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ploi a 20 ans
Associations mode d’em

20 ans d’association,
20 ans d’action
# bénévolat

# loi 1901
Prix au n° : 12 euros TTC • n° ISSN : 1291-7826

# association

n° 200 • Juin-Juillet 2018


www.associationmodeemploi.fr SOMMAIRE

Jean-Louis Laville : « Les associations actrices
loi a 20 ans
invisibles du changement ».................................................................... 5 Associations mode d’emp

59
propositions
pour une société En Europe, les associations
de l’engagement .............. 6
cherchent encore leur place............................................................18
Les associations, combien de divisions ?............22
Une révolution fiscale qui n’est pas terminée....10
L’accompagnement
Les associations associatif vit
tentent de sa révolution 24 ........

s’adapter à
la baisse des
subventions 12 ...................
Emploi associatif : la fin d’une spécificité............26

État-associations : une indépendance Les habits neufs


toute relative...............................................................................................................14 de l’engagement associatif...............................................................28

Associations L’engagement
et collectivités : associatif
je t’aime prend un coup
moi non plus 16 ........ de jeune 30 .................................

Et aussi : Infographie : 20 ans en chiffres........................................................................ 4


Quiz : 20 ans de vie associative en 20 questions............ 8
20 couvertures pour 20 ans....................................................................................32

COMITÉ DE RÉDACTION : Mensuel édité par Territorial


Experts-comptables/Commissaires • Thomas Bilanges, Carrefour des • Sylvain Rigaud et Paul Bucau, SAS au capital de 1 259 907 euros Responsable de diffusion : Valérie Friedel
aux comptes associations parisiennes RNMA Siège social : Antony Parc 2 – 10 place Publicité : Gilles Dubois, directeur de
• Frédéric Dintras, Sarl Secal, • Fabienne Orban, Maison des •P  hilippe Eynaud, CNAM & IAE- du Général de Gaulle – La Croix de Berny clientèle, 01 79 06 79 67 ou 06 67 15 78 67
Limoges associations de Strasbourg Université Paris 1 BP 20156 – 92186 Antony Cedex Vente par abonnement :
• Gérard Lejeune, Euro compta • Claude Rogeaux et Alain Détolle, •E  mmanuelle Maudet, France Bureaux : Espace Cévé, 58, cours Becquart
Active, Paris • Abonnement personnel ou abonnement
finance, Ste-Geneviève-des-Bois Maison interassociative de Castelbon, 38 500 Voiron
• Damien Potdevin, JPA Associations •A  nna Fontaine, Avise, Paris associatif : (1 an soit 10 nos) : 79 e TTC/an ou
Millevaches (MIAM) RCS NANTERRE 404 926 958 - N° SIRET : prélèvement automatique : 6,65 e TTC/mois
• Malik Tine, Alliance Expert Paris •M  arion Boinot, Mouvement 404 926 958 00020 - Code APE : 5813Z -
• Camille Viltart-Lamy, Augefi, Paris Structures d’accompagnement associatif, Paris (sur 12 mois),
• Luc Jambois, Strasbourg •C  éline Fiorentino, Crédit N° TVA intracommunautaire : FR 28 404
•A bonnement administratif : 115 e TTC/an ;
Avocats • Claire Marenco, directrice du coopératif, Paris 926 958
• Cécile Chassefeire, et Adeline • Prix au numéro : 12 e TTC
centre culturel de Cagnes-sur-mer •M  arc Genève, Fonda, Paris Commission paritaire : 0918 T 78440
Beaumunier, cabinet Camino et Tél. abonnements : 04 76 65 93 78
• Lucile Manoury, l’Atelier, Oppède •E  va Camps, Cofac, Paris ISSN : 1291-7826 - Dépôt légal : à parution
associés, Sucy-en-Brie Fax : 04 76 05 01 63
• Claudia Zi Miou Sie et Suzel •D  ominique Thierry, France Site internet : www.associationmodeemploi.fr
• Colas Amblard, Avocat, Bénévolat, Paris e-mail : info@ame1901.fr abonnement@territorial.fr
Chassefeire, Chambre des Impression : Imprimerie du Pont de Claix
NPSConsulting, Lyon •L  ouise Lefevre Associé principal : Info Services Holding
• Eric Landot, Landot & associés, associations, Saint-Maur-des- ZAE Les Bauches - 38640 Claix
Fossés • Julien Dubois, Animafac Présidente et directrice de publication :
Paris Isabelle André Origine du papier : Allemagne. Ce papier
• Xavier Delsol, Cabinet Delsol • Philippe Gril, CLAP Midi-Pyrénées Rédacteurs
• Yannick Dubois, Bourghelles (59) Directeur des rédactions : Guillaume Doyen provient de forêts gérées durablement
Avocats Organismes partenaires ou •D  idier Barthel, Besançon et ne contient pas de fibres recyclées.
Directeur de la rédaction : Laurent Thoviste
Maisons des associations représentatifs des associations •A  ntonio Garcia Certification : Impact sur l’eau (P tot) :
Tél. : 04 76 65 77 78
• Grégory Autier, directeur de S3A • Yannick Blanc •H  enri Busnel, trésorier 0,016 kg/tonne
Rédaction en chef : La Navette
• Marie-Pierre Berut, Sport Emploi • Patrick Bertrand, Passerelle & d’association, Rennes Crédit photo couverture : ©hurca.com/
Secrétaire de rédaction : Annie Lozac’h-Menez
Animation 74, profession sport, compétences, Paris • Magali Robert, Paris AdobeStock
Maquette : Xavier Pau
PAVA et CRIB de Haute-Savoie • Guillaume Chocteau • Vanina Roques Assistante de rédaction : Marie-Aurélie Colpin Encarts jetés : mailings DA168949,
• Christian Cascio, directeur • Laurent Costy, April • Philippe
 Villette, Hautes-Pyrénées
Chef de fabrication : Hervé Charras DB168949, DC168949 aux prospects
du Carrefour des associations • Carole Orchampt, déléguée • L’équipe
 de la Navette,
parisiennes générale du RNMA Faux la Montagne (23) Directeur diffusion : Guillaume de Corbière catalogue C01A03 aux abonnés et prospects

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 3


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

20 en chiffre
asns
En 20 ans, le dynamisme de la vie associative ne s’est pas ralenti au contraire…
1998 Toujours plus … Et de salariés et bénévoles Des budgets en hausse malgré
d’associations… pour les faire vivre une baisse des subventions
De nos
jours Nombre d’associations Nombre de salariés Budget cumulé
en France associatifs des associations

880 000 1 MILLION 47 Mde


380 000
1 MILLION 1 MILLION 85 Mde
300 000 853 000
Part des ressources publiques
Nombre d’associations Nombre de bénévoles dans les budgets associatifs
créées dans l’année scolaire associatifs
54 %
60 000 10,5 MILLIONS 49 %
Part des ressources privées
dans les budgets associatifs

73 000 46 %
13 MILLIONS
51 %
La mention « de nos jours » fait référence à la dernière année de référence connue qui peut remonter à un ou deux ans en arrièrre
selon les données disponibles.

4 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

Les associations,
actrices invisibles
du changement
DR

D
epuis une vingtaine d’années, il est un doivent aussi s’affirmer comme des lieux d’expé-
phénomène mondial : c’est l’essor considé- rimentation de nouvelles façons de faire dans l’es-
rable des initiatives citoyennes, ce que je pace public ; afficher le sens de leurs actions en
nomme l’associationisme. À chaque fois qu’on se faveur d’une société qui ne soit pas gouvernée par
rend sur un territoire, on est étonné du nombre l’uniformisation ; faire vivre les différences dans
de choses qui s’y passent et qui, bien souvent, une égalité entre les personnes. Des défis aux-
permettent à la société de « tenir ». Au-delà des quels elles se sont déjà confrontées au cours de
statuts juridiques (même si le statut associatif ces vingt dernières années – ce numéro anniver-
en est une manifestation très nette), l’associatio- saire d’Associations mode d’emploi en témoigne
nisme est cette capacité de chacun et chacune de – et qui, n’en doutons pas, continuent à se dres-
se lier à d’autres pour réaliser ensemble un objec- ser devant elles.
tif commun. Jean-Louis Laville
Professeur du Cnam, auteur de « La gouvernance des
Ce regain de l’associationisme est pourtant peu associations » (Érès, 2013), « Associations et action
perceptible et presque invisible. Il y a à cela publique » (Desclée de Brouwer, 2015), « L’économie
d’abord une raison historique. Né au début du sociale et solidaire » (Le Seuil, 2016), « L’association,
sociologie et économie » (Pluriel, nouvelle édition 2018).
XIXe siècle, l’associationisme a été ostracisé à la
fois par le courant libéral qui y a vu un mouve-
ment naïf et sans importance et par le courant
marxiste qui l’a jugé « utopique » et immature. UN NUMÉRO SPÉCIAL
Tout le XXe siècle a vécu sur cette vision des choses POUR QUOI FAIRE ?
où, hors du capitalisme marchand pour les uns,
Depuis vingt ans, Associations mode
ou de l’État social pour les autres, il n’y avait pas
d’emploi, dont le premier numéro est
d’autre voix. Il nous faut donc d’abord retrou- sorti en même temps que la nouvelle
ver cette mémoire, réhabiliter cette pensée de la instruction fiscale (un pur hasard, nous
transition plutôt que de la rupture, cette volonté avions dû refaire le n° 1 dans l’urgence),
d’aller, non vers une société parfaite, mais vers accompagne les associations et leurs
partenaires publics pour les aider à
une société meilleure. L’autre raison est liée au comprendre les évolutions de la vie
modèle néolibéral qui réduit l’association à une associative et ainsi mieux faire face à
forme d’entreprise qu’il faudrait « professionnali- ces changements. Informer, remettre
ser », qui aimerait que les associations deviennent en perspective, militer pour que la vie
des entreprises (presque) comme les autres mais associative soit pleinement reconnue est
la mission que nous nous sommes fixée.
avec un but social. Dans ce numéro anniversaire, nous avons
Ces dilemmes, nous les retrouvons dans chaque voulu mettre en évidence les points qui
association : bureaucratisation ou délibération ; nous ont paru les plus importants. Non
adaptation aux normes ou recherche d’une dimen- pas pour regarder derrière nous, mais
sion politique au cœur du projet associatif. Pour pour, comme le dit Jean-Louis Laville,
vous aider à affronter les mutations à
ne pas passer d’une dépendance aux financements venir. Plus qu’un numéro de collection,
publics à une dépendance aux financements pri- c’est donc avant tout un outil de travail et
vés, les associations doivent activer leurs res- de réflexion. Bonne lecture.
sorts propres : bénévolat, volontariat. Mais elles

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ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

59 propositions
pour une société de l’engagement
Après des débuts difficiles, la
concertation lancée par le Premier
ministre en novembre 2017 a
débouché le 8 juin sur la remise
d’un rapport du Mouvement
associatif « Pour une politique
de vie associative ambitieuse et
le développement d’une société
de l’engagement ». La balle est
maintenant dans le camp
du gouvernement.

C
ela avait mal commencé. Lorsqu’il
©Mouvement associatif

y a un an le gouvernement
d’Édouard Philippe était consti-
tué, certains avaient été déçus de voir la
vie associative sans ministère ou secréta-
riat d’État spécifique. Puis est venue cette
série de décisions qui, sans viser direc- Remise du rapport du Mouvement associatif au Premier ministre, le 8 juin dernier.
De gauche à droite : Philippe Jahshan, président du Mouvement associatif,
tement les associations, les ont néan- Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, Édouard Philippe, Premier ministre
moins cruellement impactées : baisse des et Jean-Christophe Itier, Haut-commissaire à l’ESS et à l’innovation sociale.
emplois aidés, fin de la réserve parlemen-
taire, suppression de l’ISF. Une restitution des trois groupes de tra-
Les représentants vail mis en place en novembre 2017 a eu
Signal négatif du monde associatif lieu le 27 février dernier en présence de
Un an plus tard, les choses se sont-elles Jean-Michel Blanquer et Christophe Itier.
améliorées ? Oui et non. Commençons
reconnaissent une qualité Sans crier victoire, les représentants du
par le non. Il est parfaitement illustré d’écoute qui, espèrent-ils, monde associatif reconnaissent une qua-
par une tribune (1) signée par d’émi- se traduira bientôt lité d’écoute qui, espèrent-ils, se traduira
nents responsables associatifs – et pas en décisions. bientôt en décisions.
spécialement des adeptes de la contes-
tation permanente – qui n’y vont pas 130 contributions
de main morte : « Le secteur associatif Volonté de faire La dernière étape de cette concertation a
a le sentiment de ne plus être reconnu Pourtant, « dans le même temps », le gou- eu lieu le 8 juin à Toulouse. Philippe Jahs-
comme un interlocuteur naturel du gou- vernement a enclenché une dynamique han, président du Mouvement associatif,
vernement dans l’élaboration des poli- de concertation avec les acteurs associa- a remis à Édouard Philippe un copieux
tiques publiques […] La liste est longue tifs en mettant en place des groupes de rapport, issu d’un travail véritablement
des sujets sur lesquels les associations travail « de co-construction de la poli- collectif (2). 113 participants réunis sous
n’ont pas été écoutées par les pouvoirs tique associative du gouvernement­ ». la houlette du Mouvement associatif ont
publics avant que soient prises des déci- C’était reconnaître que celle-ci n’existait produit quelque 130 contributions qui
sions majeures […] C’est un signal néga- pas vraiment, mais c’était aussi afficher débouchent sur 59 propositions. Celles-
tif pour les associations. » une volonté de faire avec les associations. ci s’organisent en trois grandes théma-

6 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

tiques : faire vivre les potentialités de la de créer un dispositif d’aide aux associa- (n° 24). Pour faciliter l’accès aux marchés
loi 1901 ; bâtir une politique de dévelop- tions en difficulté (proposition n° 43), de publics il suggère de généraliser le prin-
pement, de soutien et de reconnaissance permettre aux associations manquant de cipe d’allotissement qui permet la décom-
de la vie associative ; faciliter la mission fonds propres de bénéficier de garanties position d’un marché en lots (n° 22).
d’intérêt général des associations. d’emprunts de l’État (n° 44), de créer un Deux propositions enfin sont dédiées à la
fonds d’avance de trésorerie permettant liberté associative (n° 14 et n° 15). L’une
Effort de synthèse des avances remboursables pour lancer d’elles exige une « protection des associa-
Si l’on ne trouve pas vraiment d’idées des projets sur financements européens tions face aux procédures baillons qui leur
nouvelles dans ce rapport qui reprend (n° 45) ou de donner aux associations la sont intentées par certaines entreprises
au contraire des thématiques récurrentes possibilité de conserver leurs excédents, pour intimider, limiter la liberté d’expres-
déjà bien labourées, c’est justement là y compris pour les secteurs « tarifés » du sion, et dissuader de s’exprimer dans des
toute sa force. On sent un effort de syn- médico-social (n° 50). débats publics. » Un véritable portrait du
thèse pour couvrir l’ensemble des préoc- secteur, de ses inquiétudes et de ses dif-
cupations des associations. On ne sera Portrait du secteur ficultés. Reste à savoir comment le gou-
donc pas étonné de relever 13 propo- Sans surprise, le rapport insiste sur la vernement y répondra.
sitions autour de l’engagement, un des nécessité d’instaurer une politique spé-
maîtres mots du rapport, 8 autour de la cifique de l’emploi associatif (n° 56) et Michel Lulek
meilleure connaissance du secteur, 11 réclame une augmentation « significa- (1) bit.ly/2FJWCCb
autour de la non-lucrativité ou 13 autour tive » des moyens alloués au Fonds de (2) bit.ly/2l0hE7H

du financement. On notera ainsi l’idée développement de la vie associative

président du Mouv ement associat if


Témoin PH IL IPPE JAHSHAN,
©Mouvement associatif

« Les associations sont un contre-pouvoir indispensable pour


notre démocratie »

Quel bilan faites-vous Qu’attendez-vous Le pari d’une « gouvernance


de la concertation avec en particulier ? confiante, partenariale
le Gouvernement ? Nous attendons bien sûr des réponses et ouverte » avec le
Mis à part le temps court, la méthode aux 59 propositions formulées, mais gouvernement est-il réaliste ?
de travail et de concertation a été saluée. aussi et surtout que ce rapport nourrisse Le 9 novembre dernier, le Premier
Elle a créé un lieu d’interconnaissance, de une politique pour le quinquennat et ministre nous a qualifiés de « cousins »
dialogue et de réflexion partagée entre les permette de lancer différents chantiers des élus politiques. Ce qualificatif reflète
associations et les pouvoirs publics dans plus structurants sur des sujets clé pour assez bien ce qui anime avant toute chose
une dimension interministérielle. Elle a la vie associative, comme les leviers de un engagé associatif : l’exercice plein de
permis de dégager des axes pour nourrir développement, l’accompagnement sa citoyenneté dans le cadre que permet
une stratégie complète de développement et le renforcement des associations, la grande loi de liberté qu’est la loi 1901.
de la vie associative. Nous avons à présent l’évaluation, le soutien à l’engagement, la Les associations jouent un rôle de contre-
un cadre légitime sur lequel il est possible simplification administrative ou encore pouvoir indispensable qu’il est essentiel
d’asseoir une politique publique. Il s’agit de l’expérimentation de la co-construction de protéger. Partout dans le monde, le
ne pas décevoir et d’y donner suite. dans les territoires. Nous attendons recul démocratique commence toujours
aussi des mesures plus immédiates qui par la restriction du droit d’association et
peuvent trouver une traduction rapide de l’espace de la société civile. Le dialogue
dans l’exécution budgétaire à venir. Il y civil est forcément exigeant, mais une
a, notamment pour les associations les grande démocratie se grandit toujours à
plus fragiles, des besoins urgents pour respecter et nourrir cette vitalité critique
retrouver des marges pour le soutien à en son sein, avec ses convergences et ses
leurs projets, à leur développement, ou controverses.
à la stabilisation de leurs emplois.

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 7


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

Quiz : 20 ans de vie


1 • Au cours des 20 dernières années, 7 • La Conférence des organisations
en moyenne, combien d’associations internationales non gouvernementales
se sont-elles créées chaque année en (Coing), instance de participation
France ? des associations auprès du Conseil
o 7 000 de l’Europe, réunit :
o 70 000 o 320 ONG internationales
o 140 000 o 1 représentant des ONG par pays européen
(réponse page 23) o 6 000 ONG ou associations loi 1901
(réponse page 20)
2 • Sur le 1,3 million d’associations en
France, combien sont-elles représentées 8 • Le crowdfunding
au sein du « Mouvement associatif »  ? est possible :
o 130 000 o uniquement aux associations reconnues
o 300 000 d’utilité publique
o 600 000 o aux associations caritatives
(réponse page 23) o à toutes les associations, quelle que soit
leur taille
3 • En 2017, la loi a établi la liberté (réponse page 13)
d’association sans accord parental
préalable à partir de : 9 • L’agrément Esus, entreprise
o 14 ans solidaire d’utilité sociale, permet
o 15 ans aux associations :
o 16 ans o de mener des actions de solidarité
(réponse page 30) internationale
o de bénéficier des outils de la finance solidaire
4 • Au cours des dernières années, o de pouvoir émettre des reçus de dons
le bénévolat associatif : (réponse page 12)
o a largement diminué
o est resté stable avec un difficile 10 • En 20 ans,
renouvellement l’emploi dans les associations :
o n’a pas cessé d’augmenter o a baissé de 150 000 emplois
(réponse page 29) o a augmenté de 150 000 emplois
o a augmenté de 450 000 emplois
5 • On estime qu’en France, est bénévole (réponse page 26)
dans une association :
o 1 Français sur 10 11 • Dans le milieu associatif,
o 1 Français sur 4 les emplois en CDI représentent :
o 1 Français sur 2 o 82 % de l’emploi
(réponse page 29) o 53 % de l’emploi
o 24 % de l’emploi
6 • Le statut d’association européenne (réponse page 27)
valable dans l’ensemble de l’Union
européenne : 12 • Les DLA ont été créés pour :
o existe depuis le traité de Rome (1957) o aider les associations à pérenniser
o existe depuis le traité de Lisbonne (2009) leurs emplois
o n’existe toujours pas o transformer les associations en entreprises
(réponse page 21) o soutenir financièrement des manifestations
culturelles
(réponse page 25)

8 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

associative en 20 questions
13 • Que signifie l’acronyme OPCA ? 19 • Depuis la loi Notre,
o Organisation participative des conseils les communes sont toutes regroupées
d’administration en intercommunalités et :
o Organisme public constitué en association o ne peuvent plus subventionner directement
o Organisme paritaire collecteur agréé les associations
(réponse page 24) o ne peuvent subventionner que les
associations relevant de leur compétence
14 • Depuis quelle année les associations o peuvent subventionner toutes les associations
loi 1901 ont-elles un plan comptable de la commune
spécifique ? (réponse page 17)
o 1901
o 1946 20 • En 2014, les pouvoirs publics
o 1999 et les associations ont signé :
(réponse page 11) o une convention pluriannuelle d’objectifs
o un protocole d’accord pour la mise en œuvre
15 • À partir de quelle somme du service civique
de subventions ou de dons reçus o une nouvelle charte d’engagements
annuellement une association doit-elle réciproques
rendre publics ses comptes annuels ? (réponse page 16)
o 63 000 €
o 103 000 €
o 153 000 €
(réponse page 11)

16 • La règle européenne de minimis limite


le financement public d’associations
ayant une activité économique :
o à 200 000 € par an
o à 200 000 € sur 3 ans
o à 500 000 € sur 3 ans RÉSULTATS :
(réponse page 14) • Si vous avez bien répondu à toutes les
questions (ou presque), soit vous avez
17 • Quel est le rôle du Haut Conseil lu ce numéro d’Associations mode
à la vie associative ? d’emploi avant d’avoir fait ce quiz,
o Conseiller les pouvoirs publics sur soit vous êtes un lecteur assidu de la
les questions associatives revue. Félicitations, continuez !
o Distribuer les subventions du Fonds national
• Si vous n’avez répondu qu’à une
de développement de la vie associative moitié des questions, vous avez encore
o Représenter les associations au sein quelques lacunes.
du Conseil économique, social et Relisez votre collection d’anciens
environnemental numéros d’Associations mode d’emploi.
(réponse page 14)
• Si vous n’avez pas pu répondre
18 • Le service civique s’adresse à la plupart des questions…
aux jeunes : il n’y a pas à tergiverser : laissez
o de 18 à 25 ans ce numéro bien en vue dans les locaux
de l’association et relisez-le chaque jour
o de 16 à 25 ans avant la prochaine AG.
o de 16 à 30 ans
(réponse page 30)

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 9


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

Une révolution fiscale


qui n’est pas terminée
Dans les années 1990, les
associations ont vu se multiplier
les redressements fiscaux.
L’intérêt général et la non-
lucrativité devaient dès lors être
mieux définis afin de permettre la
conduite d’activités associatives
« sécurisées ». L’instruction
fiscale du 15 septembre 1998
a ouvert la voie à de nombreux
textes jusqu’à la loi ESS en 2014.
Mais l’évolution fiscale n’est
certainement pas terminée.

L’
instruction fiscale du 15 sep-
tembre 1998 (gestion désinté-
ressée – concurrence – 4P) visait
à distinguer avec des critères simples et
concrets les situations fiscalisables. S’en
sont suivis de nombreux textes, dont les
plus marquants resteront l’instruction la généralisation de l’ESS en lui donnant tions. Les exonérations fiscales exis-
fiscale du 16 février 1999 stabilisant le des moyens juridiques semblables à ceux taient depuis longtemps notamment à
cadre de la sectorisation et de la filialisa- du secteur lucratif, tel qu’un régime spé- travers « la doctrine des œuvres ». La pra-
tion, l’ouverture de la procédure du res- cifique pour les opérations de fusion par tique des fusions entre associations exis-
crit fiscal, l’adaptation du plan comptable exemple, ont eu pour objectif de répondre, tait avant 2014, grâce aux techniques
général aux associations et fondations au fil des ans, à l’évolution culturelle et de droit privé contractuel. Cependant,
en 1999. économique qui s’est jouée pendant cette il convient de ne pas négliger l’utilité de
période. Les associations se sont profes- disposer de textes de référence plus expli-
Répondre aux évolutions sionnalisées, s’éloignant parfois dangereu- cites qui ont aussi apporté des réponses
La loi sur le mécénat en 2003 qui misait sement du concept associatif d’origine, et techniques précieuses. Par exemple, pour
sur de fortes incitations fiscales pour déve- se sont confrontées à de nouveaux défis : les fusions, le transfert de plein droit de
lopper les dons des particuliers et des gérance de fait, activités lucratives, fisca- l’ensemble du patrimoine, des créances et
entreprises, la création des fonds de dota- lisation partielle, recherche de finance- des dettes ne pose plus question et cela
tions en 2008, comme nouveau support, ments privés. évite les débats sur l’obligation de pro-
plus souple, du financement des œuvres céder par signification d’huissier. Toute-
d’intérêt général ou, plus récemment, la Situations ambiguës fois, des situations ambiguës perdurent.
loi relative à l’économie sociale et solidaire La publication de ces textes n’a pas bou- Il est ainsi regrettable que les textes sur
(loi ESS) de 2014 qui a visé à encourager leversé le cadre applicable aux associa- les fusions prévoient la double publica-

10 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

tion dans un journal d’annonces légales, calistes. La bonne gestion de leur struc-
même lorsque les entités fusionnantes ture demande pourtant qu’ils respectent DATES
5 avril
sont dans le même département. Le coût la réglementation applicable alors même
1998 : publication
des formalités est alors doublé sans que que gérer une association est parfois bien de l’instruction fiscale
cela soit justifié par l’objectif recherché plus compliqué que gérer une entreprise ! 4-H-5-98
d’information des tiers. Autre exemple : Il faut identifier le texte applicable dans 1999 : publication du plan
le secteur de l’insertion par l’activité éco- le dédale des lois et il faut souvent mettre comptable associatif
nomique demeure écartelé entre la mis- en œuvre des exceptions ou des exoné- 2014 : dispositions légales
sion d’insertion entrant dans l’intérêt rations qui contraignent les structures sur les fusions
général et le caractère économique de ses à devoir les justifier. Le modèle écono-
activités support. mique hybride, la diversité des statuts des
acteurs font que de nombreux paramètres vole est ainsi un enjeu clairement iden-
Accès complexe sont à prendre en compte. Le renforce- tifié et fait partie des axes de politique
Ces nouvelles réglementations restent ment des compétences des bénévoles et gouvernementale pour la vie associative
par ailleurs d’un accès complexe. Les une professionnalisation des équipes sont pour lesquels nous attendons encore à ce
dirigeants associatifs, qui exercent le donc indispensables dans des domaines a jour le plan d’actions.
plus souvent leur mission dans un cadre priori austères et moins directement en
bénévole, ne peuvent pas être en même lien avec le cœur de la mission de l’asso- Camille Viltard-Lamy, Malik Tine,
temps des professionnels juristes ou fis- ciation. Le soutien à l’engagement béné- Cécile Chassefeire, Gérard Lejeune

vai l Associations de
mbre du groupe de tra
E, expert-comptable, memptes et de l’ordre des experts-comptables
Témoin GÉRARD LEJEUNde s commissaires aux co
le
la Compagnie nationa
« La première règle de la bonne gestion associative
est de tenir des comptes »
DR

Comment voyez-vous C’était une nécessité ? Ces évolutions représentent


l’évolution de la fiscalité et Les associations n’avaient pas d’obligations un coût pour les associations.
de la comptabilité du secteur comptables générales. Le Conseil national Est-ce justifié ?
associatif ? de la comptabilité proposait bien depuis Le partenariat entre les professionnels du
Suite au rapport Goulard, le gouvernement 1985 d’utiliser un plan comptable, mais ce chiffre (comptables, experts-­comptables,
Jospin a, par les instructions fiscales n’était qu’une simple « recommandation ». commissaires aux comptes) et les
de 1998 et 1999, permis de clarifier Il faudra attendre le début du XXIe siècle associations est un facteur de sécurité
de nombreuses situations ambiguës. pour que le nouveau plan comptable et de confiance pour le respect des
La procédure du rescrit fiscal, le associatif devienne une obligation ! Il règles légales. Aujourd’hui, il y a chaque
questionnaire, le correspondant s’applique depuis le 1er janvier 2000 et crée année près de 30 000 interventions de
association (dans chaque service des un cadre légal de présentation des états commissaires aux comptes dans le secteur
impôts des entreprises) et « l’amnistie financiers qui s’applique obligatoirement associatif. Pour les associations, leurs
fiscale » pour celles qui mettaient à plat aux associations dès lors qu’elles doivent membres et donateurs comme pour les
leur situation avant le 1er janvier 2000 rendre publics des comptes annuels (parce pouvoirs publics, cela offre une meilleure
ont été un grand progrès pour le secteur qu’elles reçoivent plus de 153 000 € de transparence et une meilleure lisibilité
associatif. La publication par Bercy d’avis subventions ou de dons déductibles). financière. C’est un plus en matière de
sectoriels a ensuite permis de clarifier des Cela a constitué une formidable évolution gouvernance démocratique et de bonne
situations particulières, car nous avions réglementaire ! Une réforme de ce gestion. Pour paraphraser un ministre
dans la pratique des avis divergents de plan comptable est en cours et devrait des Finances : la première règle de la
correspondants associatifs locaux pour s’appliquer début 2020. bonne gestion associative est de tenir des
des situations identiques ! comptes, et la première qui conduit à la
ruine est de les négliger.

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 11


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

Les associations tentent de s’adapter


à la baisse des subventions
Face à la baisse des financements
publics, les associations ont dû, au
cours des vingt dernières années,
adapter leur modèle économique
pour intégrer de nouvelles
ressources privées (mécénat,
produit-partage, vente de produits
et services, finance solidaire, social
impact bonds, etc.). La législation
a toujours tenté de prendre en
compte les nouvelles pratiques.

L
es politiques publiques de rigueur
et l’évolution de la réglementation
européenne en matière d’aides
d’État ont imposé un contrôle strict des
subventions (1). Ces dernières font sou-
vent l’objet d’une convention fixant les
obligations respectives de l’association
et du financeur (2). Leur montant a été paysage des organismes sans but lucra- structurellement déficitaires. Ces acti-
réduit de manière significative et elles tif a permis aux associations simplement vités sont développées en interne, dans
tendent à être remplacées par des pro- déclarées de se doter d’un outil de collecte le cadre de la franchise d’impôts com-
cédures d’appels à projets soumises aux de donations et de legs. Enfin, ces der- merciaux ou d’une sectorisation fiscale,
règles de la commande publique. nières années, associations et entreprises ou en externe, à travers une filialisation.
ont également pu mesurer les bienfaits du Il est ainsi de plus en plus courant que
Les bienfaits du mécénat mécénat de compétence en plein dévelop- des associations contrôlent et gèrent une
Heureusement, depuis 2003, la France pement (mise à disposition de personnel filiale commerciale (ex. : une société par
est dotée d’un dispositif fiscal attractif et de moyens par des entreprises). actions simplifiée). De grandes associa-
incitant les particuliers et les entreprises tions ont même mis en place des mon-
à soutenir les associations d’intérêt géné- Diversification des ressources tages juridiques et fiscaux permettant
ral. Le développement des outils numé- À côté du mécénat, les associations ont d’attirer des investisseurs dans leurs
riques permet aujourd’hui aux petites été amenées à développer des partena- filiales tout en gardant leur contrôle
associations de collecter des dons de riats avec les entreprises dans le cadre (actions de préférence, société en com-
manière peu coûteuse grâce aux plate- de parrainages (sponsoring), activité fis- mandite par actions…).
formes en ligne de financement parti- calement lucrative (4). Suivant la même
cipatif. En outre, l’évolution technolo- logique de diversification des ressources, Nouveaux mécanismes
gique des services de paiement permet certaines ont entrepris d’exercer des acti- La recherche de nouveaux financements
aux entreprises commerciales de propo- vités de ventes de marchandises ou de impose parfois des restructurations se
ser à leurs clients ou à leurs salariés le prestations de services dans un cadre fis- traduisant par des fusions, groupements
mécanisme de l’arrondi solidaire consis- cal sécurisé par l’administration depuis de moyens ou coopérations. Par ailleurs,
tant à verser des microdons. L’arrivée en 1998. Elles peuvent ainsi financer une les associations bénéficient des outils de
2008 (3) des fonds de dotation dans le partie de leurs activités non lucratives la finance solidaire (agrément Esus) et

12 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

sont visées par deux nouveaux disposi- travaillent sur des projets de financement
tifs privés et publics en faveur de l’innova- en crypto-monnaie. Reste que si l’imagi- DATES
5 avril
tion sociale, ainsi que certains fonds d’in- nation des porteurs de projets est sans
2003 : loi Aillagon sur
vestissement. Les solutions sous forme limite pour pallier le désengagement de le mécénat
d’apport associatif, de prêt ou de garan- la puissance publique, certaines missions
2008 : création des fonds
tie de prêt peuvent néanmoins apparaître ne pourront toutefois jamais être cor- de dotation
exigeantes et sélectives. En revanche, le rectement assurées sans investissement
2014 : loi ESS – Définition
mécanisme des titres associatifs, réformé public, politique et financier. de la subvention, titres
par la loi ESS de 2014, demeure peu fré- associatifs, fusion
quent en pratique car les investisseurs Sarah Bertail et Emmanuel Sadorge,
trouvent le produit peu attractif en raison avocats, Delsol avocats CHIFFRES
des conditions de remboursement. Enfin, 3,5 milliards d’euros de
(1) Loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits
il est encore trop récent pour apprécier des citoyens dans leurs relations avec les administrations, mécénat d’entreprise
l’efficacité du nouveau mécanisme de art. 10 ; code du commerce art. L.612-4 et D.612-5 ; loi
7,5 milliards d’euros de dons
n° 87-571 du 23 juillet 1987 sur le développement du
financement par contrat à impact social mécénat, art. 4-1. des particuliers
(social impact bond). L’expérience per- (2) Circulaires du 18 janvier 2010 et du 29 septembre
Hausse depuis dix ans des
2015.
mettra de vérifier si ce mode de finance- (3) Loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation dons déduits de l’impôt sur
ment est adapté aux enjeux. De manière de l’économie, art. 140. le revenu : + 70 %
(4) BOI-BIC-RICI-20-30-10-20- § 150.
plus insolite, il existe des associations qui

Asso
trice générale de Hello
Témoin LÉA THOMASSI N, direc
Les petites associations ont besoin de fédérer dans la durée
©Eloise Vene

une communauté de donateurs

Quelle a été l’évolution de Le mécénat semble également Quels sont les défis à venir ?
votre activité par rapport au se démocratiser ? Le financement du fonctionnement. Il
financement associatif ? Il y a plusieurs années, les opérations de reste difficile de pérenniser l’emploi de
Il y a neuf ans, au début des réseaux collecte de dons étaient essentiellement permanents. Au-delà du financement
sociaux, nous avons commencé par le menées par les grandes associations par projet, les petites associations ont
projet Mail For Good. Nous proposions caritatives et ONG. Elles seules besoin de fédérer dans la durée une
aux associations d’améliorer leur visibilité pouvaient financer des campagnes de communauté de donateurs, un cercle de
par les e-mails. Puis, avec HelloAsso, nous communication très coûteuses, réalisées fidèles qui contribuent régulièrement
avons proposé des outils numériques par voie de presse, d’affichage ou de avec des petits versements (5 euros ou
gratuits pour la collecte de dons et de streetfundraising… Face à la baisse des 10 euros par mois). Un autre défi majeur
cotisations, la gestion de campagnes financements publics, les associations, est d’acquérir les codes et les compétences
de financement participatif ou pour la tous secteurs confondus, se sont pour développer les ressources privées.
billetterie d’événements. Aujourd’hui, mises à rechercher d’autres sources de Comment convaincre une PME de réaliser
nous travaillons sur un système de financement. Grâce aux nouveaux outils du mécénat de compétence ? Il faut mieux
flashcode pour contrôler les billets à numériques, une petite association sensibiliser sur les solutions existantes,
l’entrée des événements et améliorer le peut aujourd’hui lancer une campagne former et accompagner.
comptage et les justificatifs. Un autre de crowdfunding. On assiste à une
projet vise à faciliter la gestion des ventes « démocratisation » des pratiques d’appels En savoir plus 
de produits et services. Le but est de de fonds. www.helloasso.com
soulager les bénévoles quant aux aspects
logistiques très chronophages de ces
activités.

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 13


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

État-associations :
une indépendance toute relative
Tantôt choyées, tantôt honnies, les
associations occupent une place à
part dans les dispositifs législatifs,
qui témoigne de l’ambivalence du
regard de notre société à l’égard
des corps intermédiaires. Si les
circulaires Fillon puis Valls vont
globalement dans le sens d’une
sécurisation des rapports entre
l’État et les associations, l’équilibre
entre partenaire et prestataire
reste difficile à trouver.

L
a révision générale des politiques
publiques (RGPP) initiée par le
gouvernement en 2007 a obligé
les services de l’État à rendre compte
de l’efficacité des politiques publiques.
Très critiquée car considérée comme
aux antipodes de la culture associative,
la RGPP est probablement un des pre-
miers textes qui ancre les associations économique » prévoit un régime déroga- de l’emprise du droit communautaire sur
dans une logique de prestation. Si son toire : la règle de minimis. Elle concerne le droit national et de l’intégration indif-
aspect mécanique manquait parfois d’hu- les associations dont les financements férenciée des associations parmi les opé-
manisme, les associations ont dû inventer publics n’excèdent pas les 200 000 euros rateurs du marché européen.
des indicateurs qualitatifs et quantitatifs, sur une période de trois ans. Ce dispositif
et intégrer l’évaluation dans la construc- marque un virage important car « dans la Équilibre
tion même des projets. pratique, la grande majorité des activités Il aura fallu près de deux ans de concer-
exercées par des associations peuvent être tation pour que la circulaire Valls du
Minimis considérées comme des activités écono- 29 septembre 2015 remplace la circu-
Le 18 janvier 2010, via la circulaire Fillon, miques ». Cette vision libérale témoigne laire Fillon. Elle permet de replacer les
le gouvernement entame une démarche associations dans une logique de partena-
de sécurisation des relations financières riat avec l’État résumée à l’article 1 : « au
entre les pouvoirs publics et le monde cœur de la société civile, [les associations]
associatif. L’objectif principal est de redé- L’objectif principal est occupent une place essentielle dans la vie
finir les modalités de financement des de redéfinir les modalités collective de la nation et le fonctionne-
associations au regard de la réglemen- de financement des ment de notre modèle de société, elles
tation européenne relative aux aides de associations au regard sont fréquemment amenées à anticiper,
l’État. Désormais, les aides financières éclairer ou compléter l’action conduite
de la réglementation
accordées aux « associations à caractère par les pouvoirs publics, inspirant à l’État
économique » sont considérées comme européenne et aux collectivités territoriales de nou-
des aides d’État. Cette notion « d’activité velles formes d’intervention, aux avant-

14 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

postes de l’innovation et de la créativité tion doit y apporter la preuve qu’elle a un


dans le territoire ». Pour conseiller les objet d’intérêt général, un mode de fonc- DATES
5 avril
pouvoirs publics, a été créé en 2011 le tionnement démocratique et qu’elle fonc- 2007 : RGPP
Haut conseil à la vie associative (HCVA). tionne avec une transparence financière.
2010 : circulaire Fillon
Il a vocation à représenter la vie associa- Cette homogénéisation relative livre une
tive, équilibre compliqué à réaliser entre photographie des associations considé- 2011 : création du HCVA
petites et grosses associations, associa- rées comme « dignes » d’être partenaires 2012 : création du socle
tions employeurs et non employeurs, de l’État. Dans la mesure où aucune asso- commun des agréments
secteurs d’activité… L’imbrication pro- ciation n’a l’obligation de solliciter un 2015 : circulaire Valls
gressive des questions associatives avec agrément, l’appréciation de l’État n’est
l’économie sociale et solidaire conduit à pas attentatoire à la liberté d’associa-
se questionner sur son articulation avec tion, principe à valeur constitution-
le Conseil supérieur de l’ESS. nelle. Cependant, en triant le bon grain
de l’ivraie, l’État témoigne de sa volonté
Agréments de normaliser les associations avec qui il
La loi du 22 mars 2012 relative à la sim- établit un partenariat. Une attitude que
plification du droit et à l’allégement des l’on pourrait juger contradictoire avec la
démarches administratives a également charte d’engagements réciproques où il
impacté de manière importante les asso- s’était engagé à faire respecter « l’indé-
ciations. Elle a créé le tronc commun des pendance associative ».
agréments qui sera valable pour toutes les Yannick Dubois, consultant,
demandes durant cinq années. L’associa- Cabinet Kogito Associations

lementaire
uvoir d’agir et ancien par
S, président du collectif Po
Témoin JEAN-P IERRE WORM
« Les associations sont de plus en plus des exécutantes
de la commande publique »
DR

les relations des associations avec le mécénat privé qui, en France,


Les associations sont-elles devenues
contrairement à ce qui se passe dans le monde anglo-saxon,
dépendantes de l’État ? est très dépendant des choix et des priorités des fondations
Du fait de leurs difficultés financières, beaucoup d’associations
d’entreprise.
sont de plus en plus des exécutantes de la commande publique
au détriment de la mise en œuvre de leur projet associatif. C’est Pourquoi les associations se laissent-elles
moins ce dernier que la performance de l’action circonscrite par faire ?
la commande de l’État qui domine. Beaucoup d’associations sont La première raison tient à l’émiettement des initiatives
plus attentives à ce que les pouvoirs publics attendent d’elles qu’à associatives qui freine la construction d’une capacité commune de
ce qui peut provenir ou émerger de la société civile ou des besoins transformation sociale, d’un véritable pouvoir politique partagé.
des habitants, même lorsqu’elles ont un rapport critique avec Tous ces citoyens qui agissent pour développer et valoriser le
l’État. « pouvoir d’agir », tous ces membres d’une société civique active,
bien que mus par les mêmes valeurs… ne se connaissent pas ! Et,
Pourtant, on n’a jamais autant parlé
de ce fait, ne constituent pas une force capable de peser ensemble
de démocratie participative sur l’organisation et la mise en œuvre cohérente des politiques
Le discours public affiche une très grande ouverture aux publiques. Le second facteur, c’est la reproduction au sein de la
initiatives citoyennes et à la société civile mais il ne reconnaît société civile de ce découpage en « silos » verticaux déconnectés
les associations que comme le prolongement utile de politiques les uns des autres. Cela est souvent dénoncé concernant
publiques. On appelle à l’émergence d’une citoyenneté active, l’action publique de l’État ou des collectivités locales. Mais les
mais en réalité on agit comme si l’on voulait des citoyens asservis. associations, les réseaux ou les collectifs citoyens n’y échappent
C’est une contradiction majeure qu’on retrouve également dans pas. Ce qui est encore plus grave !

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 15


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

Associations et collectivités :
je t’aime moi non plus
Pour les associations, c’est encore,
et de loin, souvent les premiers
partenaires. Mais dans leurs
relations avec les collectivités
locales, les associations ont
dû faire face à de multiples
problématiques : baisse
tendancielle des financements
publics, passage de la subvention
à la commande publique,
reconfiguration territoriale suite
aux lois Notre et Maptam.
Un contexte loin d’être stabilisé.

L
es politiques publiques de la vie
associative se présentent encore
souvent de façon descendante. Dans
les faits la relation est pourtant plus équi- maient se sentir impliquées dans ces éva- compte de la coconstruction. Il est encore
librée. Si les associations ont besoin du luations et elles étaient aussi nombreuses un peu tôt pour savoir si la charte a été
soutien financier des collectivités, celles- à estimer avoir influencé des politiques appropriée localement mais, début 2017,
ci en retour savent que des pans entiers publiques. la HCVA a repéré une cinquantaine de
de leurs politiques locales reposent sur chartes signées.
l’action associative. Pacte de confiance
C’est dans ce contexte qu’a été cosignée Chassé-croisé
Fondamental en 2014 la nouvelle charte des engage- L’évolution majeure est peut-être ail-
Le baromètre des relations collectivités- ments réciproques entre État, collectivi- leurs. Tandis que jusqu’alors la com-
associations initié par Associations mode tés et associations, qui pose la première mune était en 2014 le principal parte-
d’emploi indiquait ainsi en 2013 que, glo- pierre d’un nouvel édifice visant à refon- naire pour 41 % des associations, elles
balement, leurs relations sont marquées der un pacte de confiance entre les pou- sont désormais supplantées par les
par la confiance et le respect. Ainsi 76 % voirs publics locaux et les associations. autres niveaux de collectivité (régions,
des collectivités locales considéraient le Sans valeur coercitive, cette charte porte départements, intercommunalités). Un
rôle des associations comme « impor- au moins trois enjeux politiques impor- chassé-croisé qui corrobore les analyses
tant » pour la commune, dont 26 % tants. Un enjeu lié aux échanges voire de Viviane Tchernonog qui avait déjà
comme « fondamental ». 25 % des col- aux rapports de force entre les collecti- signalé la place désormais prépondérante
lectivités interrogées en 2014 avouaient vités territoriales et les associations. Un des départements comme principaux
d’ailleurs avoir engagé des politiques enjeu démocratique du fait du rôle qu’as- partenaires financiers des associations.
publiques sous l’impulsion d’une initia- sociations et collectivités ont à jouer dans La tendance à la « métropolisation », le
tive associative et 23 % les associaient à le renforcement des modes de participa- regroupement des intercommunalités
l’évaluation des politiques qui relèvent de tion des citoyens. Enfin, un enjeu cultu- dans des ensembles plus vastes, la créa-
leur secteur. 36 % des associations affir- rel et partenarial qui implique la prise en tion de treize grandes régions en 2016,

16 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

poussent les associations à reconfigurer tous les courants associatifs du dévelop-


leurs partenariats. Des bouleversements pement local, de l’économie sociale et
DATES
5 avril
qui impliquent en maints endroits des solidaire, du développement durable, de 2012 : loi de simplification
regroupements ou des fusions pour adap- l’éducation populaire, du sport, de l’en- du droit et d’allègement
des procédures
ter certaines structures associatives aux traide civile, de la culture, de la solidarité, administratives
nouveaux périmètres. du caritatif, de la coopération internatio-
2014 : charte
nale, ne sont pas considérés par les res- d’engagements réciproques
D’égal à égal ponsables politiques comme leurs cour- et loi Maptam (de
Face à ces défis, le partenariat semble roies de transmission mais comme des modernisation de l’action
publique territoriale
s’imposer. C’était en tout cas la convic- acteurs majeurs pour construire « d’égal et d’affirmation
tion de Michel Dinet, président du conseil à égal » le développement et la vitalité des métropoles)
général de Meurthe-et-Moselle préma- des territoires et du pays ». Encourager 2015 : circulaire Valls
turément disparu en 2014, deux mois la création d’espaces de dialogue, déve- et loi Notre (nouvelle
après avoir accueilli dans son départe- lopper une connaissance réciproque et organisation territoriale
ment la signature de la charte d’engage- construire collectivement, voilà le chal- de la République)
ments réciproques : « ce partenariat s’en- lenge qui s’impose aujourd’hui tant aux 2017 : lancement
d’une stratégie de
racine dans une conviction : la société est collectivités qu’aux associations. développement et
tonifiée, l’action publique est efficace, la d’accompagnement
démocratie est respectée et vivifiée quand Carole Orchampt, déléguée générale du RNMA de la vie associative

secrétaire
ENT, maire de Sceaux,s de France
Témoin PH IL IPPE LAURl’A ssociation des maire
général de

« La commune reste l’acteur de proximité par excellence »


DR

Pourquoi l’AMF a-t-elle Comment les communes Le développement des


accepté de cosigner la font-elles face aux difficultés intercommunalités modifie-
charte des engagements financières des associations ? t-il les relations entre les
réciproques ? Elles font ce qu’elles peuvent pour communes et les acteurs
Nous souhaitions répondre à un certain maintenir leur soutien mais le contexte associatifs ?
nombre d’enjeux essentiels pour les est particulièrement difficile en raison de Non, parce que la commune est la seule
communes en lien avec les associations la baisse de leurs moyens en provenance collectivité à bénéficier de la clause
pour satisfaire les besoins de la population de l’État, qu’elles subissent depuis générale de compétences depuis la
locale. Les communes sont libres de plusieurs années. La suppression de loi du 7 août 2015, ce qui lui permet
s’en emparer ou pas, les circonstances la taxe d’habitation, dont on ignore d’aider tout type d’associations.
n’étant pas les mêmes dans chaque tout des éventuelles compensations à Quant aux intercommunalités, elles
territoire. Quatre ans plus tard, nous ne compter de 2021, risque de réduire encore n’ont pas forcément plus de moyens
disposons malheureusement que de peu leur marge de manœuvre. Les maires que les communes… Et la question
de retours concernant son appropriation restent fondamentalement attachés ne se pose pas vraiment partout. La
(une cinquantaine de chartes ont été aux associations qui œuvrent à la vie commune reste l’acteur de proximité par
signées). En parallèle nous avons souhaité démocratique, à la cohésion sociale, au excellence, partenaire naturel du monde
proposer aux élus, dans le cadre du vade- développement et au vivre ensemble associatif avec lequel elle œuvre pour
mecum sur la laïcité, un modèle de charte de leur territoire. C’est pourquoi ils l’intérêt général local, dans une relation
pour s’assurer du respect du principe de mobilisent d’autres moyens par la mise à partenariale équilibrée, responsable et
laïcité lorsque les communes ou leurs disposition de locaux et d’équipements ou sécurisée.
groupements accordent des soutiens encore par du conseil.
publics.

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 17


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BIC (Bank Identifier Code) : CMCIFRPP - N° SIRET : 404 926 958 00020 - Code APE : 5813Z
ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

En Europe, les associations


cherchent encore leur place
Au niveau européen, les associations
ont deux interlocuteurs : le Conseil de
l’Europe et l’Union européenne. Malgré
une évolution et une meilleure prise
en compte de leur rôle, notamment
sur la question des financements, le
statut d’association européenne fait
toujours figure de serpent de mer.
Pour construire un véritable modèle
européen, il faudra tenir compte des
histoires politiques et sociales des
différents États membres.

P
eu connu des associations, le
Conseil de l’Europe est pourtant treprise sans but lucratif et voudrait tout en Europe. Cette assemblée consultative
la seule institution européenne à soumettre au droit européen de la concur- réunit 350 partenaires économiques et
avoir signé une convention sur la recon- rence sans référence au statut. Ainsi, les sociaux (dont 24 Français), leur permet
naissance de la personnalité juridique des associations, malgré leur place dans les de se faire entendre de la Commission,
organisations non gouvernementales. différents droits nationaux des États du Conseil et du Parlement et, théorique-
membres, sont les grandes absentes de ment, de participer au processus décision-
Quadrilogue l’Acte pour le marché unique d’avril 2011. nel de l’Union européenne.
Il a ainsi mis en place un « quadrilogue », Elles n’ont trouvé une place, somme toute
auquel la Conférence des organisations bien limitée, qu’au sein du Comité écono- Du fait du prince
internationales non gouvernementales mique et social européen (Cese) qui est en à une démarche contractuelle
(COING) qui rassemble 320 ONG inter- quelque sorte la voix de la société civile Les associations françaises ont pu émar-
nationales participe à égalité avec le sec- ger aux financements européens au tra-
teur ministériel, l’assemblée parlemen- vers de budgets alloués pour soutenir
taire, et le Congrès des pouvoirs locaux LEXIQUE les actions menées en direction de la
et régionaux. Son rôle a évolué au fil des Les organismes jeunesse, de l’éducation, de la mobilité.
années, passant de la « consultation » internationaux utilisent Elles ont également utilisé des finance-
en 1951 à la « participation » en 2003. peu le terme « association » ments spécifiques destinés à favoriser les
et lui préfèrent d’autres
Devenue partenaire des organes statu- mots : « organisation actions de solidarité nationale ou inter-
taires du Conseil, elle a créé des regrou- de base »(ODB) pour la nationale ou d’insertion. Ces finance-
pements thématiques qui permettent aux Commission européenne, ments ont entraîné une modification des
« organisation
ONG de travailler entre elles, de renfor- internationale non comportements face à la subvention : les
cer leur coopération avec les directions gouvernementale » (ONG) associations sont passées petit à petit
du Conseil de l’Europe et de faire valoir pour l’ONU et le Conseil de la subvention relevant du « fait du
leurs points de vue. de l’Europe ou « Private prince » à une démarche contractuelle
Voluntary Organization »
(PVO) pour l’Organisation nécessitant une procédure de soumis-
Le dogme de la concurrence de coopération et de sion, impliquant l’utilisation d’un for-
De son côté, la Commission européenne développement économique mulaire structuré où doivent apparaître
(OCDE).
donne l’impression de refuser l’idée d’en- des objectifs, des modalités de mise en

20 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

œuvre, des indicateurs de résultats et un ments, l’obligation de déposer des pro-


budget construit selon une nomenclature jets transnationaux en travaillant en par- DATES
précisant les coûts éligibles et non éli- tenariat avec des associations d’autres 5 avril
2005 : abandon du projet
gibles. Surtout, innovation importante, pays européens. Cette obligation a été un de statut d’association
la formalisation de l’aide accordée s’ap- choc culturel qui a contribué à la reven- européenne
puie sur un contrat qui précise le coût dication, portée en priorité par le monde 2014 : nouvelle
prévisionnel du projet et le pourcen- associatif français, d’un statut d’associa- programmation des
tage du budget qui sera pris en compte tion européenne (SAE). Ce projet qui aurait financements européens
au moment de la restitution des bilans. pu être l’avancée phare des années 2000 a
Cette démarche a mis fin aux pratiques avorté, une directive ayant bien été adop-
couramment utilisées jusqu’à la fin des tée mais jamais mise en œuvre… Remettre
années 1970 où les demandes de sub- aujourd’hui ce dossier à l’ordre du jour
vention étaient gonflées pour obtenir le serait une reconnaissance du rôle des asso-
maximum d’aide, le projet étant ensuite ciations pour dynamiser la société civile
réajusté pour rentrer dans le montant européenne et faciliterait certainement
global de la subvention. l’émergence de communautés sociales et
solidaires dans l’Union. Un beau défi au
Le raté de l’association moment où l’idéal européen semble de
européenne plus en plus remis en cause par les peuples.
Autre innovation, même si ce fut souvent
une difficulté pour accéder aux finance- Marc Genève, administrateur Fonda

e 
RG IAT, députée européenn
Témoin MAR IE-CHR ISTI NE VE

« Nous avons du mal à dépasser nos spécificités


pour construire de réels modèles européens »
DR

Les associations sont-elles acteurs économiques et, personnellement, de réels modèles européens en tenant
absentes du débat européen ? je pense qu’il faut réfléchir, comme le font compte des histoires politiques et sociales
Vu de France, elles peuvent paraître être aujourd’hui les mutuelles, à un statut de des différents États membres. C’était vrai
les grandes oubliées de la construction sociétés de personnes qui les différencient à quinze, c’est encore plus vrai à vingt-
européenne. Pourtant, rien n’est plus clairement des sociétés de capitaux. huit ou vingt-sept. Le statut a voulu se
faux. Dans l’Union européenne, les D’autre part, il faut avancer comme l’a fait construire en se limitant aux associations
associations sont d’abord et avant tout le Comité économique et social européen ayant des activités économiques. Ce
reconnues comme des acteurs majeurs de vers un statut des associations comme faisant, il s’est heurté à une double
la société civile. C’est tout particulièrement acteurs transnationaux de la société opposition : celle des « charities » pour
vrai pour le Parlement européen qui civile, de la construction de la citoyenneté qui les associations ne peuvent avoir la
a toujours soutenu les demandes des européenne. Cela devrait être un chantier moindre activité économique et celles des
acteurs associatifs, tant comme acteurs majeur à la veille des prochaines élections acteurs économiques « classiques » qui ne
de la société civile que comme acteurs de européennes. voulaient pas voir reconnu un nouveau
l’économie sociale. C’est à ce double titre type d’acteurs qui auraient pu bénéficier
qu’il faut désormais porter la demande Pourtant le projet de statut d’avantages fiscaux ou de subventions,
auxquels ils n’ont pas droit. Le débat est
de reconnaissance des associations d’association européenne
européennes. loin d’être clos.
a été un échec…
Il est vrai qu’il ressemble à un serpent
De quelles manières ? de mer ! Mais peut-être est-ce d’abord
Elles doivent pouvoir être reconnues, pour parce que, nous, Français, avons du mal à
celles qui le souhaitent, comme de vrais dépasser nos spécificités pour construire

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 21


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

Les associations,
combien de divisions ?
Viviane Tchernonog, spécialiste du monde associatif, le reconnaît
elle-même : « dans les années 1980, quand nous avons commencé
nos recherches, nous nous sommes très vite rendu compte que les
associations étaient pour la recherche une terra incognita ! » Depuis, et en
partie grâce à elle, ce n’est plus le cas et enquêtes et observatoires de la
vie associative se sont multipliés. Les associations sont-elles mieux prises
en compte ? Pas vraiment…

C’
e s t en 2007 que Viviane Déjà, lors de la seconde conférence de la
Tchernonog publie le pre- vie associative du 17 décembre 2009, ce
mier « Paysage associatif fran- manque avait été relevé : « l’amélioration
çais », résultat d’une enquête menée en des outils d’observation et de connais-
2005 à partir de 12 000 réponses d’as- sance de la vie associative est deve-
sociations. Rebelote en 2013 à partir de nue un enjeu majeur pour nos sociétés
8 000 réponses. Plus de 250 pages de modernes. » Cet enjeu apparaissait au
chiffres, de tableaux et d’analyses réa- monde associatif, aux chercheurs et à
lisées par une quinzaine d’auteurs qui un certain nombre d’acteurs politiques
démontrent le poids réel du monde asso- indispensables si l’on voulait dévelop-
ciatif et qui rendent visibles ses grandes per le « dialogue civil » ou la « démocra-
évolutions. Elle met par exemple en évi- tie participative », concepts de plus en
dence, entre 2005 et 2012, l’augmenta- plus mis en avant.
tion des financements privés face aux
financements publics et, parmi ces der-
niers, la baisse de la part des subventions
et l’augmentation substantielle de celle « lorsque le délégué national du RNMA
des marchés publics et autres appels à L’enjeu n’est évidemment se rendait dans une ville de France, il était
projets. En 2016, elle relance une nou- pas d’établir un palmarès intrigué d’entendre le maire lui annoncer
velle enquête et prépare à partir des 7 000 mais de mieux connaître souvent avec fierté : ‘‘ma ville est la ville
réponses reçues, la troisième édition du toutes les facettes du tissu la plus associative de France !’’ » Il appa-
« Paysage associatif français » qui sortira raissait donc nécessaire d’objectiviser les
début 2019.
associatif local. choses ! L’enjeu de la connaissance de la
réalité associative locale n’est évidem-
Dialogue civil ment pas d’établir un palmarès mais de
Depuis, d’autres s’y sont mis. Mais la pre- mieux connaître toutes les facettes du
mière enquête de statistique publique Objectiver les choses tissu associatif local et de rendre visibles
couvrant l’ensemble du monde associa- C’est du même souci que sont nés à les évolutions. « En règle générale, un tra-
tif et ayant les associations comme uni- partir de 2007 les premiers observa- vail d’observation et d’enquête permet de
tés enquêtées n’a été menée par l’Insee toires locaux de la vie associative, une découvrir entre 40 et 50 % d’associations
qu’en… 2014 suite à une recommanda- initiative portée par le Réseau national en plus de ce qu’on estimait exister sur le
tion du rapport « Connaissance des asso- des maisons d’associations (RNMA). territoire », témoigne Grégory Autier. Il
ciations » du Conseil national de l’infor- Grégory Autier, directeur de la maison existe aujourd’hui quinze observatoires
mation statistique de décembre 2010 (1). d’Hérouville-Saint-Clair, se souvient : de ce type en France.

22 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

Corps intermédiaires à se faire entendre. Nicolas Sarkozy, en


Tous ces outils auxquels il faut rajouter 2012, fustigeait déjà les « corps intermé- DATES
le gros travail de Recherches & Solidari- diaires qui s’interposent parfois entre 5 avril
2007 : parution du
tés mené depuis plus de quinze ans per- le peuple et le sommet de l’État ». Les « Paysage associatif
mettent de montrer l’importance d’un associations n’étaient pas visées en tant français »
monde atomisé qui, s’il est souvent que telles, mais s’étaient senties concer- 2007 : premiers
regardé avec bienveillance, l’est aussi par- nées. Six ans plus tard, la question se pose observatoires locaux
fois avec trop de condescendance… « Les en des termes peut-être pas si éloignés. de la vie associative
associations, combien de divisions ? » Et C’est du moins le sentiment des associa- 2009 : Répertoire national
bien : 1,8 million de salariés, 85 milliards tions signataires d’une tribune du 5 mai des associations (RNA)
de budget annuel total, près de 3,5 % du 2018 dans « Le Monde » : « Changer la 2011 : le CNVA devient
PIB national, c’est-à-dire plus que le sec- société ne se décrète pas d’en haut, sans le HCVA
teur de l’hôtellerie-restauration (2,5 %) le public concerné et sans les corps inter- 2014 : la CPCA devient
ou de l’agriculture (2 %)… Pourtant, leur médiaires ». le Mouvement associatif
poids politique est loin d’être à la hau- CHIFFRES
teur. Malgré la création en 1999 de la Michel Lulek
Conférence permanente des coordina- 1 300 000 associations
(1) « Connaissance des associations » Édith Archambault, actives
tions associatives (CPCA), devenue en Jérôme Accardo et Brahim Laouisset, bit.ly/2rLDIqy
2014 le Mouvement associatif, qui reven- 70 000 nouvelles
associations chaque année
dique 600 000 associations et se veut la
voix politique du secteur, elles peinent

tés
Recherches & Solidari
datrice et directrice de
Témoin CÉ CI LE BA ZI N, cofon
« Il faut pousser les pouvoirs publics pour qu’ils prennent
vraiment conscience de la « valeur ajoutée » des associations »
DR

Qu’est-ce qui vous a motivés, Cela a-t-il eu un impact Qu’est-ce qui vous a le plus
il y a quinze ans, à lancer sur la reconnaissance frappée dans vos enquêtes ?
Recherches & Solidarités ? par les pouvoirs publics Je retiendrai trois points. Une véritable
Avec de nombreux experts et et les collectivités du fait fracture associative : les personnes
universitaires, devenus des amis au fil des associatif ? modestes hésitent à adhérer à une
années, nous avons voulu apporter un Certes, tous ces travaux que association, alors que quand elles le font,
complément utile aux travaux existants. nous souhaiterions encore plus elles deviennent plus souvent bénévoles
Nous l’avons fait en coopération avec complémentaires, ont permis de progresser que les autres. Une France mobilisable :
des partenaires comme la DJEPVA, largement sur la connaissance de ces notamment celle des adhérents et des
le Mouvement associatif, France différents sujets. Mais il reste à pousser donateurs dont les caractéristiques
Bénévolat…, à partir de sources comme les pouvoirs publics, aux niveaux national prouvent qu’ils sont des bénévoles en
l’Acoss-Urssaf, la MSA, la DGFIP, ou et local, pour qu’ils prennent vraiment puissance. Enfin, une jeunesse engagée,
d’enquêtes d’opinion auprès des acteurs conscience de la « valeur ajoutée » avec une soif de projets et une forte
(responsables associatifs, bénévoles, considérable des associations, quel que volonté d’agir : c’est une belle source
donateurs…). Nous avons aussi veillé à soit le territoire. Dans le domaine social, d’espoir pour les associations et la société
informer régulièrement les observateurs, sur le plan économique, et plus largement de demain.
les acteurs et les décideurs, avec des dans une société où les individualismes
publications annuelles en libre accès sur sont encore bien trop affirmés et où les En savoir plus 
notre site et largement repris par ailleurs. divisions font tant de mal. https://recherches-solidarites.org

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 23


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

L’accompagnement associatif
vit sa révolution
Depuis la création du FNDVA en
1985, le soutien aux associations
s’est développé et fortement
structuré. La création du DLA
en 2002 a mis en avant les
logiques d’accompagnement.
Principalement orienté vers
l’emploi, ce maillage participe de la
professionnalisation des pratiques
associatives. Mais le secteur,
déjà bousculé par de nombreux
changements, l’est encore plus
avec l’arrivée du digital et du
privé.

L
a création du Fonds national pour la formation, avec le compte personnel ses dirigeants et les réformes sectorielles
le développement de la vie associa- de formation (CPF), et plus récemment ainsi que celles des collectivités poussent
tive (FNDVA), les réseaux tels que les la responsabilisation des employeurs au les structures à se regrouper. Des muta-
centres de ressources et d’information des regard du maintien et du développement tions ont aussi été introduites par la loi
bénévoles (Crib) et les maisons des asso- des compétences des salariés. sur l’économie sociale et solidaire (ESS)
ciations ont largement contribué à la struc- de 2014 qui ouvre la porte à la reconnais-
turation du soutien à la vie associative. Besoins croissants sance de l’utilité sociale de sociétés à sta-
Cette structuration est aujourd’hui tut commercial sous condition de satis-
Outils de professionnalisation remise en question, alors même que les faire des critères de gestion désintéressée.
Précédemment, le soutien à la vie associa- besoins du champ associatif sont crois- Ce champ est donc lui aussi conduit à évo-
tive relevait quasi exclusivement des fédé- sants. Le monde associatif vit en effet luer fortement.
rations. De façon complémentaire, les dis- un fort renouvellement générationnel de
positifs locaux d’accompagnement (DLA) Financement par projets
ont servi d’outils de professionnalisation L’évolution des ressources financières vers
pour les associations employeuses. Il en du financement par projets et sur appel
Le monde associatif vit
découle un réel écosystème qui permet, d’offres accentue également ces besoins
quelles que soient la problématique et la un fort renouvellement de soutien. Face à ces changements, le
taille de l’association, de trouver des inter- générationnel de ses paysage évolue. La réforme en cours de
locuteurs et des ressources mobilisables. dirigeants et les réformes la formation professionnelle conduit à la
Quant à la formation des salariés, elle est sectorielles ainsi que celles transformation des OPCA en « opérateurs
liée au développement des organismes des collectivités poussent de compétences ». Leur principal métier
paritaires collecteurs agréés (OPCA) et les structures sera dorénavant le conseil, le finance-
à l’histoire récente de la formation pro- ment légal de la formation étant renvoyé
fessionnelle. Celle-ci est marquée par le
à se regrouper à l’Urssaf. Les financements seront priori-
développement de droits individuels à tairement mobilisés sur les compétences

24 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

notamment des plus bas niveaux de qua- Nouvelles pratiques


lification, et sur l’apprentissage. managériales DATES
5 avril
Ces nouveaux services engendrent des 1985 : Fonds national pour
Un marché de besoins de personnes qualifiées, bénévoles le développement de la vie
associative (FNDVA)
l’accompagnement ou salariées. Pour y répondre, les universi-
C’est donc une véritable métamorphose tés et écoles de commerces créent des cur- 1995 : organismes
paritaires collecteurs
du champ associatif comme de ses moda- sus de formations ESS en appliquant les agréés (OPCA)
lités de soutien qui est en cours. Dans ce méthodes des entreprises privées. Cette
2002 : dispositifs locaux
contexte, de plus en plus d’acteurs pri- « professionnalisation du secteur » com- d’accompagnement (DLA)
vés investissent ce qui est devenu un plète cette métamorphose par l’introduc-
2006 : centres
marché de l’accompagnement associa- tion de nouvelles pratiques managériales. de ressources et
tif et y répondent avec des offres com- Une telle évolution doit conduire le monde d’information des
merciales multiples : conseils juridiques, associatif à être plus attentif : la révolu- bénévoles (Crib)
en management, lancement de projets, tion de l’accompagnement associatif peut,
recherche de financement. Les associa- à cette condition, conforter les germes de CHIFFRES
tions n’échappent pas à la « révolution pratiques d’utilité sociale renouvelées au 4 OPCA pour l’ESS
digitale » et de nombreuses start-up pro- service de l’intérêt général. 103 DLA
posent des outils de collecte de fonds, de Celine Fiorentino, Crédit coopératif Le budget pour la
financements par don ou par prêt. et Lucile Manoury, L’Atelier formation professionnelle
2018 s’élève à 15,2 millions
d’euros

Crédit coopératif,
E, pré sident de la Fondation
Témoin HUGUES SI BI LLl’E SS, président fondateu
r de l’Avise  2002- 2016
président du Labo de
©Kathleen-Rengnet

« L’accompagnement n’a jamais été aussi nécessaire »

Pourquoi avoir créé les DLA ? d’une association (stratégie, finance, Les associations ont-
Le point de départ était la fin programmée comptabilité, emploi, gouvernance, elles encore besoin d’être
du dispositif des emplois jeunes. Il communication, etc.), apte à accompagner accompagnées ?
s’agissait d’accompagner les associations, les associations employeuses quel que soit Au vu des mutations fortes et rapides du
tant sur leur projet que sur leur gestion, leur secteur d’activité. La DGEFP et la CDC secteur, plus que jamais. D’un côté il y a
pour pérenniser les emplois. En tant se sont engagées au démarrage à travers la baisse des subventions, le recours trop
qu’ancien consultant d’entreprise, je une convention « Agir pour l’emploi » qui fréquent aux appels d’offres, les incitations
connaissais le fonds régional d’aide au mobilisait également des crédits FSE. aux rapprochements, etc., de l’autre des
conseil (Frac) pour les PME qui finançait besoins sociaux en hausse ; une révolution
le conseil aux entreprises. Pourquoi ne 16 ans après leur création,
digitale modifiant les métiers et les
pas imaginer un équivalent pour les quel bilan ? approches ; des gouvernances associatives
associations créatrices d’emplois ? Reposant sur un prédiagnostic
à repenser avec un renouvellement
généraliste, puis la mise en place d’un
difficile d’administrateurs. Le rôle des
Quelle était l’idée plan d’accompagnement, le fonds
DLA est de consolider les associations en
sous-jacente ? d’ingénierie permet au DLA de financer
gardant bien en vue leur projet d’utilité
Directeur à la Caisse des dépôts et les actions à réaliser si nécessaire par un
sociale spécifique et leur dimension non
consignations (CDC), je fus très soutenu prestataire externe (cabinet comptable,
lucrative. Un axe stratégique pour demain
sur cette idée par la déléguée générale à juriste, agence de communication, etc.)
sera l’accompagnement à la recherche et
l’emploi (DGEFP) de l’époque, Catherine ou par une fédération. Cela a fonctionné
développement sociale et à l’innovation,
Barbaroux. Dès le départ, nous voulions remarquablement. Les chiffres et les
ainsi qu’aux méthodologies d’évaluation
un accompagnateur dans la proximité rapports d’évaluateurs indépendants en
d’impact.
(par département) capable d’un diagnostic témoignent.
global des besoins opérationnels

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 25


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

Emploi associatif :
la fin d’une spécificité 
L’emploi associatif n’a cessé de se
développer passant de 1 380 000
salariés en 1998 à plus de 1 800 000
aujourd’hui. Les associations ont
en effet jonglé avec des dispositifs
divers et variés pour développer leurs
activités… sans qu’il n’y ait jamais
vraiment eu de politique de l’emploi
leur étant spécifiquement dédiée. Mais
le remplacement des CAE-CUI par le
parcours emploi compétences pourrait
marquer la fin d’une tendance.

F
ondé à l’origine sur l’engagement
bénévole, le secteur associatif
emploie aujourd’hui 1,8 million de
personnes salariées. Il s’agit pour la plu-
part de petites structures puisque plus de
80 % des associations employeuses ont
moins de dix salariés.

Satisfaits tage. Dans le secteur associatif, on trouve outils de la politique de l’emploi pour
Le deuxième Baromètre de la qualité plus d’emplois à temps partiel, les salaires répondre à leurs besoins en étant par-
de vie au travail dans l’ESS réalisé par sont plus faibles, les conventions collec- faitement conscientes que ces dispositifs,
la mutuelle Chorum montre que beau- tives moins développées. « Les travail- conçus pour faire diminuer le chômage,
coup de salariés associatifs sont plutôt leurs de l’ESS servent des missions du n’ont en réalité jamais été pensés pour
heureux. Ils se placent en tête de tous public dans des conditions du privé, voire elles. À l’exception des emplois jeunes
les salariés avec une note de satisfaction parfois même en deçà », explique le socio- dans les années 1990 et des emplois asso-
de 6,5 sur 10, contre 6,3 pour les salariés logue Mathieu Hély (1). Et de rajouter : ciatifs régionaux dans les années 2000
de l’ESS et 6,1 pour les salariés au niveau « le développement de ces entreprises et 2010, les contrats aidés ont constitué
national. Liberté d’expression et de par- participe à l’institution d’une espèce de des pis-aller même s’ils ont permis de
ticipation, autonomie dans le travail et quatrième fonction publique précarisée donner du travail à des personnes qui en
la prise de décision, ambiance au travail, qui a les missions du public sans en avoir étaient dépourvues et à des associations
sentiment d’utilité des actions dévelop- ni le statut ni les protections ». Une situa- de développer leurs projets. Les emplois
pées sont parmi les atouts les mieux per- tion qui a motivé en 2010 la création du jeunes, réservés aux moins de 26 ans,
çus, toutes fonctions confondues. premier syndicat spécifiquement dédié concernaient 380 000 jeunes lorsqu’ils
aux salariés associatifs (voir ci-contre). ont été supprimés en 2002. Auparavant
Précaire portés par une vingtaine de régions, les
Pourtant, l’emploi associatif reste pré- Pis-aller emplois associatifs régionaux sont eux
caire et l’absence d’une véritable politique Les associations – et elles le dénoncent aussi en diminution et ne concernent
des pouvoirs publics le fragilise davan- depuis longtemps – utilisent de fait les plus aujourd’hui que six régions.

26 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

Gel tré sur l’insertion, ne semble pas adapté


Au niveau national, le gouvernement aux petites associations ni aux primo- DATES
5 avril
a remplacé en 2017 les contrats aidés employeurs, largement touchés par le 1997 : emplois jeunes
CAE-CUI par le nouveau dispositif Par- gel des emplois aidés. Selon les derniers 2004 : chèque emploi
cours emploi compétences (PEC), consi- chiffres de Recherches & Solidarités, l’em- associatif
dérant les premiers trop coûteux et inef- ploi associatif affiche une baisse de 0,7 % 2004 : emplois associatifs
ficaces. Se basant sur une étude de la en 2017, soit environ 13 000 emplois de régionaux
Dares, il indique que les deux tiers de moins. Un chiffre qui dénote avec la ten- 2010 : premier syndicat
ceux qui embauchent en contrat aidé l’au- dance globale de l’emploi privé qui lui est dédié aux salariés
raient de toute façon fait, même sans ces à la hausse (+ 1,5 %). La fin d’une spéci- associatifs
contrats (2). Dans le secteur non mar- ficité associative ? 2018 : parcours emploi
chand (associations et collectivités), c’est Sophie Weiler compétences
pourtant seulement 21 % des embauches (1) Matthieu Hély et Pascale Moulévrier, « L’économie
qui auraient eu lieu contre 64 % qui n’au- sociale et solidaire : de l’utopie aux pratiques », éditions CHIFFRES
La Dispute.
raient pas été faites… Le Mouvement (2) Argument fondé notamment sur l’étude de la Dares 167 500 associations
associatif relève qu’en février 932 PEC publiée en mars 2017 « Les contrats aidés : quels objectifs, employeuses
quel bilan ? »
ont été signés à l’échelle nationale contre 1 834 000 salariés
plus de 18 000 CAE-CUI en 2017 sur le 38 milliards de masse
même mois. Et le nouveau dispositif, cen- salariale
1 emploi sur 10 du secteur
privé

Z ET LUCI E BELLoc OTTO,


Témoins FL OR IA N M ARTI NE
ur ass iat if)
des salarié.e.s du secte
on
Syndicat ASSO (Acti

« Dans trop d’associations, il y a un flou entre le statut


de bénévole et celui de salarié »
DR

DR

Quelles sont les grandes Qu’est-ce qui motive les Quelles actions sont
difficultés de l’emploi salariés associatifs à adhérer nécessaires ?
associatif ? à votre syndicat ? Il y a un gros travail d’information à faire
Le problème principal, c’est la précarité. Ils le font pour des raisons politiques auprès des salariés associatifs. Beaucoup,
Ce sont des emplois peu stables, peu et militantes, mais il y a souvent un par exemple, ignorent qu’ils peuvent
rémunérés avec des contrats de travail moment clé dans leur engagement, faire appel à des conseillers auprès de
qui peuvent être dérogatoires au c’est le désenchantement. Ce sont des leur Direccte. Dans les restructurations
code du travail et qui très souvent ne personnes volontaires, qui croient aux (regroupements, fusions…), il faudrait
correspondent pas aux tâches et aux valeurs des associations qui les emploient que les salariés soient davantage
responsabilités qui sont demandées aux et qui, brusquement, découvrent qu’il y impliqués et pris en compte. Il serait
salariés. 53 % des salariés associatifs a contradiction entre ces valeurs et leurs normal qu’il puisse y avoir des instances
sont en CDI (contre 80 % dans le reste conditions de travail. Ils s’aperçoivent représentatives du personnel même dans
du privé), 30 % sont hors convention souvent qu’ils ne sont pas les seuls à les petites structures associatives (qui ont
collective (8 % dans le reste du privé). vivre cette déception et, de leur situation moins de dix salariés). Nous interpellons
Dans trop d’associations il y a un flou individuelle, ils souhaitent passer à les associations sur la mise en cohérence
entre le statut de bénévole, de salarié, une dimension de lutte plus collective. des valeurs qu’elles affichent avec leurs
de militant qui conduit parfois à des Aujourd’hui, notre jeune syndicat regroupe pratiques. Leurs difficultés financières
situations d’« auto-exploitation ». Tout 300 adhérents et adhérentes. Ce sont en sont réelles, mais est-ce une raison pour
cela cause beaucoup de souffrance au règle générale des primo-syndiqués, plutôt recourir massivement au volontariat ou au
travail, tout particulièrement dans les jeunes et plutôt des femmes. stage ou pour imposer à leurs équipes un
très petites associations. Ajoutons à cela management entrepreneurial ?
l’instrumentalisation du service civique
En savoir plus
qui est parfois utilisé comme un moyen de
remplacer l’emploi… https://syndicat-asso.fr

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 27


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

Les habits neufs


de l’engagement associatif
Depuis vingt ans, le monde
associatif a su accompagner
un formidable mouvement
de diversification des modes
d’engagement. Les bénévoles
ont des profils plus divers,
« réguliers », « ponctuels », en
bénévolat de compétences,
auxquels se joignent des services
civiques, des actifs, des étudiants
en stage ou en projet collectif…
Le défi essentiel aujourd’hui :
associer tous les acteurs au projet
associatif.

D
e très nombreux acteurs ont Fausses bonnes idées
permis de concevoir, formali- En 2017, une autre prise de parole
ser et développer différentes
En 2017, une prise de parole publique (1) montre combien l’engage-
formes d’engagement. Ainsi, au début publique montre combien ment associatif est source de solutions
des années 2000, ont été créés sous l’im- l’engagement associatif pour des défis sociétaux : allongement
pulsion de nombreuses associations, est source de solutions de la vie, accueil des réfugiés, bataille
France Bénévolat pour promouvoir l’en- pour des défis sociétaux. pour l’emploi, transformation digitale,
gagement bénévole associatif, Espace transition écologique… Cette prise de
Bénévolat, devenu Tous Bénévoles, et parole attire aussi l’attention sur les
Passerelles et Compétences pour déve- fausses bonnes idées véhiculées à pro-
lopper le bénévolat de compétences. pos du bénévolat, comme celle d’un statut
Puis ce sera la création de Pro Bono misme du monde associatif. Mais alors du bénévolat qui en restreindrait fatale-
Lab pour le mécénat de compétences que ces dynamiques se développent, de ment la forme et la liberté qui le fondent.
ou encore Bénénova pour des actions nombreuses associations éprouvent la L’élaboration d’un tel statut a fait l’ob-
courtes, ponctuelles et collectives. nécessité de rappeler les fondamentaux jet de différents travaux avec des repré-
de l’engagement associatif. En 2015, une sentants du monde associatif mais, par
Rappeler les fondamentaux quarantaine d’entre elles, membres de bien des aspects, il heurte la nature même
Le paysage du volontariat a également été France Bénévolat, prennent l’initiative du bénévolat qui est un don de temps
profondément rénové, avec la création d’une tribune afin de promouvoir « l’en- librement consenti et gratuit. Il en va
de France Volontaires en 2009, pour le gagement bénévole associatif pour une de même pour l’obligation de bénévo-
champ international et du service civique citoyenneté active » et d’en rappeler à lat en échange d’un droit social comme
en 2010, sous l’impulsion d’Unis-Cité et tous les valeurs : acte libre, volontaire, le RSA, une idée que le département du
de nombreuses associations. La liste est sans contrepartie directe dans l’espace de Haut-Rhin a vainement tenté d’appli-
loin d’être exhaustive, et illustre le dyna- liberté ouvert par la loi de 1901. quer en 2016.

28 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

Trois défis à relever prises, comme l’extension de la valida-


Si ces deux décennies ont fait progresser tion des acquis aux activités bénévoles, DATES
5 avril
l’engagement en France, des défis sont en 2003, et la création du Passeport Béné- 2006 : statut du volontaire
encore à relever. Partageons en trois. vole par France Bénévolat en 2007. Car associatif
Le renouvellement des dirigeants est le la question ne se limite pas à la mobili- 2007 : le passeport
premier. Pour de nombreuses associa- sation de nouveaux bénévoles. L’enjeu bénévole
tions, il y a crise sur le sujet. Bien sou- véritable est la capacité des associations 2016 : la France s’engage
vent la question n’est pas de trouver le à associer tous les acteurs à leur projet
(la) président(e) providentiel (le), mais associatif, en accueillant leurs initiatives
de renouveler le projet associatif ou de quitte à prendre le risque de bouger les CHIFFRES
réinterroger les modes de gouvernance. lignes en leur sein ! Au moins 13 millions de
Deuxième défi, l’engagement pour tous. bénévoles en France
Comment le mettre au service de ceux Hubert Pénicaud, 25 % de Français sont
pour qui il peut être une chance dans leur Vice-président de France Bénévolat bénévoles dans une
association
vie : personnes en situation de handi-
cap, chômeurs de longue durée, jeunes (1) Prise de parole de Bénénova, France Bénévolat, De 2010 à 2016,
Passerelles & Compétences, Pro Bono Lab et Tous le bénévolat associatif
décrocheurs… Troisième défi, la recon- Bénévoles. a augmenté de 16,8 %
naissance et la valorisation de l’engage-
ment, pour prolonger les initiatives déjà

agement civique
ut-commissaire à l’eng
Témoin YANN ICK BLANC, etHaprésident de l’Agence du service civique

« L’axe de l’action collective s’est déplacé de la vie statutaire


vers le pilotage des projets »
DR

Comment la notion Les associations ont-elles Quelles sont les incidences


d’engagement a-t-elle une longueur d’avance ? sur leur fonctionnement ?
évolué ? Elles ont été les premières à ressentir et L’essentiel est de comprendre que l’axe de
Le mot « engagement » désigne, dans la à comprendre cette mutation. Les partis l’action collective et de sa gouvernance
diversité même de ses usages, la mutation politiques et les syndicats n’ont pas su en s’est déplacé de la vie statutaire vers le
qu’a connue en quelques décennies la tirer les conséquences, d’où leur déclin pilotage des projets et des actions. Le cœur
relation entre l’individu et le collectif. spectaculaire. Le lien d’association, c’est- de la vie associative ne bat plus dans le
Autrefois l’identité individuelle se à-dire la contribution volontaire à un renouvellement des adhésions et la vie
construisait à partir de l’appartenance à projet ou en défense d’une cause, est des instances mais dans les groupes de
une communauté, un métier, une classe devenu le prototype du lien social, de projet et les comités de pilotage. C’est là
sociale, une organisation ou un courant l’action collective. Les entreprises et les que se retrouvent salariés et bénévoles, là
d’opinion. Aujourd’hui, la relation entre institutions publiques cherchent, non que se prennent les décisions essentielles,
l’individu et l’institution, l’organisation, sans difficultés, à en adapter les ressorts là que se joue la reconnaissance, qui
l’entreprise, l’association, est davantage à leur propre logique d’organisation. est la contrepartie fondamentale de
l’expression d’un choix volontaire et Les associations peuvent s’adapter plus l’engagement. Il faut apporter le plus grand
un même individu peut participer vite, faire évoluer leurs règles. Elles soin au fonctionnement de ces instances
simultanément ou successivement à devraient en faire bien davantage un levier informelles car elles sont le lieu de la
plusieurs de ces communautés. Son stratégique dans leurs relations avec leurs véritable démocratie associative.
identité ne se construit plus à partir partenaires.
de son appartenance mais au fil de son
parcours. « Engagement » est le mot que
nous utilisons pour parler de l’intensité et
de la stabilité de ces relations.

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 29


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

L’engagement associatif
prend un coup de jeune
Depuis vingt ans, le travail
des associations et certaines
orientations politiques ont
contribué à transformer
la manière dont les jeunes
s’engagent. Mais au-delà
de l’influence des acteurs
institutionnels, l’évolution de cet
engagement est marquée par les
revendications d’une jeunesse à la
recherche tant d’épanouissement
individuel que d’expériences
collectives.

L
es formes d’engagement ont connu
une évolution depuis le début des
années 1970, qui s’explique autant
par le tournant de l’individualisation
que par la chute des grandes idéologies.
En 1997, Jacques Ion théorise ainsi le
passage d’un engagement dit « timbre »,
caractérisé par l’adhésion, à un engage-
ment dit « post-it ». pour répondre aux aspirations des jeunes se voit attribuer un label, délivré par le
qui souhaitent articuler défense de l’inté- Réseau national des Juniors associations,
Refus de la délégation rêt général et épanouissement individuel, permettant de bénéficier de certaines
de parole porter un projet politique tout en étant facilités et de favoriser l’engagement des
En accordant une place décisive à l’indi- critique de la politique traditionnelle. jeunes. De son côté, la loi de 1901 a été
vidu, le tournant de la modernité rebat modifiée en 2017 pour officialiser une
les cartes au point que l’engagement soit Le tournant de la Junior majorité associative à 16 ans, âge à partir
considéré comme en crise, notamment association duquel l’on peut adhérer et prendre des
en raison d’un rejet de la politique tra- Au cours des vingt dernières années, la responsabilités dans une association sans
ditionnelle. Mais Jacques Ion remet en mise en place de certains dispositifs a l’autorisation préalable de ses parents.
cause l’idée de crise en montrant que si le permis de répondre à ces attentes. Ainsi,
nombre d’adhérents dans les partis poli- dès 1998, à l’initiative de quatre associa- Le boom du service civique
tiques et les syndicats diminue, le nombre tions, voyait le jour le concept de Junior Autre évolution (révolution ?), le service
de bénévoles associatifs augmente. L’en- association. Un dispositif qui marque civique, créé en 2010 par Martin Hir-
gagement devient réversible, pragma- un véritable tournant puisqu’il permet sch. Il s’adresse aux jeunes de 16 à 25 ans
tique, caractérisé par le refus de la délé- aux mineurs de se rassembler afin de (30 ans pour les personnes en situation
gation de parole, soucieux de permettre développer un projet commun dans une de handicap) souhaitant s’investir pour
aux individus de contribuer à construire dynamique associative. La Junior associa- une durée de six à douze mois dans une
l’identité de la structure. Il se recompose tion n’est pas soumise à la loi 1901 mais mission d’intérêt général. Avec pour

30 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018



loi a 20 ans
Associations mode d’emp

ambition d’encourager la mixité sociale et Reconnaissance


de renforcer le sentiment d’appartenance de l’engagement étudiant DATES
5 avril
à la Nation. Le dispositif rencontre rapi- La loi Égalité et citoyenneté du 27 jan- 1998 : création des Juniors
dement un franc succès auprès des jeunes vier 2017 avait dès les premières discus- associations
volontaires, qui y trouvent une manière sions l’ambition claire de favoriser et de 2010 : création du service
de s’engager pour le collectif tout en déve- reconnaître l’engagement étudiant dans civique
loppant de nouvelles compétences. C’est les établissements d’enseignement supé- 2015 : généralisation
aujourd’hui l’une des formes d’engage- rieur. Grâce à elle, les étudiants engagés de l’année de césure
ment les plus populaires, au point que le peuvent désormais bénéficier d’aménage- 2017 : loi Égalité &
nombre de candidats au volontariat sur- ments de scolarité, sur le même modèle citoyenneté
passe largement le nombre de missions que ceux dont bénéficient les étudiants
proposées. Dans une optique un peu dif- sportifs de haut niveau. Ils peuvent ainsi finale de leurs diplômes. Il s’agit d’une
férente, depuis juillet 2015, chaque étu- être dispensés de certains cours ou stages, véritable avancée pour les étudiants,
diant a le droit de prendre une année de ce qui permettra aux responsables asso- dont l’engagement a longtemps été perçu
césure dans son cursus. Cette pause dans ciatifs étudiants de conjuguer engage- comme contraire à la réussite scolaire.
les parcours scolaires, conforte la validité ment et études supérieures. Autre mesure
des itinéraires non linéaires et permet à phare de la loi : les étudiants engagés Julien Dubois, Animafac
de nombreux étudiants de découvrir l’en- pourront se voir attribuer des crédits
gagement sans interrompre leurs études. ECTS, qui participeront à la validation

ngage
fondation La France s’e
©João Pedro Correia - CC BY 2.0

, président de la
Témoin FRANÇO IS HOLLANDE

« La force de l’engagement, c’est qu’il permet de trouver


des liens, des solidarités et des philosophies communes »

Pour quelles raisons avez- Quelles évolutions percevez- Quelles sont vos ambitions
vous fait du service civique vous dans les formes pour la fondation La France
une priorité de votre d’engagement des jeunes ? s’engage ?
quinquennat ? Ce sont des engagements plus ponctuels, Je pense qu’il faudra aller au-delà du
Le service civique a été créé par Nicolas moins durables et qui se méfient des concours qui ne permet de retenir qu’une
Sarkozy et Martin Hirsch durant le grandes organisations. Mais il y a aussi quinzaine de projets. Nous travaillons
quinquennat précédent, mais il n’était le besoin d’être avec les autres, parce que notamment sur les jeunes entrepreneurs
pas véritablement monté en régime. Je même si on veut garder une forme de sociaux innovants, sur la culture, nous
voulais qu’il devienne universel, ce qui ne relation individuelle à l’engagement, on allons faire en sorte que l’on puisse
voulait pas dire obligatoire. L’idée était de veut agir ensemble. Rendre nécessaire et toucher des territoires qui pour l’instant
garder l’esprit, c’est-à-dire le volontariat, la agréable le rapport à l’engagement avec ne sont pas suffisamment organisés pour
durée des missions et faire en sorte qu’il d’autres doit être notre objectif. La force porter ces projets et travailler avec d’autres
puisse être une expérience pour les jeunes. de l’engagement, c’est qu’il permet de acteurs. Il faut éviter les concurrences
J’ai donc mis davantage de moyens pour trouver des liens, des solidarités et des inutiles avec d’autres fondations. La
qu’entre 150 000 et 180 000 personnes philosophies communes. France s’engage doit davantage jouer un
puissent en bénéficier. Mais c’est encore rôle de coordination et d’amplification,
trop peu, car il y a plus de jeunes qui avec un soin particulier donné à
veulent faire des services civiques que l’accompagnement des projets, car ce n’est
d’offres de missions. pas simplement une dotation financière
qui est attendue, mais un suivi, un conseil,
permettant une diffusion plus large et un
impact plus grand des projets labellisés.

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 31


ASSOCIATIONS MODE D’EMPLOI A 20 ANS

20
N° 8 : avril 1999, le nouveau
plan comptable associatif
est sorti.
couvertu
N° 19 : avril 2000,
Associations
N° 1 : mode d’emploi
septembre 1998, pose une question
le n° 1 qui reviendra
d’Associations régulièrement : la
mode d’emploi parité femmes-
sort le même hommes dans les
mois que associations.
la grande
instruction
fiscale de
1998 !

N° 46 : février 2003,
le dossier unique
de demande
de subvention,
institué en 2002, va
N° 25 : rentrer peu à peu
janvier 2001, dans la pratique
c’est l’année du des pouvoirs
centenaire de publics.
la loi de 1901.
Cela mérite
bien un numéro
spécial réalisé
en partenariat
avec la
mission pour la N° 51 :
célébration du septembre 2003,
centenaire de le bénévolat
la loi. N° 31 : septembre 2001, les en Une. Il y en
emplois jeunes arrivent aura beaucoup
bientôt à terme… Un défi d’autres sur
(déjà !) pour les nombreuses cette précieuse
associations qui en ont « ressource
bénéficié. humaine » !

N° 83 : novembre 2006,
nouvelle forme
d’engagement, le
volontariat associatif
est né.
N° 63 : novembre 2004,
Associations mode
d’emploi célèbre le million N° 65 : janvier 2005, concept de plus en
d’associations en France ! plus plébiscité, la démocratie participative
interpelle directement les associations.

32 Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018


ures pour
N° 87 : mars 2007,
20 ans
N° 100 : juin 2008, dix ans ! Un
anniversaire sous forme de

Associations mode d’emp

N°114 : décembre 2009, le
financement associatif, de plus
en plus obligé de jongler entre
subventions et appel d’offres.
loi a 20 ans

Associations mode « mieux dix ans associatif ».


d’emploi met les
propositions pour
le monde associatif
des candidats à la
présidentielle au
banc d’essai. Un
exercice qui sera
renouvelé à chaque
élection.

N° 117 :
mars 2010,
la CPO, la
nouvelle
convention
pluriannuelle
d’objectif est
censée se
généraliser…

N° 136 : février 2012, l’Europe


N° 121 : septembre 2010, le service clarifie les règles de
civique est arrivé. Il n’est alors financement public des services
N° 160 : juillet 2014, d’intérêt économique général.
que promesses…
la loi relative à
l’économie sociale
et solidaire marque
une étape importante
pour les associations.

N° 168 : avril 2015, la
loi Notre bouscule le
paysage territorial
français. Les
associations vont
devoir travailler
avec les nouvelles
régions et de plus
en plus avec les
intercommunalités. N° 178 : avril 2016, le N° 191 : septembre 2017, c’est la
financement participatif mauvaise surprise de l’année : les
rentre dans les contrats aidés sont remis en cause
habitudes associatives. par le nouveau gouvernement…

Associations mode d’emploi n°200 Juin-Juillet 2018 33


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