On compren" ue tous les « puissants » u$il a "émas ués et « fait trembler à la fa"on des prophètes », selon son ami Wha"ée Ratanson, aient pris leur revanche une !ois u$il n$était plus l( pour poursuivre son travail "e "éboulonnage. @l était !acile, post mortem, "e !aire passer l)imprécateur au cJur fidèle pour un incohérent, un palino"iste, un !rénéti ue, voire pour un pornographe, histoire "e "iscré"iter "urablement son message et "e le ren"re ino!!ensi!. 7uali!ier Mirbeau "e violent ou "e !éroce, c$est une mani#re "e mettre la passion avec la uelle il s$est engagé au service "e valeurs éthi ues et esthéti ues sur le compte "e pré"ispositions, voire "e perversions, relevant "e la ps'chologie, voire "e la ps'chiatrie, et "e "é"ouaner "u m5me coup la société "es violences e!!ectives u$elles n$a cessé "$e%ercer en toute impunité. Pierre M@*N&L [niversité "$Angers