Quelles sont les raisons pour décaler le projet Hinkley Point C?

Quelles conséquences pour le Royaume-Uni ?

Si l’on met de côté la question difficile du financement de ce projet, il existe d’autres raisons, de
nature industrielles, pour décaler un peu ce projet

T

1- Le modèle EPR UK
Le modèle qu’il est prévu de construire à Hinkley Point (que nous appellerons UK EPR) est
devenu au fil du temps d’une extrême complexité. Ceci résulte de deux facteurs
concourants

PA

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a. d’une part, il est apparu, au fil de la construction de l’EPR de Flamanville 3, que la
conception initiale du modèle EPR initial était entachée de nombreux défauts
b. d’autre part, en parallèle, l’ONR (l’autorité de sûreté britannique) a demandé lors de
la phase d’autorisation (< licensing ») de nombreuses modifications, dont certaines
concernent le dispositif de contrôle-commande du réacteur, c’est-à-dire son
<(système nerveux », entraînant un impact très significatif sur la conception de base.

De plus, ce double processus de modifications n’est pas encore stabilisé. En effet
tant qu’un premier EPR n’aura pas été complètement démarré et mis en
service, personne ne peut être sûr qu’aucune autre modification corrective
significative ne devra pas encore être implantée.
quant aux modifications demandées par l’autorité de sûreté britannique,
l’appréciation exacte des changements induits (nombre d’équipements
supplémentaires, faisabilité technologique, fonctionnement d’ensemble,

ED
IA

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demande encore de nombreux mois d’études détaillées (peut-être un
an voire 18 mois).
...)

M

En synthèse, la conception de ce nouveau modèle UK EPR combinera les nombreuses
corrections (déjà apportées ou à venir) au modèle Flamanville 3 et les correctifs important
demandés par l’autorité de sûreté britannique, correctifs implantés comme autant de patchs
(ou « rustines ») sur la conception d’origine. C’est donc peu dire que ce modèle Ul< EPR sera
une nouvelle tête de série hybride et complexe, portant de ce fait un niveau de risque très
élevé.

2- Les compétences d’AREVA NP
Il est désormais patent que la compétence d’AREVA en matière de forgeage et de fabrication
de gros composants est tombée à un point très bas. Les difficultés bien connues sur la cuve
de Flamanville 3 en sont l’exemple le plus connu. Mais AREVA a aussi rencontré des
difficultés pour réaliser en qualité et dans les délais certaines soudures du circuit principal de

1

Flamanville 3 ainsi que sur les générateurs de vapeur’ de remplacement des centrales
existantes.
Comme l’a clairement indiqué le Directeur d’AREVA NP (la branche réacteurs d’AREVA)
nommé au début septembre 2015 et qui possède une bonne expérience dans ce domaine de
par ses fonctions antérieures au sein d’ARCELOR MITTAL, cette situation n’a rien
d’inéluctable, mais requiert un plan de redressement d’ampleur à conduire vigoureusement
sur plusieurs années (3 à 4 ans) pour retrouver une situation au niveau d’excellence requis.

T

3- Les forces d’ingénierie

PA

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L’une des raisons majeures de l’opération d’acquisition d’AREVA NP par EDF est de pouvoir
rapprocher physiquement au sein d’une même structure les compétences d’ingénierie pour
les nouveaux réacteurs d’EDF et celles d’AREVA NP. Cet objectif est fondamental pour
pouvoir accélérer la résolution des nombreux sujets d’interfaces entre le périmètre usuel
d’AREVA NP (la chaudière) et celui d’EDF (les systèmes environnant la chaudière : contrôlecommande, ventilation, traitement des fluides, système centralisé de refroidissement, ...).
En effet, la complexité de la gestion de ces interfaces, due à la séparation des équipes
d’ingénierie, explique en bonne partie les difficultés de conception d’origine de Flamanville 3.

ED
IA

Or rassembler au même endroit entre 1000 et 1500 personnes, provenant pour moitié de
chaque société, va demander un effort managérial de premier ordre pour harmoniser les
procédures et méthodes, les outils informatiques, les pratiques de travail, tout ce qui in fine
constitue la culture d’ingénierie d’une entreprise. Il est évidemment difficile de prédire le
temps nécessaire pour une telle fusion des compétences, absolument nécessaire, mais une
durée de 2 à 3 ans ne paraît pas superflue avant que cette ingénierie commune n’atteigne
son régime de croisière et soit en capacité de délivrer la performance requise.

4- L’optimisation du modèle EPR

M

Rapidement conscients des lacunes de la conception initiale d’EPR (que ce soit au travers de
l’expérience de Flamanville 3 ou de celle d’Olkiluoto 3 en Finlande), EDE et AREVA ont mis sur
pied dès 2012, une petite équipe commune de 20 à 30 ingénieurs expérimentés, travaillant
sur un même plateau en mode projet et chargés de réfléchir à la simplification et
l’amélioration de la constructibilité de l’EPR2. Après 4 ans de travail rigoureux, cette équipe a
retenu une vingtaine d’évolutions, conduisant à une optimisation poussée du design initial
dans le sens de la simplification et de la facilité de construction et donc de la réduction des
coûts. Les demandes les plus insistantes de l’autorité de sûreté britannique ont également
été intégrées. La perspective de disposer vers 2018/2019 d’un design plus simple, plus rapide

s’agit d’équipements de 300 tonnes pièce dont le remplacement sur certaines centrales fait partie du
programme Grand Carénage
lii

2

D’une certaine manière, cette équipe a été le précurseur du rapprochement des ingénieries mentionné au § 3
2

à construire et donc moins cher, est désormais très crédible, comme l’indique le rapport de
la revue conduite en décembre 2015 par Yves Bréchet, Haut Commissaire à l’Energie
Atomique.
Ce point est crucial pour EDF et pour le nucléaire français. En effet, en parallèle de la
prolongation de la durée de fonctionnement au-delà de 40 ans d’une première tranche du
parc nucléaire existant, que la Programmation Pluriannuelle de l’Energie devrait acter, il sera
bientôt temps d’amorcer, à un rythme lent, le renouvellement de ce parc existant par des
réacteurs plus modernes de Génération 3.

mettre au point le modèle EPR
reconstituer le tissu des compétences industrielles

PA

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o

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T

A cet égard, il est utile de se rappeler que c’était l’objet même du lancement du
« démonstrateur » EPR de Flamanville 3 en 2007 que préparer ce renouvellement. Même si
la construction du démonstrateur s’est avérée nettement plus laborieuse que prévue, il est
bien en train de jouer son rôle, à savoir:

Dès lors, la question de l’engagement d’une mini-série de 4 à 6 centrales « EPR optimisé »
d’ici la fin de la décennie se pose. Une telle série, dont les « premières pierres » pourraient
s’étaler entre 2020/21 et 2025, pour des mises en service étalées entre 2028 et 2030/31,
présenterait bon nombre d’avantages

ED
IA

a. elle permettrait, en évitant un nouveau «stop and go », de donner au tissu industriel
français la visibilité (environ 10 ans) dont il a besoin pour s’engager durablement
dans ce secteur et d’éviter le délitement des compétences patiemment reconstituées
depuis 2005
b. elle permettrait également à EDF de continuer à attirer de jeunes ingénieurs dans ce
secteur, pour lequel les seules perspectives de l’exploitation du parc existant sont
insuffisantes, comme le montre clairement l’exemple de la Belgique.

M

c.

Enfin, elle conforterait le modèle EPR comme le design Génération 3 de référence
mondiale pour la gamme de forte puissance 1700 MWe et mettrait, de ce fait,
l’équipe de France du nucléaire et les PME/PMI du secteur en excellente position
pour des projets exports

Il n’est pas inutile de noter qu’en cohérence avec le plafond de capacité nucléaire fixé par la
loi Transition Energétique, la mise en service de cette série irait de pair avec l’arrêt progressif
et programmé à partir de 2028, d’une première série de centrales existantes autour de leurs
50 ans.
NB a contrario, en l’absence d’engagement de ce premier palier limité de nouvelles centrales
« EPR optimisé », la Fronce courrait le très grand risque de se trouver marginalisée sur la
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scène internationale, en tardant à engager sur sari sol une transition, même lente, vers la
Génération 3, qui sera demain le standard international en matière de sûreté.

5- L’heure des choix
Un tel choix stratégique, vital pour conserver dans la durée l’avantage compétitif du
nucléaire pour la France et son économie, conduit évidemment à considérer le projet Hinkley
Point sous un tout autre angle.

R

T

En effet, engager aujourd’hui le projet Hinkley Point C, dans le contexte technique et
industriel décrit plus haut, reviendrait pour la France, à se fermer de facto l’option d’amorcer
au tournant de la décennie, le renouvellement de son parc nucléaire, dont on mesure bien
tous les avantages stratégiques.

PA

En revanche, un décalage de 3 à 4 ans permettrait de reprendre le projet Hinkley Point sur la
base d’un design « EPR optimisé » dans le cadre d’une série franco-britannique de 6 à 10
tranches (4 à 6 en France plus Hinkley Point C plus Sizewell C).

ED
IA

Ce décalage n’impacterait pas, dans les faits, la politique énergétique low carbon du
Royaume-Uni, qui est une politique de long terme. En effet, dans le cadre d’une telle série
franco-britannique, le premier « EPR optimisé » pourrait être mis en service au Royaume-Uni
vers 2030, soit seulement 2 à 3 ans plus tard que la date de mise en service réaliste au plus
tôt (= 2027) de la première unité d’Hinkley Point C, si le projet était lancé prochainement.
6- Synthèse

M

Pour résumer, tant l’état de complexité déjà atteint par l’EPR UK, l’évidente nécessité
d’optimiser le modèle EPR initial, en le simplifiant et en le rendant plus aisément
constructible, et le besoin de remettre à niveau les capacités de fabrication d’AREVA et de
réussir la fusion des deux ingénieries, militent pour un instant de raison conduisant à décaler
le projet Hinkley Point C et à le reprendre d’ici 3 à 4 ans dans le cadre d’une série franco
britanniques de réacteurs « EPR optimisés». En bref, le choix paraît être aujourd’hui du
lancement d’une coopération franco-britannique dans le nucléaire civil dans une aventure
industrielle type <c Airbus » plutôt que du type « Concorde ».

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AN N EXE
Conséquences sur la sécurité d’approvisionnement en électricité au Royaume-Uni

T

La période 2025-2030 apparaît comme un moment critique pour la sécurité
d’approvisionnement en électricité du Royaume-Uni, avec l’arrêt d’une grande partie des
centrales de base au charbon et un risque sur la prolongation du fonctionnement des
réacteurs nucléaires actuels. Le décalage temporel de quelques années de la mise en service
des réacteurs de Hinkley Point C pourrait donc de ce point de vue engendrer des risques
supplémentaires.

PA

R

Pour autant, le Royaume-Uni ne se trouverait pas démuni dans la mesure où il pourrait
recourir un peu plus à la production d’électricité à partir de gaz, qui est déjà partie intégrante
de la stratégie du UK pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en venant se
substituer aux centrales au charbon (cf document Gas Generation Strategy publié par le
DECC en Décembre 2012).

ED
IA

Par ailleurs, il existe un autre levier, pour l’heure peu mis en avant, qui consisterait à profiter
à plein du développement des interconnexions électriques entre le UK et les pays de l’autre
côté du Channel ou de la mer de Norvège. Comme le montre le site de l’OFGEM, pas moins
de 7 GW de capacités (soit l’équivalent de la puissance de 4 EPR !) sont en cours de
développement, avec des dates de mise en exploitation commerciale) échelonnées entre
2018 et 2022. La moitié de ces capacités (3,4 GW, soit la capacité d’Hinkley Point C)
proviennent de France. Pour combler ce décalage de quelques années, le gouvernement
britannique pourrait toujours convenir c avec EDF de mettre en place des contrats
temporaires de livraison d’électricité pour des volumes suffisants et garantis et à des prix
convenus, indexés sur la performance du parc nucléaire français.

Conséquences pour le partenaire chinois

M

L’intérêt des chinois pour le projet Hinkley Point tient d’une part à la vitrine occidentale que
leur participation leur offre et à la contrepartie consentie par EDF de soutien à leur modèle
de réacteur de moyenne puissance, dénommé Hualong (le Dragon).
Il est vraisemblable que la Chine ne serait pas très satisfaite, au premier instant, d’un
décalage du projet Hinkley Point C. Pour autant, la perspective du développement à court
terme d’un « EPR optimisé », plus simple et moins cher, et du lancement d’une série franco
britannique basée sur ce modèle, devrait être de nature à modérer fortement leur éventuelle
réaction.
En effet, du fait de sa puissance unitaire élevée (1700 MWe), caractéristique unique dans le
monde, EPR et sa version optimisée revêtent un très grand intérêt pour les compagnies
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électriques chinoises (et notamment pour CGN, le partenaire historique d’EDF). D’une part
Celles-ci sont sont déjà confrontées à une limitation du nombre de sites disponibles : une
puissance unitaire de 1700 MWe, contre 1200 MWe pour les autres design américains,
russes ou même domestiques, est donc fort appréciable. D’autre part, le rythme souhaité de
croissance de la puissance nucléaire installée, qui est très ralenti depuis 4 ans suite à
l’accident de Fuskushima, sera plus rapidement retrouvé avec un réacteur de forte puissance
comme EPR (ou « EPR optimisé ») qu’avec des designs de moyenne puissance.

M

ED
IA

PA

R

T

Une coopération stratégique entre EDF et les compagnies chinoises pourrait donc se nouer
autour du développement d’une série d’EPR optimisés en Chine, en parallèle de la série
franco-britannique. Cette coopération entre France, Royaume-Uni et Chine sur le modèle EPR
optimisé (et non pas sur l’EPR UK actuel, trop complexe, trop cher, et non exportable)
permettrait de créer le standard mondial de réacteur Génération 3 de forte puissance, avec
toute la résonance qu’un tel standard aurait sur la scène internationale.

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Hinkley Point en 10 Questions
1.

Pourquoi le financement n’est-il pas bouclé?

2.

Ou en sont les discussions avec l’Etat?

R

T

Le financement n’est aujourd’hui pas bouclé parce que le projet est à la fois trop cher et
trop risqué. Les bons projets n’ont jamais de problème de financement. Ceci est d’autant
plus vrai aujourd’hui que la finance met à disposition de l’économie beaucoup d’argent à
bas taux. Les difficultés de financement reflètent le fait que les investisseurs ne sont pas
convaincus du produit EPR, et n’ont pas confiance ni dans le CfD ni dans les prix de
marché de gros de l’électricité pour assurer la rentabilité du Projet. Les investisseurs
industriels potentiels non plus, puisqu’aucun ne souhaite investir dans le projet, à
commencer par Centrica, le partenaire d’EDF dans EDF Energy qui a décliné sa
participation il ya plusieurs années. Seuls les chinois, et ce, à des conditions
préférentielles, acceptent d’investir dans la perspective de pénétrer le marché européen.

ED
IA

PA

L’Etat n’a absolument ni les moyens, ni l’envie d’augmenter les fonds propres du Groupe
EDF. Pour ce qui est du seul domaine nucléaire, le dossier urgent du moment pour l’Etat,
c’est AREVA pour lequel l’Etat doit impérativement trouver 5 Milliards d’Euros pour
éviter la faillite du Groupe et terminer le chantier 0L3 en Finlance. Pour ce qui d’EDF,
l’Etat répète à l’envie à EDF de réduire ses charges d’exploitation et met également sur la
table la renégociation du statut des personnels des IEG (cf les déclarations du Ministre E.
Macron à l’Assemblée Nationale). Quant à l’ouverture du capital de RTE, elle n’est ni
prête ni même sérieusement étudiée. Quand bien même elle se ferait, rien ne prouve
que les fonds ainsi dégagés soient pour EDF.
Pourquoi attendre la mise en service de Flamanville et de Taishan pour démarrer ce
proiet?
Rappelons qu’il s’agit du (<démonstrateur» Flamanville 3 : c’est depuis son lancement en
2005, le nom et la fonction qui lui est assignée. Son rôle était d’obtenir le retour
d’expérience industriel du design EPR après 15 ans d’études. Moyennant un démarrage
de FA3 en 2012 et Sans pour intégrer ce retour d’expérience, EDF serait prêt à lancer
une série EPR en 2017 afin de préparer le remplacement du Parc. Malheureusement les
choses ne se sont pas déroulées ainsi. Si on dispose bien aujourd’hui du retour
d’expérience de construction de l’EPR, celui-ci impose de reprendre fondamentalement
le « basic design » de l’installation afin d’en simplifier notablement la construction,
« design to schedule », ce que n’a pu faire le projet F-IPC, faute d’avoir pu prendre le
temps nécessaire à ce « redesign ». En outre, il manque encore le retour d’expérience de
démarrage d’au moins 1 EPR. S’agissant d’une tête de série, on peut s’attendre à de
nombreuses modifications venant une fois de plus impacter le design EPR. Il ne sert à
rien de vouloir aller plus vite que la musique. Le REX de démarrage d’a minima 1 EPR afin
de l’intégrer dans le design au stade des études est le meilleur moyen d’aller vite: faire
autrement sera in fine moins efficace, car modifier les études en cours de construction
est la pire chose qui puisse arriver à un projet.

M

3.

3

4.

Pourquoi ne pas attendre l’EPR Nouveau Modèle sur lequel planchent les équipes d’EDF
et AREVA
Attendre l’EPR Nouveau Modèle conduit à un décalage de l’ordre de 4 ans de la date du
premier béton à HPC et de l’ordre de 2—3 ans (environ 2030) pour la mise sur le réseau
du premier réacteur. Encore faut-il s’assurer qu’il s’agit bien d’un EPR et non d’un
Nouveau Modèle sous peine de recommencer une mise au point qui nous a déjà
tellement fait souffrir Cela permet de « dérisquer » le projet en intégrant les
nécessaires simplifications du design, en intégrant proprement les retours du démarrage
des EPR en cours, en laissant un peu de temps aux ingénieries EDF et AREVA de
s’organiser et aux usines d’AREVA de remettre de l’ordre dans leur organisation qualité
nucléaire. En outre, cela permettrait de construire un palier d’EPR franco britannique à
réaliser au cours de la prochaine décennie, et ainsi de bénéficier de l’effet de série. 4 EPR
en France et 4 EPR au UK permettent d’obtenir réellement la pleine mesure de l’effet de
série, ce qui ne peut qu’être que très bénéfique sur le plan économique.

T

...

R

5.

PA

Enfin, s’il en était réellement besoin, ce décalage de 2—3 ans de l’arrivée sur le réseau
anglais des premiers EPR peut être facilement compensé par de l’électricité (nucléaire)
grâce aux 7 GWel d’interconnexion supplémentaire qui vont relier l’Angleterre au
continent (France, Belgique, Danemark et Norvège) d’ici tout au plus 5 6 ans. EDF peut
sans la moindre difficulté prévoir et garantir l’exportation de l’électricité correspondante
et nécessaire au UK.

Qu’est ce qui dit que ce ne sera pas un « Flamanville » bis?

ED
IA

Flamanville 3 a été lancé avec un objectif de 4 Milliards d’Euros (2015) et une durée de
construction de 54 mois (I) aujourd’hui réévalué à 10,5 Milliards d’Euros et 11 ans,
soit 2,5 fois le budget et la durée de construction.
...

Hinkley Point part avec un objectif de 24 Milliards d’Euros (répartis 14 pour la tranche 1
et 10 pour la tranche 2) et une durée de construction respectivement de 78 et 72 mois
pour les tranches 1 et 2.

M

Le coût objectif étant 3 fois supérieur à celui de FA3, il ya peu de chances de multiplier à
nouveau ce coût par 2,5. Pour ce qui est de la durée de construction, l’objectif est par
contre nettement plus ambitieux. En effet, il s’agit d’améliorer de 2 ans le planning
réalisé en Chine, alors que celle-ci bénéficie de conditions de travail, d’expérience de
construction nucléaire et de capacités de mobilisation de main d’oeuvre tout autre que
celles que l’on connait en Europe et tout particulièrement en Angleterre. Si l’EPR UK
bénéficie du REX de préfabrication pour le Génie Civil, les taux de montage
électromécanique retenus restent très ambitieux, près de 2 fois ceux réalisés à Taishan
(Taishan 2 ne faisant apparaitre aucune amélioration par rapport à Taishan 1) et 4 fois
ceux réalisés à FA3.

6.

Pourquoi avoir lancé une revue des risques et quelles sont les conclusions du Rapport?

4

Réaliser une revue des risques pour tout projet, et ce, régulièrement, est une bonne
pratique en terme de maitrise de projet. Elle permet d’identifier les principaux risques et
d’y remédier lorsque c’est possible. Ceci dit, il ne suffit pas de faire une revue des risques
et d’y présenter des remèdes pour que le Projet soit sous contrôle.
En l’occurrence, il est recensé 4 familles de risques:

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Juridiques, en l’occurrence solidité durable du CfD, pour lequel rien de plus
ne peut être fait; il faut donc croire en la pérennité du CfD jusqu’en 2065
Techniques et Règlementaires, parmi lesquels l’impact du REX de démarrage
des EPR en cours de réalisation sur le design HPC ne sera connu qu’une fois
ces démarrages réalisés, soit en 2018, lan avant le premier béton d’HPC.
Planning aucun élément n’existe pour justifier de la durée de construction
retenue, et il est donc patent que ce planning ne sera pas tenu
Organisationnel une organisation beaucoup trop lourde et pluriculturelle
dont il est reconnu qu’il convient de la faire fortement évoluer avant la F10

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L’essentiel

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Le financement d’HPC (Hinkley Point C) est compliqué et met en péril la trajectoire du
Groupe, car HPC est beaucoup trop cher: 12 Milliard d’Euros pour 1 EPR de 1650 MWeI, est
près de 4 fois plus cher au kWel (Kilowatt électrique) que le N4 (4 réacteurs de ce modèle en
France) et 6 fois plus cher que le CP 900 MWeI. Quelque soit le niveau des prix de marché de
gros de l’électricité demain en Europe, le nucléaire n’y trouvera sa place que s’il redevient
com pétitif
Pour que HPC soit rentable pour le Groupe EDF, il faut, d’une part que le contribuable
français sécurise le financement du Groupe, d’autre part que le contribuable britannique
paye pendant 35 ans après le démarrage d’HPC le CfD à un niveau très supérieur à tous les
prix de marché à ce jour envisagés tE92.5O/MWh garantis par ce contrat). Enfin, il faut que le
projet se déroule sans trop d’aléas.
La filière nucléaire française est aujourd’hui fondée sur l’EPR. Les 4 EPR en cours de
réalisation montrent à l’évidence la nécessité d’en simplifier la construction et d’avoir le
retour des essais pour assurer son bon fonctionnement. Fort de ce retour d’expérience, la
filière nucléaire française disposera d’un modèle EPR optimisé sûr et compétitif, apte à
assurer le renouvellement du parc nucléaire français.
Le décalage d’HPC de quelques années pour bénéficier de ce modèle EPR optimisé,
permettra au projet HPC, puis à celui de Sizewell, et in fine le renouvellement du parc
nucléaire britannique de se faire dans de bonnes conditions économiques, à commencer par
une révision à la baisse du CfD (au moins £20 de moins par MWh). Un palier d’EPR francobritannique permettrait de cumuler l’optimisation du produit EPR et l’effet de série pour sa
réalisation et son exploitation et maintenance.
Un modèle EPR optimisé peut également relancer la coopération franco-chinoise grâce à la
puissance élevée de l’EPR qui est un atout en Chine du fait de la rareté des sites bord de mer.
Les risques du projet HPC sont bien identifiés grâce à la revue menée fin 2015 par Yannick
d’Escatha, et sont malheureusement intrinsèques au Projet. L’EPR dans son état actuel n’est
pas un produit industriellement mature, l’ingénierie EDF AREVA doit se réorganiser, les
usines de fabrication d’AREVA ne sont pas à niveau. L’ensemble nécessite 2 ou 3 ans pour se
remettre à niveau, cette même durée étant également nécessaire pour avoir le retour des
essais de démarrage de l’EPR actuel.

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Les Chiffres Clés sur le proiet HPC en l’état

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Le coût du projet HPC est de l’ordre de 12 Milliards d’Euros par réacteur, soit plus cher que
FA3 (EPF en construction à Flammanville dans le Cotentin) et près de 4 fois plus cher que le
palier N4 en Euros / kWel
La rentabilité du projet est prévue de 9% à condition que le CfD perdure en l’état jusqu’en
2065 (35 ans après le raccordement de la seconde tranche)
C’est plus de 400 000 m3 de béton par réacteur à comparer avec de l’ordre de 100 000 m3
pour le CP 900
C’est plus de 30 Millions d’heures de Maitrise d’oeuvre à comparer à 5 Millions d’heures pour
le N4 à Chooz Bi-2
C’est de l’électricité à 120 Euros! MWh dans un marché qui prévoit des prix tout au plus de
60—70 Euros! MWh en 2025
C’est une nouvelle tête de série EPR (la 4 ième) avec 50 % de locaux modifiés et 50 % de
nouveaux fournisseurs
C’est 24 Milliards d’Euros de dette supplémentaire consolidée à EDE pour un total à ce jour
de 37 Milliards d’Euros

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