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Akerkùr : Histoire et signification

Abdellah SALIH Centre des Etudes Historiques et Environnementales IRCAM

Le mot « akerkùr » a été mentionné dans plusieurs publications (Camps , 1961, 1965; Reygasse , 1950; Souville 1959, 1965) traitant de la Préhistoire et de la Protohisto i re de l'Afrique du Nord, notamment celle s relatives aux monuments funéraires en pierres sèches préislamiques connues communément sous le mot latin tumulus et arabe

m a ghrébin rjem ou rdjem. Ainsi, cette appellation ne s'applique qu'à des

tas de pierres, parfois mélangés de terre ou de sable sans mortier aucun, formant des éminences au dessus du sol . Leur base est généralement de forme circulaire et le diamètre moyen varie, selon l ' importance de la sépulture , entre 6 m à 8 m. C'est une construction simple entourée souvent d ' une ou plusieurs assises en pierres, rarement élaborée, et qui a souvent été édifiée avec des matériaux divers et de façon irrégulière, dans le but de couvri r des sépultures individuel l es et souvent collectives. Le profil de l'édifice peut être arrondi , pointu ou en cratère.

Ces monuments sont parfois localisés dans la nature en une seule unité , ce qui est rare, ou deux unités «accrochées» aux flancs de montagnes, sur les plateaux ou élevés sur des buttes surplombant les alentours et parfois regroupés en nombre considérable, dépassant les

milliers et constituant alors des nécropoles comme celles de Bouîa dans

l e T afilalet ou de Foum Le Rjem dans le coude du Draa.

Cette façon d'inhumer

les morts tire son origine

des temps

néolithiques et prolonge la protohistoire qui constitue l'apogée de son expansion et sa prolifération dans l ' ancien monde, jusqu'aux périodes

h i storiques . Selon certains auteurs (Camps, 1965), cette tradition d'élever

c es types de monuments s'est maintenue en usage en Afrique du Nord jusqu ' à des époques très basses. Dans les zones éloignées des influences des civilisations étrangères particulièrement méditerranéennes, il est fort probable que l es populations nord africaines rurales continuaient à édifier

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l'avènement de l'Islam. Au Maroc, la signification de ce terme a . vari é selon les époques et les régions. Ainsi , l'appellation Akerkùr, d ' origine amazighe , reprise plus tard dans le parlé arabe marocain sous sa forme actuelle de Kerkour, désigne bel et bien le monument funéraire, généralement le tumulus. Ses correspondants dans les parlers arabe et amazighe des régions prés a hariennes et atlasiques du sud- est marocain sont rjem (D . J . Meunier 1958) et imerchan (pl . de imerch) ou imariyen (pluriel de Imiri). (Communication personnelle de M. Y . Bokbot) .

Akerkùr (Tumulus à chapelle) , Taouz , Tafilalet . Photo: A. Salih

La présence des appellations

spécifiques pour désigner ces

monuments dans cette zone du Maroc est due certainement au nombre impressionnant de tumulus qui s'y trouve . En revanche , dans les contrées à l ' ouest de l ' Atlas et au nord , le terme kerkùr s ' est maintenu en dépit des significations diverses qu'il peut engendrer . D ' ailleurs, pour des auteurs comme G. Souville (1959) , il existe une distinction entre les tumuli et les

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kerkùrs. Ces derniers sont d'après lui «des tas de pierres de grosseur variée , élevés sur des cols montagneux ou sur des hauteurs; ils sont de

construction parfois récente et souvent liés à des pratiques superstitieuses » (1959 : 394) . En effet , la ressemblance , de l'extérieur, entre les tumuli et les kerkùrs, ainsi que l'absence de chambre tombale, . d ' ossements et de tout mobilier funéraire de certains tumuli fouillés ont contribu é à susciter un débat au sujet de l'attribution chronologique et culturelle de ces constructions. Cette situation a amené G. Camps (1961: 65 et 67) , à écrire qu ' en Afrique du Nord certains amoncellements ne sont pas funéraires et qu'ils peuvent être d'origine

superstitieuse ou juridique « mais

il n'est pas impossible que beaucoup

d ' entre eux soient réellement des sépultures anciennes ayant acquis un caractère nouveau par suite du changement des idées religieuses ».

autour, en fait, d'un terme ou

appellation et sa signification, les ikerkùrn, version amazighe actuelle, continuent de faire l'objet d'une attention particulière de la part de la population rurale, notamment les femmes, qui croient dans leurs forces

prophylactiques. Ce sont souvent des tas de pierres amoncelées

au bord des

sentiers qui mènent à des tombes de marabouts , de cimetières ou autres lieux v énérés, craints puisque dotés de pouvoirs magiques quelconques. Selon E . Doutté (1903 ), cité par Camps (1961 : 68) , les différentes occasions qui pro v oquent l ' érection d'un kerkùr : commémoration d'un lieu où un homme est mort de mort violente, endroit où on a tué un fauve , col d ' où l ' on aperçoit un marabout célèbre et un tombeau d'un saint souvent inconnu.

La fonction magico-religieuse attribuée souvent aux kerkùrs ou

ikerkùrn a été constatée au Maroc au 1i me siècle par Al

Hassan Al

Youssi au lieu dit Taghïa (actuel Moulay Bouâzza). Il avait signalé dans

la page 43 de ses «conférences» la présence, entre autres à côté du

sanctuaire du Cheikh Abû Yaâza, d'un amoncellement de pierres vénéré

par la population « Kadssùn min Ahjar

Le même constat a été relevé par Lang (1992 : 57-60). D'après ce dernier , les kerkùrs remplissent une fonction importante dans le culte des saints , à savoir dans la transmission de la bénédiction du saint au croyant . Par ailleurs , et selon H. Basset (1978 : 681-682) , ce phénomène , dont l ' existence est extrêmement ancienne , semble être lié à un rite de

En dépit de cette discussion

».

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du mal . Les individus font passer dans les

cailloux ramassés puis déposés dans des endroits choisis selon les cas, les maux dont ils souffrent ou les incertitudes dont ils ont peur . L'accumulation de ces tas de pierres sacrées, expiatoires deviennent avec le temps une des pratiques obligatoires voire de véritables rites d'offrandes . (Voir aussi E. Douté 1994 : 419).

D'ailleurs , le Professeur M. Chafik (2000 : 116), avait signalé que

l e s m a rocains , jusqu ' aux années trente du vingtième siècle, déposaient

des pierres dans des lieux où a été tué ou inhumé un inconnu en dehors des cimetières collectifs. Il peut s'agir aussi souvent d'une personne connue mais dont le corps a été transféré ou déporté au cimetière. Le tas de pierres constitué sous forme d'akerkùr ou d'acherchour , et qui peut atteindre deux mètres de diamètre, devient sacré au point que la tradition imposait à quiconque, qui passait à côté, de rajouter une pierre sur

l ' amoncellement ou , le cas échéant , de remettre sur le tas les pierres qui se sont détachées.

Ce genre de pratiques populaires issues directement des temps préislamiques et dont l ' Islam plus tard s ' est accommodé d ' une manière

ou d ' une autre , ont évolué dans le temps et dans l ' espace . Ainsi , il est très difficile de trouver une explication commune à toutes ces catégories de kerkùrs : kerkùrs-tumuli, kerkùrs - marabouts ou marabouts-cairns ,

kerkùrs - commémoratifs , kerkùrs-expiatoires

l a même signification ni suivi exactement la même évolution , ils ont au

moins en commun le caractère de sacralité.

Le nombre et les dimensions de ces kerkùrs sont variables et dépendent souvent de leur état de conservation ainsi que du taux de fréquentation de ces lieux et de l'intérêt suscité auprès des gens. D'après Camps (1961 : 68), ils paraissent bien plus nombreux au Maroc et ses confins avec l'Algérie que dans le restedu Maghreb .

a évolué sur le plan phonétique et se réalise dans le

p a rler zénète « acherchùr », désignant plutôt une petite éminence de

pierres amoncelées , à base circulaire ou serni-circulaire , au sommet souvent pointu, parfois tachée de peinture blanche ou teintée à la chaux. Ils servent au balisage des pistes, à délimiter une propriété foncière, d'un

champ ou d ' un pâturage. Les icherchùrn sont souvent vus aux faîtes des cols de montagnes, aux carrefours de voies de communications et parfois

transfert ou d'expulsion

etc. Sans qu'ils aient tous

L'akerkùr

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aux abords d'un gué «

111).

au kerkour de Tassaout . » R. Euloge (1976 :

Dans les parlers sanhaja du Maroc central et selon M. Taifi

(1991 : 344), pierres.

l' akerkùr a une signification

qui désigne une haie de

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sur les monuments funéraires

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