Vous êtes sur la page 1sur 3

On ne badine pas avec l’amour : Acte I, scène 1 :

La scène d’exposition

Plan :

I) Une structure dynamique

II) Une mise en place contrastée des personnages

1) Une spécificité : La présence d’un chœur

2) Maître Blazius et dame Pluche

III) S’agît-il d’un début de comédie ?

1) Les sources du comique

2) Un début de comédie peu conventionnel

Le chœur dans la tragédie grecque =, est un personnage collectif mené par le coryphée, qui présente et commande l’action sans pouvoir y prendre part. Il exprime ses sentiments et ses réactions face à l’action qui se déroule.

Problématique : En quoi est-ce une scène d’exposition particulière qui attise la curiosité du spectateur ?

I) Une structure dynamique

On peut distinguer 5 étapes :

Le discours du chœur qui commente l’arrivée de maître Blazius

Le dialogue entre le chœur et Blazius (ce dernier représentant Perdican)

Sortie de Blazius

Le discours du chœur qui commente l’entrée de Dame Pluche (cette dernière représentant Camille), et sa sortie.

Le commentaire final du chœur.

On distingue une présentation en dyptique puisqu’il y a deux parties qui fonctionnent en parallèle et qui reproduisent le même mécanisme : annonce de l’entrée, demande de boisson, réplique du chœur, présentation élogieuse de l’élève et sortie. On peut dire que ce parallélisme accentue les différences entre les deux personnages par un jeu d’antithèse et d’opposition ; par exemple, dans les mœurs du discours ou du chœur, pour maître Blazius, on dit « doucement », alors que pour Dame Pluche, on dit « durement ».

Autre jeu d’opposition : l’un demande du vin, l’autre de l’eau et du vinaigre. Pour finir, il y a l’interpellation du chœur, Maître Blazius dit « mes enfants », Dame Pluche dit « Manants ». Autres éléments de la structure dynamique : Chaque personnage présente un personnage entrant ou absent. Le chœur présente Blazius qui présente Perdican ; de même le chœur présente Dame Pluche qui présente Camille. On a donc une présentation en cascade qui créée un jeu de miroirs. Maître Blazius et Dame Pluche sont tours à tours présentés ou présentateurs, les portraits faits par le chœur coïncident avec la prise de parole de Blazius et Pluche. Pour Camille et Perdican, les spectateurs sont dans l’attente, pour voir si les portraits faits vont correspondre avec la réalité. On peut conclure qu’il y a une structure complexe qui joue sur les parallélismes et oppositions pour créer une dynamique propre à susciter l’intérêt du spectateur, désireux de voir Perdican et Camille.

II) Une mise en place contrastée des personnages

1) Une spécificité : La présence d’un chœur

Le chœur dans la liste des personnages n’apparaît pas sous cette dénomination mais sous celle de paysans. Quelles fonctions assure le chœur ?

- Présenter les personnages en commentant leur apparition, en cela, on peut dire qu’il induit le jugement du spectateur.

- Il assure une continuité temporelle entre les événements passés (« Nous avons vu naître le petit

Perdican »), les événements présents et futurs, la scène se termine par « quelques joyeuses bombances est dans l’air aujourd’hui »

- Composé de paysans, le chœur va représenter un certain groupe social, mais symbolise aussi le lien avec la nature et l’enfance.

- Il joue le rôle de témoins, d’observateurs lucides qui manifestent des espoirs et des inquiétudes « Puissions-nous retrouver l’enfance dans le cœur de l’Homme »

Pour conclure, le chœur conserve les caractéristiques du chœur antique (exprimer les sentiments face à l’intrigue) mais il est plus incisif (il se permet d’être ironique).

2) Maître Blazius et dame Pluche

La présentation est parallèle. Chacun a sa monture, à chaque fois, un portrait physique est brossé en quelques mots et le rythme des phrases est le même. Mais les deux personnages apparaissent pourtant opposés. Maître Blazius est placé sous le signe de la rondeur « comme un poupon », « son ventre rebondi » « son triple menton » et au vin « vendange » et « amphore », il est associé au personnage du bon vivant de l’hédoniste (celui qui jouit de la vie et de ses plaisirs). Il ne s’embarrasse pas vraiment de ses obligations religieuses (ironie du chœur : « mormuette ») et comparaison avec le petit enfant qui évoque l’idée de grandeur et d’innocence.

Dame Pluche est associée à la sècheresse, à la maigreur et à l’aigreur. C’est un personnage qui est dévalorisée, qui parait agressif « jambes qui trépignent de colère » « elle égratigne son chapelet ». Il y a ici

une vision plus négative de la religion. Ces deux portraits sont confirmés par les premières répliques des personnages, puisque maître Blazius apparait comme un personnage bon homme, paternaliste, alors que Dame Pluche est agressive et hautaine. Chacun dresse un portrait élogieux (=dithyrambiques) de son élève respectif, comparaison, métaphore et hyperboles. Perdican est doué pour sa réussite brillante aux examens. Camille est douée pour son éducation religieuse, sa chasteté, sa vertu et sa sagesse. Ces louanges complètent indirectement le portrait de ces deux fantoches, car l’admiration naïve de Blazius pour son élève, révèle sa propre ignorance, et en ce qui concerne Dame Pluche, on comprend que l’éducation, la religion, les codes et les conventions, sont très importants pour elle. Les deux personnages masculins, sont associés à la connaissance, alors que les deux femmes sont associées à la religion. Le spectateur a l’impression que maître Blazius et Dame Pluche sont des doubles, grotesques, de Camille et Perdican. Comme Blazius est rapproché de l’héroïsme (=jouir des plaisirs de la vie) et Dame Pluche de l’ascétisme (=austérité), le spectateur se demande si les élèves ressemblent à leur maître.

III) S’agît-il d’un début de comédie ?

1) Les sources du comique

Dans la scène, on distingue un comique de caractère, avec deux personnages stéréotypés. L’abbé, jouisseur avec Blazius, et le personnage de la vieille fille bigote (=obsédée par la religion) et l’acariâtre de Dame Pluche. Le comique de répétition à travers le parallélisme de la scène. On peut parler d’un comique de situation dans le contraste entre le sérieux attendu des personnages et leur comportement sur scène. Ce sont donc des personnages fantoches qui ne sont pas pris au sérieux. Et enfin, un comique de langage avec le discours du chœur et ses commentaires ironiques. Il y a un mélange de niveaux de langage (soutenu puis courant)

2) Un début de comédie peu conventionnel

Le titre de la pièce sous forme de proverbe avec un présent de vérité générale qui augure d’une pièce grave qui se termine mal. On peut dire que cela s’accorde mal avec l’annonce du chœur du retour de Perdican et de Camille. Cette scène évoque l’annonce classique de mariage (=dénouement) heureux La présence d’un chœur qui rappelle le chœur antique tragique, semble peu adapté à une comédie. Dans cette scène, les procédés classiques (=présentation directe et indirecte des personnages) d’une scène d’exposition étaient repris ici d’une façon non seulement accentuée, mais répétée par ce phénomène de reprise et de symétrie. Le spectateur se demande donc s’il n’est pas devant une parodie d’une scène d’exposition. Musset ne cherche-t-il pas à dénoncer l’illusion théâtrale ? ; D’autant plus que des obstacles sont suggérés dans la scène : opposition entre les deux éducateurs, n’annonce-t-elle pas l’opposition entre les deux jeunes gens ? L’absence de rencontre entre les 2 gouvernants est-elle le signe d’une rencontre qui ne se fera pas entre Camille et Perdican ? Et enfin, le souhait du chœur « Puissions-nous retrouver l’enfant dans le cœur de l’Homme ? annonce-t-il d’une façon prémonitoire, les transformations possibles entre l’enfant et l’adulte ?