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Cours à apprendre pour l’oral blanc

Les Fleurs du Mal (éditions de 1857 et 1861, 132 poèmes ; édition posthume de 1868) de Charles
Baudelaire (1821-1867)
En poésie, la fleur symbolise l’éclat pur et innocent et évoque souvent la femme jeune et désirée. Le
mal suggère le hideux, le sombre, l’informe ; le rapprochement de ces deux termes indique qu’il existe
une beauté liée au mal.
Baudelaire a mis dix ans pour établir tous les poèmes de l’édition de 1857 (au printemps) qui en
contient cent. Son recueil Les Fleurs du Mal lui vaut un procès en 1857 (la même année, a lieu le
procès du roman de Gustave Flaubert Madame Bovary). Le procureur Ernest Pinard prononce contre
Baudelaire et Flaubert un réquisitoire les accusant d’ « offense à la morale publique et aux bonnes
mœurs » ; il reproche à Baudelaire de peindre la nature humaine « dans ses replis les plus intimes ; il
aura, pour la rendre, des tons vigoureux et saisissants, il l’exagérera surtout dans ses côtés hideux » ; il
la grossira outre mesure, afin de créer l’impression, la sensation ». Pour lui, Baudelaire fait preuve
d’exagération dans la peinture des vices des hommes afin de susciter des émotions violentes.
Baudelaire est condamné à une amende et six poèmes sont censurés en août : « Les Bijoux », « Le
Léthé », « A celle qui est trop gaie », « Lesbos », « Femmes damnées » et « Les Métamorphoses du
vampire ». Les thèmes abordés sont le corps, le désir humain, les amours féminines et le sadisme.

L’homme est attiré par l’Idéal mais il cède au Mal ; le poète en extrait alors la beauté. La poésie de
Baudelaire est surprenante car moderne. Le poète veut se détacher du romantisme et du Parnasse. Il
refuse donc une poésie engagée avec la mission du poète (poésie romantique avec la fonction du
poète mage guidant le peuple chère à Victor Hugo) et ne se veut pas non plus un orfèvre ciselant des
rimes froides, uniquement écrites pour leur beauté (poésie parnassienne). Chaque poème est une
« fleur » , celle d’un univers déchiré entre fascination pour le mal et rêve d’idéal. Baudelaire
peut « tout peindre, tout mettre à nu » : même des sujets infâmes, « hideux » peuvent devenir un
modèle de beauté, sombre et torturée. [Même si Baudelaire ne se revendique d’aucune école littéraire et
veille à se démarquer des Romantiques et des Parnassiens, il leur est redevable et nombre de ses poèmes
rappellent les oppositions entre ombre et lumière chères aux Romantiques ou la définition de la beauté comme
l’envisageaient les Parnassiens.]

« Au lecteur » de Charles Baudelaire, poème liminaire

Cette première pièce poétique est une annonce des thèmes développés par Baudelaire dans ses
poèmes.
Le poème se veut provocateur en raison de son adresse au lecteur : « Hypocrite lecteur, -mon
semblable-, mon frère », du choix du vocabulaire et de son lyrisme. Baudelaire prévient son lecteur au
vers 14 : « Aux objets répugnants nous trouvons des appas » ; effectivement le recueil contient des
poèmes qui ont pour thème des réalités surprenantes comme une charogne. Le poète indique qu’il
cherche à échapper à l’ « Ennui » (vers 37), au spleen.
Dès la première strophe, le poète propose un portrait peu valorisant de son lecteur qui est désigné par
la 1ère personne du pluriel : « nos esprits », « nos corps », « nous alimentons nos aimables remords ».
Baudelaire l’oblige à se reconnaître dans ce lecteur de papier qui a fait l’expérience du
désenchantement (le lecteur s’ennuie même après avoir épuisé toutes les possibilités de divertissement
du monde évoquées dans les strophes suivantes). Le tutoiement à la fin du poème : « Tu le connais,
lecteur, ce monstre délicat » crée une proximité entre le lecteur et le poète qui ne lui laisse donc
aucune chance d’échapper à l’emprise de ce recueil de poèmes.

Quelques thèmes du recueil Les Fleurs du Mal


le spleen, le temps qui passe, la mort, le rêve, l’ailleurs, la femme, l’amour, le parfum, les
correspondances, le vin, l’art, la comparaison, la métaphore, l’allégorie (l’allégorie de la beauté : la
femme).
Le poète se met en scène comme une victime du mal, le spleen, qui le fait souffrir moralement et
physiquement ; mais, il se sait également coupable du mal (il succombe à la séduction des plaisirs
charnels et à différentes formes de cruauté).
Baudelaire donne de lui l’image d’un poète maudit dans « Bénédiction « , « Le Guignon »,
« L’Albatros ». Il est incompris et en souffre, mais il accepte cette douleur qui lui donne accès au
monde de la Beauté, reflet de la perfection divine. Cette douleur lui permet d’entrer dans le monde des
correspondances. Le poète est plus conscient que les autres hommes de la présence du Mal en
l’homme, qui prend son origine dans le péché originel, dans la Genèse.

Trois femmes ont inspiré Baudelaire pour l’écriture de ses poèmes : Jeanne Duval, femme sensuelle
aux cheveux noirs et aux grands yeux sombres, Marie Daubrun, une actrice rencontrée en 1847 qui
représente la femme-enfant, la tendresse (« L’invitation au voyage », « A une madone »…) et Madame
Sabatier, très intelligente et raffinée à la différence de Jeanne Duval. Elle représente la femme adorée
et inaccessible. Il rompt avec elle, le jour où elle s’offre à lui : « Tu étais une divinité (…) Te voilà
femme maintenant » (« Harmonie du soir », « Semper eadem »…).

La structure du recueil
Six sections comme six étapes d’un voyage au cœur de la misère humaine. La section « Spleen et
Idéal » évoque l’homme déchiré entre l’aspiration vers l’élévation et l’attirance pour la chute. Ce
déchirement est à l’origine du spleen. Dans « Tableaux parisiens », le poète voit dans la ville diverses
figures de sa propre détresse. « Le Vin » puis l’amour charnel des « Fleurs du mal » sont des tentatives
pour échapper à cet univers. Dans « Révolte », le poète se tourne vers Satan. Finalement, « La Mort »
est pour lui le dernier refuge. Elle seule peut offrir la promesse d’un ailleurs.