FONDATION JEAN PIAGET

ARCH. PSYCHOL. XLV — 176 – 1977

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ESSAI SUR LA NECESSITE
Jean Piaget

1. En parallèle avec le possible, le nécessaire est relatif aux activités du
sujet. Si l’on définit la nécessité de p par l’impossibilité de non p, il reste, en
effet, que l’impossible à un certain niveau de la psychogenèse ou de l’histoire
des sciences peut devenir possible à un niveau ultérieur, les connexions
antérieures relevant alors rétrospectivement de “pseudo-nécessités” ou
“pseudo-impossibilités”. Même si l’on définit la nécessité de p par le fait que
non-p entraîne des contradictions, il se peut que dans la suite ces
contradictions soient levées, ou qu’au contraire p, qui est nécessaire en un
système, conduise à des contradictions en un autre. D’autre part, si le
“possible” caractérise les débuts d’une genèse, en tant que différenciation
d’un état de départ, le “nécessaire” n’est pas davantage a priori que les
possibles ne sont prédéterminés : il s’élabore au cours de la construction et ne
s’achève qu’à son terme, en tant qu’expression de l’intégration propre à un
système plus ou moins fermé, si élémentaire soit-il. Mais, de même qu’il
n’existe jamais de commencement absolu, toute genèse s’appuyant sur des
développements précédents, on ne saurait non plus jamais parler de
terminaison en un sens (final) absolu, toute nécessité reposant sur des
“raisons” qui, si valables soient-elles, en appellent d’autres plus profondes.
Même en ces axiomatiques pures sur lesquelles repose aujourd’hui la logique
formelle, “on ne se trouve jamais en présence d’une forme définitivement
établie que l’on pourrait contempler; on se trouve à tout instant engagé dans
un mouvement de montée vers la forme” dit ainsi J. Ladrière “et cette montée
vers la forme est donc sans terme assignable” 1.
En un mot, la nécessité n’est pas un observable se prêtant à une lecture
sur des objets, mais elle résulte toujours de constructions inhérentes à un sujet,
et, si l’on peut parler d’ “états” pour désigner des connexions nécessaires, il
ne s’agit jamais que de phases d’un processus sans fin qu’il importe de
considérer comme tel en son dynamisme intrinsèque : d’où l’intérêt d’étudier
sa formation au cours de la psycho-genèse. Pour l’indiquer d’emblée, cet
intérêt se double du fait que les stades observés à cet égard se trouvent être
parallèles à ceux qui caractérisent le développement du “possible” : il s’ensuit
alors une interaction progressive entre ces deux modalités, cette synthèse donnant elle-même naissance aux structures opératoires.
1) L’explication dans les sciences, Flammarion, Paris, 1973, p. 55, 56.

à la distinction des unités. la formation des structures opératoires. Ces alternances. Au niveau des opérations concrètes et notamment au sein des structures de “groupements”.236 Jean PIAGET En effet. en jonction avec les possibles. 281-299. on assiste à la formation de “conécessités limitées”. p. etc. Au niveau pré-opératoire. Archives de Psychologie. les nécessités n = n et n → (n + 1) présentent le même degré de contrainte. mais locaux et non reliés en systèmes stables (sinon sur certains points au plan des actions sensori-motrices par opposition aux conceptualisations). à leur équivalence (+1 = +1). Réciproquement l’ouverture sur de nouveaux possibles s’effectue en un cadre de nécessités antérieures (puisque toute accommodation est celle d’un schème d’assimilation) et elle conduit à la constitution de nécessités ultérieures. par addition d’une unité + 1. A titre d’états. Notre hypothèse serait que les deux interprétations se complètent en un même tout si l’on considère le nécessaire comme un processus et non pas seulement comme un état. L’intemporel résulte en ce cas de l’intégration du dépassé dans le dépassant. tirer grand chose de l’identité n = n tandis que le fait pour un nombre quelconque n de comporter nécessairement un successeur et un seul. 1976. mais. En un tel cas. les co-nécessités acquièrent par contre un caractère illimité. Il s’y ajoute le fait que le caractère illimité des possibles de ce troisième stade tient à la notion de variations continues reliant un état A à un autre B. le co-possible illimité est donc engendré par le nécessaire de même que celui-ci sous sa forme illimitée a été rendu possible par les progrès du co-possible devenant illimité. Quelle que soit la solution donnée au second de ces problèmes. La première consisterait à admettre que toute nécessité présente la même force contraignante (par exemple le jugement analytique n = n comparé au synthétique n → n+1 même si ce second est plus riche) et qu’une structure est plus forte du simple fait qu’elle comporte davantage de relations nécessaires entre les mêmes termes ou entre éléments plus nombreux. l’évolution du nécessaire constitue un cadre général indispensable à tous les niveaux et déterminant. bien qu’en leurs résultats elles aboutissent à des systèmes dont la nécessité devient intemporelle (les possibles constituant au contraire les phases de la formation temporelle). On sait que l’un des tournants qui ont marqué les débuts de la physique moderne a consisté à considérer avec Galilée le 1) Voir le possible. dans le domaine du possible l les trois grands stades de successions analogiques. ESSAI SUR LA NECESSITE 237 temps comme une variable indépendante. La seconde interprétation reviendrait par contre à admettre qu’en une structure forte les relations de nécessité sont elles-mêmes plus fortes. résultent de la loi générale de l’équilibration entre les différenciations et les intégrations et expriment l’un des aspects du caractère essentiellement temporel des constructions cognitives. ce qui est spécial à l’équilibration cognitive. toutes proportions gardées. en effet. qu’elles soient donc la source ou le résultat de nouvelles nécessités. donc des implications signifiantes plus complexes. le préfixe “co-” indiquant l’existence de liaisons (comme entre les opérations inverses et les conservations) et le caractère de limitation correspondant à la pauvreté de structures encore subordonnées à leurs contenus. les nécessités exigeraient un pouvoir supérieur d’intégration. une nécessité plus riche est plus forte en ce sens qu’elle présente un pouvoir supérieur d’en engendrer d’autres. celles-ci peuvent s’interpréter de deux manières. 2. entraîne une série de conséquences nécessaires relatives à l’ordre. l’impossible et le nécessaire. ayant à connecter des propriétés plus différentes entre elles. de même nous trouvons dans l’évolution du nécessaire les trois périodes suivantes. 172. Avec le niveau des opérations hypothético-déductives. des services analogues. De façon générale. du double fait que le sujet peut tirer les conséquences nécessaires d’hypothèses considérées comme fausses aussi bien que vraies. se constituent déjà des îlots de nécessités. Or ces variations sont l’expression de lois de formation systématiques et sont subordonnées donc à des intégrations nécessaires. une nouvelle nécessité ne s’impose qu’après avoir été rendue possible par les états antérieurs et elle engendre à son tour de nouvelles possibilités. alors que des possibles s’engendrent de proche en proche. qui sont en fait celles de continuelles successions entre ouvertures et fermetures. Un autre exemple montrant que l’adjonction de nouvelles relations nécessaires augmente en richesse et en force la “compréhension” du . On peut espérer qu’en introduisant la dimension génétique en épistémologie on lui rendra. et qu’il devient capable de construire des opérations sur des opérations de départ et d’atteindre ainsi des nécessités de plus en plus fortes. XLIV. même si l’aboutissement des formations temporelles consiste en structures intemporelles. de co-possibles limités et de co-possibles illimités. Les deux problèmes principaux qui se posent alors sont d’établir si les stades de formation de la nécessité marquent des progrès dans la force de celle-ci (et pas seulement dans le nombre croissant des relations nécessaires) et si les progrès sont dus à la construction des opérations ou si. comme à propos des possibles. aux connexions entre les ordinaux et les cardinaux dans le fini. de même que nous avons pu distinguer. celle du premier est liée à la question suivante : étant admis qu’il existe des structures plus ou moins fortes. en tant que phase d’un processus. parce que plus riches en compréhension : cela signifierait que. On ne saurait. d’ailleurs non exclusives.

C’est cette composition qui fait longtemps problème pour le sujet. 3. qui est celui d’un arbre généalogique) au réseau complexe formé par un ensemble de parties (telles les opérations propositionnelles). De même dans le passage du monoïde au groupe. que les positions du mobile sont mieux déterminées dans le sens d’une relativisation de la notion de position. l’égalité des produits croisés vaut pour nos “proportions logiques” : I/N = C/R puisque IR = NC = R. Si l’on conçoit la force en termes de processus. En un mot. la difficulté à admettre les nombres négatifs ayant été pendant des siècles précisément relative à cette compréhension. d’autre part. mais un enrichissement en compréhension de la notion de nombre. si l’on distingue le plan des éléments et celui des structures. Pour ce qui est de cette relation apparemment directe entre l’extension et la compréhension. Quant aux degrés de nécessité. sans qu’il y ait là une simple métaphore. Du point de vue de l’extension. les nécessités sont en de nombreux cas plus “fortes” dans le cas du “simplexe” (ensemble des parties) que dans celui du groupement : en celui de l’arbre généalogique les seules involutions se réduisent aux converses (et encore entre individus déterminés. La solution une fois acquise nous pouvons dire. le 4ème est bien déterminé (on ne saurait ainsi remplacer Paris par Marseille). la réciproque R et la corrélative C. sinon il y a “aliotransitivité” puisque “le frère de mon frère” peut être un autre frère ou moi-même) tandis que dans l’ensemble des parties sont involutives la négation N. une R et une C (et une seule de chaque). En de tels cas. l’introduction de la nouvelle relation nécessaire que comportent les opérations inverses n’entraîne pas seulement un accroissement en extension Z > N 2. Combinatoire opposée aux seules relations de filiations et aux collatérales. si 3 de ces 4 termes sont donnés. Il est alors clair que la nécessité inhérente aux proportions est plus forte que celle des corrélats puisqu’elle doit coordonner deux divisions et deux multiplications : d’où le retard notable de la construction des premières (11-12 ans) par rapport aux seconds (7-8 ans). rappelons encore le caractère tardif de la construction des doubles systèmes de référence (par exemple l’escargot circulant sur une planchette en mouvement). par exemple “Rome est à l’Italie comme Paris à la France”. comparons les nécessités inhérentes au semi-réseau que constitue un “groupement” (en choisissant le plus complexe d’entre eux. Il y a là une certaine nécessité en ce que.238 Jean PIAGET système considéré est le cas des correspondances : introduites par Cantor dans l’arithmétique élémentaire. . Chaque position du mobile est alors subordonnée à une double nécessité : en référence à son support et par mise en référence de celui-ci au système extérieur. celui-ci a permis dans la suite à Gentzen d’améliorer la saturation de l’arithmétique élémentaire. Or. il y en a naturellement davantage dans le second : 1. Relations directes entre n’importe quel élément et n’importe quel autre. l’augmentation de richesse en compréhension équivaut. d’une part. 2. si l’on substitue à ces relations conceptuelles des rapports numériques. les travaux actuels sur l’implication avec nécessité et pertinence (nous y reviendrons sous 4) semblent 1) Par contre. Z = nombres entiers. on a vu à propos de nos recherches sur la généralisation qu’il n’y a pas là de contradiction avec la loi générale de relation inverse. à un accroissement de la force d’intégration. A propos de ces nécessités plus complexes. il semble donc que l’on puisse parler de nécessités plus ou moins “fortes” en ce sens que les termes reliés par des connexions nécessaires plus fortes sont “mieux déterminés” à la fois en extension (plus de relations) et en compréhension (plus de significations). Or. les éléments d’un simplexe sont reliés les uns aux autres et chacun au système total par davantage de relations nécessaires (extension) et elles sont plus riches en significations (compréhension) qu’en une structure plus faible comme le groupement : c’est cette plus grande cohésion que l’on peut qualifier de nécessité plus “forte”. Autre exemple : celui du passage des “corrélats” (au sens de Spearman) aux proportions. 2) N = nombres naturels. mais. chaque élément possédant à la fois les trois propriétés de comporter une N. il va alors de soi que cette relativisation engendre un pouvoir supérieur de généralisation. On constate d’ailleurs aussi un certain retard dans la compréhension des multiplications par rapport aux additions. du point de vue de la compréhension. qui n’a aucun sens dans le cas du corrélat 1. tels que 2/4 = 3/6. donc du nombre des relations nécessaires. qu’il intervient davantage de relations nécessaires. dont Gödel avait démontré l’insuffisance. Bornes supérieures et inférieures au lieu des seules premières. il s’y ajoute une propriété nouvelle et ESSAI SUR LA NECESSITE 239 essentielle : l’égalité des produits croisés 2 x 6 = 4 x 3. A en rester aux structures les plus simples. De façon générale. elles ont conduit à la découverte du transfini “aleph zéro” . ce qui constitue un progrès en compréhension. Un corrélat est une équivalence conceptuelle consistant à établir la même relation entre les termes de deux couples. en opposition avec les relations de proche en proche du groupement (par exemple cousin = fils du frère du père). or. les premières consistant en additions d’additions et comportant donc une nécessité plus complexe.

soit y ⊂ x). si le possible caractérise la phase de formation des schèmes. elles forment alors entre elles de petits systèmes locaux au sein desquels se constituent. Nous désignerons alors de tels apports sous le terme d’ “implication signifiante”. en conjonction avec le possible. l’implication signifiante est donc bien antérieure à l’inclusion (qui suppose l’extension) et à tous les emboîtements constitutifs des “groupements” ou structures des opérations concrètes. la “grandeur” elle-même étant alors “ce qui peut être augmenté ou diminué”. qui leur confère alors un certain degré de nécessité. comme c’est le cas des nécessités les plus fortes. dans le cas particulier de distinguer quantité et qualité et une “grande” beauté d’une “grande” superficie). Si l’on place ensuite l’objet un peu au-delà du carton et que le sujet tire quand même celui-ci. bien avant que ces relations multiples puissent s’équilibrer en des structures stables. l’inférence se retrouve ainsi au centre des processus cognitifs bien avant l’élaboration des structures opératoires générales et stables. si la considération (ou l’emploi) de x entraîne celle de y du fait que la signification de y fait partie de celle de x ou présente quelque chose en commun avec celle de x (disons pour abréger “est englobée dans celle de x”. les premières formes de nécessité à l’intérieur de ce que nous nommerons des “implications signifiantes”. De façon générale nous dirons qu’il y a implication signifiante entre deux schèmes x et y. qui supposent l’ “ensemble des parties” et de la combinatoire systématique. du fait qu’en ce cas une signification (celle de la position spatiale) en entraîne une autre (celle de son utilisation ESSAI SUR LA NECESSITE 241 cinématique). 3. Notons d’abord qu’en leur état initial. tandis qu’en compréhension. Or. mais si (et seulement si) il est bien placé “sur” lui et non pas à côté. Par exemple. du fait des interdépendances. puis par la construction de formes de plus en plus abstraites en leur autonomie formelle progressive. les plus simples d’entre elles consistent précisément en de telles implications élémentaires. en combinant les significations en compréhension avec les considérations extensionnelles et surtout les réunions de co-possible avec celles de conécessaires. bien avant les structures opératoires. de même que leur généralité en extension. Pour autant que la nécessité résulte de compositions et d’intégrations (par opposition au possible orienté vers la différenciation). l’exemple de “posé sur") constitue la source des relations nécessaires. comme les premiers groupements de classifications et de sériations. il n’en reste pas moins que ces nécessités opératoires de rang supérieur ont été tirées. on peut dire que pour lui la situation “posé sur” un support implique la possibilité d’être entraîné. inorganisé en sa totalité mais dont le magma comporte dès le départ un mélange de possibles quant aux différenciations formatrices et de relations nécessaires quant aux significations établies . Si les nouvelles nécessités qu’elles engendrent ainsi sont de plus en plus “fortes”. Ces structures opératoires sont donc de formation plus tardive du fait qu’à ces coordinations locales et polymorphes elles substituent des formes générales de composition avec les emboîtements des “groupements” encore très proches de leur contenu. le tout est alors . A tous les niveaux. Nous pouvons alors en arriver au problème central qu’est d’établir si le nécessaire résulte toujours de compositions propres aux structures opératoires. les contenus de ces rapports sont fournis par l’expérience. Par contre. Or. soit x ⊃ y. les systèmes de significations présentent des formes circulaires. et “augmenter : rendre plus grand”. Notre hypothèse est que. il le rapproche et parvient à s’en emparer. dans la mesure où le sujet en comprend les “raisons” (cf. Celles-ci ne peuvent se développer qu’au sein d’un cadre initial de schèmes. sans parler naturellement des implications propositionnelles. de la “forme” propre aux implications signifiantes en jeu dans les stades initiaux et dont le caractère déjà nécessaire constituait la condition préalable des compositions ultérieures. certains rapports constants peuvent s’imposer au cours des actions. Ces rapports déterminent une certaine nécessité dans la mesure où le sujet en comprend les raisons. ou si. par étapes successives. c’est l’implication signifiante en tant qu’instrument de la coordination entre les schèmes (et à partir des plus primitifs). le sujet peut en saisir la raison. qui. il constitue l’un des caractères du cadre général à l’intérieur duquel se construiront les opérations. Ce fait n’est pas spécial à l’enfant et il suffit de consulter un dictionnaire pour en trouver de telles. ceux-ci une fois construits comportent des significations : ces dernières étant naturellement solidaires. Le Larousse définit ainsi la “quantité” : “ce qui est susceptible d’augmentation et de diminution”. au niveau sensori-moteur le bébé de 10-12 mois découvrira qu’en tirant un long carton sur le bout duquel est posé un objet trop éloigné pour être saisi directement. Lorsque par contre il ne se sert du carton qu’à bon escient. force est de constituer des suites linéaires ou des emboîtements de divers types (permettant. puisque portant essentiellement sur les significations des schèmes en leur compréhension et en leurs contenus. par exemple. c’est qu’il n’a pas encore “compris” la signification de la relation “posé sur”. lorsqu’il s’agit de résoudre un problème. parviennent à l’élaboration de structures d’ensemble de transformations à partir des compositions locales entre schèmes.240 Jean PIAGET assez montrer qu’en abandonnant le point de vue purement extensionnel des tables de vérité on introduit des degrés de détermination dans les implications elles-mêmes. Il semble donc évident que le développement du nécessaire précède la formation des opérations qui. Sous cette forme élémentaire et structurée au minimum.

Il est alors d’un grand intérêt de constater qu’à tous les niveaux c’est l’inférence qui rend compte des nécessités logiques. En effet. Or ce chemin exige l’intervention de la compréhension. dès les plus élémentaires . etc. Cette restriction contredit deux opinions classiques qui l’une et l’autre confondent le normatif et le factuel : celle d’Aristote qui croit à une nécessité “réelle”. Dans la suite ils apprendront le rôle de l’ “attraction” de la terre et finiront scolairement par l’insérer dans le cadre général de la gravitation universelle. ce qui atteste à nouveau le rôle fondamental des significations dans la constitution des nécessités (Exemple A = système des artères et B = système des veines). les jeunes sujets. sous la forme d’une relation de pertinence supposant “quelque chose en commun” entre A et B. Le réel ne fournit que des régularités plus ou moins générales. d’ailleurs avant les modèles géométrodynamiques de la relativité einsteinienne ou de Misner et Wheeler. ou de la nécessité formalisée propre à l’axiomatique des implications propositionnelles. mais lorsqu’ils découvrent le poids de l’eau. Ross Anderson et N. qui. Ce recours obligé à la “compréhension”. Par exemple. 5. indépendante des modèles que ESSAI SUR LA NECESSITE 243 construit le sujet dans sa recherche des raisons. qu’il s’agisse du nécessaire local débutant bien avant la constitution des structures opératoires et dans les relations entre deux schèmes. mais les défauts ou lacunes propres à cette pseudo-nécessité consistent à ne pas voir que seule la connaissance de ces raisons permettra de délimiter la part circonscrite de la nécessité. ce qui réduit le normatif au factuel. Seulement. ce qui constitue la caractéristique des implications élémentaires appelées plus haut “signifiantes”. C’est d’abord 1) la “pseudo-nécessité” consistant à admettre d’emblée que si les faits sont ce qu’ils sont. Du point de vue de la nécessité. donc dans les coordinations les plus primitives entre schèmes. où cela va de soi. pour expliquer l’horizontalité du niveau de l’eau. Ainsi A B → A cesse d’être valide si A n’est pas isolable de B. On retrouve ainsi. du fait même que ces emboîtements se traduisent par des généralisations. sans voir qu’elle résulte toujours des contradictions déductives (donc normatives) du sujet et celle de Montesquieu qui. si élémentaires soient-ils. part de la célèbre définition “les lois sont des rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses”. quoique encore inconnues . A. pour rendre compte de “l’esprit des lois” (juridiques donc purement normatives). l’assimilation du général au nécessaire en est renforcée et. se bornent à invoquer la forme des récipients. et surtout à ne pas comprendre que seul un modèle déductif dépassant les observables peut fournir ces raisons. mais sans nécessité propre aux seuls observables. il est d’un grand intérêt de constater qu’une solution analogue s’impose aujourd’hui à la logique formelle dans la mesure où elle retrouve le problème de la nécessité. qui marque la faillite des logiques purement extensionnelles fondées sur les seules tables de vérité. cela comporte un certain aspect positif consistant à postuler que si ces propriétés sont ce qu’elles sont (et doivent l’être). Par contre. qui croient celle-ci légère.242 Jean PIAGET amalgamé en un réel à composantes insuffisamment différenciées avant que les opérations ne parviennent à les subordonner à des lois de composition coordonnant les transformations comme telles en des structures générales et cohérentes. sous des formes supérieures et élaborées. mais on peut démontrer que cette méthode est insuffisante. n’est qu’une description des données à expliquer. cela revient donc à considérer les propriétés d’un secteur du réel comme seules possibles. c’est qu’ils doivent être tels. Deux groupes de faits expliquent cette indifférenciation initiale. alors qu’il se livre à de simples généralisations extensionnelles. mais dans les efforts des logiciens pour surmonter ce que l’on peut sans exagérer appeler le scandale de la logique extensionnelle classique. non pas seulement dans le domaine des logiques modales. à savoir les implications paradoxales : “si le vinaigre est acide. 4. sauf chez les esprits critiques de la taille de Huyghens et Leibniz. Nous sommes ainsi conduits à situer le point de départ du nécessaire dans la “forme” des “implications signifiantes” qui expriment les relations entre significations acquises. ils comprennent sa tendance à descendre et font alors de la loi de l’horizontalité des niveaux un cas particulier de la chute des graves. Du point de vue du possible. Or cette subordination de lois spéciales à de plus générales ne consiste qu’en emboîtements extensionnels (mise à part l’hypothèse de l’attraction. grâce entre autres à la “déduction naturelle” de Gentzen. En 1932 Lewis a cru résoudre le problème en ajoutant à l’implication x → y un opérateur monadique de “nécessité”. Belnap ont élaboré une théorie de l’implication naturelle montrant que “A → B est valide si et seulement si. la pseudo-nécessité n’en a été longtemps que consolidée. cette succession d’emboîtements ne comporte de nécessité que du point de vue des opérations “appliquées” aux objets. en ce sens que la signification de B présente quelque parenté avec celle de A. il existe un chemin possible qui conduit déductivement de A à B”. en un travail récent. en ce secteur. s’étend naturellement à une égale obligation d’introduire des disjonctions et conjonctions non extensionnelles.D. sans se demander si elles ne résultent pas d’une actualisation particulière parmi d’autres qui auraient été possibles. tandis que . alors certains personnages portent la barbe”. 2) Le second groupe de faits entretenant la pseudo-nécessité est que le sujet se croit d’emblée en possession d’un tel instrument déductif sans dépasser les observables. c’est en vertu de “raisons”.

vol. les “raisons” découvertes soulevant de nouvelles questions qui conduiront à de nouveaux modèles aboutissant à des “raisons” plus profondes. soit à une rééquilibration aboutissant à une nouvelle totalité de forme analogue. Il n’en reste pas moins que.244 Jean PIAGET les “raisons” des actions de ceux-ci ne sauraient se réduire à des passages du “quelques” au “tous” et sont à chercher en des modèles déductifs portant sur les liaisons qu’expriment les lois. bien que les réalités organiques ne soient elles aussi naturellement connues qu’à travers les modèles du biologiste. elle présente des caractères différents de ceux de la nécessité logico-mathématique. Il semble alors évident que. on peut penser que la source de ces créations cognitives est à faire remonter jusqu’au plan biologique. dans le cas des modèles physiques. Cela n’empêche pas que. le fait que leur système total soit à la fois isolable et orienté vers une multiplication transmettant un programme héréditaire phylo. mais que sources de telles liaisons. De façon générale tout être . acquièrent de nouveaux sens préparant leurs significations cognitives. ce qui fournit le pourquoi des lois . 1) qu’un organisme se multiplie et transmet à des descendants un programme héréditaire déterminant son épigenèse et un certain nombre de comportements innés. Cela revient alors à réinterpréter ces objets. ils sont conçus comme des opérateurs agissant donc avec nécessité. pouvant changer de milieu et pourvu de membranes faisant partie de sa structure et à travers lesquelles se font les échanges. Mais cette obligation ne 1) Qui sont “nécessitables” et non pas nécessaires ni encore nécessités. Autrement dit. le champ électro-magnétique exprime les variations des courbures dans le voisinage de ce point. ces objets opérant sont ceux du modèle et leurs opérations sont analogues à celle du sujet constructeur du modèle. Rappelons l’article de Garcia sur la dynamo-géométrie de Misner et Wheeler 2 : la gravitation s’y traduit en courbures de l’espace-temps. mais. En ces conditions les processus de différenciation. il a aussi tendance à “refouler” la part qu’il a prise en sa construction. sans signification physique et sources du “normatif” cognitif. Les deux différences essentielles entre un organisme et un système physique sont. 1 sa vraie nature étant celle des conclusions que tire le physicien dans le cadre d’un modèle. tandis qu’une théorie mathématique est intemporelle. En fait la nécessité n’est donc qu’ “attribuée” aux objets réels. subordonnée aux contrôles de l’expérience et au succès des prévisions. donc sur les objets en tant. la survie et la multiplication programmative sont affaires d’organisation active et intrinsèque par opposition à une simple conservation automatique et cette organisation conservante comporte alors les aspects spécifiquement biologiques du normal et de l’anormal (ou pathologique). Néanmoins nous sommes ainsi très loin d’une géométrie “pure”. et cela même dans les cas où elle est spatialisée au maximum. sources du nécessaire. non plus qu’observables. si chacun des processus organiques en jeu. l’explication causale ne peut que progresser. et d’intégration. celle-ci ne résultant que des conséquences déductives du modèle construit au moyen des hypothèses limitées par les contenus imposés en tant qu’expérimentaux. mais d’une manière paradoxale qui est le propre de la nécessité physique : d’une part. La seconde est qu’elles agissent les unes sur les autres indépendamment de nous. il y a obligation de conserver les données. Le propre de l’organisation vitale est. 1971. d’autre part. etc. tandis qu’en une théorie mathématique c’est nous qui déterminons les compositions à effectuer. etc. le théoricien n’a pas le pouvoir de modifier les “formes” que lui impose l’expérience et ne peut que déduire leurs variations objectives tout en les plongeant en un système de possibles. PUF. Mais si le possible et le nécessaire physique sont ainsi relatifs aux constructions et modèles du physicien. ESSAI SUR LA NECESSITE 245 porte naturellement que sur la limitation du contenu des hypothèses et ne confère donc comme telle aucune nécessité à l’objet. en cette dernière nous gardons tous les droits de modifier les hypothèses. En d’autres termes. en effet. 2) qu’il constitue un système isolable (contrairement aux systèmes physiques toujours plongés en d’autres plus larges). Mais surtout. mais dont le problème est de montrer pourquoi certains s’actualisent et comment leur nécessité résulte des compositions du système. chacune de celles-ci restant valable en un système hypothético-déductif cohérent. est de nature physicochimique. Paris. la masse est une courbure en un point. Mais. même dans le cas de la dynamo-géométrie. les variations possibles de celle-ci conduisent soit à la mort. de comporter des soussystèmes ou “organes” dont les interactions assurent leur conservation mutuelle et celle d’une totalité fermée . comme l’a dit le physicien Ascher dans sa communication à notre Centre. 6. au contraire. d’où l’illusion d’une nécessité “réelle”.et ontogénétique confère aux mécanismes d’intégration et de différenciation une signification téléonomique et procédurale en plus de causale. si le théoricien “projette” ainsi (ou “attribue") la nécessité dans les liaisons entre objets. La troisième est que leurs actions sont spatio-temporelles. 2) “Voir Les explications causales Etudes d’Epistémologie Génétique. donc les lois observées. comme l’atteste d’ailleurs à elle seule la formation des “comportements”. c’est-à-dire intérieure aux objets eux-mêmes. sources des possibles. si la nécessité physique est ainsi subordonnée aux instruments déductifs du physicien. en effet. considéré en son détail. 26. La première raison est que ces “formes” existent en dehors de nous et constituent l’univers dans lequel nous agissons.

du fait que les actions ou opérations composées sont tirées de constructions antérieures et que la composition nouvelle prolonge comme telle d’autres qui l’ont rendue possible. disait qu’en ce cas “les rapports entre les organes” sont “d’une nécessité égale à celles des lois métaphysiques (mécanique rationnelle. Cuvier déjà.. on voit qu’ils peuvent conduire à des pseudo-nécessités autant qu’à des nécessités valables. En premier lieu.. c’est donc l’évolution en sa totalité historique qui constitue le siège ou la source de ces possibilités et nécessités. mais aussi et essentiellement la suite continue et ininterrompue des processus caractérisant l’évolution de la vie entière. 1802. Il faut donc la distinguer des conditions non nécessaires et son caractère propre revient à dire que y constitue une variation intrinsèque du système qui engendre ou rend possible x. ne reviendrait qu’à expliquer la nécessité par elle-même. L’exemple classique est celui des cygnes dont le concept paraissait devoir impliquer la blancheur jusqu’à la découverte des cygnes noirs d’Australie.246 Jean PIAGET vivant agissant sur le milieu grâce à des comportements (modèles des “procédures”). Mais. il y a déjà dans la pseudonécessité un début de nécessité vraie 2 en ce sens que le sujet. Paris. 1976. Mais il est non moins clair que les liaisons entre contenus peuvent conduire à des erreurs quant à leur généralité. ESSAI SUR LA NECESSITE 247 avons (sous 3) fait remonter les formes élémentaires de nécessité jusqu’aux premières “implications signifiantes” alors qu’en l’ouvrage sur l’abstraction 1 (chap. Quant au possible biologique. à partir de ses débuts . En d’autres termes. Paris. en reliant y à x dans x ⊃ y. et cela en vertu des considérations suivantes. c’est faire de y une condition de l’existence de x. L’implication signifiante exprimant le fait que la signification d’un schème en suppose d’autres. VII. et. contrairement à celle des galaxies. conduira à la nécessité authentique. Gallimard. en cas de variation génotypique.) et mathématiques” 1. Mais se borner à invoquer cette condition. dues à la “dépendance mutuelle des fonctions”. 1977. 47. p. chap. trouver la raison pour laquelle x implique y. p. appelée ajuste titre “condition nécessaire” (c’est-à-dire “si et seulement si”). mais dans la mesure où elles sont compatibles avec l’intégration.F. Quant aux comportements eux-mêmes. etc. etc. Etudes d’épistémologie génétique. elle comporte à tous les niveaux des procédures téléonomiques. vol.U. D’un tel point de vue on peut donc considérer un “nécessaire” et un “possible” biologiques relatifs non pas seulement à l’observateur. Or nous 1) Leçons d’anatomie comparée. De même tout triangle paraît aux jeunes sujets devoir impliquer l’égalité entre deux côtés ou même entre les trois en considérant les scalènes comme de mauvais triangles. Or les variations intrinsèques diffèrent des extrinsèques par le fait que celles-ci ne sont connues que par constatations. 105) nous avons considéré cette sorte de liaison comme semblant “en majeure partie dominée par l’abstraction empirique”. donc avec la survie ou conservation du système total isolable. 1) Recherches sur l’abstraction. Or cet établissement suppose l’intervention d’abstractions réfléchissantes tirées d’activités du sujet. tout en rappelant que celle-ci “sans exception aucune suppose un cadre instrumental nécessaire à son effectuation”. On peut admettre qu’à tous les niveaux la nécessité. Le caractère intrinsèque de ces nécessités et possibilités objectivement biologiques (et non pas seulement relatives aux modèles que s’en donne le biologiste) nous paraît attesté par le fait qu’elles ne traduisent pas uniquement les procédures propres à chaque organisme en tant que système isolable. admet en général qu’il doit y avoir à cette liaison une “raison”. avec la transmission héréditaire du programme ainsi modifié. repose par cela même sur des abstractions réfléchissantes. résultant de compositions effectuées par le sujet. et. tandis que les premières se déduisent. il est clair que ces significations sont d’abord relatives à des contenus fournis par l’expérience. nous avons vu ailleurs 3 que les instincts complexes comportent des liaisons assimilables à des implications signifiantes entre leurs actions composantes. P. au sein des implications signifiantes. Paris. 34 et 35. nous l’avons dit plus haut (sous 5). une subordination à des “comportements” précognitifs ou cognitifs. d’où le rôle de l’abstraction empirique. 2) On peut alors parler de prénécessité. 7. . si notre thèse 2 est valable. car. il tient aux variations phénotypiques ou génotypiques qui peuvent différencier les programmes. V. A s’en tenir aux contenus et à leur abstraction empirique. Il importe donc maintenant de préciser la part d’abstraction réfléchissante intervenant lorsqu’un rapport de nécessité se constitue au sein d’une implication signifiante au moment où un sujet en cherche ou découvre les raisons. mais encore à l’organisme lui-même : sont nécessaires les liaisons anatomiques et physiologiques assurant la survie du système isolable et multiplicateur que conserve l’être vivant par son métabolisme et ses activités. la nécessité apparaît en une implication 2) Le comportement. et c’est l’établissement des raisons qui. découvrant les lois de la corrélation des “caractères” et des “formes”. moteur de l’évolution. même s’il ne la connaît pas. 3) Ibid. il est par lui-même un sujet et non pas seulement un objet.

au contraire. Ceci est le signe. devient capable d’engendrer bien plus de “formes” que celles auxquelles le réel fournit un contenu (tout en pouvant en construire à l’occasion de contenus non prévus) : preuve en soit que si le réel physique est toujours mathématisable. mais au contraire d’un palier inférieur de créativité où le donné ne demeure que donné malgré la richesse de ses transformations observables ou non encore constatées . sans quoi l’activité déductive devient impossible. c’est-à-dire tenant à un impératif qui. et ce qui en est tiré relève alors d’une abstraction réfléchissante. non pas d’un état de rang supérieur. mais comporte un enrichissement de formes attribuées par le premier au second (tandis que le second n’enrichit le premier que par un accroissement de contenus). ni à un pánta reῖ : c’est le besoin d’une intégration en systèmes dont il s’agit d’assurer la fermeture et la stabilité maximales. Or ce caractère normatif des intégrations nécessaires montre que le sujet possède d’autres pouvoirs que le réel et que le rapport entre eux est loin de se réduire à une simple “ressemblance” comme le dit Apostel. bien distincte du principe du déterminisme physique. pour autant qu’il ne se réduise ni à une collection de constats sans liaisons. etc. indépendamment du caractère conditionnel des nécessités particulières. donc d’une composition de transformations. en effet. grâce à ses activités “normées”. Mais si le propre de la nécessité est de conduire à l’intégration et d’être donc synthétique en tant que produit de compositions. le sujet. lequel n’exprime qu’une attribution au réel des nécessités causales tirées des modèles opératoires du sujet. A cela il y a une réponse : la nécessité propre au sujet diffère de la généralité seule atteinte par les objets (distinction que semble dès l’abord oublier Apostel). et même loin de là. parce qu’elle est de caractère normatif. Mais son second caractère spécifique (et complémentaire) est l’échec en cas de non-application : rejet d’une théorie mal intégrée (ou mort de l’organisme). d’où la question : “Pourquoi le monde serait-il plus intelligible parce que nous arrivons à voir qu’il nous ressemble ?” 1. Le propre d’une norme est. l’implication signifiante x ⊃ y devient nécessaire dans la mesure où le sujet peut en déterminer la raison par une construction déductive de x au sein de laquelle y joue un rôle de condition sine qua non en tant que variation intrinsèque de ce système de compositions considéré en sa “totalité”. Dans le cas d’un objet physique intervient par contre un modèle causal. ni contradictions (malgré Engels !). tout en augmentant par ailleurs (grâce à la multiplication des possibles) leur richesse dans la mesure où elle est compatible avec les compositions de ces systèmes. nous nous heurtons à une objection fondamentale d’Apostel selon laquelle on montre simplement par là “qu’une partie du réel ressemble à une autre partie réelle”. p. Dans les deux cas il y a donc activité du sujet. tandis que le réel physique ne connaît ni échec. il s’agit naturellement d’une construction. 1973. on peut en s’appuyant sur Frege et sa syntaxe formalisée considérer l’analytique comme un cas particulier (le plus simple) du synthétique. Mais en caractérisant le nécessaire par l’établissement des “raisons” et en appuyant celles-ci sur les constructions du sujet à base d’abstractions réfléchissantes donc sur les compositions endogènes propres à une totalité structurale. c’est le sujet qui le construit tout en respectant naturellement les données d’expérience. Paris. mais sans nous indiquer ce qui est contradictoire ou pas (car s’il nous empêche d’affirmer simultanément p et non p) il ne nous dit pas si q ⊃ p ou q ⊃ non p) et de 1) L’explication dans les sciences. dans la mesure où la raison du premier émane des définitions. etc. ni morts. quitte à pouvoir changer de statut en un système différent constituant une autre “structure”. de conduire à un pouvoir supérieur lorsqu’elle est appliquée : intégration par implications ou conservations mutuelles dans le cas d’une théorie bien intégrée. c’est-à-dire avec ses caractères de “structure”. intelligibilité pour la raison suffisante. ce qui est le propre d’une simple généralité pouvant être démentie par de nouveaux faits. 8. tandis qu’au plan d’un système déductif correct une condition est nécessaire ou ne l’est pas. Par contre.248 Jean PIAGET signifiante x ⊃ y lorsque y peut se déduire de x de façon non simplement extensionnelle. de même que le principe de contradiction nous interdit de nous contredire. ESSAI SUR LA NECESSITE 249 même que le principe de raison suffisante ne nous renseigne pas sur son application. En quoi consiste alors cette déduction ? Si x est un objet logico-mathématique. tout être mathématique ne correspond pas toujours à un objet ou événement réel. mais en ce cas également. D’abord le jugement A = A n’est pas tiré du réel puisqu’en un temps t2 l’objet a est déjà différent de ce qu’il était en t1. Or ce sine qua non déductif comporte une toute autre signification que son homonyme empirique : en ce dernier cas il se réduit à la constatation que l’on n’a jamais rencontré x sans y. . et où les définitions comportent une synthèse de prédicats et relations. de même le principe normatif de la nécessité des nécessités n’est que régulateur et ne précise en rien ce qui est nécessaire. que faire des nécessités analytiques comme A = A ou de façon générale des jugements “apodictiques” ? En premier lieu. Cette norme est. cohérence pour la non-contradiction. Mais il n’en exprime pas moins l’une des exigences fondamentales de la pensée. impose de manière absolue la nécessité d’établir des nécessités. En un mot.. contradiction. ou déjà (voir 6) d’un organisme vivant en ses états “normaux”. en effet. 210. Flammarion.

SUMMARY A series of studies has been carried out on what renders certain actions or reasoning necessary for the child. à n’en considérer que certaines d’entre elles en une situation donnée. Beim Kinde verlaufen die Entwicklungsstufen des “Notwendigen” parallel zu denjenigen des “Möglichen". . un cadre général qui détermine la formation des structures opératoires. Les stades de formation de la nécessité sont parallèles à ceux du “possible”. der die Herausbildung der operatorischen Strukturen bestimmt. il est alors clair que celle-ci comporte un certain nombre de mises en relation. These studies have also been compared to some aspects of the history of scientific thought. d’où le fait que (en particulier dans la logique des implications nécessaires) l’identité A = A est tirée de l’implication A ⊃ A et non pas l’inverse. la nécessité tient à sa “raison” (nil est sine ratione. “necessariness” is related to the integration of the child’s schemes. leur existence serait contradictoire avec notre supposition du caractère conditionnel de toute nécessité : or un jugement nécessaire en un contexte ou modèle explicatif peut ne pas l’être en un autre. “les progrès de la construction explicative font qu’elle devient à son tour nécessitante sur son propre plan. In dieser Perspektive wird die “Notwendigkeit” mit der fortschreitenden Integration der Verhaltensschemata des Kindes in Zusammenhang gebracht. Mit den aufeinanderfolgenden Entwicklungsstufen nimmt die Stärke der Notwendigkeit zu und ganz allgemein liefert die Psychogenese des “Notwendigen” zusammen mit derjenigen des “Möglichen” den Rahmen. ZUSAMMENFASSUNG Das Problem der “Notwendigkeit” wird in einer psycho-genetischen Perspektive untersucht und Beispiele aus der Geschichte des wissenschaftlichen Denkens werden angeführt. and the evolution of “necessariness” and “possibleness” constitute together a general framework which is determinant in the construction of operatory structures. donc “corouge”) : il en résulte que l’identité A = A signifie la conservation du système intégré des propriétés qui caractérisent A et que. Quant aux jugements apodictiques. elles impliquent la présence des autres. c’est-à-dire “nécessaires en soi”.  Henriques  dans  un  exposé  à  notre  Centre  International  d’Epistémologie   Génétique   ESSAI SUR LA NECESSITE 251 développement et révolution du nécessaire constitue. Il semble ainsi que le nécessaire dit “analytique” constitue déjà une forme élémentaire d’intégration. que l’on peut concevoir comme une alternance d’ouvertures (sur de nouveaux possibles) et de fermetures (de systèmes qui fondent la nécessité). tous deux se donnant un appui mutuel au cours de la psychogenèse. Au total. est abordée dans une perspective psychogénétique (avec plusieurs références à l’histoire de la pensée scientifique). celleci est explicitée en une “théorie explicative” qui vise à expliciter thématiquement les articulations de la construction nécessitante . les différentes formes de nécessité sont toujours relatives à des “constructions nécessitantes” qui peuvent être de trois formes : 1) passage d’une nécessité locale à un “système” (plus riche) de transformations . et 3) son intégration ultérieure en des systèmes plus larges. The stages of construction of “necessariness” run parallel to the child’s construction of “possibleness”. engendrant ainsi une nécessité différente de celle qu’elle explicite”.250 Jean PIAGET S’il s’appuie sur la définition de A. From a developmental point of view. Mais dans toutes ces situations. Leibniz) et dans les formes supérieures. The deep interaction between the two can be described in terms of an alternation between the opening up of new possibilities and the closure of systems. qui est en rapport avec l’intégration des schèmes du sujet. Diese Entwicklung kann gekennzeichnet werden als eine Aufeinanderfolge von “Öffnungen” (auf neue Möglichkeiten hin) und “Schliessungen” (durch die Systeme auf der die Notwendigkeit beruht). RESUME La nécessité. avec celle du “possible”. 2) progrès dans la fermeture de celui-ci . beide stehen in engem Zusammenhang und unterstützen sich gegenseitig im Laufe der Entwicklung. les prédicats eux-mêmes comportant des équivalences (“rouge” = même couleur que d’autres rouges. Par ailleurs la force de la nécessité progresse avec ses stades de 1)      G. 1 Il y a donc une dynamique interne des nécessités comme des possibles et l’un de nos problèmes est d’en établir les compositions. The degree of strength of “necessariness” increases with development.

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