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L’examen psychologique de l’enfant : pratique


et déontologie

Article in Neuropsychiatrie de l Enfance et de l Adolescence · November 2013


DOI: 10.1016/j.neurenf.2013.11.004

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Anne Andronikof Patrick Fontan


Université Paris Ouest Nanterre La Défense Université Paris Ouest Nanterre La Défense
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Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence 62 (2014) 403–407

Article original

L’examen psychologique de l’enfant : pratique et déontologie


Psychological assessment of children: Guidelines and ethics
A. Andronikof ∗ , P. Fontan
Laboratoire IPSé–UFR SPSE, université Paris Ouest–Nanterre La Défense, 200, avenue de la République, 92001 Nanterre, France

Résumé
L’examen psychologique d’un enfant est un exercice délicat dont l’utilité est parfois controversée dans les milieux de cliniciens qui redoutent
d’en être réduits à un rôle de technicien. Le but de cet article est d’en montrer la pertinence et l’intérêt dans une perspective clinique lorsqu’il est
effectué dans un cadre scientifique et déontologique dûment balisé. L’examen psychologique est conçu comme un moment privilégié de rencontre
entre un enfant qui présente des difficultés et un spécialiste du développement de l’enfant, de la psychopathologie et des tests. Les différentes
étapes de l’examen sont décrites : entretien préalable avec les parents et l’enfant, composition et déroulement de l’examen, entretien de feedback.
Ce dernier temps d’une procédure d’examen, trop souvent négligé dans la pratique, donne tout son sens à l’examen psychologique en permettant
à l’enfant (et ses parents) de s’approprier les résultats, de se sentir écoutés, d’envisager des solutions, et au psychologue, lorsque le feedback est
réalisé avant la rédaction du compte rendu, d’ajuster ses interprétations, son langage, et ses recommandations.
© 2013 Publié par Elsevier Masson SAS.

Mots clés : Examen psychologique de l’enfant ; Diagnostic psychologique ; Testing ; Déontologie de l’examen psychologique ; Clinique de l’examen
psychologique ; Feedback

Abstract
Psychological assessment of children is a difficult task and is sometimes underestimated by clinicians who fear to be used as technicians rather
than psychologists. The aim of this article is to show the relevance and beneficial aspects of a psychological assessment when performed in a
scientific and ethical framework. Psychological assessment is viewed as a privileged encounter between a child presenting problems and an expert
in child development, psychopathology and assessment. Distinct parts of assessment are described: preliminary interview with the parents and the
child, choice of test battery, feedback. Feedback to the child and parents, often neglected because time-consuming, is a key element of assessing.
It enables the child (and parents) to feel directly concerned and taken seriously, to understand the outcome of the procedure, to reflect on personal
difficulties and assets, to find hope in future development. When the feedback is performed before the final report is written, it enables psychologists
to adjust their interpretations, their language and their recommendations.
© 2013 Published by Elsevier Masson SAS.

Keywords: Psychological assessment of children; Psychodiagnostic; Testing; Ethics of psychological assessment; Feedback

1. Vignettes introductives L’examen psychologique associe des tests de niveau cogni-


tif et intellectuel (qui indiquent un retard considérable et des
Un garçon de 14 ans est envoyé pour examen psychologique bizarreries dans la pensée), le test du Rorschach et des épreuves
dans un souci d’orientation de la prise en charge, tant au plan projectives. L’ensemble des résultats aux tests dresse un portrait
scolaire que thérapeutique. Il est suivi depuis sa petite enfance surprenant du fonctionnement psychologique de ce garçon, qui
dans un hôpital de jour pour psychotiques. ne ressemble à aucun tableau clinique connu. En particulier au
Rorschach, apparaît une difficulté spectaculaire à lier les diffé-
rentes parties des planches, sans toutefois que cette difficulté à
lire la réalité ne soit compensée, comme chez un psychotique,
∗ Auteur correspondant. par une construction fantasmatique. On a l’impression que les
Adresse e-mail : anne.andronikof@u-paris10.fr (A. Andronikof). liens ne sont pas attaqués, ils sont tout simplement absents. Il

0222-9617/$ – see front matter © 2013 Publié par Elsevier Masson SAS.
http://dx.doi.org/10.1016/j.neurenf.2013.11.004
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exprime au Rorschach non pas des angoisses, mais une souf- si un enfant vient les consulter c’est qu’il est en souffrance et que
france considérable. L’examen psychologique oriente vers une toute souffrance appelle une intervention. Ces deux idées sont
investigation neurologique, qui met à jour chez ce garçon une erronées. Pour la première, en effet, il arrive que la demande
agénésie du corps calleux. d’examen psychologique soit l’expression d’un mal-être paren-
Un garçon de 8 ans est reçu pour examen psychologique tal suscité par leur problématique personnelle. Si malgré tout
à la demande des parents qui s’inquiètent de voir chuter ses l’enfant a réussi à rester dans une dynamique positive de déve-
performances scolaires et de l’apparition de comportements loppement, l’intervention doit se faire en direction des parents,
« maniaques ». L’examen psychologique dresse le portrait d’un pas de l’enfant. Pour la deuxième, et si l’on dispose de bons
enfant aux bonnes capacités intellectuelles mais méticuleux, arguments pour penser que l’enfant est effectivement en souf-
lent dans son travail, avec doute constant, peur de l’échec, qui france, on ne doit pas oublier que l’inconfort ressenti par un
s’adonne à d’interminables vérifications. Au cours du dérou- enfant, sa tristesse, son agitation, ses phobies ou tout autre symp-
lement de l’examen, les signes d’obsessionnalité s’estompent, tôme peuvent être des moments non seulement transitoires et
visiblement en confiance l’enfant devient vif, créatif et perti- auto-résolutoires mais aussi féconds dans son parcours déve-
nent. Aux tests projectifs, si le traitement de l’information est loppemental. Il est parfois urgent d’attendre.
assurément de type rigide, la problématique anale n’apparaît pas La deuxième question que le clinicien se pose, le cas échéant,
au premier plan. S’agit-il donc simplement de traits de caractère porte sur les modalités les plus pertinentes de l’intervention. En
obsessionnel ? Mais dans ce cas comment expliquer qu’ils aient effet, un diagnostic psychiatrique, si correct fût-il au regard des
pris cette ampleur et quel en est le rapport avec les signes qui signes et symptômes présentés, n’implique pas un profil psycho-
ont inquiété les parents ? logique standard. Multiples sont les configurations psychiques
Un entretien approfondi avec la mère puis le père, spéciale- possibles, avec des points d’ancrage et de vulnérabilités très
ment convoqué, a révélé que les deux parents étaient obsession- variables ; multiples sont les contextes familiaux. Une fois la
nels, la mère présentant une névrose obsessionnelle très invali- nature et l’agencement des difficultés de l’enfant (et/ou de son
dante (en particulier, elle passait ses journées à laver et relaver le environnement) mises en évidence, les données de l’examen psy-
linge). De peur des accidents, l’enfant n’avait aucune activité en chologique vont permettre de construire un plan d’intervention
dehors de la maison et de l’école. Les conclusions de l’examen le plus adapté possible compte tenu des particularités de l’enfant
psychologique ont permis d’orienter la prise en charge vers des et de son environnement. En outre, ces données constituent
modalités éducatives et sociales plutôt que directement psycho- en quelque sorte un instantané du fonctionnement actuel de
thérapiques. Cet enfant a bien évolué par la suite. Quelques l’enfant qui permettra d’évaluer la progression ou la régression
temps après, c’est le petit frère de 6 ans qui est reçu en consul- de l’enfant lors d’examens psychologiques ultérieurs.
tation et l’examen psychologique met en évidence une organi- L’examen proprement dit s’appuie sur une batterie de tests
sation prépsychotique. L’orientation est donc toute différente. psychologiques, c’est-à-dire sur des instruments de mesure
et d’évaluation dont l’administration et l’interprétation, qui
2. L’examen psychologique : cadre général exigent la maîtrise d’un certain nombre de techniques, peut – et
doit – rester dans une perspective clinique. C’est ce que nous
L’examen psychologique est un moment privilégié de ren- allons maintenant aborder.
contre entre un enfant en difficulté dans sa vie ou tout du moins
suscitant l’inquiétude de son entourage, et un adulte spécia- 2.1. La perspective clinique
lisé dans l’investigation du fonctionnement psychologique des
enfants. Les tests utilisés pour l’examen ne sont que des média- L’examen psychologique suppose une formation psychopa-
teurs, des révélateurs, dans un processus plus large d’échange thologique approfondie ainsi qu’une bonne maîtrise des tests. Il
enfant–adulte qui vise à la compréhension la plus exhaustive et arrive que les psychologues se sentent réduits à un rôle de tech-
la plus fine possible des outils qu’ils s’est forgé pour penser le nicien lorsque la demande d’examen psychologique est assortie
monde, de l’image de soi qu’il s’est construite, de la représen- de l’obligation d’utiliser des tests précis ou ne porte que sur des
tation qu’il a de ses relations à autrui, aux apprentissages, de la résultats chiffrés (le QI, par exemple) ou que le temps alloué
façon dont il régule ses émotions et de sa vie affective en géné- au psychologue pour son examen soit extrêmement court ou
ral. Le psychologue qui procède à un examen psychologique encore que sa formation ne lui permette pas de maîtriser cet
doit aussi évaluer la qualité du fonctionnement psychologique exercice. Cependant, il est indispensable que l’examen psycho-
au regard du cheminement développemental de l’enfant, de cet logique reste un exercice de clinicien, ce qui dépend de trois
enfant particulier situé dans un environnement aux propriétés conditions :
spécifiques. Il s’agit d’un travail complexe et délicat qui exige
du psychologue une grande expérience clinique et une solide • de la façon dont on l’exécute ;
formation en psychopathologie de l’enfant, en sus de la rigueur • de la façon dont on en comprend les résultats ;
nécessaire dans l’utilisation des tests. • de la façon dont on en rend compte.
La première question à laquelle le clinicien devra répondre
est : faut-il intervenir ou au contraire laisser le développement 2.1.1. Exécuter un examen
suivre sa dynamique ? Curieusement, c’est une question très sou- Un examen psychologique doit toujours commencer par
vent négligée, les psychologues ayant tendance à considérer que une consultation préalable. Il incombera au psychologue de
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prendre le temps de s’entretenir avec les parents (e.g. les non, établir une relation de confiance avec l’enfant, confiance
détenteurs de l’autorité légale) afin de clarifier la demande, dont il est le dépositaire et le garant.
préciser les objectifs de l’examen et obtenir leur consente- Enfin, la composition de l’examen est un élément important
ment. Clarifier la demande est essentiel pour faire la part de de la phase d’exécution.
la problématique parentale, débusquer une éventuelle tenta- Il n’existe pas de « batterie standard » applicable à tous les
tive d’instrumentalisation du psychologue et/ou de l’institution enfants. La spécificité de la demande, de la situation de l’enfant
(parents divorcés en conflit pour la garde des enfants par et de ses difficultés actuelles doit être traduite ou transposée en
exemple, désir d’obtenir pour leur enfant un statut d’handicapé, un questionnement dans des termes psychologiques. Les ques-
ou des « preuves » de maltraitance. . .). Préciser les objectifs, les tions ainsi formulées impliquent de recourir à des méthodes et
modalités et les destinataires de l’examen, éventuellement son des outils d’évaluation spécifiques. La spécificité de la problé-
coût si le psychologue est en exercice libéral, permet de recueillir matique de l’enfant doit correspondre à une démarche d’examen
un consentement « éclairé » pour l’examen psychologique, ainsi spécifique.
que d’en poser le cadre et, partant, les limites (Code de déon- De plus, la composition de l’examen pourra être modifiée
tologie des psychologues, art. 9, 10, 11, 17). Avec l’enfant en cours de route dans deux cas de figure principaux. Première-
lui-même, et quel que soit son âge, il faut prendre le temps de ment, des résultats préliminaires peuvent faire émerger un aspect
recueillir son avis sur ses difficultés, de lui expliquer les objec- qu’il serait important d’investiguer plus particulièrement (tout
tifs et les procédures de l’examen envisagé, et d’obtenir à la fois en sachant qu’il ne faut pas multiplier les tests et les épreuves).
son consentement et sa collaboration. C’est alors que l’examen Deuxièmement, il arrive que les résultats d’un test soient inva-
pourra se dérouler de façon dynamique et interactive (sans bien lides (soit du fait d’une erreur du psychologue, soit que l’enfant
sûr que le psychologue ne souffle les réponses à l’enfant). décide d’arrêter la passation en cours ou qu’il se défende de
L’approche clinique a été érigée au rang de méthode par manière plus discrète) privant ainsi le psychologue des éléments
Jean Piaget dans « La représentation du monde chez l’enfant » de réponses qu’il attendait. Il faudra alors décider s’il convient
[1] dans son chapitre introductif (La méthode des tests, ou non, d’envisager une épreuve de substitution.
l’observation pure et la méthode clinique). Piaget reconnaît que En partant du principe que l’enfant a accepté de collaborer
les tests, d’une part, et l’observation, d’autre part, ont leur utilité pleinement à l’examen, le psychologue prend soin de ne pas le
mais qu’ils doivent être complétés par une méthode « clinique » stresser ni le fatiguer : il fait alterner les tests et les moments de
d’investigation. [« Le défaut essentiel du test (. . .) est de fausser détente, il mixe les tests de performance et les tests projectifs,
l’orientation d’esprit de l’enfant qu’on interroge ou du moins qui ont une dimension plus ludique.
de risquer de la fausser. »]. Il décrit les difficultés auxquelles le
psychologue est confronté face à un enfant qu’il essaie d’évaluer 2.1.2. Comprendre les résultats
et soutient que la seule façon de comprendre la pensée d’un Le regard clinique observe mais ne juge pas. Il prend en
enfant est d’avoir avec lui une relation individuelle. Il affirme compte les faits réels (ici les résultats aux tests et le compor-
que c’est seulement par la méthode clinique, c’est-à-dire un dia- tement de l’enfant) mais les intègre et les articule dans une
logue continue où la pensée de l’enfant est confrontée à celle optique plus large et contextualisée, celle du fonctionnement
d’un autre, que l’on peut évaluer la valeur et le sens de la psychologique global. Tel déficit, tel retard dans un secteur,
parole de l’enfant, s’assurer qu’elle lui est originale et non le peuvent être compensés par d’autres qualités. Où se situe le
reflet de celle des adultes ou le fruit d’un apprentissage pla- point d’achoppement, quel aspect fait souffrir l’enfant (ou peut-
qué. Dans cette acception de la méthode clinique, la notion de être l’entourage), ses modalités adaptatives et ses mécanismes
transfert n’est pas évoquée. La question est donc de savoir si, de défense sont-ils fonctionnels ? Se trouve-t-il, malgré ses dif-
et de quelle manière, le transfert est en jeu dans un examen ficultés, dans un processus de développement ou au contraire
psychologique. bloqué dans une impasse ? A-t-il conscience de ses difficultés ?
Si on peut admettre, conformément à la pensée de Freud À quoi les attribue-t-il ? Derrière les performances aux tests,
qu’une forme de transfert se développe au cours d’une psycho- se cachent des processus complexes, des raisonnements person-
thérapie [2,3], la généralisation de cette notion à toute situation nels, des réactions affectives, des appuis fantasmatiques, qu’il
relationnelle et a fortiori à l’examen psychologique, est étrange faut se donner les moyens de saisir, et de comprendre.
car elle retire tout l’intérêt et la spécificité de la cure psychanaly- Les résultats chiffrés eux-mêmes sont évidemment
tique. Dire que toute relation à un autre est influencée par notre « objectifs » quand ils proviennent d’un test aux propriétés
histoire relationnelle est une lapalissade psychologique, et ce psychométriques dûment établies, mais ils ne nous apprennent
n’est pas le rôle du psychologue au cours d’un examen psycho- pas grand-chose sur le fonctionnement propre et les potentialités
logique, par définition ponctuel et sans visée thérapeutique, que du sujet concerné. Ils servent au mieux à situer le sujet dans
de faire surgir et analyser les éléments transférentiels. L’enfant un groupe de référence, en termes de « plus » ou « moins »
assimile l’examinateur à un maître d’école, l’un de ses parents, de quelque chose (aptitudes, symptômes, efficience. . .). Par
un médecin, un père fouettard ou un copain et cette modalité est ailleurs, en matière de psychologie, les mesures demeurent
largement déterminée par l’attitude du psychologue lui-même. imprécises [4] et il est indispensable que le psychologue le
Celui-ci doit donc être conscient du type de relation qu’il ins- mentionne dans son compte rendu.
taure et tenir compte de son impact éventuel sur les résultats de L’objectivité d’une mesure ne doit toutefois pas empêcher le
l’examen. Ce qui importe, c’est que le psychologue ait pu ou psychologue de toujours la rapporter aux concepts sous-jacents
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à l’instrument qu’il a utilisé, quand bien même la notion ou On ne saurait sous-estimer l’importance du « feedback » tant
la qualité que l’instrument est censé mesurer lui sembleraient à l’enfant lui-même qu’à ses parents. La pratique du feedback
familières. Prenons l’exemple de la mesure de « l’intelligence » : s’est généralisée dans tous les domaines de l’évaluation psy-
Spearman, Binet et Simon, Thurstone, Wechsler ont tous pro- chologique et on a montré qu’il potentialisait les effets positifs
duit des tests d’intelligence à partir de conceptions différentes, d’un examen psychologique [16]. Les experts de la conférence
et avec des méthodes différentes [5–8]. Leurs tests mesurent- de consensus de 2011 portant sur l’examen psychologique de
ils la même chose ? Et si l’on s’en tient au WISC, prototype des l’enfant [17] considèrent que « cette étape (que l’on appelle par-
tests à « QI », on s’aperçoit que sa dernière version WISC-IV [9] fois mais à tort « restitution ») est le point d’orgue de l’examen
réalise une rupture conceptuelle par rapport aux versions précé- psychologique et son aboutissement naturel, elle est en fait ce
dentes dans la mesure où ses fondements se réfèrent aux théories qui donne son sens à l’examen tant du point de vue du sujet
actuelles de la psychologie cognitive, qui elle-même s’intéresse lui-même que de celui du psychologue. » (p. 318).
aux processus qui sous-tendent l’intelligence plutôt qu’à son En ce qui concerne le compte rendu écrit et sa transmission
efficience globale. Pour bien comprendre les différences concep- à des tiers, nous renvoyons aussi aux conclusions et recomman-
tuelles entre le WISC (jusqu’à sa version III) et le WISC-IV, on dations de la Conférence de consensus.
se référera à l’article de Rozencwajg [10], qui écrit : « Dans sa
version actuelle, le WISC-IV devient davantage un outil pour la 3. Conclusion
recherche que pour la clinique (. . .) ».
On sait aujourd’hui que les « tests d’intelligence » conven- L’examen psychologique vise à évaluer les forces et les fai-
tionnels ne mesurent pas l’intelligence : ils permettent de blesses d’un enfant, de cerner la nature de ses difficultés en
connaître le niveau actuel de performance (scolaire) d’un enfant rapport avec son contexte de vie et en référence à son parcours
et/ou la qualité fonctionnelle des facultés mentales (attention, développemental. Outre l’orientation de l’intervention éven-
mémoire, vitesse de traitement), toutes choses qui sont loin des tuelle, l’examen psychologique remplit de multiples fonctions :
conceptions les plus récentes de l’intelligence [11]. Cela ne veut quand la séance d’examen est interactive, conçue comme un
pas dire que ce type de test ne doit pas être utilisé. Bien au dialogue et une co-construction, il donne à l’enfant un espace
contraire ils sont d’un apport essentiel à la compréhension des propre d’expression, un lieu et un temps où il est pour autrui
difficultés d’un enfant. Notre propos est simplement de souli- un sujet à part entière, ce qui est pour lui généralement une
gner l’importance de bien savoir ce que mesure un instrument, expérience aussi inattendue que gratifiante ; il peut avoir une
et donc ce qu’il ne mesure pas. Il a été démontré par exemple fonction rassurante pour les parents qui ont pu déposer leurs
que le test de dessin du bonhomme chez les enfants de 5 et 6 ans soucis auprès d’un spécialiste de l’enfance ; il a pour fonction
n’était pas corrélé à leur QI [12]. On assiste aujourd’hui à un de « nommer » les difficultés, et l’expérience montre que la déli-
retour vers des mesures plus qualitatives et plus cliniques, que mitation et la mise en mots des difficultés contribue à les faire
ce soit dans le domaine de l’évaluation de l’intelligence [13] ou comprendre à l’enfant et aux parents, à les dédramatiser, à les
dans celui de la psychopathologie [14]. baliser.
En outre, les mesures n’ont aucune valeur pronostique. En La notion de diagnostic psychologique telle qu’exposée
effet, le développement d’un enfant est en soi un processus pour l’adulte [18] est tout aussi pertinente pour l’enfant et
complexe, et ses aléas sont imprévisibles. On a d’ailleurs très l’adolescent. L’examen psychologique permet en effet d’aller
mal compris la fameuse « constance du QI », qui désigne une au-delà d’une description de « de quoi » souffre l’enfant et/ou
propriété psychométrique du test (à tous les âges, la distance son entourage pour comprendre comment s’agencent les forces
d’un enfant à la moyenne se calcule et s’exprime de la même et les faiblesses psychologiques de cet enfant, quel est leur
façon) mais en aucun cas ne prédit que cet enfant-là restera tou- dynamisme évolutif et quels sont les points d’ancrage de ce
jours au même niveau. C’est d’ailleurs tout l’intérêt des re-tests : fonctionnement sur lesquels un processus thérapeutique pourrait
grâce à la « constance du QI », un résultat différent signale que s’enclencher.
l’enfant a effectivement changé.
Déclaration d’intérêts
2.1.3. Rendre compte des résultats : à qui et comment ?
La clé de la clinique est de rendre compte de l’examen Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en
psychologique d’abord à l’enfant lui-même. Il est en effet le relation avec cet article.
premier concerné, le premier impliqué dans l’intervention éven-
tuelle que l’on va proposer, et c’est ce qu’on va s’efforcer Références
de lui faire comprendre. Avec la plupart des enfants, c’est un
dialogue qui s’instaure, qui va permettre de co-construire le [1] Piaget J. La Représentation du monde chez l’enfant. Paris: Alcan; 1926.
compte rendu qui sera fait aux parents [15]. Et quel exercice [2] Freud S. « Psychoanalyse » und « Libidotheorie ». G.W. XIII, 223; 1923.
pour le psychologue ! Celui-ci doit trouver les mots qui seront p. 247. S.E., XVIII.
[3] Laplanche J, Lagache D, Pontalis JB. Vocabulaire de la psychanalyse.
compréhensibles à l’enfant, donner des explications, mais aussi
Presses Univ. de France; 1968.
permettre à l’enfant de s’exprimer. L’entretien avec les parents [4] Vautier S, Gaudron J-P. Intégrer l’erreur de mesure dans l’interprétation
ainsi que la rédaction du compte rendu s’en trouveront grande- quantitative des scores individuels. Pratiques Psychologiques 2002;2:
ment facilités. 97–108.
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