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Methodos

Savoirs et textes 
19 | 2019
Dire et vouloir dire dans les arts du langage anciens et
tardo-antiques

La conférence de Genève de Carlo Ginzburg :


« Ethnophilologie : deux études de cas » : note
analytique
Carlo Ginzburg's conference in Geneva: 'Ethnophilology two case studies', an
analytical comment

Martin Rueff

Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/methodos/5778
DOI : 10.4000/methodos.5778
ISSN : 1769-7379

Éditeur
Savoirs textes langage - UMR 8163

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Référence électronique
Martin Rueff, « La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études de cas » :
note analytique », Methodos [En ligne], 19 | 2019, mis en ligne le 11 mars 2019, consulté le 19 mars
2020. URL : http://journals.openedition.org/methodos/5778  ; DOI : https://doi.org/10.4000/
methodos.5778

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La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 1

La conférence de Genève de Carlo


Ginzburg : « Ethnophilologie : deux
études de cas » : note analytique
Carlo Ginzburg's conference in Geneva: 'Ethnophilology two case studies', an
analytical comment

Martin Rueff

NOTE DE L'AUTEUR
La conférence de Carlo Ginzburg « Ethnophilologie : deux études de cas » qui sert de
référence aux analyses d’Irène Rosier et de Denis Thouard a été publiée dans la revue
Socio-anthropologie, n° 36, 2017, p. 155-177. Pour permettre aux lectrices et aux lecteurs de
Methodos de s’orienter dans la pensée et dans les débats, nous proposons ici une
description analytique de cet essai. On trouve au § 3 un résumé de cette conférence.
Toutes les notes sont de Martin Rueff
« Il est peu d’occupations aussi intéressantes, aussi
attachantes, aussi pleines de surprises et de
révélations pour un critique, pour un rêveur dont
l’esprit est tourné à la généralisation, aussi bien
qu’à l’étude des détails, et, pour mieux dire encore,
à l’idée d’ordre et de hiérarchie universelle, que la
comparaison des nations et de leurs produits
respectifs ».
Charles Baudelaire, « Exposition universelle de
1855 », Œuvres complètes, Paris, Gallimard,
« Bibliothèque de la Pléiade », 1976 p. 953.

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La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 2

1. Introduction : Carlo Ginzburg et la philosophie


1 Le jeudi 15 septembre 2016, Carlo Ginzburg était invité par le Groupe Genevois de
Philosophie à tenir une conférence dans le cadre du congrès international de la Société
Suisse de Philosophie qui s’était donné comme objet « La philosophie et son histoire : un
débat actuel ». Cette conférence qui eut lieu dans l’auditorium du Musée d’Ethnographie
de Genève avait pour titre « Ethnophilologie : deux études de cas ». Elle fut suivie par les
interventions d’Irène Rosier, de Denis Thouard et de Martin Rueff.
2 La conférence de Carlo Ginzburg n’offrait pas une confrontation directe entre le métier de
l’historien et la pratique du philosophe. L’historien a dit maintes fois sa réticence à
l’égard des abstractions de la philosophie de l’histoire qui tend les filets trop hauts, mais
aussi ses réserves quant à l’efficacité des guerres de tranchées menées front contre front.
Il préfère une démarche plus sinueuse faite d’escarmouches et d’actes isolés qui sont
souvent des coups d’éclat. Il avance, comme le recommandait Thomas Browne, en
quinconce1. Il a fait sienne aussi cette pensée de Montesquieu :
« pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires, assez pour n’être pas
ennuyeux ; pas trop, de peur de n’être pas bien entendu. Ce sont ces suppressions
heureuses qui ont fait dire à M. Nicole que tous les bons livres étaient doubles » 2.
3 Sa conception des rapports entre l’histoire et la philosophie est celle d’un conflit fait de
défis, d’emprunts réciproques, d’hybrides – on en prendra pour preuve ses contributions
à l’intelligence de questions platoniciennes ou aristotéliciennes3. Mais une chose est sûre.
Si cet historien passionne les philosophes d’aujourd’hui, épistémologues ou herméneutes,
ce n’est pas seulement en vertu d’enquêtes novatrices et stimulantes, ni même seulement
par ses inventions épistémologiques décisives – on pense par exemple au paradigme
indiciaire4, mais parce qu’il partage avec eux, ce qui ne veut pas dire tout à fait comme
eux, la passion de la vérité et l’exigence de la preuve.
4 Au moment d’achever sa préface de Le fil et les traces, Ginzburg écrivait ainsi :
« Les historiens écrit Aristote (Poétique, 51 b) parlent de ce qui a été (du vrai), les
poètes de ce qui aurait pu être (le possible). Mais naturellement, le vrai n’est pas un
point de départ, c’est la ligne d’arrivée. Les historiens (et, de manière différente, les
poètes), ont pour métier ce qui fait partie de la vie de tout un chacun : démêler cet
entrelacement du vrai, du faux et du fictif qui forme la trame de notre présence au
monde »5.

2. L’ethnophilologue et les études de cas


5 Peut-être alors faut-il apporter deux précisions sur le titre (« Ethnophilologie ») et le
sous-titre (« Deux études de cas ») de la conférence avant de résumer sa construction en
laissant la parole le plus possible à Carlo Ginzburg (3) et d’indiquer sa portée (4). Il s’agira
moins de définir le champ très étendu de l’ethnophilologie que de comprendre pourquoi
et comment Carlo Ginzburg s’en réclame.
6 2.1. On pourrait soutenir avec une pointe de paradoxe que l’ethnophilologie reconduit les
exigences de la philologie là où il semble qu’elles ne peuvent s’appliquer :
l’ethnolinguistique. Cette discipline, quel que soit le nom qu’elle ait pu prendre, est
ancienne – elle a connu depuis les avancées de Sapir et de Whorf des développements
savants6. L’ethnolinguistique est l’étude d’un champ délimité par l’intersection de la langue

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de la pensée et de la culture, c’est-à-dire de leur influence réciproque, de leurs


chevauchements – on peut sans doute la concevoir comme une branche de l’ethnologie
plutôt que comme un développement de la linguistique7. À chaque fois qu’un ethnologue
se demande comment un groupement humain définit verbalement ses catégories,
comment il les communique et les transmet, il est le monsieur Jourdain de
l’ethnolinguistique. Plus récemment l’ethnopragmatique s’est donné pour objet la manière
dont le langage induit dans ces groupes des types particuliers de socialité 8. Elle peut être
influencée par la phénoménologie dès lors qu’elle veut penser ensemble « être-au-
monde » et compréhension »9. L’ethnophilologie se distingue de ses grandes sœurs (il
s’agit peut-être de cousines ou de pièces rapportées comme on le dit dans les familles
élargies) parce qu’elle part de documents qu’elle étudie de près (close-reading) pour
essayer de comprendre les rapports de force dont ils portent, souvent à leur insu, la trace.
7 C’est sans doute par ce point et en suivant un parcours autonome qu’une partie
importante de l’œuvre de Carlo Ginzburg relève de l’ethnophilologie. On pourrait gloser
ce parcours d’une formule : « la part des voix ».
8 Le Fromage et les vers. L’univers d’un meunier du XVIe siècle 10 est considéré aujourd’hui
comme un des chefs d’œuvre des sciences humaines du XXe siècle. Ce livre peut être
brandi comme étendard de la microhistoire puisque Ginzburg part d’un cas précis, celui
du meunier Menocchio pour poser des problèmes que les historiens posaient à plus large
échelle : qu’il s’agisse d’étudier des mentalités collectives ou de penser la culture
populaire dans la longue durée. Mais on n’oubliera pas que ce livre n’innove pas
seulement en proposant un changement d’échelle, mais en relevant un défi. Le livre
s’ouvre en effet sur l’énoncé d’un obstacle : l’historien qui veut restituer la culture des
classes « populaires », doit affronter une difficulté majeure : ces cultures orales, ne
laissent bien souvent de traces écrites que déformées, rapportées par les voix qui les
combattent (p. 7-9). Soient les procès de l’Inquisition (Carlo Ginzburg est revenu à
maintes reprises sur la découverte émouvante de ces archives). Non seulement ces procès
sont retranscrits par les inquisiteurs, mais la voix des accusés nous revient deux fois
filtrée : leur énonciation relève du style indirect libre ou de la citation, leur énoncé est
formaté par la menace de la sanction, ou plus simplement par les questions, les
interruptions et les interprétations des inquisiteurs. La parole de Menocchio est donc
contrainte. Mais quelle est la mesure de cette contrainte ? Et peut-on entendre la voix de
Menocchio à travers celle des inquisiteurs qui la déforme ?
9 C’est à la philologie qu’il est demandé de faire la part des voix, dût-elle apprendre, avec
Leo Strauss, à lire entre les lignes. Car il est vrai que certaines paroles de Menocchio
doivent être lues comme des ruses (quand Menocchio, sur les conseils d’un ami, d’un
parent, ou menacé du châtiment de mort, simule son obédience à l’Église), la plupart
d’entre elles sont à prendre à la lettre. C’est la surprise même des inquisiteurs qui est
l’indice que Menocchio parle sa langue. Il faut en effet compter avec l’intérêt teinté de
stupeur et parfois d’horreur des inquisiteurs qui, par moments, cessent de chercher à le
faire avouer des crimes et tentent au contraire de comprendre l’étrange cosmogonie du
meunier : celle du fromage et des vers. Au commencement,
« tout était chaos, c’est-à-dire terre, air, eau et feu tout ensemble… ce volume peu à
peu fit une masse, comme se fait le fromage dans le lait, et les vers y apparurent et
ce furent les anges… au nombre de ces anges, il y avait aussi Dieu, créé lui aussi de
cette masse en ce même temps » (p. 38).

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10 Que voulait dire Menocchio et d’où lui venaient de telles idées ? C’est donc pour répondre
à ces deux questions que Carlo Ginzburg nous invite à plonger dans la vie du meunier. On
comprend alors pourquoi la philologie permet de lever l’obstacle épistémologique de
notre accès aux cultures populaires : quand nous serions tentés de comprendre les propos
de Menocchio à partir de nos propres catégories d’entendement, l’historien philologue
nous amène à les comprendre autrement ; quand, à l’inverse, les propos de Menocchio
nous échappent, il nous en propose une traduction.
11 Cette méthode avait été élaborée dès le premier livre de Carlo Ginzburg, I Benandanti
(1966) qui fut traduit en français sous le titre Les batailles nocturnes 11. Le livre explorait sur
la base d’une série de procès de l’Inquisition un phénomène jusqu’alors inconnu dans la
région du Frioul. Des hommes et des femmes, pour la plupart issus d’un milieu paysan se
dénommaient eux-mêmes les benandanti (à savoir les gens du bien) et soutenaient devant
les inquisiteurs qu’étant nés coiffés (à savoir la tête enveloppée dans le sac du liquide
amniotique), ils étaient contraints d’abandonner leur corps en esprit quelques fois par an,
parfois transformés en animaux, pour aller combattre contre des sorcières et des sorciers
et assurer la fertilité des moissons. Alors que les benandanti clamaient haut et fort qu’ils
étaient des anti-sorciers, les inquisiteurs les considéraient comme de véritables sorciers
qui participaient à des cultes diaboliques. Les inquisiteurs recouraient à toutes sortes de
stratégies (de la question orientée à la torture parfois), et essayaient de convaincre les
benandanti d’avouer ce qu’ils voulaient leur faire dire, mais ils n’ont pas réussi à effacer
ces voix « qui se sont tues ».
12 On comprend mieux peut-être en quoi l’œuvre de Carlo Ginzburg relève de
l’ethnophilologie. Il n’est pas difficile de mesurer en quoi elle intéresse le philosophe –
qu’il s’agisse de réfléchir au partage des voix dans le dialogue platonicien, ou de manière
moins historique, à la question de l’usage chez Wittgenstein ou à l’indétermination de la
traduction chez Quine12.
13 L’historien a dit ce qu’il devait à la tradition philologique et aux maîtres de la philologie
du XXe siècle 13 : Gianfranco Pasquali, Gianfranco Contini, Sebastiano Timpanaro, mais
aussi Erich Auerbach et Leo Spitzer14. Si la philologie est la discipline savante qui veut
établir la lettre véritable des textes savants, l’ethnophilologie de Carlo Ginzburg est
l’entreprise qui consiste à employer la rigueur des méthodes philologiques pour faire
entendre à travers la lettre des textes la vérité des voix soumises15. Cette question revient
dans un texte merveilleux de Rapports de force qui porte sur un matériau plus directement
ethnographique : « Dans les voix de l’autre ». C. Ginzburg y étudie une révolte indigène
dans les îles Mariannes, telle que la rapporte le père jésuite Le Gobien dans L’histoire des
îles Mariannes, nouvellement converties à la religion chrétienne, de la mort glorieuse des premiers
missionnaires qui y ont prêché la foi. C’est pour lui l’occasion de réfléchir sur la manière dont
la voix de l’indigène est rapportée dans le texte du père jésuite, mais aussi celle de se
demander quel rôle attribuer au discours rapporté dans l’écriture de l’histoire. Il rappelle
la polémique qui court dans les écrits de Mascardi puis dans ceux du père Rapin. La
question de la citation est d’importance (p. 75). En analysant la question
historiographique du report des voix, et par un crochet par Mably, Ginzburg rencontre
Bakhtine et la définition du roman polyphonique.
14 2.2. Quant à la casuistique historique de Carlo Ginzburg, elle marque la microhistoire dans
sa dimension polémique – l’étude de cas s’oppose à l’histoire quantitative et statistique ;
elle est un défi à l’histoire de la longue durée à la Braudel. Le choix du cas pose toute une

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série de problèmes épistémologiques : sa représentativité (Carlo Ginzburg a coutume de


dire qu’un cas implique un série, une comparaison, une généralisation implicite – même
s’il s’agit d’une anomalie, d’un cas qui ne rentre pas dans la norme), le défi qu’il lance aux
opérations de généralisation.
15 Récemment, Carlo Ginzburg a fait l’histoire des cas en reliant son intérêt pour les cas à
l’histoire de la casuistique16.
16 Il est notable qu’au moment où les études littéraires se penchent à nouveaux frais sur les
destins de l’exemplarité (dans une perspective il est vrai plus ouvertement historique que
proprement poétique)17, la philosophie renoue avec la problématique du paradigme et
l’histoire se penche sur la représentativité des cas. Si l’une et l’autre reviennent sur la
signification de ces instances de singularité, c’est parce qu’elles veulent s’assurer que leur
langage ne laisse pas échapper la qualité, la différence de l’individu. 18 Exemplarité des
phénoménologues19, revendications d’approches paradigmatiques20, mais aussi
méditations ontologiques sur l’exception21 : il ne serait pas difficile de montrer que le
paradigme, au croisement de l’empirique et du transcendantal, pose à la philosophie la
question des conditions de possibilité de ses descriptions – de ce qu’elle décrit et de
comment elle le décrit, c’est-à-dire aussi des modalités (contingentes ou nécessaires) de
ses descriptions22. Un pont théorique n’est peut-être pas impossible : si l’exemplarité des
littéraires est le lieu où une instance singulière représente une généralité, le paradigme
des philosophes est ce lieu théorique où l’empirique présente le transcendantal, où
l’analogie qui procède de singularité en singularité déplace l’opposition de l’induction et
de la déduction, comme celle de la généralité et de la singularité, de l’origine et du destin,
de la diachronie et de la synchronie23. Le paradigme du philosophe et le cas de l’historien
entretiennent des relations étroites : l’un comme l’autre sont plus proches de l’exception
qu’il n’y paraît. L’un comme l’autre posent le problème de la représentativité de l’enquête
et se situent au croisement d’enjeux théoriques et d’enjeux poétiques24.
17 Carlo Ginzburg n’a de cesse de renvoyer aux Formes simples d’André Jolles. 25. Or, selon
Jolles, un cas n’est ni une illustration d’une norme pratique, ni un exemple se référant à
un concept général. C’est un récit, la plupart du temps bref et d’une très grande densité,
qui souligne les contradictions internes d’une norme ou les contradictions entre deux
systèmes normatifs.
« La forme du cas a ceci de particulier [conclut Jolles] qu’elle pose une question sans
pouvoir donner la réponse, qu’elle nous impose l’obligation de décider mais sans
contenir la décision elle-même – elle est le lieu où s’effectue la pesée mais non pas
son résultat »26.
18 On comprend mieux peut-être comment le souci du singulier a pu attirer à la fois
l’attention des études littéraires sur l’exemplarité, celle des philosophes sur le paradigme
et celle des historiens sur les cas. C’était une manière, sans doute, d’échapper à une
version de la théorie dont il leur aura semblé qu’elle ne leur permettait pas de
redescendre des abstractions vers l’individualité sensible. Deleuze avait bien perçu ces
convergences. En répondant en 1988 à une question sur le sujet, il remarquait :
« ce qui compte, ce n’est plus le vrai ni le faux, mais le singulier et le régulier, le
remarquable et l’ordinaire. C’est la fonction de la singularité qui remplace celle
d’universalité (dans un nouveau champ qui n’a plus d’usage pour l’universel). On le
voit même en droit : la notion juridique de ‘cas’, ou de ‘jurisprudence’ destitue
l’universel au profit des émissions de singularités et des fonctions de prolongement.
Une conception du droit fondée sur la jurisprudence se passe de tout ‘sujet’ de

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La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 6

droits. Inversement une philosophie sans sujet présente du droit une conception
fondée sur la jurisprudence »27.

3. La conférence de Genève : « Ethnophilologie : deux


études de cas »
19 C’est dans ce contexte théorique que s’inscrivait la conférence prononcée à Genève le 15
septembre 2016 : « Ethnophilologie : deux études de cas ».
20 Prenant son point de départ dans une réflexion sur le Dictionnaire des Intraduisibles dont
il se demande s’il ne pêche pas par un relativisme excessif quand il rend indécidable la
question de savoir s’il est ou non des mauvaises traductions, Carlo Ginzburg se propose de
comparer deux cas de mauvaises traductions et leurs effets politiques : un cas de
translittération, étape souvent préalable à la traduction28, un cas d’homophonie. C’est que
dans le cas de l’homophonie en effet (c’est-à-dire de mots qui ont presque le même son et
un sens différent), la translittération peut parfois se révéler trompeuse29. L’étude de ces
deux cas se propose donc de prouver que ce que nous considérons comme une
homophonie peut parfois résulter d’une mauvaise translittération et que cette mauvaise
translittération peut « avoir des implications sémantiques aussi bien qu’idéologiques ».
L’ethnophilologue étudie deux cas qui impliquent une approche comparative des
phénomènes linguistiques et culturels. À ce titre la comparaison entre les deux cas
prépare « la voie à une comparaison au second degré ».

3.1. Garcilaso de la Vega : El Inca ?

21 Gómez Suárez de Figueroa (1539-1616 qui devait se faire connaître sous le nom de plume
Garcilaso de la Vega, « el Inca », est le fils d’un conquistador Espagnol et d’une princesse
Inca. Après une carrière militaire ratée il se consacre aux lettres, apprend le latin et
l’italien, mais reste attaché à ses multiples origines ethniques et linguistiques. Dans les
premières pages de ses écrits, il se présente fièrement comme « Inga », « el Inca » c’est-à-
dire comme un membre de la famille royale Inca. Ses Comentarios reales de los Incas, dont la
première partie est publiée à Lisbonne en 1609 (la seconde partie paraîtra à titre
posthume en 1617) sont considérés comme la plus ambitieuse de ses œuvres historiques.
Garcilaso note que les Espagnols ont fait du terme huaca, qu’ils traduisent par idole, un
signe de la grande diffusion de l’idolâtrie chez les populations indigènes des Andes. Or
Garcilaso souligne que la signification d’idolâtrie n’est qu’une seule des nombreuses
significations que peut prendre le terme huaca. Huaca renvoie en effet à toute sorte
d’anomalie, mais aussi aux phénomènes naturels grandioses tels que la source d’une
rivière, ou les impressionnantes montagnes couvertes de neige qui traversent le
Pérou. Traduire « Huaca » par idole, c’est laisser penser que les populations indigènes
idolâtraient leurs montagnes, alors qu’ils veulent tout juste signifier « qu’elles ont
quelque chose de particulier et d’extraordinaire, qui les oblige d’en parler avec beaucoup
de respect et de vénération. ». Garcilaso souligne que les Espagnols se sont rendus
coupables d’une autre erreur : il n’y a pas de verbe pour le nom Huaca qui signifie
« idolâtrer ou commettre idolâtrie » (I, 124). Mais « si l’on en prononce la dernière syllabe
au plus profond du gosier, huaca passe pour un verbe et signifie pleurer. » Il s’agit là d’une
affaire de prononciation : qu’on prononce la dernière syllabe comme une gutturale ou
comme une palatale, la signification du mot s’en trouve changée.

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22 Si, comme le souligne Carlo Ginzburg, on a pu qualifier Garcilaso de « premier mestizo


Américain, tant au sens biologique que culturel » du terme30, si on veut le regarder
comme un anthropologue autochtone qui dénonce l’arrogance des colons, si on peut
s’appuyer sur ses efforts pour utiliser la langue de son père, l’espagnol, pour défendre la
langue de sa mère, le quechua, contre les déformations des Espagnols, une analyse
philologique de cette défense réserve des surprises.
a. Carlo Ginzburg commence par noter qu’une première version des remarques de Garcilaso
sur le huaca se trouve dans une longue note griffonnée dans la marge d’un exemplaire de l’
Historia General de las Indias de Lopez de Gómara. En comparant la note et la version finale, il
remarque qu’un élément a été laissé de côté : une éloquente comparaison entre les deux
prononciations du terme huaca et les cris de la pie et du corbeau. On pourrait certes
attribuer la comparaison de Garcilaso mettant en scène des animaux à une faculté,
probablement enracinée dans la culture orale andine dans laquelle il avait grandi, qu’avait
Garcilaso de distinguer très finement des sons liés à l’environnement naturel. Mais un
examen philologique nous apprend que cette remarque vient moins de la fréquentation des
oiseaux que de celle des livres. On peut prouver que Garcilaso s’appuie sur une double
tradition intellectuelle que Ginzburg s’emploie à reconstruire : d’une part, l’héritage
grammatical de l’antiquité grecque et latine, et d’autre part, les récents travaux sur la
grammaire quechua des missionnaires catholiques qui avaient opéré dans les Andes. Ainsi
dans ses Instititiones grammaticae, Priscien de Césarée, (un grammairien qui vécut entre la fin
du Ve siècle et le début du VIe) distingue au chapitre intitulé « De voce » (Du son) des sons qui
« comme coax et cra peuvent être transcrits mais manquent de sens ». Il s’agit
d’onomatopées, qui miment le cri de la grenouille et du corbeau. Ginzburg conclut :
« Garcilaso, en suivant Priscien, considéra le mot quechua huaca comme une série de sons
susceptibles d’être transcrits, comparables au cra du corbeau ». Mais, par la suite, Garcilaso
se distingua de son prédécesseur pour faire valoir que ces sons n’étaient pas seulement
susceptibles d’être transcrits, mais qu’ils avaient aussi un sens différent selon la
prononciation. L’historien souligne : « on peut dire, en reprenant les catégories développées
par l’anthropologue et linguiste américain Kenneth Pike, que Garcilaso adopta une
perspective étique (liée au point de vue de l’observateur) afin d’aboutir à une perspective
émique (liée au point de vue de l’acteur) »31.
b. D’autre part Garcilaso semble avoir été conscient que transcrire la langue quechua dans
l’alphabet latin n’était pas une mince affaire. Pour avancer son point de vue contre
l’interprétation erronée des espagnols de la prononciation Quechua, Garcilaso doit s’en
remettre à un outil analytique différent, inscrit dans une tradition plus ancienne :
l’alphabet. Or l’alphabet ne mime pas la parole, il la modélise. Ginzburg se demande sur
quelles descriptions physiologiques du langage Garcilaso a pu s’appuyer pour rendre compte
de la prononciation du quechua. Il évoque La composition stylistique de Denys d’Halicarnasse,
historien grec et professeur de rhétorique, (60 avant J.-C./ 7). Bien avant la phonologie du
XXe siècle, les grammairiens grecs firent montre d’une grande minutie pour décrire la
prononciation de leur propre langue.
« Diffusée par les grammairiens latins [poursuit Carlo Ginzburg], puis reprise par
les missionnaires (principalement jésuites), cette méthode fut appliquée à une
grande variété de langues à travers le monde, de l’Asie à l’Afrique en passant par les
Amériques, donnant lieu à une pléthore de grammaires, de dictionnaires, et bien
sûr de traductions de la Bible ».

3.2. John David Rhys

23 Le second cas étudié par Carlo Ginzburg est celui de John David Rhys, un contemporain de
Garcilaso. Rhys naît au pays de Galles en 1534 et meurt en 1619. Il étudie la médecine à

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La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 8

Sienne puis enseigne le latin à Pistoia. Pendant son séjour en Italie il publie un livre en
italien sur le latin (Regole della costruttione latina, Venise 1567) et un autre en latin sur la
langue italienne (Perutilis exteris nationibus de Italica pronunciatione et orthographia libellus,
Padoue 1569). Ce dernier, comme son titre l’indique, s’adresse aux étrangers désireux
d’apprendre à parler et à écrire l’italien : Allemands, Anglais, Français, Espagnols,
Polonais, Portugais. Rhys décrit la prononciation de chacune des lettres de l’alphabet
italien de manière comparative, en recensant les variations régionales et en les
replaçant dans une perspective linguistique plus générale. Ginzburg cite la description de
la prononciation de lettre « n », ainsi que du phonème « gn ». Il souligne que les
descriptions de Rhys sont bien plus fines et détaillées que celles de Garcilaso : « et
pourtant une similitude entre les deux est indéniable ». Il se demande alors si cette
ressemblance est due à l’héritage partagé des grammairiens grecs et latins que Rhys a
approfondi et repris ou si on peut aussi considérer l’hypothèse que Garcilaso aurait lu le
manuel de Rhys sur la prononciation de l’italien.
24 Il souligne :
« Les deux hommes vivaient plus ou moins à la même époque en des lieux
différents, et tous deux furent capables de considérer les langues (y compris la leur)
dans une perspective comparatiste, grâce à leur position marginale dans la
société ».
25 Garcilaso adopte un point de vue de philologue lorsqu’il s’attache à conserver la pureté de
sa langue maternelle. Son attention particulière à ne pas altérer l’orthographe originelle
du quechua et de l’espagnol a peut-être été encouragée par Rhys et par la focalisation sur
l’exactitude orthographique dont il fait montre dans De Italica pronunciatione et
orthographia libellus.
26 Il est impossible de savoir si Garcilaso a effectivement lu Rhys. « Ce que nous savons »,
commente Ginzburg,
« c’est qu’au début de sa carrière littéraire Garcilaso a appris l’italien et qu’il a passé
plusieurs années à traduire les Dialoghi d’amore de Léon l’Hébreu : une langue
étrangère comme l’italien lui a donc permis de se distancier de sa langue maternelle
et paternelle et d’adopter un point de vue qu’on appellerait, aujourd’hui,
comparatiste ».
27 Or, souligne Ginzburg, on pourrait considérer que la trajectoire de Rhys fut similaire :
« il quitta le Pays de Galles pour l’Italie, dont il apprend la langue et analyse la
structure du latin en se servant de l’italien et en adoptant le point de vue d’un
italien. Il se livre aussi à un autre exercice : analyser la langue italienne par le
truchement du latin ».
28 La philologie comparative a permis à Rhys de se consacrer à une analyse rigoureuse et
passionnée de sa langue maternelle. Il en va de même pour Garcilaso.
29 On peut soutenir sans paradoxe que Garcilaso et Rhys furent l’un et l’autre des
« ethnophilologues » : si ce terme semble aller de soi pour Garcilaso, il n’en est pas moins
adéquat pour décrire l’approche comparative ambitieuse de la prononciation et de
l’orthographe italiennes de Rhys.
« La philologie, loin d’être incompatible avec une démarche comparative, en est
évidemment l’un des meilleurs instruments ».
30 Il n’y a certes pas lieu de réserver le terme d’ethnophilologie à la reconstruction de
traditions orales marginales, ni même de l’employer « pour rejeter la philologie au nom
de l’ethnologie comparative »32. De tels arguments ne méritent pas d’être pris au sérieux.

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La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 9

Si on appréhende le terme « philologie » au sens large, comme nous y invite Vico, alors
son lien avec « l’ethnologie » devient évident.

3.3. Les deux conclusions de Carlo Ginzburg sur ces deux cas

31 Carlo Ginzburg peut alors tirer deux conclusions en comparant en ethnophilologue les
deux comparaisons de ses ethnophilologues.
« La première est, en un sens large, politique. Garcilaso de la Vega et John Rhys ont
fini par défendre leur langue maternelle marginalisée (respectivement le quechua
et le gallois) à travers un long itinéraire qui impliquait une profonde immersion
dans une troisième langue : il s’agissait alors de l’italien ; ce serait l’anglais
aujourd’hui ».
32 La seconde conclusion est historique – mais elle a des implications théoriques. Le cas de
Garcilaso de la Vega – un locuteur natif capable d’établir les différentes prononciations du
mot huaca, n’est certainement pas habituel et on peut même le qualifier d’exceptionnel :
mais un « cas exceptionnel pour ce qui est des preuves à notre disposition, comme avec
Garcilaso, pourrait bien renvoyer à un phénomène en réalité bien plus répandu ». D’une
part, en effet ce cas offre un avertissement aux linguistes qui ne peuvent pas faire
autrement, quand ils se penchent sur des textes du passé, que de s’appuyer sur des textes
écrits, lesquels pourraient correspondre parfois à des translittérations inadéquates.
D’autre part, ce cas est aussi un avertissement adressé à ceux qui réfléchissent sur la
traduction dans une perspective théorique plus large. On peut regretter que dans le
Dictionnaire des intraduisibles « la relation asymétrique entre les catégories de
l’observateur (ou devrions-nous dire du « traducteur » ?) et les catégories de l’acteur ne
semble pas sans conséquence dans le cadre d’une réflexion sur les traductions et leurs
respectives inadéquations ».
33 On ne saurait omettre les contextes « asymétriques dans lequel les traductions ont lieu le
plus souvent ». C’est sur cet avertissement que s’achevait la conférence de Genève.

4. Traduction et rapports de force


34 Ce n’est pas la moindre leçon de l’enquête ethnophilologique de Carlo Ginzburg que
d’attirer notre attention sur la violence et la dissymétrie dans les contextes de la
traduction. Le philologue pointe en historien un impensé des pensées contemporaines de
la traduction et leur horizon irénique. On voudrait aujourd’hui que la traduction fût une
des pratiques de l'éthique, une des approches du visage de l’autre, un des prodromes de la
paix. C’est faire peu de cas de la « traduction agonique » selon la forte formule de
Tiphaine Samoyault33.
35 Tout se passe aujourd’hui comme si la traduction offrait à notre temps un horizon
irénique, un nouveau paradigme conversationnel (après ceux de Habermas et d’Apel),
quelque chose comme l’a priori historique de notre époque. Or il apparaît tout au
contraire que la violence est une dimension constitutive de la traduction : des contextes
dans lesquelles elle a été et reste pratiquée, bien sûr, mais aussi du geste même qui la
constitue. On traduit pour, on traduit avec, on traduit parfois sans, mais souvent, c’est
contre qu’on traduit. Traduire, c’est avoir affaire au présent de la langue, pour le changer.
Les poètes le savent qui traduisent pour élargir leur propre idiome (on pense à
Chateaubriand et Hugo avant Baudelaire et Mallarmé).

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La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 10

36 Après celle de Saint Jérôme qui décrivait un traducteur en ces termes, « sed quasi captivo
sensus in suam linguam victoris jure transposuit - il a pour ainsi dire transposé le sens
dans sa langue, comme des captifs, par droit de conquête », la virulence de Nietzsche doit
être entendue comme un avertissement.
« TRADUCTIONS. — On peut évaluer le sens historique que possède une époque à la
façon dont cette époque fait les traductions et cherche à s’assimiler les temps passés
et les livres anciens. Les Français du temps de Corneille et encore ceux de la
Révolution s’emparèrent de l’antiquité romaine avec des façons que nous n’aurions
plus le courage d’avoir — grâce à notre sens historique supérieur. Et l’antiquité
romaine elle-même, de quelle façon violente et naïve tout à la fois fit-elle main
basse sur tout ce qui est grand et bon dans la plus ancienne antiquité grecque !
Comme ils transposaient alors dans le présent romain ! Comme ils effaçaient, avec
intention et sans souci, la poussière des ailes du papillon ! C’est ainsi qu’Horace
traduisait çà et là Alcée ou Archiloque, ainsi faisait Properce, de Callimaque et de
Philetas (des poètes du même rang que Théocrite, si nous avons le droit de juger) : il
leur importait peu que le véritable créateur ait vécu telle ou telle chose et en ait
marqué les traces dans ses vers ! — en tant que poètes, ils étaient mal disposés à
l’égard de l’esprit fureteur archéologique qui précède le sens historique, en tant que
poètes ils n’admettaient pas ces choses toutes personnelles, les noms, et tout ce qui
était propre à une ville, à une côte, à un siècle, comme une mise et un masque, et ils
s’empressaient de mettre en place ce qui était actuel et romain. Ils semblaient
vouloir nous demander : « Ne devons-nous pas renouveler pour nous ce qui est
ancien et nous accommoder à sa façon ? Ne devons-nous pas avoir le droit
d’insuffler notre âme à ce cadavre ? Car enfin il est mort et tout ce qui est mort est
si laid ! » — Ils ne connaissaient pas la jouissance du sens historique, le passé et
l’étranger leur était pénible, et pour eux, en tant que Romains, c’était là une
incitation à une conquête romaine. En effet, traduire c’était alors conquérir, — non
seulement en négligeant l’historique : bien plus, on ajoutait une allusion à un
événement contemporain, et, avant tout, on effaçait le nom du poète pour mettre le
sien en place — on n’avait pas à cause de cela le sentiment du vol, on agissait, au
contraire, avec la meilleure conscience de l’imperium Romanum », Friedrich
Nietzsche, Le Gai savoir, aphorisme 83)34.
37 Comme souvent, la leçon de Nietzsche est de vigueur. Au-delà de sa dimension
philologique, elle invite la philosophie à se demander ce que l’on dit du langage quand on
l’interroge depuis la traduction. Or, en matière de traduction, les philosophes et les
poètes n’ont aucun avantage. Ceux-ci plus que ceux-là savent qu’il leur est devenu
impossible de rester sur leur quant-à-soi et que leur tour de Babel flotte en débris mobiles
sur les vagues agitées de leurs effets personnels. Mieux, le poète est celui pour qui le
« quant-à-soi » répond à la formule « l’un dans l’autre ». Oui, l’un dans l’autre parce que
c’est dans l’altérité foncière de la langue et des langues que l’un se débat pour affirmer
l’intraduisible dont il est fait. L’intraduisible dont on peut dire, après Artaud, que chacune
et chacun d’entre nous, nous sommes faits.

BIBLIOGRAPHIE
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NOTES
1. Cf. Thomas Browne (2007), Le Jardin de Cyrus, Paris, Corti ; traduction B. Hoepffner.
2. Charles Louis de Montesquieu (1991), Pensées, Spicilège, Louis Desgraves (éd.), Paris, Robert
Laffont, coll. « Bouquins », n°1970.
3. Cf. « Aristote, encore une fois », in Carlo Ginzburg (2003), Rapports de force : Histoire, Rhétorique,
Preuves, Paris, Gallimard-Le Seuil. On pense notamment au passage suivant : « Sur un ton
tranchant, Aristote rejette donc aussi bien la position des sophistes, qui voyaient dans la
rhétorique un simple art de convaincre en mobilisant l’émotion, que celle de Platon, qui, dans le
Gorgias, l’avait précisément condamnée pour cela. À l’encontre de ces deux thèses, Aristote
repère dans la rhétorique un noyau rationnel : la preuve ou, plus précisément, les preuves. C’est
là qu’il faut chercher le lien entre historiographie, au sens que nous lui donnons, et la rhétorique,
au sens d’Aristote » (p. 44).
4. Cf. le collectif dirigé par Denis Thouard (2007), L’interprétation des indices, Enquête sur le
paradigme indiciaire avec Carlo Ginzburg, Lille, Presses du Septentrion.
5. Carlo Ginzburg ([2005] 2010), Le fil et les traces, Vrai Faux Fictif, trad. française, Martin Rueff,
Lagrasse, Verdier 2010, p. 16-17. On pourrait faire remarquer à l’historien qu’Aristote évoque
moins une histoire de couple qu’un triangle dont il ne faut pas omettre la philosophie : « Voilà
pourquoi la poésie est une chose plus philosophique et plus noble que l'histoire : la poésie dit,
plutôt le général, l'histoire le particulier ».
6. Edward Sapir (1985), Selected Writings in Language, Culture, and Personality, University of
California Press et Benjamin Lee Whorf (1956), Language, Thought, and Reality: Selected Writings of
Benjamin Lee Whorf, MIT Press. Impossible d’entrer ici dans le débat passionnant qu’a suscité
l’hypothèse Sapir-Whorf.

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La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 13

7. Je me contente de renvoyer ici aux synthèses suivantes : Giorgio Raimondo Cardona (1980 2), I
ntroduzione all’etnolinguistica, Bologne, il Mulino ; Gabriele Costa (2007), « Pragmatica e tradizione
nell’etnolinguistica », Quaderni di Semantica, 28, p. 203-214 et, du même, (2008), Etnolinguistica
comparata, Roma, Viella.
8. Alessandro Duranti (2007), Etnopragmatica. La forza nel parlare, Roma, Carocci.
9. Je pense ici au chapitre V de la première section de Sein und Zeit qui articule affection,
spatialité et compréhension. On sait l’influence que ces analyses auront pour la philosophie de
l’expression de Maurice Merleau-Ponty et l’herméneutique d’Henri Maldiney.
10. Carlo Ginzburg ([1976] 1980), Le fromage et les vers. L’univers d’un meunier du XVI e siècle, Paris,
Aubier.
11. Carlo Ginzburg (1980), Les batailles nocturnes : sorcellerie et rituels agraires en Frioul, XVI e-XVIIe
siècle, Lagrasse, Verdier ; Paris, Flammarion, coll. « Champs » (n o135), 1984.
12. Willard V. Quine (1974), The Roots of Reference, La Salle (Ill.), Open Court, essai 3, surtout p. 83.
13. Cf. Lorenzo Valla (1993), La donation de Constantin, préface de Carlo Ginzburg, Les Belles
Lettres.
14. « Dès la conclusion de l’article que je consacrais à ce procès je soulignais la possibilité de
déchiffrer dans les documents de l’Inquisition non seulement les superpositions des juges, mais
aussi (et cela était bien plus inattendu) ces voix qui exprimaient une culture irréductiblement
différente : les voix des accusés. La lutte, l’opposition restaient bien au centre, mais elles se
déplaçaient sur un plan culturel, déchiffrable à travers une lecture attentive des textes. Les écrits
des philologues romans me poussaient dans cette direction : ceux d’Erich Auerbach, de Leo
Spitzer ou encore de Gianfranco Contini. J’ai essayé d’apprendre d’eux cet art de « lire
lentement » (c’est la définition de la philologie donnée par Roman Jakobson) en l’appliquant à
des textes non littéraires », Carlo Ginzburg (2010), Le fil et les traces p. 374-375. Sur Auerbach, cf,
notamment, « Tolérance et commerce. Auerbach lit Voltaire », ibidem, p. 169-204. Cf. Mythes
emblèmes traces, morphologie et histoire, Lagrasse, Verdier, 2010, p. 10 et Le fil et les traces, Lagrasse,
Verdier, 2010, p. 434-437.
15. « La lettre tue. Sur quelques implications de la deuxième épître aux Corinthiens », 2. 3. 6,
Critique, juin-juillet 2011, tome LXVII, n°769-770, « Sur les traces de Carlo Ginzburg », p. 576-605.
16. Cf. notamment Carlo Ginzburg (2015), « La parole oblique. Une réflexion sur les Provinciales de
Pascal », conférence prononcée en mémoire de Francesco Orlando, Institut Culturel Italien de
Paris, 18/02/2015, mais aussi : (2003), « Machiavelli, l’eccezione e la regola. Linee di una ricerca in
corso », « Quaderni storici », 112, p. 195-213.
17. Littérature et exemplarité, Emmanuelle Bouju, Alexandre Gefen, Guiomar Hautcoeur & Marielle
Macé (éds.), Rennes, P.U.R, 2007 ; et Construire l'exemplarité. Pratiques littéraires et discours historiens
(XVIe-XVIIIe siècles), Laurence Giavarini (éd.) (2008), Dijon, EUD. Le numéro récent des Annales
consacré aux Savoirs de la littérature (mars-avril 2010) consacre sa première partie à
« L’exemplarité » (cf. Jérôme David, « Une réalité à mi-hauteur », exemplarités littéraires et
généralisations savantes au XIXe siècle », p. 263-290 et Barbara Carnevali, « Mimésis littéraire et
connaissance morale, la tradition de ‘l’éthopée’ », p. 291-322.
18. On aurait là un nouvel avatar des liens complexes de ce que Jean-Claude Pariente avait
analysé dans son livre classique : (1973), Le langage et l’individuel, Paris, Armand Colin. P. Pachet
avait attiré l’attention sur ce point dans « Les exemples de Vincent Descombes », in Vincent
Descombes. Questions disputées, op. cit., p. 355-374 (sur exemple, paradigme, cas, p. 371-374). Mais
on rappellera aussi que b.
19. Cf. Carlos Lobo (2000), Le phénoménologue et ses exemples, étude sur le rôle de l’exemple dans la
constitution de la méthode et l’ouverture du champ de la phénoménologie husserlienne, Paris, Kimé.
20. Cf. Giorgio Agamben (2008), Signatura rerum, Paris, Vrin. Dans ce traité de la méthode, le
paradigme occupe une position centrale, mais Giorgio Agamben avait déjà consacré à

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La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 14

l’exemplarité des développements cruciaux. Cf. (1990), La communauté qui vient, essai sur la
singularité quelconque, Paris, Seuil, Bibliothèque du 20ème siècle.
21. Cf. Alain Badiou (1988), L’être et l’événement, Paris, Le Seuil.
22. Cf. Claude Romano (2010), Au cœur de la raison, la phénoménologie, Paris, Gallimard, collection
« Folio », p. 25-26 ; p. 428-449. Cf. aussi p. 209 : « pour qu’une description de l’expérience soit
possible, il faut que cette description soit bel et bien une description de l’expérience et non d’autre
chose ».
23. Cf. Giorgio Agamben (2008), Signatura rerum, p. 34. Le paradigme d’Agamben se distingue du
paradigme platonicien (p. 27-28) : « plus semblable à l’allégorie qu’à la métaphore, le paradigme
est un cas singulier qui n’est isolé du contexte dont il fait partie que dans la mesure où, en
présentant sa propre singularité, il rend intelligible un nouvel ensemble dont il constitue lui-
même l’homogénéité » (p. 19).
24. Cf. le collectif Penser par cas, Jean-Claude Passeron et Jacques Revel (éds) (2005), Paris, EHESS
éditions. L’introduction (signée par J.-Cl. Passeron et J. Revel) s’intitule significativement
« Penser par cas. Raisonner à partir des singularités » (p. 9-43).
25. André Jolles (1972), Formes simples, Paris, Seuil.
26. André Jolles (1972), Formes simples, p. 151.
27. Gilles Deleuze (2003), « Réponse à une question sur le sujet », in Deux régimes de fous, textes et
entretiens, 1975-1995, David Lapoujade (éd.), Paris, Minuit, p. 326-328.
28. Comme l’indique l’entrée « Traduire » du Vocabulaire des Institutions européennes, le mot
hellenizein, « traduire en grec », était parfois utilisé pour indiquer l’opération de translittération,
ce qu’atteste par exemple un passage des Antiquités judaïques de Flavius Josèphe (I, 6, 1),
Vocabulaire européen des philosophies. Dictionnaire des intraduisibles, sous la direction de Barbara
Cassin, Paris, 2004, p. 1307.
29. On parlerait volontiers ici d’une indétermination de l’homophonie.
30. Carlo Ginzburg renvoie ici à Mercedes López y Baralt (2005), « La traducción come etnografía
en los Andes: el Inca Garcilaso », in Ead., Para decir el Otro. Literatura y antropología en nuestra
America, Madrid, p 119-146 et à Serge Gruzinski (1999), La pensée métisse, Paris, Fayard.
31. Kenneth Lee Pike, le linguiste américain, anthropologue et missionnaire, a souligné
l’opposition entre deux niveaux d’analyse, celui de l’observateur, et celui de l’acteur, baptisé
respectivement niveau étique (de phonétique) et niveau émique (de phonémique). Partant du
langage, Pike a fini par mettre sur pieds une théorie unifiée de la structure du comportement
humain – le titre de son œuvre la plus ambitieuse, publiée d’abord en trois parties entre 1954 et
1960 pour être ensuite réimprimée dans une version révisée et étendue en 1967 : Language in
Relation to a Unified Theory of Structure of Human Behavior (2nd ed.), The Hague, Netherlands,
Mouton.
32. Carlo Ginzburg renvoie ici aux propositions de Francesco Benozzo (2007), « Etnofilologia »,
Ecdotica 4, p. 208-230 ; (2010), Etnofilologia. Un’introduzione, Napoli.
33. « Placer la langue de la traduction dans le vocabulaire du consensus démocratique ne va donc
pas sans paradoxe, ni sans difficulté : l’opération implique de réduire, d’affaiblir, voire de nier
totalement tous les conflits qui sont inscrits en elle. Ce tournant éthique de la traduction,
révélateur d’une mutation du discours politique général allant dans ce sens (parvenir à une
société pacifiée, sans conflits, vivre dans un monde sans ennemis…) s’impose au prix d’une
réduction de la différence entre l’un (ou soi) et l’autre, d’une confiance sans doute assez
fallacieuse dans la réciprocité et l’empathie. Ce sont ces paradoxes et ces difficultés que
j’aimerais en partie défaire pour redonner à la traduction son potentiel de négativité active. La
négativité de la traduction ne tient pas seulement à la perte supposée qui se produit dans le
passage d’une langue à l’autre. Comme espace de la relation, la traduction est aussi le lieu d’un
conflit qu’il s’agit de réguler pour préserver une forme de pluralisme. La traduction agonique
pourrait être le nom de cet antagonisme apprivoisé. Son potentiel est à la fois théorique (l’envers

Methodos, 19 | 2019
La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 15

de la dialectique), politique (comment penser la différence qui ne se réduit pas, le conflit qui ne
se résout pas) mais aussi pratique (beaucoup de praticiens de la traduction connaissent bien des
aspects scéniques de cette confrontation conflictuelle avec l’autre, l’autre langue, l’autre auteur,
l’autre texte…). Indiquer les voies par lesquelles la traduction est aujourd’hui engagée dans le
discours du consensus, conduit à montrer aussi comment elles constituent une mutation
discursive par rapport à des discours antérieurs et dans l’histoire longue des discours sur la
traduction. Dans certains lieux, la traduction continue à faire jouer les conflits (polémique du
traduire et polémique dans le traduire) ». Tiphaine Samoyault (2016), « La traduction agonique »,
Po&sie 156, 2016/ 2, p. 127-135, ici, p. 127. Voir aussi (2014), « Vulnérabilité de l’œuvre en
traduction », Genesis 38, p. 57-68. Et (2016), « Traduction et violence », in Le Comparatisme comme
approche critique/ Comparative Literature as a Critical Approach, Anne Tomiche (dir.), Garnier, coll.
« Rencontres- littérature générale et comparée ».
34. Le philosophe heideggérien Jean Beaufret se révèle nietzschéen lorsqu’il évoque en ces
termes la traduction du grec energéia par le latin actus : « son plus extrême péril est précisément
de capter ce qu’elle prétend transmettre ». (Jean Beaufret (1973), Dialogue avec Heidegger, Paris,
Minuit, 1973, p. 123). Encore faudrait-il préciser que la conquête n’est pas le seul but de la
traduction romaine qui appartient à un horizon bien plus large de translatio. Cf. Florence Dupont
& Emmanuelle Valette-Cagnac (2005), Façons de parler grec à Rome, Paris, Belin.

RÉSUMÉS
Le 15 septembre 2016, Carlo Ginzburg était invité par le Groupe Genevois de Philosophie à tenir
une conférence dans le cadre d’un colloque consacré à « La philosophie et son histoire : un débat
actuel ». En étudiant les deux cas de Garcilaso de la Vega et de John David Rhys, Ginzburg
apportait une contribution de poids à l’ethnophilologie – si la philologie est la discipline
académique qui permet d’établir la lettre des textes, l’ethnophilologie devient sous sa plume
l’entreprise qui invite à employer la rigueur des méthodes philologiques pour faire entendre la
vérité des voix soumises. La leçon pour la traductologie contemporaine est importante – la
traduction n’est pas une simple opération pacifique. Elle implique des relations de force.

September 15 of 2016, Carlo Ginzburg was holding a conference at the international symposium
organized by the “Groupe Genevois de Philosophie”: « Ethno-philology :two case studies ».
Starting from two cases studies, (Garcilaso de la Vega and John David Rhys) Ginzburg was
offering an important and personal contribution to ethno-philology. If philology is the academic
effort to fix the letter of uncertain texts, it becomes with Ginzburg the application of straight
philological methods to political situations. The aim of his ethno-philology is to hear subaltern
voices. The lesson for the theory of translation is very important: translation is not a pacific
operation. It implies strength relationships.

INDEX
Mots-clés : ethno-philologie, étude de cas, relations de force, traductologie
Keywords : ethno-philology, case studies, strength relationships, theory of traduction

Methodos, 19 | 2019
La conférence de Genève de Carlo Ginzburg : « Ethnophilologie : deux études d... 16

AUTEUR
MARTIN RUEFF
Université de Genève

Methodos, 19 | 2019