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Culture matérielle ou expressions matérielles de la

culture ? Christian Bromberger Université de Provence.


bromberger.christian8@gmail.com. Marie-Luce Gélard
Université Paris Descartes. mlgelard@yahoo.fr
Ethnologie Française, 2012, 2, vol. 42
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Marie-Luce Gélard : La technologie culturelle, l’anthropologie ou la culture matérielle sont en réveil et j’en
veux pour preuve le débat que j’ai eu le privilège d’ouvrir avec Christian Bromberger à l’occasion des 40 ans de
la revue Ethnologie française. Cet anniversaire faisait par ailleurs écho à la sortie de l’anthologie des 35 ans
d’une autre revue, Techniques et Culture mettant les « cultures matérielles » au cœur de l’actualité pour
paraphraser le titre des deux volumes de la revue sus-citée. Je reprendrais la jolie formule de Gil Bartholeyns
pour interroger ce « continent perdu ou ce continent méconnu » [6][6] « 35 ans de Techniques et Culture », 4 mai
2011, Musée....

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Afin de relater brièvement le traitement de la culture matérielle dans la revue Ethnologie française, je
distinguerai plusieurs grandes périodes où l’intérêt pour les « objets » apparaît sous des angles multiples. Tout
commence donc au début des années 1970, l’anthropologie du monde rural est à la mode, la culture matérielle
qui s’y associe laisse une large place à l’examen des techniques agricoles : outillages agraires, araires, charrues,
moulins à vent, etc. Le champ d’étude concerne évidemment celui du monde agricole français. Au cours de cette
période, une production considérable s’intéresse aux rapports entre techniques et société, ouvrant le débat sur
l’importance de ces dernières et allant jusqu’au questionnement : « Les techniques déterminent-elles les
sociétés ? ». Je laisse le débat ouvert sur cette période de grande activité des recherches sur et à propos de la
culture matérielle.

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Au début des années 1980, on note l’apparition de la notion itérative de « patrimoine ethnologique » associé aux
musées. Le monde urbain (avec le numéro de 1982 intitulé « Anthropologie culturelle dans le champ urbain ») et
la vie ouvrière sont traités à travers le prisme des cultures matérielles spécifiques (mobilier, vêtements, savoir-
faire), mais au cours de cette décennie, le monde rural et les objets associés sont également présents, le
traitement du carnaval étant révélateur de cette zone interstitielle ville/campagne. En 1987, l’hommage à
Georges Henri Rivière met à l’honneur le questionnement autour du musée, qu’il soit musée-laboratoire, musée
régional ou écomusée.

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La fin des années 1980 et le début des années 1990 marquent la naissance d’interrogations plus thématiques et
moins orientées sur la culture matérielle, tels le corps, le racisme, l’apparence, le paysage, la couleur, la violence,
l’injure, etc. C’est en 1996 avec le numéro phare « Culture matérielle et modernité » que la technologie comme
champ d’étude est interrogée et réévaluée. Ce numéro offre une synthèse en proposant des définitions de l’objet
et de l’ethnologie des techniques. Il souligne la grande différence entre les ethnologues français qui s’intéressent
à l’action technique (processus opératoires) et les ethnologues anglo-saxons qui s’orientent vers l’usage des
objets fabriqués (leurs divers emplois) ; de plus, il a l’ambition de dépasser le clivage processus/usage en
utilisant les concepts de « carrière » ou de « biographie » d’objets. C’est à la vie des objets que ce numéro
s’intéresse, innovant durablement dans le domaine de la culture matérielle. Les articles interrogent
l’appropriation, le détournement mais aussi le paradoxe de « l’objet authentique » face à la consommation de
masse, thématique toujours réinterrogée par les anthropologues.

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Au début des années 2000, la revue consacre de nombreux textes aux musées d’ethnologie, à leur rôle, à leurs
mutations et ce dans tout le continent européen avec des excursions outre-Atlantique. Les articles sont d’une
grande diversité, depuis l’étude des nains de jardin à des thèmes plus complexes comme la condition matérielle
de la mémoire, l’intimité, les collections et leur devenir, ou l’examen de la muséographie contemporaine.

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Je terminerai cet aperçu du traitement du thème de la culture matérielle par Ethnologie française en insistant sur
la rupture soulignée avec force dans le numéro consacré à « L’Europe et ses ethnologies » où est abordée la
fermeture d’un côté provisoire et de l’autre définitive de deux grands musées (Musée de l’Homme et Musée
national des arts et traditions populaires, fondu dans le projet du mucem) : la question centrale reste celle des
rapports entretenus entre anthropologie et musée, déplaçant la culture matérielle du centre des débats à sa marge.
La destinée divergente de ces deux musées qui ont fondé l’institutionnalisation de la discipline anthropologique
n’est-elle pas parallèle à l’évolution de ladite discipline ? C’est dire l’enjeu des interrogations entre culture
matérielle, musées d’ethnologie et anthropologie culturelle. L’inventaire encyclopédique du monde est
désormais pensé comme caduc, le musée oscille voire vacille entre collecte et exposition des faits. Une gageure ?
Et j’interroge ce dualisme… Dès lors, la culture matérielle subit une profonde modification à la fois pragmatique
et épistémologique, la revue se faisant l’écho de ces questionnements.

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Avant de retracer l’historique de l’attrait pour la culture matérielle et ses implications, peut-on définir ce que
signifie précisément cette thématique de l’anthropologie ?

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Christian Bromberger : Les techniques, la culture matérielle (je reviendrai tout à l’heure sur cette notion) n’ont
pas été les tasses de thé de la revue dont le quarantième anniversaire nous réunit. Ou, pour être plus précis et plus
juste, on peut dire que les techniques de consommation, les objets et leurs usages ont occupé une large place
dans la revue, alors que la fabrication n’apparaît que plus sporadiquement. Bref, on a privilégié, dans Ethnologie
française, l’aval, plutôt que l’amont, l’après, plutôt que le pendant, de l’action technique. Témoignent de cette
orientation les numéros de la revue consacrés à l’architecture rurale [1973/1-2], au mobilier [1985/3], au linge de
corps et linge de maison [1986/3], à l’enveloppement textile [1989/1], à culture matérielle et modernité [1996/1],
aux cadeaux [1998/4], etc. Mais je n’oublie pas des articles consacrés à l’amont ou au pendant de l’action
technique, articles publiés dans des numéros de Mélanges, tel celui de Jean Nicourt [1971] sur la fabrication des
cloches fondues ou de Gérard Collomb [1977] sur les techniques agricoles en Savoie et dans le Beaufortin…

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Je reviens sur l’expression « culture matérielle » que je n’aime guère, même si je l’ai utilisée dans le numéro de
1996 que nous avions préparé avec Martine Segalen (ce numéro faisait suite à un colloque que Martine Segalen
avait organisé aux atp en 1994). Voici les raisons de mes réserves sur cette notion : il y aurait une culture
matérielle qui serait distincte de la culture intellectuelle, spirituelle. Or il n’y a pas de culture matérielle
autonome ; il y a des expressions matérielles de la culture. On a justement défini les objets comme de la pensée
solidifiée et Mary Douglas et Baron Isherwood [1978] disent tout aussi justement que les objets rendent visibles
les catégories de la culture. Dissocier ainsi le matériel et le symbolique en deux champs autonomes me semble
fort mal venu. Un calice relève-t-il du matériel ou du symbolique ? On voit les limites d’une telle coupure. Ma
seconde réserve vient de l’usage que font de cette expression nos collègues anglais et nord-américains. La
plupart de leurs travaux traitent des usages, voire de l’acquisition des objets fabriqués. Voici, par exemple, ce
qu’écrit Daniel Miller [2004 : 109] dans un récent article : « Une thèse pourrait avoir comme sujet l’impact de la
radio sur les mères célibataires ou les produits des cuisines ethniques dans les supermarchés. » On s’éloigne, on
le voit, de la matérialité de l’objet puisque ce sont les émissions plutôt que la matérialité et la forme de l’objet
radio qui sont le thème de l’analyse. À vrai dire, quand les ethnologues français et anglo-américains traitent des
objets et des techniques, ils partent d’horizons tout à fait différents. Cela mérite quelques explications. La Social
Anthropology, quand elle s’appliquait aux sociétés autres, n’a pas intégré dans son programme l’étude des
techniques, laissant ce domaine aux archéologues, aux muséographes ou, en anthropologie, aux rares héritiers du
diffusionnisme. La tradition française est tout autre ; l’ethnologie a pleinement inclus la technologie dans son
champ d’études, privilégiant l’analyse fine des processus opératoires menant à la fabrication des objets. Il suffit
d’évoquer les noms de Marcel Mauss [1950], d’André Leroi-Gourhan [1943-1945, 1964-1965], de Bertrand
Gille [1978], d’André-Georges Haudricourt [1962, 1987], de Lucien Bernot [par exemple, 1975] pour indiquer la
place qu’a tenue la technologie dans la tradition ethnologique française. Cette technologie s’est, pour ainsi dire,
construite contre l’objet, arbre masquant trop souvent la forêt des opérations préalables qui l’ont produit. Les
limites de cette focalisation sur les objets apparaissaient d’autant plus nettement quand on étudiait des
techniques, l’élevage par exemple, qui n’en utilisent guère. Héritiers de cette conception « lourde » de la
technologie, que l’on appliquait avec bonheur à l’étude de la fabrication domestique, à l’artisanat ou aux
différentes formes d’acquisition (chasse, cueillette, agriculture, élevage), les ethnologues français se sont
trouvés, pour ainsi dire, désarmés face à la complexité et à la sérialité de la production industrielle. Ce sont les
technologues professionnels, les ingénieurs, les sociologues des sciences et des techniques qui ont décrit, analysé
les processus industriels, tandis que d’autres sociologues, des psycho-sociologues, étudiaient les usages des
objets sériels. Les anthropologues anglo-saxons s’intéressant aux sociétés occidentales étaient, quant à eux,
indifférents à cette conception « lourde » de la technologie qui n’était pas dans leur tradition ; ils sont, par leur
formation, plus proches de l’économie et de la sociologie que de l’ethnologie à la française. On le ressent dans
l’usage des concepts, par exemple de celui de consommation. Pour Leroi-Gourhan, la consommation recouvre
les techniques de production de ces biens consommables que sont l’habitation, le vêtement, la cuisine ; dans
l’optique anglo-saxonne – plus proche de l’anthropologie économique –, la consommation se réfère à l’usage (et
à terme à l’usure et à la destruction) de ces produits, non plus donc à la construction mais à l’occupation des
bâtiments, non plus à la confection mais au port des habits, non plus à la préparation mais à l’absorption des
aliments. La Social Anthropology, dès lors qu’elle s’est tournée vers les sociétés de l’Occident moderne, a fait de
l’usage des objets un champ d’études privilégié, la notion de « culture matérielle » lui servant de cheval de Troie
pour pratiquer une technologie soft, sans larmes (l’étude de la consommation étant moins ardue que celle de la
fabrication). Voilà les deux raisons de mes réserves à l’égard de la notion de « culture matérielle » : la
dissociation du matériel et du reste, l’élimination de la fabrication au profit de la consommation (au sens des
économistes). Mais, pour finir, soyons plus œcuménique. La notion de « culture matérielle » peut englober les
différentes étapes de la « biographie », de la « carrière » des objets, en prenant en compte en amont les choix, les
« controverses », les « négociations », pour reprendre le vocabulaire de Bruno Latour [1991, 1992] qui
préexistent à leur conception et à leur fabrication ; les gestes, les outils, les savoirs et savoir-faire qui sont
mobilisés lors de leur façonnage ; en aval, la vie des objets de l’étal des marchands aux intérieurs des maisons
puis aux décharges ou aux vitrines des musées.

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M.-L. G. : L’interrogation sur la question matérielle en anthropologie est-elle influencée par les travaux de
chercheurs issus du courant marxiste ? Comment expliquer ce lien ou quel autre évoquer ?

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C. B. : L’ethnologie n’a pas attendu la diffusion du marxisme dans ses milieux pour s’intéresser aux techniques
et aux objets. Plusieurs traditions se trouvent à l’origine de l’intérêt pour ce domaine d’études et ces traditions se
sont parfois croisées et renforcées mutuellement ; l’une de ces traditions est celle des musées et, auparavant,
celle des cabinets de curiosités. Faut-il rappeler ici le rôle joué par le musée des atp et ses grands chantiers dans
l’étude et la conservation des techniques et des objets ? Une autre tradition nous vient des Encyclopédistes puis
des mesures prises sous la Convention pour valoriser les techniques et les « arts mécaniques ». Cela aboutira à la
création du Conservatoire national des arts et métiers en 1799. Cet intérêt pour les techniques a donc pu
s’intégrer dans un projet politique de valorisation, voire de réhabilitation des savoirs populaires, artisanaux ou
ouvriers. C’est ce que l’on retrouve, par exemple, dans les projets de Paul Rivet au moment de la création du
Musée de l’Homme. Celui-ci souhaite présenter, dans les galeries, la diversité des cultures, non pas seulement à
travers des « objets exceptionnels par leur qualité formelle, plastique », mais surtout à travers de « petites
choses », des objets du quotidien, qui rappellent « l’origine laborieuse » des civilisations. Le projet est à la fois
scientifique et politique. À l’époque où se créent le Musée de l’Homme et celui des atp, un autre courant joue un
grand rôle dans la prise en compte des techniques dans le programme de l’ethnologie et de l’histoire, c’est celui
incarné par l’École des Annales et par des historiens s’intéressant aux relations entre techniques et sociétés. On
pense aux travaux du commandant Lefèbvre des Noëttes [1924] sur les modifications du collier d’attelage de
l’Antiquité au Moyen Âge. On pense aussi aux travaux de Marc Bloch sur le moulin à eau [1935]. La phrase du
célèbre historien écrite en 1935 résonne encore dans la tête de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des
techniques : « Car il ne faut point s’y tromper : invention antique, le moulin à eau est médiéval par l’époque de
sa véritable expansion. » Pour lui, les structures sociales et les mentalités rendaient compte de ce paradoxe :
l’abondance de la main-d’œuvre servile était un frein à l’emploi du moulin à eau ; le « refuge » des paysans
« dans une merveilleuse inertie », l’indifférence des aristocrates à l’égard de la technique auraient contribué à
cette tardive diffusion. Selon Marc Bloch, ce sont donc les structures sociales et mentales qui pèsent sur le
développement des techniques. Cette thèse a été critiquée, ou du moins relativisée, par un grand ethno-historien
marxiste, nous y voilà, Charles Parain qui a apporté des contributions marquantes non seulement à l’histoire du
moulin à eau mais à toute une série de sujets abordés par les atp et dans Ethnologie française. Parain [1965]
montre que la diffusion du moulin à eau a contribué à l’implantation de nouvelles structures sociales, en
l’occurrence le féodalisme. Au lieu de manier pendant des heures la meule à main, le paysan, même serf, avait
intérêt à pouvoir utiliser, même au prix de redevances un peu lourdes, un équipement mécanique que ses moyens
personnels lui interdisaient de toute façon de posséder en propre. Il était donc amené à accepter l’ordre féodal.
Entre techniques et société, le processus est donc, si l’on suit Parain, dialectique : la cause agit sur l’effet, l’effet
agit sur la cause. Le développement des forces productives – dont font partie les techniques – provoque la
transformation des rapports sociaux, mais ces mêmes rapports sociaux exercent une influence déterminante sur
les forces productives. On doit aux marxistes d’avoir mis systématiquement l’accent sur les liens entre évolution
des techniques et transformations sociales [cf. Digard, 1979]. Mais si ce sont eux qui ont théorisé cette question
de la façon la plus systématique, ce ne sont pas les seuls à avoir apporté une contribution importante à l’essor de
l’étude des techniques. Je pense à plusieurs dialectologues, historiens et géographes : parmi les dialectologues,
les tenants de l’école austro-allemande des « mots et des choses », parmi les historiens et les géographes, Forde
[1934], Sorre [1948-1950], Daumas [1962], Forbes [1965], White [1969] en particulier. Ce dernier a montré, par
exemple, que l’adoption de l’étrier rigide, aux vii e et viii e siècles, a favorisé la formation d’une élite de cavaliers
et, de proche en proche, d’une société de chevalerie. Digard fait le point sur cette hypothèse dans sa récente
Histoire du cheval [2004].

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Bref, le courant marxiste a joué un rôle non négligeable dans le développement de la technologie dans les
années 1960-1970, mais ce ne fut pas le seul. À une période où fleurissaient les études sur la parenté et le
symbolisme, il n’était pas inutile de rappeler, avec Marx et Engels, que « pour vivre, il faut avant tout boire,
manger, s’habiller et quelques autres choses encore ».

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M.-L. G. : On connaît ensuite la place prépondérante et novatrice de l’œuvre d’André Leroi-Gourhan. Peut-on
dire qu’il a fondé une école de pensée spécifique ?

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C. B. : Leroi-Gourhan occupe une place à part dans l’histoire de la pensée ethnologique. Avec Haudricourt,
Parain, Gille, il a ancré la technologie dans l’ethnologie française. Les deux tomes d’Évolution et techniques,
L’homme et la matière et Milieu et techniques, ne sont pas des encyclopédies où l’on peut aller puiser des
renseignements sur tel ou tel outil attesté dans telle ou telle société. Or c’est souvent ainsi que l’on a utilisé cette
œuvre fondatrice. C’était évidemment tentant, vu l’immense culture technologique de Leroi-Gourhan. Mais ses
livres sont avant tout des œuvres qui jettent les bases théoriques et analytiques de la technologie comparée.
Celles-ci donnent un cadre général de classification des techniques, mettent en œuvre les notions de « tendance »
et de « faits techniques », l’une « universelle », « rectiligne », « prévisible », parce que liée à des contraintes
matérielles et fonctionnelles, les seconds « imprévisibles », « fantaisistes » parce que indissolublement liés au
milieu « particulier » dans lequel ils se produisent. Leroi-Gourhan met aussi en œuvre les notions d’efficacité, de
milieu technique, « baigné par les traditions mentales de chaque groupe humain », d’emprunt d’invention, de
convergences techniques. Vingt ans après la publication d’Évolution et techniques, il affinera dans Le geste et la
parole la notion maussienne de « chaîne opératoire », syntaxe organisée d’actions associant gestes, outils,
connaissances, aboutissant à la transformation d’une ou plusieurs matières premières en produit fabriqué. Leroi-
Gourhan ne s’est pas contenté d’une approche technicienne du fait technique. Il a porté une attention particulière
au style. « Les nuances, écrivait-il, sont l’élément définitivement significatif et l’esthétique au sens large pourrait
bien être une des clefs de l’ethnologie » [1968 : 1823]. Il ne concevait pas, par ailleurs, l’étude des techniques
comme un champ autonome, se suffisant à lui-même. « Le devoir le plus réel de l’ethnologie, écrivait-il, est
d’établir les faits en vue de leur assemblage significatif. »

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M.-L. G. : À la fin des années 1970, l’interrogation de Jean Baudrillard situe l’inclusion des objets dans le
domaine de leur consommation. Les mutations de la société en sont-elles la cause ?

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C. B. : Dès la fin des années 1960, Jean Baudrillard publiait Le système des objets [1968], un livre brillant où
sont analysées les corrélations entre statut social et types d’objets possédés. Vu sous cet angle, l’objet n’est plus
là simplement pour faire mais pour représenter. Le livre de Baudrillard s’inscrit dans une longue tradition,
représentée par Veblen [1971], Goblot [1967], Halbwachs [1970], tradition « différentialiste » dans l’approche
des objets qu’illustrera ensuite à sa façon Pierre Bourdieu dans La distinction [1979]. Il n’est pas étonnant que ce
genre d’études baudrillardiennes et post-baudrillardiennes ait fleuri dans les années 1960-1970 à une époque où
culmine la société de consommation. Pour rendre compte de cette consommation dispendieuse et ostentatoire
d’objets, on invoque volontiers l’ethnologie des lointains, le « potlatch » et l’interprétation qu’en donne Georges
Bataille [1949]. Mais l’analyse sémiologique des objets ne doit pas se borner à l’étude de ces démonstrations
ostentatoires. Les cadeaux offerts aux uns et aux autres confirment les rôles que l’on attend de chacun en
fonction de son statut. On n’offrira pas les mêmes objets à l’enfant, à l’épouse, au père de famille, etc. Ces
considérations nous amènent à rappeler à quel point les objets sont en étroite correspondance avec les âges de la
vie et les appartenances sexuelles. Il y a des objets masculins et des objets féminins. On remarquera, en suivant
Tabet [1979], Testart [1986] et en attendant la publication du livre coordonné par Anstett et Gélard, que, dans la
plupart des sociétés, plus les objets sont complexes, plus ils sont masculins ; plus ils sont simples, nécessitant
l’utilisation du corps en motricité directe, plus ils sont féminins. Très généralement aussi, les outils tranchants,
contondants (une flèche, un harpon, etc.), utilisés en percussion lancée, sont masculins, les outils agissant en
percussion posée (une râpe, une aiguille, etc.) sont féminins. Il convient donc de traiter les objets comme des
signes, ce qui ne consiste pas, comme le faisait peut-être trop facilement Baudrillard en analysant la société de
consommation, à leur dénier toute utilité.

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M.-L. G. : Que peut-on dire des revues sur le domaine : on pense naturellement à Ethnologie française mais
aussi à Objets et Mondes et Techniques et Culture, ou à d’autres ?

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C. B. : Bien des revues traitant de la culture matérielle ont été éditées par des musées ; on le comprend sans
peine. Outre Ethnologie française, il faut citer Objets et Mondes, la revue du Musée de l’Homme (de 1961 à
1988). Hors des musées, Techniques et Culture a apporté une contribution importante à la définition de ce
domaine d’études. La revue connaît aujourd’hui un second souffle. Toujours hors des musées, davantage centrée
sur le monde industriel, signalons l’importante revue Culture technique, dirigée par Jocelyn de Noblet qui a
publié 30 numéros de 1980 à 1994, avec des articles de Gille, de Cresswell, de Godelier, de Latour et de Leroi-
Gourhan qui tonne contre les « rapports hiérarchiques qu’entretiennent la technique et la culture ». Il écrit :
« Depuis 7 ou 8 000 ans, nous vivons dans la hiérarchie : guerrier, prêtre, artisan, paysan. » Il faut aussi
mentionner Terrain qui a publié, surtout pendant les premières années de son existence, des numéros spéciaux
sur les techniques et les objets. Je pense au numéro 2 [1984] sur l’anthropologie industrielle, au numéro 12
[1989], « Du congélateur au déménagement », au numéro 16 [1991] sur les savoir-faire, ou, plus récemment, sur
« Travailler à l’usine » [n° 39, 2002].

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M.-L. G. : Pierre Lemonnier, en 1984, souligne que des points stratégiques dans la chaîne opératoire modifient
et changent l’ensemble du processus. En quoi cela est-il important ?

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C. B. : L’ethnologie des techniques s’est renouvelée pendant ces 30 dernières années et vous avez raison de
mentionner le rôle qu’a tenu Pierre Lemonnier dans ce renouvellement ; il a notamment introduit dans son travail
sur Les salines de l’Ouest la notion de « tâche stratégique », notion qui désigne, je le cite : « certains moments
des processus techniques dont la réalisation met en jeu tout ou partie de l’action engagée ». Sera « stratégique »,
poursuit-il, « une tâche dont l’accomplissement est nécessaire à la poursuite des processus, c’est-à-dire qui ne
peut être différée, annulée, remplacée sans le perturber gravement » [Lemonnier, 1980 : 9-10]. Si l’on étudie les
rapports techniques/société, il est du plus haut intérêt de savoir qui a la maîtrise de ce type de tâche. Lemonnier
met aussi en œuvre la notion de système technique, que l’on doit à Bertrand Gille, et scrute les relations de
compatibilité et d’incompatibilité entre système technique et système social. Le renouveau des études sur les
techniques est aussi venu, dans les années 1980-1990, d’ingénieurs et de sociologues de l’innovation. Les
ethnologues de l’Europe étaient alors surtout préoccupés par la sauvegarde, voire le sauvetage, de techniques
menacées de disparition et ne s’étaient guère engagés sur le chemin de l’usine, du garage moderne, non pas donc
celui où on lime, perce, soude, mais celui où l’on change des pièces et dont le réseau auquel on appartient a le
monopole. Yves Deforge, dans sa Génétique de l’objet industriel [1985], Michel Callon [1986], Bruno Latour
[1991-1992] ont précédé puis accompagné les ethnologues sur ce chemin. Démontrant que l’acte technique,
même le plus moderne, est un tout associant indissolublement action sur la matière, représentations sociales et
symboliques, ils parlent de système socio-technique, définissent le fait technique comme un « tissu sans
couture » [B. Latour].

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M.-L. G. : Vous avez introduit le concept de « carrière d’objets » à la fin des années 1980. Pourriez-vous nous
expliquer le sens de cette modification profonde des manières d’envisager la culture matérielle ?

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C. B. : La notion de « carrière d’objets » [Bromberger et Chevallier, 1999] a été mise en œuvre dans le cadre du
programme de la mission du patrimoine ethnologique « Emprunts et innovations techniques », programme lancé
en 1992. Cette notion de carrière est proche de celle de « biographie d’objets » de Kopytoff [1986], de « vie
sociale des objets » d’Appadurai [1986], mais s’en différencie en ne bornant pas cette biographie aux usages
sociaux des objets, mais en intégrant leur naissance, leur mode de fabrication. Une attention particulière a été
prêtée aux processus d’adaptation des techniques à d’autres fins que celles auxquelles celles-ci étaient
préalablement destinées, de détournement de leur fonction initiale : comment des techniques dentelières
permettaient-elles de réaliser des prothèses ligamentaires, comment une rampe à désherber standard était-elle
adaptée à l’écartement entre cerisiers à l’aide de bouts de tuyau, de vieilles buses, de ressorts récupérés, etc. La
carrière d’un objet peut passer par des hauts et des bas comme celle d’un individu. Certains objets disparaissent
ou tombent en obsolescence, puis réapparaissent parés d’un nouveau lustre. Dans ces carrières d’objets les
phénomènes de « relances » de techniques ou d’objets traditionnels méritent d’être analysés ; d’où l’élaboration,
avec Denis Chevallier, d’une « relançologie », à la faveur de la publication du livre De la châtaigne au carnaval.
Relances de traditions dans l’Europe contemporaine [2004]. Ces techniques et objets relancés sont souvent de
« belles infidèles » par rapport à l’original, des compromis entre le « domestique » et le « marchand », des
passerelles entre la tradition et l’innovation. On n’oublie pas, dans l’étude de ces relances, les réseaux sociaux et
techniques qui les ont rendues possibles. Dans ces carrières d’objets, ne sont pas oubliés non plus les collections,
les passages de l’utilitaire au décoratif (telle la bassinoire qui servait à réchauffer les draps glacés et qui devient
un élément d’ornementation murale), les mises en vitrine ostentatoires dans le salon familial ou au musée, ou
encore la conservation intime au fond d’un tiroir.

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C’est une approche critique de la notion de patrimoine, mot-valise des années 1980-1990, qui a entraîné cette
analyse des carrières d’objets ; ceux-ci ne viennent pas, inchangés, comme souvent on les présente, du fond des
âges et des régions. Leurs transformations, modifications, changements de statut témoignent d’une histoire
fluctuante, une histoire qu’il faut instruire.

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M.-L. G. : Actuellement la muséographie et l’esthétique entretiennent un débat controversé, qu’en pensez-vous ?

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C. B. : Il y avait, aussi bien dans la galerie d’étude des atp que dans la salle des arts et techniques du Musée de
l’Homme, conçue par Anatole Lewitzky et André Schaeffner puis par André Leroi-Gourhan, une préoccupation
pédagogique et scientifique. Dans le premier cas (je me réfère, pour donner un exemple, à la vitrine, aux
alvéoles, au guide ethnologique consacrés à l’agriculture), le souci de camper la chronologie des travaux, les
types d’instruments utilisés, l’évolution des techniques ; dans le second cas, on voulait faire ressortir l’identité de
processus techniques qui pouvaient sembler très éloignés, bref il s’agissait de faire reconnaître une égale dignité
aux cultures et l’unité de l’Homo faber et sapiens. On était bien là dans le projet de Rivet soucieux de présenter
« des objets du quotidien, fabriqués grâce à l’ingéniosité d’obscurs artisans » [Laurière, 2008 : 417]. L’esthétique
n’est donc pas la préoccupation première des créateurs du Musée de l’Homme ni du musée des atp. On ne peut
dire la même chose du Musée du quai Branly. Les principes de sélection des objets retenus par Jacques
Kerchache et ses conseillers furent, je le cite : « Non pas des critères de rareté, de mode, de dimension, de
matière ou de date […] mais la qualité esthétique exceptionnelle des pièces rassemblées » [Viatte, 2006 : 32].
C’est ce même point de vue esthétisant qui est soutenu par Germain Viatte, conservateur du patrimoine et
historien de l’art, responsable des acquisitions et de la muséographie au quai Branly jusqu’en 2006. Celui-ci
– qui a pu faire acquérir 8 200 pièces au musée entre 1998 et 2005 pour la somme rondelette de 22 millions
d’euros – proclame sans ambages la priorité qu’il accorde aux critères esthétiques et le rôle très secondaire qu’il
accorde au contexte ethnographique. Il écrit : « Si nous étions hostiles à toute tentative de reconstitution du
contexte, ce qui nous paraît toujours fallacieux […], il nous a semblé, en revanche, extrêmement stimulant pour
le visiteur de souligner dans la clarté de la présentation l’intelligence et la beauté des solutions techniques, du
“design”, et de répondre aux orientations et préoccupations du monde contemporain » [Viatte, 2006 : 14]. Ce
parti pris esthétisant aboutit à la réalisation d’un magnifique musée, regroupant des chefs-d’œuvre des
civilisations océaniennes, américaines, africaines, asiatiques, mais ne rendant pas compte de la vie des hommes
sur ces différents continents. Comme l’écrit Christine Taylor [2008 : 682], « Branly récuse le modèle du musée-
miroir d’un discours scientifique ». L’ethnologie est évacuée : rien n’est dit – ou bien peu (à travers la
signalétique discrète qui flanque les vitrines) – des peuples mentionnés, de leur vie quotidienne, de leurs
ressources, de leurs techniques, de leur organisation sociale et politique, de leur système de valeurs, si bien que
le visiteur pourra sortir ébloui mais sans rien avoir appris des « conditions techniques de production des objets
exposés ni des univers symboliques dont ils sont les expressions » [Formoso, 2008 : 672]. Convenons, avec
Christine Taylor [ibid.] que « la dimension esthétique des pièces exposées » peut faire « fonction d’appât pour
stimuler l’imagination et le désir de connaissance du visiteur ». Mais ce n’est pas la visite d’une récente et très
belle exposition sur « L’Orient des femmes » qui convaincra de la totale pertinence de cette remarque. Y est
présentée, sous le haut patronage de Madame Carla Bruni-Sarkozy et sous la direction artistique de Christian
Lacroix, une remarquable collection de vêtements féminins de fête et de mariage. Rien n’est dit du contexte et le
risque est de faire croire à la diffusion généralisée de ces types de vêtements. Que l’esthétique ait sa place dans
un musée d’ethnologie sans nul doute, mais ne confondons pas musée d’art et musée d’ethnologie !

116

M.-L. G. : Les objets ont-ils perdu leur attrait ? Comment expliquer la perte d’intérêt au final récente pour un
domaine clé de l’anthropologie sociale ?

117

C. B. : Non, les objets n’ont pas perdu leur attrait, ni pour les gens ni pour les ethnologues ; il suffit de constater
le succès des vide-greniers, des « ressourceries », des achats et recherches d’objets sur Internet, et, côté
ethnologie, de l’intérêt pour la vie des objets, qu’illustrent plusieurs publications (je pense, entre autres, à celles
de Bonnot, 2002, et de Debary, 2002) pour ne pas conclure à l’agonie de ce domaine d’études qui recoupe les
préoccupations de « développement durable ». Bref il y a encore du pain sur la planche !

118

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