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www.lagazette.fr • Semaine du 12 au 18 février 2018 • N° 6/2402 • 6,50 €

du 12 au 18 février 2018 • N ° 6/2402 • 6,50 € DOSSIER Protection des

DOSSIER

Protection des données personnelles

Serez-vous prêts

à temps ?

p. 26

personnelles Serez-vous prêts à temps ? p. 26 AFFLUX DE JEUNES MIGRANTS La Seine-Saint-Denis sur la

AFFLUX DE JEUNES MIGRANTS

La Seine-Saint-Denis sur la brèche p. 8

Fonction publique

Un gouvernement sans tabou, des territoriaux en alerte

Ressources humaines

Les DRH face à l’in ation des normes

Travail collaboratif

Le tiers-lieu, nouvel incubateur de l’innovation

Toprecrutement

Le salon emploi des cadres

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Association loi 1901
Association loi 1901

ÉDITORIAL

Fonction publique :

« l’art de la guerre »

JeAn-MARc JOAnnès, rédacteur en chef jean-marc.joannes@lagazettedescommunes.com
JeAn-MARc
JOAnnès,
rédacteur en chef
jean-marc.joannes@lagazettedescommunes.com

M aîtriser le calendrier, toujours garder l’initia- tive… Après ces deux

techniques, le gouvernement vient de mettre en pratique un troisième précepte qui, lui aussi, s’inspire de l’« Art de la guerre » de Sun Tzu : user de l’effet de surprise. Le 1 er février,

douze ministres et secrétaires d’Etat se sont réunis pour le comité interministériel de la transformation publique (lire p. 11). Un grand raout, annoncé comme le premier point d’étape du programme Action publique 2022 (AP 2022). Un « point d’étape » ? C’est surtout un coup médiatique et tactique particulièrement réussi !

Plan de déParts volontaires. En annonçant une nouvelle mesure à inclure dans la démarche AP 2022, un plan de départs volontaires des agents, le gouvernement a pris de court tout le monde. Même si cer-

taines collectivités ont déjà expérimenté des départs volontaires d’agents, cela relève politiquement du coup de maître. « Volon- taire », cela sonne très soft : point de casse humaine à l’horizon ! Cela parle au plus grand nombre… bien plus que la « décorrélation

du point d’indice ». Rendre leur liberté aux agents sous statut, en compensant par plus de contractuels, c’est aussi très positif : l’occasion de communiquer sur la mobilité et la « respiration » nécessaires à notre fonction publique.

Financement. Sur le fond, le principe de « plan » de départs volontaires confirme que l’objectif d’AP 2022, c’est d’abord la réduction des effectifs. Et que le gouvernement veut rapprocher le régime des fonctionnaires de celui des salariés du privé. Avec le recours à davantage de contractuels, l’exécutif assume que le contrat ne devra plus être une dérogation au statut, mais bien une alternative pour les employeurs. De nombreuses oppositions se sont exprimées immédiatement, au risque d’être qualifiées de réfractaires à l’innovation et arc-boutées sur la défense d’avantages (la garantie de l’emploi ?). Il n’empêche, ces annonces appellent des précisions : comment un plan de départs volontaires sera-t-il financé et mis en œuvre ? Concer- nera-t-il la territoriale et ses milliers d’employeurs territoriaux ? Quel serait le coût, financier et managérial, d’un recours massif aux contractuels… qui ne manqueront de se « vendre » au plus attractif, voire au plus offrant ? l

A-t-on vraiment mesuré les impacts financiers et managériaux d’un recours accru aux agents contractuels ?

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La Gazette - 12 février 2018

www.lagazette.fr • Semaine du 12 au 18 février 2018 • N° 6/2402 • 6,50 €
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DOSSIER
Protection des
données
personnelles
Serez-vous
prêts
à
temps ?
p. 26
AFFLUX DE
JEUNES MIGRANTS
La Seine-Saint-Denis
sur
la brèche
p. 8
Ressources humaines
Fonction publique
Travail collaboratif
Un gouvernement
Les DRH
Le tiers-lieu, de nouvel
face à l’in ation
des
territoriaux en sans
alerte tabou,
des
normes
incubateur
l’innovation
p. 11
p. 20
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SOMMAIRESOMMAIRE

Semaine du 12 au 18 février 2018

CRÉDIT DE COUVERTURE: E. PERREAUX

37

Les Hermites, village d’Indre-et-Loire, s’attaque au dé de l’écoquartier

38

03

Editorial. Fonction publique :

« l’art de la guerre »

REPÉRAGES

06

Les indiscrets de la rédaction

08

Evénement. Face à l’a ux de jeunes migrants, la Seine-Saint-Denis sur la brèche

11

Vers un « nouveau contrat social » avec les agents

12

En alerte.

13

Bus électriques: les fabricants chinois vont-ils ra er la mise ?

14

Le ministère de la Culture établit un nouveau type de contractualisation

15

Lu sur la Gazette.fr

FORUM

16

Humeurs de la rédaction

17

Opinion. Documents locaux d’urbanisme :

Laurent Bordereaux, professeur à l’université de La Rochelle

18

Interview. Simpli cation : Alain Lambert, président du Conseil national d’évaluation des normes

19

Baromètre. Faut-il retirer les mineurs non accompagnés de l’ASE ?

« Jallume.fr », l’application lumineuse qui éclaire Pont-de-l’Arche, dans l’Eure

39

Des habitants de Dieppe racontent l’histoire de leurs quartiers au l des pages

40

Retour sur expérience. Les usagers, source d’inspiration d’une médiathèque du Puy-de-Dôme

42

Interview. Mobilité : Marie Huyghe, chercheuse au laboratoire Citeres de l’université de Tours

JURIDIQUE

43

Responsabilité : simpli er l’environnement juridique des sports de nature

44

L’essentiel de la semaine

46

Analyses

Finances locales : le crowdfunding au service des collectivités territoriales

Incompatibilité des mentions du casier judiciaire avec les missions : ça ne su t plus !

54

Méthode. Comment constituer un fonds de dotation

56

Dix questions statutaires. Les lieutenants de sapeurs-pompiers professionnels

CARRIÈRES

20

Ressources humaines: comment faire face à l’in ation des normes?

22

Les gardes champêtres en mal de reconnaissance

23

Douze référents «laïcité» aident les agents de la Haute-Garonne à se positionner

24

En consultant son équipe en amont, un chef de service de Saint-Brieuc a évité le con it sur le temps de travail

25

Mobilité

DOSSIER

26

Données personnelles :

serez-vous prêts à temps ?

La mise en conformité avec la nouvelle réglementation en matière de protection des données personnelles est un chantier que les collectivités doivent lancer au plus vite. Plusieurs étapes ont été dé nies par la Cnil.

INNOVATIONS & TERRITOIRES

34

Animation et réseau, le duo gagnant des tiers-lieux

CAHIER EMPLOI

p. 58

147 offres

Ces pictogrammes signalent des contenus spécifiques que vous pouvez retrouver tout au long de votre magazine.

des c ontenus spécifiques que vous pouvez retrouver tout au l ong d e vo t

Finances

des c ontenus spécifiques que vous pouvez retrouver tout au l ong d e vo t

Management

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La Gazette - 12 février 2018

Réservez votre place
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Jeudi 22 mars 2018

Paris

5 e édition

5 e FORUM DES ACHETEURS PUBLICS

Le rendez-vous incontournable pour préparer vos échéances de 2018 !

AVEC LA PARTICIPATION EXCEPTIONNELLE DE Laure BÉDIER Luc CHAPERON Céline FAIVRE Directrice des affaires juridiques
AVEC LA PARTICIPATION EXCEPTIONNELLE DE
Laure BÉDIER
Luc CHAPERON
Céline FAIVRE
Directrice des affaires juridiques
Directeur général des services
MINISTÈRES ÉCONOMIQUES
ET FINANCIERS
DÉPARTEMENT
Directrice des affaires juridiques
et de la commande publique
DU LOIRET
RÉGION BRETAGNE
AU PROGRAMME DE LA JOURNÉE :
• Dématérialisation, DUME, données essentielles : les clés pour répondre à vos obligations
de 2018
• Quelle organisation de la fonction achat pour accompagner les mutations de la
commande publique
• Achat local et responsable : outils, bonnes pratiques et retours d’expériences

Avec le soutien de :

pratiques et retours d’expériences Avec le soutien de : Programme complet et inscriptions sur
pratiques et retours d’expériences Avec le soutien de : Programme complet et inscriptions sur

Programme complet et inscriptions sur conferences.lagazettedescommunes.com Contact : Elvire ROULET • e-mail : elvire.roulet@infopro-digital.com • tél. : +33 (0)1 77 92 93 36

J.-F. DUPUIS/MAXPPP

L. TAnGUy/MAX PPP

repérages Indiscrets

J.-F. DUPUIS/MAXPPP L. TAnGUy/MAX PPP repérages Indiscrets finances locales Les contrats avec L’état en test Le

finances locales

Les contrats avec L’état en test

Le gouvernement a lancé une phase de test sur le dispositif de contractualisation financière Etat-collectivités. Une quinzaine de départements et régions, et une trentaine de communes et intercommunalités volontaires ont pour mission d’expérimenter le contrat-type élaboré par les services de l’Etat. Le comité de suivi de la contractualisation examinera les remontées de ces collectivités, avant l’envoi aux préfets d’une circulaire interministérielle sur le sujet en février. Les premières signatures sont attendues avant mi-mars.

14 juillet les policiers municipaux privés de champs-elysées

Le président de la République n’envisage pas « à l’heure actuelle » d’inviter les policiers municipaux à défiler sur l’avenue des Champs-Elysées, à Paris, à l’occasion du 14 Juillet. Telle est la réponse apportée le 18 janvier par le chef de cabinet d’Emmanuel Macron à la requête d’un policier municipal selon lequel « ce geste symbolique serait perçu comme une reconnaissance par l’ensemble des policiers municipaux ».

reconnaissance par l’ensemble des policiers municipaux ». plan action cœur de ville les exclus de la

plan action cœur de ville les exclus de la revitalisation

plan action cœur de ville les exclus de la revitalisation Annoncé le 14 décembre der- nier,

Annoncé le 14 décembre der- nier, lors de la conférence nationale des territoires qui s’est tenue à Cahors, le pro- gramme Action cœur de ville vise, selon l’instruction du 10 janvier qui lui est rela- tive, des « villes pôles d’at- tractivité », hors périmètres des métropoles. Les bourgs ruraux et les petites villes du système urbain régional ne sont pas prioritairement concernés. Les préfets vont se retrouver face à des ar- bitrages compliqués, sans définition précise de ce qu’est un pôle d’at- tractivité. Surtout, certaines villes moyennes, comme Roubaix (photo) , confrontées au phénomène de dévitalisation de leur centre-ville et à une forte pauvreté, se sont alarmées d’être exclues du plan, du fait de leur intégration dans une métropole.

du plan, du fait de leur intégration dans une métropole. fonction publique aP 2022… quésaco ? « Une
du plan, du fait de leur intégration dans une métropole. fonction publique aP 2022… quésaco ? « Une

fonction publique

aP 2022… quésaco ?

« Une consultation sur l’action publique ? Vaguement entendu parlé… », pouvait-on entendre, en fond sonore, lors de la première rencontre de l’année du club RH de « La Gazette » fin janvier. Les DRH reconnaissent ne pas avoir communiqué sur la – dite « vaste » – consultation en ligne et de terrain d’Action publique 2022 auprès de leurs personnels. Pourquoi ? Ils ne s’y sont pas (encore) intéressés eux-mêmes et, de toute façon, ils n’en perçoivent pas bien l’intérêt.

comptabilité les comptes administratifs peut-être avancés à mars

Pour conclure les contrats financiers entre l’Etat et les 322 collectivités, les préfets devront s’appuyer sur les comptes administratifs de 2017. Or ceux-ci ne devraient être approuvés qu’à partir de juin 2018, date à laquelle devront être signés tous les contrats. Face à ce choc calendaire, la mission « Richard-Bur » prône l’avancée de la publication des comptes administratifs dès le mois de mars, et ce, de manière pérenne, afin de donner un peu de temps aux collectivités et aux services préfectoraux pour établir un contrat en connaissance de cause, même si le délai reste toutefois très court.

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La Gazette - 12 février 2018

repérages

ADobe STock

STockADobe

statut combien d’« atee » dans le bloc communal ?

Il y aurait 15 000 adjoints techniques des établissements d’enseignement (ATEE) au sein du bloc communal… Les syndicats Interco, CFDT, FO et FA-FPT demandent confirmation à l’Association des maires de France. Les syndicats réclament la fusion des cadres d’emplois des adjoints techniques des établissements d’enseignement avec celui du cadre d’emplois des adjoints techniques territoriaux.

25 %

des dépenses de fonctionnement des collectivités locales seulement seraient soumises à l’inflation, selon les estimations gouvernementales. La variation du point d’indice aurait, du fait de l’importance de la masse salariale dans la structure des coûts, un poids beaucoup plus important. La loi de programmation des finances publiques limite la hausse de leurs dépenses de fonctionnement à 1,2 % par an en valeur, c’est-à-dire inflation comprise. L’an dernier celle-ci était d’environ 1 %. L’augmentation

autorisée de ces dépenses

ne pourrait donc dépasser

0,2 % en volume.

rémunération le rifseep sans texte

Depuis le 1 er janvier 2018, les techniciens territoriaux sont théoriquement éligibles au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel (Rifseep). Mais l’arrêté les concernant n’a toujours pas été publié. Selon certaines sources, des collectivités, bloquées dans la mise en place de ce régime indemnitaire pour l’ensemble des agents de ce seul cadre d’emplois, auraient donc décidé de leur appliquer… malgré l’absence de référence réglementaire. Quel risque prennent-elles ? Des recours en annulation. Mais vraisemblablement sans grande incidence, puisque l’arrêté ne fixe que le plafond maximum applicable aux primes.

L. MArIn / AP / SIPA
L.
MArIn / AP / SIPA

« Le coût du chômage offre beaucoup d’économies potentielles. On devrait confier la politique de l’emploi aux régions. En facilitant l’embauche, elles économiseraient sur le coût des indemnisations. »

Jean-pierre raffarin, ancien Premier ministre, dans « Les echos » du 2 février.

ancien Premier ministre, dans « Les echos » du 2 février. allocations individuelles de solidarité une

allocations individuelles de solidarité une « mini-cnt » en mars

Bientôt le clap de fin des discussions sur les allocations individuelles de solidarité ? Un accord aurait été trouvé entre les départements et le gouvernement, mais ce dernier tiendrait à présenter ses propositions dans le cadre formel d’une mini-conférence nationale des territoires (CNT), qui devrait être organisée le 6 mars. La gestion et le financement des trois allocations individuelles de solidarité (RSA, APA et PCH) sont l’un des axes de travail de la mission confiée à Dominique Bur et Alain Richard, dont le rapport est attendu en avril. Juste avant la tenue, en juin, d’une CNT au format plus classique.

le rapport est attendu en avril. Juste avant la tenue, en juin, d’une CNT au format

P. roberT/MAXPPP

le rapport est attendu en avril. Juste avant la tenue, en juin, d’une CNT au format

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La Gazette - 12 février 2018

repérages Evénement

E. PErrEaux
E. PErrEaux

Jeunes migrants dans le centre d’évaluation de la Croix-Rouge à Bobigny (Seine-Saint-Denis) : 30 % seront pris en charge par l’ASE.

: 30 % seront pris en charge par l’ASE. 1 Md€ Tel est le coût de

1 Md€

Tel est le coût de la prise en charge des 25 000 mineurs non accompagnés (MNa) et jeunes majeurs étrangers pour l’année 2017, selon l’estimation de l’aDF. Compte tenu de l’augmentation significative du nombre de MNa primo-arrivants, constatée depuis l’été 2017, ce chiffre est amené à croître dans les années à venir.

Afflux de jeunes migrants

La Seine-Saint-Denis sur la brèche

Comme tous les territoires, le 9-3 fait face à un flux massif de MNA, alors que ses dispositifs sont déjà saturés. Il a délégué à la Croix-Rouge l’évaluation et la mise à l’abri des jeunes, une mission complexe et onéreuse. Reportage.

V enus pour la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, fuyant tantôt la guerre, tantôt la misère, 25 000 jeunes ont frappé à la porte des départements en 2017. Se

présentant comme mineurs, ils ont demandé à être mis à l’abri. Un afflux qui congestionne les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) et ponctionne les finances des conseils départementaux. L’évaluation de l’âge et l’hébergement d’urgence, qui la précède, sont d’ailleurs le point sensible des négociations entre l’Assemblée des départements de France (ADF) et l’Etat. Celui-ci ne finance aujourd’hui que les cinq pre- miers jours d’accueil. En octobre, Edouard Philippe a reconnu que le premier accueil des mineurs non

accompagnés (MNA) relèverait de l’Etat mais les dis- cussions n’ont pas abouti… En attendant, les départe- ments se débrouillent, comme nous l’avons constaté en région parisienne.

nouveau record en 2017

Evaluateur au pôle d’évaluation des mineurs isolés à Bobigny, structure gérée par la Croix-Rouge française pour le compte du département de la Seine-Saint-Denis (le 9-3), Gupta Divyanshu vient d’effectuer son premier entretien d’évaluation de la journée avec un jeune originaire du Mali. « Il dit avoir 15 ans et présente un acte de naissance, mais à sa façon de se tenir, de parler, de se comporter, en regardant son aspect physique, j’ai des doutes sur sa minorité. Pour ce qui est de sa vulnérabilité, je vois quelqu’un de propre, bien habillé et coiffé », confie le professionnel qui va noter tous ces éléments dans son rapport d’évaluation transmis à l’ASE et au tribunal pour enfants de Bobigny. Il ne conclura ni à la minorité ni à l’isolement du jeune,

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La Gazette - 12 février 2018

repérages

Les DéparTeMeNTs TOUJOUrs pLUs sOLLICITés 25 000 Nombre de jeunes se présentant comme mineurs et
Les DéparTeMeNTs TOUJOUrs
pLUs sOLLICITés
25 000
Nombre de jeunes se présentant comme mineurs
et devant être évalués par les conseils départementaux.
Nombre de jeunes reconnus mineurs et pris en charge
par les départements.
14 908
13 000
10 200
8 054
5 990
2015
2016
2017
sOurCEs : sÉNaT, JuiN 2017 ; missiON « mNa » auPrÈs Du miNisTÈrE DE La JusTiCE, 2017.
iNFOGraPHiE : m. GOBErT.

CD sEiNE-saiNT-DENis

CD sEiNE-saiNT-DENis

« On estime le surcoût de la prise en charge des MNA à 23 millions d’euros en 2017. Nous avons des difficultés à remplir nos deux

premières missions – la mise à l’abri et l’évaluation. Nous attendons la décision du gouvernement qui

a

indiqué, par la voix de son

Premier ministre, qu’il revenait

à

l’Etat d’assurer la mise à l’abri

et l’évaluation des MNA. »

Frédéric Molossi, vice-président chargé des affaires sociales

du conseil départemental de la seine-saint-Denis

Tout enfant qui se déclare mineur doit être considéré comme tel et protégé jusqu’à la

Tout enfant qui se déclare mineur doit être considéré comme tel et protégé jusqu’à la décision administrative.

Tout enfant qui se déclare mineur doit être considéré comme tel et protégé jusqu’à la décision
tel et protégé jusqu’à la décision administrative. nécessaires à une prise en charge par la protection

nécessaires à une prise en charge par la protection de l’enfance. Ce jeune Malien, qui s’exprime dans un français correct, s’était déjà présenté en décembre

en 2016 et 1 162 en 2015. « Début 2017, nous avons été débordés. Nous avons reçu des moyens supplémen- taires du département et avons revu notre organisa- tion, explique la directrice du pôle d’évaluation des mineurs isolés, Stéphanie Le Roux. Nous avons créé trois services avec une direction et des postes mutua- lisés : le pôle d’évaluation, le service d’accueil des mineurs non accompagnés [Samna] et la plateforme « enfants du monde » [PEM]. » Aujourd’hui, 50 équi- valents - temps plein sont engagés dans ces services, dont 11 évaluateurs, des éducateurs, des chauffeurs, des veilleurs de nuit, un infirmier, une psychologue.

une Mise À l’aBri À l’HÔtel

Le Samna met à l’abri 90 mineurs dans des chambres d’hôtel pendant environ deux mois, dans l’attente de

l’entretien d’évaluation. Il pourvoit les repas et organise les transports. « Quand le jeune arrive, on l’emmène à l’hôtel, on lui présente les hôteliers, les autres MNA. On lui indique où prendre ses repas. On organise des acti- vités, visites de musées ou matchs de foot », témoigne l’éducateur Mohamed Diakité, qui parle trois langues de l’Afrique subsaharienne, principale provenance des mineurs. Il échange en bambara avec un jeune Malien qui vient de recevoir son ordonnance de placement provisoire. Celle-ci l’oriente vers un centre d’accueil des Hauts-de-Seine. Il y sera accompagné par un édu- cateur. Selon Mohamed Diakité, la langue maternelle permet d’installer des relations de confiance. « Mais

on les pousse à parler français. D’ailleurs, le

➲❍●

dernier. Après un premier entretien d’une trentaine de minutes, assuré par une permanence d’évaluateurs, il a été convoqué pour l’entretien d’évaluation deux mois plus tard et relâché dans la rue.

C’est le destin d’environ 70 % de ceux qui se présentent, les 30 % restants étant accueillis par le dispositif. « On essaie de les orienter au mieux vers des dispositifs de droit commun destinés aux adultes », explique Fatou Diagne, cheffe de service

du pôle « évaluation ». « Dans la prise en charge de MNA, il faut respecter la Convention internationale des droits de l’enfant », rappelle Marion Lignac, chargée de mission « réfugiés et migrants » à la Fédération des acteurs de la solidarité : tout enfant qui se déclare mineur doit être considéré comme tel et protégé jusqu’à la décision administrative.

Dans ce département, qui connaît depuis des années des flux de migrants parmi les plus importants de France, le délai d’évaluation est de six semaines. Lar- gement au-dessus des cinq jours d’évaluation financés par l’Etat, à hauteur de 1 250 euros par mineur, mais en dessous des deux mois atteints l’été dernier. En un an, le 9-3 a vu augmenter de 80 % le nombre de MNA primo-arrivants. Ils étaient 2 319 en 2017, contre 1 576

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La Gazette - 12 février 2018

repérages Evénement

téMoignage

« 300 hébergements d’urgence par mois »

« En 2013, le Val-de-Marne a créé un dispositif d’évaluation et de 

mise à l’abri des MNA, confié à France terre d’asile. Cependant,  nous avons été confrontés à deux problèmes. En premier lieu, nous  sommes  devenus un département d’arrivée spontanée de MNA. 

En 2015, nous avons accueilli 1 324 nouveaux arrivants, 1 288 en 

2016 et 3 549 en 2017. Ensuite, nous sommes face au faible taux de 

reconnaissance de minorité de ces migrants qui oscille entre 22 et 

25 %. Nous avons également constaté qu’en absence de coordina-

tion nationale sur l’identification de ces jeunes, ils tournent d’un 

département à l’autre en Ile-de-France, en essayant de se faire 

reconnaître mineurs. Face à l’afflux, nous avons posé une limite 

mensuelle maximum de 300 hébergements d’urgence pour éviter 

les effets d’aubaine et l’embolie de notre dispositif. Concernant la 

phase d’évaluation, nous ne finançons que les cinq jours que l’Etat 

nous rembourse avec un paiement à réception du rapport d’évalua-

tion. C’est à France terre d’asile de s’organiser en fonction de ce délai. »

P .marais / La GaZETTE
P .marais / La GaZETTE

Fabien Feuillade, directeur adjoint de la protection de l’enfance et de la jeunesse au conseil départemental du Val-de-Marne

et de la jeunesse au conseil départemental du Val-de-Marne ●❍➲ de français langue étrangère (FLE). Ce

●❍➲

de français langue étrangère (FLE). Ce qui est difficile, c’est que nous recevons des jeunes abîmés, ayant vécu des choses terribles », regrette-t-il. Il désigne ainsi une ado âgée de 16 ans originaire de Côte d’Ivoire, le visage fermé et dur. Elle fait partie des 3 % de filles parmi les MNA. Elle est venue ce matin au Samna pour y faire sa lessive. « Ils sont traumatisés

service va bientôt mettre en place des cours

organismes. Tous les jeunes ont deux référents : un à la plateforme et un à l’ASE. « C’est très facile. Les éducateurs nous accompagnent partout », dit dans un français très correct un Albanais de 17 ans qui a passé quatre mois dans le dispositif. Comme les autres enfants, il bénéficie de cours de FLE dispensés par des bénévoles. « J’ai plein de projets », sourit-il. Des éducateurs travaillent avec chaque mineur sur ses projets personnels. Le point noir est l’orientation vers le service de l’ASE d’autres départements, car celui du 9-3 est saturé. « Nous avons beaucoup de difficulté à les placer. Ici, une seule association, En-temps Montreuil, accepte encore les MNA. Alors, il faut se débrouiller et comp- ter sur les réseaux professionnels sociaux pour orien- ter des enfants vers d’autres départements, explique Ingrid Pfeiffer, éducatrice spécialisée au PEM. Il y a un enjeu politique autour des MNA, lié à l’immigration. Depuis six mois, l’on entend le discours selon lequel les MNA ne relèveraient pas complètement de la pro- tection de l’enfance » (lire aussi p. 19). Les associations s’y opposent et souhaitent que les départements res- tent « chefs de file » dans cette mission. Ils réclament que l’Etat octroie plus de moyens aux départements pour la prise en charge des MNA. La solution devrait venir d’une mission d’expertise composée de repré- sentants des corps d’inspection de l’Etat et de cadres supérieurs des départements. Mais son rapport se fait attendre. Annoncé pour la fin de l’année dernière, il devrait arriver à la mi-février. rouja Lazarova

Ces jeunes se rétablissent rapidement et sont très motivés pour s’intégrer.

à différents degrés. Lorsqu’ils sont passés par la Libye ou pen- dant leur traversée en bateau, ils ont subi des violences psycho- logiques et parfois physiques importantes », confie la psycho-

logue Sofia Elkhatib, qui partage son temps entre le Samna et la PEM. Cependant, ce qui réjouit Mohamed Diakité, c’est que ces jeunes se rétablissent vite, qu’ils sont motivés et dynamiques.

un service pour l’orientation des Mna du 9-3

La motivation, c’est également la caractéristique principale relevée par la responsable pédagogique de la PEM. Cette plateforme prend en charge les mineurs reconnus comme tels et orientés vers le département. La PEM dispose de 52 places d’hébergement en diffus (en appartements) et en mini-collectif, attribuées en fonction de l’âge et du degré d’autonomie du public. Un bilan de santé est établi dès l’arrivée dans le service, les soins sont organisés en partenariat avec la caisse primaire d’assurance maladie de Drancy, et d’autres

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La Gazette - 12 février 2018

RepéRagesRepéRages

Fonction publique Un gouvernement sans tabou, des territoriaux en alerte

La réforme de la fonction publique est lancée. Mais le gouvernement assure qu’il veut consulter.

T ous les sujets sont « sur la table de discussion ». Le gouvernement n’a « ni

a priori ni tabou » concernant la réforme de la fonction publique, officiellement lancée lors du premier comité interministériel pour la transformation publique (CITP) le 1 er février. La liste est donc large : dialo- gue social, rémunération plus individualisée, évolutions de carrières (mobilités inter - fonc- tions publiques et vers le privé) et recours élargi aux contrac- tuels seront les quatre thèmes sur lesquels le gouvernement consultera les syndicats (alors que se profilent les élections professionnelles du 6 décembre) et les employeurs publics « sur l’année 2018 », selon le courrier envoyé le 2 février aux organi- sations syndicales représenta- tives de la fonction publique. Il s’agit de proposer un « nouveau contrat social » aux agents.

chiffon rouge

Mais depuis l’annonce de la réforme, les déclarations de la majorité présidentielle révèlent le « sans tabou » du gouverne- ment. Outre le médiatique « plan de départs » (qui ne concernerait que l’Etat) évoqué en conférence de presse post-CITP, il est clai- rement envisagé de questionner le statut, « l’emploi à vie » dans la fonction publique… Bref, il s’amorcerait cette fois une véri- table (une énième diront les plus expérimentés ! ) réforme de la fonction publique. Un chiffon rouge pour les syndicats.

Mêmes les plus modérés se disent circonspects. La CFDT demande des « clarifications » et dénonce, comme les terri- toriaux (*), un « problème de méthode » de la part du gouver- nement. Celui-ci tirerait des conclusions avant même d’at- tendre le résultat de la réflexion sur les services publics qu’est censé apporter le programme Action publique 2022… Message partiellement entendu ? Le gou- vernement doit rencontrer bilatéralement chacun des syn- dicats de la fonction publique avant un rendez-vous collectif prévu fin février, pour discuter de la méthode. « Les annonces effectuées concernent essentiellement la fonction publique d’Etat. La fonction publique territoriale (FPT) fonctionne de manière différente, plus souple et plus adaptable », tente de rassurer le président du Conseil supérieur de la FPT, Philippe Laurent. Le monde territorial n’est pas opposé à une amélioration du statut. « Nous sommes favo- rables à un statut général, rai- sonnablement évolutif, pour disposer d’un cadre homogène dans lequel les agents publics puissent avoir une carrière

attractive tout en maintenant l’autonomie d’emploi pour les employeurs locaux. Cet équi- libre caractéristique de la FPT est important à garder : il a accompagné la décentralisation et a permis la formidable évolu-

ajoute Claude Soret-Virolle, pré- sidente de l’ADT-Inet. Idem sur la rémunération au mérite. « Les outils existent déjà en grande partie, mais c’est avant tout un problème de volonté politique et de management », prévient

V. VINCENZO / LA GAZETTE
V.
VINCENZO / LA GAZETTE

« Nous sommes favorables à un statut général, raisonna­ blement évolutif, dans lequel les agents publics puissent avoir une carrière attractive. »

philippe Laurent, président du Conseil supérieur de la FPT

tion de compétences dans la FPT depuis 1984 », défend Philippe Laurent.

le management, vrai sujet

Même tonalité côté associations professionnelles. « Le statut doit être modernisé pour permettre une plus grande réactivité dans la gestion des RH et donner plus de place à la gestion des compé- tences plutôt qu’à de la simple gestion administrative, chro- nophage et parfois vide de sens pour les agents », assène Johan Theuret, président des DRH des grandes collectivités. Au-delà du statut « déjà très plastique, le vrai sujet reste le management »,

Stéphane Pintre, président du Syndicat national des DG des collectivités territoriales. En revanche, le recours élargi aux contractuels semble être un sujet plus sensible. « Nous sommes d’accord pour amélio- rer les modalités de recours au contrat. Mais cet outil doit res- ter dérogatoire, plaide Fabien Tastet, président de l’Associa- tion des administrateurs terri- toriaux. Il y a un paradoxe à vouloir développer le recours aux contractuels et faire des lois de résorption de la précarité dans la fonction publique »… l

Bénédicte Rallu

(*) Lire www.lagazette.fr/546595

Les départs volontaires existent dans les collectivités

Une indemnité existe dans la FPT (­décret­

n°­2009-1594­du­18­décembre­2009)­pour­

les­départs­volontaires.­Depuis­2011,­à­

Rouen­(Seine-Maritime),­onze­agents­ont­

quitté­la­mairie­en­bénéficiant­de­six­mois­

de­salaire.­Un­autre­a­empoché­deux­mois­

de­rémunération­après­avoir­vu­son­poste­

supprimé­et­refusé­le­transfert­à­l’inter-

communalité.­Moyenne­du­capital­reçu­:­

35­000­­euros­chacun.­En­2016,­Poissy­

(­Yvelines)­a­proposé­de­12­000­à­60­000­eu-

ros­à­ses­agents­ayant­cinq­à­vingt-cinq­ans­

d’ancien­neté­et­un­projet­de­reconver-

sion.­Trois­sont­partis.­Le­plafonnement­et­ l’impos­sibilité­de­bénéficier­du­chômage­en­ cas­«­d’échec­»­aurait­freiné­le­mouvement.­ Dans­ces­deux­villes,­le­plan­est­toujours­en­ vigueur.­l­pascale Teissier

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La Gazette - 12 février 2018

repérages

En alerte

Page réalisée par Brigitte Menguy

Logement Les marchands de sommeil dans le viseur

24 janvier 2018

           
 
           
           
 
           
 
           
 
           
 
           
 

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COMMIssION

 

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e lecture 2 e lecture 2 e lecture   asseMBLée NaTIONaLe séNaT COMMIssION MIXTe parITaIre L

asseMBLée NaTIONaLe

lecture 2 e lecture   asseMBLée NaTIONaLe séNaT COMMIssION MIXTe parITaIre L a proposition de loi

séNaT

2 e lecture   asseMBLée NaTIONaLe séNaT COMMIssION MIXTe parITaIre L a proposition de loi n°587

COMMIssION MIXTe parITaIre

L a proposition de loi n°587 vise à lutter contre les marchands de sommeil. Pour ce faire, son article 1 er allonge

l’interdiction d’achat d’un bien prévue par l’article 77 de la loi « Alur » en doublant la sanction encourue, actuellement prévue

pour une durée maximale de cinq ans, afin

de la porter à dix ans. L’article 2 introduit la possibilité, pour les collectivités terri- toriales ou l’Etat, de récupérer l’aide au logement suspendue dans les cas prévus par les articles L.542-2 et L.831-3 du code de la sécurité sociale, dès lors que des travaux d’office sont réalisés dans le logement.

L’article 3 permet aux titulaires du droit de préemption – notamment les maires, qui sont les mieux renseignés sur l’identité des marchands de sommeil – de connaître l’acquéreur d’un bien, en obligeant la men- tion de son identité sur la déclaration préalable faite par le propriétaire. l

J-319

aide à domicile évaluation externe

En application de la loi

du 28 décembre 2015 relative

à l’adaptation de la société

au vieillissement, les services d’aide et d’accompagnement

à domicile dont l’agrément a

pris fin entre le 30 décembre

2015 et le 27 décembre 2017

ont jusqu’au 28 décembre

2018 pour réaliser leur

évaluation externe des activités et de la qualité des services.

Décret n° 2017-705 du 2 mai 2017, JO du 4 mai.

J-2149

eHPad seuil déclencHant la modulation du forfait de soins

A compter du 1 er janvier 2024, le seuil mentionné à l’article R.314-160 du code de l’action sociale et des familles déclenchant le dispositif de modulation du forfait global de soins des établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (Ehpad) est fixé à 95 %. Un régime transitoire est prévu pour les années 2018 à 2023.

arrêté du 28 septembre 2017, JO du 4 octobre.

J-139

logement décence énergétique

Un logement est qualifié d’énergé- tiquement décent pour des raisons intrinsèques à sa conception. Les dispositions relatives à l’aération suffisante devront être appliquées à partir du 1 er juillet 2018.

Décret n° 2017-312 du 9 mars 2017, JO du 11 mars.

J-688

qualité de l’air établissements d’accueil de loisirs et du second degré

Pour les établissements d’accueil de loisirs et du second degré, l’obligation de surveiller périodiquement la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public devra être satisfaite avant le 1 er janvier 2020. Le non-respect de cette obligation pourra être sanctionné d’une amende de 1 500 euros.

Décret n° 2011-1728 du 2 décembre 2011, JO du 4 décembre.

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La Gazette - 12 février 2018

RepéRagesRepéRages

Transports Bus électriques : les fabricants chinois vont-ils rafler la mise ?

Un énorme marché est lancé pour renouveler la flotte de bus franciliens. En tête, les fabricants chinois ont de grandes chances de l’emporter.

C ’est l’appel d’offres pour l’achat de bus électriques le plus

important d’Europe. Avec Ile- de-France Mobilités (ex-Stif ), la RATP a lancé, le 24 janvier, un marché pour 1 000 bus (dont 250 en commande ferme). La première tranche doit être livrée dès 2020. L’échelon- nement du reste de la com- mande dépendra du calendrier d’adaptation des dépôts de bus. Car, davantage que l’achat de matériel, c’est l’équipement en infrastructures de recharge qui constitue le véritable enjeu, selon Catherine Guillouard, PDG de la RATP.

critères de choix

L’appel d’offres pourrait atteindre 400 millions d’euros. Une aubaine pour les construc- teurs, même s’il est à craindre que cette manne finisse dans la poche des fabricants chinois. En effet, ces derniers ont pris

ChinaFotoPress/WanG Chun/MaXPPP
ChinaFotoPress/WanG Chun/MaXPPP

Ces derniers mois, afin de préparer l’appel d’offres, la RaTp a testé le matériel de sept constructeurs, dont deux chinois (Yutong et BYD).

de l’avance sur le plan techno- logique et affichent des prix bien moins élevés que les Européens. De quoi se rapprocher du tarif attendu dans le cadre de ce mar- ché parisien, avec un prix uni- taire de 400 000 euros, alors que la moyenne actuelle est plutôt de 580 000 euros. Mais Laurent Probst, directeur général d’Ile- de-France mobilités, nuance. Pour lui, il faut raisonner en coût global. Or les bus chinois ont une durée de vie inférieure. Ce marché prévoit aussi des

clauses de proximité d’implan- tation industrielle. La préfé- rence nationale est interdite par les textes européens et par ceux de l’Organisation mondiale du commerce, mais l’opérateur et l’autorité organisatrice sont en droit d’exiger le renvoi des bus au lieu de production. Pour répondre à cette volonté, les constructeurs chinois ont prévu de s’implanter en France. Laurent Probst précise, par ailleurs, qu’une attention sera portée à l’origine des compo-

Les autocars bientôt concernés

La transition énergétique concerne éga- lement les autocars. Mais Jean-Sébastien Barrault, président de la Fédération natio- nale des transports de voyageurs appelle à ne pas tout miser sur l’électrique. Il plaide pour un mix énergétique, les autocars élec- triques ne pouvant, selon lui, constituer une réponse unique, pour des questions d’autonomie, d’approvisionnement… En matière d’autocars, la bascule n’est donc

pas engagée. Les achats continuent de por- ter sur du matériel Euro 6. Pour enclencher la transition, les opérateurs veulent une stratégie claire et un calendrier précis qui soit « raisonnable » à leurs yeux. L’autocar électrique n’en étant encore qu’à son « bal- butiement », selon Jean-Sébastien Barrault. La question de la transition énergétique des matériels doit être examinée dans la future loi d’orientation sur les mobilités.

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La Gazette - 12 février 2018

sants. Pas question, donc, de diaboliser les fabricants chinois à partir du moment où ils se plient aux contraintes franciliennes.

retards européens

Mais côté industriels, on voit ces rivaux d’un mauvais œil. Lors du congrès de la Fédération nationale des transports de voyageurs, en octobre, Sylvain Blaise, directeur d’Iveco France (fabricant italien) a eu un dis- cours virulent à l’égard de BYD (fabricant chinois), n’hésitant pas à parler de « concurrence déloyale », de « guerre commer- ciale » permise par un « volon- tarisme dictatorial » de l’Etat chinois, « à coup de subventions à hauteur de plus de 50 % des coûts » alors que, dans le même temps, le marché chinois, consi- dérable, est chasse gardée des constructeurs nationaux. Si les Européens sont ner- veux, c’est aussi parce qu’ils vont devoir rattraper leur retard technologique. Il y a encore quelques mois, la norme Euro 6 (diesel) et l’hybride étaient l’al- pha et l’oméga de leur stratégie. Ils avaient massivement investi dans ces technologies et ont tardé à prendre le virage élec- trique qui s’annonçait pourtant. Ils ont attendu des appels d’offres fermes avant de construire leurs chaînes de pro- duction alors que les Chinois se lançaient. Pour Laurent Probst, « il ne faut pas leur jeter la pierre, mais ils doivent prendre leur part de risque ». Tous ont assuré pouvoir répondre à cette commande de grande ampleur. Le choix de la RATP et d’Ile-de- France Mobilités sera connu

en 2019. l Camille selosse

repérages

Culture La rue de Valois établit un nouveau type de contractualisation

Alors que le ministère se prépare à mettre en place deux clauses obligatoires, les Drac vont devoir moduler leurs interventions selon les territoires.

F ini les « pactes cultu-

rels » : la Rue de Valois

s’apprête à proposer

aux collectivités un nouveau mode de contractualisation. Dans une logique qui prendra le contrepied de ce que les élus ont connu jusqu’à présent, à savoir un cadre national décliné localement.

Ampleurs différentes

« Il s’agira de partir des projets du terrain, en dialogue avec chaque président d’exécutif, pour abou- tir à des conventions d’ampleurs différentes », a fait valoir Isabelle Chardonnier, cheffe du dépar- tement de l’action territoriale au ministère de la Culture, lors des Biennales internationales du spectacle (BIS) de Nantes, le 18 janvier. Et de souligner que ni les thématiques, ni les péri- mètres territoriaux, ni la durée des futures conventions ne seront prédéterminés. Il en sera de même pour les crédits asso-

stock adobe.com
stock adobe.com

si le gouvernement entend faire du sur-mesure, il imposera néanmoins deux dispositions portant sur l’éducation artistique et culturelle et sur la « solidarité ».

ciés aux futures conventions :

« Selon les cas, il y aura, ou pas, des annexes budgétaires. » Le soutien de l’Etat portera donc aussi sur l’ingénierie culturelle. Les directions régio- nales des affaires culturelles (Drac) devront aller, selon Isabelle Chardonnier, « au plus près des petites collectivités pour le repérage des besoins et l’élaboration des politiques culturelles ». Si le gouverne- ment entend faire du sur- mesure, il imposera néanmoins

deux clauses. L’une aura trait à l’éducation artistique et cultu- relle ; l’autre portera sur la « soli-

darité ». « Chaque convention devra témoigner de la façon dont l’action culturelle se déploie sur les parties les plus fragiles du territoire concerné », a précisé Isabelle Chardonnier. La solidarité s’exprimera aussi

à l’égard des personnes éloi-

gnées de la culture. Le ministère « soutiendra ceux qui tentent des expériences pour aller à la rencontre des citoyens pour les

faire accéder aux œuvres », a martelé Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, lors de son passage aux BIS.

rAtionAlisAtion

« A ce stade, nous sommes plu- tôt satisfaits, commente Olivier Bianchi, maire (PS) et prési- dent de Clermont métropole, et coprésident de la commis-

sion “culture et attractivité du territoire” de France Urbaine. Lors de nos Journées d’Arras, en 2017, nous avions demandé des contrats d’agglomération d’expérimentation culturelle, avec un traitement des terri- toires différencié. Mais nous resterons vigilants

La culture est le secteur

comptant le plus de contrats

en tous genres avec l’Etat.

sur les moyens. »

Le paramètre finan- cier s’annonce d’autant plus comme un point névral- gique que le ministère avance aussi l’argument selon lequel la culture est le secteur comptant le plus de contrats en tous genres avec l’Etat et qu’il y a

matière à rationalisation. Or, dans le contexte du programme Action publique 2022, beaucoup d’élus traduisent « rationali- sation » par « intensification des économies ». « Si les Drac devaient avoir moins de moyens, elles auraient du mal à accom- pagner nos territoires, estime l’Association des maires ruraux

de France. D’autant qu’elles ont

à faire un gros travail d’identi-

fication des structures cultu- relles rurales, qui font beaucoup de choses mais qu’elles connais-

sent peu. » l Hélène girard

Les Drac seront-elles capables d’être en première ligne ?

Dans le contexte de restrictions budgé- taires, nombre d’élus et de professionnels s’interrogent sur les capacités des direc- tions régionales des affaires culturelles (Drac) à mener les missions qu’ambitionne pour elles la Rue de Valois. L’entourage de Françoise Nyssen tente de les rassurer en faisant valoir le recrutement d’une tren- taine de conseillers « action culturelle et territoire » qui seront déployés à raison

de deux par région en moyenne, notam- ment pour accompagner les collectivités en matière d’éducation artistique et cultu- relle. En outre, le ministère estime qu’il n’y aura pas de difficultés dans les grandes régions fusionnées, puisque « aucune implantation de Drac n’y a été supprimée, les regroupements qui ont été opérés concernant les équipes de direction, pas les équipes proximité ».

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La Gazette - 12 février 2018

Lu sur la Gazette.fr RepéRages

infrastruCtures

trois scénarios pour choisir les futurs projets de transports

Le gouvernement a désormais le choix entre trois scénarios pour définir sa politique en matière d’infrastructures de transports. Cela va du plus raisonnable, comme le souhaiterait Bercy, au plus ambitieux, ce que plébiscitent les associations d’usagers. Les enveloppes correspondantes varient presque du simple au double, passant de 48 milliards à 80 milliards deuros. Le choix de l’exécutif devrait se porter vers le scénario intermédiaire, qui propose d’étaler certains grands projets.

www.lagazette.fr/547664

Personnes âgées

Mobilisation dans les ehpad

Pour la première fois, le 30 jan- vier, salariés et agents des éta- blissements d’hébergement pour personnes âgées dépen- dantes (Ehpad) et des services d’aide et d’accompagnement à domicile se sont fortement mobilisés pour demander plus de moyens, notamment humains. La ministre des Solidarités ne leur ayant pas ouvert la porte de son bureau, l’intersyndicale en appelle donc à Emmanuel Macron.

www.lagazette.fr/547745

1 Transformation publique : le gouvernement détaille sa réforme Les articles sur plus lus les
1
Transformation publique : le
gouvernement détaille sa réforme
Les
articles sur
plus lus
les lagazette.fr
cette
semaine

www.lagazette.fr/547584

2

Débat AP 2022 : les territoriaux très agacés par la méthode

www.lagazette.fr/546595

3

La réforme de la fonction publique interroge les territoriaux

www.lagazette.fr/547772

4

Les nouveaux contrats aidés sont là, et ressemblent beaucoup aux anciens

www.lagazette.fr/546229

5

Action publique 2022 :

pourquoi ça patine

www.lagazette.fr/546289

Cantines

Vers 50 % de bio dans les cantines scolaires en 2022

Le projet de loi promis par Emmanuel Macron pour améliorer la qua- lité de l’alimentation dans les cantines sco- laires a été adopté en conseil des ministres le 31 janvier. Au pro- gramme, deux obliga- tions : des menus bios

à 50 % en 2022 dans

toutes les cantines et la mise en place d’un diagnostic obligatoire pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

Des objectifs qui devraient toutefois être très difficiles

à atteindre jugent de bons connaisseurs du sujet.

www.lagazette.fr/547597

A. MARCHI/MAXPPP
A. MARCHI/MAXPPP

eau et assainisseMent

assouplissement des transferts de compétences

La proposition de loi sur le transfert des compétences eau et assainissement a été adoptée par l’assemblée nationale le 31 janvier. Découlant des conclusions d’un groupe de travail lancé par le gouverne- ment, elle n’a que très peu été modifiée lors de cet examen. Deux amendements peuvent cependant être soulignés :

la possibilité de ne transférer

qu’une seule de ces deux compétences, tout en conservant l’autre ; le choix donné aux communautés d’agglomération de pouvoir être représentées dans les syndicats d’eau. enfin, la question de la gestion des eaux pluviales a également été évoquée, mais il a finalement été décidé de la conserver dans le champ de l’assainissement.

www.lagazette.fr/547519

LE PARTENAIRE CARRIÈRE DES COLLECTIVITÉS LOCALES 76% de pénétration sur la cible cadres A et
LE PARTENAIRE CARRIÈRE
DES COLLECTIVITÉS LOCALES
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*SourceSource :: ÉtudeÉtude IPSOS,IPSOS, AudienceAudience desd
collectivités locales 2015

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La Gazette - 12 février 2018

forum Humeurs de la rédaction

Réforme de la fonction publique

Les choix « contracycliques » du gouvernement

A près le coup médiatique du comité interministériel de la transforma- tion publique (lire p. 3 et 11), les

réactions ont souvent été épidermiques, sur le mode : « Mais c’est le statut qu’on assassine ! » En poussant un peu, c’est surtout une véritable révolution « contra- cyclique » qui est ainsi envisagée par le gouvernement. D’abord, on arrête le mouvement : la loi « Sauvadet » du 12 mars 2012, relative à l’accès à l’emploi titulaire et à l’améliora- tion des conditions d’emploi des agents contractuels dans la fonction publique avait pour objectif de lutter contre la pré- carité dans le service public. En titula-

risant les uns, en faisant bénéficier les autres d’un CDI ou en encadrant mieux le recours aux CDD. Désormais, l’objectif est tout à l’inverse : moins de titulaires, davantage de contractuels…

réalité mal assumée

Ensuite, et c’est une « révolution » : en ins- taurant un plan de départs volontaires des agents, on revient sur cette réalité, parfois mal assumée, du rôle d’amor- tisseur social de la

fonction publique. En raccourci, les fonctions publiques font travailler, il faut

le reconnaître, des personnes qui ne trou- veraient pas forcément un emploi dans le privé ; en leur proposant, contre l’exé-

cution d’un service véritable, un projet et une évolution professionnelle… Un rôle d’amortisseur qui, outre le service rendu, coûte globalement moins cher à la com- munauté qu’un chômeur. En poussant les agents à quitter la fonction publique, on leur suggère d’aller vers le privé… Pourra- t-il amortir les candidatures ? Sommes- nous donc revenus

en période de plein emploi pour réussir ce pari ? l

Jean-marc Joannès

Avec un plan de départs volontaires, on revient sur le rôle d’amortisseur social de la fonction publique.

sur le rôle d’amortisseur social de la fonction publique. Contractualisation : quid des annexes ? Finances La
sur le rôle d’amortisseur social de la fonction publique. Contractualisation : quid des annexes ? Finances La
sur le rôle d’amortisseur social de la fonction publique. Contractualisation : quid des annexes ? Finances La

Contractualisation :

quid des annexes ?

Finances La contractualisation financière des 322 collectivités s’effectuera à partir des seuls comptes principaux, hors budgets annexes. C’est en tout cas la version officielle, défi- nie dans la loi de finances, destinée à satisfaire les commissaires tatillons de l’Union européenne. Car, si le gouver- nement a prévenu qu’il retrouverait par le compte administratif 2017 les petits malins candidats à l’éviction de dépenses via les budgets annexes, il pourrait en fait montrer une certaine souplesse et accepter quelques neutra- lisations, selon les cas et sous certaines conditions. Reste à définir lesquels. l

Cédric Néau

Coup d’accélérateur

Anru Nommé le 14 novembre, le président de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine

(Anru), Olivier Klein, a l’ambition d’accélérer la mise en œuvre du nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU). Une dynamique bienvenue, alors que les élus locaux commencent

à s’impatienter sérieusement face

à la lenteur d’élaboration des

protocoles de préfiguration des conventions. Des simplifications sont à l’étude, mais aussi une meilleure prise en compte des spécificités des villes moyennes incluses dans le programme. La complexité de l’ANRU,

un mythe, enfin ? l Delphine Gerbeau

Candidats malgré eux

Elections Pour lutter contre les fraudes et le dépôt de candidatures

à l’insu des personnes – les fameux

« candidats malgré eux » – lors des élections municipales,

départementales, régionales et européennes, une loi

a été promulguée le 1 er février.

Désormais, il sera obligatoire pour chaque candidat de fournir une mention manuscrite prouvant son engagement, ainsi qu’une copie de sa pièce d’identité. Un texte qui devrait permettre d’éviter les situations ridicules entraperçues lors des municipales de mars 2014, où vingt-deux cas de ce genre avaient été constatés. l

Gabriel Zignani

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La Gazette - 12 février 2018

Opinions forum

L

Les documents locaux d’urbanisme et la mer

En pratique, on identifie des zones « N remarquable » au sens de la loi littoral, des zones « Natura 2 000 », ou encore « N mari- time ». Mais peut-on affirmer que la dimension maritime des PLU s’étend jusqu’à la limite de la mer territoriale ? C’est le sens d’un jugement du tribunal administra- tif de Rennes (TA de Rennes, 22 novembre 2012, « M. et M me Cailloce et a. », n° 1003623), annulant une délibération muni- cipale « en tant que le PLU approuvé ne couvre pas l’intégralité du domaine public maritime situé sur le territoire de la commune ». Cette thèse est discutable : ce n’est pas parce qu’un territoire maritime a été reconnu aux

L. B.
L. B.

Laurent Bordereaux, professeur à l’université de La Rochelle

communes que ces dernières sont compétentes en pleine mer, dans le cadre du PLU, à plus de 20 kilo- mètres des côtes. La question de la dimension maritime des documents d’urba- nisme se pose également pour les schémas de cohérence territoriale (Scot), lesquels peuvent comporter un schéma de mise en valeur de la mer (SMVM). Celui-ci est le seul document d’urbanisme pour lequel une réelle « dimension mer » est expressément conférée par les

textes. Aux termes de l’article L.141-25 du code de l’urbanisme, le volet « SMVM » « précise, dans une perspective de gestion inté- grée de la zone côtière, les voca- tions des différents secteurs de l’espace maritime ». Cela étant, l’expérience montre qu’il y a peu de schémas de mise en valeur de la mer en vigueur et que ces der- niers sont restés très « côtiers » dans leur périmètre. La « dimension mer » des documents d’urbanisme peut éga- lement être regardée au prisme de la loi « littoral » [du 3 janvier 1986, ndlr]. Les communes et les inter- communalités doivent identifier les espaces remarquables de leur territoire, dans les PLU et les Scot. Jusqu’où peuvent-ils aller en mer pour les identifier ? Sans précision textuelle, il a été jugé, à propos de projets d’éoliennes offshore, que la loi « littoral » n’était pas invo- cable à 12 kilomètres des côtes. Au final, le cadre juridique n’est pas clair pour les collectivités, et des précisions devront sans doute être apportées, à l’heure où les ambitions d’aménagement du territoire maritime se font jour.  l

Retrouvez la version longue de cette tribune

www.lagazette.fr/542088

Les documents locaux d’urbanisme ont-ils vocation à s’appliquer en mer ? Cette question se pose aujourd’hui en raison de l’imbri- cation des politiques littorales et marines, dans une logique de gestion intégrée des zones côtières, et de l’implication grandissante des collectivités territoriales dans la conduite des politiques maritimes. On ne saurait négliger le rôle encore incontournable des plans locaux d’urbanisme (PLU), d’autant plus important avec le passage programmé aux PLU intercommu- naux (PLUI). La dimension littorale et maritime du PLU existe incontestablement. Le Conseil d’Etat est venu préciser, d’une part, que le territoire des communes littorales se prolonge en mer, jusqu’à la limite extérieure de la mer territoriale (CE, 20 février 1981, « commune de Saint-Quay- Portrieux », req. n° 16449) ; d’autre part, que les opérations d’aména- gement du domaine public mari- time devaient être compatibles avec les dispositions du plan d’urbanisme en vigueur (CE, assemblée, 30 mars 1973, « Sieur Schwetzoff », req. n° 88151).

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La Gazette - 12 février 2018

forum Interview

forum Interview Collectivités « Pouvoir identifier les priorités pour réduire le stock des normes » Alain

Collectivités

« Pouvoir identifier les priorités pour réduire le stock des normes »

Alain Lambert, président du Conseil national d’évaluation des normes

Lors de la dernière Conférence nationale des territoires, le Premier ministre Edouard Philippe a confié une mission à Jean-Claude Boulard (LREM), maire du Mans, et à Alain Lambert (DVD), président du Conseil national d’évaluation des normes (CNEN), en vue de réduire le stock de normes qui pèsent sur les collectivités (lire aussi p. 20-21). Un groupe de travail sera mis en place, composé notamment de membres du CNEN et de parlementaires. Une mission qui en rappelle une autre. En mars 2013, les deux mêmes missionnaires avaient déjà rendu un rapport sur la lutte contre l’inflation nor- mative. L’occasion aussi de faire le point avec le président du CNEN sur les différentes mesures de simplification envisagées, voire déjà mises en place, par le gouvernement. l

P. marais / La GaZETTE

01

place, par le gouvernement.  l P. marais / La GaZETTE 01 Quel est l’intérêt de cette

Quel est l’intérêt de cette nouvelle mission consacrée au stock des normes applicables aux collectivités territoriales ?

I l est presque sans précédent

des missionnaires qui ont déjà

de voir un gouvernement désigner

participé à une action similaire quelques années auparavant. Cela démontre de la part du gouvernement une véritable volonté en matière de simplification des normes. Le rapport que nous produirons sera étudié en juin dans le cadre de la prochaine Conférence nationale des territoires. L’objectif est que le gouvernement et les collectivités puissent identifier les mesures prioritaires en la matière. Nous allons, dans un premier temps, procéder à un inventaire des mesures que nous proposions dans notre rapport de mars 2013. Nous voulons voir ce qui a été mis en place, ce qui a été suivi d’effets… Il n’est pas impos- sible que la solution la plus efficace se trouve dans les propositions que nous faisions déjà à cette époque, mais qui n’auraient pas été mises en œuvre.

02

époque, mais qui n’auraient pas été mises en œuvre. 02 A compter de mi-2018, chaque projet

A compter de mi-2018, chaque projet de loi sectoriel devra comporter un volet de mesures de simplification des normes législatives. Est-ce une bonne méthode ?

L ’idée d’introduire un titre réservé à la simplification des normes dans chaque projet

de loi est techniquement plus habile que ce qui se faisait jusqu’ici, à savoir de grandes lois de simplification trans- versales. Le droit est un château de cartes. Tout est imbriqué. A chaque fois que l’on veut enlever une carte, il faut faire attention à ne pas faire tomber le reste. Ce qui sera beaucoup plus aisé avec cette nouvelle méthode. De plus, la tâche d’intégration des mesures de simplification aux textes nouveaux reviendra aux équipes qui les rédigent, c’est-à-dire aux administrations centrales. Ce sera un changement de philosophie pour elles. Ces dernières ne pourront d’ailleurs plus accuser les parlemen- taires qui proposent des amendements visant la simplification du droit de faire des cavaliers législatifs.

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La Gazette - 12 février 2018

03

cavaliers législatifs. 18 La Gazette - 12 février 2018 03 Le gouvernement envisage l’adaptabilité locale des

Le gouvernement envisage l’adaptabilité locale des normes. Cela contribuera-t-il à un droit de meilleure qualité ?

J e suis tout à fait favorable à cette réforme. Je considère qu’en l’état actuel, le droit est un appareillage

juridique qui n’est pas utilisable car trop complexe. Nous en devenons un Etat de non-droit. Le seul moyen de rendre ce droit utilisable est de don- ner à l’autorité qui représente l’Etat sur le territoire le pouvoir d’interpré- ter et d’alléger les textes inapplicables ou qui entraîneraient des coûts déme- surés par rapport à l’objectif visé. Cette mesure participe à rendre le droit effectif. Car tout un pan du droit, notamment les textes qui régissent les collectivités, tombe en désuétude. Ce qu’il faut, c’est donner la possibilité à une autorité locale de vérifier que l’esprit de la loi est respecté dans son territoire, peu importe la lettre du texte, qui n’est parfois tout simplement pas appropriée à l’endroit où l’on se trouve.

Propos recueillis par Gabriel Zignani

INFOGRAPHIE : M. GOBERT

Baromètre des territoriaux FORUM

Social Faut-il retirer les mineurs non accompagnés de l’ASE ?

C’est un « non » majoritaire. Selon le panel interrogé, les mineurs – étrangers ou pas – doivent être suivis par les services départementaux

de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Avec l’explosion du nombre d’enfants accueillis, la question de leur sortie des dispositifs ASE se pose néanmoins (lire p. 6-8). Les départements sont submergés et les besoins de ces jeunes sont très éloignés de ceux du public classiquement suivi par l’ASE. L’Etat

a annoncé qu’il prendrait en charge l’accueil des

jeunes se présentant mineurs et leur évaluation, mais le suivi des mineurs non accompagnés, une

fois leur minorité validée, restera aux mains de l’ASE. La convention relative aux droits de l’enfant de l’Organisation des Nations unies oblige les Etats

à traiter tous les mineurs de la même façon, quelle que soit leur nationalité. Isabelle Raynaud

Retrouvez le baromètre des territoriaux

www.lagazette.fr/548219

NSP 23% OUI 13% NON 64% Etude réalisée par B2B Intelligence auprès d’un échantillon représentatif
NSP
23%
OUI
13%
NON
64%
Etude réalisée par B2B Intelligence auprès d’un échantillon représentatif de 1 651 agents
de la fonction publique territoriale sur internet du 10 au 24 janvier 2018 (216 répondants).
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La Gazette - 12 février 2018

carrières

notwaew/stock.adobe.com
notwaew/stock.adobe.com

Ressources humaines

Comment faire face à l’inflation des normes ?

Lois, décrets, ordonnances, circulaires… pas une semaine ne passe sans qu’un nouveau texte n’atterrisse sur le bureau des directions des ressources humaines. Entre résignation et attentisme, elles essaient de faire face.

«J ’ai toujours une pensée pour mes col- lègues qui travaillent dans les services des ressources humaines », avoue Philippe Jacquemoire, directeur géné-

ral des services de Fontenay-le-Fleury (217 agents, 13 400 hab., Yvelines). Une sollicitude à la hauteur de la pile de textes qui trône sur les bureaux des directions des ressources humaines territoriales (lire aussi p. 18). Le statut de la fonction publique a subi,

dans son ensemble, plus de 200 modifications légis- latives et plus de 300 réglementaires en l’espace de trente ans. C’est en tout cas le chiffre avancé en 2014 par l’ancien ministre de la Fonction publique, Anicet Le Pors. La fonction publique territoriale aurait été la plus touchée avec près de 80 modifications. Et la source ne semble pas être prête de se tarir en 2018, alors qu’est annoncée une nouvelle réforme.

Décalage entre Discours et réalité

Un bouillonnement que Delphine Le Guerson, res- ponsable du pôle « emploi territorial » du centre de gestion du Finistère (lire p. 21) juge plutôt « positif », dans le sens où « ces lois et règlements apportent des réponses à des nécessités d’évolution et à une nouvelle

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La Gazette - 12 février 2018

carrières

culture RH ». Evoquant notamment la médiation. « La question des conflits rejoint celle du mal-être. Il faut aujourd’hui accorder plus de place à la communica- tion et à la résolution alternative des différends. » D’autres regrettent que soient laissés de côté des sujets qu’ils jugent prioritaires. « S’il est un domaine dans lequel il faudrait légiférer c’est bien celui du temps de travail, pour enfin clarifier et harmoniser les règles », estime Nathalie Godard, directrice des ressources humaines de Fontenay-le-Fleury. En revanche, tous les gestionnaires des ressources humaines et les juristes territoriaux s’accordent sur les effets néfastes du décalage entre les annonces faites dans la communication sur les projets ou propositions de loi et les textes finaux. Exemple symptomatique : la possibilité accordée par la loi « déontologie » (*) aux agents publics de créer une microentreprise dès lors que l’activité en question fait partie des « activités

accessoires ». Le projet de loi présenté en conseil des ministres entendait pour- tant interdire ce type de pra- tique pour les agents tra- vaillant à temps complet. « Face aux effets d’annonces, on sent de la part des collec-

tivités une méfiance gran- dissante vis-à-vis du pouvoir législatif et réglemen- taire », constate-t-on dans les centres de gestion. Une défiance attisée par un climat d’incertitude qui conduit les collectivités à un certain attentisme. « Nous avons préféré attendre un peu pour mettre en place le régime indemnitaire tenant compte des fonc- tions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel (Rifseep) pour voir ce que faisaient les autres communes, mais aussi à cause des doutes qui pesaient sur le dispositif », illustre Nathalie Godard. Autre sujet de plainte : la lourdeur de mise en œuvre de textes dont on peine, en plus, parfois, à mesurer

plus de 500

modifications

législatives et réglementaires du statut de la fonction publique entre 1984 et 2014.

source : http://anicetlepors. blog.lemonde.fr

Le Sénat propose une mission 

d’assistance juridique aux collectivités

Par un arrêté n° 2017-130 du 29 juin 2017, la Chambre haute a modifié son règlement en introduisant une mission d’assis- tance juridique aux collectivités au chapitre XVII ter. Désormais, il peut leur apporter son assistance juridique sur l’application des lois. En pratique, la demande écrite, formulée par un élu représentant de l’exécutif, doit être adressée par un sénateur au directeur général des missions institutionnelles qui « transmet la demande pour examen à un service de commission ou à une direction, sans préjudice du recours à une expertise extérieure».

source : http://bit.ly/2diGlbj

expertise extérieure». source : http://bit.ly/2diGlbj l’experte Delphine le Guerson, responsable du pôle «

l’experte

Delphine le Guerson, responsable du pôle « emploi territorial » du centre de gestion du Finistère (426 collectivités affiliées, 72 agents, 905 900 hab.)

« L’application de la réglementation 

doit s’inscrire dans une stratégie RH »

« A tout vouloir appliquer tout de suite, de manière stricte, on risque la perte de sens. Il faut se donner le temps de la réflexion. L’application de la réglemen- tation doit s’inscrire dans une stratégie et des objectifs RH définis par chaque collectivité. Il faut, bien entendu, mesurer les risques pris à retarder l’ap- plication de nouvelles mesures. Parfois on en encourt moins à attendre qu’en se précipitant. Il est important de bien veiller à dire aux agents et aux instances représentatives pourquoi la col- lectivité n’a pas mis en œuvre la

réglementation. Expliquer que ce n’est pas un retard mais un choix délibéré de la collectivité en fonction de sa réalité. Il faut ensuite sécuriser les prises de décision. Les collectivités sont d’ailleurs en demande sur ce point. C’est la raison pour laquelle, au centre de gestion du Finistère, nous avons constitué un pôle d’expertise avec des juristes pour être certains d’avoir une interprétation juste et uni- forme des textes, et éviter ainsi aux collectivités les recours contentieux. »

éviter ainsi aux collectivités les recours contentieux. » l’intérêt. « Le transfert “primes-points” a

l’intérêt. « Le transfert “primes-points” a accouché d’une souris. Le législateur ne se rend pas compte que lorsqu’il bouge une ligne, nous sommes amenés, sur le terrain, à effectuer des comptes d’apothicaire ! » déplore Philippe Jacquemoire.

communication sur les intentions

« Il faudrait une communication du législateur sur les intentions et sur la manière de mettre en œuvre les textes en même temps que leur publication. On éviterait ainsi de perdre du temps et on minimiserait les risques d’interprétations erronées », estime un juriste qui préfère conserver l’anonymat. Mais cet éclairage précoce sur la mise en œuvre des textes ne lèverait pas les incertitudes liées aux revirements gouvernementaux, dont la fin de l’an- née 2017 a livré deux beaux exemples : le report d’un an de la mise en œuvre des mesures statutaires et revalorisations indiciaires du protocole sur les parcours professionnels, les carrières et les rému- nérations (PPCR) et le report de l’entrée en vigueur du prélèvement à la source au 1 er janvier 2019. « Cela nous met en porte-à-faux vis-à-vis des agents et néces- site, en arrière-plan, un gros travail d’explication et de justification », déplore Nathalie Godard. l

Maud Parnaudeau

(*) Loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires.

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La Gazette - 12 février 2018

carrières

Police rurale Les gardes champêtres en mal de reconnaissance

Alors que la notion de police de proximité revient en état de grâce, les gardes champêtres, dotés de prérogatives spécifiques ont une carte à jouer pour la survie de leur profession.

L eur corps a été officiel- lement instauré en 1791, et leurs origines remon-

tent au Moyen-Age : de quoi alimenter le « musée du Garde champêtre » qui a ouvert ses portes le 9 décembre dernier à Bargemon, dans le Var. L’initia- tive, portée à bout de bras par le propre garde champêtre de cette commune , Hédi Zahaf, est destinée à rendre hommage à cette profession ancestrale mais aujourd’hui menacée. Car s’ils étaient plus de 20 000 dans les

années 1960, on en dénombre aujourd’hui un peu moins de 1 000, selon Jacques Armesto, président de la Fédération nationale des gardes cham- pêtres (FNGC).

savoir-faire et technicité

« Nous sommes une institution oubliée », se désole ce passionné, qui officie depuis trente-trois ans à La Salvetat-sur-Agout (26 agents, 1 150 hab.), dans

témoignage « La mutualisation est   une piste d’avenir »
témoignage
« La mutualisation est  
une piste d’avenir »
« J’établis moi-même mon planning mensuel, qui 
prend en compte le calendrier des manifestations 
des différentes communes, et peut être modifié en 
fonction des impératifs. Je m’organise pour leur 
consacrer le même temps de présence. 
J’ai fait le choix de travailler en demi-journées répar-
ties de manière aléatoire entre les trois localités : 
ainsi, les habitants ne savent jamais quand je vais être 
là, et ils ne prennent pas de mauvaises habitudes ! 
Je suis en permanence en relation avec chacun des 
élus. En fin de mois, je leur donne un bilan complet 
de mon service sur leur territoire : les infractions rele-
vées, les querelles de voisinage qui ont été réglées, 
Yannick Delalleau, garde champêtre actif sur
trois villages du Pas-de-Calais : Lapugnoy, Robecq
et Gonnehem (au total, 102 agents et 7 450 hab.)
les interventions diverses… Cela leur permet d’être 
au courant de ce qui se passe. Aujourd’hui, ils sont 
plus que satisfaits d’avoir mis en place ce projet. » 
R. BaRoN/LiGht Motiv
R. BaRoN/LiGht Motiv tées à l’exercice de l’autorité en milieu rural.

tées à l’exercice de l’autorité en milieu rural. « A notre actif, nous avons près de 150 domaines de compétences », indique Jacques Armesto. Police de la chasse, de la pêche, de l’eau, des parcs nationaux, des réserves natu- relles, des déchets, de la voirie… Sans compter l’urbanisme. Encore récemment, un décret (n° 2017-1523 du 3 novembre 2017) a renforcé leurs compé- tences en matière de sécurité routière, élargissant le champ des infractions

qu’ils sont désormais

habilités à constater. « Nous revendiquons notre savoir-faire et notre technicité » , poursuit le président de la FNGC – précisant qu’il s’agit de gérer à la fois un territoire et une population. Il ajoute : « Notre travail, c’est de la police de proximité. On est là pour dissuader, prévenir, et en dernier lieu, évidemment, répri-

mer. » Les qualités relationnelles sont particulièrement utiles pour intervenir en tant que médiateurs dans les fréquentes querelles de voisinage . « Nous sommes un peu les garants du bien-vivre ensemble », sourit-il.

poste partagé

Quel avenir pour ces fonction- naires territoriaux dont l’utilité n’est plus à démontrer ? Jacques Armesto se montre un brin pes- simiste :« Lesgardeschampêtres ont fait les frais de l’abandon du monde rural », regrette-t-il, pointant les moyens financiers en berne des petites communes. Cependant celles-ci peuvent se regrouper pour embaucher un, voire plusieurs, de ces agents. Comme depuis peu dans le Pas-de-Calais, où Yannick Delalleau, fort de ses vingt ans d’expérience de garde cham- pêtre à Vendin-lès-Béthune (21 agents, 2 450 hab.), a souhaité

« mutualiser » ses services sur un territoire plus vaste (lire ci- dessus). Il a ainsi convaincu les maires de trois villages voisins – Lapugnoy, Robecq et Gonnehem – de s’associer dans un projet de garde champêtre « partagé ». Depuis le 1 er juin 2017, son employeur principal est la municipalité de Lapugnoy, qui le met à la disposition des deux autres en échange d’un partage à parts égales des frais de salaire et d’équipement. Autre petite lueur d’espoir de sauvegarder la profession : le projet de « police de sécurité du quotidien » annoncé par Gérard Collomb. « On va voir ce qui va en ressortir, annonce Jacques Armesto, j’ai été agréablement surpris de recevoir, en tant que président de la Fédération, un courrier du ministre de l’Intérieurpourdemandernotre point de vue à ce sujet. » A

suivre… l céline Groslambert

« Notre travail, c’est de la

police de proximité. On est là

pour dissuader, prévenir… »

Jacques armesto, président de la FNGC

l’Hérault. Au fil des départs à la retraite, les postes de gardes champêtres disparaissent peu à peu, parfois remplacés par ceux de policiers municipaux. Les premiers disposent pour- tant d’une foule de prérogatives qui leur sont spécifiques, adap-

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La Gazette - 12 février 2018

carrières

Déontologie Douze référents « laïcité » aident les agents à se positionner

Haute-Garonne 6 665 agents • 1,3 million d’hab.

Haute-Garonne 6 665 agents • 1,3 million d’hab. témOignage «Plus que des experts, nous souhaitions des

témOignage

«Plus que des experts, nous souhaitions des gens motivés ayant envie de s’engager »

Odile Filandre, directrice adjointe à la direction de la coordination et du développement social cd
Odile Filandre, directrice
adjointe à la direction
de la coordination et
du développement social
cd 31

« Des gens à l’écoute, capables de prendre du recul, ayant le sens du relationnel, faisant preuve de neutra- lité et d’impartialité… Voilà les qualités que nous recherchions chez les candi- dats à la mission de référent “laïcité”. En effet, il n’était pas question de flé- cher un seul poste de référent “laïcité” au sein de la collectivité mais plutôt de permettre que les agents parlent à leurs pairs dans le cadre de ce réseau. Plus que des experts, nous souhaitions des gens motivés qui aient envie de s’engager. Pour les sélectionner, avec la DRH, nous avons lancé un appel à

projets auprès des 6 665 agents et reçu 25 candidatures, sur lesquelles douze ont été retenues. Ils exercent aujourd’hui cette mission en plus de leurs fonctions habituelles, avec un temps de décharge de 50 heures par an. Ils vont continuer à être formés pour acquérir un niveau d’expertise supplémentaire. »

pour acquérir un niveau d’expertise supplémentaire. » la rédaction d’une fiche sur la fonction des référents

la rédaction d’une fiche sur la fonction des référents “laï- cité”, puis lors de la sélection de ces agents », indique Karine Sauvage, la directrice des RH. Dans les prochains mois, cer- tains de ces référents devien- dront à leur tour formateurs en

matière de laïcité. « L’objectif est de créer des ressources en interne, pour pouvoir donner un bagage sur ce thème aux agents qui rejoignent la collec- tivité », explique Odile Filandre, directrice adjointe de la DCDS, qui a conduit ce projet depuis deux ans et a organisé des « jour- nées de la laïcité ». En ce qui concerne la forma- tion sur le sujet, la collectivité s’est déjà fixé de nouveaux objec- tifs. « Nous sentons bien que nous devons aussi nous struc- turer afin d’aider des agents qui pourraient être alertés par des comportements en interne, relève Karine Sauvage. Pour cette étape, nous nous appuie- rons peut-être sur le dispositif des référents. » l Béatrice Girard

Le conseil départemental a lancé un réseau interne d’agents formés qui veillent au respect des principes de laïcité avec les usagers.

E n plus du logement, de l’insertion et de la lutte contre l’exclusion ou

encore de la protection des adultes vulnérables… Le conseil départemental de la Haute- Garonne a inscrit l’information sur les principes de laïcité dans la liste de ses priorités. En 2015, un groupe de travail interne a vu le jour pour rédiger une charte puis un guide pratique sur le sujet, à destination des agents. Depuis, un réseau interne de douze référents « laïcité » a été créé et la collectivité a orga- nisé le 11 décembre « les ren-

contres de la laïcité », avec Rémy Schwartz, conseiller d’Etat et ancien rapporteur général de la commission « Stasi » de 2003 sur l’application du principe de laïcité. Le juriste a rappelé ces prin- cipes pour les collectivités et la neutralité de l’Etat. Répondant aux questions des agents, il a

précisé que, « si ces derniers sont tenus à la neutralité, la limite à la liberté des usagers reste le fonctionnement du service public. » Le refus de serrer la main et la gestion des interdits alimen- taires dans les collèges sont, entre autres, autant de cir- constances auxquelles les agents sont régulièrement confrontés. « Nous avons rapi- dement compris qu’un guide et une charte de la laïcité ne suffi- saient pas, qu’il fallait former les gens en interne pour les aider à se positionner face à de telles situations », décrit Cécile Cros, cheffe de service à la direc- tion de la coordination et du développement social (DCDS), qui gère le réseau des référents.

formateurs à leur tour

En deux ans, 800 agents du département ont ainsi été for- més par le Centre national de la fonction publique territoriale à la maîtrise d’un premier niveau d’information, avec le soutien de la direction des ressources humaines. « Nous avons aussi assisté le groupe de travail dans

Un réseau commun à plusieurs collectivités

La problématique de la laïcité ne s’arrête pas à la porte du conseil départemental de la Haute-Garonne. « Les autres collec- tivités rencontrent les mêmes publics et sont confrontées aux mêmes difficultés que nous, pointe Odile Filandre, direc- trice adjointe à la direction de la coordi- nation et du développement social. C’est pourquoi nous avons proposé à Toulouse

métropole, la ville de Toulouse et plu- sieurs communes de l’agglomération de mettre en place un réseau technique sur le thème “la laïcité et les relations avec les usagers“. » Le réseau compte une dizaine de membres qui se réunissent régulière- ment pour partager leurs expériences et compétences. Ils réfléchissent à l’organisa- tion de formations interinstitutionnelles.

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La Gazette - 12 février 2018

carrières

Management en consultant son équipe en amont, un chef de service a évité le conflit sur le temps de travail

saint-Brieuc (côtes-d’armor) 1 200 agents 45 300 hab.

saint-Brieuc (côtes-d’armor) 1 200 agents 45 300 hab. Le chef du service de la propreté a

Le chef du service de la propreté a réussi à limiter les impacts de la grève en repensant avec ses agents leur temps de travail, avant les nouvelles contraintes.

A rmandLeJouanard,chef

du service de la propreté

de Saint-Brieuc, a reçu

un trophée de l’Association des villes pour la propreté urbaine le 8 novembre pour saluer son mode de management face à la crise sociale qui a touché sa ville en 2016. Ce manager a anticipé le conflit, en réunissant très tôt ses 42 agents sur la meilleure façon d’intégrer la nouvelle contrainte sur le temps de travail : une aug- mentation imposée équivalente

à deux semaines, soit 70 heures. Son initiative a évité que le fonc- tionnement de son service ne soit affecté par la grève. Début 2016, la mairie de Saint- Brieuc a décidé de passer aux 35 heures réelles par semaine, au lieu de 33,30 heures effectives (lire ci-dessous) afin de réaliser des économies et ne pas rempla-

cer des agents partant à la retraite. L’annonce de la mesure, en février, pour une application dès septembre, comme un cas de force majeure face aux contraintes budgétaires, laissait peu de temps pour mettre de l’huile dans les rouages. « En termes de pédagogie, nous sommes allés trop vite », concède la DRH, Valérie Lefresne.

peurs désamorcées

S’ensuit alors une grève sans précédent des agents munici- paux qui a perturbé le quotidien de toute la ville, pendant trois semaines, en avril et mai 2016. La grogne s’est étendue à l’agglo- mération et a concerné jusqu’à 30 % des agents municipaux. Du fumier a été déversé devant l’hô-

tel de ville et la presse nationale

a relayé le mécontentement.

Armand Le Jouanard l’admet, alors qu’il rentrait de vacances,

il a eu un instant d’affolement.

« J’ai soufflé en constatant que

le fonctionnement de mon ser- vice n’était pas menacé par le mouvement », avoue-t-il. Car,

témoignAge

« Le fait d’avoir pu être acteur de ses horaires a été bien perçu »

VILLE DE SAINT-BRIEUC
VILLE DE SAINT-BRIEUC

ArmAnd Le JouAnArd, chef du service « propreté urbaine »

« Sur le papier, on n’atteignait pas les 1 607 heures. Pour autant, sur des manifestations, certains agents travaillent davantage et leur disponibilité est aussi beaucoup plus importante. On ne peut régler le problème en généralisant mais en individualisant. Comme nous avons l’habi- tude de nous réunir en petits groupes, la réunion de tous les agents n’a pas paru incongrue. Il s’est trouvé que la perte de deux jours de congés posait plus problème que d’effectuer 70 heures de plus. Après

deux heures de débat, les agents ont voté à bulletins secrets sur le fait de travailler ou non sur la réorganisation. Les semaines suivantes, ils ont été force de proposition pour les 24 horaires diffé- rents. Il fallait que ce soit avantageux pour eux, comme pour le service. Il y a eu très peu de retouches. Avoir pu être acteur de ses horaires a été bien perçu. »

pu être acteur de ses horaires a été bien perçu. » au service de la propreté,

au service de la propreté, la

concertation avec les agents a permis de désamorcer peurs et rumeurs, expliquer les enjeux

et écouter les doléances. Une simulation de planning a été coconstruite et gardée confi- dentielle afin de ne pas pertur- ber les négociations syndicales.

« Après avoir discuté et débattu au sein du service, sur l’application, un seul agent res- tait contre. Nous l’avons convaincu sachant que nous gardions nos RTT, ce qui nous arrangeait pour la garde des enfants », raconte Sylvain Guyot, de FO. « Sur le fond, nous étions contre, mais nous n’avions pas le choix. La concertation a été bonne, pour la meilleure orga- nisation possible », estime Michael Guillery, agent syndi- qué à la CFDT. Une réserve persiste sur le plan financier, selon Jean-Marc Mahé, encarté à la CGT : « Nous avons perdu puisque nous tra- vaillons plus pour le même salaire et que nous effectuons un peu moins d’heures supplé- mentaires. » l Hélène Huteau

Une convention qui remontait à 2001

Depuis une convention passée en 2001, les agents municipaux de Saint-Brieuc travaillaient sur la base de 1 537 heures, soit 33,30 heures par semaine. La ville a souhaité aligner le temps de travail sur les 35 heures. Cinquante postes ont été supprimés en 2016 sur les quelque 1 200 agents de la ville. Or, « l’accord de 2001 compensait un quota de jours fériés

et d’heures supplémentaires non pris en charge », a rappelé le responsable syndi- cal CFDT Thierry Savidan, dans le jour- nal « Le Télégramme » en mai 2016. Si les agents en grève étaient minoritaires, nombre de services ont néanmoins été touchés : écoles, bâtiments, transports, fêtes, bibliothèques, soins infirmiers à domicile, ainsi que le service propreté.

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La Gazette - 12 février 2018

SeVrette / AndiA.fr

J.

Mobilité

carrières

Vous venez de prendre vos nouvelles fonctions. Pour figurer dans cette rubrique, adressez-nous un email avec vos nom, prénom, une description de votre nouvelle fonction et vos coordonnées à:

rubrique-rh@lagazette descommunes.com

retrouvez, chaque semaine, les mouvements au sein des collectivités

Ville de Paris

BlancHe Guillemot,

42 ans, inspectrice générale des affaires sociales, a rejoint la ville de Paris (2, 229 millions d’hab.) en tant que directrice du logement et de l’habitat. Diplômée de Science-po Paris et ancienne élève de l’Ecole nationale d’administration (promotion Averroès, 2000), Blanche Guillemot est l’an-

cienne directrice générale de l’Agence nationale de l’habi- tat. Elle a été, de 2012 à 2014, conseillère pour le logement et directrice adjointe de cabinet pour la ministre du Logement et de l’égalité des territoires de l’époque, Cécile Duflot. Conseillère au tribunal admi- nistratif de Strasbourg, de 2005 à 2007, cette spécialiste du logement a aussi été cheffe de projet, puis directrice générale adjointe de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’éga- lité des chances.

blanche.guillemot@paris.fr

Ville de Ferney-Voltaire

cHarlotte BreuilH,

31 ans, attachée territoriale, est

devenue directrice générale adjointe chargée des services à la population de la commune de Ferney-Voltaire (9 300 hab., Ain). Titulaire d’une maîtrise d’administration publique et d’une maîtrise d’histoire contemporaine, Charlotte Breuilh a débuté sa carrière en 2011 à la délégation régionale du Centre national de la fonc- tion publique territoriale de Limoges en tant que chargée

cD de la Mayenne

Guillaume Néron Bancel

Directeur De la communication et De l’attractivité

« Une de mes missions est de faire émerger une nouvelle vision de la Mayenne souvent considérée comme une zone de passage sur la route de la Bretagne et un département où les gens aiment vivre heureux… mais cachés », explique Guillaume Néron Bancel qui vient d’accéder au poste de directeur de la commu- nication et de l’attractivité de cette collecti- vité. Valoriser les atouts de ce territoire rural mais néanmoins en pointe dans la filière de la réalité virtuelle, renforcer son attractivité, attirer de nouveaux habitants, développer la marque « La Mayenne » sont les axes inno- vants de la politique de communication que Guillaume Néron Bancel envisage de mener. Rattaché au président du CD, il souhaite agir en direction des usagers avec la création de services en ligne et une présence renforcée

sur les réseaux sociaux. Ce diplômé en philo-

renforcée sur les réseaux sociaux. Ce diplômé en philo- sophie et communication a été responsable de

sophie et communication a été responsable de la communication des Haras nationaux. En 2010, il a rejoint le CD du Loir-et-Cher comme directeur de la communication, puis celui d’Indre-et-Loire où il a accompagné la mise en place de la loi « Notre » (2015) comme directeur de cabinet et de la communication.

guillaume.neron-bancel@lamayenne.fr

et de la communication. guillaume.neron-bancel@lamayenne.fr génie rural, des eaux et forêts était, de 2015 à 2017,

génie rural, des eaux et forêts était, de 2015 à 2017, directeur général adjoint (DGA) dans cette même collectivité. Il a exercé la fonction de DGA chargé de la solidarité entre les territoires dans le département d’Indre- et-Loire, de 2013 à 2015, de chef du bureau « infrastructures, transports, aménagement » au Commissariat général au déve- loppement durable, entre 2008 et 2013. Il a auparavant été

chef du service « hydrologie et risques naturels », au service de prévision des crues de la direction régionale de l’envi- ronnement d’Ile-de-France et à la direction régionale de l’en- vironnement de Lorraine.

f.poitevin@maine-et-loire.fr

Page réalisée par sophie Le renard la Gazette.fr Retrouvez l’actualité de votre

Retrouvez l’actualité de votre carrière

www.lagazette.fr/rubriques/emploi-carriere

d’une enquête sur les métiers puis a rejoint la commune de Challex dans l’Ain et a occupé le poste de secrétaire géné- rale pendant six ans, de sep- tembre 2011 à octobre 2017.

Charlotte.Breuilh@ferney-voltaire.fr

cD de Maine-et-Loire

Florent Poitevin,

43 ans, ingénieur en chef des Ponts, des eaux et forêts, est le nouveau directeur général des services (DGS) du département de Maine-et-Loire. Cet ancien élève de l’Ecole polytechnique (1995) et de l’Ecole nationale du

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La Gazette - 12 février 2018

dossier

Données personnelles :

serez-vous prêts à temps ?

RÉALISÉ PAR GABRIEL ZIGNANI, AVEC CLAIRE CHEVRIER
RÉALISÉ PAR GABRIEL ZIGNANI, AVEC CLAIRE CHEVRIER

Etape par étape La mise en conformité avec la nouvelle réglementation en matière de protection des données personnelles est un chantier que les collectivités doivent lancer au plus vite. Pour ce faire, plusieurs étapes claires ont été définies par la Cnil.

Un pilote mutualisé L’une des principales priorités est la nomination d’un délégué à la protection des données personnelles. Un profil rare, difficile à dénicher. Mais il sera possible de mutualiser ce poste entre plusieurs collectivités.

Self data Face au scepticisme des citoyens sur l’utilisation qui est faite des données personnelles, la Fondation internet nouvelle génération expérimente et réfléchit à la maîtrise par les individus de leurs propres données.

Une responsabilité des collectivités très encadrée

La nouvelle réglementation en matière de protection des données personnelles sera mise en application cette année en mai. Elle deviendra alors le texte de référence sur le sujet et entraînera un changement de culture radical.

L e 25 mai 2018  c’est à cette date que s’appliquera le règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD), texte adopté par le Parlement européen le 14 avril 2016.

Ce n’est pas anodin pour les collectivités, qui gèrent de plus en plus de données, notamment du fait du développement des smart cities ou, plus largement, du numérique. Le changement s’annonce radical puisque les collectivités deviendront responsables de la ges- tion de celles qu’elles détiennent. C’est le principe d’« accountability », duquel découle toute la philoso- phie, ainsi que les mesures, de ce règlement européen.

DIFFÉREntS EnJEUX

Des changements qui imposent un travail de longue haleine, surtout pour les petites collectivités, qui partent souvent de zéro. L’importance et la sensibilité du sujet ne sont, en effet, pas toujours mesurées à leur juste valeur par les élus locaux. Pourtant, « ce sont bien les exécutifs qui, en tant que responsables de traitement, seront pénalement condamnables en cas de non-conformité, remarque Laurence Kerviel, juriste au centre de gestion du Finistère. Et avec le

nouveau règlement, les sanctions pécunières devien- nent très élevées ». Au-delà de ces risques financiers, l’image de la collectivité auprès des citoyens est en jeu. Alice de La Mure, juriste à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), explique que « les collectivités gèrent une volumétrie conséquente de données personnelles, et les citoyens sont davantage soucieux de l’usage qui en est fait. Afin que s’établisse un rapport de confiance entre elles et leurs adminis- trés, il faut donc que ces données soient protégées de façon effective ». Pour Jean-Pierre Quignaux, conseiller « innovation et numérique » à l’Assemblée des départements de France, il s’agit aussi d’inscrire la protection de ces informations dans une politique globale : « Elle doit constituer un levier pour construire une économie publique de la donnée au niveau des territoires, qui englobe l’open data, le big data et l’archivage. » Ce qui se fait déjà à Rennes métropole (43 communes, 426 500 hab.), où la mise en conformité avec le RGPD s’effectue dans le cadre du service public métropoli- tain de la donnée. Selon Christine Le Goff-Page, char- gée de mission auprès de la direction générale des services, « le RGPD représente une opportunité de repenser la gestion des données ». Car, comme l’in- dique sa collègue Marion Glatron, directrice déléguée à l’innovation et à la smart city, « le respect de la vie privée est intrinsèque au service public ». l G. Z.

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DOSSIER

DONNÉES PERSONNEllES :

DONNÉES PERSONNEllES : SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

Appliquer la nouvelle réglementation en six étapes clés

Les quelques mois qui restent avant la mise en application du RGPD ne suffiront pas à la majorité des collectivités d’être prêtes à temps. Si la Cnil promet d’être indulgente, il faudra toutefois s’être lancé dans la mise en conformité.

A compter du 25 mai, les collectivités seront res- ponsables des données personnelles qu’elles

possèdent. Il leur appartiendra de prendre toutes les mesures utiles afin d’assurer une protection opti- male et permanente de celles-ci :

c’est le principe d’accountability. On passe – sauf dans le cas des données les plus sensibles, où des formalités préalables restent d’ac- tualité – d’une logique de contrôle a priori, avec des démarches admi- nistratives lourdes, à une logique de contrôleaposteriori,d’autocontrôle dynamique et permanent, sous le regard et avec l’accompagnement de la Cnil. Pour se préparer à ce chan- gement de philosophie, plusieurs étapes sont nécessaires.

10 % 

des agents territoriaux pensent que leur collectivité sera prête le 25 mai pour la mise en application du RGPD, selon une étude réalisée par « La Gazette » en mai 2017. Il reste du travail à faire…

01 Désigner un pilote

C’est la priorité. Il faudra, d’ici le 25 mai, nommer un délégué à la protection des données person- nelles (DPD). Celui-ci aura diffé- rentes missions. D’une manière générale, c’est lui qui pilotera la mise en conformité de la collecti- vité à la nouvelle réglementation, puis qui contrôlera l’application de celle-ci dans le temps. Il devra notamment informer et conseiller, de façon indépendante, le « respon- sable de traitement », chef de l’exé- cutif de la collectivité. De même, la sensibilisation, voire la forma- tion, de l’ensemble des agents de sa collectivité est l’une de ses principales tâches (lire ci-dessous). D’ailleurs, dès sa nomination, il lui

est recommandé de faire savoir à l’ensemble des agents sa désigna- tion. Pour l’aider dans ses fonc- tions, la Cnil préconise de choisir des relais internes, appelés « relais informatique et libertés » dans les différents services. Mais attention, le choix du délé- gué ne peut se faire à la légère. Virginie Langlet, correspondante informatique et libertés (CIL) du département des Alpes-Maritimes, explique ainsi que « le pilote doit être désigné pour ses qualités pro- fessionnelles et techniques. Il peut être intéressant qu’il ait déjà suivi des formations, ou qu’il soit prêt à en suivre, car il doit attester de la mise à jour de ses compétences tout au long de sa mission ». Et ce n’est pas la seule contrainte. La

La sensibilisation des agents, une priorité

Culture La sensibilisation et la forma- tion des agents de la collectivité sont au cœur des missions du délégué à la protec- tion des données personnelles (DPD). Il doit diffuser une culture « informatique et libertés » dans sa collectivité. Toutefois, dans certaines régions, il n’est pas prévu de former tous les agents en raison de leur nombre trop important, comme dans le Grand Est (1 800 agents).

DES RÉFLEXES À ACQUÉRIR

Il s’agira donc d’une sensibilisation. Un agent de la région explique ainsi : « Nous n’avons pas encore défini la forme qu’elle prendra, mais nous allons sensibiliser l’en- semble des agents afin qu’ils aient les bons réflexes, notamment lorsqu’ils manipu- lent des données nominatives. L’objectif est qu’ils pensent à contacter le DPD en

NaroNG JoNGsirikuL / stock.adobe.com
NaroNG JoNGsirikuL / stock.adobe.com

cas de difficulté. » Et tous les agents seront impliqués. « Il n’y a pas que les managers ou les directeurs qui sont concernés, mais bien toutes les personnes chargées de la saisie des données », estime Laurence Kerviel, juriste au centre de gestion du Finistère. Ce que confirme Virginie Langlet, CIL du

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département des Alpes-Maritimes et réfé- rente de l’Assemblée des départements de France pour la protection des données personnelles : « Dans le cadre d’un compte rendu d’entretien, il peut arriver de collec- ter des données portant sur la vie privée des personnes sans s’en rendre compte. Cela engendre une collecte plus importante que nécessaire, par exemple, en notant tout ce que leur dit l’usager. » Les agents doivent notamment être sen- sibilisés aux différentes règles de sécurité. « Il faut avertir sur ce qu’est une violation de données personnelles. Expliquer qu’elle n’est pas toujours le fait d’un hacker, qu’il peut s’agir simplement d’une personne qui passe alors que l’ordinateur n’est pas ver- rouillé, de dossiers laissés sur le bureau et pris en photo, d’une clé USB perdue, etc. » précise Virginie Langlet l

DOSSIER

pLaiNpicture/imaGe source/Zero creatives
pLaiNpicture/imaGe source/Zero creatives

Le recensement de l’ensemble des traitements de données personnelles devra être consigné dans un registre, devant être mis à jour régulièrement.

personne désignée doit être à l’abri des conflits d’intérêts. « Il ne peut s’agir ni du directeur général des services ni du directeur des sys- tèmes d’information », précise Laurence Kerviel, juriste au centre de gestion du Finistère. A noter que le poste de DPD peut être mutualisé ou externalisé (lire p. 31), une solution avantageuse pour les petites communes. Le formulaire nécessaire à la désignation du DPD sera prochainement disponible sur le site de la Cnil.

02 Cartographier les

traitements de données

personnelles

Le recensement de l’ensemble des traitements de données per- sonnelles, telles les opérations concernant la collecte, l’enregis- trement ou la consultation de ces données, peut être initié avant même la nomination officielle d’un DPD. Le tout est à consigner dans un registre des traitements, qui doit être régulièrement mis à jour, préalable indispensable à une protection des données effi-

Des certificats

de conformité

Différents labels décernés par la Cnil concernent les collectivités (gouvernance, formation, audit). Avec la mise en application du RGPD, ceux-ci vont prendre du galon et devenir des outils de conformité, de véritables mécanismes de certification. L’obtention d’un label pourra donc servir de preuve pour démontrer la conformité au règlement.

cace. Cet inventaire permettra notamment de dénicher les traite- ments à risques, réalisés sans base légale, c’est-à-dire mis en œuvre sans s’être appuyé sur l’un des fon- dements suivants : consentement des personnes concernées ; exé- cution d’un contrat ; respect d’une obligation légale ; sauvegarde des intérêts vitaux de la personne ; exécution d’une mission d’inté- rêt public ; poursuite d’intérêts légitimes. Il faut être vigilant et penser à récupérer toutes les données. Etienne Drouard, avocat associé au sein du cabinet K&L Gates, insiste sur le fait que « la cartogra- phie concerne autant les données personnelles détenues en interne que celles en possession des différents prestataires de la collec- tivité ». Et pour que l’exercice soit exhaustif, « il s’agit de travailler sur les traitements et leur organisation, sur l’ensemble des données elles- mêmes mais aussi sur les flux entrants et sortants, et de détermi- ner les propriétaires de ces don- nées », précise Virginie Langlet.

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03 Prioriser les actions à mener

Une fois la cartographie effectuée, il est bon d’identifier les actions à mener pour se conformer aux nou- velles obligations, puis établir un ordre de priorité selon les risques que font peser les traitements non conformes sur les droits et liber- tés des personnes concernées. La minimisation des données fait par- tie de ces actions. « La cartogra- phie des traitements, et donc des données, permet de savoir quelles sont celles qui sont strictement nécessaires à la mise en place des mesures au sein de la collectivité, explique Virginie Langlet. Il est ainsi possible de ne collecter que les données dont on a besoin et, à terme dans le cadre de l’archivage, de ne conserver ensuite que ce qui est strictement nécessaire. » Il faut également remettre à plat ses relations avec les sous-traitants, car ils ont désormais de nouvelles obligations et peuvent être direc- tement sanctionnés par la Cnil. Ils devront notamment, eux aussi, tenir un registre des traitements mis en œuvre pour le compte de la collectivité. Autre urgence : s’assu- rer que des mesures de sécurité sont mises en place, qu’il s’agisse de sécurité logique (destructions de disques durs, verrouillage des ordinateurs, sécurisation des postes de travail, des serveurs, ou informatique mobile) ou de sécu- rité organisationnelle (habilita- tions des agents, etc.).

04 Gérer les risques

Une fois les traitements des don- nées personnelles les plus sen- sibles repérés, il faudra réaliser, pour chacun d’eux, une analyse d’impact sur la protection des données, appelée « PIA ». « Le PIA n’est obligatoire que dans certains cas », précise Virginie Langlet. Pour déterminer si l’on doit y avoir recours, une liste de critères a été établie. Si deux

Virginie Langlet. Pour déterminer si l’on doit y avoir recours, une liste de critères a été

DOSSIER

DONNÉES PERSONNEllES :

DONNÉES PERSONNEllES : SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

Un partenariat

ADF-Cnil

La Cnil et l’Assemblée des départements de France (ADF) ont conclu un partenariat, le 19 octobre, pour une durée de trois ans. Selon cette convention, la Cnil réalisera différents contenus à destination des départements. En outre, elle organisera des formations en direction des membres du groupe de travail relatif aux données personnelles de l’ADF. Dans le même temps, il revient à cette dernière d’accompagner les départements dans leurs démarches de mise en conformité, de mener des actions de sensibilisation envers les élus et les agents, et d’identifier un point de contact de référence pour leurs échanges avec la Cnil.

d’entre eux sont remplis, le PIA est appliqué. Parmi ces cri- tères sont entre autres cités : les traitements qui donnent lieu à des décisions automatiques avec effet légal ; les données sensibles ; les données qui touchent des per- sonnes vulnérables (les agents de la collectivité sont ainsi considérés) ; les traitements qui feront l’objet de croisements de données ; la sur- veillance de l’espace public. Il n’est donc pas utile de mener une étude de risques lorsque le traitement ne représente pas de menace élevée pour les personnes. De même, elle n’est pas requise si le traitement a été autorisé avant l’entrée en vigueur du RGPD. Pourde contact de référence pour leurs échanges avec la Cnil. ces analyses d’impact. « Cet outil est

ces analyses d’impact. « Cet outil est gratuit. Son utilisation sécuri- sera les responsables de traitement qui pourront s’appuyer sur la méthodologie qu’il offre », explique Alice de La Mure, juriste au service « correspondants informatique et libertés » de la Cnil.

05 Organiser les processus internes

Le RGPD oblige de rester en per- manence en conformité avec la réglementation. Pour cela, il faudra mettre en place des procédures internes qui garantiront la prise en compte de la protection de la vie privée durant l’ensemble des événements pouvant survenir au

cNiL
cNiL

« La responsabilisation des acteurs entraîne pour eux le fait de pouvoir démontrer leur conformité à tout moment. »

Alice de La Mure, juriste au service « ciL » de la cnil

autant, même s’il n’est pas obliga- toire, le PIA a son intérêt, par exemple pour s’assurer que le trai- tement est respectueux de la vie privée, et que celle-ci est prise en compte dès la conception du trai- tement. Ce qui correspond à une démarche « privacy by design ». La Cnil met à disposition un logiciel « PIA », qui aide à la réalisation de

cours de la durée d’un traitement de données. Pour être parée, la collectivité devra notamment prévoir des modèles de pré-audit, des grilles d’audit interne, des modèles d’analyses juridiques, des procédures de gestion des récla- mations concernant les droits des personnes, d’autres sur la gestion de failles de sécurité, ainsi que sur

Un projet de loi à éclaircir

Adopté en première lecture par les députés le 8 février, le projet de loi relatif à la protection des données personnelles vise à adapter le cadre normatif français à la mise en applica- tion du RGPD, mais le gouvernement en profite pour ajouter des disposi- tions à la réglementation nationale. Problème : ce texte vient obscurcir la lisibilité de la réglementation en la matière, à tel point que la Cnil exhorte le gouvernement à clarifier le nouveau

paysage très vite, par le biais d’une ordonnance. Le Conseil d’Etat est sur la même ligne. Il demande « une remise en forme et en cohérence, non seule- ment de la loi informatique et liber- tés, mais aussi des textes voisins» afin de garantir l’accessibilité à ce champ du droit. Autre point de tension, le projet de loi vient durcir la position du RGPD en termes d’autorisations pré- alables à la mise en œuvre de traite- ments dans des domaines spécifiques.

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La Gazette - 12 février 2018

le modus operandi lors d’un chan- gement de prestataire. Selon Virginie Langlet, « tous ces aspects sont à prévoir en amont des projets ». Il s’agit des concepts de « privacy by design » et « privacy by default », qui commandent que la protection des données person- nelles soit prise en compte dès la conception d’un traitement ou d’un service.

06 Documenter la conformité

De la responsabilisation des acteurs voulue par le RGPD résulte un contrôle a posteriori des actions conduites dans le cadre de la protection des données person- nelles, contrôles qui seront menés par la Cnil. Les collectivités devront donc être capables de prouver que tout est mis en œuvre pour garan- tir la vie privée des usagers et des agents. Alice de La Mure synthétise : « La responsabilisation des acteurs entraîne, pour eux, de pouvoir garantir, mais aussi démontrer, leur conformité à tout instant. » Pour ce faire, les collectivités territoriales doivent tenir à disposition du régulateur une documentation mise à jour régu- lièrement, qui contient une trace de tout ce qu’elles réalisent afin de protéger les données personnelles :

registres, études juridiques, formalités auprès de la Cnil, PIA, descriptions des transferts de données, contrats. Au-delà de cet aspect, Alice de La Mure insiste sur le fait que cette documentation est aussi un outil qui bénéficie à la collectivité. « Sans elle, la personne publique ne pourra pas piloter et prouver la conformité avec le règlement. Dans le nouveau contexte de gouver- nance des données, il sera par exemple nécessaire que les collec- tivités territoriales formalisent des politiques et procédures, conser- vent une trace de leurs analyses d’impact, etc. » l G. Z.

DOSSIER

Un délégué externalisé, la solution pour bon nombre de collectivités

Le rôle de délégué à la protection des données (DPD) nécessite des compétences encore peu courantes. Le RGPD oblige les collectivités à en désigner un, mais l’article 37 de ce texte autorise les postes de DPD mutualisés ou externalisés.

«L es petites communes n’ont d’autres possibi- lités que de passer par

un DPD mutualisé, pour des rai- sons de temps et de coûts : cet agent doit suivre deux ou trois jours de formation, à renouveler de façon régulière. Il y a une veille juridique importante à mettre en place. C’est très chronophage », explique Christophe Champoussin, CIL externe chez Anaxia conseil. Atten- tion cependant, car le RGPD attire de nombreux prestataires plus ou moinspertinents. « UnDPDexterne peut apporter un œil neuf et une vision transverse. Cependant, il est important d’avoir la connaissance des rouages et de l’organisation des collectivités, et une bonne compré- hension des politiques publiques », souligne Yohann Brossard, DPD du centre communal d’action sociale (CCAS), de la ville et de la commu-

nauté urbaine de Poitiers (40 com- munes, 192 000 hab.). « Il serait d’ailleurs intéressant que les associations d’élus et de territoriaux se penchent sur le sujet afin de proposer une sélection de prestataires sérieux, en utilisant, par exemple, un système de label », souligne Virginie Langlet, CIL du département des Alpes-Maritimes. Le choix du DPD est d’autant plus important qu’en cas de non-confor- mité, ce n’est pas lui qui endosse le risque, mais le responsable des traitements, c’est-à-dire le maire.

StRUCtURAtIon

Des structures de mutualisation informatique et certains centres de gestion s’organisent afin de sélectionner des DPD pour leurs membres. Ainsi, 19 membres (sur 35) de l’association Déclic, qui

Adico (Oise) 750 collectivités • 800 000 hab.

EmmanuEl ViVé, directeur général f. caLcavechia / La GaZette
EmmanuEl ViVé, directeur général
f.
caLcavechia / La GaZette

Passer par l’intercommunalité pour accélérer la mutualisation

Association créée en 1990 par l’Union des maires de l’Oise afin de soutenir les collectivités dans leur informatisation, l’Adico propose un service de DPD mutualisé. Au moins 250 à 300 collectivités devraient

y souscrire d’ici à l’été. « Nous sommes allés voir les intercommunalités pour leur proposer de porter

la dépense d’un DPD pour tous leurs membres. La moitié nous a dit y voir un intérêt, et une première a souscrit », raconte Emmanuel Vivé, directeur général.

Il estime qu’un DPD à temps plein devrait pouvoir

gérer entre 60 et 70 organismes.

« Dans une collectivité de moins de 500 habitants, si

le DPD maîtrise bien l’univers des collectivités, une

demi-journée suffit pour mener l’audit », estime Louis Corre, DPD de l’Adico. Ensuite, il devra vérifier régu- lièrement que ses préconisations sont respectées. Pour cela, un relais sera nommé : il centralisera les questions pour le DPD et diffusera les informations

à ses collègues.

pour le DPD et diffusera les informations à ses collègues. fédère ces structures, ont prévu de

fédère ces structures, ont prévu de proposer des DPD mutualisés. Renaud Lagrave, directeur de

l’Agence landaise pour l’informa- tique (Alpi) raconte : « Nous avons 200 membres qui ont souscrit

à notre offre. Nous étions déjà

le CIL de 90 d’entre elles. Nous

y avons ajouté un audit “sécu-

rité et open data”. » Pour sa part, Sylvain Bonenfant, ancien CIL du conseil départemental de la Seine- Maritime, va faire souscrire la com- mune rurale dont il est élu dans l’Eure à l’offre de l’Adico, basée dans l’Oise (lire ci-dessus). « En effet, nombre de structures de mutua- lisation acceptent les adhésions de collectivités des départements limitrophes non dotés de syndicats informatiques », détaille-t-il.

Attention aux

conflits d’intérêts

Les petites collectivités

préférant désigner un DPD interne vont choisir,

par simplicité et réflexe, le secrétaire de mairie. Attention cependant, s’il a les pouvoirs effectifs d’un DGS ou s’il effectue lui-même des traitements de données à caractère personnel, il y aura conflit d’intérêts. Il ne pourra donc pas être DPD.

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La Gazette - 12 février 2018

La mutualisation permet d’offrir de tarifs très compétitifs. Ainsi, l’Alpi demande aux collectivités de 10 à 20 000 habitants 1 800 euros la première année, 1 200 euros les suivantes. Ses membres de moins de 200 habitants payent 120 euros la première année et 70 euros ensuite. En comparaison, un cabinet de conseil facture près de 15 000 euros la première année pour une collectivité de 10 000 habitants. Ces tarifs bas s’expliquent par le fait que les procédures sont industrialisées et qu’une partie du travail est effec- tuée par le ou les RIL nommés dans la collectivité. Car le DPD n’est pas un opérationnel : il ne s’occupe pas de la mise en œuvre du plan d’ac- tion, mais la contrôle. l C. C.

DOSSIER

DONNÉES PERSONNEllES :

DONNÉES PERSONNEllES : SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

SEREz-vOuS PRêtS à tEmPS ?

Les RH doivent s’interroger sur le traitement des données de leurs agents

Les traitements de données à caractère personnel sont nombreux et sensibles dans le domaine des RH. Le RGPD est l’occasion de vérifier la conformité de ces traitements et pose de nouvelles questions.

«I l est important que les

agents aient confiance

dans la façon dont leur

employeur traite leurs données à caractère personnel, qu’ils soient convaincus du respect par celui-ci de leurs droits et libertés, de leur vie privée : préservation de la confi- dentialité des informations les concernant, transparence et pro- portionnalité du contrôle de leur activité. C’est un facteur de paix sociale », assure Alice de La Mure, juriste au service des correspon- dants informatique et libertés de la Cnil. Et la tâche est étendue : « Il faut prendre notamment en compte les systèmes d’information des RH, le contrôle d’accès aux locaux, la vidéosurveillance, la dotation en outils informatiques, la gestion des horaires. Les normes simplifiées 42 [badges sur le lieu de travail] et 46 [gestion de personnel] balayent déjà beaucoup de ces problématiques et constituent la base. »

CInQ pILIERS À RESpECtER

« On doit aussi prendre en compte tout ce qui concerne le recrute- ment, l’évaluation et la forma- tion », résume Flore Bonhomme, CIL de la région Normandie. Car RGPD ou non, les cinq piliers de la loi « informatique et libertés », à savoir, la finalité du traitement, la pertinence des données collectées, la limitation de la conservation, le droit d’accès et la sécurité, doivent toujours être respectés. L’arrivée de nouveaux outils numériques

oblige les directions des RH et les DPD à se poser de nouvelles ques- tions. « Les agents vont pouvoir accéder à leur dossier “carrière” avec un outil informatique. Nous avons donc travaillé à une poli- tique de renforcement des mots de passe », indique Yohann Brossard, DPD du CCAS, de la ville et de la communauté urbaine de Poitiers.

DE noUvEAUX USAgES

La mise en place d’outils collabo- ratifs, comme les réseaux sociaux d’entreprises, interroge également car le RGPD et la loi « informatique et libertés » s’appliquent sur ces réseaux. « Avec le télétravail, le droit à la déconnexion, les réseaux sociaux d’entreprises, l’utilisation de téléphones personnels dans l’activité professionnelle, etc., la

Des fiches pratiques

Sur son site, la Cnil

a publié six fiches

détaillant les actions

à mener pour les RH :

le recrutement et

la gestion du personnel ; les outils informatiques au travail ;

la vidéosurveillance

et la vidéoprotection au travail ; la géolocalisation

des véhicules ; l’accès aux locaux et le contrôle des horaires ; l’écoute et l’enregistrement des appels.

charte informatique doit évoluer pour intégrer les nouveaux usages et être régulièrement portée à la connaissance des agents », pré- cise Flore Bonhomme. Le RGPD

apporte lui aussi son lot de ques-

tions. Ainsi, l’Association française

des correspondants à la protection des données à caractère personnel, lors de son université du 24 janvier, a planché sur le droit à la portabi- lité des collaborateurs et à l’oubli

des ex-collaborateurs, et sur les traitements « RH » à risques pour lesquels une étude d’impact sur la vie privée sera obligatoire. Les collectivités qui ne se foca- liseraient que sur les données à caractère personnel des usagers, sans se soucier de celles de leurs agents, commettraient une lourde erreur. l C. C.

témoignagE

mariE-laurE Baron, CIl du conseil départemental de la Charente-maritime X. Leoty/aNdia
mariE-laurE Baron, CIl du conseil
départemental de la Charente-maritime
X. Leoty/aNdia

«Nommer un relais est un gage de confiance et de transparence»

« Un relais informatique et libertés [RIL] chargé de toutes les questions RHa été désigné au sein de la DRH pour appuyer le DPD. Ses premières actions ont permis de cartographier tous les traitements RH déjà opérationnels et de mettre en conformité les plus sensibles.

Les mentions légales à afficher sur le dossier ad- ministratif que l’agent renseigne lors de son recru- tement ont été revues. L’ensemble des directions

a reçu une note détaillant la liste des documents

qu’elles peuvent garder en observant le délai de conservation et une autre des pièces qu’elles doi- vent transmettre à la DRH. Le RIL a, par ailleurs, établi une procédure de contrôle des champs de commentaires libres dans les principales applica- tions métier et la procédure de leur mise à jour afin d’éviter des remarques non pertinentes. Pour les nouveaux traitements, il vérifie également si une analyse des risques pour la vie privée des agents est nécessaire. »

également si une analyse des risques pour la vie privée des agents est nécessaire. » 32

32

La Gazette - 12 février 2018

J. m. m.G.

DOSSIER

maNON mOlINS Et GuIllaumE JaCquaRt

« Le self data permet au citoyen d’améliorer son quotidien »

La Fondation internet nouvelle génération (Fing) outille les citoyens, entreprises et collectivités face au numérique. Elle a lancé, en 2012, la démarche « mes infos », qui explore le self data. Manon Molins, copilote du projet, et Guillaume Jacquart, coordinateur technique, nous l’expliquent.

Comment le self data peut-il aider les individus ?

manon molins: Nous avons constaté que les individus avaient de moins en moins confiance dans les organisations, publiques ou pri- vées, concernant le traitement des données personnelles. Afin de répondre à cette crise, nous avons creusé la piste du self data. Ce concept consiste à produire, collecter et exploiter des données personnelles par les individus, sous leur contrôle et pour leur inté- rêt propre. Dans le cadre du self data, trois étapes sont à observer. La première, c’est la récupération par les individus de leurs données personnelles, notamment en allant les récolter dans les systèmes d’information des entreprises et des organismes publics. Il s’agit ensuite de stocker ces données dans un espace sécurisé. Enfin, il faut que les individus puissent tirer des usages de ces données. Le self data donne au citoyen le moyen de se saisir de ses données pour améliorer son quotidien.

Comment la démarche « mes infos » favorise-t-elle cette amélioration ?

m. m. : L’individu ne peut pas, à lui tout seul, tirer avantage de ses propres données. Des services tiers doivent se connecter sur la plate- forme qui contient ces informa- tions. En 2016, nous avons lancé un projet pilote comptant aujourd’hui 2 250 testeurs qui récupèrent, sur leur propre plateforme de cloud, les données personnelles détenues par des organisations partenaires.

personnelles détenues par des organisations partenaires. manon molinS, copilote du projet « mes infos » à la

manon molinS, copilote du projet « mes infos » à la Fing

copilote du projet « mes infos » à la Fing guillaumE  JaCQuart, coordinateur technique à la

guillaumE  JaCQuart, coordinateur technique à la Fing

Chaque testeur peut ainsi profiter d’applications de services tiers lui permettant de tirer de la valeur de ses données.

Guillaume Jacquart : A noter que le

règlement européen à la protection des données personnelles (RGPD) constituera un levier pour le self data en consacrant le droit à la por- tabilité. Ce droit aidera les indi- vidus à récupérer leurs données dans les systèmes d’information des différents acteurs.

quel bénéfice une collectivité peut-elle en tirer ?

G. J. : Une collectivité y gagne de la confiance. En allant un peu plus loin que le droit à la portabilité, imposé par le RGPD, et en jouant le jeu du self data, elle permettrait au citoyen de se réapproprier ses don-

nées. Cela rétablirait un équilibre entre la collectivité et le citoyen, qui pourrait utiliser ses données pour son propre compte. Un cas d’usage possible pour le particulier consisterait à récupérer ses don- nées bancaires et à les croiser avec ses données de consommation. Résultat : un relevé bancaire intel- ligent où, sur chaque ligne d’achat, sont indiquées les garanties, les factures, etc. m. m. : En agissant ainsi, la collecti- vité donne davantage d’importance à ses propres données. Le citoyen pourra en effet croiser ses données avec celles récoltées par la collecti- vité territoriale et publiées en open data, ce qui participe à la création d’un écosystème d’innovation. l

propos recueillis par G. Z.

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La Gazette - 12 février 2018

Sur lE WEB

les lignes directrices du G 29

Le G 29, organe européen indépendant sur la protection des données personnelles, a publié différentes lignes directrices afin de clarifier le nouveau cadre juridique. elles sont disponibles en français sur le site de la cnil.

www.cnil.fr/fr/reglement-europeen/

lignes-directrices

à lirE

un guide pour la mise en conformité

à lirE un guide pour la mise en conformité La seconde édition de cet ouvrage, augmentée et

La seconde édition de cet ouvrage, augmentée et mise à jour, recense les dernières recommandations, lignes directrices, faQ, avis, normes iso et autres dispositions adoptées par les instances européennes (G29, cepd, conseil de l’europe, afnor, etc.) depuis l’entrée en vigueur du règlement. elle analyse également la jurisprudence la plus récente (cJue, cedh, cnil, etc.) sur l’application du cadre européen de la protection des données personnelles.

« règlement européen sur la protection

des données », éd. Larcier, 2 e édition, 2018.

à SuiVrE

le projet de loi au Parlement

Le projet de loi préparant la france au rGpd est en cours de discussion au parlement. il a été adopté en première lecture par l’assemblée nationale le 14 avril 2016.

a lire sur : goo.gl/ihXwgg

www.lagazette.fr/538739

www.lagazette.fr/ 545026

Alice de La Mure : « les collectivités vont devoir se lancer dans une démarche de mise en conformité »

www.lagazette.fr/507657

innovations & territoires

poUrQUoi ?

 

poUr QUi ?

 

comment ?

 

Les tiers-lieux, espaces de travail collaboratif associés à des activités culturelles, peuvent se révéler des leviers efficaces pour l’attractivité

Les intercommunalités sont souvent les partenaires privilégiés des porteurs de projets de tiers- lieux. Les conseils départementaux

La mise à disposition de bâtiments ne suffit pas à pérenniser un tiers-lieu. Il doit reposer sur une communauté de professionnels

et le développement et du territoire.

et régionaux les soutiennent aussi.

ou d’entrepreneurs et être animé.

Développement local

Animation et réseau, le duo gagnant des tiers-lieux

saint-omer (Pas-de-Calais) Cantal aix-les-Bains (savoie)
saint-omer
(Pas-de-Calais)
Cantal
aix-les-Bains
(savoie)

Les espaces de travail colla- boratif connaissent depuis quelques années une croissance exponen- tielle. Ils sont aussi en pleine mutation :

aux télécentres des années 90 (qui repre- naient une vision très institutionnelle inspi- rée de la Datar, la délé- gation interministérielle à l’aménagement du terri-

toire et à l’attractivité régio- nale) ont succédé des espaces de coworking (dans une logique de partage des communs entre télétravailleurs), puis désormais les tiers-lieux, qui réunissent des activités multiples. Partout, les attentes sont fortes. Pour y répondre, 88 % des intercommunalités, principale strate de collectivités concernées, cherchent à sou- tenir la création de ce type d’espaces, selon une étude de l’ADCF (Assemblée des communautés de France) et Deloitte publiée en mars 2017. Avec, en ligne de mire, qu’ils contribuent à dynamiser leur territoire. En la matière, la région Nouvelle Aquitaine affiche de fortes ambitions. Forte de 185 tiers-lieux sur ses terres, elle vise les 300 à l’horizon 2020. Le conseil régional s’emploie à accompagner financièrement les porteurs de projets, y consacrant chaque année un million d’euros. « Il s’agit d’un soutien à l’amorçage sur deux ans. Les aides varient de 30 % du montant

AVANTAGE Pensés en concertation avec les usagers, les tiers-lieux contribuent à l’innovation des modes de

AVANTAGE

Pensés en concertation avec les usagers, les tiers-lieux contribuent à l’innovation des modes de travail et à la transition économique.

des modes de travail et à la transition économique. INCONVÉNIENT Sollicitées au démarrage des projets, les

INCONVÉNIENT

Sollicitées au démarrage des projets, les collectivités doivent ensuite prendre leurs distances pour laisser les tiers-lieux trouver leur équilibre financier et leur gouvernance.

ensuite prendre leurs distances pour laisser les tiers-lieux trouver leur équilibre financier et leur gouvernance.

du projet, pour les territoires à vulnérabilité faible, à 50 %, pour ceux à vulnérabilité forte, soit en moyenne 60 000 euros par initiative », relate Eugénie Michardière, chargée de mission « télétra- vail, tiers-lieux » au conseil régional. De son côté, dès 2009, le conseil départemen- tal de l’Orne a initié le pro- gramme « nom@des 100 ». Dans le cadre de cet appel à projets, plusieurs télé- centres ont été subvention- nés. Ils sont huit aujourd’hui. D’autres espaces ont ensuite été créés, portés par des intercommunalités.

À partir d’Un noYaU dUr

Les tiers-lieux intéressent d’autant plus les collectivités que ces projets se situent parfois à l’interface entre le développement écono- mique et la politique de la ville. Par exemple, la com- munauté d’agglomération (CA) du pays de Saint-Omer (lire le témoignage p. 36) fait de son projet La Station un lieu structurant autour duquel vont se déployer sur dix ans le réaménagement de tout un quartier et la création d’activités économiques. L’implantation de tiers-lieux dans des bâtiments sous-utilisés ou d’anciennes friches à restaurer, souvent inspirants

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La Gazette - 12 février 2018

innovations & territoires

Dans le Cantal, la Cocotte numérique propose des bureaux, une aide à la création d’activités, une mise en réseau, des formations et un fab lab.

LA COCOTTE NUMÉRIQUE

pour les utilisateurs, tend d’ailleurs à se développer. En Nouvelle Aquitaine, la SNCF a même lancé l’appel à projets Open gare dans l’objectif de réhabiliter des espaces vides dans les gares. Expert en tiers-lieux (lire ci-dessous), Emmanuel Vandamme met cependant en garde : « Les murs ne sont pas l’entrée prioritaire, les bâtiments ne sont pas une condition suffisante. Le projet doit être ascendant et porté par une com- munauté. Il ne s’agit pas forcément d’un phénomène

munauté. Il ne s’agit pas forcément d’un phénomène l’ExpErt EmmanuEl VandammE, président de Pop,

l’ExpErt

EmmanuEl VandammE, président de Pop, entreprise de l’innovation sociale numérique

« Des espaces qui commencent  

à faire partie des services de base »

« La notion de tiers-lieu est 

plus large que celle d’espace  de coworking, car une telle  structure associe aussi un  fab lab, une librairie parta-

gée, de la médiation numé- de la transition économique 

Les collectivités y voient, à 

raison, un levier d’attractivité 

car ces espaces commencent 

à faire partie des services de 

base. L’enjeu est aussi celui 

rique… Les tiers-lieux parti- et écologique des territoires : 

ce sont des lieux où s’inven-

cipent à développer l’écono-

mie collaborative, l’innova- tent des façons de travailler, 

de consommer ou de faire 

tion, voire réinterrogent les 

finalités des centres sociaux. 

des politiques publiques. »

des politiques publiques. » de masse : dans certaines zones rurales, elle peut

de masse : dans certaines zones rurales, elle peut s’organiser simplement autour d’un noyau de cinq personnes. » Un avis que partage Eugénie Michardière : « Les projets que nous finançons sont portés par des asso- ciations, constituées en grande majorité de regrou- pement de professionnels. Il peut aussi s’agir d’en- treprises de l’économie sociale et solidaire, ou encore de quelques collectivités. Nous demandons à ces dernières de travailler en partenariat avec des col- lectifs de coworkers associés à la gestion et à l’ani- mation quotidiennes du lieu afin d’éviter l’effet coquille vide. » Et de citer en contre-exemple un réseau de dix télécentres en Dordogne, dont quatre seulement ont été lancés. Flambant neufs, ils sont aujourd’hui en liquidation, car, gérés à distance par un prestataire parisien, ils ont peu attiré.

échanges de connaissances

Dans une étude publiée en août dans la revue « Cybergeo », trois professeurs de l’université de Toulouse et de Télécom Paristech, Louis Salgueiro, Gilles Puel et Valérie Fernandez, ont analysé les effets des télécentres dans le département du Cantal. Alors que les objectifs premiers sont d’attirer des habitants et d’élargir la base économique des territoires, ils font le constat qu’un certain nombre de projets se sont révélés des semi-échecs. En cause dans plusieurs cas, la faiblesse, voire l’absence d’animation de la commu- nauté des télétravailleurs dans ces espaces pourtant dévolus à être collaboratifs. La communauté

dans ces espaces pourtant dévolus à être collaboratifs. La communauté 35 La Gazette - 12 février

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La Gazette - 12 février 2018

innovations & territoires

innovations & territoires d’agglomération de Grand Lac (28 communes, 72 600 hab., Savoie), qui a lancé en

d’agglomération de Grand Lac (28 communes, 72 600 hab., Savoie), qui a lancé en avril à Aix-les-Bains un espace de coworking délégué à une structure privée, a aussi fait de l’animation un point central. « Deux personnes ont pour mission de faciliter les interactions entre télétravailleurs, indépendants ou patrons d’entreprise et créer des événements. Ce lieu se veut en effet un outil de développement écono- mique en favorisant les rencontres, les échanges de connaissances ou de services », argumente Sébastien Baboulaz, conseiller à la création et la reprise d’en- treprise à Grand Lac. Autres facteurs d’échec relevés : un investissement timoré de la collectivité, la concurrence entre des espaces trop proches, le manque de connectivité et d’accès au territoire… « A la

première lecture, les impacts restent marginaux et/ou temporaires et ils ne semblent pas pouvoir influencer la dynamique globale du département [ Notre analyse nous invite finalement à penser que les

télécentres ont davantage une fonction symbolique pour participer à l’attractivité des territoires en maté- rialisant la possibilité technique et hypermoderniste du télétravail à la campagne, permettant d’orienter, d’inviter les usagers potentiels à se laisser convaincre », concluent les auteurs de l’étude.

L’investissement timoré de la collectivité et la concurrence entre des espaces trop proches sont des

L’investissement timoré de la collectivité et la concurrence entre des espaces trop proches sont des facteurs d’échec.

timoré de la collectivité et la concurrence entre des espaces trop proches sont des facteurs d’échec.

installation après formation

Les cas de réussite méritent cependant d’être soulignés. L’un des plus emblématiques est celui de l’ancienne communauté de communes du pays de Murat, qui a fusionné au 1 er janvier 2017 au sein de Hautes Terres communauté (39 communes, 13 100 hab., Cantal). Un premier télécentre est créé en 2007, dans le prolongement d’une maison des services équipée d’une salle multimédia et qui accueillait de plus en plus de professionnels. « Au vu des besoins de formations de ce public, nous avons commencé à pro- poser un accompagnement à la création d’entreprise en télétravail, puis nous nous sommes dit que cela pourrait intéresser des gens en dehors du territoire. Une formation a été montée, contribuant à attirer ce public dont une partie s’y est installée à l’issue du cursus », relate Angélique Viala, cheffe de projet à Hautes Terres communauté. Rebaptisé La Cocotte numérique en 2014, l’espace propose désormais des bureaux et aussi un accompa- gnement à la création d’activités, une mise en réseau avec les acteurs économiques du territoire, de la formation – facteurs essentiels de succès – et, depuis

témoignagE

« Un projet structurant du réaménagement 

du cœur historique de la ville »

auréliEn BriEtz, directeur du numérique à la CA du pays de Saint-Omer (Capso, 53 communes,
auréliEn BriEtz, directeur du numérique à la CA du pays de Saint-Omer
(Capso, 53 communes, 104 800 hab.)
R. BARON/LIGhT MOTIv

« En rachetant l’année dernière à la SNCF la gare de Saint-

Omer, qui se dégradait fortement, la Capso a donné le 

coup d’envoi à un projet de tiers-lieu numérique, struc-

turant dans le cadre du réaménagement du quartier,  ancien cœur historique de la ville. A la fin des travaux,  en novembre 2019, la gare abritera 1 000 mètres carrés  de fab lab, deux espaces de coworking de cette même 

superficie, 300 mètres carrés d’espaces de  médiation 

numérique, une halle de l’innovation pour des créateurs 

d’entreprise, une crèche, ainsi que les activités classiques  de vente de billets de train. D’ici là, un petit pavillon à 

l’échelle 1/20 propose déjà ces activités, permettant de 

fédérer une communauté et de prototyper les services 

du tiers-lieu dans une logique de codesign avec les usa-

gers. Il accueille 750 utilisateurs par mois. »

un an, un fab lab, également tourné vers l’accueil du

un an, un fab lab, également tourné vers l’accueil du grand public et des scolaires. L’impact n’est pas négli- geable : une trentaine d’emplois auraient été créés sur la période 2008-2013 et plus d’un million d’euros réinjecté dans l’économie locale. « L’impact écono- mique sur le territoire est très positif. Quant à l’investissement de départ, il a bénéficié de cofinan- cements publics dans le cadre d’un appel à projets », observe Angélique Viala. La communauté de communes entend bien continuer à faire du numé- rique et des tiers-lieux un levier d’attractivité : deux maisons des services, adossées à un espace de cowor- king, devraient voir le jour en 2019. l Gaëlle Ginibrière

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La Gazette - 12 février 2018

innovations & territoires

Urbanisme Un village s’attaque au défi de l’écoquartier

Les Hermites (indre-et-Loire) 580 hab.

de l’écoquartier Les Hermites (indre-et-Loire) 580 hab. Créer un écoquartier rural, c’est possible si le projet

Créer un écoquartier rural, c’est possible si le projet est fortement anticipé et que l’on met les moyens techniques et financiers.

A près la fin de la viabilisa- tion en octobre dernier, les travaux ont démarré

en début d’année 2018 sur un premier lot de l’écoquartier des Arpents, en continuité du bourg des Hermites. La petite commune met gratuitement à la disposition des propriétaires l’architecte de son écoquartier pour les orienter vers des mai- sons plus écologiques. Et elle leur laisse le choix du construc- teur. Les huit maisons et quatre logements adaptés ne devraient donc pas être uniformes. « Après un plan local d’urba- nisme [PLU] approuvé dès 2005, nous avons réfléchi à partir de 2013 à ouvrir certains terrains à l’urbanisation, car les maisons du bourg en vente partaient vite. Mais les extensions pavillonnaires en sortie de bourg proposées par les amé- nageurs ne nous plaisaient

pas », explique Guy Sauvage de Brantes, le maire des Hermites. Le conseil municipal

a un projet bien précis : il veut

un mélange de nature et de bâti, dans le bourg. Il interroge d’an-

ciens agriculteurs : ceux-ci reviendraient bien dans le village, à condition qu’il ne change pas.

parcelles moins grandes

La commune vote alors un investissement dédié de 100 000 euros. Elle modifie

son PLU pour ne plus accepter

à partir de 2016 que des par-

celles de 800 mètres carrés, au lieu de 1 000 auparavant. « Pre- mier village à adopter cette démarche en Indre-et-Loire, nous avons eu le soutien de la direction départementale des territoires et reçu 175 000 euros de dotation d’équipement des territoires ruraux », poursuit Guy Sauvage de Brantes. Deux zones sont étudiées. La première est éliminée car trop pentue et impliquant deux voies de desserte. Trop cher ! C’est donc le secteur des Arpents,

De bons exemples

Des élus des Hermites ont visité deux écoquartiers de village similaires à leur projet. A Luray (Maine- et-Loire), ils ont été séduits par des petits murets de pierre séparatifs dans lesquels s’encastrent des cof- frets de réseaux et des boîtes aux lettres. A Forges (Orne), c’est le terrain d’un ancien prieuré entouré de murs qui les a interpellés. Aux Hermites, les murs se transformeront en une haie bocagère de quatre mètres de large, plantée ou déjà existante, dont la vocation est de se protéger un peu de la vie agricole.

Les hermites
Les hermites

L’écoquartier des arpents doit répondre à l’objectif du conseil municipal de créer des logements sans dénaturer le bourg ni la nature.

grand d’un hectare, qui est retenu. Toutefois, «il a fallu convaincre les conseillers municipaux préférant des par- celles de 1 000 mètres carrés minimum », note le maire. La direction régionale de l’environ- nement, de l’aménagement et du logement montre alors qu’il est possible de construire sur de petites surfaces : 80 % des jardins du bourg font déjà moins de 200 mètres carrés.

lots modulables

L’équipe de maîtrise d’œuvre lauréate localise les parcelles en fonction des vents domi- nants et de l’orientation. Les maisons peuvent évoluer au gré de la composition du foyer. Huit lots sont modulables :

on peut acquérir une partie à construire, une autre en exten- sion pour un jardin. Avantage :

« Notre premier prix est de 8 200 euros la parcelle, contre 5 000 euros dans la région tou- rangelle », précise le maire. En échange, les propriétaires devront entretenir les haies, se

conformer à la liste d’espèces locales à planter et renoncer aux clôtures en parpaings. Les maisons seront sans garage, ou dotées d’un auvent en bois. L’écoquartier possède un sen- tier stabilisé, un verger, des clôtures en bois, des bandes filtrantes sous haies séparatives pour les eaux pluviales et une haie bocagère. Il sera peut-être aussi doté d’un potager com- mun. Tout n’est pas gagné. Pour qu’il y ait des maisons mitoyennes, un constructeur devra prendre en charge trois à quatre maisons. L’architecte, Ivana Rho, souhaite en tout cas assurer une mission de conseil, « non seulement pour le constructeur, comme pour le premier lot, mais aussi pour le propriétaire ». l Frédéric ville

Communication

Flyers distribués aux notaires, aux agences immobilières et aux constructeurs de la région.

Contact

mairie, 02.47.56.31.18.

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La Gazette - 12 février 2018

InnovatIons & terrItoIres

Energie « Jallume.fr », une application lumineuse qui éclaire la ville

Pont-de-l’arche (eure) 4 200 hab.

qui éclaire la ville Pont-de-l’arche (eure) 4 200 hab. La commune autorise les usagers à allumer

La commune autorise les usagers à allumer les lampadaires la nuit grâce à leur smartphone.

L ’idée est lumineuse : cou- per l’éclairage public une partie de la nuit tout en

laissant la possibilité aux usa- gers de l’allumer selon leurs besoins. Une trouvaille qu’un habitant de Pont-de-l’Arche a développée par le biais d’une application permettant de com- mander la mise sous tension des lampadaires grâce à son smartphone. Le dispositif a été testé en février 2016 et adopté par la commune en juillet de la même année, hormis dans le centre- ville et sur les axes principaux. Entre 23 heures et 5 heures du matin, lorsque tout est éteint, les utilisateurs n’ont désormais qu’à appuyer sur le bouton « ampoule » de l’application « jallume.fr » sur leur smart-

phone pour activer l’éclairage à l’endroit où ils se trouvent. Grâce à la géolocalisation, l’application commande l’allu- mage de l’armoire électrique

Utilisation

En un an, 2 000 personnes ont utilisé au moins une fois le service.

Economies

4 458 € économisés par rapport à l’année précédente.

4 tonnes de CO ² non rejetées dans l’atmosphère en un an.

Contact

Richard Jacquet, r.jacquet@pontdelarche.fr

du quartier. Les lampadaires s’éteignent automatiquement au bout de quinze minutes. « La durée d’illumination après rallumage est paramétrable selon ce que décide la collecti- vité », signale Olivier Bozzetto, le développeur de l’application. Si la personne continue de se déplacer, les zones traversées s’allumeront et s’éteindront automatiquement.

horloge astronomique

« L’application est très simple d’utilisation, gratuite pour les utilisateurs et totalement anonyme », affirme Olivier Bozzetto. On se demande encore pourquoi personne n’y avait pensé avant. Peut-être parce que, comme il l’indique, « il y a quelques années encore ce n’était pas possible car trop peu de gens possédaient un smartphone ». Aujourd’hui, près de deux Français sur trois sont équipés, selon l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Le système nécessite l’instal- lation d’une horloge astrono- mique dans chaque armoire de commande. L’investissement pour la collectivité est minime, de l’ordre de 300 euros par coffre, et rapidement amorti par les économies d’énergie qui sont évaluées entre 20 % et 30 %

sur une année. La collectivité doit ensuite payer un abonne-

ment de un euro par jour par armoire, le tarif étant dégressif en fonction du nombre d’équi- pements installés. Richard Jacquet, le maire de la ville, estime que le dispositif a

permis une économie de

4 458 euros

à

l’année précédente.

par

rapport

Fabrication Française

« Le produit s’adapte à tous les systèmes d’éclairage public, quels que soient le modèle et l’âge de l’armoire, et le type d’ampoule », affirme Olivier Bozzetto, qui tient également à signaler que « le module principal de commande et de communication est fabriqué en France ». Le dispositif propose

des informations complémen- taires (consommation, état de l’alimentation…) auxquelles les services techniques peuvent accéder, de manière sécurisée, pour vérifier l’état du réseau. Les personnes autorisées peuvent, d’autre part, intervenir à distance pour éteindre ou non les lampadaires lors de festivi- tés, ou illuminer un quartier pour faciliter l’intervention de la police municipale ou des pompiers, par exemple. l

Maud Parnaudeau

témoignage

« Comment ne pas soutenir ce projet ! »

RichaRd Jacquet, maire E. BEnaRd / andia
RichaRd Jacquet, maire
E.
BEnaRd / andia

« Nous souhaitions éteindre l’éclairage public en pleine  nuit pour des questions d’économies et pour diminuer  l’empreinte carbone de la ville ainsi que la pollution   lumineuse. Nous voulions également impliquer de   façon plus importante les habitants dans le quotidien  de la commune en matière de propreté, de sécurité, etc.  Le dispositif correspondait pleinement à l’intention des  élus de responsabiliser les habitants. Et puis, comment ne pas soutenir ce projet inventé par un  Archepontain ! Nous avons équipé quinze armoires sur les 

26 que compte la ville. En un an, près de 95 000 kilowatt­

heures ont été économisés, soit une baisse de 27 % par 

rapport à la période de référence de l’année précédente. »

rapport à la période de référence de l’année précédente. » 38 La Gazette - 12 février 2018

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La Gazette - 12 février 2018

innovations & territoires

Politique de la ville Les habitants racontent l’histoire de leurs quartiers au fil des pages

Dieppe (seine-Maritime ) 29 950 hab.

au fil des pages Dieppe (seine-Maritime ) 29 950 hab. La commune a confié à un

La commune a confié à un comédien le soin d’animer un travail de mémoire lié à la réhabilitation de deux zones urbaines.

D errière l’Anru, l’hu- main. Ainsi pourrait se résumer la philoso-

phie de la ville de Dieppe en lien avec la rénovation de ses quartiers menée sous le patro-

nage de l’agence nationale pour

la rénovation urbaine (Anru).

Pour traduire cette généreuse idée dans la réalité, la municipa- lité communiste a donné carte blanche, en 2012, au comédien Gilbert Rault. A lui de retracer

et de restituer, en lien étroit avec les habitants, la mémoire de Neuville-lès-Dieppe et du Val Druel, deux zones urbaines sen- sibles (ZUS). Six ans plus tard, cela donne un bel ouvrage mêlant témoignages, fictions, poèmes et photos d’archives.

médiation sociale

« Il ne faut pas négliger l’attache- ment moral des gens à leur lieu de vie même si les difficultés

y sont nombreuses », avance

Bruno Lafosse, le directeur

de la communication à la ville pour justifier de cette initiative. « C’est important aussi de rap- peler que leur quartier n’a pas toujours été un lieu de reléga- tion », insiste-t-il. Mais là où certaines collecti- vités se contentent du mini- mum exigé par l’Anru, d’autres,

à l’image de la cité dieppoise,

décident de mettre le paquet. Pas tant au niveau financier –

l’enveloppe consacrée au livre s’élève à 20 000 euros – qu’en termes de qualité. « Ce n’est pas un coup de com’. Nous avons fait le choix d’une médiation sociale à travers la culture », insiste Bruno Lafosse. Le tout sur une longue période, cinq années au total. « La ville a fait le pari de l’authenticité », se félicite Gilbert Rault, chef d’or- chestre de cette performance mémorielle. Amener les habi-

tants des quartiers dits sen- sibles à s’épancher n’est jamais chose facile. « Choisir un comé-

dien a permis de briser les bar- rières. Les gens n’ont pas le même rapport qu’avec un tra-

vailleur social classique », relève Bruno Lafosse. « Quand vous avez du temps, vous parvenez à vous faire accepter et cela fait toute la différence », pointe Gilbert Rault qui ne tarit pas d’éloge sur la qualité de l’ou- vrage. « Lorsqu’elle s’adresse aux habitants les plus défavorisés, la ville ne baisse pas son niveau d’exigence. Les quartiers popu- laires ont besoin de fierté et de reconnaissance », revendique le dir’com dieppois.

RencontReR les gens

Gilbert Rault, à qui, selon lui, la municipalité a laissé « une

liberté totale », a été chargé de mettre en musique

cette conviction. Le comédien a posé ses

valises au cœur du quartier, au milieu des associations, des cages d’escaliers, des marchés et des écoles. « Gilbert est allé chez les gens », résume Bruno

Le livre est remis en main propre aux habitants qui le souhaitent

dans le cadre d’événements collectifs ou festifs.

viLLe de dieppe
viLLe de dieppe

Le livre « Quelles histoires ! », écrit à partir du ressenti des habitants sur la rénovation de leur quartier à Dieppe, leur a été remis lors d’événements festifs.

39

La Gazette - 12 février 2018

Rénovation urbaine

Opération de rénovation urbaine des ZUS de Neuville-lès-dieppe nord et du val druel (6 500 hab.) pour 85 M€ tous partenaires confondus.

Contact

Mairie, 02.35.06.60.00.

Lafosse. Les témoignages ont été recueillis dans le cadre de moments collectifs, baptisés « écritoires ». « Les habitants ont rédigé oralement », glisse le comédien qui a, par la suite, couché sur papier ce bouillon- nement verbal. « Ce n’est pas un livre d’histoire, plutôt une compilation de subjectivités », décrit Bruno Lafosse. Singulière dans sa genèse et sa construction, l’initiative l’est aussi dans sa distribution. Lan- cée à l’été 2017, cette dernière ne répond pas, là encore, aux codes traditionnels. « On ne distribue pas, on transmet », appuie Gilbert Rault. Le livre « Quelles histoires ! » – imprimé à 1 500 exemplaires – n’est en effet pas livré de manière clas- sique et impersonnelle dans les boîtes aux lettres, mais remis en main propre aux habitants qui le souhaitent dans le cadre d’événements collectifs ou fes- tifs. Pour toucher encore un peu plus de monde, le comédien va même jusqu’à s’installer dans les cages d’escalier afin d’y abor- der les habitants les plus isolés. Officiellement, la distribu- tion s’est achevée il y a quelques semaines. En attendant, peut- être, de nouvelles histoires à raconter à l’occasion de la nou- velle convention Anru… l

Manuel sanson

innovations & territoires

Retour­sur­expérience

Lecture publique

Les usagers, source d’inspiration de la nouvelle médiathèque

PourQuoi ?

 

Pour Qui ?

 

CoMMent ?

 

Afin que l’usager ne soit pas que consommateur, l’interco veut faire de sa médiathèque un lieu non seulement de connaissance, mais

La volonté est de diversifier la fréquentation : tous les habitants sont ciblés, y compris ceux qui n’étaient pas usagers

Les agents font participer les habitants à des événements pour capter leurs attentes et leurs savoirs, ce qui les conduit à faire évoluer

aussi de partage et de transmission.

des bibliothèques municipales.

leurs pratiques professionnelles.

CC entre Dore et allier (Puy-de-Dôme) 14 communes • 18 100 hab.

Dore et allier (Puy-de-Dôme) 14 communes • 18 100 hab. médiathèque­de­la­com- munauté­de­communes­ entre­

médiathèque­de­la­com-

munauté­de­communes­

entre­ Dore­ et­ Allier­ a­

toute­ cette­ ressource­ dans­ la­ médiathèque. »­Les­usagers­sont­

donc­incités­à­déclarer­leurs­res-

sources,­leurs­savoir-faire…­Une­

Q uand,­ en­ juin­ 2017,­ la­

d’albums­de­jeunesse,­un­fan­de­

bande­dessinée­va­organiser­un­

festival,­etc.­« Nous­aménageons­ notre­programmation­en­fonction­ de­leurs­ propositions.­Tous­les­ mois,­des­habitants­animent­des­ rendez-vous­ consistant­ en­ des­ cours­d’origami­ou­de­cuisine,­des­ présentations­de­voyages…­Ce­sont­ des­ressources­que­nous­devons­

ouvert,­ les­ agents­ travaillaient­ à­ son­ implantation­depuis­déjà­

cinq ans.­Tout­a­commencé­en­2012­ par­un­travail­en­résidence­avec­La­ 27 e Région­(lire­l’avis­d’expert)­et­la­ mise­en­place­d’un­plan­des­usages.­ « Nous­avons­eu­envie­de­donner­ une­ empreinte­participative­ au­ projet­culturel­de­la­médiathèque,­ même­si­elle­n’existait­pas­encore.­ Deux­ ans­ avant­ son­ ouverture,­

nous­avons­mené­des­actions­sur­ le­territoire­intercommunal­où­il­ y­a­quatorze petites­bibliothèques,­ gérées­par­des­bénévoles »,­explique­

­Pauline­Bénéteau­,­chargée­de­la­

médiation­culturelle­de­la­média- ment­en­libre­diffusion,­accessible­

24 heures­ sur­ 24.­ Un­ jeune­ de­

16 ans­s’est­chargé­de­programmer­ un­module­permettant­d’échanger­ des­contenus­librement,­tandis­que­ ses­camarades,­aidés­du­menuisier­

du­village,­ont­fabriqué­des­étagères­

destinées­à­une­bibliothèque­parti-

habitants­ du­ territoire.­ «  Notre­

objectif­est­de­réussir­à­faire­entrer­

thèque »,­affirme­Pauline­­­Bénéteau.­

Budget

acquisitions : environ 50 000 € par an.

animation culturelle : 15 000 €.

Contact

Médiathèque entre dore et allier, mediatheque@ccdorealliefr

habitante­a­fait­don­de­sa­collection­

faire­aux­autres­et­œuvrer­pour­la­

communauté.­De­même,­la­média-

thèque­ va­ organiser­ un­ atelier­

numérique­en­vue­de­fabriquer­un­

photomaton,­afin­de­répondre­à­la­

passion­des­collégiens­pour­les­sel-

valoriser­et­collecter­pour­la­média- fies !­« Derrière­la­fabrication­d’un­

photomaton­ou­des­conférences,­

il­y­a­une­démarche­d’éducation­

et­de­pédagogie :­un­tel­projet­est­

En­partant­des­envies,­des­savoir- l’occasion­de­décrypter­comment­

fonctionnent­les­choses,­de­deve-

nir­autonome­pour­comprendre­le­

cabine­téléphonique­a­été­trans- monde »,­estime­Pauline­­­Bénéteau.­

monde »,­estime­Pauline­­­Bénéteau.­ AVANTAGES • arrivée de nouveaux publics dans la média-

AVANTAGES

• arrivée de nouveaux

publics dans la média- thèque, diversification des pratiques culturelles et professionnelles.

• introduction d’actions qui, faute de moyens, n’auraient pu être menées.

PaSSion SelFie

faire­ et­des­loisirs­d’ados­d’une­ commune­de­300 habitants,­une­

formée­en­cabine­de­télécharge- Les­huit­agents­de­la­médiathèque­

ont­pu­vérifier­qu’inclure­les­usa-

gers­favorisait­une­diversification­

des­pratiques­culturelles­mais­aussi­

professionnelles.­De­plus,­« s’ap-

puyer­sur­le­savoir-faire­des­habi-

tants,­travailler­en­bonne­intelli-

gence­ permet­ de­ réaliser­ des­

économies.­A­l’heure­où­les­enve-

cipative­et­une­grainothèque.­Cha- loppes­budgétaires­se­réduisent,­ce­

thèque,­située­à­Lezoux.­ Le­réseau­de­lecture­publique­ de l’interco­ compte­ environ­ 30 000 ouvrages.­Cependant,­Jean- Christophe­­­Lacas,­directeur­de­la­ médiathèque,­estime­qu’il­y­a­plus­ de­1,4 million­de­livres­chez­les­

de­1,4 million­de­livres­chez­les­ INCONVÉNIENT Succès conditionné à la capacité des

INCONVÉNIENT

Succès conditionné

à la capacité des agents

à changer de posture.

cun­a­pu­transmettre­ses­savoir- n’est­ pas­ négligeable  »,­ ajoute­

40

La Gazette - 12 février 2018

innovations & territoires

Médiathèque entre dore et aLLier

Pauline­­­Bénéteau.­« Notre­projet­

d’établissement­nous­oblige­à­accep-

ter­que­la­médiathèque­n’est­pas­le­

centre­du­monde.­Notre­équipe­tra-

vaille­sur­ce­qui­a­été­recensé­pour­

essayer­de­le­mettre­à­la­disposition­

du­plus­grand­nombre »,­résume­

Jean-Christophe­­­Lacas.­

Aussi­les­agents­ont-ils­dû­repen-

ser­leur­profession­et­leur­posture­ par­rapport­au­monde­traditionnel­ de­la­bibliothèque.­« Nous­avons­été­ recrutés­ pour­ notre­ appétence­ pour­l’animation­et­la­médiation.­ Dans­toutes­nos­fiches­de­poste,­le­ rôle­d’animation­est­spécifié.­Le­

rôle­d’animation­est­spécifié.­Le­ l’experte Sylvine BoiS-ChouSSy, responsable de projets

l’experte

Sylvine BoiS-ChouSSy, responsable de projets à La 27 e Région

« Une construction autour  des utilisateurs, 

et non des rayonnages de livres »

« Pour penser la bibliothèque, une  résidence de trois semaines sur  six mois a été organisée avec une  équipe associant designers et pra­ ticiennes des sciences humaines.  Ils ont  simulé  l’existence de  la  média thèque, interrogé les habi­ tants pour comprendre  les pra­ tiques existantes, utilisé le design  de service [démarche qui permet  de concevoir des services en par­ tant du point de vue et du besoin 

de l’utilisateur, ndlr] pour expéri­

menter des usages, construire des 

prototypes et créer un plan des 

usages. L’archi tecte s’est inspiré de 

ce plan. La médiathèque n’a pas été 

construite autour  de rayonnages de 

livres, mais autour  des usagers. C’est 

un bâtiment ouvert  et le hall, équipé 

d’un espace cuisine, est accessible 

en dehors des heures d’ouverture 

et permet d’orga niser des réunions 

pour le partage de savoirs. »

pour le partage de savoirs. » travail­de­bibliothécaire­compte,­

travail­de­bibliothécaire­compte,­ mais­ce­n’est­pas­le­principal  »,­ insiste­ ­Pauline­ ­Bénéteau.­ Les­ agents­se­servent­de­ce­qui­existe­ afin­de­dégager­du­temps,­ainsi­ils­ ne­ font­ pas­ de­ catalogage­ et­ s’appuient­­sur­le­travail­d’autres­

structures­pour­gérer­les­collec-

tions…­Ils­ont­également­dû­accep-

ter­de­se­tromper,­de­ne­pas­tout­

maîtriser­et,­surtout,­de­laisser­une­

place­à­l’usager.

Critère d’évaluation

L’équipe­de­la­médiathèque­inter-

communale­ est­ encore­ souvent­ dans­l’expérimentation­et­ne­s’est­ pas­vraiment­posé­de­questions­ sur­l’évaluation­de­sa­démarche.­

« Nous­devons­réfléchir­au-delà­de­la­

simple­fréquentation­du­lieu.­Il­fau-

drait­pouvoir­mesurer­le­bien-être­

des­usagers­qui­viennent­à­la­média-

thèque­parce­qu’ils­ont­le­sentiment­

d’être­écoutés,­qu’ils­se­sentent­à­

l’aise,­qu’ils­ont­envie­de­partager­

l’espace… »­analyse­Jean-Christophe­­

­Lacas.­Des­critères­cependant­dif-

ficilement­­quantifiables…  l­­

­ Claire Chevrier

41

La Gazette - 12 février 2018

Une cabine téléphonique

a été transformée en lieu

de téléchargement en libre diffusion, accessible 24 heures sur 24. Le projet

a été mené avec des ados.

5 000

inscriptions à la médiathèque

ont été enregistrées de juin à septembre 2017, après l’ouverture, contre 660 auparavant dans les bibliothèques. Pour amener le plus de public possible à passer son seuil, l’équipement accueille dans ses locaux des permanences du service de protection maternelle et infantile, ainsi que, prochainement,

de la mission locale.

innovations & territoires

Interview

Marie HuygHe

« Nous réexploiterons les traces GPS pour mieux comprendre les formes de mobilité »

Afin de réduire l’utilisation de la voiture individuelle, le laboratoire Citeres de l’université de Tours, dont fait partie la chercheuse Marie Huyghe, mutualise ses données de recherche scientifique. Premiers résultats attendus en septembre.

scientifique. Premiers résultats attendus en septembre. Le laboratoire « cités, terri- toires, environnement et

Le laboratoire « cités, terri- toires, environnement et sociétés » (Citeres) de l’université François-Rabelais de Tours appro- fondit ses recherches sur les mobi- lités en milieux périurbain et rural, en croisant les données issues d’en- quêtes menées entre 2009 et 2016. Objectif : identifier les perspectives d’évolution des pratiques vers une moindre utilisation de la voiture individuelle. Marie Huyghe fait partie de l’équipe de ce projet financé par le forum Vies mobiles.

De quelle façon peut-on mobiliser les données de la recherche scientifique sur les mobilités en milieu rural et périurbain ?

Dans ces territoires, on ne dispose pas d’autant de données quantita- tives qu’en milieu urbain. Connaître les pratiques des usagers est plus difficile. Les déplacements se font à 75-80 % en voiture, mais on ne sait rien du ressenti des ménages. Cette connaissance, on la tire des don- nées qualitatives. Il ressort de nos entretiens que la dépendance à la voiture n’est pas considérée comme problématique par les gens, ce qui permet aux politiques publiques de mieux cibler leurs actions. Sauf à travers des discussions informelles, nous n’avions jamais fait dialoguer les résultats de nos recherches. Pourtant, nos six enquêtes repré- sentent 250 entretiens et les traces GPS d’une centaine de ménages pendant une semaine.

Comment allez-vous mutualiser vos données ?

Mi-janvier, nous avons remis un premier rapport sur les conditions

C. ChiGot / La Gazette
C.
ChiGot / La Gazette

dates clés

2018 règlement

européen sur la protection des données personnelles.

2016 Loi pour

une république

numérique.

2007 « Principes

et lignes directrices pour l’accès aux données de la recherche financée sur fonds publics » de l’organisation de coopération et de développement économiques.

juridiques, éthiques et méthodo- logiques de partage des données de la recherche. Nous mettrons ensuite nos données en commun sur une plateforme numérique et nous réanalyserons notre corpus selon trois axes. Nous réexploite- rons les traces GPS pour mieux comprendre les formes de mobi- lité ; nous nous intéresserons aux vécus et aux représentations des déplacements ainsi qu’aux com- portements, notamment aux apprentissages, aux freins et aux leviers pour en changer. Le travail en équipe va nous mener plus loin dans nos conclusions.

Ce travail sera-t-il reproductible ?

Il existe déjà des travaux de mutualisation des données de la recherche sur d’autres théma-

42

La Gazette - 12 février 2018

tiques. La première expérience date d’une quinzaine d’années, avec Qualidata en Grande-Bretagne. En France, il existe Beqali pour les données de la recherche en sciences politique, avec Sciences- po Paris, et Archethno en ethno- graphie. Contrairement à la Suisse, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, la France n’a pas encore de poli- tique nationale d’archivage des données de la recherche. Pour- tant, en imposant de partager les données des projets qu’il finance, l’Economic and Social Research Council britannique a développé cette culture. Enfin, nous établirons des pré- conisations pour que les futurs projets de recherche anticipent le partage des données. l

Propos recueillis par stéphanie stoll

Retrouvez en temps réel les dernières infos juridiques sur

Juridique

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INDEX

INDEX

Thématique

Page

Accident de service

44

Assainissement pluvial

45

Autorité de contrôle prudentiel et de résolution

46

Bidonvilles

44

Casier judiciaire

50 et s.

Cession de créance

45

Circulation routière

45

Commissaire aux comptes

55

Conflits d’intérêts

55

Conseiller en investissement participatif (CIP)

46 et s.

Crowdfunding

46 et s.

Cycliste

45

Décentralisation

44

Déductibilité fiscale de fonds de dotation

55

Dons

47, 54

Droit de préemption urbain (DPU)

45

Elections professionnelles

44

Financement participatif

46 et s.

Fonds de dotation

54 et s.

Gouvernance des fonds de dotation

55

Intermédiaire en financement participatif

47

Legs

54

Lieutenants de sapeurs-pompiers professionnels

56 et s.

Marchés publics

45

Mécénat

54 et s.

Organisme pour le registre des intermédiaires en assurance

48

Plateformes de financement participatif

46 et s.

Pouvoir de police du maire

45

Procédure disciplinaire

51

Proportionnalité des sanctions

51

Protection des mineurs

50