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ECONOMIE DU DEVELOPPEMENT

PLAN
0. Introduction.
Chap. I : La pauvreté.
Chap. II : L’historique et les concepts- clés de l’économie de développement.
Chap. III : Les grandes familles des théories économiques de développement.
Chap. IV : Le développement et la croissance économique dans le contexte de
mondialisation

BIBLIOGRAPHIE

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Boeck, Bruxelles, 2008.
0. Introduction

L’économie du développement est à la fois l’une des plus anciennes et l’une des plus
récentes branches de la science économique. L’une des plus anciennes parce que la plupart des
questions qu’elle soulève étaient au cœur de l’économie politique naissante de la fin du 18ème
siècle.
L’une des plus récentes parce que ce n’est que dans les années 1950 qu’émerge un champ
disciplinaire dont les praticiens revendiquent la singularité : le terme
« économie du développement » n’apparaît dans les ouvrages et articles scientifiques ainsi que dans
les intitulés de cours, qu’après la seconde guerre mondiale. Elle concerne en particulier les pays en
développement (ou PED) qui regroupent les trois quarts de la population mondiale. Si les
statistiques ne traduisent qu’imparfaitement ce que signifie le fait de vivre dans un pays en
développement, elles apportent néanmoins quelques indications. Aux Etats-Unis, l’espérance de vie
à la naissance est d’environ 78 ans. Au Pérou, elle est de 70 ans, en Inde de 63 ans et en Ethiopie de
42 ans. Aux Etats-Unis la mortalité infantile est de 7 pour 1000 naissances ; au Brésil elle est de 31
pour 1000 ; au Pakistan de 84 pour 1000 ; et en Ethiopie de 116 pour 1000. Un américain fait en
moyenne 12 ans d’études, tandis qu’un Africain ne reste pas plus de 5 ans à l’école. L’Inde, dont la
population est trois fois et demie plus élevée que celle des Etats-Unis, a un PIB égale à environ 5 %
de celui des Etats-Unis. Cela signifie que le revenu par habitant en Inde représente
approximativement 1 % du revenu par habitant américain.
Les faits que révèlent ces statiques, en agissant les uns sur les autres, sont à l’origine d’un
cercle vicieux. Le manque ou l’absence totale d’éducation, la malnutrition et l’insuffisance de soins
médicaux réduisent la productivité et donc les revenus. Compte tenu de la faiblesse de leurs
revenus, les populations des PED n’ont pas les moyens d’accéder à un meilleur système
d’éducation, d’avoir une meilleure alimentation ou de bénéficier de soins médicaux de meilleure
qualité. La vie est rude dans les pays PED. Dans beaucoup de pays africains, dont les niveaux de vie
étaient déjà bas, la population a augmenté plus vite que le revenu national, si bien que le revenu par
tête a baissé. Les conditions de vie ne s’améliorent pas, elles empirent. Dans des pays comme la
Zambie, l’espérance de vie a diminué de dix ans en une décennie. En Afrique du Sud, plus d’un
quart de la population est contaminée par le virus du sida.
L’organisation des Nations-Unies et la Banque mondiale (banque fondée à l’initiative des
grands pays industrialisés après la Seconde Guerre mondiale et qui accorde des prêts aux PED)
regroupent les pays en trois catégories : Les pays à faible revenu, dont le PNB par tête était inférieur
ou égal à 735$ en 2002, les pays haut revenu, dont le PNB par tête était supérieur à 9076$ et les
pays à revenu intermédiaire, dont le PNB par tête se situe entre les deux. Les pays à faible revenu
sont les pays en développement (PED). Ceux à haut revenu son qualifiés de pays développés.
Comme la valeur élevée de leur niveau de revenu est liée à leur niveau d’industrialisation, on les
qualifie également de pays industrialisés. Dans l’hémisphère occidental se côtoient les Etats-Unis,
l’un des pays les plus riches du monde, avec un revenu par tête de 35060$ en 2002, et l’un des pays
les plus pauvres de la planète, Haïti, dont le revenu par tête était la même année de 440$.
L’écart de revenu entre les différents pays à haut revenu ( pays d’Europe de l’ouest, Etats-
Unis, Canada, Japon, Australie et Nouvelle-Zélande) s’est considérablement resserré au cours des
cent dernières années, contrairement à l’écart entre le groupe des pays à haut revenu d’une part et
celui des pays à bas revenu d’autre part. Pourtant certains signes permettent de penser qu’un
changement est possible. Certains pays ont accompli des progrès notables au cours de ces dernières
années.
Premièrement, plusieurs pays ont quitté le cercle des PED pour rejoindre les nouveaux pays
industrialisés, ou NPI. Dans cette liste, il faut inclure la « bande des quatre » ( Corée du Sud,
Taïwan, Singapour et Hong-Kong). En Corée, trente ans à peine après le désastre dû à la guerre, la
Corée du Sud a quitté la catégorie de pays moins avancé pour celle de puissance industrielle- en
produisant non seulement des produits de base comme le textile, mais encore des automobiles
(Hyundai) ou des ordinateurs, c’est-à-dire des produits qui requièrent une expertise technologique
d’assez haut niveau. L’exemple du Japon est encore plus impressionnant, puisque ce pays est passé
du rang de pays à revenu intermédiaire à celui de pays très riche. Mais les cas de succès
exceptionnels ne se limitent pas à l’Asie de l’Est. Le Botswana, bien qu’il soit particulièrement
touché aujourd’hui l’épidémie de sida, est parvenu à maintenir un taux de croissance de plus de 8%
pendant trente ans, un record mondial extrêmement impressionnant. L’Inde, qui a mis plusieurs
décennies à retrouver le chemin de la croissance après son indépendance, a connu au cours des dix
dernières années une croissance soutenue de plus de 5%.
Deuxièmement, à l’intérieur des pays en développement, certaines zones ont accompli des
progrès incontestables. Dès le début des années 1960, dans le monde entier, des centres de
recherche en agronomie financés en grande partie par la Fondation Rockefeller) ont développé de
nouvelles espèces de graines, qui, sous certaines conditions, permettent d’accroitre
considérablement les rendements à l’hectare. L’introduction et la diffusion de ces nouvelles graines,
ainsi qu’une amélioration notable des pratiques agricoles, plus connues sous le nom de révolution
verte, ont entraîné une hausse importante de la production. L’Inde, par exemple, a réussi à produire
suffisamment de biens alimentaires pour nourrir une population de plus en plus nombreuse. Il lui
arrive même d’exporter vers les autres pays.

Troisièmement, même si les statistiques concernant l’espérance de vie (62 ans au


Bangladesh et 46 ans en Afrique subsaharienne contre 78 ans aux Etats-Unis) semblent peu
encourageantes, elles représentent un progrès pour beaucoup de pays. Mais ces améliorations ont
aussi parfois des aspects négatifs, en provoquant une explosion de la population qui n’est pas sans
rappeler le scénario catastrophe décrit par Malthus

Le revenu et l’espérance de vie dans la plus part des PED sont bas. Une grande partie de la
population vit dans les zones rurales et exerce une activité agricole. Le manque d’équipements
modernes comme les tracteurs fait que les agriculteurs cultivent de petites parcelles, d’un hectare au
maximum, contre plus de 50 hectares aux Etats-Unis. Très souvent ceux-ci n’ont pas les moyens
d’acheter des produits susceptibles d’améliorer la productivité, comme les engrais ou les pesticides.
En moyenne, on utilise moins d’engrais par hectare que dans les pays développés. Dans beaucoup
de pays, la plupart des agriculteurs n’ont pas de terre. Ils cultivent celle d’un propriétaire dans le
cadre d’un contrat de métayage, aux termes duquel le propriétaire obtient la moitié de la récolte.
Dans plusieurs États des réformes agraires ont permis de redistribuer la terre aux paysans. Ces
réformes ont été à la base de la croissance remarquable de pays comme Taïwan ou le Japon. Dans
d’autres cas, aux Philippines et au Pérou par exemple, elles ont eu des résultats plus discutables.
Au cours des cinquante dernières années, la plupart des PED ont connu une urbanisation
progressive. Le niveau de vie des citadins est plus élevé, en raison notamment d’un meilleur accès
à l’éducation et aux soins de santé. Du fait de ce contraste entre les villes et les zones rurales,
certains qualifient ce type d’économie d’économie duale. S’il existe des écarts de revenu
importants entre le secteur urbain et le secteur rural, on constate des disparités tout aussi marquées à
l’intérieur du secteur urbain, où les fonctionnaires et le petit nombre de ceux qui ont la chance de
travailler dans le secteur industriel gagnent plusieurs fois le salaire moyen. Ces salaires élevés
attirent les habitants des zones rurales, ce qui se traduit souvent par un fort taux de chômage dans
les zones urbaines.
La pauvreté dans les PED provient en partie du manque de ressources. Ces pays connaissent
de taux d’illettrisme importants et la durée moyenne de scolarisation est basse. Du fait des forts taux
de croissance démographique, il est nécessaire d’épargner beaucoup pour pouvoir simplement rester
au même niveau. Le taux de croissance élevé de la population a un autre effet. Il entraîne une
augmentation considérable du pourcentage de jeunes, c’est-à-dire d’une catégorie de population qui
dépend du revenu d’autres personnes. Ce qui rend encore plus difficile l’amélioration des niveaux
d’éducation. On voit ainsi apparaitre un cercle vicieux. En général, moins les femmes ont fait des
études, plus elles ont d’enfants. D’une part, elles sont sans doute moins informer sur les méthodes
de planning familial et, d’autre part, avoir des enfants présente pour elles un coût d’opportunité
plus faible. Plus les femmes sont éduqués, moins elles ont d’enfants. Le taux de croissance de la
population est donc plus faible.
Les faibles niveaux d’éducation et le manque de capital empêchent souvent les économies
de se doter des technologies les plus avancées. A quelques exceptions importantes près, elles se
spécialisent dans des secteurs à forte intensité de travail (exigeant beaucoup de travail par rapport
aux équipements utilisés) et qui font appel à du travail peu qualifié, le textile par exemple. Tous ces
problèmes sont aggravés par différentes défaillances institutionnelles. Le manque d’institutions
financières solides signifie que le capital disponible a de grandes chances de ne pas être investi de
façon efficace. L’absence des marchés financiers implique que les entreprises ne parviennent pas à
se procurer une partie des moyens dont elles ont besoin. Le manque d’un système juridique de
qualité fait que les créanciers ont du mal à contraindre leurs débiteurs quand ceux-ci refusent de
rembourser leurs dettes. Par suite, les détenteurs des capitaux n’acceptent de prêter qu’à des taux
d’intérêt élevés afin de tenir compte des risques pris. Toutes ces défaillances créent des barrières, à
l’entrée pour les nouvelles entreprises qui voudraient s’implanter et à l’expansion pour les
entreprises déjà en place.
Beaucoup de PED se caractérisent également par de forts degrés d’inégalité. Les revenus, en
dépit de leur faible montant, sont distribués de façon encore plus inégale que dans les pays les plus
riches, créant de la sorte des niveaux de pauvreté élevés. Dans l’ensemble de PED, le nombre de
pauvres, c.-à-d. de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour, était de 2,8 milliards à la fin
du XXe siècle. Le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême – avec moins de 1 dollar
par jour- était de 1,2 milliard.
Une partie des inégalités résulte simplement de la loi de l’offre et de la demande. Il existe
une abondance de main-d’œuvre qualifiée et d’entrepreneurs : les salaires des personnes non
qualifiées sont donc faibles tandis que la main-d’œuvre qualifiée reçoit des rémunérations élevées.
Certaines théories anciennes étaient favorables à la croissance économique. Sir Athur Lewis, lauréat
du prix Nobel pour ses travaux sur l’économie du développement, estimait que ce qu’il appelait le
surplus de facteur travail avait pour effet de maintenir les salaires à un faible niveau et de faire
apparaitre des profits élevés. Les travailleurs, qui étaient rémunérés aux alentours du salaire de
subsistance, ne pouvaient pas épargner. En revanche, les capitalistes avaient cette possibilité. Une
hausse des profits contribuait ainsi à augmenter les taux d’épargne. Selon Lewis, il fallait donc
procéder à un arbitrage (trade-off) entre croissance et égalité. Aujourd’hui, les avis sont différents :
beaucoup d’économistes pensent que la croissance et l’égalité sont en fait complémentaires, comme
le montre le « miracle asiatique ».
Dans ce cours, nous aborderons tout d’abord les différents aspects de la pauvreté. Ensuite le
contexte historique et les grandes familles des théories de développement et enfin le développement
dans le contexte de mondialisation.
Chap.1. La pauvreté

1. 1. Concept, approches et définitions de la pauvreté

Le concept de la pauvreté n’est pas univoque. La pauvreté est un phénomène vaste, complexe et
partiellement subjectif, qui varie dans le temps et dépend des capacités et du bien être et est en
partie relatif, dans la mesure où il est lié aux normes, à des comparaisons et des attentes. La
pauvreté est ressentie différemment par les individus. « Le relativisme de la situation de pauvreté
émane des références que l’on observe entre les différents groupes de référence des individus, entre
les communautés, entre les pays. Ceci rend inévitablement difficile et hasardeuse une définition
univoque de la pauvreté ».
La pauvreté est perçue diversement au long des ages, selon les lieux ou selon les divers contextes
dans lesquels on se situe. Qu’il s’agisse de pauvreté absolue ou de pauvreté relative, les perceptions
que les acteurs ont de leurs conditions de vie sont essentielles à comprendre le vécu de la pauvreté,
ses manifestations, ainsi que ses conséquences. L’accent est donc mis sur les enjeux de l’espace-
temps et les pratiques sociales, économiques et politiques des acteurs sociaux.
La description des conditions de vie des populations pauvres doit être articulée à une analyse des
représentations des acteurs. C’est pourquoi, un accent particulier doit être accordé aux perceptions
relatives à la pauvreté et au bien être par les différents acteurs, en particulier les plus pauvres.
Les analyses de perception de la pauvreté sont soit quantitatives ou qualitatives. Elles sont
quantitatives quand elles ont pour but de mesurer, de quantifier des indicateurs selon des procédés
statistiques simples ou complexes. Celles qualitatives interrogent les représentations et le vécu des
populations. La perception qualitative de la pauvreté cherche à délimiter son contenu concret au
travers de certaines notions de bien-être, de priorisation par les pauvres, du risque, de la sécurité et
privations matérielles : pas assez d’argent, pas d’emploi, pas assez de nourriture, de vêtements et de
logement, insuffisance de l’accès aux services de santé et l’eau potable ; mais ils donnent aussi
souvent une importance non négligeable à des aspects tels que la sécurité, la paix et le pouvoir
d’influencer les décisions qui affectent leur vie.
De façon simple, L’encyclopédie Encarta définit la pauvreté comme « la situation dans laquelle se
trouve une personne n’ayant pas les ressources suffisantes pour conserver un mode de vie normal
ou y accéder » et le dictionnaire Larousse la définit en ces termes : « Manque d’argent, de
ressources ; état d’une personne pauvre. Aspect de ce qui dénote le manque de ressources ». Pour
beaucoup d’auteurs et en particulier pour Irma Adelman la pauvreté est un état d'indigence absolue
ou relative, et elle comporte aussi bien des aspects matériels que des dimensions non matérielles.
L'indigence matérielle consiste dans un niveau de revenu trop bas pour permettre la satisfaction de
besoins fondamentaux en termes de marché. Cependant la pauvreté n’est pas seulement un état de
privation matérielle, mais il consiste dans une disponibilité inadéquate de biens et services d'ordre
social, politique et culturel. Stefaan MARYSSE, en conformité avec WRESINSKI, définit la
pauvreté en la distinguant de la précarité qui est pour lui l’absence d’une ou des plusieurs sécurutés
notamment celle de l’emploi, permettant aux personnes et aux familles d’asumer leurs obligations
professionnelles, familiales et sociales, et de jouir de leurs droits fondamentaux. En citant GILLIS
et autres, Stefaan MARYSSE, définit les pauvres comme ceux qui s’estiment privés des avantages
dont peut jouir tout autrui dans une société où ils se jugent faisant partie intégrante selon leur
groupe de référence, en termes psychologiques, mettant l’accent sur le caractère relatif et subjectif
de la pauvreté.
L’ONU définit la pauvreté en se basant sur trois critères :
- un critère de bas revenu(basé sur une estimation moyenne du produit brut par habitant, moins d’1$
par jour), un critère de retard dans le développement du capital humain basé sur un indice de qualité
de vie physique comprenant des indicateurs d’apport en calories, de santé, de scolarisation et
d’alphabétisation des adultes et un critère de vulnérabilité économique comprenant des indicateurs
d’instabilité de la production agricole, des exportations des biens et de service, de l’importance
économique des activités non-traditionnelles,de concentration des exportations de marchandises et
des handicaps créés par la petite dimension économique.

1. 1.1. Pauvreté comme pénurie des moyens de subsistance

Toutefois, de la littérature autour de ce concept de pauvreté, il ressort l’idée d’une situation de


pénurie des moyens de subsistance entendue comme synonyme de manque, absence, insuffisance,
déficience, privation et misère. Le phénomène apparaît ainsi de nature multidimensionnelle et
relative.
Majid Rahnema considère quatre perceptions de la pauvreté :
a ) la pauvreté perçue à partir du manque des choses matérielles : ces choses matérielles peuvent
être les diverses formes d’indigence, de privation, de faim, de malnutrition, de manque d’abri, de
maladie, d’accès à l’instruction etc. A cette dimension, l’Etat a la responsabilité d’intervenir à
travers les mécanismes de politique économique, d’économie conjoncturelle et d’économie sociale.
b ) la perception que la personne a d’elle-même en partant de la situation de privation dans laquelle
elle se trouve : cette perception relève du sujet et de sa propre place dans la société. Le sujet tend à
justifier sa situation de pauvreté, positive ou négative, en s’appuyant sur des conditions
indépendantes de sa volonté et des situations qui sont hors de son contrôle, qu’elles soient
métaphysiques ou dépendantes de la société dans laquelle il vit.
c ) la perception que les autres personnes ont des personnes considérées pauvres : sous cet aspect la
pauvreté d’une personne peut-être vue des autres comme une vertu quand elle représente un choix
libre d’état de vie. Mais, d’une façon générale, la pauvreté est perçue comme quelque chose
d’anormal auquel il faut trouver un remède, un fait de la vie que l’on doit éviter et qui peut générer
des sentiments de mépris envers qui est pauvre.
d ) le contexte socio-culturel : la pauvreté est ici mise en relation avec les modes de vie, les
connaissances fondammentales que les personnes détiennent comme traditions, les mentalités et les
croyances.

1. 1. 2. Pauvreté comme état matériel et psychologique

Partant de la littérature sur le concept de pauvreté, on se rend compte que la pauvreté est un état
matériel et psychologique et certains éléments importants synthétisent la compréhension du
phénomène : vulnérabilité, inégalité,incapacité de satisfaire les besoins, privation des capacité.
- Le premier élément fait la distinction entre le concept de pauvreté et celui de précarité qui est un
état de vulnérabilité ; la vulnérabilité est une insécurité qui devient « pauvreté » quand elle affecte
plusieurs domaines de l’existence, quand elle devient persistante et qu’elle compromet, pour un
individu, les chances de réassumer ses responsabilités et de reconquérir ses droits par lui-même,
dans un avenir prévisible. La vulnérabilité renvoie ainsi à deux réalités : vis-à-vis de l’extérieur, elle
représente le moyen de défense face aux chocs, aux tensions et aux risques et, intérieurement, eelle
représente la fragilité, c’est-à-dire, dans le cas de la pauvreté, l’absence de possibilités de faire face
aux agressions sans dommages dévastateurs. Cette situation conduit les individus à perdre le sens de
la perspective ou l’espoir de changement. Dans ce contexte, la littérature distingue : - les pauvres
chroniques touchés dans leur capital des dotations (« endowments ») en termes humains et
physique, - les pauvres temporaires qui nécessitent une aide pour traverser une période difficile, et -
les personnes invalides ou très âgées qui peuvent glisser vers l’état de pauvreté. Cette distinction
met l’accent tant sur le caractère chronique que sur l’aspect multidimensionnel de la pauvreté.
- Le deuxième élément définit les pauvres comme ceux qui s’estiment privés des avantages dont
jouit autrui dans la société où ils se jugent partie intégrante selon leur groupe de référence, en
termes psychologiques. Ces définitions considérées moins strictes, relèvent le caractère relatif et
subjectif de la pauvreté : l’individu compare sa situation à celle de ses concitoyens.
- Le troisième élément définit la pauvreté à partir d’un critère absolu, c’est le cas des organismes
comme la Banque Mondiale qui décrivent la pauvreté comme l’incapacité pour un individu, pour
une famille ou une communauté de satisfaire certains besoins minimums : il s’agit de l’avoir, du
revenu, du niveau de consommation dont l’indicateur le plus usité est le seuil de pauvreté absolu
d’1 $ par jour et par personne
- Le quatrième élément définit la pauvreté comme étant un état de privations des capacités
élémentaires qui permettent aux individus de réaliser un certain nombre de choses et de jouir de la
liberté de mener la vie qu’ils ont raison de souhaiter et non une simple faiblesse des revenus même
si l’absence de ceux-ci constitue la principale source de privation de capacités d’un individu. Il
ressort que la pauvreté n’est plus décrite uniquement en terme instrumental du niveau de revenu et
de capital humain.

1. 1.3. Pauvreté comme inadéquation ou privation des capacités

Cette importante innovation, nous le devons au prix Nobel de l’économie Amartya Sen qui fait une
distinction entre la pauvreté comme faiblesse des revenus et la pauvreté comme inadéquation ou
privation des capacités. Il souligne également la relation étroite qui existe entre les deux réalités :
pour un individu, le revenu est un moyen essentiel pour développer ses capacités et, le fait
d’améliorer les capacités dont il dispose pour conduire sa vie, tend à faciliter ses possibilités
d’accroître sa productivité et ses revenus. Non seulement l’accès à l’éducation et aux soins a des
conséquences positives sur la qualité de gagner sa vie, mais il accroît la faculté d’une personne de
gagner sa vie et d’échapper à la pauvreté par le revenu ou la pauvreté monétaire. Cette approche de
SEN a contribué à l’évolution du concept de développement vers celui du développement humain.
Ce dernier permet de définir aujourd’hui la pauvreté non seulement comme un état de pénurie
matérielle et de détresse mais aussi en prenant en compte la dimension complexe et
multidimensionnelle de l’existence des individus par laquelle le phénomène de la pauvreté ou de la
misère se manifeste.

1. 1.4. Pauvreté absolue et pauvreté relative

De manière générale, dans la littérature socio-économique relative à la pauvreté, on distingue la


pauvreté absolue de la pauvreté relative. La pauvreté absolue désigne un état prononcé de privations
à la fois matérielles, intellectuelles et symboliques. Cette approche associe la pauvreté à des
déficiences fortes d’accès aux ressources, des carences structurelles qui se traduisent par des formes
d’aliénation, d’exclusion et de marginalisation des groupes socio-économiques.
La pauvreté relative, en revanche, met l’accent sur les représentations et perceptions que les acteurs
ont de leurs propres conditions de vie. Dans ce cadre, les critères de définition de la pauvreté sont
variables selon le contexte social, les rapports de force entre acteurs, les pratiques sociales et les
valeurs qui fondent leurs représentations.
Les travaux récents de Amartya SEN tendent à considérer la pauvreté comme « une perte de
capacités » et le développement comme un « processus d’expansion des libertés humaines ». Les
libertés sont à son avis « consubstantielles au processus de développement et son enrichissement ».
La liberté est de ce point de vue le « but essentiel du développement ». Cette approche explique les
concepts de vulnérabilité, de l’exclusion sociale, de la cohésion sociale, du conflit, etc. Ainsi
comme le note Sawadogo . : « C’est la culture qui conditionne les différentes perceptions que
peuvent avoir les individus d’une telle situation apparemment objective. Il en résulte que chaque
formation sociale, chaque culture peut avoir une conception de la pauvreté qui nécessite des actions
différentes pour éradiquer cette dernière. »

1. 1.5. La pauvreté dans la doctrine sociale de l’Église

Un des principes qui est au centre de l’enseignement social de l’Eglise est l’option préférentielle
pour les pauvres. Dans l’enseignement social catholique, les pauvres et les sans défense ont les
premiers « droits » pour orienter notre conscience et nos actions. Si ce langage est nouveau- venant
d’Amérique Latine- il a été adopté par l’ensemble de l’Église comme expression actualisée de
Mattieu 25 : « nous serons jugés sur la façon dont nous avons répondu au « moindre de ceux-ci (les
pauvres et les sans défenses)».
L’expression « l’option préférentielle pour les pauvres », dont Jean Paul II a forgé le concepte dans
son encyclique de 1987, Sollicitudo rei socialis (n° 42), résume l’obligation spécifique qu’ont les
chrétiens de venir en aide aux pauvres et de juger les systèmes sociaux sur place que la société leur
donne. En d’autres termes, ceci veut dire que la tradition chrétienne, dans son message social, se
soucie tout particulièrement des pauvres, et la manière dont ils sont considérés dans la société. La
priorité, en termes de charité tant individuelle que sociale, est d’améliorer leur sort : l’obligation de
porter une attention particulière aux pauvres s’applique non seulement aux activités charitables dans
lesquelles nous pouvons être engagés à titre personnel ; elle s’applique aussi à la façon dont nos
sociétés sont organisées ; elle s’applique enfin à la façon dont nous utilisons nos propres biens
matériels. Cet enseignement doit nous guider dans nos choix : quand nous serions tentés
d’accumuler des richesses pour nous-mêmes sans nous soucier de notre obligation de charité alors
que d’autres n’ont ni toit ni nourriture, il nous rappelle que nous avons le devoir d’être charitable.
Cet enseignement n’est pas nouveau : il fait partie intégrante du message de l’Évangile rappelé
constamment et avec insistance par la morale chrétienne, et illustré de manière frappante dans
l’épisode de la rencontre de Jésus et de l’homme riche (Marc 10, 17-27). L’enseignement social qui
ressort clairement de tout le message de l’Écriture et de la Tradition est donc que « l’exercice de la
charité chrétienne » passe nécessairement par la considération donnée aux pauvres dans
l’organisation de la société.
C’est à tort qu’on a souvent déduit de l’option préférentielle pour les pauvres un programme
politique spécifique, parfois même un programme à la tournure quelque peu marxiste. C’est un
artifice que d’opposer les pauvres et les riches dans une sorte de lutte des classes. En réalité, il
conviendrait de penser que l’obligation de charité que les chrétiens se reconnaissent envers les
pauvres est un moyen d’éviter l’apparition des conflits de classes que les disparités de richesses
dans la société (disparités qui sont inévitables dans toute organisation sociale) peuvent quelquefois
créer. L’enseignement que l’option préférentielle pour les pauvres nous donne ne tire pas son
fondement de l’existence d’un conflit radical entre les riches et les pauvres (et encore moins d’un
conflit de type marxiste entre le travail et le capital). Il est plutôt le moyen de réduire le risque
d’apparition d’un conflit qui menacerait à terme la sécurité et le bien être matériel de tous les
membres de la société.
1. 1.6. Pauvreté, une question d’équité

Le concept de pauvreté prend son origine en éthique sociale, que l’on peut voir comme une partie
centrale de la philosophie politique qui est un domaine de la pensée philosophique qui cherche à
formuler une théorie de l’arrangement social.
Essentiellement, réfléchir sur la pauvreté signifie identifier des situations considérées comme
inacceptables, c’est-à-dire injustes, dans une société donnée.
Ainsi, le concept de pauvreté naît fondamentalement de considérations
normatives, en regard de l’équité. La quête pour une société juste est en fait une quête pour une
certaine forme d’équité chez les membres de cette société, une position équitable étant définie par
l’égalité de tous les membres par rapport à des biens et services de leur société. On ne peut pas
analyser la pauvreté, qui correspond à un degré inacceptable d’inégalité, sans référer à l’égalité
souhaitée dans l’arrangement social. Les différentes écoles ont pu influencé la perception de la
pauvreté au regard de l’équité et ont suggéré par le fait même les stratégies adaptées à sa réduction
en mettant en évidence une conception du développement liée à la multidimensionalité de l’homme
qui n’est plus réductible à l’arbitraire des seuls critères économiques.

1.2. Les Causes de la pauvreté

Les causes de la pauvreté des individus et des pays dans le monde peuvent être examinées à
travers les facteurs immédiats et lointains. Le rapport PNUD 2000 parle des « maux globaux »
qu’aucun Etat n’est à lui seul capable de maîtriser. D’une manière générale, les causes de la
pauvreté peuvent être décrite en ces termes :
Les causes d’ordre politique : La pauvreté s’explique par des causes politiques et non pas
naturelles : la mauvaise gestion, la corruption des dirigeants, le manque d’organisation des capacités
élémentaires permettant à l’individu de mener le genre de vie qu’il souhaite, les différents
programmes de réajustement, la privatisation, le manque d’amélioration substantielle de l’aide
internationale
Les causes d’ordre économique : la libéralisation des économies, le pillage par des sociétés
multinationales qui rapatrient leurs bénéfices dans les pays riches dont elles sont généralement
issues, l’échange inégal (bas coût des matières premières produites dans les pays pauvre, achats des
produits manufacturés aux coûts élevés par les pays pauvres), service de la dette extérieure, manque
des règles commerciales justes et équitables.
Les causes au niveau des individus : le chômage, la perte de source de revenue ou la réduction du
pouvoir d’achat, les effets des castrophes naturelles, les pillages, les guerres civiles, manque de
couverture des besoins dans les protections sociales.
Bref, il s’agit des causes macro-économiques et d’odre politique, des causes d’ordre économique
national et international, des causes au niveau culturel et au niveau des individus.

1.3. Les Mesures de la pauvreté

Mesurer la pauvreté signifie produire des nombres, par lesquels nous pouvons évaluer le degré de
pauvreté dans une société donnée et identifier les membres de la société qui doivent être considérés
pauvres. Pour décider des nombres à produire, il est nécessaire de partir d’une théorie sur l’objet à
mesurer. Mais, le concept de pauvreté reflète la structure de base du contrat social, et plus
spécifiquement la conception de justice qui prévaut dans la société.
La littérature sur le concept de pauvreté est extrêmement abondante et caractérisée d’un niveau
d’ambiguïté très élevé dans son rapport à la théorie économique. Elle fournit plusieurs façons de
définir la pauvreté, qui conduisent évidemment à une identification différente des pauvres. Les trois
principales écoles considérées sont : l’école welfarist, l'école des besoins de base et celle des
capacités (capabilties).
Quoique ces trois approches diffèrent à bien des égards, elles impliquent toutes par ailleurs le fait
qu'une certaine “chose”, à définir, n'atteint pas un niveau considéré comme un minimum
raisonnable. C'est à dire, qu'une personne est jugée pauvre lorsqu'elle manque, par rapport au
minimum raisonnable, de la “chose” en question. Le débat conceptuel sur la pauvreté apparaît
lorsqu'on aborde la nature de la chose manquante.

1.3. 1. L’école welfarists

Pour l’école welfarists, la “chose” en question est le bien-être économique. Cette école lie la
pauvreté au niveau du revenu. Il s’agit donc de l’approche monétaire de la pauvreté.
« "Poverty" can be said to exist in a given society when one or more persons do not attain a level
of economic well-being deemed to constitute a reasonable minimum by the standards of that
society ». Cette approche welfarist est associée à ce qui est appelé « l’approche du revenu à la
pauvreté » (the income approach to poverty) ou aussi « l’approche monétaire » de la
pauvreté.
La pauvreté est appréhendée comme un déficit par rapport à un certain nombre d’indicateurs socio-
économiques de bien-être, dont le revenu, qui détermine la capacité de consommer. L’augmentation
de la richesse nationale qui se refléterait dans l’amélioration du revenu devrait se traduire par un
recul de la pauvreté, une baisse du nombre de personnes vivant en dessous d’un certain seuil
monétaire. Cette approche est celle de nombre de gouvernements africains et de leurs partenaires
bilatéraux et multilatéraux. Elle a inspiré dans une certaine mesure les analyses de la pauvreté faites
par les gouvernements lors du Sommet sur le Développement Social de Copenhague(1995), et
reprises au niveau du Sommet du Millénaire. L’adoption de politiques macro-économiques à même
de générer et de soutenir la croissance est la pierre d’angle de cette approche qui a été largement
défendue par les institutions de Bretton Woods.
Cette idée selon laquelle une croissance forte induirait nécessairement une réduction
significative de la pauvreté a inspiré les programmes d’ajustement structurel. Sur base de cette
idée tout se passe comme si la croissance est une condition nécessaire et suffisante pour faire
reculer la pauvreté. Aussi les programmes d’ajustement structurel –singulièrement ceux dits de
première génération – ont-ils été initiés sans prêter grande attention à l’aspect redistribution des
fruits de la croissance, ou à leur impact sur la pauvreté. Le résultat ce que la plupart des pays
ayant entrepris des programmes de développement basés essentiellement sur la croissance, et
réservant à la pauvreté un traitement résiduel, ont vu des inégalités se creuser et la pauvreté
s’aggraver.
Pour atténuer les effets pervers des programmes d’ajustement structurel, des initiatives
complémentaires ont pu voir le jour. Ainsi, la prise en compte de la dimension sociale de
l’ajustement a fait l’objet de nombreux travaux qui ont débouché, dans certains cas, sur la mise
en place de « filets sociaux ». Une grande attention a aussi été accordée aux sources de la
croissance et à la qualité de la croissance. Aujourd’hui, à la faveur de l’attention portée aux pays
pauvres très endettés (PPTE), un nouveau discours est tenu : c’est celui des Documents de
stratégie de réduction de la pauvreté(DSRP) qui sont promus et présentés par les institutions de
Bretton Woods comme de nouveaux instruments susceptibles de pallier les lacunes établies des
programmes d’ajustement structurel.
Le cercle vicieux de la pauvreté selon cette école peut-être représenté de la manière suivante :

Figure 1 : Le cercle vicieux de la pauvreté


1.3. 2. L’école des besoins de base

Pour l’école des besoins de base, la “chose” manquante dans la vie des pauvres est un petit sous-
ensemble de biens et services spécifiquement identifiés et perçus comme rencontrant les biens de
base de tous les être humains. Ils sont dits “de base” car leur satisfaction est considérée comme un
préalable à l'atteinte d'une certaine qualité de vie; ils ne sont pas perçus comme contribuant
nécessairement au bien-être. Comme Michael Lipton le dit, on doit "être"avant "d'être bien". «Basic
needs is not primarily a welfare concept». Au lieu d’être sur l’utilité, l’accent est mis sur les
besoins individuels relativement à des commodités de base. Celles-ci comprennent: la nourriture,
l’eau potable, des aménagements sanitaires, un logement, des services de santé et d’éducation de
base, et un service de transport public.
Cette hypothèse soutient que l’accroissement du revenu des ménages pauvres n’est pas la
meilleure façon d’accroître la satisfaction des besoins de base. Quelques-unes des raisons
invoquées sont les suivantes: les besoins de base en éducation, santé, eau et en hygiène sont plus
facilement satisfaits par des services publics que par des revenues accrus; les individus n’utilisent
pas toujours leurs augmentations de revenu pour accroître leur nutrition et leur santé; il y a
souvent une distribution inéquitable des ressources à l’intérieur des ménages.

1.3. 3. L’école des capacités


Pour l’école des capacités (capabilities), la "chose" qui manque n’est ni l’utilité ni la satisfaction de
besoins de base, mais des habiletés ou capacités humaines. Cette approche qui a pris naissance dans
les années quatre-vingt et dont le principal maître d’œuvre est A. Sen, n'a pas été développée
initialement dans l'optique de s'appliquer à la pauvreté. La visée de Sen était bien plus vaste :
développer une nouvelle conception de ce qui a de la valeur pour l'humain.
«Its roots lie in the rejection of the "welfarist" paradigm in which individual utility is taken to be
the sole metric of welfare, and the sole basis for social choice.»
Quoiqu’il ne nie pas le rôle joué par l’utilité dans la vie d’une personne, cette dernière a plusieurs
autres composantes selon Sen.
« The capability approach differs from utilitarian evaluation (more generally "welfarist"
evaluation) in making room for a variety of doing and being as important in themselves (not just
because they may yield utility, nor just to the extent that they yield utility). In this sense, the
perspective of capabilities provides a fuller recognition of the variety of ways in which lives can be
enriched or impoverished ».
La valeur de la vie d’une personne dépend en fait d’un ensemble de façons d’être (being) et de faire
(doing), qu’il regroupe sous le terme général de “fonctionnements” (functionings).
L’école des capacités considère donc comme pauvre, une personne qui n’a pas les capacités
d’atteindre un certain sous-ensemble de fonctionnements. « The functionings relevant to this
analysis can vary from such elementary physical ones as being well-nourished, being adequately
clothed and sheltered, avoiding preventable morbidity, etc, to more complex social achievements
such as taking part in the life of the community, being able to appear in public without shame and
so on. These are rather "general” functionings, but ...the specific form that their fulfilments may
take would tend to vary from society to society »
En conséquence, pour cette école, ce qui manque n’est pas de l’utilité, mais certaines capacités vues
comme raisonnablement minimales. La considération des capacités et des fonctionnements plutôt
que des commodités, oblige à prendre en compte les caractéristiques personnelles des individus.
Selon cette école, le cecle vicieux de la pauvreté peut être représenter selon le schémas ci-après :
Figure 2 : Le cercle vicieux de la pauvreté

1.3. 4. L’approche socio-politique


Cette approche est liée à la mondialisation. Ce procesus qui génère des inégalités en valorisant un
profit qui se nourit de la rareté. La pauvreté est ainsi consubstantielle à ce système et sa lutte exige
de s’en libérer en accordant une importance aux acteurs sociaux capables de se donner les moyens
de penser, de produire et de vivre autrement en adaptation des politiques sociales et économiques de
leurs pays. Cette approche peu défendue dans les milieux intergouvernamentales a trouvé un large
écho dans les milieux de recherche. La définition de la richesse et de la pauvreté n’est donc pas ,
selon cette approche, neutre ou objective. La démarche « de bas en haut » qui privilégie l’écoute des
groupes défavorisés, de ce qui « vient du ventre du village » en s’appuyant sur leurs attentes et leurs
capacités caractérisent cette approche.

1.3.4. Comparaison et critique des divers concepts de pauvreté

Le diagramme ci-bas, tente de synthétiser les différentes approches

Figure 3 : Le diagramme des différentes approches

1.3.5. Les Indicateurs de pauvreté

1.3.5.1. Définition

Il ne suffit pas de s’entendre sur la signification du terme “pauvreté“ pour enfin pouvoir identifier
les pauvres. Il n’est pas sûr que ce nous que voulions mesurer soit effectivement mesurable. En fait,
ni le bien-être économique, ni la satisfaction des besoins, ni les capacités d'un individu ne sont
directement observables. Dans ces conditions, le recours à des variables observables qui permettent
d'inférer approximativement la réalité à laquelle nous référons par le terme pauvreté est nécessaire.
Ces dites variables portent le nom d'indicateur. Un indicateur de pauvreté peut être défini comme
suit: Une variable « proxy » mesurable et aussi près que possible d’une dimension particulière
spécifiée dans l’espace de pauvreté.
Des proxy sont requis parce qu’une dimension pure n’est soit pas directement
observable, soit trop coûteuse à mesurer. Plus d’un indicateur peuvent être nécessaires pour décrire
une dimension de la pauvreté.
Exemple 1
Dimension de la pauvreté : revenu permanent d’un ménage.
Indicateur : dépenses totales annuelles d’un ménage.

Exemple 2
Dimension de la pauvreté : être adéquatement nourri.
Indicateur : consommation journalière de denrées de base comme le riz.
Dans l’exemple 1, un indicateur est requis car le revenu permanent n’est pas directement mesurable.
Dans l’exemple 2, l’utilisation d’un indicateur peut se justifier par le coût très élevé de réaliser à
grande échelle une enquête nutritionnelle détaillée. Un indicateur de pauvreté ne doit pas être
confondu avec une mesure de pauvreté ni avec un indice de pauvreté .
Les mesures et les indices de pauvreté vont plus loin que les indicateurs de pauvreté en donnant un
sens précis au niveau critique appelé seuil de pauvreté. Ces deux concepts sont plus fréquemment
utilisés lorsque l’indicateur est une variable numérique. Soit y un indicateur de pauvreté numérique
mesuré sur une unité statistique U, et soit y* le seuil de pauvreté, toute fonction de (y,y*) est alors
une mesure de pauvreté, comme par exemple: y<y*, y*-y, etc. C’est un nombre prenant sa valeur au
niveau de l’unité statistique. Toute fonction de l’ensemble des valeurs y pour un groupe de la
population ou pour la population complète est un indice de pauvreté.
Nous ne devons donc pas confondre, par exemple, un indicateur de revenu d’un ménage, y, avec le
fait que ce ménage soit pauvre (mesure de pauvreté) selon un certain seuil de pauvreté y*, ou encore
avec le pourcentage des ménages pauvres dans la population (indice de pauvreté)

1.3.5. 2. Caractéristiques

Pour être utile à un cadre conceptuel centré sur la mesure de la pauvreté, la notion d’indicateur doit
être développée autour d’une typologie des indicateurs de pauvreté, ce qui requiert l’attribution
d’un ensemble de caractéristiques à chaque indicateur. Évidemment, plusieurs caractéristiques
peuvent être considérées. Pour des visées opérationnelles, nous n’allons en retenir que quatre : le
domaine, le niveau, la fréquence, le groupe d’âge et le sexe.

a. Les domaines

Par un domaine d’un indicateur de pauvreté, nous entendons un domaine de la vie privée ou sociale
par où la pauvreté est révélée.

b. Les niveaux

Par le niveau d’un indicateur, nous entendons la plus petite unité statistique pour laquelle
l’indicateur est significativement observé et révélateur de l’aspect de la
pauvreté qu’il représente. Les différents niveaux sont:
1. L’individu
2. Le ménage
3. La communauté ( village, commune, etc.)
4. La région
5. Le pays

c. Fréquence

On appelle fréquence d’un indicateur de pauvreté, la périodicité attendue de sa mesure, en tenant


compte de sa variation à travers le temps (sensibilité) :
1. Court-terme : un an ou moins
2. Moyen-terme : d’un an à moins de cinq ans
3. Long-terme : plus de cinq ans

d. Sexe et groupe d’âge

À notre point de vue, plusieurs dimensions de la pauvreté sont spécifiques au genre et au groupe
d’âge. Pour l’élaboration de politique d’allégement de la pauvreté, il est essentiel de mesurer ces
dimensions spécifiques de la pauvreté. Peu importe le niveau de la mesure, un indicateur peut être
spécifique aux femmes, aux enfants, aux aînés, etc.
En plus de la classification par sexe, il est important de décrire la pertinence des indicateurs
relativement aux groupes d’âge.

1.3.5. 3. Les indicateurs privilégiés par les différentes écoles

Les trois concepts de pauvreté liés aux trois différentes écoles mentionnées ci-haut, en spécifiant
différemment ce qui manque, privilégient nécessairement certains indicateurs sur d’autres.

a. L’école welfarist.

Un individu est pauvre lorsqu’il manque de bien-être économique. En conséquence, l'école welfarist
se rabat sur des indicateurs de type revenu ou dépenses.

b. L’école des besoins de base.

Dans le cas des besoins de base, encore une fois, il est difficile et coûteux d’observer directement
leur satisfaction. Les indicateurs privilégiés sont donc des proxy de leur satisfaction. On peut penser
à tous les indicateurs dans le domaine de la nutrition, de l’éducation, de la santé, du logement et des
vêtements, en favorisant les indicateurs d’accomplissement par rapport aux indicateurs d’accès. Par
exemple, un indicateur comme le nombre de cas de certaines maladies (tuberculose, etc.) par 100
000 habitants serait préféré au nombre de docteurs par 100 000 habitants.

c. L’école des capacités

Elle privilégie surtout des indicateurs d’accès. M. Desai, qui a tenté de rendre l’approche
opérationnelle, suggère aussi d’utiliser le taux de mortalité et l’espérance de vie, désagrégés par
sexe et groupe d’âge, pour juger de la capacité des individus à prévenir la mortalité et morbidité
évitables, de même que tous les indicateurs de satisfaction des besoins de base. Au plan des
capacités, Il propose d’utiliser des indicateurs de mobilité sociale de même que des indicateurs de
droits à s’associer avec d’autres

1.3.5. 4. Les indicateurs liés aux approches de la pauvreté

On distingue :

- la pauvreté monétaire : l’utilisation d’un indicateur unique tel que le revenu ou la consommation ;
- la pauvreté de conditions d'existence : la combinaison de plusieurs indicateurs pour construire un
indice de la pauvreté, on emploie souvent plusieurs seuils de pauvreté, qui définissent différentes
situations allant de l’extrême pauvreté à la pauvreté modérée ;
- la pauvreté subjective : l’emploi des plusieurs indicateurs pour déterminer le degré de pauvreté des
personnes étudiées par rapport à chacun d’entre eux (par exemple, pauvres en termes de revenus
mais pas en termes de santé.

1.3.5.5. L’indicateur du développement humain (IDH) et l’indicateur de la pauvreté humaine


pour les pays en développement (IPH-1) selon l’ONU.

a. L’indicateur du développement humain (IDH)

Le programme des nations unies pour le développement utilise l’IDH comme outil pour déterminer
le niveau moyen de développement atteint par chaque pays à partir des trois aspects importants :
- Longévité et santé sur base de l’espérance de vie.
- Instruction et savoir en considérant le taux d’alphabétisation des adultes (deux tiers) et le taux brut
de scolarisation combiné (pour un tiers).
- Possibilité d’accès à un niveau de vie décent sur base du PIB par habitant.

b. L’indicateur de la pauvreté humaine pour les pays en développement (IPH-1).

L’IPH-1 est un indicateur des carences ou manques observés dans les aspects qui déterminent
l’IDH :
- Le risque de décéder à un âge relativement précoce
- Exclusion du monde de la lecture, du calcul et des communications
- Impossibilité d’accéder aux facteurs économiques productifs, en approvisionnement d’eau potable
et au pourcentage d’enfants de moins de cinq ans souffrant d’insuffisance pondérale.

1.4. Les Manifestations de la pauvreté

Les différentes approches de la pauvreté ainsi que les rapports des différents organismes
internationaux permettent de relever les caractéristiques communes du phénomène de pauvreté. Il
s’agit notamment de :

1.4.1. Bas niveaux de vie

Les bas niveaux de vie se manifestent quantitativement et qualitativement sous forme de bas
revenus (pauvreté), manque de logement convenable, mauvaise santé, instruction limitée ou
absente, taux élevé de mortalité infantile, manque d’emploi.
Les indicateurs utilisés sont : Le Produit National Brut (PNB) qui est la valeur de l’ensemble de
biens et services produits, pendant l’année, par les nationaux à l’intérieur et à l’extérieur de leur
pays et le PNB pro capité qui est la mesure de la production moyenne de chaque habitant. Le PNB
pro capite est souvent utilisé comme indicateur du bien-être économique relatif des peuples de
différentes nations. Il indique alors la pauvreté relative. C’est-à-dire le fait q’un pays est moins
nanti qu’un autre. Mais on a établi un seuil international de pauvreté défini comme l’équivalent
minimum des dollars constants nécessaires pour satisfaire les besoins physiques de base.

1.4. 2. La distribution des revenus.

Pour évaluer l’ampleur et l’intensité de la pauvreté dans un pays déterminé, il est aussi nécessaire
de considérer les inégalités dans la distribution des revenus entre riches et pauvres à l’intérieur des
pays considérés comme moins développés.
« L’économie du développement ne peut être mesurée seulement en termes des niveaux et de
croissance du revenu total ou per capita ; il faut aussi prendre en considération comment ce revenu
est distribué entre la population - c’est-à-dire voir qui tire bénéfice du développement.»
Ainsi pour chaque niveau donné de revenu national par habitant, plus grand est l’écart dans la
distribution du revenu, plus grande est l’extension de la pauvreté.
Parmi les sources d’inégalités des revenus, on pourra mentionner non seulement les différences des
rémunérations gagnées dans l’emploi, mais surtout l’utilisation et le contrôle des ressources
productives comme le capital, la terre, les ressources humaines, la technologie .Ces inégalités
engendrent souvent le sous-emploi et le chômage.
Comme beaucoup de détenteurs du pouvoir s’approprient et répartissent à leur guide les ressources
productives, nous pouvons conclure qu’une des causes fondamentales de l’inégalité des revenus
réside dans l’inégale distribution du pouvoir, de contrôle de ces ressources et même dans le manque
de formation.

1.4. 3. La santé

La majorité des populations des pays pauvres, en plus des bas niveaux des revenus, continue à lutter
contre la malnutrition, les maladies et les mauvaises conditions de santé. L’assistance médicale se
révèle insuffisante dans ces pays pauvres. Le nombre insuffisant des agents et des structures
sanitaires acquiert une impression évidente.
Les indicateurs utilisés pour mesurer la santé d’une population sont les suivantes :
- La mortalité infantile
Cet indicateur nous dit combien d’enfants meurent avant l’âge d’un an sur mille naissances vivantes
pendant l’année indiquée. Il est plus utilisé pour caractériser les conditions sanitaires, sociales,
économiques et culturelles d’un pays. Il y a un rapport presque parfait entre la mortalité infantile et
la richesse de la population d’un pays. Plus un pays est riche, plus bas est le taux de mortalité
infantile et plus un pays est pauvre, plus élevé est le taux de mortalité infantile. La répartition des
agents de services de santé ainsi que les dépenses de l’État dans ce secteur jouent aussi un grand
rôle dans la détermination de cet indicateur.
- L’espérance de vie à la naissance.
Cet indicateur désigne le nombre d’années qu’un nouveau-né vivrait s’il était soumis aux risques de
mortalité prévalant dans sa population au moment de sa naissance. Les pays pauvres sont ceux qui
ont l’espérance de vie la moins élevée.

1.4. 4. L’éducation

Les pays pauvres se caractérisent dans le domaine de l’éducation par des taux significatifs d’élèves
qui abandonnent l’école chaque année, des niveaux très bas d’alphabétisation, et des structures
scolaires et curriculum inadaptés aux besoins de ces pays. Les femmes, facteur humain important de
développement, bénéficient moins des programmes d’éducation et d’alphabétisation. Les dépenses
publiques pour l’éducation sont, si pas inexistantes, les moins élevées par rapport aux dépenses de
prestige et de la défense.

1.4. 5. Bas niveaux de productivité

En plus des bas niveaux de vie, la pauvreté se caractérise par des bas niveaux de productivité du
travail. La productivité est le rapport entre la quantité des biens et services produits et le nombre
d’unités de ressources (travail, capital ou terre) utilisées pour produire cette quantité. Dans les pays
pauvres, on observe de bas niveaux de productivité dus non seulement à une technologie inadaptée,
mais aussi aux facteurs humains : mauvaise gestion, faible compétence, manque d’expérience,
manque de motivation professionnelle, bas revenus, manque de discipline, manque de volonté
d’innovation, manque des réformes institutionnelles et structurales appropriées, l’état de santé
physique et surtout la malnutrition.
« Les bas niveaux de vie et de productivité sont des phénomènes socio-économiques qui se
renforcent réciproquement dans les pauvres et qui sont en même temps les manifestations et les
causes principales de la pauvreté et du sous-développement».

1.4. 6. Taux élevés de croissance démographique et de population dépendante

Les pays pauvres manifestent des taux très élevés de croissance de leur population par rapport aux
pays développés. Sur une population mondiale d’environ 6301 millions d’individus en 2001, plus
de trois quarts vivent dans les pays du Tiers monde et moins d’un quart dans les pays développés.
Les taux de natalité dans les pays pauvres sont très élevés, d’ordre de 30 à 40 sur 1000 tandis que
dans les pays riches, ils sont moins de la moitié de ces chiffres. Même les taux de mortalité (le
nombre des personnes qui meurent sur 1000 habitants par an) sont plus élevés dans les pays pauvres
par rapport aux nombres des personnes qui meurent dans les pays nantis.
Le taux de natalité élevé dans les pays pauvres a comme conséquence que près de la moitié de leur
population est âgée de moins de 15 ans. Les jeunes de moins de 15 ans et les vieux de plus de 64
ans constituent la population dépendante et sont considérés comme un « poids économiques à
prendre en charge » du fait que leur survie dépendant de la population active c’est-à-dire celle âgée
de 15 ans à 64 ans. Les pays pauvres sont donc caractérisés non seulement par des taux élevés de
croissance de leur population, mais aussi par un pourcentage considérable de la population
dépendante. Cela signifie que les membres actifs dans ces pays ont plus de bouches à nourrir que
leurs collègues des pays développés.

1.4. 7. La forte dépendance à la production agricole et à l’exportation des produits du secteur


primaire

La majeure partie de la population des pays pauvres vit dans les zones rurales : plus de 65 % contre
27 % dans les pays économiquement développés. Les forces du travail impliquées dans l’agriculture
sont de l’ordre de 62 % dans les pays pauvres contre à peine 7 % dans les pays développés Cette
situation s’explique du fait que les populations des pays pauvres ont encore comme préoccupation
prioritaire la nourriture, l’habillement et le logement. C’est pourquoi elles restent concentrées dans
l’agriculture et la production des produits primaires. Mais, malgré cette grande concentration dans
l’agriculture, les paysans des pays pauvres dénotent une productivité agricole très faible, non
seulement à cause du grand nombre des personnes qui sont en relation avec la terre disponible, mais
surtout à cause de leurs techniques agricoles primitives, de la mauvaise organisation, des outils
rudimentaires et de l’insuffisance du capital humain et physique.
La plupart des économiee des pays pauvres sont basées sur la production des produits primaires
c’est-à-dire provenant des activités extractives : agriculture, pêche, mine, chasse, et cela par
opposition aux activités secondaires c’est-à-dire des produits manufacturés et tertiaires que sont les
services. L’exportation des produits primaires rapporte en effet 70 % des recettes en devise de ces
pays. Or la demande de ces produits sur le marché extérieur étant en baisse, les pays pauvres voient
leur part de marché mondial chuter considérablement.

1.4. 8. Dépendance et vulnérabilité dans les relations économiques internationales

Pour beaucoup de pays sous-développés, un facteur significatif qui contribue à des permanents bas
niveaux de vie, à l’augmentation du chômage et à la croissance des écarts dans la distribution des
revenus est la distribution fortement inégale du pouvoir politico-économique entre les nations riches
et les nations pauvres.
La dépendance économique des pays pauvres vient du fait qu’ils produisent principalement des
produits de base destinés à l’exportation et qu’ils comptent de plus en plus sur les recettes de ces
exportations alors que ces produits sont de moins en moins demandés. Bien plus la valeur de leurs
exportations baisse. On observe alors une détérioration de leurs termes de l’échange c’est-à-dire les
prix auxquels ils importent augmentent beaucoup plus que ceux auxquels ils exportent.
Il s’est ainsi établi une distribution inégale du pouvoir économique en faveur des pays développés
au détriment des pays pauvres. Cette domination économique s’accompagne d’une domination
politico -culturelle. D’où les pays pauvres, qui souvent manquent une politique nationale pour gérer
les ressources (par exemple le coltan, le cuivre, l’or, le diamant…) et se rendre compétitifs en face
du marché, se découvrent vulnérables dans leurs négociations et leurs échanges avec leurs
partenaires des pays riches.

Au terme de ces considérations, nous pouvons conclure que le phénomène de pauvreté s’observe à
travers les faiblesses structurelles qui se traduisent par une série de problèmes avec lesquels les pays
pauvres sont quotidiennement confrontés : faible productivité, sous alimentation et malnutrition, la
démographie galopante, analphabétisme, faible revenu per capita, forte dépendance économique et
financière, manque des structures sociales convenables et adaptées.
Les pays du Tiers-Monde se partagent à peine 1% des revenus mondiaux, alors qu’ils fournissent
plus de 50% des matières premières destinées au fonctionnement des industries de transformation et
de fabrication. La faible diversité des produits commercialisés rend les économies nationales des
pays pauvres très vulnérables et la détérioration des termes d’échange s’accentue d’année en année.
Ce constat conduit à donner à la lutte contre la pauvreté une grande priorité. Cette lutte se fait pour
certains, dans la recherche de la croissance du PIB. ; tandis que pour d’autres, elle s’effectue dans
un ensemble de transformations des structures économiques, sociales, institutionnelles pouvant
entraîner le progrès. Tout compte fait la persistance de la pauvreté suscite des préoccupations au
niveau mondial et incite à la recherche des stratégies pour sa réduction voir son éradication.
Chap. 2. Le contexte historique et les concepts-clés de l’économie de développement.

2. 1. Le contexte historique de naissance de l’économie du développement

L’économie du développement trouve sa naissance après la seconde guerre mondiale qui fut
la première guerre menée au nom de la liberté. Les vieilles puissances sortent ruinées de cette
guerre. Il y a naissance de nouvelles puissances hégémoniques (États-Unis, URSS) favorables à la
décolonisation. La décolonisation se fait sous différentes formes. La colonisation avait touché
presque toutes les parties du monde. Des élites de natures différentes vont présider ces nouveaux
pays.
Les différentes formes de décolonisation :
- négociation entre les élites nationalistes et la puissance coloniale - accès à l'indépendance à la
suite de guerres longues et meurtrières (Indochine, Algérie, Angola, Mozambique)
- décolonisation dans le chaos, sans véritables élites nationalistes (RDC)
- remise du pouvoir à des élites charismatiques
Ces indépendances ont été accordées à des pays très différents en considérant les
infrastructures, l'éducation, etc. L'Asie est décolonisée sans grande fragmentation. L'Afrique subit
une forte balkanisation.
Jusqu'aux années 70 les théories économiques du développement ne prennent pas en compte
cette diversité. Ces théories prétendent appliquer la même recette à tous les pays sous-développés.
Dans cette phase, les pays sous-développés ne sont pas caractérisés par leurs spécificités propres
mais par ce qui leur manque pour atteindre le « développement » à savoir la technologie et l’argent.
En 1955, la conférence de Bandung réunit la poignée de pays ayant accédé à l'indépendance
à ce moment-là. Cette conférence est un peu l'acte de naissance du tiers monde. Ces pays insistent
sur ce qui les unis et non sur ce qui les divise. On assiste à la naissance du non-alignement.
La notion de développement apparaît à la fin de la seconde guerre mondiale avec le
mouvement de décolonisation amorcé par l'Inde en 1947.
Devant l'ONU, Truman (président des États-Unis) appelle les pays riches à aider au développement
des nations pauvres. Il apparaît ainsi la notion de pays sous développés.
Les premières théories du développement sont définies comme partie intégrante des sciences
de l'économie.
À partir des années 1950-1960 on a pu assister à la création de nombreuses agences de
développement (UNICEF, WFP, etc.) et à la création du PNUD (programme des nations unies pour
le développement).
Toutes les théories du développement des années 1950-1960 sont l’œuvre des économistes.
Toutes ces théories ont pour objet d’expliquer comment les pays sous développés peuvent rattraper
les pays développés. À cette époque les vieilles nations industrielles sont le modèle à atteindre.
Les théories du développement ont profondément influencé les stratégies mises en place pour
« développer » les pays « sous-développés ».
Toutes les théories du développement reposent sur le paradigme du développement
économique. La notion de développement n'est pas facile à définir. Dans le passé récent, la notion
de développement économique ne s'appliquait qu'aux peuples non occidentaux. C'est une notion
plurielle et floue. Le développement implique la notion de progrès. Depuis la renaissance la notion
de progrès est au centre des sociétés occidentales.
Une des justifications de la colonisation est justement la diffusion du progrès. Ce terme de
progrès fut intégré dans le domaine économique car, pour produire plus des biens et des services il
fallait une croissance économique. L'idée de l'évolution économique devient le paradigme du
progrès.

2.2. Les concepts-clés de l’économie de développement

2.2.1. Pays riches et pays pauvres


Chaque pays porte une étiquette. Les classements les plus populaires mettent implicitement
tous les pays dans un continuum fondé sur le degré de développe ment. Ainsi, on distingue les pays
développés, les pays sous-développés, les pays moins-développés, les pays en voie de
développement…Les pays riches sont fréquemment qualifiés des pays industrialisés. Ceux qui
connaissent une croissance rapide sont souvent qualifiés des pays émergents. La dichotomie entre
pays riches et pays pauvres est souvent fondée sur les niveaux de revenus. C’est l’œuvre de la
Banque mondiale qui débouche sur quatre parties :
- Economies à faible revenu, dont le revenu moyen individuel en 2003, converti en
dollars au taux de change courant, était à 765 dollars américains.
- Economies à revenu intermédiaire (tranche inférieure), dotées d’un revenu compris entre
765 et 3035 $ américains
- Economies à revenu intermédiaire (tranche supérieure), dotées d’un revenu compris
entre 3035 et 9385 $ américains.
- Economies à revenu élevé, qui font partie, dans leur majorité, de l’Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE), et dont le revenu individuel est
supérieur à 9 385 $ américain.
Certains pays à revenu intermédiaire ont été décrits comme des pays en transition.
Un terme en vogue dans les années, en particulier dans les forums internationaux, a été celui de
tiers-monde. Ce terme vient de la considération des pays industrialisés (OCDE) d’Europe
occidentale, d’Amérique du Nord et du Pacifique (le « premier » monde et les pays industrialisés
d’Europe orientale, dont les économies étaient auparavant régies par la planification centralisée (le
« deuxième » monde) ; les autres pays forment le tiers-monde. La configuration géographique du
tiers- monde a conduit à une distinction parallèle qui, séparant le Nord (premier et deuxième
monde) du Sud, conserve une certaine validité. . Mais le Sud, ou tiers-monde, englobe une grande
variété des pays, allant de pays riches exportateurs de pétrole à des pays à très bas revenus, pauvres
en ressources naturelles.
Le mot « tiers-monde » marque l'indépendance vis-à-vis des 2 premiers mondes que sont le bloc de
l'est et le bloc de l'ouest. Le Tiers-Monde est aussi défini par analogie avec le Tiers - Etat français
(majorité pauvre et sans droits).
L’appellation Tiers-Monde exprimait ainsi la suppression des différences existant entre les pays
considérés pauvres pour donner l'image d’un ensemble uni et portant les revendications d'un monde
mis à l'écart du développement.
Il est important d’avoir conscience de ces terminologies et classifications diverses et d’en
reconnaitre les anomalies et incohérences. Mais il serait déraisonnable de trop s’y attarder. Aucun
système ne peut appréhender toutes les dimensions importantes du développement ni en définir un
cadre parfaitement rationnel et pratique.

2.2.2. Croissance et développement

Les termes croissance et développement sont souvent utilisés pour décrire le processus de
développement lui-même. On recourt alternativement à croissance économique et développement
économique bien qu’une distinction fondamentale les sépare.
Par croissance économique, on entend une élévation du revenu par habitant ainsi que celle de la
production. Le pays qui augmente sa production de biens et de services, par quelque moyen que ce
soit, en l’accompagnant d’une élévation du revenu moyen, a mis à son actif « une croissance
économique ».
Le développement économique comporte davantage d’implications, et, en particulier, des
améliorations de la santé, de l’éducation et d’autres aspects du bien-être humain. Les pays qui
élèvent leur revenu, mais sans assurer aussi une espérance de vie, une réduction de la mortalité
infantile et un accroissement des taux d’alphabétisation échouent dans des aspects importants du
développement. Si la totalité du revenu accru se concentre dans les mains d’une petite élite riche ou
si elle est affectée à des monuments ou à des équipements militaires, le développement au sens où
nous l’entendons sera minime.
Deux des principales évolutions structurelles qui accompagnent, habituellement, le développement
économique sont : la part croissante de l’industrie dans le produit national, parallèlement à la baisse
de celle de l’agriculture, et le pourcentage croissant de gens vivant en ville plutôt qu’à la campagne.
En outre, les pays qui s’engagent dans le développement économique passent, en général, par des
phases d’accélération, puis de ralentissement, de leur croissance démographique, pendant lesquelles
la structure par âge du pays connait des changements spectaculaires. Les schémas de consommation
évoluent également, car les gens ne sont plus obligés d’affecter la totalité de leur revenu à l’achat de
biens indispensables, mais s’orientent vers des biens de consommation durables et, en fin de
compte, vers des produits et des services associés à des temps de loisirs. La croissance qui ne
bénéficie qu’à une petite minorité riche, du pays ou étrangère, ne constitue pas un développement.

2.2.3. Mesure de la croissance économique

L’évolution du revenu national est au cœur des études sur la croissance économique. Aussi recourt-
on couramment à deux critères fondamentaux pour mesurer ce revenu. Le produit national brut
(PNB) est le total de la valeur des biens finis et des services produits par un pays pendant une année
donnée. Il exclut les biens intermédiaires (les biens servant à la production d’autres biens. Le PNB
compte la production des citoyens du pays, y compris la valeur des biens et services produits par
ceux d’entre eux qui vivent en dehors du territoire national. Il constitue l’un des termes les plus
courants utilisés dans la comptabilité du revenu national. Certaines institutions multilatérales,
comme la banque mondiale, baptisent fréquemment cette notion de revenu national brut (RNB)
Le produit intérieur brut (PIB) est semblable au PNB. Il inclut toute la production réalisée sur le
territoire d’un pays, dont celle mise à leur actif par les résidents étrangers, mais exclu la valeur de la
production de citoyens vivant à l’étranger.
Le PNB ou le PIB, divisé par la population totale, fournissent une mesure du revenu individuel.
Comme il est plus facile de suivre l’activité économique sur le territoire d’un pays, le PIB est
devenu le critère de mesure du revenu national le plus utilisé par le FMI, le PNUD, la Banque
mondiale et d’autres organisations internationales, ainsi que par des chercheurs travaillant à
l’analyse comparative des données et des tendances entre pays.

2. 2. 4. Développement économique
La croissance économique est une condition nécessaire, mais insuffisante pour élever les
niveaux de vie de nombreux habitants dans des pays ayant des niveaux réduits de PIB par habitant.
Elle est nécessaire parce que, faute de croissance, les individus ne peuvent améliorer leur sort que
par des transferts de revenu et d’actifs provenant d’autrui. La croissance économique ne constitue
donc pas une condition suffisante pour générer une amélioration massive des niveaux de vie. Pour
au moins trois raisons, il est erroné de partir de l’hypothèse qu’un PIB par habitant supérieur se
traduit automatiquement par une élévation du revenu de toutes les familles, voire de la majorité
d’entre elles. En premier lieu, les pouvoirs publics favorisent la croissance économique, non
seulement pour accroitre le bien-être de leurs concitoyens, mais aussi, et parfois prioritairement,
pour augmenter le pouvoir et la gloire de l’Etat et de ses dirigeants. En second lieu, on peut affecter
les ressources à des investissements lourds pour assurer un surcroit de croissance, en reportant à une
date ultérieure d’importants gains de consommation. En troisième lieu, le revenu et la
consommation peuvent connaître une augmentation, dont les avantages peuvent cependant aller, en
tout ou en majorité, aux habitants déjà relativement aisés. Pour reprendre un vieux dicton, les riches
s’enrichissent, et les pauvres s’appauvrissent.

2.2.5. Objectifs du millénaire pour le développement

En septembre 2000, 189 pays ont adopté un document aux objectifs étendus, la déclaration du
millénaire de l’ONU, aux termes de laquelle ils s’engagent « à faire du droit au développement une
réalité pour tous et mettre l’humanité entière à l’abri du besoin ». La déclaration fixe un ensemble
de huit objectifs correspondant à cet engagement :
 Objectif 1. Réduire l’extrême pauvreté et la faim.
 Objectif 2. Assurer l’éducation primaire pour tous.
 Objectif 3. Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.
 Objectif 4. Réduire la mortalité infantile.
 Objectif 5. Améliorer la santé maternelle.
 Objectif 6. Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies.
 Objectif 7. Assurer un environnement durable.
 Objectif 8. Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.
Chap. 3. Les grandes familles de théories économiques du développement

3.1. Les différentes familles.

a. Première famille : « Les théories du rattrapage »

Ce sont les théories qui sont nées dans les années 50. Dans ces théories il s'agit de rattraper
le modèle des pays du Nord. On les nomme aussi « Théories du développement par la croissance ».
À l'époque où ces théories sont établies, le développement ne se différencie pas de la croissance.
Entre ces théories il y a des divergences de définition et d'idéologie. On retrouve des théories
d'inspiration libérale et des théories d'inspiration marxiste. Dans cette famille, on retrouve
particulièrement :

- la théorie de Rostow

En 1960 Rostow publie un livre « Les étapes de la croissance économique »4 et oppose sa


théorie du développement au développement de type marxiste. Pour Rostow le développement est
un processus historique linéaire passant par des étapes définies, par opposition à la vision
dialectique des théories marxistes. Chaque pays traverse les mêmes étapes pour passer du sous
développement au développement. Ainsi tous les pays seraient en train de parcourir le même
chemin, mais en sont à des étapes différentes. Ce qui change ce sont les moteurs de la croissance à
travers l'histoire. Le développement du tiers monde devrait donc aller très vite car il peut bénéficier
des acquis et de l'expérience du monde développé.
D’après lui, après une phase d'accumulation du capital il y a une phase de décollage
permettant aux pays sous développés de « rejoindre » les pays développés. Dans cette théorie le
développement social est une conséquence naturelle du développement. Il convient donc de ne pas
s'en occuper.

- la théorie de Lewis

Cette théorie propose une vision dualiste du développement. Elle part du constat que les
économies sous développées sont des économies duales. Il y a juxtaposition d'un secteur
traditionnel et d'un secteur moderne. Ces deux secteurs fonctionnent sur deux modes totalement
différents. Dans le secteur traditionnel les besoins sont sociaux, dans le secteur moderne les besoins
sont économiques. Dans le secteur traditionnel l'avoir n'est pas une fin en soi. Dans le secteur
moderne l'accumulation de biens et de marchandises est une fin en soi.
D’après cette théorie le secteur capitaliste moderne va absorber le secteur traditionnel par un
transfert de main d'œuvre du secteur traditionnel vers le secteur moderne. Cette théorie s'appuie sur
l'évaluation historique de l'Europe. Mais en fait, ce que Lewis croyait ne s’est pas réalisé car
l'histoire des pays sous développés a en effet démontré un transfert du secteur traditionnel vers un
nouveau secteur : le secteur informel. La grande erreur fut de penser que l'expérience historique
singulière de l'Europe était modélisable.

- la théorie du développement par l'ouverture

C'est une théorie néoclassique inspirée par David Ricardo. Cette théorie se repose sur le
principe des coûts et avantages comparatifs. Il faut se spécialiser dans le domaine dans lequel on a
un grand avantage comparatif. Le commerce international devient le facteur de croissance.
Les pays sous développés doivent mettre en valeur leurs avantages comparatifs pour
s'insérer dans l'économie mondiale et ainsi se développer. Le libre échange est donc indispensable
au développement du tiers monde. Pour ce faire, ils doivent développer l’exportation des matières
premières et des produits agricoles de base. Cette théorie a été soutenue et mise en pratique par les
institutions de Bretton Woods : le FMI, la Banque mondiale et le GATT (qui deviendra l'OMC en
1995).

- la théorie marxiste et la théorie dépendantiste

Dans ces théories, le sous-développement et le développement sont deux faces d'un même
objet. Il n'y a donc pas de linéarité dans le développement.
Il s'agit là de mettre fin aux causes du sous-développement. La principale cause est le transfert du
surplus économique des pays du sud vers les pays du nord. Ce transfert s'opère d'abord par la
colonisation (pillage direct des ressources et de la main d'œuvre). Après les indépendances, ce
transfert s'opère par le rapatriement des bénéfices des investisseurs vers le nord, mais aussi par le
service de la dette. Deux autres canaux de ce transfert sont la détérioration des termes de l'échange
et la fuite des capitaux (les élites locales qui placent leur argent dans les pays du nord).
Cette téorie trouve son origine en Amérique latine dans les années 50.
Raoul Prebish devient le président de la CEPAL (Commission économique de l'ONU pour
l'Amérique latine). Cette commission devient le laboratoire de la naissance des théories de
l'indépendance.
D'après cette théorie le monde est comprend un centre et une périphérie. Les pays
développés sont au centre et commandent l'ensemble des deux cercles. Les économies périphériques
sont marquées par le dualisme et par une production peu diversifiée. Les économies du centre se
caractérisent par des structures de production homogènes et par une production très diversifiée. Ces
différences centre/périphérie s'expliquent par la division internationale du travail. C'est parce que
les économies du Sud sont hétérogènes et peu diversifiées que celles-ci sont soumises aux directives
du centre. C'est donc la domination extérieure qui a produit le sous-développement.
Cette théorie a beaucoup marqué les années 1960 et 1970 (Samir Amin, C. Furtado, A.G.
Frank, E. Arghiri). La périphérie a rempli deux grandes fonctions historiques : débouché essentiel
pour les produits industriels du nord qui ont dégagés des taux de profit supérieurs pour les
investissements.
Dans les années 60 la périphérie dégage de meilleurs profits grâce / à cause de la
dégradation des termes de l'échange.
Termes de l'échange : rapport entre prix des matières premières et le prix des biens manufacturés.
Ces termes de l'échange se sont détériorés en faveur des biens manufacturés. Ceux-ci peuvent se
détériorer de manière très brutale.
Par exemple, la Côte d'Ivoire était le premier exportateur de cacao dans les années 1960. En 1982 il
y a détérioration brutale du prix du cacao. Ceci a eu pour conséquence de rendre difficile le
remboursement de la dette.
Il arrive aussi que les termes de l'échange s'apprécient momentanément. La modification des termes
de l'échange est en dents de scie avec une tendance vers la détérioration.
Dans les années 1970 la grande revendication des pays du sud est l'arrêt de la détérioration
des termes de l'échange.
La détérioration s'explique par la faible capacité de négociation des pays du sud. Les prix sont fixés
par les places financières extérieures.
Du fait de la raréfaction des matières premières, on se demande si les termes de l'échange sont en
train de s'apprécier.
Dans la théorie dépendantiste les pays du nord restent le modèle à atteindre mais le moyen
est la rupture des rapports inégaux entre le sud et le nord.
Ce qui caractérise les années 1960-1970 c'est l'industrialisation. Elle est considérée comme la voie
royale vers le développement (selon le modèle de l'Europe et des États-Unis). L'URSS porte cette
conviction. Le surplus paysan a été prélevé dictatorialement en faveur l'industrialisation. En URSS
ce n'est pas le secteur privé qui industrialise mais l'État planificateur. En suivant le modèle de
l'URSS la consommation est sacrifiée au profit de l'accumulation de capital permettant les
investissement nécessaires à l'industrialisation.
Cette pluralité des théories permet d'expliquer la mise en œuvre des processus de
développement. À la fin des années 1970 on se rend compte que la croissance économique
n'implique pas le développement social.
Les paysannerie des pays du sud ont été négligées au profit des industries qui étaient considérées
comme la seule voie capable de conduire au développement (selon le modèle de développement de
l'occident et de l'URSS).

b. Deuxième famille : Les théories du développement par le bas.

Ce sont les théories des années 1970, se basant sur la notion de pauvreté. Dans les années 50
la pauvreté est perçue comme une conséquence du sous-développement économique. Dans les
années 70 on constate que le développement économique n'éradique pas forcement la pauvreté. La
pauvreté devient une notion autonome de la sphère économique. C'est la naissance des théories de
développement par le bas. Les populations deviennent alors les acteurs et non seulement les
bénéficiaires.

c. Troisième famille : Les ajustements structurels / ajustements par le commerce

À partir du début des années 80 naissent les théories de l'ajustement structurel et de


l'ajustement par le commerce. Ces sont les théories néo-classiques. C'est un retour au monétarisme.

d. Quatrième famille : Les théories du développement humain

Ces théorie apparaissent dans le milieu des années 90. Elles occupent le centre de la sphère
économique. Le principal théoricien est Amartya Sen. À cette époque le PNUD définit l'IDH
(indice de développement humain). On peut situer dans cette famille :
 La théorie welfariste

Une théorie dominante depuis deux siècles, dans le monde occidental industrialisé, est une théorie
welfariste mieux connue sous le nom d’utilitarisme. Elle s’est développée comme une vue
strictement économique du meilleur arrangement social, dominée par deux concepts : croissance et
efficacité. L’équité est un sous-produit de la maximisation de l’utilité agrégée et consiste en
l’égalité des utilités marginales individuelles. L’analyse marginaliste transpose les considérations
d’équité dans l’espace du revenu en tant qu’espace de ressource : le revenu détermine le niveau
d’utilité. La pauvreté est alors définie comme un niveau de revenu socialement inacceptable et les
politiques de réduction de la pauvreté chercheront surtout à accroître la productivité des pauvres.

 La théorie du contrat social

En contraste à l’utilitarisme ou welfarisme, il y a la théorie du contrat social.


John Rawls, avec sa théorie de la justice, est le philosophe moderne le plus influent ayant exploré et
systematisé cette approche de l’éthique. L’équité (ou justice) est considérée directement et
explicitement comme ce qui devrait être la base de l’arrangement social et reçoit toujours la priorité
par rapport aux considérations de croissance et d’efficacité. Sur ce, A. Sen propose son approche de
capacités à la question de l’équité. La pauvreté est alors définie en référence à un sous-ensemble de
capacités identifiées comme « capacités de base », et par des déficiences inacceptables en ces
capacités de base. Les politiques de réduction de la pauvreté seront alors axées sur
l’habilitation(« empowerment ») des pauvres.

 L’école des besoins de base.

L’école des besoins de base déplace le débat sur l’équité de la théorie sociale au domaine des
politiques et va directement au problème de la pauvreté. Certains types de pauvreté doivent être
identifiés et éliminés. Sans rejeter l’approche de la productivité préférée par les welfaristes, cette
école identifie un petit ensemble d’accomplissements correspondant à la satisfaction de certains
besoins de base pour que tous réalisent ces satisfactions de base. Les objecifs de cette école sont
essentiellement humanitaires.

e. Cinquième famille : Les théories du développement durable

Les théories du développement durable sont liées aux menaces environnementales. Ces
théories apparaissent dans les années 90, mais l'identification des menaces environnementales est un
peu plus ancienne : 1972 : première conférence de l'ONU sur l'environnement à Stockholm et
1992 : sommet de Rio. Apparait ici la notion de « Biens publics mondiaux ».

f. Sixième famille : Les théories du post-développement

Ces théories critiquent le concept de développement et remettent en cause la notion de


progrès. Les théoriciens de ce courant sont Herbert Marcuse, Ivan Illich, François Partant. Ils posent
la question suivante : le développement est-il un concept occidental ?
On retrouve dans cette catégorie les théories de la décroissance qui disent qu'il y a seulement du
mal-développement dans le monde actuel : un Nord trop développé et un Sud pas assez développé.

g. Septième famille : Les théories de l'alter-mondialisme

Toutes ces théories s'appuient sur des expériences sociales.

3. 2. Les méthodes de développements

a. Les méthodes d'industrialisation

Dans toutes ces théories, l'industrialisation des pays sous développés est une étape obligée
sur le chemin du développement.

b. Industrialisation par substitution des importations

Cette stratégie, prônée par l'école dépendantiste, a été préconisée principalement par Gérard
Destanne de Bernis, sur la base des analyses de François Perroux et de l'expérience des pays de
l'Est. D'après cette méthode il faut développer des industries « industrialisantes », c'est-à-dire des
industries lourdes utilisant les matières premières existantes pour la fabrication de produits
intermédiaires, puis des industries qui permettront à leur tour de produire des biens de plus en plus
manufacturés.
Par exemple, la présence de minerai de fer et de charbon favorise l'implantation d'une
aciérie, qui permettra de développer par la suite une industrie automobile, etc.
L'Algérie a suivi plus que d'autres pays cette stratégie, mais ce fut un échec, notamment en raison
des limitations des capacités de la main d'œuvre locale et du montant élevé des investissements
nécessaires.
c. Industrialisation par le développement des industries d'exportation légère

Certains pays n'ont pas suivi ce modèle impulsé par la création d'industries lourdes. Ces
pays ont développé des industries fabricant des produits de masse, nécessitant peu de capital et
utilisant la main d'œuvre existante, abondante, peu qualifiée et peu payée, ce qui permet de produire
à prix réduit à la fois pour la consommation locale et pour l'exportation. Dans cette méthode,
l'industrialisation se fait en remontant la filière. On commence par exemple par implanter une
fabrique de t-shirt, puis une industrie de tissage, puis des filatures de coton, …Cette méthode est
plutôt prônée par les écoles libérales. La République populaire de Chine, qui avait au début misé sur
le développement des industries lourdes s'est tournée avec succès vers la promotion d'industries
d'exportation légères. Mais d'autres pays se sont heurtés à la concurrence qui a limité leur capacité
d'exportation.

d. Le financement de la transition pays pauvre/pays riche

Dans les années 1960 le sous développement apparaît comme une conséquence de la
faiblesse de l'épargne locale. Dans ces conditions, la question de savoir où trouver de l'argent pour
financer la transition vers le développement ?

e. L'aide extérieure

Rostoff pensait que l'aide extérieure était une nécessité. Cependant cette aide devait s'arrêter
après que les pays sous développés auraient atteint le développement. L'aide au développement est
arrivée très tôt, parfois même avant les indépendances (plan constantine pour l'Algérie, caisse
centrale de la France d'outre mer). À la création de la CEE en 1957 il y a la création du FEDOM
(Fond Européen de Développement d'Outre Mer) qui deviendra plus tard le FED (Fonds Européen
de Développement). Dans cette période les théoriciens sont optimistes et pensent que le
développement sera mené en 10 ou 15 ans. Aujourd'hui l'aide extérieure s'est rendu indispensable et
sa suppression n'est pas envisageable.

f. Financement interne

On peut aussi trouver de l'argent en interne, comme dans les théories de Lewis (économie
duale). Ceci peut se faire par la dégradation des termes de l'échange à l'intérieur même du pays.
L'Etat achète par exemple à moins cher la production agricole aux paysans, et la revend plus cher
sur les marchés internationaux. L'Etat prélève ainsi un bénéfice permettant de financer
l'industrialisation. Dans les théorie marxistes d'accumulation primaire de capital, le prélèvement du
surplus paysan est un point central .
Dans les théories capitalistes, le surplus est prélevé par le secteur privé. Dans les théories marxistes,
le surplus est prélevé par l'Etat.

g. Nationalisation des entreprises étrangères

Exemples :
 nationalisation du secteur minier au Zaire dans les années 1970
 nationalisation du pétrole algérien en 1975
 nationalisation de Suez en 1956

h. Emprunt

Dans les années 1970, l'emprunt se généralise et les pays du Sud s'endettent.
i. Le développement par la lutte contre la pauvreté

Dans les années 1970, on se rend compte que les théories du rattrapage ont un impact très limité
sur la réduction de la pauvreté. C'est l'échec de la théorie qui s’appuie sur la croissance pour accéder
au développement. Cette prise de conscience marque la naissance des théorie de réduction de la
pauvreté. La question de la pauvreté commence à se poser en 1949. Cette année-là, la république
populaire de chine est proclamée. Cet évènement est une conséquence directe de la pauvreté
extrême dans laquelle se trouvaient les Chinois.
Le bloc de l'ouest commence à avoir peur d'un effet dominant entraînant sur la voie du
communisme de nombreux pays pauvres, et décide donc de lutter contre la pauvreté (reforme
agraire en Corée et à Taiwan par exemple, ou révolution verte en Inde et aux Philippines).
Cependant produire est une chose, avoir l'argent pour pouvoir acheter la nourriture ainsi produite en
est une autre. Ce volet de la consommation n'est pas traité à cette époque.
La question de la pauvreté en tant que telle arrive donc sur le devant de la scène dans les
années 1970. Beaucoup de théoriciens disent que les grandes famines en Éthiopie ne sont pas la
conséquence de la seule sécheresse mais aussi une conséquence du facteur humain.
Pour pouvoir lutter contre la pauvreté il faut pouvoir la mesurer. Pour cela l'indicateur PNB/hab
n'est pas pertinent car il ne tient pas compte de la redistribution, de l'économie non marchande, des
inégalités et de la satisfaction des besoins de base.
Cette remise en question de la pertinence du PNB s'inscrit dans un contexte général : la croissance
est elle le seul moyen d'accéder au développement ? Les questions de développement
s'affranchissent donc du secteur économique.

j. Théorie de la satisfaction des besoins essentiels

On s'intéresse ici à assurer en priorité la satisfaction des besoins essentiels que sont : - la
santé - l'éducation - l'alimentation - l'assainissement - l'accès à l'eau
La pauvreté doit se mesurer en prenant en compte les calculs de parité de pouvoir d'achat.
Dans les années 1990 le PNUD crée l'IDH (Indice de Développement Humain). L'IDH est
un indicateur composite permettant d'avoir une mesure de la pauvreté en tenant compte des parités
de pouvoir d'achat et des inégalités.
La satisfaction de ces basic needs répond à deux objectifs des pays du Nord : - La sécurité par la
stabilisation des pays du Sud - La réduction de la pauvreté est rentable pour les pays du Nord
Dans les années 1970 commencent à naître les ONG. Ces organisations commencent à poser
des questions aux Etats : - le développement ne peut pas être réduit à des problèmes de macro-
économie - l'Etat ne peut pas être le seul acteur du développement - les population doivent être
associées au développement - l'industrie n'est pas la voie royale du développement.

k. Les ajustements structurels / ajustements par le commerce

La question de la pauvreté connaît une véritable éclipse dans les années 1980 avec un retour
en force du paradigme libéral jusqu'au début des années 1990.
Les années 1980 sont un tournant. À la suite des chocs pétroliers le monde entre en récession et tous
les prix des matières premières s'effondrent (hors pétrole).
Les pays du Sud très endettés n'ont plus les moyens de payer l'emprunt.
Sous l'autorité du FMI, les pays du Sud procèdent à des ajustements structurels. Il s'agit là d'assainir
les finances des Etats endettés pour les rendre solvables.
Un assainissement du train de vie des Etats était nécessaire, mais les politiques d'ajustement ont été
conduites au détriment de la population et de la lutte contre la pauvreté.
On assiste au retour en force des théories monétaires : - priorité donnée aux exportations -
marchandisation des produits non marchands.
Chap. 4. Les stratégies en matière de développement

4.1. En Asie de l’Est

C’est en Asie de l’Est que les efforts de développement réalisé au cours des décennies qui ont
suivi la Seconde Guerre mondiale ont connu leurs succès les plus remarquables. Le maintien d’une
croissance forte et régulière pendant quarante ans a permis de multiplier par huit et plus le revenu
par habitant. Ce succès, sans précédent historique ou géographique, a été le produit de plusieurs
ingrédients, notamment des facteurs suivants :

 La stabilité macroéconomique La plupart du temps, elle a permis d’éviter à la fois l’inflation


et des niveaux trop importants de chômage. Sans stabilité macroéconomique, le secteur privé ne
peut pas fonctionner correctement. Cette stratégie implique que les gouvernements fassent preuve
d’une responsabilité suffisante en matière budgétaire, en évitant notamment les déficits
considérables qui caractérisent beaucoup de pays en développement.
 Des taux d’épargne élevés Avec des taux de plus de 25 %, un pays peut investir de façon
massive.
 Des investissements élevés en éducation, notamment pour l’éducation des femmes. Cela
permet de disposer à terme d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, capable d’assimiler les
nouvelles technologies.
 Des investissements massifs en matière technologique. Ce qui fait la différence entre les
pays développés et des pays moins développés, ce n’est pas seulement le manque de capital mais
encore un « écart » dans les connaissances. Les pays de l’Asie de l’Est ont mis en place des
politiques dans le domaine de la technologie afin de le combler. Ils y sont parvenus de façon
remarquable. Pendant les années 1990, les étudiants de Singapour et de quelques autres pays de
l’Asie de l’Est ont d’ailleurs régulièrement obtenu de meilleurs résultats que les étudiants
américains en mathématiques et en sciences lors des tests standards. Certains pays comme
Singapour ont encouragé les entreprises étrangères à effectuer des investissements directs, ce qui
leur a permis d’accéder aux marchés étrangers et aux nouvelles technologies. D’autres pays comme
la Corée se sont surtout préoccupés d’obtenir des licences pour les nouvelles technologies venant de
pays plus avancés.
 La stabilité politique et sociale. Elle fournit un environnement propice à l’investissement.
Les politiques publiques ont eu pour objectif explicite de promouvoir ce type de stabilité. Par les
exemples, les États ont exercé des pressions sur les responsables économiques pour qu’ils limitent
les différences de salaire.
Les résultats obtenus en Asie de l’Est ont été si impressionnants que l’on s y réfère souvent
en parlant du miracle de l’Asie de l’Est. Certains pensent toutefois que cette croissance n’a rien de
miraculeux. De forts taux d’épargne, un investissement élevé, aussi bien en capital fixe qu’en
éducation, et un niveau de connaissance important font partie des recettes types.
A l’origine du succès des pays asiatiques, on trouve de bonnes politiques publiques, comme
celles qui ont permis de restaurer la stabilité macroéconomique, et des institutions fortes
(notamment des institutions financières permettant de bien allouer le capital disponible).
Trois caractéristiques de la stratégie de développement en Asie de l’Est méritent une
attention particulière : le rôle de l’État, les exportations et les politiques publiques égalitaristes.

 Le rôle de l’État

Ce qui caractérise le mieux le modèle de l’Asie de l’Est, c’est l’équilibre que


les pays de la région ont su préserver entre le rôle de l’État et celui du marché. Ils ont conduit des
politiques axées sur le marché et favorable au développement du secteur privé. Ils ont cherché à
augmenter le volume des échanges et à « orienter » le marché, non à le remplacer. Ils ont aussi pris
des mesures pour stimuler l’épargne en dissuadant les banques de consentir des prêts immobiliers et
des prêts à l’achat de biens de consommation durables. Cela a entrainé une hausse des taux
d’épargne privés et découragé la spéculation immobilière, qui est souvent un facteur de
déstabilisation de l’économie. Ils ont aussi cherché à investir dans des activités axées sur la
croissance, en particulier pour l’achat de nouveaux équipements. De plus, les gouvernements ont
créé des banques de développement, afin de promouvoir les investissements à long terme dans des
secteurs comme la construction navale, la sidérurgie et l’industrie chimique.

 La croissance tirée par les exportations

Une deuxième différenciation entre les pays d’Asie de l’Est et les PED tient à
la place accordée aux exportations. Lorsqu’une stratégie de croissance repose sur les exportations,
on dit qu’elle est tirée par les exportations, par opposition à la politique de substitution aux
importations. Les entreprises sont disposées à exporter de plusieurs manières, en disposant
notamment d’un meilleur accès au crédit, souvent à des taux subventionnés.
Dans la stratégie de croissance tirée par les exportations, les entreprises produisent en
fonction de leur avantage comparatif à long terme. Il ne s’agit pas de l’avantage comparatif actuel,
reposant sur les compétences et les ressources présentes, mais d’un avantage comparatif dynamique,
où l’amélioration des compétences et de la productivité résulte de l’expérience de la production (
avantage fondé sur les compétences acquises, la technologie et la reconnaissance de l’importance de
l’apprentissage du terrain).
Ceux qui sont favorables à une croissance tirée par les exportations
estiment également que les marchés d’exportation sont une source de concurrence qui stimule
fortement l’efficacité et la modernisation. Pour une entreprise, le seul moyen de sortir gagnante face
à la concurrence internationale est de répondre à la demande des consommateurs en mettant sur le
marché des produits de qualité au plus faible coût possible. Cette concurrence intense incite
certaines entreprises à se spécialiser dans des zones où les salaires sont bas et où les pays en
développement ont un avantage comparatif, notamment pour les produits demandant beaucoup de
main-d’œuvre.
Enfin, les stratégies de croissance tirée par les exportations ont facilité le transfert des hautes
technologies. Les producteurs exportant vers les pays développés n’entrent pas seulement en
contact avec des producteurs efficaces dans ces pays ; ils apprennent aussi à adapter leurs normes et
leurs techniques de production.

 Réduire les inégalités.

Un autre aspect propre aux stratégies de développement des pays de l’Asie de


l’Est a été l’accent mis sur l’égalité. Les exemples de politiques allant dans ce sens sont
relativement nombreux :
- le programme d’accès à la propriété immobilière de Singapour,
- l’éducation primaire et secondaire pour tous, y compris les femmes, dans la quasi-totalité
des pays,
- les programmes de redistribution des terres qui ont marqué le point de
départ de la croissance dans plusieurs pays, dont Taïwan et le Japon. Dans la plupart de ces pays, le
gouvernement a également cherché à réduire les inégalités salariales excessives et la consommation
ostentatoire des classes riches. Leur expérience a prouvé que l’on pouvait avoir des taux d’épargne
élevés sans devoir recourir à des gouvernements autoritaires de type soviétique ni souffrir
d’inégalités trop criantes. Les mesures destinées à renforcer l’égalité ont en fait favorisé la
croissance économique. Les réformes agraires ont permis d’accroitre la production agricole et
l’élévation du niveau d’éducation a augmenté directement la productivité et faciliter le transfert et
l’adoption de technologies plus avancées. Et l’accès plus large des femmes à l’éducation a aussi été
lié à une diminution des taux de croissance démographique.

4.2. Dans les autres pays

Les stratégies de développement appliquées en Asie de l’Est ont été très différentes de celles
suivies dans la plupart des autres pays. De nombreux économistes attribuent au moins en partie les
différences de performances à des différences de stratégies. Lorsque les pays en développement
sont devenus indépendants, beaucoup d’entre eux ont été influencés par les idées socialistes
attribuant un rôle central à l’État dans la planification du développement. Après avoir subi la
domination de gouvernements étrangers, ces pays craignaient qu’ouvrir leur économie aux
investissements extérieurs n’aboutisse à une nouvelle forme de domination, celles des grandes
entreprises multinationales. Certains pays, soucieux de réduire leur dépendance vis-à-vis des
importations, se sont alors orientés vers des politiques de substitution aux importations.
Cette politique a connu parfois une brève période de succès, au Brésil notamment, mais de
façon générale, elle a conduit à la stagnation ou à une croissance très lente. Avant même que la fin
de la guerre froide n’ait clairement montré le caractère erroné du système de planification socialiste,
les défauts de ce modèle s’étaient déjà manifestés dans les pays en développement. Le travail de
planification des gouvernements était de mauvaise qualité, y compris en matière de gestion et
d’allocation efficaces des ressources.
Le paysage économique était rempli « d’éléphants blancs », par exemple d’aciéries
gigantesques et inefficaces. Des barrières protectionnistes avaient été érigées, officiellement pour
soutenir les industries nationales mais top souvent aussi pour permettre aux amis du gouvernement
de bénéficier de profits élevés grâce à l’isolement de la concurrence extérieure que le la protection
leur procurait. Dans certains cas, les inefficacités ont été telles que la valeur des facteurs de
protection importés dépassait la valeur de ce qui était produit sur la base des prix internationaux.
La protection a été accordée sur la base des industries naissantes, selon lequel les nouvelles
industries devaient être protégées jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment solides pour faire face à
la concurrence. Mais, dans beaucoup de pays en développement, ces industries naissantes
semblaient ne jamais grandir : la protection était devenue permanente.
Au début des années 1980, une nouvelle stratégie est apparue. Reconnaissant les limites d’une
économie dominée par l’État, de nombreux pays sont passés d’un extrême à l’autre, accordant au
gouvernement un rôle minimal. Les États furent sommés de privatiser et de libéraliser, de vendre
leurs entreprises publiques et de supprimer toute intervention. Ces politiques, associées à une
politique de stabilité macroéconomique, ont souvent été désignées par le terme de consensus de
Washington, dans la mesure où elles avaient pour promoteur le Trésor américain et deux institutions
internationales situées à Washington, Le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque
Mondiale.
Dans bien des cas, ces politiques n’ont guère donné de meilleurs résultats que les anciennes
comme instruments de promotion d’une croissance durable. La réduction des barrières douanières a
fait perdre des emplois et les économies en développement n’ont pas été capables de faire naître les
nouvelles entreprises. Les travailleurs sont passés d’emplois à faible productivité à l’absence
d’emplois. De même, les politiques qui visaient à établir la stabilité macroéconomique se sont trop
souvent accompagnées de taux d’intérêt très élevés- si élevés qu’ils ont dissuadé tout investissement
susceptible de créer de nouveaux emplois.
Au milieu des années 1990, il est devenu de plus en plus évident qu’une de deux solutions
extrêmes, ni le consensus de Washington, ni la planification dominée par l’État, n’était d’une
grande utilité. Le succès des pays de l’Asie de l’Est, même en tenant compte de la baisse due à la
crise financière de 1997-1998, restait inexplicable face aux déboires des pays qui avaient choisi
l’une ou l’autre de ces mauvaises recettes extrêmes. Les pays de l’Asie de l’Est doivent leur succès
à la fois à leur croissance et à la façon dont ils sont parvenus à réduire la pauvreté.
Certes, les marchés étaient centre du développement mais l’État conservait un rôle vital
comme catalyseur du changement et comme instrument permettant (1) de mieux faire fonctionner le
marché, (2) de transformer l’économie et la société par l’éducation et le progrès technologique et
(3) de réguler l’économie afin qu’elle se comporte de manière plus satisfaisante.

Chap. 5. Développement et croissance économique dans le contexte de mondialisation

5. 1. La mondialisation

Au cours des soixante années qui ont suivi la seconde Guerre mondiale, on a redoublé d’efforts
pour abaisser les barrières commerciales. Mais, dans l’optique des pays en développement, le
programme de libéralisation des échanges a été surtout guidé par la volonté de satisfaire les intérêts
des pays industriels avancés, qui continuent à subventionner leur agriculture et à protéger leur
industrie textile. Pour les pays les plus moins industrialisés, cela a rarement facilité la vente des
produits pour lesquels ils avaient un avantage comparatif. Ces inquiétudes ne sont qu’un aspect
d’un mécontentement plus large envers la mondialisation et les institutions économiques
internationales censées contribuer à sa gestion.
Le terme de mondialisation (globalisation) est le nom attribué à l’intégration économique
croissante des pays du monde, notamment par le biais de l’accroissement des échanges
commerciaux et des mouvements de capitaux dû à la baisse des coûts de transport et de
communication. Il existe trois institutions économiques internationales importantes on servi d’appui
et d’accompagnement du processus de mondialisation : (1) l’Organisation mondiale du commerce
(OMC), lieu où se concluent les accords sur les échanges internationaux et où se résolvent les
conflits dans ce domaine, (2) le Fonds monétaire international (FMI), créé pour aider au maintien de
la stabilité financière mondiale ( en fournissant des fonds aux pays en période de crise) et qui a
étendu son activité à l’assistance aux économies en développement et en transition, et (3) la Banque
mondiale, dont le rôle est de promouvoir le développement l’élimination de la pauvreté dans les
pays pauvres ou à revenu intermédiaire.

5.2. Les échanges commerciaux

Les tremes des échanges internationaux font souvent des « gagnant » et des « perdants ». Mais
les échanges internationaux entre les USA et les PED sur base sur une politique « gagnants-
gagnants ». Les consommateurs américains sont gagnants car ils disposent d’un plus grand choix de
biens à des prix très faibles. Les PED sont gagnants parce qu’ils accès à un marché considérable
pour leurs produits. Ceci explique le système des USA de traitement préférentiel pour les pays
pauvres, appelé le système général de Préférence ( General System of Preferences- GSP) bien que
les USA n’adoptent pas souvent une attitude de pleine réciprocité dans des domaines comme
l’agriculture et le textile, secteurs particulièrement importants pour des pays en développement.
L’Union européenne n’a pas fait mieux que les Etats-Unis mais, grâce à une initiative forte, elle a
pu trouver un accord consistant à éliminer, pour les pays aux revenus les plus faibles, toutes les
barrières commerciales sur tous les biens excepté l’armement.

5.3. Externalisation et délocalisation

Une des causes de l’opposition à la mondialisation vient du fait de ce que des emplois nationaux
ont été délocalisés à l’étranger à la suite de ce que l’on appelle des externalisations.
L’externalisation est un processus par lequel des entreprises achètent des biens et services à d’autres
entreprises plutôt que de les produire elles-mêmes.
5.4. Les économies en transition

Au cours du XXè siècle, on assisté à deux grandes expériences économiques. La première a été le
passage du marché au communisme. Elle a commencé en Russie en 1917 et s’est avérée
complètement désastreuse. La seconde expérience a été le passage du communisme à une économie
du marché ; elle a débuté en Europe de l’Est aux alentours de l’année 1990 et en Chine à la fin de la
décennie 1990. Cette seconde grande expérience a aussi donné des résultats parfois décevants dans
une partie des pays concernés.

a. Le système économique communiste

Le communisme représentait une voie alternative au marché pour allouer les ressources. Bien
qu’il y ait eu des variantes dans le mode de fonctionnement du système d’un pays à l’autre, c’est en
Russie que s’est élaboré le système de base. Sous le communisme, l’Etat détenait les moyens de
production : les usines, la terre et la quasi-totalité de ce qui existait dans le pays à l’exception de ce
que pouvaient posséder en propre les individus. L’Etat a mis en place une vaste bureaucratie pour
déterminer ce qu’il fallait produire et comment. Cette bureaucratie décidait par exemple du nombre
d’automobiles à fabriquer, du nombre de celles qui auraient deux portes, quatre portes, etc.
L’Etat pouvait connaitre le montant d’acier nécessaire en calculant combien il en fallait pour
produire des automobiles, des tracteurs et tous les autres biens utilisant ce métal. Des calculs
complexes de ce type permettaient de déterminer les quantités à produire pour chaque bien ou
facteur de production. En travaillant par « induction à rebours », on en déduisait le nombre des
usines qu’il fallait construire dans le pays. Des quotas de production étaient assignés aux directeurs
des usines. Ces derniers devaient produire un nombre donné de tonnes d’acier, une quantité donnée
de clous, etc.
On attribuait aux dirigeants des entreprises les facteurs nécessaires pour produire ce qui était
fixé. Ce système s’appelait la planification centralisée.
Les planificateurs centraux décidaient aussi du niveau des salaires et des prix. Les consommateurs
étaient libres de choisir ce qu’ils achetaient mais un rationnement existait pour une multitude de
biens. On ne pouvait acheter que, par exemple, un nombre fixé de kilos de sucre par mois.
Malheureusement, tout n’allait pas comme le prévoyait le plan. Il avait souvent des pénuries,
notamment pour les biens de consommation. La population devait faire la queue pendant des heures
pour obtenir les biens alimentaires qu’elle souhaite. Les files d’attente faisant partie du quotidien.
Elles se mesuraient en mois pour les biens de consommation durables ou les automobiles. Les
usines devaient aussi faire face à des pénuries : elles étaient souvent dans l’incapacités d’obtenir les
facteurs de production dont elles avaient besoin. Les livraisons n’arrivent pas dans les délais et ce
que l’on recevait était souvent de mauvaise qualité. Les usines auxquelles on avait demandé de
produire les clous produisaient des clous mais elles se souciaient peu de savoir s’ils étaient trop
cassants ou trop mous pour ceux qui allaient les utiliser. Elles étaient incitées à remplir les quotas
numériques fixés par les planificateurs centraux mais elles n’avaient aucune incitation à produire ce
que voulaient les utilisateurs.
Des méthodes permettant de contourner le système avaient été mises au point. Si, pour remplir
les quotas, une entreprise avait besoin d’une quantité d’acier supplémentaire, elle recherchait une
entreprise qui avait reçu plus d’acier que nécessaire et procédait avec elle à un échange. Les
dirigeants d’entreprise échangeaient aussi entre eux des faveurs- en ayant recours à tout un système
de troc. De la sorte, un marché souterrain s’était développé.
La pénurie de biens de consommation était imputable en partie à l’accent mis sur le développement.
En 1917, au moment de la Révolution d’octobre, la Russie était un pays relativement arriéré. Dans
les années 1930, Staline a voulu lui faire un bon rapide. Pour lui, la clé du succès se trouvait dans
une industrialisation lourde, la construction d’aciéries par exemple. L’hostilité du reste du monde à
l’égard de la stratégie communiste a conduit l’Union soviétique à adopter une politique économique
autocentrée. Les pays communistes échangeaient essentiellement entre eux. Ils voulaient être
autosuffisants. Pendant un temps, ces stratégies ont bien fonctionné. L’Union soviétique a connu
une croissance rapide, au point que, après la Seconde Guerre mondiale, elle était devenue l’une des
deux superpuissances. Elle possédait des missiles et des armes nucléaires et elle a même lancé le
premier homme dans l’espace.
En 1956, Nikita Khrouchthev, le leader de l’Union soviétique à cette période, pouvait clamer
que son pays, grâce au communisme, allait enterrer l’occident et son capitalisme. Les manuels
d’économie occidentaux parlaient alors de la nécessité d’effectuer un arbitrage entre la croissance et
la liberté ; ils reconnaissaient que l’Union soviétique était peut-être capable de croitre rapidement,
mais ils se demandaient également si le prix payé, en termes de liberté sacrifiée, en valait la peine.
Cependant, les succès remportés par l’Union soviétique masquait surtout les problèmes grandissants
que rencontrait son économie : un secteur agricole en stagnation et un secteur industriel incapable
des innovations dans le monde occidental, le secteur militaire mis à part.
L’écart entre les niveaux de vie s’est alors accru. Michael Gorbatchev, devenu leader de l’Union
soviétique en 1985, a lancé un processus de réformes politiques et économiques appelé perestroïka.
Malgré cela, la suite des événements fut impossible à contrôler. En 1991, des manifestations
populaires firent échouer une tentative de coup d’Etat militaire, suivie peu de temps après
l’éclatement de l’ Union soviétique. Chacune des « républiques » membres de l’ancienne Union
soviétique. Chacune « républiques » membres de l’ancienne Union est devenue un État
indépendant.

b. La marche vers une économie de marché

La Russie et plusieurs des nouvelles républiques de l’ex-Union soviétique sont passées


rapidement à une économie de marché, pensant résoudre de la sorte leurs malheurs économiques.
Les marchés et le système des prix étaient censés remplacer des planificateurs centraux inefficaces.
La propriété privée devait fournir les incitations nécessaires. La liberté des échanges devaient
stimuler la concurrence, faire apparaitre une offre de facteurs de production aux entreprises russes,
donner naissance à une offre de biens de consommation aux consommateurs russes, qui en avaient
été privés pendant si longtemps, et apporter un marché clé en main pour tout ce que la Russie
produisait.
Cette stratégie avait pour pierre angulaire la privatisation et la libéralisation – qui étaient
censées éliminer toutes les contraintes qui entravaient le système soviétique. De la sorte, le
remplacement de l’ancien système inefficace ne pouvait qu’accroitre les niveaux de vie. Mais au
cours des dix ans qui ont suivi, dans la plupart des pays concernés, la croissance depuis le début de
la transition a été inférieure à celle réalisée pendant les dix années qui avaient précédé. La situation
de l’ancienne superpuissance s’est détériorée de telle manière que la durée de vie a diminué et les
taux de divorce se sont accrus. Tandis que 2% de la population était considérée comme en situation
de pauvreté au début de la transition, ce même chiffre approchait 40% dix années plus tard. Il y a
des exceptions à ce sombre tableau : la Pologne, dont le PIB est supérieur aujourd’hui de 50% à ce
qu’il était dix ans auparavant et la chine, autre pays en transition d’un système de planification
centralisée à une économie de marché. Ce dernier pays a vu son revenu quadrupler au cours des
vingt dernières années.
Comment expliquer ces succès et ces échecs du processus de transition ? Il est certains qu’au
début de la transition l’environnement n’était pas le même dans chaque pays. Cela a eu pour effet de
donner des avantages à certains et des handicaps à d’autres. La Pologne et d’autres pays de l’Europe
de l’Est avaient un niveau de vie plus élevé que la Russie avant le passage au communisme. La
chine avait en revanche un revenu bien plus faible que celui des pays de l’Europe de l’Est. Ces
derniers pouvaient accéder plus facilement aux marchés occidentaux et l’espoir d’entrer dans
l’Union européenne les a aidés à accélérer les réformes nécessaires pour y être admis.
c. Gradualisme ou thérapie de choc

Au début de la transition, beaucoup de pays ont dû faire face à une inflation extrêmement
élevée. Pendant la période communiste, les prix étaient fixés à des niveaux trop faibles et les biens
étaient rationnés ( mesurés, calculés). Dès la suppression des restrictions, les prix sont montés en
flèche. Contrôler l’inflation a été le prix défi que les pays anciennement communistes ont dû
relever. Beaucoup ont adopté une politique à laquelle on a donné le nom de thérapie de choc- avec
de très fortes réductions des dépenses publiques et une politique monétaire très rigoureuse. Cette
politique a provoqué des récessions profondes mais elle est parvenu à garder l’inflation sous
contrôle.
Deux écoles de pensée se sont alors opposées.
La première préconisait de privatiser et de libéraliser. Avec la privatisation, les nouveaux
propriétaires des actifs seraient incités à les gérer de façon efficace. La libéralisation des échanges,
en permettant d’acquérir des produits compétitifs disponibles à l’étranger, devait encourager
l’efficacité.
La seconde école de pensée proposait un changement plus graduel. Les partisans du gradualisme
faisaient remarquer qu’on devait d’abord mettre en place les infrastructures institutionnelles
nécessaires au bon fonctionnement d’une économie de marché car sans elles, les économies de
marché ne peuvent pas fonctionner. Les partisans du gradualisme disaient également que des
changements étaient nécessaires non seulement dans l’économie mais dans l’ensemble de la société.
Ces changements ne devaient pas être imposés dans haut surtout dans une démocratie. Faire
des réformes démocratiques durables ( soutenables), demandaient du temps, afin de changer les
mentalités de la population qui avait été endoctrinée tout au long de son existence par des propos
officiels sur les méfaits du capitalisme et de mettre en place les structures légales sur lesquelles il
était possible de s’appuyer pour que les marchés fonctionnent de façon satisfaisante. La thèse de la
thérapie de choc l’a finalement emporté dans les cercles politiques, spécialement en Occident. Le
Trésor américain et le FMI ont fait pression en faveur d’une privatisation et d’une libéralisation
rapides. Ces organismes se sont prononcés non seulement pour l’élimination des barrières
douanières mais également pour l’ouverture des marchés des capitaux.

d. Comparaison entre les stratégies de transitions.

Les principales différences entre les stratégies de transition retenues par la Russie et par la
Chine sont les suivantes :
 La Chine a davantage mis l’accent sur la création d’emplois et d’entreprises que
sur la restructuration des entreprises existantes. En Chine, les pouvoirs locaux- dans les communes
et les villages- ont mis en commun leur épargne pour créer des millions d’entreprises. Ces nouvelles
formes d’institutions n’étaient pas réellement privées mais elles étaient très différentes des
entreprises publiques de l’ancien régime communiste gérées directement par l’État.

 La Chine a donné la priorité à la concurrence qu’à la privatisation.


En un sens, les nouvelles entreprises appartenant aux villes et aux villages constituaient une
certaine forme de propriété publique, à cette différence près qu’il existait une concurrence entre les
entreprises des différents pouvoirs locaux, concurrence dont les effets ont été favorables à
l’efficacité. Le contrôle local et la concurrence ont aidé à résoudre le problème de la gouvernance.
Dans le cas des anciennes entreprises d’État, ce problème venait de leur faible transparence vis-à-
vis de l’extérieur. Les bureaucrates de Moscou ou de Pékin étaient simplement incapables de
surveiller les activités économiques dans les provinces les plus lointaines. En sens inverse, les
personnes habitant dans les communes et les villages pouvaient voir ce qui se passait, si des emplois
avaient été créés, si les salaires étaient en hausse et comment leurs entreprises se comportaient par
rapport à leurs concurrents des collectivités voisines. Cette transparence a exercé une pression
énorme sur les dirigeants concernés.
 L’approche gradualiste s’appuyait sur des institutions existantes, les
pouvoirs locaux ( des communes et des villages) qui étaient responsables auparavant de
l’agriculture. Cependant, au tout début des reformes, la Chine a introduit ce que l’on a appelé le
système de responsabilité individuelle : la terre était transférée aux agriculteurs et ces derniers
recevaient le bénéfice de leur propre travail. Il s’agissait ici d’une application standard de la théorie
des incitations. L’intérêt des communes s’est alors déplacé de l’agriculture vers l’industrie. Installer
les nouvelles entreprises dans les communes et les villages a occasionné beaucoup moins de rupture
dans le tissu social que si l’industrialisation avait été concentrée dans les grandes zones urbaines.
 La privatisation des principales sources de revenu de la Russie à des
prix totalement sacrifiés n’a pas seulement peser un soupçon d’injustice sur l’ensemble du
processus de transition. Elle a aussi fait apparaitre une situation de pénurie permanente de recettes
pour l’État, dans la mesure où un système efficace de collecte des impôts n’avait pas encore était
mis en place.

5. 5. Les perspectives en matière de développement

Dans l’ensemble, la distance entre ceux qui ont ( the haves) et ceux qui n’ont pas
( the have-nots) ne s’est pas réduite au cours du siècle dernier. Il y a eu des succès – des cas où
l’écart s’est réduit – et des échecs – des cas où il s’est amplifié. Il semble que les choix de politique
économique aient fait la différence. Certains pays ont adopté des politiques favorables à une
croissance forte et à une réduction de la pauvreté. D’autres ont retenu des politiques qui ont procuré
une certaine croissance mais qui n’ont eu qu’un faible impact sur pauvreté ( et qui l’ont parfois
accrue). D’autres encore semblent avoir stagné, sinon régressé. La Chine et l’Inde devraient tirer
parti de la nouvelle économie fondée sur l’Internet et les technologies de l’information et réduire
encore l’écart qui les sépare des pays les plus industrialisés. En revanche, les pays africains sont
loin d’avoir acquis le potentiel nécessaire pour être en mesure de faire de même. D’autant que les
niveaux de vie actuels en Afrique, qui sont déjà peu élevés, sont menacés par l’épidémie de sida et
par des guerres civiles répétitives. Dans ces conditions, il est difficile d’attirer des capitaux
étrangers, ou même des capitaux nationaux. L’écart du continent africain avec le reste du monde
risque donc de s’accroître encore.