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Revue de l'histoire des religions

C. A. Meier. Ancient Incubation and modern Psychotherapy


Robert Turcan

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Turcan Robert. C. A. Meier. Ancient Incubation and modern Psychotherapy. In: Revue de l'histoire des religions, tome 177,
n°1, 1970. pp. 93-95;

https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1970_num_177_1_9516

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NOTICES IHBLIOGIIAPHIOPES 03

toutes sout, claires et alertes. Certaines interprétations sont


inévitablement sujettes à discussion : ainsi p. 1«(.) (lamelle d'or « orphique »
O. Kern, O.F., IÏZ r), J. Defradas traduit par « cercle » le aTsçxvcej
<lu v. 7. ce qui ne s'impose pas. Ouelques affirmations critiquables :
{). lh\ J. Defradas écrit que Dionysos " tira » du cri rituel lacché « le
nom de Iîaechos » >>n fait c'est Bacchos qui fut identifié avec la
personnification du cri, en raison même de la consonance) ; p. 250,
c'est, je pense, une faute d'impression qui nous fait lire qu'on éleva à
Auguste « un temple au Sénat » ; p. 'lo'i, J. Beaujeu oppose à la
décoration dionysiaque- des sarcophages /< partout répétée et répandue au
point de perdre une bonne part de sa signification ») celle de la Villa
Item qui révélerait « une intention arrêtée et une dévotion réelle » ;
personnellement, je ne sais pas en quoi et pourquoi ; du fait même
qu'ils sont nombreux, les sarcophages attestent la force du courant
dionysiaque et sont à cet é^ard beaucoup plus significatifs qu'une,
peinture isolée, dette fresque de la Villa des Mystères est, d'ailleurs,
l'objet de commentaires inadéquats à propos de deux illustrations :
la première, en couleurs (p. 1,4), représente une femme effrayée
sans doute par le reflet du masque silénique flans l'eau ou le vin
du vase -- et non pas une i ma «je de « l'extase dionysiaque » ; la
seconde p. 2ť>(.)} est une excellente photographie de la démone ailée
qui ne « fustiire » pas les initiés (p. '->(">* ; cf. p. 12 : « flagellation d'une
autre postulante »j : je me suis expliqué sur ce point dans Hommages
à .U. Renard. Bruxelles, НИИ), р. .W>-W)(.).
La coupe laconienne de la p. 7B '« Zens et l'aigle «) a aussi été
interprétée comme une représentation de Prométhee. Le texte des
Bacchantes 'p. !S^) ne me paraît pas directement approprié à
l'illustration correspondante fstamnos de la série des Lénéennes). Les très
beaux documents iconographiques relatifs à la religion romaine
[). 2(îl-'28l) ne font pas, me semble-t-il, une assez grande part aux

monuments proprement latins í u ri seul : la Vestale du Musée des


Thermes). Il est dommage aussi que plusieurs références restent allu-
sives et ne permettent pas aux curieux qui ne sont pas spécialistes de
s'informer directement. Mais ce volume est d'abord une anthologie
de la littérature religieuse, bien faite et bien présentée. Les traductions
représentent un travail difficile et méritoire dont il faut remercier
les auteurs. Notons pour finir que. les deux belles planches liminaires
Apollon de Piombino et fresque dionysiaque, de la Villa Item:
donnent au lecteur une orientation nietschéenne qui me [tarait
étrangère à la religion romaine.
Robert Trnc.\N.

C. A. Mkif.h. Ancient Incubation and modem Psychotherapy,


transi, by Monica ("říms, Kvanston. Northwestern University Press,
l(.)(í7, in-*", relié toile, xx - 1Г>2 р., Г> pi. h. t. noir et blanc. Ce
livre est la traduction américaine d'un о livra ire paru voici vinyt ans
94 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

pour inaugurer la collection des « Studien ans déni С G. Jung-


Institut » sous le titre Anlike Inkubation und moderne Psychothérapie
(Zurich, .1949). L'auteur en a publié un résumé en français dans :
G. (*. Jung, Le disque vert, Bruxelles, 1055, p. 119-137. Disciple du
psychologue et psychiatre ('. G. Jung, le Dr Meier y montre que
dans les- sanctuaires d'Eseulape et de Sérapis le traitement des
névrosés par le rêve et l'incubation répondait à certaines exigences
fondamentales de la psyché que la thérapeutique moderne a
simplement redécouvertes. De même que le corps secrète des antitoxines, la
psyché détient les moyens de se guérir elle-même à condition d'y être
aidée par une cure appropriée. Quantité de témoignages prouvent
que dans l'antiquité des malades étaient guéris aussitôt après avoir
vu Asclépios en songe. Cette révélation restaurait en eux une sorte
d'équilibre mental rompu par le sentiment d'un manque ou tout
autre complexe susceptible de nuire indirectement au physique même
de l'individu. Un homme longtemps surmené comme le rhéteur Aelius
Aristide, qui souffrait de dépression к nerveuse, trouvait dans les
apparitions oniriques d'Asclépios des raisons de vivre et de survivre.
Les exemples cités et analysés par le Dr Meier confirment l'importance
du fait religieux dans ces maladies de la psyché qu'on traitait dans
les Asclepeia par l'incubation. Les parallèles qu'il propose avec les
rêves de ses patients illustrent la permanence de certains my tho-
logèmes.
L'auteur corrige utilement aussi les convictions insuffisamment
fondées de plusieurs historiens modernes : ainsi à propos des prêtres
d'Asclépios qui n'avaient pas besoin d'interpréter les rêves, ni même
d'être médicalement compétents, contrairement à ce qu'on affirme
souvent (p. HO-(')l). Le seul fait d'avoir vu le dieu en songe guérissait
ipso facto les malades. Le synchronisme de deux rêves, celui du malade
et celui d'un prêtre desservant le sanctuaire, avait seulement valeur
de confirmation. Le Dr Meier montre bien que la vision ou la rencontre
du dieu avait les caractères d'une sorte iVunio mystica (p. tt.3), et le
chapitre VIII (« The Mystery of Healing », p. 115-120) corrobore ce
point de façon tout à fait intéressante : la guérison (ou le « salut »)
de la psyché équivaut à une initiation et, comme dans toute initiation,
cette cure est éprouvée comme une renaissance à la vie. Aussi Asclépios
a-t-il été qualifié de « sauveur par excellence » (p. 118).
Un chapitre consacré à la tholos (p. 75-89) donne lieu à des
parallèles éclairants, notamment avec Le songe de Poliphile où F. Colonna
décrit un labyrinthe curieusement analogue à celuid'Epidaure. Le
rituel des incubations dans l'antre de Trophonios et le mythe de
Timarque (dans le traité de Plutarque sur Le génie de Socrate) sont
commentés avec perspicacité. Sur toutes ces questions, le point de vue
d'un psychiatre moderne est précieux et instructif. Malgré quelques
redites (par exemple à propos du serpent), cette étude se lit avec
plaisir. Notons que l'église de S. Cosme et S. Damien n'est pas sise à
NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES УГ)

l'emplacement du temple de Castor etPollux, comme il est écrit p. 67,


mais bien du temple de Romulus, fils de Maxence, et de la Bibliolhexa
Pacis. Dans cette traduction qui est comme une nouvelle édition, la
bibliographie pouvait tenir compte des pages pénétrantes consacrées
par le R. P. Festugière à Aelius Aristide dans Personal Religion among
the Greeks (2e éd., 1960, p. .85-sqq.) et de l'article fort pertinent

d'A. Taffin : Comment on rêvait dans les temples d'Esculape, Bull,


de l'Assoc. G.-Budé, 1960, p. 325-366.
Robert Ttrcan.

A. Garcîa y Bellido. — Les religions orientales dans l'Espagne


romaine, Leyde, E. J. Brill, 1967 (Etudes Préliminaires aux Religions
Orientales dans l'Empire romain, V), хш f- 166 p..in-H°, 1

.
frontispice, 19 figures dans le texte et 20 planches h. t. Prix : 44 florins. —
L'auteur de cet ouvrage est bien connu pour ses travaux sur
l'archéologie de la Péninsule ibérique, et des études plus précisément
consacrées aux Phéniciens en Occident ou au culte isiaque dans l'Espagne
romaine lui- confèrent en la matière une très grande autorité. La
préface délimite clairement son propos : il s'agissait, conformément
aux normes de la collection dirigée par M. Л. Vermaseren, de donner
l'état actuel de la documentation, de réunir les matériaux d'une
histoire totale et cohérente des religions orientales dans le monde
romain. Disons incontinent que le volume répond pleinement à cette
promesse et qu'il la dépasse même, car-. ce livre est beaucoup mieux
qu'un catalogue : l'auteur y brosse un tableau aussi détaillé et aussi
complet que possible (à ce jour) des cultes levantins qui fleurissaient
en Espagne. On y apprécie l'objectivité des descriptions, la prudence
des exégèses et des hypothèses, la sûreté de l'information.
Deux chapitres esquissent: successivement la protohistoire de
l'implantation religieuse des Phéniciens (p. 1-17), puis des coloris
grecs (p. 18-20). Le chapitre III étudie les témoignages du culte
mithriaque (p. 21-41), attesté à partir de 155, surtout dans les régions
peu romanisées où patrouillaient des troupes de police. Les fouilles
du mithréurn d'Emerita ont livré au début du siècle les monuments
les plus représentatifs, notamment le magnifique Hermès dont la lyre
porte une dédicace à Mithra l'Invincible (pi. I) et le Chronos imberbe
enlacé d'un serpent (pi. III). Les cultes de Cybèle (chap. IV) et
d'Attis (chap. V) paraissent avoir été plus répandus. L'auteur les
distingue, car les cartes de leur expansion respective (p. 43 et 7)1) ne
coïncident pas exactement (Cybèle est adorée dans l'ouest et le sud,
Attis en Bétique et en Tarraconaise), et, à une exception près, les
dédicaces n'associent jamais leurs deux noms. La religion d'Attis a
d'ailleurs, en Espagne, un caractère essentiellement funéraire (p. Г>6).
C'est en Lusitanie, dans la région de Trujillo, que Mâ-Bellone a drainé
le plus d'adeptes (chap. VI). A. Garcia y Bellido met cette
constatation en rapport avec le fait que Metellus établit son camp près de