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L’Imagination

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I L’imagination, représentation singulière

Elle est intérieure à l’esprit car elle présente en son secret des images, et
extérieur car elle emprunte au monde extérieur des formes, des couleurs, des
mouvements. Peut-être avons-nous tort d’opposer l’imagination à la réalité.

A/ Vocabulaire

Imagination : faculté de produire mentalement des représentations sensibles


(images) distinctes des perceptions sensorielles et distinctes des concepts
abstraits.
Descartes désigne l’image comme la reproduction mentale d’une perception ou
d’une impression en l’absence de l’objet qui lui avait donné naissance.
Différence images et concepts : elles ont un contenu sensible et concret tiré
d’expériences sensorielles antérieures alors que les concepts sont des formes
abstraites appuyés sur le langage.
concept : représentation générale abstraite d’un ensemble d’objets entre
lesquels on reconnait une ressemblance (concept d’arbre)
Pour mémoriser un concept, chacun se sert d’une image qui lui est propre, tiré de
son expérience personnelle ou de sa culture (un chêne). En ce qu’elles sont
personnelles et sensibles, les images sont plus attrayantes et moins austères que
les concepts.

L’imagination évoque des images mais d’où ?


-du passé (images anciennes, souvenirs)
-du présent : l’imagination recompose des perceptions ou invente des formes
nouvelles (elle interprète les données sensorielles en l’absence de l’objet
responsable)
-au futur : l’imagination anticipe les conséquences d’une action
Chaque fois elle mêle son grain de sel aux représentations des objets et peut
tromper l’esprit

Imaginaire : ensemble des productions empruntées à des images, mentales ou


matérielles.

B/ La maitresse d’erreur et de fausseté

Pascal s’oppose à Descartes dont il rejette le rationalisme. Il en fait une critique


mêlée d’admiration « cette maitresse d’erreur et de fausseté », elle est d’autant
plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours. Elle a le grand don de persuader les
Hommes. « La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses » : la
raison ne peut pas séduire, elle ne peut pas enjoliver les choses, l’imagination
séduit ses fidèles, par des apparences fort attrayantes, alors que la raison reste
dans la sévérité.

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Image de Montaigne qui montre la supériorité de l’imagination sur la raison :
debout sur une planche au dessus d’un précipice, un philosophe est dominé par
son imagination qui lui donne le vertige. Aucun raisonnement ne pourra le
rassurer. « Plaisante raison qu’un vent manie, et à tous sens ! » ironie de Pascal.
Leçon d’humilité pour la raison à une époque où celle-ci prétendait tout régenter.

Nouveau regard sur l’Imagination grâce a Pascal, elle est vue comme une
puissance, il en fait la reine d’un peuple de crédule, «l’ennemie de la raison »

C/ Questions

Quels sont ses rapports avec les autres facultés de l’esprit telles que la mémoire
(passé), la perception (présent) et l’anticipation (futur) ?
Quel peut être son rôle ? (imagination pratique)

D/Les divergences théoriques

-la théorie cartésienne : simple faculté de reproduction des impressions


sensibles, soumise au fonctionnement du corps (théorie mécaniste)
Compris comme une faculté pauvre, qu’il faut apprendre à maitriser par la raison.
-la théorie contemporaine : Bachelard en fait une véritable puissance créatrice
indépendante de la perception. Les images seraient tirées d’archétypes
ancestraux
Compris comme une force d’ouverture à d’autres réalités et elle doit être
stimulée.

Pour Sartre, l’imagination est consciente, les images sont des intentions de la
conscience et ne recouvrent aucun mystère.
Pour Freud, l’imagination est en grande partie déterminée par l’inconscient
psychique (elle est poussé pas les désirs et utilisés par les rêves

Dangers de l’imagination ? Faculté libre et féconde ou cause de croyances


imaginaires, source d’erreurs et d’illusions ?
La religion chrétienne se méfie des idoles et condamne le culte des images mais
soutient que l’Homme est à l’image de Dieu et utilise métaphores et paraboles
de toutes sortes.

E/Question de méthode

Problème : l’imagination intervient dans le processus de connaissance… de


l’imagination, théoriser l’imagination c’est déjà l’imaginer !

II Imagination et perception

A/ Les différentes images

Platon se méfiait des images (=objet de la perception visuelle) et les situait au


plus bas degré de la connaissance. Il distingue image matérielles naturelles

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(reflets, ombre) ou artificielle (art) les images mentales sont plus insaisissables.
L’imagination ne ferait que prolonger la perception en notre esprit.

Le phantasma : effet du à la lumière terme péjoratif car superficiel et


inconsistant (Pour Platon, les comédiens)
L’eikôn (=copie) :déficiente par rapport au modèle (allégorie de la caverne) C’est
une image qui invite le regard à la dépasser pour aller voir l’objet dont elle est la
copie.
L’eidôlon (=idole) : parfaite, elle vaut par elle-même et prétend valoir pour
réalité. Image trompeuse. Ex de Platon dans Le Sophiste : un colosse en l’air
volontairement déformé pour qu’il soit bien proportionné aux yeux du spectateur
en bas.

B/ Les phénomènes et les simulacres

Selon Epicure nos sens sont la source de la connaissance. Cependant nos sens
produisent des illusions. Pour Epicure, ce ne sont pas les sensations qui sont
fausses mais les opinions que nous y ajoutons. Nos perceptions sensibles ne sont
pas a remettre en cause car elles captent bien les simulacres des objets perçus.

C/ L’Imago

Imago : masque mortuaire, l’image représente ce qui n’est plus la.


Afin d’authentifier un message deux amis grecs brisaient en deux morceaux un
tesson de poterie, un pour chacun. Pour envoyer un message, il confiait son
morceau au messager.
L’Homme est pourvu de la fonction symbolique, cad qu’il sait rapporter un signe
à une idée, faire correspondre un objet présent (un signifiant) et un objet absent
(un signifié)

D/ La méfiance envers les représentations

Avant Kant, méfiance envers l’imagination.


Selon Epictète, ce ne sont pas les événements qui troublent les hommes c’est
l’idée qu’ils s’en font. Pour les stoïciens, dès que nous sommes maîtres de nos
représentations, nous sommes libres, nous sommes maîtres de nos vies.

III L’imagination dans l’âme

A/ La théorie aristotélicienne de l’âme

A la différence de Platon qui morcelait l’âme en trois parties, Aristote soutient son
unité.
trois fonctions de l’âme : végétative (nutrition, croissance…), sensitive (5 sens et
imagination) et intellective (raisonnement et volonté). (Hiérarchie entre les trois).
L’âme intellective est purement humaine. Or « l’âme ne pense jamais sans
image » (De anima) donc elle a besoin de l’imagination.
L’imagination tient le corps à distance (aucun sens intermédiaire aux rêves).
L’imagination assiste l’intelligence.

B/L’image de Dieu
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L’Ancien Testament interdit la fabrication et l’adoration d’image. Pourtant la
Genèse dit que Dieu a crée l’home à son image. Dans l’Evangile de Jean, le Christ
dit : « qui m’a vu a vu le Père »
Chaque individu est une image imparfaite de Dieu mais peut, en prenant modèle
sur l’image parfaite du Christ, rejoindre Dieu.
Controverse iconoclaste pendant le Moyen-âge, Léon III puis son fils Constantin V,
empereurs de l’Empire romain d’Orient interdisent les icones au VIII siècle,
suivant la Bible. Mais selon les iconodoles, l’icône n’est pas une idole, on y
vénère à travers elle, la personne divine qui s’y présente. (lutte de pouvoir car
importance de la diffusion des images de Dieu dans les églises ou partout)

C/L’imagination dans l’âme chrétienne

Après avoir été crée à l’image de Dieu, l’homme a commis le péché originel. Par
là, il a dégradé l’image divine qui était en lui. Saint Augustin (dans De la Trinité):
« l’image de Dieu doit être réformé dans l’homme ». Thomas d’Aquin (dans
Somme théologique): « Quelquefois même les phantasmes dans l’imagination de
l’homme sont formés divinement : ils expriment plus les choses divines que
celles que nous recevons du sensibles, comme il apparait dans les visions des
prophètes »

Différences entre la sensation et l’intellection : la sensation a besoin d’un organe


corporel et la suppression de l’objet entraine la disparition de la sensation.
L’intellection demeure grâce à l’imagination qui retient l’image.

XVème siècle : Nicolas de Cues compare la pensée à un miroir vivant, un miroir


qui ne fait pas qu’enregistrer passivement les images, mais un miroir qui fait être
les notions.

IV L’imagination reproductrice

A/ La faiblesse de l’imagination

Pour Descartes l’imagination n’est rien d’autre qu’une faculté de reproduction.


L’imagination sert de médiation entre le monde extérieur et l’esprit. Le triangle
n‘existe pas dans le monde mais ce n’est pas non plus une invention de mon
esprit. C’st donc une nature vraie et immuable, une essence indépendante de
mon esprit et qui a ses propriétés nécessaires.
Il distingue imaginer et concevoir.
Descartes disqualifie l’imagination comme bien inférieur à l’intellect car si on
peut concevoir un chiliogone (polygone à mille cotés), on ne peut l’imaginer.
De plus elle est responsable d’une partie de nos erreurs, l’erreur n’est imputable
ni à la volonté ni à l’entendement qui sont parfait. L’imagination trouble la
volonté en la poussant à ne pas respecter les limites de ce qui est
compréhensible par l’homme. Les philosophes rationalistes (Descartes) pensent
doc qu’il est possible avec un peu de vigilance et une connaissance des ruses de
l’imagination d’éviter ses illusions et d’assurer la maitrise de la raison sur les
images.

B/ Malebranche (1638-1715)
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Pour lui, l’âme est obscure. L’esprit peut être troublé par l’imagination, puissance
envahissante qui brouille les rapports à la réalité et à soi-même. L’imagination
est un processus corporel, soumis au flux des esprits animaux. Ceux-ci sont
constitués des plus petites parties du sang qui circulent dans le sang et
parviennent au cerveau. (Théorie mécaniste de l’imagination). Selon lui, les
femmes ont un cerveau dont les fibres sont plus délicates, c’est pourquoi elles
sont plus sensible dans les affaires de gout. Mais du coup « tout ce qui est
abstrait leur est incompréhensible ». L’habitude creuse des sillons profonds (une
maladie dont tout le monde parle reste toujours à l’esprit). Même les personnes
savantes se laissent tromper par leur imagination.
Imagination forte : constitution d’un cerveau tellement marquée par certaines
images qu’ils ne peuvent pas penser à autre chose. Ceux qui ont reçu ces fortes
impressions sont les fous.

C/ Leibniz ( 1646-1716) et Spinoza (1632-1677)

Leibniz voit dans le fanatisme religieux un effet d’une imagination agitée.


L’enthousiaste croit qu’il a reçu une révélation divine, sans aucun recul critique.
(Le fanatique est celui qui ne croit pas assez pour laisser les autres douter)
Spinoza voit dans l’imagination une affection passive de l’âme par le corps. Pour
Spinoza, certes l’imagination est trompeuse en nous faisant croire par exemple
que le soleil est plus proche de la terre qu’il ne l’est mais c’est à l’esprit de
corriger cette erreur et de se défaire de l’emprise de l’imagination. On ne peut
pas demander à celle-ci de dire le vrai.

D/ L’association des idées

L’empiriste David Hume (1711-1776) prétend rendre compte de façon


scientifique de son fonctionnement. Pour lui les idées ne sont que « les images
affaiblis que laissent les impressions dans la pensée et le raisonnement. Il
soutient que nos idées ont leur source dans l’expérience sensible. Ainsi le
principe de causalité n’est qu’une croyance due à l’habitude.
Hume énonce le principe du mouvement des idées : elles s’associent selon la
ressemblance, la contiguïté (dans le temps et l’espace) et la relation cause à
effet. « Même dans nos rêveries les plus désordonnées (…) nous trouverons, à la
réflexion que l’imagination ne courait pas tout à fait à l’aventure.
Nos sentiments passent aisément d’un objet à un autre quand ils sont proches ou
ressemblants.

Malebranche : « Elle jette le trouble dans toutes les idées de l’âme par les
fantômes qu’elle produit »

V L’imagination créatrice

Gaston Bachelard (1884-1962). Pour la tradition classique les images ne seraient


que des dérivés de la perception, tableaux figés, reçus, emmagasinées dans la
mémoire puis restitué et simplement recombinés par l’imagination.

A/ Contre l’imagination reproductrice

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Elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception.
Moteur de création qui transforme, libère. L’imagination ne travaille pas des
images toutes faites ; elle ouvre et crée un nouveau monde ; elle crée un
imaginaire. « Le vocable fondamental qui correspond à l’imagination, ce n’est
pas image, c’est imaginaire ». L’imagination, c’est l’esprit se dégageant de la
réalité.

B/ La mobilité des images

Pour Bachelard, les images sont mobiles. Par l’imagination nous abandonnons le
cours ordinaire des choses. Percevoir et imaginer sont aussi antithétiques que
présence et absence. Imaginer c’est s’absenter, c’est s’élancer vers une vie
nouvelle.

C/ La fonction de l’irréel

Certains poètes ne font que déguiser le réel mais au moins ils ont le mérite de
changer notre regard sur la réalité. D’autres poètes nous emmènent
véritablement dans le monde de l’imaginaire. Le flux du psychisme imaginant
amène le lecteur au pays de l’infini, là où « l’imagination s’affirme comme
imagination pure ».
« Un être privé de la fonction de l’irréel est un névrosé aussi bien que l’être privé
du sens du réel ».
C’est une fonction essentielle. « Le monde vient s’imaginer dans la rêveries
humaine » cad l’image n’est pas l’objet du verbe imaginer, elle en est le sujet.
C’est l’image qui s’imagine en nous.

D/ Le droit de rêver

Le royaume des images n’est pas celui des concepts, où tout est bien défini une
fois pour toutes. Selon les images sont commandées par les éléments
fondamentaux de la matière (terre, eau, air et feu).
Bachelard réclame un droit de rêver. Dans La Terre et les rêveries de la volonté,
Bachelard regrette la domination de la vision sur le rêve dans notre culture.
Bachelard ne nous recommande pas de s’adonner au rêve nocturne dans lequel
le sujet est passif (ex : un rêve me visita). Il faut une rêverie guidée par les
mouvements du corps au contact de la matière. Le droit de rêver est le droit de
vivre éveillé les images de la vie réelle.
La poésie est une invitation aux images par le biais des mots (Proust et ses noms
de ville). Les mots ne décrivent pas les images, ils les font rêver aux lecteurs.
L’Air et les songes : « L’imagination, en nous, parle, nos rêves parlent, nos
pensées parlent.

VI Les expériences imaginaires en science

Homme de science : esprit rationnel, fermé à l’imagination ?

A/ L’imagination dans la recherche

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Le chercheur doit imaginer une nouvelle explication. Ex : Lavoisier observe que le
poids du plomb calciné est plus lourd que le plomb. Or on expliquait la
combustion come une perte d’une substance que l’on pouvait apercevoir dans
les flammes. Lavoisier imagine que la combustion est une fixation d’un corps de
l’atmosphère sur le corps en combustion. Puis il s’agit de vérifier l’hypothèse en
la confrontant à la réalité au cours d’une expérience.
De nombreux savant ont eu recours à des expériences dites imaginaires. Ernest
Mach les appelle « expérience de pensée ».

Ex : Galilée veut montrer que dans le vide tous les corps tombent à la même
vitesse, quel que soit leur poids. Il va observer que les vitesses sont de moins en
moins différentes dans des milieux de moins en moins résistants puis il admet
que c’est vrai dans le vide.

B/ L’intérêt et les limites des expériences de pensée


Intérêts des expériences de pensée:
-facile : exemple des atomistes comme Démocrite, Epicure et Lucrèce : en voyant
les fines poussières de l’air s’agiter dans un rayon de soleil, ils pouvaient
facilement concevoir par analogie la notion d’atome. Objet pensé et non
réellement observé.
-simplifie le réel en idéalisant les conditions expérimentales
-résultats clairs car produit du raisonnement pur

Limites :
-danger de la caractérisation à outrance (oublier des paramètres difficiles à
imaginer)
- arbitraire du raisonnement à l’abri d’une infirmation par l’expérience

D/ L’expérience fictive sur ordinateur

Cela introduit un intermédiaire de plus entre le chercheur et la réalité. L’accès au


réel est reculé d’un cran (ex : dans les transports on se fie plus aux capteurs que
à la vue). L’ordinateur est incapable d’inventer. La simulation est une
construction de l’imagination humaine, non de la machine.

VII L’imagination débridée : monstres, chimères et autres sirènes

A/ Les monstres

La monstruosité : ce qui déroge à la règle à l’ordre naturel voulu par Dieu. Le


monstre effraie car on n’y reconnait aucune forme connue. L’imagination est
facilement séduite par la monstruosité, il suffit de créer des êtres avec des excès
ou des manques (gorgone, androgyne,, cyclope, pygmée…). On peut aussi
combiner les formes empruntées à diverses créatures (chimère).
Montaigne (1533-1592) : tolérance : « Nous appellons contre nature ce qui
advient contre la coustume »

B/ Le monstre, une laideur qui signe le mal ?

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A travers la question des monstres se pose la question de la responsabilité de
Dieu dans l’existence du mal. « Les voies de Dieu sont impénétrables ». Or la
monstruosité n’est pas nécessairement laide, ni symbole du mal (licorne). La
valeur de la laideur semble dépendre d’autres valeurs ; la conformité aux critères
formels (symétrie, proportions…) compte moins que la conformité aux règles
morales. (Quasimodo/Mata Hari)

Esprit du merveilleux présent dès l’enfance chez l’Homme : croyance en


l’existence en des choses étonnante (miracle ex : guérison des écrouelles par le
toucher du roi). On doit distinguer le merveilleux, dans lequel le surnaturel est
accepté, du fantastique, dans lequel le surgissement du surnaturel fait peur. Le
merveilleux est tout entier dans l’imaginaire ; le fantastique reste ancré dans la
réalité.

C/La fabrique de chimères

Aujourd’hui, variante de la monstruosité : les chimères. En biologie la


monstruosité ne recouvre pas toutes les anomalies, mais seulement celles qui
empêchent la vie.
Chimère : organisme possédant deux ou plusieurs génotypes, comme une souris-
rat, un mouton-chèvre. Mais jusqu’où peut-on aller ? Le verbe « pouvoir » ne
désigne pas tant la possibilité technique que la permission. C’est réduire l’être
vivant à une simple mécanique transformable.

D/ L’Homme aux prises avec l’animalité

La peur des monstres exprime la crainte ancestrale d’un retour à la nature. La


peur des chimères pourrait exprimer la crainte humaine d’être dépassé par ses
propres inventions. Est tout simplement l’homme qui ne sait pas s’opposer au
« pourquoi pas » ? La peur des rationalistes à l’égard de l’imagination n’est ce
pas la peur de l’homme à l’égard de lui-même ?

VIII L’imagination comme fonction schématique

La pensée s’appuie couramment sur des images, car elle est sensible à la
ressemblance et à la répétition. Une ressemblance est une identité partielle entre
deux termes. En littérature on usera de métaphores, cad de transfert de sens par
substitution analogique. Allégorie : image dont les détails correspondent aux
traits de l’idée qu’elle représente. L’imagination n’est pas qu’une faiseuse de
désordre ; c’est aussi une précieuse auxiliaire de la raison.

A/ Les rêveries géométriques de Fontenelle

Opinion commune : les mathématiciens sont de purs raisonneurs et taisent leur


imagination. Einstein nous dit que c’est faux !

Ex de Fontenelle : il utilise des métaphores, qui frôlent la personnification des


objets géométrique. La description des courbes peut porter à la rêverie.

B/ La fonction cognitive de l’imagination

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Kant est le premier à lui conférer un rôle positif dans la connaissance. Il insère
l’imagination entre l’intuition sensible et les concepts de l’entendement. D’un
coté les intuitions sont trop empiriques, trop dépendantes de l’expérience. De
l’autre coté, les concepts sont trop abstraits. Le rôle de l’imagination est
d’homogénéiser la matière sensible et la forme intelligible, faire le lien entre les
phénomènes et les concepts.

Schème : représentation d’un procédé, d’une règle de démonstration qui rendra


applicable un concept à son objet. (Arithmétique : nombre= schème de la
quantité)

Symbole : représentation sensible plus complexe car il repose sur une analogie,
cad une ressemblance entre des rapports et des termes. (Algèbre, grandeurs=
symboles)

Figure : représentations dans l’espace, l’esprit humain n’est seul à décider de ses
objets, déterminés maintenant par les lois de l’espace.

La figure est moins libre que le symbole, lui-même plus complexe que le schème.
Donc l’imagination est une faculté libre mais elle doit compter avec les règles de
l’entendement.

C/Les hypotyposes

Kant : A l’ origine, ce mot désigne une empreinte en creux laissée, par exemple,
par un sceau. C’est ce qui impressionne, frappe l’esprit. En littérature, c’est une
description animée et spectaculaire d’une cène ou d’un personnage. Différent
d’un exemple : les hypotyposes rendent sensibles des concepts abstraits, alors
que les exemples ne font qu’illustrer des concepts empiriques directement
observables dans la nature. Pour Kant, c’est d’abord « une opération consistant à
rendre sensible quelque chose », c'est-à-dire à associer une intuition à un
concept. En philosophie, ce sont les symboles pour la réflexion : fondement
(construction), découler (fleuve).

Descartes utilise de nombreuses images architecturales. Les hypotyposes aident


le philosophe à présenter ses concepts et permettent aux lecteurs d’appréhender
la philosophie par le biais de l’imaginaire. Ainsi, malgré leur abstraction
apparente, les disciplines ardues (maths, philo) font abondamment appel à
l’imagination pour aider la réflexion par des auxiliaires sensibles.

IX La conscience imageante

Dans les théories classiques, l’image est présenté somme un tableau intérieur
qu’il s’agirait de déchiffrer

A/ La critique de la représentation

Jean-Paul Sartre (1905-1980) : deux ouvrages : L’imagination (1936) et


L’Imaginaire (1940). Dans le premier il passe en revue les théories classiques
pour en faire la critique. Il leur reproche, en confondant l’image avec la trace
d’une perception sensible d’un objet, d’avoir chosifié l’image. Dans le second il
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expose sa propre conviction de l’imagination.
Henri Bergson (1859-1941) « Une image peut être perçue, elle peut être présente
sans être représentée ».(Matière et Mémoires) Mais il réduit l’imagination à la
mémoire. Or il existe des images qui n’ont rien à voir avec le souvenir. Le
jugement de Sartre est net : « Bergson n’apporte aucune solution satisfaisante
au problème de l’image »

B/ La phénoménologie de l’imagination

Sartre opte pour la méthode phénoménologique de Husserl. C’est l’étude des


phénomènes, cad de ce qui se manifeste à la conscience d’un sujet, et donc on y
observe comment la conscience s’apparait à elle –même. Cela repose sur
l’axiome consistant à définir l’être humain comme conscience.
Sartre s’efforce de penser l’image indépendamment de son contenu sensible
(formes, couleur donc chose). Si l’on considère que l’image est partie prenante
de la conscience, alors « elle est spontanéité pure, cad conscience de soi,
transparence pour soi et elle n’existe que dans la mesure où elle se connait. »
1. L’image est une conscience. Toute conscience est conscience de quelque
chose. L’image mentale de la chaise est un certain vécu de conscience, à ne pas
confondre avec la chaise matérielle. Celle-ci est l’objet visé par l’imagination
mais « la chaise n’est as dans la conscience. Pas même en image. »
Notion d’intentionnalité qui fait de l’image un acte. « L’image ne saurait donc
désigner que le rapport de la conscience à l’objet.
2. L’image est une « quasi-observation ». A la différence de la perception qui
peut être améliorée en prolongeant l’observation de l’objet, l’image donne
d’emblée un savoir immédiat de l’objet. Il n’y a dans l’image que ce que j’y ai
mis, on ne peut rien apprendre d’une image qu’on ne sache déjà »
3. « La conscience imageante pose son objet comme néant » L’imagination pose
l’objet, soit comme absent, soit comme non existant, soit elle s’abstient de poser
l’objet comme existant.
4. L’image est spontanée : la conscience imageante se donne d’emblée

C/ La pauvreté de l’image

Image : pauvre production de la pensée, elle n’apporte rien à la connaissance.


Mais « la conscience compréhensive peut dans certain cas adopter la structure
imageante ». Alimente les croyances

Finalement l’image est confondue avec le mot. On est loin d’une image animée,
ayant sa vie et son contenue propres. (Pourtant Sartre est contemporain des
surréalistes)

X La mécanique imaginaire des mythes

A/ L’analyse structurales des mythes

Une structure est un agencement d’éléments, tel que la totalité des éléments et
de leurs relations forme un système autonome. Claude Lévi-Strauss (1908-
2009) analyse les liens de parenté, coutumes culinaires, autres productions
culturelles et notamment les mythes. Récits qui se rapportent aux origines des
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peuples, semblent fantaisistes, rendre compte de l’origine des choses et de
résoudre des problèmes hétérogènes. Lévi-Strauss considère qu’il y a une
logique : il faut le décomposer en mythème (= ensemble de propositions simples
qu’on peut réunir par la ressemblance de leur contenu (liens forts dans une
famille ou au contraire rapports violents)

B/ La théorie sémiologique des mythes

Roland Barthes, Mythologie analyse les mythes contemporains (le catch, le


bifteck, Einstein, le Tour de France...) Le mythe est un récit qui fait appel à
l’imagination, qui fait l’objet de croyance collective. Le mythe relève de la
sémiologie : l’étude des signes. Tout signe est composé d’un signifiant (trace
acoustique, visuelle, tactile du signe dans le cerveau) et d’un signifié (concept
désigné par le signifiant)

Ex : Abbé Pierre (barbe qui implique liberté, apostolat, charité..) Toute cette
construction de signes rassemblés sur un même personnage produit un effet
considérable, qui, non seulement le rend célèbre mais aussi répond a une
demande sociale, a une consommation de signe. « je m’inquiète pour une société
qui consomme si avidement l’affiche de la charité qu’elle en oublie de
s’interroger sur ses conséquences, ses emplois, ses limites.

Barthes insiste sur le fait que la forme déforme le sens, l’appauvrit et n’en garde
que les aspects les plus simples. Par exemple les photos de couverture des
magasines sont destinés à frapper le lecteur et sombrent souvent dans un
symbolisme pauvre.

Signifiant Signifié

Langue sens : photo soldat noir faisant le concept : la francité et la militarité


salut militaire français

Mythe Forme : un nègre-soldat concept : l’Empire français

Signification : La France ne discrimine pas ses enfants

C/ Mythes et croyances

Structure inconsciente

Le producteur part d’un signifiant pauvre (nègre-soldat qui salue) et le laisse


remplir d’un signifié riche (symbole de l’impérialisme français)

Le mythologue part de la richesse du signifié en analysant la déformation subie


par le signifiant.

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Le consommateur ne distingue pas le signifié du signifiant mais reçoit la globalité
de la signification, sans aucun recul critique.

La critique sémiologique débouche nécessairement sur une critique des


idéologies diffusées par les images.

XI La dynamique des images

Longtemps l’on a confondu les images avec les perceptions sensibles et avec les
souvenirs, faisant d’elles des tableaux fixes et sans vie (imago : empreinte figée
du visage d’un mort)

A/ La réhabilitation de l’imagination

Gaston Bachelard avait rompu avec cette vision restrictive. Selon lui
l’imagination infantile est d’abord très riche et c’est le passage progressif vers la
langue et la culture qui la rétrécit. La puissance de l’imagination se mesure aux
obstacles épistémologiques qu’elle interpose entre la raison et la connaissance
objective : obstacle animiste qui consiste à attribuer à des objets inertes des
propriétés des organismes vivants (Au 18ème rouille=maladie du fer), beaucoup
d’images telles que terre=organisme.

Bachelard avance deux principes : l’imagination est dynamique, elle déplace et


organise les images et homogénéise le mouvement des images.

B/L’organisation et le mouvement des images

Bachelard sensibilité perceptive : Nous croyons spontanément dans l’existence


de substance derrière les phénomènes naturels. C’est pourquoi il s’appuie sur les
4 éléments et en fait des axiomes classificateurs des images. « Les 4 éléments
sont les hormones de l’imagination » Mais tout symbole est ambivalent. A la fin
de ses recherches Bachelard préféra axer ses catégories d’image sur les
mouvements à la place des éléments matériels.

Bachelard s’est beaucoup inspiré de Robert Desoille, qui a inventé la pratique du


rêve éveillé dirigé. Méthode thérapeutique qui consiste à proposer une image de
départ à un patient, qui resté éveillé, et à l’inviter à associer le plus
spontanément possible toutes les images qui lui viennent à l’esprit ; il invente un
scénario qui ressemble à un rêve. (maison/foyer/ventre/chaleur…). Thèmes=
Archétype : développement de modèles collectifs très anciens. Selon Carl Jung,
un archétype est un symbole universel qui sert de modèle idéal (à la fois collectif,
présent dans toute les cultures et inconscient)

C/ « Les structures anthropologiques de l’imaginaire » livre publié en 1969

Gilbert Durand né en 1921 se réclame de Bachelard mais aspire une


classification plus convaincante. L’imagination est marquée par les gestes de
l’enfant en direction de son milieu. Il découvre trois gestes primordiaux (le
redressement du corps et de la tète qui oriente la perception visuelle selon l’axe
de la verticalité, la succion associée à la déglutition qui oriente les reflexes
sensori-moteurs liés à la nutrition, l’accouplement)
12
La dominante posturale oriente les images vers les objets verticaux et lumineux,
la dominante digestive dirige les images creuses et profondes. La dominante
sexuelle canalise les images cycliques, rythmées et les images de frottements.

Le mythe est « un système dynamique de symboles, d’archétypes et de


schèmes, système dynamique qui, sous l’impulsion d’un schème, tend à se
composer en récit »

XIII L’imagination onirique

Pour Sigmund Freud (1856-1939), « l’interprétation des rêves est la voie royale
qui mène à la connaissance de l’inconscient dans la vie psychique »
L’interprétation des rêves

A/ Le rêve et le sommeil

Sommeil : rupture avec le monde extérieur et un retour à l’état de sécurité connu


lors de la vie intra-utérine (sécurité, ses inhibitions sont alors levées).
Le rêve remplit une fonction vitale : si l’on empêche un chat de rêver en
interrompant chaque phase de sommeil paradoxal (phase de la plus intense
activité cérébrale pendant le sommeil, durant laquelle il semble très probable
que se déroulent les rêves), celui-ci devient fou.

B/ L’essence du rêve

Selon Freud, le rêve est la tentative de réalisation déguisée d’un désir refoulé. Le
cauchemar est un rêve second, en réaction à un premier rêve exprimant trop
franchement un désir interdit.

C/ L’élaboration du rêve

Deux niveaux de signification des rêves : un contenu manifeste, c’est le rêve tel
qu’on en a le souvenir (la censure a abrégé le message, par l’oubli et un contenu
latent, c’est la signification cachée du rêve. Son but est de parvenir à exprimer
un désir interdit sans que cette expression soit censurée.

1) La condensation : consiste à relier différents éléments latents pour les faire


représenter par un élément manifeste (et inversement)

2) Le déplacement : des éléments manifestes importants sont souvent sans


conséquence dans le rêve latent.

3) La contradiction consiste à représenter un élément par son contraire.


L’inconscient ignore complètement les lois de la logique.

XIV L'imagination au pouvoir

A/ La diffusion d'images

13
Une grande difficulté de l'exercice du pouvoir: le légitimer. Le chef doit frapper
l'imagination du pouvoir, il lui faut inventer des images pour à la fois légitimer et
manifester son pouvoir. Il faut faire croire à son omniprésence, représenter les
signes de l'autorité (coiffe, sceptre...). Ex: art égyptien= art officiel de la
représentation du pouvoir. De même les empereurs romains ont choisi de figurer
sur les pièces de monnaie.

Il faut que le peuple soit persuadé de la supériorité du chef en diffusant des


images mentale (récit mythique, origine divine...), des images rhétoriques
( empereur Auguste, époque de JC= « père de la patrie »)

B/ La fonction unificatrice du mythe politique

La fondation de Rome commence par la violence animale qui réside dans


l'homme avant qu'il vive en cité. La fonction de la ville est de contenir cette
violence, en posant des limites. Paradoxe: Concentre une tel foule augmente le
risque de violence. La ville doit instaurer un ordre de vie collective et instituer
des lois et une police.

C/ La comédie du pouvoir

Nicolas Machiavel ( 1469-1527) introduit une rupture avec la morale chrétienne


dans le Prince (1513), ouvrage de pratique politique pour se maintenir au
pouvoir. Cela exige des mises en scène: un prince doit se faire craindre et faire
tuer ses ennemis s'il le faut. Mais il doit éviter la haine. Machiavel conseille le
culte des apparences qui joue sur l'imagination du peuple. 5 qualités morales
qu'il doit sembler avoir: la bonté, la clémence, la piété, la fidélité et la justice.
L'exercice du pouvoir requiert le maniement des images des images. « Les
Hommes en général jugent plus par leurs yeux que par aucun des autres sens ».
Dans ses actes, le Prince doit tenir ses qualités à distance et faire le contraire
lorsqu’il le faut. Pour cultiver leur image, les princes ont souvent recours à des
surnoms (Philippe le Bon...)

On pourrait objecter que la tromperie sur les apparences ne dure qu'un temps
mais Machiavel rappelle que les hommes sont crédules.

D/ La scène du pouvoir

Michel Foucault (1926- 1984): Le pouvoir est constitué progressivement par


délégation, voire par abandon de ses possibilités de réaction au profit d'un
meneur. Ce n'est pas quelque chose que l'on possède.

XV L’imagination technique

De nombreuses inventions correspondent à des vieux rêves de l’humanité. Ex :


mythe grec d’Icare exprimant le vieux rêve de voler, réalisé par l’aviation à la fin
du 19ème, mythe de Prométhée..

A/ L’imagination inventive
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1) La découverte (science) : révéler un objet nouveau qui existait avant d’être
découvert. Il n’est nouveau qu’à la connaissance humaine (Pascal
découvre le vide)

2) La création (artistique) : produire des idées nouvelles. La part du sujet y


est essentielle : le créateur cherche à s’épargner le raisonnement
intellectuel et compte sur sa spontanéité.

3) L’invention (technique) : réaliser effectivement un objet inédit. Ex de


Gutenberg et de l’imprimerie en 1455.

B/Le mythe de Prométhée

Dans Les travaux et les jours et Théogonie d’Hésiode

Par son nom, « le prévoyant », Prométhée désigne le technicien qui sait anticiper
les effets. Il révèle aux hommes les secrets du feu, de l’art de travailler le bois et
le métal, l’écriture, la domestication des animaux qu’il a volés aux dieux. Il
incarne la lutte de l’intelligence et de la ruse contre la force et la violence.
Hubris, il veut bouleverser l’ordre naturel et donner aux mortels des armes trop
puissantes.

Les autres mythes rapportant des inventions techniques comportent tous la


punition de l’inventeur.

C/ L’imagination au service de l’intelligence

L’intelligence est l’instrument dont l’homme se sert pour trouver des solutions et
pour agir : elle requiert la représentation consciente et claire des données du
problème : objectif ? Obstacles ? Il faut pratiquer l’analyse (17ème, Descartes). Au
lieu de rester bloquer devant une difficulté, il faut donc imaginer la solution
obtenue, puis remonter peu à peu aux conditions nécessaires pour réaliser cette
solution. L’imagination sert à présenter à l’esprit de l’inventeur l’anticipation
d’une solution.

Gilbert Simondon (1924-1989) donne l’exemple du rocher obstruant la route : il


faut imaginer le chemin dégagé du rocher, puis chercher les forces disponibles
pour le pousser. L’imagination propose plusieurs solutions que l’intelligence
examine afin de retenir la meilleure. L’invention nait peu a peu de la dialectique
entre imagination et intelligence. Aucune machine n’est capable d’inventer une
solution, car elle est dépourvue de toute représentation et de toute innovation.

Ex : Léonard de Vinci (15ème), dans l’esprit de la Renaissance, il ne conçoit pas la


connaissance sans utilité concrète. Son imagination lui permet de mettre au
point des ruses et ainsi, suivant Descartes, « de nous rendre comme maitre et
possesseur de la nature ».

D/ La dématérialisation

Internet transporte les fichiers à une vitesse proche de celle de la lumière.


Dématérialisation car la vitesse annihile la matière. Pas de réalité spatiale, ni
15
temporelle. Les œuvres de l’humanité sont peu à peu transformées en impulsions
lumineuses. Cette nouvelle technique ouvre un espace quasi-illimité et encore
inconnu à notre imagination.

E/ Le virtuel

Le virtuel est une tromperie consentie, une simulation du réel. C’est ce qui
n’existe qu’en puissance et non en acte, simplement comme une possibilité. Ex :
la statue est virtuelle dans le bloc de marbre. Cette virtualité réclame une mise
en œuvre, un travail, sinon le virtuel n’apparait pas. Le virtuel est encore irréel.

Le joueur de jeux vidéo se prend pour un héros mais pas de matérialité : il peut
recevoir une blessure sans aucune douleur, comme dans un rêve.

Une fiction est un récit inventé mais qui se fait passer pour réel.

XVI L’imagination aliénante

A/ L’illusion

Le prestidigitateur fait passer une apparence pour la réalité. Illusion réussie car il
y a erreur sur la réalité qu’il fallait percevoir. Selon Freud, il faut prendre en
compte le désir dans l’illusion. Nous désirons y croire. L’Avenir d’une illusion.

B/ La critique de la religion

Karl Marx s’en prend à la religion, comme représentation imaginaire et


trompeuse du monde. Elle est un produit purement humain, c’est « le sentiment
de soi qu’à l’homme qui ne s’est pas encore trouvé lui-même ». La religion ne
permet pas d’avoir une conscience lucide de la réalité mais au contraire elle est
« une conscience inversée », fruits de désirs et de l’imagination d’êtres en
souffrance. Pour s’épanouir, ils s’inventent un monde imaginaire, céleste. La
religion est « l’opium du peuple » : elle sert à endormir, tromper, aliéner le
peuple. Elle leur fait oublier les souffrances matérielles et morales, promet un
autre monde et crée une dépendance physique et psychique. Elle a une fonction
politique consistant à circonvenir tout esprit de révolte. Il faut démystifier le
discours religieux, non pour tuer l’imagination et l’espoir mais pour que l’homme
prenne en charge lui-même sa propre vie grâce à la raison.

C/ La critique de l’idéologie

Marx : critique des idéologies car c’est un rapport faux, imaginaire, avec la
réalité, qui exprime et sert les intérêts politiques et économiques d’un groupe
social. La conscience croit que l’idée qu’elle a d’une réalité est cette réalité.
Principales illusions idéologiques : la croyance en l’autonomie des idées,
l’utilisation de catégories éternelles et universelles (valeurs absolues conférant
une autorité…), la neutralité (description objective des faits..) et tautologie
(éliminer les contradictions grâce à des formules closes telles : un Français est un
Français)
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« Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se
représentent, ni non plus de ce qu’ils sont dans les paroles, la pensée,
l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en
chair et en os ; non, on part de leur activité réelle ».

D/ La fonction vitale des illusions

Pourquoi les hommes se complaisent-ils dans les illusions qui leur font perdre
toute lucidité ? pour Nietzsche c’est la peur de la vérité « Nous avons tous peur
de la vérité ». La connaissance de la vérité est dangereuse parce que la vérité
principale de notre existence, c’est que nous allons mourir. Le mensonge est
condamné, non par principe moral mais parce qu’il est asocial. Le mensonge
consiste à faire paraitre réel ce qui ne l’est pas. De plus il abuse de la crédibilité
d’autrui ; il joue sur le besoin de croire des autres. Nietzsche énumère les
illusions consolatrices recherchées par les hommes parce qu’elles les aident à
supporter la vie : ce sont la connaissance, l’art et la métaphysique. La
connaissance nous fait imaginer que nous pourrons trouver la sagesse, qui guérit
les blessures de l’existence. L’art nous protège de la vision horrible de la vérité
en dressant entre elle et nous le voile de la beauté. La métaphysique entretient
l’espoir que, sous le flot continuel du devenir, quelque chose de permanent et de
stable reste, sans sombrer dans le néant.

XVII L’imagination pathologique

L’imagination participe activement aux maladies de l’esprit. Par exemple,


l’autosuggestion : c’est l’acte par lequel le patient entretient lui-même une idée,
en se la répétant sans cesse, de façon à influencer volontairement son
imagination.

A/ Mythomanie et hallucination

Mythomanie : tendance au mensonge dont le sujet n’est pas entièrement


conscient. Consiste en altérer la réalité, en ayant recours à l’imagination pour en
écarter les aspects douloureux (échec, décès…)

Erotomanie : pathologie consistant à croire que l’on est aimé par une personne,
généralement de niveau social prestigieux. L’érotomane imagine que l’autre
l’aime et n’ose pas se déclarer. Elle prend donc contact avec elle, voire la
harcèle. Toute tentative de désillusion est considérée comme une persécution.

Paranoïa : psychose avec délire de persécution. Elaboration d’un scenario de


complot

Différent degrés : nous pouvons tous être victimes d’illusion mais non pas
d’hallucinations. Une illusion procède d’une croyance et émane d’un désir. Une
hallucination est une perception, jamais remise en question, sans objet à
percevoir. Il entend des voix et se trouve aliéné à la voix étrangère.

B/ L’imagination sous drogue

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Le poète Henri Michaux (20ème) a fait des expériences avec des hallucinogènes
avec des médecins pour montrer que la drogue crée un état analogue à la folie et
il veut l’expérimenter sans s’y enfermer. « Les drogues nous ennuis avec leur
paradis ». La drogue déforme notre rapport à la réalité, le monde s’effondre au
profit d’une présence prégnante des images, qui viennent prendre la place de la
réalité. Les autres semblent alors étrangers et nous sont indifférent. L’autre effet
est l’indécision. Conduite passive. Mais la pensée devient très vive. Le drogué
assiste au passage ahurissant de milliers d’images qui explosent en même
temps. Michaux parle de « geyser » intérieur. De plus effondrement du concret.
En imaginant des girafes, Michaux ne voit que des structures élancées frêles, très
hautes : il voit des « schémas en mouvement de la notion de girafes ».
Finalement on a une pensée incapable de penser. Le sujet est incapable
d’affronter la réalité.

C/ Les folies de l’imagination spéculative

La spéculation consiste à anticiper les événements humains, en s’imaginant à la


place d’autrui pour le prendre de court et en tirer des bénéfices. Dans la
spéculation, l’imagination configure la réalité comme elle la veut et non comme
elle. Jean de la Fontaine le décrit très bien dans La laitière et le pot au lait :
Perrette anticipe l’avenir comme dénué d’obstacles

Malheureusement la plupart des pathologies de l’imagination sont incurables.


Elles semblent faire partie du comportement humain.

XVIII La vie imaginaire dans l'autre

Nous projetons sur l'autre des croyances imaginaires. (Paranoïaque,


érotomane...)

A/ L'image sociale

Pascal remarque l'illusion sociale: « Nous ne nous contentons pas de la vie que
nous avons en nous et en notre propre être: nous voulons vivre dans l'idée des
autres d'une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraitre ». Nous
voulons exister avant tout dans l'idée que les autres auront de nous. Aussi nous
nous fabriquons une image, nous jouons un personnage (persona en latin=
masque de théâtre). « La vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle

Montaigne « nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise »

B/ Le registre imaginaire

Jacques Lacan : le registre imaginaire est le registre du leurre, d'identification à


l'autre. Il se constitue lors du stade du miroir. L'enfant auparavant, se vit comme
morcelé: il ne fait aucune différence entre ce qui est lui et ce qui est sa mère.
Puis il va se voir dans un miroir, anticipant imaginairement la forme totale de son
corps, mais en cherchant une confirmation dans le regard de sa mère. Stade du

18
miroir= identification, transformations produites chez un sujet quand il assume
son image. L'image de soi est reçue de l'autre.

La relation imaginaire est une relation en miroir, en imitation de l'autre par


laquelle le moi se méconnais profondément. L'imaginaire est un habillement
protecteur contre ce que l'inconscient a de terrifiant.

C/ La théorie de la cristallisation

Aliénation imaginaire à l'autre: comportement amoureux. L’amour concentre sur


l'aimé tous les intérêts de l'amant, qui ne voit plus le monde qu'a travers son
amour.

Stendhal (1783-1842), la cristallisation dans De l'amour (1822): L’aimé est


transfiguré par le désir aux yeux de l'amant pour recevoir toutes les qualités
(puissance du désir réfréné et l'attente qui s'ensuit)

Paradoxe de l'imagination amoureuse est de prendre un défaut pour une qualité.


Descartes s'est épris d'une jeune fille parce qu'elle louchait. Phénomène qui a été
exploité par la mode: la mouche au 17 et 18ème siècles. Ce point noir faisait
ressortir la blancheur du teint.

L'imagination amoureuse entraine l'amant dans une profonde ignorance de lui


même. Non seulement il ne voit pas son objet d'amour comme il est, mais il ne se
voit pas lui-même.

D/ Le comique de l'amour

Effet comique car ridicule. Lucrèce: « la passion ferme trop souvent les yeux aux
hommes et ils attribuent à la femme aimée des mérites qu'elle n'a pas ».

Molière dans le Misanthrope, Acte II scène 4: « C'est ainsi qu'un amant dont
l'ardeur est extrême, aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime ».

Platon, le Banquet: Aristophane raconte le mythe de l'androgyne. Il veut signifier


que chacun est fondamentalement un être incomplet, désirant sans cesse une
fusion avec l'autre; mais cette fusion obtenue par l'acte sexuel est éphémère:
Héphaïstos fond ensemble deux amoureux qui ne se quittaient pas.

Le désir d'amour est insatiable. L'aliénation imaginaire à autrui est donc une
méconnaissance de soi. L'imagination est complice du désir d'ignorance.

XIX Les utopies

L’imagination peut sauver les hommes

A/ Les récits utopiques

L’imagination est sans borne, elle est très riche dans les utopies. L’adjectif
« utopique » est devenu synonyme d’irréaliste. Les utopies sont des sociétés

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fictives permettant à la fois de critiquer les sociétés réelles, de laisser libre cours
à son imagination et de proposer un programme de réforme politique. Ce sont
des sociétés petites, fermées sur elles-mêmes (autarcique) et non datées.

La République de Platon : Il a imaginé une société aristocratique, gouverné par


une élite. Il propose trois réformes fondamentale : égalité des fonctions homme/
femme, l’association chez le gouvernant du roi et du philosophe. Mais
l’imagination politique de Platon se contente de développer un rêve sans
chercher à l’accomplir dans la réalité.

Les utopies modernes sont plus « réalistes » :

-but : dénoncer le scandale des inégalités et des richesses avec Voltaire,


l’Eldorado dans Candide.

-abolition de la propriété privée avec Thomas More et L’Utopie (critique aussi de


la société anglaise)

-architecture nouvelle favorisant la vie commune avec Rabelais, l’Abbaye de


Thélème dans Gargantua

C’est un devoir moral de philosophe

B/ Les réalisations utopiques

Phalanstère de Charles Fourier et familistère de Godin. De plus en plus les


utopies se rapprochent de la réalité. Faut-il pour autant s’en réjouir ? Les
systèmes politiques idéaux appliqués dans l’histoire ont été une catastrophe. Ils
ont abouti au totalitarisme.

Le stalinisme a, paradoxalement, produit une nouvelle classe sociale dominante,


la bureaucratie, formée par les cadres du PC, dont les intérêts coïncidaient avec
la puissance de l’état, alors que sa mission historique était de dissoudre cet Etat.

Hitler : milice paramilitaire, visait à rétablir, contre la démocratie, l’ordre social et


le pouvoir absolu de l’Etat.

Le but du totalitarisme est d’exercer un pouvoir total, c'est-à-dire s’étendant sur


le monde entier, sur les pensées, les corps, la vie familiale..) L’Etat totalitaire ne
supporte aucune division sociale, aucune diversité culturelle, pas la moindre
contradiction, pas le pluralisme ne politique. Il vise à l’uniformité du peuple réduit
à l’état de masse. Il ne laisse plus place au rêve, encore moins à l’imagination.

Aldous Huxley : Le meilleur des mondes (1932) : conditionnement psychologique


qui fait préférer un bonheur aseptisé aux dépens de la liberté.

George Orwell, 1984 (1949) dérive vers un système totalitaire, qui supprime le
sens de l’histoire et toute pensée critique.

C/ La fonction de l’utopie

Utopie= jeu intellectuel ou a-t-elle une fonction ?


20
-Proposer un modèle guidant l’action politique, pour changer la société.

-rêver, s’évader de la réalité frustrante pour se satisfaire par l’imagination

-Critiquer la société

Kant : L’utopie doit être prise au sérieux. Elle n’est pas inutile car irréaliste.
L’important, c’est l’idée qui l’anime cad la liberté humaine la plus grande
possible. Idée de permettre à chacun d’être libre tout en respectant la liberté des
autres. L’utopie pose les idées que l’humanité se doit de réaliser au mieux.
Mépriser l’utopie sous prétexte qu’elle est irréalisable, c’est abandonner à
l’avance tout espoir de progrès de l’humanité. Finalement, au lieu d’être un
inconvénient, l’idéalité de l’utopie constitue justement son essence et son
avantage.

XX L’imagination artistique

L’art est souvent considéré comme le dernier refuge de la liberté pour ceux qui
sont opprimés. Possible que si l’imagination est elle-même libre. L’art n’est pas
seulement un espace de liberté pour l’imagination ; il est aussi ce qui la libère.

A/ l’imagination surréaliste

Breton, Eluard, Aragon, Ernst, Dali, Magritte. Le surréalisme touche la poésie, la


peinture, le cinéma, la musique… L’idée commune est d’explorer par divers
exercices les ressources de l’inconscient à des fins créatrices. La psychanalyse
comporte des techniques qui peuvent être pratiquées par l’artiste : l’exploitation
des rêves, l’association libre d’idées (cadavre exquis, écriture automatique)
d’après André Breton dans son Manifeste du surréalisme. Les œuvres surréalistes
laissent une grande place au hasard, au rêve, à l’illogique. Elles choquent
souvent les esprits rationalistes. Les surréalistes considèrent que la réalité du
rêve est une surréalité, cad une réalité bien plus réelle que la réalité banale.
L’artiste devient un explorateur de l’imaginaire. « L’imagination est sur le point
de reprendre ses droits » Breton. C’est pourquoi on délivre la pensée des
contraintes de la logique, du contrôle de la raison, des censures morales.

« Surréalisme : Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer,


soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement
réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par
la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »

« J’ai ensuite pensé que Hegel (un autre génie)


aurait été très sensible à cet objet qui a deux
fonctions opposés : à la fois, ne pas vouloir
d’eaux (la repousser) et en vouloir (en contenir).
Il aurait été charmé, je pense, ou amusé (comme
en vacances) et j’appelle ce tableau : Les
Vacance de Hegel

René Magritte (1958)

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L’artiste joue, s’amuse avec son inconscient. Il faut suspendre le contrôle de la
raison, la censure morale afin de créer la surprise.

B/ L’inconscient de l’artiste

Freud, dans Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci (1910), il établit que


l’étrangeté des sourires des personnages peints par Léonard provient d’un choc
émotionnel vécu par Léonard enfant, qui avait été agressé par un oiseau dont la
queue avait effleuré ses lèvres. Selon Freud, l’artiste est un introverti qui s’est
réfugié dans la vie imaginaire. L’artiste échappe à la névrose en traduisant dans
la réalité, dans des œuvres d’art, ses propres difficultés inconscientes.

L’art remplit une fonction compensatoire : Henri de Toulouse-Lautrec (19ème) qui


dessine et peint des danseuses et des acrobates alors qu’il était paralysé des
deux jambes.

C/ L’imagination esthétique du public

Kant dans son Analyse du beau, fonde l’universalité du jugement du goût. C’est
une manière de sentir commune aux hommes, non pas réservé à quelque uns.
Ainsi une satisfaction esthétique peut être à la fois subjective et universelle. Le
sens commun esthétique juge par le sentiment. Le sens commun du goût est un
« libre jeu de l’imagination et de l’entendement ». Il veut dire qu’au contact
d’une œuvre, l’imagination est stimulée par des associations (entre des
symboles, des souvenirs, d’autres œuvre..) qui en même temps stimulent notre
entendement. C’est dans ce jeu réciproque des deux facultés de l’esprit que se
ressent le plaisir au contact du beau. Ce jeu est libre car il n’est engagé dans
aucune recherche de la connaissance.

Dans la Critique de la faculté de juge, Kant : « sous cette expression de sensus


communis on doit comprendre l’Idée d’un sens commun à tous, cad d’une faculté
de juger, qui dans sa réflexion tient compte en pensant du mode représentation
de tout autre homme, afin de rattacher pour ainsi dire son jugement à la raison
humaine toute entière » Autrement dit, le sens commun est la faculté universelle
permettant à tout homme de juger en se mettant à la place de tout autre. Il fait
la démonstration de l’existence de ce sens commun par l’impossibilité du
contraire. C’est sur la base de ce sentiment que chacun exige le partage d’un
jugement esthétique, cad se pense fondé en droit à exiger d’autrui le même
jugement esthétique que lui.

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XXI Vers la mort de l'imagination?

L'imagination crée un réel intérieur sur la base d'une représentation.

A/ Le réel

Face à l'insupportable du réel, l'homme la couvre d'images. Le réel, c'est ce qui


existe, indépendamment de ma volonté. Le réel nous résiste et est toujours
décevant. Exemple du désarroi amoureux: suite à l'abandon de la personne aimé,
tout s'effondre. La représentation que l'on avait du réel est comme balayé d'un
coup. Elle n'est pas celle que nous désirons.

B/ Le recours à l'illusion

Claude Rosset cherche à comprendre l'embarras de l'homme contemporain face


au réel. L'illusion consiste à voir juste, mais à tomber à coté dans la signification
de ce que j'ai vu. Quand on voit un mirage dans le désert, on voit bien un reflet
sur le sable au loin, mais on en déduit faussement qu'il s'agit d'une étendue
d'eau. On tente de s'arranger avec le réel en inventant un autre réel, un réel
imaginaire, double du réel vécu et en lui donnant la réalité la plus forte.

C/ L'image photographique

La photo subit une mise en forme qui atténue la scène réelle en image
acceptable par le public. L'horreur du réel est mise en retrait, si bien que l'on
peut se demander si ce que l'on voit sur la photo est une scène brute ou la
reconstitution d'une image artistique. Le recouvrement de la réalité par l'art
engendre une indécision qui, finalement, nous rassure. Analyse de Roland
Barthes: Selon lui, il y a deux approches de la photographie, le studium et le
punctum. Le studium consiste à décoder l'image par rapport à son contexte.
C'est une lecture savante, intellectuelle, qui refoule l'affectif. Le punctum
consiste à repérer ce qui nous pique dans l'image.

La photographie est l'image d'un « avoir été », l'image vivante d'une chose morte

D/ Le recouvrement du réel

JF Lyotard montre que l'homme postmoderne est ébranlé par le peu de réalité du
réel. On sait que l'humanité va au devant de problèmes énormes (pénuries d'eau,
de pétrole, sida, pollution...) Ces problèmes sont si complexes qu'ils dépassent
même le pouvoir des états. L'image est un écran interposé entre soi et la réalité
et même si des scènes de guerre envahissent l'écran, ce ne sont justement que
des scènes de guerre et non la guerre elle-même.

Paul Virilio, dans l'Esthétique de la disparition décrit comment les technologies


contemporaines permettent de faire disparaître le réel. Saturation des sens.
Visite d'un musée avec un appareil photo sans observer de près l'œuvre, au point
que l'appareil photo sert justement à ne plus voir.

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Les objets matériels deviennent eux-mêmes des images, selon Jean Baudrillard,
ils ne sont plus achetés pour leurs utilités mais pour leur séduction. Le monde
n'est plus fait que de simulacres. Tout objet devient symbolique, une
représentation de soi au regard des autres. Baudrillard distingue le simulacre de
la copie. La copie reste dans un rapport de référence à un original alors qu'un
simulacre est entièrement dans la simulation et passe pour valoir en lui-même.

E/ L'image tue l'imagination

Jacqueline de Romilly se demande pourquoi on observe si peu de caractères


individuels dans les œuvres grecques: les personnages sont décrits par des traits
et des gestes universels, qui vont en faire des héros profondément humains. Ex:
Nausicaa est «comme un jeune palmier ». Un tel procédé laisse ouvert tout
l'éventail des possibles dans l'imagination de l'auditeur ou du lecteur. Le poète
n'impose rien. Libre à chacun d'imaginer les visages. Un film imposerait les
visages. Si l'on voit d'abord le film, il n'y a plus de lecture imaginaire possible.

Imaginer ce n'est pas nier le réel. Comme l'a écrit Bachelard « imaginer c'est
hausser le réel d'un ton ». Or les images produites par notre société sont des
images composées et imposées toutes faites au consommateur. Paradoxalement,
plus il y a d'images et moins on imagine.

L'homme est celui qui peut mettre à distance le réel immédiat grâce à l'art, au
rêve, en somme grâce aux créations de l'imagination. Aujourd'hui nous n'en
sommes plus les créateurs mais les consommateurs. Il faut admettre que,
derrière l'écran, il ya la mort, alors que, dans notre esprit, vit l'imagination.

Faire des recherches sur :

Malebranche la recherche de la vérité

3eme et 4eme Méditations de Descartes

La salon de 1859

L’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle)

Considérant que les contraintes formelles sont un puissant stimulant pour l'imagination, l'Oulipo s'est
fixé plusieurs directions de travail :

 un travail synthétique (synthoulipisme), qui consiste en l'invention et l'expérimentation de


contraintes littéraires nouvelles, avec éventuellement un exemple de texte pour chaque
proposition.
 un travail analytique (anoulipisme), qui consiste en la recherche de ceux qui sont appelés,
avec humour, les « plagiaires par anticipation », soit un recensement de tous les écrivains qui ont
travaillé avec des contraintes, de façon plus ou moins consciente, avant la création de l'Oulipo.

24
t Raymond Queneau, Italo Calvino ou Georges Perec, (La Disparition, romans sans « e »)

25